Programme d’autonomie des anciens combattants : Au nom de la liberté et de la dignité

. [ILLUSTRATION : STEPHEN SNIDER]

Le vétéran de la Seconde Guerre mon­diale Phil Bradbury âgé de 85 ans de Toronto, a été surpris d’apprendre qu’il a été porté disparu dans la vie civile pendant vingt ans à peu près.

Anciens combattants Canada cherche les anciens combattants qui, comme Bradbury, ont droit à des avantages, dans le cadre du Programme d’autonomie des anciens combattants, mais ne les reçoivent pas. Le PAAC sert les anciens combattants à vivre de manière autonome aussi longtemps que possible, grâce au soutien à domicile comme le ménage, le déblaiement des allées, la cuisine et le bain, ainsi que l’adaptation de la résidence et les services de soutien sanitaires.

Bradbury a fait partie d’une équipe de bombardier qui a participé à 34 missions à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Les sept membres de l’équipe ont survécu à la guerre, mais pas indemnes. « J’ai été blessé plusieurs fois. » Cinq de leurs avions ont été détruits et ont tout juste réussi à retourner à la base. Ils ont fait deux atterrissages en catastrophe et l’équipe au complet a dû être envoyée en congé pour raison médicale. Il a été blessé à la tête et au dos et, une fois, on l’a sorti, inconscient, d’un avion en flammes. À son retour à la vie civile, au début, il lui arrivait de perdre connaissance au travail, à cause de ses blessures et son état de santé a empiré, ce qui est normal quand on vieillit.

Il a reçu une pension d’ACC, pour perte de l’ouïe reliée au service et d’autres blessures, pendant plus de cinquante ans. Il a pris sa retraite à la fin des années 1980. « Financièrement, je n’ai jamais souffert. Sinon, j’aurais peut-être essayé. »

C’est à cause d’un ennui d’argent qu’il a découvert le PAAC. Ses médecins l’ont fait changer d’un médicament pour le cœur, qui avait des effets secon­daires, à un autre qui coutait plus cher et que le régime d’assurance santé de l’Ontario ne couvre pas. Bradbury s’est plaint à son beau-frère, vétéran de la guerre de Corée, qui reçoit des prestations du PAAC et qui lui a parlé des avantages du programme.

Phil Bradbury a survécu à 34 missions de bombardement durant la Seconde Guerre mondiale. Les blessures de guerre empirent les ennuis de santé de la vieillesse.  [PHOTO : PHIL BRADBURY]

Bradbury a immédiatement fait une demande. Un gestionnaire de cas est allé les visiter, son épouse Bernice et lui, il y a environ un an, pour voir s’il avait droit au PAAC. Anciens combattants Canada s’est mis à s’occuper de la facture du médicament tout de suite et il apprit qu’il avait droit à encore plus d’avantages, comme un déambulateur et des soins chiropratiques. On l’informa des avantages du PAAC, dont ceux qui se poursuivraient pour Bernice. « C’est extra », dit-il.

Bien que le programme serve en partie à remercier les anciens combattants et leur famille, ce n’est pas par sentiment qu’Anciens combattants Canada essaie de joindre les anciens combattants et leurs soignants qui y ont droit mais qui n’en profitent pas, mais bien pour des raisons économiques. Beaucoup d’entre eux peuvent vivre chez eux, de manière autonome, avec un peu d’aide, ce qui les fait retarder, peut-être à jamais, le jour où ils devront aller aux soins de longue durée. On a besoin de moins de dollars pour les assister chez eux qu’en leur donnant les mêmes services dans un établissement, et il y a ainsi moins d’établissements à cons­truire et à entretenir.

« À l’hôpital Sunnybrook, chaque place coute 100 000 $ environ pour les anciens combattants qui y habitent », dit le mi­nistre des anciens combattants Greg Thompson au Comité permanent des anciens combattants de la Chambre des communes lors d’une audience en mars. « Le fait est que l’ancien combattant pourrait rester chez lui moyennant des frais nettement moins importants pour le gouvernement du Canada et profiter de ces quelques années chez lui, plutôt que dans un établissement. »

Il y a 103 119 vétérans des guerres et des Forces cana­diennes et de soignants qui reçoivent actuellement des avantages du PAAC, mais il y en a probablement des dizaines de milliers qui ont droit à des avantages, estime Rob Anders, président du Comité permanent des anciens combattants. « Nous reconnaissons qu’il s’agit d’une génération de gens […] qui croient que s’ils peuvent tout faire, c’est ainsi que ça devrait se passer », dit Anders. « Mais nous ne voulons pas qu’ils souffrent indument à cause de ça (ou) qu’ils finissent par se faire admettre dans un établissement de soins de longue durée avant d’en avoir vraiment besoin. »

Le PAAC a eu tant de succès que la Légion royale canadienne préconise non seulement qu’il soit offert aux quelque 600 000 anciens combattants canadiens qui en ont besoin, mais qu’un programme d’autonomie pour ainés soit offert aussi à tous les ainés cana­diens. En fait, les provinces le prennent comme modèle pour restructurer leurs propres programmes de soins de santé, pour réaliser des économies, en prévision du ballonnement dû à l’évolution des enfants de l’après-guerre dans leurs systèmes.

« Il y a des preuves […] les couts sont habituellement inférieurs de 40 à 70 p. 100 », quand on substitue des soins de santé à domicile aux services semblables dans les établissements, dit Marcus Hollander, économiste de la santé et président de Hollander Analytical Services, une société de recherches de soins de santé de Victoria.

Une partie des preuves provient d’une « expérience naturelle » en Colombie-Britannique qui a démontré les économies obtenues grâce à des programmes comme le PAAC. Au milieu des années 1980, les services de soins à domicile ont été substitués aux soins institutionnels. Dix ans après, on utilisait 9 993 places de longue durée de moins : une économie annuelle d’environ 150 millions de dollars en Colombie-Britannique, dit Hollander. Le fait que « 90 p. 100 de la prestation des services » dans un établissement en sont de soutien, non pas professionnels, est une des raisons principales. Il a appris que les couts annuels au gouvernement, pour les gens ayant  besoin de soins mo­dérés, sont de 9 624 $ à domicile et de 25 742 $ dans un éta­blissement. À l’échelon supérieur, les couts étaient de 34 859 $ à domicile et 44 233 $ en établissement.

La Colombie-Britannique a aussi appris ce qui arrive aux couts de soins de santé quand même les services à domicile de base sont interrompus lorsque, au milieu des années 1990, certaines régions devant se serrer la ceinture ont discontinué les services d’entretien du ménage. Au bout de trois ans, on a appris que chaque client ayant perdu ce service minimal avait fait augmenter les couts de soins de courte et de longue durées de 3 200 $ par année.

Si on enlève les services de soutien, dit Hollander, la santé décline plus vite et les ainés vont aux soins de longue durée plus vite. « À long terme, un investissement très modeste peut avoir de gros résultats », dit-il. Mais « le point crucial, c’est que les décideurs ne le comprennent pas ». À la place, les soins et les budgets sont fragmentés, les couts des soins à domicile viennent souvent du budget des services sociaux. Même quand on consi­dère qu’ils font partie du continuum des soins de longue durée, les services de soins à domicile sont souvent sacrifiés lorsqu’on désire faire des économies.

Mais on peut les éduquer, les décideurs. Quand on leur montre qu’il est possible d’économiser 30 millions de dollars par année en faisant passer les services, pour 1 121 ainés, des soins de longue durée aux soins à domicile, « l’attention de notre gouvernement a vraiment été polarisée », dit Kathy Greenwood, directrice du soutien aux services et opérations de la direction générale des soins prolongés du minis­tère de la Santé de la Nouvelle-Écosse.

En conséquence, on a accepté un plan stratégique de 10 ans, lequel en est à la troisième année, pour la création d’un système viable comprenant des soins à domicile dans le continuum des ser-v­ices. « Nous avons longtemps parlé à Anciens combattants Canada à propos de son succès (concernant le PAAC). » Bien que la province ait actuellement un programme de soins à domicile pour ses propres citoyens, dont les services dépendent d’une échelle de revenus, il ne comprend pas encore certains des éléments du PAAC. Par exemple, dit-elle, il y a l’entretien du terrain, un service clé qui sert à permettre aux ainés à rester chez eux quand ils ne peuvent plus tondre le gazon ou pelleter la neige.

Alors si les programmes de soins à domicile servent à faire des économies à long terme, pourquoi le PAAC n’est-il pas offert à tous les anciens combattants qui en ont besoin? C’est que les décideurs doivent faire la part des choses par rapport aux économies à long terme et aux fonds qu’ils ont actuellement. « Il faut y investir », dit Darragh Mogan, directeur général de la Direction générale des politiques en matière de programmes et de services, des Services aux anciens combattants, à Charlottetown. Et « les gouvernements doivent penser aux autres investissements en ce qui concerne les routes et les écoles, et le développement économique; il s’agit d’équilibrer tout ce qu’on considère ».

« Il y a là beaucoup d’autres groupes et besoins », dit Anders. « Soyez sûrs que nous mettons davantage là-dessus et que ce n’est qu’une question de distribuer les ressources parmi les besoins. » Le budget des affaires des anciens combattants a 545 millions de dollars de plus qu’en 2005–2006, ce qui l’amène à environ 3,4 milliards de dollars.

Mais les politiciens se soucient aussi de « ramasser d’autres gens, donc d’augmenter les couts globaux, » dit Mogan.

Mais le cout de l’expansion du programme est surestimé à Anciens combattants, dit Pierre Allard, directeur du Bureau national d’entraide de la Légion royale canadienne, qui aide les anciens combattants à faire des demandes d’avantages d’invalidité et du PAAC. Il donne comme exemple une augmentation, en 2003, des avantages aux veuves, qui n’y avaient eu droit que pendant un an après le décès du mari ancien combattant. ACC estimait que cela couterait 243 millions de dollars pour élargir les avantages d’entretien du ménage et du terrain aux soignants primaires survivants jusqu’en 1981 et les augmenter, d’un an, à des avantages à vie. Le 31 mars 2008, 72 millions de dollars avaient été dépensés en réta­blissements et 80,5 millions en prolongement à vie. « On voit une tendance où le gouvernement surestime conti­nuellement le cout des améliorations au PAAC », dit Allard.

« Il essaie de déterminer toutes les personnes qui y ont droit qui vont se présenter, alors qu’en fait il n’y en a qu’un pourcentage qui le font », dit-il. À ACC, on s’attendait à ce qu’environ 21 900 survivants fassent une demande de rétablissement, mais 12 400 l’ont fait en 2005–2006 : à peu près 57 p. 100 de ceux qui y avaient droit, mais on essaie d’en enrôler davantage.

Ceux qui se présentent ne prennent pas toujours tous les avantages auxquels ils ont droit, dit Allard. C’est là ce que disent souvent les récipiendaires du PAAC que nous avons interviewés.

ACC offrait des avantages, dont le nursage, à William et Clare Kobes de Calgary, mais ils les ont refusés. « Je pouvais m’occuper de lui », dit Clare. « Nous avions fait des économies et il y avait des gens qui en avaient plus besoin que nous. »

« Il y a beaucoup de choses auxquelles j’ai droit que je ne demande pas parce que je suis assez à l’aise », dit Bradbury. « Je ne suis pas riche, mais je me débrouille. »

Certains récipiendaires du PAAC n’acceptent pas le maximum permis pour un service. « Ils voulaient envoyer quelqu’un quatre fois par semaine », pour faire le ménage, dit George Henderson Armet de Montréal, « mais une fois par semaine suffit ». Il y en a encore d’autres qui attendent jusqu’à ce qu’ils en aient très besoin. Le PAAC a offert à Bradbury un fauteuil qui se penche, pour l’aider à se lever mais il n’en a pas encore besoin.

La Légion exhorte les politiciens à ne pas oublier nos obligations envers les anciens combattants et leur famille, en décidant de quelle manière dépenser. « Nous ne devrions pas oublier toutes les promesses que nous avons faites aux anciens combattants : de nous occuper d’eux et de leur famille s’ils ne revenaient pas ou s’ils ne pouvaient pas s’en occuper eux-mêmes », dit Allard. « Il s’agit simplement d’un élément de confiance. »

« Vu les constatations récentes comme quoi les déploiements stressants peuvent avoir des effets sur la santé, à long terme, il est très important que le Canada tienne sa promesse d’offrir des soins aux anciens combattants », dit le Conseil consultatif de gérontologie dans son rapport de 2006 intitulé Parole d’honneur — L’avenir des prestations de santé pour les anciens combattants du Canada. Il y suggère d’amalgamer les programmes sociaux et de santé d’ACC pour créer les Services intégrés aux anciens combattants, un conti­nuum de soins dépendant des besoins et grâce auquel bon nombre de plaintes concernant le PAAC et d’autres programmes d’ACC disparaitraient.

Les pires plaintes sur le PAAC concernent l’inadmissibilité et la complexité des processus d’admissibilité et de demande. La Légion, entre autres, recommande l’extension du PAAC à tous les anciens combattants frêles, anciens alliés, veuves, soignants et membres et vétérans de la GRC. « Toutes les veuves devraient être acceptées dans le PAAC, quels que soient leurs revenus », dit Joyce Carter, une dame de 81 ans du Cap Breton. « Elles ont toutes fait des pieds et des mains pour s’occuper de leur mari, pendant des années, après qu’ils ont quitté les forces. S’ils n’étaient pas blessés, ils étaient tout au moins traumatisés par ce qu’ils avaient vu.  »

Le manque de fonds n’est pas une raison, dit cette militante des droits au PAAC pour les veuves.  « Le gouvernement trouve l’argent pour des choses moins importantes et ils le font sans débats ou révision. » Quand son époux Murdock est mort, en 2000, après 55 ans de mariage, les règles permettaient aux survivants de recevoir les avantages pendant un an. Quand ils étaient interrompus, beaucoup de récipien­daires se retrouvaient dans de mauvais draps.

« Je m’en suis trouvée accablée, dit-elle. On est sans ressources. » Alors elle s’est mise à faire campagne pour que les veuves d’anciens combattants qui y avaient droit obtiennent les avantages à vie, ce qui est arrivé en 2003. Elle continue de faire pression pour les avantages aux veuves.

Michael Hill d’Orangeville (Ont.) fait pression de la part des anciens alliés de guerre au Canada qui ont perdu leur droit au PAAC en 1995. « C’est une question de principe, dit-il. Ils se sont battus du bon côté. C’est très important pour ces gars d’essayer de rester chez eux. » Et pour le gouvernement « c’est une bagatelle. C’est une disposition crépusculaire, car ils meurent rapidement. C’est la pire des injustices d’essayer d’économiser une couple de dollars sur des gens à qui on doit tant. »

L’ancien allié de guerre Bill Edge de 85 ans s’est senti froissé quand ses avantages ont été interrompus. « Je me sens comme un citoyen de deuxième classe dans un pays de première classe. »

Il a servi dans le Royal Corps of Signals à la Seconde Guerre mondiale et a déménagé au Canada au début des années 1950. Quand il a pris sa retraite, en 1988, on lui a remis une carte où il était indiqué qu’il avait droit au PAAC. « Je n’ai même pas eu l’occasion de m’en servir » avant 1995, année où les anciens alliés de guerre ont perdu leur droit. Ce qui le navre c’est qu’il « avait reçu une lettre où on lui disait (qu’il y avait) droit suite à une clause grand-père. Ça fait 66 ans que je suis au Canada. Le jour J, j’étais sur les plages; je me suis battu en France et en Allemagne. J’ai même combattu avec les Forces canadiennes » dans une armée internationale que dirigeait un général canadien et qui se composait d’une division de Polonais, deux de Britanniques, deux de Canadiens et deux d’Américains. « On se battait sous le même drapeau. »

Son revenu s’élève à environ 2 200 $ par mois et il en débourse presque un dixième pour des médicaments contre le cancer prostatique, qui ne sont pas couverts par l’Assurance-santé de l’Ontario. Il a de plus en plus de difficultés à rester chez lui. « Je vais mourir ici, quitte à y laisser ma vie », dit-il.

Modérer les critères d’ayant droit assurerait à tous les anciens combattants frêles l’obtention des avantages du PAAC, ainsi que d’autres avantages quand ils en ont besoin. « Parmi les insuffisances principales : les prestations de traitement du PAAC ne sont offertes qu’à une petite partie des anciens combattants », est-il dit dans le rapport du CCG. Il y estime que 70 000 anciens combattants ne touchent pas de prestations de traitement ou du PAAC, qu’ils y aient droit ou non.

De dire Allard, la Légion se soucie beaucoup des anciens combattants frêles, qui ne peuvent guère se battre pour leurs propres avantages. « Le point crucial du problème c’est que l’accès s’obtient principalement par le droit aux avantages d’invalidité. » Mais il y a beaucoup d’anciens combattants qui n’ont pas d’affection donnant droit à une pension reliée au service militaire, même s’ils en ont plusieurs qui ensemble les rendent frêles. Quelque 40 pour cent d’entre eux souffrent aussi de démence.

Même Thompson, dans son témoi­gnage devant le Sous-comité des anciens combattants, en mars, disait que ce n’est pas logique du tout que « certains anciens combattants n’aient pas droit au programme le plus économique et efficace que nous ayons, le PAAC, parce qu’ils n’ont pas de maladie donnant droit à une pension », mais qu’ils aient droit aux soins de longue durée qui sont plus dispendieux.

« Nous avons modifié certaines […] règles internes pour étendre le PAAC à certains de ces anciens combattants aux derniers stades de leur vie qui normalement n’y auraient pas droit », dit Thompson au comité.

Il y a plusieurs manières de donner les avantages du PAAC aux anciens combattants frêles qui n’y auraient pas droit autrement, dit Mogan. Il y a un programme qui offre les soins à domicile aux vétérans de la Seconde Guerre mondiale et à ceux de la guerre de Corée, avec les soins infirmiers aussi, en attendant une place à long terme. « On savait qu’il allait falloir environ 20 000 places pour soins à long terme de plus. » En 1999, les avantages du PAAC ont été offerts aux gens qui attendaient les soins à long terme, chez eux. Quand les places sont devenu disponibles, « 95 p. 100 ont dit préférer rester chez eux », avec les soins à domicile. Le lancement officiel du programme a eu lieu en 2003.

Quant aux anciens combattants frêles qui n’ont pas droit au PAAC, ou qui sont sur une liste d’attente : « si un ancien combattant recevait un crédit d’impôt civil (pour invalidité) et s’il était frêle aussi, les deux ensemble satisferaient aux conditions du PAAC », dit Mogan. Revenu Canada couvre la cécité, la thérapie de survie, la déficience pendant plus d’un an qui empêche de parler, d’entendre, de marcher, d’utiliser les toilettes, de se nourrir, de s’habiller tout seul, ou d’accomplir les fonctions mentales nécessaires à la vie de tous les jours. « Entre 10 et 15 p. 100 des gens de plus 80 ans souffrent de quelque sorte de fragilité qui, selon les définitions à Revenu Canada, donne droit à un crédit d’impôt d’invalidité et nous nous servons de ces critères, avec quelques modifications », dit Mogan.

« Ce n’est pas parfait; ne nous méprenons pas », dit Mogan, et il ajoute « nous utilisons une interprétation généreuse de l’autorité actuelle » pour inclure autant d’anciens combattants frêles que possible.

C’est peut-être la pratique, dit Allard mais « ce n’est pas la politique ». Il y a des gens qui ne le savent pas et cela engendre un manque d’uniformisation, ce qui risque de donner lieu aux « histoires d’épouvante » dont doivent s’occuper Allard et les officiers d’entraide du bureau des services, où les avantages sont accordés et puis, après un certain temps, revus et annulés. « Il y a un pro­blème si ce n’est pas écrit. »

Et il y a encore des anciens combattants dans le besoin qui n’y ont pas droit. Il y a un ancien combattant, à qui on avait refusé le PAAC, qui « avait 89 ans et son épouse a eu besoin de soins pour malade chronique », dit l’agente des services de la Direction du Québec Debra Viskelis. « Il a demandé l’entretien du domicile de base et on le lui a refusé ». Sa santé s’est détériorée, alors on a jugé, dans le cadre du système de santé provincial, qu’il avait besoin de soins pour malade chronique. Il a ensuite eu gain de cause lors de son appel au PAAC parce qu’il a maintenant des faiblesses multiples. Est-ce qu’il serait resté en santé si on lui avait accordé le PAAC avant? « Qui sait? dit Viskelis. Mais l’entretien du domicile et du terrain ne coute même pas 3 000 $ par année; les soins pour malade chronique peuvent couter des milliers de dollars par mois. »

Les critères pour ayant droit et le processus de demande du PAAC, des soins de longue durée et des avantages de traitement sont « très, très compliqués », dit Allard. Il dit que c’est en partie parce que les programmes ont évolué au fil du temps et qu’ACC « essayait d’être plus généreux » en ajoutant des avantages et des catégories pour que davantage de personnes puissent y avoir droit.

La recommandation du CCG concernant les services intégrés simplifierait l’admissibilité et les processus de demande en n’ayant qu’un seul point d’entrée et elle engendrerait un conti­nuum de soins basés sur les besoins où une personne aurait la tâche de guider les demandeurs à travers le système.

« D’après moi, le PAAC est un programme excellent », dit Hollander. C’est « probablement le seul programme de soins à domicile qui ait encore une fonction claire d’entretien et de prévention ». Cependant, « pour qu’il réalise pleinement son potentiel, je pense qu’il doit être incorporé à un système de soins intégré » qui favorise « le genre de compromis qui permettent la prestation de bons soins et les économies ».

De tels changements enrichiraient ce programme qui est déjà très réussi. « En règle générale, le PAAC fonctionne bien », dit Allard.

Chaque ancien combattant bénéfi­ciaire du PAAC que nous avons interviewé s’est dit reconnaissant des avantages qu’il reçoit. Beaucoup disent que sans avantages, ils auraient des embarras financiers.

Pour ceux dont les revenus sont insuffisants, attendre de se faire rembourser un service qu’ils ont payé est une épreuve. Carter dit qu’elle connait des veuves au seuil de la pauvreté qui, en attendant qu’on les rembourse, ont mis un terme aux services d’entretien du foyer parce qu’elles ne peuvent pas se permettre de les payer sans remboursement régulier. « Elles ont toutes du mal à joindre les deux bouts, dit-elle. C’est une lutte affreuse. »

Certaines se plaignent de la complication du processus de demande. « Même moi, je trouve ça compliqué », dit un adulte qui remplit des formulaires pour son père aveugle et qui doit obtenir des copies de fiche de rendez-vous et de la signature d’un médecin pour qu’on les rembourse. Son père paie 300 $ par mois pour l’entretien de son logis et des soins personnels et il reçoit 1 400 $ par année pour le taxi à des manifestations mondaines. Vu que les versements ont un plafond, « le gouvernement devrait faire confiance aux anciens combattants davantage; ils n’ont pas l’intention d’escroquer le système ».

« Des fois, j’ai l’impression que ce sont les comptables qui ont la charge de ce programme », dit Viskelis.

Certains disent qu’il faudrait faire preuve de plus de délicatesse avec les anciens combattants âgés. « On se fait traiter comme un numéro. Ou un mendiant », dit un ancien combattant de 86 ans. Enfin, c’est peut-être le prix de l’équité, car ACC veut s’assurer que c’est l’ancien combattant qui obtient les avantages, qu’il n’est pas victime de mauvais traitements.

Plusieurs disent que les communications pourraient être améliorées. « Tous les anciens combattants devraient être avisés, sans exception, de ce à quoi ils ont droit », dit un ancien combattant montréalais. Bien que les préalables pour l’admissibilité et les modifications aux programmes soient publiés au site de la toile d’ACC et dans le trimestriel d’ACC Salut! la clientèle cible ne les lit peut-être pas, dit Viskelis. Allard remarque que les médias de masse n’annoncent pas suffisamment les avantages. Le rapport du comité permanent conseillait à ACC de faire plus pour joindre les anciens combattants ruraux et les aborigènes, et qu’il devrait profiter des presque 1 500 filiales de la Légion pour communiquer avec les anciens combattants éloignés.

La Légion se fait un plaisir de les aider, à tous points de vue : qu’il s’agisse d’aider les anciens combattants à faire une demande à un programme ou d’aider ACC à mettre au point ses programmes. Les anciens combattants ne sont pas obligés d’être membres de la Légion pour demander de l’aide, à n’importe quelle filiale de la Légion.

« Le PAAC est un programme extra », dit Allard. « Il permet aux gens de rester chez eux et c’est ce qu’ils veulent. Il leur donne un certain confort pour leurs vieux jours. Il y a des éléments du PAAC qui devraient être étudiés et copiés à travers le pays », dit-il, même si ce ne serait pas du tout facile de mener à bien un programme national d’autonomie pour ainés dans la démarche fragmentée du Canada en matière de santé. « Y a-t-il une solution simple? » demande-t-il. « Probablement pas; mais c’est un programme très, très bon, alors on voudrait qu’il existe partout au pays. »

LRACC : Pour le service et l’honneur

de g. à d. : le président national Wilf Edmond, le brigadier-général Md Humayun Kabir du Bangladesh et la  lieutenante-colonelle Florence Gittens de la Barbade. [ILLUSTRATION : JENNIFER MORSE]

L’aide aux anciens combattants du Commonwealth est au cœur de la Ligue royale des anciens combattants du Commonwealth (LRACC) depuis presque 90 ans; mais un besoin d’aide si accablant peut porter les bénévoles les plus résolus au désespoir. Le message des délégués au 30e congrès triennal de la LRACC, à Accra (Ghana), a été reçu cinq sur cinq : nous continuons quand même, parce que c’est impensable autrement.

Ils disent que c’est impensable de ne pas offrir de l’aide au Zimbabwe, où les anciens combattants souffrent de privations physiques et économiques dans le régime brutal du président Robert Mugabe. Il est impensable de ne pas les secourir au Myanmar (l’an­cienne Birmanie), où les anciens combattants se trouvent dans la pire des misères sous la domination militaire et où, en mai dernier, l’assaut des cyclones et des inondations a empiré leur vie. Il est impen­sable de ne pas donner un coup de main quand les ouragans ravagent les Antilles.

Le mélange de désastres naturels et de pauvreté est implacable, alors les délégués de la LRACC se sont assemblés, du 19 au 23 juillet, pour chercher des remèdes. Un soir humide en Côte-de-l’Or, en Afrique, ils se sont assemblés pour discuter des vicissitudes des 60 000 anciens combattants qui restent parmi ceux qui ont servi la couronne durant les deux guerres mondiales. Ils ont été rejoints à Accra (Ghana) par Son Altesse Royale, le duc d’Édimbourg et les 78 délégués ont été soudés par un seul principe : le désir d’épauler les milliers d’anciens combattants qui ont répondu à l’appel quand le Commonwealth se trouvait dans le pire des dangers et qui sont actuellement dans le besoin. Ils représentaient 43 des 48 pays de l’organisation caritative et toutes les 56 organisations membres sauf neuf.

Une grande partie des pays auxquels la Grande-Bretagne a accordé l’indépendance ne se sont pas sentis obligés envers les anciens combattants du Commonwealth, alors c’est pour leur venir en aide et, dans certains cas, venir en aide aux personnes à leur charge, que la ligue a été créée en 1921. Elle s’est d’abord appelée Ligue des anciens combattants de l’empire britannique et, à la fin des années 1950, quand les nations du Commonwealth obtenaient l’indépendance et que des organisations d’anciens combattants y adhéraient, l’œuvre a changé son nom à Ligue des anciens des armées du Commonwealth britannique. En 2003, le nouveau nom, Ligue royale des anciens combattants du Commonwealth, a obtenu la sanction royale.

Le conseiller juridique honoraire de la LRACC Brian Watkins (au c.) bavarde avec les délégués Avis Nathan (à g.) et Samuel Nathan de Saint-Kitts-et-Nevis. [ILLUSTRATION : JENNIFER MORSE]

La réunion du mois de juillet a commencé en honorant ceux qui ont perdu la vie à la Seconde Guerre mondiale. Les délégués ont pris l’autocar pour se rendre à une cérémonie au cimetière commémoratif militaire à Christiansborg, un faubourg d’Accra. Là-bas, 419 soldats, dont huit canadiens, ont été enterrés côté à côte. Douze vagues de porteurs de couronne ont suivi le duc d’Edimbourg lors d’une cérémonie réglée par la Veterans Association of Ghana. Le Canada, représenté par le président national Wilf Edmond, faisait partie de la première vague. Le président sortant Jack Frost a porté une couronne de la Grenade. Par la suite, le prince s’est mêlé aux anciens combattants du Ghana qui, tous, se sont battus en Birmanie et détiennent l’Étoile de Birmanie.

En après-midi, les délégués se sont divisés en quatre groupes de discussion régionaux, une innovation au congrès de cette année ayant pour objet d’offrir l’occasion aux gens de même disposition de partager des idées sur l’avenir. Le secrétaire national Duane Daly a présidé la discussion de la région comprenant les pays des Antilles et le Canada. Il dit des participants qu’ils étaient « un groupe petit mais très cohésif, dont les membres partageaient un grand nombre de valeurs et de soucis ». Les discussions se sont portées sur les moyens d’encourager les anciens combattants mo­dernes à agir davantage et sur les idées qui serviraient à persuader les gouvernements de fixer des normes minimales de soins pour les anciens combattants du Commonwealth.

À g. : les délégués Kingsley Nelson de Guyana et Reginald Cherebin de Sainte-Lucie discutent des affaires de la LRACC. [ILLUSTRATION : JENNIFER MORSE]

Sam Nathan, délégué de Saint-Kitts et Nevis, s’est dit inquiet de l’avenir de la LRACC : « il y a des années que nous nous occupons des anciens combattants, ce qui est tout à fait juste, mais c’est aussi l’occasion de nous tourner vers la camaraderie ». Nathan insistait sur l’importance du maintien des relations militaires qui ont été créées dans la ligue au cours des 87 dernières années.

Le major-général australien Bill Crews, président de son groupe régio­nal, s’est penché sur la question. « Un jour ou l’autre, tous les anciens combattants d’avant l’indépendance et leur veuve, vont malheureusement trépas­ser. Ainsi, il est clair que la ligue a deux choix en arrivant à ce point-là. Le premier, que la dernière personne éteigne les lumières et ferme la porte en sortant. Le travail sera fini. L’autre, que la ligue trouve un moyen de se réinventer et de jouer de nouveaux rôles, avec de nouvelles fonctions. »

La LRACC est administrée par un petit secrétariat situé à Londres (Angleterre) et le colonel et secrétaire général Paul Davis a pensé à des rôles que les délégués pourront avoir pendant encore bien des années. « Le travail d’agence que nous faisons a triplé en trois ans, jusqu’à 331⁄3 p. 100 de notre bien-être total et il ne s’arrêtera jamais. Il nous faut des gens sur place pour faire ce travail. »

Le président national Wilf Edmond (à g.) et le secrétaire national Duane Daly se joignent aux autres chanteurs à la fin des sessions de travail. [ILLUSTRATION : JENNIFER MORSE]

Le lendemain, lundi 21 mai, le vice-président du Ghana, Son Excellence Alhaji Aliu Mahama, se joignait au prince pour ouvrir le congrès officiellement. La première affaire à l’ordre du jour était de réélire le prince Philip au poste de grand président. Ce dernier a commencé par remercier son hôte. « Comme vous le savez, nous ne devions pas nous trouver ici, alors nous sommes particulièrement reconnaissants au gouvernement et à l’association des anciens combattants du Ghana de nous recevoir avec si peu de préavis. » Il y a trois ans, à Ottawa, Fidji avait été choisie comme endroit du congrès mais le coup militaire du 5 décembre 2006 l’a fait exclure du Commonwealth et il a fallu trouver un nouveau lieu. À cause des nouvelles circonstances, le congrès d’Accra est le premier financé entièrement par la LRACC et, pour des raisons d’économie, il a été réduit de six jours à quatre.

Le prince s’est aussi concentré sur les catastrophes mondiales récentes. « Il me semble que c’est déjà assez mal que les anciens combattants soient défavorisés d’une façon ou d’une autre mais les ra­va­ges naturels en Birmanie et l’augmentation des prix de la nourriture mettent tous les membres et la société que nous essayons d’aider à rude épreuve. Alors je suis heureux que la ligue ait dispensé davantage de fonds de bien-être l’an dernier que depuis sa fondation, en 1921.

En 2007, plus de 1 535 171 £ (3,15 millions de dollars canadiens) ont été dépensés en bien-être à travers le Commonwealth, l’octroi le plus gros, 237 965 £, au Zimbabwe. Dave Macneill du Zimbabwe a expliqué les écueils sur lesquels on bute dans son pays. « Il y a trois semaines, une pinte de bière coutait trois milliards de dollars zimbabwéens et, en trois semaines, le prix est passé à trois cents milliards de dollars. » Il a donné encore un exemple. « Nous, la Légion, avons demandé un octroi pour payer les salaires d’entretien de l’équipement, etc. On nous a donné mille livres en avril dernier. Nous avions donc reçu la grosse somme de presque 400 milliards de dollars zimbabwéens. En avril, c’était beaucoup d’argent et on était on ne peut plus ravis mais, voyez vous, aujourd’hui c’est à peine plus que le prix d’une bière. »

De déposer des couronnes (de g. à d.) A.J. Liardet of Hong Kong, le brigadier Ram Karan Singh Gulia de l’Inde et le colonel C.B.L. Morgan de Guyana. [ILLUSTRATION : JENNIFER MORSE]

Le président national Wilf Edmond dit en résumé que « un ancien combattant pourrait s’asseoir pour prendre une bière mais ne plus pouvoir la payer avant de la finir ».

Il y a eu d’horribles tragédies en Asie aussi cette année. Bien que le Myanmar ne fasse pas partie du Commonwealth, il y a des milliers de gens dans ce pays qui se sont battus pour la Grande-Bretagne, alors, en 2001, la ligue s’est jointe à la nouvelle organisation d’anciens combattants : la Burma Forces Welfare Association. Sherry Scott, qui représentait la Birmanie, a parlé des difficultés qu’on éprouvait à aider les anciens combattants du Commonwealth après le cyclone Nargis et les inondations qui ont dévasté le Myanmar en mai dernier. Ce sont toujours les jeunes et les vieux, les plus vulnérables lors de désastres naturels et, les jours sui­vant le désastre, Scott n’a réussi à locali­ser et aider que 11 anciens combattants. « On voulait simplement les aider, dit-elle. On veut les aider d’instinct […]. Le tout premier jour, la fille d’un de nos anciens combattants nous ayant reconnus, elle nous a dit que son père était parti avec la grande vague. Son père était parti, sa fille était partie, tous ses petits-enfants étaient partis, et il ne restait plus qu’elle. Son seul revenu était l’argent qu’on donnait à son père. »

Le colonel et trésorier honoraire de la ligue Michael Winarick a rappelé aux congressistes que les octrois canadiens et australiens étaient remis directement aux bénéficiaires des Antilles et de l’Australie, en plus des fonds, 1,5 million de livres, distribués par le quartier général de la LRACC. Il dit : « nous sommes tous rede­vables à la LRC de son grand engagement financier et de son soutien constants. Elle a donné l’équivalent de 173 000 £ rien que l’an dernier, le chiffre le plus élevé de tous les temps. » Le soutien formidable de la LRC a continué en 2008, ce que le Congrès national a prouvé cette année. Les dons et les promes­ses pour le soutien des anciens combattants et des personnes à leur charge aux Antilles se sont élevés à la somme record de 312 940 $.

D’après la constitution de l’œuvre de bienfaisance, les organisations membres doivent se rencontrer tous les trois ans pour discuter de résolutions. Cette année, trois modifications à la constitution ont été proposées. La définition d’ancien combattant et de personne à charge a été clarifiée. On s’est mis d’accord sur des frais d’inscription de 10 £ par organisation membre et, pour économiser les fonds et réduire les dépenses, il a été résolu que les congrès à venir aient lieu tous les quatre ans plutôt que tous les trois ans comme avant. Les délégués ont fini par voter d’organiser le congrès de 2012 à Malte.

Le discours de fermeture a été prononcé par Brian Watkins, président du comité de direction de la LRACC. Il a expliqué pourquoi, d’après lui, des dizaines de milliers de combattants se sont portés à l’aide de l’Angleterre durant les guerres. « Ils ont répondu à l’appel parce qu’ils croyaient tous aux valeurs et aux idéaux qui poussent encore les hommes. Les valeurs qui nous tiennent à cœur, dans cette ligue, tous autant que nous sommes […]. L’amour pour la nation, la loyauté, l’honneur, le sacrifice, l’humanité, le devoir. Ils ont obéi à l’appel du devoir. Et, comme eux, nous devons le faire aussi. Nous devons obéir à l’appel du devoir que nous avons envers eux. » Watkins a terminé en citant l’épitaphe inscrite sur le mémorial de Kohima, en Birmanie. « Quand vous rentrerez chez vous, parlez-leur de nous; dites-leur que, pour vos lendemains, nous avons donné nos aujourd’huis. »

Alors ils continuent, parce que c’est impensable autrement.

Programme d’autonomie des anciens combattants : Le secours de la Légion

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Le Programme d’autonomie des anciens combattants (PAAC) a beaucoup changé depuis son institution, en 1981, et la Légion royale canadienne l’a épaulé à chaque instant.

Le programme a été mis en place pour aider Anciens combattants Canada à s’occuper de la crise qui menaçait le domaine des places de soins à long terme suite au vieillissement des vétérans des services militaires. À ce moment-là, les ainés désireux de rester autonomes n’avaient pas beaucoup de choix et on comptait beaucoup sur les établissements de soins à long terme. « À la fin des années 1970, on craignait que le vétéran de la Seconde Guerre mondiale ne surchargent le système de places prioritaires parce qu’il ne pouvait en être autrement », dit Darragh Mogan directeur général ede la Direction générale de politiques en matière de programmes et de services, à Charlottetown. Le PAAC a été conçu pour aider les anciens combattants admissibles à rester chez eux, retardant ainsi leur institutionnalisation, peut-être à jamais.

« Nous (à la Légion) disions au gouvernement qu’il allait y avoir des pro­blèmes par rapport aux places de soins de longue durée avant que quiconque ait pensé au PAAC », dit Pierre Allard, directeur du Bureau national d’entraide de la Légion royale canadienne.

Le Programme pour anciens combattants avançant en âge, qui à l’origine ciblait les pensionnés invalides de guerre, s’est appelé Programme d’autonomie des anciens combattants en 1984 et, au fil du temps, les avantages ont été étendus aux anciens combattants recevant une pension d’invalidité, à ceux qui avaient de faibles revenus, à ceux des services du Canada et à ceux qui ont une pension de zone de service spécial, ainsi qu’aux vétérans de la marine marchande et à ceux de certains groupes civils.

En 1990, les avantages d’entretien du ménage et du terrain ont été étendus à ses survivants, pendant un an, suite au décès de l’ancien combattant qui en bénéficiait. En 2003, cela a été allongé à un avantage à vie. En 2008, 282 millions de dollars ont été prévus pour les avantages aux veuves et aux soignants qui reçoivent le crédit d’impôt pour invali­dité ou le supplément de revenu garanti de Revenu Canada, ou les deux.

Au fil des années, les services couverts ont aussi été élargis pour inclure les soins ambulatoires, les adaptations au domicile et les traitements à domicile. « L’avis de la Légion a été demandé à chaque modification du PAAC », dit Allard. « Nous avons prôné à chaque étape; l’institution du PAAC d’abord et puis ses améliorations. »

On continue encore aujourd’hui — les délégués au Congrès national de 2008 ont adopté 10 résolutions demandant des améliorations au PAAC allant de la simplification de l’admissibilité et des critères de demande, à l’extension des avantages aux anciens combattants frêles, anciens alliés, membres de la GRC, veuves et soignants, ainsi que l’extension des avantages comme le remboursement, aux épouses et aux familles, des ser­vices de transport qui sont couverts pour les donneurs de services extérieurs.

CORÉE : Tension et souvenir

Les représentants des anciens combattants aborigènes et métis s’assemblent à une cérémonie du lever du soleil au cimetière commémoratif des Nations Unies. [PHOTO : TOM MACGREGOR]

Le meurtre, cet été, d’une touriste sud-coréenne a jeté un froid sur la délégation d’Anciens combattants Canada en visite à Séoul en l’honneur du 55e anniversaire de l’armistice en Corée, qui a été signé le 27 juillet 1953.

Park Wang Ja, ménagère séoulienne de 53 ans, se promenait sur la plage d’une zone touristique de la Corée du Nord quand, du dire des autorités nord-coréennes, elle s’est égarée dans un secteur militaire et a été touchée par deux balles. Elle avait omis de répondre à des cris et à un coup de semonce.

La mort, en plus du fait que la Corée du Nord a refusé que les autorités sud-coréennes examinent la scène, a suscité un revers en ce qui concerne l’espoir de renouveler les discussions entre les deux Corée. L’ouverture de la région touristique avait été considérée comme un signe que le nord désirait s’ouvrir. La région touristique était une bénédiction pour le pays communiste qui, en mal de fonds, espérait obtenir un peu de la prospérité évidente en Corée du Sud.

La tension était évidente également à l’extérieur de l’hôtel Plaza de Séoul, où habitait la délégation. Le Plaza, devant la mairie, avait récemment été le lieu de manifestations quand le gouvernement sud-coréen avait décidé de recommencer à importer du bœuf des États-Unis après l’embargo de cinq ans causé par la mala­die de la vache folle.

Les manifestations paisibles étaient un risque suffisant pour que, chaque soir, la pelouse du Plaza soit entièrement entourée d’autobus pleins de policiers antiémeute en uniforme noir. Leurs matraques et leurs boucliers se trouvaient dans les autobus, au cas où ils en aient eu besoin.

Le Monument dédié aux Canadiens tombés au champ d’honneur en Corée au cimetière commémoratif des Nations Unies à Busan. [PHOTO : TOM MACGREGOR]

Les manifestations avaient commencé à cause du bœuf mais, d’après la plupart des commentateurs, elles avaient conti­nué en réaction à la froideur du gouvernement conservateur de Lee Myung-bak envers les Nord-Coréens, laquelle avait dissipé la détente Nord-Sud créée par ses prédécesseurs.

Telles étaient les nouvelles quand le ministre d’Anciens combattants Canada, Greg Thompson, arrivait à la tête d’une délégation de 110 personnes pour célé­brer l’armistice de la guerre de 1950-1953 où le Canada avait perdu 516 âmes. Bien que la Corée du Sud soit aujourd’hui un pays prospère, dont l’économie est la quatrième en importance en Asie, les souvenirs de la guerre, qui n’a jamais fini officiellement, allaient être évidents durant le voyage, lequel allait durer du 7 au 16 juillet.

Thompson était accompagné par 36 anciens combattants, leurs soignants, des parlementaires, des délégués de la jeunesse et des représentants de plusieurs organisations d’anciens combattants, dont la Légion royale canadienne. L’Association canadienne des vétérans de la Corée était représentée par son président Terry Wickens, d’Elliot Lake (Ont.). Le trésorier national Michael Cook, membre de la filiale Cloverdale de Surrey (C.-B.), représentait la Légion et Buster Brown d’Halifax, membre du Comité national de la défense de la Légion, avait été nommé par la Légion pour représenter les membres des Forces canadiennes à la retraite.

Il y avait aussi 12 représentants d’organisations autochtones et métisses qui allaient participer à une cérémonie spéciale, au point du jour, au cimetière commémoratif des Nations Unies de Busan, que les Canadiens appelaient Pusan durant la guerre.

Le ministre des Anciens combattants Greg Thompson plein une pincée d’encens au Cimetière national de la République de Corée à Séoul. [PHOTO : TOM MACGREGOR]

Les délégués s’étaient rencontrés pour la première fois à Vancouver, à l’occasion d’un souper durant lequel les officiels d’ACC avaient fait un exposé.  Le lendemain matin, ils avaient pris un avion Airbus des Forces canadiennes, qui avait fait escale à Anchorage en Alaska avant de partir pour l’Asie.

Bob Rose de Belleville (Ont.), qui a servi dans le 426e Escadron (de Thunderbirds), connaissait bien ce trajet. « J’ai fait 16 traversées — huit allers-retours », dit-il. « On était basés à la McChord Air Force Base, à Washington. On allait de là-bas à Anchorage et puis ensuite à Tokyo, chercher les ravitaillements pour les troupes coréennes. »

En arrivant au nouvel aéroport international d’Incheon, les délégués ont vu des indications de prospérité, d’une économie qui croît plus vite que son infrastructure. Il y avait des embouteillages sur une grande partie des 26 ponts menant à Séoul.

Une visite au cimetière national de la République de Corée, à Séoul, a amorcé les événements officiels du pèlerinage. Des gardes de l’armée, de la marine et de l’aviation étaient en rang pour recevoir les anciens combattants à la cérémonie protocolaire. Thompson fut accueilli par Ki-Yoon Kwak, directeur du cimetière, au son d’une musique militaire et on lui offrit des gants blancs de cérémonie. Après les hymnes nationaux, Thompson, qui avait déposé une couronne, a été invité à mettre une pincée d’encens dans un vase de cérémonie.

L’entrée du cimetière est bordée par des statues géantes qui représentent le passé du pays. Elle donne sur une pièce pleine de fleurs. Les délégués, ressortant de la chapelle du souvenir, font face au grand cimetière qui couvre plusieurs collines surplombant le fleuve Han. Le cimetière contient 165 000 tombes de soldats, de policiers et de réservistes morts au service de leur pays.

Après avoir regardé les tombes, les délégués ont visité les monument et musée commémoratifs nationaux de guerre coréens. Le musée retrace plusieurs siècles du passé de la Corée. Il s’agit d’un pays qui a fait l’objet de conquêtes, à plusieurs reprises, par les forces impérialistes chinoises et japonaises. Le musée ne sert pas seulement à raconter l’histoire du conflit de 1950-1953.

Les vétérans du Royal Canadian Regiment Jim Gunn (à g.) et Russ Cormier évoquent leurs souvenirs. [PHOTO : TOM MACGREGOR]

L’ambassadeur du Canada en Corée, M. Ted Lipman, s’est joint à la délégation lors d’un diner offert par Kim Yang, ministre des affaires des patriotes et des anciens combattants. « En Corée, il y a un dicton qui dit qu’un arbre avec des racines profondes peut plier sous le vent », dit Kim en recevant la délégation. « Nous pensons que l’amitié entre la Corée et le Canada aussi a des racines très profondes. »

Et Thompson répondit : « en prenant place autour de la table pour partager notre repas, on s’aperçoit que, bien que nos deux pays soient très éloignés sur les mappemondes, nous sommes tout proches de bien d’autres façons. Nous avons une histoire commune et un engagement inaltérable envers les idéaux que sont la paix et la liberté. Et nous croyons fièrement que notre histoire mérite qu’on s’en souvienne et que nos valeurs méritent d’être défendues.

« Notre détermination n’a jamais été aussi évidente que lorsque nos deux grandes nations s’épaulaient contre la tyrannie. Les peuples de nos deux nations ont pris de grands risques parce que notre cause était légitime : défendre les valeurs que nous partageons, la liberté, la démocratie et la primauté du droit. »

C’est en juin 1950 que ces valeurs ont été menacées. Après la Seconde Guerre mondiale, les forces japonaises en Corée s’étaient rendues aux alliés, dirigés par les États-Unis, au Sud alors que ceux du Nord se rendaient à la Russie.

Le 38e parallèle fut choisi, arbitrairement, comme ligne de division. Cela ne devait durer que jusqu’à ce que les forces américaines et russes quittent le pays et on espérait que la Corée serait un pays uni après le départ des étrangers. À la place, une dictature communiste était établie dans le Nord et un gouvernement instable, mais démocratique, dirigeait le Sud

Le 25 juin 1950, les forces militaires de la Corée du Nord traversaient le 38e parallèle et atteignaient Séoul peu après. Les Nations Unies, qui n’existaient que depuis cinq ans, devaient agir. Seize pays, dont le Canada, acceptèrent d’envoyer des forces sous un commandement états-unien.

Une attaque amphibie à Incheon, le port le plus près de Séoul, où se trouve actuellement l’aéroport international, prit les forces nord-coréennes par surprise. Séoul fut libérée en septembre et les Nord-Coréens se replièrent. Ils furent poursuivis jusqu’aux environs de la frontière avec la Chine, mais cette dernière intervint, envoyant une grande force qui repoussa les armées de l’ONU et de la Corée du Sud jusqu’au parallèle 38, à leurs positions le long de la rivière Imjin.

À la mi-février 1951, des unités du Canada, de la Grande-Bretagne, de l’Australie, de la Nouvelle-Zélande et de l’Inde s’assemblaient en une force du Commonwealth. Ce groupe prit part à une poussée en direction nord vers le 38e parallèle. En fin avril 1951, les Chinois et les Coréens du Nord ripostaient dans les secteurs de l’ouest et de l’ouest central. Les troupes états-uniennes furent obligées de se replier et les Canadiens et les autres troupes du Commonwealth prirent part au combat pour les aider à battre en retraite.

Les hostilités se sont poursuivies pendant deux ans de plus mais la bataille piétinait, les deux côtés se retranchant près du 38e parallèle. En fin de compte, l’armistice est arrivé, à Panmunjom, en juillet 1953. Cependant, la Corée du Sud n’a jamais signé l’armistice, alors, théoriquement, elle est encore en guerre avec le Nord.

La délégation a eu une idée du style de vie qu’avaient les troupes coréennes après le cessez-le-feu, à l’occasion d’une visite au poste d’observation de Sang Seung, au nord de Séoul. Il est interdit d’y prendre des photos et on considère qu’il est trop risqué de permettre l’accès libre aux touristes.

La sous-ministre des Anciens combattants Suzanne Tining se joint au représentant de la Légion Michael Cook à Naechon. [PHOTO : TOM MACGREGOR]

De là, plusieurs des anciens combattants nous ont indiqué les zones où ils avaient patrouillé. « C’est un pays affreux pour le combat », dit Russ Cormier, âgé de 76 ans, de London (Ont.). Il le sait bien. Il a passé une bonne partie du temps qu’il était en Corée à cet endroit, en patrouille pour le Royal Canadian Regiment, à observer l’autre côté. « On sortait seulement la nuit. On pouvait nous voir durant la journée. »

Hubert Lalonde, membre âgé de 77 ans de la filiale Chippawa de la Légion, de Niagara Falls (Ont.), a servi dans la Princess Patricia’s Canadian Light Infantry. Il se souvient des patrouilles au front. En mars 1952, un de ses compagnons et lui ont été atteints par un obus. « On s’est fait couvrir de terre mais on n’a pas été blessés. J’allais dire que les obus ne tombent jamais au même endroit quand le deuxième est arrivé », dit-il.

« Voyez-vous cette marque près de mon œil? » dit-il en indiquant une tache foncée. « C’est de la terre de Corée que je transporte partout. On m’avait dit que l’éclat allait ressortir tout seul, et c’est arrivé. Mais la terre est restée là. »

Le lendemain, la délégation est allée au Jardin commémoratif canadien de la guerre de Corée, à Naechon. Il est au cœur de la vallée de la Gapyong, que les Canadiens appelaient alors Kapyong. C’est là qu’a eu lieu une des batailles les plus terribles de la guerre. En avril 1951, le 2e Bataillon de la Princess Patricia’s Canadian Light Infantry a failli être soumise par les vagues de soldats chinois qui déferlaient sur lui. En fin de compte — dernière tentative, fructueuse, pour repousser l’ennemi — les officiers de la PPCLI ont demandé à l’artillerie de faire feu sur leurs propres positions. Dix soldats de la PPCLI en sont morts et 23, blessés. La U.S. Presidential Citation a été décernée au 2e de la PPCLI et au 3rd Royal Australian Regt. suite à cette action.

« Ici, maintenant, on a peine à se souvenir que cet endroit était bien différent il y a quelque 55 ans. Il avait été ravagé par la guerre. Un endroit de souffrances terribles, un endroit où des villages entiers avaient été effacés par les bombes et dont les survivants transportaient le peu de choses qui leur restait sur le dos », dit Thompson, au jardin.

« Au milieu de toute cette misère, nos troupes arrivaient pour se mesurer à un ennemi connaissant le terrain bien mieux qu’elles, qui était bien plus habile pour gravir montagnes et collines. C’était un terrain vraiment étranger, impressionnant aux yeux de nos gars des Prairies. Pourtant, ils ont tous trouvé la force, le courage, la volonté d’aller de l’avant. »

Le moment crucial, le dernier jour que la délégation a passé alentour de Séoul, a eu lieu durant la visite à Panmunjom, où le cessez-le-feu a été négocié et où les deux côtés continuent de se rencontrer pour s’occuper des protocoles allant de ceux des visites touristiques jusqu’à ceux de l’aide humanitaire.

Le groupe est allé au Camp Bonafas, une enceinte américaine où les soldats états-uniens et coréens gardent la seule route entre les deux Corée. Après les renseignements donnés par des soldats américains, on dit à la délégation que des « guides prêts au combat » allaient monter dans les autocars avec eux. Le premier point de repère était ce que, d’après le guide, la revue Golf Digest avait appelé le terrain de golf le plus dangereux au monde, car il y a des terrains de mines de trois côtés. « La tension est très, très élevée actuellement, » dit le guide aux pèlerins quand ils arrivaient aux trois édifices à un étage peints en bleu. Des gardes de la République de Corée se tiennent à un bout de chaque édifice et des gardes nord-coréens à l’autre. « Ne faites aucun geste vers les Nord-Coréens. Quoi qu’ils fassent », dit-on au groupe. Mais c’était difficile car des civils nord-coréens visitaient l’autre côté et ils saluaient les Occidentaux de la main.

Les soldats sud-coréens sont entrainés à se tenir en position d’art martial, les poings fermés. Bien qu’ils soient immobiles comme une statue, ils sont prêts à agir. Il y en a un qui l’a fait quand une des Coréennes qui assistaient la délégation s’approcha d’une chaise pour la bouger. Le soldat lança rapidement un cri d’art martial, présentant une main ouverte verticalement et dit à la femme de ne pas s’approcher davantage. Elle recula et le garde reprit son poste.

Il y a une ligne au centre de la pièce qui représente le 38e parallèle. Bien qu’on permette aux voyageurs de traverser la ligne un instant, on les avait avertis de ne pas s’approcher de la porte qui donne sur le côté nord de l’enceinte.

La délégation a visité un autre lieu un peu plus loin le long de la route, sans toutefois pouvoir prendre des photos. Il s’agit de Daeseong-dong, c’est-à-dire village de la liberté, où des Coréens habitent encore, qui exploitent des fermes viables. Les résidents doivent soit avoir habité là, soit être des descendants de gens qui y habitaient, quand la zone démilitarisée a été établie. Ils peuvent vendre leurs récoltes en Corée du Nord ou du Sud, mais ils vivent dans des conditions sévères. Tout le monde doit quitter les champs et retourner au village à la tombée de la nuit et chez eux avant minuit.

Le « pont de non-retour » n’est pas loin de là. C’est là que les prisonniers ont été échangés après l’armistice. Les prisonniers avaient le choix. Ils pouvaient aller en Corée du Nord ou du Sud, mais quand ils avaient traversé le pont, ils ne pouvaient plus revenir. Bien que beaucoup de prisonniers du Nord aient bondi sur l’occasion d’aller vivre en Corée du Sud, il y en a qui sont allés au Nord à cause de liens familiaux.

Parmi ces prisonniers se trouvait un Canadien, Jim Gunn de Gatineau (Qc) et un membre de la délégation. En tant que seul prisonnier de guerre de retour, on lui a permis d’aller sur le pont, escorté par des gardes américains et d’en revenir. Gunn, à qui on demande s’il se souvient d’avoir traversé le pont, dit de manière abrupte, honnêtement, qu’il ne s’en souvient pas du tout.

Cet homme de 73 ans, qui était alors simple soldat et tireur d’élite du RCR , a été fait prisonnier par les Chinois, quand il était en patrouille, le 2 mars 1953. « On savait qu’on allait se faire prendre, alors on a démonté les fusils et les télescopes et on les a enterrés avant qu’ils nous attrapent. Ils ont trouvé les armes assez vite mais ils ne savaient pas comment les remonter. Ils nous regardaient, mais on haussait les épaules », dit Gunn, et il lève les bras comme pour indiquer qu’il ne comprend pas.

Après la visite à Panmunjom, la délégation est retournée à l’aéroport prendre l’avion pour Busan. C’est là-bas que la plupart des soldats sont arrivés, par bateau, et qu’ils ont foulé le sol coréen pour la première fois.

Le cimetière commémoratif des Nations Unies à Busan, de 35 acres, contient les restes de 2 300 militaires alliés qui se sont battus aux côtés des Coréens du Sud. Trois-cent-soixante-dix des tombes sont celles de Canadiens.

Là, la délégation a réglé les dernières cérémonies, dont la première était la cérémonie autochtone de l’aube. C’était une cérémonie moins solennelle, en l’honneur des éléments, qui a eu lieu à 8 h, après le lever du soleil.

Noel Knockwood de Lake Echo (N.-É.), né dans la réserve indienne Brook, à Shubenacadie (N.-É.), il y a 75 ans, dirigeait la cérémonie. Il a servi dans le 1er Régiment de campagne du Régiment royal de l’Artillerie canadienne et, après la guerre, a été enseignant et a servi comme sergent d’armes à l’Assemblée législative de la Nouvelle-Écosse.

Les représentants de l’Association nationale des anciens combattants autochtones, des Anciens combattants des Premières nations du Canada et de l’Association canadienne des anciens combattants métis ont formé un cercle et brulé du tabac. Knockwood a dirigé des prières en micmac et en anglais. « Nous avons prié le dieu que nous connaissons. Nous appelons Dieu Grand-père/Grand-mère car nous ne savons pas de quel sexe il est. »

Knockwood se souvient d’un soldat aborigène, avec qui il a servi, qui était chauffeur. Ils avaient été en permission ensemble et l’officier que son ami conduisait voulait retourner au front. En même temps, les ingénieurs alliés utilisaient des explosifs pour faire une nouvelle route. La zone de travail n’était pas bien indiquée et ils ont roulé dans une explosion qui a causé un glissement rocheux. Les débris projetés sont passés à côté de l’officier et ont tué l’ami de Knockwood.

Pendant le service commémoratif au cimetière, Thompson dit « je sais que ce cimetière est également d’un grand réconfort aux anciens combattants qui  sont venus ici aujourd’hui. Pendant 55 ans ils n’ont pratiquement rien demandé ni à leur pays ni à nous. Mais, après réflexion, ils vous diront qu’il y a tout de même une question qui pèse lourdement sur leur esprit. Les générations futures se souviendront-elles d’eux? Les aideront-elles à respecter leur vœu de ne jamais oublier leurs camarades morts au combat?

« Ce matin, les réponses à ces questions sont claires. Nous sommes sincèrement reconnaissants envers toutes les personnes qui ont contribué à faire de ce cimetière un si beau monument à leur mémoire. »

Après le dépôt de couronnes par les représentants, le groupe s’est promené dans la section canadienne du cimetière et déposé une couronne au monument militaire coréen érigé aux morts cana­diens. Ce dernier, dévoilé en 2002, comporte une sculpture en bronze d’un soldat canadien portant un enfant coréen dans ses bras, un autre enfant à côté. Il y a un monument identique à Ottawa.

Le monument d’origine a été conçu par le vétéran de la guerre de Corée Vince Courtenay et sculpté par l’artiste coréen Yoo Young-mun. Sur l’original, ainsi que sur celui d’Ottawa, se trouvent les noms des 516 Canadiens morts à la guerre de Corée. Les mots « Nous ne vous oublierons jamais, valeureux fils du Canada » y sont inscrits.

Thompson a déposé une couronne au monument coréen et puis écouté la chorale des enfants de l’école élémentaire Suk-Po de Busan. Les chansons des jeunes, qui jouaient d’instruments traditionnels, concernaient la bravoure des Canadiens en Corée.

Malgré la tension au 38e parallèle, on s’aperçoit encore que c’est un pays qui a beaucoup prospéré au cours des dernières décennies. La Corée du Sud, nation en ruines qu’elle était, est deve­nue l’un des 10 plus grands pays exportateurs du monde et un des membres de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole et de l’Organisation de coopération et de développement économiques.

L’ambassadrice des jeunes à la délégation, Kathleen O’Brien de Yellowknife (T. N.-O.), dit que le voyage l’a beaucoup touchée. « Je suis allée à Vimy avec mon école, mais il n’y avait personne avec nous qui s’était battu à la Première Guerre mondiale. Ce voyage est tellement actuel et les hommes qui s’y sont battus sont avec nous », dit cette élève d’école secondaire qui avait été choisie dans le cadre du programme jeunesse Rencontres du Canada. « Je pense que j’aimerais avoir un emploi qui me permette de revenir. »

De dire Mike Cook de la Légion : « J’ai trouvé le voyage très instructif mais ce qui me surprend c’est l’hospitalité et la reconnaissance que le peuple coréen ressent envers les Canadiens ».

« Je pense que ce voyage est une révélation. On voit des villes et des routes où il n’y avait rien », dit Cormier. « Ce qui m’impressionne le plus, ce sont les visages souriants des enfants. La dernière fois que j’étais ici, ils ne sou­riaient pas. Ils avaient faim et froid. Maintenant, ils sourient et ne semblent avoir aucun souci. Je ne peux m’empêcher de penser que c’est ce que nous avons fait. »