Les Chemins De La Victoire

John Gray, officier du renseignement, est un des premiers libérateurs canadiens à Rotterdam après la reddition allemande. En sortant de la mairie, où il a demandé où se trouvaient les chefs de la résistance de la ville, il voit une dizaine de Hollandais autour de sa jeep. « En m’apprêtant à monter, j’ai vu le reste de notre repas dans une boite en carton : des sandwichs et une tarte. Si ces hommes avaient faim, est-ce qu’on m’en voudrait? » Gray demande alors à un des hommes si la nourriture les intéresse. Le Hollandais « m’a dévisagé d’un air incrédule : si elle les intéresse? » Il s’assoit sur le capot de la jeep où il rompt les sandwichs en petits morceaux pour en donner une petite poignée à chacun. Les hommes mangent lentement, avec un plaisir évident, et lèchent leurs mains pour en recueillir les moindres miettes. Certains ont eu du sandwich; d’autres, de la tarte, et tous s’en lèchent les lèvres… « Beaucoup de soldats, dit Gray, ont fait une expérience semblable le premier jour […] et pour beaucoup de Hollandais, le gout même de la liberté a été pendant longtemps une bouchée de bon pain ou de pâtisserie comme ceux qu’ils avaient presque oublié. »

Le Combat Pour Salavat – Partie 2

Le soldat Brian Makela (devant) et l’adjudant Dan Eisan en patrouille à Salavat. [PHOTO : ADAM DAY]

LE 1er PELOTON ACCULÉ DANS LES CORDES

Le présent article est la deuxième partie de notre série sur les hommes et les femmes du 1er Peloton de la compagnie Alpha de la Princess Patricia’s Canadian Light Infantry (PPCLI) qui foncent à corps perdu dans leur nouvelle mission en vue de conquérir la ville de Salavat, au fin fond du fameux district de Panjwai. Le 1er Peloton, basé dans la petite enceinte d’une école réquisitionnée, comprend maintenant ce qu’on appelle des quartiers de peloton : la cheville ouvrière d’une nouvelle stratégie procédant de Kaboul dans le cadre de laquelle les soldats de l’OTAN quittent leurs grandes bases et vont dans les villages.

Toutefois, étant donné l’arrivée du major commandant de compagnie, Ryan Jurkowski et de l’unité tactique de son poste de commandement (la compagnie Alpha du 2e Peloton commence à arriver aussi), des rumeurs circulent comme quoi il va y avoir des combats dans les environs, à Nakhonay. Les quartiers du peloton d’autrefois semblent donc se transformer rapidement en une sorte de base d’étape improvisée et grandement surpeuplée, pour la bataille à venir. Quant à ce qui a brièvement été un effort contrinsurrectionnel, il risque de se transformer en une partie de frappe-les-taupes, le jeu mortel où les Canadiens pourchassent les ennemis fantômes à travers un territoire infesté de bombes.

Pendant ce temps, le combat pour l’appui des villageois en est encore à ses balbutiements et la tentative faite pour s’adjoindre à Saed, le commandant de l’armée nationale afghane de la localité, va baisser à son point le plus bas. Pour lire la partie 1, consulter legionmagazine.com

Le problème avec la guerre

Dans cette partie de l’Afghanistan, on dirait que tout est barbelé, pointu, piquant, acéré, empoisonné, débilitant, difficile et s’oppose généralement à l’existence des autres choses d’une façon ou d’une autre. La poussière a l’air d’être mortelle. Les plantes font saigner. La terre aride et chaude assèche les gens par osmose. Leurs pensées sont agressives sous un épais nuage de mauvaise information et d’ignorance.

Tout cet endroit-ci, au bord du désert, procède d’une époque médiévale, sauf les téléphones cellulaires, les Toyota et un très grand nombre d’AK-47. C’est un endroit de mysticisme inflexi-ble, où notre rationalité souriante ne risque pas de battre en brèche les croyances.

Les enfants de la localité font voler des cerfs-volants quand une patrouille passe près d’eux et des hommes illettrés arrivent à tuer des Canadiens avec une bombe à 10 $. Les Forces canadiennes se servent de satellites et d’armes téléguidées par laser, et certains de leurs officiers ont des doctorats.

À qui l’avantage?

L’ennemi poursuit un objectif qui n’a rien de compliqué — débarrasser le pays des étrangers — et il a tout le temps pour le faire ainsi que des millions d’endroits où se cacher.

Les soldats du 1er Peloton en patrouille à Salavat. [PHOTO : ADAM DAY]

Pour confronter l’ennemi, les Canadiens doivent entrer dans son monde, ils doivent tisser des liens, bâtir la confiance. En d’autres mots, pour gagner leur combat, les Canadiens doivent mettre en œuvre une stratégie de contrinsurrection.

Cette situation ne convient pas à tout le monde se trouvant au Kandahar en octobre 2009. Beaucoup de soldats rêvent encore de résultats obtenus par les armes. Mais il est improbable que les armes aient la haute main sur la situation.

Presque exactement comme en 2008, c’est de Nakhonay que tout le monde parle. L’ennemi s’y trouve en grand nombre, disent les tireurs avec une ferveur évidente.

Mais ce n’est pas vrai. Si l’ennemi s’établissait dans des emplacements fixes, ici, il serait mort avant la fin de la semaine.

Nos armes sont meilleures, mais ils se montrent plus futés. Quant aux villageois, ils veulent simplement survivre.

IVe jour — Opération Deep Thrust (grande poussée)

Le matin, un mini-conflit éclate à propos de qui a le droit de boire quel sachet de café instantané et qui, de manger les rations fades de quelle pile de rations fades. L’adjudant et gardien général du 1er Peloton, Dan Eisan, accroche une affiche à la tente des approvisionnements : « Voir l’adjudant Eisan pour les rations ou pour l’eau, s’il vous plait. Ne vous servez pas tout seul. » Les soldats du poste de commandement élèvent le ton : le café et l’eau qu’ils boivent viennent de leurs propres véhicules.

Plus tard cette journée-là, Eisan éprouve une grande frustration quand des provisions qui arrivent à la base incluent des produits comme l’eau Perrier et des croustilles Doritos, mais pas certains articles comme les sacs chauffants pour les rations ou les accessoires d’hygiène qu’on appelle communément « sacs à merde » et sans lesquels l’hygiène serait pénible.

Quiconque a essayé de stocker un appartement ou une maison sait ce qu’Eisan ressent. Même dans un petit ménage, il y a toujours des choses qui se cassent, qui ne fonctionnent plus et qu’il faut réparer, des provisions qu’il faut remplacer. Imaginez-vous que vous dirigez un ménage de 100 jeunes soldats agressifs en plein désert. « Les provisions que nous demandons, ce ne sont pas des souhaits, ce ne sont pas des friandises pour nous, dit Eisan. Il y a plus de 100 gars dans cette petite enceinte et si on ne reçoit pas les sacs à merde bientôt, ça va aller très mal bientôt. »

Les soldats du 1er Peloton en patrouille à Salavat. [PHOTO : ADAM DAY]

Le caporal John Little, jeune homme moustachu de 24 ans qui, de bien des façons, est l’ambassadeur et l’amuseur général du peloton, est nettement décontenancé depuis que le personnel du poste de commandement est arrivé. Il admet qu’il ne se sent plus aussi vivace. « Je n’y peux rien; les mauvais chenapans se sont emparés du camp », dit-il.

Avec le temps, l’ambassadeur devient une sorte de créature binaire : il est soit contrarié, soit amusant; soit qu’il abandonne l’idée que la vie est une farce, soit que sa raison de vivre est d’inventer des farces.

Par exemple, Little a inventé un nouveau concept de jeu vidéo. Il est fondé sur la contrinsurrection et, d’après lui, il y a « un million de façons de perdre et aucune façon de gagner ».

Bien que l’ambassadeur ait été houspillé trois fois pendant ces dernières 24 heures, d’après ce qu’on nous a dit, cela ne le dérange pas. « En’oye, dit-il en se penchant en arrière, en plein soleil et en écartant les bras. Renvoie John Little chez lui! »

« P’tit Jean est triste », dit le sergent Dwayne MacDougall qui vient d’arriver et s’aperçoit que Little est mécontent. « Étreins le rêve. Étreins la saleté », dit MacDougall d’un air d’encouragement.

Toutefois, il faut dire que le mécontentement à ce niveau-là semble faire partie de l’uniforme des soldats de la PPCLI; c’est comme une tradition. Il nous semble que si l’on pouvait extraire l’essence d’un biffin de la PPCLI, on découvrirait qu’elle consiste de deux tocades à parts égales : « le réflexe à conneries » et « voyons voir si on peut faire des ennuis à quelqu’un ».

Comme si c’était une tradition, les premiers mots prononcés par le chef du peloton, le capitaine Bryce Talsma, à l’occasion d’une séance d’information, sont accueillis par le refrain « c’est d’la bullshit » ou des fois, peut-être pour ne pas perdre de temps, simplement « bullshit ».

Cette même matinée-là, je m’assoie au soleil pour discuter de la guerre avec un inconnu, une de ces figures qui vont et viennent dans les zones de combat sans qu’on sache exactement qui ils sont.

Omar (ce n’est certainement pas son vrai nom) se présente en tant que conseil culturel canadien-afghan. Et bien qu’il soit né près de Kaboul, qu’il ait l’air afghan et qu’il parle pathan comme un indigène (vraisemblablement avec le même accent), il a grandi principalement au Canada et parle anglais comme si c’était sa langue maternelle.

Omar observe de près la situation en Afghanistan depuis longtemps. « La société est en morceaux, dit-il pour commencer. Les relations entre les gens, leurs relations avec le gouvernement, avec l’économie… tout est brisé.

« Les gens de Salavat ont besoin d’emplois […] Les talibans ne pourraient plus leur faire faire des choses s’ils pouvaient pas les payer.

Un jeune Afghan et un soldat canadien se mesurent l’un l’autre. [PHOTO : ADAM DAY]

« Mais en fin de compte, si on veut vraiment apporter la paix, c’est ce qu’on doit faire. Je suis sûr qu’on peut. On avait la paix et la démocratie avant, en Afghanistan, on avait la démocratie depuis belle lurette. Ce qu’on appelle Loya Jirga. »

À 11 h 25, l’air se transforme soudainement en une vague qui frappe et aspire à cause de grosses bombes qui explosent au nord, dans le district de Zhari. Il est à noter que la bande sonore naturelle de la guerre est envahissante, une symphonie technique, furieuse et brise-tympan. Il y a le hurlement insensé d’un chinook qui passe à 10 pieds au-dessus de nos têtes, le grondement diesel des VAL et, comme toujours, à tout moment, les explosifs puissants qui retentissent intensément dans notre fiole.

L’après-midi, l’ambassadeur Little, étant arrivé à un stade de tristesse encore plus profonde, s’assoit sur le sable et lit de la poésie aux soldats qui passent. « Un singe effrayé pilote mon bateau dans les rapides », crie-t-il à un soldat qui s’enfuit : ce n’est pas un amateur du poète Gary Michael Dault ou de son œuvre The Milk of Birds (Le lait des oiseaux).

Dans l’esprit de la poésie de Little, le lieutenant Andrew Stocker, chef de l’Équipe de liaison et de mentorat professionnel (ELMP) attaché à l’unité de l’armée nationale afghane logée au même endroit, lance une strophe célèbre du poème de Rudyard Kipling The Young British Soldier (Le jeune soldat britannique).

« Quand tu es blessé et abandonné dans les plaines d’Afghanistan,

Et que les femmes sortent couper ce qui reste,

Roule vers ton fusil et fais-toi éclater la cervelle

Et va retrouver ton dieu comme un soldat.

Vas, vas comme un soldat…. »

Un soldat qui passe observe Stocker réciter des poèmes, et puis il le regarde d’un air désapprobateur, dirait-on. « Quoi? demande Stocker. Je viens de t’épargner six heures d’exercices de comportement après capture. »

Les projets de la journée sont une patrouille à l’est de Salavat, établir un poste de contrôle et rester après la tombée de la nuit.

Les rumeurs à propos de la nature exacte de la patrouille circulent toute la journée. Il s’agit d’une question très importante, alors les rumeurs se propagent plus vite que la pensée, semble-t-il.

En se préparant à sortir, la patrouille d’incursion minimale habituelle se transforme en patrouille bien plus profonde. « Maintenant, grogne le sergent Craig Donaldson à 13 h 30, on a une bonne patrouille. On va pas s’asseoir quelque part sur une route pendant des heures, on va au centre-ville, et il hausse les épaules. Pourquoi pas? »

La patrouille d’aujourd’hui est dûment renommée opération Deep Thrust (grande poussée).

« Quel interprète emmenez-vous? » demande le sergent C.J. Flach.

« Mania », dit Donaldson.

« Est-ce qu’il parle anglais? », demande Flach avec incrédulité.

« Pas vraiment, mais je pense pas qu’il parle pathan non plus, alors y a pas de problème », répond Donaldson.

À la tombée de la nuit, quand la patrouille se met à chercher un endroit pour faire une pause, la caporale Becky Hudson, âgée de 25 ans, se lie d’amitié avec une bande de gamins afghans.

Bien que la plupart des soldats se méfient un peu des enfants à ce point-ci, Hudson, non. C’est une curieuse qualité qu’elle a. En patrouille, quand les autres tressaillent autour d’elle, quand la confusion et la peur s’installent peu à peu dans leurs yeux, Hudson a l’air profondément sereine.

Par la suite, lorsque les fusées éclairantes explosent dans le ciel nocturne, Hudson nous explique son calme : « Je me suis enrôlée parce que j’aime les défis. J’aime faire ce que les gens disent que je suis pas capable de faire, dit-elle. Ça fait longtemps que je veux être assistance médicale dans une zone de guerre. Dans le désordre, les gens se tournent vers moi pour trouver le calme. C’est étrange, mais si ma figure est la dernière que vous allez voir, je ne veux pas que vous y voyiez la peur, vous comprenez? C’est comme ça même avec les gars, les gros machos que rien ne touche; quand quelque chose arrive, ils redeviennent des petits garçons. Il y a beaucoup de gens qui me demandent c’est quoi mon but, et je pense que je l’ai découvert, je sais pourquoi je suis ici. »

Peu après, n’ayant pas vu d’ennemi, la patrouille prend le chemin du retour dans le noir.

À un moment donné, un Afghan plutôt effrayant sort d’une allée, à quelques pieds de nous et nous dévisage, tournant la tête, un drôle de sourire aux lèvres.

Le caporal Jesse Evanshen pointe calmement son fusil sur lui. « Je ne prends pas peur facilement », dit Evanshen avec un sourire quelque peu effrayant aussi. Puis il baisse son arme et me regarde directement : « Il vous arrive d’avoir peur? » me demande-t-il. Je marmonne quelque chose à propos de mon audace au clavier et on n’en parle plus.

À l’issue de la patrouille, tard ce soir-là, un des soldats se dit consterné des nombreux retards que l’on subit parce que Talsma et l’interprète parlent aux villageois. « Il faut pas s’arrêter, dit-il. Si on s’arrête, on est des cibles faciles. »

Talsma a une curieuse expression quand un membre de la patrouille après l’autre émet son opinion. Beaucoup d’entre eux veulent que la patrouille circule, mais pas tous. « La raison qu’on est ici, c’est pour parler aux villageois, s’exclame Little finalement, quand le débat traine. Il faut qu’on laisse le capitaine faire ce qu’il faut. »

La discussion est intéressante en ce qu’elle met au jour les priorité des uns et des autres; les tactiques qui sont logiques en contrinsurrection ne le sont pas à la guerre classique et c’est là la difficulté.

Talsma est d’accord avec Little et il dit qu’il est important de se lier avec les villageois, mais il concède aussi que les haltes devraient être le plus court possible par mesure de sécurité.

Ve jour —  La patrouille aux réclamations de Flach

« Bien le bonjour Bryce, comment s’est passée la patrouille? » demande le major Jurkowski en arrivant au patio où Talsma mange une omelette avec de la salsa et de la sauce Tabasco arrosée de thé glacé Snapple.

Il trace les grandes lignes des principaux renseignements qu’il a obtenus : les gens de la place ne sont pas contents des tirs d’éclairage parce qu’ils ont peur des douilles qui revolent, et ils ont aussi peur des fusées d’éclairage mal réglées qui retombent au sol avant de s’éteindre et qui causent souvent des feux.

Jurkowski fait oui de la tête. Il dit à Talsma de ne pas oublier de tirer des cartouches éclairantes dans les secteurs où il n’y a pas de soldat en patrouille, pour que l’ennemi ne puisse pas prévoir le circuit.

Jurkowski passe alors à ce qu’on pourrait appeler la partie « réprimande » de la conversation. Il aurait entendu un soldat du 1er Peloton qui, au téléphone satellite, disait qu’il enseignait aux gamins à faire un doigt d’honneur et à jurer en anglais.

« Est-ce que nous protégeons inéluctablement la population si nous leur enseignons à jurer? » demande Jurkowski.

Talsma bafouille un peu.

« Je ne suis pas venu m’immiscer dans vos affaires, dit Jurkowski. Je suis ici pour vous appuyer. »

Talsma et Jurkowski, il faut le dire, souffrent d’une de ces relations étranges où aucun des deux n’est à son meilleur en présence de l’autre. Ce n’est pas qu’ils se rendent pires l’un l’autre, mais on peut dire, sans avoir peur de se tromper, qu’ils s’énervent de manières étranges.

Malgré tout, ils se mettent à discuter de ce qu’il faut faire pendant la journée. Il semblerait qu’il existe des renseignements comme quoi l’ennemi a une maison secrète à Salavat. « Je veux savoir où se trouve cette maison secrète des tali­bans, ensuite je veux que vous commenciez à l’interdire et dans quelques jours, on ira la frapper », dit Jurkowski.

Ce dernier est tout à fait conscient, bien sûr, que les soldats de l’ANA affectés aux quartiers du peloton de Salavat se sont avérés un facteur restrictif jusqu’à présent. « Je fais preuve d’un peu de patience là-dessus, dit-il, pour comprendre les particularités de la situation avant qu’on commence à chercher des moyens de pression. Je pense qu’il faut vraiment bâtir la con­fiance, et on le fera en discutant, en donnant des explications et en faisant des démonstrations.

« Les soldats afghans se sont restreints eux-mêmes et nous allons dépasser ces restrictions pour leur montrer ce qu’il est possible de faire. »

Tout de suite après que la patrouille s’est introduite profondément dans le sud de Salavat, un villageois bien habillé s’arrête en motocyclette à côté de nous. Il a un morceau de papier avec lequel il gesticule. Il a l’air sérieux.

Après avoir parlé à l’interprète, Mania, pendant un certain temps, il ressort que l’homme tient une demande d’indemnisation signée par quelqu’un d’une patrouille canadienne dont le char d’assaut a détruit une partie de son champ. Il cherche à se faire payer.

« Dites-lui de se rendre aux quartiers du peloton », dit Flach à l’interprète.

Les deux Afghans parlent entre eux. « Il dit qu’il ne veut pas aller là-bas parce que les talibans vont le voir », dit Mania.

Flach fait oui de la tête. « Dites-lui de passer par l’ainé du village, Hajji Pir Mohammed », dit Flach.

Ils se parlent un bon moment. « Il ne peut pas, dit Mania. Il dit que les ainés gardent l’argent. »

Flach fait oui de la tête. « Dites-lui de se rendre au centre du district. »

La discussion se poursuit. « Il refuse, dit Mania. Il dit qu’on ne peut pas faire confiance au chef du district pour quoi que ce soit. »

Flach fait oui à nouveau. Sa figure s’endurcit. Il est à bout de patience. « Eh bien, c’est pas nous qui avons détruit son champ et je ne peux rien y faire. »

Le fermier hausse les épaules.

« Bonne journée », dit Flach et il donne l’ordre à la patrouille d’avancer.

Par la suite, en ce qui concerne la rencontre avec le villageois, Flach pense que c’est une occasion manquée de créer un nouvel allié dans le village, et peut-être même d’obtenir des renseignements. « Notre mission principale était la reconnaissance des chemins autour de Salavat, dit-il. Et je croyais qu’on était restés trop longtemps au même endroit. Je lui ai montré trois façons de faire [relativement à sa demande d’indemnisation]; que pouvais-je faire d’autre? C’était une occasion, mais ce n’était ni le moment ni l’endroit. »

Ni Flach ni Talsma ne le savaient alors, mais un « jour des revendications » a lieu périodiquement à la base de l’Équipe provinciale de reconstruction du Canada à Kandahar, spécialement pour régler des problèmes tels que celui soulevé par le fermier lors de la patrouille de Flach.

Bien plus tard, Talsma lui-même dit regretter que personne ne les avait mis au courant du « jour des revendications ». « Le circuit des informations est rompu. Nous œuvrons dans notre petite bulle. Nous n’entendons par grand-chose par rapport au reste du monde. C’est un phénomène intéressant. En peu de temps, on ne voit plus que sa propre chambre. Le circuit des informations, c’est de la merde. Et je pense que ça commence à décourager les gens. On est ici depuis des années et ce n’est toujours pas mieux. »

De retour à l’enceinte, sans incident, la patrouille apprend que Jurkowski et la plus grand partie de la section de l’état-major doivent rentrer à Masum Ghar immédiatement, car les communications, ici, ne sont pas assez stables, ou pas assez sûres.

Une fois le commandant de la compagnie parti, les gars sortent de leur cachette pour célébrer leur liberté recouvrée; il y a des cris dans l’enceinte, des soldats sans chemise entourent le poste de commandement pour bavarder et ils jouent au baby-foot très tard, toujours sans chemise malgré le froid.

Très tard ce soir-là, un évènement clandestin, indescriptible parce qu’organisé par un homme clandestin que l’on ne peut pas décrire, fomente un peu de tension dans l’unité quand deux gars sont détachés de la 2e Section pour participer à l’opération. Ils sont assis au poste de commandement en tenue de combat, attendant l’ordre du départ, quand un autre soldat commence à leur poser des questions.

« Qu’est-ce que vous faites, les gars, demande-t-il en voyant leur tenue.

« Rien, on passe le temps, répond l’un d’eux, faisant comme s’il n’avait pas compris le fond de la question.

« Mais pourquoi vous êtes en tenue complète? » persiste-t-il.

« Occupe-toi pas de ça », répond le soldat.

« Non, mais vraiment, qu’est-ce qui se passe? » demande-t-il.

« Écoute, tu poses trop de questions », lui répond le soldat.

« Bon, d’accord », dit-il avant de jurer et de s’enfoncer dans le noir.

VIe jour — Un allié pénible

« Il me faut des sacs à poubelle », sont les premiers mots que j’entends au réveil le samedi matin. C’est la voix d’un jeune soldat contrarié et je suis prêt à parier que la personne à qui il parle, au poste de commandement, ne va pas lui donner une réponse qui le satisfasse.

« Les demandes concernant les provisions se font à l’adjudant », dit Talsma dédaigneusement.

« Je laisse les ordures par terre, alors », dit le soldat frustré.

« D’accord, assez bavardé », répond Talsma, mi-figue mi-raisin.

En descendant de mon lit de camp, je fais une découverte horrible. Depuis que le peloton s’est installé dans l’enceinte, l’abondance de résidus de cuisine et de déchets a attiré les rongeurs en très grand nombre. On dirait qu’une des créatures a décidé de se blottir à côté de moi pour se réchauffer pendant la nuit et je l’aurais écrasée en me retournant.

« Ouais, vous allez mourir, c’est sûr » dit l’assistante médicale, Hudson, d’un air moqueur quand je lui montre la souris morte que je tiens par la queue en faisant des jérémiades à savoir si je vais attraper quelque maladie infectieuse.

La patrouille de cet après-midi, c’est la bonne. Tous les soldats disponibles se préparent à entrer au centre du village de Salavat. Et il va y avoir une coordination telle que la patrouille se sépare en trois sections, chacune entrant au village par un endroit différent.

Pendant la première heure de la patrouille, Omar s’entretient avec un commerçant de l’est de Salavat. « Le village est vide, dit le commerçant. En vérité, ils sont partis à cause de vous. »

Les Canadiens font le contrôle de toutes les motocyclettes qu’ils voient parce que la main droite du commandant local des insurgés est mal en point et il a modifié sa moto de manière à ce que l’accélérateur soit à gauche.

Les soldats afghans font flipper tout le monde en permettant aux villageois de se mêler à la patrouille sans les fouiller.

Avant d’arriver au centre du village, La punition du nord (cf. partie 1) apparait de nouveau et dit aux Canadiens de ne pas entrer dans le village. « C’est un intégriste », dit Omar, dédaigneusement.

Lors du retour vers la base, MacDougall s’arrête à un ma­-ga­sin où il planifie l’achat de légumes et d’œufs.

De bien des façons, MacDougall est devenu le centre d’intérêt des Afghans. Non seulement semble-t-il trouver moyen de prendre part à toutes les patrouilles, sans exception, il tend aussi à se trouver devant où il lance constamment des Manana! (« bonjour » en pachto) à pleine voix, de tous côtés et avec affabilité. Les villageois se sont mis à lui crier la même chose quand ils le voient.

D’une façon ou d’une autre, MacDougall tend à donner tant de conseils tactiques pénétrants qu’il devient le chef de facto de beaucoup de patrouilles. Et, il faut le dire, il n’obéit pas exactement aux ordres. Ses patrouilles ont leur propre circuit, leur propre objectif. Il s’écarte du plan s’il pense que cela vaut mieux, mais son agression brailleuse, tapageuse à souhait, ne déguise pas ses inquiétudes réelles, son désir évident de faire ce qu’il faut, pour ses hommes autant que pour les Afghans.

Quand la patrouille est revenue à la base, quelques sergents tiennent une séance de stratégie avec Talsma. « Nous cherchions des moyens de nous intégrer à la collectivité, dit MacDougall relativement à son nouvel effort qui est d’acheter des produits locaux. « Jai remarqué le bazar à la première patrouille et je me suis dit tout de suite qu’il fallait contribuer en achetant des produits agricoles locaux, ou même une chèvre si on peut.

« Nous avions comme idée de faire les achats au bazar pour la grande fête qu’on a eue. Mais on a laissé les soldats de l’ANA s’en occuper; on leur a donné l’argent et ils sont allés au Bazaar-e-Panjwai parce que le marché y est meilleur, mais c’est pas ce qu’on voulait.

« Alors je suis entré dans leur magasin, au bazar, et on a eu une interaction, une rencontre de commerce et même un moment de liaison amicale. Les hommes poussaient leurs gamins pour qu’ils viennent me voir, et même si ça fait seulement une semaine, on peut déjà voir les fruits de nos labeurs; ça commence à paraitre.

« Le propriétaire m’a dit qu’il est désolé de ne pas avoir les œufs qu’il me faut, mais qu’il en aura demain matin. C’est comme quand on établit les relations chez nous.

« Je pense que ça commence. Mes jeunes gars essaient d’apprendre la langue à la base. On commence à se faire des relations.

« Quand on s’entrainait et qu’on parlait de venir ici, on n’a rien dit de tout ça; il n’y a pas eu beaucoup de préparation, s’il y en a eu, pour une mission comme celle-ci. Mais on s’adapte. »

MacDougall passe ensuite à un autre problème. Étant donné qu’une grande opération se prépare à Nakhonay, le peloton va probablement quitter Salavat; bientôt, peut-être. « On devrait pas être déracinés. Ça serait nul; je pense qu’on a commencé à avancer ici. On fait des progrès même si on n’en est qu’au début. »

Les longues discussions sont interrompues parce qu’un gamin malade est arrivé à l’entrée. Le poste de commandement se met en branle soudainement, et Talsma, Eisan, Hudson et Omar vont voir l’enfant. Peu après, ils l’introduisent dans l’infirmerie. C’est un moment important : la première fois qu’un villageois ose venir demander de l’aide à la base.

Malheureusement, Hudson ne peut pas faire grand-chose pour aider le gamin qui, d’après elle, souffre d’un trouble neurologique.

Quand la séance de stratégie reprend, Talsma dirige la conversation sur un problème récurrent : celui de la route de combat reliant les quartiers du peloton au principal axe de ravitaillement que les constructeurs canadiens ont fait passer à travers un des principaux fossés d’irrigation de Salavat — plutôt inconsidérément — retranchant ainsi une section importante de l’approvisionnement en eau du village. « Je comprends la nécessité militaire, dit Talsma en secouant la tête, mais si on leur enlève l’eau, à une communauté du désert, c’est pas mal sûr qu’ils seront furieux. On est comme un aveugle avec les culottes à terre […].

« De plus, on aurait jamais dû venir ici. On aurait dû bâtir les quartiers du peloton au [vieux] PO (poste d’observation) soviétique. C’était juste plus facile ici. Mais, comme ça, on leur a aussi enlevé la seule école du village.

« On dirait qu’on veut aller vite plutôt que de régler la situation à long terme. On dirait que tout le monde pense “j’ai six mois pour faire quelque chose de marquant”, mais ça ne suffit pas, il nous faut un modèle de 25 ans.

« Ça va être difficile de se battre avec un ennemi qui planifie une campagne de 100 ans. Ça va être difficile de battre ça avec une stratégie de six mois. »

À ce moment-là, Stocker arrive au pas de gymnastique. Il a l’air mal à l’aise.

« Ouais, tu peux t’attendre à te faire passer un savon », dit-il à Talsma. Saed serait « furieux » parce qu’il pense que la partie ouest de la patrouille s’est désorientée, qu’elle a dévié du plan et qu’elle est allée voir Hajji Pir Mohammed chez lui.

« Pourquoi serait-il furieux qu’on soit allés chez Hajji? » demande Talsma.

« Parce que c’était pas prévu », dit Stocker.

« Non. Non », Talsma n’accepte pas ça. « Il y a autre chose. Il est furieux parce qu’il ne veut pas qu’on ait des contacts avec Pir Mohammed. »

Stocker n’a pas l’air convaincu. « Je pense que c’est à cause du vieux système soviétique dans lequel il a été formé; on suit le plan ou on se fait tirer. »

« Il ferait mieux de suivre le programme; on va pas suivre le vieux modèle soviétique. Il peut manger de la merde s’il veut… »

« Bon, espérons que son commandant sera bientôt ici », dit Stocker.

Et, là-dessus, il y a une pause dans la conversation. Talsma et MacDougall se regardent d’un air entendu à quelques reprises. Stocker regarde surtout le sol.

« Non; c’est une affaire de contrôle », dit Talsma. « Je pense qu’il veut profiter de la force canadienne pour s’établir en tant que seigneur de guerre. »

Stocker continue de fixer le sol. « C’est possible », dit-il.

« On serait naïfs de ne pas voir ça comme une possibilité, dit Talsma. Chaque fois qu’un ainé s’approche, Saed s’en va avec lui pour s’assurer qu’on ne sait pas ce qu’ils disent. Il y a beaucoup de contrôle ici que je vais devoir sonder davantage. »

« Eh bien, s’il explose ce soir, je vais faire venir mon commandant ici pour qu’il démêle tout ça, parce que ce n’est plus logique ici », dit Stocker.

« S’il veut se biler pour ça, ça va être un long tour parce qu’on n’est pas prêts de partir, dit Talsma, qui est évidemment agité. Je vais combattre le feu par le feu par rapport à ça; on verra. Il va s’apercevoir que les Canadiens ont le sourire facile, mais pas s’il essaie de nous manipuler. »

Eisan, en plein milieu du dortoir, lance un cri d’encouragement : « Houah! »

L’entretien entre Saed et Talsma ne se passe pas bien. Ils ne parviennent pas à s’entendre et l’acrimonie entre les alliés s’aggrave plus que jamais.

Ce n’est pas peu dire; c’est même beaucoup dire et Talsma double la garde des VAL stationnés dans la section du camp de l’ANA et poste une sentinelle armée devant le poste de commandement et dans son dortoir. Pour nous protéger de l’ANA.

VIIe jour — La confusion règne

La journée commence tôt par un accès de désordre à nouveau. Les soldats afghans devaient aller à Masum Ghar pour une journée de formation, mais ils n’ont pas fait les arrangements pour qu’une patrouille du 1er Peloton les précède pour fouiller les ponceaux à la recherche d’IED. Ils attendent dans leurs camions qu’une patrouille soit improvisée pour leur gratifier un passage sécuritaire.

À la sortie de la patrouille, par le portail principal, Talsma convoque une assemblée à laquelle tous les personnages principaux du peloton vont être instruits des révélations d’hier soir. « Nous avons découvert que l’ANA nous cache des renseignements et nous empêche de prendre contact avec les ainés du village », dit Talsma. Quand Saed a cru que nous sommes allés voir Hajji Pir Mohammed, hier, il a perdu la tête. Il se pourrait qu’il ait partie liée avec les talibans et c’est pour ça que tout est si calme actuellement. Il a certainement le numéro de téléphone du commandant taliban dans son téléphone. [Jurkowski] va venir aujourd’hui pour examiner le problème, ainsi que toute la direction de l’ELMP et de Kandak.

« Pendant que les gars du 22e étaient ici, ils n’ont remarqué aucun problème, et nous, en une semaine, nous avons remarqué quelque chose qui pourrait compromettre notre mission complètement », dit MacDougall à la foule.

À la fin de la réunion, Talsma tire une conclusion inquiétante. « Tous nos rapports relatifs au renseignement sont en train de se faire réexaminer d’après la nouvelle situation, dit-il. Et deux hommes seront de faction pour tenir constamment l’ANA à l’œil. Les gens font des folies quand ils se font prendre la main dans le sac, et je veux pas me faire trancher la gorge à cause de ça. »

La journée ne faisait que commencer.

Au prochain numéro : Le capitaine Talsma et Saed parviennent à une nouvelle entente et les villageois de Salavat commencent à montrer leur jeu.

Le CEN maintient le cap

La baisse du nombre de membres semble s’estomper et une bonne gestion financière a permis à la Légion royale canadienne de ne pas oeuvrer dans le rouge. Toutefois, lors de leur réunion qui s’est tenue à la Maison de la Légion les 27 et 28 février, les membres du Conseil exécutif national ont dit explicitement qu’ils voulaient que la Direction nationale continue de multiplier les efforts pour bâtir l’affiliation et admi­nistrer les fonds sagement.

La Direction nationale a mené par l’exemple en offrant l’adhésion gratuite pendant un an aux anciens combattants qui viennent de prendre leur retraite, ce qui a occasionné l’ajout de 130 nouveaux membres entre juillet 2008 et la fin 2009, a rapporté la présidente du Comité national des adhésions, Paulette Cook. Le recrutement a augmenté par rapport à l’année précédente dans la plupart des directions : celui de Terre-Neuve-et-Labrador s’est accru de 10,64 p. 100 et ceux du Québec et de la Colombie-Britannique/Yukon, de plus de 8 p. 100. Les pertes ont diminué un tout petit peu, passant de 13 165 en 2008 et 15 217 en 2007, à 11 974. Une campagne de publipostage ciblant les anciens membres a été à l’origine de plus de 600 renouvellements.

Le trésorier national Michael Cook avait de bonnes nouvelles lui aussi : les revenus étaient supérieurs à ceux auxquels on s’était attendu dans certains secteurs, ce qui avait donné un surplus net de 395 050 $. Les résultats positifs ont été attribués à la stabilisation des marchés d’investissement, à une succession, à un remboursement de l’orga­nisme des services au personnel des Forces canadiennes et à environ 116 000 $ d’économies sur les dépenses de transport grâce à la volatilité des tarifs aériens qui ont diminué tout au long de 2009.

Bien que les ventes concernant l’approvisionnement aient diminué, de 2 202 491 $ en 2008 à 1 949 976 $, la part du surplus versée aux directions divisionnaires « est encore un montant respectable de 86 178 $ », dit Cook. On prévoit que les ventes vont se stabiliser à environ 1,9 million de dollars par année.

Le CEN a indiqué son intention de tenir fermement la barre des finances relativement aux dépenses et a déposé une motion concernant la création d’une vidéo de relations publiques de 80 000 $ en plus de refuser la demande d’un financement important.

Gary Bennett, président de la Fondation de soutien à Rencontres du Canada, a fait une présentation au CEN. La Fondation est un organisme distinct qui aide financièrement le programme Rencontres du Canada dans le cadre duquel quelque 3 200 élèves par année vont à Ottawa pour observer les institutions nationales canadiennes comme la Chambre des communes, le Sénat et la Cour suprême pendant une semaine. Nombreuses sont les filiales de la Légion qui subventionnent les jeunes de tous les milieux pour qu’ils participent à ce programme qui coute 625 $ par personne.

La Légion appuie fortement le programme depuis longtemps. L’Institut Historica-Dominion a pris en charge ce programme que dirigeait à l’origine le Conseil de l’unité canadienne, qui l’avait créé.

Bennett a adressé à la Direction nationale une requête de financement de 40 000 $ par année pour la Fondation de soutien à Rencontres du Canada. Le CEN a refusé, mais la première vice-présidente Pat Varga a insisté pour que la Légion continue d’appuyer les élèves au niveau de la filiale.

Les temps sont peut-être durs, mais le travail de la Légion se poursuit, comme on l’a vu dans le rapport du Comité des anciens combattants, des services et des ainés. Le président national, Wilf Edmond, s’est présenté au Sous-comité des anciens combattants du Sénat et au Comité consultatif de la nouvelle charte des anciens combattants pour y discuter de questions liées à la nouvelle Charte des anciens combattants.

Anciens Combattants Canada (ACC), prévoyant que la moitié des places de l’hôpital fédéral Sainte-Anne, à Sainte-Anne-de-Bellevue (Qc), seront libres en 2015, étudie à nouveau la possibilité de transférer l’établissement au gouvernement du Québec. Edmond a écrit à ACC que cela inquiète la Légion, insistant que tout accord de transfert devrait préciser qu’un certain nombre de places soient désignées places prioritaires, en tenant compte de la diminution des demandes attribuée à l’attrition; que la qualité des soins donnés aux anciens combattants actuels et à venir soit préservée; que le programme de jour soit conservé; et que le centre national du stress post-traumatique soit sauvegardé.

Selon une réponse de l’ancien mi­nistre des Anciens Combattants Greg Thompson, ACC fera le nécessaire pour que les anciens combattants aient la priorité pour accéder aux places et pour que les services du centre de jour soient offerts en permanence. Le Centre national pour traumatismes liés au stress opérationnel est une unité intégrante de la stratégie d’ACC sur la santé mentale et « on discutera de l’endroit physique du Centre pendant les négociations, » écrivait Thompson.

Le CEN a donné son accord à 39 motions du comité, qui seront mises à l’étude au congrès national, concernant un grand nombre de questions en faveur des anciens combattants, dont l’offre du Programme d’autonomie des anciens combattants aux membres de la GRC et aux anciens combattants frêles, la déclaration du jour de la crête de Vimy en tant que fête nationale fédérale, l’arrêt par ACC de la déduction de 5 $ par course en taxi des déplacements des anciens combattants pour raisons de santé, l’amélioration par ACC de ses communications avec les réservistes en ce qui a trait aux avantages auxquels ils ont droit et l’arrêt de la défalcation du montant du Régime d’assurance-revenu militaire (RARM) des pensions d’invalidité d’ACC.

Le Bureau d’entraide de la Direction nationale a rapporté que les premières demandes préparées et soumises par les agents d’entraide ont augmenté de 1 902 en 2008, à 2 011 en 2009 : 870 concernaient les pensions d’invalidité et 1 141, les avantages d’invalidité. Les sondeurs de la Légion ont visité 3 937 anciens combattants dans 763 institutions en 2009, une augmentation par rapport aux 3 419 anciens combattants dans 864 institutions en 2008.

La présidente du Comité des sports, Pat Varga a rapporté que les championnats d’athlétisme nationaux auront lieu à Ottawa en 2010 ainsi qu’en 2011. Le comité a discuté du besoin de planifier encore plus en avance et il s’est mis d’accord que le plan relatif à l’organisation de l’évènement devrait être quinquennal. En conséquence, une demande a été transmise à toutes les filiales pour les prier de poser leur candidature relativement aux rencontres de 2012 à 2015.

Malgré une baisse des revenus de publicité à la grandeur de l’industrie, Canvet Publications Ltd. n’a pas eu besoin de se faire virer des fonds de la réserve ni de demander une augmentation des prix d’abonnement. La production de revenus, grâce au lancement de La revue Légion dans les kiosques, a surpassé les couts et les abonnements directs ont doublé. L’Association cana­dienne des automobilistes, Travelodge Canada, les Peintures ICI et les magasins Bétonel font dorénavant partie du Programme de bénéfices pour membres.

Le secrétaire national Brad White a rapporté que les ventes concernant les approvisionnements ont diminué de 11 p. 100 en 2009 et s’élèvent à 1 949 976 $. On s’attend à ce qu’elles se maintiennent à ce niveau-là. Cependant, le lancement d’un magasin Web prévu pour janvier 2011 pourrait les faire monter.

Après avoir débattu et ajusté la formulation, le CEN a convenu des capacités et des services de soutien essentiels que devraient avoir les directions divisionnaires.

Les services essentiels concernent l’administration, y compris la capacité d’appuyer les filiales et d’administrer les arrêtés, d’assurer la responsabilité financière, de juger les plaintes et les appels, d’accueillir les membres des filiales qui ont rendu ou perdu leur charte, de former les administrateurs des filiales et des directions, de soutenir les programmes nationaux, de fournir un offi­-c­ier d’entraide, de coordonner et mettre en œuvre une cérémonie divisionnaire du jour du Souvenir et la campagne du coquelicot, et de répondre aux questions du public et des médias.

D’après la première formulation, le personnel minimal comprenait un secrétaire divisionnaire à temps plein et un officier d’entraide à temps partiel, bien qu’on préférait que le poste d’officier d’entraide soit pourvu à temps plein. Les directions les plus petites ont discuté de la manière dont elles répondent aux besoins des anciens combattants tout en faisant le nécessaire pour que les employés ou les dirigeants élus de la division puissent s’occuper des services d’administration ou de soutien.

Deux motions ont été déposées pour satisfaire les divisions les plus petites. L’une déclarait que les directions s’efforceraient de se plier aux normes minimales « si possible » et l’autre exigeait que le siège social des divisions soit toujours disponible aux filiales, aux autres divisions et à la Direction nationale, tout en laissant le soin à chaque division de décider comment elle répondrait à cette exigence.

Une motion a aussi été adoptée pour assurer aux directions l’accès au réseau de prestation des services aux clients d’ACC, conformément au protocole d’entente entre Anciens Combattants Canada et la Direction nationale.

Le CEN a aussi donné son accord à une recommandation du Comité des décorations et récompenses relativement à la tenue officielle de la Légion pour les administrateurs lorsqu’ils assistent à des évènements où il faut porter un smoking. La tenue pour les occasions solennelles ou militaires serait le blazer de la Légion orné des armoiries à la poche poitrine de gauche et d’un insigne de la Légion au revers, ainsi qu’un insigne de réforme ou une épingle de Service des Forces canadiennes au revers gauche, les distinctions canadien­nes, la Mention élogieuse du ministre des Anciens Combattants, les médailles de service miniatures, une chemise de ville blanche à collet rabattu, un nœud papillon et une écharpe noirs (bretelles foncées en option), un pantalon gris et des souliers et des chaussettes noirs. Les vêtements des dames comprendraient des bas foncés en option et une jupe grise de longueur habillée. La coiffe de la Légion ou d’une association militaire serait convenable mais pas obligatoire. L’insigne d’une association à la poche droite ne serait pas recommandée et on ne devrait pas orner les vêtements solennels d’insigne porte-nom, d’épingle commémorative ou d’épingle « soutenons les troupes ».

Les autres décisions

Les points ci-après ont également été rapportés à l’occasion de la réunion du Conseil exécutif national.

Commandes de coquelicots : Malgré les sollicitations que les commandes de coquelicots, de couronnes et de croix pour la période du Souvenir, en novembre, soient émises avant le 16 septembre, seulement 41,6 p. 100 d’entre elles l’ont été. Beaucoup sont arrivées après le 26 octobre et il a fallu faire les envois par avion pour que la marchandise arrive à temps. Le CEN a approuvé des frais de transport de 12 $ pour les commandes reçues après le 26 octobre qui ont nécessité un transport aérien.

Vente de coquelicots : Le CEN a approuvé une augmentation de 5 p. 100 du prix des coquelicots, des couronnes et des croix, à partir du 1er juillet, à cause de la taxe de vente harmonisée (TVH). Il s’agit de la première augmentation en six ans.

Sondeurs des soins de longue durée : On recherche des bénévoles en Colombie-Britannique à Quesnel/Williams Lake, à Kamloops et à Victoria; en Ontario à Thunder Bay, à Kenora/Dryden, à Parry Sound, à Scarborough/Toronto, à Brampton, à Kitchener/Guelph, à Gravenhurst/Bracebridge et à Perth; au Québec à Montréal, à Chicoutimi et à New Richmond/Bonaventure; en Nouvelle-Écosse à Antigonish, à Sydney et à Kentville.

Congrès national : Les premiers vice-présidents des divisions et la Section des anciens combattants tuberculeux seront invités, en tant qu’observateurs, aux réunions du CEN précédant et suivant le Congrès national. Les couts afférents doivent être pris en charge par les divisions et la section.

La maison d’hôtes de la Légion : La Division du Québec a rapporté que les travaux de rénovation d’une maison d’hôtes pour les familles des anciens combattants résidant à l’Hôpital Sainte-Anne d’Anciens Combattants Canada, à Sainte-Anne-de-Bellevue, ont été suspendus en attendant les résultats des négociations sur le transfert de l’établissement au gouvernement provincial.

Cénotaphe de Fredericton : La Division du Nouveau-Brunswick a rapporté que des donations lui ont été envoyées de tous les coins du pays pour réparer le cénotaphe de Fredericton vandalisé juste avant le jour du Souvenir.

Chartes émises ou annulées : Quinze chartes de filiale ont été annulées en 2009—quatre au Manitoba–Nord-Ouest de l’Ontario; trois en Saskatchewan; deux en Ontario et au Québec; une en Colombie-Britannique–Yukon, en Alberta–Territoires du Nord-Ouest, au Nouveau-Brunswick et à Terre-Neuve-et-Labrador. Une nouvelle charte a été émise, en Saskatchewan, à la filiale Southey.

L’assurance vie pour les vétérans de la Seconde Guerre mondiale

Après la fin de la Première Guerre mondiale, il fallait fournir des bénéfices d’assurance vie aux soldats, surtout aux pensionnés qui ne pouvaient pas passer avec succès l’examen de santé nécessaire à l’obtention d’une assu­-rance vie commerciale. Le gouvernement décida de leur fournir, à des taux normaux, des assurances d’un montant limité (jusqu’à 5 000 $). Ainsi, le Parlement édicta la Loi de l’assu­rance des soldats de retour au pays, qui entra en vigueur le 1er septembre 1920. La date butoir pour faire une demande était le 31 aout 1933.

Le gouvernement décida, pendant la Seconde Guerre mondiale, d’édicter une loi servant à offrir une assurance semblable. La Loi sur l’assurance des anciens combattants fut donc adoptée en 1944 et entra en vigueur le 20 février 1945. La date butoir pour faire une demande concernant cette assurance était le 31 octobre 1968.

L’administration de l’assurance des anciens combattants est semblable à celle de la plupart des programmes commerciaux d’assurance vie. Il existe une clause permettant de résilier la police en échange d’une valeur de rachat brute, c’est-à-dire de s’en défaire en échange d’un versement avant que la mort la rende payable. Lors du décès du titulaire de la police, la somme assurée, ou la portion restante, est versée au bénéficiaire en un seul montant ou en une rente.

La réadaptation d’après la nouvelle Charte

Dans le cadre de notre série explicative concernant la nouvelle Charte des anciens combattants, nous nous penchons ici sur la réadaptation.

Cette dernière comprend les services médicaux, les services de santé mentale et divers programmes servant à aider l’ancien combattant à établir une carrière civile. Tous les membres des Forces canadiennes libérés pour raison médicale ont droit à la réadaptation, y compris ceux qui ont souffert d’une blessure ou d’une maladie qui rend leur passage à la vie civile difficile ou impossible.

Ont droit à la réadaptation :

  • les vétérans des Forces libérés pour raison médicale;
  • les vétérans des Forces qui ont un problème de santé physique ou mentale attribuable principalement au service et qui entrave leur réintégration à la vie civile;
  • les conjoints ou les conjoints de fait des vétérans des Forces qui ont droit à la réadaptation professionnelle mais qui ne peuvent pas y prendre part à cause d’une invalidité grave;
  • les réservistes des Forces, selon la catégorie de service et les fonctions qui leur ont été attribuées;
  • les survivants des vétérans des Forces dont la mort est liée au service.

Il existe trois types de réadaptation :

  • la réadaptation médicale, qui comprend les traitements psychiatriques, les médicaments sur ordonnance, la chirurgie, la physiothérapie et le soulagement de la douleur;
  • la réadaptation psychologique, qui comprend le counseling, la thérapie de groupe, la formation en dynamique de la vie et d’autres services semblables visant à restaurer la vie autonome;
  • la réadaptation professionnelle, qui comprend les services individua­lisés d’orientation professionnelle, dont l’assistance liée aux couts de formation.

À votre service est écrit par des officiers d’entraide des directions de la Légion. Pour communiquer avec un officier d’entraide, composez sans frais le 1-877-534-4666, ou compulsez le site Web d’une direction. Consultez www.legionmagazine.com pour les archives de 3 années.

Une ère touche à sa fin quand s’éteint le dernier vétéran de la Première Guerre mondiale

Les Canadiens de partout ont pris le temps d’envoyer des messages par Internet et de signer des Recueils de pensées en l’honneur de la dernière connexion vivante à la Grande Guerre, qui a rendu l’âme. John Babcock, âgé de 109 ans, le dernier vétéran canadien de cette guerre, est mort paisiblement le 18 février.

« La Première Guerre mondiale représente une partie importante du Canada d’aujourd’hui et il faut en préserver l’héritage pour les générations futures, dit le ministre des Anciens Combattants, Jean-Pierre Blackburn. […] nous n’arrêterons pas pour autant d’encourager les jeunes du pays à se souvenir ».

Blackburn a annoncé les évènements qui auraient lieu, le 9 avril, en l’honneur de tous ceux qui ont servi à la Grande Guerre. Les cérémonies se sont déroulées au Monument commémoratif de guerre du Canada à Ottawa, au Monument commémoratif du Canada à Vimy, en France et au Mémorial du Canada à Londres. Des Recueils de pensées ont aussi été placés au Musée de la guerre, à Rideau Hall et dans les capitales des provinces. Anciens Combattants Canada a établi une connexion Internet à www.vac-acc.gc.ca/souvenir pour qu’on présente ses condoléances.

Né le 23 juillet 1900, Babcock était le huitième de 10 enfants dans une ferme près de Sydenham (Ont.). Un de ses frères ainés et lui se sont fait recruter en 1915. Bien qu’il ait indiqué sa vraie date de naissance quand il a signé les documents d’enrôlement, le 4 février 1916, son « âge apparent » y est indiqué comme étant celui de 18 ans. Il avait les cheveux blonds et mesurait cinq pieds, quatre pouces et demi. Il fut affecté au 146e Bataillon d’outre-mer et envoyé à Halifax en train.

À Halifax, il devint débardeur jusqu’à ce qu’on demande 50 hommes pour le Royal Canadian Regiment. Il se porta volontaire, disant qu’il avait 18 ans, et fut stationné à Sussex, où son âge réel fut découvert à nouveau. Il s’entraina au combat aux côtés des autres soldats canadiens trop jeunes jusqu’à ce qu’arrive la nouvelle de l’armistice.

De retour au Canada, il eut de la difficulté à trouver un emploi régulier et, peu après, s’en alla aux États-Unis. C’est là qu’il a rencontré Elsie, qui fut sa première épouse. Le couple déménagea à Spokane en 1932 et y eut un garçon et une fille.

Il avait obtenu la citoyenneté américaine en 1946. Cependant, son pays d’origine lui a manqué vers la fin de sa vie. On lui a porté de plus en plus d’attention au fur et à mesure que le nombre de vétérans de la Première Guerre mondiale diminuait. Le ministre des Anciens Combattants d’alors, Greg Thompson, est allé à Spokane lui remettre la Mention élogieuse du ministre des Anciens Combattants le 19 avril 2008.

C’est durant cette visite que Babcock a dit vouloir recouvrer sa citoyenneté canadienne. Thompson lui suggéra d’écrire au premier ministre. Babcock prit une feuille de papier et écrivit sur le coup : « Cher PM, pourrais-je ravoir ma citoyenneté canadienne? Je vous serais reconnaissant de votre aide. Merci, John Babcock. »

Thompson a remis le message au premier ministre Harper à l’occasion d’une réunion du Cabinet et Harper s’y est employé tout de suite. « Je pense que tout le monde s’est concentré sur le fait qu’il y avait une certaine urgence, étant donné son âge, et voulait le faire le plus vite possible », dit Thompson au Canwest News Service.

La Légion royale canadienne l’a honoré d’une carte à vie. En octobre 2008, le président national, Wilf Edmond, et l’agent d’administration de la Direction nationale, Danny Martin, sont allés à Spokane la lui remettre. Profitant de l’occasion, ils ont filmé Babcock passant un flambeau.

La vidéo a été montrée à la cérémonie du jour du Souvenir tenue au Monument commémoratif de guerre du Canada le 11 novembre de la même année. Babcock y disait : « Il ne faut jamais oublier nos camarades disparus au champ d’honneur. Je passe ce flambeau du souvenir à mes camarades. Tenez-le bien haut. »

À la base du monument se trouvaient quatre hommes : un représentant des vétérans de la Seconde Guerre mondiale, un de la guerre de Corée, un des déploiements au plateau du Golan et au désert du Sinaï et un des opérations actuelles du Canada en Afghanistan.

« Je n’ai participé à aucun maudit combat. Je me suis enrôlé et je serais allé en France si j’avais pu, mais on m’a mis dans un bataillon de jeunes soldats où on nous a entrainés sans arrêt. On s’est fait entrainer huit heures par jour; du vrai entrainement », a-t-il dit à Edmond.

Il s’exprimait clairement et a conservé la santé jusqu’à l’automne dernier, quand il a contracté une pneumonie et que son canal cholédoque s’est bloqué. Il a passé quelques semaines dans un hôpital pour anciens combattants et il est ensuite rentré chez lui où Dorothy, sa seconde épouse, a pris soin de lui.

Babcock a refusé une offre du gouvernement canadien pour des funérailles d’État, disant qu’il ne pensait pas les mériter car il n’avait pas combattu. Les funérailles privées ont eu lieu à Spokane le 27 février.

Blackburn a remis à Dorothy le drapeau unifolié qui flottait au-dessus de la Tour de la Paix le jour de sa mort.

Elle dit que ses cendres seraient dispersées dans les montagnes du Pacific Northwest.

Le départ de l’Afghanistan est discuté à la Conférence de la défense

La liste des participants à la Conférence des associations de la Défense (CAD) de cette année, qui a eu lieu au Château Laurier, au centre d’Ottawa, les 3 et 4 mars, a été aussi prestigieuse que d’habitude.

Bien que la vedette était sans nul doute le général David Petraeus, commandant du Central Command des États-Unis, le général et chef d’état-major de la défense Walter Natynczyk et les chefs de l’armée, de la marine et de la force aérienne étaient aussi de la partie.

Le discours d’ouverture du séminaire de l’Institut de la CAD, dont le thème était « La protection des intérêts nationaux du Canada dans un monde instable », a été prononcé par Eliot Cohen qui a mis la table, pour ainsi dire, grâce à son discours sur la guerre et la sécurité dans un monde instable.

Il vaut la peine de remarquer, pour des raisons de fierté canadienne, qu’il a commencé son alloctuion en parlant d’un entretien qu’il avait eu avec l’ancien chef d’état-major de la défense, Rick Hillier.

Cohen se souvenait que Hillier lui avait dit de ne pas « nous remercier d’être en Afghanistan. Ce n’est pas une faveur, et ce genre de remarque a quelque chose de condescendant. »

« En tant que diplomate, poursuivit Cohen, je me suis senti chagriné, mais j’ai compris le message. »

Cohen a ensuite enchainé avec son argument, décrivant en termes élémentaires les différences entre les conflits du 20e siècle et ceux d’aujourd’hui, disant principalement qu’il « s’inquiète que les États ont perdu le monopole de l’utilisation efficace de la force ».

Il dit que (l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord), les Nations Unies, Al-Qaeda et Hezbollah sont toutes des entités qui font la guerre. Peut-être qu’à l’avenir l’Union européenne la fera aussi. Peut-être même que Google la fera.

Son point est que l’âge des guerres faites par les États a été remplacé par celui des guerres faites par de nombreux combattants qui se battent tous pour leurs propres intérêts. « Nous vivons dans un monde où il est difficile d’évaluer la puissance militaire : pas seulement les capacités de l’ennemi, mais les nôtres aussi », dit-il.

La nouvelle réalité du conflit entraine, d’après Cohen, la nécessité de redéfinir la guerre. Les termes comme « contrinsurrection », « maintien de la paix », « guerre conventionnelle » ne suffisent plus. Le nouveau terme est « conflit hybride ».

« Ces guerres peuvent durer très, très longtemps, dit-il. Rappelez-vous la guerre de Cent Ans. »

Pour finir, Cohen a fait quelques remarques pessimistes, mais intéressantes. « Si l’Iran obtient des armes nucléaires, il y aura une course aux armements nucléaires au Moyen-Orient et ce sera terrible. »

Cohen a aussi mentionné la crise démographique à venir en Asie, notamment en Chine, où il y a beaucoup plus d’hommes que de femmes. « La testostérone est probablement la substance la plus dangereuse que l’humanité connaisse. »

La discussion la plus intéressante de la journée a peut-être été celle sur les leçons apprises en Afghanistan : toute la gamme des capacités, à laquelle a participé un groupe des plus grands
experts. Il s’agissait de Chris Alexander, ancien ambassadeur du Canada en Afghanistan et ancien représentant spécial adjoint aux Nations Unies; David Kilcullen, un des plus proches colla-borateurs de David Petreaus et auteur de The Accidental Guerrilla: Fighting Small Wars In The Midst Of A Big One (Le guérilléro accidentel : faire de petites guerres au milieu d’une grande); et le brigadier-général Jonathan Vance, commandant de la force opérationnelle afghane du Canada il y a peu.

Alexander a pris la parole en premier : « Il y a eu une pério­de de quatre ou cinq ans où les États-Unis et leurs alliés n’ont pas assez essayé de comprendre les talibans, les [autres militants], les Pakistanais, etc. C’est en partie à cause de l’Irak, mais il y avait aussi un désir de fermer les yeux », dit-il.

Alexander poursuit en disant qu’il y a plus de Pathans (le peuple d’où viennent la plupart des talibans et dont les terres tribales enjambent la frontière) au Pakistan qu’en Afghanistan. « Ça ressemble plus à une invasion […] qu’à une insurrection », dit-il en conclusion.

Ensuite, ce fut le tour de Kilcullen, par vidéoconférence, de Fort Bragg, en Caroline du Nord. « Nous avons commencé en disant qu’il fallait un commandement uni, mais en y réfléchissant bien, nous nous sommes aperçus que ce pouvait être contreproductif. Alors nous sommes passés à l’idée d’efforts unis, en vue d’un impact intégré. Ça aussi, ça s’est avéré une chimère. Alors nous en sommes venus à penser qu’il faut établir un diagnostic commun. […] Je pense que notre stratégie actuelle est la bonne, poursuivit-il, finalement. […]

« Aussi, dit-il pour conclure, il y a une certaine frayeur parmi les Afghans à la pensée que nous allons tous les quitter. »

Vance a parlé franchement de l’histoire récente des Forces canadiennes en Afghanistan. « L’insurrection a éclos plus vite qu’on pensait. Entre 2006 et 2009, nous savions tous que c’était une insurrection et nous savions qu’il fallait appliquer des principes de contrinsurrection, mais c’était une période où les ressources étaient insuffisantes. »

Toutefois, Vance soutient que les ressources actuelles sont meilleures. « Nous nous sommes concentrés sur l’Afghanistan et encore plus sur le Kandahar. La coalition fait feu de tout bois et elle va remettre les commandes au gouvernement afghan. »

Vance a quand même remarqué que le retrait des Forces canadiennes du Kandahar, qui doit avoir lieu en 2011, est considéré comme une sorte d’échec militaire, tout au moins par lui.

La conférence a changé de titre jeudi matin, bien que sa fonction soit restée la même, et le séminaire s’est transformé en assemblée générale annuelle dont le thème était « Ressources et capacités des Forces canadiennes lors de l’exercice de leur puissance ».

Le discours de Natynczyk a commencé par un aperçu des opérations des Forces à Haïti et aux Jeux olympiques, ces derniers ayant été une réussite grâce au fait que les Forces ont fait profil bas.

À propos de l’Afghanistan, il dit qu’il a « des raisons de se sentir un peu optimiste. L’année 2010 va être difficile, mais c’est aussi l’année où on va y tourner une page.

« Il y a un an, il n’y avait que deux bataillons au Kandahar, maintenant, il y en a quatre et un autre se prépare à y aller. L’OTAN, pour la première fois, a les forces qu’il lui faut au Kandahar. »

Après la réunion d’un groupe d’experts sur les médias et l’armée et une présentation de James Soligan sur l’OTAN, il y a eu la réunion d’experts sur les intérêts nationaux et la projection de force du Canada et les capacités requises.

Le vice-amiral Dean McFadden, chef maritime, dit que nous sommes au bord d’un « siècle de la marine […] Tout ce qui défie […] les lois de la mer menace les intérêts du Canada ».
Ensuite, ce fut le tour du lieutenant-général Andrew Leslie de l’armée de terre, puis celui du lieutenant-général André Deschamps de la force aérienne, qui ont tous deux donné des aperçus de leur service.

Le général David Petraeus dit avec sérieux : « Le Canada fait toujours partie des quelques rares pays que nous, militaires américains, voulons le plus à nos côtés quand les choses se compliquent », dit-il, et puis il a exhibé un drapeau canadien qui a flotté au-dessus d’un bastion au Kandahar et qui, ces temps-ci, flotte dans son bureau.

Effectivement, c’est surtout de l’Afghanistan qu’il a parlé.

« Les attaques ont atteint un nombre record (l’an dernier), dit-il et l’augmentation de la violence a miné le gouvernement afghan. »

Les propos de Petraeus auraient pu être compris comme établissant subtilement le bien-fondé d’une présence militaire en Afghanistan au-delà de 2011. « Pour empêcher les extrémistes transnationaux de prendre refuge en Afghanistan, il faut plus que des forces antiterroristes. Nous devons bâtir les forces nationales de sécurité afghanes, stabiliser le gouvernement, remplacer les narcotiques comme sources de revenus et rétablir les parties réconciliables de l’insurrection. »

Il est à noter que cette dernière expression est un bon euphémisme pour l’idée, qui prend de plus en plus de force, comme quoi les négociations avec les éléments talibans modérés sont la prochaine étape cruciale vers la stabilisation de l’Afghanistan.

Lorsque les discussions sont passées aux questions liées au retrait des Américains et des Canadiens, Petraeus a clairement dit que la position du gouvernement de Barack Obama n’était pas d’abandonner en 2011, « mais plutôt de commencer le transfert de l’autorité de la campagne […] Le processus de transition sera fondé sur l’évaluation des circonstances de chaque localité, et il s’agira alors de réduire les forces, pas d’abandonner ».

La convocation au Congrès

Le thème du 43e Congrès national de la Légion royale canadienne, qui doit avoir lieu du 13 au 16 juin, est : « Lieu de naissance de la Légion — unir la nation ». Il s’agit d’une allusion au choix de Winnipeg comme endroit du Congrès, où les groupes d’anciens combattants se sont réunis en 1925, à l’occasion du Congrès de l’unité, pour instituer la Légion. Le thème fait également allusion à la manière dont les anciens combattants ont offert une vision unifiée à propos des soins et des avantages que méritaient les hommes et les femmes ayant servi leur pays à l’horrible guerre à l’étranger.

Attendu que la Légion s’est souvent employée à obtenir des avantages pour les anciens combattants au fil des années, les légionnaires se réunissent à nouveau pour répondre aux besoins des jeunes gens qui servent actuellement leur pays, à la guerre, à l’étranger.

Les temps ont changé et les besoins de ces anciens combattants et de leur famille ont changé aussi. La Légion a été consultée à maintes reprises en ce qui a trait à la Loi sur les mesures de réinsertion et d’indemnisation des militaires et vétérans des Forces canadiennes, mieux connue comme la nouvelle Charte des anciens combattants, et elle l’a fortement appuyée. Cependant, il y a quatre ans que la charte est en vigueur et on note maintenant certaines lacunes. Au début, il avait été promis que la nouvelle Charte des anciens combattants serait un do­cument vivant, qui évoluerait selon les besoins.

Au Congrès, nombre de motions vont être mises à l’étude par les délégués. Beaucoup sont fondées sur les recommandations faites l’automne dernier par le Comité consultatif de la nouvelle charte des anciens combattants, dont la Légion est membre.

Parmi ces recommandations, il y a l’éducation du personnel idoine d’Anciens Combattants Canada, des fournisseurs de services et du public en ce qui a trait aux droits des anciens combattants et de leur famille et aux services qui leur sont offerts; l’amélioration des ressources accessibles grâce aux centres de ressources pour les familles des militaires; le perfectionnement des fournisseurs de soins en ce qui concerne les compétences et les connaissances liées aux soins de santé; et l’aide aux familles des membres des Forces canadiennes disparus. Il est nécessaire de faire en sorte que les anciens combattants aient un revenu équitable, seyant à une carrière militaire normale. Ces programmes doivent aussi être surveillés et des données recueillies afin de pouvoir analyser les besoins des anciens combattants.

Les légionnaires peuvent être fiers du travail qu’a fait leur organisation pour les anciens combattants, mais quand les délégués vont se réunir à Winnipeg, ils se pencheront sur ce qui reste à faire, car les anciens combattants sont au cœur du travail de la Légion.

La victoire en Europe

« J’ai vu un char au loin, la tête d’un soldat au-dessus et je me suis senti comme exsangue, et j’ai pensé : voici la libération. Quand le char s’est approché, je n’arrivais plus à respirer, et le soldat s’est levé, et il avait l’air d’un saint. Un silence assourdissant a enveloppé les gens, et il a été rompu soudainement par un grand cri, comme s’il émanait de la terre. Et les gens ont grimpé sur le char, et ils en ont sorti le soldat, et ils pleuraient […]. »

Le temps ne devrait jamais effacer ces paroles, dites en quelques secondes par un adolescent hollandais qui a été témoin de l’arrivée des chars canadiens à La Haye il y a 65 ans.

C’était le printemps et les Néerlandais, surtout ceux de la Hollande de l’Ouest qui avaient survécu, étaient au bout de leur endurance. Des milliers avaient péri, surtout pendant l’Hiver de la faim. Beaucoup d’autres avaient été transportés de force à des camps de transition. On ne peut pas comprendre exactement comment c’était que de se demander sans cesse si la misère s’arrêterait, si l’on survivrait.

Mais la fin est bien arrivée, même si c’était trop tard pour beaucoup.

Le 5 mai 1945, au village de Wageningen, le lieutenant-général Charles Foulkes, commandant du 1er Corps cana­dien, a accepté la reddition des troupes allemandes en Hollande. Le général Guy Simonds du 2e Corps canadien en a fait de même à son propre front, en Allemagne. La reddition officielle de l’Allemagne a été signée deux jours après à Rheims (France) et, le 8 mai, des millions de gens ont célébré le jour de la victoire en Europe. Au bout de cinq ans d’occupation nazie, l’Europe du Nord-Ouest était finalement libre.

À cet égard, nous présentons, en l’honneur du 65e anniversaire du jour de la victoire en Europe et des contributions des Canadiens, une section spéciale portant sur la vie d’un soldat qui s’y trouvait. Nous jetons aussi un coup d’œil à une importante séquence filmée au début de la fin du temps de l’ennemi en Europe du Nord-Ouest : le jour J en 1944. Le tout s’accompagne d’une synthèse rédigée par l’historien renommé J.L. Granatstein qui y a inclus, en plus d’autres renseignements importants, la citation immortelle de cet adolescent hollandais (page 3) Ajoutons que c’est une histoire où il ressort que les combats pour la libération de l’Europe ont été féroces jusqu’à la toute fin.

De plus, il est essentiel de reconnaitre qu’on ne doit pas moins aux soldats, aux marins et aux aviateurs qui n’étaient pas là pendant les dernières semaines de la libération qu’à ceux qui y étaient. Plus d’un million de Canadiens et de Terre-Neuviens ont servi à la Seconde Guerre mondiale. Quarante-cinq milles d’entre eux ont donné leur vie en des lieux lointains. Cinquante-cinq milles autres ont été blessés.

Les commémorations du jour de la victoire en Europe, de loin les plus importantes, vont avoir lieu aux Pays-Bas, où l’on est en lieu de croire que les habitants n’oublieront jamais les hommes et les femmes canadiens qui les ont libérés. Ainsi, le temps est venu de se sentir fier de la jeune nation d’alors, une nation qui, aujourd’hui encore, est toute disposée à mettre fin à la violence qui sévit en des lieux lointains.

Le Manitoba balaie jusqu’à la victoire à Terre-Neuve

Le temps était frais, la réception, chaleureuse et le curling, chaud au 54e Championnat de curling de la Légion royale canadienne qui a eu lieu, du 13 au 19 mars, à Stephenville (T.-N.).

L’équipe du Manitoba–Nord-Ouest de l’Ontario, composée de Jeff Stewart, Craig Douglas, Dwight Ferguson et Jeff Mowat, de la filiale Gladstone, a remporté la victoire. Or, tous se sont sentis comme des champions lors de leur séjour à Stephenville, sur la rive de la baie St-Georges, le long de la côte sud-ouest de Terre-Neuve.

« Wow, wow, wow, wow, wow », dit Jeff Mowat, premier de l’équipe manitobaine, lors du banquet de fermeture. La célèbre hospitalité terre-neuvienne, associée aux repas succulents et à l’environnement somptueux de la semaine, avait rappelé une fête à bord d’un paquebot de luxe.

Pour une ville dont la population n’est que d’environ 8 000 personnes, les édifices de Stephenville sont plutôt impressionnants, grâce à la base aérienne Ernest Harmon, construite par les États-Unis pendant la Seconde Guerre mondiale pour recevoir 4 000 soldats américains. Quelque 132 000 militaires par année passaient par l’aérodrome. Quand, en 1966, la base a été condamnée, la propriété, qui était évaluée à 179 millions de dollars, a été abandonnée au Canada. Beaucoup d’entreprises de la ville et de services communautaires régionaux sont maintenant logés dans les anciens édifices militaires.

La filiale Stephenville a obtenu le chic club d’officiers de la base construit en 1950, pour une somme symbolique, à peu près 10 ans après la fermeture. « L’intégrité structurale et le décor du club en général ont été maintenus par la Légion par des efforts herculéens », dit Fred Stagg, membre de la filiale et maitre de cérémonie lors des évènements officiels.

Le club de curling Caribou occupe, ces jours-ci, l’ancien club récréatif de la base qui offre un salon, un gymnase et une salle de quilles à ses 1 000 membres. « Le bois d’une salle de quilles est incomparable, extrêmement durable et couteux », dit Stagg. Le club de curling a recyclé ce trésor et en a fait le couvre-plancher de son salon.

Les joueurs allaient d’un de ces deux édifices splendides à l’autre pendant les évènements principaux de la semaine. Les équipes avaient été reçues par des chauffeurs bénévoles, le samedi, quand elles sont arrivées, petit à petit, à l’aéroport de Deer Lake, à environ 134 kilomètres au nord de Stephenville.

Le dimanche a débuté par la couture des armoiries et la réunion des capitaines. Ensuite, à midi, les représentants, les invités et les joueurs se sont rassemblés à une cérémonie à la salle de la filiale, où la première vice-présidente de la Direction nationale, Pat Varga, a déposé une couronne devant une simple croix faite à la main par une étudiante de la communauté, Alyssa Gosbee. Elle était accompagnée par le président de Terre-Neuve-et-Labrador et membre de la filiale, Stephen Pottle.

L’ouverture officielle a eu lieu ce soir-là, au club de curling Caribou, où se sont déroulés les présentations et les discours des dignitaires, dont des politiciens de la place, Barry Lomond, président du club de curling et ancien joueur aux nationaux de la Légion, et le président du Comité des préparatifs locaux, Charlie Earle.

La première pierre a été lancée par le colonel honoraire Richard Alexander, vétéran de la Seconde Guerre mondiale et de celle de Corée, qui était accompagné par le président Warren Quinton. Le premier des sept tours de la poule a commencé peu après.

Les équipes étant de forces presque égales, les meneurs ont mis du temps à se démarquer. L’équipe de la Division de la Colombie-Britannique–Yukon, pour qui la seconde place semblait être du tout cuit, a fini par se faire battre non seulement par l’équipe gagnante, mais aussi par les deux qui avaient les scores les plus faibles.

Au début du tour du milieu, le mardi matin, les équipes du Manitoba, de l’Î.-P.-É., de la Colombie-Britannique–Yukon de la filiale Cowichan de Duncan (Île de Vancouver) et de la filiale Stephenville, qui représentait Terre-Neuve-et-Labrador, avaient toutes deux victoires, alors que les équipes de la filiale Lancaster de Saint-John (N.-B.), de Meadow Lake (Sask.), de Bridgewater (N.-É.) et de la filiale Col. John Bourque de Sherbrooke (Qc) en avaient une chacune. L’équipe du Manitoba venait de perdre sa seule partie, un lessivage à 8-1, et ses grandes sauvegardes potentielles s’étaient transformées en manches à plusieurs points pour l’Î.-P.-É.

« Ça nous a galvanisés, dit le premier du Manitoba, Mowat. « Il m’arrive de penser que c’est ce qu’il faut; ça pousse à multiplier les efforts, et ça aide à se concentrer. »

À la quatrième partie, c’était au tour du Manitoba de marquer des points, d’en inscrire trois à la cinquième manche et d’en voler trois à la huitième, finissant ainsi par une victoire de 9-4 devant la Saskatchewan. L’Î.-P.-É. a perdu de justesse, 8 à 9, contre le Nouveau-Brunswick. La Colombie-Britannique, Terre-Neuve et le Manitoba commençaient à se démarquer du peloton à trois victoires chacun.

Au cinquième tour, la Colombie-Britannique et le Manitoba se sont fait connaitre clairement comme les meneurs, à quatre victoires chacun, et ils se sont mesurés au sixième tour. Les deux équipes semblaient de forces égales au début, la Colombie-Britannique inscrivant un point à la première manche, le Manitoba en inscrivant deux à la deuxième et la Colombie-Britannique, deux à la troisième.

C’est à la quatrième manche qu’a eu lieu « le moment le plus excitant de la semaine pour moi, dit Mowat. Notre capi­taine (Jeff Stewart) devait simplement passer à côté d’une pierre parmi les quatre plus fortes et en frapper une à l’arrière. Il a réussi et ça a été une sortie à trois points. Ça a vraiment changé l’élan de la partie. » Le Manitoba a abandonné deux autres points pendant le reste de la partie, et en a inscrit cinq lui-même.

« C’était une manche importante pour nous, dit Stewart. Ça nous a donné le contrôle et on l’a gardé jusqu’à la fin de la partie. » Le score final a été de 10 pour le Manitoba et de 5 pour la Colombie-Britannique.

On prévoyait un bris d’égalité en arrivant au septième tour. Bien que le Manitoba menât grâce à ses cinq victoires, il devait se mesurer au Québec, qui n’avait gagné qu’une seule fois, et la Colombie-Britannique, qui était alors en deuxième position, devait faire face à la Saskatchewan. Si la Colombie-Britannique et l’Î.-P.-É. gagnaient leur partie, il y aurait une belle pour la deuxième place. Si le Québec gagnait contre le Manitoba, il y aurait peut-être un bris de triple égalité pour déterminer le champion.

En fin de compte, il n’a pas fallu de belle.

Le Manitoba a défait le Québec 8-2, l’Î.-P.-É. a gagné 7-1 devant Terre-Neuve et la Colombie-Britannique — une surprise — a perdu 5-8 contre la Saskatchewan, qui a réussi un triple à la neuvième manche et volé un point à la dixième.

« On est assez heureux. On a eu une mauvaise partie, mais on a assez bien joué les autres », dit le capitaine de  l’Î.-P.-É., Mel Bernard, qui, s’étant attendu à finir troisième, derrière la Colombie-Britannique, a été agréablement surpris de finir deuxième. Il s’agissait d’une fin familière pour Bernard, dont l’équipe a terminé en seconde position au curling sénior à Surrey (C.-B.), il y a quatre ans. Au cours des années, il a fait partie de quatre équipes qui ont terminé en deuxième place au curling national.

« Nos supporters nous ont beaucoup appuyés », dit le se­cond du Manitoba, Dwight Ferguson, qui, avec Douglas et Mowat, s’est placé en troisième place au championnat de 1998, à Chester (N.-É.).

Les activités mondaines étaient tout aussi enrichissantes que le curling. Les repas étaient délicieux, comme celui qui a eu lieu à la filiale St. George, à environ une demi-heure de l’autre côté de la baie, où ont été servis caribou et orignal, poulet de Cornouailles, rôti de porc farci, fruits de mer, délices de la région (les fèves à la mortadelle), et toutons : de la pâte à pain sautée qui ressemble aux queues de castor du centre du Canada et aux dough gods (dieux en pâte) de l’Ouest.

Quoi qu’il en soit de la nourriture, cette dernière a été éclipsée par la cordialité, la gentillesse et la prévenance non seulement des 70 bénévoles du club de curling et de la filiale, mais aussi des résidents de la place. « Que dire de l’hospitalité? demandait Varga au banquet de fermeture. (Nous) nous attendions à ce qu’elle soit fantastique, mais, Stephenville, vous avez fait encore mieux : les bras m’en tombent. »

Les curleurs qui s’en vont, dit Varga, ont découvert de nouveaux endroits, se sont fait de nouveaux amis et ont renoué avec les vieilles connaissances. « C’est ça, la Légion […] l’amitié et la camaraderie. »

Mowat abonde dans le même sens. « La camaraderie, c’est le plus important. Gagner, c’est en prime. »