Tenez-le bien haut

Jack Babcock passe le flambeau. [VETERANS AFFAIRS CANADA]

Habituellement, il n’y a pas de vedette aux cérémonies du jour du Souvenir, mais cette fois-ci, il y en avait une.

Quand le dernier vétéran de la Première Guerre mondiale, Jack Babcock, a paru aux grands écrans autour du Monument commémoratif de guerre du Canada, au centre-ville d’Ottawa, la foule de quelque 25 000 personnes s’est déchainée et a applaudi comme jamais à une cérémonie solennelle de ce genre.

Elle était folle de joie en voyant le vieux soldat. En effet, le rôle que Babcock jouait, celui de passeur du flambeau commémoratif, a été apprécié à sa juste importance.

Mardi, le 11 novembre 2008, était un jour glacial et nuageux dans la capitale nationale, mais cela semble n’avoir incommodé personne outre mesure. Les anciens combattants, jeunes et vieux, assis le plus près du mémorial, ont enduré la situation : ils ont peiné pour se lever; ils ont peiné pour rester au chaud; ils ont peiné pour voir; mais ils ne se sont pas plaints.

Les anciens combatants se tiennent fièrement durant la cérémonie. [PHOTO : METROPOLIS STUDIO]

En plus des anciens combattants, il y avait des rangs de soldats des Forces canadiennes, de cadets du Collège militaire royal et de diplomates, ainsi que les milliers de personnes qui ont fait fi des intempéries.

Derrière la foule, sur la Colline du Parlement, les gros canons du 30e Régiment d’artillerie de campagne de l’Artillerie royale canadienne n’avaient de cesse de tonner et l’odeur de la cordite planait sur la place éventée. La neige commença alors à tomber, un tout petit peu.

La cérémonie a commencé précisément à l’heure. Après la sonnerie aux morts, la complainte et le moment de silence, le président national Wilf Edmond a lu l’Acte du souvenir en anglais, et puis le grand président honoraire de la Légion, Charles Belzile, l’a lu en français. Ensuite, il y a eu une première : l’ancien combattant aborigène Tom Eagle s’étant rendu au microphone, il a tenu une grande plume solennellement en l’air et lu une version symbolique en langue aborigène.

Au moment où Eagle terminait sa lecture, quatre biréacteurs CF-18 du 425e escadron d’appui tactique ont grondé au-dessus des têtes, en formation périlleusement serrée. Au-dessus du monument, un des avions s’est élevé précipitamment dans les nuages pour conclure la glorieuse formation en hommage aux pilotes disparus. Un exercice rapide mais étonnant.

Le maitre de première classe Brian Rainbow (devant), le sergent de section Paras Satija et l’adjudant-maitre Shawn Claire. [PHOTO : METROPOLIS STUDIO]

Peu de temps après, c’était le tour de Babcock. Selon ce qui avait été prévu, le flambeau de la commémoration, ayant quitté ses mains, allait passer par plusieurs générations d’anciens combattants canadiens et puis finir entre les mains d’un soldat d’aujourd’hui.

Un murmure enchanté a parcouru la foule quand Allard a annoncé le nom et l’âge de Babcock. Et quand il a apparu sur les écrans immenses qui entourent le mémorial, la foule s’est déchainée, évidemment heureuse de voir Babcock, robuste et en bonne santé, qui portait un tee-shirt où était écrit « Vimy 1917-2007 Birth of a Nation (Naissance d’une nation) » et un cardigan de la Légion avec l’épingle du Royal Canadian Regiment. « Il ne faut jamais oublier nos camarades tombés au champ d’honneur, dit-il d’une voix grave. Je passe ce flambeau commémoratif à mes camarades. »

Il s’est levé et regardé la caméra en te­ndant le flambeau : « Tenez-le bien haut. »

Quatre hommes, portant chacun un uniforme différent de celui des autres, attendaient fièrement le flambeau au pied du monument. Le premier réci­piendaire du flambeau a été le vétéran de la Seconde Guerre mondiale George Dunlop des Royal Canadian Hussars, qui a atterri en France peu de temps après le jour J et qui a également pris part à la libération de la Hollande.

Dunlop s’est tourné vers le président national de l’Association canadienne des vétérans de la Corée Al Tobio, qui était brancardier dans la 25e Ambulance de campagne à la Guerre de Corée, et lui a passé le flambeau. Tobio l’a tout de suite remis à James O’Brien, un vétéran de plusieurs déploiements au plateau du Golan et au désert du Sinaï, qui représentait l’Association canadienne de Vétérans des forces de la paix des Nations Unies (ACVFPUN).

O’Brien s’est alors tourné, pour la dernière translation, vers le sergent Randy Keirstead du Royal Canadian Dragoon, qui portait le célèbre treillis de combat fauve des Forces canadiennes en Afghanistan. Keirstead a pris le flambeau et l’a placé résolument dans son support, comme s’il obéissait au commandement de le tenir haut, comme s’il y avait un doute à savoir si les anciens combattants d’aujourd’hui sont capables d’entretenir le patrimoine militaire du Canada et qu’il y répondait d’un « oui » catégorique.

Le flambeau est passé d’Al Tobio à James O’Brien. [PHOTO : METROPOLIS STUDIO]

En 2006, Keirstead a passé des mois aux premières lignes en Afghanistan. Arrivé en octobre comme remplaçant, il a participé à des opérations petites et grandes, du boulot quotidien comme il y en a à la défense des petites bases et des bastions au Panjwai jusqu’aux entreprises des gros groupements tactiques comme l’opération Baaz Tsuka, il a tout vu. Il dit également qu’il est on ne peut plus fier de son rôle à cette cérémonie historique.

Le brigadier-général David C. Kettle, aumônier général des Forces canadiennes et le rabbin Reuven P. Bulka, aumônier honoraire de la Direction nationale, ont revalorisé la cérémonie.

Les personnalités éminentes déposent les premières couronnes peu après la fin des prières et de la version attendrissante du Champ d’honneur tel que chanté par le Ottawa Children’s Choir.

Le sergent Randy Keirstead place le flambeau. [PHOTO : METROPOLIS STUDIO]

La gouverneure générale Michaëlle Jean en dépose une. Le premier ministre Stephen Harper en dépose une aussi. Le général et chef d’état-major de la défense Walter Natynczyk fait de même. Et puis la mère de la Croix d’argent Avril Stachnik en dépose une de la part des Canadiennes dont le fils est mort au service de la patrie. Le président national Wilf Edmond en a déposé une de la part de la Légion et puis le président de la Division de l’Ontario George O’Dair en a déposé une autre.

Les gagnants séniors des concours nationaux littéraires et d’affiches de la Légion en déposent une de la part de la jeunesse canadienne. Il s’agit de Silvia Alvarado d’Ottawa : affiche en couleurs; Monika Stahlstrom de Surrey (C.-B.) : affiche en noir et blanc; Katrina Elissa van Kessel d’Elliot Lake (Ont.) : composition; et Andrea Murray de Benalto (Alb.) : poésie.

La mère de la Croix d’argent Avril Stachnick, la gouverneure générale Michaëlle Jean et le premier ministre  Stephen Harper. [PHOTO : METROPOLIS STUDIO]

Les trois récipiendaires du prix de la Légion du cadet de l’année sont au centre avancé pour offrir leur aide. Il s’agit du maitre de première classe des cadets de la marine Brian Rainbow de Ladner (C.-B.); de l’adjudant-maitre des cadets de l’Armée Shawn Claire de Victoria (C.-B.); et du sergent de section des cadets de l’Aviation Paras Satija de Campbellton (N.-B.).

Le vendredi d’avant le jour du Souvenir, Stachnik a été présentée aux Canadiens en tant que mère de la Croix d’argent de 2008. La cérémonie avait lieu au centre commémoratif du cimetière Beechwood d’Ottawa, le Cimetière militaire national, où le sergent Shane Stachnik est enterré auprès de bien d’autres membres des FC.

Bien des gens assistaient à la simple cérémonie. Le général et chef d’état-major Walter Natynczyk était dans l’assistance, tout comme l’étaient le ministre des anciens combattants Greg Thompson.

Le président national de la Légion Wilf Edmond avait l’honneur de présenter Stachnik à la foule et aux membres des médias. « Depuis 1919, la mère de la Croix d’argent a été présentée aux mères et aux veuves qui ont perdu un être cher, dit Edmond. Et depuis la cérémonie du jour du Souvenir de 1931, quand la Légion royale canadienne a réglé la cérémonie pour la première fois, la mère de la Croix d’argent en a été le pilier. Il n’existe pas de lien plus authentique que celui qu’il y a entre une mère et l’enfant qu’elle a perdu, poursuivait Edmond. Alors nous choisissons la mère avec beaucoup de soins, car nous savons que son rôle nécessite beaucoup de courage et d’assurance. »

Nombre d’anciens combattants ont eu les larmes aux yeux durant la manifestation. [PHOTO : METROPOLIS STUDIO]

Stachnik a alors parlé de ce que cela signifiait pour elle. « Je me sens très honorée et décontenancée d’avoir été choisie mère de la Croix d’argent. Quand on m’a appelée, la première fois en janvier, je n’ai pas hésité et c’est très important pour moi que de faire l’annonce ici, où mon fils est enterré. Je sais que mon fils aurait été fier de moi. »

Stachnik fit une pause et reprit. « Oui, je vais penser à mon fils en déposant la couronne, mais je vais aussi penser à tous ceux qui sont morts en défendant notre nation, car je sais ce qu’on ressent quand la nouvelle arrive. Ce n’est pas important comment on se sent par rapport à la guerre; il faut soutenir nos soldats au pays et à l’étranger. Ils ont tout donné et ils méritent qu’on se souvienne d’eux comme des héros qu’ils sont. »

Par la suite, Stachnik et sa fille Deanna se sont recueillies un moment à la tombe de Shane. Shane est mort le 3 septembre 2006, le premier jour de l’opération Méduse. C’était un ingénieur et il se trouvait au front de la compagnie Charles lors de l’assaut infortuné d’une position ennemie bien fortifiée. Il fut tué instantanément quand une arme de gros calibre — probablement un obus de canon sans recul de 82 mm — a explosé contre la tourelle du véhicule blindé léger où il se trouvait.

Les enfants déposent leur coquelicot sur la Tombe du Soldat inconnu. [PHOTO : METROPOLIS STUDIO]

Le lundi précédant la cérémonie, la mère de la Croix d’argent s’est jointe aux cadets et aux étudiants pour visiter les édifices du Parlement et le Musée canadien de la guerre et pour assister à un diner organisé par la Légion en leur honneur.

Pendant la visite à la Chapelle du Souvenir, à l’édifice du Centre du Parlement, Stachnik a regardé silencieusement le nom de son fils inscrit dans un Livre du Souvenir. Durant une petite cérémonie réglée à la Chapelle du Souvenir, le sergent d’armes adjoint de la Chambre des communes, André Boivin, lui a remis une copie encadrée de la page où le nom de son fils a été inscrit.


La visite à Jack Babcock

Au début du mois d’octobre, le président national de la Légion, Wilf Edmond et l’administrateur de la Direction nationale, Danny Martin, sont allés voir Jack Babcock et son épouse Dorothy à Spokane (Washington).

À 108 ans, Babcock, le dernier vétéran canadien de la Première Guerre mondiale, est une vraie merveille. Pendant leur visite, Babcock a raconté toutes sortes d’histoires de son service, des ennuis qu’il avait quand il brisait du matériel important, jusqu’au jeûne de plusieurs jours causé par le mal de mer, en passant par la cour qu’il a faite à une jeune Écossaise.

Jack Babcock and Dominion President Wilf Edmond chat during the visit to Spokane, Wash. [PHOTO: DOMINION COMMAND]

Edmond et Martin avaient une mission concrète — enregistrer une vidéo de Babcock passant le flambeau pour la cérémonie nationale du jour du Souvenir — mais ils étaient allés le voir aussi pour présenter leurs respects de la part de tous les membres de la Légion.

Dans la petite chambre bien éclairée de la maison qu’habite Babcock, Edmond a commencé cérémonieusement. « C’est avec un plaisir extrême que nous sommes venus vous rencon­trer », dit Edmond à Babcock, qui était assis sur un canapé. « Vous feriez honneur à notre organisation de bien vouloir accepter cette adhésion à vie comme membre honoraire éminent. »

Edmond a alors sorti une grande plaque fastueusement gravée; il allait la remettre à Babcock quand il hésita. « C’est plutôt lourd », dit-il.

« Mettez-la donc sur mes genoux », répondit Babcock.

Edmond la déposa délicatement sur les genoux de Babcock.

« Et voici la carte qui indique que vous êtes membre à vie, et une épingle à revers aussi », dit Edmond.

« Ah, merci », répondit Babcock en tendant la main pour les accepter.

Edmond a ensuite donné plusieurs chapeaux à Babcock, dont un de Vimy, assorti à la chemise que portait Babcock. La remise des cadeaux n’était pas encore finie. Il y eut des armoiries, une autre épingle à revers, une épingle à coquelicot, la première pièce de 25 cents du 90e anniversaire frappée spécialement et le dollar de l’armistice en argent.

« Camarade, je suis très heureux d’être en mesure de vous remercier de ma liberté », dit Edmond en lui serrant la main.

Ensuite, le groupe, qui comprenait aussi des représentants d’Anciens combattants Canada, a entrepris de filmer Babcock.  « Il ne faut jamais oublier nos camarades tombés au champ d’honneur, dit Babcock. Je passe ce flambeau commémoratif à mes camarades. Tenez-le bien haut. »

Les choses sérieuses menées à bien, Babcock a évoqué ses souvenirs de la guerre pendant un certain temps; toutefois, bien qu’il soit encore vif d’esprit, il a de la difficulté à se souvenir des détails. Il avait 15 ans quand les recruteurs de l’armée se sont présentés chez son frère, où il était en train de couper du bois. « Il y a un sergent et un lieutenant qui sont venus. Je sais pas si le lieutenant est venu ou pas, mais il y avait un sergent; il nous a parlé de la charge de la Brigade légère.

“Les coups et les salves de canons tonnaient” », Babcock se souvient d’avoir entendu le sergent. « Et ils ont atteint les Russes, ils en ont tué avec leurs sabres, certains d’entre eux. Mais beaucoup d’hommes sont tombés. J’imagine que deux tiers d’entre eux sont tombés. »

L’histoire impressionnait encore Babcock, qui est devenu mélancolique, répétant l’expression « les coups et les salves de canons tonnaient ».

Il dit que c’est à ce moment-là qu’il a décidé de s’engager. Le lundi sui­vant, il a marché à peu près 13 milles, jusqu’au dépôt local de Sydenham (Ont.). « Par la suite, on est allés à Kingston (Ont.) et on s’est entrainés au manège militaire. Et puis après on est allés à Val-Carter. C’est ce que les Français appellent Valcartier », dit-il d’un rire franc.

Il se souvient de quand on lui a fourni « le vieux fusil Ross », l’arme inefficace détestable que les Canadiens ont eu pendant une petite partie de la guerre. « C’était un fusil peu maniable », dit Babcock en décrivant les problèmes qu’on avait lors de son maniement. « Mais on pouvait tirer, c’est sûr.

Je suis allé outre-mer à bord du California (un navire) et j’ai débarqué à Liverpool. Il me semble que la traversée a pris à peu près neuf jours… J’ai eu le mal de mer les deux fois (à l’aller et au retour); je me couchais sur le pont. Je ne suis pas un bon marin, dit-il en riant. Je suis resté couché jusqu’à ce que ça se termine. Je n’ai pas mangé pendant plusieurs jours. Et puis quand j’ai enfin été guéri, je suis allé au mess et j’ai mangé comme deux, au moins. »

En Angleterre, Babcock a été jugé trop jeune pour être envoyé immédiatement en France, alors il a été attaché à une unité de transit avec d’autres soldats trop jeunes. « J’ai participé à aucun maudit combat. Je me suis enrôlé et je serais allé en France si j’avais pu, mais on m’a mis dans un bataillon de jeunes soldats où on a été entrainés sans arrêt. On s’est fait entrainer huit heures par jour; du vrai entrainement. »

À preuve, il se mit à chanter une chanson de marche qu’il avait apprise là-bas.

Il se souvenait aussi du temps qu’il était dans un orchestre de clairons. « J’ai pas l’oreille musicale. J’ai jamais réussi à l’apprendre, le maudit clairon. (Gros rire). On était toujours en avant aux défilés et je me mettais le clairon aux lèvres. Je pouvais pas faire sonner la maudite affaire, mais je faisais comme si. »

Un peu plus tard durant la visite, alors que Babcock donnait des signes de fatigue, Edmond et Martin ont suggéré d’y mettre fin pour permettre au vieux soldat de se reposer. « M. Babcock, c’est tout un honneur d’avoir été en votre compagnie, dit Martin pour conclure. C’est tout un honneur de parler à quelqu’un qui a été à la Première Guerre mondiale; le dernier de ses vétérans encore vivant. »

Babcock a alors reçu un chapeau de la Légion sur lequel le mot VETERAN était écrit en capitales. Il a du faire un effort un instant, mais il a réussi à se le mettre sur la tête, et puis il s’est assis, content, aurait-on dit, d’attendre ce qui allait arriver. Bien peu de chapeaux pourraient lui aller aussi bien.

Visite aux anciens combattants

Visite aux anciens combattants. [ILLUSTRATION : STEPHEN SNIDER]

Francis Christian, membre dévoué de la filiale Vimy d’Halifax (N.-É.), s’est rendu à l’Édifice commémoratif des anciens combattants Camp Hill, tous les jours, pendant deux ans, visiter un des résidants. Il y allait pour s’assurer qu’un de ses anciens collègues de la GRC, qui ne pouvait plus se nourrir tout seul, ait au moins un bon repas par jour.

« Je le connaissais depuis 50 ans », dit Christian, qui a maintenant 85 ans et leur relation s’est épanouie durant les derniers jours de son ami. Il y a deux ans, on l’a appelé pour une veillée de famille le soir du décès de son ami. « Ça a été dur de lui dire adieu; comme si nous étions de la même famille. »

Mais un cœur meurtri n’a pas empêché Christian de poursuivre le travail qu’il aime : il fait encore partie des meubles à Camp Hill; il y va trois ou quatre fois par semaine. « Il est si convivial », dit Mary Glanville, une ancienne infirmière de l’armée qui va avoir 88 ans en avril. Elle est toujours heureuse de la visite de Christian et des autres légionnaires, à l’édifice où elle réside depuis sept ans et des bavardages sur les sports et sur les nouvelles du jour.

« C’est très important pour les gens qui ne peuvent pas sortir », déclare-t-elle. Les visiteurs de la Légion sont « toujours pleins d’entrain et prévenants ». Les résidants apprécient leur soutien et leur aide quand, à l’occasion, il leur faut aller faire des courses, ou se faire accompagner lors d’une sortie.  « Il y a vraiment beaucoup de gens, ici, qui n’ont pas de famille aux alentours », dit-elle. Sans les visiteurs de la Légion, « beaucoup seraient coincés ici ».

Des milliers de bénévoles de la Légion royale canadienne prennent le temps de visiter, honorer et réconforter les anciens combattants dans les centaines de petits et grands hôpitaux et institutions de soins de santé du pays. Les services qu’ils rendent sont très en demande car il y a 3 300 anciens combattants dans les 171 institutions où Anciens combattants Canada réserve des places. Le ministère assiste aussi 7 300 autres anciens combattants dans les institutions de soins de longue durée communautaires.

La compagnie n’est pas le seul service que les hommes et les femmes leur rendent : il en découle une vie en meilleure santé et plus longue, pour les anciens combattants et pour eux-mêmes.

Mary Glanville et Francis Christian profitent au maximum d'une visite à l'édifice commémoratif des anciens combattants Camp Hill, à Halifax. [PHOTO : TOM WATERS]

Les gens âgés qui se sentent en communauté ont une tension moins élevée et une meilleure réponse immunitaire que les autres et ils peuvent mieux faire face à l’inconstance de la vie que ceux qui se sentent isolés ou seuls, dit la docteure Louise Hawkley, neuroscientifique sociale de l’Université de Chicago et chercheuse en santé des solitaires.

Le stress a beaucoup de répercussions sur la santé, qui empire à cause de la solitude et de l’isolement. L’hormone de stress cortisol, causée par le stress, sert à provoquer la réaction d’évasion ou de lutte pour éviter le danger. Cependant, sous un stress chronique, comme celui de quelqu’un qui souffre, qui a peur ou qui s’ennuie, l’hormone cause des ravages pour ce qui est de la réponse immunitaire et de la tension artérielle. « Les relations sérieuses permet­tent de mieux tolérer tout ce que la vie vous réserve », dit Hawkley.

« On sait très bien que les gens ont besoin de contacts sociaux » pour être en santé, ajoute Elsie Rolls, directrice des services aux anciens combattants à Camp Hill. « Sans ce genre de choses, les résidants s’ennuient et puis ils tombent malades. »

Il y a des résidants, dit-elle, qui ne voudraient même pas descendre du lit. Ils se demanderaient « à quoi ça sert? De toute façon, personne ne va me voir. » Mais la possibilité que quelqu’un pourrait passer les voir est une raison de se lever, de se faire les cheveux ou de se raser. »

Les programmes de visite de la Légion importent beaucoup aux anciens combattants, dit Norah Keating, membre du Conseil consultatif de géronto­logie d’Anciens combattants Canada et chercheuse en vieillissement de l’Université de l’Alberta. « La relation la plus importante des personnes âgées, c’est celle qu’ils ont avec des gens de leur âge, de la même histoire, ou d’expérien­ces semblables. » Bien que les relations familiales soient aussi extrêmement importantes, dit Keating, les visites concernent surtout la qualité des soins plutôt que le plaisir. Les ainés, dans les institutions, ne savent pas si leur famille vient les voir par plaisir ou par devoir. Dans les relations volontaires, le doute n’existe pas. « L’avantage des programmes de bénévoles de la Légion pour les anciens combattants, c’est qu’ils ont vraiment une histoire comparable. »

« C’est évident d’où viennent les visiteurs de la Légion et ces gens s’en rendent bien compte, même ceux qui souffrent de démence avancée », dit Kelly Sprackett, coordonnatrice des services bénévoles de la Broadmead Care Society à Victoria. Cette société administre la Lodge, à Broadmead, où à peu près 60 p. cent des 225 résidants sont des anciens combattants, ainsi qu’un programme de soins de jour. « Ils l’apprécient vraiment parce que ça ravive leurs souvenirs et leur sentiment d’allégeance. »

« Dans une institution de soins de santé, il y a peu de gens qui savent que ce ne sont pas seulement des vieilles personnes frêles avec de graves problèmes de santé et de cognition », dit Keating. « Ce qu’il y a de bien quand vous avez une connexion avec quelqu’un, comme un visiteur de la Légion, c’est que ça aide votre propre identité à refaire surface. On pense “voici quelqu’un qui sait qui je suis, où je suis allé”. Ils ne se connaissent peut-être pas personnellement, mais ils savent que, grâce à cette expérience partagée, il va y avoir une connexion. »

C’est un sentiment que reconnaissent beaucoup de visiteurs. « Un sentiment de camaraderie a été créé durant la guerre », dit Barbara Bolli, coordonnatrice du programme de visites aux malades de Broadmead de la Légion et membre de la filiale Victoria Ex-Servicewomen’s. « Il fait écho chez les anciens combattants. »

Jo-Ann et Bob MacEachern visitent des anciens combattants de la part de la filiale Grand Bend (Ont.). [PHOTO : SHARON ADAMS]

Grâce à cette connexion et à l’affiliation, les visites de la Légion ont un effet cumulatif, même si elles n’ont pas lieu tous les jours. Hawkley le compare au réconfort d’un bon mariage où l’un des conjoints voyage souvent. Même quand un des époux est en voyage, « le sentiment de sécurité dans le mariage n’est pas bouleversé ». Voir les uniformes de la Légion, savoir qu’un légionnaire est toujours disponible durant les soirées de bingo, ou pour bavarder un jeudi soir, procure un sentiment du même genre aux anciens combattants. C’est important que les filiales petites ou éloignées le sachent; quelques visites régulières durant l’année, même si elles sont peu nombreuses, ne sont pas insignifiantes.

Bob et Jo-Ann MacEachern fréquentent les anciens combattants aux institutions de soins de longue durée, de la part de la filiale Grand Bend (Ont.), depuis à peu près 15 ans. « Quand on a commencé, il y avait 17 anciens combattants » à l’Hôpital Parkwood de London et aux maisons de repos plus petites dans les petites villes près de Grand Bend. Beaucoup d’entre eux étaient de nos amis, des anciens camarades de la fi­liale. « Vu que nous venons d’une petite ville, c’était plus social », dit Jo-Ann. Mais cela voulait aussi dire que ces services pouvaient être attristants, quand les amis et les voisins étaient soudainement sur le déclin.

Aujourd’hui, il y en a moins à aller voir. « Ils sont tous décédés sauf deux, » dit Bob. Même s’ils ont déménagé de Grand Bend à London (Ont.), ils conti­nuent leurs visites, dans le cadre du programme de soins aux anciens combattants de Parkwood, à un ancien combattant qui a été « adopté » par leur filiale et à un ancien membre de Grand Bend résidant dans une petite institution de soins de longue durée d’Exeter. « On leur apporte un petit cadeau (des cartes d’appel interurbain, des fleurs, des cartes de souhaits) et on leur demande s’ils ont besoin de quoi que ce soit. » Par exemple, il y en a un qui a demandé des pantalons de survêtement, plus faciles à enfiler le matin quand on ne peut plus se déplacer qu’en fauteuil roulant. Ils vont voir cet ancien combattant, à une petite institution de soins de longue durée, à peu près quatre fois par année.

Dans les couloirs de Camp Hill, toutefois, il semble y avoir toujours un légionnaire.  « Nous avons un programme immense », nous explique Tom Waters, qui y est le représentant de Camp Hill de la Direction de Nouvelle-Écosse/ Nunavut depuis environ 14 ans. « Il s’a-git probablement de 500 à 600 personnes durant une année. »

Les légionnaires visitent les anciens combattants individuellement. Il y en a plusieurs qui participent aux programmes récréatifs comme les bingos et les excursions touristiques. Des fois, les visiteurs se joignent à un groupe au salon. Ils siègent aux réunions du conseil des anciens combattants. Les filiales des alentours offrent des divertissements et organisent des manifestations pour les anciens combattants et leur famille dans leurs locaux, le transport se faisant dans des autobus pour fauteuils roulants Callow. Certaines filiales « adoptent » des anciens combattants qui n’ont pas de visiteurs familiaux ou d’affiliation à la Légion; et les visiteurs emmènent ces anciens combattants faire des emplettes nécessaires qu’ils ne peuvent pas obtenir à Camp Hill : vêtements, articles de toilette, lait en boite. Il y en a qui font des courses pour un ancien combattant, quand il faut faire réparer une montre ou des souliers. Il peut aussi s’agir de quelque chose de plus sérieux, comme quand un ancien combattant demande l’aide de la Légion pour s’occuper de questions juridiques ou régler des problèmes concernant la famille ou le personnel.

Les visiteurs de la Légion « sont précieux », dit Rolls. « Ils font tellement pour les anciens combattants; c’est formidable. Il existe aussi un soutien pour le personnel et les membres de la famille. Nous leur sommes vraiment reconnaissants de toute leur aide. Nous serions dans l’embarras sans eux. »

Il y a assez de visiteurs de la Légion à l’institution, où résident 175 anciens combattants entre 70 ans et 100 ans, pour que « chaque ancien combattant soit visité », dit Waters. Normalement, les visiteurs vont voir des réguliers, mais « s’ils entrent dans une pièce où un ancien combattant est là qui ne fait rien, qui regarde les mouches voler, ils se présentent et se mettent à bavarder. »

Les visiteurs de la Légion occupent souvent le salon, dit Glanville. Cela fait sortir les anciens combattants de leur chambre et interagir avec les autres résidants et avec les visiteurs.

À Broadmead, on évalue le nombre d’heures que les 200 visiteurs, légionnaires compris, passent à la Lodge à environ 1 000 par mois. Sept filiales régionales de la Légion font les visites mensuelles à tour de rôle, dit Bolli. Le jour des visites de la Légion, le jeudi, les légionnaires en uniforme vont voir les résidants et leur distribuent des brosses à dents ou des mouchoirs comme cadeaux. « Chaque filiale a un jour pour y aller », dit Bolli. En outre, les visiteurs de la Légion se portent volontaires pour plusieurs activités. « C’est très important pour nous. Même si la filiale se dissout, on va continuer », déclare-t-elle. La fi-liale est en train de faire le nécessaire pour que le cout des petits cadeaux, environ 140 $ par mois, soit couvert pendant plusieurs années.

Les visites font autant de bien aux visiteurs qu’aux résidants.

« Le dernier vétéran de la guerre de Corée a quitté notre programme de bénévoles (excepté ceux qui sont dans les groupes de bénévoles de la Légion) », dit Sprackett. « Cela les a beaucoup chagrinés d’abandonner, car ils savaient que ça leur faisait du bien de venir; ils se sont forcés aussi longtemps qu’ils ont pu et il nous a fallu adapter le programme de bénévoles aux gens dont la santé n’est plus aussi prévisible qu’avant. »

« Durant nos recherches, nous avons découvert que les ainés obtiennent de grands avantages en contribuant à leur collectivité », dit Keating, une contribution qui n’est que bien rarement reconnue au Canada. « Je suis ravie que vous écriviez cet article. C’est bien que les membres de la Légion sachent à quel point on les apprécie. On entend tellement souvent que les ainés sont un fardeau et improductifs, qu’ils ne contribuent pas vraiment. » Le bénévolat réfute cela et sert à perpétuer, à restaurer le sentiment d’utilité du bénévole.

« Ça fait plaisir, dit Bolli. C’est agréable. » Elle fait partie d’une génération de femmes qui préfèrent s’éreinter plutôt que mourir d’ennui. « J’ai quelque chose à faire durant la journée, » dit-elle.

« C’est le plaisir qu’on ressent à voir leur visage s’épanouir, surtout quand on porte l’uniforme », dit Eileen Margaret Smith, une femme de 87 ans de la filiale Victoria Ex-Servicewomen’s qui fait des visites à Broadmead depuis neuf ans. « On a hâte d’y aller. Je ne voudrais pas manquer d’y aller. Je vais continuer tant que je pourrai. Je me sens toujours chanceuse; que c’est grâce à Dieu que je ne fais pas partie des visités. Je suis chanceuse d’être en bonne santé et de pouvoir les aider. »

« J’en retire autant qu’eux, dit Christian. Il y a beaucoup de gens de mon âge qui ne quittent pas leur lit; ça m’occupe. » Et il ajoute qu’il accompagne un autobus Callow pour une soirée à la Légion au moins une fois par mois. « Où est-ce que quelqu’un de mon âge pourrait aller danser? » demande-t-il.

En dernière analyse, ce genre de bénévolat est peut-être agréable, mais les légionnaires peuvent aussi être fiers des résultats sérieux de leurs visites, dit Keating. « Ce que la Légion fait est important. » Les résidants et leur famille sont rassurés du fait que la Légion se concentre sur le bien-être des anciens combattants; ils savent que les légionnaires remarquent les défectuosités quand il y en a. Et, vu qu’ils sont épaulés par une organisation nationale, on peut être sûr qu’il y aurait des suites aux cas particuliers et même, à l’échelon national, à la politique.

« Durant toutes ces années, dit MacEachern, je n’ai jamais vu quoi que ce soit de mal et aucun ancien combattant ne s’est plaint », sauf un, à propos du service de la nourriture. Si tout va bien lors des visites surprises, dit-il, cela tranquillise les visiteurs et les familles, par rapport à la manière dont les anciens combattants sont traités au jour le jour.

Aussi, quand la Légion s’assure que les soins aux anciens combattants sont bons, elle rajuste le tir en ce qui concerne ceux des autres ainés, dit Keating.


Une paire d’yeux supplémentaires

Brenda Montgomery, de la filiale Centennial de Dartmouth (N.-É.), est une ancienne infirmière terre à terre, épouse d’un ancien combattant, qui sait à quel point son bénévolat est important dans le programme de sondage des soins de longue durée.

« Je reste à l’affut, dit-elle. J’ai des ressources immédiates au cas où je tombe sur quelque chose de particu­lièrement alarmant. » Si le problème ne peut pas être réglé par la famille du résidant ou par le directeur des soins de l’institution, elle appelle quelqu’un à Anciens combattants Canada.

Le programme de contrôle des soins de longue durée est un partenariat entre Anciens combattants Canada (ACC), qui paie la facture (129 000 $ en 2007) et la Légion royale canadienne, qui adminis-tre le programme et produit la main-d’œuvre bénévole. On en retire des avantages à tous points de vue : on subvient aux besoins méconnus de tel ou tel ancien combattant, on renseigne les gens sur les nouvelles ordonnances d’ACC ou sur les résolutions prises au congrès de la Légion et on revalorise les normes de soins pour les gens, autres que les anciens combattants, qui sont aux établissements de longue durée.

Étant donné ses engagements, ACC faisait des sondages sur la satisfaction des résidants aux plus grands établissements à places prioritaires. Cependant, vu les quelque 7 300 autres anciens combattants logés dans plus de 1 900 institutions disséminées partout au pays, les visites d’ACC étaient restreintes par le manque de main-d’œuvre et les distances. « Avant que la Légion mette la main à la pâte, c’est le personnel d’ACC qui sondait les résidants, mais vu le grand nombre de clients », les visites étaient rares et inégales aux institutions du pays les plus petites, dit Carlos Lourenso, directeur des services de soins en résidence ou en établissement d’ACC. « Le partenariat avec la Légion nous permet d’aller à plus d’endroits et de voir plus d’anciens combattants. »

Quand les bénévoles de la Légion se sont mis au travail, il y a cinq ans, ils ont surveillé à peu près 2 000 résidants; en 2007, ils ont mené quelque 3 000 sondages et ils sont en voie d’en faire 4 000 en 2008, dit-il.

Pierre Allard, directeur du Bureau des services de la Direction nationale de la Légion, qui recrute et forme les béné­voles et qui administre le programme pour ACC, en est très heureux. « Nous avons composé le programme conjointement avec ACC, nous explique-t-il. Nous n’étions pas très contents de la qualité des soins et nous disions qu’elle n’était pas pareille dans tous les éta-blissements pour anciens combattants. » Le Comité consultatif de gérontologie d’ACC, la Légion et d’autres organisations d’anciens combattants recommandaient des visites régulières pour sonder les résidants des institutions communautaires. Il y a quelques années, la Légion et ACC ont commencé à élaborer un programme.

« C’est un partenariat naturel et cons­tructif, dit Lourenso. La Légion est une organisation nationale merveilleuse, qui a des filiales et des bénévoles dans tous les coins du pays, et qui a un intérêt particulier par rapport à la santé des anciens combattants. ACC a promis de faire le nécessaire pour la qualité des soins aux anciens combattants dans le besoin et « la Légion est un partenaire qui l’aide à tenir cette promesse ».

« Nous avons travaillé de concert avec ACC » au développement du programme, dit Allard. En 2003, la Légion s’est mise à annoncer qu’il lui fallait des bénévoles et puis elle a mené six séries de formation de plus d’un mois et demi « pour qu’il y ait assez de sondeurs au début ». Le recrutement et la formation se poursui­vent. Quelque 150 sondeurs bénévoles ont déjà été formés à la largeur du pays, à qui ACC a donné pour mission de sonder les anciens combattants logés dans des établissements de soins de longue durée dans le but de savoir s’ils sont sa­tisfaits des services touchant 10 aspects de soins, dont la sécurité, la sureté, l’hygiène, la qualité de la nourriture, l’accès aux services médicaux, les occasions sociales et récréatives, et le soutien spirituel et pastoral.

La Légion et ACC étudient des parties différentes de l’information et s’en servent pour diverses raisons.

Les questionnaires sur la satisfaction des clients, confidentiels, sont remis directement à ACC. « C’est anonyme et impersonnel », dit Lourenso; et « ce n’est pas pour nos yeux », dit Allard.

Les résumés des rapports, cependant, « passent d’abord par la Direction nationale où ils sont examinés pour voir s’il y a des problèmes, dit Lourenso. Cela peut servir à expédier les problèmes ou les besoins dont il faut s’occuper. »

« Tout va bien à peu près de 90 à 95 p. 100 des fois, dit Allard, mais de temps à autre on découvre un problème. » Les problèmes qui affectent un particulier ou un établissement sont rapportés à ACC. « Nous faisons le nécessaire pour le régler, de concert avec l’établissement », dit Lourenso. En été, la Légion a attiré l’attention d’ACC sur des pro­blèmes signalés dans des rapports sur la sécurité, des odeurs tenaces et des biens disparus à un établissement ontarien. Un infirmier de bureau de district d’ACC a mené une enquête et des résidants mécontents ont été transportés à d’autres établissements.

La Légion et ACC étudient le résumé des rapports pour repérer des pro­blèmes plus systémiques aussi. Ces derniers donnent souvent lieu à des plaidoyers de la part de la Légion, ou à des résolutions au congrès. ACC se sert « des nombreux renseignements » de ces rapports et questionnaires et des résultats de leurs propres sondeurs professionnels qui s’occupent des établissements les plus grands, dit Lourenso. Cela « devient la pierre angulaire de notre assurance de qualité pour les soins de longue durée ».

Un de ces problèmes systémiques concernait la nourri­ture, quelque chose de très important dans un cadre de soins en résidence. « La nourriture est un indicateur de satisfaction fluctuant et instable », dit Lourenso. Et de fait, les rapports et les questionnaires ayant révélé un mécontentement généralisé par rapport à la nourriture, on a établi des normes uniformes pour la préparation et la livraison. Résultat : « en quatre ou cinq ans, la satisfaction s’est beaucoup améliorée ».

Montgomery est contente de cette information aussi. Vu que la nourriture est une question des plus importantes, elle planifie ses visites vers l’heure des repas. « Je peux recueillir beaucoup de renseignements à ces moments-là, » en posant des questions à propos du gout, de ce qui se passe si le résidant n’aime pas ce qu’on lui sert. Elle remarque aussi les usages aux repas, si les résidants sont rassemblés peu avant le service, ou s’ils sont attroupés à la salle à manger longtemps en avance.

Elle se sert de tous ses sens quand elle est dans un établissement; elle remarque la propreté, l’ordre, les odeurs, les bruits.

« Il se pourrait que quelqu’un refuse de parler par crainte d’empirer la qualité des soins, dit-elle. Je […} bavarde avec cinq personnes, alors on ne saura jamais qui a parlé. » À vrai dire, les questionnaires remis à ACC sont dépersonnalisés et anonymes, alors les résidants n’ont pas à s’inquiéter de leurs réponses.

Elle écoute attentivement. Quand un résidant lui a dit qu’il ne lisait plus les journaux, ses questions discrètes ont indiqué qu’il lui fallait des lunettes. Elle a remédié à la situation en passant un coup de fil à ACC.

Ce genre d’interaction personnelle est importante, dit Lourenso. C’est la différence entre une visite amicale et une réunion d’affaires. « La visite ne sert pas seulement à recueillir des renseignements », remarque-t-il. « Il s’agit d’un contact social. Il s’agit d’écouter les gens. »

Les anciens combattants ont tendance à attendre longtemps avant de demander des soins, quand ils sont en moins bonne santé et moins capables de s’occuper de leurs propres affaires. Le programme n’en est que plus crucial. « Il y a deux choses importantes (au programme), ajoute Montgomery. D’abord, d’un point de vue systémique, Anciens combattants Canada et la Légion sont tenus au courant de ce qui se passe. Ensuite, à l’établissement, on sait que quelqu’un se soucie d’eux. »

Elle a remarqué une amélioration lente depuis les cinq ans qu’elle fait des sondages. « En général, les établissements sont très bons. Ils sont meilleurs qu’il y a ne serait-ce que 15 ans passé ».

Elle est satisfaite, quand elle retourne à une institution, de voir qu’un problème a été réglé. « D’un point de vue personnel, c’est très satisfaisant. […]

« J’ai l’intention de continuer tant que je pourrai.”

Un tournée d’apprentissage

Les étudiants au mémorial de Terre-Neuve contemplent le champ de bataille à Beaumont-Hamel. [PHOTO : SHARON ADAMS]

Le silence prolongé est sans doute l’expression de l’être humain qui saisit le mieux l’essence de la commémoration. Quand la Première Guerre mondiale s’est terminée, il y a 90 ans, le 11 novembre 1918, aucune célébration tonitruante ne s’est élevée des tranchées; c’était plutôt le calme plat.

Les gens qui n’étaient pas là-bas et qui n’ont donc pas fait l’expérience des horreurs inexprimables d’une guerre où environ 10 millions de personnes ont été tuées et des millions d’autres, blessées, ne comprennent pas vraiment la nature de ce silence. En décembre 2008, il ne restait qu’un bien petit nombre de ceux qui y ont servi et le Canadien Jack Babcock en était un.

Quoi qu’il en soit, la nature de ce silence peut effectivement être ressentie aujourd’hui et c’est sûr qu’il peut servir à nous connecter aux hommes et aux femmes qui y étaient, au besoin de se souvenir de leur ser-vice et de leurs sacrifices.

La tombe du soldat George Lawrence Price. [PHOTO : SHARON ADAMS]

Le 11 novembre dernier, des centaines de personnes en deuil se sont rassemblées à un cimetière de la ville belge de Mons, en l’honneur des 68 000 Canadiens qui ont donné leur vie à la Première Guerre mondiale. Et bien que ce fusse 90 ans après la fin de la Grande Guerre, à la minute près, les émotions étaient encore toutes fraiches sur leur visage. Des vétérans des guerres et des conflits plus récents, ainsi que des membres des Forces canadiennes et d’autres de la Gendarmerie royale du Canada ont honoré leurs anciens frères d’armes qui ont fait l’ultime sacrifice. Les jeunes Canadiens et les parlementaires, dont certains avaient les larmes aux yeux, se souvenaient de parents qui ont péri alors que les résidants locaux inclinaient la tête en remerciement de la liberté dont ils profitent aujourd’hui.

Il s’agissait de la première de trois occasions, le jour du Souvenir — parmi les nombreuses de la semaine — où les émotions refoulées des membres de la délégation d’Anciens combattants Canada, qui assistaient aux activités de commémoration en France et en Belgique, ont été ravivées. « Nous sommes venus ici pour nous souvenir de ce que le passé écrit ne peut rappe­ler; et pour nous tenir aux endroits où le Canada a mûri », disait le ministre des anciens combattants Greg Thompson, le 10 novembre, lors d’une cérémonie au Mémorial Le Quesnel (France). Les 13 étudiants canadiens étaient le noyau de la Tournée d’apprentissage d’ACC où, durant une semaine, on leur a montré les champs de bataille, mémor­iaux et cimetières de la Première et de la Seconde guerres mondiales.

Bien que le Canada, jeune pays, fût entré en guerre en tant que membre junior du Commonwealth, il a obtenu le droit d’apposer sa signature sur le Traité de Versailles en reconnaissance du grand nombre de ses exploits et de ses sacrifices. Plus de 619 000 Canadiens — sur une population de moins de huit millions — avaient servi à la guerre. Plus d’un sur 10 avaient trouvé la mort et 172 950 avaient été blessés.

Andrew Sheppard à Beaumont-Hamel. [PHOTO : SHARON ADAMS]

Il n’y a nul doute que les citoyens de la France et de la Belgique se souviennent de ces sacrifices. « Je viens tous les ans pour me souvenir », dit le résidant de Mons Jean Pirson. Mons avait été occupée par l’Allemagne pendant plus de quatre ans quand, le dernier jour de la guerre, les Canadiens l’ont libérée. Pendant plusieurs générations, parents et enseignants ont appris aux enfants belges à entretenir la tradition de reconnaissance pour la liberté, dit Pirson. « C’est important de se souvenir et de transmettre ce souvenir aux jeunes gens, pour qu’il vive. »

Ainsi, l’émotion gagne facilement le peuple, à la place moderne de la ville, après le service réglé au cimetière de Mons et les défilé et cérémonie orga­nisés par la ville de Mons au Monument canadien. Il y avait dans l’assistance des représentants de la Belgique, du Canada, de la Grande-Bretagne, de la Russie, de l’Italie, du Portugal, de la Grèce et des États-Unis, ainsi que des membres d’organisations d’anciens combattants canadiennes, dont la Légion royale canadienne, les anciens combattants de l’armée, de la marine et des forces aériennes au Canada (ANAVETS) et le Conseil national des associations d’anciens combattants.

« Les Canadiens ont créé cette histoire », dit le capitaine Rick Towey du Royal Regiment of Canada de Toronto. « Je suis fier de faire partie d’une armée que l’histoire a retenu, et qui a libéré une ville. »

Les vétérans de la Seconde Guerre mondiale Bill Story et John Henderson se joignent à l’inspecteur Yvon de Champlain et au ministre des anciens combattants Greg Thompson. [PHOTO : SHARON ADAMS]

« Je suis très fier d’être ici », dit le caporal-chef et photographe des Forces canadiennes Serge Tremblay. C’est à Mons que le premier soldat a été tué à la Première Guerre mondiale et où le dernier soldat canadien a été tué quatre ans après. » Ce dernier, le soldat George Lawrence Price du Saskatchewan Regiment, a été tué par un tireur d’élite deux minutes avant le cessez-le-feu et il a été enterré au cimetière militaire de Saint-Symphorien.

Le jour du Souvenir, les résidants locaux déposent des fleurs coupées sur sa tombe. Le même soir, à l’occasion de la cérémonie de la dernière sonnerie, sous les arches commémoratives de la Porte de Menin, à Ypres (Belgique), les Belges ont à nouveau démontré leur reconnaissance. Excepté lors de l’occupation, durant la Seconde Guerre mondiale, la circulation est interrompue sous les arches et les clairons jouent la dernière sonnerie tous les soirs, à 20 h, depuis le 11 novembre 1928.

La foule, qui avait commencé à se rassembler des heures avant la cérémonie du jour du Souvenir, a rempli la salle du Souvenir et s’est étendue le long de la rue jusqu’à la place. Les acclamations ont éclaté quand le contingent des Forces canadiennes est arrivé au monument. Peu après, quand un cornemuseur a commencé à jouer Amazing Grace, la foule s’est mise à fredonner et puis à chanter. « J’étais au garde-à-vous, alors je ne pouvais pas regarder autour de moi. J’entendais la foule qui soupirait et haletait, qui manifestait l’émotion qui m’était interdite parce que j’étais au garde-à-vous », dit le caporal-chef Marc Jacobs des Rocky Mountain Rangers de Kamloops (C.-B.). « Quand la foule s’est mise à fredonner, j’en ai eu des frissons. »

Jessica Roberts dépose une croix. [PHOTO : SHARON ADAMS]

« Je ne pouvais plus me retenir », dit Marie-Josée Chapleau, recruteuse des Forces canadiennes et commandante de la garde du drapeau durant la cérémonie. Quand les larmes ont commencé à couler, « j’étais si fière que ça ne faisait rien. » Elle n’était pas la seule. « Les larmes me sont montées aux yeux », dit le caporal-chef Richard Hicky du First Newfoundland Regiment de St. John’s. « En entendant ça, on ressent la fierté », ajoutait le caporal Anthony Edwards du Toronto Royal Regiment. « Je ne me suis jamais senti aussi Canadien, aussi fier », dit le bombardier-chef Kimberley Loucks du 2e Royal Canadian Horse Artillery.

« Je n’ai pas pu prendre plaisir à toutes les chansons et à la musique parce que je ne peux pas entendre, mais le visage des gens montrait qu’ils étaient très affectés », témoignait le délégué de la jeunesse Jamie Routledge d’Halifax qui est  sourd.

Nolan Janvier bavarde avec le vice-président de la Légion Erl Kish. [PHOTO : SHARON ADAMS]

La chorale de garçons de l’école Crescent de Toronto a suscité un autre moment d’émoi chez les Canadiens qui se trouvaient dans la foule en chantant Au champ d’honneur, et puis les clairons du corps de pompiers volontaires local ont utilisé les instruments en argent que leur ont donné les filiales Brussels et Antwerp de la Royal British Legion pour jouer la dernière sonnerie.

Le contingent canadien a déposé les premières couronnes à côté de celles qui avaient été déposées avant, dans la journée. Il s’agissait du député Kevin Sorenson, de la part du Canada; du vice-président de la Légion Erl Kish pour la Légion; de William Story de la part du Conseil national des associations d’anciens combattants; de Gord Marsh pour ANAVETS; de Ron Griffis de l’Association canadienne de Vétérans des forces de la paix des Nations Unies de la part des anciens combattants du Canada; et des délégués de la jeunesse Jonathan Jampies de St. Catharines (Ont.) et Andrea Omilgoitik d’Iqaluit (Nunavut) de la part de la jeunesse canadienne.

Il y a deux escaliers dans la salle du Souvenir centrale. Au-dessus se trouve l’inscription suivante : « Ici sont inscrits les noms d’officiers et d’hommes qui sont tombés au saillant d’Ypres mais pour qui la fortune de la guerre a refusé l’enterrement honorable qu’ont eu leurs cama­­­­rades mortuaires. » Les noms d’environ 55 000 soldats du Commonwealth, dont 6 940 Canadiens, ont été gravés sur les murs. Parmi eux se trouve Lee Wood, qui s’était enrôlé à 18 ans et qui a été tué à Passchendaele à 21 ans. C’est l’arrière-grand-oncle du délégué de la jeunesse d’ACC Sam Wood de Fredericton (N.-B.) . Il a laissé un coquelicot à côté en souvenir.

« Voir les noms sur le mur… Je vois toujours la tristesse dans les yeux de ma grand-mère quand elle parle des frères qu’elle a perdus », dit le sergent William MacDougall des Cameron Highlanders d’Ottawa.

Des porteurs portent le cercueil du soldat Ralph Ferns. [PHOTO : SHARON ADAMS]

« C’est pas la même chose d’entendre ça quand on est au Canada que quand on l’entend ici en voyant tous ces noms. » Il s’agissait d’un leitmotiv durant les activités de la semaine alors que les délégués d’ACC, jeunes et vieux, intériorisaient les histoires de la Première Guerre mondiale, de batailles gagnées et de vies perdues, de la force de caractère de ceux qui ont vécu et qui sont morts dans les tranchées.

« Notre jeune nation avait une division de soldats citoyens, sous le commandement d’un général britannique, au début de la guerre », dit le député Kevin Sorenson, à la crête de Vimy, le 9 novembre, à la première manifestation de la semaine. « Il l’a finie avec une force de combat superbe sous le commandement d’un de ses propres fils et une réputation de courage, de force et de détermination. »

Le soleil a percé le ciel de plomb au-dessus des deux grands pylônes jumeaux pendant que Sorenson parlait. Le nom des 11 285 soldats canadiens qui ont été déclarés « disparus, présumés morts » en France a été gravé sur les remparts. Une brise fraiche, qui soufflait dans le microphone, semblait ponctuer ses paroles de coups de feu éloignés. « L’histoire de la crête de Vimy, c’est celle de dizaines de milliers d’individus, de gens ordinaires, comme vous et moi, qui ont défendu ce en quoi nous croyons tous : la paix et la liberté. »

C’était la journée où les gens de l’endroit assistent à leur cérémonie du souvenir et quelque 300 personnes se sont jointes aux soldats et aux représentants des gouvernements britannique, français et allemand pour présenter leurs respects. Il y avait des Canadiens dans l’assistance, dont Eleanor Saunders d’Ottawa, accompagnée de son fils Stephen et de son petit-fils Max, qui a presque deux ans. « C’était merveilleux de voir que les gens de la place viennent encore après 90 ans. »

L’achèvement de la guerre a commencé, une heure avant l’aube du 8 aout 1918, quand « plus de 100 000 Canadiens ont apparu à l’horizon pour une bataille qui allait entrer dans l’histoire », dit le ministre des anciens combattants Greg Thompson à l’occasion d’une cérémonie au monument Le Quesnel, le 10 novembre. Cette attaque surprise, menée à bien, fut le début de la bataille d’Amiens, le début des derniers cent jours de la Première Guerre mondiale, quand les soldats canadiens ont montré ce dont ils étaient capables.

Amiens était un tournant. Le Corps canadien fit 5 000 prisonniers et s’empara de 161 canons, mais le nombre de ses victimes s’élevait à 4 000. C’est pour les honorer que huit membres de l’équipe canadienne multidisciplinaire d’aide aux victimes  du Centre médical régional Landstuhl (Allemagne), où sont soignés les soldats canadiens grièvement blessés en Afghanistan, ont conduit, pendant 12 heures, pour assister au service commémoratif. De dire la commandante Julie Bédard, basée à Winnipeg mais au milieu d’une affectation de six mois en Allemagne : « C’était important pour nous de venir commémorer le 90e anniversaire. Le service a été si émouvant. C’est épatant que les jeunes gens puissent voir ce qui a été fait par notre militaire et parler aux anciens combattants de leurs expériences. »

« On entend souvent les gens dire qu’ils sont fiers d’être Canadien », ajoutait Andrea Omilgoitok, qui a eu l’honneur de lire la promesse du souvenir des jeunes. « Mais c’est la première fois de ma vie que j’ai ressenti cette fierté jusqu’au plus profond de moi. »

Les anciens combattants et les jeunes examinent les pierres tombales. [PHOTO : SHARON ADAMS]

Les étudiants ont eu l’occasion de visiter une grande partie des 30 cimetières militaires où gisent plus de 7 000 Canadiens. Par la suite, la même journée, ils ont placé des croix en bois sur les tombes près du Mémorial du Bois de Bourlon. C’est là qu’ils ont vraiment compris à quel point beaucoup des hommes qui ont donné leur vie étaient jeunes. Quand Jessica Roberts d’Abbotsford (C.-B.) regardait lentement les nombreuses pierres tombales, ses yeux ont été attirés par celle qui marque la dernière demeure du caporal J.A. Morrison, fantassin canadien mort à 26 ans. « Il a les mêmes initiales que mon frère; on l’appelle Jam (confiture). Il a 14 ans et il parle déjà de s’enrôler. Je me demandais : et s’il allait à la guerre et mourrait comme cet homme? »

« Beaucoup de ceux qui sont morts avaient 18, 19 ans; comme nous », dit Joshua Jenning de Haines Junction (Yukon). « Je pensais à tous nos amis chez nous et à aller à la guerre avec eux tous; et qu’ils meurent autour de moi. » Cela préoccupait beaucoup Andrew Sheppard de Glovertown (T.-N.) qui a reconnu sur le Mémorial terre-neuvien de Beaumont-Hamel le nom de beaucoup de familles qui ont perdu des fils à la bataille de la Somme. Il y a un grand caribou en bronze, l’emblème du Royal Newfoundland Regiment, sur un tertre entouré de pierres et d’arbustes natifs de Terre-Neuve, qui surmonte les tranchées et le sol où tant d’hommes ont péri.

Sheppard y a perdu un arrière-grand-oncle, John Saunders, qui se serait enrôlé au Newfoundland Regiment à 22 ans et qui serait mort, croit sa famille, à la bataille de Cambrai, le 3 décembre 1917. Andrew a appris que son arrière-grand-oncle faisait partie d’une famille de pêcheurs pauvres. S’enrôler était alors une façon de se sortir de la misère dans une collectivité où la nourriture venait à manquer. « La vie était si difficile », dit Andrew.

Les histoires comme celle d’Andrew ont empêché le voyage de se transformer en un récit assommant de dates de bataille et de noms de héros morts il y a longtemps. « On essaie de ne pas s’arrêter sur les noms et les dates », dit Carl Kletke, historien de la Direction – Histoire et patrimoine du ministère de la Défense nationale. On avait assigné le nom d’un soldat mort à chacun des étudiants, et ils ont fait une présentation sur lui dans le cimetière où il a été enterré ou au monument près d’où il est mort.

Kletke faisait des exposés sur les tactiques militaires, les mouvements de troupes, au fur et à mesure que l’autocar voyageait entre les cimetières, les champs de bataille et les monuments, et les étudiants suivaient sur les cartes qu’on leur avait données. « Si nous ne comprenons pas pourquoi ces mémo­riaux sont là, ce ne sont plus que des morceaux de pierre, dit Kletke. Si nous ne comprenons pas pourquoi ces cimetières sont là, ce ne sont plus qu’un assortiment de pierres tombales. Mais ils sont bien plus que ça; ils font partie du patrimoine canadien. » Kletke s’est assuré d’inclure les bataillons de la ville de chaque étu­diant, ou du soldat sur lequel il avait fait des recherches, pour que la connexion soit plus évidente. Ils ont eu un aperçu des distances, visualisé le progrès des troupes, se sont représenté les batailles.

Harry Quarton, Ron Griffis, Karl Morel, John Henderson et Phil Etter à Vimy. [PHOTO : SHARON ADAMS]

Cela a été facilité par les excursions aux tranchées où les Terre-Neuviens se sont battus le premier jour de la bataille de la Somme et aux tunnels du champ de bataille autour du Monument commémoratif du Canada à Vimy, où le Canada, à la bataille de la crête de Vimy, a eu 10 600 victimes entre le 9 et le 12 avril 1917.

Et la connexion a aussi été renforcée grâce aux rapports avec les anciens combattants qui les accompagnaient. Kletke a réussi à relier l’expérience des délégués des anciens combattants et des Forces canadiennes aux exploits de ceux qui sont passés à l’histoire, quoiqu’ils eussent été soldats à la Seconde Guerre mondiale, aux conflits plus récents ou aux opérations de maintien de la paix. « De dire le général Andrew McNaughton, qui commandait l’artillerie au moment de l’armistice : “pourquoi ne pas les repousser jusqu’en Allemagne? Si on ne le fait pas, il va falloir revenir dans 25 ans.” Et comme de raison, McNaughton commandait la 1re Division d’infanterie canadienne quand elle y est allée en 1939; il revenait, 20 ans après, avec un autre groupe de jeunes Canadiens. » Les étudiants ont eu l’occasion de parler à certains de ces Canadiens, qui sont maintenant de vieux soldats, marins et aviateurs.

Ils ont entendu Phil Etter de Belleville (Ont.), commissaire adjoint dans la marine marchande canadienne, aujourd’hui âgé de 88 ans, parler du devoir à bord des navires hôpitaux qui sillonnaient l’Atlantique-Nord; et Eldon McCallum de Woodstock (N.-B.), qui a participé à 36 missions en bombardier Halifax, parler de la vie dure qu’était celle d’un mitrailleur dorsal. Ils ont entendu Bill Story, qui vit actuellement à Moneta (Virginie), parler du service dans la 1re Force de Service spécial, surnommée la brigade du Diable. Le lieutenant-colonel Harry Quarton à la retraite, qui avait menti à propos de son âge, en 1940, pour s’enrôler dans le South Alberta Regiment, a parlé de l’avance à travers la France. Les jeunes gens ont aussi entendu l’ancien soldat Karl Morel, dont le service en tant que réserviste a compris une affectation de six mois en Égypte, raconter les dangers du maintien de la paix.

Ils ont aussi entendu parler ceux qui avaient des relations familiales à la Grande Guerre. « Mon grand-oncle et mon grand-père sont passés par ici en 1916 et 1917 », nous expliquait le vice-président de la Légion Erl Kish, qui a trouvé la tombe de son grand-oncle Andrew Kish, du 4e Bataillon canadien de fusiliers à cheval, au cimetière communal d’Aubigny, au nord-ouest d’Arras. « J’ai apporté un peu de terre pour la tombe de mon grand-père », dit-il. Kish lui-même a servi dans le Corps royal de l’intendance de l’Armée canadienne et dans le Corps royal canadien des ingénieurs électriciens et mécaniciens entre 1953 et 1983.

Les étudiants avec des fleurs à la cérémonie réglée à Vimy. [PHOTO : SHARON ADAMS]

Les étudiants ont aussi été témoins du respect et de l’honneur des anciens combattants et des membres des Forces canadiennes durant les funérailles du soldat Ralph Tupper Ferns du Royal Regiment of Canada, tué le 14 aout 1944. Ses restes ont été retrouvés en 2005 et il a été identifié au printemps 2008 et inhumé avec tous les honneurs militaires, le 14 novembre 2008, au cimetière militaire canadien de Bretteville-sur-Laize. Son neveu Gary Ferns et sa nièce Janice Basilone assistaient aux funérailles, ainsi que des citoyens locaux, dont Valérie et Christian Guilloux de Cintheaux (France), qui avaient sorti leurs enfants Laurine et Quentin de l’école.

Le sergent Andrew Savoie à Mons. [PHOTO : SHARON ADAMS]

« Le plus impressionnant, c’est de se trouver ici, avec les anciens combattants, dit Jamie Routledge. C’est pas tout le monde de mon âge qui a la chance de les côtoyer. Quand je serai plus vieux, ils auront disparu et j’aurai pas la chance d’entendre leurs histoires. » Le grand-oncle de Caitlyn Delwel d’Edmonton, qui a été à la Seconde Guerre mondiale, y a perdu son meilleur ami, dit-elle et il répugne à parler de ses expériences. « C’est extra de pouvoir entendre d’autres vétérans en parler, dit-elle. C’est raconté à la première personne du singulier. »

Harry Quarton (à g.) et Ron Griffis saluent. [PHOTO : SHARON ADAMS]

Tout au long du pèlerinage, l’ancien combattant Phil Etter a souvent récité : « Il se peut que j’oublie ce qu’on me dit et il se peut que je me souvienne de ce qu’on me montre; mais c’est sûr que je comprendrai si on m’implique. »

Les étudiants ont visiblement changé, un par un, durant leur « Tournée d’apprentissage ».

À la fin de la semaine, c’était évident : Ils comprennent.


Une conduite jusqu’à Vimy

Quand les Canadiens débraillés descendent du train à la gare de Vimy (France) pour aller visiter Le Monument commémoratif du Canada à Vimy, ils sont souvent reçus par un gentilhomme français jovial âgé de 85 ans qui leur offre de les y conduire.

Georges Devloo. [PHOTO : SHARON ADAMS]

Il n’existe pas de service de transport jusqu’au mémorial de Vimy, alors, depuis 12 ans, Georges Devloo, enseignant à la retraite, offre ses services, en tant que chauffeur et guide bavard, aux Canadiens en rade.

Il dit qu’il reconnait les Canadiens immédiatement à leur descente du train parce qu’ils étudient leurs cartes et leurs guides et puis ensuite « ils regardent vers la gauche et vers la droite et ils s’avancent lentement ».

C’est alors que Devloo offre ses services, en français d’abord et s’ils ne répondent pas, en anglais hésitant. « Je leur dis “Je vais au mémorial” et j’ouvre la portière. »

Il est bel homme avec son béret noir et son imperméable, un peu à la Maurice Chevalier. Sa bonhommie triomphe de la retenue traditionnelle des Canadiens et de la crainte par rapport à monter dans la voiture d’un étranger. « Je leur donne des leçons d’hospitalité », dit-il.

Il a conduit environ 1 200 visiteurs canadiens au mémorial et n’a jamais demandé un sou pour ce service (bien qu’il accepte les biscuits à l’érable que lui envoient souvent ses passagers de retour chez eux).

Pourquoi fait-il ça? « C’est une question de solidarité », dit-il par l’entremise de l’interprète Brianne Watson, guide en chef au mémorial. C’est un exemple des nombreuses façons que le peuple français remercie les Canadiens de sa libération. Devloo fait partie des meubles au mémorial et il est très estimé des jeunes guides canadiens, à qui il offre des gâteries de son jardin. Il se rend utile aussi en réparant leur bicyclette ou en leur montrant à conduire un véhicule à transmission manuelle. Les guides l’appellent le grand-père du mémorial de Vimy.

Devloo a reçu un certificat d’appré­ciation, que le ministre d’Anciens combattants Canada, Greg Thompson lui a présenté, le 12 novembre, de la part du peuple canadien.

Prix d’excellence en habitation décerné à la Légion

La Dr. F.M. Walker Veterans and Seniors Villa de 4,4 millions de dollars, à Alliston (Ont.), œuvre faite avec amour par la filiale locale de la Légion royale canadienne et le Centre d’excellence en habitation de la Légion pour ainés, a remporté un Prix d’excellence en  habitation de la Société canadienne d’hypothèques et de logement en 2008.

Sophie Hill, de la filiale Alliston (Ont.), accompagnée par David MacDonald, conseiller en développement du Centre d’excellence en habitation de la Légion pour ainés et par Suzanne Lévesque d’Anciens combattants Canada, a accepté le prix, lors d’un souper de cérémonie, le 3 novembre. Il s’agissait d’un des 16 prix de la SCHL sous le thème des Pratiques exemplaires pour le logement abordable, qui sert à reconnaitre les individus et les organisations pour leurs réalisations par rapport au logement abordable.

« La Légion a de quoi être fière », dit Nancy Walker, coordonnatrice du Comité national de recherche sur le logement de la SCHL. La SCHL approuve la villa comme étant « un témoignage de ce que les fournisseurs de services, les professionnels de l’industrie, les collectivités et les gouvernements peuvent faire pour atteindre un but commun ».
C’est aussi un témoignage de ce qu’une petite filiale peut faire, grâce à beaucoup de travail et de persévérance (Alliston Branch Takes On Seniors Housing Project [non traduit], Novembre/ Décembre 2006).

« Tout ce qui pouvait aller mal dans un projet est allé mal à Alliston, dit MacDonald. Ça aurait été si facile d’abandonner. » Il attribue le mérite de l’achèvement du projet, qui a pris environ sept ans, à la persévérance du comité d’organisation local, dirigé par Hill, une arrière-arrière-grand-mère de 83 ans. Hill partage le mérite avec les membres du comité, choisis soigneusement pour l’expertise de chacun. La filiale a environ 530 membres.

L’édifice à trois étages comporte 33 appartements pour habitation autonome, 23 unités d’une chambre à coucher et 10 de deux chambres à coucher. L’édifice a un espace vert, une cour et une salle commune pour les visites familiales qui est aussi disponible aux nombreuses organisations associées à la Légion.

Alliston fait partie de la ville de New Tecumseth, où l’on avait découvert le besoin de logement sécuritaire et abor­da­ble pour les anciens combattants et les ainés à revenu fixe. Alliston, située à une heure au nord-nord-ouest de Toronto, est de­venue une cité-dortoir de la grande ville, ce qui a fait grimper les prix du logement. Les loyers à la villa varient de 772 $ à 889 $ par mois et 11 unités ont un loyer proportionné au revenu. La modicité était un des quatre critères pour l’attribution du prix et la différence que les habitations font pour la collecti­vité, l’innovation et l’adapta­bilité pour le reste du Canada étaient les trois autres.

Les matériaux utilisés pour réduire le son et les vibrations de la voie ferrée avoisinante et le design de la toiture qui permet l’addition à venir d’autres étages font partie des caractéristiques novatrices.

La filiale avait donné un terrain triangulaire, d’une valeur de 335 000 $, pour lancer le projet et puis elle a dû acheter un terrain adjacent nécessaire à la construction. « Cependant, grâce à ses 85 ans de service communautaire, la Légion a pu compter sur le soutien de la collectivité », faisait-on remarquer à la SCHL. Les couts ont été maitrisés grâce au conseiller de planification, à l’architecte et aux entrepreneurs qui ont réduit leurs frais ou les ont remis à plus tard. Un club philanthropique local a donné des meubles pour le projet. La ville de New Tecumseth a accepté un report de cinq ans de l’impôt foncier et réduit les frais de développement de moitié.

La fondation Dr. R.M. Walker Veterans and Seniors Villa Inc., constituée pour devenir propriétaire de l’établissement et l’administrer, a obtenu presque 1 million de dollars en financement grâce à l’Entente Canada-Ontario concernant le logement abordable, un prêt sans intérêt de 100 000 $ pour compenser les couts initiaux (dont une partie a été effacée) et l’assurance de la SCHL qui a permis à la fondation d’obtenir une hypothèque à faible intérêt. « Il n’y a pas de bourse spéciale où l’on puisse emprunter pour les projets de la Légion, dit MacDonald. Ils ont dû se débrouiller pour trouver une hypothèque comme n’importe quel autre promoteur. »

La constitution de la fondation et l’obtention d’une hypothèque sont peut-être décourageants, dit Hill, mais ils sont possibles grâce aux conseils du Centre d’excellence en habitation de la Légion. La Légion a créé environ 8 000 logements, dans plus de 150 ensembles résidentiels, allant de la location aux soins prolongés à la location viagère, en passant par les condominiums. « Si une filiale désire faire quelque chose de semblable, je lui conseille d’étudier la chose profondément, prendre la décision et puis le faire », dit Hill.

« La Légion est probablement mieux préparée que quiconque dans les collectivités du pays pour répondre à la demande » de logements pour ainés, dit MacDonald, qui a été détaché d’Anciens combattants Canada à la Légion. Nombre de filiales ont des biens immobiliers en plein centre-ville, des actifs qui ont pris de la valeur au fil du temps. Les filiales peuvent tirer parti de la longue expérience de la Légion par rapport aux logements pour ainés, ainsi que des conseils du Centre d’excellence. La clientèle des unités n’attend que ça et les prêteurs reconnaissent et respectent la Légion.

Les filiales des agglomérations les plus petites ont effectivement un avantage par rapport au processus d’aménagement, dit MacDonald. « Les gens se connaissent tous et tout le monde veut que ça marche. » Cela rend le processus d’approbation bien plus rapide. Et la collectivité a tendance à être patiente quand les choses tournent mal, comme c’est arrivé à Alliston, lorsque l’entrepreneur et l’architecte ont attendu pendant des mois, que le financement se matérialise, pour être payés.

Il y a un aspect du projet qui peut être utile aux autres filiales de la Légion : le partage de l’espace de divertissement. Beaucoup de filiales, ayant peur de perdre les revenus de leur salle, répugnent à dresser de nouveaux plans pour leur édifice, même si ce dernier est devenu trop grand pour le nombre de membres qui leur reste. Planifier un développement qui permette à la filiale de partager un espace peut aider cette dernière à se tirer d’embarras, dit MacDonald.

Les filiales ne devraient pas avoir peur de monter des projets qui subviennent à leurs besoins ainsi qu’aux besoins des anciens combattants et des ainés qu’elle sert. Mais « il faut commencer au tout début quand on organise ça, parce que ce qu’on organise détermine ce qui va se passer au bout du compte, dit-il. Si une filiale a besoin de davantage de revenus, le projet doit être monté afin de les obtenir ».

Je me souviens

Des blanches colombes tenues par (de g. à d.) Josée Verner, le maire Régis Labeaume et le premier ministre Jean Charest sont lâchées. [PHOTO : TOM MacGREGOR]

L’appel à la commémoration semble naturel à Québec, surtout pour les gens qui se rassemblaient autour de la Croix du sacrifice à l’occasion du service annuel du jour du Souvenir. Cette croix, minuscule par rapport à la Citadelle dont les fortifications dominent la vieille ville, est une présence sombre au terrain de l’hôtel du Parlement, l’édifice de l’Assemblée nationale.

C’est à l’entrée de cet édifice, sous les armoiries provinciales, qu’Eugène-Étienne Taché, architecte et sous-commissaire des terres publiques, a fait graver la devise « Je me souviens ».

Il n’a laissé à la postérité aucun document expliquant pourquoi (en 1883) il s’est arrêté sur ces mots. Ce pourrait être un vers de Victor Hugo, ou un hommage à une époque révolue du Québec; quoi qu’il en soit, c’est devenu la devise de la province en 1939, quand les armoiries ont été adoptées officiellement. La formule a également été adoptée par le Royal 22e Régiment, la fameuse unité québécoise de fantassins réguliers et elle décore aussi les plaques d’immatriculation de la province.

Verner dépose une couronne, assistée par Georges Lasnier. [PHOTO : TOM MacGREGOR]

Il y avait en outre des bannières pour rappeler le passé — dans tout le secteur du centre de la ville — en l’honneur du 400e anniversaire de la fondation de Québec, par Samuel de Champlain (Bonne fête Québec, mai/juin). Toutefois, c’est d’un passé plus récent que ceux qui se sont rassemblés le 11 novembre étaient venus se souvenir. Les anciens combattants et les jeunes hommes et femmes en uniforme qui défilaient derrière la Musique du Royal 22e Régiment le long de la Grande-Allée, la fameuse voie par laquelle on entre dans la vieille ville, avaient les guerres du siècle dernier et l’insurrection actuelle en Afghanistan à l’esprit. Alors que certains anciens combattants pensaient à la Seconde Guerre mondiale et à la guerre de Corée, d’autres pensaient aux 10 membres des Forces canadiennes de la Base des Forces canadiennes Valcartier avoisinante, au moins, parmi les presque 100 soldats qui ont trouvé la mort en Afghanistan depuis 2002.

La neige matinale avait disparu des plaines d’Abraham au lever du soleil et, bien que le temps fût encore à la neige, les nuages dévoilaient le soleil, de temps à autre, pendant la cérémonie à laquelle assistaient quelque 1 500 personnes.

Georges Lasnier aide Charly Forbes à déposer  une couronne. [PHOTO : TOM MacGREGOR]

On entendit l’O Canada après la 11e heure et puis ensuite il y eut les coups de canon, la dernière sonnerie, la diane, la complainte et l’Acte du souvenir. Alcide Maillet, de la filiale Lt.-Col. Charles Forbes de Loretteville, faisait fonction de maitre des cérémonies durant le service, lequel a été réglé dans les deux langues officielles, et durant lequel un défilé aérien de trois hélicoptères de Valcartier a grondé au-dessus des têtes.

La première couronne a été déposée par Jean Charest, qui faisait une pause durant la course aux élections annoncée une semaine auparavant. Ensuite, ce fut le tour d’Elsie Godin, membre de la filiale et représentante des mères de la Croix d’argent. Josée Verner, ministre des Affaires intergouvernementales et députée locale et le maire de Québec, Régis Labeaume, lui ont emboité le pas. Chacun a déposé une couronne de la part de son gouvernement respectif.

Quant à la Légion, c’est Charly Forbes lui-même qui l’a représentée. Cet éminent ancien combattant de la Seconde Guerre mondiale et de celle de Corée, âgé de 87 ans, participe toujours à quantité de cérémonies militaires dans la région. Le président Georges Lasnier de la filiale Lt.-Col. Charles Forbes l’accompagnait.

Charest a inspecté les troupes et bavardé de surcroit avec les anciens combattants. Des dizaines de couronnes ont été déposées pendant qu’une chorale d’enfants chantait des hymnes, accompagnée par la Musique. Les couronnes déposées, des élèves portant des drapeaux à feuille d’érable et des coquelicots en carton sont venus les déposer par terre autour de la croix.

Un moment émouvant a eu lieu à la fin de la cérémonie, après qu’une cage de colombes avait été avancée. Les oiseaux furent donnés à Charest, Verner et Labeaume, qui ont attendu le signal de les laisser s’envoler. Les oiseaux, effrayés, se sont alors éloignés d’eux, battant des ailes au-dessus de la foule et ensuite par-dessus le mur de la Citadelle, dans la paix et la liberté.

Joe Bilocq défile à la tête des anciens  combattants. [PHOTO : TOM MacGREGOR]

Peu de temps après, le défilé a pris le départ et les anciens combattants et les soldats ont été invités au gymnase de la Citadelle pour une boisson chaude et des sandwiches. Beaucoup d’entre eux se sont rendus à la filiale de Loretteville par la suite, où ils ont terminé la journée en racontant leurs souvenirs.

Forbes dit qu’il pensait aux huit volontaires belges qui faisaient partie de son unité, dans le Régiment de Maisonneuve, quand il se battait pour l’ile de Wacheren, à la bataille de l’Escaut. « Bien que les Britanniques avaient libéré Anvers en septembre (1944), pas un navire de ravitaillement n’avait pu se frayer un passage. C’était la fin du mois d’octobre et nous avions besoin d’approvisionnements », se souvient Forbes.

Les bâtiments alliés n’allaient pouvoir traverser l’estuaire en sécurité que si les Canadiens en chassaient les forces allemandes. Les Britanniques avaient donné l’ordre d’inonder le secteur. « Mais les Allemands étaient malins. Ils avaient mis leurs canons sur les digues. Les canons continuaient de tirer même après que la terre a été inondée. »

Forbes, qui était alors lieutenant, reçut l’ordre d’avancer sur les digues; mais, son unité avait été fortement décimée après la Normandie. « Huit volontaires belges travaillaient dans notre cuisine, se rappelle-t-il. Ils sont venus me dire qu’ils voulaient combattre à nos côtés. Ils voulaient participer au combat avec les fusils allemands qu’ils avaient ramassés. J’ai dit qu’ils sortent de la cuisine. On leur a donné des uniformes à nous. S’ils s’étaient fait prendre, ils auraient été fusillés. »

La mère de la Croix d’argent Elsie Godin (à g.) se prépare à déposer une couronne. [PHOTO : TOM MacGREGOR]

C’est pour la bataille qui a suivi qu’on a décerné la plus importante médaille d’honneur à Forbes : la Militaire Willems Orde. « On s’était fait esquinter sur une digue d’environ 1 000 verges de longueur par 60 verges de largeur. Mais, les Allemands allaient être obligés de me passer dessus pour traverser. J’ai tiré sur le premier qui s’est avancé vers nous avec mon pistolet et il nous restait encore une mitrailleuse pour les tenir en respect », se rappelle-t-il.

Par la suite, la reine Wilhelmina des Pays-Bas a décerné neuf médailles du Willems Orde à des Canadiens. Ce n’est que durant les années 1960 qu’il a appris qu’on l’invitait à une manifestation en même temps que les récipiendaires de la Croix de Victoria. « Ce n’est qu’à ce moment-là que j’ai appris […}. Je portais cette médaille et personne au Canada ne savait ce qu’elle signifiait; y compris moi! »

Pour conclure, le jour du Souvenir, Forbes dit qu’il aurait voulu que les Belges qui ont combattu à ses côtés soient reconnus, mais cela n’arrivera jamais.

D’autres personnes, à la filiale, ont raconté leurs histoires du temps qu’ils étaient militaires. Les anciens combattants du groupe ont vite remarqué la Médaille de la bravoure de Claude Godin, surnommé Joe, la décoration civile pour bravoure dans des circonstances dangereuses. Il était sergent dans la police militaire à la Base des Forces armées canadiennes Bagotville (Qc), le 27 novembre 1982 : « Un matin, au réveil, je me suis aperçu que la maison mobile  de l’autre côté de la rue était en flammes. Une femme était à l’extérieur, mais son garçon de 17 mois était encore dedans », nous explique Godin, qui est maintenant âgé de 65 ans. « Je suis allé au berceau, j’ai pris le petit et je suis ressorti. On était à peine à l’air libre que tout a fait pfuit! »

Le président Lasnier de la filiale, occupé à des dizaines de détails, a terminé la journée triomphalement. « La cérémonie a toujours été organisée par les gens de la filiale Citadelle […], mais ils ont dû accepter qu’ils ne pouvaient plus continuer. C’était notre tour de prendre en main la cérémonie », dit-il.

La filiale Lt.-Col. Charles Forbes en est une nouvelle, dont l’ouverture a eu lieu en 1995. En 2007, elle a acheté un ancien bar country et western de Loretteville, à 11 kilomètres du centre-ville et elle en a fait son hall de filiale; beaucoup mieux que l’appartement à l’étage dont elle se servait auparavant.

Le membre André Côté de la filiale Citadelle reconnait que la responsabilité des services du jour du Souvenir est passée à la nouvelle filiale. « Notre effectif avait diminué à 80 à peu près. Nos membres vieillissent; beaucoup sont à l’hôpital. Et l’incendie est une raison de plus pour décider d’arrêter. »

L’incendie que mentionnait Côté était la conflagration spectaculaire du 4 avril qui a détruit le manège de Québec (Journal, juillet/aout). L’édifice, cons­truit entre 1885 et 1887 (dessiné par Taché également), abritait le plus vieux régiment canadien français, celui des Voltigeurs de Québec. La filiale Citadelle y logeait ainsi que les cadets et d’autres groupes s’en servaient également.

L’incendie ayant détruit l’intérieur et le toit en bois sec, il ne restait plus que les murs extérieurs et les tourelles. Sa fière histoire est encore racontée au moyen d’une plaque de site historique au terrain d’exercices, devant l’édifice.

Il s’agit d’encore un rappel du riche patrimoine militaire de Québec, ce qui est toujours manifeste si l’on se fie au grand nombre de gens venus au service. Les membres de la filiale Citadelle, leur office arrivant à terme, ont trouvé une autre filiale et une autre génération, pour prendre leur relève.

Un recours collectif est intenté

Si vous êtes un ancien des Forces canadiennes dont les avantages d’invalidité de longue durée (ILD) du Régime d’assurance-revenu militaire (RARM) ont été réduits du même montant que votre pension d’invalidité d’Anciens combattants Canada, il est bon que vous sachiez que vous pouvez faire partie d’un recours collectif.

Si le recours est gagné, ou s’il y a règlement amiable, ce à quoi vous aurez droit dépendra des circonstances.

La Cour fédérale du Canada a authentifié la cause de Dennis Manuge contre le gouvernement comme étant un recours collectif. D’après les conditions de l’ILD du RARM, l’ancien membre a droit à un montant équivalant à 75 p. 100 de son salaire à sa libération, mais il est réduit du montant versé par ACC comme pension d’invalidité.

Le recours collectif sert à contester l’autorité du gouvernement fédéral à réduire légalement les avantages d’ILD du RARM et, de surcroit, à contester la réduction comme étant discriminatoire, contraire à la Charte canadienne des droits et libertés. La demande prétend qu’il y a eu violation de devoir fiduciaire, enrichissement injustifié, violation du devoir public et mauvaise foi de la part du gouvernement du Canada.

Le recours collectif cherche, entre autres, à obtenir une déclaration du tribunal comme quoi le gouvernement du Canada a agi de façon incorrecte lorsqu’il réduisait les avantages d’ILD du RARM et à se faire rembourser les montants déduits, ainsi que des dommages-intérêts punitifs et alourdis.

Tous les participants au recours seront liés au jugement rendu dans l’affaire, qu’il soit favorable ou pas.

Qui peut participer au recours?

Tous les gens qui font partie de la classe ont le droit de s’associer au recours. Vous n’êtes pas obligé de faire quoi que ce soit pour y prendre part. Vous êtes inclus automatiquement. Si vous ne voulez pas y prendre part, vous devez remplir un des préavis d’exclusion auprès de la société d’avocats McInnes Cooper à l’adresse ci-dessous.

Si vous désirez prendre contact avec les avocats, vous devez leur fournir vos nom, adresse, dates de service dans les Forces canadiennes, date où vous avez commencé à recevoir les avantages d’ACC et date que vous avez commencé à recevoir les avantages d’ILD du RARM.

Qui paie ce recours?

Vous n’aurez pas besoin de payer les honoraires d’avocat vous-même. Si la cause n’est pas gagnée, on ne vous demandera pas de payer des honoraires.

Selon l’accord pris avec les codemandeurs représentants, les honoraires d’avocats s’élèveront à 30 p. 100 du montant obtenu. Si vous obtenez quelque règlement, jugement, versement ou exécution volontaires, ou quelque autre avantage, les avocats demanderont au tribunal des honoraires en accord avec les dispositions de cet accord, ou d’un montant inférieur. Le tribunal décidera quel montant sera juste.

Cet accord sert à indemniser les avocats du risque qu’ils prennent en faisant progresser la cause et en s’occupant de la poursuite auprès des tribunaux. Ils ne recevront des honoraires que si la cause est gagnée. Les participants ne sont pas responsables des honoraires des avocats qui auront entrepris le procès, même si le recours collectif n’est pas gagné.

Pour prendre contact avec les avocats qui s’occupent de cette cause, veuillez écrire à Me Peter Driscoll, cabinet d’avocats McInnes Cooper, au 1969, rue Upper Water, bureau 1300, Tour II du Purdy’s Wharf, case postale 730, Halifax (N.-É.) B3J 2V1 ou à Me Ward Branch, cabinet d’avocats Branch MacMaster, au 777, rue Hornby, pièce 1210, Vancouver (C.-B.), V6Z 1S4. Vous pourrez aussi surveiller la toile à www.mcinnescooper.com.

À votre service est écrit par des officiers d’entraide de direction de la Légion. Pour rencontrer un officier d’entraide, composez le 1-877-534-4666, ou visitez le site web d’une direction.