Le 79e Congrès De La Division Due Nouveau-Brunswick

L’Importance De L’État Financier Du Nouveau-Brunswick

Cette année, seules les affaires comptaient au Nouveau-Brunswick. Il n’a fallu que deux jours et une élection rapide pour mettre la division sur la voie qu’elle va emprunter au cours des deux prochaines années.

Il s’agissait du 79e Congrès de la Division du Nouveau-Brunswick, lequel avait lieu, du 4 au 6 septembre, à la filiale Herman Good VC de Bathurst.

Bathurst est une ville pittoresque d’environ 13 000 habitants, sur la côte intérieure de la baie des Chaleurs, du côté atlantique du Canada.

Après une réception de peu de durée, mais où il y avait foule, donnée vendredi soir par la présidente de la Division Mavis Cooper, le congrès a commencé pour de bon à la filiale, samedi, par une salutation du représentant de la Direction nationale et grand président honoraire Charles Belzile, qui a déclaré : « de la part du président national Wilf Edmond, de toute la Direction nationale, je vous souhaite tout le succès possible ».

Peu après, Belzile déclarait le congrès officiellement ouvert et la secrétaire, Cindy Saunders, faisait le premier des rapports des délégués, dont le nombre était de 82 accrédités détenant 41 procurations, ce qui donnait 123 votes en tout. Il finirait par y avoir 101 délégués sur place détenant 60 procurations, ce qui donnait 161 votes en tout.

Avant le début de la procédure des élections, la chef de l’adhésion de la Direction nationale Maureen Thompson a prononcé un petit discours, remarquant que les effectifs sont toujours à la baisse en règle générale, et que les problèmes de la conservation coutent presque autant que ceux de l’attraction.

L’appel aux candidats a été rapide mais sérieux. Le seul nommé au poste de président honoraire a été Leo Johnson de la filiale Richibucto et il n’y a également eu qu’un seul candidat au poste de premier vice-président : Paul Poirier de la filiale Herman Good VC. Il y a eu trois nominations au poste de président : Clayton Saunders de la filiale Petitcodiac, Mavis Cooper de la filiale Chatham et l’ancien président de la division Dennis Driscoll de la filiale Portland de Saint John, mais les deux derniers ont opposé un refus.

La seule confrontation importante du congrès a eu lieu pour le poste de deu-xième vice-président, où Rick Love de la filiale Southampton, Theresa Gogan de la filiale Salisbury, Don Clark de la filiale Moncton et Egan Eggert de la filiale Passamaquoddy de St. Andrews ont accepté leur nomination. Love a remporté l’élection au premier scrutin.

Il n’y a eu qu’une seule nomination au poste de trésorier, celle de Gary McDade, de la filiale Fredericton, et bien que l’ancien président Tom Eagles de la fi­liale Marble Arch ait été nommé au poste de président des débats, il refusa de se présenter, ce qui permit à Harold Harper de la filiale Havelock de conti-nuer dans ce rôle-là.

Après les nominations est arrivé le moment du rapport de la présidente Cooper. « Pendant mon mandat, certaines de nos filiales ont eu des pro­blèmes, dit-elle. Les décisions que j’ai dû prendre l’ont été d’après les arrêtés de la Légion. J’ai passé nombre de nuits blanches, mais quand j’avais pris une décision, je m’y tenais. »

Tout n’était pas que mauvaises nouvelles, toutefois, et elle a poursuivi en mettant en évidence plusieurs de ses succès, notamment le soutien financier ininterrompu au Centre de ressources pour les familles des militaires, à Oromocto et le succès financier de la plaquette de reconnaissance de service militaire.

Le trésorier Gary McDade a aussi commencé son rapport en donnant des bonnes nouvelles sur les finances. Pendant les deux dernières années, les investissements de la division ont augmenté de 350 599 $ à plus de 540 000 $. Et la valeur nette de la division avait augmenté de 538 527 $ à 666 183 $.

Étant donné la santé des finances de la division, le nombre de bourses offertes aux étudiants a été doublé, de 25 à 50 et les dons aux anciens combattants, aux ainés et aux groupes de jeunes et de cadets ont été augmentés.

McDade a aussi parlé de ce qu’il a appelé « le marteau ». Il s’agissait du problème comme quoi toutes les filiales doivent soumettre leurs déclarations financières au bureau de la division dans les 90 jours suivant le 31 mars. Le pro­blème a empiré à cause des nouvelles normes internationales d’information financière, adoptées conséquemment à la crise financière des États-Unis.

Belzile a expliqué le point de vue d’Ottawa, se concentrant sur l’idée que bien que les temps soient durs, la meilleure chose pour le succès de l’organisation, c’est l’unité.

« Personne n’a jamais dit que ce serait simple d’être légionnaire, et c’est évident que ce ne l’est pas. Notre économie ne va pas bien, nos soldats continuent leur mission dangereuse outre-mer avec l’équipement que notre gouvernement peut se permettre et nos anciens combattants se tournent toujours vers nous quand ils ont besoin d’aide, mais nous continuons à nous chamailler à propos de boutons et de révérences plutôt que des problèmes importants », dit Belzile.

Il a ensuite expliqué que la Légion dépense à peu près 200 000 $ par année pour appuyer les militaires et les projets des Forces canadiennes, dont le Fonds de moral des troupes, les cadeaux de Noël pour les troupes déployées et le soutien des marcheurs de Nimègue.

« Notre collectivité d’anciens combattants est plus fragmentée que jamais […] tout le monde essayant de piger dans le même groupe quand il s’agit de recruter des membres. Nous avons communiqué avec les groupes principaux pour s’unir sous le drapeau de la Légion royale canadienne et, bien qu’aucun des groupes n’ait encore accepté, une douzaine des plus important d’entre eux ont accepté de poursuivre les discussions, afin que nous soyons tous sur la même longueur d’onde ».

« Sommes-nous toujours pertinents pour les soldats en devoir? a-t-il demandé. Je crois que oui, bien que beaucoup d’entre nous ne soient peut-être pas d’accord. […] mais il va falloir se dévouer et accepter de changer pour l’assurer. »

Le ministre d’Anciens combattants Canada Greg Thompson a prononcé un discours sur les efforts ininterrompus de son ministère, ce qui a été une belle complémentation pour la session de questions et réponses dirigée par la directrice régionale de l’Atlantique d’ACC, Krista Locke.

L’horaire après le dîner devait comprendre une petite session d’affaires avant de fermer pour la journée afin de régler le défilé et le service commémoratif traditionnels.

Cependant, auparavant, Jack Clayton a lu le rapport relativement morose sur l’adhésion. « Nous sommes les pires au Canada quand il s’agit de renouveler, dit-il pour commencer, et il a poursuivi en disant « Nous sommes aussi la pire des divisions à la campagne des lève-tôt, alors c’est nous le top. »

« Il est évident que la tendance à la baisse s’est transformée en plongeon dans notre sociétariat », a-t-il dit en conclusion.

Ensuite, les brèves salutations du président de la Division de la Nouvelle-Écosse/Nunavut Les Nash, de celui de l’Île-du-Prince-Édouard Jim Ross et de celui de l’Ontario Ed Pigeau ont précédé le rapport de Saunders sur le tirage de sweepstakes. Saunders a déconseillé de poursuivre cette activité car elle est déjà dans le rouge de 35 000 $ en commençant et qu’il n’est pas sûr qu’elle apportera des bénéfices. La recommandation ayant été approuvée par l’assemblée, le sweepstakes n’est plus.

À 15 h, le lieutenant-gouverneur du Nouveau-Brunswick Herménégilde Chiasson a pris la parole brièvement, se lamentant qu’une autre filiale de la Légion venait de fermer ses portes, car les filiales sont une partie fondamentale de la vie au Canada et une force vitale du souvenir. Mavis Cooper lui a ensuite remis le prix de l’amitié de la Légion.

Le défilé et la cérémonie ont eu lieu au cénotaphe, au centre-ville de Bathurst, devant le vieux palais de justice en pierre. La manifestation s’est bien déroulée, qui s’est terminée lorsque Chiasson, Belzile, Cooper et le ministre Thompson sont montés sur une petite estrade où ils se sont fait saluer.

Belzile a commencé, dimanche matin, en lançant l’appel traditionnel relatif aux donations pour la Ligue royale des anciens combattants du Commonwealth, qui se sont élevées à tout juste au-dessus de 4 000 $.

Le rapport sur les résolutions, lu par Saunders, est passé rapidement, sous une rafale d’accords, et toutes les motions — qui dans l’ensemble concernaient des problèmes de service aux anciens combattants plutôt techniques — ont été adoptées sans vraiment être débattues.

Après les rapports des commanders de district, il y a eu une demande de dons pour le Fonds de moral des troupes. Une motion a été proposée, pendant que les dignitaires en visite circulaient avec les paniers, pour que la Division du Nouveau-Brunswick fasse aussi un don au fonds. Après un petit conciliabule sur scène, Cooper a pris le microphone et déclaré que la fondation de la division pouvait donner 5 000 $. L’assemblée l’a approuvée, ce qui a donné une donation totale de presque 5 300 $.

Toutes les affaires ayant été réglées, le moment de l’installation des nouveaux officiers était venu, qui s’est terminé par le discours traditionnel du nouveau président.

« Merci de me faire confiance, dit Saunders à la foule. Quand je suis entré à la Légion, à 19 ans, je ne pensais pas du tout qu’un jour je serais président de division. »

Il a ensuite parlé de ce qu’il a l’intention de faire pendant son mandat.

« Nos anciens combattants sont notre priorité absolue, et nous devons faire en sorte que tous les anciens combattants, ceux à venir inclus, obtiennent les soins et l’attention qu’il leur faut. »

« Les filiales ont de la difficulté, a-t-il remarqué, mais qu’est-ce qu’on y peut? » Le fait que « les filiales admettent rarement qu’elles sont en difficulté est un problème. […] La Division du Nouveau-Brunswick est prête à vous donner un coup de main comme elle pourra. […] Nous faisons tous partie de la même organisation et nous devons nous serrer les coudes. »

Il a continué en parlant de ce qui, croit-il, est une des raisons principales pour lesquelles les filiales sont en difficulté. « La diminution du leadership et des connaissances concernant les moyens de la Légion est un problème important. Alors on va créer un comité du développement organisationnel. […] Je suis sûr qu’avec une nouvelle formation, certains des problèmes actuels des filiales seront soulagés, sinon éliminés. »

Le prochain congrès aura lieu la fin de semaine de la fête du Travail, à la filiale Fredericton, en 2011.

Les Jeunes Athlètes Font De Leur Mieux

Les championnats nationaux d’athlétisme de la Légion royale canadienne de cette année, qui ont eu lieu du 5 au 11 aout, à Sherbrooke (Qc) à nouveau, ont été un vrai raz de marée de records pulvérisés et de rendements incroyables : les athlètes de partout au Canada s’efforçant de se surpasser les uns les autres pour devenir champions nationaux.

Au bout de deux jours d’entrainement, la manifestation a commencé par une cérémonie d’ouverture par une soirée fraiche, le vendredi, au stade de Sherbrooke. Pendant que les quelques centaines de jeunes s’asseyaient simplement sur la piste, la première vice-présidente Pat Varga dirigeait la cérémonie d’ouverture, lisant gravement l’Acte du Souvenir.

Cette manifestation annuelle, organi­sée de concert avec Athlétisme Canada, était la deuxième où des athlètes de l’extérieur du système de la Légion avaient le droit de participer. Et cette année, on n’en sera pas surpris, il y a eu un très grand nombre d’athlètes de clubs privés de tous les coins du pays, comme les Lions d’Ottawa et la Phoenix Athletic Association de la région torontoise.

L’adjonction à la manifestation de ce qu’on appelle les athlètes « ouverts » a non seulement augmenté les revenus, mais a amélioré encore plus la portée de cette rencontre autorisée nationalement. Quelque 80 p. 100 de l’équipe nationale d’athlétisme canadienne ont participé au concours de la Légion.

C’est le samedi matin qu’ont débuté les compétitions elles-mêmes. Un des premiers bris de records a eu lieu quand l’Ontarienne Sarah Moss a fixé un nouveau record de la Légion chez les filles de moins de 16 ans, en lançant un disque à 39,01 mètres : un mètre de plus que l’ancien record. Elle a brisé un autre record de la Légion peu après, celui du poids, grâce à un lancer de 13,72 mètres. Ce n’est pas surprenant qu’étant donné ces deux performances, elle allait être choisie meilleure athlète des championnats.

Ensuite, ce fut le tour de la Britanno-Colombienne Katie Reid de fixer un nouveau record, à la course de 400 mètres chez les filles de moins de 18 ans cette fois-ci, avec un chrono de 54,90 et, mentionnons-le, Carly Paracholski du Manitoba a aussi brisé le record en 55,19.

Mais un des rendements de la journée les plus fascinants a sans nul doute été celui où, bien qu’aucun record n’ait été brisé, il y eut un rétablissement specta­cu­laire. C’était au steeple-chase des filles de moins de 18 ans, une longue épreuve de course où les compétitrices devaient sauter plusieurs obstacles, dont une rivière. La Britanno-Colombienne Alycia Butterworth avait participé aux championnats de la Légion l’an dernier et, bien que sa course avait été superbe, elle n’avait pas gagné. Ce ne serait pas pareil cette année, mais il allait lui falloir se battre.

À son deuxième passage de la rivière, la fille de 16 ans a fait une petite erreur et s’est étalée dans l’eau, complètement submergée.

Quand elle a surgi de l’eau, plusieurs filles l’avaient dépassée. Où d’autres auraient sans doute abandonné, elle n’a même pas hésité : elle s’est élancée à toute vitesse et a rejoint les autres, terminant en première place et inscrivant un meilleur chrono personnel en même temps.

Quand elle était sortie de l’eau et qu’elle avait repris la course, on voyait bien que Butterworth était en train de crier. De quoi s’agissait-il? Elle s’était écriée : « Encore? Vraiment ».

Elle était déjà tombée sur la piste de Sherbrooke, quand elle s’entrainait en vue de l’épreuve de cette année. « Quand j’ai plongé dans l’eau, je me suis dit : “C’est pas croyable, je suis encore tombée”. » Là-dessus, elle dit en riant qu’elle cherche le bon côté des choses.

« Super, je me suis rafraichie, ça va m’aider », se souvient-elle d’avoir pensé.

L’autre chose à laquelle elle pensait aussi, c’est que les gens dans les tribu­nes allaient rire d’elle parce qu’elle était tombée. « Je me suis dit : “Il faut absolument que je me relève et que j’essaie”. Je me suis concentrée plus que jamais parce que j’allais vraiment devoir me battre et prouver à tous ceux qui me regardaient et qui riaient peut-être de moi, que je suis vraiment une coureuse. »

Elle l’a prouvé, que c’est une coureuse. Elle a fini par battre son meilleur chrono personnel d’environ quatre secondes, un rendement qu’il faut bien qualifier de spectaculaire.

Comme si cette victoire ne suffisait pas, peu de temps après, elle remportait l’or au relais 4×400 mètres avec ses coéquipières de C.-B./Yn Haleigh Lloyd, Devan Wiebe et Katie Reid.

Samedi, en fin d’après-midi, chez les Albertaines de moins de 16 ans, l’équipe de relais quatre courses fixait un nouveau record de la Légion. L’ancien était de 4 min 6,4 s et l’équipe de Sage Watson, Jazmine Grannum, Shamelle Pless et Jenna Westaway réussit à couvrir la longueur en 4 min l,26 s.

Le dernier rendement extraordinaire de la journée est celui de Aaron Brown du Phoenix Athletic Club. Il a brisé le record de la Légion chez les garçons de moins de 18 ans aux 100 mètres en 10,9 s, mais son chrono n’a pas été officiel en tant que record parce qu’il faisait partie de la classe « ouverte » des athlètes. Il a aussi remporté la course de 200 mètres chez les moins de 18 ans.

Les prouesses n’ont pas manqué le dimanche non plus.

En plus des nombreux records de la Légion brisés ce jour-là, il y a eu l’histoire d’un jeune Saskatchewannais. Tyler Young, âgé de 14 ans, a réussi à remporter la médaille d’or chez les garçons de moins de 16 ans aux 300 mètres haies. Il n’a pas battu de record mondial, ni même celui de la Légion, avec son chrono de 40,12 s, mais il a certainement battu celui de la Saskatchewan. Et il s’agissait d’un record très important pour lui et pour son entraineur Jason Reindle, car c’était le record que Reindle lui-même avait fixé quand il était jeune.

« Ça fait longtemps qu’il dit qu’il m’entrainait pour battre son record, dit Young. À l’entrainement, j’étais proche, mais je l’avais jamais battu. Il arrêtait pas de m’achaler, de me dire qu’il fallait que je le brise. »

Dans le véritable esprit de cette ma­ni­festation, Young a relevé le défi de son entraineur et, non seulement a-t-il brisé son record, mais il a aussi inscrit son meilleur chrono personnel pour ce faire.

Après les épreuves, tout ce qu’il restait à faire, c’était la cérémonie de fermeture, aller danser et prendre une journée de congé; journée où les athlè­tes sont allés visiter les attractions touristiques de la localité.

À la cérémonie de fermeture, qui a eu lieu dans l’enceinte du manège militaire de Sherbrooke, Varga était sur place pour présenter l’orateur principal, le caporal-chef Jody Mitic, un tireur d’élite des Forces canadiennes qui a perdu les deux jambes lors d’une explosion en Afghanistan, en 2006.

« Le caporal-chef Mitic aurait très bien pu abandonner, dit Varga. Mais il ne l’a pas fait. C’est ça l’engagement. »

Mitic a prononcé un discours électrisant à la foule des jeunes athlètes sur leur trente-et-un, leur parlant de sa blessure et son rétablissement, y compris le fait assez surprenant qu’il était en train de s’entrainer pour courir un semi-marathon cet automne, et qu’il avait l’intention d’en courir un entier l’an prochain.

Après son discours, un groupe de jeu­nes athlètes, avides d’en savoir plus sur son histoire, ont entouré Mitic et lui ont même demandé avec bravache de leur permettre d’examiner ses prothèses, ce à quoi il a acquiescé gracieusement.

Comme dernière affaire à la cérémonie de fermeture, les deux athlètes de l’année de l’évènement ont reçu leur prix. Sarah Moss a gagné pour son rendement au disque et au poids et l’Ontarien Stephen Ajayi pour sa médaille d’or chez les garçons de moins de 16 ans aux courses de 100 et de 200 mètres.

Les prochains championnats d’athlé­tisme de la Légion auront lieu à Ottawa, en aout 2010.

Les chasseurs de dragons

Les « ninjas de l’espace », au travail dans une illustration d’une attaque radiologique, à la Colline parlementaire. [ILLUSTRATION : MICHAEL WYATT]

Au fond du Kandahar, le fantassin canadien moyen ressent envers les démineurs ce que la plupart des gens ressentent envers les motocyclistes de course ou les surfeurs qui nagent avec les requins; il a un regard en coin, les yeux plissés et pleins d’appréciation, et il se pose principalement une question : il est fou, ce type? Quelle personne avec tous ses moyens voudrait s’approcher des explosifs pour les désarmer?

C’est une bonne question. Mais enfin; il faut bien que quelqu’un le fasse.

S’approcher doucement des bombes n’est certes pas un jeu pour les timorés, mais marcher sereinement à travers un nuage de produits chimiques ou vers une bombe nucléaire réelle, c’est une tout autre chose. Mais, cela aussi, il faut que quelqu’un le fasse. Le présent texte n’est que l’esquisse d’une unité secrète formée pour faire précisément cela.

Imaginez une bombe atomique à Toronto, ou des terroristes portant une bombe sale radiologique prenant le Parlement d’assaut. Ce sont ces gars-là qu’on appellerait à la rescousse.

Ce que le public verrait, c’est tout au plus des images, prises de loin, d’opérateurs habillés comme des ninjas de l’espace, courant à découvert.

Il existe un monde très secret — et plutôt effrayant — alors il n’y a encore jamais eu d’histoire détaillée sur l’Unité interarmées d’intervention du Canada (UIIC), un élément du Commandement des Forces d’opérations spéciales du Canada et l’unité qui est littéralement la dernière ligne de défense du Canada en cas d’attaque aux armes chimique, biologique, radiologique ou nucléaire (CBRN).

N’écoutant que leur courage

Ces soldats, basés à la BFC Trenton, ont un des emplois dont on parle le moins, mais potentiellement un des plus importants, de ceux des Forces canadien­nes. Ils passent tout leur temps à se préparer à rester froid devant n’importe quel danger, car ils risquent d’avoir la responsabilité de la vie de millions de personnes. « Quand on nous donne une mission, nous trouvons le moyen de l’accomplir. Nous sommes une unité qui ne peut pas échouer. J’utiliserais toutes les ressources, sans exception, pour régler le problème », dit le commandant de l’unité, le lieutenant-colonel Steve Nash. « Si quelqu’un lançait une attaque nucléaire contre le Canada, la plupart des Canadiens s’attendraient à ce que quelqu’un soit assez dévoué pour la neutraliser. Nous le sommes. Nous n’arrêterons pas, quoi qu’il arrive.

« J’ai l’autorité, légalement, d’ordonner à tous mes gens d’aller à la mort », dit-il en baissant les yeux.

Avant la cartographie moderne, dans un univers où les bêtes terribles parcouraient encore l’imagination, il y avait des endroits où s’arrêtait le monde connu et où la terra incognita commençait. C’étaient des endroits au-delà des connaissances, qui faisaient froid dans le dos et qui, souvent, étaient des plus périlleux; on les marquait sur les cartes de l’inscription latine Hic sunt dracones : Il y a des dragons ici.

C’est exactement pour cette raison que le dragon est le symbole de l’UIIC — et le symbole de beaucoup, pour ne pas dire de la plupart, des unités CBRN alliées — car on leur donne le soin de s’aventurer dans l’inconnu, encore et encore, où personne d’autre n’ose s’aventurer, quand il s’agit de désarmer, désactiver ou rendre inerte les armes les plus diaboliques qu’il est possible d’inventer. Ils ne font pas que pousser jusqu’à la terra incognita, ils y vont à la chasse aux dragons.

Dans l’unité

Le rôle de l’UIIC se décompose en trois points principaux : comme la GRC, elle fait partie de l’équipe d’intervention du Canada en cas d’explosifs chimiques, biologiques, radiologiques et nucléaires (ECBRN).

Ensuite, aux côtés des autres éléments du Commandement des Forces d’opérations spéciales du Canada, l’UIIC fait partie de la force opérationnelle d’intervention immédiate qu’on appellerait lors d’une situation de terrorisme comme une bombe nucléaire ou une attaque à la Colline parlementaire.

Troisièmement, elle participe aux opérations à l’étranger de plusieurs manières, mais surtout dans le cadre de la force d’opérations spéciales déployée en Afghanistan. L’UIIC est aussi aux toutes premières lignes de n’importe quel déploiement — équipes d’activation dans le théâtre, Roto 0 — pour étudier le nouvel endroit et s’assurer qu’il n’y ait pas de danger.

L’unité est pleine de spécialistes, plus de 30 professions en tout : des météorologues aux infirmiers, en passant par les durs vétérans des forces d’opérations spéciales.

L’UIIC succède directement à la Compagnie de défense nucléaire, bio­logique et chimique interarmées qui était basée à Trenton. Elle a été adoptée par le Commandement des Forces d’opérations spéciales du Canada en 2006, et le changement de nom et les capacités accrues ont eu lieu peu après.

D’après Nash, l’unité ressemble à un groupe qu’on trouverait sur le plateau de la Guerre des étoiles, dans un bar intergalactique; c’est une ménagerie on ne peut plus diverse et, à l’occasion, bruyante. Nash lui-même, sous bien des rapports, mène la danse à ce propos. Ancien officier d’infanterie, diplômé en histoire, Nash est leadeur tout autant que farceur. Par exemple, il dit pour rire que le commandant de la FOI2 l’a présenté à quelques reprises lors de briefings en disant « si la FOI2 devait recruter dans les écoles secondaires, on irait voir l’équipe de football, mais c’est au club d’échecs ou au club de la Guerre des étoiles que l’UIIC irait. »

Il y a peut-être du vrai là-dedans. En fait, nombreux sont les opérateurs de l’UIIC qui prennent des cours de 3e niveau en science des CBRN. « Nous nous entrainons pour régler des pro­blèmes qui n’ont jamais existé où que ce soit dans le monde. Mais, quelles que soient les choses auxquelles on pense, ce n’est probablement pas là qu’apparaitra le danger […] quelque chose d’autre en train d’arriver ailleurs. »

Ce n’est pas facile non plus d’être admis dans l’unité. D’abord, il y a une période d’examen de trois jours et demi, comprenant des tests sur les phobies et autres traits psychologiques. Si le candidat est reçu après tout cela, il est inscrit à un cours d’opérations spéciales CBRN. Ce cours de quatre mois, une introduction complète à l’unité, se termine par une formation avec agent réel, où le candidat doit accomplir des tâches compliquées dans une zone chaude réelle.

Après tout cela, sur trois personnes qui posent leur candidature, il n’y en a qu’une qui est acceptée.

Pour comprendre pourquoi l’unité est si sélective, prenons les mots utilisés par Nash pendant notre interview, plutôt courte : le gaz sarin. Polonium 210. Charbon bactéridien. Chlore. Gaz moutarde. Virus d’Ebola. Grippe aviaire. Grippe porcine. SRAS.

Les émotions que ressentent les gens en entendant ces mots est complètement au-delà, à l’extérieur, de leur létalité relative. Et ce n’est pas surprenant, vraiment, car ces choses-là rôdaillent, souvent de manière invisible et elles tuent et mutilent de manières horribles, abominables.

Pour donner une idée de leurs effets psychologiques, Nash dit que pendant la Seconde Guerre mondiale, le gaz n’a tué que bien peu de soldats par rapport aux mitrailleuses et, pourtant, tous les soldats portent encore consciencieusement un masque à gaz.

Au devant du danger

Pour contrer le danger de ces armes, l’UIIC se divise en trois troupes principales, essentiellement le long des lignes opérationnelles. Les opérateurs des troupes d’ÉIABRC (échantillonnage et d’identification des agents biologiques, radiologiques et chimiques) sont habituellement les premiers dans les zones potentiellement chaudes. Ils examinent la situation et prennent des échantillons afin que, comme le dit l’un d’entre eux, « les gars au gros cerveau puissent l’identifier ».

La troupe de surveillance accomplit toutes sortes de tâches occultes, d’es­pion­nage et d’examen, mais principalement, elle fait marcher les véhicules téléguidés pleins de détecteurs qui ramassent les renseignements de base sur la zone chaude potentielle.

Pour finir, il y a la troupe de décontamination, qui est organisée pour emmener le personnel de l’UIIC — et peut-être quelques autres personnes, comme les membres de la GRC et les dignitaires — à l’extérieur de la zone chaude, en utilisant un procédé multiple de nettoyage et d’inspection.

Le caporal-chef T., dont le nom ne peut être divulgué pour des raisons de sécurité, est le genre de gars qu’on verrait courir à découvert comme un ninja de l’espace, en cas d’attaque CBRN terro­riste. Il fait partie de la troupe d’ÉIABRC et il est prêt à porter son masque noirci pendant beaucoup, beaucoup d’heures, habillé d’un ensemble de protection inconfortable, en danger mortel et peut-être même en se battant.

Dans un de ces ensembles, la vie est désagréable, difficile et elle risque d’être courte. On halète, la visibilité est mauvaise, on entend mal et il est difficile de communiquer convenablement. Ceci dit, c’est tout de même la haute technologie. « La science est toujours avec nous, pour qu’on ait une longueur d’avance. À la Première Guerre mondiale, on pissait dans un chiffon, dit le commandant d’escadron, laconique et quelque peu féroce. Il y a eu des progrès depuis. »

En plus de leurs ensembles, les opérateurs d’ÉIABRC portent un grand nombre de capteurs et du matériel lourd à la zone chaude. Ils ont des détecteurs chimiques portatifs et portent aussi des sondes à radiation. « Ce sont les agents biologiques qui m’inquiètent le plus parce qu’on ne peut pas les déceler tant qu’on ne voit pas de symptômes, dit l’opérateur et il ajoute, de manière plutôt stoïque, mais on continue. »

En plus de l’échantillonnage, les gars de l’ÉIABRC font aussi de l’analyse médico-légale, comme la prise d’empreintes digitales et la photographie, et ils doivent le faire avec beaucoup de précision parce que leurs preuves risquent d’aller à la cour fédérale.

Le caporal S. est membre de la troupe de surveillance, un ancien fantassin qui est à l’UIIC depuis deux ans. « Ça s’est avéré la meilleure affaire. Je joue avec des robots à longueur de journée; c’est vraiment pas la même chose que de creuser des trous. »

L’outil principal de sa profession, c’est la sentinelle multi-agents tactique (SMAT) à télécommande. Elle a le GPS, les caméras et les détecteurs radio­logiques et chimiques. C’est essentiellement un chariot de golf robot, souvent la première chose qu’on envoie en aval. L’opérateur de surveillance conduit cet engin avec tant d’habileté qu’il est allé il y a peu aux États-Unis, à une compétition d’habileté robotique, faire concurrence à des membres des forces américaines qui ont un emploi semblable et, quelle joie! il a gagné.

Il n’y avait pas d’autre Canadien là-bas. Ils jouaient tous en uniforme de combat; il a joué en habits civils. « Ils savaient fort bien que je ne faisais pas partie de l’armée régulière, et ils savaient fort bien qu’il ne fallait pas me poser de questions », dit-il.

La caporale-chef M. est spécialiste de la décontamination. Son patron la présente comme étant la première opératrice du Commandement des Forces d’opérations spéciales du Canada, mais les étiquettes, quelles qu’elles soient, ne plaisent pas du tout à cette femme qui est membre de l’unité depuis deux ans. “Au début de ma carrière, je ne m’attendais certainement pas à me trouver ici un jour », dit-elle.

L’opératrice et le reste de son escouade se spécialisent dans le transport des gens vers l’extérieur de la zone chaude et le nettoyage de tout contaminant. Le procédé est des plus simples. Les opérateurs laissent tomber leur équipement, se déshabillent complètement, se font asperger et puis prennent une douche en portant un masque à gaz. Ce n’est qu’alors qu’ils se font inspecter et qu’on leur permet peut-être de traverser la ligne propre. « Si on ne faisait pas attention, nos opérateurs pourraient ne servir qu’une seule fois, dit Nash. Cette partie sans gloire, où on récure des humains nus, c’est ce qui nous permet de poursuivre le travail. »

Et ce n’est vraiment pas glorieux. Il n’y a rien qui puisse faire réévaluer sa carrière à un journaliste comme de se tenir presque nu devant quelques douzaines de soldats, de se faire ins­pecter par un homme sérieux avec une sonde bêta-gamma.

De plus, c’est une installation unisexe, ici. « La première fois, c’était frustrant, dit l’opératrice, à propos du procédé qui nécessite une nudité semi-publique, mais ce n’est pas si mal. C’est professionnel, ils respectent votre dignité, dit-elle et elle ajoute, d’un petit air espiègle : et il y a plus de gars que de femmes. »

La troupe de décontamination comprend aussi des équipes d’extraction médicales qui vont sur les lieux pour stabiliser les blessés et les faire passer à travers le procédé de décontamination. Et c’est extrêmement difficile, car la personne blessée doit être ramenée à un degré de santé où, comme le dit sommairement un opérateur, « elle n’est pas en train de mourir. De toute façon, si elle n’est pas décontaminée, elle ne survivra pas, car il n’existe aucun hôpital où l’on admet des patients “sales”. »

« Aux CBRN, c’est comme dévaliser une banque : il est facile d’y entrer; c’est d’en sortir que c’est difficile, dit Nash. Si quelqu’un se fait tirer dessus, c’est pas bien. Si quelqu’un se fait tirer dessus et qu’il est exposé au gaz Sarin, c’est là que ça va vraiment mal. »

Trois p’tits tours

L’UIIC est basée à côté du terrain d’aviation de Trenton, dans un coin de la base et protégé par de multiples lignes de sécurité et de postes de contrôle. Une grande partie de l’édifice est occupée par des casiers en grillage remplis, où se trouvent les « go-bags » (sacs d’expédition) des opérateurs au cas où ils doivent se déployer sans préavis. « Étant donné qu’il y a peu de chances qu’une attaque terroriste ait lieu dans cet édifice, dit le commandant d’escadron, le tout premier problème que nous devons régler, c’est le problème stratégique concernant le moment et l’endroit : il faut y aller. »

Le premier stade, lors d’une crise éventuelle, est d’envoyer une équipe de liaison; elle part avec n’importe quoi — que ce soit avec rien qu’une veste ou avec des caisses Pelican, dépendamment de la situation. Les équipes de liaison partent souvent et elles doivent être prêtes à partir sans préavis. « Je n’ai pas beaucoup de majors à envoyer à ces affaires-là, dit Nash. J’envoie des rangs subalternes, mais ils doivent pouvoir communiquer avec les officiers généraux ou les directeurs des ministères fédéraux. »

Les équipes de liaison enquêtent sur la situation et, si nécessaire, appellent les poids lourds : les équipes d’intervention et les nœuds de commandement et contrôle. Les équipes d’intervention peuvent être formées à partir d’à peu près une douzaine de gars jusqu’à pratiquement l’unité au complet. « Elles sont ajustables, adaptables aux besoins et elles comprennent des éléments de logistique, dit Nash. Elles doivent pouvoir s’entendre avec tout le monde : avec les pompiers lors d’un combat et avec les policiers lors d’un incendie. »

« Ce qui nous inquiète le plus, c’est ce à quoi nous pensons pas, alors notre groupe est conçu pour réagir et s’orienter très vite aux nouvelles situations. »

L’unité est occupée, occupée que c’en est quelque peu effrayant. Elle a eu à peu près deux douzaines d’évènements opérationnels depuis juin 2008 et il n’y en a que trois qui avaient été « prévus » car il s’agissait de manifestations nationales importantes — comme la visite du Président des États-Unis Barack Obama, on s’en doutera bien — qu’on savait d’avance.

Ces évènements opérationnels concernent une grande gamme de situations : des choses ouvertes, transparentes, jusqu’aux opérations complètement secrètes; du genre qui resteront secrètes pendant très longtemps.

Le ministère de la Défense nationale n’a le premier rôle au Canada que lors de la défense souveraine de la nation ou s’il y a un acte de guerre. Le reste du temps, c’est la GRC qui est la première — en ce qui concerne à peu près n’importe quoi — et l’UIIC lui est adjointe en tant qu’espèce de force à haute technologie. C’est pour cela que l’UIIC est tout à fait capable de s’en aller en mission presque sans aucune marque militaire.

La flotte bleue, comme on l’appelle, a des plaques d’immatriculation de l’Ontario, pas des plaques militaires. Elle est conçue pour se fondre au reste, parce qu’en cas d’évènement CBRN, on ne voudrait certainement pas causer la panique en envoyant une dizaine de véhicules des Forces canadiennes au cœur d’Ottawa. « L’habit bleu, c’est pour travailler avec l’équipe nationale, afin de ne pas attirer l’attention sur nous », dit un opérateur.

« Si on ressemble à un gars de la GRC, il y a moins de stress pour tout le monde, ajoute Nash. On ne veut pas créer des effets néfastes par inadvertance. »

Bien que la GRC a vraiment certaines capacités que l’UIIC n’a pas, il y a une autre raison très particulière et quelque peu effroyable, pour laquelle les deux organismes sont partenaires. « On fait des choses qu’ils (les agents de la GRC) ne peuvent pas faire, dit Nash. C’est pour ça qu’ils ont besoin de nous. »

« Notre responsabilité n’a pas de li­mite », dit un officier de l’unité à propos du concept qu’on peut ordonner aux soldats d’aller à leur mort. « Ils n’enverront pas les agents de la GRC dans une zone chaude s’ils tombent comme des mouches. Mais nous? C’est pour ça qu’on est ici. Notre rôle de soutien principal, c’est de maintenir les gars de la GRC vivants, ajoute l’officier. Ils ont une main-d’œuvre plus nombreuse pour arrêter les attaques qui suivent. »

Opérations spéciales : la main invisible

Quant aux deux autres rôles, la force opérationnelle d’intervention immédiate et le travail à l’étranger, on ne peut pas en dire grand-chose sans risquer la sécurité. « Nous sommes interopérables avec les autres FOS grâce à nos aptitudes », dit le commandant de l’escadron, et il mentionne la descente rapide d’hélicoptère à la corde, l’assaut urbain, etc.

« Il y en a parmi nous qui sont qualifiés pour faire certaines affaires avec (la FOI2); il s’agit d’une capacité très chirurgicale, dit l’opérateur d’ÉIABRC. Nous ne sommes pas des tireurs, des flingueurs, mais on doit l’être aussi si les choses vont mal. »

Comme c’est le cas pour toutes les unités des forces d’opérations spéciales, les opérateurs sont toujours soucieux de leur propre sécurité. Il est difficile de savoir où les méchants vont frapper et l’unité abonde en histoires de terroristes intérieurs, de boutefeux solitaires déséquilibrés ou autres quidams qui pourraient vouloir les prendre pour cible. « Dans mon quartier, les gens pensent tous que je charge et décharge les avions de véhicules blindés, dit l’opérateur d’ÉIABRC qui était dans un régiment de chars d’assaut avant d’être accepté dans l’unité. « Et si quelqu’un de ma base me pose des questions, je lui dis que je fais partie de DART (l’équipe d’intervention en cas de catastrophe).

« Quand je m’en vais, personne le sait. La pagette sonne et on démarre, dit l’opérateur de l’ÉIABRC. On ne nous appelle qu’en cas de cataclysme, alors on est constamment prêts à tout. »

Imaginez que vous allez à la chasse aux dragons mais que vous ne pouvez le dire à personne. « Ouais, je peux pas en parler, dit-il avec un sourire en coin, mais peut-être que je pourrai le dire à mes petits-enfants. »

Le commandant que l’on peut citer

Pensées et méditations du lieutenant-colonel Steve Nash qui, lorsque vous lisez ceci, est probablement en train de devenir enseignant d’histoire au secondaire.

« Quand le gouvernement tire sur la corde attachée à ma cheville, je ne peux pas répondre que je ne suis pas prêt. »

« On ne peut pas échouer, ou bien notre pays se désintègre. La vraie difficulté, c’est de maintenir des types qui, quand on presse le bouton, acceptent d’aller au danger à la course. »

« Ne pas changer, ça veut dire que les méchants prennent de l’avance. La plupart des organisations changent quand elles ont subi un échec. On ne peut pas laisser faire ça. »

« Les armes biologiques sont vivantes. Elles mutent. Elles veulent vivre. Et elle pourraient détruire toute la vie sur terre. »

« À quelle aiguille dans une meule de foin doit-on faire attention? Les méchants n’ont besoin d’avoir de la chance qu’une seule fois; nous, c’est toujours. »

« Je ne sais pas ce qui va se passer, mais il est fort possible que ce sera une surprise. Si ce n’est pas une surprise, on l’aurait empêché. »

« On peut cacher certaines choses, mais il faut que je puisse défendre tout ce qu’on fait au tribunal, à mon patron ou à la télé nationale.

Gains doubles aux concours annuels de souvenir

Noir et blanc sénior : première place  Natalie Lloyd de Waterloo (Ont.) [ILLUSTRATION : NATALIE LLOYD]

Il semblerait qu’il y a fort peu de chances que les milliers d’élèves canadiens qui conçoivent, réalisent et soumettent une œuvre commémorative aux concours d’affiches et de littérature de la Légion royale canadienne gagnent un prix.

Avant que le prix national soit décerné à un élève, il faut qu’il ait remporté la compétition de la filiale, celle de la zone souvent aussi, et puis ensuite celles du district et de la division. Pourtant, dans certains cas, comme dans celui de Natalie Lloyd de Waterloo (Ont.) et dans celui de April McInnes de Glenburnie (Ont.), la victoire, malgré les grandes chances qu’on a contre soi, n’arrive pas une seule fois, mais deux.

Ces deux jeunes femmes se joignent à un groupe d’autres gagnants des concours de cette année, des concours qui font partie d’un évènement annuel organisé par la Légion dans le but de promouvoir le souvenir chez les jeunes canadiens.

Le concours se divise de deux manières : les catégories d’âge et celles de discipline. Les concours d’affiches ont quatre catégories selon l’âge (primaire — école maternelle, années 1, 2 et 3; junior — années 4, 5 et 6; intermédiaire — années 7, 8 et 9; et sénior — années 10, 11 et 12) et les concours littéraires, en ont trois, junior, intermédiaire et sénior.

Les deux divisions du concours d’affiches sont celle des couleurs et celle des noir et blanc. L’œuvre des gagnants nationaux des concours d’affiches est affichée bien en évidence au Musée canadien de la guerre, du mois de juin au mois de mai de l’année suivante. Les affiches ayant mérité la deuxième place et celles qui ont mérité une mention honorable sont exposées aux édifices du Parlement, en novembre, pendant la période du souvenir annuelle.

Le concours littéraire aussi a deux divisions : composition et poésie. Les entrées séniors obtenant la première place dans chaque division sont aussi exposées au Musée canadien de la guerre de juin à mai de l’année suivante.

Pour la brillante Natalie Lloyd de Waterloo, le prix qu’elle a obtenu pour la première place dans la catégorie sénior grâce à une affiche en noir et blanc, très émouvante, d’un légionnaire se remémorant ce qu’il faisait à la guerre, est son deuxième prix sénior au niveau national. Extraordinairement, elle avait gagné il y a deux ans, quand elle était en 10e année, dans la catégorie sénior aussi, grâce à une autre affiche qu’elle avait créée.

Alors, comme maintenant, Lloyd s’était inspirée de son grand-père, un vétéran de la Seconde Guerre mondiale qui habite dans la région d’Ottawa. Bien que l’affiche de l’élève de 12e année ne soit pas exactement un portrait de son grand-père, elle dit que « ça lui ressemble beaucoup ».

Le thème de l’affiche se résume le mieux, dit-elle, grâce à l’inscription qui s’y trouve : « A Legacy of Freedom…Pass it on! » (La liberté comme patrimoine… Transmettez-le!).

« Le vétéran de la guerre est tranquillement assis à se rappeler ce qui est arrivé et il est en train de l’écrire pour le transmettre à la génération suivante. Pendant les guerres, ils ont créé un patrimoine pour nous et c’est notre responsabilité de le préserver et de le prolonger. Maintenant, on est en (Afghanistan) et on s’y bat pour la liberté, alors on est en train de le transmettre. »

Lloyd, qui a l’intention de faire un stage d’un an dans le cadre d’un programme offert à l’église de sa collectivité avant de, peut-être, aller à l’université, dit qu’elle a planifié son affiche pour inclure autant d’expériences militaires que possible dans la même page.

« C’est une espèce de collage, dit-elle. J’essayais de représenter les diverses parties du militaire. Ils se battaient de par les mers et de par les terres, ainsi que dans les airs, alors ils sont tous là. »

April McInnes, elle, n’a pas attendu deux ans pour gagner son deuxième prix. Cette jeune élève de la Elginburg  and District Public School, a remporté le premier prix cette année dans les deux catégories primaires d’affiches, noir et blanc et couleurs.

Les entrées de McInnes, qui sont passées par la filiale Bob Richardson de Sydenham, indiquent une sensibilité artistique extraordinairement bien développée chez quelqu’un de si jeune.

« Au niveau primaire, ce que font les enfants, c’est habituellement du copiage réaliste, mais pour que (McInnes) étale des couleurs comme ça, c’est sophistiqué au-delà de son âge, dit la directrice générale Jennifer Morse de la revue Légion, une des juges à l’échelon national.

Bien que le jugement au niveau de la collectivité soit fait par des béné­voles dans les filiales de la Légion, toutes les entrées gagnantes soumi­ses à la division sont jugées au niveau national par des professionnels du domaine. Le concours d’affiches, par exemple, a été jugé par Morse, par la conservatrice d’arts Laura Brandon du Musée canadien de la guerre et par l’historien et ancien conservateur d’arts Hugh A. Halliday du musée de la guerre.

En plus des victoires doubles de Lloyd et de McInnes, il y a eu beaucoup d’autres points forts parmi les engagements de cette année. L’affiche en couleurs de la première place à la division sénior, œuvre de Sam Loewen, est remarquable non seulement pour son mérite technique et ses couleurs, mais parce que c’est est celle qui, cette année, est le plus concentré sur le conflit en Afghanistan, en ce qui concerne le thème et le contenu.

La composition junior qui a mérité la deuxième place, celle de Kailey Kralkay, intitulée A Soldier et qui servait à discourir sur la signification d’un mot si souvent utilisé, a aussi été influencée par la mission en Afghanistan. « Je pense que tous les soldats sont des héros. Je pense qu’ils méritent tous une médaille, quoi qu’ils aient fait à la guerre, parce que ce ne doit pas être facile de quitter les êtres chers pour aller participer au combat de quelqu’un d’autre. Je suis heureuse qu’ils ont eu le courage et la force de défendre notre pays. »

Breanna van Beek approche le souvenir d’une manière plus éternelle dans son poème intitulé Eyes Wide Open (les yeux bien ouverts), pour lequel la première place lui a été décernée dans la catégorie junior et qui commence par ces vers surprenants :  « Je m’amuse à creuser dans le sable, heureuse/Vous creusez la tombe de votre meilleur copain, aujourd’hui. »

Comme les années passées, les quatre gagnants séniors aux concours de littérature et d’affiches vont aller à Ottawa en novembre pour participer à la cérémonie nationale du jour du Souvenir, où ils déposeront une couronne de la part de la jeunesse canadienne. Ils auront aussi l’occasion de rencontrer, entre autres, la gouverneure générale Michaëlle Jean et le premier ministre Stephen Harper.

Pour Lloyd, gagnante du concours d’affiches en noir et blanc, le voyage à Ottawa où elle va représenter la jeu­nesse du Canada sera son deuxième, mais cela ne change en rien l’intérêt qu’il a pour elle.

« Je pourrai voir mon grand-père et tout, dit-elle, et j’ai très hâte de rencontrer les autres gagnants des concours et les cadets qui vont être là. Et j’ai hâte aussi de rencontrer la gouverneure générale et le premier ministre. »


Concours d’affiches de 2009 Affiche sénior : première place  Sam Loewen de Lethbridge (Alb.) [.]Couleurs intermédiaire : première place  Yeseul Oh de Stratford (Î.-P.-É.) [.]

Couleurs junior : première place  Kyler Gray de Duncan (C.-B.) [.]

Couleurs primaire : première place  April McInnes de Glenburnie (Ont.) [.]

Noir et blanc sénior : première place  Natalie Lloyd de Waterloo (Ont.) [.]

Noir et blanc intermédiaire :   première place  Sarah Nicholson de Mount Forest (Ont.) [.]

Noir et blanc junior : première place  Jeremy Hon de Richmond Hill (Ont.) [.]

Noir et blanc primaire : première place  April McInnes de Glenburnie (Ont.) [.]


Concours de composition de 2009Pourquoi se souvenir

Stephanie Adams

« L’endurance des maux de la guerre est terrible et il faut une éternité pour les régler. »
– Thomas Jefferson

Se souvenir des horreurs et des sacrifices de la guerre est un aspect crucial de ce qu’on doit faire pour que l’humanité progresse. Quel que soit le genre de conflit, il y a des pays et des particuliers qui se battent pour quelque chose en quoi ils croient fortement ou qu’ils espèrent préserver. Nous ne pouvons qu’espérer que les gestes qu’ils posent nous servent de leçon et qu’un avenir meilleur se réalise. Pour que quelqu’un puisse faire son apport à une solution, il faut qu’il comprenne les évènements passés. La vie parmi les peuples du monde sera toujours parsemée d’entraves. Sans comprendre notre passé, ainsi que les efforts et les sacrifices qui ont été faits à la guerre, la marche en avant ne serait pas possible. En d’autres mots, ce n’est que lorsque les leçons du passé ont vraiment été épluchées que la société peut créer des buts concrets menant à un avenir meilleur. La guerre est une tragédie. Le mieux qu’on puisse espérer, c’est de faire en sorte que l’histoire ne se répète pas.

Étudier la guerre et s’en souvenir nous permet de devenir plus conscients de ce que les gens ont enduré aux conflits passés et présents. Les guerres n’affectent pas que les adultes : elles affectent aussi les enfants. En réalité, l’incapacité des enfants innocents d’influencer la violence les rend complètement vulnérables et le plus gravement affectés. Ils sont victimes de violence terrifiante, souffrent physiquement et émotionnellement, subissent les sévices relatifs au rationnement des vivres, des endroits inconnus comme les abris contre les bombardements et, en général, sont dépourvus de sécurité. La guerre est quelque chose que les enfants ne devraient pas connaitre. Les stress des guerres qui durent longtemps comme les guerres mondiales, n’ont pas affecté que les combattants, ils ont aussi affecté ceux qui restaient au foyer. Ils éprouvaient la peur de recevoir un télégramme leur apprenant qu’un être cher avait été blessé ou tué. Ils se trouvaient aussi dans des conjonctures étranges car la guerre changeait leur vie au foyer. Les usines se mettaient à produire le matériel et les munitions dont on avait besoin à l’étranger, ce qui signifiait qu’elles ne pouvaient pas produire la nourriture, les voitures, les choses de tous les jours. Le train quotidien comme se rendre au travail, acheter des aliments, ou même aller chez le médecin devenait de plus en plus difficile.

Il n’était plus possible d’obtenir les choses qu’on tenait pour acquises.

Les séquelles ne disparaissent malheureusement pas au moment où se taisent les canons. Les effets post-traumatiques peuvent persister tout le reste de la vie et ont un impact sur les gens autour d’eux. Les soldats et autres victimes se sentent souvent incapables de reprendre leur vie normale et recourent à l’abus d’alcool ou de drogues, ou à d’autres moyens néfastes, pour émousser les souvenirs. Heureusement que, grâce à l’étude de la guerre qu’on faite certaines personnes, on comprend mieux qu’avant ce qu’il faut faire pour aider les gens qui ont subi la guerre à faire face à leurs souvenirs. Les traitements, le counseling peuvent aider les victimes à se sentir moins isolées.

L’implantation de la violence dans notre société et sa bien trop grande glorification, tiennent, entre autres, des films, des livres et des médias populaires traditionnels. Les histoires d’Hollywood n’aident pas la société à comprendre les facteurs qui entrainent la guerre ni ses conséquences horribles. Si l’on étudie et si l’on comprend, les faits et les évènements manifestes de la guerre, on peut comprendre pourquoi il est si important de faire tout ce qu’on peut pour résoudre nos conflits pacifiquement. D’après moi, la génération nord-américaine d’aujourd’hui en particulier ne voit la guerre que du point de vue des médias. Pour bien trop d’enfants autour du monde, la guerre est quelque chose qu’ils vivent, qu’ils respirent tous les jours et c’est la seule vie qu’ils connaissent. Il est important d’enseigner la guerre à chaque génération, qu’elle comprenne à quel point elle est chanceuse et qu’elle soit fière de ce que les pays comme le Canada ont accompli, qu’ils continuent d’accomplir.

Il y a beaucoup de Canadiens qui considèrent beaucoup de choses comme allant de soi. Nous avons la liberté, la paix, les droits de l’homme, le choix individuel. Il est important de se souvenir que ces aspects de notre vie ont été obtenus grâce aux sacrifices de braves soldats, aux guerres passées. Quand on se souvient de leur persévérance, on comprend la vraie valeur de la li­berté que des millions d’hommes et de femmes ont préservée en se battant. Pour bien des gens autour du monde, un pays comme le Canada n’est rien qu’un rêve, mais un rêve qui ne se réalisera jamais. En conséquence des efforts et des sacrifices faits pendant des générations, nous profitons de la paix et de la liberté dans notre pays. Ceux qui ont fait les sacrifices à la guerre, et qui continuent de les faire, le font pour leur famille, leurs amis, leurs traditions, ce en quoi ils croient. Les soldats canadiens sont fiers des efforts qu’ils font pour donner la liberté et la démocratie à d’autres peuples.

Si nous ne nous souvenons pas des efforts du passé et de ceux du présent, les sacrifices de nos soldats n’ont pas de raison d’être. L’espoir d’un monde meilleur autour de la planète commence par le souvenir des guerres passées et par la compréhension des erreurs de l’humanité.


Gagnants nationaux de 2009Séniors

Affiches en couleurs — Premier : Sam Loewen de Lethbridge (Alb.); deuxième : Byeong Sung Lee de Langley (C.-B.); mention honorable : Carrie Ann Sweetapple de Glovertown (T.-N.).

Affiches en noir et blanc — Première : Natalie Lloyd de Waterloo (Ont.); deuxième : Amanda Clark de Wolseley (Sask.); mention
honorable : Lacey Beebe de Kingston (N.-B.).

Composition — Première : Stephanie Adams de Newport (N.-É.); deuxième : Jared Arsenault de Richmond (Î.-P.-É.); mention
honorable : Drew Haight de Cartwight (Man.).

Poésie — Première : Hailey Cervo de Nobleford (Alb.); deuxième : Alyssa Trombley de Midale (Sask.); mention honorable : Heather Eason de Wawa (Ont.).

Intermédiaires

Affiches en couleurs — Premier : Yeseul Oh de Stratford (Î.-P.-É.);
deuxième : Rosa Kwon de Kingston (Ont.); mention honorable : McKenna Vickers de St. Albert (Alb.).

Affiches en noir et blanc — Première : Sarah Nicholson de Mount Forest (Ont.); deuxième : Erin Jung de Winnipeg; mention honorable : Stephanie Ellis de Unity (Sask.).

Composition — Première : Kathy Liu d’Ottawa; deuxième : Caroline McGuigan de Charlottetown; mention honorable : Alissa Going de Vauxhall (Alb.).

Poésie — Première : Emily Cann de Charlottetown; deuxième : Tiffany Richards de Northern Bay
(T.-N.); mention honorable : Kylie McCullough de Lindsay (Ont.).

Juniors

Affiches en couleurs —
Premier : Kyler Gray de Duncan (C.-B.); deuxième : Abigail Schonewille de Athens (Ont.); mention honorable : Tristian Gordon de West Northfield (N.-É.).


Affiches en noir et blanc —
Premier : Jeremy Hon de Richmond Hill (Ont.); deuxième : Jason Theriault de Bathurst (N.-B.); mention honorable : Eldon Slingerland de Coaldale (Alb.).


Composition —
Première : Nicole Belliveau de Sussex (N.-B.); deuxième : Kailey Kralkay de Quill Lake (Sask.); mention honorable : Selma Kusturica de Kelowna (C.-B.).

Poésie — Première : Breanna van Beek de Stony Plain (Alb.); deuxième : Amber Payne de Woody Point (T.-N.); mention honorable : Maya Tittle de Wolseley (Sask.).

Primaires

Affiches en couleurs — Première : April McInnes de Glenburnie (Ont.); deuxième : Caius Quist de Marwayne (Alb.); mention honorable : Noah Harris de Bonavista (T.-N.).


Affiches en noir et blanc —
Première : April McInnes de Glenburnie (Ont.); deuxième : Lucas Scott de Burnt Point (T.-N.); mention honorable : Megan Deal de Brownlee (Sask.).

La Conférence devrait s’attendre à de la puissance intelligente de la part des É.-U.

Il n’y a vraiment qu’une seule chose à Ottawa, à la fin février : la réunion générale annuelle de la Conférence des associations de la défense — dans ce cas-ci la 72e — qui, au fil du temps, est devenue la conférence militaire prééminente au Canada.

Les orateurs, dont le ministre de la Défense nationale Peter Mackay, celui des Affaires étrangères Lawrence Cannon et une panoplie de généraux canadiens et états-uniens les plus haut gradés, comme toujours, étaient illustres. La CAD est un groupe qui englobe nombre d’associations militaires, dont la Légion royale canadienne est la plus grande. Quelque 400 personnes, y compris plusieurs ambassadeurs, ont pris part à l’évènement les 26 et 27 février.

Le thème du premier jour de séminaires annoncé était Les relations Canada-États-Unis :  la dimension sécurité, mais les discours ont eu trait à un grand éventail de sujets, des rôles du Canada et de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord en Afghanistan à l’essor de la puissance navale chinoise, en passant par la nature du conflit au Moyen-Orient.

Le ministre des Affaires étrangères Cannon a prononcé le discours-programme au début de la conférence. Cannon lui-même a parlé principalement de la relation entre le Canada et les États-Unis, remarquant que non seulement sa nouvelle homologue, la secrétaire d’État américaine, Hilary Clinton, faisait un excellent travail, mais elle a vraiment une approche différente de celle de l’ancienne, Condoleezza Rice.

« On peut s’attendre à une approche de coopération multilatérale renouvelée », disait Cannon par rapport au nouveau gouvernement américain, « une nouvelle approche envers l’Afghanistan et l’avènement de ce que Mme Clinton appelle la “puissance intelligente”. »

Cannon a longuement parlé du besoin de trouver un équilibre entre les questions de sécurité à la frontière Canada-États-Unis et le besoin de maintenir la circulation économique efficacement. « Nos voisins américains savent qu’une frontière sûre […] est la clé de notre prospérité commune, dit-il. Depuis le 11 septembre, nous avons cherché à équilibrer les soucis légitimes concernant la sécurité et le besoin de garder la frontière ouverte, ce qui est fondamental pour la prospérité de nos deux pays. »

D’après Cannon, plus d’un milliard de dollars en commerce traverse la frontière chaque jour, « près d’un million de dollars la minute, sur lequel sont établis sept millions d’emplois aux États-Unis, dit-il. L’empâtement de la frontière réduit le commerce ».

Cannon avait comme toile de fond pour ses remarques des études récentes aux États-Unis qui indiquaient que la frontière Canada-États-Unis serait pro­-bablement impliquée en ce qui a trait à de nouvelles attaques. Ainsi, les paroles de Cannon faisaient partie d’une discussion publique entre les deux pays sur la meilleure manière de gérer les risques.

Cannon a ensuite parlé du rôle du Canada en Afghanistan et aux Antilles, où les Forces canadiennes participent de plusieurs façons à l’interdiction des drogues.

« Nous nous défendons contre les risques à notre sécurité longtemps avant qu’ils apparaissent à nos frontières », dit Cannon, rappelant un vieux stratagème qui a fait ses preuves par rapport à la défense nationale. « Nous voulons déce­-ler, dissuader, interrompre et vaincre les menaces militaires et terroristes aussi loin de nos frontières que possible. »

Dernière note sur ce sujet, Cannon dit à la foule que le Canada a déboursé récemment 10 millions de dollars pour aider les États-Unis à sécuriser des matériaux nucléaires en Russie et en Ukraine, dans le cadre de l’effort de non-prolifération constant, afin d’empêcher ce genre d’armes de tomber entre les mains des terroristes.

L’ancien chef d’état-major de la défense et ancien président du comité militaire de l’OTAN, Ray Hénault, a pris ensuite la parole à propos de L’OTAN à 60 ans : une perspective militaire.

Hénault a offert une estimation optimiste sur l’alliance de l’OTAN à bout, qui a subi des pressions très fortes ces temps-ci. Non seulement l’OTAN a beaucoup de difficultés à cajoler les pays membres pour qu’ils fournissent des soldats à la mission en Afghanistan, mais la structure de commandement de cette dernière est mal en point. L’alliance a aussi de la difficulté à négocier avec ses partenaires de l’Union européenne, les Nations Unies et la Russie qui est devenue récalcitrante dernièrement.

Malgré cela, ou peut-être pour cela, Hénault a déclaré que l’OTAN est la « l’alliance prééminente de défense et de sécurité » au monde aujourd’hui et il a argumenté, en général, en faveur du succès de l’organisation, mais il a admis que ce succès n’est pas arrivé sans « une certaine agitation à l’intérieur de l’alliance ».

« Il est difficile d’arriver à un consensus des 26 alliés, dit-il. Le processus est souvent diviseur. »

Quant aux problèmes avec l’Union européenne, une question provenant de l’audience à la fin de son discours a poussé Hénault à entrer dans les détails par rapport à l’indifférence de l’Union européenne envers l’OTAN, qui en serait au point où les représentants européens n’assistent plus aux réunions.

Les deux organisations, dit Hénault, sont « quelque peu contrariées dans leurs desseins de collaborer à cause de leurs approches politiques. Il leur faut un consensus et ce consensus n’a pas pu avoir lieu pendant que j’y ai siégé ».

Il y a 21 nations qui font partie de l’OTAN ainsi que de l’Union européenne, mais Hénault ne voyait pas la politique commune de défense de l’Union comme étant un danger pour l’OTAN. Certains suggèrent qu’un grand nombre de ces pays européens sont en train de former leur propre alliance, mais Hénault n’est pas d’accord.

« Le problème va durer pendant un certain temps, dit Hénault, mais je ne pense pas que l’OTAN soit en danger. Personne n’essaie de quitter l’OTAN, il y a cependant des pays qui essaient d’en faire partie. »

Un autre questionneur voulait connaitre la nature du déclin de la relation entre l’OTAN et la Russie.

Tout allait bien, dit Hénault, et puis la bulle a éclaté. « Depuis aout dernier, il y a eu très peu de réunions OTAN-Russie. Elle temporise. »

Le dernier questionneur était le major-général canadien Lewis MacKenzie, qui n’a pas eu peur des mots en posant sa question. « J’aimerais bien être optimiste comme vous, dit-il, mais je me sens plus pessimiste. Je pense que l’OTAN est voué à l’échec en Afghanistan du Sud et des soldats canadiens sont en train d’y mourir. L’OTAN n’a pas affecté les ressources fondamentales à la mission. Si l’incapacité de trouver des soldats pour l’Afghanistan n’est pas une indication d’échec, qu’est-ce que ça peut bien être? »

De répliquer Hénault, « oui, il y a eu des difficultés et c’était surtout à cause de différences politiques. Il va falloir les régler pour améliorer le partage du fardeau parmi les alliés.  L’OTAN est une organisation basée sur le consensus et cela signifie qu’il y aura des compromis ».

Hénault faisait essentiellement remarquer que parmi les nombreux alliés de l’OTAN, le soutien politique, concernant l’envoi de troupes au combat, est limité.

Ensuite, la conférence s’est réunie à nouveau et une série d’orateurs ont discouru sur Les Canadiens et la sécurité en Asie-Pacifique.

Le colonel australien John Blaxland a prononcé un discours intéressant sur le rôle de l’Australie en Afghanistan. L’Australie opère en Oruzgan, au nord du Kandahar, en tant que partenaire auxi­liaire de la force opérationnelle dirigée par les Hollandais. Ils n’ont qu’un peu plus de 1 000 soldats là-bas, qui s’occupent de mentorat, de reconstruction, d’opérations spéciales et d’artillerie.

Bien que l’Australie soit de loin le plus grand collaborateur de la mission qui ne fait pas partie de l’OTAN et un des rares qui acceptent d’envoyer des soldats se battre dans les régions des Pashtuns, Blaxland disait en conclusion que « l’Australie reconnait que malgré le fait que les engagements contre-insurrectionnels puissent durer longtemps, on peut les gagner. Toutefois, les efforts mi­-li­taires ne suffiront pas en Afghanistan ».

Lors d’un des derniers discours de la journée, l’analyste états-unien de la défense Norman Friedman a parlé des relations de pouvoir en Asie. Le point principal de Friedman était que l’agitation au Moyen-Orient est en fait le résultat de réformes religieuses dans le monde islamique pas très différentes des réformes (souvent violentes) qui ont eu lieu dans l’histoire des religions occidentales. La situation, dit Friedman, est fondamentalement une guerre civile islamique et il pense que les troubles et le militantisme va durer au moins 50 ans.

Il croit que la meilleure chose que puisse faire l’Ouest, c’est d’étayer les gouvernements islamiques stables et d’empêcher les foules furieuses et les terroristes de tuer nos citoyens.

« Je pense qu’il va y avoir beaucoup de morts avant que cela s’améliore; désolé d’être désagréable », dit Friedman en conclusion.

Le vendredi matin, le sujet est passé à L’évolution des Forces canadiennes en cette ère de changement : une nouvelle stratégie de défense et le premier orateur était le ministre de la Défense nationale Peter MacKay.

MacKay, qui a parlé avec un charisme expansif plus caractéristique d’une campagne que d’une conférence militaire, a parlé aux auditeurs d’un effort sans précédent en vue de reconstruire entièrement les Forces canadiennes.

« Les meilleurs soldats ont besoin du meilleur équipement, dit MacKay, mais il faut du temps pour bâtir le militaire. »

Il dit à la foule que les nouveaux navires, nouveaux véhicules et nouveaux avions sont tous en train. « Nous acquérons un nouvel équipement, à tire-larigot, comme on dit à certains endroits : de l’équipement à tire-larigot!

« Nous essayons aussi d’améliorer l’acquisition de défense, et il y a là matière à amélioration », dit-il, faisant une litote qui a fait se pâmer de rire et applaudir la foule.

Sur l’Afghanistan, MacKay était à nouveau franchement optimiste malgré l’augmentation de violence exponentielle. « Le progrès est lent, mais il y en a, dit-il. Il est visible pour tous. Il n’arrive peut-être pas aussi vite qu’on voudrait, mais il arrive. »

« Il y a 22 écoles en construction, du progrès par rapport aux grands projets comme le barrage Dhala. Il y a des enfants qui se font immuniser contre le fléau qu’est la polio et, le plus important, du progrès en ce qui concerne les forces de sécurité nationales afghanes. Pendant ces quelques derniers mois, une brigade afghane a planifié et mené sa première opération indépendante. »

« La mission de combat des Forces canadiennes doit se terminer en 2011, mais cela ne veut pas dire que le Canada va arrêter de leur prêter main-forte d’autres manières”, dit MacKay en conclusion.

Après lui, c’était le tour du général chef d’état-major de la défense, Walter Natynczyk, qui a commencé en faisant un rappel, grave par inadvertance, du vieillissement des anciens combattants du Canada. Quand Natynczyk a demandé que tous les vétérans de la Seconde Guerre mondiale se lèvent, il a semblé n’y en avoir qu’un seul. Et quand il a demandé aux vétérans de la Corée de se lever, il a semblé n’y en avoir que deux.

Là-dessus, Natynczyk a donné un aperçu général actuel de l’état des Forces canadiennes. Il a mentionné toutes sortes de choses, des difficultés de recrutement à celles de sécuriser un territoire arctique qui est plus étendu que l’Europe au complet, en passant par le brocard comme quoi une des unités états-uniennes qui vont renforcer les Forces canadiennes au Kandahar a reçu sa première inscription au drapeau à Queenston Heights, pendant la guerre de 1812.

La session s’est terminée par des exposés du lieutenant-général chef d’état-major de l’Armée de terre Andrew Leslie, du vice-amiral chef d’état-major de la Force maritime Drew Robertson et du lieutenant-général chef d’état-major de la Force aérienne Angus Watt, sur leurs commandements.

La Saskatchewan conserve son titre au curling

Malgré une perte de contrôle au milieu du championnat, les gars de la filiale Nutana de Saskatoon ont remporté leur deuxième compétition nationale d’affilée, grâce à une victoire impressionnante à la dernière partie, au 53e Championnat national de curling de la Légion royale canadienne, lequel a eu lieu, du 15 au 19 mars, à Maple Ridge (C.-B.).

L’équipe de Darren Clancy, Les Kun, Rick Middleton et Andrew Hay (capitaine) a fini en première place au bout d’une semaine de curling et de festivités à Maple Ridge, une petite collectivité dans les montagnes, aux abords de Vancouver.

Ce fut une semaine formidable. Non seulement le curling a été intense, mais les manifestations d’après-curling à la filiale ont été matière à légende.

Et la filiale Maple Ridge est vraiment à ne pas manquer. Avec son immense salle au plafond vouté et très haut, ses lucarnes et son immense plancher de danse en bois de feuillu, ce n’est pas une filiale comme les autres.

Il n’y a pas que le grand nombre d’adhérents (plus de 2 500) qui la sépare des autres; il y a aussi ses bien-fonds : cinq établissements qui abritent quatre sortes de logements comptant 282 unités, y compris plusieurs résidences avoisinantes pour retraités. En plus, et c’en est peut-être la raison, la filiale a noué des liens étroits avec la collectivité qui la maintien au cœur de sa conscience.

Le dimanche matin, les écussons ayant été cousus sur les vestes et après le déjeuner et la réunion des capitaines, les joueurs de curling, les officiels et les invités se sont réunis à la filiale à l’occasion d’une cérémonie de dépôt de couronnes avant d’aller au Golden Ears Winter Club, en après-midi, pour s’y entrainer.

Les joueurs se sont réunis à nouveau, plus tard dans la journée, à la cérémonie d’ouverture officielle. Le président des débats de la Direction nationale Tom Irvine a pris la parole un instant aux deux occasions, aux côtés d’une foule de dignitaires, dont la présidente Lynda Henry et le maire Ernie Daykin de Maple Ridge. Irvine était là au nom de la présidente du Comité national des sports Pat Varga.

Les deux premiers tirages, dimanche soir et lundi matin, ont donné à tous l’occasion de se réchauffer et voir qui était venu jouer. Cependant, lundi après-midi, les choses ont commencé à s’échauffer.

Au troisième tirage, la Saskatchewan s’est mesurée à Barry Lewis, Dodie Dickison, Greg Sutherland et Bob Williams de la filiale néo-brunswickoise Moncton lors de ce qu’on s’est avisé comme étant une des premières parties importantes. La Saskatchewan avait dominé le jeu au début. À la sixième manche, elle était en avance à 4-3 et elle semblait en bonne position car elle avait une pierre presque sur le bouton et bien protégée par une garde. Il ne restait que quelques pierres à jouer et la Saskatchewan prit une décision fatidique : elle allait essayer de faire ricocher une de ses pierres vers le centre pour obtenir plus de points. Mais le tir, excessif, ayant été trop fort, les deux pierres de la Saskatchewan quittèrent la maison.

« Quel désastre », dit un spectateur.

Le Nouveau-Brunswick marqua trois points cette manche-là, ce qui lui donnait 6-4 et il prit son élan jusqu’à la victoire.

Le matin du troisième jour, Gord Duplise, Randy Jenkins, Eric Breitkreuz et John Danks de la filiale Salmon Arm de la Colombie-Britannique/Yukon, étaient bien en avance à 3-0 et la Saskatchewan, le Nouveau-Brunswick et le Québec, ce dernier représenté par Jeff Chead, Evan Mooney, Matt McRea et Danny Comeau de la filiale Col. John Bourque (Sherbrooke), la poursuivaient à 2-1.

La Saskatchewan continua sa glissade en perdant de justesse contre les représentants du Manitoba–Nord-Ouest de l’Ontario Curtis McCannell, Jacqueline McCannell, Rose Ballentine et Desmond Gould de Pilot Mound (Man.). La Saskatchewan, qui gagnait 5-4 au début de la dernière manche, finit par perdre 6-5.

Le Québec battit facilement Dennis Byrne, Rick Cook, Barry Lamond et Roy Bungay de la filiale Stephenville de Terre-Neuve-et-Labrador alors que la Colombie-Britannique s’effondrait étonnamment devant l’équipe de la filiale River Hebert, de la Nouvelle-Écosse/Nunavut, formée par Larry Scopie, Bob Hoeg, Sherman Jackson et Ron Hoeuld. Le Nouveau-Brunswick et Charlie Wilkinson, John Mullin, David Murphy et Roger Beazley de l’Île durent jouer une manche supplémentaire et les Néo-Brunswickois finirent par gagner 9-8.

Ainsi, au début du troisième après-midi, la Colombie-Britannique était encore en première place, mais elle était à égalité avec trois autres équipes : celles du Québec, du Nouveau-Brunswick et de la Nouvelle-Écosse. En très peu de temps, le Québec s’écroulait devant l’Île, les joueurs offrant leur main tout juste après la moitié de la partie où il était anéanti 9-2.

La Saskatchewan et la Colombie-Britannique étaient ex-æquo à 4-2 au début du dernier après-midi du cham­-pionnat. De façon significative, elles allaient jouer ensemble. La gagnante de cette partie remporterait le tournoi.

Pendant ce temps, pas moins de cinq équipes étaient ex-æquo à 3-3 — l’Île, la Nouvelle-Écosse, le Manitoba, le Québec et le Nouveau-Brunswick — et elles pouvaient toutes obtenir la deuxième place.

Le fascinant match entre la Colombie-Britannique et la Saskatchewan, comme on s’y attendait, se joua sur la dernière pierre. La Saskatchewan ayant terminé la septième manche en avance à 6-3, la Colombie-Britannique repoussa deux pierres en les effleurant aux huitième et neuvième manches et elle arriva à la di­xième en trainant à 6-5. La Saskatchewan a eu le marteau à la dernière manche et elle n’a pas manqué un coup. Le capitaine de la Colombie-Britannique Gord Duplise avait laissé une pierre sans défense dans la maison. Tout ce que le capitaine saskatchewannais Andrew Hay devait faire, c’était de l’enlever et les championnats étaient finis.

« À ce moment-là, ce qui m’est venu à l’esprit c’était de bien respirer, de me décontracter et faire ce qui me viendrait naturellement », dit Hay.

Il n’a pas fléchi. Ce fut un coup de maitre et les deux équipes se serraient la main avant même que les pierres se soient immobilisées.

« On se maitrise comme on peut », dit Hay par rapport à son dernier tir. « Si on se met à trop réfléchir, on se gèle. »

Les champions ayant été décidés, on s’aperçut immédiatement que le tournoi n’était pas encore fini, car quatre équipes étaient en deuxième position à 4-3. C’est ainsi que, jeudi, la Colombie-Britannique, le Québec, le Nouveau-Brunswick et l’Île-du-Prince-Édouard ont tous joué en matinée et que le Nouveau-Brunswick et la Colombie-Britannique se sont mesurés en après-midi pour savoir qui aurait la deuxième place. En fin de compte, le capitaine Duplise et son équipe ont réussi à maintenir une avance et ils ont fini par gagner la partie, 8-3.

Ce soir-là, les joueurs et les bénévoles se sont tous assemblés au sous-sol de la filiale Maple Ridge où les attendait le banquet de fermeture.

En fin de compte, l’équipe de la Saskatchewan avait l’air de penser que la fortune l’avait favorisé cette semaine-là et, à la fin de la cérémonie, son trophée levé fièrement, elle semblait heureuse d’accepter qu’un peu de chance — en plus de son excellent jeu — lui avait accordé la victoire.

« À n’importe quelle sorte de championnat, qu’il soit informel ou que ce soit le championnat de la Direction nationale, l’équipe qui finit par gagner est celle qui a réussi à réunir deux choses : l’aptitude au curling et le désir de s’amuser, dit Hay. Habituellement, si on n’a pas l’intention de s’amuser, ça ne marche pas bien, parce que si on n’est pas prêt à perdre, on ne peut pas gagner.

« Nous, on en a perdu une couple et on pensait que c’en était fini de nous, dit Hay, mais qui aurait pu se douter? »

Un entretien avec Andrew Leslie

. [PHOTOS : METROPOLIS STUDIO]

Les soldats rentrent chez eux avec d’étranges souvenirs de guerre.

Les gens qui voyagent ont tous éprouvé l’envie de revenir avec quelque chose pour montrer qu’ils ont été quelque part.

Les soldats font la même chose, mais ils affectionnent des affaires plus curieuses que les tapis ou les T-shirts (bien qu’ils les aiment aussi). « Ceux-là étaient encore chauds quand on les a ramassés », dit le lieutenant-général Andrew Leslie à propos d’une couple d’éclats d’obus atrocement déchiquetés, un peu soustraits aux regards sur la table de réunion de son bureau, au quartier général de la Défense nationale, à Ottawa.

Leslie est chef d’état-major de l’Armée de terre, directement sous les ordres du chef d’état-major de la défense, le général Walter Natynczyk et il a passé un bon bout de temps aux prises avec les roquettes talibanes en Afghanistan. « On a ramassé le plus gros tout près du Camp Julien (à Kaboul) », dit Leslie en regardant les éclats et puis il poursuit cordialement, avec calme. « Et le plus petit a été ramassé à côté de la BOA (Base d’observation avancée) Masum Ghar. »

Le général, qui a maintenant 51 ans, a été nommé commandant de l’armée en juin 2006. Et s’il y a un soldat qui était prédestiné à monter jusqu’au faite du pouvoir, c’est bien lui.

Le légendaire général Andrew McNaughton, commandant d’armée à la Seconde Guerre mondiale et vétéran de la crête de Vimy à la Première Guerre mondiale, était un de ses grands-pères. Son autre grand-père était Brooke Claxton, vétéran de la crête de Vimy aussi, qui a été ministre de la Défense nationale. Son père était le brigadier-général ‘Teddy’ McNaughton, vétéran de la Seconde Guerre mondiale et de la guerre de Corée et ancien commandant du 1er Régiment Royal Canadian Horse Artillery. C’est en Corée que le père de Leslie a changé leur nom de famille — à Leslie — afin de se conformer aux conditions d’un héritage.

Généalogie à part, il ne manque certainement pas de mérite lui-même; loin de là. Compte tenu de son attitude entièrement familière — il semble que, pour lui, se trouver à la tête d’une armée de près de 30 000 personnes, c’est tout à fait naturel, la chose la moins stressante du monde — on comprend bien pourquoi il est monté si haut et si vite.

Il a commencé dans l’artillerie, en 1977, dans une unité de réservistes, le 30e Régiment d’artillerie de campagne. En 1981, il a été affecté au 1 RCHA. Il a fait l’école en Angleterre, pris des cours de commandant dans l’armée britannique et des cours de commando dans l’armée française, et il a étudié à Harvard.

Il a servi en Allemagne et à Chypre, a commandé un secteur de maintien de la paix en Croatie, en 1995 (où il a été décoré de la Médaille pour service méritoire pour sa conduite au combat) et puis, finalement, en 2003, il a servi en tant que commandant de la Force opérationnelle Kaboul.

Leslie est dans une position intéressante au point de vue de la mission en Afghanistan. À cause de la manière dont les FC ont été restructurées, les décisions opérationnelles concernant l’Afghanistan sont prises par le Commandement de la force expéditionnaire du Canada (COMFEC) et ses commandants de théâtre subalternes, alors, jusqu’à un certain point, Leslie est sur la touche par rapport à la guerre au Kandahar. « Quel contrôle est-ce que j’ai sur ce qui se passe en Afghanistan? Aucun parce que la mission […] est dirigée par le COMFEC. »

Cependant, ses yeux pétillent quand il dit cela, car il y a certaines choses qu’il dirige. « En ce qui concerne les tactiques de ce que les soldats utilisent quand ils sont à l’étranger, c’est leur formation qui entre en jeu. Et mon équipe de commandement et moi sommes respon­sables de leur entrainement, de leur équipement, de leur déploiement et de récupérer tous ces gens de l’armée qui sont allés outre-mer. Alors pour ce qui est des tactiques de base, nous fixons les conditions ici au Canada par rapport à ce qu’ils vont faire là-bas. »

Et ce n’est pas une partie insignifiante du casse-tête. Bien que le COMFEC et les commandants de théâtre disent aux soldats ce qu’ils doivent faire, les capacités qu’ils ont d’agir proviennent de Leslie. « (L’Afghanistan) a concentré l’armée davantage. Beaucoup plus. Il a revigoré et redynamisé les rudiments de nos compétences de combat. […] Il a servi d’instrument pour transformer l’armature de l’armée canadienne qui restait de la guerre froide en quelque chose de plus concentré, pas forcément sur le maintien de la paix […] . »

La mission afghane a sans nul doute eu un impact puissant sur les FC. À un moment donné, l’entrainement au tir réel a été une étape importante pour la force de Casques bleus en garnison car les combats au sol à la grandeur de la compagnie, ou même du bataillon, ne sont pas si rares en Afghanistan. Mais le temps a été long aussi, et cela n’a pas été facile si l’on en croit la complexité insondable de l’endroit.

Le lieutenant-général Leslie parle aux soldats au Kandahar [PHOTO : CAMÉRA DE COMBAT/MDN]

« Pour tout dire, on est allés là-bas en 2002; on s’en va en 2011. Quand mon père est allé à la Seconde Guerre mondiale, il est revenu après six ans…

« Je connais très bien l’Afghanistan. J’y ai été affecté. Je suis commandant de l’armée depuis presque trois ans et j’y retourne assez souvent. Chaque fois, […] j’apprends quelque chose de nouveau; quelque chose qui modifie mon point de vue sur ce qu’on fait et comment on devrait le faire.

« Il n’y a pas plus complexe que l’Afghanistan. C’est une contre-insurrection où on trouve des groupes de terroristes prédateurs qui ne désirent que de semer la terreur; il y a les barons de la drogue; il y a les seigneurs de la guerre; il a six voisins fascinants; il y a 50 amis et alliés qui ont tous un point de vue un tout petit peu différent sur la mission; il y a des relations interpersonnelles fascinantes à Kaboul entre le président (afghan Hamid) Karzai, que j’admire et avec qui j’ai travaillé d’assez près il y a une couple d’années, et certains de ses ministres, qui sont aussi d’anciens seigneurs de la guerre, dont certains se sont battus du côté des Russes et certains de l’autre, dont certains se sont battus du côté des Talibans et certains de l’autre. Saperlipopette. Eh bien…

« Chaque fois que je pense avoir compris quelque chose […] un officiel afghan qui me dit ‘non; c’est pas du tout comme ça’. »

La complexité ne fait pas que rendre la guerre difficile à mener, elle fait aussi qu’il est difficile d’expliquer exactement ce qui se passe aux Canadiens.

« Comment expliquer à un citoyen canadien qui ne vit pas, ne respire pas, ne mange pas cela ? » demande-t-il en souriant.

Toutefois, il est clair qu’il n’essaie pas d’aller au-delà de l’explication ou, quelle qu’en soit la difficulté, de vendre la guerre, pas même de la justifier. « Nous expliquons ce que nous faisons. C’est pas ma job de justifier la mission afghane, et c’est pas celle de mes généraux non plus. […] On fait ce qu’on nous dit de faire et on revient quand le Parlement nous dit de revenir. »

Bien entendu, cela mène à une certaine controverse. Quand le premier ministre Stephen Harper a annoncé, pendant la campagne électorale de 2008, que la mission du Canada en Afghanistan se terminerait en 2011, beaucoup de militaires en sont restés cois. « En tant que soldats, on décide pas où on va, pas plus que combien de temps on va y rester. Les ordres que j’ai reçus de mon chef sont que la mission militaire en Afghanistan se termine en 2011. Et bien qu’on ait fait un travail génial et que le pays me passionne, le Canada me passionne davantage et l’armée aussi : Alors je réponds ‘d’accord’. La mission militaire se termine en 2011 et ma réponse est ‘d’accord’. »

Pour le moment, il ne semble pas y avoir d’opinion chez le personnel subalterne à savoir si la fin en 2011 est une bonne chose ou une mauvaise. Il y en a certainement qui désirent rester plus longtemps, et il y en a d’autres qui acceptent le désengagement mais trouvent le point final arbitraire et insatisfaisant : fin inconvenante d’un combat acharné.

« Il y en a qui, ce n’est que juste et honorable, se sentent obligés envers le terrain, ou envers les circonstances, où ils ont perdu des copains. D’autre part, les contre-insurrections n’ont jamais de fin nette; jamais. […] D’aucuns diraient que Tamerlane a presque réussi à le faire quand il a tout balayé sur son passage une couple de décennies après Gengis Khan. Mais il l’a fait en amoncelant les crânes très haut et l’armée canadienne ne fait pas ça. »

Au-delà de l’argument sur la terminaison de la mission, il y a une réalité statistique quelque peu brutale : l’armée ne peut pas continuer cette mission, dans ses nombres actuels, sans stresser les soldats au point de craquer.

Leslie a pris une décision, une directive plutôt qu’un ordre, comme quoi les soldats n’auront pas plus de trois affectations en Afghanistan. S’ils veulent y retourner quand même, il leur faut une très bonne raison. « Première affectation : on est soldat, on y va… Deuxième affectation : l’intérêt doit être mutuel. On le lui demande, il nous le demande. Troisième affectation : il doit nous persuader qu’il doit y aller […] on demandera à personne de le faire…

« On est on ne peut plus occupés. On n’a pas été plus occupés que ça depuis les 30 ans que je suis soldat… Que je vous donne quelques chiffres : dans l’armée, on a environ 3 000 soldats qui sont déployés à l’étranger. La plupart sont en Afghanistan. Alors, il y en a 3 000 de partis. Trois mille qui reviennent au pays. Trois mille qui forment les équipes dont on va avoir besoin outre-mer ou qui sont en formation indivi­duelle de base…Trois mille qui sont en formation individuelle à un niveau supérieur…Trois mille qui sont en formation collective. Tout ça, ça fait 15 000 personnes.

Et en plus, il y a les jeunes gens qui instruisent ceux qui se préparent à partir. On arrive très vite à presque 30 000. On est 20 000 réguliers, et 8 000 réservistes à temps plein. Alors pour faire ce qu’on fait, il faut une armée plus grande…

Toutefois, il y a une bonne nou­-velle : on m’a promis qu’on va augmenter les réguliers de 3 075 au cours des deux ou trois prochaines années. Ça rendrait la job de l’armée plus facile en maudit si on les avait déjà, et formés, dans les bataillons et les régiments. De plus, j’aimerais que le taux de croissance soit plus vite. »

Malgré la croissance promise, il y a d’autres problèmes qui affectent l’importance de l’effectif. Depuis le 11 septembre 2001, les militaires occidentaux se concentrent beaucoup sur les forces d’opérations spéciales. Les petites unités de soldats, bien formées et indépendantes, se sont révélées très utiles au combat avec les militants islamiques. Cependant, nous fait remarquer Leslie, dans une armée aussi petite que celle du Canada, cela coute très cher aux forces régulières de trouver les hommes formés pour accomplir ce genre de rôles.

En effet, dans certains milieux, Leslie est reconnu comme un opposant aux opérations spéciales. Mais c’était une opposition bien précise, insiste-t-il. « Lorsque le Commandement des Forces d’opérations spéciales du Canada (COMFOSCAN) a été institué, il y a eu un débat professionnel énergique dans une bande de généraux par rapport à comment ça devait se faire. Je pense que la FOI 2 comprend ceux qui sont bénis génétiquement, les meilleurs qu’on puisse trouver dans l’armée : la plupart viennent de l’armée. Je leur souhaite bonne chance et le succès dans tout ce qu’ils entreprennent.

« L’affaire, c’était par rapport au (Régiment d’opérations spéciales du Canada ) ROSC. D’après certains, le ROSC devrait travailler avec le COMFOSCAN en tant que facilitateur. Et je comprends ce point de vue. Le mien, c’est que je voulais que le ROSC soit dans l’armée pour qu’il serve de lien par rapport aux activités de type spécial.

Ma fonction principale est de préser­ver l’armée pour que le gouvernement du Canada puisse l’utiliser comme il veut. L’armée manque de soldats présentement. On a perdu — perdu n’est pas le bon mot — près de 2 000 officiers et sous-officiers, des gens extraordinairement compétents, ont été mutés au COMFOSCAN ou aux divers commandements opérationnels. Et ils n’ont pas été remplacés. À vrai dire, ça me cause des soucis…

Ce que je voulais pas, c’est que ma ligne — bataillon, régiment, brigade — soit débitée pour envoyer des effectifs à d’autres organisations sans vrai débat sur ce que ça ferait à l’armée…

On a eu ce débat professionnel. Le chef (d’état-major de la défense) d’alors a pris la décision. Bon. Il m’a écouté, mais il était pas d’accord avec moi. Mais c’est pas important que je pensais qu’on devait faire autre chose. »

Quant aux rumeurs selon lesquelles Leslie a essayé d’accaparer le financement du ROSC, il répond sans détour. « Permettez-moi de vous raconter une histoire pathétique. L’an dernier, j’ai remis 50 millions de dollars qu’on pouvait pas dépenser, dit-il. Alors si je redonne des fonds, c’est pas logique de croire que j’essaie d’avoir les fonds de quelqu’un d’autre. »

Il y a d’autres problèmes qui l’inquiètent, autres que le manque de personnel et les besoins en soldats du COMFOSCAN, particulièrement celui d’armer les troupes en Afghanistan avec les outils dont ils ont besoin pour survivre et accomplir leurs tâches.

« Les soldats au front ont besoin de tout sans tarder et ils devraient l’avoir sans tarder. Le tragique c’est que ça prend du temps. Par exemple, les lunettes de vision nocturne. Il y en a une couple de milliers là-bas. Elles sont utilisées rudement. Le bris des lunettes de vision nocturne n’est vraiment pas rare. On les remplace grâce au stock au Canada et puis il faut en acheter d’autres. Combien de temps est-ce que ça prend pour qu’un contrat et la paperasserie en ville nous donne de nouvelles lunettes? Ça peut prendre du temps en maudit. »

À part les lunettes de vision nocturne et tout le reste du fourniment, les hélicoptères sont ce qui a manqué le plus tragiquement au Kandahar ces quelques dernières années. Vu que tout cela est en train de changer, lentement, Leslie est heureux d’étaler les succès d’approvisionnement qu’il y a eu, tels que les pièces d’artillerie M-777 et les chars d’assaut Leopard.

« Il y a eu des histoires de succès, dit-il, mais est-ce que ça va aussi vite que je voudrais? Certainement pas. »

Il fait aussi quelques observations intéressantes à propos du rôle des chars d’assaut en Afghanistan. Pour les gens qui ont été là-bas et l’ont vu, il y a quelque chose d’étrange en ce qui a trait à ces engins immenses et puissants essayant de se déployer contre un ennemi presque toujours invisible. Leslie le sait bien.

« C’est pas les tanks qui vont gagner une contre-insurrection… On verra jamais un tank à la tête d’un défilé de la victoire pour une contre-insurrection. Ils sont là pour protéger l’infanterie…

Ces gros monstres de 70 tonnes sont les véhicules qui survivent le mieux parmi tout ce qu’on a dans l’inventaire canadien […] alors on n’a pas acheté des chars de combat principal comme ceux de la guerre froide. »

Il nous fait part d’une statistique fort intéressante, un renseignement qui a  coupé le souffle à l’attaché de presse. Ce dernier nous a demandé que les nombres restent secrets, mais cela mérite d’être pris en considération.

« Environ [nombre XX] de Leopard 1 et [nombre X] Leopard 2 […] ont été éliminés du combat, soit [XX] en tout sur 40 chars d’assaut. Imaginez com­­bien de vies ils ont sauvées, car que serait-il arrivé à ces équipages s’ils avaient été à bord d’un VAL (véhicule d’assaut léger)? C’est peut-être 100 vies. »

Quant à Leslie, on ne se tromperait pas en croyant qu’il va déménager au bureau du chef d’état-major de la défense un de ces jours, bien que nombre de candidats de l’aviation et de la marine risquent d’avoir leur mot à dire à ce propos; quoi qu’il en soit, le premier soldat canadien va certainement s’efforcer de gagner ses batailles une à la fois.

L’ombudsman critique le progrès sur le stress opérationnel

Bien qu’il remarque qu’il y a eu du progrès au cours des six dernières années en ce qui a trait aux traumatismes liés au stress opérationnel (TSO) dans les Forces canadiennes, le rapport de décembre de l’ombudsman intérimaire, fait pour le ministère de la Défense nationale et les Forces canadien­nes, dit qu’il y a encore des militaires et familles qui n’obtiennent pas les services qu’il leur faut.

« Il est évident qu’il faut faire davantage », est-il écrit dans le rapport Un long chemin vers la guérison : le combat contre les traumatismes liés au stress opérationnel, de la protectrice du citoyen Mary McFadyen. Il s’agit du deuxième examen depuis que le rapport de l’ombudsman de 2002, où 31 recommandations ont été faites en vue d’améliorer l’évaluation et le traitement des TSO au militaire. Il n’y a que 13 de ces recommandations qui ont été mises en application et sept autres l’ont été en partie. La plupart des neuf recommandations du rapport de 2008 sont des répétitions des recommandations du rapport de 2002 qui n’ont pas été appliquées.

« Les Forces canadiennes et leur personnel sont au bord de l’épuisement », dit le rapport, à cause des pressions comme l’augmentation de l’engagement au combat en Afghanistan. Il insiste sur le besoin croissant d’un système durable pour identifier, prévenir et traiter les TSO et aussi pour identifier plusieurs questions « nouvelles et en évolution », comme les services de soins de santé mentale aux familles militaires et l’épuisement des professionnels en santé mentale et des soignants.

Bien que le rapport de 2008 remarque qu’il y a eu un « progrès important » en identification et traitement des TSO, y compris le passage au crible des soldats déployés, l’engagement envers le soutien social et l’augmentation du nombre de professionnels en santé mentale, certaines questions systémiques n’ont pas été réglées, surtout le leadership et la collecte de données, nous dit McFadyen.

La nomination d’un coordonnateur national des TSO, se rapportant au chef d’état-major de la défense, était une recommandation clé du rapport de 2002. À la place, un comité de direction a été nommé et deux conseillers spéciaux doivent s’occuper des TSO comme tâche secondaire. Mais au fil du temps, le comité s’est réuni de moins en moins souvent, le nombre de personnes qui y siégeaient a diminué et les conseillers spéciaux ne « pouvaient tout simplement pas s’occuper d’une tâche si grande et si importante tout en assumant leurs res­ponsabilités premières », dit le rapport.

En 2007, les FC ont nommé un conseiller spécial à temps plein pour diriger les programmes non cliniques et, en 2008, le comité directeur des TSO a été rétabli et augmenté. Mais aucun coordonnateur national n’a été nommé et le MDN répond que ces gestes « suffiront pour assurer la coordination générale des questions ayant trait aux TSO ».

« Je ne suis pas du tout d’accord avec ça », dit McFadyen. Non seulement un coordonnateur national assurerait la cohérence des politiques et des programmes des FC, mais sans lui le changement culturel nécessaire à l’élimination de la flétrissure des TSO sera plus dure et plus longue à obtenir, avertit le rapport. En conséquence, il y a encore des gens qui passent entre les mailles du filet, dit McFadyen, bien qu’on n’en sache pas le nombre. Le rapport fait remarquer qu’un seul c’est déjà trop, car les conséquences sont « souvent dévastatrices et durables ».

La plupart des établissements militaires au Canada ont été visités pendant les recherches pour le rapport et 19 unités aériennes, terrestres et navales ont été choisies. Les politiques, procédures et programmes pertinents ont été révisés et 360 interviews, menées. Une visite d’enquête à la Base des Forces canadiennes Petawawa, en Ontario (à 160 kilomètres au nord-ouest d’Ottawa), a permis de découvrir des divergences entre les niveaux de service offerts aux militaires et à leur famille et le stress et l’épuisement parmi les soignants en santé mentale.

Le rapport critique les Forces canadiennes du « leadership mitigé » qui permet à la flétrissure de subsister. « Certains leaders à l’échelon local n’admettent toujours pas que les problèmes de santé mentale sont des troubles réels », dit-il. En conséquence, il y a des membres des FC ayant subi des TSO qui n’osent pas demander de l’aide.

Mais il y a eu un « progrès énorme » depuis 2002, dit le lieutenant-colonel Stéphane Grenier, qui, en 2007, a été nommé conseiller spécial des TSO pour s’occuper de la création d’une campagne éducative et d’autres programmes servant à réduire la flétrissure par rapport aux questions de santé mentale. Il dit qu’il n’a pas été interviewé pour le rapport de 2008. Grenier, qui a souffert d’un TSO lui-même lors de son service au Rwanda, en 1994, fait remarquer la croissance des réseaux de soutien par les pairs et le développement des modules d’éducation et de formation pour tous les grades. Environ 8 000 mi­li­taires ont été formés en ce qui a trait aux questions de TSO; un bureau de conférenciers a été institué, qui sert à former tous les grades; les questions de TSO sont prises en considération lorsqu’on réécrit les politiques.

En outre, une équipe de santé mentale « puissante » est disponible lors des déploiements et les TSO font dorénavant partie du procédé de passage au crible qui a lieu après le déploiement, dit le lieutenant-colonel Rakesh Jetly, psychiatre et conseiller en santé mentale au MDN et aux FC.

Dans le but d’identifier les TSO rapidement, les soldats passent des tests de dépistage de TSO dans les six mois après leur retour et ils ont une réunion particulière avec un professionnel de la santé mentale. Les FC ont également augmenté le nombre de psychiatres de plus de 300 et on s’attend à ce qu’il y en ait 218 de plus au printemps. Le nombre de cliniques où l’on soigne les 65 000 réguliers et 25 000 réservistes a été augmenté à 11 et il y a six cliniques de TSO de plus à Anciens combattants Canada, où le personnel des FC peut aussi aller.

« On n’a pas encore d’approche nationale coordonnée, dit McFadyen, pour s’assurer qu’il y ait une surveillance efficace de toutes les questions concernant les TSO », dont les soins, le diagnostic, le traitement, la formation et l’entrainement réguliers. Son bureau va continuer de surveiller les progrès de cette question et de faire des rapports en conséquence.

La collection de données est une autre question systémique. Un logiciel de tenue de documents, qui devait être entièrement opérationnel en 2008, ne le sera pas avant 2011. « C’est malheureux, dit McFadyen, parce qu’il faut savoir quelle est l’étendue du problème. » Pour « assurer le ciblage des fonds et des ressources vers les bons endroits » il faut de bonnes données.

À la place, les enquêteurs ont trouvé « qu’il n’y a pas de mesure de perfor­mance efficace pour évaluer les approches régionales et locales des programmes ». À cause du manque de coordination nationale et des statistiques, « la qualité des soins de santé mentale offerts aux militaires manque de cohérence d’un endroit du pays à l’autre », dit le rapport. Par exemple, il n’y a qu’un psychologue et 80 p. 100 du temps d’un psychiatre, à la BFC Petawawa, où il y 5 100 militaires dont un grand nombre ont été déployés en Afghanistan, alors qu’il y a cinq psychologues et trois psychiatres à la BFC Edmonton au service de 6 600 militaires.

Mais que le système d’enregistrement des dossiers ne soit pas encore entièrement prêt, cela ne veut pas dire qu’on ne fait pas de recherches, dit Jetly. Par exemple, les FC ont découvert qu’il faut moins de temps qu’avant aux militaires pour demander de l’aide pour TSO. En 2002, « c’était cinq ou six ans, en moyenne ». La moitié de ceux qui ont été identifiés comme souffrant d’un TSO se font déjà soigner à leur retour au Canada, dit-il.

Mais les dossiers papier et les mé­thodes de recherche manuelle sont encore une entrave. « Quand on a fait la deuxième enquête, personne ne pouvait nous dire exactement combien de personnes souffrent d’un TSO, dit McFadyen. Les statistiques précises vont finir pas aider tout le monde à s’occuper de la question, y compris à Anciens combattants Canada, quand les gens ont pris leur retraite. »

Les statistiques précises sont nécessaires pour savoir si les militaires blessés ont suffisamment d’assistance, dit Sean Bruyea, officier du renseignement pendant 14 ans, qui a servi à la guerre du Golfe en 1990-1991. Un TSO s’est développé par la suite et il a souffert en silence pendant des années. « La flétrissure était si grave (en ce temps-là)… j’avais tellement peur de demander de l’aide, je préférais abandonner la carrière que j’aimais tellement. » Avec bien peu d’assistance et sans emploi, « j’étais un de ceux qui sont passés à travers les mailles du filet » durant les années 1990.

Pour savoir tout ce qu’un déploiement veut dire, il faut savoir combien vont couter les blessures physiques et psychologiques, dit-il. « On ne devrait pas envoyer les militaires en mission sans penser à l’argent, dit-il. C’est tout à fait injuste de dire à un soldat qui a rempli son contrat en sacrifiant sa vie ou sa santé : ‘Eh bien, on n’a pas assez de fonds’. »

Il dit que la planification nécessite de bonnes statistiques. Pour décider de la grandeur d’un engagement, il faut savoir combien de gens déployés vont souffrir physiquement ou psychologiquement, combien vont être affectés à vie, et de combien d’argent on va avoir besoin pour ces gens et pour s’occuper des familles, dit-il.

À quel point les familles sont affectées par les TSO est une des questions dont discute le rapport de 2008. En plus du stress concernant les soins d’un parent souffrant de TSO, les membres de la famille risquent de souffrir de problèmes mentaux eux aussi et la dynamique familiale risque d’en être bouleversée. Pourtant, il y a beaucoup de gens dans des établissements militaires isolés qui ont de la difficulté à obtenir des soins. Le rapport remarque que, bien que la responsabilité des services de santé pour les familles militaires appartienne aux provinces, les FC ont une « responsabilité morale » de s’assurer qu’elles aient accès aux bons services et soutien de santé mentale qu’il faut pour s’occuper des militaires souffrant de TSO.

« Le prix en dignité humaine (quand on ne donne pas de service aux familles) est immensurable, dit Bruyea. Le prix sur les enfants, l’alcool et les drogues, la colère. Cela divise les familles, ou bien elles restent ensemble de manières nuisibles. »

Bien que le MDN soit d’accord avec la recommandation d’instituer une organisation qui travaille avec les organismes d’État et le gouvernement à tous les paliers pour s’assurer que les familles aient accès à tous les services et à tous les soins dont elles ont besoin, il fait remarquer que la prestation des soins aux familles militaires ne fait pas partie de son mandat (sauf à Goose Bay, au Labrador). Il faudrait modifier la politique gouvernementale et un apport important de ressources pour ce faire.

Recommandations et réponses

Les suivantes sont des recommandations d’Un long chemin vers la guérison : Le combat contre les traumatismes liés au stress opérationnel par Mary McFadyen, protectrice du citoyen par intérim pour le ministère de la Défense nationale. La réponse du chef d’état-major de la défense concernant le deuxième rapport de suivi du Bureau sur les traumatismes liés au stress opérationnel suit chaque recommandation, en italiques.

• Que l’on crée un poste à temps plein de coordonnateur national en matière de TSO, relevant directement du chef d’état-major de la défense.
La nomination d’un lieutenant-colonel à temps plein pour surveiller les programmes de TSO ainsi qu’un comité consultatif des services de santé mentale suffiront pour assurer la coordination générale des questions ayant trait aux TSO.

• Que l’on crée une base de données qui contienne exactement le nombre de membres des FC affectés par des TSO.
Acceptée

• Qu’une enquête confidentielle et indépendante sur la santé mentale des membres anciens et actifs, réguliers et réservistes, soit menée.
Acceptée en partie. Les FC peuvent enquêter sur les forces régulières et de réservistes; Anciens combattants Canada est responsable des membres à la retraite.

• Modifier la politique de reclassement afin de satisfaire ceux qui, malgré des TSO, peuvent continuer leur service militaire à d’autres postes militaires.
Pas de réponse.

• Faire le nécessaire pour que la politique de satisfaction soit appliquée équitablement aux membres des FC, qu’ils aient des difficultés mentales ou physiques.
Pas de réponse.

• Établir une organisation nationale pour s’assurer que les familles militaires aient accès aux soins.
Acceptée.

• S’assurer du financement de l’identification, de la prévention et du traitement des TSO.
Acceptée, et élargie pour inclure toutes les maladies mentales, pas seulement les TSO.

• Surveiller les besoins en soins de santé supplémentaires au cas où les TSO continuent de croitre.
Acceptée.

Tenez-le bien haut

Jack Babcock passe le flambeau. [VETERANS AFFAIRS CANADA]

Habituellement, il n’y a pas de vedette aux cérémonies du jour du Souvenir, mais cette fois-ci, il y en avait une.

Quand le dernier vétéran de la Première Guerre mondiale, Jack Babcock, a paru aux grands écrans autour du Monument commémoratif de guerre du Canada, au centre-ville d’Ottawa, la foule de quelque 25 000 personnes s’est déchainée et a applaudi comme jamais à une cérémonie solennelle de ce genre.

Elle était folle de joie en voyant le vieux soldat. En effet, le rôle que Babcock jouait, celui de passeur du flambeau commémoratif, a été apprécié à sa juste importance.

Mardi, le 11 novembre 2008, était un jour glacial et nuageux dans la capitale nationale, mais cela semble n’avoir incommodé personne outre mesure. Les anciens combattants, jeunes et vieux, assis le plus près du mémorial, ont enduré la situation : ils ont peiné pour se lever; ils ont peiné pour rester au chaud; ils ont peiné pour voir; mais ils ne se sont pas plaints.

Les anciens combatants se tiennent fièrement durant la cérémonie. [PHOTO : METROPOLIS STUDIO]

En plus des anciens combattants, il y avait des rangs de soldats des Forces canadiennes, de cadets du Collège militaire royal et de diplomates, ainsi que les milliers de personnes qui ont fait fi des intempéries.

Derrière la foule, sur la Colline du Parlement, les gros canons du 30e Régiment d’artillerie de campagne de l’Artillerie royale canadienne n’avaient de cesse de tonner et l’odeur de la cordite planait sur la place éventée. La neige commença alors à tomber, un tout petit peu.

La cérémonie a commencé précisément à l’heure. Après la sonnerie aux morts, la complainte et le moment de silence, le président national Wilf Edmond a lu l’Acte du souvenir en anglais, et puis le grand président honoraire de la Légion, Charles Belzile, l’a lu en français. Ensuite, il y a eu une première : l’ancien combattant aborigène Tom Eagle s’étant rendu au microphone, il a tenu une grande plume solennellement en l’air et lu une version symbolique en langue aborigène.

Au moment où Eagle terminait sa lecture, quatre biréacteurs CF-18 du 425e escadron d’appui tactique ont grondé au-dessus des têtes, en formation périlleusement serrée. Au-dessus du monument, un des avions s’est élevé précipitamment dans les nuages pour conclure la glorieuse formation en hommage aux pilotes disparus. Un exercice rapide mais étonnant.

Le maitre de première classe Brian Rainbow (devant), le sergent de section Paras Satija et l’adjudant-maitre Shawn Claire. [PHOTO : METROPOLIS STUDIO]

Peu de temps après, c’était le tour de Babcock. Selon ce qui avait été prévu, le flambeau de la commémoration, ayant quitté ses mains, allait passer par plusieurs générations d’anciens combattants canadiens et puis finir entre les mains d’un soldat d’aujourd’hui.

Un murmure enchanté a parcouru la foule quand Allard a annoncé le nom et l’âge de Babcock. Et quand il a apparu sur les écrans immenses qui entourent le mémorial, la foule s’est déchainée, évidemment heureuse de voir Babcock, robuste et en bonne santé, qui portait un tee-shirt où était écrit « Vimy 1917-2007 Birth of a Nation (Naissance d’une nation) » et un cardigan de la Légion avec l’épingle du Royal Canadian Regiment. « Il ne faut jamais oublier nos camarades tombés au champ d’honneur, dit-il d’une voix grave. Je passe ce flambeau commémoratif à mes camarades. »

Il s’est levé et regardé la caméra en te­ndant le flambeau : « Tenez-le bien haut. »

Quatre hommes, portant chacun un uniforme différent de celui des autres, attendaient fièrement le flambeau au pied du monument. Le premier réci­piendaire du flambeau a été le vétéran de la Seconde Guerre mondiale George Dunlop des Royal Canadian Hussars, qui a atterri en France peu de temps après le jour J et qui a également pris part à la libération de la Hollande.

Dunlop s’est tourné vers le président national de l’Association canadienne des vétérans de la Corée Al Tobio, qui était brancardier dans la 25e Ambulance de campagne à la Guerre de Corée, et lui a passé le flambeau. Tobio l’a tout de suite remis à James O’Brien, un vétéran de plusieurs déploiements au plateau du Golan et au désert du Sinaï, qui représentait l’Association canadienne de Vétérans des forces de la paix des Nations Unies (ACVFPUN).

O’Brien s’est alors tourné, pour la dernière translation, vers le sergent Randy Keirstead du Royal Canadian Dragoon, qui portait le célèbre treillis de combat fauve des Forces canadiennes en Afghanistan. Keirstead a pris le flambeau et l’a placé résolument dans son support, comme s’il obéissait au commandement de le tenir haut, comme s’il y avait un doute à savoir si les anciens combattants d’aujourd’hui sont capables d’entretenir le patrimoine militaire du Canada et qu’il y répondait d’un « oui » catégorique.

Le flambeau est passé d’Al Tobio à James O’Brien. [PHOTO : METROPOLIS STUDIO]

En 2006, Keirstead a passé des mois aux premières lignes en Afghanistan. Arrivé en octobre comme remplaçant, il a participé à des opérations petites et grandes, du boulot quotidien comme il y en a à la défense des petites bases et des bastions au Panjwai jusqu’aux entreprises des gros groupements tactiques comme l’opération Baaz Tsuka, il a tout vu. Il dit également qu’il est on ne peut plus fier de son rôle à cette cérémonie historique.

Le brigadier-général David C. Kettle, aumônier général des Forces canadiennes et le rabbin Reuven P. Bulka, aumônier honoraire de la Direction nationale, ont revalorisé la cérémonie.

Les personnalités éminentes déposent les premières couronnes peu après la fin des prières et de la version attendrissante du Champ d’honneur tel que chanté par le Ottawa Children’s Choir.

Le sergent Randy Keirstead place le flambeau. [PHOTO : METROPOLIS STUDIO]

La gouverneure générale Michaëlle Jean en dépose une. Le premier ministre Stephen Harper en dépose une aussi. Le général et chef d’état-major de la défense Walter Natynczyk fait de même. Et puis la mère de la Croix d’argent Avril Stachnik en dépose une de la part des Canadiennes dont le fils est mort au service de la patrie. Le président national Wilf Edmond en a déposé une de la part de la Légion et puis le président de la Division de l’Ontario George O’Dair en a déposé une autre.

Les gagnants séniors des concours nationaux littéraires et d’affiches de la Légion en déposent une de la part de la jeunesse canadienne. Il s’agit de Silvia Alvarado d’Ottawa : affiche en couleurs; Monika Stahlstrom de Surrey (C.-B.) : affiche en noir et blanc; Katrina Elissa van Kessel d’Elliot Lake (Ont.) : composition; et Andrea Murray de Benalto (Alb.) : poésie.

La mère de la Croix d’argent Avril Stachnick, la gouverneure générale Michaëlle Jean et le premier ministre  Stephen Harper. [PHOTO : METROPOLIS STUDIO]

Les trois récipiendaires du prix de la Légion du cadet de l’année sont au centre avancé pour offrir leur aide. Il s’agit du maitre de première classe des cadets de la marine Brian Rainbow de Ladner (C.-B.); de l’adjudant-maitre des cadets de l’Armée Shawn Claire de Victoria (C.-B.); et du sergent de section des cadets de l’Aviation Paras Satija de Campbellton (N.-B.).

Le vendredi d’avant le jour du Souvenir, Stachnik a été présentée aux Canadiens en tant que mère de la Croix d’argent de 2008. La cérémonie avait lieu au centre commémoratif du cimetière Beechwood d’Ottawa, le Cimetière militaire national, où le sergent Shane Stachnik est enterré auprès de bien d’autres membres des FC.

Bien des gens assistaient à la simple cérémonie. Le général et chef d’état-major Walter Natynczyk était dans l’assistance, tout comme l’étaient le ministre des anciens combattants Greg Thompson.

Le président national de la Légion Wilf Edmond avait l’honneur de présenter Stachnik à la foule et aux membres des médias. « Depuis 1919, la mère de la Croix d’argent a été présentée aux mères et aux veuves qui ont perdu un être cher, dit Edmond. Et depuis la cérémonie du jour du Souvenir de 1931, quand la Légion royale canadienne a réglé la cérémonie pour la première fois, la mère de la Croix d’argent en a été le pilier. Il n’existe pas de lien plus authentique que celui qu’il y a entre une mère et l’enfant qu’elle a perdu, poursuivait Edmond. Alors nous choisissons la mère avec beaucoup de soins, car nous savons que son rôle nécessite beaucoup de courage et d’assurance. »

Nombre d’anciens combattants ont eu les larmes aux yeux durant la manifestation. [PHOTO : METROPOLIS STUDIO]

Stachnik a alors parlé de ce que cela signifiait pour elle. « Je me sens très honorée et décontenancée d’avoir été choisie mère de la Croix d’argent. Quand on m’a appelée, la première fois en janvier, je n’ai pas hésité et c’est très important pour moi que de faire l’annonce ici, où mon fils est enterré. Je sais que mon fils aurait été fier de moi. »

Stachnik fit une pause et reprit. « Oui, je vais penser à mon fils en déposant la couronne, mais je vais aussi penser à tous ceux qui sont morts en défendant notre nation, car je sais ce qu’on ressent quand la nouvelle arrive. Ce n’est pas important comment on se sent par rapport à la guerre; il faut soutenir nos soldats au pays et à l’étranger. Ils ont tout donné et ils méritent qu’on se souvienne d’eux comme des héros qu’ils sont. »

Par la suite, Stachnik et sa fille Deanna se sont recueillies un moment à la tombe de Shane. Shane est mort le 3 septembre 2006, le premier jour de l’opération Méduse. C’était un ingénieur et il se trouvait au front de la compagnie Charles lors de l’assaut infortuné d’une position ennemie bien fortifiée. Il fut tué instantanément quand une arme de gros calibre — probablement un obus de canon sans recul de 82 mm — a explosé contre la tourelle du véhicule blindé léger où il se trouvait.

Les enfants déposent leur coquelicot sur la Tombe du Soldat inconnu. [PHOTO : METROPOLIS STUDIO]

Le lundi précédant la cérémonie, la mère de la Croix d’argent s’est jointe aux cadets et aux étudiants pour visiter les édifices du Parlement et le Musée canadien de la guerre et pour assister à un diner organisé par la Légion en leur honneur.

Pendant la visite à la Chapelle du Souvenir, à l’édifice du Centre du Parlement, Stachnik a regardé silencieusement le nom de son fils inscrit dans un Livre du Souvenir. Durant une petite cérémonie réglée à la Chapelle du Souvenir, le sergent d’armes adjoint de la Chambre des communes, André Boivin, lui a remis une copie encadrée de la page où le nom de son fils a été inscrit.


La visite à Jack Babcock

Au début du mois d’octobre, le président national de la Légion, Wilf Edmond et l’administrateur de la Direction nationale, Danny Martin, sont allés voir Jack Babcock et son épouse Dorothy à Spokane (Washington).

À 108 ans, Babcock, le dernier vétéran canadien de la Première Guerre mondiale, est une vraie merveille. Pendant leur visite, Babcock a raconté toutes sortes d’histoires de son service, des ennuis qu’il avait quand il brisait du matériel important, jusqu’au jeûne de plusieurs jours causé par le mal de mer, en passant par la cour qu’il a faite à une jeune Écossaise.

Jack Babcock and Dominion President Wilf Edmond chat during the visit to Spokane, Wash. [PHOTO: DOMINION COMMAND]

Edmond et Martin avaient une mission concrète — enregistrer une vidéo de Babcock passant le flambeau pour la cérémonie nationale du jour du Souvenir — mais ils étaient allés le voir aussi pour présenter leurs respects de la part de tous les membres de la Légion.

Dans la petite chambre bien éclairée de la maison qu’habite Babcock, Edmond a commencé cérémonieusement. « C’est avec un plaisir extrême que nous sommes venus vous rencon­trer », dit Edmond à Babcock, qui était assis sur un canapé. « Vous feriez honneur à notre organisation de bien vouloir accepter cette adhésion à vie comme membre honoraire éminent. »

Edmond a alors sorti une grande plaque fastueusement gravée; il allait la remettre à Babcock quand il hésita. « C’est plutôt lourd », dit-il.

« Mettez-la donc sur mes genoux », répondit Babcock.

Edmond la déposa délicatement sur les genoux de Babcock.

« Et voici la carte qui indique que vous êtes membre à vie, et une épingle à revers aussi », dit Edmond.

« Ah, merci », répondit Babcock en tendant la main pour les accepter.

Edmond a ensuite donné plusieurs chapeaux à Babcock, dont un de Vimy, assorti à la chemise que portait Babcock. La remise des cadeaux n’était pas encore finie. Il y eut des armoiries, une autre épingle à revers, une épingle à coquelicot, la première pièce de 25 cents du 90e anniversaire frappée spécialement et le dollar de l’armistice en argent.

« Camarade, je suis très heureux d’être en mesure de vous remercier de ma liberté », dit Edmond en lui serrant la main.

Ensuite, le groupe, qui comprenait aussi des représentants d’Anciens combattants Canada, a entrepris de filmer Babcock.  « Il ne faut jamais oublier nos camarades tombés au champ d’honneur, dit Babcock. Je passe ce flambeau commémoratif à mes camarades. Tenez-le bien haut. »

Les choses sérieuses menées à bien, Babcock a évoqué ses souvenirs de la guerre pendant un certain temps; toutefois, bien qu’il soit encore vif d’esprit, il a de la difficulté à se souvenir des détails. Il avait 15 ans quand les recruteurs de l’armée se sont présentés chez son frère, où il était en train de couper du bois. « Il y a un sergent et un lieutenant qui sont venus. Je sais pas si le lieutenant est venu ou pas, mais il y avait un sergent; il nous a parlé de la charge de la Brigade légère.

“Les coups et les salves de canons tonnaient” », Babcock se souvient d’avoir entendu le sergent. « Et ils ont atteint les Russes, ils en ont tué avec leurs sabres, certains d’entre eux. Mais beaucoup d’hommes sont tombés. J’imagine que deux tiers d’entre eux sont tombés. »

L’histoire impressionnait encore Babcock, qui est devenu mélancolique, répétant l’expression « les coups et les salves de canons tonnaient ».

Il dit que c’est à ce moment-là qu’il a décidé de s’engager. Le lundi sui­vant, il a marché à peu près 13 milles, jusqu’au dépôt local de Sydenham (Ont.). « Par la suite, on est allés à Kingston (Ont.) et on s’est entrainés au manège militaire. Et puis après on est allés à Val-Carter. C’est ce que les Français appellent Valcartier », dit-il d’un rire franc.

Il se souvient de quand on lui a fourni « le vieux fusil Ross », l’arme inefficace détestable que les Canadiens ont eu pendant une petite partie de la guerre. « C’était un fusil peu maniable », dit Babcock en décrivant les problèmes qu’on avait lors de son maniement. « Mais on pouvait tirer, c’est sûr.

Je suis allé outre-mer à bord du California (un navire) et j’ai débarqué à Liverpool. Il me semble que la traversée a pris à peu près neuf jours… J’ai eu le mal de mer les deux fois (à l’aller et au retour); je me couchais sur le pont. Je ne suis pas un bon marin, dit-il en riant. Je suis resté couché jusqu’à ce que ça se termine. Je n’ai pas mangé pendant plusieurs jours. Et puis quand j’ai enfin été guéri, je suis allé au mess et j’ai mangé comme deux, au moins. »

En Angleterre, Babcock a été jugé trop jeune pour être envoyé immédiatement en France, alors il a été attaché à une unité de transit avec d’autres soldats trop jeunes. « J’ai participé à aucun maudit combat. Je me suis enrôlé et je serais allé en France si j’avais pu, mais on m’a mis dans un bataillon de jeunes soldats où on a été entrainés sans arrêt. On s’est fait entrainer huit heures par jour; du vrai entrainement. »

À preuve, il se mit à chanter une chanson de marche qu’il avait apprise là-bas.

Il se souvenait aussi du temps qu’il était dans un orchestre de clairons. « J’ai pas l’oreille musicale. J’ai jamais réussi à l’apprendre, le maudit clairon. (Gros rire). On était toujours en avant aux défilés et je me mettais le clairon aux lèvres. Je pouvais pas faire sonner la maudite affaire, mais je faisais comme si. »

Un peu plus tard durant la visite, alors que Babcock donnait des signes de fatigue, Edmond et Martin ont suggéré d’y mettre fin pour permettre au vieux soldat de se reposer. « M. Babcock, c’est tout un honneur d’avoir été en votre compagnie, dit Martin pour conclure. C’est tout un honneur de parler à quelqu’un qui a été à la Première Guerre mondiale; le dernier de ses vétérans encore vivant. »

Babcock a alors reçu un chapeau de la Légion sur lequel le mot VETERAN était écrit en capitales. Il a du faire un effort un instant, mais il a réussi à se le mettre sur la tête, et puis il s’est assis, content, aurait-on dit, d’attendre ce qui allait arriver. Bien peu de chapeaux pourraient lui aller aussi bien.

À Sherbrooke, les jeunes athlètes portent leur regard sur les Jeux olympiques

En 2008, le moment des Championnats nationaux d’athlétisme pour jeunes de la Légion royale canadienne n’aurait pu être mieux choisi.

Durant la fin de semaine où les meilleurs athlètes junior du Canada s’assemblaient à Sherbrooke (Qc), les meilleurs athlètes canadiens seniors rejoignaient les meilleurs du monde à Beijing (Chine), aux Jeux olympiques de 2008.

Et tout comme nombre d’athlètes aux épreuves de la Légion, qui ont eu lieu du 7 au 12 aout, aspiraient à Londres en 2012, on peut être sûr qu’à Beijing, beaucoup d’athlètes se rappelaient de leur participation, quand ils étaient plus jeunes, aux épreuves de la Légion.

Ces dernières ont commencé officiellement le vendredi soir, à l’occasion d’une cérémonie réglée à l’intérieur à cause de la pluie, où les équipes ont défilé autour d’une piste et ont abouti devant les tribunes, face au podium.

« Nous sommes ici en l’honneur des anciens combattants, et pour les représenter », dit le président national Wilf Edmond à la foule. « Je ne glorifie pas la guerre quand je parle des gens à la mémoire desquels nous nous réunissons. Mais nous allons tous glorifier leur mémoire lors des efforts que nous faisons pour aller plus vite, plus haut, plus loin. Je vous souhaite « good luck et bonne chance ».

Ces championnats n’étaient pas ordinaires car, cette année, pour la première fois, les athlètes autres que ceux du réseau de la Légion avaient le droit d’y participer, à leurs propres frais, (Athlétisme Canada s’associe au programme d’athlétisme de la Légion, mai/juin).

Ainsi, en plus des 304 athlètes qui se sont qualifiés aux épreuves de la Légion, il y en avait 248 autres qui, ayant satisfait aux normes minimales, participaient aussi à la compétition. La plus grande partie d’entre eux venaient de grands clubs d’athlétisme comme celui des Lions d’Ottawa mais il y en avait aussi de clubs plus petits et de filiales de la Légion.

Hugh Conlin, directeur des programmes de développement d’Athlétisme Canada, était là en tant que représentant principal du corps administratif de l’athlétisme canadien. C’est un grand supporter du nouveau format ouvert parce que la rencontre de la Légion, dit-il, en devient une épreuve vraiment nationale qui accueille les meilleurs Canadiens.

« Dans l’ensemble, cela a été fait avec l’accord de la Légion et, bien qu’il pourrait y avoir le risque que les provinces les plus fortes dominent certaines des épreuves — ça se pourrait — il va falloir attendre les résultats », dit Conlin. « Mais même si des athlètes doivent payer leur propres frais, ce qu’il y a de bien c’est que le financement de la Légion donne l’occasion d’y aller à des athlètes qui ne le pourraient pas autrement, et je pense qu’on aura toujours besoin de ça.

« C’est un événement extrêmement important pour notre pays », dit Conlin. « La Légion l’organise depuis des années mais c’est la première fois que nous sommes ses partenaires. Dorénavant, en plus d’être le championnat national de la Légion, c’est un championnat de jeunes ouvert, alors c’est vraiment un championnat national pour les athlètes de moins de 18 ans, et nous sommes heureux d’en faire partie.

« On ne peut trop insister sur l’importance du rôle qu’a eu la Légion par rapport à la promotion de l’athlétisme au Canada. Il n’existe aucun autre club de services au Canada qui en ait tant fait pour l’athlétisme, et chaque filiale de chaque division de la Légion participe. C’est extraordinaire. »

Les jeux eux-mêmes ont commencé très tôt le samedi matin. Durant les deux jours qui ont suivi, il y a eu nombre de performances remarquables et beaucoup de records ont été pulvérisés.

Une des épreuves les plus excitantes a été celle du sprint de 200 m chez les moins de 18 ans, où Oluwasegun Makinde et Philip Hayle de l’Ontario s’éperonnaient l’un l’autre jusqu’à leur limite. Bien que Makinde ait gagné et inscrit un nouveau record national chez les jeunes en 21,43, la course était si serrée qu’il a fallu avoir recours au photo témoin. Hayle a terminé en 21,44, le record canadien de la jeunesse précédent.

Après la course, les deux athlètes ont célébré leur course, sur la piste, devant une foule qui applaudissait à tout rompre. Tout de suite après la course, Makinde nous disait ce qui s’était passé. « Mon meilleur résultat, avant, la semaine dernière, c’était 21,48 et puis je suis venu ici, où courait Philip — nous courons toujours ensemble — et il allait vraiment vite. Je savais que le temps serait très court parce qu’il était dans la course et ça s’est avéré un nouveau record, alors c’est juste que je suis chanceux. »

Ce n’était pas la première épreuve de Makinde à la Légion, mais c’était sa dernière. Cependant, on peut s’attendre à le revoir : aux Olympiques « en 2012, espérons. Si j’y arrive. C’est de ça que je rêve », dit Makinde.

Le samedi matin, Geneviève Lalonde du Nouveau-Brunswick battait le record de la jeunesse aux 3 000 mètres, lequel était de 9 min 37,35, en 9 min 36,77, et elle se faisait acclamer avec frénésie par le contingent néo-brunswickois qui se trouvait dans les gradins.

Mais rien n’a excité la foule autant que les épreuves de relais, le samedi en fin d’après-midi. On aurait dit que les spectateurs s’égosillaient tous pendant que les athlètes couraient aux 4 x 100 mètres et aux 4 x 400 mètres. En fin de compte, ce sont la Colombie-Britannique, l’Ontario et la Nouvelle-Écosse qui ont obtenu les médailles d’or.

D’autres records ont aussi été battus, ailleurs sur le terrain. Christabel Nettey a battu le record canadien de la jeunesse au saut en longueur, chez les moins de 18 ans, grâce à un saut de 6,21 mètres, et Alyxandria Treasure de la Colombie-Britannique a gagné au saut en hauteur grâce à un saut de 1,81 mètre, pulvérisant le record de la Légion ainsi que le national.

En même temps, Karleigh Parker de l’Ontario gagnait au saut à la perche chez les moins de 18 ans grâce à un saut audacieux de 3,38 mètres. Parker, âgée de 16 ans, qui était classée première au début de l’épreuve, savait qu’elle avait de bonnes chances mais elle n’avait pas sauté aussi haut en compétition auparavant. « J’espérais que mon adrénaline, parce que j’étais ici, me permettrait de sauter plus haut », dit-elle, « je ne m’attendais pas à aller aussi haut — 3,31 peut-être mais […]. »

Sa victoire en poche, elle avait hâte, comme beaucoup d’athlètes, aux autres manifestations organisées à la rencontre de la Légion, comme les danses, les visites et les autres événements sociaux. Parker, qui avait déjà participé à des rencontres de la Légion, dit que l’événement lui avait plu du début à la fin.

« C’est très agréable. On s’est beaucoup diverti », dit-elle et puis elle ajoute, le sourire aux lèvres, « il y a une danse ce soir… »

En effet, la manifestation de la Légion n’est pas seulement une compétition sportive. Les athlètes arrivent plusieurs jours avant la compétition afin d’avoir le temps de participer à des séminaires et à des ateliers, et pour se faire entrainer par les plus grands experts du Canada.

« C’est très important de donner aux jeunes les renseignements sur les choses qu’ils doivent savoir, de les aider à s’exercer », dit Conlin à propos de la raison d’être des manifestations des premiers jours. « Nous avons eu une conférence sur les drogues et les sports, sur l’alimentation et le rétablissement, la psychologie du sport et la fixation d’objectifs, et puis il y a eu l’analyse technique et l’évaluation de plusieurs choses. Il est important que les jeunes sachent toutes ces choses; cela va les aider à se préparer. Nous voulons que ce concept fasse partie de cette rencontre à jamais.

« Ces gens sont ici parce qu’ils sont les meilleurs du pays dans leur groupe d’âge. Et ils sont l’avenir du sport, c’est certain », dit Conlin. « Une bonne partie de notre équipe nationale a fait ses débuts ici, à ce championnat national, et j’imagine qu’une bonne partie des gens aux Olympiques a participé à l’une ou l’autre des épreuves de la Légion.

« À Athlétisme Canada, nous sommes vraiment heureux que la Légion a été une si bonne meneuse pendant 40 ans quand il s’agissait d’offrir des occasions d’entrainement aux jeunes athlètes, dont cette compétition-ci, qui offre tant d’avan­tages culturels aux athlètes en ce qui concerne les voyages et la culture. »

Les équipes et les athlètes parrainés par la Légion ont aussi reçu des points — allant de 10 points pour une victoire jusqu’à 1 point pour une huitième place. En fin de compte, les résultats des équipes ont démontré que la Division de l’Ontario était la plus forte avec 641 points, celle de la Colombie-Britannique/ Yukon la suivait avec 566 points, et celle de l’Alberta/Territoires du Nord-Ouest venait ensuite avec 420 points.

La manifestation ayant fini, il y avait un très grand nombre de résultats excellents parmi lesquels choisir les deux athlètes de l’année mais, en fin de compte, il a fallu se rendre à l’évidence. Chez les garçons, c’était Gregory MacNeill de London (Ont.), qui avait été premier à quatre épreuves : les 110 mètres haies, les 400 mètres haies et les relais de 4 x 100 mètres et de 4 x 400 mètres. Chez les filles, c’était Christabel Nettey de la Colombie-Britannique, qui avait été troisième aux 100 mètres et troisième au relais de 4 x 400 mètres, avait fixé un record de la Légion aux 100 mètres haies et avait fixé un nouveau record canadien au saut en longueur.

« Je suis très heureuse parce que la saison a été dure », dit Nettey, qui s’est foulé un jarret lors d’une rencontre en avril et encore une fois en juin. « J’étais blessée, alors prouver que je pouvais revenir et travailler dur a été tout un accomplissement. »

C’était le troisième et dernier voyage aux nationaux de la Légion pour Nettey — et la deuxième fois qu’elle était nommée athlète de l’année — et bien qu’elle vise la gloire à la course internationale, aux Olympiques de 2012, elle dit que les épreuves de la Légion vont lui manquer parce qu’elle s’y est beaucoup amusée avec les camarades.

« C’est parce qu’on habite avec les coéquipiers que c’est extra », dit cette Britanno-Colombienne de 17 ans « mais, à cette rencontre, c’est comme tout le monde s’est réuni et on a établi des relations avec tout le monde. »

Le lundi soir, les athlètes se sont tous rassemblés dans une des cafétérias de l’Université de Sherbrooke, portant leurs plus beaux vêtements, pour la remise des prix et les cérémonies de clôture.

Vers le début de la réunion, l’ancien vice-président national John Alger, président du Comité national des sports de 2006-2008, a prononcé un discours bref mais enthousiasmant.

« C’était et c’est encore, le désir des anciens combattants que cette rencontre se réalise. Et vous nous aidez à tenir une promesse que nous avons faite il y a très longtemps », dit Alger. « Il faut maintenir et étendre notre profil public pour conserver cet événement, ce qui veut dire que vous allez tous devoir dire à tout le monde que c’est le meilleur en son genre dans le pays. Et dites-leur que nous, à la Légion, non seulement nous préparons les jeunes gens pour l’avenir, nous croyons vraiment en ce que nous faisons pour améliorer nos collectivités afin d’y vivre mieux. »

Une autre chose a aussi fait l’effet d’un changement cette année : Henderson et Carol Paris, chaperons en chef à la manifestation depuis nombre d’années, ont démissionné.

« Rien n’est parfait », dit Paris. « Mais il faut beaucoup travailler pour faire des changements. Il y a eu beaucoup de bons changements dans ce programme au fil des ans, comme la diversité, l’ouverture et l’inclusion. »

« Nous désirons que vous vous efforciez d’atteindre vos objectifs, que vous visiez encore plus haut dans la vie et que vous soyez toujours gentils les uns avec les autres », dit-il.

Le Comité des préparatifs locaux qui, présidé par Gilles Lussier, a bien accompli une tâche immense, a aussi été remercié à plusieurs reprises. « Nous avons travaillé toute l’année pour que tout soit prêt, dit Lussier, et cela fait plaisir de (les) voir tous ici finalement, en compétition. »

À la fin de la cérémonie, des athlètes de chaque province ont pris le microphone pour remercier la Légion. Nombre d’entre eux étaient drôles et irrévérencieux — celui qui a fait le plus rire était le jeune homme de l’Ontario qui dit à la foule de « fêter au max ».

Certains autres athlètes ont parlé bien plus sérieusement. Comme Mike Jacobs du Nouveau-Brunswick qui dit que « On peut se plaindre et être en désaccord à propos de certaines choses mais, en fin de compte, je sais que nous sommes tous extrêmement fiers de représenter nos provinces à cette rencontre. Cela dit, les compétitions terminées, à mes yeux, les athlètes ne sont plus des autres provinces, ce sont des athlètes du Canada. »

Edmond était présent aussi à la cérémonie de clôture. En tant que dernier orateur de la soirée, il raconta aux jeunes athlètes l’histoire du soldat Mark Graham, un sprinteur qui a participé aux championnats nationaux de la Légion, a fait partie de l’équipe olympique cana­dienne, et est mort au combat pour son pays, en Afghanistan, en septembre 2006. Les athlètes, qui étaient presque tous turbulents avant le discours, ont été attentifs et respectueux pendant qu’il parlait, et ils semblaient impressionnés par l’histoire du sacrifice de Graham.

« La semaine a été extra mais le moment est venu de se dire adieu », dit Edmond, sur une note un peu moins sombre. « Il vous a fallu savourer les joies dues aux victoires et éprouver les déboires dus aux pertes. On ne peut pas toujours gagner, bien sûr. Mais ce qu’on peut faire, c’est donner le meilleur de soi-même, et il me semble que vous l’avez tous fait.

« Pour finir, je vous souhaite d’avoir, tout au long de votre vie, la même détermination que vous avez eue sur le terrain; et si vous, athlètes, y réussissez, eh bien, mesdames et messieurs, vous en sortirez gagnants. »