Réanimer la charte

Seamus O’Regan lors d’une réunion publique à Fredericton le mois dernier. [Facebook]

Le régime de pension à vie annoncé par Anciens combattants Canada en décembre repose sur trois programmes :
un versement mensuel libre d’impôt en reconnaissance de la douleur et de la souffrance dues à une maladie ou à une blessure imputable au service, un remplacement de revenu pour les anciens combattants qui ont de la difficulté à retrouver un emploi, et une gamme de services et d’avantages sociaux dans les domaines de l’emploi, de l’éducation et de la santé mentale ou physique, entre autres.

Le régime ne sera malheureusement pas en vigueur avant 2019. Selon le gouvernement, cette période est nécessaire pour instituer la loi et préparer le personnel d’Anciens combattants Canada à ce changement, bien qu’il ait été à l’étude depuis la promesse faite par le Parti libéral pendant la campagne électorale de 2015.

Toutefois, comme l’a déclaré le ministre des Anciens combattants, Seamus O’Regan, dans son annonce officielle, « Il s’agit d’une évolution importante de la Nouvelle Charte des anciens combattants, laquelle était censée être un plan fluide, redéfini selon les besoins. »

Pendant la longue attente, de nombreux anciens combattants ont accepté le versement forfaitaire, qu’il est permis de qualifier d’inéquitable, et que le gouvernement offrait dans le cadre de la Loi sur les mesures de réinsertion et d’indemnisation des militaires et vétérans des Forces canadiennes, surnommée la Nouvelle Charte des anciens combattants (NCAC).

Après que la loi a été votée au Parlement, en 2005, de nombreuses critiques portaient sur le versement d’une indemnité d’invalidité forfaitaire plutôt que d’une pension men-suelle à vie, le paiement forfaitaire n’étant pas égal au total des versements de la pension à vie selon la Loi sur les pensions. En outre, on s’inquiétait de ce que les anciens combattants, surtout les plus jeunes, n’utilisent pas le paiement forfaitaire sagement et qu’ils soient réduits à la misère en vieillissant.

Ce n’est qu’en 2011 que des modifications ont été faites afin que les anciens combattants invalides aient le choix entre le paiement forfaitaire, des versements mensuels ou un mélange des deux.

Le gouvernement a apporté des améliorations mineures à la loi dans chacun de ses deux premiers budgets, mais la pension à vie a tardé à venir. Beaucoup d’anciens combattants s’inquiétaient qu’il s’agisse seulement d’amortir le paiement forfaitaire selon l’espérance de vie du particulier.

Ce n’est heureusement pas le cas. Il y a de nouveaux fonds pour le nouveau régime de pension à vie, lesquels devraient s’élever à 3,6 milliards de dollars entre 2017 et 2022, puis à 111,7 millions de dollars par année ensuite.

Le gouvernement s’est inspiré de la charte des anciens combattants originelle pour élaborer la NCAC. La Loi sur les pensions n’était qu’une partie de l’ancienne charte, qui comprenait plusieurs actes législatifs adoptés dans les années 1940 et visant le rétablissement des anciens combattants à leur retour de la Seconde Guerre mondiale. Elle comprenait une aide à l’éducation et des prêts pour acheter une maison ou investir dans une petite entreprise, une ferme ou un bateau de pêche.

En 2005, ces avantages s’étaient atrophiés. Avant 2006, quand la NCAC est entrée en vigueur, un combattant libéré des Forces armées canadiennes pour raisons médicales ne recevait que sa pension : il n’avait pas droit aux appuis à la réinsertion offerts aux générations précédentes.

Quelles que fussent ses lacunes, la NCAC découlait d’une prise de conscience que les jeunes anciens combattants invalides avaient besoin d’une large gamme d’avantages et de programmes qui n’existaient pas avant 2006. Ces programmes doivent être revus chaque année et modifiés selon des recommandations reposant sur de solides recherches.

Le régime de pension à vie est un progrès pour la NCAC, mais nous ne savons pas encore comment il aidera la majorité des anciens combattants malades ou blessés, ni même s’il le fera. En attendant, les Canadiens s’attendent à ce que le temps pris pour sa mise en œuvre soit bien utilisé, et à ce que les politiciens et les défenseurs des anciens combattants collaborent pour obtenir des résultats satisfaisants.

À votre service: Faites-vous l’objet d’une admissibilité double?

Un ancien combattant faisant l’objet d’une admissibilité double perçoit (ou a droit à) des prestations d’invalidité en vertu de la Loi sur les pensions et d’autres en vertu de la Nouvelle Charte des anciens combattants (NCAC). Le total de la pension d’invalidité et de l’indemnité d’invalidité versées aux anciens combattants à admissibilité double ne peut pas dépasser le montant versé dans le cas d’une évaluation d’invalidité de 100 %.

Pour certains anciens combattants, mais pas tous, il peut être plus avantageux d’obtenir la réponse à une demande de pension en vertu de la Loi sur les pensions avant de faire une demande en vertu de la NCAC. Étant donné que chaque situation est unique, il convient de tenir compte de plusieurs facteurs avant de déposer une demande.

Par exemple, avez-vous une personne à charge qui pourrait avoir droit à une pension de survivant? Si oui, avez-vous atteint ou non le taux de pension de 48 %? De quand date votre dernière évaluation? Votre condition s’est-elle aggravée depuis? Votre taux d’indemnisation est-il ou non proche du maximum possible (pension d’invalidité plus indemnité d’invalidité)?

Actuellement, il n’y a pas de pension de survivant en vertu de la NCAC. Pour qu’une pension de survivant soit payée au complet, l’ancien combattant devait recevoir une pension d’invalidité d’au moins 48 % au moment de son décès. Si l’ancien combattant reçoit une pension d’invalidité de moins de 48 % lors de son décès, mais que le total de ses différentes prestations d’invalidité atteint le montant maximum possible, le survivant n’a pas droit à une pension de survivant complète. Lorsqu’un ancien combattant reçoit une prestation d’invalidité de plus de 52 %, son survivant n’a pas droit à une pension de survivant complète.

Il est donc important de bien en comprendre les conséquences avant de faire une demande de prestations d’invalidité ou de réévaluation. Il n’y a pas de cadre juridique permettant de casser une décision concernant l’indemnité d’invalidité afin de permettre à l’ancien combattant de recevoir une pension d’invalidité mensuelle ou de l’augmenter.

Ainsi, si vous faites l’objet d’une admissibilité double, avant de déposer une demande de réévaluation ou de faire une nouvelle demande de prestations d’invalidité, demandez à un officier d’entraide de direction de la Légion quels en seraient les effets sur la pension de votre survivant ou sur vos prestations mensuelles.

Si vous désirez de tels conseils, veuillez communiquer avec un officier d’entraide de direction à www.legion.ca ou au numéro sans frais 1-877-534-4666.


À votre service est écrit par des officiers d’entraide des directions de la Légion. Pour communiquer avec un officier d’entraide, composez sans frais le 1-877-534-4666, ou visitez le site Web d’une direction. Consultez www.legionmagazine.com pour les archives des trois dernières années.

Joseph Kaeble : le héros de Neuville-Vitasse

[Illustration de Sharif Tarabay]

Joseph Kaeble, premier militaire canadien de langue française décoré de la Croix de Victoria, nait le 5 mai 1893 à Saint-Moïse, Québec. Sa famille déménage à Sayabec, au Québec, après le décès de son père quand Joseph, aîné de quatre enfants, est garçon, et il y trouve du travail comme mécanicien dans une scierie locale.

Après l’annonce de l’autorisa-tion de former le 189e Bataillon commandé par le lieutenant-colonel Philippe-Auguste Piuze, Kaeble et une dizaine d’hommes de Sayabec s’enrôlent le 20 mars 1916. Ils passent six mois au camp d’entrainement de Valcartier et partent pour le front le 23 septembre. Une fois sur place, Kaeble est affecté au 69e Bataillon puis, le 12 novembre, il est transféré au 22e Bataillon qui, après avoir combattu et subi de lourdes pertes à Saint-Éloi et au mont Sorrel, en Belgique, ainsi qu’à Courcelette et à la tranchée Regina, en France, a grand besoin de renforts.

Les renforts, dont Kaeble fait partie, sont rapidement jetés dans la bataille, notamment celle de la crête de Vimy, en France, en avril 1917. Kaeble y est atteint d’une balle à l’épaule droite le 30 avril. Le 25 mai, au bout de presque un mois de convalescence dans un hôpital de Boulogne, en France, il retourne au front. Il passe le reste de l’année 1917 en Belgique, notamment à la côte 70 et à Passendale. En 1918, le 22e Bataillon retourne en France, où Kaeble est promu caporal le 23 avril.

En juin, le bataillon se trouve dans le secteur de Neuville-Vitasse, près d’Arras. Pendant la nuit du 8 au 9 juin, les Allemands lancent une attaque contre le secteur défendu par le bataillon. Lorsque le tir de l’ennemi cesse, Kaeble est le seul soldat indemne de sa section. Voyant une cinquantaine d’Allemands s’avancer vers sa position, il saute par-dessus le parapet de sa tranchée, armé d’un fusil-mitrailleur Lewis et, bien que blessé à plusieurs reprises par des fragments d’obus et de bombes, il tire sur l’ennemi jusqu’à ce qu’il s’arrête. Blessé à mort, Kaeble retombe dans la tranchée, mais il continue de tirer sur l’ennemi en retraite en criant « Tenez bon, les gars! Ne les laissez pas passer! Il faut les arrêter! » Il meurt le lendemain de blessures par balle au cou, à la main et aux bras, ainsi que de blessures aux jambes. La mère de Kaeble recevra par la suite la Croix de Victoria des mains du gouverneur général, le duc de Devonshire. Selon les archives, Kaeble a fait l’objet d’une recommandation pour que lui soit décernée la Médaille militaire pour ses actes au cours de cette période. Il repose au cimetière communal de Wanquetin, à 12 kilomètres à l’ouest d’Arras.

La Croix de Victoria a été décernée à deux Canadiens français seulement pendant la Première Guerre mondiale. La seconde a été remise à titre posthume au lieutenant Jean Brillant pour ses actes de bravoure les 8 et 9 aout 1918.

Kaeble est commémoré partout au Canada. Une montagne, une rue et le mess des soldats et des caporaux à la base des Forces canadiennes Valcartier portent son nom, qui figure aussi sur le monument commémoratif de l’église paroissiale de Sayabec. En 2012, la garde côtière canadienne a annoncé qu’un navire de patrouille de la classe Héros serait nommé en son honneur, et son buste fait partie du Monument aux valeureux à Ottawa, un agencement de neuf bustes et de cinq statues de personnes qui ont vécu pendant des conflits déterminants dans l’histoire du Canada.

Les médailles de Kaeble sont exposées au Musée du Royal 22e Régiment, situé dans la Citadelle de Québec, et de la terre de sa sépulture a été incorporée aux murs de la chapelle.