La symétrie de Mons

Un poste de secours avancé du Canada (ci-dessous) à l’ancienne ligne allemande à l’est d’Arras, en septembre 1918. Le 42e bataillon défilant dans la Grand-Place de Mons, en Belgique (en regard), le matin du 11 novembre 1918. [MDN/BAC/PA-003248]

LA REPRISE DE LA VILLE OÙ LA GRANDE-BRETAGNE
ET L’ALLEMAGNE S’AFFRONTÈRENT POUR LA PREMIÈRE FOIS

Le 4 aout 1914, l’armée allemande mit en œuvre son plan Schlieffen contre la France. Conformément au plan, les deuxième et troisième armées allemandes passèrent par la Belgique pour rejoindre la frontière française. Le 23 aout, elles entrèrent en contact avec le corps expéditionnaire britannique (CEB) à Mons, en Belgique. Le CEB avait débarqué en France six jours auparavant et s’était déplacé vers l’est, où il avait pris des positions le long du canal de Mons.

Il résista pendant une journée contre des forces ennemies beaucoup plus nombreuses mais fut contraint d’amorcer une retraite longue et difficile vers Paris. L’avancée allemande fut stoppée à la Marne, et le conflit devint une guerre de tranchées. Mons allait demeurer aux mains des Allemands jusqu’à la fin de la guerre.

Le Corps canadien fut chargé de libérer la ville les 10 et 11 novembre 1918. Les soldats du Corps savaient qu’ils avaient infligé d’importantes défaites à l’ennemi lors des grandes batailles qu’ils avaient menées depuis leur avancée du 8 aout à Amiens. Ils savaient que les Allemands étaient prêts à se rendre, mais rares étaient ceux qui faisaient confiance à un ennemi qui avait mené une guerre brutale, utilisé du gaz toxique, s’était livré à une guerre de sous-marins sans restriction et avait brutalisé les civils dans les territoires qu’il avait occupés. De plus, les ordres des états-majors étaient clairs : maintenir la pression jusqu’à ce que l’ennemi capitule.

Rien ne semblait indiquer une reddition imminente des Allemands. Ils s’étaient battus férocement à la ligne Drocourt-Quéant et au canal du Nord en septembre, et leurs mitrailleurs avaient souvent résisté jusqu’à leur dernier souffle en octobre et en novembre. L’ennemi était en pleine déroute à la première semaine de novembre, mais il essayait toujours de freiner les Canadiens.

Les cornemuses de la paixLe corps de cornemuses du 42e bataillon joue dans les rues de Mons, en Belgique, le 11 novembre, annonçant aux citoyens que la guerre était finie. Plus tard ce jour-là, le corps mena les soldats à leurs casernements, puis il prit part à un défilé. [MDN/BAC/PA-003523]

Le lieutenant-général Arthur Currie, commandant canadien, avait reçu l’ordre de prendre Mons, et il en chargea le Royal Canadian Regiment (RCR) et le 42e Bataillon (Royal Highlanders of Canada) de la 3e division le 9 novembre. La ville était entourée de canaux et les artilleurs allemands couvraient les endroits où l’on pouvait les traverser.

« La garnison ennemie, la nuit du 10 novembre, se composait uniquement de tireurs d’élite et de mitrailleurs postés aux étages des maisons et aux autres endroits où ils avaient vue sur les routes et les approches, écrivit le lieutenant-colonel C. Beresford Topp du 42e Bataillon. L’avancée a commencé en plein jour et les Highlanders ont tout de suite été pris en cible, en particulier par les mitrailleuses, et il était évident qu’une tentative d’entrer dans la ville pendant le jour serait couteuse. Tout déplacement a été remis au soir, et Mons a finalement été prise par un peloton de la compagnie D qui a traversé la gare ferroviaire à pied et qui est entré dans la ville sans tirer un seul coup de feu. »

À 23 heures, le 10 novembre, des éléments du 42e et une compagnie du RCR qui avaient traversé le canal se trouvaient dans la ville. Deux compagnies du RCR s’y introduisirent plus tard.

« La ville était extrêmementcalme, écrivit Topp. Rien ne bougeait, rien n’indiquait la présence de civils, et aucun coup de feu n’a été tiré. On n’entendait que le crépitement provenant des quelques bâtiments incendiés par des explosions d’obus. »

À 7 heures, le 11 novembre, le corps de cornemuses du 42e défila à travers la ville pour réveiller les 60 000 citoyens qui descendirent vite dans la rue en brandissant des drapeaux pour acclamer leurs libérateurs. « De grandes célébrations, écrivit le soldat Harold Davey dans son journal. Tout le monde se réjouissait. Flânait […]. »

L’état-major du Corps canadien avait appris à 6 h 30 que les Allemands avaient accepté les conditions des Alliés et que l’armistice devait entrer en vigueur à 11 h. Certaines unités ne furent mises au courant du cessez-le-feu qu’après 9 h, alors que les civils et les soldats faisaient déjà la fête. Le dernier Canadien tué, le soldat George Lawrence Price, mourut d’une balle tirée par un tireur d’élite quelques instants à peine avant 11 h.

Currie avait compris qu’il y avait une importante symétrie dans la libération de Mons. Quatre ans et trois mois après que le CEB avait été forcé de battre en retraite, les Canadiens, soldats de la colonie – des hommes dont les efforts avaient forgé une nation – libérèrent la ville belge. La Grande Guerre avait changé le monde et avait aidé le Canada à se réinventer.

Comment nous y avons mis fin

Les troupes canadiennes revenant d’Europe à Halifax à bord du paquebot affrété Olympic,en 1919. [BAC/PA-135768; Archives de la Ville de Toronto]

PERSONNE NE S’ATTENDAIT À UNE TELLE GUERRE AU DÉBUT, ET PERSONNE N’AURAIT IMAGINÉ QUE LES CANADIENS JOUERAIENT UN RÔLE AUSSI DÉTERMINANT POUR Y METTRE FIN.

« Quel soulagement pour les parents des garçons en service! » écrivit le Lieutenant Walter Thomas Robus de Norwood, en Ontario, quelques jours après que la Première Guerre mondiale s’était terminée par la reddition de l’Allemagne le 11 novembre 1918. « Et quel soulagement de savoir que les massacres et la souffrance sont terminés. »

Robus s’était enrôlé dans le 2e Bataillon (Régiment de l’est de l’Ontario) du corps expéditionnaire canadien en aout 1914. Il fut blessé quatre fois. « Les Canadiens ont fini à merveille, écrivit-il, Mons a enfin été capturée. »

Pour Robus, et pour le Canada, le conflit avait été long et dur.

Déclenchée par le nationalisme impérialiste qui s’était répandu dans toute l’Europe, par les traités qui assuraient des alliances de défense mutuelle et finalement, par l’assassinat de l’archiduc Franz Ferdinand d’Autriche lors de sa visite à Sarajevo, la guerre opposa la Triple-Alliance entre l’Allemagne, l’Autriche-Hongrie et l’Italie à la Triple-Entente entre la Grande-Bretagne, la France et la Russie. Et le Canada se mit de la partie dès le début.

Le Canada n’avait pratiquement pas d’armée quand la Grande-Bretagne déclara la guerre à l’Allemagne, le 4 aout 1914. La 1re Division fut rapidement constituée et elle était encore relativement inexpérimentée quand elle subit l’attaque au gaz des Allemands, à Ypres, en avril 1915. D’une façon ou d’une autre, elle réussit à maintenir sa position et commença ainsi à se faire une réputation. À mesure que l’engagement du Canada augmentait, ses lauriers grandissaient. La force de deux, puis de trois et enfin de quatre divisions se battit à la Somme en 1916, captura la crête de Vimy, la Côte 70 et Passendale en 1917, et enfin, reconnue en tant que corps d’élite, elle combattit durant les cent jours de la campagne qui mit fin à la guerre.

Les Canadiens avaient appris à se battre et à s’imposer sur le champ de bataille, et ils avaient produit des dirigeants extraordinaires. Sir Arthur Currie était l’un d’entre eux. Ce promoteur immobilier de Victoria s’était distingué en tant qu’officier de milice, et il fut nommé commandant de brigade dans le premier contingent canadien. Currie prouva alors qu’il pouvait apprendre dans le feu de l’action, et quand le Corps canadien fut formé, en septembre 1915, il obtint le commandement de la 1re Division. Après la victoire à la crête de Vimy, et après que le lieutenant-général britannique, sir Julian Byng, fut promu au commandement de la Troisième armée britannique, le lieutenant-général Currie fut le premier Canadien nommé au commandement du Corps.

Jusqu’à la toute fin de la guerre, le Corps canadien se composait en grande partie d’hommes nés en Grande-Bretagne qui avaient immigré au Canada. Vers la fin de 1918, les quatre divisions de Currie étaient commandées par des officiers canadiens et les officiers d’état-major, hormis les plus hauts gradés, étaient canadiens. Les commandants de brigade et de bataillon étaient presque tous des Canadiens, tout comme leurs officiers subalternes.

Il est à noter que le Corps canadien et son superbe dossier militaire eurent une forte influence de « canadianisation » : où qu’ils fussent nés, les soldats se savaient excellents,
et ils se savaient canadiens.

À l’été de 1918, les rangs des bataillons canadiens étaient complets et leurs renforts étaient soit déjà à l’entraînement, soit en chemin vers la Grande-Bretagne. Le Corps eut la chance de pouvoir tenir ses positions au printemps, près de la crête de Vimy, malgré les offensives musclées des Allemands qui frappèrent durement leurs compagnons d’armes un peu plus au sud et un peu plus au nord. À ce moment-là, les Canadiens avaient déjà suivi un entraînement exigeant aux nouvelles tactiques de la guerre ouverte et de la coordination avec les corps blindés et l’Aviation royale. L’artillerie était devenue très habile dans la localisation et la destruction des canons ennemis, et dans l’utilisation de puissants barrages roulants qui permettaient aux fantassins de s’avancer jusqu’à leurs objectifs. Le Corps canadien était fin prêt à arracher ses plus grandes victoires.

Et il y en eut, des victoires. Ayant quitté leurs lignes près d’Arras en secret, les Canadiens, rejoints par des formations australiennes, britanniques et françaises, pulvérisèrent l’ennemi à Amiens le 8 aout. Il en résulta des gains de terrain inouïs, d’innombrables prisonniers et le désespoir chez l’ennemi.

Le jour de l’armistice, à Toronto, Mme J. Fraser, Joseph Fraser Jr., Mlle Ethel James, Frank James et Norman James (de g. à d.) lisent les bonnes nouvelles. [Archives de la Ville de Toronto]

« Le jour noir de l’armée allemande », dit le général Erich von Ludendorff. Après Amiens, il n’y avait plus d’espoir de victoire pour l’Allemagne. Les soldats allemands continuèrent cependant à se battre courageusement. Au front d’Arras, les Canadiens attaquèrent de nouveau à la fin du mois d’aout, passant par les tranchées et les bunkers devant la ligne de Drocourt-Quéant. Les combats furent acharnés, les pertes très lourdes, mais le corps fit une brèche dans la ligne, ce qui obligea les Allemands à battre en retraite vers l’est, de l’autre côté du canal du Nord. Currie en dit que c’était « une des plus belles performances de la guerre » et il écrivit dans son journal qu’il s’agissait d’une victoire encore plus grande que celle d’Amiens.

La traversée du canal du Nord était le nouvel objectif de Currie, et il concocta pour l’atteindre un plan audacieux. Le canal serait franchi à un endroit sec, et l’infanterie se disperserait ensuite au nord et au sud. Ses supérieurs britanniques avaient des doutes, mais Currie persista, et ses soldats prouvèrent qu’il avait raison, franchissant l’obstacle et poussant plus avant. C’étaient, écrivit Currie : « les combats les plus féroces que nous ayons jamais connus […] ».

Dans une autre lettre, il écrivit qu’il n’avait « jamais vu le boche se battre plus fort. Il est comme un rat acculé. » Les Canadiens finirent par l’emporter et peu après, ils libérè-rent Cambrai, important centre d’approvisionnement et carrefour ferroviaire et routier des Allemands au Nord de la France. Les troupes du Kaiser battaient alors en retraite.

Il y eut une dernière attaque programmée à Valenciennes, juste à l’ouest de la frontière belge. Le mont Houy, qui surplombe la ville, tomba au bout d’un puissant barrage d’artillerie et d’une attaque menée par une seule brigade. L’avancée, devenue poursuite, continua grâce à la progression par dépassement des bataillons d’infanterie qui s’efforçaient de maintenir le contact avec l’ennemi en déroute. La cavalerie, enfin utile, passa devant tandis que les autocars blindés des brigades de mitrailleuses motorisées mettaient leur puissance de feu à contribution. Le 9 novembre, les Canadiens étaient aux abords de Mons, en Belgique, où le corps expéditionnaire britannique s’était mesuré aux Allemands pour la première fois en aout 1914.

Les envoyés allemands négociaient alors les conditions de leur reddition avec le maréchal Ferdinand Foch, commandant en chef des forces alliées. Quand ils signèrent l’armistice – en réalité la capitulation des Allemands – tôt le matin du 11 novembre, les Canadiens avaient déjà libéré Mons. Les armes se turent à 11 h précises.

Un prisonnier allemand traverse un canal à Valenciennes, en France, en novembre 1918. [MDN/BAC/PA-003383]

Les tragédies de la guerre semblaient interminables. La pandémie de grippe espagnole ravageait les rangs, faisant des dizaines de milliers de malades et en en tuant un grand nombre. Des soldats qui avaient survécu aux combats en mouraient, et des parents et amis y succombaient aussi au pays.

Le Canada avait pris part à la Grande guerre sans réserve, et ses citoyens-soldats étaient devenus de féroces guerriers. Leurs victoires étaient légion; leurs pertes, énormes : plus de 66 000 morts, presque 175 000 blessés. Malheureusement, la guerre ouverte des 100 derniers jours fut terriblement couteuse : 45 000 victimes — près de 20 pour cent du total — furent tuées ou blessées lors de ces combats acharnés qui durèrent un peu plus de trois mois. Néanmoins, ces batailles avaient été indispensables pour gagner la guerre, et elles étaient certainement les plus grandes réussites militaires canadiennes. Le corps d’armée canadien de Currie mérite sa place distinguée dans l’histoire du pays.

[Pillard/National Trust/836535; MDN/BAC/PA-003248]

Signataires à l’étroit

Les signataires alliés et allemands se réunirent dans une voiture de chemin de fer sur une voie d’évitement au nord-est de Paris. De g. à d. : le capitaine allemand Ernst Vanselow, le comte allemand Alfred von Oberndorff, le major-général allemand Detlof von Winterfeldt, le capitaine britannique Jack Marriott, le secrétaire d’État allemand Matthias Erzberger, le contre-amiral George Hope, l’amiral britannique Rosslyn Wemyss, le maréchal Foch (debout) et le général Maxime Weygand.


QUI A SIGNÉ L’ARMISTICE?

Les deux signataires des Alliés étaient :

• le maréchal français Ferdinand Foch, commandant en chef des forces alliées
• l’amiral Rosslyn Wemyss de Grande-Bretagne, chef d’état-major de la Marine

Les six autres membres de la délégation étaient :

• Maxime Weygand, chef d’état-major de Foch. Il lut les conditions de l’armistice aux Allemands
• le contre-amiral George Hope, sous-chef d’état-major de la Marine
• le capitaine Jack Marriott,adjoint naval au chef d’état-major de la Marine

Les quatre signataires de l’Allemagne étaient :

• Matthias Erzberger, secrétaire d’État et chef de la délégation allemande
• le comte Alfred von Oberndorff, ministère des Affaires étrangères
• le major-général Detlof von Winterfeldt, armée
• le capitaine Ernst Vanselow, marine

Les Cloches de la paix sonneront l’armistice

Légion royale canadienne espère souligner le centenaire de la fin de la Première Guerre mondiale, le 11 novembre, grâce aux sons de cloche des églises, partout au Canada.

« Le Conseil exécutif national nous a demandé de trouver une bonne façon de célébrer le centième anniversaire de l’armistice, a déclaré le directeur adjoint de l’administration, Danny Martin. Plusieurs suggestions ont été faites. Nous voulions que la Légion entière puisse participer. »

Le plan retenu est celui des Cloches de la paix. Il a pour but d’encourager les communautés à faire sonner leurs cloches 100 fois, au coucher du soleil, le jour du Souvenir. Le Canada couvrant sept fuseaux horaires, la sonnerie se déplacera d’est en ouest, à mesure que le soleil se couchera.

« Nous invitons les communautés à être créatives, dit M. Martin. La sonnerie des cloches peut être séquentielle, à l’unisson ou cacophonique ».

Les filiales seront encouragées à trouver des descendants de vétérans de la Première Guerre mondiale, des jeunes de préférence, pour faire sonner les cloches. Les cornemuseurs seront encouragés à jouer Amazing Grace à la fin ou une autre mélodie appropriée.

Le concept s’inspire de la sonnerie spontanée des cloches de toutes les églises d’Angleterre qui a eu lieu à l’annonce de l’armistice. Les cloches de la victoire se sont également faites entendre au Canada, mais probablement pas à l’échelle du pays.

Des lieux historiques particuliers ont été identifiés dans chaque
province pour la commémoration. En voici quelques-uns :

• Le port de St. John’s, d’où le Royal Newfoundland Regiment partit pour la Grande Guerre;

• Le port d’Halifax, où une explosion dévasta la ville pendant la guerre;

• Charlottetown, où les artilleurs du 4e Régiment de l’Artillerie canadienne de forteresse furent parmi les premiers à mettre cap sur l’Angleterre;

• Fredericton, en souvenir du soldat John Henry Thomas de Birch Ridge, N.-B., dont la dépouille trouvée en 2016 a été identifiée récemment et inhumée avec tous les honneurs au mois d’aout;

• Valcartier, au Québec, où fut formé le premier contingent du Corps expéditionnaire canadien envoyé en Europe;

• Guelph, en Ontario, où naquit le poète, soldat et médecin John McCrae, auteur de In Flanders fields;

• Winnipeg, où ont habité dans une même rue, nommée maintenant Valour Road, trois récipiendaires de la Croix de Victoria de la Première Guerre mondiale;

• Saskatoon, pour commémorer Alex Decoteau qui naquit dans la réserve Red Pheasant. Il fut athlète olympique et le premier agent de police autochtone du Canada. Il fut tué par un tireur d’élite au cours de la bataille de Passendale;

• Le parc national de Jasper, en Alberta, où cinq monts de la chaine Victoria Cross commémorent des récipiendaires de la Croix de Victoria.

• Victoria, où se trouve Fort Rodd Hill, lieu historique où Arthur Currie, qui devint lieutenant-général sir Arthur Currie, reçut la formation militaire dont il allait tirer parti pour diriger le Corps canadien pendant les 100 derniers jours de la guerre.

Il y a beaucoup d’autres personnages et événements importants à commémorer au Canada. Chaque communauté est invitée à les identifier et à les faire connaitre par le biais de leurs propres activités commémoratives et sur leurs réseaux sociaux.

Le programme des Cloches de la paix est subventionné par le ministère des Anciens combattants dans le cadre de son Programme de partenariat pour la commémoration.

D’autres activités sont prévues en parallèle avec les Cloches de la paix.

Andrea McCrady, nommée carillonneur du Dominion en 2008, jouera plusieurs morceaux avant la sonnerie, dans la Tour de la Paix, à Ottawa, et elle organise d’autres activités avec des carillonneurs partout au pays.

Avant le jour du Souvenir, les organisateurs encourageront les écoliers canadiens à découvrir les tombes de ceux qui ont servi durant la guerre et qui sont enterrés dans leur communauté. De petits drapeaux canadiens à placer sur les tombes d’ancien combattant seront mis à leur disposition.

Les participants seront encouragés à partager leurs images et vidéos sur les réseaux sociaux à l’aide du mot-clic #100Bells (#100Cloches) ou à les publier sur une page réservée à la campagne de la plateforme Woobox. La galerie Woobox, contenant des images approuvées par la Légion, sera affichée sur www.Legion.ca

« La dépouille du soldat Thomas vient d’être enterrée cet été. L’influence de la Première Guerre mondiale se fait encore sentir aujourd’hui. Elle est toujours avec nous », dit M. Martin.

À votre service: Retour du registre de service

Les Forces armées canadiennes (FAC) vont ramener la carte NDI 75 en tant que carte d’identité des anciens combattants ser-vant à reconnaître le service de ses membres et à encourager l’affiliation durable aux FAC. La Légion n’ayant pas encore obtenu tous les renseignements, l’objet du présent article est de vous prévenir de l’adoption imminente de la carte de service de vétéran (CSV) NDI 75, qui doit remplacer le registre de service NDI 75.

Auront droit à cette carte les anciens combattants reconnus en vertu de la définition de « vétéran » utilisée par Anciens Combattants Canada (ACC). La carte sera remise à tout membre des FAC qui a accompli l’instruction de base et a été libéré honorablement.

La distribution des CSV NDI 75 devrait s’effectuer en trois étapes à partir de septembre 2018 :

• d’abord, à tous les membres des FAC récemment libérés;

• ensuite, à partir de décembre 2018, aux membres des FAC libérés entre le 1er avril 2016 et septembre 2018 qui en feront la demande;

• enfin, à l’été 2019, à tous les membres des FAC rendus à la vie civile avant le 1er février 2016 qui en feront la demande.

Une ligne téléphonique pour les renseignements généraux doit être mise en place pour les étapes 2 et 3 et sera annoncée en temps opportun.

Erratum

Une erreur s’est glissée dans l’article « À votre service » de notre numéro de septembre/octobre, lequel aurait dû commencer par cette phrase-ci : « Si l’on vous
a accordé une admissibilité

partielle liée à une perte auditive (1/5, 2/5, 3/5 ou 4/5), vous devriez demander à un officier d’entraide de direction de la Légion royale canadienne d’examiner votre dossier. » Les évaluations sont exprimées en pourcentages tandis que les admissibilités le sont en fractions. Il ne faudrait pas les confondre. Nous nous excusons
de tout malentendu.


À votre service est écrit par des officiers d’entraide des directions de la Légion. Pour communiquer avec un officier d’entraide, composez sans frais le 1-877-534-4666, ou visitez le site Web d’une direction. Consultez www.legionmagazine.com pour les archives des trois dernières années.

L’ombudsman des vétérans a encore du pain sur la planche

Au moment où l’ombudsman des vétérans sortant, Guy Parent, se prépare à passer le flambeau à son successeur, son rapport de 2018 sur l’action du gouvernement montre que beaucoup d’objectifs ont été atteints, mais qu’il reste encore beaucoup à faire.

Le gouvernement fédéral a pris des mesures concernant les trois quarts des recommandations formulées par l’ombudsman depuis que le bureau a été créé, il y a dix ans. Mais il lui reste 18 des 64 recommandations à mettre en œuvre.

« Ces recommandations visent à améliorer le soutien et les services offerts aux vétérans et à leur famille, et sont fondées sur des données probantes », dit M. Parent.

La plus importante des recommandations restées lettre morte est celle de rembourser les frais de traitement de dossier, en vertu de la Loi sur le bienêtre des vétérans, rétroactivement jusqu’à la date de la demande, comme c’était le cas en vertu de la Loi sur les pensions.

Le remboursement s’effectue actuellement à partir de la date d’approbation, et il y a un arriéré important dans le traitement des demandes, a-t-il dit. Les retards de remboursement empêchent certains anciens combattants de demander des soins, et cela risque d’entrainer une détérioration de leur état de santé.

À la fin de 2017, environ 29 000 demandes de prestations
pour invalidité étaient en attente de traitement.

Le ministre des Anciens combattants, Seamus O’Regan, a expliqué dans un communiqué que les prestations de réadaptation étaient déjà remboursées avant la validation des dossiers.

L’ombudsman fait aussi pression pour modifier la législation afin de permettre aux membres des Forces armées célibataires et sans enfant de désigner un membre de leur famille comme bénéficiaire de la prestation de décès. L’avantage n’est actuellement offert qu’aux conjoints, mais dans bien des cas, l’aidant naturel, surtout pour les anciens combattants plus jeunes, est un frère, une sœur ou un parent.

Le bureau de l’ombudsman reçoit chaque année entre 5 000 et 6 000 appels d’anciens combattants ou de membres de leur famille qui ont besoin d’aide pour obtenir une prestation, qui souhaitent se plaindre d’un traitement injuste ou qui souhaitent simplement obtenir des renseignements. Le personnel de l’ombudsman intervient dans environ 1 700 cas par année.

Le bureau de l’ombudsman sert les anciens combattants individuellement en faisant pour eux des recherches et en faisant office d’intermédiaire en cas de difficulté à accéder à certains avantages et services, et collectivement en identifiant les problèmes systémiques et émergents. Son travail concerne surtout l’examen des prestations de soutien aux anciens combattants, pour savoir si elles sont suffisantes, si elles répondent à leurs besoins et à ceux de leur famille, et si elles sont accessibles rapidement et facilement.

L’accès aux prestations en temps opportun est toujours problématique. À la fin de 2017, environ 29 000 demandes de prestations pour invalidité étaient en attente de traitement, dont un tiers depuis 16 semaines ou plus. L’objectif du ministère est de rendre une décision sur l’admissibilité de 80 % des requérants dans les 16 semaines suivant la date du dépôt du dossier de demande complet. ACC avait plus de 100 000 clients en 2017.

Le bureau de l’ombudsman des vétérans a commencé son travail en 2008, pendant une période d’agitation marquée dans la communauté des anciens combattants. ACC s’efforçait de satisfaire deux groupes d’anciens combattants ayant des besoins très différents : les vétérans de la Seconde Guerre mondiale, de la guerre de Corée ou des opérations de maintien de la paix d’une part, et une nouvelle génération de vétérans revenant des combats en Afghanistan de l’autre. En outre, des anciens combattants et des groupes défendant leurs intérêts trouvaient des lacunes et des incohérences dans la Nouvelle Charte des anciens combattants (officiellement la Loi sur les mesures de réinsertion et d’indemnisation des militaires et vétérans des Forces canadiennes).

En dix ans, l’ombudsman a connu plusieurs succès, dont la sensibilisation au sort des anciens combattants sans abri et l’accès pour un plus grand nombre d’anciens combattants à diverses allocations. Plusieurs rapports ont été publiés sur des questions systémiques telles que l’amélioration de la formation professionnelle, les soins de longue durée, les droits des anciens combattants à l’arbitrage équitable, les motifs des décisions d’ACC et les facteurs contribuant à une transition réussie du militaire vers la vie civile.

« Il est très difficile pour le gouvernement de rejeter des faits lorsque les faits qui lui sont présentés sont clairs, bien documentés et fondés sur des données probantes », a conclu M. Parent.

Le clairon de Mons

[Musée militaire du Loyal Edmonton Regiment]

« Il y a foule dans la Grande Place
de Mons. Ici, à 11 h… alors que sonne
le Cessez-le-feu, le maire présente
les clefs de la ville, en l’honneur
de sa reconquête ce matin, au
brigadier-général J.A. Clark de la 7e Brigade
d’infanterie canadienne. »

— J.F.B. Livesay, journaliste et écrivain canadien

Le cor en laiton qui a sonné la fin des combats en 1918 est aujourd’hui la précieuse propriété du Loyal Edmonton Regiment.

L’appel des clairons annonça le début ainsi que la fin des combats de la Première Guerre mondiale à Mons, en Belgique.

« Les clairons sonnaient l’appel aux armes […]. Les Allemands s’étaient avancés soudain à distance de frappe », écrivait Daniel Desmond Sheeham dans The Munsters at Mons. Surpassés en nombre et en puissance de feu lors de leur première bataille, le 23 aout 1914, les Britanniques et les Français se replièrent, et Mons fut occupée par les Allemands pendant plus de quatre ans. Le Corps canadien la leur reprit le tout dernier jour de la guerre.

Le 49e Bataillon (Régiment d’Edmonton) se rassembla à Mons le matin du 11 novembre 1918 au milieu d’une foule transportée. « Nous avons attendu pendant des heures, debout, l’arrivée du roi des Belges, écrivit par la suite le soldat Neville Jones. Le clairon a sonné après les discours », à 11 h. La guerre s’était enfin terminée.

Un clairon figure sur la couverture d’une partition de la Première Guerre mondiale. [Université McMaster]

Le nom du soldat qui a sonné le cessez-le-feu s’est perdu dans le brouillard de l’histoire, mais son instrument, précieux artéfact, se trouve dans le musée du Loyal Edmonton Regiment qui perpétue la mémoire du 49e Bataillon.

Rapporté au Canada, le clairon a orné le mess des officiers pendant des années, puis il a été remis au Musée régimentaire en 1982. Il servait à sonner les repas lors des réunions régimentaires.

Pendant des siècles avant l’apparition des montres-bracelets abordables, le clairon (ou la trompette) sonnait la routine de la journée en garnison ou les ordres sur le terrain. Il y avait des sonneries distinctes pour le réveil des troupes, l’appel au repas, le début ou la fin des corvées, le rassemblement et, le dimanche, la messe. Sur les champs de bataille, on se servait de cors et de tambours pour communiquer à cause du vacarme des combats et des longues distances. Ils signalaient le moment et la direction des déplacements, quand faire feu ou cesser de tirer.

Une inscription sur le clairon du 49e Bataillon indique qu’il a sonné à Mons lors d’une cérémonie de l’armistice. [Musée militaire du Loyal Edmonton Regiment]

Pendant les escarmouches qui ont suivi la bataille de Mons, dit le soldat britannique George Holbrook, « nous savions toujours quand les Allemands venaient parce qu’ils sonnaient un clairon. » À la bataille du Cateau, en 1914, des clairons allemands sonnèrent le cessez-le-feu britannique, mais la ruse échoua.

Le clairon a perdu de son importance dans le règlement de la vie militaire à mesure que les techniques de communication se sont améliorées et que les montres sont devenues abordables. Pourtant, on entend encore des appels de clairon (pour la plupart enregistrés) à certains moments de la journée dans les casernes et bases militaires américaines, pour promouvoir la discipline, maintenir la fierté et favoriser l’unité. « Ils offrent aux soldats et à leur famille l’occasion de se réunir plusieurs fois par jour pour saluer le drapeau qu’ils défendent », dit-on sur un site Web de l’armée américaine.

Un vitrail représentant un claironneur sonnant la Dernière sonnerie dans un monument aux morts du Collège militaire Royal. [Musée du Collège militaire royal]

Au Canada, la sonnerie de clairon la plus connue est probablement le Dernier appel, que l’on joue aux cérémonies commémoratives avant les minutes de silence. On l’appelait autrefois Setting the Watch (monter la garde, NDT), et il indiquait la fin des tâches de la journée. Au XIXe siècle, on commença à l’entendre lors de funérailles, pour signifier la fin des tâches de la vie. Il est traditionnellement suivi par le Réveil qu’on jouait autrefois pour faire sortir les soldats de leur lit. Aux cérémonies du Souvenir, il représente le réveil des morts dans un monde meilleur, et invite les vivants à retourner à leurs occupations.


LE CLAIRON EST UN DES INSTRUMENTS DE LAITON LES PLUS SIMPLES.

Il n’a ni piston ni moyen de modifier le ton à part les lèvres, les muscles faciaux, la langue et les dents du claironneur sur l’embouchure.

Les appels de clairon habituels ne se composent QUE DE CINQ NOTES.

Le clairon a d’abord été utilisé par les régiments d’infanterie, en remplacement du tambour, pour TRANSMETTRE LES INSTRUCTIONS DES OFFICIERS AUX SOLDATS PENDANT LA BATAILLE.

En moyen anglais, LE MOT « BUGLE »(cor, NDT) SIGNIFIE BOEUF. Les cornes de bœuf utilisées pour les signaux de chasse s’appelaient bugle-horns (cornes de bœuf, NDT); on s’en servait également pour boire et comme instruments de musique.

Face à Face: Les Alliés auraient-ils dû mettre un terme aux attaques le 10 novembre?

Terry Copp dit que OUI


Le 28 septembre 1918, le général Erich Ludendorff, commandant de l’armée allemande, admit qu’il avait perdu la guerre. « Si nous avions le pouvoir de redresser la situation dans l’Ouest, bien sûr, tout ne serait pas encore perdu, dit-il. Mais nous n’avions aucun moyen pour ça […]. Nous ne pouvions nous attendre qu’à nous faire repousser sans cesse. »

Insistant sur le fait que « chaque heure qui passe est dangereuse »,le général concentra ses efforts sur la création d’un nouveau gouvernement en Allemagne et l’arrêt immédiat des hostilités. Le prince Maximilien de Bade fut nommé chancelier le 4 octobre, et, affirmant qu’il souhaitait « éviter de nouveaux bains de sang », il demanda au président américain Woodrow Wilson de négocier un armistice immédiat.

M. Wilson répondit le 8 octobre qu’il exigeait le « retrait des forces dans tous les territoires envahis »sans délai. Le 12 octobre, les Allemands acceptaient d’évacuer les territoires occupés, pourvu qu’une commission internationale supervise le processus. Cette tactique dilatoire fut rejetée par Wilson.

La coterie de décideurs allemands demeurait divisée et incertaine. Le général voulait éviter la responsabilité d’une reddition militaire tandis que Rupprecht, prince héritier de Bavière, insistait pour « faire la paix avant que l’ennemi n’entre en Allemagne ».

Le 6 novembre, les Canadiens traversèrent la frontière
entre la France et la Belgique, en direction
de Mons, «
sans opposition ».

Le 26 octobre, le gouvernement turc envoya des émissaires signer un accord de paix distinct. L’empereur d’Autriche suivit peu après. Le 5 novembre, le maréchal français Ferdinand Foch fut autorisé « à recevoir des représentants du gouvernement allemand et à leur faire part des conditions de l’armistice ».Les conditions furent posées le 8 novembre dans un wagon de chemin de fer, dans la forêt de Compiègne, au nord-est de Paris. Les délégués allemands avaient 72 heures pour signer l’armistice.

Les longues négociations n’eurent guère d’impact sur les opérations militaires alliées, ce qui pose question quant au bienfondé de la poursuite des combats alors que la guerre était pratiquement gagnée.

Le problème devint particulièrement important pour les Canadiens après que le Lieutenant-général sir Arthur Currie fut critiqué pour la mort inutile de ses soldats aux dernières heures de la guerre. Les rumeurs, les insinuations et les atteintes à sa réputation, particulièrement par sir Sam Hughes, aboutirent en 1928 au mémorable procès en diffamation à Port Hope, en Ontario, où sir Currie défendit sa réputation et où on lui donna raison. Pourtant, encore aujourd’hui, il y a des doutes sur la légitimité de ses actes.

Après la prise de Valenciennes le 3 novembre, les ordres de la Pre-mière armée britannique au lieute-nant-général étaient d’agir « vigoureusement […] afin d’empêcher les Allemands d’établir une nouvelle ligne ». Le 6 novembre, les Canadiens traversèrent la frontière entre la France et la Belgique, en direction de Mons, « sans opposition ».

Pendant la soirée du 9 novembre, sir Currie avait une décision à prendre : attendre 36 heures pour voir si les Allemands avaient accepté les conditions ou donner l’ordre
de prendre Mons. Il décida que « le dossier des combats des troupes canadiennes devrait se solder par la capture de Mons », et il leur ordonna de s’avancer. Il en couta au Canada 18 officiers et 262 militaires du rang tués, blessés ou disparus durant les deux derniers jours de la guerre, des pertes d’autant plus tragiques qu’elles étaient inutiles.


Geoffrey Hayes dit que NON

Les combats qui mirent fin à la première guerre mondiale en Europe de l’Ouest auraient-ils dû se terminer avant l’armistice du 11 novembre 1918? Les gens qui le croyaient à l’époque contribuèrent à créer une vision de la guerre qui gagna en popularité dans les années 1960 :des ânes impitoyables sacrifiant toujours plus de jeunes lions au cours des dernières heures de la guerre pour des gains douteux. 

Le sujet fut rapidement politisé au lendemain de la guerre. Aux États-Unis, les républicains cuisinèrent sans relâche le général John Pershing et ses collaborateurs sur la mort d’Américains au cours des derniers jours de la guerre pour marquer des points contre les démocrates de Woodrow Wilson. Les batailles furent moins partisanes au Canada, mais tout aussi perfides.

En mars 1919, Sam Hughes, ancien ministre de la Milice et de la Défense, accusa le lieutenant-général Arthur Currie, commandant du Corps canadien, d’avoir gaspillé des vies en lançant des troupes à l’assaut de Mons durant la matinée du 11 novembre. Ces hommes, maintenait Hughes, n’étaient morts que pour un symbole dérisoire : c’est à Mons que les Britanniques avaient été mis en déroute en 1914.

Hughes, assoiffé de vengeance à l’égard du lieutenant-général, fut protégé par le privilège parlementaire jusqu’à sa mort, en 1921. Toutefois, quand un journal de Port Hope, en Ontario, répéta ses accusations en 1927, le lieutenant-général lui intenta un procès en diffamation. Sir Currie eut gain de cause, mais la tension occasionnée contribua probablement à sa mort prématurée en 1933.

Les rumeurs d’un cessez-le-feu imminent
ne changeaient pas les ordres.

La politique d’après-guerre et le recul rendent ces dernières victimes particulièrement tragiques. Mais il ne faut pas oublier qu’au début de 1918, les Allemands étaient sur le point de gagner la guerre. Après avoir battu la Russie, l’Allemagne n’avait pas grand avantage à négocier une paix fondée sur les 14 points du président américain Woodrow Wilson. Elle voulait une victoire militaire. Les importantes poussées allemandes du printemps avaient créé un fossé entre les forces britanniques et les forces françaises. Les Allemands avaient fait des milliers de prisonniers et, à toutes fins utiles, détruit la Cinquième armée britannique. Les canons allemands avaient atteint Paris. Il s’en était vraiment fallu de peu.

Les Alliés avaient repris le dessus pendant l’été, quand le général Foch mena une série de contrattaques visant à repousser les Allemands hors de France et de Belgique. Le haut commandement allemand refusait de se soumettre à l’inévitable. Le 4 octobre, la colère en Allemagne contre le kaiser et l’armée, et l’effondrement de leurs alliés poussa les généraux à demander aux Américains la cessation des combats selon les 14 points.

Les Allemands n’en avaient pas totalement fini : le 8 octobre, les Canadiens trouvèrent la ville française de Cambrai en flammes. Deux jours plus tard, un sous-marin allemand coula le paquebot britannique Leinster. Les Britanniques (et les Canadiens) faisaient encore face à des combats difficiles. La fin prit tout le monde par surprise.

Ce n’est qu’avec le recul et dans un contexte de partisannerie politique que l’on peut considérer ces derniers sacrifices comme vains. Les soldats morts le 11 novembre 1918 ont péri de la même manière que le demi-million de leurs compagnons d’armes tombés au cours des dernières semaines de la guerre, alors que les généraux allemands s’efforçaient de rejeter la responsabilité d’une guerre qu’ils avaient presque gagnée, mais qu’ils avaient fini par perdre.


TERRY COPP est directeur émérite du Laurier Centre for Military and Strategic Disarmament Studies de l’Université Wilfrid Laurier. Il est l’auteur de nombreux
livres et articles sur le rôle du Canada aux deux guerres mondiales.

GEOFFREY HAYES est professeur d’histoire agrégé près de l’Université de Waterloo. Sa concentration concerne l’histoire militaire canadienne, le maintien de la paix, l’Afghanistan et le commandement militaire canadien. Il siège également au conseil d’administration de la Fondation canadienne des champs de bataille.

Appel au souvenir

Plus d’un million de Canadiens et de Terre-Neuviens servirent pendant la Seconde Guerre mondiale. Plus de 45 000 d’entre eux y furent tués et 55 000 autres, blessés. En mars 2017, selon Anciens combattants Canada, seuls 41 100 d’entre eux étaient encore en vie, presque tous âgés de 90 ans ou plus.

Beaucoup de ces vétérans de la Seconde Guerre mondiale, si ce n’est la plupart d’entre eux, parlent ou parlaient peu de ce qu’ils avaient vécu à la guerre (sauf lorsqu’ils conversaient avec leurs camarades dans une salle de la Légion), préférant fermer la porte à toutes ces horreurs pour bâtir une nouvelle vie de retour au pays.

Certains, bien sûr, ont écrit leurs expériences. L’auteur Farley Mowat, l’un des plus renommés, a publié And No Birds Sang (Et aucun oiseau ne chantait, NDT) et The Regiment, qui racontent son service au sein de la 1re Division d’infanterie canadienne en Italie. Notre propre bibliothèque contient plus de 350 mémoires et histoires régimentaires, sans compter tous les souvenirs que le magazine relate depuis 92 ans. Mais tout cela n’est qu’un fragment des témoignages qui auraient pu être recueillis auprès de ces anciens combattants réticents et taciturnes.

Dans bien des cas, cette possibilité est perdue à jamais. Nous ne saurons jamais ce qu’ont traversé ces soldats, leurs actions héroïques ou banales, même si nous savons où et quand leur unité a servi. Mais pour ceux qui sont encore parmi nous, il n’est pas trop tard, si on les encourage un peu.

Le flambeau du souvenir nous a été transmis, à nous, les descendants de cette génération, les filles et les fils, les petits-enfants et les arrière-petits-enfants. Il nous appartient maintenant de le porter bien haut.

Si vous connaissez un vétéran de la Seconde Guerre mondiale – ou n’importe quel ancien combattant, d’ailleurs –, demandez-lui de raconter son histoire. Enregistrez-la. Écrivez-la. Demandez-lui s’il y a des photographies qui pourraient être cachées dans quelque boîte à chaussures, au grenier. Ou des lettres écrites à la famille. Ou des souvenirs. Ou des médailles. Demandez-lui de vous raconter l’histoire de ces objets. Dites-lui : « Raconte-moi ta guerre. »

Puis partagez ces histoires. Avec vos proches, avec la société d’histoire, le musée ou l’association régimentaire locale, ou encore avec nous, la Revue Légion
(à www.legionmagazine.
com/memoir).

Si nous le faisons tous, leur contribution et leur sacrifice – racontés en leurs propres mots – leur survivront. Sinon, nous ne saurons même pas ce que nous avons perdu.