Bourses Lombard-Légion décernées à deux impétrants

L’un peut venir des Prairies et l’autre des Maritimes, mais les récipiendaires de la bourse Lombard-Légion royale canadienne de 5 000 $ cette année ont beaucoup en commun, y compris un dossier académique magistral, un dévouement au travail communautaire et un palmarès d’activités parascolaires complet.

Tim Martin de St. Brieux (Sask.), à 200 kilomètres au nord de Regina et Ashley Greene de Canning (N.-É.), à environ 100 kilomètres au nord de Halifax, ont aussi commencé leur carrière universitaire sous l’impulsion financière que leur a donnée le partenariat de l’Ensemble d’avantages aux membres de la Légion et du groupe d’assurance Lombard Canada. Il s’agit de la quatrième année que la bourse a été donnée à un étudiant et à une étudiante. Les récipiendaires devaient avoir un parent ou un grand-parent membres de la Légion et aller en première année à une institution d’enseignement postsecondaire.

Martin est tombé sur la bourse grâce à ses propres recherches, quand il se renseignait sur les conditions d’admission d’une autre bourse de la Légion. Sa connexion à l’organisation d’anciens combattants passe par ses grands-pères, qui tous deux étaient vétérans de la Seconde Guerre mondiale. Son grand-père encore vivant, William Aubin, est encore membre actif. “Mes deux grands-pères étaient très fiers d’avoir servi leur pays et ils allaient aux manifestations de la Légion chaque fois qu’ils en avaient l’occasion”, dit Martin, qui faisait partie du conseil de son école et qui pratiquait le bénévolat à la Kelsey Trail Health Region en plus de participer au volley-ball, au basket-ball et en athlétisme.

L’ado a appris sa dernière réussite par courriel; enfin, plus ou moins. À 6 h 20, un jour de septembre, comme il allait quitter son appartement de Saskatoon pour se rendre à l’Université de la Saskatchewan, il décida de vérifier son courriel. Il y avait un message de la Direction nationale lui demandant d’y passer un coup de fil.

“Je commençais à me sentir excité”, dit Martin, qui fait des études pour obtenir un diplôme double en génie électrique et en informatique. Mais le message ne disait pas spécifiquement qu’il avait obtenu la bourse. “Tout juste comme je finissais de le lire, ma mère m’appelle et me demande ‘Est-ce qu’il t’arrive de vérifier ton courriel?’ J’ai ri et puis elle me dit que (la Légion) l’avait appelée et lui avait annoncé la bonne nouvelle.”

Cette bonne nouvelle était une récompense arrivant au bout d’années d’efforts. Martin et son homologue néo-écossaise, Greene, avaient des moyennes scolaires dans les 90, participaient à plusieurs sports à l’école et passaient nombre d’heures à pratiquer le bénévolat et le travail communautaire.

Dans le cas de Greene, il s’agissait de plus de 1 500 heures. Durant toutes les années d’école secondaire, l’aspirante politicienne était membre du conseil des élèves et bénévole à l’Annapolis Valley Regional Hospital, et elle prenait des rôles de leader dans les organisations comme Students Against Drunk Driving, le Teen Health Centre et le comité de l’annuaire. Son père, Barry, est un membre de la Légion qui ne pourrait être plus fier d’elle.

Ashley, âgée de 18 ans, dont les études devraient la mener à un diplôme en biochimie, réfléchie encore profondément à ce qu’elle fera après. “J’espère aller à l’école de médecine ou de droit, mais je ne sais pas laquelle encore”, écrivait-elle dans sa demande. “La médecine m’intéresse pour pouvoir aider les gens et parce que je profite sous la pression […]. Le droit m’intéresse parce que j’ai toujours aimé la politique et le gouvernement. Une de mes aspirations de carrière serait de me trouver en tête des nouvelles lois scientifiques et des politiques.”

Greene, qui a étudié à l’Université Yale l’été dernier grâce à une bourse, était encore membre du Nova Scotia Youth Advisory Council au moment où elle commençait ses études à l’Université Mount Allison.

En guerre contre le Musée de la guerre

Cela a commencé il y a un an, lors d’une petite dispute en arrière-scène. Les négociations n’ont pas réussi à résoudre le problème. Maintenant, en cette période du souvenir, c’est devenu public.

Une offensive a été déclenchée par des vétérans de l’aviation de la Seconde Guerre mondiale. Au début, leur message a été signalé par le Mayday Committee présidé par Don Elliott de Cheltenham (Ont.), un leader du combat contre les déformations dans la série télévisée La bravoure et le mépris il y a à peine plus de dix ans.

Cette fois-ci, l’objectif des anciens combattants était le Musée canadien de la guerre à Ottawa. Leur cible précise est la galerie 3 du musée, à propos du Bomber Command de la Seconde Guerre mondiale.

Mayday, bien sûr, est un appel au secours reconnu à travers le monde. Beaucoup de groupes et un certain nombre de particuliers ont répondu à l’appel. Parmi eux se trouvent la Direction nationale de la Légion royale canadienne, l’Aircrew Association of Canada, l’Association des Forces aériennes du Canada, la Bomber Command Association, la Halifax Aircraft Association, la RCAF Prisoners of War Association, l’Association des pilotes et observateurs de temps de guerre, le Conseil national des associations d’anciens combattants et les Anciens combattants de l’armée, de la marine et des forces aériennes au Canada.

Ils croient que l’exposition sur le Bomber Command “dénigre le caractère de ceux qui ont servi dans le Bomber Command”. Ils se concentrent particulièrement sur un tableau d’affichage intitulé UNE CONTROVERSE QUI PERSISTE et qui a comme sous-titre Le bombardement stratégique.

On y lit ce qui suit : “Les bombardements massifs de l’Allemagne causèrent de grandes destructions et d’immenses pertes de vies humaines. Le bien fondé et la moralité de l’offensive de bombardement stratégique contre l’Allemagne demeurent vivement contestés. L’objectif du Bomber Command était de saper le moral des civils allemands en détruisant les villes et les installations industrielles. Même si les attaques du Bomber Command et des forces américaines tuèrent 600 000 Allemands et en laissèrent 5 millions d’autres sans-abris, ils détruisirent à peine la production de guerre allemande avant la fin de la guerre.”

Les images empirent l’angoisse des anciens combattants. Il y en a une, intitulée Victimes civiles, où l’on voit une rue jonchée de corps de citoyens allemands. Une autre, intitulée Dommages collatéraux, en est une de la destruction d’une ville.

Alors que le musée de la guerre a fait certaines modifications, les anciens combattants aviateurs ne sont pas satisfaits, alors la Direction nationale a essayé d’organiser une autre réunion dans le but d’arriver à un compromis. Malheureusement, les gens du musée de la guerre ont refusé, disant que, vu qu’il n’y aurait pas d’autre changement aux expositions, il était inutile de se rencontrer.

Alors, que se passe-t-il vraiment ici?

D’abord, les dirigeants du nouveau musée canadien de la guerre qui a ouvert avec tant de fanfare en mai 2005, quand ils planifiaient les expositions, étaient surtout intéressés à toucher les Canadiens les plus jeunes, dont un bon nombre ignoraient les efforts du Canada à la guerre et ne connaissaient guère notre histoire militaire, à part, grosso-modo, le maintien de la paix, notre image publique la plus connue depuis la Seconde Guerre mondiale. La décision, prise avec lucidité, a été d’insister sur le contenu visuel, y compris les objets fabriqués et les images agrandies au détriment des explications détaillées. Le musée qui en résulte a été très applaudi. Il a servi à conscientiser les Canadiens sur leur histoire militaire. C’est une bonne chose.

Toutefois, en agissant ainsi, il y a risque de schématisme. On peut soutenir que les faits qui se trouvent dans l’affiche conflictuelle n’ont rien d’erroné. Toutefois, ils sont iniques. Les aspects positifs et les sacrifices extraordinaires de la campagne de bombardement ne sont pas reconnus convenablement. Il y a encore beaucoup à dire et à dépeindre. Par exemple, il n’y a pas de description ou d’image équivalentes concernant la tentative par les Allemands de bombarder la Grande-Bretagne jusqu’à ce qu’elle se soumette, ce qui a précédé l’offensive de bombardement alliée. En réalité, un côté et puis l’autre, ont employé la nouvelle technologie des bombardiers à long rayon d’action portant une charge importante pour cibler le territoire ennemi afin de détruire la volonté de l’autre côté de continuer à faire la guerre.

L’efficacité de la campagne du Bomber Command n’était pas sans critique en ce temps-là, mais c’était le meilleur moyen qu’on avait à sa disposition pour faire la guerre à l’ennemi directement. Cela a servi à détourner d’importantes ressources allemandes vers le service anti-aérien et réduire la production industrielle.

Il n’était pas question de moralité en ce temps-là, durant la campagne de bombardement. On se souciait plutôt du grand nombre de pertes : au bout du compte, 55 000 membres d’équipage alliés, dont presque 10 000 canadiens, ont perdu la vie. En fait, la campagne était une réponse naturelle à l’Allemagne nazie, en utilisant les meilleurs moyens qu’on avait à sa disposition.

Sous la bannière de la liberté académique, les historiens du musée de la guerre se sont servi des normes morales actuelles et critiqué une génération précédente dont les efforts ont servi à préserver notre société libre. Ce faisant, le musée de la guerre a agi d’une manière si insensible et blessante que nombre de vétérans de l’aviation croient que leurs camarades tombés au champ d’honneur se font montrer d’un doigt accusateur comme étant immoraux, même criminels, par une institution du gouvernement même qui les a envoyés à ces missions éprouvantes.

Le point de vue est le même à la Légion, que ce que le musée a fait est malséant. Son intransigeance en ce qui concerne les soucis légitimes des anciens combattants est affligeante. La suggestion de la coalition, que les anciens combattants et le public devraient protester en n’allant pas au musée et en restreignant les dons, a beaucoup de mérite et la Légion est d’accord. Vous pouvez aussi donner votre opinion en écrivant au : Directeur général, Musée canadien de la guerre, 1, place Vimy, Ottawa (Ont.) K1R 1C2.

Honneur, esprit et souvenir sur la piste

“La Légion a tant fait pour moi. Je voulais donner quelque chose en retour. C’est la quatrième fois que l’athlète de l’heptathlon Adrienne Bethune allait aux Championnats nationaux d’athlétisme de la Légion, et elle s’est portée volontaire sans hésiter pour le clou des manifestations, la visite aux anciens combattants du Centre de soins de longue durée George Derby à Burnaby (C.-B.). J’ai pensé que ce serait une si belle occasion de rencontrer les gens grâce à qui tout ceci est possible. C’est vraiment un très grand honneur pour moi.”

Cette fille de 17 ans de Mississauga (Ont.), dont le grand-père a servi à la Seconde Guerre mondiale, a aussi décidé d’apporter un manteau de son équipe et elle l’a offert à un des anciens combattants ontariens. Elle ressent une gratitude immense envers la Légion. “Ça fait quatre ans (que je viens aux championnats) et ça a été le temps le plus épatant de ma vie, c’est la meilleure compétition pour les gens de mon âge.”

Cette année, les 30e championnats nationaux de la jeunesse de la Légion ont été organisés littéralement sur une montagne, à Burnaby. À peu près 400 athlètes, entraîneurs et chaperons de partout au Canada se sont assemblés à l’Université Simon Fraser du 10 au 17 août, où ils se sont attelés aux tâches que sont la compétition et l’entraînement à 1 200 pieds au-dessus du niveau de la mer.

Bethune a combattu non seulement ses pairs mais la grippe qui faisait le tour des athlètes. Elle a quand même obtenu l’or à l’heptathlon des filles de moins de 18 ans, battant Alana Pattison de la Colombie-Britannique de 3 points seulement. L’heptathlon comporte 7 épreuves : les 80 mètres haies, le saut en hauteur, le lancer du poids, le sprint de 200 mètres, le saut en longueur, le lancer du javelot et la course de 800 mètres. “Je ne me suis pas sentie très bien durant ces deux jours”, reconnaît l’Ontarienne, “mais j’ai été très chanceuse et je suis très contente d’avoir gagné.”

Bethune a l’intension de suivre la voie tracée par son père, Tim, qui a participé aux Olympiques de Los Angeles en 1984. Tout en s’entraînant pour 2012, elle va aussi être très occupée aux études. Ayant sauté une année, elle vient de commencer ses études universitaires à McMaster, à Hamilton. Bethune, choisie capitaine de l’équipe de la Division de l’Ontario, illustre tout ce que la Légion espère encourager avec cette manifestation : le leadership, la motivation et un profond sentiment de commémoration.

Cela va très bien avec le thème de cette année qui est “l’honneur, l’esprit et le souvenir”, un thème que le premier vice-président national Wilf Edmond allait reprendre chaque fois qu’il s’adressait aux athlètes. À l’occasion de l’orientation du vendredi matin au théâtre de l’université, Edmond a porté son regard vers les adolescents qui portaient des uniformes colorés et reconnu nombre de visages. “Le fait que vous reveniez est un signe que cet événement vaut la peine. La Légion royale canadienne est fière et heureuse de vous donner une si belle occasion”, dit-il. “Nous le faisons en l’honneur de tous ceux dont la jeunesse a été interrompue par les guerres auxquelles ce pays a dû aller pour assurer notre liberté et celle d’autres peuples.”

Blair DuGray, le donneur de cours pratiques en chef d’Athlétisme Canada, dit aux athlètes : “regardez les gens qui sont assis à votre droite et à votre gauche, et puis à vous-mêmes, parce que certains d’entre vous vont représenter le Canada un jour prochain”. DuGray et ses entraîneurs allaient mettre les adolescents à l’épreuve aux ateliers durant la semaine, grâce à quelques vieux exercices et en se servant de la technologie vidéo de Dartfish. En attendant, toutefois, il demanda une ovation pour la Légion.

Brit Townsend, deux fois olympienne, seconda la motion. “Sans la Légion, nous n’aurions pas l’occasion d’assembler les meilleurs jeunes du pays.” Townsend, qui a étudié à Simon Fraser, est actuellement entraîneur en chef pour l’athlétisme et la course de fond. En plus de participer à la direction de la manifestation de la Légion, elle a inspiré les athlètes en attirant leur attention lorsqu’elle s’est rappelée de ses moments les plus fiers : quand elle a brisé le record canadien de longue date aux 1 500 mètres lors des finales aux championnats mondiaux. Cela eut lieu après une photo témoin aux qualifications, où elle s’était jetée violemment entre deux corps et “espéré pour le mieux”. Le résultat fut décidé après plus de 30 minutes pleines d’anxiété. “J’allais me rappeler de l’image de mon entraîneur Gerry Swan qui traversait la piste à grands pas, les larmes aux yeux, en criant que j’avais réussi.”

Townsend dit aux jeunes de 13 à 17 ans qu’il était temps d’accélérer leur entraînement d’un temps, car un monde d’occasions était à leur portée : les bourses universitaires, les voyages et les occasions de rencontrer des gens comme eux. “Il faut des années pour développer les plus grands athlètes. C’est un moment important dans votre carrière.”

Elle encouragea aussi les athlètes à se renseigner sur ce que les universités canadiennes offrent avant de porter leur regard vers le sud. Ce message allait s’avérer nécessaire. En plus du souvenir, l’autre thème qui est apparu durant la semaine est celui selon lequel les meilleurs et les plus doués du Canada pensaient sérieusement aller étudier aux États-Unis où les bourses d’athlétisme sont nombreuses.

En fait, cette même semaine-là, Jenna Martin, l’étoile néo-écossaise de la piste qui a fixé un record à la course de 400 mètres aux championnats de la Légion de 2003, prenait le chemin de l’Université du Kentucky grâce à une bourse.

Bethune, toutefois, va rester à la terre de ses aïeux. À McMaster, l’heptathlète va obtenir une aide du gouvernement de l’Ontario dans le cadre du programme Quest for Gold qui finance les jeunes athlètes qui vivent et s’entraînent dans la province.

Les jeux commencèrent officiellement vendredi soir. À la cérémonie d’ouverture, sur le terrain de l’Université Simon Fraser, les athlètes tenaient un coquelicot à la main lorsqu’ils observaient les deux minutes de silence, qu’ils écoutaient le Vancouverois Ronnie Way chanter Maples Of The Valley en l’honneur des anciens combattants et qu’ils étaient à l’écoute des dignitaires comme Edmond, le président Gerry Vowles de la Division de la Colombie-Britannique/Yukon, le maire Derek Corrigan de Burnaby et le président national de la Légion Jack Frost. La présidente du Comité des préparatifs locaux Sharel Fraser dit aux ados, “vos rêves sont nos espoirs d’avenir”.

Avant d’appuyer sur la gâchette du pistolet des officiels, Frost déclarait “que chacun de vous réalise ses meilleurs résultats à ces jeux. Et n’oubliez pas, vous êtes ici pour vous amuser, pour rencontrer de nouveaux amis qui viennent de tous les coins du pays et apprendre à connaître leur collectivité”.

Le flambeau de l’amitié a alors été apporté sur l’estrade par un groupe de petites filles membres d’un club de course local. Elles allaient revenir à la piste, tôt le lendemain matin, pour donner un coup de main.

La planification des championnats a duré plus de 18 mois. Fraser avait enrôlé des douzaines de bénévoles des filiales de la Légion et des dames auxiliaires locales pour les nombreuses tâches à accomplir : le transport, les fonctions rattachées aux cérémonies, l’organisation d’une randonnée au mont Grouse pour les gosses, l’organisation des divertissements aux filiales pour les adultes. Lesley Maudsley, deuxième vice-présidente des DA de la Division de la Colombie-Britannique/Yukon, avait une équipe maîtresse pour l’aider à trouver des fonds, nourrir les bénévoles affamés et préparer le gros banquet de fermeture.

Les organisateurs n’auraient pas pu planifier la météo, mais on aurait quand même dit qu’ils l’avaient fait. À part d’un samedi matin frisquet, le temps durant les championnats a été radieux. C’était aussi une fin de semaine occupée, durant laquelle plus de 70 épreuves ont eu lieu dans les catégories des cadets (moins de 16 ans) et des juniors (moins de 18 ans). Les athlètes ont couru, lancé et sauté, et ils ont bu beaucoup d’eau.

Grâce à la direction de l’officiel de l’athlétisme LeRoy Washburn, les choses se sont passé à merveille. Washburn, un officiel néo-brunswickois certifié au niveau international, est un inconditionnel de la Légion depuis plus de 50 ans. Cette année, son épouse Loretta et lui ont également célébré leur 50e anniversaire durant les championnats.

Les jeux ont été une bataille entre l’Est et l’Ouest. Malgré une dure compétition de la part de la division hôtesse, l’Ontario s’est placé à la tête de la liste des médailles d’or avec les 31 qu’il a remportées. La Division de la Colombie-Britannique/ Yukon a obtenu 24 médailles d’or, et a fixé autant de records de la Légion que sa rivale. Elles ont inscrit trois performances record chacune et celle du Nouveau-Brunswick en a inscrit une.

Cette dernière a eu lieu grâce à Geneviève Lalonde, âgée de 14 ans. En plus de rapporter les seules médailles d’or du Nouveau-Brunswick chez elle, chez les filles cadettes des 1 500 mètres et des 3 000 mètres, elle a brisé le record des 3 000 mètres. Ce n’est même pas une course à laquelle elle prend plaisir. “Je préfère de beaucoup les 1 500.” Après avoir couru trois kilomètres en même pas neuf minutes et 57 secondes, Lalonde criait pour encourager les autres coureuses. Elle était peut-être fatiguée (la plupart des gens auraient été cataleptiques) mais Lalonde n’a pour autant pas oublié de reconnaître la Légion. “Je voulais vraiment aller plus loin cette année : travailler aussi dur que les membres de la Légion.” L’ado reconnaissante a laissé tomber la danse pour se concentrer sur la course, mais elle a quand même eu le temps pour une couple d’autres poursuites. “J’essaie de me rendre aux Jeux du Canada, au squash, et je joue au soccer provincial.”

Trey Henderson, l’homme fort de Richmond (C.-B.), a remporté les épreuves des garçons juniors aux lancers du disque et du marteau de 5 kilogrammes, démolissant son propre record de 2005 au lancer du marteau grâce à un lancer de 67,45 mètres. “Ça a été une bonne fin de semaine”, dit-il avec un large sourire. “Je n’ai rien à redire avec mes deux médailles d’or.” Henderson fait des plans magistraux, et aller aux Olympiques n’en est qu’un. Alors qu’il ne lui reste qu’une année d’école secondaire à faire, on lui a déjà offert trois bourses sportives aux États-Unis : pour jouer au foot-ball. “L’important, pour moi, c’est l’école et le sport. J’ai le temps de voir mes amis, mais il faut que ce soit les affaires avant tout, genre […] parce qu’il s’agit de mon avenir.”

Pendant ce temps, sa coéquipière Stacey Irvine de Smithers (C.-B.) attirait les regards au saut à la perche. D’abord, elle a dépassé les 3,50 mètres, le record de la Légion chez les filles de moins de 18 ans. Ensuite, elle a réussi un saut de 3,70 mètres, mettant le record hors de portée pendant un certain temps. Finalement, elle a décidé d’essayer de battre son propre record de 3,80 mètres, celui qu’elle a inscrit aux Championnats mondiaux de la jeunesse au Maroc en 2005. Il y a eu des souffles coupés lors de l’un de ses essais quand elle a atterri d’une manière qui semblait douloureuse. Imperturbable, Irvine essayait encore une fois. Elle ne le réussit pas, mais elle n’en fut pas déconcertée. Après tout, ce serait sa deuxième médaille d’or, qu’elle ajoutait à celle qu’elle avait gagnée aux 110 mètres haies. Quant à l’atterrissage dur, Irvine dit en riant “on a tellement d’adrénaline, ça ne fait pas vraiment mal”. La sauteuse à la perche, évidemment douée d’un seuil de sensation douloureuse élevé, a l’intention de se lancer en physiothérapie ou en science sportive.

À propos de blessures, il y a eu les entorses et les foulures habituelles autour de la piste, mais rien de grave heureusement. Tara Langlois, une technicienne médicale d’urgence qui travaillait sous la tente des premiers soins, observait à quel point les blessés, tout feu tout flamme, étaient désireux de retourner à la compétition. “On les emballe et on les renvoie. C’est comme ça.”

C’était le cas d’Hubert Chevrette-Bélisle de Repentigny (Qc) qui est allé voir Langlois pour des douleurs aux jambes. Inspiré par la présence intimidante de son coéquipier et partenaire d’entraînement Gabriel El Hanbli, Chevrette-Bélisle s’est remis de sa dou-leur et a emporté l’or aux 400 mètres haies juniors, battant El Hanbli de moins d’une seconde. Les deux ont obtenu plusieurs médailles aux épreuves des haies et des relais.

En fait, il y a eu nombre de gagnants multiples, et ils ont tous été causes de moments spéciaux durant les jeux. Loudia Laarman de Lethbridge (Alb.), a illuminé le podium quand elle a accepté les médailles d’or qu’elle a gagnées aux sprints de 100 mètres et 200 mètres chez les juniors. Le Néo-Écossais Mason Foote, qui a gagné la course de 100 mètres chez les juniors et obtenu la médaille de bronze aux 200 mètres, a pris le temps de donner des trucs à ses coéquipiers dans les courses de relais. Mike Robertson de Williamstown (Ont.) s’est agenouillé et fait le signe de la croix avant de gagner la course de 400 mètres chez les juniors, et par la suite il a embrassé son estimable rival, Joel Senick de Saskatoon. Robertson a aussi remporté l’or aux 200 mètres par la suite.

Maddie Buttinger, une des favorites locales des championnats de la Légion de 2003 à Kitchener (Ont.), qui retournait aux jeux de la Légion pour la troisième fois, a ramassé encore d’autres médailles. Cette fois-ci, sa petite soeur Jessica l’accompagnait, qui est montée sur le podium régulièrement aussi, aux épreuves des moins de 16 ans. Leur expérience en Colombie-Britannique était une affaire de famille. Le clan Buttinger au complet, y compris les parents Pam et Gord, ainsi que la fratrie Natalie, Danielle, Emily, Rachel et Scott, ont fait la randonnée vers l’ouest pour les encourager.

Maddie, âgée de 16 ans, s’est beaucoup améliorée depuis la première fois qu’elle s’est rendue aux nationaux de la Légion, et elle est allée aux Championnats mondiaux de la jeunesse au Maroc l’été dernier. Cela l’a empêchée de se rendre aux nationaux de la Légion à Edmonton, mais Buttinger dit que ce fut une expérience inestimable. “Ça donne un tout autre point de vue, parce qu’on pense qu’on réussit vraiment bien au Canada, mais quand on est au niveau mondial, c’est fou de voir ces gens.” Bien qu’elle n’ait pas obtenu de médaille, elle y a quand même été inspirée.

Cette année, Buttinger a obtenu quatre médailles de la Légion : deux d’or aux courses de 400 mètres relais et individuels, une d’argent aux 400 mètres haies et une de bronze au saut en hauteur. Le visage dur comme l’acier que Buttinger avait durant les jeux faisait place aux sourires après chaque épreuve quand ses petites soeurs lui tapotait la tête avec affection.

Gord Buttinger dit que ce n’est que lorsque sa fille aînée est allée aux nationaux de la Légion qu’elle a vraiment commencé à prendre plaisir à l’athlétisme. Depuis lors, elle s’entraîne fermement et montre l’exemple à sa fratrie, dont tous les membres font aussi de l’athlétisme. “Il ne s’agit par d’être le meilleur. Il s’agit de faire de son mieux. Maddie est une bonne guide dans la famille.”

C’est exactement ce qu’on désire voir à la Légion, dit Edmond. “Nous faisons ceci parce que nous croyons qu’il existe un besoin continu de développer nos jeunes afin qu’ils deviennent les leaders effectifs que ce pays a toujours eus.”

À la fin des championnats, le flambeau de l’amitié était passé de Fraser à Helen Ladouceur, la déléguée des DA de la Division du Nouveau-Brunswick. Les jeux reprendront à Oromocto en août 2007.

Les portes de la nouvelle Maison de la Légion sont ouvertes

La nouvelle Maison de la Légion a été officiellement ouverte grâce à un petit coup de ciseaux par le président national Jack Frost et le maire d’Ottawa Bob Chiarelli en un après-midi où les pensées portaient vers le passé ainsi que vers l’avenir.Environ 80 personnes se sont rassemblées le 16 septembre, un samedi ensoleillé, pour ouvrir le nouvel immeuble de grandeur moyenne à côté du tronçon de l’autoroute transcanadienne qu’on appelle le Queensway.

“La Direction nationale a eu ses premiers bureaux sur la rue Queen à Ottawa”, dit Frost pour donner les grandes lignes de l’histoire de la Maison de la Légion. “En 1956, nous avons ouvert l’édifice du 359 de la rue Kent et nous y avons travaillé fortunément pendant 50 ans.”

Frost dit que le nouvel édifice a été construit en vue de subvenir aux besoins actuels de la Légion. “De la pression a été faite pour qu’on s’installe dans une autre ville, mais nous sommes un bureau national. Nous voulions être près d’Anciens combattants Canada et de la Défense nationale, alors nous avons décidé de rester dans cette merveilleuse ville d’Ottawa,” dit-il. “C’est avec beaucoup de fierté que nous prenons soin d’avoir une bonne présence sociale à Ottawa.”

Parmi les gens de l’assistance se trouvaient les membres du Comité sous-exécutif national, les anciens présidents Ed Coley, Hugh Greene, Joe Kobolak, Allan Parks et Mary Ann Burdett, et des politiciens locaux, dont le ministre de la Défense Gordon O’Connor.

Le maire Chiarelli a félicité la Légion à propos de son nouvel immeuble magnifique. “Le siège social de nombreuses organisations nationales se trouve à Ottawa parce que c’est la capitale du Canada. Et je suis on ne peut plus fier que la Légion soit située ici, dans la capitale nationale. C’est un symbole de toute sorte de choses. C’est un symbole des valeurs de ce pays, les valeurs pour lesquelles tant de gens ont donné leur vie. Durant ces quelques dernières années, j’ai remarqué l’effet fantastique que la Légion a eu dans les écoles. Il y a eu une augmentation prodigieuse des jeunes gens qui participent au souvenir et qui comprennent ce que cela veut dire.”

Chiarelli dit que la ville s’occupait de l’amélioration de la signalisation le long de l’autoroute 416 avec les filiales locales, laquelle a été rebaptisée officiellement Autoroute des anciens combattants en 1998.

Le ministre de la défense O’Connor a félicité la Légion à propos de son nouvel édifice et il l’a remerciée du travail qu’elle a accompli quand il s’est agi de donner son avis à propos de la nouvelle Charte des anciens combattants, laquelle offre aux gens qui viennent des Forces canadiennes l’ensemble de nouveaux avantages le plus avancé depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.

En s’adressant à nous, il fit le commentaire que la région a grandement fleuri. “Cela fait 23 ans que j’habite ici. La vie a changé. Il y avait environ 20 000 personnes dans la région où j’habite. Maintenant il y en a 70 000”, dit ce membre de la filiale Kanata. Le nouvel édifice au 86 de la place Aird, au coin du chemin Castlefrank, va abriter environ 50 employés de la Direction nationale et Canvet Publications Ltd., l’éditeur de la revue Légion. L’immeuble bas a 31 730 pieds carrés de surface hors oeuvre, pour loger ses services d’administration, d’adhésion, de finance et d’approvisionnement. L’édifice a aussi une salle de conférences, une bibliothèque pour la revue et un entrepôt avec des installations pour le remisage et l’emballage.

Le projet avait été autorisé par le Conseil exécutif national et le Comité de la construction avait été formé par l’ancien président national Allan Parks comme président, Frost et le trésorier national Mike Cook. Ils étaient assistés par le secrétaire national Duane Daly, le directeur administratif Brad White et le directeur financier Tim Murphy.

Le comité a supervisé le travail fait par CSV Architects, les gérants de projet Jackson Brown Associates, et l’entrepreneur McDonald Brothers Construction.

À Frost et Chiarelli se sont joints O’Connor, le député provincial Norm Sterling et la conseillère municipale locale Peggy Feltmate pour couper le ruban. L’immeuble a été dédié par le brigadier-général Stanley Johnstone, l’aumônier-général qui a accepté d’être aumônier honoraire de la Direction nationale.

Dans le hall, le secrétaire national Daly nous explique qu’une pièce maîtresse, comprenant une sculpture de l’épée de la Croix du Sacrifice, était en train d’être créer. D’un côté seront inscrits les mots du rituel de la Légion “Quand viendra l’heure du crépuscule et celle de l’aurore, nous nous souviendrons d’eux”. Il s’agira d’une oeuvre du sculpteur André Gauthier.

“C’est un cadeau du gouvernement du Canada en reconnaissance de notre travail et de notre 80e anniversaire”, dit Daly.

Bien que le jour concernait l’avenir, la Légion pensait aussi à un futur où les générations suivantes vont réfléchir à leur passé. Une capsule-mémorial dans le hall a été remplie d’articles commémorant la Légion telle qu’elle existe en 2006.

Daly annonçait les articles au fur et à mesure qu’ils étaient placés dans la capsule. Ils comprenaient une liste des exécutifs nationaux de 1926 à 2006; le livre sur l’histoire du projet de la Tombe du Soldat inconnu; l’histoire de la Légion telle que racontée par James Hale dans son livre Branching Out; une copie du numéro de mai/juin de la revue Légion, où se trouve un article sur la construction de l’édifice; et des photos des sous-exécutifs de 2004-2006 et de 2006-2008, du Comité de la construction, de la Maison de la Légion de la rue Kent, du nouvel immeuble, et du Conseil exécutif national qui s’est réuni en février 2006.

Il y avait aussi dans la capsule un certain nombre d’articles dont s’occupe le service d’approvisionnement de la Légion, y compris une bannière de l’année de l’ancien combattant, une épingle de l’année de l’ancien combattant de la Légion, les bannière et épingle du 80e anniversaire de la Légion, une cravate à coquelicots, des épingles “Nous soutenons nos troupes” en anglais et en français, un rouleau de pièces de 25 cents à coquelicot, un dollar à coquelicot en argent de 2004, un presse-papiers souvenir de l’ouverture de l’édifice et une boîte de coquelicots.

La capsule-mémorial a ensuite été scellée par Parks et l’architecte Robert Froom.

Frost avait une autre annonce. Grâce à la conseillère municipale locale Peggy Feltmate, la Légion a obtenu le soutien de la ville pour faire nommer, en 2007, le pont attrayant qui sert à traverser le Queensway à côté de l’immeuble, le Pont des valeureux. “Ce sera un testament visible de notre fière histoire militaire”, dit Frost.

Le Monument aux Valeureux

Les figures déterminées qui s’éreintent au Monument commémoratif de guerre du Canada et la sombre élégance de la Tombe du Soldat inconnu vont bientôt se faire rejoindre dans la capitale nationale par une collection de bustes et de statues grandeur nature évoquant des moments importants de l’histoire militaire canadienne.

La collection impressionnante de 14 personnages historiques, qui se fait appeler le Monument aux Valeureux, sera dévoilée le 5 novembre au coin nord-est de la place de la Confédération, près de l’escalier des Sapeurs. Le monument comprendra cinq statues grandeur nature et neuf bustes, dont l’histoire s’étend des héros d’avant la confédération, le comte de Frontenac, Laura Secord et le général sir Isaac Brock jusqu’aux récipiendaires de la croix de Victoria de la Seconde Guerre mondiale Paul Triquet, Andrew Mynarski et Hampton Gray.

“Le Canada, qu’on se complait à voir comme une nation paisible, a été élevé durant la guerre”, dit Hamilton Southam, le président de la Fondation des Valeureux. “La guerre a créé ce grand pays nord-américain indépendant qui est le nôtre.”

Southam, âgé de 89 ans, a été le moteur du projet depuis avant même que les historiens et divers groupes (y compris la Légion royale canadienne, dont la contribution s’élève à 20 000 $) aient commencé à s’y intéresser. Le secrétaire national de la Légion Duane Daly y a participé activement et il siège à la fondation en tant que vice-président, tout comme l’historien Sydney Wise, qui en est vice-président également. Les membres de la fondation comprennent le grand président honoraire de la Légion et lieutenant-général à la retraite Charles Belzile, les historiens David Bercuson, Serge Bernier, Alec Douglas et J.L. Granatstein et le président-directeur général des Amputés de guerre du Canada Cliff Chadderton.

Le concept des Valeureux a été engendré par le Groupe de travail de 1991 sur les collections de musées d’histoire militaire au Canada, un groupe qui était coprésidé par Southam et l’ancien ministre de la culture québécoise Denis Vaugeois. Southam, un vétéran de la Seconde Guerre mondiale et résident d’Ottawa de longue date, était conscient depuis un certain temps des piédestaux ou petites dalles situés du côté ouest du pont au-dessus de l’escalier des Sapeurs. Toutefois, l’histoire avait voilé l’objet originaire des piédestaux.

La recommandation de placer des statues militaires sur les piédestaux autour de la place de la Confédération n’était qu’une seule des nombreuses recommandations dans le rapport du groupe de travail. La plus grande partie du rapport concernait les défauts et le manque de financement du Musée canadien de la guerre qui avait été négligé pendant si longtemps. Plus de dix ans de controverse ont suivi la sortie du rapport et il a fini par aboutir à la construction du tout nouveau Musée canadien de la guerre dont les portes ont ouvert en mai 2005.

Le fait qu’on n’avait pas donné suite à la recommandation concernant les piédestaux dérangeait Southam. “J’ai dîné avec […] Sydney Wise et nous avons pensé qu’il faudrait voir si des gens étaient intéressés à mettre le projet en marche”, dit-il. Il se mit immédiatement à rassembler un groupe de travail.

Une fois qu’ils avaient décidé de donner suite à l’idée, Southam a approché la Direction nationale de la Légion royale canadienne. “Notre groupe est le premier qu’il a approché à cause du succès que nous avons eu à propos du projet de la Tombe du Soldat inconnu”, dit le secrétaire national Duane Daly. “Nous nous sommes fermement engagés en ce qui concernait l’intercession pour le projet à la ville d’Ottawa, Anciens combattants Canada et, surtout, le ministère du Patrimoine canadien.”

Il dit que le projet est très bien approprié au triangle commémoratif qu’il forme avec la Tombe du Soldat inconnu et le Monument commémoratif de guerre du Canada.

L’historien Alec Douglas explique que le groupe “acceptait que chacun reste sur ses positions à propos des noms avancés au tout début”.

Southam dit que bien qu’au début il proposait de dresser sept personnages clés, d’autres noms étaient constamment ajoutés. “Le projet a grandi au petit bonheur”, dit-il.

En 2001, le groupe a demandé des fonds au gouvernement fédéral. “Nous pensions que le projet allait coûter environ un million de dollars. Nous pensions que nous pourrions rassembler des gens pour recueillir environ 200 000 $, et nous l’avons fait, et que le gouvernement devrait mettre le reste”, dit Southam.

En 2003, le ministère du Patrimoine canadien a annoncé qu’il allait financer le projet. Le coût final s’étant élevé à 1,1 million de dollars, la part du ministère du Patrimoine canadien a été de 75 pour cent et la fondation a ramassé le reste.

La Commission de la capitale nationale, qui selon son mandat gère et s’occupe de l’administration des monuments commémoratifs d’importance nationale, est un des principaux partenaires. En 2004, elle a organisé une compétition nationale de conception et travaille depuis lors avec l’équipe de la conception formée par la sculptrice Marlene Hilton Moore et le concepteur John McEwen, tous deux de Hilldale (Ont.), près de Barrie.

Il est écrit au site de la toile du projet sur les Valeureux que les hommes et les femmes qui sont commémorés “sont des symboles d’une nation formée par les conflits et renforcée par les sacrifices. C’est la guerre, tout autant que la paix, qui nous uni; car la valeur n’a pas de limite”.

Le 26 septembre, le public a eu l’occasion de voir une des statues. Pierre Le Moyne d’Iberville représente le régime français en Amérique du Nord qui dominait durant les nombreuses guerres entre la Grande-Bretagne et la France. C’est la première personne née au Canada qui a été choisie.

Né à Ville-Marie (Montréal) en 1661, il a participé aux cruelles guerres frontalières avec la Nouvelle-Angleterre dirigées par le comte de Frontenac. Il participait aussi très activement aux raids contre les postes de traite des fourrures et les ports anglais à la baie James. En tant que capitaine du navire Pélican il affronta et fit sombrer deux navires de guerre britanniques près de York Factory en 1697. Entre 1698 et 1702, il a commandé des expéditions jusqu’en Louisiane. Sa dernière campagne fut menée en 1706, contre Nevis, une colonie anglaise aux Antilles. Le Moyne d’Iberville est le premier Canadien de naissance à qui le roi de France a décerné la Croix de Saint-Louis pour sa bravoure.

Louis de Buade, comte de Frontenac, représente aussi l’époque de la Nouvelle-France. Né à Saint-Germain-en-Laye (France) en 1622, c’est un explorateur et un soldat professionnel qui a beaucoup étendu l’empire français en Amérique du Nord et qui a fait la guerre à la confédération iroquoise et à ses alliés britanniques. Frontenac est un personnage romantique du début de l’histoire canadienne suite à sa défense résolue de la ville de Québec contre l’expédition maritime de sir William Phips. L’occasion fut donnée à Frontenac, grandement surpassé en nombre et coupé des renforts par voie marine, de se rendre. On dit qu’il répondit en disant : “Dites à votre maître que je répondrai par la bouche de mes canons.”

Phips ne réussit pas à prendre la ville et, l’hiver approchant, fut obligé de se retirer.

Les Valeureux attirent aussi notre attention sur Joseph Brant et John Butler. Le premier, qu’on appelait aussi Thayendanegea, est né en 1742 dans un territoire indien au sud du lac Érié. C’était un chef de guerriers mohawk et un homme d’État, qui combattit du côté des Britanniques durant la guerre de sept ans (1756-1763) et la révolution américaine (1775-1783). Brant était renommé pour son courage au combat et le dévouement à sa cause, et on lui décerna la terre qui forme la réserve des Six nations le long de la rivière Grand près de ce qui est actuellement Brantford (Ont.). Il est mort en 1807.

“Les gens oublient que Brant n’était pas seulement un grand guerrier, mais un grand diplomate », dit Douglas. Butler, fils d’un officier de l’armée britannique, est né en 1728. Durant la guerre de sept ans, il a participé à la capture de Fort Frontenac, qui est aujourd’hui la ville de Kingston, en 1758. Il était lieutenant-colonel dans la milice de New York quand la révolution américaine a commencé et il a alors rapidement organisé un corps de loyalistes. Ses hommes ont fait leur renommée sous le nom de Butler’s Rangers et, avec leurs alliés autochtones, ils lançaient des attaques réussies à partir de chez lui, à la péninsule Niagara, jusqu’à New York et même aussi loin qu’au Kentucky.

La guerre de 1812 entre l’Amérique du Nord britannique et les États-Unis est représentée par deux soldats qui reflètent la dualité linguistique du Canada. Le général sir Isaac Brock, né en 1769, est le personnage plus grand que nature qui a capturé Michilimackinac et puis, bien que grandement surpassé en nombre, a obligé Détroit à se rendre. Bien qu’il n’était pas là au début de l’invasion américaine de la péninsule de Niagara, en 1812, il monta sur un cheval et se rendit au lieu de la bataille, aux hauteurs de Queenston. Portant des habits hauts en couleur, il encouragea crânement ses forces mixtes de Britanniques réguliers, de miliciens et d’alliés autochtones à une défense réussie. Toutefois, il fut atteint mortellement par un tireur d’élite.

Le personnage Valeureux du Canada français de cette période est Charles-Michel de Salaberry, qui est né au Québec en 1778. Il a servi dans l’armée britannique aux Antilles et lors de son retour au Canada, en 1810, a recruté et entraîné une milice canadienne française auquel on donna le nom de Voltigeurs canadiens. Au début des hostilités, il se trouva à la tête d’un corps de 1 700 hommes, y compris 250 Voltigeurs, qui restaient pour faire une défense contre une armée états-unienne de 3 000 troupiers. Décidant que la meilleure tactique était de se battre sur leur propre terrain, il engagea l’ennemi à la bataille de Châteauguay. La surprise et la férocité de la bataille servit à empêcher une attaque massive contre Montréal.

Le troisième personnage de la guerre de 1812 est Laura Secord, née au Massachussetts en 1775. Elle est appariée à l’infirmière de la Grande Guerre Georgina Pope, ce qui sert à préciser le rôle des femmes courageuses. Secord et entrée dans la légende. “Il s’agit d’une femme intrépide. Elle est allée au champ de bataille pour trouver son mari blessé et le soigner”, dit Douglas.

Secord est renommée pour avoir été obligée de cantonner des troupiers américains pendant qu’elle soignait son mari. Quand elle entendit les Américains planifier une attaque surprise contre les Britanniques, elle sortit furtivement durant la nuit et voyagea toute seule jusqu’au camp du leader britannique, le lieutenant James Fitzgibbon, à quelques milles de chez elle. Le commandant britannique retourna la situation en tendant une embuscade aux attaquants, le 24 juin 1813, et obligeant 462 troupiers américains à se rendre.

Née en 1862 dans une famille distinguée de l’Île-du-Prince-Édouard, Georgina Pope s’est portée volontaire au service infirmier, en 1899, à la guerre d’Afrique du Sud. Pendant qu’elle était là-bas, elle a enduré des épreuves physiques et émotionnelles extrêmement dures. En 1902, on lui donna la responsabilité du service infirmier de l’Armée canadienne. Un an après, la reine Victoria lui décernait la Croix-Rouge royale pour son service exceptionnel sur le terrain. Elle est la première Canadienne à qui cette décoration a été décernée. Quand la Première Guerre mondiale a éclaté en 1914, Pope est allée outre-mer à nouveau et a servi en Angleterre et en France.

La Première Guerre mondiale est représentée également chez les Valeureux par le général sir Arthur Currie, l’officier milicien qui devint un commandant superbe aux champs de bataille, prenant la tête d’un Corps d’armée canadien unifié lors de plusieurs batailles majeures. “Il n’y a aucun doute parmi les historiens que Currie est le meilleur général commandant que nous ayons jamais eu”, dit Douglas.

Currie, né en Ontario, vivait en Colombie-Britannique quand la Première Guerre mondiale a éclaté. Après avoir commandé la 2e Brigade d’infanterie canadienne à Ypres (Belgique) en 1915, Currie obtint le commandement de la 1re Division canadienne. Il devint commandant du Corps canadien en juin 1917, et prit part à toutes les batailles m jeures du front occidental auxquelles les Canadiens ont participé. Il commanda lors des horreurs de Passchendaele en 1917 et jusqu’à la victoire à Amiens en août 1918.

La même période est représentée par Joseph Kaeble du Royal 22e Régiment. Né à St-Moïse (Qc) en 1893, il est renommé pour son utilisation d’une mitrailleuse Lewis en 1918 avec laquelle il repoussa une attaque de quelque 50 soldats ennemis. Kaeble continua de se battre bien qu’il eut été blessé mortellement. Mourant, il exhorta ses camarades de profiter du fait que les forces se retiraient.

Quatre personnages représentent la Seconde Guerre mondiale et les combats auxquels les Canadiens ont participé dans tous les théâtres de cette guerre-là.

Wallace Thomas, capitaine dans la marine marchande, commandait le navire du Canadien Pacifique de 26 000 tonnes Empress of Scotland. Né à Terre-Neuve en 1885, il a servi dans la marine marchande durant la Première Guerre mondiale.

C’est le seul membre de la marine marchande à qui l’on a décerné le titre de Commander of the British Empire, une décoration qu’il a méritée pour avoir fait preuve de beaucoup d’habileté alors qu’il était attaqué par la Luftwaffe au large de l’Irlande en 1940. L’attaque a eu lieu dans la même zone où le navire plus grand Empress of Britain avait été torpillé deux semaines auparavant. Les trois autres Valeureux sont des récipiendaires de la Croix de Victoria. Le capitaine Paul Triquet, né au Québec en 1910, a commandé une compagnie du Royal 22e Régiment durant les violents combats à Casa Berardi (Italie) en 1943. Alors qu’il était cloué, il cria à ses hommes “Il y a des ennemis devant nous, derrière nous et à nos deux flancs. Il n’y a qu’un seul endroit en sécurité, l’objectif!” Les hommes maintinrent leurs positions jusqu’à l’arrivée des renforts.

Andrew Mynarski, né au Manitoba en 1916, était mitrailleur dorsal dans un bombardier Lancaster qui prit feu au-dessus de la France en juin 1944. Quand l’équipage reçut la consigne d’évacuer, il resta derrière pour essayer de libérer un autre mitrailleur qui était coincé dans sa tourelle. Ses habits s’enflammèrent durant la tentative. Quand il eut tout essayé, il salua son camarade et puis sauta, mais son parachute, qui avait pris feu, ne s’ouvrit pas comme il faut. Mynarski fut retrouvé vivant, mais il mourut peu de temps après de ses brûlures.

Hampton Gray, né en Colombie-Britannique en 1916, est un membre de la Réserve des Volontaires de la Marine royale canadienne qui a servi en tant que pilote de l’aéronavale de la Marine royale. En août 1945, il était à la tête de huit avions lors d’une attaque à la baie d’Onagawa de Honshu, une des principales îles japonaises. Bien que son avion ait été gravement endommagé durant l’attaque par le tir des canons de DCA de l’ennemi, il largua sa dernière bombe et coula le destroyer Amakusa avant de s’écraser en mer.

Sylvie Pilon-Tilden, cadre supérieur chargée de la commémoration et de l’art public à la CCN, dit qu’il fallait que le Monument aux Valeureux soit conforme aux normes d’excellence du Monument commémoratif de guerre du Canada et de la Tombe du Soldat inconnu.

Pour Marlene Moore, c’était un défi que de faire 14 personnages en 20 mois. Une immense quantité de recherches a été nécessaire dans le cas de chaque personnage pour s’assurer de la fidélité des vêtements et des objets fabriqués. Les costumes ont été recréés par un costumier et, une fois les dessins terminés, on a demandé à des historiens et des conservateurs de musée d’en confirmer la justesse.

Moore dit qu’il n’y avait qu’un seul portrait de Le Moyne d’Iberville sur lequel baser la statue. Il existe une statue de lui, mais c’est une image sentimentalisée qui a été faite bien longtemps après son décès. Elle a dû étudier l’habillement recherché d’un officier de la fin du XVIIe siècle. “La cravate en dentelle, le manteau volumineux, les souliers à talon haut, la perruque et le chapeau à plume d’autruche sont drapés sur le corps pour accentuer l’élégance de la période et créer une figure d’assurance totale. La méthode utilisée sert à s’assurer que la coupe, les plis et la texture de l’étoffe soient extrêmement détaillés dans le bronze. La petite épée française grandement ornementale sur laquelle Le Moyne d’Iberville pose une main a été copiée fidèlement”, dit-elle.

Le processus a été laborieux. Des modèles humains des Valeureux ont été choisis selon leur grandeur et leur poids. Ils ont ensuite été moulés avec du plâtre de Paris en prenant une pose pour la statue. “Les séances de pose ne pouvaient durer que trois heures. Les modèles frissonnaient à cause de l’humidité, même si la température s’élevait à 30 degrés Celsius”, dit Moore.

Des vêtements ont été créés et placés sur les formes corporelles moulées. Un processus de sculpture traditionnel a été utilisé pour sculpter le portrait de chaque personnage. “L’argile est le plus sensuel des matériaux. Quand j’avais fini avec un modèle, je sentais que je le connaissait vraiment”, dit Moore.

Le portrait d’argile fut transformé durant un processus de moulage en cire. La version de cire du portrait fut ensuite ajoutée au corps. Le moule complet, avec vêtements, chaussures, chapeau et objets fabriqués, fut ensuite solidifié durant un processus compliqué de cirage pour le préparer au moulage de bronze. Le processus de moulage du bronze dissout les vêtements et le cuir. La seule chose dont il ne peut pas s’occuper, c’est l’acier. Alors toutes les épées et autres objets fabriqués ont dû être copiés soigneusement et coulés dans la cire.

À la fonderie de coulage de bronze, les personnages allaient être retouchés avec de la cire pour les préparer au moulage. Les grands personnages ont dû être coupés, pour le moulage, en plusieurs sections dont le nombre pouvait aller jusqu’à 12.

Durant le moulage, on se servait d’un processus où la sculpture est déposée dans une coquille de céramique pour créer un moule. La cire est ensuite fondue pour l’enlever et le bronze liquide, versé dans la coquille. Les pièces sont ensuite soudées ensemble.

Le Monument des Valeureux a pour objet d’illustrer le rôle important des opérations militaires qui ont servi à la formation du Canada, à partir d’une colonie, en un pays puissant et indépendant au XXe siècle. La sélection des personnages historiques a été faite délibérément pour trouver un milieu entre français et anglais, entre l’aviation, l’armée, la marine et la marine marchande, et entre les hommes et les femmes. “Nous voulions mettre l’accent sur les gens du peuple”, dit Douglas. “Mynarski, par exemple, ne savait pas, quand il est mort, qu’il avait été promu sous-lieutenant d’aviation”.

Southam dit qu’il est heureux de l’endroit du monument, près de l’escalier qui descend au canal Rideau, un cours d’eau historique dont la construction a été ordonnée par le duc de Wellington pour circonscrire l’expansionnisme américain. En 2007, on va célébrer le 175e anniversaire du canal.

D’ajouter Pilon-Tilden, la CCN travaille avec la police et le ministère de la Défense nationale pour faire surveiller la zone autour du Monument commémoratif de guerre du Canada quand il y a grande foule, afin qu’il n’y ait pas de vandalisme à ces monuments sacrés.

Nouvelles opérations spéciales du Canada

Il est passé minuit et nous sommes entourés par des hommes armés hostiles dans un établissement psychiatrique abandonné au nord-ouest de Kamloops (C.-B.).

Nous ne savons pas grand-chose des méchants ni pourquoi ils ne nous aiment pas, mais nous savons que quatre hélicoptères pleins de nouveaux commandos canadiens sont en chemin pour nous sortir de là. C’est une nuit de juillet très noire et il ne sera pas facile de poser les hélicoptères obscurcis parmi les édifices, les clôtures et les câbles électriques de ce complexe. Les risques d’accrocs où les rotors se briseraient semblent plutôt élevés. Certains des journalistes les moins aguerris semblent proches de la panique. Nous entendons les hélicoptères Griffon longtemps avant de les voir. Les pilotes du 427e Escadron d’opérations spéciales (aviation) arrivent vite et bas. Les hélicos sont au sol très peu de temps et des soldats en sautent qui disparaissent dans la nuit.

Les méchants commencent à tirer, mais en quelques secondes, semble-t-il, ils ont été maîtrisés et nous sommes entourés de tous côtés par les sombres opérateurs anonymes qui sont venus à la rescousse. On nous emmène vers les hélicos qui attendent, à travers un cordon protectif de soldats agenouillés des deux côtés et dont les fusils sont tournés vers l’extérieur. Nous montons à bord et c’est le départ, en sécurité, volant bien haut au-dessus du lac Kamloops.

Cet exercice d’évacuation complexe, si excitant soit-il, n’est qu’une seule des nombreuses capacités du nouveau Régiment d’opérations spéciales du Canada (ROSC).

Les nouveaux régiments sont plutôt rares dans les Forces canadiennes. La dernière fois qu’il y en a eu, c’était en 1968, quand le Régiment aéroporté du Canada a été formé à Petawawa (Ont.). Maintenant, un peu plus de 10 ans après la dissolution de l’aéroporté, le ROSC aussi a été formé à Petawawa. Quand il sera prêt à être déployé, à la fin de l’année 2006, le ROSC va renforcer la Force opérationnelle interarmées 2 (FOI 2), l’unité d’opérations spéciales du Canada du top niveau, à la pointe de la lance militaire.

Le ROSC est une unité aux rôles nombreux et divers. Il va servir de soutien à la FOI 2. Il va aussi avoir toutes sortes de missions spéciales de reconnaissance très dangereuses et d’autres d’action directe. Il va envoyer des spécialistes entraîner des soldats étrangers. Et il va être une force d’évacuation d’intervention rapide. Si vous avez jamais la malchance d’être pris au piège dans un endroit qui s’avère soudainement mauvais, comme au Liban, ce sont probablement ces hommes et ces femmes qui vont aller vous en sortir. Bien entendu, il se peut que vous ne sachiez pas que ce sont eux. Comme la plupart des forces d’opérations spéciales, les membres du ROSC, pour la plupart, opèrent dans le secret. Par exemple, ils ne portent rien sur l’uniforme qui puisse servir à les identifier, même à leur base à Petawawa. Et ils n’acceptent pas non plus qu’on publie leur nom de famille, ni qu’on utilise de photographies dans cet article qui puissent servir à les identifier.

Avec la création rapide de ce régiment, le Canada se joint aux alliés britanniques, australiens et américains pour reconnaître que les conflits continus avec les terroristes et les forces rebelles nécessitent des adaptations spéciales aux façons conventionnelles de faire la guerre.

“Je pense qu’on reconnaît que la nature du danger a changé et les Forces canadiennes au complet sont en train de changer en conséquence”, dit le lieutenant-colonel Jamie Hammond, l’ancien officier de la FOI 2 à la voie douce qui a été nommé à la tête du ROSC et qui en est le visage public. “Ce n’est pas aussi simple que de dire ‘eh bien, nous avons des régiments blindés et des bataillons d’infanterie, alors nous allons nous en servir’. Ce que nous essayons de faire c’est de créer tout un continuum d’options.”

Bien que les origines exactes du ROSC n’aient pas été spécifiées, il y a des précurseurs évidents. Le prédécesseur le plus clair est celui que les Allemands appelaient la brigade du diable : la 1re Force d’opérations spéciales mixte des États-Unis et du Canada, à la Seconde Guerre mondiale. Aux États-Unis, on s’est inspiré de cette unité, dissoute en 1944, lors de la création des Special Forces, plus connues sous le nom de bérets verts.

Le Régiment aéroporté du Canada est aussi un prédécesseur évident, et on trouve davantage qu’une simple trace de cette vieille unité dans la nouvelle. Hammond et le sergent-major de compagnie Glenn sont tous deux des anciens membres de l’aéroporté, et il y en a plusieurs autres. Comme le régiment aéroporté, le ROSC va être formé de soldats choisis principalement dans les bataillons d’infanterie et ce sera une organisation élite qui pourra être parachutée.

Toutefois, le ROSC n’est pas simplement un remplacement de l’aéroporté. Quand son effectif de 750 membres aura atteint son plein, autour de 2010, le ROSC aura trois compagnies d’action directe et une compagnie de forces spéciales. Les trois compagnies d’action directe seront très semblables aux Army Rangers états-uniens, alors que la compagnie des forces spéciales sera formée d’après le modèle des bérets verts.

“J’étais dans le Régiment aéroporté, il y avait des choses fantastiques, et sa structure nous a aussi appris certaines leçons”, dit Hammond. “Une des choses dont nous devons nous assurer c’est que les questions de personnel, la gestion de carrière, la façon que nous la structurons, la façon que nous achetons l’équipement et la façon que nous opérons, que tout ça soit aligné avec les Forces canadiennes dans leur ensemble.”

Lors du premier cours de sélection, lequel a eu lieu de la mi-avril au début du mois d’août, sur les 300 soldats qui ont fait une demande, 175 ont été choisis. À la fin du processus de sélection, il en restait à peu près 125 qui portaient le nouveau béret couleur de tan à la cérémonie de remise des diplômes, le 13 août, où ils devenaient officiellement opérateurs de la 1re Compagnie d’action directe du ROSC.

À la fin du mois de juillet, le ROSC est allé à Kamloops pour le composant de la sélection qui touche aux opérations en montagne. Dans cette partie de la Colombie-Britannique, les montagnes sont sèches, chaudes et plutôt poussiéreuses, un peu comme en Afghanistan.

Bien que le quartier général logistique du ROSC fut aménagé à la base qui appartient à l’unité de réserve des Rocky Mountain Rangers de Kamloops, les candidats et la plupart des membres du personnel de soutien montent leurs tentes sur un plateau de montagne bien éloigné de la ville.

Au camp, personne ne semble jamais dormir et l’entraînement semble ne jamais s’arrêter. En tout temps, jour et nuit, il y a des hélicoptères qui décollent, de petites équipes de soldats qui vont et viennent à pied et des hommes grisonnant qui mènent les candidats aux exercices complexes où ils courent et puis tirent. Tout se passe en même temps et on a l’impression qu’il s’agit de quelque chose de gros et de sérieux. C’est comme dans un film de la Seconde Guerre mondiale, où tout le monde se prépare à lancer un gros raid. Le camp est carrément un essaim d’activités.

En son centre se trouve la tente du mess. Dans un coin, un jeune officier et un pilote d’hélicoptère discutent d’un plan d’attaque point par point. Dans un autre, des soldats prudents refusent des interviews à un réalisateur de la SRC, et à une autre table, des membres du personnel dirigeant à l’air discret discutent à voix basse de quelque chose que personne d’autre ne saura jamais. Le personnel dirigeant a été chargé de l’entraînement des candidats. Ce sont les gars en civil, qui ont l’air très en forme et qui rôdent autour du camp. Nombre d’entre eux, semble-t-il, sont des membres actuels ou anciens de la FOI 2, la plupart étant des membres du personnel dirigeant (les entraîneurs), ou bien ils sont là en tant que conseillers. On peut aussi reconnaître plusieurs accents internationaux.

Le ROSC donne de nouvelles capacités aux Forces canadiennes, mais le concept d’opérations spéciales n’a rien de nouveau. Alors qu’il existe des exemples de forces irrégulières de la Seconde Guerre mondiale, c’est surtout grâce aux exigences de ce conflit que des unités de commandos, de saboteurs et de chasseurs grandement organisées et entraînées sont entrées dans l’ordre de bataille des nations de l’Ouest. Des déserts nord-africains aux côtes européennes, les planificateurs militaires alliés ont eu besoin, encore et encore, de déployer ces soldats adroits endurcis spécialement contre des cibles qu’on ne pouvait pas attaquer avec des grandes forces conventionnelles.

Winston Churchill dit que ces combattants étaient de la ‘classe de chasseurs’ et il n’avait probablement pas tort. En ce temps-là, il s’agissait d’une race spéciale d’ave turiers, le genre de personnes qui non seulement acceptent les gros risques et les difficultés, mais qui en fait vont à leur recherche. Aujourd’hui, sous le manteau du professionnalisme et de l’humilité, cet esprit se perpétue.

D’après un membre expérimenté (qui a refusé qu’on l’identifie de quelle façon que ce soit), le personnel entraîneur observe les candidats à la recherche d’un ensemble de caractéristiques bien particulier.

Les opérateurs du ROSC doivent, tout d’abord, être passés maîtres des qualifications de base du soldat. Non seulement ils doivent avoir beaucoup d’endurance et de maturité, ils doivent aussi avoir le même sens de l’aventure équilibré que les leaders des unités d’opérations spéciales recherchent depuis la Seconde Guerre mondiale. “Il y a un ethos dans le jeu”, dit-il. “Tout d’abord nous recherchons l’humilité, parce qu’une personne humble n’est pas arrogante. Les gens arrogants surestiment leurs propres capacités et sous-estiment l’ennemi. Et il ne faut jamais sous-estimer l’ennemi.

“Les gens pensent que les opérateurs sont des surhommes, mais ce n’est pas vrai. Ces représentations sont très naïves, c’est de l’hyperbole. Les qualités que nous recherchons existent chez tout le monde, mais chez la grande majorité des gens elles sommeillent. Très peu de gens font l’expérience de vrais difficultés et encore moins sont ceux qui les recherchent.

“Nous recherchons une curiosité innée, des gens qui sont à la recherche du savoir, par exemple, parce que le savoir dissipe la peur.”

Dans une unité d’opérations spéciales, dit-il, les petits détails risquent de tout démanteler, les vies en dépendent. “C’est pourquoi tout le monde est responsable, du plus jeune au plus vieux, et pourquoi la maturité est si importante.”

Et les candidats sont un groupe impressionnant, bien que nombre d’entre eux semblent n’avoir pas dormi depuis plusieurs jours. Le caporal Michel est un candidat de 29 ans originaire de Trois-Rivières (Qc). Avant d’arriver au cours de sélection du ROSC, Michel était un technicien médical de l’aviation qui auparavant n’avait eu qu’un entraînement de base en ce qui concerne les armes de combat.

Le caporal Josh, âgé de 25 ans, vient de l’Ontario. Au contraire de Michel, Josh a déjà une expérience plutôt pertinente, s’étant qualifié en tant que tireur embusqué et ayant été jusqu’au bout de la sélection pour la FOI 2 il y a quelques années.

Josh et Michel ont tous deux trouvé l’examen physique initial assez dur. Cela comprenait 25 mètres à la nage en portant des brodequins à guêtre et un fusil. Mais les deux disent que le vrai défi, ce furent les semaines de tests concernant les phobies et les caractères particuliers. Bien que les divers tests ne pouvaient pas être décrits en détail, ils avaient pour but de pousser les candidats jusqu’à leurs limites physiques, de les sonder en ce qui concerne les peurs débilitantes et, en règle générale, d’essayer d’éliminer les faibles et ceux qui n’étaient pas suffisamment motivés. C’était tout un changement pour Michel. “La famille médicale est un peu plus calme que l’infanterie, alors quand je suis venu ici, voyez-vous, j’ai trouvé ça étourdissant”, dit-il. “Alors on quitte le train-train quotidien pour une vie excitante, pas beaucoup de sommeil et, dirait-on, des journées plutôt dures, des journées longues. Mais on rencontre des gars super.”

À ce moment-ci, à la fin du mois de juillet, 14 semaines après le début des sélections et quelques jours à peine avant la remise des diplômes, Michel et Josh ont le genre de rapport qu’on trouve le plus souvent entre de très vieux amis. Ils finissent les phrases l’un de l’autre et rient de leurs blagues d’initiés. Quand Michel pensait lâcher après les quelques premières semaines, ses nouveaux copains l’ont convaincu de rester, qu’il avait tout ce qu’il faut pour aller jusqu’au bout. “Michel est un bon exemple de ce qu’un autre leader des forces spéciales nous a dit”, dit Josh. “Les autres unités de forces spéciales et nous devons coopter nos membres dans un fond génétique restreint. Essentiellement, on ne peut pas prendre n’importe qui et le mettre là. Et, en gros, c’est ce à quoi servent les tests de caractéristiques : ils servent à trouver des gens comme Michel qui sont capables de saisir de nouveaux renseignements et s’en servir immédiatement. C’est ça les forces spéciales. Elles sont spéciales parce qu’elles peuvent s’adapter à n’importe quel environnement où elles se trouvent.”

Survivre aux huit premières semaines ne signifie pas pour autant qu’on fait partie de l’unité. Comme dit Josh, “il y a encore des occasions de faillir des trucs au fur et à mesure qu’on avance, et on pourrait nous demander de nous en aller à cause d’une évaluation par les pairs ou, de toute façon, en grande partie pour ça. Après chaque phase, tout le monde s’assied et on doit évaluer tout le monde dans sa section et puis dans son peloton”.

“On nous donne des points pour des caractéristiques spécifiques, comme le travail avec les autres, le leadership, la résistance mentale”, dit Michel.

“Il paraît que c’est un truc des forces spéciales”, dit Josh. “(La FOI 2) y met une très grande importance.”

“On écrit certains noms”, dit Michel. “Vous voyez, de bons gars avec qui vous voulez travailler et les autres gars avec qui vous n’êtes pas sûr de vouloir travailler mais qui sont quand même de bons gars.”

“Ouais, c’est quelque chose de professionnel, pas personnel”, dit Josh. “On ne met pas simplement un nom parce qu’on en a envie. Il faut avoir de bonnes raisons et on doit justifier ce qu’on a écrit.”

Si le nom d’un candidat particulier est donné assez souvent pour la même raison, on le prend de côté et on l’avertit qu’il doit se montrer à la hauteur ou prendre la porte. “Ma première impression, voyez-vous, c’était qu’il s’agissait d’un genre de coups en traître”, dit Michel. “Mais au bout de quelques semaines on voit que certains des gars changent leur façon de penser et leur comportement à cause de ce genre de choses.”

Comme tous les autres opérateurs du ROSC, Josh et Michel sont des attaquants d’abord et des spécialistes ensuite : Josh, un tireur embusqué et Michel, un infirmier. “Il va être tireur”, dit Josh en hochant la tête à Michel, “en plein milieu de l’action, qui va faire exactement ce que nous allons faire, ce n’est que quand les gars commenceront à tomber qu’il en aura la responsabilité.”

“Quand le combat est fini, c’est ça mon travail”, dit Michel. “C’est là que ma spécialité commence; autrement, je suis un tireur.”

“Quant à ma spécialité”, dit Josh, “ça va être moins directement l’action, je serai le gars dans les collines qui rapporte les informations sur l’objectif et qui fait l’acquisition d’objectifs clés et les coups clés qui servent à lancer toute l’attaque; comme descendre les sentinelles et les systèmes d’armes principaux. Les choses comme ça.”

Bien que le ROSC puisse attaquer les objectifs non conventionnels de manière conventionnelle, il aura aussi les aptitudes très utiles de pouvoir attaquer les objectifs conventionnels de manière non conventionnelle. Le membre anonyme expérimenté, mentionné auparavant dans cet article, nous l’explique en se servant d’une métaphore. Imaginez un objectif militaire, n’importe quoi qui aille de l’Europe forteresse jusqu’à une place forte du Taliban. Cette position de première ligne est fortement armée et capable d’un feu dévastateur. Si vous considérez le problème, vous voyez que la position a besoin de plusieurs choses pour continuer à tirer. D’abord, il lui faut une cible. Il lui faut aussi une fourniture continuelle de balles; il lui faut des communications pour recevoir les ordres; il lui faut des leaders militaires pour donner ces ordres et des leaders politiques avec la volonté de se battre.

Alors qu’une unité conventionnelle essaierait d’écraser cette position par la puissance de ses armes, une unité d’opérations spéciales ne ferait pas nécessairement ça. À la place d’attaquer la position directement, elle ferait une des choses suivantes ou toutes : s’éparpiller pour enlever sa cible à la position, attaquer ses lignes de ravitaillement, couper ses communications, tuer les leaders militaires ennemis et embrouiller leurs politiciens. C’est donc ainsi que les unités d’opérations spéciales attaquent les cibles conventionnelles, en se servant de tactiques non conventionnelles.

Dans une campagne anti-insurrectionnelle comme celle qui a lieu en Afgha-nistan, l’ennemi aussi se bat en utilisant des tactiques non conventionnelles. Les plus communes sont les bombes transportées dans des véhicules suicidaires, les dispositifs explosifs de circonstance (IED) au bord des routes, les embuscades par de petites unités et le tir indirect de mortier et de roquettes. Ce qui fait que ces attaques soient non conventionnelles c’est qu’elles n’offrent que bien peu de cibles pour les soldats canadiens et il est très difficile de s’en défendre. Bien que les soldats des forces régulières aient démontré qu’ils peuvent s’adapter à un combat anti-insurrectionnel, il y a des missions complexes à grands risques qui ne font pas partie de ce à quoi ils ont été entraînés.

En Afghanistan, la bataille ne se gagnera pas rien qu’en évitant les attaques par IED et les attaques suicides de l’ennemi, ou en y survivant. À la place, l’OTAN et les FC doivent diminuer les capacités des insurgés de se battre avec toute une panoplie de tactiques non conventionnelles.

Dans une vallée montagnarde aux abords de Kamloops, les candidats font la démonstration d’une telle mission très dangereuse : l’attaque d’une fabrique d’IED.

L’attaque de la fabrique avait commencé plusieurs jours auparavant, quand plusieurs petites unités ont fait de longues marches clandestines jusqu’aux crêtes élevées qui entourent l’objectif. Camouflés dans leurs positions, ils ont observé et ramassé des informations sur la force et les défenses de l’ennemi, et ils les ont relayées au quartier général.

Les hélicoptères arrivent par vagues, en rase-mottes et rapidement. Le premier Griffon se pose sur un toit à quelques centaines de mètres de l’enceinte. Des soldats sautent de ses patins et commencent à faire feu de leurs fusils et des mitrailleuses à chargement par bande pour clouer les défenseurs. Un autre groupe d’hélicoptères se détache de la limite des arbres en aval. Trois d’entre eux se posent dans un champ à environ 500 mètres de l’objectif pour déposer la force d’attaque principale alors qu’un autre reste suspendu juste à l’extérieur des murs d’enceinte et ses troupiers en descendent vite en rappel pour participer au combat.

Alors que les défenseurs se font attaquer de trois côtés, la principale force d’attaque fait une brèche dans un mur d’enceinte et commence à enlever les installations avec ses fusils et ses grenades, et en défonçant les portes à coups de pieds comme on fait depuis toujours.

Le tout se termine en quelques minutes. Alors que tout s’est bien passé, Hammond déclare qu’il y a encore du travail à faire, et tous sont d’accord car le ROSC, tout comme la FOI 2, va être dans un cycle incessant d’entraînement et déploiement. Ainsi, ils vont avoir nombre d’occasions de fourbir leurs acquis.

Hammond dit qu’il y a peu de chances que l’unité soit déployée au complet en tant que régiment. Il est beaucoup plus probable qu’une compagnie d’action directe soit déployée alors qu’une autre soit en attente, toute prête et que la troisième se reconstitue. La compagnie des forces spéciales va être déployée selon son propre emploi du temps, dépendant des événements.

Le secret, bien sûr, est un composant indissociable des opérations spéciales, alors où, quand et comment le public canadien va entendre parler du ROSC à nouveau semble aussi faire partie du secret.

Que le ROSC opère en uniforme ou en habillement civil, qu’il annonce sa présence ou reste dans l’obscurité, et qu’il désire que ses actes soient connus ou pas, le tout reste un mystère. Toutefois, il n’y aurait rien de surprenant à ce que des éléments de la 1re Compagnie d’action directe se posent tôt ou tard sur une piste d’atterrissage de Kandahar, prêts à se diriger vers les montagnes à la recherche d’une fabrique d’IED ou quelque autre cible difficile à dénicher.

Mais si vous n’entendez jamais plus parler d’eux, au moins vous saurez qu’ils sont quelque part, observant l’ennemi d’en haut des collines ou attendant dans un hangar quelque part, prêts à s’élancer à la rescousse.

L’instruction militaire élémentaire durant la Seconde Guerre mondiale

Les jeunes gens de la vie civile ne doivent pas craindre l’ennui, car s’il y a une place où la gaieté et l’enthousiasme règnent, c’est bien l’armée.

— Lieutenant-colonel DeBellefeuille
Officier commandant du centre d’instruction de Joliette
17 juillet 1941

Tout au long de la Seconde Guerre mondiale, l’organisation de l’instruction militaire au Canada et, plus généralement, la constitution des effectifs des trois armes se sont avérées être des problèmes administratifs difficiles à résoudre. L’armée de terre, l’aviation et la marine se livraient une chaude lutte pour recruter les effectifs nécessaires aux prévisions; il fallait ajuster la durée du service en fonction des ressources disponibles, et surtout, dans le respect des modalités d’engagement prévues par la Loi sur la mobilisation des ressources nationales; il fallait organiser le programme d’entraînement, former le personnel, et accueillir puis instruire adéquatement les recrues dans des installations appropriées. Afin d’obtenir un personnel capable d’accomplir les multiples tâches propres au service militaire, la formation devait comprendre différentes spécialités nécessitant chacune un entraînement, du matériel et des connaissances spécifiques. Pour tout le personnel des forces armées canadiennes, le service militaire avait un dénominateur commun : l’instruction élémentaire.

L’instruction militaire au Canada a évolué en quatre temps durant la guerre. D’abord, au tout début du conflit, on a ouvert 14 centres d’instruction pour compléter le travail réalisé par les trois centres de l’armée permanente en opération avant la guerre. Ces centres avaient une vocation spécialisée, pour les fusiliers, les mitrailleurs, ou les spécialités, telles que les transmissions. Par la suite, avec l’instauration du service militaire obligatoire établi par la Loi sur la mobilisation des ressources nationales, on ouvre 39 centres d’instruction de la milice non permanente afin de donner une formation adéquate aux civils nouvellement appelés sous les drapeaux. Lorsque la loi a été modifiée pour porter la période de service à quatre mois, on a procédé à une vaste réorganisation qui réduisit le nombre total de centres à 28, puis, au début de 1942, on le porta à nouveau à 40. Enfin, 13 ont été fermés à la fin de 1943 selon le nouveau programme d’instruction réunissant les centres élémentaires et supérieurs pour harmoniser l’entraînement. La formation complémentaire dite “opérationnelle”, c’est-à-dire l’adaptation aux conditions de guerre qui prévalaient en Europe et les exercices de grandes unités était, elle, le plus souvent réalisée en Angleterre. Le réseau d’instruction était supervisé par chacun des districts militaires qui avaient la responsabilité d’appuyer les centres de son territoire et d’encadrer leurs actions, tandis que la direction des centres était assurée par un petit groupe d’officiers. À l’ouverture du centre, ce groupe était habituellement constitué de cadres issus du régiment local de la réserve active non permanente. Pour Huntingdon, par exemple, le centre a commencé ses activités avec 30 officiers, 79 sous-officiers et 105 hommes du rang, la plupart issus du Huntingdon Regiment.

Avant de voir à l’instruction efficace des recrues, il fallait d’abord les accueillir, les loger, les nourrir, les vêtir, les entretenir et les divertir. Ce n’était pas une mince affaire, compte tenu du nombre d’individus dont il fallait s’occuper : les plus grands centres pouvant accueillir entre 500 et 1000 hommes. On commençait donc par l’organisation adéquate des lieux, lesquels étaient au départ constitués par une série de huttes pour la troupe, un quartier-maître, les mess des sergents et des officiers ainsi qu’une cantine pour les hommes du rang. Les centres procéderont tout au long de la guerre à de nombreux aménagements pour améliorer les conditions de vie de leurs résidents et le rendement de l’instruction. Piscines, cinémas, salles de lectures, manèges avec scène et équipement de sonorisation, on verra certains centres se prévaloir des plus récents développements techniques. Cela ne suppose cependant pas nécessairement des lieux sophistiqués. Le drainage des terrains laissait parfois beaucoup à désirer, et il arrivait que les constructions résistent mal aux intempéries, si bien que l’on était parfois forcé d’interrompre le programme de formation régulier en raison de dommages subis par les infrastructures.

Les centres purent commencer à recevoir de jeunes gens aptes au service, appelés ou volontaires, quelques mois après leur activation officielle. La réception des candidats se réglait sur quelques jours, au fur et à mesure que ceux-ci arrivaient au centre. À leur arrivée, on les recevait formellement au Drill Hall du centre, si celui-ci disposait d’une telle installation. Les nouveaux arrivants étaient alors soumis à un examen médical, puis, après une brève séance d’information servant à les mettre au fait des usages du centre, on les dirigeait au quartier-maître afin d’y percevoir uniforme et équipement. Il ne restait plus qu’à les répartir par compagnies et par pelotons, puis leur assigner un dortoir. Par mesure d’hygiène, il arrivait que des hommes soient expédiés aux bains et leurs vêtements à la désinfection. Ils étaient ensuite pris en charge par le sous-officier responsable de leur hutte. Ce dernier devait organiser la distribution de literie et de couvertures, indiquer aux recrues où se trouvaient les lieux de parades et leur expliquer la routine du centre, en plus de leur faire la lecture des ordres courants et leur expliquer les usages du mess et le fonctionnement des repas.

L’horaire du centre suivait une routine bien précise ayant peu changé durant la guerre, et similaire d’un centre à l’autre. Hormis lors des jours fériés et le dimanche, l’horaire était sensiblement le même tout au long de l’année, marqué par l’appel caractéristique du clairon. Réveil à six heures, déjeuner trois quarts d’heure plus tard, d’une durée d’une heure. Le rassemblement suivait le déjeuner, et on commençait ensuite la journée de formation par une parade avant de se diriger vers les salles de cours, parade square, champ de tir, etc. Le dîner était tenu à midi, pour trois quarts d’heure, avant que ne commence la seconde partie de la journée. Le souper, pour sa part, se tenait à 17 h 45, puis on sonnait la retraite trois quarts d’heure plus tard. La journée se terminait par l’extinction des feux, prévue peu après 22 h.

L’instruction proprement dite se répartissait sur des semaines de cinq jours et demi (du lundi au samedi matin), entrecoupées de quelques permissions–généralement accordées en fonction du calendrier des fêtes ou du rendement des troupes. L’entraînement était constitué de marches, d’exercices physiques, de maniement d’armes, de cartographie, de formations sur la protection contre les attaques chimiques et sur l’hygiène, ainsi que de divers cours propres au déploiement en campagne. On consacrait en outre six heures à “l’éducation militaire”, qui comprenait notamment des notions de discipline, d’histoire régimentaire, des caractéristiques géné-rales des armes et de l’organisation de l’infanterie.

On suggérait aux instructeurs se trouvant à la tête d’un groupe possédant à fond la matière enseignée de réviser les leçons ultérieures ou y aller de discussions sur des sujets militaires ou civils. On proposait des sujets : les méthodes de gouvernement provinciales et fédérales, les droits, privilèges et responsabilités des citoyens de l’Empire britannique, l’histoire régimentaire ou l’organisation militaire. Il était également stipulé que les officiers commandants devaient préparer une liste de tels sujets, les remettre à tous les instructeurs et s’assurer que ceux-ci soient en mesure d’en parler. On pouvait également encourager les discussions et les présentations hors des périodes réglementaires comme moyen additionnel d’inculquer des connaissances aux recrues, tandis que la projection de films était favorisée, tous les sujets étant jugés convenables. Des compétitions étaient aussi organisées entre les compagnies afin d’augmenter la motivation des troupes à bien performer, par exemple les permissions du vendredi décernées au peloton jugé le plus efficace. Tout au long de la guerre, certains centres se sont également mis à offrir certains cours d’appoint ou des formations spécialisées, comme Huntingdon, avec un cours de mitrailleur, ou Joliette et son centre de formation des chefs juniors.

Les divertissements étaient un autre domaine où il fallait une organisation serrée. Ce sera le rôle confié en partie aux “cantines” ouvertes dans la plupart des centres par des organisations caritatives comme les Chevaliers de Colomb ou l’Armée du Salut. La cantine deviendra dans certains centres le point de convergence de la plus grande partie de la vie sociale, du moins au niveau de la troupe. Tout au long du service actif du centre, les “comités de la cantine” poursuivront leur action, tantôt en payant des entrées au cinéma pour quelques militaires, tantôt en achetant des équipements de sport. D’autres activités sont également mises à contribution. Ici, un quiz pour les membres du rang, au cours duquel les questions posées donnent la chance à tous de gagner cinq dollars ou des permissions du vendredi soir. Là, un “concert-boucane” mettant en vedette les talents du personnel et des recrues du centre. Les jours fériés, les promotions, l’arrivée de nouvelles cohortes, les succès ou plus simplement le divertissement et le goût de la fête donnent autant d’occasions d’organiser un événement. Le plus souvent, il s’agit de danses où l’on prend soin d’inviter la population civile des environs. On organise un programme, on convoque un ou plusieurs ensembles musicaux et on planifie des activités tout au long d’une soirée se terminant aux petites heures du matin.

Une autre occupation importante–voire capitale–des centres d’instruction était l’effort qu’on exigeait d’eux pour le recrutement. Ils constituaient en effet de précieux points de convergence entre les militaires et les civils en permettant notamment de coordonner diverses activités de promotion au recrutement. Si l’on en juge par les entrées des journaux de guerre, il semble que ces activités étaient prises très au sérieux par le personnel du centre, même si les résultats n’étaient pas toujours encourageants.

Le recrutement à partir des centres pouvait prendre plusieurs formes. La technique la plus simple consistait à ce qu’un officier d’un régiment à la recherche d’effectifs se présente au centre pour tenter d’obtenir des demandes parmi les conscrits. On pouvait aussi faire appel à la quincaillerie militaire pour tenter d’arriver au même résultat. En juin 1941, un détachement du Royal Montreal Regiment se présente au centre de Huntingdon pour effectuer une démonstration. On présente un camion, deux chenillettes et un tracteur d’artillerie en plus de faire l’étalage d’armes légères et des mortiers utilisés par l’infanterie. Une autre façon de procéder consistait à s’adresser directement à la population locale des environs du centre. Les centres organisaient des parades dans les localités de leur région pour faire la démonstration de leur équipement et de leur savoir-faire dans le but de persuader les civils de s’enrôler.

Les visites de civils aux centres constituent une autre occasion de recrutement. Ces visites se font spécialement nombreuses lors des “journées de l’armée” ou des “semaines de l’armée” qui ont lieu le plus souvent durant la période estivale. Les centres semblaient jouir d’une certaine liberté quant aux initiatives à prendre pour améliorer le rendement des activités de recrutement. Les militaires ne lésinaient pas sur les moyens à employer lorsqu’il s’agissait de ces expéditions de recrutement. Tellement, en fait, qu’il arrivait que ces démarches entravent le bon fonctionnement de l’instruction elle-même.

Tout cela entrait dans les fonctions des centres d’instruction. Ils étaient plus que de simples camps d’entraînement. Ils étaient pour plusieurs la porte d’entrée de l’armée canadienne, un lien important entre le monde civil et le monde militaire, et un outil de recrutement, voire de relations publiques. Bien sûr, un survol aussi bref ne peut qu’effleurer ce vaste sujet, mais souhaitons qu’il puisse au moins souligner l’importance de cette institution. On a tendance à oublier que les militaires canadiens, avant de se rendre au front pour se mesurer à l’ennemi, ont commencé par subir un entraînement au pays. Cette phase cruciale, même si elle ne menait pas de facto à une carrière militaire active, a eu un impact non seulement sur le personnel militaire qui en était issu, mais également sur la société canadienne qui réintégra par la suite ceux qui y séjournèrent.

Dieppe: Retour à la plage rouge

Le son des cornemuses planant au-dessus de la plage caillouteuse, les réservistes de l’Essex and Kent Scottish Regiment, dans tous leurs atours, commencent à défiler au bord de l’eau, retraçant le chemin des ancêtres régimentaires qui se sont lancé à l’attaque calamiteuse de Dieppe il y a 64 ans. D’abord, le cornemuseur-major, ensuite l’orchestre et, finalement, les troupes en kilt, arrivent en haut de la place à pic, apparaissant lentement aux yeux de la foule assemblée dans l’esplanade.

Les soldats continuent à travers cette zone qui autrefois était si meurtrière, du nom de code de Plage rouge, et viennent se mettre au garde-à-vous à quelques mètres à peine d’un nouveau monument qui va être dédié aux hommes de leur régiment. Quelques instants après, un Spitfire semble émerger de la Manche, à quelques mètres à peine, dirait-on, derrière les troupes; il s’élance vers le ciel au-dessus de la foule et puis se dirige vers l’intérieur des terres, au-dessus de la ville portuaire de France. À ce moment-là, on dirait que la Plage rouge a été récupérée, et le sentiment de tragédie et de perte qu’on associe si souvent aux plages de Dieppe est éclipsé par l’admiration et la fierté du courage et du dévouement envers le devoir que les hommes de l’Essex Scottish ont démontré le 19 août 1942.

Le 19 août 2006, cette récupération symbolique d’un bout de plage à Dieppe est le début d’une cérémonie émouvante, par moments purgatrice, pour dévoiler et dédier un monument commémorant les sacrifices faits par les membres de l’Essex Scottish durant la Seconde Guerre mondiale. Le régiment, qui a été formé dans la région de Windsor, dans le Sud ontarien, est une des premières unités canadiennes qui ont été envoyées au combat car elle a participé au raid malheureux. Ce jour-là, en 1942, le régiment a été annihilé. Sur les 553 officiers et membres des autres rangs de l’unité qui ont participé au raid, seuls trois officiers et 49 soldats sont retournés en Angleterre.

Sur les 4 963 Canadiens qui ont pris part au raid, 913 ont perdu la vie et 1 946 ont été faits prisonniers. En plus de l’Essex Scottish, la participation canadienne comprenait le Calgary Regt., les Cameron Highlanders of Canada, les Fusiliers Mont-Royal, la Royal Hamilton Light Infantry, le Royal Regt. of Canada, le South Saskatchewan Regt., le Royal Highland Regt. of Canada et le Toronto Scottish Regt.

Bien que l’Essex Scottish Regt. ait été reconstitué rapidement et qu’il ait participé aux combats acharnés en Europe du Nord-Ouest en 1944 et 1945, le raid est toujours un des événements les plus significatifs de la vie du régiment, et il continue d’affecter les gens des collectivités qui entourent Windsor aujourd’hui.

Il est donc approprié que le nouveau monument de l’Essex Scottish soit situé sur la Plage rouge et que la plus grande partie des fonds utilisés pour sa construction proviennent des comtés d’Essex et Kent. Le projet du Mémorial de Dieppe, comme on l’appelle, était un travail fait avec amour pour ces collectivités et il a vite été développé en un plan ambitieux qui a abouti à bien plus que de simples construction, installation et dédicace d’un nouveau monument.

Avec le concours d’Anciens combattants Canada, le ministère de la Défense nationale et la ville de Dieppe, les citoyens et entreprises locales de Windsor et des collectivités avoisinantes ont ramassé suffisamment de fonds pour permettre à plusieurs anciens combattants de se rendre à Dieppe à l’occasion du dévoilement et pour faire un voyage de 12 jours qui servait à retracer les moments clés de l’histoire du régiment.

Au fur et à mesure que le projet grandissait, le nombre de Windsorois qui se sentaient forcés de s’engager à ce qu’on devrait appeler de façon plus appropriée un pèlerinage grandissait aussi. Quand le groupe, dépassant les 100 personnes, a quitté Windsor, le 9 août, il était formé d’anciens combattants ainsi que de veuves, de frères, de soeurs, d’enfants, de petits-enfants et d’amis d’anciens combattants, et il y avait aussi un contingent de membres actifs de l’Essex and Kent Scottish. Le voyage, dirigé par Julian Whippy et Clive Harris de Battle Honours Limited, culminait dans une étape de deux jours à Dieppe qui comprenait une visite au champ de bataille, une cérémonie en soirée au cimetière militaire canadien de Dieppe, où la majorité des Canadiens tués durant le raid sont ensevelis, et la cérémonie de dévoilement du monument.

Le projet du Mémorial de Dieppe était essentiellement la tentative d’une collectivité d’apprendre à accepter les pertes dont elle a souffert à Dieppe durant la guerre. Chaque membre du groupe est relié émotionnellement au régiment et à Dieppe. Bien que dévastatrices, leurs histoires expliquent pourquoi le pèlerinage et le monument sont aussi importants aux gens des comtés d’Essex et Kent. De plus, ces histoires sont typiques des sacrifices faits par toutes les collectivités canadiennes durant la Seconde Guerre mondiale.

Quand on marche le long de la côte en un beau jour ensoleillé, il est difficile de s’imaginer Dieppe il y a 64 ans. Pourtant, lors de la visite du champ de bataille, on essaie de voir la Plage rouge comme l’ont vue les membres de l’Essex Scottish quand ils ont atterri. Au bord de l’eau, en regardant en haut vers la ville, du point de vue d’un soldat attaquant, les belles falaises et plages deviennent soudainement sinistres. Même les particuliers les moins militaires qui soient s’aperçoivent que, du point de vue de la topographie, ce n’est pas un endroit qui favorise l’attaquant. En 1942, les Allemands étaient extrêmement bien préparés à concentrer fortement leur feu sur toute force qui se risquerait à envahir. Gardant ça à l’esprit, on essaie de s’imaginer comment cela aurait pu être et comment quelqu’un aurait pu trouver le courage de sauter d’un engin de débarquement pour courir sur les pierres glissantes pendant que le feu des mitrailleuses, des mortiers et de l’artillerie explosait tout autour de soi. Pour ceux qui n’y étaient pas, c’est presque impossible de le comprendre; pour les hommes qui y étaient, il est clair que c’est impossible de l’oublier.

James McArthur avait 19 ans quand il a prit part au raid. Il se souvient qu’ils avaient été “bien entraînés et qu’ils étaient sûrs de la victoire”, alors au début il n’y avait guère de peur. D’une façon semblable, Maurice Snook, qui était alors sergent-major, se souvient qu’il n’était pas particulièrement effrayé en s’approchant de Dieppe parce que “nous avions un travail à faire”. Il se souvient que le feu traceur en l’air était vraiment beau à voir, et il ajoute en souriant “nous avons vite appris à garder la tête basse”. Snook dit que ce n’est qu’après avoir atterri qu’il a commencé à ressentir la peur. “Nous ne pouvions rien faire avec ce qu’on avait. Il fallait courir jusqu’au mur.”

La reddition a eu lieu à 13 h, après des heures passées derrière la digue. Snook se souvient que sur les 120 hommes de sa compagnie, il y a eu 28 morts et 38 blessés. Pour Snook, voir huit de ses hommes atteints presque directement par un obus alors qu’ils essayaient de s’abriter dans un cratère sur la plage est un souvenir des plus traumatisants.

Pour ceux qui ont fait l’expérience du raid, il y avait nombre de raisons d’y retourner. Harold Scharfe est retourné pour se souvenir “de ceux qui ne sont jamais repartis […] des gens avec qui je suis allé à l’école”. En particulier, il est retourné se souvenir de son ami d’enfance Leo Trombley qui a atterri sur la plage avec lui ce jour-là, mais qui n’est jamais retourné chez lui. Scharfe dit qu’il pense au raid tous les jours et, à cause de ça, il croit que “chaque jour est une gracieuseté”. C’est la huitième fois qu’Ian MacDonald, qui avait 19 ans lors du raid, revient à Dieppe. “Je suis heureux de revenir”, dit-il, remarquant que c’est important d’aller voir ses vieux amis. Ben Brinkworth, un Américain qui s’est engagé dans l’Essex Scottish deux jours après que le Canada ait déclaré la guerre, y retourne pour la quatrième et dernière fois, dans un effort, dit-il, d’arriver à une conclusion sur le moment déterminant de sa vie.

Pour McArthur, ce pèlerinage est la première fois depuis le raid qu’il revient à Dieppe. Il dit que revenir à cet endroit est très traumatisant, et bien qu’il ait eu de la difficulté à laisser la femme qui est son épouse depuis 60 ans pour une longue durée, il s’est toujours demandé ce qui était arrivé à ses amis. “C’est très important pour moi de savoir qu’ils sont en paix.”

Le raid a aussi été traumatisant pour les amis et la famille des hommes qui sont restés derrière. Joan Tanner de Surrey (Angleterre) est venue honorer son premier mari, Lorne Alden Lauzon de Windsor. Lauzon, un brancardier de l’Essex Scottish, a été tué sur la plage durant le raid. Vu les circonstances de sa mort, les restes de Lauzon n’ont pas été recouvrés, alors il n’a pas été enterré au cimetière militaire canadien de Dieppe avec les autres hommes de son régiment. À la place, son nom est gravé dans un monument au cimetière militaire de Brookwood en Angleterre. Tanner était particulièrement heureuse de découvrir que Lauzon est commémoré dans une exposition au musée de Dieppe où sont inscrits les noms de ceux qui ont été tués. C’est important pour elle qu’il soit commémoré ici, et elle dit que durant ce voyage, tout comme lors de sa visite passée à Dieppe, elle a ressenti que “ceci est pour toi Lorne”.

Le frère de Liliane Parker, James William Scott, a aussi servi dans l’Essex Scottish. Il a été blessé à Dieppe et a été emprisonné jusqu’en janvier 1945. Après la guerre, Scott est resté extrêmement fier de son régiment et, jusqu’à son décès, peu de temps avant le voyage, il a fait partie du comité qui a organisé le projet du monument. L’uniforme de Scott a été donné au Centre de la plage Juno, en Normandie, et Parker, qui est venue à sa place, dit qu’elle a été très émue quand elle l’a vu. “Quand j’ai vu l’uniforme exposé, j’ai vu mon petit frère comme il était quand il était jeune.” Elle est heureuse que le monument et l’uniforme servent de dernier hommage à son frère et au régiment qu’il aimait.

Les plages de Dieppe sont fascinantes aussi pour les descendants des anciens combattants. Shirley Taylor est venue à Dieppe parce qu’elle désirait “ressentir” ce que son père, James Taylor a vécu. En ce jour-là, dit-elle, son père était sans-filiste. Quand il a quitté l’engin de débarquement, c’est l’autre homme, un sans-filiste aussi, qui portait la radio. Il a été tué et la radio endommagée. Son père est allé s’abriter en sécurité relative derrière la digue, et il ne s’est jamais senti aussi impuissant que lorsqu’il a vu la vague suivante d’engins arriver et qu’il ne pouvait pas leur dire de ne pas venir.

Philippe Gratton, un simple soldat de 18 ans de l’Essex and Kent Scottish qui va entrer dans le Programme de formation des officiers des forces régulières en automne, est honoré d’accompagner son grand-père James McArthur. Gratton dit qu’il n’a pas vraiment compris ce que son grand-père a enduré avant d’aller à la Plage rouge. McArthur, quant à lui, dit qu’il n’aurait pas pu venir sans son petit-fils, dont il est si fier.

En 1992, le régiment a installé un monument en l’honneur de l’Essex Scottish sur la digue. En 2002, toutefois, le temps et l’embrun avaient exercé leurs ravages. Le lieutenant-colonel Phil Berthiaume et le colonel honoraire W.R. Martin décidèrent qu’il faudrait un nouveau monument qui durerait plus longtemps. Le plus grand nombre des organisateurs pensaient que la vieille plaque devrait être déplacée au cimetière militaire local avoisinant où nombre de membres de l’Essex Scottish ont été enterrés. La plaque n’a pas pu être installée à l’intérieur du cimetière à cause des règlements de la Commission des sépultures de guerre du Commonwealth, mais avec l’aide de la ville de Dieppe elle a été placée tout juste à l’extérieur des portes du cimetière. Le 18 août 2006, les membres du pèlerinage de Dieppe s’assemblent pour la bénédiction, par l’aumônier régimentaire Kim Gilliland, de la plaque qui a essentiellement été le catalyseur du projet de commémoration.

La visite au cimetière permet aussi aux participants d’aller voir les endroits où gisent les nombreux proches qui ne sont pas retournés chez eux. Alors que les anciens champs de bataille offrent un aperçu des horreurs de la guerre, les cimetières illustrent clairement le prix terrible que le Canada a payé pour la victoire. Le nombre de pierres tombales est bouleversant et les épitaphes sont des rappels des gens qui sont morts. Les inscriptions évoquent des images de mères et de pères qui se lamentent d’avoir perdu un fils, de soeurs et de frères à qui manque un cher frère, d’épouses qui pleurent leur mari, et d’enfants qui grandissent sans leur père.

Pour les familles laissées derrière, le fait que l’être cher est enterré parmi les amis avec qui il a servi est un petit réconfort. Bien que le premier époux de Liliane Parker n’ait pas participé au raid, la visite au cimetière lui permet de lui rendre hommage. Le lieutenant d’aviation Joseph Ovila Peltier de Windsor a été tué le 31 juillet 1944. Ses restes ont d’abord été ensevelis dans un cimetière américain. Toutefois, en 1946, Parker a appris la nouvelle qu’ils avaient été apportés au cimetière militaire canadien de Dieppe. Parker dit que cela lui a fait grandement plaisir parce que cela signifiait que Peltier gisait auprès des “gars de chez nous”, tous les amis qu’il avait et avec qui il avait fait ses classes.

Pour le cadet de 17 ans Mike Leblanc, qui a été choisi spécialement pour participer au voyage, les cimetières sont bouleversants. En voyant le cimetière de la Commission des sépultures de guerre du Commonwealth à Ypres, il dit “j’en suis resté muet”. Néanmoins, Leblanc pense qu’il doit aux hommes de les visiter et de raconter ce qu’il a vu. Vu que les hommes qui en ont été témoins nous quittent, il pense que c’est à lui de d’assurer cette succession pour s’assurer qu’on continue de s’en souvenir.

La plupart, toutefois, étaient trop accablés pour pouvoir parler de leur expérience dans les cimetières, surtout les anciens combattants. Néanmoins, leurs actes exprimaient clairement leurs émotions : des larmes, une marche vive jusqu’à la tombe d’un ami particulier ou une main placée sur une pierre tombale avec amour. Dans une scène particulièrement poignante, un ancien combattant passe quelques minutes accroupi devant la tombe d’un ami. Et bien que, vu son âge, cette position est plutôt difficile pour lui, il prend le temps de réarranger et replacer un drapeau régimentaire jusqu’à ce qu’il soit satisfait qu’il est juste comme il faut.

Au cimetière, on est accablé par des sentiments de tristesse et de perte. Quand la foule s’assemble sur la Plage rouge pour la cérémonie du dévoilement du monument, toutefois, l’humeur est sombre. Néanmoins, il y a aussi un sentiment sous-jacent de fierté et d’accomplissement. Les membres du voyage ont persévéré tout au long d’un pèlerinage énormément émotionnel. Il semble y avoir une meilleure compréhension et peut-être une nouvelle fierté, des hommes de l’Essex Scottish et de ce qu’ils ont accompli à la Seconde Guerre mondiale. Il semble aussi y avoir une grande fierté dans le fait que le projet du monument a réussi à créer un hommage durable au régiment. En fait, ce sentiment d’accomplissement semble grandir au fur et à mesure que l’Essex and Kent Scottish fait sa marche symbolique sur la plage. C’est une image qui restera gravée dans bien des mémoires.

En tout, plus de 200 personnes participent à la cérémonie, mais l’invitée la plus honorée est indubitablement l’infirmière Agnès Marie Valois qui, après le raid, a soigné les soldats canadiens blessés. Son arrivée est une occasion de joie qui fait couler les larmes sur les joues d’au moins un ancien combattant. Nombre des vétérans de Dieppe avaient dit énormément de bien d’elle durant le voyage, et son arrivée est l’occasion d’une joyeuse réunion.

Le monument lui-même a été conçu par Rory O’Connor, une jeune étudiante en arts de Windsor. Les gens du voyage adorent simplement cette jeune femme et ils n’a raient pas pu être plus fiers de sa création. Les caractéristiques principales du monument, qui a été confectionné à Windsor, comprennent l’emblème régimentaire, la date du 19 août 1942 et le nom de code Plage rouge. La caractéristique qui sera peut-être la plus durable, c’est que tous les 19 août à 13 h, la lumière solaire va passer à travers une ouverture en forme de feuille d’érable et éclairer une autre feuille d’érable marquetée au sol. Cela marquera le moment exact de la reddition et de la fin du raid.

Pour une famille, la cérémonie elle-même apportait une conclusion. Donald et Harold Knight sont des frères qui ont débarqué à Dieppe. D’après Bryon et Bruce Knight, leur père Donald a été blessé durant le raid. Harold avait atteint un engin de débarquement et aurait pu retourner en Angleterre, mais à la place il est retourné auprès de son frère. Les deux ont été faits prisonniers et ont survécu à la guerre. Bien que leurs père et oncle soient morts depuis, Bryon et Bruce Knight et leur soeur Debbie Tetzlaff sont venus à Dieppe pour eux. Bryon, un sergent cornemuseur, et Bruce, un batteur de la Sun Parlour Pipe Band ont le privilège de mener les troupes lors de leur défilé sur la plage. Après la cérémonie, les frères, portant les insignes de casquette de leurs père et oncle, restent un moment tout seuls sur la plage pour jouer une chanson en leur honneur. D’après Bryon Knight, le voyage lui a apporté une “conclusion”. Il nous explique que son père disait toujours qu’il s’est battu à Dieppe pour que ses fils ne soient jamais obligés de le faire.

Farley Mowat a expliqué une fois qu’un régiment vit et respire grâce au sang et au souffle des hommes qui en font partie. Le projet du mémorial de Dieppe, toutefois, illustre qu’un régiment vit et respire aussi grâce au sang et au souffle des collectivités qui donnent leurs hommes et maintenant leurs femmes, à ce régiment. Pour les particuliers, le voyage est une occasion de se souvenir, de commémorer et peut-être d’obtenir une conclusion en ce qui concerne les tragédies personnelles. Pour la collectivité, toutefois, le projet représente les efforts d’une collectivité d’accepter les pertes qu’elle a souffertes un jour tragique de la Seconde Guerre mondiale.