Champions de curling senior après une belle

Aux Championnats de curling de la Légion royale canadienne de 2007, comme dans tous les bons tournois, les vainqueurs ne se sont fait connaître qu’à la dernière partie.

Jeudi matin, le dernier jour de la compétition, alors qu’une tempête acerbe hors saison fouettait l’extérieur du Bluenose Curling Club à New Glasgow (N.-É.), les équipes de la Saskatchewan et du Manitoba-Nord-Ouest de l’Ontario se préparaient à une partie qui allait servir à les départager. Pour gagner, le Manitoba, qui s’était inscrit 6-1 au tableau, allait devoir battre l’équipe de la Saskatchewan, dont les résultats étaient de 7-0, deux fois plutôt qu’une.

C’était un combat à bascules, avec plusieurs lancers décisifs. Les deux équipes se sont donné à fond. Ce fut une finale fantastique à un tournoi épatant.

New Glasgow se trouve à un peu plus d’une heure au nord d’Halifax, dans le comté de Pictou, où planent les odeurs océanes. C’est une ville, minière à l’origine, qui s’est développée au cours des années et qui ces jours-ci est un petit endroit prospère aux attributs agréables bien nombreux.

Le dimanche, les curleurs ont participé à un petit défilé qui a débuté à la filiale et traversé le pont au-dessus du fleuve East. Malgré le froid abrupt et acerbe, à la cérémonie qui avait lieu au cénotaphe de la ville, les gens avaient une bonne disposition. Le Comité des préparatifs locaux, dirigé par Don Gardiner et Merle Pratt, s’était occupé de tous les apprêts nécessaires.

Après une petite pause, tous sont allés au Bluenose Curling Club, où ils allaient passer une semaine et où les capitaines d’équipe ont tiré au hasard pour décider de leur sort. Un cornemuseur a mené les équipes durant leur défilé sur la glace. Le président du Comité des sports de la Nouvelle-Écosse/Nunavut, l’ancien curleur Fred Mombourquette, s’est joint au vice-président national et président du Comité national des sports John Alger pour inaugurer le tournoi.

“On peut bien escompter que la compétition va être formidable et le curling aussi”, dit Alger. “Mais d’abord Fred va lancer la première pierre. Bien entendu, nous ne vous demanderons pas de marcher sur nos brisées, mais nous allons vous montrer comment faire.”

Les équipes se sont présentées sur la glace sans perdre de temps et le tournoi commençait. Le lundi après-midi, après avoir joué deux parties, trois équipes commençaient à se distinguer. L’équipe du Manitoba, de la filiale Dauphin, avait inscrit 3-0 au tableau. Celle de la Colombie-Britannique/Yukon, de la filiale Cloverdale de Surrey, en était à 2-1 et celle de la Saskatchewan, de Nipawin, se trouvait à 2-0 après avoir obtenu une exemption le lundi, en début de journée. Le reste des équipes se trouvaient dans le peloton avec une victoire chacune.

Le mardi matin, les choses se sont égalisées considérablement et trois équipes se trouvaient en avant avec trois victoires chacune. Le Manitoba avait perdu sa partie contre la filiale québécoise Montarville de Saint-Bruno, ce qui lui donnait 3-1. La Colombie-Britannique avait remporté une partie de justesse contre l’Ontario, représenté par l’équipe d’Allison, alors que la Saskatchewan avait descendu l’Île-du-Prince-Édouard, ce qui donnait trois victoires chacune. Pendant ce temps, l’équipe du Québec et celle de la Nouvelle-Écosse, de la filiale A.H. Foster MM Memorial de Kingston, ne trainaient pas loin derrière avec leurs deux victoires chacune.

Le lundi soir, les curleurs se sont rendus à la filiale où les attendaient souper et divertissements. Immédiatement après le repas, le représentant national Alger entretint la foule sur le Fonds de moral des troupes (Période de transition prévue à la Légion, pages 16), un projet ayant pour but d’offrir un café et un beigne aux soldats canadiens en Afghanistan, et 410 $ ont été ramassés instantanément pour la cause.

À la fin de la journée de mercredi, le dénouement du tournoi en vue, la Saskatchewan était en première position à 7-0 et la Colombie-Britannique et le Manitoba tout juste derrière à 6-1. Le jeudi matin eut lieu la confrontation entre le Manitoba et la Saskatchewan.

La partie a été serrée tout de suite en commençant, la Saskatchewan n’ayant qu’une petite avance, 2-1, en arrivant à la troisième manche. L’équipe de Dauphin, ne se laissant pas dissuader, composa une manche admirablement assemblée qui servit à prendre cinq points à la Saskatchewan, et on en arrivait à un score prometteur de 6-2. Après avoir annulé la quatrième manche, la Saskatchewan s’est rapprochée du Manitoba en inscrivant deux points à la cinquième et on était à 6-4. À la sixième, le Manitoba s’est élancé rapidement et, après une longue discussion au-dessus d’un appareil de mesure, on jugea qu’il avait marqué trois points, ce qui lui donnait une avance de 9-4.

Bien que certains dans la tribune du Bluenose pensaient que le moment de se serrer la main était arrivé, la Saskatchewan ne l’entendait pas de cette oreille. Elle inscrivit un point à la septième et puis ensuite en vola deux autres à la huitième, ce qui lui permit de rentrer dans le jeu à la neuvième à 9-7. Elle en prit un autre à la neuvième. À la dernière manche, le tout s’est joué sur la dernière pierre.

La Saskatchewan en avait deux dans la maison et le capitaine du Manitoba, Prokopowich, se trouvait en position où il allait perdre s’il n’arrivait pas à glisser une pierre bien pesée dans le cercle rouge. C’est le Manitoba qui a gagné et la dernière belle fut prévue officiellement en ce même après-midi.

La tribune du Bluenose se remplit complètement de spectateurs pour la finale. À la fin de la cinquième, la maison était pleine. Bien que la Saskatchewan eut quatre pierres dans la maison à la dernière pierre, les pierres que le Manitoba y avait étaient plus près du bouton et il était en avance à 5-1. Après une couple d’autres manches se terminant en faveur du Manitoba, l’équipe de la Saskatchewan s’avoua vaincue. Le Manitoba était simplement trop fort. Les quatre hommes de la filiale Dauphin, Prokopowich, le premier Ken Ready, le second Doug Fisher et le troisième Jim Todoruk, venaient de gagner les championnats nationaux de 2007.

À propos des tactiques qui ont donné la victoire à son équipe cette année, Prokopowich dit que la première partie serrée contre la Saskatchewan lui a enseigné quelque chose. “Avec une bonne équipe comme la leur, on ne peut pas se permettre d’être trop sur la défensive parce qu’elle va simplement remonter le courant”, dit-il.

Mais avec des équipes de force égale, ce qui les a différenciées à la dernière partie a peut-être été le calme remarquable dont a fait preuve le Manitoba, même lorsqu’il jouait de façon agressive.

“Nous avons parlé avant la partie et nous nous sommes dit que, quoi qu’il advienne, nous avions passé une bonne semaine. Nous n’avions pas de stratégie en particulier”, dit Prokopowich. “En fin de compte, ça se résume simplement ainsi : c’était notre jour. La chance était de notre côté.”

Pour finir, l’équipe de Nipawin formée par Baranieski, Rick Peters, Clare Ward et Bill Rusk est arrivée deuxième, et l’équipe de Surrey (C.-B.) formée par Knutson, Ted Crocker, Tom Taylor et David Sims a obtenu la troisième place. Elles étaient suivies, dans l’ordre, par le Québec (filiale Montarville de Saint-Bruno), l’Ontario (filiale Alliston), l’Île-du-Prince-Édouard (filiale George Pearkes VC de Summerside), la Nouvelle-Écosse (filiale A.H. Foster MM Memorial de Kingston), Terre-Neuve-et-Labrador (filiale Stephenville) et le Nouveau-Brunswick (filiale Fredericton).

Quant aux épreuves de curling national de l’an prochain, elles ont été inscrites au calendrier du Manitoba et de l’Ontario. On n’a pas encore eu d’indication à savoir si l’Alberta-Territoires du Nord-Ouest, qui n’a pas envoyé d’équipe cette année pour des raisons budgétaires, va en envoyer une. Toutefois, comme le dit Alger, il n’y a pas de raison de penser que l’avenir sera girond.

“Il va toujours y avoir un avenir pour les sports de la Légion, du niveau de la filiale à celui de la nation, parce que c’est un lien qui maintien l’unité de la Légion”, dit-il. “Les sports ont un avenir formidable.”

L’Île-du-Prince-Édouard gagne au curling

Trois pêcheurs de homards et un technicien d’entretien de l’Île-du-Prince-Édouard étaient venus à Kingston (N.-É.), aux Championnats nationaux régulier de curling, en espérant bien jouer et remporter quelques parties. À la place, ils ont conquis.

Kevin Ellsworth et son équipe, de la filiale St. Anthony’s de Bloomfield, n’ont perdu qu’une seule partie sur la route de la victoire durant le championnat qui a eu lieu du 18 au 23 mars. Toutefois, durant les six premières parties de la poule de neuf parties, on aurait dit que l’équipe de la Colombie-Britannique allait gagner haut la main, car elle n’avait pas perdu une seule manche.

Tout cela a changé à la 7e partie, quand le capitaine Ellsworth, le troisième Kevin Smith, le second Craig Oliver et le premier Blaine Hutt de l’Île-du-Prince-Édouard ont donné une cuisante défaite à l’équipe de Doug Bradley, de la filiale Cloverdale de Surrey (C.-B.). “Nous espérions seulement arriver à bien jouer”, disait Ellsworth par la suite. “À chaque manche, nous leur avons causé des difficultés […] rien qu’en plaçant les pierres en meilleure position. Ils ont été forcés d’essayer des lancers épineux.”

Le premier de la Colombie-Britannique Jim Graham a été plus bref. “Ils nous ont vraiment bien battus. C’est la foire de l’empoigne maintenant.” En fait, à partir de ce moment-là, l’Île-du-Prince-Édouard a pris de la vitesse et la Colombie-Britannique a manqué de souffle.

Pendant ce temps, une autre équipe accélérait le pas. L’équipe de la filiale Lancaster de Saint John (N.-B.), formée par le capitaine Greg Mackin, le troisième Graeme MacKinnon, le second Mark McKinnon et le premier Doug Sampson, a obtenu d’excellents lancers à des moments cruciaux et elle s’est ainsi trouvée ex-aequo à 6-1, avec l’Île-du-Prince-Édouard, à la fin du huitième tour.

Le paroxysme a eu lieu au dernier lancer de la poule. Comme si ça avait été prédestiné, les deux premières équipes se sont trouvées face à face. La gagnante remporterait le championnat.

La partie, en ce jeudi après-midi, a eu une grosse audience au Greenwood Curling Club. Le vice-président national et président du Comité des sports, John Alger, s’est joint aux membres de la filiale hôtesse A.H. Foster MM Memorial et aux membres de la famille des deux équipes pour observer le match. Les autres joueurs de curling, qui avaient déjà fini leurs propres parties, sont vite venus les rejoindre.

Après une première manche nulle, l’Île-du-Prince-Édouard a inscrit les deux premiers points. Le Nouveau-Brunswick a riposté avec trois points à la troisième manche, et puis l’Île les a rattrapés. Le score est resté à 3-3 jusqu’à la septième manche, quand l’équipe de l’Île a fait un bond en avant.

L’équipe lançait continuellement des pierres dans la maison et elle a réussi à voler deux points au Nouveau-Brunswick en profitant d’un lancer manqué.

La huitième manche aussi a été rude pour Mackin et son équipe. L’Île prenait de l’avant à 7-3.

Le Nouveau-Brunswick ne s’est toutefois pas avoué vaincu, marquant un point à la neuvième manche grâce à un lancer de précision de Mackin.

L’Île a continué de faire pression, choisissant, plutôt que de maintenir la maison vide à la dixième manche, de lancer une pierre après l’autre vers le centre. Le Nouveau-Brunswick finit par perdre toute occasion avant même la fin de la dixième manche. La partie et le championnat appartenaient à l’Île.

La réaction immédiate d’Ellsworth a été calme, mais quand il a finalement pris conscience de la réalité, il a levé les bras en signe d’exaltation. C’était la troisième fois que son coéquipier Hutt et lui se rendaient aux championnats de la Légion, mais la première fois pour Smith et Oliver qui dit que “c’est vraiment excitant! Quand nous sommes arrivés, nous espérions finir au milieu du peloton.”

Il y avait encore une partie à jouer, vendredi matin : la belle pour la deuxième place. Alors que certains joueurs allaient voir le Greenwood Military Aviation Museum, l’équipe de la Colombie- Britannique de Bradley, du troisième Dale Reibin, du second Lawrence Layton et du premier Graham se sont mesurés au Nouveau-Brunswick.

Les joueurs des Maritimes étaient toujours encouragés par leur famille. L’épouse de Sampson, Stacy, une joueuse de curling aussi, avait amené leur poupon de six mois, Alexander. Malheureusement pour eux, la Colombie-Britannique avait repris la disposition qui était la sienne au début et elle a gagné 7-3. “C’est d’un doux-amer”, dit Graham. “Nous sommes arrivés pour essayer de gagner, mais il n’y a rien de mal à obtenir la deuxième position.”

Le tableau de la fin donnait l’Île-du-Prince-Édouard (filiale St. Anthony’s de Bloomfield), 7-1, championne; Colombie-Britannique/Yukon (filiale Cloverdale de Surrey (C.-B.)), 7-2, deuxième; Nouveau-Brunswick (filiale Lancaster de Saint John), 6-3, troisième; Québec (filiale Buckingham) et Ontario (filiale Cpl. Harry Miner VC de Blenheim), 4-4; Nouvelle-Écosse/Nunavut (filiale F.E. Butler de Chester (N.-É.)), Manitoba-Nord-Ouest de l’Ontario (filiale Pilot Mound (Man.)) et Saskatchewan (filiale Canwood), 3-5; et Terre-Neuve-et-Labrador (filiale Stephenville), 0-8.

Le comité des préparatifs locaux de la filiale Kingston aux 950 membres se concentrait sur quelque chose de plus immédiat, bien s’occuper des joueurs. Les coprésidents du CPL, Carol et Dave Romkey, avec leur équipe d’organisateurs, de chauffeurs, de couseurs, de cuisiniers et d’officiels du curling, ont passé des heures innombrables à travailler pour que les championnats soient inoubliables. Ils ont organisé non seulement des championnats bien dirigés mais plusieurs repas pour les joueurs, dont un souper aux fruits de mer, avec quelques steaks aussi pour les gens qui préféraient le ‘pré’ à la ‘marée’.

Le CPL a résolument relevé les défis trouvés sur leur chemin, y compris une couple de derniers soupirs du bonhomme hiver. À la Saint-Patrick, quand toutes les équipes devaient arriver par avion, par transbordeur et par automobile, la côte orientale fut le jouet des intempéries allant de la pluie à la neige, ce qui a causé toute sorte de retards.

Mais au déjeuner, les insignes avaient été cousues sur les vestons de tous les joueurs par des membres de la filiale et des dames auxiliaires, et puis ils ont participé à une cérémonie commémorative réglée à l’intérieur à cause du temps incertain.

Le président des sports de la Division de la Nouvelle-Écosse/Nunavut, Fred Mombourquette, a accompagné Alger et Geddes pour déposer des couronnes avec l’assistance de cadets locaux.

En après-midi, les cadets ont rejoint les joueurs lors d’un défilé jusqu’à la glace du Greenwood Curling Club où a eu lieu la cérémonie d’ouverture. Le vétéran du jour J et président honoraire de la filiale, Clyde Goulden, qui fêtait son 88e anniversaire ce jour-là, a accompagné Alger, Mombourquette, la présidente sortante Larraine McWilliams, Carol Romkey, le lieutenant-colonel et commandant d’escadre intérimaire Randy Boucher et le président du club de curling Colin Drolet à l’estrade pour souhaiter “bonne camaraderie et bon curling” aux participants. Mombourquette, un ancien champion national du curling, a été fortement acclamé quand il a lancé la première pierre.

Une chose était déjà claire avant de commencer : la compétition allait être dure. Beaucoup parmi les joueurs avaient été champions nationaux et l’équipe de la filiale Buckingham (Qc), formée par le capitaine Rick Faguy, le troisième Dan deWaard père, le second Dan deWaard fils et le premier Dany Beaulieu, avait défait les champions du curling régulier de 2005 pour pouvoir se rendre aux nationaux de cette année.

Au banquet de fermeture, Alger a remis un prix spécial, un singe en peluche, à l’équipe de Stephenville (Terre-Neuve). “C’est pour l’équipe la plus mesurée”, dit-il pour blaguer, à propos de l’uniformité des pertes de l’équipe. Le capitaine Stephen Pottle répondit en riant, “comme on dit dans le monde militaire, nous avons établi un bas niveau et l’avons maintenue sans cesse”. Il dit aussi, “l’Alberta est encore derrière nous”.

Le capitaine québécois Faguy, quant à lui, a offert la mascotte de son équipe, une grenouille qui danse et qui parle, aux coprésidents du CPL et il parlait de la part de tout un chacun quand il dit “j’aimerais féliciter l’Île-du-Prince-Édouard pour une représentation géniale […] vous avez été super. Et merci à la Légion. Nous avons rencontré des gens formidable cette semaine, de toutes les parties du pays, et c’est ça l’important.”

Le grand public est de plus en plus conscient de la Légion

D’après les données d’un nouveau sondage, le grand public est de plus en plus conscient du travail de la Légion royale canadienne et de son rôle par rapport à la perpétuation du souvenir.

La Légion a passé une commande à Environics Research d’Ottawa pour qu’elle mène un sondage pour elle. Il s’agit du sixième sondage fait pour la Légion depuis 1995 et les questions posées sont essentiellement les mêmes.

“Les résultats du sondage donnent à penser que nous sommes en train de conscientiser le public et que nos messages principaux lui parviennent”, dit le président national Jack Frost. “Nous allons très bien, mais nous devons continuer nos efforts pour que la reconnaissance concernant notre présence dans le secteur public ne disparaisse pas. Les résultats sont bons et ils nous donnent des renseignements précieux qui nous aident à mieux former nos programmes et à les ajuster quand il le faut.”

Le dernier sondage a été mené après la période du jour du Souvenir, du 8 au 30 décembre. Les sondeurs ont rejoint 2 045 personnes. Parmi elles, 1 454 avaient quelques connaissances sur la Légion et ce groupe devint l’échantillon pondéré pour le reste de l’étude. Les résultats sont considérés comme étant corrects à plus ou moins deux pour cent 19 fois sur 20.

“Le sondage de 1995 nous donne un point de repère pour observer les tendances”, dit le directeur national des communications Bob Butt. “Il ne peut pas y avoir de gros rebondissement quand on n’étudie que deux années mais depuis que nous avons un point de repère, nous pouvons constater des changements.”

La première question du sondage était “Êtes-vous conscient de l’existence de la Légion royale canadienne, ou en avez-vous entendu parler?” En 1995, 78 pour cent des sondés avaient entendu parler de la Légion. Depuis lors, le chiffre a diminué d’environ un pour cent par année jusqu’en 2005, quand il a atteint 67 pour cent. En 2006, la tendance s’est renversée et le chiffre était de 69 pour cent.

Le facteur concernant la conscience est resté supérieur chez les hommes à celui des femmes, car 72 pour cent d’entre eux en avaient une certaine conscience alors que chez les femmes le pourcentage n’était que de 66. Il y a eu une augmentation importante, allant de 74 à 81 pour cent, chez les gens âgés de 60 ans ou plus.

Les anglophones étaient davantage conscients de la Légion, à 77 pour cent, que les francophones, qui, eux, ne l’étaient qu’à 48 pour cent. Selon les régions, la conscience diminuait en Colombie-Britannique, tombant de 83 à 79 pour cent alors qu’aux Prairies, en Ontario et au Québec, il y a eu deux pour cent d’augmentation, allant à 77, 76 et 45 pour cent respectivement. Les provinces de l’Atlantique n’ont indiqué aucun changement depuis 2005, restant à 75 pour cent.

La conscience générale la plus élevée en ce qui concerne la Légion est parmi les gens qui parlent l’anglais, chez ceux qui ont entre 45 et 59 ans et ceux de 60 ans et plus.

La deuxième question du sondage était “En général, avez-vous une opinion très favorable, quelque peu favorable, quelque peu défavorable ou très défavorable de la Légion royale canadienne?” Cette question a indiqué une hausse importante, allant de 84 pour cent qui avaient une impression très favorable ou quelque peu favorable en 2005, à 90 pour cent en 2006.

Les hommes sondés ont inscrit un taux favorable de 91 pour cent alors que le taux des femmes sondées était de 87 pour cent. La réponse parmi les femmes a beaucoup augmenté, qui a été de 77 pour cent en 2002 et 83 pour cent en 2005.

Les sondeurs ont demandé aux gens s’ils votaient pour un parti politique en particulier. “De façon surprenante, les gens qui votent pour le Bloc Québécois ont indiqué une augmentation de six pour cent, atteignant 69 pour cent de réponses favorable ou quelque peu favorable”, dit Butt. Les autres partis principaux allaient du minimum de 85 pour cent, pour le NPD, au maximum de 94 pour cent, parmi les gens qui votaient pour le parti conservateur.

Le service des communications de la Direction nationale a fait sa propre analyse des données, et un rapport composé par la directrice des médias et des relations externes, Gail Smith-Cook, a été fait au Conseil exécutif national. “Il y a une conscience générale claire à propos d’activités et de programmes particuliers de la Légion, dont principalement les programmes des anciens combattants et les programmes communautaires”, est-il écrit dans le rapport. “Les indicateurs sont restés les mêmes dans les trois derniers sondages. Cela sous-entend que ces indicateurs positifs forment une partie intégrante du processus de marquage de la Légion.”

La troisième question était discrétionnaire : “Quelles sont les choses positives qui vous viennent à l’esprit à propos de la Légion royale canadienne, s’il y en a?” Les réponses s’étendaient des services aux anciens combattants, aux activités sociales, en passant par le souvenir et le travail communautaire.

“Il n’y avait pas d’invite pour cette liste. Les sondés devaient répondre ce qu’ils pensaient plutôt que de choisir dans une liste”, dit Butt.

D’un autre côté, on a aussi demandé dans le sondage “Quelles sont les choses négatives qui vous viennent à l’esprit à propos de la Légion royale canadienne, s’il y en a?” Peu d’indicateurs négatifs ont paru selon la région, le sexe ou le groupe d’âge. Comme en 2005, les aspects social et alcoolique de la Légion sont toujours les secteurs nommés le plus souvent. Les autres commentaires comprenaient les préjugés, la déconnexion, les vieux et la glorification de la guerre.

La Colombie-Britannique et les provinces de l’Atlantique ont les points de vue les plus négatifs, à 15 et 14 pour cent respectivement.

“Ce qui est remarquable, c’est que fumer semble avoir disparu des choses négatives”, dit Butt. “Cela doit être parce que tant de régions et de provinces interdisent de fumer dans les clubs.”

La cinquième question était “Que pensez-vous de la source principale des fonds utilisés pour administrer la Légion royale canadienne?” C’est là que se trouve la pire idée fausse concernant la Légion. Alors que la levée de fonds, les adhésions et la campagne du coquelicot étaient des réponses fréquentes, le public croit encore que la Légion est financée par le gouvernement.

Il y a eu une diminution importante, en Colombie-Britannique, du nombre de gens qui pensent que le financement provient du gouvernement. Il a baissé de 15 à neuf pour cent en 2006.

Toutefois, en Alberta, la voisine de la Colombie-Britannique, cette perception a augmenté de 15 à 24 pour cent.

La question suivante se divisait en trois parties. “Pensez-vous que c’est très important, quelque peu important, pas très important ou pas important du tout pour la Légion royale canadienne de faire chacune des choses suivantes :

a) promouvoir et continuer la tradition du jour du Souvenir au Canada;

b) assister les anciens combattants canadiens à obtenir des pensions et d’autres services;

c) fournir des fonds et des programmes aux citoyens aînés en général, comme les projets d’habitation et l’assistance médicale?

La réponse à la partie A est encore élevée. Il y a eu une augmentation de trois pour cent par rapport à 2005, de sorte qu’il y a eu un taux moyen de 83 pour cent. De façon semblable, il y a eu agrément à propos de B à travers tous les secteurs que sont la région, l’âge, le sexe et l’appartenance politique, avec une moyenne de 82 pour cent.

À la section C, il y a eu une conscientisation concernant l’engagement de la Légion dans les questions des aînés. Le taux moyen était de 67 pour cent.

La dernière question était “À propos de l’avenir, pensez-vous que la Légion royale canadienne va continuer ou pas d’avoir une fonction ou un rôle dans la société canadienne?”

L’avenir de la Légion est encore positif au Canada, avec un taux moyen de 73 pour cent d’accord qu’en effet, la Légion y avait un rôle. Ce taux était de 71 pour cent dans les provinces de l’Atlantique et des Prairies, de 73 pour cent en Ontario et de 74 pour cent en Colombie-Britannique.

Il y a eu une importante augmentation au Québec, de 58 à 71 pour cent.

“Je pense que l’augmentation de la conscience a vraiment commencé en 1999”, dit Butt. “C’est quand nous avons lancé les projets prestigieux comme la vague de deux minutes de silence et la tombe du Soldat inconnu. On nous voit vraiment comme un instrument de la perpétuation du souvenir. Nous avons observé la conscience changée de 81 pour cent à 90 pour cent.”

Butt dit que la Direction nationale était satisfaite de l’amélioration des taux de la Légion. “En général, c’est un hommage aux filiales. Cela démontre que nous agissons pour que les gens comprennent mieux qui nous sommes et ce que nous faisons.”

Expo 67 nous apporte le monde

Dierdre McIlwraith avait 24 ans, elle était diplômée de l’Université Queen’s de Kingston (Ont.) et elle parlait français et espagnol couramment quand elle a obtenu du travail en tant que préposée au protocole à la Compagnie canadienne de l’Exposition universelle de 1967, l’organisation qui a planifié, construit et dirigé l’Expo 67 à Montréal.

McIlwraith travaillait au restaurant Hélène de Champlain, un endroit où les dignitaires en visite et les chefs d’État étaient reçus. Elle a exercé les fonctions protocolaires pour la princesse Grace de Monaco et la princesse Margaret, la soeur de la reine Elizabeth II. Elle se souvient des représentants de la Côte d’Ivoire, un pays d’Afrique équatoriale, qui étaient tous grands, parlaient français avec un accent parisien et portaient avec élégance des vêtements à la mode française du dernier cri. Elle se souvient très bien du vieil empereur Hailé Sélassié d’Éthiopie, très petit, frêle, qui arriva avec son chien et insista qu’on le laisse s’asseoir sous la table à côté de lui et qu’on lui serve du filet mignon haché. Elle raconte un dîner tendu à la fin du mois de juillet quand le maire de Montréal Jean Drapeau a fait des reproches au président français tristement célèbre, Charles de Gaulle, à la suite du discours donné à un balcon de la mairie où il a proféré les mots “Vive le Québec libre”.

McIlwraith était de service à des douzaines de dîners et ce dont elle se souvient le mieux, c’est l’exubérance et l’excitation presque essoufflée des gens ordinaires de tous les coins du Canada et d’autour du monde qui ont afflué à l’Expo 67 à partir du moment où les portes se sont ouvertes au le public, le vendredi 28 avril 1967. “La foire a eu un succès énorme à partir du tout début”, dit-elle. “C’était fantastique. C’était merveilleux de voir que le Canada réalisait son potentiel. On sentait vraiment que tout était possible : que nous pouvions avoir un Canada biculturel et bilingue, que nous pouvions avoir le meilleur de l’Europe et le meilleur de l’Amérique du Nord.”

L’Expo 67 était une célébration des premiers 100 ans du Canada et, lorsqu’ elle a eu lieu, les Canadiens étaient d’humeur à fêter. Après la Crise de 1929 et la Seconde Guerre mondiale, les années 1950 et 1960 étaient des années d’optimisme et de prospérité sans précédent. C’était une période de progrès saisissants en médecine, de grandes familles, d’urbanisation qui allait en augmentant et de la création de programmes sociaux généreux. L’immigration enrichissait aussi la société canadienne. Les nouveaux venus arrivant d’Europe du Sud et de l’Est, d’Asie, d’Afrique et des Antilles diversifiaient davantage le pays, le rendaient plus tolérant et plus excitant. Il y avait la guerre froide et le conflit au Vietnam, mais beaucoup de gens les considéraient surtout comme les problèmes des autres et rien qui aurait pu étouffer l’enthousiasme de la foire mondiale.

La foire a débuté “officiellement” le 27 avril, alors que des centaines de travailleurs s’efforçaient de mettre la touche finale aux installations. Le Gouverneur général Roland Michener, le Premier ministre Lester B. Pearson, le maire Drapeau, les 10 premiers ministres provinciaux et 53 chefs d’État ont fait le tour de la foire et puis ensuite quelque 7 000 invités ont jeté leur premier coup d’oeil. La construction de l’Expo, qui s’est élevée à 415 millions de dollars, a eu lieu sur deux Îles dans le Saint-Laurent : L’île Sainte-Hélène, une formation naturelle à laquelle des millions de tonnes de décharge ont été ajoutées pour l’agrandir; et l’île Notre-Dame, laquelle a été entièrement faite par l’homme. Le site comprend presque 1 000 acres, ce qui suffisait comme espace pour 39 restaurants, 62 casse-croûtes, un parc d’attractions appelé La Ronde, de l’espace de stationnement pour des milliers de véhicules et les pavillons pour les 62 pays et les centaines de sociétés qui participaient.

Nombre d’invités officiels ont été éblouis par ce qu’ils ont vu, surtout par le dôme géodésique de l’ère spatiale où le pavillon américain était logé, la construction domiciliaire futuriste de 10 étages appelée Habitat ’67 qui était formée d’unités d’habitation empilées ça et là, ainsi qu’un système de transport intérieur d’aéroglisseurs, de gondoles au style vénitien et de deux voies ferrées surélevées. Le premier ministre du Québec Daniel Johnson dit de l’Expo qu’elle était “plus merveilleuse, plus belle que ce que tout le monde prédisait.”

Après les politiciens, les dignitaires et les personnes de marque, les gens ordinaires de Montréal et d’ailleurs commencèrent à faire la queue pour l’ouverture publique à 9 h 30 le lendemain matin. La première personne à entrer était Al Carter, un batteur de jazz de 39 ans de Chicago qui avait payé 12 $ pour un passeport de l’Expo de sept jours portant le numéro 00001. À la fin de cette journée-là, quelque 335 000 personnes étaient allées à la foire, deux fois plus que prévu. Dimanche, le 30 avril, la fréquentation, étonnamment, s’éleva à 530 000, ce qui allait finir par être la journée la plus achalandée de l’Expo et ce qui fit dépasser la marque du million de visiteurs en trois jours.

Les comptes rendus commencèrent alors à paraître et ils étaient presque tous élogieux. La seigneuriale revue Time, à l’occasion posée, alloua sept pages à l’Expo dans son numéro du 5 mai, et les descriptions y étaient délirantes. Les foules, Time rapportait, étaient “stimulées, rendues heureuses, emballées et éblouies par un monde spectaculairement plus grand qu’elles”. L’article dans la revue se poursuivait en décrivant l’Expo comme “une aventure centenaire où un Canada nouvellement plein de confiance en soi reçoit le monde et, par-dessus le marché, il se trouve”.

En surenchère, le journal New York Times déclarait que : “la norme d’excellence sophistiquée […] est presque indescriptible”. La revue The Economist déclarait que : “l’acclamation que se sont méritée les îles faites par l’homme dans le Saint-Laurent ont peut-être fait davantage pour rendre les Canadiens confiants que tout autre événement ces temps-ci”. Parmi les observateurs domestiques, il n’y en avait guère qui eussent surclassé l’observation de Peter C. Newman comme quoi : “c’est la meilleure chose que nous ayons faite en tant que nation (y compris la construction du rail CP) […] ce pays des marches polaires, […] il peut faire à peu près n’importe quoi”.

Lorsque la foire a fermé ses portes pour la dernière fois, dimanche le 27 octobre, l’Expo 67 avait obtenu une renommée comme étant l’exposition mondiale la plus réussie depuis que la première de son genre avait eu lieu, à Londres (Angleterre), en 1851. Ses seules rivales sérieuses étaient celle de Paris, en 1900, à laquelle 58 pays ont participé et qui a reçu 50,8 millions de visiteurs, et celle de Bruxelles, en 1958, où sont allées quelque 41,4 millions de personnes. Expo 67 a attiré 50 306 648 personnes, plus de 2 ½ fois la population entière du Canada d’alors.

Pour les Montréalais, la fin de la foire a été un événement émouvant. “L’humeur principale durant le 185e et dernier jour de l’Expo était un curieux mélange doux-amer de joie, de fierté et de tristesse”, écrivait Nick Auf der Maur dans la Montréal Gazette. Le personnel de divers pavillons distribuait des cornes et des drapeaux où l’on voyait le logo de l’Expo et les mots “Au revoir Expo”, mais comme le remarquait Auf der Maur : “Ils n’ont pas réussi à créer une atmosphère de fête. Malgré les grosses foules partout, le jour a surtout servi à un adieu”.

Vu ses origines, l’impact qu’a eu l’Expo 67 n’en a été que plus remarquable.

À la fin des années 1950, le sénateur conservateur Mark Drouin avait commencé à avancer l’idée d’organiser une foire mondiale pour célébrer le centenaire du Canada.

Mais en 1960, le Bureau international des expositions (BIE) basé à Paris décerna l’exposition universelle de 1967 à Moscou parce que, cette année-là, l’Union soviétique allait célébrer le 50e anniversaire de la révolution russe. Les Soviétiques travaillèrent au projet pendant deux ans et puis ils le laissèrent tomber parce qu’il était trop coûteux.

Le maire Drapeau et un petit groupe de Montréalais saisirent l’occasion. Ils allaient essayer de convaincre le BIE de décerner la foire à leur ville. Le bureau prit la décision le 13 novembre 1962.

Cela ne donnait à Montréal que 4 ½ ans pour préparer un événement pour lequel il en aurait normalement fallu sept.

Le plus grand miracle à propos de l’Expo 67 a peut-être été que ses portes se sont ouvertes à temps et, depuis lors, les gens qui l’ont construit en chérissent le souvenir. “Mon épouse pensait que j’étais fou d’accepter un poste”, se souvient le directeur des opérations Philippe de Gaspé Beaubien qui, par la suite, à fondé la société de radiodiffusion Télémédia Inc. “Nous avons dû travailler jour et nuit. J’avais une chambre au-dessus du restaurant Hélène de Champlain […]. Heureusement que mon épouse m’est d’un très grand soutien.”

“La partie que j’ai trouvé vraiment excitante, c’était de voir l’émergence des pavillons”, dit le courtier montréalais Danièle Touchette qui, en tant qu’hôtesse, menait des délégations étrangères en visite autour du site de construction. “Au début, il n’y avait rien là-bas. On voyait des maquettes et puis on voyait un pavillon qui s’élevait […]. C’était si excitant.”

Diana Nicholson, une Américaine bilingue, à 22 ans est une des 100 premières personnes embauchées par la compagnie de l’Expo. Elle fut engagée comme liaison dans le service des relations publiques et elle devait s’occuper des communications avec l’Afrique de l’Ouest francophone et l’Amérique latine. Cela a vite changé. “J’ai passé à peu près un an à voyager à travers le Canada, pour faire des exposés publics sur le projet”, dit-elle. “Je me souviens que je voyageais avec une énorme maquette qui, en fin de compte, était complètement erronée.”

Un des premiers défis était de développer un thème pour la foire, une tâche affectée à un groupe sélect d’intellectuels, d’artistes, de scientifiques et d’administrateurs, y compris les romanciers Hugh MacLennan et Gabrielle Roy. Ils se sont rencontrés pendant trois jours en mai 1963, à Montebello (Qc), et ils ont choisi Terre des Hommes, s’inspirant de l’histoire du même nom écrite par Antoine de Saint-Exupéry (Man and His World en anglais) et de l’idée “Être homme […]. C’est sentir, en posant sa pierre, que l’on contribue à bâtir le monde.”

La compagnie de l’Expo et la municipalité de Montréal ont passé neuf mois environ à choisir un endroit. Des promoteurs immobiliers, des propriétaires fonciers et des spéculateurs avaient fait pression pour des douzaines de propriétés ou plus dans la région de Montréal, mais le maire avait son propre plan exceptionnel. La foire serait construite sur deux îles dans le fleuve Saint-Laurent, une qui serait très agrandie et une autre qui serait construite de toutes pièces grâce à 25 millions de tonnes de décharge provenant du nouveau métro de 34 kilomètres de long.

Nombreux étaient ceux qui pensaient que l’idée était ridicule, y compris le Premier ministre. Dans une lettre à Drapeau, Pearson rejetait le plan comme étant “une des choses les plus absurdes que j’ai jamais entendues”, et il ajoutait : “Avec quatre millions de milles carrés de terre, nous devrions pouvoir trouver un endroit quelque part.” Mais il n’y avait pas moyen de faire changer le maire d’idée. Le 12 août 1963, Pearson lui-même à tiré sur un levier et un chouleur à chargement antérieur a déversé les 25 premières verges de terre sur l’île Sainte-Hélène. Pendant les sept mois suivants, la décharge d’un camion était déposée toutes les quatre minutes, nuit et jour et, le 26 juin 1964, la municipalité remettait les îles aux organisateurs de l’Expo.

C’est le colonel Edward Churchill, un officier de l’armée à la retraite recruté à Ottawa où il avait un emploi pépère au gouvernement, qui a construit la foire. Il avait 878 jours pour faire le travail et il a failli en mourir. Après des mois de longues journées qui se terminaient fréquemment à minuit, il s’est écroulé de fatigue lors d’une conférence et il a dû faire un séjour à l’hôpital. Pour faire avancer plusieurs tâches simultanément, Churchill a copié la technique des voies cruciales du programme spatial des États-Unis. Chacun des projets sur les îles fut divisé en étapes, à partir de la planification et jusqu’à l’achèvement.

Convaincre le monde de participer était un autre grand défi et la responsabilité en fut donnée au commissaire général d’Expo Pierre Dupuy, un diplomate de carrière recruté au ministère des Affaires étrangères. Il visita 125 pays, rencontra 90 chefs d’État, se déplaça sur plus de 250 000 milles, mit tous les diplomates canadiens à l’étranger à contribution et eut un succès énorme.

Dupuy, surnommé M. Énergie par son personnel, convainquit 62 nations de participer, un nouveau record pour une foire mondiale, et ils vinrent de tous les coins de la planète.

De tous les pavillons et expositions, deux sont des jalons qui ont saisi l’esprit futuriste de toute l’entreprise. Le premier était le dôme géodésique américain, dessiné par l’architecte, inventeur et visionnaire Buckminster Fuller. qui a été surnommé Bucky’s Bubble (la Bulle de Bucky). Bien que certains aient trouvé les expositions banales, la structure elle-même était saisissante : une sphère de 250 pieds de diamètre et de 200 pieds de hauteur, grandiose comme une cathédrale. L’extérieur était construit en panneaux d’acrylique fixés à une charpente de tubes d’acier ressemblant à un nid d’abeilles, et c’était transparent. Cela donnait au dôme “un air léger suggérant un conte de fée”, d’après l’auteur Pierre Berton, qui dit aussi : “la nuit, illuminé de l’intérieur, le dôme était vraiment une fantaisie”.

L’autre structure qui est devenue un symbole de la foire qui perdure, c’est Habitat ’67 de Moshe Safdie. Safdie, un architecte de 28 ans, né en Israël, qui avait grandi à Montréal, en avait conçu l’idée dans sa thèse de maîtrise à l’Université McGill. Il s’agissait de 354 boîtes en béton préfabriquées qui étaient soulevées avec des grues et déposées ça et là, ce qui donnait en tout 158 appartements. “Pratiquement tous les précédents, règles, coutumes, normes et usages sont enfreints par Habitat”, écrivait Ada Louise Huxtable dans le New York Times. Mais elle poursuivait en le décrivant comme étant “un exercice conséquent et stupéfiant en logement expérimental”.

Habitat ’67 sert encore de domicile aujourd’hui et la plupart des unités sont la propriété de particuliers. En 1976, un incendie a détruit l’extérieur en acrylique du dôme de Fuller, mais il a été remplacé et la structure abrite actuellement un musée appelé Biosphère. Le parc d’attractions La Ronde continue à fonctionner, mais rares sont les autres souvenirs physiques de l’Expo 67 qui restent.

Le temps a aussi effacé une bonne partie de la bienveillance et de l’idéalisme qui ont rendu l’Expo possible. La crise d’octobre 1970, l’élection des gouvernements séparatistes au Québec, l’exode des Montréalais anglophones et la chute de l’économie de Montréal ont servi à saper l’optimisme et la camaraderie qui avaient permis aux Canadiens d’éblouir le monde. “C’était une époque très intéressante”, dit Beaubien qui aujourd’hui est âgé de 80 ans. “Nos esprits se développaient.” Ainsi que notre sentiment de ce que cela voulait dire d’être Canadien.

Période de transition prévue à la Légion

Un esprit de coopération s’est implanté au Conseil exécutif national lors de sa première réunion au nouveau siège social de la Légion royale canadienne, à Kanata (Ont.), pour y discuter des questions importantes qui intéressent l’organisation. Cette réunion, du 24 au 25 février, a servi à préparer le terrain pour d’importants changements, y compris une révision de la manière dont la Légion est dirigée et l’étalage de la campagne d’adhésion aux écrans de télévision du pays.

Le grand président honoraire Charles Belzile a ouvert les débats en demandant au conseil de porter son attention sur l’unification des organisations d’anciens combattants sous les auspices de la Légion, et sur le renfort de l’appui des gens qui servent actuellement. “Non seulement sommes-nous dans une période de transition, nous observons nos Forces armées participer à des opérations très difficiles”, remarquait-il à propos du déploiement des Forces canadiennes en Afghanistan. “Ces devoirs vont indubitablement entraîner une augmentation des demandes en ce qui concerne notre appui.”

Le président national Jack Frost, qui préside le Comité national des anciens combattants, des services et des aînés, a rapporté qu’il s’est employé au front de l’intercession, où il a assisté à des comités gouvernementaux afin d’y faire pression, entre autres, pour une déclaration des droits de l’ancien combattant, pour le partage du revenu chez les aînés et pour des normes nationales par rapport aux soins de longue durée.

Quant aux affaires de la Légion, il donnait la priorité à la gestion et au sociétariat dans son emploi du temps. “Notre sociétariat continue de diminuer à une vitesse alarmante mais notre grandeur et notre degré de gestion qui ne changent pas sont toujours une grande dépense à travers la Légion”, remarquait-il. Il a donc proposé la création de la Commission de la RCL sur la gestion, la représentation et la structure administrative.

Cette commission, avec un budget opérationnel de 20 000 $, comprendrait cinq représentants divisionnaires qui seraient nommés par le président national. Ce groupe aurait comme responsabilité l’analyse de la structure actuelle de la Légion à trois niveaux et recommanderait des modifications pour améliorer la gestion et fournir “une représentation proportionnelle à un coût réduit”.

Les tâches de la commission comprendraient la définition de “l’objectif fondamental d’une direction divisionnaire/régionale et donnerait les grandes lignes de ses responsabilités”, proposant un nombre minimal de directions qui seraient nécessaires pour soutenir les filiales et suggérerait combien de représentants de chaque direction siégeraient au CEN.

En prenant la parole, Frost avait déclaré : “je crois que nous devons réduire la grosseur du CEN et augmenter sa participation à la Direction nationale à trois réunions par année”. Mais, insistait-il, tout doit être sujet à discussion et ce serait à la commission de trouver de nouvelles idées.

Frost insistait aussi que la Direction nationale et le personnel directeur divisionnaire devraient être indépendants du groupe. La seule participation du quartier général serait l’assistance administrative fournie par un secrétaire.

Une discussion animée a eu lieu par la suite, durant laquelle plusieurs membres du conseil ont insisté sur l’importance et l’urgence de cette restructuration. Plusieurs membres du CEN se sont dits inquiets à propos de la possibilité de fusionner les directions et de comment cela affecterait l’identité des régions particulières. Certains ont exprimé le désir de donner aux directions divisionnaires un pouvoir de vote égal à celui du CEN.

Même s’il y a eu des opinions différentes sur la manière dont la Légion devrait être administrée, quand le président des débats national Tom Irvine a demandé un vote, les membres du conseil ont fortement approuvé la proposition d’établir la commission. Le groupe fera un rapport à la prochaine réunion du CEN, en février 2008, quelques mois avant le Congrès national d’Ottawa.

Le processus électoral par bulletins “grossier et long” utilisé aux congrès a aussi été étudié. Frost dit qu’il allait consulter toutes les directions et faire des recommandations au conseil.

Plusieurs directions divisionnaires sont en train de modifier la manière dont elles fonctionnent, ce qui ne se passe pas sans difficultés. Le président de l’Alberta- Territoires du Nord-Ouest Harvey Shevalier a rapporté que l’an dernier sa division a éliminé 25 postes de commandant de zone et les a remplacés par neuf commandants adjoints de district. “Le remue-ménage n’a pas été bien accepté par nos commandants de zone”, dit Shevalier. Toutefois, après quelques mois avec le nouveau système, “il semble qu’un grand nombre de nos filiales soient maintenant prêtes à accepter le principe. On aura un meilleur aperçu de tout ça au congrès à venir”.

Tout comme l’administration, les adhésions sont un sujet qui est revenu dans bien des rapports et discussions.

Le président du Comité des adhésions Erl Kish a remarqué qu’en 2006 le nombre d’adhérents a diminué de 16 884, à comparer aux diminutions de 10 603 en 2005 et 13 085 en 2004.

Aucune direction n’a réussi à garder 100 pour cent du nombre d’adhérents de l’année précédente, alors en fin de compte les chiffres de la Légion en général avaient baissé, à la fin de l’année 2006, en dessous des 400 000.

Quand au côté gratifiant des choses, la Division du Québec a mérité deux prix : le prix d’accomplissement du sociétariat, pour avoir maintenu le taux de rétention le plus élevé (97,14 pour cent) et le prix du renouvellement, lequel est basé sur les gains et les pertes au cours de la campagne de renouvellement de l’année précédente. La Saskatchewan et l’Ontario sont les deux seules autres divisions qui ont dépassé la marque des 90 pour cent de renouvellement.

La diminution du nombre d’adhérents s’est manifestée de plusieurs façons, y compris un manque d’intérêt dans les sports de la Légion dans plusieurs directions divisionnaires. Par exemple, l’Île-du-Prince-Édouard et la Saskatchewan ont rapporté avoir eu de la difficulté à remplir les places pour les championnats de curling divisionnaires; l’Alberta-T.N.-O. ne participe plus au curling de la Direction nationale, et puis le curling et les quilles ont été enlevés de la liste divisionnaire et remplacés par l’euchre.

Comme le rapportait le trésorier national Mike Cook, l’augmentation des frais d’adhésion de 4,50 $ acceptée au congrès va couvrir les dépenses opérationnelles de la Légion et permettre le placement de fonds dans un compte de réserve. Toutefois, dit-il, “vu que les pertes du sociétariat ont été d’environ 16 000 plutôt que de 12 000 comme on s’y attendait d’après nos prévisions de longue durée, nous devons encore continuer de surveiller nos dépenses”.

Le président national a fait plusieurs suggestions pour soutenir les chiffres, y compris l’offre d’adhésion gratuite pendant un an à tous les anciens combattants qui viennent de prendre leur retraite, une campagne de recrutement de porte à porte par les filiales et la mise en place d’un programme de membres extraordinaires. Cela servirait à conscientiser un peu le grand public sur la Légion.

Le dernier sondage d’opinion mené de la part de la Légion par Environics Research indique que “l’opinion publique concernant la Légion royale canadienne est toujours positive et il indique des sentiments positifs parmi les gens qui connaissent l’organisation”. Toutefois, le rapport indiquait aussi que le public a l’impression que la Légion obtient des fonds du gouvernement fédéral. De plus, certains membres du conseil disent qu’il y a beaucoup de gens qui croient encore que seuls les anciens combattants et les membres des Forces canadiennes peuvent en devenir membres.

Alors la Légion va prendre les grands moyens : les annonces télévisées. Les membres du CEN ont approuvé de tout coeur une recommandation faite par le Comité national des relations publiques d’utiliser 80 000 $ pour des annonces professionnelles qui seraient diffusées à l’émission Newsworld de la SRC et à l’émission Newsnet de la CTV, en automne. Comme le dit le président du Comité national des relations publiques Cliff Tessier, “on a accepté qu’il faille vite faire quelque chose pour soutenir les adhésions”.

Kish ajoutait que le Comité des adhésions est en train de remettre en valeur deux dépliants, The RCL And The Canadian Forces (La LRC et les Forces canadiennes) et The RCL And You (La LRC et vous), et de distribuer d’autres outils pour le recrutement. Ces derniers comprennent les dépliants Membership Really Matters (Les adhésions importent vraiment) et les cartes postales Did You Know (Saviez-vous). Ces cartes “pourraient servir à promouvoir les adhésions à la filiale, dans les centres commerciaux et aux manifestations communautaires”, dit Kish.

La Légion est aussi en train de redoubler ses efforts pour attirer d’autres membres ayant des antécédents militaires. Le conseil a voté en faveur de revitaliser le Comité de l’unité des anciens combattants présidé par Belzile. Le comité devrait prendre contact avec d’autres organisations d’anciens combattants durant l’année et préparer un rapport qui va être fait au congrès par l’entremise du CEN.

Plusieurs événements ont inspiré le président national à susciter une révision de l’initiative de l’unité des anciens combattants lancée par l’ancien président Allan Parks en 2002. Le premier a eu lieu en juin dernier, quand le congrès a refusé une motion une fois de plus par laquelle on essayait d’augmenter la flexibilité concernant la coiffe des légionnaires. Le deuxième concernait la baisse du sociétariat en dessous de 400 000 et le fait que seul un tiers des membres a des antécédents militaires. Finalement, il semblait y avoir une impulsion en ce qui concerne la formation de nouvelles organisations d’anciens combattants, comme la CF Veterans Association. Comme il est expliqué dans le rapport documentaire, “il y a beaucoup de gens qui ne pensent pas que la Légion soit un organisme pouvant subvenir à leurs besoins”.

Une séance de remue-méninges a eu lieu en novembre où Frost, Belzile et six autres membres du comité national ont imaginé des manières d’amener les organisations d’anciens combattants plus petites dans le giron de la Légion. D’après ce qu’on remarquait dans le rapport, le groupe a insisté “que tous les anciens combattants sont égaux et qu’on ne devrait pas imposer à quelque groupe que ce soit d’abandonner son identité particulière”.

Là-dessus, le président du Comité national des décorations et récompenses, George O’Dair, a accepté de composer des recommandations à propos de la question de la coiffe. Il remarquait dans son rapport que “s’il faut faire des changements, on se doit d’informer les directions et les membres prospectifs que la Légion est prête à les accepter de tout coeur. Nous devons aussi réaliser et reconnaître que nous sommes déjà très tolérants en ce qui concerne différentes sortes de coiffe”.

Et à propos d’attirer les jeunes anciens combattants, le groupe de remue-méninges de Frost remarquait que “il faut agir au niveau local pour montrer aux troupes que nous nous soucions d’elles”. Le groupe a proposé que toutes les directions “fassent tout ce qu’elles peuvent pour organiser des comités d’accueil de la Légion pour les forces qui reviennent d’Afghanistan à leur port d’attache”.

Le directeur du Bureau national des services, Pierre Allard, sera l’un des deux représentants de la Légion qui vont siéger au nouveau groupe consultatif de la charte d’Anciens combattants Canada; l’autre sera le colonel Pat Stogran, un officier qui a servi en Afghanistan. Allard a remarqué qu’il se pourrait que la nouvelle charte ait été en partie responsable de l’augmentation des demandes faites au bureau d’entraide. Les premières demandes d’assistance ont augmenté de 1 389 en 2005 à 1 742 en 2006. Pendant ce temps, la Division du Nouveau-Brunswick s’est occupée des demandes d’assistance dont le nombre a doublé, ce qui a été causé par l’épopée actuelle concernant la pulvérisation d’herbicides à la Base des Forces canadiennes Gagetown.

La Légion a resserré ses liens avec les hommes et les femmes des services récemment, en établissant le Fonds de moral des troupes–LRC. Ce fonds va servir à faire en sorte qu’on offre gratuitement du café et des beignes aux membres des FC en Afghanistan, de façon régulière, grâce à des certificats de Tim Hortons. Le président de la Division du Nouveau-Brunswick Tom Eagles avait un grand sourire aux lèvres en présentant au fonds une donation de sa division de 7 000 $. Inspirés par son geste, les membres du CEN ont fouillé dans leur portefeuille et fait leur propre contribution.

On a informé les membres du CEN que la Direction nationale est en train d’explorer des possibilités en vue de revitaliser l’Ensemble d’avantages aux membres de la Légion, sans oublier que le congrès a décidé de ne pas permettre aux partenaires commerciaux l’accès aux listes d’adhérents. Les possibilités comprenaient le liage direct du programme à la puissance publicitaire de la revue Légion, de sorte que les sociétés nationales de commerce obtiendraient des taux préférentiels en ce qui concerne leurs annonces et en contrepartie elles offriraient des avantages préférentiels aux membres de la Légion.

Le secrétaire national Duane Daly a fait une liste d’un certain nombre de faits saillants. La nouvelle Maison de la Légion fonctionne sans problème, à part quelques anicroches initiales dans le système de chauffage. Un certain nombre de projets spéciaux ont été complétés, y compris la dédicace du pont des Valeureux et on est en train de construire un nouveau site pour la toile.

Le service d’approvisionnement a vendu un montant “exceptionnel” d’attirail et de biens de consommation. Les ventes en 2006 ont augmenté de 18 pour cent au-dessus de celles de 2005 qui était une année record; le service a obtenu un profit net de 386 768 $, dont 25 pour cent ont été remis aux directions divisionnaires conformément à la convention de partage de profits. Il a aussi rapporté que la Direction nationale a réagi rapidement à l’abus de la marque de commerce qu’est le symbole du coquelicot, et le nom de la Légion, par divers groupes y compris une compagnie aérienne potentielle appelée Legionair.

Le président de la Division de la Colombie-Britannique/Yukon, Gerry Vowles, qui a fait une présentation au conseil sur les mesures que sa division est en train de prendre pour s’occuper de la gestion des filiales, avait vraiment les affaires à l’esprit. La vérification interne du coquelicot faite au hasard en est une. La direction avait plusieurs recommandations pour la réforme financière, que le conseil a décidé de porter à l’attention du Comité des constitution et lois. Le comité doit faire un rapport au Comité sous-exécutif national au courant de l’année.

Et, comme le 80e anniversaire de la Légion se poursuit, le conseil a approuvé 40 000 $ de son budget spécial pour la production d’un troisième livre de l’histoire de l’organisation. L’ancien éditeur et directeur général de la revue Légion, Mac Johnston, va écrire et s’occuper de l’imprimerie de ce livre qui concernera les années 1984 à 2006.

Au Comité exécutif national également

Logement de la Légion : Le CEN a donné son accord provisionnel à un programme dans le cadre duquel des quartiers pour gens mariés que l’Agence de logement des Forces canadiennes a en surplus seraient disponibles aux anciens combattants et aînés de la Légion. Cette initiative serait coordonnée par le Centre d’excellence du logement des aînés de la Légion et elle offrirait aux filiales l’occasion de fournir des logements sécuritaires à bon prix sans être obligées de financer des projets de construction. Le CEN a aussi approuvé une politique qui servirait à exiger que toutes les constructions domiciliaires de la Légion s’identifient en tant que telles; la signalisation qui doit servir à une reconnaissance nationale du programme n’a pas encore été créée.

Ligue royale des anciens combattants du Commonwealth : En tant que membre de cette organisation, la Légion, en 2006, a fourni 238 044 $ en assistance aux anciens combattants des Antilles.

Trousses pédagogiques : L’envoi aux filiales et aux écoles des trousses pédagogiques de l’an dernier a été retardé à cause du changement de gouvernement et de sa politique que toutes les publications de ce genre doivent être approuvées par le bureau du Premier ministre. On prépare les trousses plus tôt cette année à cause de cette étape supplémentaire.

À l’honneur de Don Cherry : Le CEN a donné son accord à ce qu’on décerne une carte de membre à vie au communicateur Don Cherry en reconnaissance de ses efforts pour la Légion et les anciens combattants du Canada.

Chartes : La Légion a accueilli une nouvelle filiale, la filiale Peacekeepers de
la Division de l’Alberta-Territoires du Nord-Ouest. Douze chartes ont été annulées : quatre en Alberta-T. N.-O., quatre en Saskatchewan, deux au Manitoba-Nord-Ouest de l’Ontario et deux en Ontario.

Citoyenneté : Le CEN va appuyer la campagne des épouses de guerre qui sert à obtenir que leurs enfants nés à l’étranger qui ont immigré au Canada ne soient plus obligés de payer pour établir leur droit de citoyenneté.

Congrès : Le CEN a donné son accord à la modification de l’article 411.c. de la page 41 des Arrêtés généraux d’après laquelle on enlèverait les mots “Standing Committee on Appeals” (Comité permanent des appels) et on les remplacerait par “Appeals Committee” (Comité des appels). Le Comité des appels sera formé au Congrès selon les besoins; les anciens présidents présents y sont communément nommés.

Jeunes auxiliaires : L’emblème national des jeunes auxiliaires a été choisi.

Le gouvernement fédéral et la Croix-Rouge canadienne, 1939-1945

Dans un article paru précédemment (La Croix-Rouge et la captivité de guerre, 1939-1945 juillet/août 2006), il était question de l’aide fournie par la Croix-Rouge canadienne aux prisonniers de guerre provenant du Commonwealth. Cependant, cet article ne présentait que l’aboutissement, ou la partie visible d’un processus, soit l’aide en elle-même. Il y était question, notamment, des “colis de vivres” et des autres mécanismes mis en place par l’institution humanitaire afin d’assurer la survie et le bien-être des prisonniers.

Le présent article tentera, pour sa part, de démythifier quelques aspects de la littérature qui demeurent occultés, soit les relations entre la Croix-Rouge canadienne et le gouvernement fédéral canadien. Effectivement, bien que le Mouvement de la Croix-Rouge–qui englobe toutes les sociétés nationales de la Croix-Rouge, ainsi que le Comité international de la Croix-Rouge–soit réputé pour son indépendance, sa neutralité et son impartialité, des historiens révisionnistes ont démontré que les gouvernements avaient un contrôle important sur leur Croix-Rouge en temps de guerre. Cet article s’attardera donc à démontrer que la Croix-Rouge canadienne a elle aussi été contrôlée par une autorité étatique, soit le gouvernement fédéral d’Ottawa et même, parfois, utilisée par lui à des fins autres qu’humanitaires. En contrepartie, elle a également profité de sa collaboration.

De toutes les relations politiques de la Croix-Rouge canadienne–soit les relations officielles entre l’institution caritative et d’autres entités, comme des organisations non gouvernementales (ONG) et gouvernementales–celles qu’elle a eues avec le gouvernement canadien ont probablement été les plus déterminantes. Ces liens ont pris une forme hiérarchique souvent très sévère et restrictive aux yeux des membres de l’institution humanitaire, au point de mettre en péril certaines activités, ou d’en transformer essentiellement la nature. Ce serait toutefois une erreur de croire que l’action gouvernementale à l’égard de la Croix-Rouge canadienne fut exclusivement limitative.

Durant la guerre, bien que la Croix-Rouge canadienne ait notamment eu des liens avec les ministères des Postes, des Finances et de la Défense nationale, c’est toutefois le ministère des Services nationaux de guerre, créé en juillet 1940, qui fut son plus fréquent interlocuteur. Ce ministère était effectivement responsable, d’une manière générale, de superviser et de coordonner l’activité des ONG canadiennes engagées dans l’effort de guerre.

Dans le cas de la Croix-Rouge canadienne, l’action gouvernementale a pris trois formes principales. D’abord, le gouvernement a suggéré ou autorisé la poursuite d’activités propres à la Croix-Rouge dont il a par la suite assuré la bonne marche par une supervision pointilleuse. Cette supervision s’est particulièrement attardée aux dépenses et au financement des activités de l’institution et, dans une moindre mesure, aux procédés et à l’efficacité des activités de l’institution. Ensuite, le gouvernement a collaboré à l’œuvre de l’institution en lui allouant des fonds et du matériel, en permettant des tarifs privilégiés de même qu’en s’associant à la collecte et au partage d’informations. Il s’est finalement attardé à assurer le respect, par toutes les ONG canadiennes concernées, des limites des juridictions qui leur avaient été respectivement confiées. En contrepartie, il tirerait des avantages évidents de sa “participation” aux activités de la Croix-Rouge canadienne.

Malgré l’indépendance et l’impartialité dont elle jouissait, du moins officiellement, la Croix-Rouge canadienne a dû composer sans relâche avec les agents gouvernementaux, que ce soit pour développer des idées ou pour leur donner suite. Plusieurs des activités et services réalisés par l’institution humanitaire l’ont été en réponse aux demandes ou aux propositions gouvernementales. Elle a donc rarement pu mener des activités sans passer par des pourparlers avec le gouvernement, qui s’assurait ainsi de pouvoir éviter tout gaspillage et toute dépense injustifiée.

Il s’assurait un droit de regard constant sur les activités menées par l’institution. La mobilisation adéquate de ses ressources humaines, matérielles et financières semblait justifier, dans un contexte de guerre totale, cette manière de procéder. Cependant, si le gouvernement eut plusieurs initiatives et fut ouvert au compromis relativement aux activités concernant les prisonniers, il fut cependant plus pointilleux dans le domaine des finances (budgets et campagnes de financement).

Peu après le début de la guerre, des discussions amenèrent le gouvernement fédéral à confier à la Croix-Rouge canadienne l’organisation de tous les envois destinés aux captifs canadiens, une activité effectuée jusque-là par le gouvernement et la Croix-Rouge britanniques. Auparavant, la Croix-Rouge était plutôt restreinte à un rôle médical auprès de la population canadienne et des soldats outre-mer. En conséquence, l’institution caritative se vit allouer le droit de mettre sur pied les organes requis, et le devoir de veiller à leur conformité. Cette importante responsabilité de la Croix-Rouge canadienne–une activité qui coûterait à l’institution la plus volumineuse part de ses budgets et les plus grands efforts de logistique et de mobilisation–est donc due à l’instigation gouvernementale. La poursuite de cette œuvre envers les prisonniers de guerre sera également soumise à la volonté gouvernementale à plusieurs reprises. Vu l’importance des enveloppes budgétaires et des quantités de matériel requises, chaque hausse de la production de colis de vivres, par exemple, était impossible sans le concours des autorités.

L’origine et la poursuite des activités du Bureau d’investigation de la Croix-Rouge–responsable d’informer les parents sur le sort d’un soldat prisonnier ou disparu–à Ottawa, constituent aussi des exemples intéressants de relations avec le gouvernement. Le bureau n’entra en fonctions qu’après de nombreuses négociations, et son acte fondateur fut un arrêté ministériel. Le contrôle du bureau par le gouvernement était tel que, même après sa création officielle, il a dû retarder d’environ un mois le début de ses activités, faute d’avoir encore obtenu l’approbation du ministère des Services nationaux de guerre quant au choix de ses travailleurs. Par la suite, le gouvernement y a maintenu un droit de regard en occupant deux des trois sièges du Comité consultatif, lequel était composé des représentants des Services nationaux de guerre, des Affaires extérieures et de la Croix-Rouge canadienne.

Les actions envers les prisonniers tiraient donc fréquemment leurs origines d’initiatives gouvernementales ou, à tout le moins, d’initiatives conjointes. Le gouvernement a dû autoriser pratiquement chaque activité entreprise par l’institution avant qu’elle puisse devenir effective, et il en a ensuite supervisé le déroulement.

Cela dit, la supervision étatique fut encore plus décisive quant aux finances de l’organisme. À ce sujet, les décisions gouvernementales furent sévères, selon l’institution humanitaire, et difficiles à renverser. La Loi sur les charités de guerre de 1939 donnait un droit d’ingérence dans le contrôle des budgets des ONG réservés à l’effort de guerre qu’il n’hésita pas à utiliser. Les budgets étaient soigneusement inspectés par le ministère des Services nationaux de guerre et les principales dépenses n’avaient lieu que quand l’autorité étatique donnait son accord.

La question qui revint le plus souvent concernait le nombre de colis de vivres que la Croix-Rouge canadienne pouvait défrayer. Alors qu’elle visait constamment à en fournir le plus grand nombre que lui permettaient ses budgets tout au long de la guerre, le gouvernement espérait voir les autres sociétés de la Croix-Rouge du Commonwealth en payer la plus grande part. Il souhaitait voir l’institution canadienne espacer ses campagnes de financement au maximum et se réserver ainsi le plus de fonds possibles pour la conduite de la guerre. On acceptait que la Croix-Rouge canadienne finance tous les colis destinés à des prisonniers canadiens, mais seule une toute petite quantité des colis défrayés pouvait être donnée à des prisonniers étrangers.

Le contrôle des campagnes de financement était encore plus catégorique, n’influençant plus exclusivement l’action en faveur des captifs mais bien toute l’?uvre de guerre de l’institution. D’abord, les dates de début et de fin de ces campagnes, de même que leurs objectifs, étaient soumis à l’approbation gouvernementale. Ensuite, en 1941, le gouvernement tenta de forcer la Croix-Rouge à participer à une campagne de financement commune, à laquelle toutes les ONG impliquées dans le conflit participeraient. La Croix-Rouge canadienne refusa, de peur de perdre son individualité et de voir les autres ONG amasser des fonds en profitant de sa crédibilité. En conséquence, la Croix-Rouge, qui avait mené des campagnes de financement presque tous les deux ans durant la guerre, n’en mena pas en 1941. Afin de lui fournir les fonds nécessaires à ses activités, le gouvernement lui autorisera cependant un prêt bancaire, lequel fut rapidement remboursé.

Si le contrôle gouvernemental fut bien sévère à l’endroit de la Croix-Rouge canadienne, on peut croire qu’il l’était autant pour toutes les autres ONG du pays, ce qui semble justifiable dans un contexte où la victoire requiert la mobilisation de toutes les ressources. On constate aussi que des décisions qui semblaient inappropriées, aux yeux de l’institution, purent être renversées à force d’argumentation. Cela dit, de nombreux ministères ont néanmoins contribué à l’?uvre de l’institution.

D’abord, il en a été question précédemment, le ministre des Finances a consenti certains prêts à l’institution. Ensuite, après bien des tergiversations sur la légalité, pour la Croix-Rouge, de recevoir de l’argent de la part du gouvernement, il semble que ce dernier ait contribué financièrement à la production de colis de vivres. Le gouvernement a également consenti des tarifs spéciaux pour la conduite de certaines activités, comme le transport des denrées au Canada et outremer, et pour la livraison des publications de l’institution. La contribution matérielle du gouvernement fut aussi grandement sollicitée. Lorsque certaines denrées manquèrent, les rations du personnel militaire au Canada furent même révisées afin de libérer certaines quantités de nourriture en faveur des prisonniers. Et lorsque les infrastructures d’Europe, en mauvais état, ne permirent plus d’acheminer les denrées aux prisonniers, le gouvernement donna à la Croix-Rouge 50 camions pour qu’elle les utilise à cette fin. Finalement, le partage d’information était essentiel à l’existence du Bureau d’investigation de la Croix-Rouge. Dès l’ouverture du bureau, des relations ont été établies avec les ministères des Affaires extérieures, des Services nationaux de guerre, de la Défense nationale, des Transports et des Postes, qui fournirent bien souvent des informations privilégiées.

Ces quelques exemples ne pourraient résumer à eux seuls tous les types de coopération entre l’institution et l’État durant les six longues années de guerre. Cependant, le gouvernement, dans un contexte de guerre totale lui donnant la légitimité et le pouvoir d’intervenir dans toutes les sphères de la société fut, pour la Croix-Rouge canadienne, un allié inestimable. Malgré un contrôle parfois sévère, l’implication gouvernementale fut donc déterminante dans la conduite des activités de l’institution, et des avantages notables en ont été retirés. Cette relation s’est développée sur une base hiérarchique indiscutable, quoique l’argumentation, voire le harcèlement, par les membres de l’institution humanitaire et d’autres intervenants, permirent le renversement de décisions gouvernementales douteuses à leurs yeux.

Le gouvernement semble avoir lui aussi profité de ses relations avec la Croix-Rouge, bien que les meilleurs exemples dépassent toutefois l’action menée auprès des prisonniers de guerre provenant du Commonwealth. Effectivement, le gouvernement canadien a attaché beaucoup d’importance à l’indication de la provenance des colis de vivres (donnés ou vendus, ces colis étaient généralement transmis par l’intermédiaire de la Croix-Rouge britannique et du Comité international de la Croix-Rouge) de façon à ce que les pays concernés en soient parfaitement informés; c’est particulièrement vrai dans le cas de la France Libre. Des instructions précises étaient données afin que les caisses soient identifiées aux couleurs de la Croix-Rouge canadienne. Il était perçu par le gouvernement que ce crédit serait favorable à la conduite de la guerre. On pensait aussi que les populations alliées sous le joug de l’ennemi, et dont les soldats prisonniers avaient été aidés par le Canada, coopéreraient beaucoup plus avec la force d’invasion, lorsque la reconquête aurait lieu. On croyait également que les pays aidés pourraient ultimement “lui revaudraient” dans l’après-guerre. Au niveau du front intérieur, le travail accompli par la Croix-Rouge auprès des prisonniers de guerre a certainement contribué à rassurer leurs parents, et a ainsi pu jouer un rôle quasi propagandiste, en démontrant à la population que l’État et la Croix-Rouge maîtrisaient bien la situation.

En somme, les buts du gouvernement, en ce qui concerne la Croix-Rouge canadienne, étaient loin d’être exclusivement humanitaires. Ce dernier était également à la recherche de capital politique sur le plan international, et même d’objectifs stratégiques et tactiques. Le gouvernement a donc grandement profité des activités de la Croix-Rouge canadienne, qu’il a su modeler ou presque, selon certains de ses besoins.

À un autre niveau, en confiant à un organisme bénévole des tâches nécessaires pour lesquelles il aurait dû, en d’autres circonstances, payer un fort prix, le gouvernement s’est assuré des économies importantes, puisque l’argent dépensé par la Croix-Rouge provenait, dans sa plus grande partie, de la population, et non pas des coffres de l’État. Comme l’institution caritative faisait aussi appel à des bénévoles pour les activités de transformation et d’empaquetage, le gouvernement économisait en n’ayant pas à payer lui-même une main-d’œuvre salariée. Le coût de la collaboration du gouvernement fédéral canadien aux activités de la Croix-Rouge lui a ainsi été remis, d’une autre manière, au quintuple, et il en a tiré des avantages politiques, militaires et économiques.

Des effets sociaux découleraient également des activités de la Croix-Rouge canadienne. Effectivement, en aidant les prisonniers de guerre à satisfaire leurs besoins primaires et certains besoins secondaires, l’institution humanitaire les a aidés à survivre et peut-être même à ressentir un relatif bien-être dans des conditions autrement plus pénibles encore. À plus long terme, ces prisonniers ont pu garder moins de séquelles de leur captivité, et réintégrer plus facilement la vie civile. En bonne santé physique, ils auront bénéficié d’une meilleure espérance de vie, et en bonne santé mentale, d’une vie plus heureuse. En conséquence, les prisonniers “réchappés” par la Croix-Rouge ont été un fardeau bien moindre pour l’État, après la guerre. On put donc compter sur des rapatriés en meilleur état, qui coûteraient moins cher à la société et participeraient davantage au bien commun.

En conclusion, la Croix-Rouge canadienne n’était pas aussi indépendante qu’on veut bien le faire croire. En effet, le gouvernement a eu sur elle une influence importante, et il faut avouer que ces initiatives ont grandement contribué à faire de l’aide en faveur des prisonniers de guerre ce qu’elle a été. La collaboration en matière de financement, de matériel, de logistique et d’information a été déterminante dans la poursuite et la bonne marche de l’œuvre. Et bien que le gouvernement ait contrôlé de très près les activités de l’institution, l’argumentation et la négociation ont souvent permis à l’organisme de faire valoir son point de vue, et de renverser favorablement certaines situations.

En contrepartie à tous ses efforts, le gouvernement canadien a récolté des profits importants et nombreux. D’abord, il a fait des économies matérielles et financières importantes, en faisant effectuer par la Croix-Rouge et ses bénévoles des ouvrages qui lui auraient autrement coûté très cher. Puis il a gagné des avantages tactiques et stratégiques, en faisant bonne impression aux yeux des populations alliées des pays occupés par l’ennemi. Cette reconnaissance, à plus long terme et au niveau des relations entre États, a pris ensuite la forme de capital politique sur la scène internationale. Au Canada, cette bonne impression a contribué à rehausser le moral de la population et l’a incitée à s’impliquer davantage dans la prochaine victoire. Finalement, le gouvernement s’est affranchi d’un important fardeau en pouvant compter sur des prisonniers rapatriés en meilleure santé physique et mentale, qui pourraient eux-mêmes participer, à la pleine mesure de leurs capacités, à la société.

À la lumière de ces quelques faits et interprétations, il devient clair que la Croix-Rouge canadienne n’a pas été–et de loin–affranchie de tout contrôle étatique durant les années de guerre, puisque le gouvernement a maintenu un contrôle strict sur les activités de l’institution et qu’il a même tiré profit d’activités dont le but avoué était d’abord et avant tout humanitaire. Une question demeure donc : pourquoi les liens unissant gouvernement et Croix-Rouge continuent-ils d’être négligés de l’historiographie, et pourquoi l’entretien du mythe d’une Croix-Rouge indépendante de tout contrôle étatique revêt-il autant d’importance, aux yeux de ses membres?

Au secours du Bomber Command

Dans le but de favoriser le débat public sur la campagne de bombardement stratégique de la Seconde Guerre mondiale, nous offrons ce point de vue de David L. Bashow, dont le livre No Prouder Place : Canadians and the Bomber Command Experience 1939-1945 (Pas d’endroit plus fier : les Canadiens et l’expérience du Bomber Command), a obtenu des critiques favorables (Off The Shelf [non traduit], mai/juin 2006). L’auteur a aussi beaucoup écrit, dans des livres et des périodiques sélects, sur différents sujets concernant la défense, la politique étrangère et l’histoire militaire. Ancien pilote de chasse des Forces canadiennes, il est éditeur de la Revue militaire canadienne et professeur adjoint au Collège militaire royal à Kingston (Ont.).

Bien que cela puisse sembler vieux jeu dans le monde actuel, je crois qu’une société a besoin de héros, avec leurs exemples de courage et d’honneur, pour l’inspirer et il n’y a pas de partie de la société qui en a besoin davantage que celle des forces armées.

Je crois aussi que les citoyens d’une nation ont besoin qu’on leur rappelle de temps en temps que, des fois, il leur faudra être prêts à se battre, à prendre position par rapport aux valeurs auxquelles ils croient et qu’ils chérissent. Durant les années 1930 et 1940, le nazisme était une tache obscène sur l’humanité; il fallait l’éliminer aussi vite que possible et cela par tous les moyens.

Il ne nous reste que bien peu de temps pour rendre hommage convenablement à nos vétérans de la Seconde Guerre mondiale et leur faire part de notre reconnaissance. Ces idées à l’esprit, surtout vu la récente explosion de négativisme concernant l’offensive du bombardement stratégique de la Seconde Guerre mondiale, je crois qu’il est temps de parler en détail des raisons et des résultats de la campagne de bombardement.

À propos de cet immense effort, un certain nombre de particuliers, pour un aussi grand nombre de raisons, ont cru bon d’éliminer ou de manipuler de manière sélective les faits historiques reliés au bombardement, marginalisant son impact en tant que contribution au gain de la guerre et dénigrant la conduite des équipages d’aviateurs qui y ont participé; autrement dit : stigmatisant le bombardement comme étant immoral et inutile.

Toutefois, je maintiens fermement que les résultats du bombardement allié ont été bien plus importants en ce qui a trait aux effets directs et indirects obtenus, ainsi qu’en faisant terminer la guerre favorablement, que ce qu’on a reconnu généralement auparavant. Je crois aussi qu’il est essentiel de comprendre que les décisions et les actes historiques qui s’en sont suivis ne peuvent pas être examinés à travers la lentille morale que sont les sensibilités d’aujourd’hui. On doit juger ce qui a été entrepris dans le contexte de l’époque et en se basant sur les renseignements et les considérations de planification qui étaient disponibles en ce temps-là. Autrement, la précision historique risque fort bien d’être supplantée par la rectitude politique et, après tout, avec du recul tout est bien plus clair.

À bien des égards, le nouveau Musée canadien de la guerre est un hommage exceptionnel au fier patrimoine militaire du Canada. Toutefois, quand une institution doit reconnaître autant d’histoire militaire, il y a toujours risque de trop simplifier (En guerre contre le musée de la guerre, novembre/décembre). J’ai peur que ce soit ce qui est arrivé à l’historique de l’offensive du bombardement combinée de la Seconde Guerre mondiale, surtout le panneau d’exposition intitulé Une controverse qui persiste et dont le sous-titre est Bombardement stratégique.

Bien qu’on ait remarqué au musée, avec justesse, que beaucoup de ressources avaient été engagées à l’intérieur du Troisième Reich à cause de la menace qu’était ce bombardement, d’après moi la généralisation simpliste et trompeuse suivante passe à côté de l’essentiel. “Les bombardements massifs de l’Allemagne ont été la cause de beaucoup de destruction et de morts. La valeur et la moralité de l’offensive du bombardement stratégique contre l’Allemagne est toujours contestée âprement.

L’objectif du Bomber Command était de saper le moral des civils allemands et de forcer l’Allemagne à se rendre en détruisant ses villes et ses installations industrielles. Même si les attaques du Bomber Command et des forces américaines ont causé la mort de 600 000 Allemands et en ont laissé 5 millions d’autres sans-abris, ils n’ont détruit qu’une infime partie de la production de guerre allemande avant la fin de la guerre.”

Malheureusement, cette représentation particulière sert de résumé ou de bilan de la campagne, devenant effectivement le legs du Bomber Command qui perdure dans le musée. Les citations additionnelles ne servent qu’à souligner les conclusions morales et humanitaires qui ne touchent guère à la valeur stratégique et militaire des résultats que le bombardement a obtenus.

Quelle est-elle exactement, cette controverse qui touche à la campagne de bombardement, et pourquoi est-elle devenue un problème? En ce qui concerne la Seconde Guerre mondiale, la controverse a commencé vers la fin de la guerre, à cause de rapports erronés sur les bombardements, surtout le bombardement de la ville allemande de Dresden lequel a eu lieu les 13 et 14 février 1945.

Une grande partie de la désinformation reliée à ces raids, y compris les chiffres de victimes civiles grandement exagérés, allant jusqu’à 1 000 pour cent, qui avaient été transmis aux agences de presse alliées en passant par des pays neutres, avaient leur origine au ministère de la propagande de Josef Goebbel.

Il y a moins longtemps, le sympathisant nazi et nieur de l’holocauste David Irving a mis de l’huile sur le feu, tout comme l’épisode Mort au clair de lune qui faisait partie de la série très controversée La bravoure et le mépris, une production qui a été condamnée par les groupes d’anciens combattants après sa diffusion à la télévision de la SRC au début des années 1990.

En plus de cela, l’économiste renommé né au Canada John Kenneth Galbraith, qui avait fait partie de l’équipe alliée de sondage sur le bombardement stratégique après la guerre, a vaguement fait marche arrière à propos de son accord ‘tout à fait’ avec les résultats du sondage, déclarant vers la fin de sa vie, donc bien longtemps après coup, qu’il ne croyait pas que le bombardement avait été aussi efficace que ce qu’on pensait auparavant.

Ainsi, du dire de l’historien britannique renommé Richard Holmes : “nombre de survivants ont payé le prix fort en santé et en bonheur, ce qu’a empiré le dénigrement de leurs efforts par les critiques allant de ceux qui étaient moralement pointilleux à ceux qui appuyaient la campagne jusqu’à ce qu’ils aient vu ce qu’elle avait fait mais qui ensuite désiraient s’en distancer, en passant par ceux qui agissaient par intérêt politique. Comme les tempêtes de feu qui étaient l’expression la plus effroyable du bombardement, la condamnation de la campagne s’est nourrie d’elle-même jusqu’à ce que les flammes et la fumée de l’hypocrisie eussent voilé ses nombreux accomplissements, dont celui de sauver la vie d’innombrables soldats alliés n’était pas le moindre.

L’érudition bien plus récente de gens comme Richard Overy, Frederick Taylor, Robin Neillands, David Hall, Chester Wilmot, Holmes et bien d’autres, ainsi que les voix et l’érudition provenant de l’intérieur de l’Allemagne, ont défié les critiques et les opposants de façon crédible et sûre en ce qui concerne l’efficacité et la moralité de la campagne en réévaluant les archives et autres principales sources matérielles. Toutefois, il y a encore des gens qui ne veulent pas croire ce qui s’est vraiment passé, qui font comme si la nouvelle érudition n’existait pas ou qui poursuivent leur propre programme en dépit de cela.

Le bombardement par les alliés du Troisième Reich et des autres pays de l’Axe entrait correctement dans le cadre de la stratégie militaire périphérique générale de la Grande-Bretagne. Il menait l’offensive chez l’ennemi depuis les premières étapes de la guerre, servant à démontrer à tous que la Grande-Bretagne et les dominions n’avaient pas l’intention d’acquiescer aux régimes totalitaires. Il offrait un ‘deuxième front dénué’ aux Soviétiques assiégés quand aucun autre engagement majeur, comme une campagne terrestre prématurée, ne pouvait être lancée.

Les lecteurs devraient remarquer que cette question se rapportait particulièrement à cela car, au début des années 1940, le souvenir du carnage systématique illustré par le front de l’Ouest en 1914-1917 était encore douloureusement clair dans les esprits. Et bien que la dernière année de la Première Guerre mondiale (1918) eut été beaucoup plus fluide et dynamique, les gens appréhendaient la perspective d’une autre situation où des armées terrestres énormes se trouveraient bloquées dans une impasse sanglante. Toutefois, les Soviétiques faisaient fortement pression pour un quelconque soulagement offensif et même les Américains, qui avaient accepté ‘l’Allemagne d’abord’ comme priorité militaire étaient particulièrement anxieux d’en finir avec la guerre européenne pour pouvoir concentrer ensuite les efforts des alliés contre les Japonais dans le Pacifique.

Il y avait une pression importante de ‘accélérer le régime’ d’une invasion en Europe du Nord-Ouest longtemps avant que les forces des Britanniques et des dominions se sentent prêtes à une telle entreprise. Ainsi donc, l’offensive de bombardement était, de bien des façons, la manifestation ultime d’une stratégie de ‘guérilla’, dans le cadre de laquelle l’ennemi était attaqué à travers ses périphéries, comme à travers sa capacité de production, quand le lancement d’une confrontation massive était inacceptable.

L’offensive du bombardement a aussi porté des coups importants à l’infrastructure économique et industrielle de l’ennemi, l’obligeant à décentraliser ses industries militaires, ce qui lui a coûté très cher en ressources, et cet impact était immense, comme l’était également le fait de faire perdre du temps à une immense main-d’oeuvre et d’engloutir du matériel rien que par respect du danger. En 1944, au moins 900 000 hommes, et un grand nombre de femmes et de jeunes, étaient nécessaires rien que pour servir les défenses anti-aériennes.

La défense du Reich nécessitait alors 81 pour cent des ressources en avions de chasse, presque 60 000 canons d’artillerie variés qui auraient autrement servi à beaucoup renforcer leurs forces terrestres, un cinquième de toutes les munitions produites, et un bon tiers du rendement du secteur de manufacture d’optiques de précision cruciales.

L’offensive a poussé les nazis à lancer des grandes campagnes de représailles qui n’ont pratiquement pas eu de conséquences, comme les programmes de fusées V-1 et V-2, alors que d’autres initiatives potentiellement gagnantes, comme une concentration opportune sur les programmes d’avions de chasse à réaction et à fusée, furent marginalisées. La décentralisation a donné lieu à d’importantes inefficacités, ainsi qu’à des tensions extraordinaires sur un réseau de transport vulnérable qui était déjà surchargé, le tout empiré par l’exigence conséquente que la direction de cette politique a causé à propos du besoin en produits pétrolifères, surtout quand les alliés aient commencé à prendre le pétrole prioritairement pour cible, en 1944.

Il a aussi obligé les nazis à atténuer certaines initiatives vraiment perturbantes dont le développement était très prometteur. Il s’agissait de leurs programmes militaires nucléaire, biologique et chimique, ainsi que l’achèvement opportun d’une nouvelle série de sous-marins, particulièrement ceux du Type XXI, océaniques, qui auraient encore pu faire du grabuge dans les voies maritimes alliées s’ils avaient été mouillés en grand nombre avant la fin de la guerre en Europe.

Finalement, l’offensive de bombardement a préparé le terrain, grâce à la destruction des défenses aériennes, des ressources pétrolifères et des réseaux de transport de l’ennemi, à une invasion réussie de l’Allemagne passant par l’Europe du Nord-Ouest en 1944.

Le bombardement a détruit pratiquement toutes les industries allemandes de coke, de ferro-alliage et de caoutchouc synthétique, 95 pour cent de ses capacités en carburant, en houille dure et en caoutchouc, 90 pour cent de sa capacité en acier, 75 pour cent de sa capacité de production de camions et 70 pour cent de sa production de pneus. Il a aussi donné lieu à d’immenses pertes dans la production d’avions et de véhicules blindés. Alors que sir Arthur Harris, qui était commandant en chef du Bomber Command pendant la plus grande partie de la campagne, a rechigné au début quand il s’agissait de concentrer les attaques contre des cibles pétrolifères, préférant ce qu’il croyait sincèrement être des objectifs du bombardement plus acceptables et profitables, il a fini par donner vigoureusement son appui à la campagne. Dans certains des cas, la contribution du Bomber Command à la campagne du pétrole a même dépassé les efforts que les Américains faisaient dans cette direction. Par exemple, durant les quatre premiers mois de 1945, le Bomber Command a largué 181 000 tonnes de bombes sur le Reich, un cinquième de ce qu’il a largué durant toute la guerre. Et pas moins de 47 510 tonnes (26,2 pour cent) étaient affectées à des cibles de pétrole. Les pénuries qui en ont résulté ont non seulement restreint les opérations de combats, elles ont aussi réduit le montant de carburant disponible pour l’entraînement.

Les détracteurs de la campagne continuent de suggérer que le bombardement n’a eu que bien peu d’effets jusqu’aux derniers stades de la guerre, faisant remarquer que la production d’avions de chasse et de chars d’assaut a augmenté en 1944 et 1945.

Toutefois, ces gens oublient que l’économie allemande et sa production industrielle, d’après les ordres d’Hitler, avait été relativement lente jusqu’à ce que la nation se mette sur un pied de ‘guerre totale’, lors de la défaite désastreuse à Stalingrad, au début de 1943.

Ce calendrier d’exécution coïncidait au début de l’offensive combinée du bombardement anglo-américain. Ce que les Allemands auraient pu accomplir, s’ils n’avaient pas été obligés de respecter le danger qu’était le bombardement, s’ils avaient pu utiliser et maîtriser leurs installations de production sans entraves, et s’ils avaient eu libre accès à leurs réseaux et systèmes de transport, dépasse l’imagination. Les augmentations de la production ont surtout été dues au travail de millions de manoeuvres esclaves, amenés de force des territoires occupés, et le contrôle de la qualité a énormément souffert durant les dernières étapes de la guerre, en partie à cause de la résistance passive et des ralentissements faits par exprès par cette main-d’oeuvre forcée, mais aussi à cause d’une pénurie de matériaux stratégiques causée par le bombardement. De toute façon, c’est sans importance car, sans le carburant pour leur permettre de voler ou de rouler, grâce à la priorité mise sur le bombardement des ressources pétrolifères à partir de 1944, ces autres avions et chars d’assaut étaient inutiles.

La campagne a aussi eu beaucoup de succès au minage de la Baltique de l’Ouest, obligeant la marine allemande à opérer presque exclusivement à partir de la Baltique de l’Est, et la forçant à affecter 40 divisions pour assurer et protéger le territoire environnant en Lettonie de l’Ouest, au golfe de Danzig et en Prusse-Orientale durant les derniers mois de l’avance des Soviétiques. En fin de compte, cela a servi à tenir occupé au moins un tiers des forces disponibles pour combattre l’armée rouge qui approchait, et ces forces n’ont pratiquement pas participé à la défense finale du territoire allemand.

Il est indéniable que le bombardement a fait beaucoup de victimes civiles. Je maintiens qu’environ 593 000 civils ont trouvé la mort rien que dans les territoires du Reich allemand à cause des bombardements, c’est-à-dire 410 000 civils allemands, 23 000 policiers non militaires et civils attachés aux forces armées allemandes, 32 000 étrangers et prisonniers de guerre et 128 000 personnes relogées. Toutefois, bien que ces chiffres soient importants, ils sont éclipsés par le génocide perpétré sur les peuples d’Europe et d’Eurasie par les Allemands et leurs représentants. Quant à l’argument récurrent que 75 millions d’Allemands ne voulaient pas la guerre d’Hitler, je peux répliquer en disant que cela ne sert guère à consoler les millions d’âmes qui ont été systématiquement exterminées dans les camps de la mort des nazis.

Le moral du public allemand était certainement bon durant les trois premières années de la guerre, quand les forces allemandes faisaient ce que bon leur semblait dans la plus grande partie de l’Europe et même en Asie. Pour faire contraste au bombardement allié, la Grande-Bretagne a perdu environ 65 000 civils à cause du bombardement aérien durant la guerre, dont 43 000 environ sont morts durant le blitz de 1940-1941.

Le fait que l’offensive du bombardement alliée ait obligé les Allemands à produire des avions de chasse de type défenseur principalement est une importante raison pour que le nombre de victimes britanniques n’ait pas été supérieur, car ils ne purent générer une grosse force de bombardement stratégique à long rayon d’action avant la fin de la guerre. Il y a encore une autre raison, c’est que les attaques de bombardement industriel de 1943 à 1945 ont beaucoup diminué l’efficacité prévue du programme de fusées V-1 et V-2, alors le nombre de victimes civiles a aussi été moins important.

Toutefois, que nul n’en doute : il y a beaucoup d’indications permettant de croire que l’Allemagne n’aurait pas eu de scrupule à propos de bombarder la Grande-Bretagne à fond si elle en avait eu les moyens. L’augmentation de l’importance de la production de chasseurs pour la défense de son territoire a aussi minimisé le soutien aérien disponible aux troupes allemandes combattant aux fronts. Ainsi, sans le bombardement allié, les forces allemandes auraient eu bien plus de protection et les forces alliées auraient été exposées à un bombardement allemand bien plus gros.

Quant à la critique souvent répétée, qu’un pourcentage démesuré des ressources militaires ont été dépensées par le Bomber Command, la première notabilité Richard Overy maintient que ce pourcentage était en fait bien petit. “Comparé au total de tout l’effort de guerre (production et combat), le bombardement n’a absorbé que sept pour cent, et en 1944-1945 il ne s’est élevé qu’à 12 pour cent. Vu qu’au moins une partie de la production a servi aux autres théâtres de la guerre (et autres commandements), dans l’ensemble les chiffres du bombardement direct de l’Allemagne étaient certainement plus petits. On ne peut pas vraiment dire qu’une allocation de ressources de sept pour cent de l’effort de guerre de la Grande-Bretagne soit déraisonnable.”

Il est certain que les aviateurs anglo-américains qui ont mené à bien la campagne ont enduré de grosses pertes, 81 000 d’entre eux ont péri avec les 18 000 aéronefs qui ont été perdus pour toutes sortes de raisons. La partie du Bomber Command était de 55 573 aviateurs et 12 330 aéronefs, dont 8 655 sont tombés en Allemagne, en Italie et en Europe occupée. Les coûts en victimes fatales pour le Canada étaient de presque 10 500 membres de l’Aviation royale du Canada dans les escadrons de la RAF, ainsi qu’un nombre important de Canadiens qui servaient en tant que membres de la Royal Air Force et que tout le monde a tendance à oublier.

En mai 1943, les affectations opérationnelles dans les bombardiers étaient codifiées à 30 opérations dans la force principale, suivies par un repos derrière les lignes d’environ six mois, et puis une deuxième affectation opérationnelle de 20 opérations de plus. La longueur des affectations était conçue pour offrir une ancre de veille pour le moral, et un certain espoir de survie dans des circonstances ardues. En fait, elles avaient été conçues cliniquement pour offrir une “possibilité de survie de 50/50”, et calculées d’après un prédicat de 2,4 pour cent de pertes par raid, mais seulement à la première affectation. Le taux moyen de pertes du Bomber Command durant la guerre s’est concrétisé à 2,58 pour cent par raid, ce qui garantissait presque cette “possibilité de survie de 50/50” au bout de 30 opérations.

L’expérience des équipages de bombardiers canadiens est bien plus enjouée, surtout parce que la plus grande partie de la participation du Bomber Command a eu lieu après la Normandie, quand le bombardement était le plus intense et que les pertes étaient les moins nombreuses. Mais 33 pour cent des Canadiens qui volaient dans les opérations du Bomber Command ont quand même fait partie des victimes, et plus d’une sur quatre de ces victimes fut mortelle.

Même en laissant les questions morales de côté, le camp allemand a reconnu depuis longtemps que la politique de bombardement régional, tel qu’il a eu lieu durant la Seconde Guerre mondiale, était tout à fait légale. En fait, ce n’est qu’en août 1948 que l’interdiction a été légiférée officiellement, quand la Convention de la Croix-Rouge sur la protection des civils en temps de guerre a été rédigée à Stockholm et puis signée à Genève au début de l’année 1949.

Et en réalité, la ratification légale et la reconnaissance de cette initiative n’a eu lieu que plusieurs décennies plus tard, quand le premier des quatre protocoles de la Convention de Genève de 1977 a interdit expressément les attaques militaires faites par exprès contre les civils.

Les victimes civiles, dont beaucoup étaient indubitablement innocentes, étaient un résultat inévitable de la campagne de bombardement, dont le mandat partiel déclaré publiquement était de déloger la population de travailleurs industriels ennemis et d’anéantir sa volonté de faire la guerre. En fait, à partir de 1943, sir Arthur Harris déclarait publiquement, ce sur quoi les gouvernements britannique et états-unien s’étaient mis d’accord, que : “l’objectif principal du Bomber Command sera la destruction progressive et le bouleversement du système militaire, industriel et économique allemand dans le but de saper le moral du peuple allemand au point où sa capacité de résister par les armes aura diminué fatalement”.

On doit aussi réaliser que bien que la boucherie délibérée de la main-d’oeuvre allemande n’ait jamais été commandée, on s’attendait certainement à des dommages collatéraux. La destruction des régions résidentielles avait pour but de rendre extrêmement difficile à cette main-d’oeuvre de poursuivre le travail. La propension occidentale de construire des zones résidentielles autour des installations industrielles a inévitablement augmenté le nombre des victimes.

Cette réalité fut aggravée encore plus parce que le Bomber Command, tel qu’il fonctionnait durant la Seconde Guerre mondiale, était ‘un instrument contondant’ avec bien peu de capacités de bombardement de précision. Même à son point de technologie la plus précise, le Bomber Command manquait des capacités de ciblage à grande précision comme en ont les plates-formes d’armes d’aujourd’hui.

Bref, les dommages collatéraux aux civils étaient considérés des annexes du bombardement. Les régimes totalitaires avaient fourni de nombreux exemples du bombardement régional civil avant le début de l’offensive du bombardement combiné de 1943 : Guernica, Nanking, Varsovie, Rotterdam, Londres et Coventry viennent tout de suite à l’esprit.

Les détracteurs de la campagne suggèrent erronément que les gouvernements alliés ont fait preuve de duplicité lorsqu’ils ont expliqué la campagne de bombardement à leurs citoyens. En fait, les sondages de l’opinion publique et même les affiches de propagande de l’époque pro vent que ces citoyens étaient tout à fait au courant du bombardement intentionnel des villes industrielles allemandes, et ils confirment que le bombardement jouissait d’un soutien public répandu. Il y avait en effet des opposants, surtout au début de la campagne de bombardement et parmi eux se trouvait Cosmo Lang, archevêque de Canterbury au début de la guerre, mais même lui a fini par se ranger avec les gens qui étaient en faveur de l’offensive du bombardement. Ils ont toujours été une très petite minorité.

D’autres mythes tenaces ont fait poursuivre le débat sur le bombardement stratégique. Parmi eux :

1. le bombardement de Dresden, les 13 et 14 février 1945, était un acte de destruction barbare et inutile contre une belle ville cultivée grandement éloignée de l’effort de guerre.

En fait, Dresden était un camp armé, un centre de communication et de transport vital, et un grand centre industriel où se trouvaient au moins 127 manufactures servant à la production militaire, y compris l’immense complexe Zeiss-Ikon où étaient employés plus de 14 000 personnes lors des raids de février. Et il y avait longtemps que le complexe Zeiss ne servait plus à fabriquer quelque chose d’aussi innocent qu’un appareil photos pour vacanciers. De plus, Dresden fut bombardé à la demande des Soviétiques qui menaient une offensive à environ 100 kilomètres à l’est et qui voulaient qu’on restreigne le transport de fournitures et de renforts ennemis vers leur front.

2. La politique de bombardement américaine avait pour prédicat une capacité de bombardement de précision mené en plein jour, au contraire des pratiques de bombardement régional hasardeux du Bomber Command qui avaient lieu la nuit au début et, par la suite pendant la guerre, jour et nuit.

En fait, le bombardement de précision américain n’était ni précis ni sélectif. De plus, des habiletés et un équipement spécialisé nouveaux ont amélioré la capacité d’attaques de précision par le Bomber Command durant les derniers 18 mois de la guerre, la période du plus grand effort de bombardement. Avant la fin des hostilités, le Bomber Command a démontré une plus grande précision la nuit et à travers les nuages que ce qu’accomplissaient les Américains les heures diurnes et dégagées.

3. Le moral des Allemands n’a pas baissé à cause du bombardement.

Faux. De dire l’historien allemand Götz Bergander : “en réalité, les raids aériens sur les villes et l’industrie a fait trembler la fondation du moral de guerre du peuple allemand. Il a ébranlé les nerfs à jamais, sapé leur santé et fait chanceler leur croyance en la victoire, modifiant ainsi leur conscience. Il a répandu la peur, le désarroi et le désespoir. C’était un résultat important et intentionnel de la guerre aérienne stratégique, de cette révolution militaire”. Il a aussi donné lieu à un manque de résistance dans les régions urbaines allemandes vers la fin des hostilités qui a sans aucun doute accéléré la reddition allemande et, en se basant sur les expériences, a sauvé nombre de victimes des deux côtés en évitant fréquemment la nécessité de l’âpre combat de maison à maison.

En général, l’offensive du bombardement stratégique a mené le combat chez l’ennemi. Il a créé un deuxième front qui enlevait des ressources à la campagne soviétique dans l’Est et qui détournait d’immenses quantités de matériel et de main-d’oeuvre des principales entreprises militaires de l’Allemagne. Il a porté des coups considérables à l’infrastructure industrielle allemande et préparé le terrain, grâce à la destruction des défenses aériennes, du réseau de transport et des ressources pétrolifères de l’Allemagne, pour l’invasion terrestre en Europe du Nord-Ouest de 1944, laquelle eut lieu quand les alliés se sont crus prêts à une si formidable entreprise.

Des historiens révisent l’exposition sur le Bomber Command

Plus d’un demi-siècle après que les alliés aient lancé la campagne de bombardement stratégique contre les cibles industrielles, militaires et civiles allemandes, la moralité et l’efficacité de la tactique est encore vivement débattue.

Au cours de la dernière année, il y a eu un autre débat à propos de la manière dont le Musée canadien de la guerre (MCG) a décidé de représenter la campagne de bombardement, c’est-à-dire par une exposition qui, d’après bien des gens, sert à mettre la question de la controverse en évidence de façon injustifiée.

Un certain nombre de groupes d’anciens combattants, dont la Légion royale canadienne, l’Aircrew Association of Canada, l’Association des Forces aériennes du Canada, les Anciens combattants de l’armée, de la marine et des forces aériennes au Canada, le Conseil national des associations d’anciens combattants et la Bomber Command Association, ont fermement déclaré leur opinion comme quoi l’exposition et surtout le panneau intitulé Une controverse qui persiste, porte atteinte à cette question compliquée en rendant un jugement simpliste sur le bien-fondé et la moralité de la campagne.

Il n’y a pas longtemps, en réponse à ces critiques, M. Victor Rabinovitch, le président-directeur général de la société du Musée canadien des civilisations, a envoyé une lettre à quatre historiens canadiens où il leur demandait de venir à Ottawa pour juger l’exposition. Dans la lettre, il demandait à chaque historien d’écrire un rapport et il leur demandait spécifiquement d’étudier trois questions, divisées en deux domaines :

1. “Est-ce que la section du musée de la guerre sur la campagne du bombardement stratégique présente cet aspect du rôle qu’a eu le Canada à la Seconde Guerre mondiale de manière équilibrée? Est-ce qu’elle explique le rôle qu’a eu le bombardement stratégique dans la campagne militaire européenne en général?”

2. “Un panneau de l’installation actuelle intitulé Une controverse qui persiste a été critiqué par certaines personnes. Est-ce que ce panneau offre une compréhension actuelle de certains des impacts de la campagne de bombardement durant la guerre de façon appropriée?”

Pour répondre à ces questions, les historiens ont eu recours à tous les aspects de leur profession par rapport aux questions comme le rôle d’un musée militaire, la moralité d’attaquer des cibles civiles et l’importance du choix des termes pour préserver l’objectivité. Alors que deux des historiens ont conclu que l’exposition respecte les normes professionnelles de l’objectivité historique, les deux autres croient qu’une partie de l’exposition, à savoir le panneau sur la controverse qui persiste, ne respecte pas ces normes.

Bien que les historiens aient abordé les questions chacun à sa façon, le professeur de l’Université McGill Desmond Morton et le professeur de l’Université de Toronto Margaret MacMillan croient tous deux que le traitement de la controverse sur le bombardement stratégique par le musée est non seulement juste, il est nécessaire. “Le traitement équilibré de la controverse respecte le mandat du MCG d’informer et d’éduquer”, écrivait Morton. “Refuser de reconnaître la controverse, ce serait, comme dans le cas de toute censure, traiter les gens qui visitent le musée avec mépris.”

“Les critiques du panneau sur l’offensive du bombardement nient qu’il y ait eu une controverse valable à propos de cet élément très important de l’attaque, bien qu’elle ait été extrêmement coûteuse en jeunes vies pleines de talents et en ressources matérielles alliées qui étaient déjà insuffisantes.”

“La controverse, bien entendu, était réelle. En effet, elle fait partie d’un dialogue philosophique continuel à savoir si une fin morale justifie des moyens cruels et immoraux. Était-ce juste de tuer des millions de civils allemands pour mettre le nazisme en échec? Les gens honnêtes et moraux ont des points de vue contradictoires sur ces questions difficiles.”

MacMillan reprend le point de vue de Morton en écrivant que les critiques “ont tort de dire que l’exposition soutient catégoriquement que le bombardement de zone était immoral ou inefficace, ou les deux. Elle ne le soutient pas. À la place, l’exposition, justement d’après moi, fait remarquer, dans le panneau intitulé Bombardement stratégique et Bomber Command, que certains critiques de la campagne soutiennent que c’était immoral d’attaquer des cibles civiles dans le but de détruire le moral et l’infrastructure de l’ennemi. Il est indéniable que de telles critiques ont été faites et elles continuent de l’être.”

“La moralité de la campagne de bombardement est une question importante et le musée de la guerre, à raison, conscientise son audience sur le débat”, écrit-elle. “Est-il jamais juste, en guerre, de prendre des civils pour cibles intentionnellement? Y a-t-il des limites en guerre dont le dépassement endommage les vainqueurs? Si l’Allemagne avait gagné, les alliés auraient-ils été poursuivis en justice pour des crimes de guerre suite à leur destruction de villes d’importance militaire faible ou discutable?”

“La plaque intitulée Une controverse qui persiste a été critiquée parce qu’on y déclare que l’impact des raids sur la production de guerre allemande était réduit jusque vers la fin de la guerre. C’est tout à fait juste et toutes les autorités, pour autant que je sache, sont d’accord là-dessus”, ajoutait MacMillan.

Elle notait que “bien que le musée ait raison d’écouter les critiques, il ne peut pas permettre que ses programmes et expositions soient dictés par des groupes extérieurs […] quand des historiens réputés ne sont pas d’accord, comme c’est le cas à propos de l’efficacité ou de la moralité de la campagne du bombardement stratégique, ou des deux, les musées causent du tort à leur public en le privant de la connaissance de tels désaccords”.

Mais d’après le professeur David Bercuson de l’Université de Calgary et du directeur du département d’histoire et patrimoine du ministère de la Défense nationale, M. Serge Bernier, ce n’est pas simplement la ‘connaissance’ des désaccords que le musée offre dans le texte du panneau sur la controverse qui persiste.

Bernier écrit que “dans le cadre strict qui limite l’historien quand il doit s’exprimer par l’entremise d’une exposition, il me semble que nous avons une image qui, dans l’ensemble, est plutôt équilibrée sur le rôle du Canada aux bombardements stratégiques de la Seconde Guerre mondiale, et sur l’importance qu’avait cette manière de faire la guerre en Europe. Toutefois, un des panneaux de cette section cause un problème… Il est vrai qu’une controverse persiste à propos de l’effica-cité réelle de ces bombardements. Le texte de ce panneau ne pèse que sur un côté de la balance et il sous-entend que (les bombardements) étaient presque entièrement inutiles. Chacun des faits mentionnés est vrai en tant que tel. Le fait qu’un débat parmi les experts […] ait lieu depuis des décennies est vrai aussi. Mais le panneau semble se ranger d’un côté du débat. Si on ajoute au texte la série de photos accusatrices qui y sont reliées, l’attitude concernant le sujet est encore plus évidente. On ne voit que destruction et cadavres; une des photos pourrait fort bien avoir été prise pour la propagande allemande. Le message qui est envoyé, et qui a été perçu par nombre de gens, c’est que ces bombardements stratégiques étaient inutiles, immoraux et sans bien-fondé. Mais, curieusement, les autres panneaux de la même section offrent une vue des choses plus équilibrée.”

De dire Bernier dans son rapport pour conclure : “je ne crois pas que l’objectif des gens qui ont produit cette partie de l’exposition était de choquer un groupe particulier de visiteurs. Mais quand on voit la différence entre l’intention et les résultats, on doit reconnaître qu’ils ont abouti à un échec.”

Dans son rapport compréhensif, Bercuson commence en déclarant qu’il est d’accord avec le principe de l’exposition, mais ensuite il souligne des problèmes sur l’exécution de cette dernière. “Je dirais d’abord, sans ambages, qu’une telle controverse fait simplement partie du débat nécessaire, l’examen et le réexamen, qui doit se passer dans une démocratie arrivée à maturité, à propos de son passé et de ce que ce passé signifie… Alors personne ne devrait se sentir outragé par la simple présentation de la question morale d’Une controverse qui persiste. C’est EN EFFET une controverse qui persiste.”

“Je crois que le musée dans son ensemble a présenté de façon équilibrée le rôle du Canada à la guerre de bombardement… sauf peut-être le choix des mots pour le panneau qui se trouve au centre de cette controverse, les autres panneaux, pour la plupart, offrent un résumé juste des objectifs et des buts de l’offensive du bombardement combinée, des obstacles technologiques qu’elle a dû surmonter, des difficultés qu’on avait à bombarder la nuit, etc. Il est dit dans un panneau que ‘les attaques des centres industriels, des installations militaires et des villes ont causé la destruction de grandes zones et la mort de centaines de milliers de personnes. Ils ont aussi détourné des ressources allemandes des autres fronts et endommagé des éléments essentiels à l’effort de guerre allemand. C’est une évaluation juste et exacte, qui a peut-être été négligée dans la controverse. En effet, c’est presque une contradiction du panneau dont les mots sont au coeur du problème.”

C’est dans ce panneau au coeur du problème, le panneau Une controverse qui persiste, que Bercuson a trouvé une erreur dans l’exposition du musée. “La dernière phrase du paragraphe (du panneau) est comme suit : ‘Quoique les attaques du Bomber Command et des forces américaines aient causé la mort de 600 000 Allemands et en aient laissé 5 millions d’autres sans-abris, elles n’ont détruit qu’une infime partie de la production de guerre allemande avant la fin de la guerre.’ D’après moi il y a deux choses qui sont perturbantes à propos de cette phrase”, écrit Bercuson. “Le mot ‘quoique’ lui donne un ton éditorial. Il suggère fortement que la perte du grand nombre de vies n’a eu qu’un rendement positif bien petit pour l’effort de guerre des alliés. En effet, il se range dans un des ‘camps’ de la controverse et on peut penser qu’il suggère que le bombardement était un gaspillage de ressources et de vies ‘innocentes’.”

Bercuson explique aussi que la deuxiè-me chose perturbante à propos de la phrase, c’est qu’il manque un contexte important à l’affirmation que le bombardement n’ait produit que de faibles réductions de la production militaire allemande : que s’il n’y avait pas eu de bombardement, la production militaire allemande aurait pu utiliser l’excédent de capacité pour augmenter la production et que, de plus, “l’importance vraiment incalculable du bombardement c’était à quel point il a forcé les Allemands de s’occuper du programme des alliés, de la destruction de l’Allemagne urbaine, ce qui a beaucoup augmenté la friction (de la guerre) et fait diminuer l’effort de guerre allemand”.

Il écrit aussi que “bien que le panneau textuel en question n’offre pas de compréhension actuelle de ‘certains impacts de la campagne de bombardement’, il pourrait très facilement expliquer une plus grande partie du vrai dilemme auquel les alliés faisaient face en insistant davantage sur l’endommagement de l’effort de guerre allemand causé par l’OBC”.

Il remarque qu’en général, l’exposition est consistante, mais “que ce soit par exprès ou pas (et je ne crois pas que c’était l’intention du MCG) il est possible pour certains visiteurs de conclure que l’exposition sur l’offensive du bombardement s’est ‘rangée d’un côté’ de la controverse qui dure depuis longtemps et qui oppose la moralité de l’offensive du bombardement à son utilité, à cause d’un malheureux choix de mots et de la juxtaposition du texte et des photos”.

MacMillan et Morton croient surtout que la controverse doit avoir sa place dans le musée et ni l’un ni l’autre ne trouve rien à redire sur le panneau en question. Bernier, quant à lui, déclare que le panneau a échoué. Bercuson croit que le panneau “offusque”.

Il est sûr que s’occuper de cette question controversée est une tâche difficile pour le MCG. Mais en tant qu’évaluation objective de la campagne de bombardement stratégique, était-ce efficace? Était-ce moral?–est déjà assez embêtant, ce qui se pose comme question de base c’est si le panneau de la controverse qui persiste est acceptable en ce qui concerne l’objectivité historique professionnelle. Deux des plus éminents historiens du Canada croient que oui. Deux autres historiens éminents croient qu’il faut le remplacer. Nombre d’anciens combattants pensent que le panneau est offusquant et qu’il faut le remplacer.