L’équipe du Nouveau-Brunswick remporte le trophée de fléchettes

L’équipe championne : (de g. à d.) Ike Mullin, Mark Hebert, Scott Tracy et Derek Hanley de la filiale Blacks Harbour, au Nouveau-Brunswick. [Stephen J. Thorne]

Mark Hebert était très ému de lancer la fléchette gagnante pour l’équipe de la filiale Blacks Harbour au championnat de fléchettes de la Direction nationale qui a eu lieu du 5 au 7 mai.

Les équipes du Nouveau-Brunswick et de Terre-Neuve-et-Labrador, comptant chacune quatre joueurs, étaient ex æquo à 19 points après le premier tour, qui a duré deux jours. Le Nouveau-Brunswick a remporté la première des trois parties qui allaient décider de la victoire, et les deux équipes étaient arrivées à un point où elles avaient chacune besoin d’un double pour remporter la seconde partie.

« En me plaçant au pas de tir, je me suis simplement dit : “Papa, aide-moi, tire un double”, dit Hebert. C’était tout ce que je voulais, et c’est arrivé, j’ai tiré un double six. »

Le père d’Hebert, marin marchand puis mécanicien à l’ancienne raffinerie de sucre Lantic à Saint John, Nouveau-Brunswick, a rendu l’âme il y a 19 ans. Hebert n’a pas pu retenir ses larmes pendant les embrassades et les cris de joie de ses coéquipiers Ike Mullin, Derek Hanley et Scott Tracy après la victoire contre l’équipe de la filiale Channel de Port aux Basques, Terre-Neuve-et-Labrador.

« Mon équipe est formidable, dit-il. On a été deuxièmes deux fois et troisièmes une fois ces quatre dernières années, et on voulait vraiment être premiers. On a été chanceux : on a touché le double, et le reste a suivi. »

La paire du Manitoba–Nord-Ouest de l’Ontario, soit Scott Allan Sansom et Dean Corlett de la filiale Elmwood de Winnipeg, a remporté le titre des doubles et l’Ontarien Jim Long, de la filiale Newbury, celui des simples.

« La compétition était féroce, » dit Long, ouvrier de l’automobile d’Ingersoll, Ontario, qui est entré à la Légion en 1998. « Et il y a la pression supplémentaire de bien jouer pour les gars qu’on représente. Mais c’était amusant. Ils ont fait du beau travail. »

Jim Long, champion des simples, de la filiale Newbury, en Ontario. [Stephen J. Thorne]

Les joueurs de Port aux Basques – Tom Brake, Guy Bobbett, Paul Osmond et Danny Cormier – ont mené pendant la plus grande partie de la journée de dimanche, mais ils n’ont pas réussi à gagner la dernière partie de la poule, contre l’équipe de la Saskatchewan, pour décrocher le titre des équipes, ce qui a mené aux éliminatoires.

Les aventures du dimanche après-midi, suivies par un banquet de côte de bœuf, ont conclu une fin de semaine de compétition collégiale, de rires et de camaraderie pour 50 joueurs et 15 filiales représentant les 10 divisions de la Légion royale canadienne.

Il s’agissait aussi de l’aboutisse-ment de beaucoup de travail pour le président Lloyd Hasper et son équipe de quelque 50 bénévoles, qui avait commencé par des négociations de tarifs et la réservation de chambre 18 mois plus tôt et qui a fini par s’élargir à toute la communauté. « La ville nous a épaulés à 100 % », dit Hasper.

Des dizaines de commanditaires se sont engagés à fournir la nourriture et appuyer la Légion locale située au milieu de champs pétroliers, d’élevage de bétail et d’agriculture, à 90 minutes au sud-est de Calgary. D’autres filiales avaient aussi offert leur aide. Les filiales Chapelhow de Calgary et Vulcan ont fourni des fourgonnettes et des chauffeurs, et la filiale Red Cliff, une fourgonnette.

Les médias locaux ont fait de la publicité gratuitement. L’escadron des cadets de l’Air de Brooks a fourni la garde du drapeau et servi le banquet du dimanche.

« C’était une grosse affaire par ici, » dit Hasper, qui a fait partie de six filiales de la Légion et a siégé au conseil d’administration de quatre d’entre elles au cours des 40 dernières années. Il a mis une chemise de bénévole bleue et s’est retroussé les manches comme tout le monde.

« Cette Légion a un des meilleurs groupes de bénévoles avec lesquels j’ai travaillé. Quand on a besoin d’eux, ils répondent “présent”. »

Dean L. Corlett (à g.) et Scott Allan Sansom, de la filiale Elmwood de Winnipeg (Manitoba–Nord-Ouest de l’Ontario), vainqueurs des doubles. [Stephen J. Thorne]

La filiale Eastern Irrigation District, fondée par des vétérans de la Première Guerre mondiale, célèbrera son 90e anniversaire en avril prochain. La ville avait environ 1 200 habitants en 1928, mais elle allait grandir, et la Légion aussi. Le nombre de ses membres a atteint les 800, puis il a diminué à mesure que celui des photos ornées d’un coquelicot augmentait sur le mur près de la porte d’entrée.

La ville de Brooks elle-même, lieu d’origine de l’abeille coupeuse qui butine la luzerne locale, et qui compte aujourd’hui 14 000 habitants, a connu des temps difficiles. Les puits de la région recommencent à peine à produire après avoir été forcés de fermer à cause de la baisse des prix du pétrole.

Elsie Bunney, âgée de 86 ans, est membre de la filiale depuis 60 ans. Elle est venue de Leader, Saskatchewan, à l’âge de 23 ans pour travailler comme serveuse et elle a par la suite supervisé le personnel du restaurant de la filiale pendant des années. Elle a été présidente des D.A. deux fois et y a occupé le poste de gestionnaire adjointe, quoique brièvement. « Je n’aimais pas ça, dit-elle. Je préfère être avec les gens. »

Mme Bunney a vécu tous les hauts et les bas. Avec la croissance de la ville, la concurrence d’autres œuvres est devenue plus intense. Actuellement, la filiale remonte la pente. Les soirées du sac de bière le jeudi et les soirées steak le vendredi attirent de nouveau les convives. Elle compte aujourd’hui 400 membres, et la tendance est à la hausse. « Nous avons de la bonne nourriture ici, » plaisante-t-elle.

En plus de revigorer la filiale, note M. Hasper, le tournoi a rassemblé des gens de tous les coins du pays.

« Nous nous sommes fait beaucoup de bons amis cette fin de semaine, ainsi que pendant la période qui l’a précédée, dit-il. Je communique avec des filiales depuis des mois. Alors quand ils viennent ici, on a le sentiment qu’on les connait et les conversations sont naturelles et agréables. On a échangé des idées intéressantes sur ce que les autres fi-
liales font pour générer des revenus. »

« En tant que filiale, notre objectif était de donner du bon temps à tout le monde, de faire classe à part. Et je pense qu’on a réussi. »


Résultats

Équipes : N.-B. (fil. Blacks Harbour), 19; T.-N.-L. (fil. Channel, Port aux Basques), 19; Alb-T. N.-O. (fil. Jubilee, Calgary), 16; Ont. (fil. Thamesville) et Qc (fil. Terrebonne Heights, Mascouche Heights), 14; Man.–N.-O. O. (fil. Elmwood, Winnipeg), 13; N.-É./Nt (fil. Westville), 12; C.-B./Yn (fil. Kamloops). 11; Î.-P.-É. (fil. Miscouche), 10; Sask. (fil. Nipawin), 7.

Doubles : Man.–N.-O. O. (fil. Elmwood), 20; N.-B. (fil. Blacks Harbour) et N.-É./Nt (fil. Westville), 17; Alb-T. N.-O. (fil. Jubilee), 16; Qc (fil. Terrebonne Heights), 14; Ont. (fil. Bay Bridges, Pickering), 13; C.-B./Yn (fil. Grandview, Vancouver), Î.-P.-É. (fil. Miscouche), 12; T.-N.-L. (fil. Channel), 8; Sask. (fil. Moose Jaw), 6.

Simples : (fil. Newbury), 20; C.-B./Yn (fil. Grandview), N.-B. (fil. Blacks Harbour), 19; Alb-T. N.-O. (fil. Jubilee), 18; N.-É./Nt (fil. Westville), 17; T.-N.-L. (fil. Channel), 13; Man.–N.-O. O. (fil. Flin Flon), 9; Sask. (fil. Moose Jaw) et Qc (fil. Terrebonne Heights), 7; Î.-P.-É. (fil. Miscouche), 6.

Les FAC devraient se diversifier davantage, dit le CÉMD

La générale américaine Lori Robinson, commandante de Norad, parle aux reporters après son discours à l’institut de la Conférence des associations de la défense. [Stephen J. Thorne]

Le meilleur moment de la Conférence des Associations de la défense qui a eu lieu à Ottawa en février fut sans doute quand, le deuxième jour, Melissa Sanfaçon, élève-officier du Collège militaire Royal, a mis le chef d’état-major de la défense dans ses petits souliers devant une audience pleine d’universitaires, de gradés, de bureaucrates et de diplomates.

Le sujet principal de la conférence de deux jours semblait assez grisant : les grandes puissances, l’ordre mondial et l’examen de la politique de défense canadienne.

La commandante de NORAD, la générale Lori Robinson, venait de parler de l’évolution des menaces et des intentions fuligineuses d’ennemis anciens et nouveaux.

Le professeur d’études politiques Kim Nossal de l’Université Queen’s avait quant à lui décrit un gouver-nement américain « insurgé » et « résolu à démanteler l’ordre mondial ». Un groupe d’experts avait parlé de la « déchéance » possible de l’Organisation du Traité de l’Atlantique-Nord, vieille de 68 ans.

Mais l’élève-officier Sanfaçon avait des choses plus fondamentales à l’esprit, et elle n’allait pas laisser le général Jonathan Vance se défiler devant ses questions.

Il venait de promettre d’accroître l’enrôlement des femmes au cours des dix prochaines années et de juguler l’inconduite sexuelle qui persiste dans les rangs.

Sanfaçon voulait des précisions sur l’enrôlement. « À propos de faire entrer plus de femmes dans les Forces, je me demande si l’on a pensé aussi à un paquetage qui soit vraiment utile et plus adapté aux femmes dans les opérations », a-t-elle demandé.

Elle a mentionné l’armure et les sacs à dos en particulier, faisant remarquer que l’armée américaine avait commencé à distribuer aux femmes des paquetages conçus pour elles tandis que les Forces canadiennes ne le faisaient toujours pas. L’armature de son sac à dos, a-t-elle souligné, a été distribuée en 1982 pour ce qui était alors le soldat moyen : un homme de 5 pieds et 11 pouces pesant 175 livres. Sanfaçon mesure 4 pieds et 11 pouces, et elle pèse 100 livres.

« Il n’est pas vraiment fonctionnel ni pratique, » a-t-elle dit.

« C’était comme ça pour moi aussi, a répondu Vance. J’ai cinq pieds sept, voyez-vous? J’ai été irrité par ces affaires-là pendant toute ma carrière, moi aussi. »

« Mon armure m’arrive ici », a-t-il ajouté en levant le menton et plaçant une main en dessous. Il a ensuite ajouté, au plaisir de tous : « en bref, vous avez tout à fait raison. »

Par la suite, le général Vance a réitéré son accord avec la cadette. Il a dit avoir demandé au lieutenant-général Paul Winnyk, commandant de l’armée, d’assurer un suivi avec elle.

Il a promis d’augmenter le nombre de femmes dans le militaire d’un pour cent par année jusqu’à ce qu’elles représentent 25 % des effectifs, contre 14 % seulement actuellement.

« La diversité et l’augmentation du nombre de femmes dans les Forces armées canadiennes, ce n’est pas seulement parce que c’est une bonne chose à faire, il s’agit de la survie de l’institution, a dit Vance à l’assemblée. »

Pour atteindre ces objectifs de recrutement, le vérificateur général Michael Ferguson a rapporté en novembre qu’il fallait absolument recruter davantage de femmes, mais il a aussi fait remarquer qu’aucune mesure d’équité d’emploi pour ce faire n’avait encore été prise. Environ la moitié des femmes enrôlées dans les Forces canadiennes sont cantonnées à six professions, parmi les plus de cent que l’on y trouve : celles des commis de soutien à la gestion des ressources, des techniciens en approvisionnement, des officiers de la logistique, des techniciens médicaux, des infirmiers et des cuisiniers.

Vance a déclaré que le militaire devait changer la manière dont il attire, fidélise et congédie ou libère son personnel.

« Pour changer la nature des Forces armées, pour les rendre plus diverses et y inclure encore plus de femmes, il faut changer, » dit-il.

Les multiples problèmes de ressources humaines que le militaire doit surmonter sont fâcheux pour sa cause. Plus de 300 soldats envoyés au Koweït soutenir le combat contre l’ÉIIS ont appris en décembre qu’ils allaient perdre un allègement fiscal, en guise de solde de danger, équivalent à 1 500 $ par mois ou plus. Une entente a été conclue à la suite d’un examen du ministère de la Défense, mais certains soldats restent exclus de la mesure fiscale sur laquelle ils croyaient pouvoir compter. Cela a bien failli être un vrai désastre de relations publiques.

Au même moment, de nombreux anciens militaires devaient attendre indéfiniment entre leur dernier chèque de solde et leur premier chèque de pension. La SRC a rapporté que le nombre d’arriérés dans les dossiers a atteint 13 000 l’an dernier.

Le nombre de militaires en service ou retraités ayant un trouble de stress post-traumatique reste élevé depuis l’Afghanistan, et celui des suicides parmi eux augmente toujours : « un défi énorme », a déclaré le général Vance, qui a ajouté que la moitié de ceux qui s’étaient suicidés n’étaient pas soignés, et qu’ils auraient dû l’être.

Par ailleurs, Statistique Canada a constaté lors d’un sondage effectué auprès de 43 000 soldats que le taux d’agressions sexuelles dans le militaire au cours des 12 mois précédents était presque le double de celui de l’ensemble de la population, soit 1,7 % comparé à 0,9 %.

Vance a fait de la chasse à l’inconduite sexuelle une priorité de son mandat avec l’opération Honneur, mais il a dit aussi que les problèmes plus généraux concernant les ressources humaines exigeaient une approche exhaustive et à long terme de ce qu’il appelle « le parcours, à partir du point où nous vous recrutons, puis pendant votre service et au-delà ».

« Nos critères de sélection sont en grande partie axés sur un type de personnes, des personnes qui sont tout à fait en forme et [prêtes] à être déployées, qui sont des généralistes dans la plupart des cas ou des spécialistes lorsqu’il nous faut des spécialistes, a-t-il poursuivi. Cela risque de ne pas fonctionner à l’avenir. Nous pourrions fort bien être obligés de changer les conditions de service. »

Il a ajouté qu’on devrait permettre aux militaires de passer plus librement du service régulier au service de réserviste, du temps partiel au temps complet, de l’emploi restreint à l’emploi non restreint.

Alors Les FAC sont en train d’étudier « toutes sortes de conditions de service pour que [les militaires] aient plus de souplesse au long de leur parcours », et de moderniser leurs politiques en matière de gestion du personnel. « L’objectif ultime doit être, devra toujours être, de produire les Forces armées dont a besoin le Canada pour mener les opérations décidées par le gouvernement, maintenant et à l’avenir, » a-t-il dit.

Vance a notamment promis de présenter « aussi vite que possible » une nouvelle organisation militaire, une « unité de transition » commandée par un général qui instituera un « processus professionnel » pour guider les militaires quittant les forces armées, et les préparer aussi bien que possible à cette étape de leur vie.

« Nous voulons nous assurer que les anciens combattants ont toutes les chances de leur côté, » a déclaré Vance aux journalistes, après sa présentation. « Une transition réussie, un départ des Forces armées réussi au plan professionnel et au plan administratif, c’est tout aussi important que le bon déroulement de l’entrée dans les Forces. »

« Il y a trop de gens obligés de faire cavalier seul; de lire les règlements tout seuls; de découvrir tout seuls la marche à suivre. Et cela s’aggrave quand on y ajoute le retard d’un chèque de pension ou quelque chose qu’ils auraient dû savoir, mais qu’ils ne savaient pas parce qu’ils n’avaient pas lu un certain paragraphe dans un volume épais comme ça. Les gens ont besoin d’appui quand ils entrent dans les Forces armées, et ils ont besoin d’appui quand ils les quittent. Et ils en ont encore plus besoin s’ils ont été blessés. »

Le CÉMD, presque un an après avoir pris ses fonctions, a cependant refusé de confirmer toute échéance, admettant qu’une mise en œuvre pourrait débuter dans pas moins de deux ans. « Je veux commencer aussitôt que possible, » a-t-il dit.

Le ministre Sajjan sur le maintien de la paix et l’OTAN

Le ministre de la Défense nationale, Harjit Sajjan, serre la main du secrétaire de la Défense des États-Unis, James Mattis, au Pentagon, le 6 février. [CPLC Jennifer Kusche, Caméra de combat des Forces canadiennes]

Demandez à d’anciens soldats ce qu’ils pensent des missions de maintien de la paix, et il y a fort à parier que leur réponse sera défavorable. Aller dans une zone de conflit en tant qu’arbitre ou policier, c’est avoir une main attachée dans le dos, diront-ils.

Les règles d’engagement strictes – comme celle qui interdit aux Casques bleus de tirer sauf si on leur tire dessus – ont mis les soldats de la paix en danger et restreint leur efficacité.

Le ministre de la Défense nationale Harjit Sajjan, ancien combattant décoré qui a été blessé en service en Bosnie et a passé trois périodes d’affectation en Afghanistan, ne conteste pas les impressions de ses anciens collègues.

« Il faut voir comment le maintien de la paix a commencé, nous dit-il lors de l’entrevue qu’il nous a accordée. Il a été créé dans un contexte de sécurité concernant des accords de paix signés entre les côtés opposés, où l’on plaçait une force d’intervention entre eux pour faire respecter la paix.

« Au fil du temps, les conflits ont changé. Ils n’étaient pas évalués aussi bien qu’ils auraient dû l’être, ce qui a créé [de nouvelles] difficultés. Les règles d’engagement ne convenaient pas, et il n’y avait pas de chaine de commandement établissant clairement l’autorité ultime. »

L’an dernier, le gouvernement fédéral a annoncé qu’il engagerait jusqu’à 600 soldats dans des opérations de soutien de la paix de l’ONU, mais la décision a été retardée à la suite de l’élection de Donald Trump à la Maison-Blanche.

Mme Nikki Haley, ambassadrice nommée par Donald Trump à l’ONU, donne la priorité absolue à la réforme du maintien de la paix. Les Américains dépensent presque 8 milliards de dollars (USD) chaque année et elle veut passer en revue les 16 missions des É.-U. pour savoir lesquelles réussissent à maintenir la paix et lesquelles échouent.

Trump a déclaré que Washington dépensait beaucoup trop pour la sécurité d’autres pays.

Par ailleurs, Sajjan a rencontré pour la première fois son homologue américain, le général de fusiliers marins à la retraite James Mattis, le 6 février. Le ministre et le secrétaire de la Défense ont discuté de la défense continentale ainsi que de problèmes multilatéraux, dont les engagements concernant la direction de groupements tactiques de l’OTAN en Europe de l’Est et les opérations de l’ONU.

Mais, à l’issue de la discussion, on ne savait toujours pas où ni quand ces engagements envers l’ONU seraient honorés. Le Canada envisa-geait d’envoyer des soldats au Mali.

Quoi qu’il en soit, il est certain que la prochaine mission de maintien de la paix sera administrée de façon très différente de la plupart de celles qui l’auront précédée. L’époque où il y avait deux factions ennemies, une ligne de front, et des formalités diplomatiques est révolue dans bien des cas.

Les facteurs en jeu sont de plus en plus complexes, et il est injuste de placer des soldats dans des situations qui n’ont pas été évaluées rigoureusement, dit Sajjan.

Les temps ont vraiment changé, dit-il, et en ce qui a trait au maintien de la paix, il n’y a pas de solution « taille unique ». Selon lui, le Canada, grâce à sa diversité et à sa vision du monde, est particulièrement bien placé pour les opérations de soutien de la paix des temps modernes.

« Il faut d’abord comprendre le conflit, dit-il. Quand on comprend le conflit, on peut mettre en place le bon mécanisme pour atteindre ses objectifs. Le maintien de la paix d’aujourd’hui n’est pas comme celui d’autrefois. »

Des règles d’engagement robustes, oui, mais souples aussi pour permettre aux commandants sur le terrain de prendre des décisions rapidement pour assurer la sécurité des civils.

La manière novatrice dont le Canada aborde le maintien de la paix ne se limite pas aux options militaires, a-t-il ajouté. Plusieurs ministères travaillent à déterminer où les Canadiens peuvent utiliser au mieux leurs ressources limitées.

En Afrique, par exemple, la pauvreté et le grand nombre de jeunes sans espoir d’avenir sont d’importants facteurs dans le recrutement et la formation d’extrémistes. « Si nous ne leur donnons pas d’avenir, ils trouvent quelque chose d’autre à faire et, malheureusement, ils sont manipulés par la propagande des extrémistes. »

C’est à l’armée qu’on fait le plus attention, mais surtout au rôle d’appui qu’elle joue dans bien des opérations de soutien de la paix, dit Sajjan. « Nous voulons apporter des solutions novatrices qui feront réellement avancer les choses et qui amélioreront l’efficacité [de ces missions] et résoudrons les problèmes qui ont marqué les Nations Unies par le passé. »


Sajjan a aussi rejeté toute suggestion selon laquelle les jours de l’Organisation du Traité de l’Atlantique-Nord seraient comptés.

« Je suis convaincu que les états membres sont tous conscients de l’importance de l’OTAN, a déclaré Sajjan. Je pense que la discussion se concentrera sur la manière dont nous pourrions améliorer l’OTAN. C’est ce que nous cherchons à faire depuis toujours. »

Après avoir pris officiellement ses fonctions, Trump a dit au journal allemand Bild et au London Times que l’alliance de 28 membres était « obsolète » et injuste pour les États-Unis.

Cinq membres de l’OTAN seulement ont respecté la norme de deux pour cent du PIB l’an dernier :la Grèce, l’Estonie, la Pologne, le Royaume-Uni, les États-Unis. La contribution du Canada a légèrement augmenté en 2016, passant de 0,98 % à 1,02 % du PIB.

Le Canada est ainsi passé du 23e au 20e rang parmi les 28 pays membres de l’OTAN en termes du pourcentage du PIB alloué à cette institution, à égalité avec la Hongrie et la Slovénie. Seuls la Belgique, la République tchèque, l’Islande, le Luxembourg et l’Espagne dépensent moins que le Canada en soutien à l’OTAN. Le Canada consacre actuellement environ 20 milliards de dollars (CAD) par année au budget de la défense.

Sajjan a confirmé que le Canada augmenterait ses dépenses militaires à la suite d’un examen de la défense nationale, mais il a ajouté que les budgets nationaux de la défense n’étaient pas liés en soi aux contributions des pays membres à l’Organisation. Le Canada, dit-il, est le sixième contributeur par ordre d’importance, et cette contribution est bien plus élevée que ne le laisserait supposer sa taille.

« En règle générale, oui, si l’on met des fonds dans la défense, on en fait plus, dit-il. Mais on peut injecter autant de fonds qu’on veut dans le militaire, si en fin de compte on n’utilise pas ces ressources pour appuyer l’OTAN, on n’apporte pas vraiment de soutien légitime. »

Parmi les contributions du Canada, il y a la direction d’une mission de l’OTAN en Lettonie, où il a engagé 450 soldats en plus du matériel militaire comme des véhicules blindés légers, afin de prévenir l’agression russe en Europe de l’Est.

« Nous favorisons le multilatéra-lisme, dit Sajjan. Nous sommes l’un des fondateurs de l’OTAN et nous allons y jouer un rôle important.

« L’OTAN joue un rôle crucial pour la paix globale, non seulement en Europe, mais ailleurs dans le monde, du renforcement des capacités à la dissuasion. »

Mattis, qui a été commandant suprême allié Transformation, a téléphoné au général Jens Stoltenberg, secrétaire général de l’OTAN, après avoir parlé à Sajjan, et il a insisté sur « le rôle clé que joue l’OTAN dans la sécurité transatlantique », selon le Pentagone.

Sajjan a déclaré que les dépenses militaires à venir du Canada seront « liées directement à ses engagements ».

« Il ne s’agira pas simplement d’une liste de matériel. Il s’agira d’une politique de défense réelle fondée sur nos capacités, qui nous permettra ensuite de savoir quels sont nos besoins : la taille de notre militaire, la structure et les nouvelles capacités que nous devons acquérir. »

Les femmes n’occupent encore que peu de postes dans les FAC

Le général Jonathan Vance, chef d’état-major de la défense, inspecte une garde d’honneur à la base des Forces canadiennes de Bagotville, le 7 octobre 2015. [LS Alex Roy, Bagotville Imaging Section]

Lorsque Carol Kozinski s’est présentée au bureau de recrutement des Forces armées canadiennes en 1981, on lui a demandé quel métier l’intéressait.

Elle avait alors 20 ans et avait travaillé sur des plates-formes pétrolières en mer, et elle répondit qu’elle voulait être mécanicienne.

« Vous êtes trop jolie, lui dit-on, pour être mécanicienne. »

Kozinski, qui a 55 ans aujourd’hui et qui n’est plus militaire, nous a demandé de ne pas mentionner son vrai nom pour le présent article afin de protéger son travail sous contrat. Elle a été technicienne en entretien et en réparation dans les FAC pendant 35 ans et a travaillé sur pratiquement tout ce qui vole, du Sea King au CF-18 Hornet.

Elle a vu bien des changements depuis les jours où les affiches de Playboy ornaient toutes les armoires à outils, mais elle ne croit pas qu’il y en ait eu suffisamment pour modifier sensiblement la composition de ce qui est encore aujourd’hui un domaine fortement dominé par les hommes.

Le général Jonathan Vance, chef d’état-major de la défense, a promis d’augmenter la proportion de femmes dans le militaire, qui est actuellement de 14 %, d’un pour cent par année jusqu’à ce qu’elle atteigne 25 %. Cependant, lorsqu’on lui demande ce qu’elle en pense, Kozinski répond tout de go que ce but n’est pas réaliste.

« Si l’on vise 25 % de femmes dans l’armée, dit-elle, ma question, c’est de quels métiers s’agit-il? Et comment va-t-on attirer la nouvelle génération avec de vieux équipements? Et quelles missions y aura-t-il? Parce qu’il faut leur offrir quelque chose à viser. Comment va-t-on en avoir 25 % sans rien leur offrir comme carotte? »

Le vérificateur général, Michael Ferguson, a rapporté en novembre qu’atteindre l’objectif visé nécessitait d’accroître fortement le recrutement de femmes, mais note que les FAC n’ont mis en place aucune mesure spéciale d’équité en matière d’emploi.

À peu près la moitié des militaires canadiennes appartiennent à six professions, celles des commis de soutien à la gestion des ressources, des techniciens en approvisionnement, des officiers de la logistique, des techniciens médicaux, des infirmiers et des cuisiniers.

« Il est difficile d’attirer, de sélectionner, de former et de garder davantage de femmes dans les Forces armées canadiennes sans mettre en place des mesures d’équité d’emploi spéciales », a déclaré M. Ferguson.

Sans oublier non plus la manière dont sont traitées les femmes dans les forces canadiennes. L’inconduite sexuelle notamment, a été mise en relief dans de nombreux rapports.

Le plus récent, celui que Statistique Canada a publié à l’automne, dit que les mauvais comportements sexuels sont encore relativement répandus parmi les soldats, les marins et le personnel de l’aviation du pays malgré les efforts déployés pour les éradiquer.

Statistique Canada a constaté lors d’un sondage de 43 000 militaires que 960 d’entre eux, c’est-à-dire 1,7 %, avaient rapporté avoir été victime d’agression sexuelle pendant les 12 mois précédents, soit au travail, soit commise par des militaires, des employés ou des entrepreneurs de la Défense.

C’est presque le double du pourcentage parmi les travailleurs dans la population générale (0,9 %) au cours de la même période, et le sondage général n’était pas restreint aux agressions sexuelles au travail ou par des collègues. Celui des Forces ne comprenait pas le personnel civil ni les réservistes.

Les résultats, bien qu’ils ne fussent pas surprenants, ont mis Vance en colère, et il s’est engagé à faire de la lutte contre l’inconduite sexuelle une des priorités de son mandat. « J’ai signifié à tous les membres des Forces armées canadiennes
que ce comportement devait cesser, dit Vance. Mes ordres étaient clairs. Mes attentes étaient claires. Et ceux qui choisissent ou qui ont choisi de ne pas obtempérer en subiront les conséquences. »

Les chiffres publiés suivaient de près l’important rapport de l’ancienne juge de la Cour suprême Marie Deschamps, qui a dit en 2015 qu’il existait une culture sexualisée sous-jacente dans les FAC qui, si l’on ne s’en occupait pas, pourrait mener à d’autres cas graves de harcèlement sexuel ou d’agression sexuelle.

Par conséquent, l’un des premiers actes de Vance en tant que CEMD a été de lancer l’opération Honneur, une stratégie exhaustive visant l’élimination du problème. Elle a recueilli le « soutien sans équivoque » de sa direction.

« Toute forme de comportement sexuel abusif et inapproprié constitue une menace pour le moral et la disponibilité opérationnelle des FAC, érode le bon ordre et la discipline, va à l’encontre des valeurs rattachées au métier des armes et aux principes d’éthique du ministère de la Défense nationale (MDN) et des FAC, et constitue une transgression, disait-il alors. Je ne permettrai pas les comportements sexuels abusifs et inappropriés au sein de notre organisation, et j’entends tenir tous les dirigeants des FAC responsables des manquements qui permettent que de telles situations se reproduisent. »

Toutefois, Kozinski dit que, vu le roulement de personnel aux échelons supérieurs des FAC, il est difficile de faire quoi que ce soit de constructif pour résoudre un problème si grave qu’il ne nécessite rien de moins qu’un changement de culture.

« Les officiers ne restent à leur poste que pendant trois ans, dit-elle. Comment peut-on accomplir quoi que ce soit? C’est juste assez de temps pour accomplir une seule chose. Le facteur principal, peu importe comment on voit les choses, c’est qu’ils ne sont là que pendant trois ans. »

« Il faut un soutien; il faut l’appui du gouvernement. Au bout de trois ans, on est remplacé. »

Les chiffres suggèrent que l’opération Honneur a inspiré une confiance plutôt mitigée chez les militaires. Bien que 98 % des militaires réguliers aient dit à Statistique Canada qu’ils étaient au courant de la consigne, un tiers d’entre eux seulement ont dit croire qu’elle serait très ou extrêmement efficace, 37 % jugeaient qu’elle serait modérément efficace et 30 % pensaient qu’elle ne serait que peu ou pas du tout efficace.

L’ombudsman militaire, Gary Walbourne, a déclaré que les résultats du rapport sont « extrêmement troublants » et qu’ils « reflètent les plaintes reçues par son bureau au cours des 18 derniers mois. »

« Bien que je sois toujours optimiste quant à la démarche adoptée […] je crois qu’il faut faire mieux : le succès de l’opération Honneur en dépend », dit Walbourne.

En effet, le sondage de Statistique Canada suggère que bon nombre de militaires semblent toujours ignorer le problème de la violence sexuelle, définie par l’agence comme étant des attouchements sexuels non désirés, agressions sexuelles avec violence, ou activités sexuelles auxquelles la victime ne peut consentir.

Parmi les personnes interrogées 36 % seulement des hommes et la moitié des femmes ont dit qu’ils trouvaient que le comportement sexuel déplacé était un problème dans le militaire, malgré l’insistance de Vance en août 2015.

Kozinski dit qu’elle a été victime de comportements sexuels indésirables à plusieurs reprises au cours de sa carrière de 35 ans, dont un pilote qui l’a embrassée de force (« Je lui ai communiqué très clairement que je n’étais pas du tout d’accord et je suis sortie de l’avion »), mais tout de même, elle pense que le problème est exagéré.

Elle dit connaitre personnel-lement une femme qui a subi une agression sexuelle pendant qu’elle était dans les FAC. Le militaire, dit-elle, est « une proie facile » dont les failles attirent une attention disproportionnée.

La contre-amirale Jennifer Bennett qui dirige l’équipe d’intervention en cas d’inconduite sexuelle dit que la cour martiale a été saisie de cinq cas d’agression sexuelle entre janvier et novembre 2016, aboutissant à quatre déclarations de culpabilité et à deux emprisonnements.

Trente autres militaires ont été déchus de leur commandement ou destitués de leur poste de surveillant pour cause de comportement inapproprié, et neuf autres ont été blâmés, ont reçu une amende ou ont été punis après procès sommaire. Un a été renvoyé du militaire.

Dix-huit mois après les constatations de Deschamps, un rapport d’étape militaire disait que deux des 10 recommandations de la juge retraitée avaient été mises en œuvre.

Les autres étaient encore à l’étude.

« L’attention accordée à l’opération Honneur est pratiquement inégalée dans l’histoire moderne des Forces armées canadiennes », lit-on dans le rapport publié en septembre. « Il y a encore beaucoup de travail à faire au cours des années à venir. »

« Changer une culture, cela n’arrive pas du jour au lendemain. »

Souvenir dans la capitale

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Les anciens combattants défilant jusqu’au cénotaphe d’Ottawa pour les cérémonies du jour du Souvenir sont de moins en moins nombreux. [Metropolis Studios]

Quatre réservistes d’Halifax trouvent
que cela vaut le déplacement

Pour Darrel MacDonald, le 11 novembre 2016 tardait beaucoup à venir.

Cet ancien caporal du Nova Scotia’s Princess Louise Fusiliers prévoyait son pèlerinage au Monument commémoratif de guerre d’Ottawa depuis qu’un des siens fut tué en Afghanistan, il y a neuf ans. Le caporal-chef Christopher Paul Stannix perdit la vie en même temps que cinq autres soldats quand son véhicule blindé fut détruit par une bombe au bord d’une route, à l’ouest de Kandahar, le 8 avril 2007.

Il s’agissait des premiers morts au combat de l’Unité de milice, toujours basée au Manège militaire d’Halifax, depuis des dizaines d’années, et du plus grand nombre de soldats canadiens tués au combat en une seule journée depuis la guerre de Corée.

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La Mère de la Croix d’argent, Colleen Fitzpatrick, et son époux, Jim, dans la Chapelle du Souvenir de la Tour de la Paix, ouvrent le Livre du Souvenir à la page où est inscrit le nom de leur fils, le caporal Darren James Fitzpatrick, tué en Afghanistan le 6 mars 2010. [Stephen J. Thorne]

M. MacDonald, qui se déplace en fauteuil roulant depuis un accident survenu à l’entrainement en 1998, avait résolu d’aller au Monument commémoratif de guerre rendre hommage à son compagnon d’armes et à tous les Canadiens morts au champ d’honneur : plus de 117 000 en tout.

« C’est un voyage que je voulais faire depuis longtemps », dit M. MacDonald qui, en 2014, proposa avec succès le nom de Stannix pour un nouveau traversier faisant la navette entre Halifax et Dartmouth. « Le voyage valait la peine. »

Il faisait partie des dizaines de milliers de personnes qui ont assisté à la cérémonie du 11 novembre au cénotaphe de granite dont les soldats, marins et aviateurs en bronze, qui se trainent avec une détermination macabre vers le sommet éternel, semblent plus émouvants encore après une restauration récente.

Les Canadiens sont de plus en plus nombreux à assister aux cérémonies du Souvenir depuis que la participation du Canada à la guerre contre le terrorisme attire de nouveau l’attention sur les mili-taires et leurs sacrifices.

« C’est une recrudescence de la fierté et de la reconnaissance des Canadiens », a déclaré M. Jean-Pierre Riendeau, ainé métis âgé de 68 ans et ancien membre du Royal 22e Régiment.

Il a servi en Europe pendant la guerre froide et au Moyen-Orient après la guerre du Kippour de 1973. Pendant les six derniers mois de 1974, une bonne dizaine de Canadiens ont été tués et encore plus ont été blessés en devoir de maintien de la paix à Chypre et au Moyen-Orient, dont neuf lorsqu’un aéronef canadien fut abattu. M. Riendeau connaissait.

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Le cortège vice-royal au Monument commémoratif de guerre, à Ottawa, le 11 novembre 2016, jour du Souvenir. [Metropolis Studio]

« Les gens pensaient qu’il n’y a que des vieux qu’on voit le jour du Souvenir, dit-il. Mais maintenant, je pense que la foule sait de quoi avaient l’air ces vieux gars lorsqu’ils revenaient des combats. Ils avaient tous l’air jeune, et ils ont tous passé leur jeunesse à combattre. Et je pense que les gens s’aperçoivent que les jeunes gens sont tout aussi engagés que l’étaient les vieux. C’est une bonne chose. »

Le nombre de ces « vieux gars », comme les appelle Riendeau, diminue avec le temps qui passe. Et en les voyant défiler en ce jour du Souvenir, béret sur la tête et médailles à la poitrine, les applaudissements respectueux de la foule n’en étaient que plus émouvants.

John Newell, qui a aujourd’hui plus de 90 ans, faisait partie de ces anciens combattants. Il a été instructeur dans le cadre du British Commonwealth Air Training Plan pendant la Seconde Guerre mondiale, et il attend toujours une forme de remerciement officiel de la part du pays qu’il a servi.

Le programme a servi à former plus de 131 000 pilotes et membres d’équipage entre 1940 et 1945.

« Nous avons perdu beaucoup de pilotes, instructeurs et élèves, dit M. Newell. Et on trouve encore leurs dépouilles aujourd’hui. Roosevelt nous appelait “l’aérodrome de la démocratie”. » Churchill disait que nous soutenions un des plus grands efforts canadiens de la guerre. Pourtant, le Canada ne nous a jamais donné de marque de reconnaissance. L’instructeur et ses élèves, des centaines d’élèves, sont tout aussi morts en volant pour le Canada qu’un pilote de chasse en Angleterre. Lui, il obtient de la reconnaissance; nous, rien. »

Les cérémonies ont quand même une grande valeur pour lui, comme pour tous les anciens combattants qui étaient présents.

À l’arrivée du cortège vice-royal, la Musique centrale des Forces armées canadiennes, dirigée par le major Dave Shaw et le Chœur d’enfants d’Ottawa, dirigé par Jamie Loback et Allison Prowse, ont donné une interprétation émouvante d’Ô Canada alors que le drapeau à feuille d’érable et l’Union Jack claquaient au vent.

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David Flannigan (à g.), président de la direction nationale, et le commandant du district G, Stan Halliday, placent une couronne au Monument commémoratif de guerre au nom de la Légion royale canadienne. Un vétéran de la Deuxième Guerre mondiale portant l’insigne des Fusiliers Mont-Royal brave le froid devant le Monument commémoratif de guerre. [Metropolis Studios]

Les anciens combattants saluaient. Le sergent d’aviation Fred Paci a joué la sonnerie aux morts à la trompette. Ensuite a retenti le premier des 21 coups de canon tirés par le 30e Régiment de campagne en l’honneur de la 11e heure du 11e jour du 11e mois, moment où s’est terminée la Première Guerre mondiale, lors de la signature de l’armistice entre l’Allemagne et les pays alliés à Compiègne, France, en 1918.

Les cloches de la Tour de la Paix ont sonné 11 fois au début du silence de deux minutes. Des larmes coulaient. Les cloches se sont arrêtées. Le deuxième canon a tonné. Le sergent Ken MacKenzie a joué la complainte à la cornemuse, puis le sergent Paci qui a joué la sonnerie du Réveil. Deux CF-18 sont passés au-dessus des têtes au moment où il finissait, qui ont été suivis par un vol d’hélicoptères.

Le président de la Direction nationale de la Légion royale canadienne, David Flannigan, a lu l’Acte du Souvenir, strophe du poème For the Fallen de Laurence Binyon : « Ils ne vieilliront pas comme nous, qui leur avons survécu. Ils ne connaîtront jamais l’outrage ni le poids des années. Quand viendra l’heure du crépuscule et celle de l’aurore, nous nous souviendrons d’eux. »

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Un vétéran de la Deuxième Guerre mondiale portant l’insigne des Fusiliers Mont-Royal brave le froid devant le Monument commémoratif de guerre. [Richard Lawrence, gracieuseté de la Direction nationale]

Pendant que le tonnerre des canons continuait, le brigadier-général Guy Chapdelaine a prononcé un mot de réconfort et une prière. « D’un océan à l’autre, nous sommes venus, dit-il, de divers milieux, de croyances et de traditions diverses, mais nous sommes d’abord et avant tout unis par notre devoir de mémoire. »

Sous les regards de plusieurs anciens combattants accompagnés de chiens d’assistance pour TSPT, il a fait un appel poignant au souvenir de ceux qui sont morts au combat et de ceux qui ont été marqués non seulement physiquement, mais mentalement, et il a fait référence aux 70 vétérans d’Afghanistan, au moins, qui se sont suicidé après leur retour chez eux, ainsi qu’à tous ceux qui les ont précédés.

« Nous nous souvenons de tous ceux qui portent en eux les marques de la guerre : sur leur corps, dans leur esprit ou dans leur âme, a-t-il dit.

« Nous sommes peinés que certains aient dû mettre fin à leurs jours pour mettre fin à la lutte contre la douleur atroce qu’ils ressentaient. »

Pendant que le chœur chantait Au champ d’honneur, le cortège vice-royal s’est mis à déposer des couronnes, d’abord le gouverneur général, David Johnson, puis la Mère  de la Croix d’argent, Colleen Fitzpatrick (de la part des mères du Canada), suivie du premier ministre, Justin Trudeau et de son épouse Sophie Grégoire-Trudeau (de la part du gouvernement du Canada), du président du Sénat, George Fury (de la part du Parlement du Canada), du ministre des Anciens combattants, Kent Hehr, du général Jonathan Vance, du chef d’état-major de la défense et, enfin, au nom de la jeunesse du Canada, des quatre gagnants des concours littéraire et d’affiches de la Légion royale canadienne : Olivia Zeng de Coquitlam, Colombie-Britannique, Casey O’Neill de Belleisle Creek, Nouveau-Brunswick, Shane Pendergast de Mount Stewart, Île-du-Prince-Édouard et Ethan Harry Edstrom d’Edmonton.

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Les lauréats du concours littéraire et d’affiches de la Légion royale canadienne — Shane Pendergast, Casey O’Neill, Olivia Zeng et Ethan Harry Edstrom — déposent une couronne au nom de la jeunesse canadienne. [Richard Lawrence, gracieuseté de la Direction nationale]

M. Flannigan a déposé une couronne de la part de la Légion avant le corps diplomatique et d’autres parties, suivis par des dizaines d’autres, puis ensuite par une foule de gens qui ont déposé leur coquelicot sur la Tombe du Soldat inconnu.

Pour Colleen Fitzpatrick, dont le fils, le caporal Darren James Fitzpatrick est mort il y a six ans quand il a mis le pied sur une mine en Afghanistan, la cérémonie émouvante était le point culminant du tourbillon d’entrevues et d’activités qui accompa-gnent le titre de Mère de la Croix d’argent.

Elle a cependant pu faire une pause de quelques minutes le jeudi, lorsque, les larmes aux yeux, elle est entrée dans la Chapelle du Souvenir, à l’intérieur de la Tour de la Paix, pour voir et toucher le Livre du Souvenir où est inscrit le nom de son fils.

Son cœur ne guérira jamais, et voir le nom de son fils parmi ceux des disparus ne lui sera jamais facile, a-t-elle dit.

En entrant dans la salle, elle se sent « un peu submergée, a-t-elle ajouté. C’est très émouvant. On se sent plonger dans le calme quand on entre. Et même si je me sentais prête quand je suis entrée, quand j’ai vu le nom de Darren dans le Livre du Souvenir, je me suis sentie accablée. C’est à ce moment-là qu’on doit faire une pause pour penser aux milliers de parents qui ont été touchés. Alors, nous sommes ici pour Darren, oui, mais je pense à tous les êtres chers, les fils et les filles, que nous avons perdus, et à toutes les mères et à tous les pères qui se souviennent chaque jour, pas seulement le jour du Souvenir. Ils ressentent cela tous les jours de leur vie. »

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Après la cérémonie officielle, de nombreuses personnes ont déposé leur coquelicot sur la Tombe du Soldat inconnu. [Metropolis Studio]

L’aumônier honoraire de la Légion, le rabbin Reuven Bulka, a dit lors de sa bénédiction ponctuée de ses « 10 bravos », que
se souvenir de manière significative, c’est « exprimer notre gratitude non pas humblement, mais plutôt énergiquement; non pas en général, mais de façon spécifique ».

« Comment dire merci sans cesse à nos anciens combattants? En les embrassant […] En enseignant à nos enfants ô combien nous leur sommes redevables. Et en disant à l’unisson, fort et haut pour qu’ils nous entendent : Bravo! »

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