Un courage à toute épreuve

Léo Major a débarqué en Normandie avec le Régiment de la Chaudière le 6 juin 1944. [Wikimedia]

Léo Major, l’un des grands héros québécois de la Deuxième Guerre mondiale.

Né au Massachusetts en 1921, Léo Major grandit dans un quartier ouvrier de l’est de Montréal. Il se joint au Régiment de la Chaudière en 1940. À son arrivée en Angleterre l’année suivante, il rejoi-gnit le peloton d’éclaireurs du régiment où il devint spécialiste des patrouilles, de la reconnaissance et des raids.

Le soldat Major est le seul Canadien qui a reçu la Médaille de conduite distinguée (DCM) à l’issue de la Seconde Guerre mondiale et de la guerre de Corée. Cette médaille rarement décernée et que seule surpassait la Croix de Victoria était conférée aux hommes de troupe qui faisaient preuve d’un courage hors du commun.

Le 6 juin 1944, le soldat Major débarqua sur la plage Juno en Normandie et participa à la capture d’un nid de mitrailleuses et d’un semi-chenillé. Deux jours plus tard, il fut blessé à l’œil gauche par un éclat de grenade, mais il refusa de quitter le combat en arguant qu’il pouvait encore viser de l’œil droit. On put le reconnaitre à son bandeau sur l’œil pendant un certain temps.

Le 27 février 1945, lors de la campagne de la Rhénanie, en Allemagne, le véhicule blindé dans lequel il se trouvait roula sur une mine : il fut grièvement blessé au dos et s’en sortit avec des côtes cassées et une cheville fracturée. Après quelques soins, Léo Major insista pour quitter l’hôpital et rejoindre le Chaudière qui se battait alors pour libérer les Pays-Bas.

Dans la nuit du 13 au 14 avril 1945, Léo Major et son ami Wilfrid Arsenault partirent en éclairage aux abords de la ville de Zwolle. Arsenault fut tué et Major poursuivit seul la mission. Il fit irruption dans la ville aux défenses affaiblies, tira sur des avant-postes allemands à l’aide de deux pistolets-mitrailleurs
Sten, puis lança des grenades pour semer la confusion parmi la défense allemande et faire croire que les Canadiens amorçaient un assaut d’envergure. Il dira par la suite que son plan était de « semer le doute ». 

La ruse fonctionna et les Allemands, déconcertés, quittèrent la ville. Léo Major prit alors contact avec les diri-geants locaux de la résistance qui déclarèrent la ville libérée. C’est pour cette ruse audacieuse et sa bravoure que la DCM allait lui être décernée. 

« La bravoure dont a fait preuve ce soldat, son sens de l’initiative, son courage inaltérable et son mépris total de sa propre sécurité furent une source d’inspiration pour tous », est-il dit dans la citation.

Major, blessé à l’œil gauche, pose avec des
membres des Forces intérieures hollandaises et des enfants à Zwolle, Pays-Bas, le 14 avril 1945. [Historisch Centrum Overijssel]

Léo Major revint à Montréal après la guerre et, lorsque le conflit éclata en Corée en juin 1950, il s’enrôla dans le Royal 22e Régiment. 

En novembre 1951, le régiment fut attaqué par des forces chinoises qui voulaient s’emparer de la côte 335. Le caporal Major prit la tête d’un groupe de 19 hommes qui expulsa l’ennemi des emplacements d’où il menaçait les Canadiens. Téméraire, il organisa ensuite la défense de leurs positions et, comme il est dit dans la citation de sa deuxième DCM, « il dirigea les tirs des mortiers et de l’artillerie avec une telle expertise qu’il parvint à repousser quatre attaques distinctes » […]. Son courage personnel et son leadership méritent toutes les éloges ».

Léo Major s’éteignit à l’âge de 87 ans à Longueuil, Qc, en 2008. Les Pays-Bas dépêchèrent leur attaché militaire d’Ottawa à ses funérailles où il exprima les remerciements de sa nation. Mme Betty Redemeyer, résidente de Zwolle qui avait rencontré Léo Major à plusieurs reprises après la guerre, affirma qu’aux Pays-Bas, « il ne sera jamais oublié ». 

Soldat et inspiration

Simon Mailloux est le premier soldat canadien à avoir repris le service militaire après une amputation 

Simon Mailloux a repris du service deux ans après que son véhicule blindé a été détruit par un explosif de circonstance. [Stephen J. Thorne/Legion Magazine]

Depuis sa plus tendre enfance à Québec, Simon Mailloux voulait être soldat. Son désir fut exaucé, et son parcours, en temps de guerre et en temps de paix, a comporté sacrifice, résilience et triomphe. Malgré tout ce dont il a souffert, il demeure soldat.

Mailloux a obtenu un diplôme du Collège militaire royal en 2006, et il a rejoint le 3e Bataillon du Royal 22e Régiment en tant que commandant de peloton. Il avait 22 ans. L’année sui-vante, son unité a été déployée en Afghanistan, au beau milieu de la guerre. Le 17 novembre 2007, le lieutenant Mailloux fut gravement blessé lorsque son véhicule blindé léger sauta sur un dispositif explosif de circonstance dans le district de Panjwaii, près de Kandahar. Trois autres personnes furent tuées. 

Il dit par la suite : « cette bombe a causé l’amputation de ma jambe gauche à travers le genou, la fracturation de ma mâchoire et plusieurs autres lacérations sur le corps ».

« J’ai décidé que je serais de nouveau soldat. »

Il fut opéré d’urgence, transféré à l’hôpital militaire américain de Landstuhl, en Allemagne, où on lui amputa une jambe, puis rapatrié au Canada en décembre.

Mailloux fut équipé d’une prothèse en février 2008. La douloureuse réadaptation qui lui permit de marcher à nouveau dura des mois. 

Ce fut une période décourageante. Il s’aperçut vite que son identité de soldat, profession qu’il aimait tant, était gravement compromise. Il refusa toutefois de se laisser abattre. 

« J’ai décidé que je serais de nouveau soldat, dit-il. C’est tout ce que je voulais être. »

Son but était de prouver qu’une telle blessure pouvait être surmontée et de se rétablir suffisamment pour retourner en Afghanistan. Sa réadaptation dans le cadre du programme Sans limites des Forces armées canadiennes porta fruit rapidement.

« L’introduction de sports adaptés, mais aussi la participation à des compétitions sportives de bon calibre […] m’ont permis de mettre en perspective ma blessure et mes capacités », dit-il.

Il réapprit à courir et à faire du vélo, et il continua son service en tant qu’officier d’infanterie.

Mailloux sur la dernière droite à la course de 1 500 mètres des jeux Invictus de 2017. [Stephen J. Thorne/Legion Magazine]

Mailloux fut promu au grade de capitaine, il retourna en Afghanistan et rejoignit l’état-major de la force opérationnelle Kandahar en tant qu’officier de planification. Cependant, il ne s’écoula pas deux semaines avant qu’il retourne en patrouille. Il termina son tour de neuf mois, devenant le premier soldat canadien à reprendre le service militaire après une amputation. « J’ai bouclé la boucle », dit-il.

La Médaille du jubilé de diamant de la reine Elizabeth II fut décernée à Mailloux en 2012 pour ses qualités de chef et son engagement envers les soldats blessés en Afghanistan. 

Il obtint par la suite des maitrises au CMR et à l’Université de Glasgow. Toujours athlétique, il prend souvent part aux Courses de l’Armée. En 2016, il a disputé des épreuves sur piste, des tournois de volleyball assis et des courses d’aviron aux jeux Invictus, évènement sportif international pour les anciens combattants blessés. Il a ensuite été cocapitaine de l’équipe canadienne aux jeux Invictus de 2017, à Toronto. Il poursuit ses activités bénévoles auprès du programme Sans limites, où il sert de modèle et d’inspiration aux anciens combattants blessés du Canada.

Cette année, Mailloux, qui est maintenant major et officier d’état-major à Ottawa, en est à sa 20e année de service militaire.

« Je ne regrette rien. Même si ça m’a couté une jambe. Ça a fait de moi qui je suis aujourd’hui… La personne qui a mis cette bombe sous notre véhicule […] ne m’a pas vaincu. » 

Pour la patrie

Au moins 200 francophones servirent à la guerre d’Afrique du Sud

Le lieutenant-colonel François-Louis Lessard commanda le Royal Canadian Dragoons en Afrique du Sud. [Wikimedia]

La première guerre à laquelle le Canada a pris part à l’étranger est celle d’Afrique du Sud (1899-1902). 

La guerre avait été causée par la rivalité économique et l’antagonisme culturel entre les Britanniques, enracinés dans les colonies du Natal et du cap de Bonne Espérance, et les descendants des colons néerlandais dans les petites républiques de l’État libre d’Orange et du Transvaal. 

La guerre éclata le 11 octobre 1899, et le vaste Empire britannique fit appel à ses colonies autonomes, dont le Canada.

Le premier ministre d’alors, Wilfrid Laurier, y vit une menace pour l’unité nationale à cause de la pression constante de la presse et de la population pro-impérialiste anglophones qui l’enjoignaient à appuyer la Grande-Bretagne en envoyant un contingent militaire. Cependant, il y avait une vive opposition à cette mesure au Québec, quoiqu’en y regardant de plus près, on percevait un certain degré d’appui à la guerre parmi les élites politiques et militaires du Canada français, particulièrement au début.

Les troupes canadiennes monte à bord du Sardinian, à Québec, le 30 octobre 1899. [Wikimedia]

Le premier contingent canadien, commandé par le lieutenant-colonel William Otter, comprenait huit compagnies régionales de 125 hommes, y compris la compagnie F de Québec et de ses environs. 

Le major francophone Oscar Pelletier, l’un des commandants adjoints du contingent, était à la tête de quatre compagnies. Cependant, il n’y avait que 50 francophones, environ, au sein de la compagnie F. Ce petit nombre ne reflétait pas nécessairement le degré de soutien à la guerre, car l’armée ne fonctionnait qu’en anglais.

La Presse et La Patrie publièrent des articles dénigrant la position britannique, mais ils en publièrent encore plus qui lui étaient favorables.

Le Soleil annonça avec fierté qu’une force canadienne s’était rassemblée au port de Québec pour monter à bord du vapeur Sardinian le 30 octobre :

« Nous sommes toujours anxieux d’aller au feu. »

« Un seul devoir s’impose à la ville de Québec […] c’est d’acclamer ceux qui partent comme il convient d’applaudir à la bravoure, à l’abnégation, au dévouement […] de manière à faire comprendre à tous le sentiment vrai de Québec ». 

Le maire de Québec, Simon Napoléon Parent, s’exclama: « Vous saurez maintenir la réputation proverbiale de la vieille cité de Québec pour sa loyauté à l’empire. » 

 

Le mémorial de la guerre d’Afrique du Sud fut dévoilé au Dominion Square (maintenant la place Dorchester) le 24 mai 1907. [BAC/3608340]

À leur arrivée en Afrique du Sud, les hommes s’en-trainèrent et s’adaptèrent au climat. Le soldat Léonard Dolbec écrivit ceci à son épouse : « Nous sommes toujours anxieux d’aller au feu, un peu ou moins, pour avoir une idée de la guerre […]. Je t’assure que bien souvent ma pensée se porte vers mon cher Québec, près de toi et ma chère petite fille. »

Plusieurs officiers supé-rieurs canadiens français servirent en Afrique du Sud. Le lieutenant-colonel François-Louis Lessard, commandant du Royal Canadian Dragoons, fut cité à l’ordre du jour plu-sieurs fois et il fut nommé Compagnon de l’Ordre du Bain. Il était major-général lorsqu’il prit sa retraite après la Première Guerre mondiale. 

Le médecin-major Eugène Fiset, médecin militaire très travailleur et populaire en Afrique du Sud, reçut l’Ordre du Service distingué et fut cité trois fois à l’ordre du jour. Il fut lieutenant-gouverneur du Québec de 1939 à 1950.

Au moins 200 francophones servirent en Afrique du Sud, sur les 7 368 volontaires canadiens, c’est-à-dire à peu près trois pour cent. Huit d’entre eux n’en revinrent jamais. Plus d’un siècle après, rares sont les gens qui se souviennent de leur service à la nation, et à l’empire. 

Enterrer la hache de guerre

En 1701, la Grande Paix de Montréal rassembla 39 Premières Nations 

Les signataires des Premières Nations apposèrent des pictogrammes représentant leurs peuples respectifs. [Wikimedia]

L’un des moments les plus importants de l’histoire canadienne eut lieu à Montréal le 4 aout 1701. 

Ce jour-là, des représentants de 39 Premières Nations se joignirent au gouverneur de la Nouvelle-France, Louis-Hector de Callière, pour signer la Grande Paix de Montréal. Elle mettait fin à la guerre atroce que la Nouvelle-France et ses alliés autochtones menaient contre la Ligue des Iroquois (haudenosaunee), et de fait, normalisait les relations commerciales, l’exploration et la colonisation.

Entre 1696 et 1700, la France et ses Premières Nations alliées avaient mené plusieurs expéditions militaires dévastatrices contre les Iroquois, détruisant villages et vivres. Les Iroquois, confrontés à une diminution de leur puissance militaire et de leur force démographique, se trouvant sans appui des colonies américaines, acceptèrent de négocier un traité de paix.

Un accord de paix préliminaire fut signé à Montréal à l’été 1700 entre les Français, certains de leurs alliés, et les Iroquois. Les parties acceptaient toutes d’assister à un grand rassemblement l’été suivant, à Montréal aussi, pour le ratifier. 

Hector-Louis de Callière, gouverneur de la Nouvelle-France. [Wikimedia]

L’organisation excessivement complexe du regroupement des ambassadeurs de tant de nations et de cultures impliqua une planification minutieuse et de très nombreux déplacements difficiles de diplomates français et de représentants du clergé et de l’armée.

À la fin du mois de juillet 1701, plus de 1 300 délégués des Premières Nations d’une région qui s’étendait des Maritimes aux Grands Lacs affluèrent à Montréal, arrivant par canot après un long et difficile voyage, et doublant ainsi la population de la ville. Les délégués établirent un grand campement centré sur Pointe-à-Callière, hors de l’enceinte citadine. 

Chacune des Premières Nations utilisa un pictogramme d’animal ou d’objet représentant
son peuple.

Beaucoup de ces nations étaient rivales et se méfiaient les unes des autres. Il fallut donc user de diplomatie pour parvenir à un terrain d’entente. Kondiaronk, chef de la nation Pétun et grand chef de la Nation Huronne-Wendat, eut un rôle déterminant parmi les nations, contribuant grandement au succès de la conférence de paix grâce à ses propos convaincants.

Les nations s’entendirent pour renoncer à la guerre et permettre au gouverneur de la Nouvelle-France de résoudre leurs éventuelles disputes. En outre, elles s’accordèrent pour partager les droits de chasse et s’engagèrent à respecter les terres traditionnelles de chacune. Les Iroquois, qui négociaient en position de faiblesse, acceptèrent de demeurer neutres en cas de guerre entre l’Angleterre et la France, concession majeure en faveur de cette dernière. En contrepartie, les Iroquois obtiendraient des biens des Français en bénéficiant d’un rabais.

Le 4 aout, le gouverneur de Callière signa le document de paix officiel, suivi par un représentant de chacune des Premières Nations utilisant un pictogramme d’animal ou d’objet représentant son peuple. La Grande Paix de Montréal avait été ratifiée, réalisation remarquable qui était inimaginable à peine quelques années auparavant. 

Il s’ensuivit un immense banquet et une cérémonie du calumet de la paix. 

« Vous avez rassemblé ici […] toutes les nations pour faire un tas de haches et pour les enterrer avec les vôtres », déclara l’ambassadeur du peuple des Collines à de Callière. 

L’harmonie établie à Montréal dura jusqu’à la disparition de la Nouvelle-France, lors de sa capture par les Britanniques, en 1760. 

Beaucoup de courage

Jour J : Le Régiment de la Chaudière débarque dans la tourmente 

Des fantassins du Régiment de la Chaudière dans un bâtiment d’assaut de débarquement quittent le NCSM Prince David, au large de Bernières-sur-Mer, en France, le 6 juin 1944. [Donovan James Thorndick/MDN/BAC/3405729]

Comme ce fut le cas pour tant d’autres régiments canadiens, le jour J couta très cher au Régiment de la Chaudière lorsqu’il débarqua le 6 juin 1944 à Juno Beach, une plage française de Bernières-sur-Mer.

Le régiment avait été mobilisé en 1939 et envoyé en Grande-Bretagne en juillet 1941, où il s’était entrainé pendant trois ans. Bon nombre de ses recrues, souvent des agriculteurs ou des bucherons, venaient de la région accidentée de l’est du Québec, notamment du Bas-Saint-Laurent. La formation était l’un des bataillons de fantassins qui constituaient la 8e Brigade de la 3e Division d’infanterie canadienne.

Le lieutenant D. Paré, gravement blessé, aida les survivants à gagner le rivage.

Le Régiment de la Chaudière, 800 soldats sous les ordres du lieutenant-colonel Paul Mathieu, est le seul régiment canadien-français qui a débarqué en France le jour J. L’unité était le bataillon de réserve de la 8e Brigade. Il mit pied à terre à 8 h 30, dans la deuxième vague derrière le Queen’s Own Rifles qui avait subi de lourdes pertes en établissant une tête de pont à Bernières.

Les hommes quittèrent la sécurité relative de leur navire de débarquement, le NCSM Prince David, descendirent dans des bâtiments d’assaut de débarquement et s’en remirent à leur destin pourtant bien incertain. En s’approchant de la plage à marée montante, de nombreux bâtiments d’assaut de débarquement explosèrent sur des obstacles minés, et les hommes éjectés dans la mer déchainée se retrouvèrent sous le feu des mortiers et de l’artillerie des Allemands. 

La Compagnie A perdit tous ses bâtiments de débarquement et ses hommes atteignirent la terre ferme à la nage après avoir perdu la plus grande partie de leur équipement, armes comprises. Il y eut un très grand nombre de victimes dans le 11e Peloton de la Compagnie B quand son bâtiment de débarquement explosa sur une mine. Le lieutenant D. Paré, gravement blessé, aida les survivants à gagner le rivage et essaya de les réorganiser en unité de combat. On peut lire ceci dans le journal du régiment : « la plupart des bâtiments d’assaut de débarquement ont été coulés, et il y a beaucoup de morts et de blessés. »

Des membres du Régiment de la Chaudière s’entretiennent avec des civils français à Bernières-sur-Mer, en France, le 6 juin 1944. [Frank L. Dubervill/MDN/BAC/3203114]

Le soldat Pierre Gauthier faisait partie du régiment ce jour-là. Des années plus tard, il revient sur l’horreur vécue à Juno Beach. 

« Ça a pris beaucoup de courage pour débarquer des bateaux et marcher dans l’eau. Débarquer avec 50 ou 60 autres soldats que tu connais, avec qui tu as entraîné, les voir blessés, puis les voir mourir proches de toi, c’est très stressant. Il faut vivre ça pour savoir comment ce que c’est. » (sic) 

Le régiment avait reçu l’ordre de traverser Bernières, en ruines, aussi vite que possible, et de foncer trois kilomètres au sud vers les villages de Bény-sur-Mer et de Basly tout en détruisant au passage les canons allemands qui tiraient encore sur la plage. 

Pendant que les hommes se rassemblaient aux abords de la ville, les civils de Bernières étaient ravis de découvrir ces Canadiens français dont l’accent rappelait à certains des plus vieux habitants du coin le français normand de jadis. 

« Les Français sont assez accueillants et beaucoup nous acclament au milieu des ruines de leurs maisons », est-il écrit dans le journal militaire. Le régiment se retira ensuite lentement de Bernières pour poursuivre ses objectifs et se lancer dans les durs combats qui l’attendaient.

Le régiment déplora 18 morts, 44 blessés et 42 prisonniers le Jour J. Le village de Bernières a rendu un digne hommage à ses sacrifices en nomwmant l’une de ses grandes rues « Régiment de la Chaudière ». 

Garde à vous!

Le 22e protège le palais de Buckingham

Le palais de Buckingham [Wikimedia]

La fameuse cérémonie de la Relève de la garde au palais de Buckingham, et la protection des lieux et du monarque, sont traditionnellement des responsabilités qu’assument les détachements de régiments de fantassins britanniques très disciplinés choisis dans la Brigade of Guards.

[British Pathé]

La suggestion initiale avait peut-être été faite par le roi George VI lui-même.

Du 17 au 20 avril 1940, le prestigieux Royal 22e Régiment (R22eR), seul régiment canadien-français en Grande-Bretagne à l’époque, rompit avec cette pratique.

Le régiment avait été envoyé en Grande-Bretagne avec la 1re Division canadienne en décembre 1939 et suivait une formation à Aldershot. À peine un mois plus tard, le Dominions Office, le ministère responsable des relations avec le Commonwealth, en collaboration avec des représentants du palais, invita le R22eR à monter la garde. 

[Wikimedia]

C’était sans précédent. La suggestion initiale avait peut-être été faite par le roi George VI lui-même, car il était colonel en chef du R22eR. C’était la première fois que cet honneur échoyait à un régiment qui n’était pas britannique, et évidemment, la première fois que les ordres à la garde seraient donnés en français. 

Six officiers et 80 militaires du rang furent retenus pour cette fonction.

Le roi George VI (ci-dessus) en uniforme d’admiral de la flotte inspectant le Royal 22e Régiment quand il assurait la garde au palais de Buckingham du 17 au 20 avril 1940. [British Pathé]

Les hommes du R22eR arrivèrent à la gare de Waterloo le 16 avril, et ils défilèrent dans les rues de Londres derrière la fanfare de la Brigade of Guards. Il fut noté par la Presse canadienne que les « Canadien français solides, affichant la précision dans chacun de leurs mouvements », furent acclamés par des milliers de spectateurs tout au long de la parade jusqu’au casernement Wellington, où ils passèrent la nuit.

Le lendemain, journée ensoleillée, des milliers de personnes les regardèrent défiler en tenue de combat, casque en acier sur la tête et fusil avec baïonnette à l’épaule, jusqu’aux portes du palais où ils prirent la relève des Welsh Guards, dans ses fonctions de garde et de cérémonie. Le commandant de la garde sortant remit les clés du roi au capitaine Gérard Charlebois qui commandait le détachement canadien. L’orchestre du Grenadier Guards joua Alouette et Vive la Canadienne. 

Le roi sortit dans la cour du palais, entouré d’officiers supérieurs et de diplomates canadiens. Les soldats, dont la plupart mesuraient au moins six pieds, firent une forte impression. « Le détachement choisi [… ] se compose de gars solides et de belle taille », rapporta La Presse. Les « soldats vaillants du Québec » furent également louangés dans un éditorial publié par le Globe and Mail le 18 avril. 

C’était « difficile de bien apprécier la relève [de la garde] par le Royal 22e Régiment (du Québec), raconta le Times de Londres à ses lecteurs. Ces soldats […] enthousiastes sont venus pour la grande cause […]. » 

On nota dans une bande d’actualités de deux minutes de la British Pathé que les ordres avaient été donnés en français et que cela n’était « probablement pas arrivé depuis l’époque des Normands ». « Les Canadiens français prennent la relève! Un symbole de l’unité de l’empire », y proclamait le narrateur.

En juillet 2014, à l’occasion du 100e anniversaire du R22eR, un détachement de 70 soldats forma la garde de cérémonie au palais de Buckingham, au palais de St. James et à la tour de Londres, réaffirmant ainsi les liens du régiment avec la Couronne. 

Soldats & fils

Deux soldats canadiens scrutent les airs à la recherche d’aéronefs tandis qu’un autre remballe son respirateur et deux autres se reposent dans une tranchée allemande capturée près de Lens, France, en aout 1917. [DND/LAC/PA-001718]

Lorsque la guerre éclata, en 1914, des centaines d’hommes authochtones se portèrent immédiatement volontaires en dépit des politiques assimilationnistes et discriminatoires du gouvernement canadien dont ils faisaient les frais depuis des décennies.

Le nombre exact d’engagés volontaires des Premières Nations est inconnu, mais on estime qu’environ 3 500 d’entre eux ont servi dans la Corps expéditionnaire canadien et que la plupart ont combattu au front. Ce chiffre représente un tiers des hommes autochtones admissibles de s’engager à l’époque. Les raisons qu’avaient les hommes de s’enrôler sont difficiles à découvrir et peu d’entre eux précisèrent leurs motifs.

Le soldat William Cleary était l’un de ces hommes, et son dossier de service militaire pourrait nous renseigner sur ses motivations. Né en 1897 à Pointe-Bleue, au Québec, sur la rive du lac Saint-Jean, il était membre de la Première nation Pekuakamiulnuatsh qui se situe au centre de la réserve de Mashteuiatsh. C’était un jeune bucheron, d’un milieu très modeste. 

Cleary repartit à toute vitesse, repéra les hommes blessés et […] réussit à les ramener en lieu sûr.

En mars 1916, Cleary s’enrôla à Chicoutimi dans le 167e Bataillon d’infanterie canadienne, puis il fut transféré peu après au 189e. Le bataillon arriva en Angleterre en juin 1916 et lorsque cette unité fut démantelée pour servir de renforts, en octobre 1916, il fut envoyé au célèbre 22e Bataillon (canadien-français) du Québec, qui servait alors en France.

Ayant perdu son père, Cleary, alors âgé de 18 ans, dit aux autorités militaires qu’il était responsable de la « subsistance » de sa mère et que dans sa famille il était « seul capable de travailler ». En conséquence, elle eut droit à une indemnité d’absence du foyer fort bienvenue de 20 $ par mois, en plus des 15 $ que son fils lui remettait de sa maigre solde mensuelle de 33 $. Se serait-il donc engagé et aurait-il risqué sa vie pour subvenir aux besoins de sa mère?

Le soldat William Cleary reçoit la Médaille militaire britannique pour avoir sauvé deux soldats blessés. [Wikimedia]

Les soldats des Premières Nations étaient souvent tireurs d’élite ou éclaireurs, et Cleary explorait parfois le no man’s land pour recueillir des renseignements. C’était risqué. En février 1918, Cleary participa à un raid nocturne des tranchées allemandes aux abords de Lens, dans le nord de la France. Après l’opération, les pilleurs remarquèrent qu’il leur manquait deux hommes. Cleary repartit à toute vitesse, repéra les hommes blessés et, avec l’aide d’autres braves hommes du 22e, réussit à les ramener en lieu sûr. La Médaille militaire lui fut décernée pour son acte de bravoure.

Le 25 mai 1918, Cleary fut atteint d’une balle dans le haut du dos. Son omoplate droite fut fracturée et la balle pénétra dans sa poitrine. Il fut envoyé à un hôpital militaire canadien à Étaples, puis il fut évacué peu après en Angleterre pour obtenir d’autres soins et se remettre. La cicatrice sous son épaule droite mesurait 10 centimètres de longueur et 10 centimètres de largeur. Selon le rapport d’aout 1918 d’une commission médicale, bien qu’il se fut rétabli et qu’il fut capable de reprendre du service, il serait « incapable de défiler ou porter un sac à dos » pendant un certain temps. Ses jours au front étaient finis.

Cleary fut démobilisé à Halifax en février 1919, et son avenir était incertain. Il reste impossible de savoir s’il s’était enrôlé « pour Roi et patrie », pour quelque autre idéal tout aussi noble, ou pour des raisons beaucoup plus personnelles et familiales. 

Les premiers CÉMD francophones

Le brigadier-général Jean-Victor Allard (2e à p. de la d.), commandant de la 25e Brigade d’infanterie canadienne, visite le 81e régiment d’artillerie de campagne en Corée, en mai 1953. [Donovan Rednap/The Memory Project]

Le général Jean-Victor Allard fut l’un des soldats canadiens les plus influents, et pas seulement au champ de bataille. Toutefois, il n’a pas été sans susciter une certaine controverse au cours de ses 39 ans de carrière.

Né en 1913 à Sainte-Monique-de-Nicolet, au Québec, le général Allard intégra le Régiment de Trois-Rivières de la Milice active non permanente du Canada (celle des militaires à temps partiel volontaires) en 1930. Il fut nommé lieutenant en 1933 après avoir réussi le cours d’état-major de la Milice, donné en anglais. Quand son régiment, l’unité blindée, fut mobilisé au déclenchement de la guerre de 1939, il rentra dans la Force active du Canada, c’est-à-dire dans l’armée régulière. 

Il savait que si l’armée ne fournissait pas de formation technique (nécessaire pour un régiment de chars d’assaut) en langue française, le recrutement au Québec serait naturellement difficile. 

« Notre unité qui aurait dû parler français est peu à peu devenue quasiment anglophone », écrit-il par la suite. C’est quelque chose qu’il garda à l’esprit.

En aout 1943, il fut nommé commandant en second du Royal 22e Régiment qui combattait alors en Italie. Il passa enfin à l’action, et il s’y distingua. En janvier 1944, il prit le commandement du régiment pendant un an, après quoi il fut promu commandant de la 6e Brigade d’infanterie qui livrait bataille dans le nord-ouest de l’Europe. 

Il fut l’un des seuls trois Canadiens français à obtenir le grade de brigadier en commandant sur le terrain pendant la guerre. L’Ordre du service distingué lui fut décerné trois fois, une rareté, pour son service extraordinaire et ses qualités exemplaires de meneur d’hommes.

 

Le général Allard resta dans l’armée et, en avril 1953, il prit le commandement de la 25e Brigade d’infanterie canadienne qui combattait alors en Corée. De 1961 à 1963, il commanda la 4e Division britannique qui était stationnée en Allemagne : c’était une première pour un Canadien, sa carrière prenait son essor.

En 1965, le général Allard fut nommé chef du Commandement de la Force mobile (l’armée). L’année suivante, il décrocha le poste de chef d’état-major de la Défense : il devint alors le premier Canadien français à assumer la fonction de commandant supérieur des Forces canadiennes. 

Le général Allard trancha sur la délicate question de l’amalgamation des trois services en une structure militaire unifiée, et son poste lui permit aussi de faire augmenter l’usage du français dans les forces armées, ce qui conduisit à un meilleur recrutement et maintien en poste de francophones. En 1966, seuls 10 % des militaires étaient francophones, bien qu’ils constituaient 25 % de la population. Ce pourcentage était encore plus faible parmi les cadres supérieurs.

Le général Allard créa des unités de langue française dans toutes les branches des forces armées où les francophones pouvaient aspirer à servir et à progresser, notamment dans le 5e Groupement de combat basé à Valcartier, au Québec.

Le chef d’état-major de la Défense, Allard, accompagné par le maire Jean drapeau et un policier, inspecte un canon exposé à l’exposition Terre des hommes, à Montréal, en juillet 1968. [Gordon Beck]

De nombreux postes d’employés d’officier supérieur ou de combat finirent par devenir bilingues impératifs et certains membres mécontents du personnel anglophone estimèrent que les promotions s’octroyaient en fonction du bilinguisme au lieu d’être basées sur le mérite. Le système n’était pas parfait et faire appliquer la politique de bilinguisme prit beaucoup de temps, mais la possibilité pour les francophones de servir dans leur propre langue est sans nul doute un leg durable du général Allard. Les forces armées, écrit-il, ont « acquis une identité bien canadienne ».

Le général Allard fut nommé Compagnon de l’Ordre du Canada « en reconnaissance de sa brillante carrière militaire ». Il mourut en 1996 à l’âge de 82 ans, à Trois-Rivières, au Québec. 

Les Soldats et les séparatistes

Des enfants s’émerveillent devant des soldats qui gardent des édifices à Montréal, en 1970. Le drapeau du Front de libération du Québec comprenait la silhouette d’un Patriote (en regard). [BAC/PA-129833; Musée canadien de la guerre]

Le Front de libération du Québec (FLQ), mouvement marxiste indépendantiste, tenta de renverser violemment l’ordre politique du Québec entre 1963 et 1970. Entre autres crimes, ses 500 membres perpétrèrent des dizaines d’attentats à la bombe dans la région de Montréal, en particulier contre le gouvernement fédéral. En 1970, la ville semblait en état de siège; la population était effrayée et les autorités, fortement ébranlées.

Le 5 octobre, des militants du FLQ kidnappèrent James Cross, délégué commercial de Grande-Bretagne à Montréal, et réclamèrent la libération de leurs camarades emprisonnés en échange de sa vie. Le 10 du même mois, une autre cellule du Front enlevait Pierre Laporte, ministre québécois de l’Immigration, du Travail et de la Main-d’œuvre. Ottawa s’alarmait.

Le gouvernement fédéral accéda immédiatement à la demande de Bourassa.

L’armée lança l’opération Ginger deux jours après. Plus de 3 000 soldats, dont un grand nombre de la BFC Kingston et de la garnison de Petawawa, furent déployés à Ottawa pour protéger les diplomates et les politiciens prééminents, les bâtiments publics clés comme le Parlement et les infrastructures essentielles comme les installations hydroélectriques.

Le 15 octobre, comme les choses s’envenimaient encore, le premier ministre du Québec, Robert Bourassa, demanda l’aide militaire d’Ottawa pour sa province. Compte tenu de la nécessité de protéger les fonctionnaires et les lieux de premier plan, sans parler des 10 jours de recherches intensives sur les enlèvements, les capacités des forces de police locales avaient été mises à rude épreuve. Le gouvernement fédéral accéda immédiatement à la demande de Bourassa.

L’armée lança l’opération Essay. Une compagnie de fantassins du Royal 22e Régiment (plus de 100 soldats) de la BFC Valcartier, près de Québec, se rendit tout de suite à Montréal en hélicoptères. De longs convois de véhicules militaires transportant des soldats du 5e Groupement de combat de Valcartier, y compris d’autres fantassins du 22e ainsi que des artilleurs et des membres d’unités blindées, se rendirent à Montréal, Québec, Trois-Rivières, Sherbrooke, Sorel et d’autres centres urbains.

Le 1er Commando du Régiment aéroporté du Canada prit l’avion à Edmonton le même jour pour se rendre à Montréal. Le lendemain, des éléments du Royal Canadian Regiment basés à Gagetown, N.-B. et à London, Ont. se précipitèrent vers la ville secouée par la violence. 

Le drapeau du Front de libération du Québec arborait un habitant armé, symbole historique des rebelles francophones d’antan. [MUSÉE CANADIEN DE L’HISTOIRE]

Les soldats étaient armés et appuyés par des unités des communications, du renseignement et de la logistique de diverses bases du pays. La réponse militaire était complète et efficiente. Plus de 7 500 soldats finirent par servir à Montréal.

Ils patrouillaient dans les rues, effectuaient des missions de reconnaissance aérienne et gardaient l’hôtel de ville, les bâtiments fédéraux, les maisons de politicien et les infrastructures essentielles, ce qui permettait aux policiers de se concentrer sur la poursuite des ravisseurs. 

Le 16 octobre, le gouvernement fédéral proclama la Loi sur les mesures de guerre, supprimant les libertés civiles et permettant à la police d’assumer des pouvoirs de perquisition et de saisie extraordinaires jusqu’à ce que l’ordre public soit restauré. Les soldats ne menaient pas de raids eux-mêmes, mais ils aidaient les policiers en bouclant et sécurisant leurs zones d’opérations, se tenant parfois coude à coude.

Laporte fut assassiné par ses ravisseurs le 17 octobre. Ce n’est qu’au mois de décembre que les ravisseurs de Cross furent retrouvés. Leur exil à Cuba fut accepté en échange de la libération de leur otage. 

La plupart des soldats partirent de Montréal ce mois-là, et le dernier s’en alla en début février 1971. Pas un seul coup de feu n’avait été tiré par les militaires, mais leur démonstration de force avait permis de restaurer la sécurité du public. La révolution du FLQ avait été écrasée.

La ville du sommet

Les dirigeants du Canada, de la Grande Bretagne et des États-Unis se rencontrent lors de la première conférence de Québec en aout 1943. De g. à d. : William Lyon Mackenzie King, Franklin Delano Roosevelt, Winston Churchill et le comte d’Athlone, gouverneur général. [Wikimedia]

La première Conférence de Québec, nom de code Quadrant, fut une conférence au sommet pendant la Seconde Guerre mondiale à laquelle assistèrent le président américain, Franklin Delano Roosevelt, le premier ministre britannique, Winston Churchill, ainsi que leurs chefs d’état-major, hauts diplomates et conseillers.

La conférence eut lieu du 17 au 24 aout 1943 à la Citadelle et à l’hôtel Château Frontenac qui avait été réquisitionné pour l’occasion. C’est Roosevelt qui avait suggéré le lieu de la conférence, pour le plus grand bonheur des habitants de la ville et de la presse canadienne. La police militaire, la GRC, des avions survolant les alentours et des batte-ries antiaériennes installées sur les plaines d’Abraham assuraient la protection du site.

Le sergent-major Émile Couture (à g.) trouva un porte-documents égaré contenant des plans concernant le Débarquement du Jour J. [The Legionary]

Ces éminents politiciens et soldats s’accordèrent sur un large éventail de mesures : le calendrier du Débarque-ment en France (Jour J) en 1944, une coopération pour le développement d’une bombe atomique, la libération de l’Italie continentale (amorcée deux semaines plus tard), et des offensives en vue d’acquérir des bases d’où seraient lancées les campagnes de bombardement sur le Japon.

William Lyon Mackenzie King, premier ministre du Canada et hôte de la conférence, resta largement en retrait. Il ne participait pas aux délibérations à haut niveau concernant la stratégie globale des Alliés, principalement car Roosevelt, qui désirait éviter de créer un précédent où les petits pays alliés chercheraient à participer aux conférences à venir, l’avait refusé.

Malgré l’énorme contribution du Canada à la guerre, et même si Mackenzie King, Churchill et les états-majors canadien et britannique se réunissaient séparément, Mackenzie King et ses conseillers militaires n’assistèrent à aucune des réunions clés.

Il se contenta de remplir ses fonctions d’hôte, notamment en organisant un diner officiel à la Citadelle où il fournit « whisky et soda », comme le souligna avec un brin d’ironie l’historien CP Stacey. Il tira toutefois une certaine gloire de la compagnie de ces grands hommes d’État, et il était ravi d’être photographié à leurs côtés.

Un des évènements les plus extraordinaires – et étouffés – de la conférence fut une sérieuse faille de sécurité qui aurait pu avoir des répercussions désastreuses.

Émile Couture, sergent-major de l’Armée canadienne, trouva ainsi dans une salle de réunion du Château Frontenac un beau porte-documents en cuir étiqueté « Churchill-Roosevelt, Quebec Conference, 1943 », qu’il décida (inexplicablement) de garder comme souvenir de l’évènement. Ce qu’il n’apprit que plus tard ce soir-là, c’est que le porte-documents contenait les plans détaillés de l’opération Overlord : le Débarquement du Jour J en Normandie!

Il cacha le renseignement très secret sous son matelas et le remit à un officier haut gradé de l’Armée canadienne le lendemain matin. Le sergent-major Couture fut l’objet d’une enquête approfondie du FBI et de Scotland Yard, et l’année suivante, il reçut la Médaille de l’Empire britannique pour avoir protégé les informations secrètes.

Mackenzie King se disait fier que notre pays fût « la scène de cette rencontre mémorable », qui serait « considérée dans les années à venir comme l’un des grands évènements de notre histoire nationale ».

Après la conférence, Churchill, qui avait été fort acclamé à Québec par de grandes foules, s’en alla à la pêche, petite escapade qu’il avait très envie de s’offrir. Une autre conférence semblable eut lieu dans la ville en septembre 1944.

Le gouvernement du Québec inaugura une statue commémorant les deux conférences en 1998. Elle représente Roosevelt et Churchill, mais pas Mackenzie King, immortalisant ainsi par son absence le rôle secondaire que ce dernier avait eu dans ces évènements.