Un organisme indépendant s’occupe des revendications des anciens combattants australiens

Le gouvernement australien a déposé, en 1994, un projet de loi qui avait pour objet de réformer le processus décisionnel concernant la causalité des ma­ladies. Il s’agissait de créer un système plus équitable et plus constant pour s’occuper des demandes de pension d’invalidité faites par les anciens combattants australiens et les personnes à leur charge. La réforme législative a engendré la Repatriation Medical Authority (RMA), un organe indépendant prévu par la loi se rapportant au ministre des anciens combattants.

La RMA se compose d’un groupe de cinq praticiens qui se sont distingués en science médicale. Ces derniers ont pour rôle de formuler des énoncés de principes (EP) concernant les maladies, les blessures ou la mort qui pourraient être liées au service militaire, en se fondant sur des preuves scientifiques médicales. Les EP servent à décider quels sont les facteurs qui « doivent » ou qui « doivent au minimum » exister pour donner lieu à une sorte de maladie, de blessure ou de mort en particulier. Les lignes directrices sur l’admissibilité au droit à pension (LDADP) canadiennes sont analogues aux EP australiens.

Les EP sont imposés aux preneurs de décisions. Les questions factuelles liées au cas d’un ancien combattant, y compris la nature du service et toute connexion entre le service admissible et les facteurs des EP, toutefois, sont encore déterminés par divers décisionnaires, dont la Repatriation Commission, la Military Rehabilitation and Compensation Commission, le Veterans’ Review Board et l’Administrative Appeals Tribunal.

Lors de la réunion qu’elle a tenue le 14 avril 2010, la RMA a déterminé quels sont les EP d’un certain nombre de maladies, dont l’algie vasculaire de la face, la démence de type Alzheimer et le lymphome non hodgkinien. La RMA a aussi modifié les EP liés à la spondylose lombaire, au trouble dépressif et au trouble anxieux.

La RMA tient des réunions régulièrement pour réviser les EP. Il n’y a pas de mécanisme semblable à Anciens Combattants Canada. Les lignes directrices d’ACC sur l’admissibilité au droit à pension, d’après le site Web d’ACC, sont fondées sur des éléments de preuve provenant de la recherche et de la littérature arbitrée médicales. Le ministère australien des anciens combattants est une source importante de recherche en science médicale en ce qui concerne la révision de la causalité et de l’aggravation. Les textes, journaux et autres sources d’information jugés fiables et reflétant la théorie et la pratique médicales actuelles lors de la rédaction des lignes directrices, tout aussi importants, sont étudiés aussi.

ACC reconnait que la médecine est une science en constante évolution et, à cause de la rapidité de cette évolution, les lignes directrices ne prétendent pas être des interprétations exhaustives de quelle maladie que ce soit. Le fait est que la dernière modification non administrative importante des LDADP a été publiée en 2006. Or, la RMA publie un EP sur la dépendance à l’alcool et la consommation abusive d’alcool depuis 2008. Elle révise ses EP tous les trois mois. Les LDADP d’ACC sur la dépendance à l’alcool ne sont pas encore terminées. D’autres pays, comme les États-Unis, ont aussi des outils proactifs pour décider si un ancien combattant a droit à des avantages.

En 2008, le ministère américain des anciens combattants a déterminé que ceux qui souffrent de sclérose latérale amyotrophique (SLA) ont droit aux avantages d’invalidité et aux soins de santé complets. ACC n’a pas encore fini d’étudier la question.

À votre service est écrit par des officiers d’entraide des directions de la Légion. Pour communiquer avec un officier d’entraide, composez sans frais le 1-877-534-4666, ou visitez le site Web d’une direction. Consultez www.legionmagazine.com pour les archives de 3 années.

La solide amitié entre le Canada et la Hollande

Il n’y en avait plus autant qu’avant, mais les anciens combattants canadiens qui sont retournés aux Pays-Bas cette année semblent avoir été aussi bien reçus qu’il y a 65 ans. En 1945, les Hollandais étaient affamés. Ils avaient vécu sous le joug de plus en plus cruel des Allemands pendant cinq ans et ils avaient vu leurs voisins emportés vers l’inconnu. Tout cela s’est terminé quand les forces canadiennes ont libéré le pays, au prix de plus de 7 600 soldats morts et d’innombrables blessés.

Il est quand même remarquable que la gratitude continue, pas seulement celle des habitants qui vivaient pendant cette terrible période, mais aussi celle d’une nouvelle génération dont l’éducation la dispose à conserver les liens entre les Canadiens et les Hollandais.

Ces liens solides étaient en évidence à nouveau en mai dernier, quand la princesse Margriet de Hollande a visité la maison de la Légion à Kanata, en Ontario. Elle a planté un arbre devant l’édifice en l’honneur des anciens combattants et de leur plus grande organisation. Sur une plaque, près de l’arbre, il est écrit que « 2010 est la 65e année des liens spéciaux tissés entre le Canada et les Pays-Bas. Cet arbre est le symbole de la solidité des liens tissés entre nos deux pays. En croissant, il servira à nous rappeler notre histoire commune pendant que nous bâtissons notre avenir commun ».

Les liens entre la Légion et la princesse elle-même sont très solides. Elle est née au Canada pendant la guerre car sa mère, la princesse Juliana, et sa sœur Beatrix, la reine actuelle, étaient venues se mettre à l’abri des dangers de l’Europe. Quand le prince Floris, fils de la princesse Margriet, est né, la Légion a demandé d’en être la marraine. En 2008, quand son épouse Aimée et lui ont été invités au 42e Congrès national, à Ottawa, il a été nommé vice-président natio-nal honoraire de la Légion.

Quant à notre avenir commun, les forces hollandaises et canadiennes se tiennent côte à côte en Afghanistan, partenaires dans l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord, pour rétablir la paix et la sécurité dans un pays où il n’y en a pas eu beaucoup.

Les Hollandais ont fait un excellent travail quand il s’agissait de faire comprendre à leurs jeunes ce que le Canada a accompli à la guerre, ce qu’il y a sacrifié. L’enthousiasme en a témoigné au printemps dernier. Il s’agit d’une appréciation que beaucoup de gens aimeraient voir un peu plus au Canada.

Un programme précieux

La chance de toucher des documents originaux d’il y a 90 ans est un plaisir pour quiconque s’intéresse à l’histoire. Pour les jeunes élèves, une telle occasion peut mener à un intérêt durable pour l’histoire et à une appréciation des gens qui l’ont vécue. Cette chance était au centre du projet Nous nous souviendrons d’eux qu’offre Bibliothèque et Archives Canada à son Centre d’apprentissage. Les élèves et les enseignants visitent BAC dans le cadre de ce projet et, grâce à l’aide de son personnel, ils étudient soigneusement les documents de service originaux des militaires sur lesquels ils font des recherches. Les élèves et les enseignants qui habitent loin de la capitale nationale peuvent commander des copies de ces documents historiques, ou les consulter en ligne.

Il est facile de trouver des sources, dans la plupart des collectivités, sur le nom de ceux qui ont servi et qui ont fait le sacrifice ultime. Les cénotaphes locaux et les tableaux d’honneur que les églises maintiennent souvent sont de bons points de départ.

Quiconque s’intéresse à l’histoire, familiale ou militaire — les élèves ne sont pas les seuls — sera agréablement surpris de ce qu’on peut apprendre grâce à un dossier militaire. Les élèves qui ont participé au projet Nous nous souviendrons d’eux ont certainement été impressionnés par les renseignements obtenus dans les feuilles d’engagement, les rapports médicaux et les avis de médaille des soldats. Dans bien des cas, ces renseignements — surtout ceux qui se trouvent sur les formulaires relatifs aux pertes ou aux maladies — les ont poussés à poursuivre leurs recherches, à brosser un tableau plus clair de l’homme ou de la femme sur qui ils faisaient des recherches. « Ils voient le côté humain de la guerre; ils finissent par penser que la personne n’était pas très différente d’eux-mêmes », dit Debbie Jiang, coordonnatrice du projet.

La Légion royale canadienne reconnait la valeur du projet et les filiales de la Légion appuient les classes d’écoliers qui font des recherches sur les anciens combattants locaux (« Remembering The Fallen At Plaster Rock » [non tra­duit], mai/juin).

Cette année, des articles ont été pu­bliés dans les médias où il était annoncé que le budget du Centre d’apprentissage était amputé et son personnel, réaffecté. Cette inquiétude a été l’objet de questions à la Chambre des communes, posées par le porte-parole libéral en matière d’anciens combattants, Rob Oliphant. Le ministre du Patrimoine canadien, James Moore, a assuré la Chambre des communes en avril qu’il n’y aurait aucune modification et que le personnel continuerait son travail sur les activités et les projets du Centre d’apprentissage.

C’était vraiment une bonne nouvelle car il s’agit d’un projet qui mérite d’être préservé des réductions des couts et on devrait déployer encore plus d’efforts pour promouvoir ses avantages auprès des élèves et des enseignants du pays.

Il ne reste plus de vétérans de la Première Guerre mondiale canadiens pour raconter leurs histoires, et le nombre de ceux de la Seconde Guerre mondiale diminue. Grâce au projet Nous nous souviendrons d’eux, une nouvelle génération peut jeter un nouveau coup d’œil aux expériences de ceux qui ont servi à la guerre.

Les joueurs de l’Est remportent le tournoi de fléchettes

L’Est du Canada a fait montre de sa supériorité au Championnat de fléchettes de la Légion royale canadienne de cette année, qui a eu lieu du 7 au 10 mai à la filiale F.E. Butler de Chester, en Nouvelle-Écosse.

Le tournoi a commencé le samedi matin par un petit défilé, dirigé par un cornemuseur autour de la filiale et qui a abouti au cénotaphe du stationnement inférieur. La présidente Marion Fryday-Cook y a alors lu l’Acte du souvenir. Le représentant de la Direction nationale, Ed Pigeau, vice-président du Comité natio­nal des sports et président de la Division de l’Ontario, a déposé une couronne.

Les fléchettes ont commencé à voler peu après, quand la compétition des doubles a débuté, à la salle supérieure de la filiale. L’équipe de l’Ontario a remporté le championnat l’an dernier, mais cela n’a pas empêché les équipes de la côte est d’engager rapidement le combat.

Le duo de Terre-Neuve-et-Labrador, John Anderson et Richard Leriche de la filiale Channel de Port aux Basques, et le duo néo-brunswickois, Jeff Smith et Tom Vaughan de la filiale Carleton de Saint John, étaient en avance après quatre parties. À la cinquième partie, l’équipe en troisième place, Dale O’Brien et Gilbert Guindon de la filiale britanno-colombienne Cranbrook, s’est mesurée aux Terre-Neuviens lors d’une partie tout à fait fébrile.

Les autres parties étant toutes terminées, ces quatre joueurs ont essayé un lancer de la victoire au moins trois fois chacun. C’est Anderson qui a finalement réussi le double, ce qui a donné la victoire aux joueurs des Maritimes. Ainsi, à la fin de la cinquième ronde de parties, les Néo-Brunswickois étaient au premier rang à 13 points et les gars de Port aux Basques en avaient 11. Seuls deux duos avaient un score à deux chiffres.

À la fin de la septième ronde, l’équipe ontarienne, formée de Jim Long et James Hind de la filiale Newbury, avait obtenu la troisième place, un seul point derrière Terre-Neuve. À la huitième ronde, le hasard a voulu que l’Ontario et Terre-Neuve jouent ensemble. Les joueurs des Maritimes se sont mis à faire d’excellents lancers et ils ont remporté les deux premières parties coup sur coup. Ils ont aussi dominé la troisième partie et Leriche a lancé le double de la sortie.

Il y a donc eu une dernière ronde de conte de fées : les Terre-Neuviens en deuxième place, à deux points seulement derrière les Néo-Brunswickois. Si les Terre-Neuviens réussissaient à gagner les trois manches, ils rempor­teraient l’évènement. Tout autre score signifiait une égalité ou une victoire pour le Nouveau-Brunswick.

Le Nouveau-Brunswick a pris de l’avance à la première manche et l’a gardée jusqu’au bout, quand Smith a lancé un double pour la victoire. La même chose est arrivée à la deuxième manche : Terre-Neuve avait une avance prometteuse au début, mais c’est le Nouveau-Brunswick qui a terminé par un double gagnant : Smith encore une fois. À la dernière manche, Smith, de façon atypique, a chancelé et manqué trois lancers sortants, donnant une occasion à Leriche qui en a profité. Mais cela ne suffisait pas : Smith et Vaughan du Nouveau-Brunswick avaient gagné le championnat.

Par la suite, en après-midi, après un bon repas à la filiale, c’était le tour des simples. Il y a eu une égalité après quatre parties : Guy Bobbett de la filiale Channel de Port aux Basques (T.-N.) et le Néo-Brunswickois Robert Fougere de la filiale Sunny Brae de Moncton étaient ex aequo en première place. Le Néo-Écossais Chester MacKenzie de la filiale MacDonald Memorial de Lakeside était ex aequo en deuxième avec Bernard Miller de la filiale Col. Fitzgerald d’Orangeville (Ont.), tous deux à un seul point derrière les premiers.

Au début de la dernière partie, l’Ontarien Miller et le Néo-Écossais MacKenzie étaient tous deux en première position, quatre bons points devant le reste du peloton. MacKenzie s’est mesuré au Saskatchewanais Moff Kay de la filiale Coleville pendant que Miller jouait avec Elvis Beaudoin de l’Alberta–Territoires du Nord-Ouest, de la filiale Vincent Massey de Yellowknife. Celui qui terminait avec le plus de points allait gagner, mais une égalité était toujours possible.

MacKenzie a remporté la première manche contre Kay. La foule a rugi et, peu après, la fléchette de Miller ayant manqué la cible, Beaudoin a remporté la victoire sans hésitation. Miller est revenu à la charge et a remporté la deu­xième manche, mais MacKenzie aussi a obtenu une deuxième manche. Le tout se décidait à la dernière partie. Miller remporta la sienne avec une rapidité impressionnante, mais si MacKenzie réussissait aussi à gagner, il avait le cham­pionnat en main. Sinon, il y avait égalité.

MacKenzie se préparait à lancer alors qu’il ne lui restait que 32 points à faire. Observé par toute la foule, il réussit son dernier lancer et remporta le championnat.

« C’était vraiment extra de jouer dans ma propre province, dit MacKenzie tout de suite après sa victoire. C’était comme si le sort l’avait voulu. J’ai certainement eu la chance de mon bord. »

MacKenzie est l’ancien champion national des simples et il représentera la Nouvelle-Écosse aux nationaux canadiens de 2010; il a aussi représenté le Canada aux championnats du monde en Angleterre et à la coupe du monde en Australie. « Toutes ces épreuves sont des préparatifs parfaits pour une compétition comme celle-ci. Les autres joueurs sont formidables; on ne peut qu’espérer qu’on va bien jouer. Quand on joue dans une épreuve comme ça, avec les meilleurs joueurs du pays, ça nous pousse à mieux jouer. »

Après une séance de karaoké exal­tante à la filiale, le samedi soir, les joueurs se sont réchauffés lentement pour la compétition du dimanche ma­tin. L’équipe québécoise formée de Jason Hurley, Kevin MacArthur, Gerald Hull et Sébastien Gagnon de la filiale LaSalle était bien en avance après quatre parties, Terre-Neuve, l’Ontario, la Nouvelle-Écosse et l’Île-du-Prince-Édouard sui­vant à égalité à sept. À partir de ce moment-là, chaque partie était cruciale.

Au sixième tour, le Québec a subi sa première défaite de la journée aux mains de l’équipe ontarienne formée de Harold Martin, Paul Poirier, Jarvis Payne et Vince Kennedy de la filiale Maj. W.D. Sharpe de Brampton. Ce fut un match serré et les deux équipes avaient la fléchette de la victoire en main, mais c’est l’Ontario qui eut la main heureuse. Après la septième partie, le Québec était en première place à 16 points, l’Ontario en deuxième à 14, Terre-Neuve en troisième à 13 et la Nouvelle-Écosse en quatrième à 12.

Le Québec avait une bonne avance au début de la huitième partie et une seule manche gagnée contre le Manitoba lui suffisait pour remporter le titre.

Et il l’a bien remporté. Sans même faire de mélodrame.

« Le secret de notre victoire, c’était le double d’entrée, dit le joueur québécois Kevin MacArthur après le match. Sébastien (Gagnon) ne l’a raté que trois fois. On était donc toujours en avance et il suffisait de jouer avec constance.

« De plus, ajouta-t-il, le Québec était le tenant du titre chez les équipes. On avait une mission en arrivant : on voulait ga­gner deux championnats coup sur coup. »

Pendant ce temps, après une dernière partie délirante, l’Ontario est arrivé ex aequo en deuxième place avec l’équipe néo-écossaise formée de Willie MacIsaac, Mark MacIsaac, Dave Cameron et Lew Francis de la filiale Calais de Lower Sackville, ce qui a donné lieu à des éliminatoires. Les gars de l’Est ont gagné haut la main.

Quand les fléchettes ont toutes été lancées, il ne restait plus que le banquet de fermeture, qui a été organisé de manière exceptionnelle par le Comité des préparatifs locaux présidé par David Hume.

« Le Comité des préparatifs locaux mérite toutes nos félicitations pour un tournoi national incomparable », dit Pigeau lors du discours de fermeture au banquet, avant de parler du tournoi lui-même. « La compétition a été solide et la camaraderie évidente […] je crois que la marque des sports de la Légion, c’est la camaraderie et c’est une camaraderie qu’on ne voit pas souvent ailleurs qu’aux sports. »

Les championnats de 2011 auront lieu du 13 au 15 mai à la filiale Col. Fred Tilston VC d’Aurora (Ont.).

Résultats

Équipes : Qc (fil. LaSalle), 21; N.-É.–Nunavut (fil. Calais de Lower Sackville), 17; Ont. (fil. Maj. W.D. Sharpe de Brampton), T.-N.-et-Lab. (fil. Channel de Port aux Basques), 16; Î.-P.-É. (fil. Charlottetown), 14; N.-B. (fil. Sunny Brae de Moncton), Alb.–T. N.-O. (fil. Vincent Massey de Yellowknife), Man. –N.-O. O. (fil. Selkirk), 13; C.-B.–Yukon (fil. Okanagan Falls), 6; Sask. (fil. Moosomin), 5.

Doubles : N.-B. (Jeff Smith, Tom Vaughan, fil. Carleton de Saint John), 22; T.-N.-et-Lab. (Richard Leriche, John Anderson, fil. Channel), 18; N.-É.–Nunavut (Jerry Myles, Chris Steiger, fil. Centennial de Dartmouth), 17; Ont. (Jim Long, James Hind, fil. Newbury), C.-B.–Yukon (Dale O’Brien, Gilbert Guindon, fil. Cranbrook), 15; Man.–N.-O. O. (Lorne Heinrichs, Dwayne Heinrichs, fil. Elmwood de Winnipeg), 13; Qc (Kevin MacArthur, Gerald Hull, fil. LaSalle), 12; Alb.–T. N.-O. (Dean Willis, Norman Sanderon, fil. Vincent Massey), 11; Î.-P.-É. (David Ling, Robert MacKinnon, fil. Charlottetown), 7; Sask. (David Propp, Bill Cragg, fil. Nipawin), 6.

Simples : N.-É.–Nunavut (Chester MacKenzie, fil. MacDonald Memorial de Lakeside), 21; Ont. (Bernard Miller, fil. Col. Fitzgerald d’Orangeville), 20; N.-B. (Robert Fougere, fil. Sunny Brae de Moncton), 16; C.-B.–Yukon (David Veach, fil. Okanagan Falls), 14; T.-N.-et-Lab. (Guy Bobbett, fil. Channel), 13; Man.–N.-O. O. (Lorne Heinrichs, fil. Elmwood), Î.-P.-É. (Rodney MacKinnon, fil. Charlottetown), 11; Alb.–T. N.-O. (Elvis Beaudoin, fil. Vincent Massey), Qc (Jason Hurley, fil. LaSalle), 10; Sask. (Moff Kay, fil. Coleville), 9.

Les champions du cribbage sont encore des joueurs des Maritimes

Lors des Championnats nationaux de cribbage, les auspices étaient favorables aux équipes des Maritimes qui ont tout remporté aux dépens des joueurs de cribbage de partout au pays réunis à la filiale Sussex du Nouveau-Brunswick.

L’Île-du-Prince-Édouard a remporté la compétition des simples alors que la Nouvelle-Écosse a triomphé aux doubles et la province hôtesse, le Nouveau-Brunswick, s’est emparée du titre le plus important, celui des équipes, lors d’un combat exténuant avec la Nouvelle-Écosse et la Colombie-Britannique.

Pour l’équipe néo-brunswickoise formée de Paul Calhoun, Carl Nash, Roger LeBlanc et Dean McLaughlin, de la filiale Marysville de Fredericton, la victoire a été douce. Calhoun et Nash avaient fait partie de l’équipe du Nouveau-Brunswick l’an dernier, au tournoi d’Aldergrove, en Colombie-Britannique. Ils y avaient talonné l’équipe gagnante de l’Î.-P.-É.

« J’ai dit aux gars qu’on venait ici pour terminer en première position, dit Calhoun. Mais je ne peux m’empêcher de penser qu’on a eu un petit coup de main. » Calhoun croit qu’une partie de sa chance lui venait de feu Lena MacDonald, sa compagne pendant six ans. « Elle m’a dit qu’elle s’occuperait de nous si elle pouvait. »

La camaraderie a été magnifique toute la fin de semaine. Les chauffeurs attendaient les équipes et les invités à l’aéroport de Moncton. Fredericton, surnommée la porte de Fundy, est une attraction touristique située près de la baie de Fundy.

Faire office d’hôtesse était toute une réalisation pour la filiale Sussex. L’édifice a failli être entièrement détruit il y a quelques années : un incendie s’est déclaré dans la cuisine, le 17 décembre 2007 (« Fire Destroys New Brunswick Legion Branch Building ») [non traduit], mars/avril 2008.

« Plusieurs facteurs ont contribué à l’incendie », dit le premier vice-président Anthony de Hoog. L’accident a eu lieu après une tempête de verglas, quand un camion a heurté un câble électrique. Le câble est tombé sur trois bonbonnes de propane derrière l’édifice, près de la cuisine. L’une d’elles a explosé et une boule de feu est entrée dans l’édifice. Trois personnes étaient à l’intérieur à ce moment-là. « Nous sommes chanceux que personne ne soit mort. Les gens à l’intérieur préparaient un repas pour les ainés. »

Il a fallu détruire le toit pour s’attaquer au feu, mais, à la fin, trois des quatre murs étaient encore d’aplomb. Les pompiers ont sauvé presque tous les souvenirs et la filiale a pu reconstruire.

Le président Ervin Ellis a fait allusion à l’incendie lors de la réception des joueurs de cribbage aux cérémonies d’ouverture, le samedi matin, à la filiale. Les joueurs, qui portaient leur drapeau provincial en entrant, s’étaient alignés dans la salle. Un simple service commémoratif a été réglé et puis le vice-président du Comité national des sports, Ed Pigeau, qui est aussi président de la Division de l’Ontario, et le président du Nouveau-Brunswick, Clayton Saunders, leur ont offert leurs vœux.

Quand les cérémonies se sont terminées, le membre de la filiale Lancaster de Saint John et coordonnateur du tournoi, Barry McManus, a invité les joueurs des doubles à commencer les parties. Le tournoi des simples a commencé une demi-heure après, de sorte que les deux tournois avaient lieu en même temps.

La compétition se faisait en poule. Dans chaque catégorie, les joueurs jouaient neuf tours de deux parties chacun. Une simple victoire méritait un point, une partie se terminant par un skunk en valait deux et le skunk double, trois. Les divisions avaient le droit d’envoyer des joueurs différents pour les simples, les doubles et les équipes et c’est ce qu’ont fait celles de la Colombie-Britannique–Yukon et du Manitoba–Nord-Ouest de l’Ontario. La plupart d’entre elles n’ont envoyé qu’une équipe de quatre personnes parmi lesquelles ont été choisis les joueurs des simples et des doubles.

Cathy Kerr de la filiale Charlottetown était la seule femme dans la catégorie des simples. « J’ai joué avec des hommes et je les ai battus », dit-elle, ravie.

Constamment en première position, Kerr se faisait talonner par ses camarades des Maritimes, Roger LeBlanc, du Nouveau-Brunswick, et Chris Lutley, de la filiale Fairview d’Halifax.

À la fin du septième tour, Kerr avait 11 points alors que LeBlanc et Lutley en avaient 10 chacun. L’Albertain Jack Eby, de la filiale Cremona et le Saskatchewanais Peter Piper, de la filiale Tecumseh Stoughton, en avaient neuf chacun. Piper étant président de la Division de la Saskatchewan, il y avait, chose rare lors d’une épreuve sportive des membres, trois présidents divisionnaires sur place.

Kerr a ensuite obtenu un skunk et une victoire au huitième tour, le Nouveau-Brunswick y inscrivant deux points. Kerr n’a obtenu qu’un seul point à la dernière partie. La Nouvelle-Écosse en a inscrit deux, mais ce n’était pas assez. L’Î.-P.-É. est donc arrivée en première place, à 15 points, le Nouveau-Brunswick en deuxiè­me, à 13 points, et la Nouvelle-Écosse, à 12 points, était troisième. L’Alberta, la Saskatchewan et Terry Hancock de la filiale Botwood de Terre-Neuve-et-Labrador ont tous obtenu 11 points.

« Je ne regardais pas le tableau du tout. Ce n’est que vers le huitième tour, quand je me suis aperçue que tout le monde m’observait, que je me suis dit que j’étais bien placée pour gagner », dit Kerr, qui est aussi commander de la zone Queen’s Country.

Chez les doubles, Rick Walkden et Cyril Slade de la Nouvelle-Écosse–Nunavut ont inscrit trois points aux deux premières parties. Ils ont maintenu leur avance, mais Calhoun et Nash du Nouveau-Brunswick les ont défiés à nouveau. Les deux duos se sont mesurés à la huitième partie, où la Nouvelle-Écosse a marqué trois points, ce qui a pratiquement mis fin à la compétition. La Nouvelle-Écosse a donc terminé en première place, à 17 points, et le Nouveau-Brunswick, en deuxième, à 14 points.

C’est le lendemain qu’a eu lieu la compétition des équipes. Chaque équipe de quatre membres était divisée en deux sections, A et B.

L’équipe albertaine formée d’Eby, Anthony Cusson, Jim Barbaro et Lois Barbaro a pris une avance au début grâce à deux skunks devant la section B de la Saskatchewan et deux points devant la section A. Toutefois, pendant la journée, le match s’est transformé en un affrontement à trois durant lequel Pigeau et McManus se demandaient comment ils allaient jouer la belle s’il devait y en avoir une.

À la huitième partie, le Nouveau-Brunswick, à 21 points, s’est mesuré à la Nouvelle-Écosse car Lutley, Walkden et Slade, à qui s’était jointe Audrey McNeil, le talonnaient à 20 points. La section A a terminé par un point de chaque côté, mais, à la section B, la Nouvelle-Écosse a inscrit deux points.

L’équipe de la Colombie-Britannique, formée de Dave Daskoch, Rick Ward, Walter Millar et John Williston de la fi­liale Arrowsmith de Parksville, en arrière à 18 points, a fait un retour en force. Le terrain était ainsi préparé pour la dernière partie où la Nouvelle-Écosse avait 23 points, le Nouveau-Brunswick, 22, et la Colombie-Britannique, 21.

La section A du Nouveau-Brunswick n’a obtenu qu’un seul point, mais LeBlanc et McLaughlin ont inscrit deux skunks d’affilée chez les B, ce qui leur donnait quatre points. C’est ainsi que le Nouveau-Brunswick a terminé premier à 27 points, la Nouvelle-Écosse, deuxième à 26 points et la Colombie-Britannique, troisième à 25 points.

Il ne restait plus qu’à se rendre au banquet de clôture. Pigeau a remercié la filiale, surtout les gens du Comité des préparatifs locaux présidé par Cindy Coates. Plusieurs orateurs ont fait des remarques sur l’efficacité des bénévoles et sur la qualité de la nourriture offerte au banquet et tout le long du tournoi. Harley Geldart, âgé de 92 ans, a aussi été félicité d’avoir suggéré que sa filiale offre d’accueillir le tournoi.

En fin de compte, les joueurs ont tous eu le sentiment de s’être fait des amis avant de s’en aller, et d’avoir passé une bonne fin de semaine. « C’est simplement pour s’amuser, mais ça nous donne le droit de nous vanter pendant un an », dit Calhoun.

Résultats

Équipes : N.-B. (fil. Marysville de Fredericton), 27; N.-É./Nt (fil. Fairview d’Halifax), 26; C.-B./Yn (fil. Mount Arrowsmith de Parksville), 25; Alb./T. N.-O. (fil. Cremona), Man./N.-O. O. (fil. Elmwood de Winnipeg), 22; T.-N.-Lab. (fil. Botwood), 21; Î.-P.-É. (fil. Charlottetown) et Sask. (fil. Tecumseh Stoughton de Stoughton), 18; Ont. (fil. Temagami), 17; Qc (fil. Montcalm Memorial de Rawdon), 13.

Doubles : N.-É. (Rick Walkden et Cyril Slade, fil. Fairview), 17; N.-B. (Paul Calhoun et Carl Nash, fil. Marysville), 14; Alb.-T. N.-O. (Jim Barbaro et Lois Barbaro, fil. Cremona), 11; T.-N.-Lab. (Bill Flynn et Bill Chayter) et Ont. (Claude Landry et Aldege Montreuil, fil. Temagami), 10; Î.-P.-É. (Jitter Coyle et Cy Burke), C.-B./Yn (Bob Porter et Phil Easdown, fil. Delta), 9; Qc (Ann Cormack et Doreen Rourke, fil. Montcalm Memorial) et Sask. (Eleanor Adams et Linda Beckman, fil. Tecumseh Stoughton), 8; Man.-N.-O. O. (Barry O’Donnell, et Ronald Davies, fil. Monte Cassino de Winnipeg), 7.

Simples : Î.-P.-É. (Cathy Kerr, fil. Charlottetown), 15; N.-B. (Roger LeBlanc, fil. Marysville), 13; N.-É./Nt (Chris Lutley, fil. Fairview), 12; T.-N.-Lab. (Terry Hancock, fil. Botwood), Sask. (Peter Piper, fil. Tecumseh Stoughton) et Alb./T. N.-O. (Jack Eby, fil. Cremona), 11; Man./N.-O. O. (Ronald Pottinger, fil. Henderson Highway de Winnipeg), 10; Qc (John Garner, fil. Montcalm Memorial) et Ont. (Carmen Sargent, fil. Temagami), 9; C.-B./Yn (Andy Osteom, fil. Diamond Head de Squamish), 4.

ALORS ET MAINTENANT

Deux soldats canadiens portant un respirateur examinent un Lee-Enfield, en mars 1917. [PHOTO : BIBLIOTHÈQUE ET ARCHIVES CANADA — PA001027]

MASQUES À GAZ :

DU MOUCHOIR AU RESPIRATEUR

Le pire à la guerre comprend certainement la possibilité de gaz et d’autres armes chimiques mortelles. Les respirateurs et les cagoules ont sauvé des vies, mais on y a chaud et, au champ de bataille, ce n’est pas facile de s’y habituer. Les mouchoirs trempés d’urine ont sauvé des vies à Ypres, en 1915.

MOUCHOIR TREMPÉ D’URINE. [PHOTO : MUSÉE CANADIEN DE LA GUERRE]

MASQUE À GAZ AVEC CAGOULE EN TOILE. [PHOTO : MUSÉE CANADIEN DE LA GUERRE]

PETIT RESPIRATEUR À BOITIER. [PHOTO : MUSÉE CANADIEN DE LA GUERRE]

Un soldat de la Grande Guerre et son cheval (ci-contre) ressemblant à des extraterrestres. [PHOTO : BIBLIOTHÈQUE ET ARCHIVES CANADA—PA005001]

Un soldat de l’Unité interarmées d’intervention du Canada. [PHOTO : DÉFENSE NATIONALE]


ARMES ÀFEU :

DU ROSS AU FUSILD’ASSAUT MODERNE

Baptisé d’après son créateur, sir Charles Ross, le fusil Ross ne marchait pas bien dans les conditions boueuses des champs de bataille pendant la Première Guerre mondiale, mais beaucoup de gens le trouvaient bon pour le tir à la cible. Il a été abandonné ultérieurement par les soldats qui préféraient le Lee-Enfield britannique. Les fusils de chasse, y compris ceux pour la chasse à l’éléphant, ont servi aux tireurs d’élite à la Grande Guerre jusqu’à ce que les fusils de l’armée soient modifiés. La cible était touchée plus facilement grâce à une meilleure optique et aux pièces de précision. La Lewis, quant à elle, était considérée comme la mitrailleuse la plus efficace de la Première Guerre mondiale.

FUSIL ROSS. [PHOTO : MUSÉE CANADIEN DE LA GUERRE]

FUSIL LEE-ENFIELD. [PHOTO : MUSÉE CANADIEN DE LA GUERRE]

SNIPER MKIII. [PHOTO : MUSÉE CANADIEN DE LA GUERRE]

MITRAILLEUSE LEWIS. [PHOTO : MUSÉE CANADIEN DE LA GUERRE]

FUSIL DE TIREUR D’ÉLITE MODERNE. [PHOTO : MUSÉE CANADIEN DE LA GUERRE]

FUSIL D’ASSAUT C7A2. [PHOTO : KELLY STUMPF, COLT CANADA]


GRENADES :

DES BOITES À CONFITURE AUX GROSSES EXPLOSIONS

La bombe boite à confiture avait exactement l’air de ce que dit son nom, mais plutôt que d’être pleine de marmelade, la boite était remplie d’explosifs et de vilaines pièces : souvent des billes de roulement. Des boites de conserve pleines de fulmicoton et de ferraille ont aussi été lancées à la Grande Guerre.  Des dizaines de grenades ont été créées pendant la Première Guerre mondiale, la plus commune étant la bombe Mills No 5, introduite en 1915. Elle pesait à peu près une livre et avait un extérieur dentelé pour maximiser la fragmentation. La C13 moderne, sphérique et plus petite, qu’on distribue ordinairement dans l’armée canadienne, a un rayon d’efficacité de 15 mètres.

GRENADE BOITE DE CONFITURE. [PHOTO : MUSÉE CANADIEN DE LA GUERRE]

GRENADE MILLS. [PHOTO : MUSÉE CANADIEN DE LA GUERRE]

GRENADE C13. [PHOTO: NATIONAL DEFENCE]

Le combat pour Salavat – Partie 3

Le 1er Peloton entre à Salavat. [PHOTO : ADAM DAY]

Le monde obscur de la contrinsurrection

La présente est la 3e partie de notre série sur les efforts canadiens pour le cœur et l’esprit des gens de Salavat, une collectivité rétive du district mal famé de Panjwai, dans la province de Kandahar.

Nous sommes en octobre 2009 et les hommes du 1er Peloton de la compagnie Alpha du 1er Bataillon de la Princess Patricia’s Canadian Light Infantry (PPCLI), sur les lieux depuis à peine plus d’une semaine, commencent à colleter tout un éventail de facteurs qui s’opposent à eux. Presque tout vient à manquer : les renseignements, les alliés, la main-d’œuvre, la coopération des villageois, les approvisionnements, mais personne n’abandonne, même quand on découvre que les camarades de l’armée afghane collaborent peut-être avec l’ennemi.

Pour lire les 1re et 2e parties, consulter legionmagazine.com

VIIe jour : Feu sur les montagnes; conjecture sur Saed

Quelle qu’en soit la raison, les questions importantes ne semblent pas avoir beaucoup de poids au Panjwai. Ou en tout cas, les soldats n’en parlent pas souvent. Ce serait bien de gagner la guerre; ce serait bien d’instaurer la démocratie dans la région; ce serait bien aussi d’éduquer les filles et de vaincre le terrorisme, mais ces questions ne se posent vraiment pas au quotidien.

Les choses qui importent sont plutôt les petites : traficoter honorablement la confusion quotidienne, essayer de ne pas avaler trop de sable, éviter de se faire empoisonner par les animaux, la mission actuelle. Ce sont là les problèmes immédiats, à propos desquels il faut prendre des décisions tout de suite.

Il n’en reste pas moins que la guerre a un autre degré : une bataille enfouie si profondément dans chaque soldat que c’en est presque magique. Voyez-vous, il y a des EEI (engins explosifs improvisés) partout, tout le temps et, après un certain temps, on a l’impression de se trouver dans un jeu non amu­sant de déminage où les enjeux sont des plus élevés. Les calculs funèbres sont constants, troublants; du moindre choix, de la moindre décision peuvent dépendre la vie et la mort : où placer les pieds, où s’asseoir, où se tenir, où regarder, que penser; dans un endroit où la violence est si aléatoire qu’on dirait qu’il s’agit du sort, chaque décision est suspecte.

Mais, même ça, ça n’a pas vraiment d’importance. On n’en parle pas non plus. Tout le monde parle plutôt de la mission actuelle : comment le 1er Peloton va-t-il obtenir le soutien des villageois de Salavat? Comment cela sera-t-il possible pour un groupe de Canadiens armés, quelques interprètes aux capacités langagières rouillées en pathan et un groupe de soldats de l’armée afghane indigne de confiance, de convaincre tant de villageois afghans effrayés et sur leurs gardes qu’ils auraient un meilleur avenir en coopérant avec des soldats étrangers, ou avec leurs mandataires de l’Armée nationale afghane (ANA) et du gouvernement?

Un groupe de filles en balade au centre de la ville. [PHOTO : ADAM DAY]

Personne n’en est tout à fait certain, mais tous vont quand même essayer.

Figurez-vous donc que le premier pas vers la victoire des Canadiens, aujourd’hui, c’est de s’assurer que leurs canons tirent tout droit.

Le soleil est déjà haut dans le ciel, qui brûle douloureusement, quand le 1er Peloton s’agite dans l’enceinte de la petite école, se préparant à grimper dans les VAL pour aller en excursion à travers l’étendue désertique du Sud de Panjwai. Inutile de préciser que c’est quelque chose de dangereux.

Personne ne le précise.

La patrouille d’aujourd’hui est un exercice d’échappement au sort. Le but de la patrouille est simple, logistique : les ca­nons des VAL doivent être réglés, alors on va aller tirer sur une montagne. Tout le monde est tendu, à cause de la bassesse du travail. Les soldats s’occupent de leurs affaires comme des soldats : « J’aime les VAL », dit le soldat Matt Charbonneau, assis, le dos vouté, sur le banc métallique peu rembourré de l’habitacle sans fenêtre du véhicule blindé.

« Pourquoi? réplique le soldat Bruce Hepner. Ce sont des cercueils ambulants. »

Personne ne lui répond.

« Allume le —* », dit un autre soldat.

(Le —* est un dispositif de sécurité secret qui sert à combattre les EEI.)

Charbonneau manipule l’interrupteur un bout de temps pour essayer de faire fonctionner l’appareil exigeant, puis il abandonne. « La lumière verte est pas continue, gars », dit-il.

« Ça fait rien; de toute façon, on va mourir » ronchonne Hepner. Les choix ont tous été faits. Tout le monde a décidé de venir, où s’asseoir. Il ne reste plus qu’à attendre et voir venir.

« Si ma face éclate comme de la viande hachée, tire la broche de ma grenade à frag et éloigne-toi vite », dit Charbonneau, pensivement, à la caporale infirmière Becky Hudson qui est assise en face de lui. « Tout le monde sait ce qui va arriver, poursuit-il. Mes parents diront : “On est si contents que tu sois vivant et on t’aime tellement”, mais après quelques années, l’amour va passer et je serai juste une affaire dans le salon. Ils vont glisser du rosbif et de la bologne sous la porte et je m’en servirai pour essayer de me reconstruire le visage. »

Hepner sourit. Le VAL démarre dans un grondement de moteur et l’attente se lit sur les visages pour voir si on va aller au bout du circuit sans se faire amocher. Les EEI, ça craint!

Auparavant, le capitaine et chef de patrouille Bryce Talsma avait tenu une réunion des commandants de son unité pour discuter des nouvelles révélations concernant le lieutenant Saed, commandant de l’unité de l’ANA qui demeure dans l’enceinte de l’école et qui, depuis la veille, est soupçonné de collaborer avec l’ennemi. La situation est si hasardeuse que des sentinelles ont été plantées — et le resteront — au poste de commandement canadien pour écarter une attaque éventuelle de l’ANA. « On doit aller voir s’il y a des talibans dans la région, au sud, car il se pourrait qu’on y installe une maison de peloton entre Salavat et Nakhonay », dit Talsma aux soldats rassemblés.

Le sergent Dwayne MacDougall (à g.) indique les attractions locales au major Ryan Jurkowski. [PHOTO : ADAM DAY]

« Pourquoi pas demander à Saed », demande le caporal-chef Paul Guilmane, le rigolo de 27 ans qui semble avoir toujours le bon mot. Tout le monde rit.

En arrière-scène, il s’est avéré que les soupçons de Talsma concernant Saed ont été d’abord rejetés par le commandement supérieur, puis confirmés et acceptés. Beaucoup de choses se sont toutefois passées entre ces deux évènements. Talsma a reçu l’ordre de faire des excuses à Saed, de remédier à la situation malgré ses soupçons. L’instruction a été des plus consternantes.

Talsma a été disculpé quand d’autres preuves contre Saed ont été dévoilées et la semonce qu’on lui avait administrée a été oubliée. Le sergent Dwayne MacDougall grommelle : « Soyez discret et incorruptible, le bavardage intempestif vous mènera à la tombe. Il [Talsma] a reçu la consigne de ravaler sa fierté et de faire des excuses à Saed, mais maintenant, c’est [le commandement] qui doit se rabaisser; tout ce qu’a fait Talsma, c’est […] excellent. »

En effet, toute une phalange de gradés se sont dirigés vers la maison du peloton pour régler le problème.

Or, même s’ils doivent arriver aujourd’hui ou demain, il y a des problèmes qui ne perdent pas de temps à se manifester. Le stress, la chaleur, le froid, la mauvaise nourriture, les corvées sans relâche ont un impact évident sur le peloton : les gars vieillissent, et pas qu’un peu. Les nouveaux visages ont pratiquement tous disparu. « Prenez le pouls du peloton; les gars sont en train […] de se renfrogner parce qu’on manque de soutien ici. Ils font de moins en moins confiance au système », dit le sergent Craig Donaldson à Talsma après la réunion.

Et comme de fait, un des principaux ronchonnements des hommes concerne le fait qu’on leur avait dit de faire leurs valises pour trois jours seulement, alors ils n’ont pas assez de bas et de sous-vêtements, entre autres. La situation devient inconfortable et le fait qu’ils n’ont pas espoir que leurs affaires arrivent bientôt n’améliore pas les choses.

En plus de leurs nippes, ils attendent toujours les trousses d’extraction de puits et les fusils C-3 pour leurs tireurs désignés.

Une patrouille suit le bord sud-ouest de Salavat, d’où l’on peut voir Nakhonay. [PHOTO : ADAM  DAY]

Par ailleurs, la patrouille partie tirer sur la montagne est un succès. Non seulement les canons des VAL ont-ils été réglés, la plupart des soldats qui y sont allés ont profité de l’occasion pour faire feu de leurs armes dans la montagne. Il s’agit certainement d’une démonstration d’armement que personne au Panjwai ne peut ignorer.

La dernière tâche en soirée est de se préparer à la réunion du lendemain avec les ainés : la choura. Talsma est excité. Il va rencontrer les hommes de pouvoir, les hommes influents; il aura l’occasion d’amorcer la vraie mission.

Ils attendent des dizaines de personnes et ils sont prêts à tout. Naturellement, l’ennemi pourrait aussi s’y intéresser.

« Quels troupiers veux-tu pour la choura? » demande Donaldson à Talsma.

« Ceux que tu voudras. »

« Ce sont tes gardes du corps. »

« Je fais confiance à tous nos hommes sans exception. »

L’espoir est formidable.

VIIIe jour : Le retour de One-Niner et la patrouille aux œufs

Le major Ryan Jurkowski, commandant de la Compagnie Alpha, mieux connu sous le nom de One-Niner, a quitté la base canadienne de Masum Ghar pour Salavat. Bien que la distance à parcourir ne soit que de 10 kilomètres, le trajet n’est pas facile. En partant de la maison du peloton de Mohajerin, à quelques milliers de mètres à peine, on passe par une route de combat cahoteuse qu’il faut faire nettoyer à la main par les troupes chaque fois qu’un convoi doit l’emprunter. Ce qui prend des heures, bien sûr.

Jurkowski s’en vient pour participer à la choura, mais aussi pour s’occuper de Saed, qui fait preuve de discrétion depuis sa flambée deux jours auparavant.

À l’intérieur des murs blancs de l’enceinte de l’école, le campement grouille d’activités, tout le monde se préparant à recevoir les villageois de Salavat juste de l’autre côté des barbelés entourant la base.

Si la choura est si importante, c’est principalement parce que l’homme important de la place, Hajji Pir Mohammed, doit y assister. Même si les rumeurs à son égard ne sont pas toutes bonnes, c’est quand même quelqu’un. « Est-ce le même Hajji Pir Mohammed qu’on soupçonnait de lancer des obus sur la base? demande un soldat du 1er Peloton. Est-ce qu’il pourrait y en avoir deux? »

« Non, c’est le même », répond le lieutenant Andrew Stocker, le chef de l’Équipe de liaison et de mentorat opérationnel (ELMP).

Quelques instants après, un soldat de l’ANA se présente à la terrasse du quartier général et, sans cérémonies, dit que la choura est annulée. Les villageois ne veulent pas venir. Talsma secoue la tête et rentre au poste de commandement.

Un tournoi de baby-foot en fin de soirée. [PHOTO : ADAM DAY]

Un peu plus tard, Jurkowski fait ressentir sa présence dans le camp en soulevant des objections relativement aux projets que les sapeurs sont en train d’exécuter autour du camp, comme la reconstruction des latrines.

« Est-ce que quelque chose ne tourne pas rond? » demande-t-il à Talsma.

Talsma regarde autour de lui, essayant de deviner ce qui ne va pas.

« Oui, mon major, on devrait faire travailler des fantassins, ici. »

« Non, on devrait faire travailler les gens de la place. »

Merde, pense Talsma, presque.

Talsma part à la recherche de l’adjudant Dan Eisan pour lui dire de suspendre les travaux qui ne concernent pas la défense jusqu’à ce qu’ils puissent recruter des ouvriers locaux pour le faire à leur place.

Eisan lui jette un regard furieux. Il n’y en a pas, de volontaires locaux.

« Je ne peux rien faire. Je ne peux rien faire du tout » dit Eisan, tout en dansant sur place.

Peu après midi, Jurkowski rassemble le peloton pour faire la mise à jour officielle sur la situation, le plan et tout.

« C’est l’effort principal du groupement tactique, dit-il en regardant autour du camp. Le front, c’est nous. Il n’y a rien entre nous et Nakhonay actuellement.

« Ils s’attendent à une attaque (à Nakhonay); on va leur faire croire que ça s’en vient toutes les 72 ou 96 heures, mais ça s’en vient pas avant trois semaines.

« L’ennemi ne sait pas quoi faire en ce qui nous concerne. Mais ne prenez pas ça pour une garantie, ne croyez pas que vous êtes en sécurité. Quand vous allez en patrouille, que vous marchez le long de la principale, sans casque, que vous serrez les mains, n’oubliez pas qu’il y a des tueurs dans les environs, prêts à vous descendre.

« Quelle est la mission? Ça s’appelle resserrer la prise, et c’est comme ça que la merde s’étale. Le progrès qu’il y a eu au district Dand se propage à travers l’Afghanistan du Sud. On doit faire la même chose ici. C’est pour ça qu’on est ici.

« C’est un plan de campagne mis de l’avant par le général Stanley McChrystal et adopté par le brigadier-général Jonathan Vance. Notre espace de bataille a diminué, alors on peut se concentrer sur la population plutôt que simplement livrer bataille. La mission, c’est la protection inébranlable de la population.

« Le 2e Peloton mène des opérations offensives par ici pour actualiser les plans de votre commandant. Ensuite, on va proba­blement faire le bond suivant, pour créer une base de patrouille (au sud) et vous déménagerez pour devenir la force d’assaut.

« Ne vous attendez pas à rester quelque part plus de trois ou quatre semaines. On veut remettre ces endroits aux forces de sécurité afghanes pour pouvoir sacrer notre camp. »

Le sergent MacDougall s’assied sur un cheval lors de la patrouille aux œufs. [PHOTO : ADAM DAY]

Après le discours, c’est le temps de la première vraie offensive du 1er Peloton à la bataille de Salavat; le sergent Dwayne MacDougall, qui est en train de mériter rapidement son sur­nom de « système de pacification de village à homme unique, » prendra la tête de la patrouille au magasin du village avoi­s­inant pour acheter une grande quantité de ravitaillements, surtout des œufs. Il s’agit d’une idée qu’il a eue quelques jours avant : un mouvement par la base pour se faire des alliés en commençant par adhérer à la collectivité.

Ainsi, pour ce qui semble être la millième fois, une patrouille de soldats canadiens et afghans s’introduit dans l’enceinte. Ils font la queue dans l’enceinte poussiéreuse, attachent leur casque bien serré, logent une cartouche dans la chambre et se préparent à traverser les barbelés.

Toutefois, ce n’est pas une longue marche. Le magasin ne se trouve qu’à quelques centaines de mètres du camp. En chemin, la patrouille passe à côté du PO soviétique, la butte artificielle où a eu lieu une attaque dévastatrice à l’EEI contre les gars du 22e quelques semaines auparavant et un objectif stratégique du 1er Peloton au début, mais qui n’a plus d’importance actuellement.

Les Afghans du magasin savaient que les Canadiens allaient venir et une grande foule attend la patrouille. Il y a plus d’Afghans que prévu, mais MacDougall n’hésite pas. En lançant son cri habituel en pachtou (manana!), il s’enfonce dans la foule méfiante sans hésiter et se met à serrer des mains et à distribuer des bonbons.

Personne ne peut lui résister. Le marchandage n’est pas très dynamique parce que ça ne lui fait rien de payer deux ou même trois fois le prix : il ne s’agit que de deux ou trois dollars.

Après l’emplette, MacDougall monte sur un cheval qui est apparu d’on ne sait où et parade devant le magasin, ce qui amuse les Afghans et chagrine ses soldats qui s’efforcent de rester alertes malgré une atmosphère devenue carnavalesque.

Lorsque la patrouille se prépare à partir, le jusqu’au-boutiste revêche surnommé La punition du nord arrive d’un pas nonchalant devant le magasin et lance des coups d’œil menaçants tour à tour aux Canadiens et aux Afghans.

« On va l’écraser », dit MacDougall en le regardant s’éloigner.

Au moment où la patrouille passe au nord de Salavat, une autre maison de peloton canadien, A-10, à environ un kilomètre à l’est, subit une attaque. Le son des mitrailleuses lourdes retentit fortement même à 1 200 mètres.

Le feu dure un certain temps, ne finissant que lorsque le tir des canons M-777 canadiens de Sperwhan Ghar entrent en jeu. « C’est étrange, dit pour rire le caporal-chef Shave Stackpole au retour à la base, mais c’est une des affaires que j’aime le plus ici, d’entendre les M-777, les explosions et le feu des mitrailleuses. Ouais. Ça rappelle la liberté. »

Par la suite arrive le rapport qu’un insurgé solitaire armé d’un AK-47 a attaqué la base. Le barrage extrême du tir canadien, il faut le dire, est certainement une manière d’exploiter au maximum la théorie habituelle de la contrinsurrection. Les villageois de Salavat, quant à eux, ne semblent pas du tout impressionnés par cet étalage de destruction.

Pendant ce temps, à l’école, le commandement canadien commence à se faire une idée de Saed. En un mot : ce que Saed manigance n’importe pas vraiment parce qu’il n’y a personne pour le remplacer et qu’on n’y peut rien, sauf faire preuve de prudence. « Les Afghans et les Pachtous ont une manière bien à eux d’opérer et d’assurer leurs propres intérêts », dit Jurkowski, assis à la terrasse derrière le poste de commandement après le repas, « et je ne dis pas ça de manière négative. Je ne reprocherais jamais à qui que ce soit de faire le nécessaire pour nourrir sa famille et éviter qu’elle soit tuée. Ce qui veut dire que ce qu’il faut qu’il fassent, il faut qu’ils le fassent. »

S’il y a une chose à laquelle les Afghans excellent, poursuit-il, c’est qu’ils n’étalent pas leurs cartes tant qu’ils n’ont pas pris de décision; ils jouent sur les deux tableaux jusqu’à ce que leur sécurité soit assurée. Dans le monde obscur de la contrinsurrection, il y a des choses qu’on ne peut qu’accepter. Il faut s’occuper de sa propre sécurité et être disponible pour le peuple quand il le demande, et même quand il ne le demande pas. »

Bien qu’aux yeux d’un Canadien, être officier dans l’ANA ressemble à de l’engagement, pour Saed, comme ce sera bien­tôt évident, cela veut simplement dire qu’il s’engage à servir dans l’armée afghane sans tenir compte de qui est au pouvoir à Kaboul. C’est toute une distinction.

Le lieutenant Andrew Stocker, âgé de 23 ans, le chef de l’ELMP au centre de l’orage concernant Saed, le dit plus brutalement que Jurkowski. « C’est une guerre où tout le monde connait un taliban; c’est la nature des guerres civiles et des guerres tribales, dit-il. La perception et la possibilité [que Saed collabore avec les talibans] sont de vrais problèmes, parce que la perception détruit la confiance, qu’elle soit fondée ou pas, et si elle est fondée, elle sape tout l’effort militaire.

« Saed est un très bon commandant qui n’a pas pris de repos depuis trop longtemps, alors il a perdu quelque peu le sens de la mesure, dit Stocker. L’absence sans permission et la désertion, c’est problématique. L’ANA a 30 gars ici et 20 à Mohajerin; pourtant l’effectif est de 140 hommes sur papier. Et leur commandant (un capitaine) devait revenir de permission il y a trois semaines. »

Saed n’est pas parti. Bien que les soupçons relativement à ses raisons et à son honorabilité ne diminuent pas — Talsma ne lui fait ouvertement pas confiance — il n’y pas de mécanisme pour le remplacer, même s’il y avait quelqu’un pour ce faire.

Cette même soirée-là, le 1er Peloton organise son premier tournoi de baby-foot. Les membres des Forces canadiennes dans l’ensemble, surtout ceux de la PPCLI, sont des joueurs fanatiques de baby-foot et, on ne sait trop comment, il y a une table dans cet avant-poste, ce qui n’a vraiment rien de surprenant. « Il y a deux bonnes raisons pour venir en Afghanistan : le sexe d’apitoiement avant et le baby-foot pendant », dit un soldat près de la table.

Le sergent-major de compagnie arrive et arrête le tournoi sans fanfare ni trompette. Les lampes frontales des joueurs pourraient désigner l’endroit de la base à l’ennemi, dit-il. Quand il est parti, les soldats se moquent de son argument, mais le tournoi est quand même terminé. « La seule chose qui nous différencie des talibans, c’est le baby-foot », dit un soldat qui s’enfonce dans la nuit en grommelant.

Au prochain numéro : Saed tente un coup de force, Talsma survit à un combat au couteau avec un serpent afghan et les villageois de Salavat semblent abandonner tout espoir relativement à l’OTAN.