Le lieutenant-colonel Arthur Hadow a-t-il eu tort d’ordonner au Newfoundland Regiment de se lancer à l’attaque à partir des tranchées de réserve à Beaumont-Hamel?

Terry Copp dit que NON

Les historiens déterminent souvent avec du recul quelles questions méritent d’être posées. Vu que nous connaissons les résultats tragiques des ordres du lieutenant-colonel Arthur Hadow, nous voulons bien sûr savoir pourquoi il a envoyé le Newfoundland Regiment à l’attaque le 1er juillet 1916. Le recul ne nous aidera pas à répondre à cette question. Il nous faut plutôt apprendre ce que Hadow savait quand il a pris la décision, et ce qu’il aurait pu raisonnablement en déduire.

Hadow, officier de l’armée régulière britannique, avait été nommé au commandement du Newfoundland Regiment pendant la dernière phase de la campagne à Gallipoli. Son attitude autoritaire, masquant l’insécurité d’un officier d’état-major à qui l’on avait demandé de commander un bataillon d’infanterie, ne lui valut pas beaucoup d’amis, mais au fil du temps, il apprit à devenir le leader de ses troupes autant que leur commandant.

Quand le lieutenant-général Aylmer Hunter-Weston, commandant du VIII Corps, reçut ses ordres – capturer les deux premières positions allemandes le premier jour –, il dit au général Henry Rawlinson, commandant de la Quatrième armée, que « tout le monde [s’opposait] fortement à une ruée sauvage vers un objectif distant de près de quatre kilomètres ». Il l’avertit qu’on risquait de « perdre la substance en essayant d’attraper son ombre ». Rawlinson était d’accord. Il avait proposé un plan « mordre et tenir bon », c’est-à-dire la prise de la première position de l’ennemi, puis une pause avant de s’avancer à nouveau. Le commandant en chef, sir Douglas Haig, rejeta ce plan comme étant « trop prudent ». Il voulait une percée, pas une bataille d’usure.

Hunter-Weston obéit aux ordres, ordonnant à la 29e Division d’avancer des bataillons des 86e et 87e brigades jusqu’aux lignes allemandes à 7 h 30 (heure zéro), et de les avancer selon un certain horaire. La 88e Brigade, dont le Newfoundland Regiment faisait partie, devait prendre le départ une heure après pour attaquer la deuxième position allemande éloignée de 3 000 mètres.

Hadow était prêt à obéir aux ordres,
mais il les mit en doute.

L’explosion de la mine sous la crête Hawthorn à 7 h 20 avertit l’ennemi et lui donna le temps d’arriver au bord du cratère avant les Britanniques. L’avancée a ralenti quand les soldats ont découvert qu’il n’y avait pas suffisamment de brèches dans les barbelés des Allemands. Ensuite, le barrage minuté s’est déplacé, alors les hommes ont été exposés à un feu incessant.

Les Terre-Neuviens et leur bataillon partenaire, l’Essex Regiment, attendaient dans les tranchées de réserve. Ils entendaient la bataille, mais aucun renseignement ne leur parvenait. À 8 h 20, Hadow reçut l’ordre d’« avancer et occuper le premier système de tranchées », un objectif tout à fait autre que celui auquel il s’était préparé. Hadow était soldat professionnel. Il était prêt à obéir aux ordres, mais il les mit en doute. « Est-ce que la première ligne de l’ennemi a été capturée? » demanda-t-il.

Le brigadier-général Douglas E. Cayley, commandant de la 88e Brigade, n’en savait guère plus que Hadow. Il croyait que les brigades de devant se battaient dans les tranchées ennemies et qu’elles avaient besoin d’aide. Cayley dit à Hadow que « la situation [n’était] pas claire », alors le Newfoundland Regiment devrait attaquer « aussi vite que possible » indépendamment de l’Essex Regiment. Hadow ne pouvait rien faire d’autre. Il donna des instructions à ses commandants de compagnie et à 9 h 15 commença l’avancée en enfer.

Tout fut joué en moins d’une heure. À Beaumont-Hamel, comme en d’autres endroits le premier jour de la bataille de la Somme, la responsabilité échoyait à un homme : Haig. Son plan d’attaque, limiter l’artillerie pouvant servir à attaquer la première position afin que la deuxième position puisse être frappée, signifiait réellement « perdre la substance en essayant d’attraper son ombre ».

Frank Gogos dit que OUI

Lorsque le lieutenant- colonel Arthur Hadow a ordonné aux hommes du Newfoundland Regiment de sortir de leurs tranchées près de Beaumont-Hamel, le 1er juillet 1916, il a déchainé une controverse qui sévit encore. Ses opposants le voient souvent comme officier britannique qui ne se préoccupait guère de la sécurité de ses hommes. Ils jettent une grande partie du blâme concernant les victimes terre-neuviennes sur lui et le système britannique qui l’avait formé.

Hadow ne devrait pas être blâmé pour le carnage qui a eu lieu près de la Somme le 1er juillet. La faute incombe à ses supérieurs. Mais est-ce que sa décision de s’avancer à partir des tranchées de réserve a donné lieu à un plus grand nombre de victimes au sein du Newfoundland Regiment?

Quand les commandants de la 88e Brigade ont donné l’ordre d’attaquer à 8 h 45, Hadow a demandé s’il devait attaquer indépendamment du 1er Bataillon de l’Essex Regiment, et on lui a simplement répondu que oui. Le même ordre avait été donné en même temps à l’Essex. La 88e Brigade avait ordonné aux deux bataillons d’attaquer lorsqu’ils seraient prêts. Le commandant de l’Essex a décidé de passer par les tranchées de réserve et de communication pour prendre position à la première ligne, ce qui prit deux heures.

Hadow savait que ses hommes ne pourraient pas se rendre au front sans prendre un retard considérable. Il fallut 30 minutes à Hadow pour faire part des nouveaux objectifs à ses commandants de compagnie et lancer l’assaut à 9 h 15.

Est-ce que Hadow obéissait à des ordres stricts de lancer l’assaut à partir des tranchées de réserve? Ou aurait-il pu faire comme l’Essex et traverser le carnage par les tranchées de communication et se placer à la ligne de feu avant de lancer l’assaut?

Il est un fait qu’il n’y a pas eu d’ordre d’avancer à partir des tranchées de réserve. C’est lui qui a interprété ainsi l’ordre de passer à l’attaque.

Et est-ce que sa décision a mené à un plus grand nombre de pertes?

Il est moins facile de répondre à cette question. Le retard qu’auraient pris les Terre-Neuviens pour se rendre à la première ligne aurait peut-être réduit le nombre de victimes.

La décision de Hadow de partir
des lignes de réserve ne
semble guère sensée.

Au premier abord, le fait que les pertes de l’Essex ont été moins nombreuses que celles du Newfoundland est dû au retard de l’Essex. Et quand l’Essex est passé à l’attaque, il n’est pas allé loin avant que l’ordre lui soit donné de cesser l’attaque. Personne d’autre ne s’est avancé en même temps que les Terres-Neuviens ni après eux. Mais si le Newfoundland et l’Essex avaient attaqué côte à côte, peut-être que les deux bataillons auraient subi le même nombre de pertes. La seule différence, c’est que nous ne serions pas en train de débattre de la décision de Hadow.

Si le Newfoundland Regiment n’avait pas lancé l’assaut quand il l’a fait, le brigadier-général Cayley n’aurait pas eu besoin de révoquer
l’ordre relatif à une deuxième attaque quand Hadow a exprimé ses préoccupations à un officier de l’état-major de la 29e Division.

La seule raison fournie par Hadow pour expliquer sa décision d’attaquer à partir des tranchées de réserve, c’est que les morts et les blessés bouchaient les tranchées. À la suite de sa décision, beaucoup d’hommes sont tombés avant même d’atteindre leur ligne de feu. En fin de compte, cela a réduit le nombre de victimes de l’Essex.

Bien que la décision de Hadow de partir des lignes de réserve ne semble guère sensée, les vrais coupables des mauvaises décisions prises dans ce secteur, ce sont les commandants de la brigade et de la division, car il y avait d’importants problèmes de communication qui ont été sources de confusion pour Hadow, et des retards concernant l’annulation d’une attaque subséquente avant qu’une partie de l’Essex ait lancé son attaque.


Terry Copp, collaborateur fréquent de la Revue Légion, est directeur émérite du Laurier Centre for Military and Strategic Disarmament Studies de l’Université Wilfrid Laurier. Il est l’auteur de nombreux livres et articles sur le rôle du Canada aux deux guerres mondiales.

Frank Gogos est membre du comité des collections historiques du Conseil consultatif du Royal Newfoundland Regiment. Il est l’auteur de The Royal Newfoundland Regiment in the Great War: A Guide to the Battlefields and Memorials of France, Belgium, and Gallipoli.

La Bataille pour la Nouvelle-France

La France a cuirassé l’Amérique du Nord pendant la guerre de Sept Ans, notamment la Nouvelle-France. La plus puissante de ses défenses était la forteresse de Louisbourg, à l’embouchure du Saint-Laurent. En 1756, Louis-Joseph de Montcalm a été nommé commandant des troupes françaises en Amérique du Nord, sous les ordres de Pierre de Rigaud de Vaudreuil, gouverneur général de la Nouvelle-France. Montcalm a aussitôt mené des attaques réussies contre les Britanniques au fort William Henry et au fort Carillion.

En 1758, les Britanniques avaient pris Louisbourg, le fort Frontenac et le fort Duquesne. La Grande-Bretagne nomma le général Jeffery Amherst à la tête de l’armée allant à Montréal, et James Wolfe à la tête de celle qui irait à Québec.

En juillet 1759, l’armée de Wolfe a essuyé une grosse défaite à Montmorency, où environ 200 de ses soldats sont tombés. Ce fut une victoire retentissante pour Montcalm et ses troupes qui n’avaient perdu que 70 hommes. Wolfe ordonna à ses troupes de piller les villages le long du Saint-Laurent dans le but de gagner du terrain. Montcalm a défendu sa position, sachant qu’il pouvait tenir en attendant que l’hiver arrive.

La santé de Wolfe avait été mauvaise pendant la plus grande partie de l’été, et les soldats britanniques perdaient espoir : il lui fallait faire une dernière tentative, car l’hiver approchait rapidement, et l’avancée serait obligatoirement reportée au printemps lorsque le Saint-Laurent gèlerait. Une attaque-surprise était donc nécessaire.

De fortes pluies retardèrent l’attaque qu’il prévoyait mener au début du mois de septembre. Au début, les soldats devaient débarquer tranquillement à Pointe-aux-Trembles, mais vu le retard causé par la pluie, Wolfe a cherché de nouvelles positions défensives, et il a découvert que si les troupes pouvaient débarquer à l’Anse-au-Foulon, il pourrait augmenter ses forces de 1 000 hommes. Au cours de la soirée du 12 septembre, les forces britanniques se sont tranquillement avancées jusqu’au fleuve et ont escaladé le mur à l’Anse-au-Foulon, les premiers soldats arrivant aux plaines d’Abraham le 13 septembre vers 4 h. 

la bataille des Plaines d’Abraham était
la bataille primordiale de la guerre
entre la Grande-Bretagne et la France
pour ce qui allait devenir le Canada.

Montcalm a appris que les Britanniques avaient débarqué, et les troupes françaises sont vite arrivées aux plaines d’Abraham. À 10 h, Montcalm ayant analysé rapidement la situation, il a ordonné une attaque immédiate afin de ne pas donner le temps à l’ennemi de rassembler toutes ses forces. Les Français ont commencé à tirer immédiatement. Wolfe a ordonné à ses troupes de ne pas faire feu tant que l’ennemi était à plus de 35 mètres. Lorsque les soldats de Wolfe ont tiré, ils ont rapidement forcé les troupes françaises à battre en retraite. La bataille a duré moins d’une demi-heure, et s’est soldée par une victoire britannique.

Montcalm et Wolfe sont morts tous deux de blessures subies lors de la bataille. Wolfe a été atteint trois fois au tout début de la bataille, et il est mort peu de temps après sur le champ de bataille. Montcalm aussi a été touché, au cours de la retraite, et il est mort le lendemain matin.

Québec était alors assiégée par la Grande-Bretagne et, le 18 septembre, elle a capitulé. La guerre n’était pas encore terminée, mais Québec avait été une partie importante du bouclier français, et cette conquête permettait à l’armée britannique de s’établir puissamment en Nouvelle-France. La capitulation de Montréal suivit en 1760 et, en 1763, en vertu du Traité de Paris, la Nouvelle-France était cédée à la Grande-Bretagne, ce qui mit fin à la guerre de Sept Ans.

Il est indubitable que la bataille des plaines d’Abraham était la bataille primordiale de la guerre entre la Grande-Bretagne et la France pour ce qui allait devenir le Canada. Le 17 mars 1908, la Commission des champs de bataille nationaux a autorisé la préservation du site de la bataille des plaines d’Abraham, créant le premier parc historique national au Canada. Le parc joue un rôle essentiel pour l’histoire du Canada, car cette bataille est un point déterminant de l’histoire canadienne.

Nettoyeurs de tranchées au destin funeste

Raiders 2

Le régiment s’est entrainé en Écosse avec l’armée britannique pendant l’été de 1915. [The Rooms/VA 37-17.2]


Il y a un siècle, au début de la bataille de la Somme,
en France, le Newfoundland Regiment a subi des
pertes énormes à Beaumont-Hamel.


Le Royal Newfoundland Regiment a fait l’objet de nombreuses histoires, mais la plus captivante et tragique, c’est celle de son avancée à la bataille de la Somme, le 1er juillet 1916. Le 1st Newfoundland Regiment (auquel le statut « royal » a été conféré en 1917) arriva près de la ligne de tir de la Somme en avril 1916. Il allait y passer deux mois et demi.

Le régiment avait été affecté au service actif à la Grande Guerre quand il avait rejoint la 29e Division britannique dans les landes arides entourant la baie de Suvla de la péninsule de Gallipoli, dans l’Empire ottoman (la Turquie d’aujourd’hui). Exception faite d’une petite escarmouche sur un lopin de terre pierreux, le temps que le régiment avait passé à Gallipoli était surtout notable pour les mouches, la soif et les maladies qui réduisaient des coloniaux, jusque-là robustes, à l’état de fantômes livides.

Ils espéraient que la Somme leur ferait oublier les privations qu’ils avaient endurées dans les tranchées de la baie de Suvla, et, pendant les deux premiers mois, la routine y était en effet bien plus agréable.

Comme premières opérations, ils eurent deux raids de tranchées à mener avant l’attaque à grande échelle prévue le 1er juillet. Ces raids étaient des opérations éclair bien planifiées et répétées servant à obtenir des renseignements sur la capacité de l’ennemi à réagir. Cinquante-sept hommes triés sur le volet furent formés pendant quelques semaines au combat rapproché en utilisant diverses armes artisanales d’aspect médiéval : couteaux, coups-de-poing américains, masses d’armes, massues. Les défenseurs répliquaient à ces armes rétrogrades en faisant porter des cottes de mailles et autres pièces d’armure à leurs sentinelles. La mission des Terre-Neuviens avait pour but d’évaluer l’efficacité de la défense allemande au ravin en Y (une dépression naturelle dans le paysage) et de ramener un prisonnier si possible.

Au début, il ne devait y avoir qu’un seul raid, la nuit du 26 au 27 juin, mais il échoua parce que les positions des attaquants avaient été exposées lorsqu’ils s’approchaient des lignes allemandes devant le ravin en Y. Le commandant du raid, le capitaine Bert Butler, leur commanda de se replier. Il reçut l’ordre de faire une nouvelle tentative la nuit suivante.

Raiders 3

Après les combats Les soldats alliés dans les ruines du village de Beaumont-Hamel après sa capture, en novembre 1916. [The Rooms/VA 36-38.2]

Cette fois-là, ils atteignirent le parapet allemand après avoir découvert une brèche de 14 mètres dans les barbelés.

Une fusée-parachute éclaira le groupe principal au moment où il s’approchait de la ligne allemande. L’ennemi fit feu et une grande partie de l’escouade fut blessée. Quelques-uns réussirent à descendre dans la tranchée où suivit une mêlée.

Le soldat George Phillips entra dans une sape et, à en croire les cris et les gémissements, il y abattit bon nombre d’Allemands. Le capi-taine donna l’ordre à ses hommes de se replier à nouveau parce qu’il y avait trop de risques, et il les rassembla près de ce qu’on appelle aujourd’hui l’Arbre du danger, puis il envoya des équipes de secours chercher les blessés. Toutefois, Phillips ne réussit pas à se replier, alors il descendit dans un cratère d’obus d’où il tira des coups de fusil toute la nuit. Il rejoignit le régiment le lendemain matin, uniforme en lambeaux et couvert de sang.

Bien qu’elle n’eut pas réussi à faire de prisonnier, la formation du raid rapporta que le bombardement des lignes allemandes qui avait duré une semaine dans le secteur n’avait pas eu grand effet sur les effectifs des Allemands ni sur leur capacité à réagir. À ce moment-là, l’immense machine de guerre britannique battait son plein, et dans l’arrogance caractérisant la charge du 1er juillet, il n’était venu à l’esprit de personne de prévoir un moyen d’abandonner l’attaque.

Pratiquement aucune des familles
du dominion nord-atlantique
sauvage n’a été épargnée par
la tragédie ce jour-là.


Ce matin-là
, les officiers du Newfoundland Regiment se trouvaient au quartier général de la 88e Brigade quand l’attaque fut lancée, à 7 h 30. Ils furent témoins du carnage du début, quand les soldats qui venaient de sortir des tranchées y retombaient en nombre incalculable. Le régiment, cette journée-là, avait le village de Beaumont-Hamel pour objectif, mais au bout d’une heure quarante-cinq minutes, la situation était loin d’être claire et de nouveaux objectifs lui furent fixés. Ces derniers ne signifiaient pas grand-chose pour les hommes qui donnaient l’assaut, et ils se concentrèrent sur le ravin en Y.

Raiders 4

Les premiers 500 Les volontaires portant des bandes molletières bleues et des casquettes civiles à l’exercice à la baïonnette (sans baïonnette) au bord du lac Quidi Vidi, à St. John’s, en 1914. [VA 37-15.2; The Rooms]

À 8 h 45, le lieutenant-colonel Arthur Hadow reçut l’ordre de se lancer à l’attaque des Allemands. Il avait été prévu que le Newfoundland Regiment et le 1er Bataillon de l’Essex Regiment attaqueraient en même temps, mais à la suite de l’ordre du brigadier-général D.E. Cahley de la 88e Brigade d’attaquer indépendamment, Hadow décida d’envoyer ses hommes à l’assaut à partir de 200 mètres derrière les premières lignes.

Hadow avait envisagé d’assurer une coordination avec l’Essex, mais il décida que les tranchées de communication pleines de cadavres ralentiraient ses hommes, alors il leur donna l’ordre de s’avancer en surface à partir des tranchées de réserve. Cet ordre est encore mis en question et débattu aujourd’hui (voir « Face à face », page 14). À 9 h 15, l’Essex s’avançait encore vers le front quand Hadow leva sa badine de frêne pour donner le signal de s’avancer. Quelque 780 hommes grimpèrent hors des tranchées et se dirigèrent lentement vers le front. Hadow trouva son propre passage jusqu’aux premières lignes.

Quand les Allemands virent les Terre-Neuviens pour la première fois, leurs silhouettes se découpaient à l’horizon; c’était le seul bataillon qui s’avançait dans le secteur. Au moment où les Terre-Neuviens montèrent sur la crête, les mitrailleuses allemandes les fauchèrent comme du bois de corde. Beaucoup d’entre eux tombèrent avant d’atteindre leur propre première ligne. La plupart furent mis en pièces par le feu croisé des mitrailleuses et les obus de l’artillerie qui brassaient les pentes du terrain neutre. Rares furent les Terre-Neuviens, s’il y en eut, qui tirèrent un
coup de feu ou qui réussirent à lancer une bombe à l’ennemi pendant l’avancée.

Raiders 6

Le commandant, le lieutenant-colonel Arthur Hadow, prend la décision fatidique d’attaquer à partir des tranchées de réserve derrière la première ligne des Britanniques. [ Royal Newfoundland Regiment Museum]

L’assaut ne dura que quelques minutes. À 9 h 45, Hadow rapporta à Cahley que l’avancée avait échoué. Cahley répondit en lui ordonnant de rassembler ses hommes en terrain neutre pour renforcer le 4e Bataillon du Worcestershire Regiment et le 1er Bataillon du Hampshire Regiment
qui devaient attaquer sous peu. Hadow, en quittant le quartier général, rencontra un officier d’état-major de la 29e Division et lui fit part de son inquiétude concernant l’ordre de Cahley. Cet officier convainquit Cahley de révoquer son ordre. Il avait vu les Terre-Neuviens abattus presque jusqu’au dernier.

Cent ans après, l’avancée du Newfoundland Regiment vers Beaumont-Hamel a encore des résonances profondes chez les Terre-Neuviens. Tous les 1ers juillet, tandis que le reste du Canada célèbre la naissance d’un pays, les Terre-Neuviens pleurent les pertes qu’ils ont subies à la Première Guerre mondiale et surtout à Beaumont-Hamel. L’innocence d’une nation était perdue : pratiquement aucune des familles du dominion nord-atlantique sauvage n’a été épargnée par la tragédie ce jour-là, tragédie d’autant plus amère qu’il semble qu’elle ait pu être évitée. Sur les 780 hommes qui prirent part à l’attaque, le nombre des victimes s’éleva à 710, dont presque 300 morts : des pertes si graves aux yeux des Terre-Neuviens que même après 100 ans, la douleur est presque aussi forte qu’alors.

Raiders

Prêts au départ Des officiers du Newfoundland Regiment en route pour l’Angleterre à bord du SS Florize, en octobre 1914. [The Rooms/VA 36-37.3]

Les anciens combattants sans abri comptent

Il y a deux ans, la Légion royale canadienne a parrainé un forum national sur les anciens combat-tants sans abri où ont été mises en évidence des lacunes dans les services, les programmes, la prévention et la recherche, et qui s’est terminé par une demande d’élaborer une politique nationale sur l’itinérance des anciens combattants.

En mars 2015, 2 250 anciens combattants sans abri avaient été identifiés dans un rapport d’Emploi et Développement social Canada (EDSC), d’après les données recueillies auprès de 60 refuges. Ce chiffre est peu élevé d’après certains défenseurs des anciens combattants qui estiment leur nombre à entre 7 000 et 20 000.

Le nombre d’anciens combattants
sans abri aux États-Unis
a diminué de 36 %.


La Stratégie des partenariats de lutte contre l’itinérance, programme financé par ESDC, mène actuellement, du 1er janvier au 30 avril, le premier dénombrement des sans-abris du pays. 

En général, au Canada, on s’occupe surtout de les diriger vers les services communautaires existants. Mais ces solutions ne sont pas très bien axées sur l’ancien combattant. Les anciens combattants vont mieux lorsqu’ils participent à un programme sensible à la culture militaire, avec le soutien d’autres anciens combattants et dans des institutions plus structurées que les refuges civils.

Certains défenseurs de la cause souhai-tent voir une chaine de logements d’urgence et de transition subventionnés réservée aux anciens combattants partout au pays. Cela ne risque pas de se faire si l’on continue de se concentrer sur les services communautaires existants, plutôt que sur les solutions durables. Selon certaines études, la longue descente vers l’itinérance commence des années ou même des décennies avant qu’ils ne se retrouvent dans un refuge, à dormir sous un pont ou à vivre sous la tente dans les bois.

Le problème pourrait paraitre insoluble, mais on peut se tourner vers nos voisins pour trouver une solution. Le nombre d’anciens combattants sans abri aux États-Unis a diminué de 36 % depuis 2010, grâce à des coalitions formées dans le but de s’occuper de cette situation. L’une de ces coalitions a émergé de regroupements citoyens, et une autre a été créée par des politiciens.

Le Mayors’ Challenge to End Veteran Homelessness (défi des maires pour mettre fin à l’itinérance des anciens combattants, NDT) a mené « fonctionnellement » à la suppression de l’itinérance dans sept villes et deux États américains en 2015 (c’est-à-dire qu’un logement permanent est fourni dans les 90 jours). Rien qu’à Houston, au Texas, 4 000 anciens combattants sans abri et leur famille ont été logés.

Les éléments d’une coalition semblable existent déjà au Canada, ainsi que des modèles précisant comment elle fonctionnerait. C’est là un bon point de départ.

Il y a beaucoup d’organisations qui s’occupent de l’itinérance, mais il n’y en a que quelques-unes qui s’intéressent particulièrement aux anciens combattants. Une nouvelle coalition se concentrant sur l’itinérance des anciens combattants et servant de point central à la coopération et à l’échange de connaissances pourrait concevoir des solutions novatrices pour grossir le parc de logements, convertir des bâtiments existants, encourager la subvention des loyers, attirer des dons et bâtir des programmes fondés sur les faits. Imaginez quelles solutions pourraient naitre d’un programme offrant une expertise en matière de promotion immobilière aux organisations communautaires ou à des particuliers désireux d’inclure dans leurs projets un hébergement d’urgence, de transition ou permanent pour les anciens combattants sans abri.

Il faut une politique sur l’itinérance axée sur les anciens combattants pour qu’une telle coalition fonctionne bien. Le ministre des Anciens combattants, M. Kent Hehr, dit que l’itinérance est une de ses principales priorités. Ne serait-il pas opportun pour lui de prendre l’initiative d’une action nationale?