La Victoire Et Son Prix

Les soldats des North Nova Scotia Highlanders et de la Highland Light Infantry marchent dans l’eau jusqu’au rivage à la plage Juno, peu avant  midi le 6 juin 1944. [PHOTO : GILBERT ALEXANDER MILNE, LIBRAIRIE ET ARCHIVES CANADA–PA122765]

Les Queen’s Own Rifles of Canada ont débarqué le 6 juin 1944, à la plage Juno, à 8 h 12, presque une demi-heure en retard. La mer était très agitée, beaucoup de soldats avaient le mal de mer, mais les hommes, dont la première vague se composait de deux compagnies dans 10 navires de débarquement, ont touché la terre ferme, à la ville côtière de Bernières-sur-Mer, au pas de course. « Dix navires, s’étirant sur 1 500 verges, ce n’est vraiment pas beaucoup pour une force d’assaut », écrivait le sergent de compagnie, Charlie Martin, par la suite. Sur les cartes, le Queen’s Own était un bataillon : presque 1 000 hommes. Mais sur la plage, au moment crucial, le régiment avait deux compa­gnies, tout au plus 250 hommes, déployé sur plus d’un mille et sans communication entre les navires transportant un peloton chacun.

Les bombardiers lourds de la Royal Air Force, de l’Aviation royale du Canada et de la United States Army Air Force avaient largué leur charge trop à l’intérieur et manqué presque complètement les bunkers en béton massif du mur de l’Atlantique. L’artillerie des centaines de navires de guerre britanniques, américains et canadiens au large était presque aussi inefficace et les équipages des Typhoons qui avaient reçu l’ordre de bombarder et mitrailler la plage Juno ne voyaient pas grand-chose à cause des nuages. Aucune des positions allemandes principales de la plage du QORC n’avait été frappée.

Les Allemands étaient tout à fait alertes et à leurs armes lourdes. Ce n’étaient pas les meilleurs soldats de la Wehrmacht : c’étaient des hommes d’un certain âge, des appelés peu en­-thousiastes, avec quelques ost-truppens des territoires conquis par les nazis, qui appartenaient au 736e régiment de la 716e Division d’infanterie statique. Mais dans les bunkers presque inexpugnables d’où ils tiraient, ils étaient un problème sérieux pour les Canadiens. Un canon de 88 mm terrible faucha presque tout un peloton de fusiliers avant de se faire supprimer. Une autre demi-compagnie de Cana­diens fut exterminée par une mitrailleuse située dans un grand bunker en béton avant que les survivants se mettent à couvert derrière la haute digue, à 200 mètres de l’eau.

Les pertes étaient lourdes. Jim Wilkins, un fusilier de la Compagnie B, s’était rappelé que son navire de débarquement « s’est arrêté et s’est mis à tanguer brusquement. La rampe est tombée et le chef de ma section, le caporal John Gibson, a sauté dans l’eau au-dessus de la taille sans hésiter.

Il a été tué à quelques verges plus loin.

On était arrivé juste devant un abri fortifié d’où une mitrailleuse nous canardait. On a sauté à l’eau sans hésiter, l’un après l’autre; j’étais le dernier de la première rangée », dit Wilkins. « Où étaient les autres? Il n’y avait que la moitié de ma section; il y en avait qui flottaient (morts ou blessés) dans leur gilet de sauvetage. Mes coéquipiers de mitrailleuse Bren, Tommy Dalrymple et Kenny Scott, étaient juste devant moi quand quelque chose a frappé mon porte-chargeurs. La balle est passée à travers deux chargeurs, dans mon côté et elle est sortie dans mon dos. Kenny était en train de me crier de courir; j’arrive! j’arrive! je lui répondis en criant, s’est rappelé Wilkins. On était dans l’eau jusqu’aux genoux et on entendait une espèce de sifflement tout autour de nous, ainsi que le bruit de la mitrailleuse elle-même. Tout à coup, quelque chose m’a atteint au côté de la jambe droite et puis une balle m’a frappé en plein centre de la cuisse droite et causé une fracture ouverte. À ce moment-là, je me suis retrouvé à plat ventre dans l’eau; j’avais perdu mon fusil, j’avais plus de casque […]. L’homme à côté de moi était mort en quelques minutes.

Tout ce temps-là, on regardait la mitrailleuse qui tirait au-dessus de nos têtes sur le reste de notre peloton et de notre compagnie, et puis le sergent de notre peloton, un de mes amis, qui avait refusé l’offre de devenir officier pour rester avec nous, a été tué devant moi. »

Ce qui a fait toute la différence, ce qui fait qu’en fin de compte le débarquement des Queen’s Own à la plage Juno a triomphé, c’est le courage des soldats canadiens. Les fusiliers qui avaient survécu aux premières rafales des mitrailleuses se sont mis à tirer et ont tué les défenseurs de la Wehrmacht et puis trois hommes ont mis la mitrailleuse qui avait blessé Wilkins hors d’état de nuire en lançant des grenades dans les embrasures du bunker. Le régiment de Toronto n’allait pas se faire repousser.

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La décision d’envahir la France avait été prise par le président états-unien Franklin Delano Roosevelt et le premier ministre britannique Winston Churchill à la Conférence de Québec, en aout 1943. Les deux chefs d’État alliés savaient que la seule manière de vaincre l’Allemagne nazie, c’était d’envoyer de grandes armées en France et qu’elles foncent vers le Reich hitlérien. Ils donnèrent le commandement supérieur au général états-unien Dwight D. Eisenhower et celui des forces terrestres au général britannique Bernard L. Montgomery.

L’assaut, une opération immense et complexe appelée Overlord, comprendrait cinq divisions de fantassins et des unités blindées appartenant à trois nations, lesquelles débarqueraient sur cinq plages de la côte normande, ainsi que trois divisions aéroportées sur les flancs. Il fallait coordonner des milliers d’avions et presque 7 000 navires, placer les hommes et l’approvisionnement aux bons endroits, et réaliser un programme de déception compliqué. En 1944, les alliés avaient une certaine expérience des invasions contre une côte défendue et les leçons apprises grâce au désastre cana­-dien à Dieppe deux ans auparavant avaient été digérées : il fallait un bombardement aérien et naval dense; l’assaut devrait avoir lieu sur les plages plutôt que dans un port défendu; et il fallait absolument employer des véhicules blindés et des navires de débarquement spéciaux.

Les fusiliers canadiens W.T. Orton et H.H. Pennell, à bord d’un transport de lance-flammes, sont prêts à tout, près de Vaucelles (France), le 29 juillet 1944. [PHOTO : LT. DONALD I. GRANT, LIBRAIRIE ET ARCHIVES CANADA–PA190811]

Les cinq plages de l’invasion — surnommées Gold et Sword pour les Britanniques, Juno pour la 3e Division canadienne et la 2e Brigade blindée canadienne, et Utah et Omaha pour les Américains — avaient été organisées pour la défense par un commandant allemand capable et énergique, le feld-maréchal Erwin Rommel, qui avait beaucoup renforcé le mur de l’Atlantique. Tout le monde, Rommel compris, savait que l’invasion allait avoir lieu, mais on ne savait ni où ni quand. En attaquant par mauvais temps et ailleurs qu’au Pas-de-Calais, l’endroit le plus près de l’Angleterre et où le feld-maréchal et les stratégistes ennemis attendaient l’invasion, les hommes d’Eisenhower ont obtenu la surprise tactique.

L’histoire de courage que les Queen’s Own ont tracée était à peu près pareille à celles qu’il y a eu tout le long de la plage Juno et des autres plages de l’invasion. Les obstacles dans l’eau, les mines à la laisse de mer, les mines terrestres, les barbelés enchevêtrés et les armes lourdes intacts malgré le bombardement préliminaire et le plan de feu naval ont tous fait de nombreuses victimes. En revanche, le panache et le courage (et probablement la forte envie de quitter les chalands de débarquement d’infanterie qui tanguaient et bringuebalaient) ont transporté le North Shore (New Brunswick) Regiment, les Royal Winnipeg Rifles, les Regina Rifles, les Canadian Scottish et les chars d’assaut Sherman des 1st Hussars et des Fort Garry Horse de la 2e Brigade blindée canadienne, les régiments canadiens de la première vague, à travers les plages Juno découvertes. La plupart des chars, équipés de double propulsion et dont le dispositif de flottaison devait permettre la navigation, ont atteint la rive en retard, certains ayant coulé dans la mer agitée. Leurs canons, qui tiraient à bout portant, ont servi à soumettre les défenseurs dans les immenses bunkers d’acier et de béton qui résistaient aux assauts de l’infanterie. Soixante-cinq ans après, les bunkers menacent encore les plages, mais, ces jours-ci, les enfants s’amusent à monter dessus durant les vacances d’été.

Ce sont les Américains des 1re et 29e divisions, à la plage Omaha, qui ont eu le plus de difficultés et le plus de victimes, la malchance les ayant placés au mauvais endroit et devant une formation ennemie de première, la 352e division d’infanterie, mais toutes les plages des alliés ont été prises avant la fin de la journée. Les vagues d’hommes arrivaient à terre l’une après l’autre : scènes de chaos organisé, soldats portant de lourds sacs au dos, des armes et des munitions. Certains quittaient la plage rapidement et tombaient sur un combat; d’autres avaient l’occasion de fumer et consommer un repas pigé dans leurs paquets de rations. En tout, le premier jour, les alliés ont débarqué plus de 130 000 hommes, presque 6 000 véhicules, y compris 900 chars et véhicules blindés et quelque 600 pièces d’artillerie. Ils avaient 4 000 tonnes d’approvisionnements en France avant la noirceur et les ingénieurs se mirent vite à construire le Mulberry, havre artificiel brillamment conçu qui allait leur permettre de décharger les approvisionnements pour l’invasion sans port et sans installations portuaires. Mulberry était en état de fonctionner le 9 juin et les cinq plages du jour J ont été reliées avant le 12.

Les victimes du 6 juin avaient été nombreuses, mais, heureusement, il n’y avait eu qu’environ la moitié des 20 000 que les planificateurs alliés avaient prévues. Les pertes des Canadiens à la plage Juno étaient de 340 morts, 574 blessés et 47 prisonniers. Les Queen’s Own ont eu 143 victimes, alors que les morts et les blessés des Royal Winnipeg Rifles et du North Shore Regiment se sont élevées à 128 et 125 respectivement.

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La route des alliés vers la Normandie avait été longue et difficile. Le blitzkrieg nazi de mai et juin 1940 avait pulvérisé les armées britanniques et françaises et il leur avait fallu des années pour y retourner. La première vraie victoire britannique de la guerre contre l’Allemagne n’a eu lieu qu’en novembre 1942, à El Alamein, en Afrique, à peu près en même temps que l’Armée rouge écrasait la Wehrmacht à la bataille épique de Stalingrad. Les Russes s’avancèrent lentement vers l’ouest, leurs forces faisant face à la majeure partie des armées allemandes. Les Britanniques, avec l’aide des États-Uniens, libérèrent l’Afrique du Nord au début 1943 et puis ils envahirent la Sicile, en juillet, atteignant la botte italienne en septembre. La victoire était enfin en vue, mais les Allemands, se battant de manière plus décidée alors que la guerre se rapprochait du Reich, étaient encore formidables. Les Britanniques, les Américains et les Canadiens devaient se rendre en France et commencer la libération de l’Europe de l’Ouest. Leur arrivée eut finalement lieu le jour J.

Des hommes de la 3e Division d’infanterie canadienne, la formation d’assaut, avaient quitté le Canada plus de quatre ans auparavant. La 2e Division, non pas la 3e, avait atterri à Dieppe en aout 1942, mais chaque soldat savait que les Allemands avaient massacré les combattants qui avaient attaqué ce petit port. Un petit nombre parmi les envahisseurs du jour J avaient servi en Italie, où la 1re Division d’infanterie canadienne et la 5e Division blindée cana-dienne se battaient depuis 1943. Mais la plupart des hommes qui ont débarqué à la plage Juno ne s’étaient jamais battus; ils étaient bien entrainés, mais novices. Les soldats voulaient tous retourner chez eux, mais ils savaient que pour revenir au Canada ils devaient passer par les champs normands.

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Les premières contre-attaques ennemies tombèrent sur les Canadiens le 7 juin. Les divisions nazies de panzers, formations bien équipées et bien entrainées, qui employaient habituellement des chars d’assaut de loin supérieurs aux Sherman insuffisamment armés des alliés, avaient été stationnés plus profondément dans le territoire. Les plans complexes de la déception alliée obligeaient l’ennemi de considérer l’assaut en Normandie comme une diversion pour les distraire de la « vraie » attaque au Pas-de-Calais. Mais, là, la 3e Division canadienne allait écoper.

À Buron et à Authie, les North Nova Scotia Highlanders et les chars du Régiment des Fusiliers de Sherbrooke sont tombés sur la 12e Division de pan­zers SS, une formation d’ados de la Jeunesse hitlérienne dirigés par des officiers expérimentés sans pitié et des sous-officiers qui avaient appris la guerre en se battant contre les soviétiques. Les Canadiens furent repoussés, beaucoup d’entre eux, tués ou capturés. Si les Canadiens n’avaient pas haï les SS avant, le meurtre gratuit et délibéré par les jeunesses hitlériennes de plus de 100 prisonniers, pendant les quelques jours qui suivirent, aurait fait en sorte qu’ils les haïssent dès lors.

À ce moment-là, la bataille de Normandie était devenue un combat impitoyable d’attaques et de contre-attaques dont les prix étaient des petits villages et des mètres de terrain. Les Canadiens, dont le nombre augmentait grâce aux 2e et 4e divisions qui arrivaient en renfort ainsi que grâce au 2e Corps canadien commandé par le général Guy Simonds et à la 1re Armée canadienne commandée par le général Harry Crerar, qui prit le contrôle, rendaient coup pour coup pendant les semaines qui suivirent. L’avantage réel des alliés était la quantité : plus d’hommes, beaucoup plus d’avions, plus de chars et plus de canons. Les Allemands avaient l’avantage du terrain. La ville de Caen, qui devait être libérée le 6 juin, ne fut libérée, son centre anéanti par les bombardements, que 33 jours plus tard. La pente douce de la crête de Verrières, qui ne s’élève qu’à 250 pieds, au sud de la vieille ville normande, fut un lieu de massacres pour plusieurs régiments du Canada. Le Black Watch de Montréal y fut presque entièrement anéanti lors d’une attaque brave mais infructueuse de la crête, le 25 juillet, par une douzaine de panzers et l’infanterie méca­nisée. « Les hommes, écrivait piteusement un officier par la suite, étaient on ne peut plus tenaces et rien ne les arrêtait. »

Mais à la fin de la première semaine du mois d’aout, les Américains étaient finalement sortis de leur tête de pont à leur bocage et ils balayaient tout sur leur passage vers le sud et vers l’est. Les Allemands pouvaient être pris dans une immense poche si on réussissait à la fermer. Le 2e Corps canadien, dans les rangs duquel se trouvait une division blindée polonaise, fonçait vers le sud, vers le carrefour crucial des routes de Falaise et Saint-Lambert-sur-Dives, dans le cadre de deux opérations conçues par Simonds, Totalize et Tractable et lancées les 8 et 14 aout. L’attaque comprenait des frappes aériennes par les bombardiers de la Royal Air Force, de l’Aviation royale du Canada et de la United States Army Air Force. Ensuite, les colonnes massives de chars et de transports de troupes blindés — une idée nouvelle conçue par Simonds — étaient déployées pour réduire l’ennemi étourdi. Les opérations réussirent, mais pas aussi bien que le général avait prévu et à un prix en vies canadiennes plus élevé.

Du 8 au 21 aout (quand la brèche de Falaise fut fermée), 1 470 Canadiens ont été tués, certains d’entre eux quand les bombardiers alliés avaient mal visé.

La 1re Armée canadienne avait fermé la brèche de Falaise fermement et finalement, mais pas avant que des milliers d’Allemands se soient échappés vers l’est. Le carnage infligé à l’ennemi était néanmoins terrible. Les forces aé­riennes alliées martelaient les Allemands sans merci pendant que les soldats canadiens et polonais en éliminaient des milliers d’autres. Moins de 200 hommes des Argyll and Sutherland Highlanders of Canada et du South Alberta Regiment de la 4e Division blindée canadienne tuèrent ou firent prisonnier quelque 3 000 ennemis à Saint-Lambert. La 1re Division blindée polonaise fit à elle toute seule 6 000 prisonniers, et elle détruisit 70 chars et 500 véhicules — perdant 1 400 de ses hommes pour ce faire — lors d’une bataille épique à quelques kilomètres à l’est.

Les formations allemandes qui s’étaient battues en Normandie étaient complètement décimées. Quand la bataille de Normandie s’est terminée, la 12e Division SS de panzers, par exemple, qui avait 20 000 soldats et 159 chars le jour J, n’avait plus que 100 hommes sur leurs pieds et 10 chars qui fonctionnaient encore. Bien que 50 000 à peu près s’étaient enfuis, le total des victimes allemandes à la poche de Falaise était estimé à 10 000 morts et 40 000 prisonniers. En tout, l’été en Normandie avait couté plus de 400 000 soldats à la Wehrmacht alors que les alliés en avaient perdu 206 000.

L’armée de citoyens canadiens, tous des volontaires, avait perdu 18 000 hommes pour arracher la Normandie à Hitler. Plus de 5 000 gisent dans deux immenses cimetières à Bény-sur-Mer et à Bretteville-sur-Laize, dans la campagne verte et luxuriante de la Normandie. Cinq mille hommes; dont beaucoup n’étaient que des enfants. La plupart étaient des jeunes durs, survivants de la Crise de 1929 et plus maigres que les Canadiens riches d’aujourd’hui. Comme éducation, en moyenne, ces soldats avaient à peu près une 5e année. Cependant, ils savaient tous, sans exception, que la Seconde Guerre était importante pour le monde, pour le Canada et pour eux. S’il y a jamais eu une bonne guerre, c’est ce conflit, lequel devait être gagné pour détruire l’incarnation du mal qu’étaient Hitler et ses nazis, et pour s’assurer de la conservation de la liberté et de la démocratie.

On pourrait s’attendre à ce que tous les Canadiens connaissent la lutte de 1944 en Normandie. Mais rien de tout cela n’est enseigné dans nos écoles et nombre de nos enfants n’ont presque rien entendu de la guerre. Cependant, la situation actuelle est meilleure que celle d’il y a quelques dizaines d’années. Les cérémonies du jour du Souvenir grandissent chaque année, la Tombe du Soldat inconnu à Ottawa est un rappel constant du sacrifice, le nouveau Musée de la guerre du Canada siège à Ottawa et constitue une importante présence en ligne, et les efforts d’Anciens combattants Canada et de la Légion royale canadienne rappellent aux Canadiens que les combats se poursuivent.

Les soldats canadiens n’étaient pas tous des héros, et rares sont ceux qui étaient des saints. Mais ils méritent tous que leurs compatriotes et tous ceux qui vivent en liberté grâce à leur courage, se souviennent d’eux. Soixante-cinq ans après que le jour J commence la libération de la France et puis de l’Europe de l’Ouest, leurs faits d’armes retentissent encore.

Canadian riflemen W.T. Orton and H.H. Pennell sit ready in a flamethrower carrier near Vaucelles, France, July 29, 1944. [PHOTO: LT. DONALD I. GRANT, LIBRARY AND ARCHIVES CANADA–PA190811]

La Conférence devrait s’attendre à de la puissance intelligente de la part des É.-U.

Il n’y a vraiment qu’une seule chose à Ottawa, à la fin février : la réunion générale annuelle de la Conférence des associations de la défense — dans ce cas-ci la 72e — qui, au fil du temps, est devenue la conférence militaire prééminente au Canada.

Les orateurs, dont le ministre de la Défense nationale Peter Mackay, celui des Affaires étrangères Lawrence Cannon et une panoplie de généraux canadiens et états-uniens les plus haut gradés, comme toujours, étaient illustres. La CAD est un groupe qui englobe nombre d’associations militaires, dont la Légion royale canadienne est la plus grande. Quelque 400 personnes, y compris plusieurs ambassadeurs, ont pris part à l’évènement les 26 et 27 février.

Le thème du premier jour de séminaires annoncé était Les relations Canada-États-Unis :  la dimension sécurité, mais les discours ont eu trait à un grand éventail de sujets, des rôles du Canada et de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord en Afghanistan à l’essor de la puissance navale chinoise, en passant par la nature du conflit au Moyen-Orient.

Le ministre des Affaires étrangères Cannon a prononcé le discours-programme au début de la conférence. Cannon lui-même a parlé principalement de la relation entre le Canada et les États-Unis, remarquant que non seulement sa nouvelle homologue, la secrétaire d’État américaine, Hilary Clinton, faisait un excellent travail, mais elle a vraiment une approche différente de celle de l’ancienne, Condoleezza Rice.

« On peut s’attendre à une approche de coopération multilatérale renouvelée », disait Cannon par rapport au nouveau gouvernement américain, « une nouvelle approche envers l’Afghanistan et l’avènement de ce que Mme Clinton appelle la “puissance intelligente”. »

Cannon a longuement parlé du besoin de trouver un équilibre entre les questions de sécurité à la frontière Canada-États-Unis et le besoin de maintenir la circulation économique efficacement. « Nos voisins américains savent qu’une frontière sûre […] est la clé de notre prospérité commune, dit-il. Depuis le 11 septembre, nous avons cherché à équilibrer les soucis légitimes concernant la sécurité et le besoin de garder la frontière ouverte, ce qui est fondamental pour la prospérité de nos deux pays. »

D’après Cannon, plus d’un milliard de dollars en commerce traverse la frontière chaque jour, « près d’un million de dollars la minute, sur lequel sont établis sept millions d’emplois aux États-Unis, dit-il. L’empâtement de la frontière réduit le commerce ».

Cannon avait comme toile de fond pour ses remarques des études récentes aux États-Unis qui indiquaient que la frontière Canada-États-Unis serait pro­-bablement impliquée en ce qui a trait à de nouvelles attaques. Ainsi, les paroles de Cannon faisaient partie d’une discussion publique entre les deux pays sur la meilleure manière de gérer les risques.

Cannon a ensuite parlé du rôle du Canada en Afghanistan et aux Antilles, où les Forces canadiennes participent de plusieurs façons à l’interdiction des drogues.

« Nous nous défendons contre les risques à notre sécurité longtemps avant qu’ils apparaissent à nos frontières », dit Cannon, rappelant un vieux stratagème qui a fait ses preuves par rapport à la défense nationale. « Nous voulons déce­-ler, dissuader, interrompre et vaincre les menaces militaires et terroristes aussi loin de nos frontières que possible. »

Dernière note sur ce sujet, Cannon dit à la foule que le Canada a déboursé récemment 10 millions de dollars pour aider les États-Unis à sécuriser des matériaux nucléaires en Russie et en Ukraine, dans le cadre de l’effort de non-prolifération constant, afin d’empêcher ce genre d’armes de tomber entre les mains des terroristes.

L’ancien chef d’état-major de la défense et ancien président du comité militaire de l’OTAN, Ray Hénault, a pris ensuite la parole à propos de L’OTAN à 60 ans : une perspective militaire.

Hénault a offert une estimation optimiste sur l’alliance de l’OTAN à bout, qui a subi des pressions très fortes ces temps-ci. Non seulement l’OTAN a beaucoup de difficultés à cajoler les pays membres pour qu’ils fournissent des soldats à la mission en Afghanistan, mais la structure de commandement de cette dernière est mal en point. L’alliance a aussi de la difficulté à négocier avec ses partenaires de l’Union européenne, les Nations Unies et la Russie qui est devenue récalcitrante dernièrement.

Malgré cela, ou peut-être pour cela, Hénault a déclaré que l’OTAN est la « l’alliance prééminente de défense et de sécurité » au monde aujourd’hui et il a argumenté, en général, en faveur du succès de l’organisation, mais il a admis que ce succès n’est pas arrivé sans « une certaine agitation à l’intérieur de l’alliance ».

« Il est difficile d’arriver à un consensus des 26 alliés, dit-il. Le processus est souvent diviseur. »

Quant aux problèmes avec l’Union européenne, une question provenant de l’audience à la fin de son discours a poussé Hénault à entrer dans les détails par rapport à l’indifférence de l’Union européenne envers l’OTAN, qui en serait au point où les représentants européens n’assistent plus aux réunions.

Les deux organisations, dit Hénault, sont « quelque peu contrariées dans leurs desseins de collaborer à cause de leurs approches politiques. Il leur faut un consensus et ce consensus n’a pas pu avoir lieu pendant que j’y ai siégé ».

Il y a 21 nations qui font partie de l’OTAN ainsi que de l’Union européenne, mais Hénault ne voyait pas la politique commune de défense de l’Union comme étant un danger pour l’OTAN. Certains suggèrent qu’un grand nombre de ces pays européens sont en train de former leur propre alliance, mais Hénault n’est pas d’accord.

« Le problème va durer pendant un certain temps, dit Hénault, mais je ne pense pas que l’OTAN soit en danger. Personne n’essaie de quitter l’OTAN, il y a cependant des pays qui essaient d’en faire partie. »

Un autre questionneur voulait connaitre la nature du déclin de la relation entre l’OTAN et la Russie.

Tout allait bien, dit Hénault, et puis la bulle a éclaté. « Depuis aout dernier, il y a eu très peu de réunions OTAN-Russie. Elle temporise. »

Le dernier questionneur était le major-général canadien Lewis MacKenzie, qui n’a pas eu peur des mots en posant sa question. « J’aimerais bien être optimiste comme vous, dit-il, mais je me sens plus pessimiste. Je pense que l’OTAN est voué à l’échec en Afghanistan du Sud et des soldats canadiens sont en train d’y mourir. L’OTAN n’a pas affecté les ressources fondamentales à la mission. Si l’incapacité de trouver des soldats pour l’Afghanistan n’est pas une indication d’échec, qu’est-ce que ça peut bien être? »

De répliquer Hénault, « oui, il y a eu des difficultés et c’était surtout à cause de différences politiques. Il va falloir les régler pour améliorer le partage du fardeau parmi les alliés.  L’OTAN est une organisation basée sur le consensus et cela signifie qu’il y aura des compromis ».

Hénault faisait essentiellement remarquer que parmi les nombreux alliés de l’OTAN, le soutien politique, concernant l’envoi de troupes au combat, est limité.

Ensuite, la conférence s’est réunie à nouveau et une série d’orateurs ont discouru sur Les Canadiens et la sécurité en Asie-Pacifique.

Le colonel australien John Blaxland a prononcé un discours intéressant sur le rôle de l’Australie en Afghanistan. L’Australie opère en Oruzgan, au nord du Kandahar, en tant que partenaire auxi­liaire de la force opérationnelle dirigée par les Hollandais. Ils n’ont qu’un peu plus de 1 000 soldats là-bas, qui s’occupent de mentorat, de reconstruction, d’opérations spéciales et d’artillerie.

Bien que l’Australie soit de loin le plus grand collaborateur de la mission qui ne fait pas partie de l’OTAN et un des rares qui acceptent d’envoyer des soldats se battre dans les régions des Pashtuns, Blaxland disait en conclusion que « l’Australie reconnait que malgré le fait que les engagements contre-insurrectionnels puissent durer longtemps, on peut les gagner. Toutefois, les efforts mi­-li­taires ne suffiront pas en Afghanistan ».

Lors d’un des derniers discours de la journée, l’analyste états-unien de la défense Norman Friedman a parlé des relations de pouvoir en Asie. Le point principal de Friedman était que l’agitation au Moyen-Orient est en fait le résultat de réformes religieuses dans le monde islamique pas très différentes des réformes (souvent violentes) qui ont eu lieu dans l’histoire des religions occidentales. La situation, dit Friedman, est fondamentalement une guerre civile islamique et il pense que les troubles et le militantisme va durer au moins 50 ans.

Il croit que la meilleure chose que puisse faire l’Ouest, c’est d’étayer les gouvernements islamiques stables et d’empêcher les foules furieuses et les terroristes de tuer nos citoyens.

« Je pense qu’il va y avoir beaucoup de morts avant que cela s’améliore; désolé d’être désagréable », dit Friedman en conclusion.

Le vendredi matin, le sujet est passé à L’évolution des Forces canadiennes en cette ère de changement : une nouvelle stratégie de défense et le premier orateur était le ministre de la Défense nationale Peter MacKay.

MacKay, qui a parlé avec un charisme expansif plus caractéristique d’une campagne que d’une conférence militaire, a parlé aux auditeurs d’un effort sans précédent en vue de reconstruire entièrement les Forces canadiennes.

« Les meilleurs soldats ont besoin du meilleur équipement, dit MacKay, mais il faut du temps pour bâtir le militaire. »

Il dit à la foule que les nouveaux navires, nouveaux véhicules et nouveaux avions sont tous en train. « Nous acquérons un nouvel équipement, à tire-larigot, comme on dit à certains endroits : de l’équipement à tire-larigot!

« Nous essayons aussi d’améliorer l’acquisition de défense, et il y a là matière à amélioration », dit-il, faisant une litote qui a fait se pâmer de rire et applaudir la foule.

Sur l’Afghanistan, MacKay était à nouveau franchement optimiste malgré l’augmentation de violence exponentielle. « Le progrès est lent, mais il y en a, dit-il. Il est visible pour tous. Il n’arrive peut-être pas aussi vite qu’on voudrait, mais il arrive. »

« Il y a 22 écoles en construction, du progrès par rapport aux grands projets comme le barrage Dhala. Il y a des enfants qui se font immuniser contre le fléau qu’est la polio et, le plus important, du progrès en ce qui concerne les forces de sécurité nationales afghanes. Pendant ces quelques derniers mois, une brigade afghane a planifié et mené sa première opération indépendante. »

« La mission de combat des Forces canadiennes doit se terminer en 2011, mais cela ne veut pas dire que le Canada va arrêter de leur prêter main-forte d’autres manières”, dit MacKay en conclusion.

Après lui, c’était le tour du général chef d’état-major de la défense, Walter Natynczyk, qui a commencé en faisant un rappel, grave par inadvertance, du vieillissement des anciens combattants du Canada. Quand Natynczyk a demandé que tous les vétérans de la Seconde Guerre mondiale se lèvent, il a semblé n’y en avoir qu’un seul. Et quand il a demandé aux vétérans de la Corée de se lever, il a semblé n’y en avoir que deux.

Là-dessus, Natynczyk a donné un aperçu général actuel de l’état des Forces canadiennes. Il a mentionné toutes sortes de choses, des difficultés de recrutement à celles de sécuriser un territoire arctique qui est plus étendu que l’Europe au complet, en passant par le brocard comme quoi une des unités états-uniennes qui vont renforcer les Forces canadiennes au Kandahar a reçu sa première inscription au drapeau à Queenston Heights, pendant la guerre de 1812.

La session s’est terminée par des exposés du lieutenant-général chef d’état-major de l’Armée de terre Andrew Leslie, du vice-amiral chef d’état-major de la Force maritime Drew Robertson et du lieutenant-général chef d’état-major de la Force aérienne Angus Watt, sur leurs commandements.

Centré sur Juno

L’incomparable Centre de  la plage Juno, construit  à Courseulles-sur-Mer (Normandie), est un  endroit d’apprentissage  en plus d’être un mémorial.  Vu d’au-dessus, il a l’air d’une feuille d’érable stylisée. [PHOTO : CENTRE JUNO BEACH]

Les Canadiens qui vont aller en France en l’honneur du 65e anniversaire du débarquement du jour J et de la campagne de Normandie vont trouver beaucoup d’évènements et lieux dédiés à la contribution qu’ont faite les Canadiens en été 1944.

Les détails de certaines manifestations étaient encore au stade de la planification au moment où nous allions sous presse, mais une importante cérémonie comprenant le dévoilement d’un monument en l’honneur de la Marine royale du Canada est prévu, le 6 juin à 10 h, au Centre de la plage Juno, à Courseulles-sur-Mer (France).

Une exposition temporaire intitulée We Were There (nous étions là-bas), qui racontera l’histoire de 12 anciens combattants canadiens, sera aussi inaugurée à la cérémonie. « Les anciens combattants représentent un échantillon » des unités de tous les coins du pays qui y ont pris part, dit le président du Centre de la plage Juno Garth Webb.

Courseulles-sur-Mer est une des villes côtières libérées par les Canadiens après leur débarquement, le 6 juin 1944, à la plage Juno. Elle se trouve à environ 20 kilomètres au nord de Caen, une ville importante à l’extrême pour les vétérans de la campagne.

La cérémonie commémorative réglée par la Ville de Courseulles-sur-Mer sui­vra, à 14 h 30, au Monument aux morts et un défilé musical est prévu à 16 h, suivi par une procession aux flambeaux de véhicules mili­-taires, vers 22 h 30.

Les dons ont afflué de tous les coins du pays et la grande ouverture a été émouvante et haute en couleur. Dans les kiosques se trouvent les noms des donateurs. [PHOTO : Dan Black]

Le 5 juin, la veille des cérémonies officielles, des écoliers de Courseulles-sur-Mer, de Graye-sur-Mer et du collège Quintefeuille prendront part à une cérémonie commémorative, à 9 h, à la plage de Courseulles, devant le monument des Winnipeg Rifles. Il va aussi y avoir, parmi les manifestations, une journée porte ouverte et des ateliers commémoratifs au collège Quintefeuille, de 17 h 30 à 22 h et une cérémonie aux chandelles, devant le monument canadien de l’école, à 22 h 30. Le jour se terminera par des feux d’artifices au bord de la mer en l’honneur des libérateurs, qui devrait commencer à 23 h 15. Il y en aura simultanément à 25 endroits, sur 80 kilomètres de côte normande. « Les Français nous ont donné un appui très actif », dit le Canadien Webb, qui est lui-même vétéran du jour J.

Il y a eu plus de 18 000 victimes canadiennes (presque un tiers de morts) pendant les 76 jours de la campagne de Normandie. En combattant vers Falaise, les forces cana­-diennes ont libéré quelque 200 communes. Nombre de ces endroits, dont Buron, Authie et Falaise, démontrent leur gratitude aux anciens combattants qui y retournent.

Par exemple, la Ville de Courseulles-sur-Mer a donné accès à un terrain de 1,5 hectare au Centre de la plage Juno, lequel a été conçu par l’architecte canadien Brian K. Chamberlain.

À son ouverture, le 6 juin 2003, on estimait qu’il attirerait 35 000 visiteurs par année. L’année suivante, 53 500 visiteurs y sont allés et, en 2007, le chiffre a augmenté à 58 000 personnes. Les Français représentaient 30 p. 100 des visites : autant que les Canadiens.

Une des expositions du centre porte sur la vie et la culture canadiennes, ce qui « rend le musée populaire auprès du public français qui n’irait normalement pas dans un musée de la Seconde Guerre mondiale », dit la directrice du centre Nathalie Worthington. Cette popularité est aussi causée par « ce en quoi il est différent des autres musées des plages du jour J ». C’est le seul musée canadien et on y offre des visites guidées de la plage et des restes du mur de l’Atlantique construit par les Allemands pour fortifier l’Europe du Nord-Ouest occupée. Cette année — du nouveau — il y aura des visites d’un bunker allemand.

Une sculpture en bronze, intitulée Souvenir et renouveau se trouve près de l’entrée. [PHOTO : DAN BLACK]

Un voyage d’Anciens combattants Canada, en novembre 2008, pour commémorer le 90e anniversaire de l’armistice et des contributions des Canadiens à la Seconde Guerre mon­-diale, avait comme instant marquant une promenade à la plage Juno. « Pouvoir se promener sur la plage en Normandie, où mon régiment a été […] sentir moi-même le sol qu’il a foulé, les épreuves qu’il a endurées […] c’est une occasion qui ouvre les yeux, qui réchauffe le cœur. »

Le prix des combats dans cette partie de la Normandie se voit et se ressent encore dans les cimetières militaires du Commonwealth, dont celui de Bény-sur-Mer, près du village de Reviers, le cimetière militaire de Ranville près de Caen et le cimetière militaire canadien de Bretteville-sur-Laize, près de la ville du même nom. Les Canadiens se souviendront aussi du cimetière militaire de Bayeux, un peu plus à l’ouest et du Mémorial de Bayeux.

Cette année, une grande délégation d’ACC, le ministre des anciens combattants à sa tête, doit aller en France commémorer le jour J et la lutte, longue et mortelle, qui a abouti en la libération de la Normandie. Ce pèlerinage du gouvernement canadien va comprendre des visites aux champs de bataille et aux cimetières.

Une exposition permanente au Centre de la plage Juno raconte l’histoire non seulement de la Normandie, mais des efforts canadiens outre-mer pendant l’hiver au front intérieur. Jusqu’au 30 septembre, il y a une exposition spéciale sur le Canada et la campagne d’Italie. Plus de 92 700 Canadiens y ont servi et plus d’un quart d’entre eux en ont été les victimes.

Les commémorations de la campagne de Normandie se poursuivront le 7 juin. À 13 h, au jardin commémoratif canadien du Mémorial de Caen, la Fondation canadienne des champs de bataille règlera des activités commémoratives, y compris une cérémonie de dépôt de couronnes. Le jardin, établi par la fondation, sert à identifier les unités canadiennes qui ont participé à la libération de la Normandie en 1944. Il sert aussi à commémorer les communes normandes libérées par les Canadiens.

Des cérémonies sont aussi prévues, à 14 h, à la plaque qui sert à honorer la libération canadienne de Caen, à la place de l’Ancienne-Boucherie et, à 15 h, à l’abbaye d’Ardenne, où 20 soldats canadiens ont été assassinés par des Allemands, en juin 1944. Les étudiants universitaires du 15e voyage d’études des champs de bataille de la fondation vont déposer des feuilles d’érable au petit monument jardinier au fur et à mesure que les noms seront lus à voix haute.

Par la suite, le 9 juillet, la Ville de Saint-Martin-de-Fontenay devrait dévoi­-ler un monument aux soldats cana­-diens, au Point 67, là où la fondation a établi un observatoire des champs de bataille du sud de Caen. L’endroit, une colline au nord de la crête de Verrières, donne sur les champs de bataille où s’est trouvée la 2e Division canadienne d’infanterie en juillet et aout 1944. On ne sait pas encore, lorsque nous allons sous presse, si le mémorial et la plaque du Toronto Scottish Regiment actuels commémorant le Black Watch seront incorporés au nouveau monument.

Cela nous importe

Les membres des Forces canadiennes et les anciens combattants formulant une revendication par rapport à l’invalidité se demandent souvent s’il y a quelque avantage à obtenir l’assistance d’un agent du Bureau d’entraide de la Légion. Tous les défenseurs ont leurs propres qualités et moyens, mais nous nous plaisons à croire que les agents d’entraide de la Légion font race à part.

En effet, les agents d’entraide des directions de la Légion sont d’anciens membres des FC, de la Gendarmerie royale du Canada et d’Anciens combattants Canada qui font partie du réseau du Bureau d’entraide depuis longtemps. Ils connaissent la terminologie, la culture et les pratiques opérationnelles des FC et de la GRC. Leur acquis, en tant qu’agent d’entraide et membre des FC ou ancien combattant, leur permet de bien s’entendre avec les demandeurs.

Il n’est pas rare qu’un défenseur légionnaire soit appelé à expliquer — devant un Tribunal des anciens combattants (révision et appel), principalement non militaire et qui risque donc de n’avoir que bien peu d’expérience du militaire — comment  les FC ou la GRC fonctionnent, quelles sont les particu-larités de son éthique et de sa culture. C’est surtout pertinent quand un appel est entendu in absentia, c’est-à-dire quand le demandeur ne peut assister à l’audition.

S’il vous vient à l’esprit de faire une revendication ou à interjeter appel, n’oubliez pas que cela nous importe et qu’il n’y a pas de meilleurs services que les nôtres.

Centres intégrés de soutien au personnel

Le ministère de la Défense nationale, les Forces canadiennes et Anciens combattants Canada conjuguent les efforts pour coordonner les soins et l’appui aux militaires actuels et anciens malades ou blessés, ainsi qu’à leur famille et à celle des disparus.

L’établissement de la nouvelle Unité interarmées de soutien au personnel (UISP) et les Centres intégrés de soutien au personnel (CISP) vont fournir un degré de soins et de soutien équitable, au personnel des forces réguliers et réservistes ainsi qu’à la famille.

L’UISP va être l’unité militaire centrale de laquelle vont faire partie 30 CISP. Ces derniers vont être organisés dans huit régions et situés dans toutes les grandes bases des FC et, selon les besoins, dans certaines petites collectivités. Les CISP vont s’occuper des clients qui leur seront renvoyés et de ceux qui s’y présenteront directement, du personnel blessé de longue date et des membres qui envi­sagent leur retraite. Ils répondront aux questions des familles concernant les services de soutien et les programmes pour le personnel malade ou blessé, et fourniront l’aiguillage nécessaire.

Les services offerts par l’intermédiaire des CISP comprendront les suivants :
• coordination du programme Retour au travail (RAT)
• service d’approche pour le soutien aux blessés
• suivi des blessés
• services d’administration et de défense des blessés
• structure de peloton de soutien pour fournir un leadership militaire, de la supervision et un soutien administratif à tout le personnel malade ou blessé affecté à l’UISP
• services à la clientèle et de transition d’ACC
• services de gestion des cas des FC
• entraineurs de conditionnement physique adapté
• services du Régime d’assurance-revenu militaire (RARM)
• liaison avec les centres de ressources pour les familles de militaires, représentants des services de soutien des bases et commandants des unités locales

Quand les membres des FC sont blessés ou malades et pendant leur réintégration à la vie militaire ou civile, les CISP leur offriront des soins et du soutien réguliers et normaux. Les agents d’entraide des directions de la Légion seront employés aux relations externes des CISP.

Rappel à tous les agents d’entraide des filiales

Conformément au manuel du coquelicot, on peut se servir du Fonds du coquelicot pour aider les anciens militaires du Commonwealth et des pays alliés qui résident au Canada et les personnes à leur charge, qui ont besoin d’assistance. Les anciens combattants du Royaume-Uni et les personnes à leur charge ont aussi droit à l’assistance des fonds de bienfaisance du Royaume-Uni pour lesquels la Direction nationale est une agente.

À votre service est écrit par des officiers d’entraide de direction de la Légion. Pour rencontrer un officier d’entraide, composez le 1-877-534-4666, ou visitez le site web d’une direction. 

La Filière Française

Des jeunes assistent, en 1969, aux cérémonies réglées au cimetière militaire canadien de Bény-sur-Mer. [PHOTO : JOHN EVANS PHOTOGRAPHY LTD.]

CIMETIÈRE MILITAIRE DU COMMONWEALTH, BAYEUX, NORMANDIE, 5 JUIN 1955 : Lise Enguerrand, dos courbé et frêle, était une villageoise pauvre d’un peu plus de 70 ans. Torontois, âgé de 21 ans, j’étudiais à Paris. Nous étions là tous les deux en l’honneur de Stuart Hogarth de Hampton (Ont.). Stu était un sergent canadien de 28 ans tué le 4 septembre 1944, trois mois après l’invasion de la Normandie par les alliés, le 6 juin. Sa mère, une cousine éloignée de la mienne, m’avait demandé de me rendre à ce majestueux jardin affligeant pour la représenter au bord de la tombe.

Madame Enguerrand était là, comme chaque semaine, pour épousseter la pierre tombale de Stu et y déposer des fleurs. Elle était là et elle viendrait encore pendant des années, en tant que « mère française » de Stu.

Sa mission hebdomadaire au cimetière était pour moi la première indication de comment nombre de Français se sentaient par rapport aux sacrifices du Canada aux deux guerres mondiales : 66 655 tués à la première; plus de 45 000 (tous les théâtres) à la seconde. Madame Enguerrand me dit qu’un « bon nombre » de ses amies avaient aussi “adopté” un des 181 Canadiens (parmi les 4 144 du Commonwealth) morts à la Seconde Guerre mondiale qui gisent à Bayeux.

Cette visite a fait du souvenir de la guerre un instrument qui a transformé ma façon de voir le Canada. Je me suis souvent demandé de quelle façon l’attitude des Français a évolué depuis ma visite à Bayeux.

Les facteurs clés sont l’âge et la géographie, et puis ensuite les attitudes officielles. Évidemment, les Français qui ont traversé les évènements de 1939 à 1945 ont des souvenirs impérissables de l’envergure de la guerre et de son importance. Les plages du débarquement rappellent constamment les sacrifices du Canada aux gens qui habitent près d’elles. Les monuments et les cimetières sont nombreux, qui renforcent leurs affinités pour les Canadiens. Une ou deux fois par année  les anciens combattants canadiens aux cheveux blancs, les fonctionnaires canadiens et les gardes d’honneur arrivent; même leur passage dans les hôtels et les restaurants servent à préserver les souvenirs. Nos anciens combattants sont reçus le mieux qui soit, y compris par les enfants qui agitent des drapeaux canadiens.

Les maires, les chambres de commerce, les bureaux de tourisme et les associations citoyennes commémoratrices de la guerre renforcent cet accueil par des évènements pour les visi­-teurs canadiens. Dieppe, quand on se souvient du raid catastrophique de 1942, devient pratiquement une ville cana­­dienne, chaque année, le 19 aout. Quand les passants français voient l’emplacement des mitrailleuses allemandes au-dessus des plages, ils comprennent que l’entreprise des Canadiens était vouée à l’échec. Mais ils apprennent que les sacrifices du Canada étaient une épreuve de l’énorme invasion du jour J qui a eu lieu moins de 22 mois plus tard.

Cette reconnaissance a été transmise aux générations suivantes et pas uniquement sur le territoire français. Philippe Martin, de Vimy, président des Amis du Mémorial canadien, se souvient des 10 062 victimes canadiennes de l’attaque de la crête, à la Grande Guerre. « La plupart de nos 150 membres sont ici par conviction, pour perpétuer la mémoire de ceux qui sont morts pour nous. Le Monument commémoratif du Canada à Vimy est essentiel à la vie de Vimy (4 675 habitants). Il nous inspire tous; qu’on se souvienne de notre passé. Nos enfants le visitent avec les parents et les enseignants. »

Discours fait lors des cérémonies de libération militaire. [PHOTO : ARMÉE CANADIENNE]

La contribution des Canadiens à la Seconde Guerre mondiale est commémorée de maintes façons à Hong Kong, en Italie, en Belgique et aux Pays-Bas. Certains des moments les plus poignants sont communs aux écoliers qui commémorent d’après ce qu’on leur enseigne à l’école et chez eux.

Cependant, pendant des dizaines d’années après 1945, les politiques gaullistes ont atténué la contribution des alliés. La stratégie de de Gaulle était d’effacer l’humiliation qu’était la défaite de la France en 1940. Il voulait faire croire aux Français que la France avait joué un rôle déterminant lors de sa libération. Il mentionnait rarement les contributions des alliés et dissuadait l’assistance des personnalités françai­ses aux célébrations commémoratives alliées. Cela devint encore plus évident après qu’il a incité le Québec à se séparer, en 1967.

Il y eut une trêve du nationalisme gaulliste en 1988, quand le président François Mitterrand a ouvert le grandiose Mémorial de Caen : un musée de « l’histoire pour la paix » du 20e siècle, où la contribution des alliés et des Canadiens pendant la campagne de Normandie est fort bien représentée. Dirigé par la Ville de Caen, le mémorial est richement pris en charge par la population et les entrepri­ses. Ses 84 employés reçoivent quelque 400 000 visiteurs chaque année.

Aujourd’hui, la France comprend que la commémoration militaire est une partie essentielle des relations France-Canada, surtout pour le Canada anglophone. L’ancien ambassadeur Daniel Jouanneau soulignait cela de manière systématique. L’ambassadeur actuel François Delattre aussi.

En commençant par Le Monument commémoratif du Canada à Vimy, la France a donné des terres au Canada pour des cimetières et des monuments. La France officielle est toujours bien représentée aux évènements canadiens. Le jour de la Normandie (6 juin) a commencé, grâce à l’encouragement de l’État, en 2004, à raviver et perpétuer les souvenirs des Français par rapport aux sacrifices militaires canadiens et alliés à la campagne qui a changé le cours de la guerre.

Nombre d’initiatives locales rappellent naturellement les Français qui ont péri : pour la France, la Première Guerre mondiale a été un holocauste générationnel. Mais Nathalie Worthington, directrice du Centre de la plage Juno, fait remarquer les innombrables faits des citoyens ordinaires en l’honneur des Canadiens. « Pendant plus de 60 ans, dit-elle, le Comité Juno Normandie-Canada a organisé des hommages aux Canadiens à travers la Normandie. En aout dernier, il a inauguré un monument à Falaise en l’honneur des aviateurs canadiens et, en juin, il va dévoiler un monument commémorant les marins canadiens. »

Exemples supplémentaires : la commune du Mesnil-Patry, où 114 membres des 1st Hussars et des Queen’s Own Rifles sont morts, a érigé, place des Canadiens, un monument au Canada. Le collège de Courseulles a construit un monument canadien magnifique. Et, ce qui est peut-être le plus émouvant, chaque année depuis 2004, le collège professionnel Victor-Lépine de Caen demande aux élèves de commémorer, au Coin Westlake, la mort de trois frères Canadiens de Westlake.

Claude Gérard, président de l’association de bénévoles Jubilee, est déçu des autorités de l’éducation nationale : « Ce que nos membres regrettent vraiment, disait-il à un journal en aout 2006, c’est le manque de visites des écoles de Dieppe (au musée du mémorial de Dieppe). Je ne comprends pas le manque d’intérêt du ministère de l’éducation pour une page si importante de notre histoire locale, nationale et internationale. »

Une histoire tout à fait différente nous vient de Marc Pottier, directeur de l’éducation et de la recherche du Mémorial de Caen. Il ne se plaint pas du gouvernement, car son institution attire les jeunes gens facilement. « Sur les 400 000 qui vien-nent chaque année, la moitié ont moins de 20 ans et un bon tiers viennent dans le cadre de visites organisées par leur école.

Pourquoi le musée a-t-il autant de succès? Nous ne faisons pas que présenter les expositions; nous les expliquons en utilisant tous les outils de la pédagogie moderne : les trousses, les films, les débats, les expositions interactives. Tout ce que nous faisons cible des groupes d’âge spécifique : primaire, secondaire et université. Nous aidons chaque enfant, chaque jeune, à faire ses propres découvertes, pour qu’il ait vraiment compris. Même que, chaque année, on forme 1 000 enseignants pour appuyer cette approche pédagogique, une approche qui ouvre l’esprit. »

Comme le démontre de manière imaginative le Mémorial de Caen, pour rejoindre les Français de tout âge, surtout les jeunes, il faut mettre la technologie au service de la pédagogie. Les objets « morts » — les armes, les uniformes, les casques — sont intéressants, mais seulement jusqu’à un certain point. Pourquoi ne pas avoir d’expositions interactives, avec des jeux vidéos et des effets spéciaux; pourquoi ne pas faire survoler les champs de bataille par Google Earth (satellites spatiaux).

Est-ce que la reconnaissance des Français envers les exploits militaires et les sacrifices canadiens va durer? « Tout à fait », nous assure le lieutenant-général grandement décoré, à la retraite, Charles Belzile, un des directeurs fondateurs de la Fondation canadienne des champs de bataille et grand président honoraire de la Légion royale canadienne. « L’intérêt que les Français témoignent au Canada est durable et encourageant. Nous sommes heureux surtout de l’appui des écoles : les enseignants et les élèves organisent des veillées à la chandelle au cimetière canadien de Bény-sur-Mer, entre autres, de leur propre initiative.

Worthington, du Centre de la plage Juno, est tout à fait d’accord. « Les Français ressentent une immense sympathie envers le Canada, et ça va durer. Pour les gens de la Normandie, le Canada est maintenant dans nos gènes, dans notre mémoire collective. Courseulles (où elle est née), Caen et Falaise appartiennent au Canada autant qu’à la Normandie. »

Yves Le Maner, directeur du « musée commémoratif et militaire » savant La Coupole, en France, est du même avis, que « les souvenirs durent naturellement plus longtemps près des champs de bataille. Et l’éducation des jeunes est cruciale. Car Hollywood — en plus des photos et des films libres que l’on peut obtenir facilement — pourrait faire croire que les Américains sont venus tout seuls. Mais nous faisons très attention au Canada, pour toujours. »

Tous ceux qui travaillent à la commémoration militaire savent que les souvenirs français des sacrifices des Canadiens sont fragiles comme les fleurs. Il faut les arroser, une génération après l’autre. Et il faut les interpréter sans cesse, d’après les valeurs, le voca-bulaire et les outils de chaque époque.

Madame Enguerrand, avec les bouquets de fleurs qu’elle a cueillies elle-même, exprimait la dévotion des Français de son temps envers le Canada. Le zèle pour un tel témoignage peut varier au fil du temps, et d’après la contigüité des champs de bataille. Mais de façons autres que celle de cette femme frêle et modeste de Bayeux — bien qu’avec autant de cœur — la plupart des Français et des Françaises font le vœu de ne jamais oublier ceci : le Canada a, deux fois, participé au rétablissement de la liberté et de la paix.

Sur L’eau, Sur La Plage

Les péniches de débarquement mettent le cap sur la Normandie, le 6 juin 1944. Remarquez les piles de bicyclettes. [PHOTO : GILBERT ALEXANDER MILNE, LIBRAIRIE ET ARCHIVES CANADA–PA135966]

En début d’après-midi, le 5 juin 1944, nous avons pris le départ de la côte sud de l’Angleterre. Nous n’avons appris où nous allions qu’une couple d’heures après, quand nous avons ouvert les ordres scellés après avoir changé de panne entre le continent et l’île de Wight.

Ce n’est qu’alors que nous avons appris où nous allions et, bien que nous ne le savions pas à ce moment-là, l’opération allait modifier le cours de la guerre. Nous faisions partie de la plus grande force terrestre, aérienne et marine jamais combinée et nous faisions voile vers la Normandie (France).

Maintenant, en cette année de mon 88e anniversaire, dans le confort de ma maison à Saint-Lambert (Québec), je contemple cette immense période — 65 ans pour être juste — qui sépare mon aujourd’hui de ce jour-là. Bien que force détails se soient estompés, je me rappelle de certains évènements — et de certains visages — des 5 et 6 juin 1944.

J’avais 23 ans; je n’étais qu’un gamin, avec des connaissances en trigonométrie, dans l’artillerie où j’étais l’assistant d’un officier du 14e Régiment de campagne.

Nous traversions la Manche dans une barge de débarquement de chars d’assaut (LCT), un bateau fait pour rouler sur la terre ferme (ou tout au moins près de la côte) où il ferait tomber sa rampe de proue pour déposer des hommes et des engins au cœur des combats. Je me souviens encore de la carte où étaient indiqués les endroits importants, y compris ceux où iraient nos premières pièces. Nous étions à peu près 40 à bord, y compris l’équipage de la LCT, avec quatre canons automoteurs de 105 mm, un char de commandement et une chenillette porte-Bren, ainsi qu’un groupe de liaison d’infanterie.

La mer était houleuse ce matin-là et nombreux étaient les hommes qui ont dû s’arrêter de jouer au poker ou aux dés, pour aller soulager leur estomac par-dessus bord.

Des ballons de la taille de grosses voitures étaient fixés au-dessus de nous avec des câbles pour déconcerter les avions ennemis volant à basse altitude.

Nous ne pouvions pas dormir et j’ai participé à la plus grande partie de Red Dog de ma vie. C’était une partie de poker à mises élevées qui a duré toute la nuit. Presque tout le monde à bord a joué jusqu’à ce qu’ils soient « complètement fauchés », y compris les officiers supérieurs. Les autres observaient et j’ai fini avec une somme équivalant à 3 000 $ canadiens dans les poches. C’était beaucoup d’argent en ce temps-là et, d’avoir tant gagné, je me sentais — à tort ou à raison — plutôt vulnérable par rapport à ceux qui avaient fait moins bien que moi. Mon succès était probablement dû à la chance du débutant parce que c’est la seule fois que j’ai joué au Red Dog. J’avais tout parié : des livres anglaises et des francs français.

À la fin de la partie, quand le jour se levait, nous avons eu une vision fantastique. De tous les côtés, à perte de vue, il y avait des navires alliés assemblés en une immense armada.

Peu de temps après, on nous a donné la tâche de tirer un barrage devant notre infanterie qui se lançait à l’assaut des plages normandes de Bernières-sur-Mer. Nous n’étions pas encore très près du rivage à ce moment-là, alors ce n’était pas facile de tirer par-dessus la tête des fantassins qui passaient à l’attaque. La LCT était fortement se­couée, alors pour obtenir une bonne ligne de tir, il fallait maintenir le cap et la vitesse. Notre boulot était d’effectuer un tir de harcèlement pour venir en aide aux Queen’s Own Rifles of Canada qui atterrissaient à la plage Juno un peu après 8 h.

Je me souviens d’avoir vu des chars amphibies à double propulsion. Ces engins étaient flottables et à hélices, conçus pour fendre les flots en surface jusqu’à ce qu’il atteignent la plage. Malheureusement, il y en a qui ont coulé dans la mer forte. J’ai aussi remarqué des péniches d’où on lançait des fusées, et j’ai entendu le son de locomotive que les gros obus, lancés par un navire de guerre que nous ne pouvions voir, faisaient en passant au-dessus de nos têtes. Vu tout le bruit qui me martelait alors, je n’ai jamais eu honte de faire une demande à Anciens combattants Canada, des années plus tard, pour perte auditive.

Il était à peu près 9 h quand notre LCT a frappé une mine. L’eau était profonde de six pieds environ et la rampe de la LCT a été détruite. Elle a coulé à pic, mais nos véhicules n’ont pas calé parce que leurs côtés et leur pot d’échappement avaient été allongés. La chenillette porte-Bren du régiment d’infanterie que nous transportions sortit de la LCT qui s’enfonçait, mais elle fut détruite par une mine.

J’étais dans le char, debout dans la tourelle, et j’ai vu la chenillette porte-Bren sauter et retomber à l’envers. C’était comme une immense baleine qui aurait sauté hors de l’eau et serait retombée. Peu de temps après, nous allions nous mettre à la recherche de survivants et peut-être remorquer la chenillette jusqu’à la plage, mais le maitre de plage nous interdit de nous arrêter. Il savait ce qu’il fallait faire mieux que nous et je suppose qu’il ne voulait pas nous voir subir le même sort.

En regardant vers la côte, de l’autre côté de la plage sablonneuse, je vis beaucoup de soldats morts ou mourants avant la digue en béton. C’était terrible.

Notre groupe a atteint la plage à 9 h 25 et y est resté une bonne heure, en proie aux obus et aux balles volant au-dessus de nos têtes. Ce fut finalement notre tour de passer par une petite brèche dans la digue de Bernières-sur-Mer. Nous n’avons été mitraillés, par un avion ennemi volant en rase-mottes au-dessus de la plage, que deux fois.

Un de nos gars a été tué d’une balle à la tête pendant que nous étions coincés dans un bouchon. Il était devant nous, et la balle était venue d’une maison qui a été démolie par la suite. C’est une Française qui avait tiré et nous avons entendu une rumeur comme quoi c’était la petite amie d’un soldat allemand.

Le champ où notre batterie devait se rendre était occupé par une autre batterie, alors nous avons fini par entrer dans un champ qui avait été miné. C’est grâce à un garçon français de 14 ou 15 ans, qui nous a dit que les Allemands l’avaient obligé à placer les mines, que nous avons pu manœuvrer dans le champs. J’ai persuadé le jeune homme, avec mon fusil, de s’assoir sur l’avant du char et de nous montrer par où passer.

Ce soir-là, les avions allemands sont arrivés et ont semé la confusion dans les dépôts de munitions. C’était tout un feu d’artifice; vraiment effrayant. Nous avons aussi découvert à ce moment-là que nos francs français ne servaient pas à grand-chose. La seule monnaie acceptable était la cigarette.

Il y a eu des erreurs bien sûr, faites par tous les grades, mais nous avons triomphé. Et il ne faudrait jamais ou­blier tous ces braves jeunes hommes qui ont restés là-bas il y a 65 ans.

Le CEN, réduit, se met au travail

La fin de semaine froide des 21 et 22 février, le Conseil exécutif national restructuré, groupe très réduit de légionnaires, s’est assemblé à la Maison de la Légion, à Ottawa.

Il s’agissait de la première réunion du CEN, à la mi-hiver, depuis la restructuration administrative qui s’était produite au Congrès national dernier. Bien qu’il y eut encore des désaccords sur la question de l’administration, pas une fois la conversation n’a été tendue ou rancunière. La réunion semblait en être une de personnes qui s’entendaient fort bien.

Le samedi matin, le grand président honoraire Charles Belzile, pour amorcer la réunion, a prononcé un petit discours où il souhaitait la bienvenue à tous à Ottawa. Il a commencé par demander « l’unité » et par dire franchement qu’il pensait que c’était une réunion importante. « On ne peut s’attendre, au début du processus établi pour les nouveaux procédés gouvernementaux, à ce que toutes les douleurs de croissance aient disparu […] c’est sain dans une démo­cratie, mais on espère que nous allons aussi faire preuve de générosité et de sagesse pour que la Légion maintienne sa position solide.

Le président national Wilf Edmond a ensuite gentiment lancé un défi constructif. « Je voudrais que vous vous assuriez que ce que vous avez à dire à propos de votre division soit dit à cette réunion, dit-il. Quand quelqu’un s’en va en se disant “J’aurais dû dire ça”, il n’a pas fait son boulot, ici à Ottawa. »

Edmond a ensuite fait ses rapports sur ses visites aux Army, Navy and Air Force Veterans in Canada, à l’Association des Forces aériennes et au vétéran de la Première Guerre mondiale Jack Babcock, à Spokane (Washington).

Les vice-présidents Erl Kish et Paulette Cook ont ensuite parlé de leurs voyages en tant que représentants de la Légion en France et en Afghanistan, respectivement.

Pour Kish, le point culminant était la cérémonie d’inhumation d’un soldat de la Seconde Guerre mondiale trouvé récemment (Ceremony In France Lays Soldier To Rest [non traduit], mars/avril). Le voyage de Cook a eu plusieurs points importants, y compris la présentation de 500 $ au Fonds du coquelicot de la Direction nationale qui avaient été ramassés grâce aux dons des soldats à Kaboul.

Dans les rapports divisionnaires, le président de Terre-Neuve-et-Labrador David Flannigan a parlé de la nouvelle initiative de sa division concernant des journées portes ouvertes où le public est invité à voir ce qui se passe aux filiales. Il a remarqué qu’on a rapporté du succès partout dans la province. Il dit que la plus grande nouvelle de 2008 était celle de l’établissement d’une filiale à Pasadena.

Le président de la Division de l’Île-du-Prince-Édouard Alan Curtis, a fait un rapport globalement positif favorisé par l’annonce que sa division a obtenu l’accord de la province par rapport à l’émission de plaques d’immatriculation des anciens combattants pour moto­cyclettes.

Le président de la Division de la Nouvelle-Écosse/Nunavut Dave Blanchard a raconté l’histoire d’une filiale incendiée par un pyromane. N’ayant pas d’assurance incendie, la filiale n’a pas pu reconstruire et a rendu sa charte. Blanchard a ensuite parlé au CEN de plusieurs problèmes qu’il y a parmi les filiales, comme les plaintes et la mauvaise gestion. « La plupart des pro­blèmes des filiales remontent au manque de formation, » dit-il.

Il a aussi remarqué que sa division allait présenter quelques motions intéressantes au congrès divisionnaire, notamment de changer le nombre de districts et de restructurer la division comme suit : réduire l’exécutif de la division de 25 à 13, changer le nombre de réunions du conseil exécutif et éliminer les réunions du sous-exécutif. Blanchard dit que ces changements vont beaucoup améliorer leur position budgétaire.

La présidente de la Division du Nouveau-Brunswick Mavis Cooper a dit que « les finances du Nouveau-Brunswick n’ont pas été aussi bonnes depuis des années. Il y a eu un surplus dans tous nos comptes, cette année ».

Cooper a raconté au CEN l’histoire, pas très drôle, de deux filiales néo-brunswickoises qui ont été placées sous administration provisoire par la division. L’une comprenait une longue bataille judiciaire et l’autre s’est terminée quand la filiale a été vendue à la ville au prix de 1 $ et la dette au fisc a été rayée.

La présidente de la Division du Québec Annette Arsenault a parlé au CEN de quelques points importants à sa division, dont la visite du président de la Division de l’Ontario George O’Dair à l’occasion de laquelle il a fait un don de 25 000 $, de la part de sa division, à la collecte de fonds que la Division du Québec faisait pour un gîte de la Légion servant aux conjoints et aux familles en visite à l’Hôpital Ste-Anne pour anciens combattants.

O’Dair a ensuite fait le rapport de la Division de l’Ontario, où il a remarqué que « malgré les événements de l’année passée, la position de la Division de l’Ontario dans la LRC est toujours stable et assurée. »

Il dit que les finances de la division sont toujours solides. « Grâce à notre fondation de bienfaisance, nous offrons des octrois aux institutions du genre hospitalier et à notre programme de bourses, qui se chiffrent à 1 million de dollars par année. »

Le président du Manitoba–Nord-Ouest de l’Ontario Roland Fisette dit malheureusement que le journal de sa division, The Tribute, fermait à cause de problèmes financiers.

Le président de la Saskatchewan John Pott a rapporté que bien que les adhésions ont diminué de 680 en 2007, le taux de renouvellement, 90,25 p. 100, était supérieur à celui de l’année précédente.

Don Orr, président de la Division de l’Alberta–Territoires du Nord-Ouest, a rapporté que sa division a de plus en plus de soucis financiers et qu’on y tisse des liens serrés avec les militaires dans le but d’attirer de nouveaux membres.

Le président de la Division de la Colombie-Britannique/Yukon Dave Sinclair, qui a remplacé Red Thibodeau récemment, a esquissé ce que fait sa division pour réduire les dépenses, notamment en restructurant le comité exécutif, bien que cela n’ait pas encore abouti.

Là-dessus, on est passé aux rapports de comité, en commençant par la lecture de celui d’Edmond : le Comité des anciens combattants, des services et des ainés. Ce dernier recommandait que la Légion poursuive les négociations avec Anciens combattants Canada, concernant les visites aux centres d’hébergement pour sans-abris du pays, afin d’identifier et aider les anciens combattants sans abri.

Le président du Comité du coquelicot et du souvenir Gord Moore a recommandé une modification aux arrêtés pour qu’on puisse offrir l’assistance du Fonds du coquelicot aux anciens militaires qui ont fait un service de réserviste de classe B à temps plein et qui ont accumulé plus de 21 mois de service en deux ans, ainsi qu’aux personnes à leur charge. Elle a été votée à l’unanimité.

La recommandation de permettre l’allocation de fonds du coquelicot pour l’installation d’un appareil élévateur dans les filiales, afin d’y permettre l’accès aux invalides, a été retirée afin que le comité la reformule.

Le CEN a refusé une recommandation que la Direction nationale fasse fabriquer les couronnes et les croix en matériaux biodégradables. L’auditoire a appris que les couronnes recyclables dureraient moins longtemps que les couronnes existantes, mais quand même au moins trois jours. Les nouvelles couronnes couteraient environ 10 p. 100 plus cher.

La dernière recommandation de Moore concernait une demande de Home Hardware, commerce à succursales multiples. Il désire savoir combien d’argent a été ramassé lors de la vente de coquelicots dans tous ses établissements. Il y a eu plusieurs questions, dont le travail supplémentaire que les filiales devraient faire pour tenir ces comptes, mais la recommandation a été adoptée.

La présidente du Comité des adhésions Paulette Cook dit que la perte totale a été de 13 165 membres, bien moins que les pertes des deux années précédentes, qui étaient de 15 217 en 2007 et 16 884 en 2006. Elle remarque ensuite que le prix d’accomplissement du sociétariat a été décerné à la Division de Terre-Neuve-et-Labrador, laquelle avait 100,30 p. 100 du total de ses adhérents en règle de 2007.

Le prix du renouvellement de 2008 a été décerné à la Division de la Nouvelle-Écosse/Nunavut et le prix lève-tôt de 2009, à la Division de l’Île-du-Prince-Édouard.

Cook a conclu son rapport en recommandant que le chef de la section de l’adhésion assiste chaque année aux Championnats nationaux d’athlétisme de la Légion, pour recruter des membres. La recommandation a été adoptée.

La présidente du Comité des sports Pat Varga a commencé par donner les grandes lignes de la transformation des épreuves nationales d’athlétisme, qui ont été ouvertes aux athlètes non légionnaires et qui ont entrainé des revenus d’au moins de 10 000 $, sans inconvénient. Elle a recommandé que les nouvelles dispositions soient rendues permanentes et cela a été voté à l’unanimité.

Le CEN a aussi accepté une recommandation d’accroitre les championnats nationaux en incluant une catégorie ouverte des moins de 16 ans, quand ce sera faisable.

Le président du Comité des relations publiques Erl Kish a rapporté que les épreuves sportives des Forces cana­-­diennes ont augmenté, il y a peu, de 11 à 16. La Légion avait accepté de parrainer davantage ces événements, et le budget de 2009 avait été dressé en conséquence.

Une recommandation selon laquelle un officier du CEN, ou de statut supérieur, assisterait à chaque événement et dîner finaux, pour remettre le prix de la sportivité de la Légion, a entrainé des discussions. On s’est immé­diatement aperçu qu’il n’y aurait pas suffisamment d’officiers du CEN pour toutes ces fonctions. Mais comme c’était la fin de l’après-midi, la réunion a été fermée.

Le dimanche matin, en premier à l’ordre du jour, la motion de Kish concernant la présence des officiers anciens ou actuels du CEN aux événements sportifs des Forces canadiennes a été retirée et une autre motion présentée selon laquelle un «  membre actuel ou ancien du CEN, ou du conseil exécutif divisionnaire », assisterait aux banquets de fermeture. La motion a alors été votée.

George O’Dair a présenté le rapport du Comité des décorations et récompenses rapidement, remarquant que ce dernier avait accepté 143 demandes de récompense sur 181.

Edmond a ensuite lu le rapport de la Ligue royale des anciens combattants du Commonwealth, et observé que les finances étaient solides, mais qu’Antigua avait été gommée du programme et qu’elle serait rajoutée si d’autres anciens combattants se présentaient.

En tant que président du Comité du Congrès national, Edmond a déposé une motion afin de changer officiellement le site du congrès de 2016, de Winnipeg à St. John’s (T.-N.), afin de mieux marquer le 100e anniversaire de la bataille de Beaumont Hamel, ainsi que l’avait demandé le président de Terre-Neuve-et-Labrador Flannigan. La motion a été votée et Winnipeg sera l’hôtesse en 2018 à la place. Pendant ce temps, les préparatifs du congrès de 2010 (du 12 au 16 juin) avancent, et à Winnipeg aussi.

Le président du Comité de la défense Lou Cuppens a captivé l’attention de l’auditoire grâce à son rapport sur les soins aux vétérans d’Afghanistan, où il a donné des statistiques inquiétantes à propos du taux relativement élevé de suicides et de tentatives de suicide parmi le personnel des forces armées. Cuppens a recommandé que la Légion se penche à nouveau sur la question de s’occuper des militaires des Forces canadiennes blessés et de ses vétérans. Il a aussi recommandé qu’un officier d’entraide soit consacré à ces tâches.

Quand il a appris qu’un agent d’entraide de la Direction nationale avait la tâche de s’occuper des vétérans des Forces canadiennes, l’auditoire a réclamé qu’on agisse davantage et plus vite.

Cuppens a aussi recommandé que le CEN s’occupe de la formulation d’une motion pour le congrès de 2010 servant à étayer les efforts faits dans le but de rétablir les noms de Marine royale du Canada et d’Aviation royale du Canada. La motion fut adoptée.

Le rapport du Comité de l’unité des anciens combattants a été présenté par Belzile. Les membres du CEN ont recommandé que le comité se réunisse une fois par année avec les dirigeants des organisations d’anciens combattants pour discuter des questions d’intérêt mutuel dans le cadre de l’Initiative de l’unité des anciens combattants.

Le secrétaire national Duane Daly a ensuite lu son rapport, où il a tracé une image positive des ventes du service de l’approvisionnement. Il a aussi donné une vue d’ensemble des dommages causés par l’éclatement d’un tuyau à la nouvelle Maison de la Légion, qui ont tous été réparés rapidement et couverts par l’assurance.

Le directeur du Bureau national des services Pierre Allard a lu son rapport, où il était dit que les demandes préparées par les agents d’entraide de la Direction nationale ont augmenté de 1 749 en 2007 à 1 902 en 2008.

Une fois les rapports terminés, le CEN s’est penché à nouveau sur la question de l’administration.

Il y a eu une discussion sur ce qu’il faudrait faire exactement par rapport au travail inachevé de la Commission de la Légion royale canadienne sur la gestion, la représentation et la structure et si ces actes allaient contrecarrer la volonté du congrès national.

Suite à de nombreux propos, une motion a été votée où la commission ne serait pas rétablie, les motions restantes seraient abandonnées et le CEN s’occuperait de toute affaire concernant la restructuration.

Il y a eu ensuite un débat sur quoi faire par rapport à la question controversée de la baisse du drapeau. Le congrès national de juin dernier a voté que le drapeau canadien ne soit pas baissé. Cette recommandation a été clarifiée par la suite par le Comité des décorations et récompenses, qui a émis une décision comme quoi seul le drapeau de la Légion doit être baissé (Nouvelle politique pour la garde du drapeau, janvier/février). Malgré les quelques objections à la nouvelle pratique, le CEN confirme la pratique telle qu’elle est écrite dans le manuel des rituel et insignes.

Le trésorier national Mike Cook a lu un rapport surtout favorable; il a été approuvé et le budget de 2009, voté.

En arrivant aux derniers points de l’ordre du jour, le CEN a voté une motion où l’épingle « Nous appuyons nos troupes » demeure indéfiniment partie de l’uniforme de la Légion et que cela soit revu par le CEN en février 2011.

Autres moments marquants au CEN

Pont des valeureux : Le ministère des Transports de l’Ontario a accepté d’ins­taller la signalisation du Pont des valeureux. Le nom de Pont des valeureux a été conféré à ce pont pour véhicules et piétons, qui enjambe l’autoroute 417 près de la Maison de la Légion, en 2006. La Direction nationale et la Ville d’Ottawa ont ins­tallé des plaques des deux côtés, en commémoration des accomplissements militaires du Canada depuis la guerre d’Afrique du Sud. Les pancartes seront dressées aux abords du pont, sur les emprises, des deux côtés de l’autoroute.

Livre d’histoire : Une histoire de la Légion 1986-2006 écrite par l’ancien éditeur et directeur général de la revue Légion, Mac Johnston, est en cours; le livre devrait être prêt à publier cette année.

École Sayad Pacha : Mike Hayes de la fi­-liale Greely, membre de la Légion en service en Afghanistan, a demandé de l’aide pour le Projet de l’école Sayad Pacha, avec lequel il est associé à Kandahar. On recommande qu’une demande de dons soit postée à toutes les filiales et que la Direction nationale fasse la première offrande, d’un montant de 500 $.

HMS Nancy : Le CEN a donné son aval à la construction d’une copie du navire de Sa Majesté Nancy, bâtiment qui a servi à la guerre de 1812, et de faire un don de 5 000 $.

Chartes rendues ou accordées : En 2008, 14 chartes de filiale ont été annulées : trois à la Division de l’Alberta– Territoires du Nord-Ouest, deux en Saskatchewan, au Manitoba–Nord-Ouest de l’Ontario, en Ontario, au Québec et à Terre-Neuve-et-Labrador, et une en Nouvelle-Écosse/Nunavut. Une charte a été accordée à la Division de Terre-Neuve-et-Labrador.

La Saskatchewan conserve son titre au curling

Malgré une perte de contrôle au milieu du championnat, les gars de la filiale Nutana de Saskatoon ont remporté leur deuxième compétition nationale d’affilée, grâce à une victoire impressionnante à la dernière partie, au 53e Championnat national de curling de la Légion royale canadienne, lequel a eu lieu, du 15 au 19 mars, à Maple Ridge (C.-B.).

L’équipe de Darren Clancy, Les Kun, Rick Middleton et Andrew Hay (capitaine) a fini en première place au bout d’une semaine de curling et de festivités à Maple Ridge, une petite collectivité dans les montagnes, aux abords de Vancouver.

Ce fut une semaine formidable. Non seulement le curling a été intense, mais les manifestations d’après-curling à la filiale ont été matière à légende.

Et la filiale Maple Ridge est vraiment à ne pas manquer. Avec son immense salle au plafond vouté et très haut, ses lucarnes et son immense plancher de danse en bois de feuillu, ce n’est pas une filiale comme les autres.

Il n’y a pas que le grand nombre d’adhérents (plus de 2 500) qui la sépare des autres; il y a aussi ses bien-fonds : cinq établissements qui abritent quatre sortes de logements comptant 282 unités, y compris plusieurs résidences avoisinantes pour retraités. En plus, et c’en est peut-être la raison, la filiale a noué des liens étroits avec la collectivité qui la maintien au cœur de sa conscience.

Le dimanche matin, les écussons ayant été cousus sur les vestes et après le déjeuner et la réunion des capitaines, les joueurs de curling, les officiels et les invités se sont réunis à la filiale à l’occasion d’une cérémonie de dépôt de couronnes avant d’aller au Golden Ears Winter Club, en après-midi, pour s’y entrainer.

Les joueurs se sont réunis à nouveau, plus tard dans la journée, à la cérémonie d’ouverture officielle. Le président des débats de la Direction nationale Tom Irvine a pris la parole un instant aux deux occasions, aux côtés d’une foule de dignitaires, dont la présidente Lynda Henry et le maire Ernie Daykin de Maple Ridge. Irvine était là au nom de la présidente du Comité national des sports Pat Varga.

Les deux premiers tirages, dimanche soir et lundi matin, ont donné à tous l’occasion de se réchauffer et voir qui était venu jouer. Cependant, lundi après-midi, les choses ont commencé à s’échauffer.

Au troisième tirage, la Saskatchewan s’est mesurée à Barry Lewis, Dodie Dickison, Greg Sutherland et Bob Williams de la filiale néo-brunswickoise Moncton lors de ce qu’on s’est avisé comme étant une des premières parties importantes. La Saskatchewan avait dominé le jeu au début. À la sixième manche, elle était en avance à 4-3 et elle semblait en bonne position car elle avait une pierre presque sur le bouton et bien protégée par une garde. Il ne restait que quelques pierres à jouer et la Saskatchewan prit une décision fatidique : elle allait essayer de faire ricocher une de ses pierres vers le centre pour obtenir plus de points. Mais le tir, excessif, ayant été trop fort, les deux pierres de la Saskatchewan quittèrent la maison.

« Quel désastre », dit un spectateur.

Le Nouveau-Brunswick marqua trois points cette manche-là, ce qui lui donnait 6-4 et il prit son élan jusqu’à la victoire.

Le matin du troisième jour, Gord Duplise, Randy Jenkins, Eric Breitkreuz et John Danks de la filiale Salmon Arm de la Colombie-Britannique/Yukon, étaient bien en avance à 3-0 et la Saskatchewan, le Nouveau-Brunswick et le Québec, ce dernier représenté par Jeff Chead, Evan Mooney, Matt McRea et Danny Comeau de la filiale Col. John Bourque (Sherbrooke), la poursuivaient à 2-1.

La Saskatchewan continua sa glissade en perdant de justesse contre les représentants du Manitoba–Nord-Ouest de l’Ontario Curtis McCannell, Jacqueline McCannell, Rose Ballentine et Desmond Gould de Pilot Mound (Man.). La Saskatchewan, qui gagnait 5-4 au début de la dernière manche, finit par perdre 6-5.

Le Québec battit facilement Dennis Byrne, Rick Cook, Barry Lamond et Roy Bungay de la filiale Stephenville de Terre-Neuve-et-Labrador alors que la Colombie-Britannique s’effondrait étonnamment devant l’équipe de la filiale River Hebert, de la Nouvelle-Écosse/Nunavut, formée par Larry Scopie, Bob Hoeg, Sherman Jackson et Ron Hoeuld. Le Nouveau-Brunswick et Charlie Wilkinson, John Mullin, David Murphy et Roger Beazley de l’Île durent jouer une manche supplémentaire et les Néo-Brunswickois finirent par gagner 9-8.

Ainsi, au début du troisième après-midi, la Colombie-Britannique était encore en première place, mais elle était à égalité avec trois autres équipes : celles du Québec, du Nouveau-Brunswick et de la Nouvelle-Écosse. En très peu de temps, le Québec s’écroulait devant l’Île, les joueurs offrant leur main tout juste après la moitié de la partie où il était anéanti 9-2.

La Saskatchewan et la Colombie-Britannique étaient ex-æquo à 4-2 au début du dernier après-midi du cham­-pionnat. De façon significative, elles allaient jouer ensemble. La gagnante de cette partie remporterait le tournoi.

Pendant ce temps, pas moins de cinq équipes étaient ex-æquo à 3-3 — l’Île, la Nouvelle-Écosse, le Manitoba, le Québec et le Nouveau-Brunswick — et elles pouvaient toutes obtenir la deuxième place.

Le fascinant match entre la Colombie-Britannique et la Saskatchewan, comme on s’y attendait, se joua sur la dernière pierre. La Saskatchewan ayant terminé la septième manche en avance à 6-3, la Colombie-Britannique repoussa deux pierres en les effleurant aux huitième et neuvième manches et elle arriva à la di­xième en trainant à 6-5. La Saskatchewan a eu le marteau à la dernière manche et elle n’a pas manqué un coup. Le capitaine de la Colombie-Britannique Gord Duplise avait laissé une pierre sans défense dans la maison. Tout ce que le capitaine saskatchewannais Andrew Hay devait faire, c’était de l’enlever et les championnats étaient finis.

« À ce moment-là, ce qui m’est venu à l’esprit c’était de bien respirer, de me décontracter et faire ce qui me viendrait naturellement », dit Hay.

Il n’a pas fléchi. Ce fut un coup de maitre et les deux équipes se serraient la main avant même que les pierres se soient immobilisées.

« On se maitrise comme on peut », dit Hay par rapport à son dernier tir. « Si on se met à trop réfléchir, on se gèle. »

Les champions ayant été décidés, on s’aperçut immédiatement que le tournoi n’était pas encore fini, car quatre équipes étaient en deuxième position à 4-3. C’est ainsi que, jeudi, la Colombie-Britannique, le Québec, le Nouveau-Brunswick et l’Île-du-Prince-Édouard ont tous joué en matinée et que le Nouveau-Brunswick et la Colombie-Britannique se sont mesurés en après-midi pour savoir qui aurait la deuxième place. En fin de compte, le capitaine Duplise et son équipe ont réussi à maintenir une avance et ils ont fini par gagner la partie, 8-3.

Ce soir-là, les joueurs et les bénévoles se sont tous assemblés au sous-sol de la filiale Maple Ridge où les attendait le banquet de fermeture.

En fin de compte, l’équipe de la Saskatchewan avait l’air de penser que la fortune l’avait favorisé cette semaine-là et, à la fin de la cérémonie, son trophée levé fièrement, elle semblait heureuse d’accepter qu’un peu de chance — en plus de son excellent jeu — lui avait accordé la victoire.

« À n’importe quelle sorte de championnat, qu’il soit informel ou que ce soit le championnat de la Direction nationale, l’équipe qui finit par gagner est celle qui a réussi à réunir deux choses : l’aptitude au curling et le désir de s’amuser, dit Hay. Habituellement, si on n’a pas l’intention de s’amuser, ça ne marche pas bien, parce que si on n’est pas prêt à perdre, on ne peut pas gagner.

« Nous, on en a perdu une couple et on pensait que c’en était fini de nous, dit Hay, mais qui aurait pu se douter? »