Combats dans les cratères

La bataille des cratères de Sainte-Éloi, en avril 1916, fut un désastre pour la 2e division

[Bureau canadien des archives de guerre/BAC/3329062]

Au début de l’année 1916, les habiles sapeurs britanniques travaillaient d’arrache-pied pour placer de grosses mines profondément sous les tranchées allemandes. Ils en firent exploser au saillant d’Ypres en Belgique le 2 mars, et la bataille pour contrôler les cratères qui en résultèrent dura à peu près deux semaines. 

Une photo de reconnaissance aérienne illustre la situation — des tranchées criblées de cratères de mines et de trous d’obus — à Saint Éloi, en mars 1916. [Bain/U.S. Library of Congress]

Six mines explosèrent tôt le matin du 27 mars, anéantissant les tranchées de l’ennemi et les soldats qui les tenaient.

Le commandant de la brigade britannique finit par rappeler ses hommes à leur ligne d’origine, disant à son état-major qu’il ne valait pas la peine de tenir l’intérieur boueux de cratères, car ils étaient une cible évidente pour l’ennemi.

Cependant, le général Herbert Plumer, qui commandait la Deuxième armée britannique, ne tint pas compte de ce bon conseil, et ses sapeurs enfouirent 31 000 kilogrammes d’ammonal sous les tranchées des Allemands à Saint-Éloi, à cinq kilomètres au sud d’Ypres. Six mines explosèrent tôt le matin du 27 mars, anéantissant les tranchées de l’ennemi et les soldats qui les tenaient. Les repères disparurent, les tranchées des deux côtés s’effondrèrent et les tranchées drainantes engorgées inondèrent les trous d’obus et les vieux cratères.

Le général Herbert Plumer ordonna à ses sapeurs de placer 31  000 kilogrammes d’ammonal sous les tranchées allemandes. Six mines explosèrent, détruisant pratiquement toutes les tranchées de l’ennemi et les soldats qui s’y trouvaient. [RFC/BAC/3 230 889]

Des soldats de la 9e Brigade d’infanterie de la 3e Division s’avancèrent promptement et prirent la plus grande partie de la troisième ligne de l’ennemi. Cependant, un des bataillons qui attaquaient, naturellement dérouté par le terrain miné, rapporta qu’il s’était rendu maitre des cratères 4 et 5, alors qu’il s’agissait en fait des 6 et 7.

L’ennemi s’aperçut de l’erreur, fit avancer ses renforts et prit le contrôle du cratère 5 le 30 mars. Les soldats britanniques et allemands se battirent au corps à corps dans la boue du cratère. Quatre jours plus tard, les Britanniques avaient reconquis le terrain.

Selon le plan de Plumer, la 2e Division canadienne, commandée par le major-général Richard Turner, VC, devait les remplacer la nuit du 6 avril. Cependant, la brigade britannique était si mal-en-point que Plumer avança la relève à la nuit du 3 avril.

Le major-général Richard Turner avait pris le commandement de la 2e Division canadienne à son arrivée en France, en septembre 1915. [MDN/BAC/PA-006315]

C’est la 6e Brigade canadienne, commandée par le brigadier-général Huntly Ketchen, qui remplaça les Britanniques. La passation fut précipitée, et le manque de reconnaissance, conséquent. En effet, il n’y avait pas vraiment de ligne britannique : il n’y avait que des tranchées et des trous d’obus où on avait de l’eau jusqu’à la taille, et ils étaient exposés à l’artillerie dans deux directions.

« J’y ai vu plus de guerre et de meurtres sanglants que dans tout le reste du temps que j’ai passé en France. »

Les Canadiens, relativement inexpérimentés et dont c’était le premier engagement important, faisaient face à des cratères numérotés de 1 à 7. Le 27e Bataillon était devant les cratères 2, 3, 4 et 5, lesquels étaient si près les uns des autres qu’ils formaient un obstacle impénétrable : un cratère avait 158 mètres de profondeur et 55 mètres de largeur (aujourd’hui, c’est un étang de pêche).

« Les soldats britanniques que nous remplacions nous avaient laissé un endroit pourri, » écrivit le lieutenant Frank McLorg, officier de mitrailleuse de la 6e Brigade, dans une lettre qu’il envoya chez lui, à Saskatoon, le 14 avril. « On les avait envoyés à l’assaut puis on les avait retirés, mais la position qu’ils avaient capturée n’avait pas été consolidée du tout, et notre flanc gauche était entièrement à découvert. Il y avait cinq cratères de mine et une tranchée de soutien allemande de troisième ligne de l’autre côté, que nous occupions, et ils étaient totalement aplatis.

 « Je n’ai jamais vu et je ne pense pas qu’il y ait jamais eu de bombardement plus intense dans une zone aussi petite […]. J’y ai vu plus de guerre et de meurtres sanglants que dans tout le reste du temps que j’ai passé en France. »

Un cratère à Saint-Éloi, en Belgique. Le 29e  Bataillon du Corps expéditionnaire canadien y livra des combats féroces en avril 1916. [MDN/BAC/PA-004590]

De gros efforts furent déployés pour créer une ligne défendable et évacuer l’eau, mais les canons de l’ennemi infligeaient des pertes élevées et rendaient tout ce travail pratiquement inutile. L’ennemi martelait les Canadiens sans relâche. La boue enrayait les fusils Ross des fantassins. L’artillerie, dont les obus étaient rationnés pour constituer des stocks en prévision des batailles qui devaient avoir lieu à la Somme, ne pouvait riposter au bombardement de l’ennemi que de façon sporadique.

Les 4 et 5 avril, le tir intensif des canons allemands infligea un grand nombre de pertes aux Canadiens. Le lieutenant-colonel Irvine Snider, commandant du 27e Bataillon, réduisit sa première ligne afin de minimiser les pertes, mais en vain.

 « Tout ce que je peux dire, c’est que l’artillerie ennemie a oblitéré les tranchées, rapporta Snider le 6 avril. Il n’y avait plus de soldats dans le secteur qui puissent s’opposer à eux. Ceux du 27e Bataillon qu’il restait […] étaient trop épuisés pour résister. »

Snider ajouta que la plupart de ses officiers et lui n’avaient pas dormi depuis plus de 100 heures. Pis encore, le 31e Bataillon qui se trouvait à côté d’eux n’avait aucun contact avec les troupes de Snider. Lui aussi avait souffert du bombardement.

 « L’ennemi faisait pleuvoir des obus sans cesse, écrivit le soldat Donald Fraser. Les tranchées étaient un vrai bourbier, et elles n’étaient pas reliées entre elles. La communication était inexistante, les lignes de tir n’étaient plus qu’un souvenir […] et on ne pouvait plus faire monter de matériel. »

Le soir du 5 avril, après un feu roulant de 17 heures sous la pluie qu’un soldat décrivit comme « douloureusement précis », le 29e Bataillon releva le 27e qui avait été décimé.

 

À ce moment-là, deux bataillons ennemis lancèrent une attaque, causant la déroute chez les Canadiens et capturant les cratères 2, 3, 4 et 5. L’état-major de la brigade lança rapidement une contrattaque à la lumière du jour aux cratères 2 et 3, que l’artillerie allemande repoussa. Ketchen ordonna ensuite aux 28e et 31e bataillons de reprendre les cratères 4 et 5.

Les Canadiens prirent les cratères 6 et 7, au nord du cratère 4, malgré un bombardement intensif, mais ils rapportèrent, à tort, que leurs objectifs avaient été atteints. « [Nous] croyions dur comme fer que nous avions repris les cratères 4 et 5 », écrivit un sous-officier par la suite.

Sans photo aérienne, Ketchen et Turner étaient convaincus que leurs fantassins tenaient l’objectif. Les Allemands faits prisonniers la nuit du 7 avril, toutefois, dirent à leurs interrogateurs que leurs camarades tenaient les cratères 2, 3, 4 et 5, mais apparemment aucune suite ne fut donnée à ce renseignement.

Des prisonniers allemands capturés à Saint-Éloi par le Royal Fusiliers et le Royal Northumberland Fusiliers de Grande-Bretagne le 27 mars 1916. [Chronicle/Alamy/DRHRGJ]

Les soldats avaient bien pris un cratère dans le marasme désolé du champ de bataille, mais pas le bon.

Sachant que la 6e Brigade tenait le terrain bas exposé aux yeux de l’ennemi, Turner suggéra au lieutenant-général Edwin Alderson, commandant du Corps canadien, de se replier et de bombarder les Allemands dans les cratères ou d’attaquer sur un front plus large.

Alderson essaya de persuader Plumer, mais le commandant de la Deuxième armée refusa, car il croyait qu’on devait tenir chaque pouce de terrain gagné. Turner fut obligé d’obtempérer.

La 4e Brigade canadienne, fraiche et dispose, fut lancée à l’assaut du cratère 3, et une fois de plus, les rapports fournis à l’état-major indiquèrent qu’elle avait réussi. Les soldats avaient bien pris un cratère dans le marasme désolé du champ de bataille, mais pas le bon. Les combats se poursuivirent, les deux côtés peinant dans les bourbiers, les pertes continuant de s’élever.

 « Nous marchions sur les cadavres, et le pire, c’est que c’était dans trois pieds de boue et d’eau », écrivit le soldat Frank Maheux du 21e Bataillon à son épouse. Son ami Anderson fut parmi les morts. « Un morceau d’acier l’a presque coupé en deux. »

« Presque toute la compagnie A a été exterminée à Saint-Éloi », écrivit Douglas Buckley du 19e Bataillon, qui avait été blessé et emmené à l’hôpital. « J’ai été assez secoué d’apprendre que tous les gars avec qui je m’étais entrainé avaient passé l’arme à gauche. »

 

Le temps avait été mauvais, déjouant la reconnaissance aérienne, mais les photos du 8 avril montraient que les rapports indiquant le terrain tenu étaient incorrects. De manière inexcusable, les états-majors des 6e et 4e brigades, de la 2e Division et du Corps canadien n’avaient pas relevé les erreurs. Tout ce qu’on peut dire pour leur défense, c’est que l’interprétation des photos aériennes en était encore à ses tout débuts. La situation misérable des Canadiens demeura sans correction jusqu’au 16 avril, quand de nouvelles photos aériennes révélèrent la véritable situation.

Aucune des tentatives des Canadiens pour recapturer les cratères n’aboutit, et le 19 avril, sous un bombardement féroce, les Allemands s’emparèrent du cratère 6. Une semaine plus tard, Alderson donna l’ordre d’abandonner les cratères. Cette débâcle pour la 2e Division avait été causée par des erreurs de commandement et par l’inexpérience. Le prix de la défaite pour les Canadiens : 1 372 morts et blessés. Les pertes de l’ennemi s’élevaient à 483.

Les résultats médiocres de la 2e Division à Saint-Éloi persuadèrent le haut commandement britannique que ni Turner ni Ketchen n’étaient des commandants compétents. Plumer ordonna à Alderson de saquer Ketchen, mais Turner refusa de le faire. Alderson demanda alors que le général Douglas Haig, commandant de la British Expeditionary Force, saque Turner et Ketchen pour incompétence. Mais Turner avait de bonnes relations politiques, et les protestations de Sam Hughes, ministre canadien de la Milice et de la Défense, et de sir Max Aitken, magnat de la presse et député fédéral, rendirent cela impossible. On s’inquiétait que le sentiment anti-britannique fût en train de croitre parmi les Canadiens.

« Turner n’est pas le meilleur commandant de division possible, écrivit Haig dans son journal, [mais] je pense que ce serait une erreur de le remplacer en ce moment-ci. » Il dit aussi que « tous ont fait de leur mieux et ont livré un vaillant combat ». Cela, au moins, était vrai, mais il fallait quand même un bouc émissaire.

Le pauvre Alderson, qui n’était certainement pas Napoléon, mais restait relativement irréprochable dans l’affaire, se fit limoger, et le lieutenant-général Julian Byng prit sa place. Ketchen et Turner survécurent; Turner, jusqu’à la fin novembre 1916.

Le lieutenant-général Julian Byng venait de prendre le commandement du Corps canadien, début juin 1916, quand eut lieu une importante attaque des Allemands. [MDN/BAC/001284]

Les Canadiens restèrent à Saint-Éloi après les combats, les cratères étant toujours pleins de cadavres. 

« Ceux d’entre nous dont l’odorat n’est pas très fin, écrivit le soldat Wilbert Gilroy à son père en mai 1916, sont avantagés quand il fait beau temps, car [Saint-Éloi] ne sent pas la rose. » 

La commutation de peine de Kurt Meyer, condamné à mort pour avoir exécuté des prisonniers de guerre canadiens, était-elle justifiable?

[Joel Kimmel]

Mark Zuehlke dit que OUI

Le 7 juin 1944, la 3e Division d’infanterie canadienne qui avait débarqué à la Juno Beach se battit avec des unités de panzers.

Kurt Meyer, Standartenführer (chef d’étendard, équivalent de colonel) du 25e Régiment de la 12e Division de panzers SS des Hitlerjügend (jeunesses hitlériennes), avait établi son quartier général à l’abbaye d’Ardennes située à trois kilomètres à l’ouest de Caen, en France, pour diriger les contrattaques des Allemands.

Pendant la bataille de 5 jours qui s’ensuivit, plusieurs bataillons canadiens furent submergés et quelque 156 prisonniers furent assassinés par des soldats de la 12e SS. Dix-huit furent tués à l’abbaye le soir du 7 juin ou le lendemain.

 

Au bout d’une enquête d’un an, en décembre 1945, cinq chefs d’accusation furent déposés contre Meyer devant la Commission canadienne des crimes de guerre. Premièrement, il aurait incité ses soldats à massacrer les soldats alliés qui se rendaient; deuxièmement, il aurait été responsable des jeunes hitlériens qui avaient tué 23 prisonniers à Buron et à Authie; troisièmement, il aurait ordonné le meurtre de sept prisonniers à l’abbaye vers le 8 juin; quatrièmement, il aurait été responsable de ces meurtres; cinquièmement, pendant cette journée-là, il aurait été responsable de 11 autres meurtres commis par ses soldats.

Il fut reconnu coupable des premier, quatrième et cinquième chefs d’accusation. Selon la condamnation prononcée par le major-général Harry Foster, président du tribunal, il aurait dû être passé par les armes.

Cependant, avant que la sentence ne soit exécutée, le major-général Christopher Vokes, commandant de la Force d’occupation de l’Armée canadienne, devait examiner la procédure pour confirmer ou infirmer la sentence. Le 31 décembre, Vokes confirma les conclusions et la condamnation à mort, disant qu’il ne pouvait « trouver moyen de réduire la punition administrée par la cour ».

La peine de mort était injustifiable.

Un avocat allemand engagé par l’épouse de Meyer adressa alors une demande à Vokes où il interjetait appel de la sentence de mort. Cela coïncidait avec le conseil d’officiers de l’état-major canadien de Londres selon lequel la loi exigeait un deuxième examen.

Vokes prit l’avion pour Londres où il rencontra Vincent Massey, haut-commissaire du Canada, un conseiller juridique d’Affaires étrangères et plusieurs officiers supérieurs de l’état-major. 

Selon le procès-verbal, le groupe conclut à l’unanimité « que la peine de mort ne se justifierait que dans le cas où il serait prouvé que l’infraction découlait soit d’un acte direct du commandant, soit d’un acte d’omission alors qu’il savait qu’un crime de guerre serait commis s’il n’agissait pas. »

Bien que Vokes confirmât que le verdict final relevait de sa seule responsabilité, « le cas à l’étude justifiait de commuer la peine de mort en réclusion perpétuelle et […] que ce serait la position qu’il adopterait. »

Massey écrivit que, s’il était à la place de Vokes, il « commuerait la sentence ».

Étant donné le manque de preuves que Meyer avait ordonné les meurtres, la peine de mort était injustifiable. La prison à vie au pénitencier Dorchester au Nouveau-Brunswick aurait été un châtiment suffisant, d’autant plus que, aux dires de son fils, Meyer trouvait dégradant de côtoyer « des criminels, des assassins et des pervers ».

Son transfert à une prison d’Allemagne de l’Ouest en 1951, puis sa libération le 7 septembre 1954 sont regrettables. Toutefois, Vokes ne prit aucune part à ces décisions. 

[Joel Kimmel]

J.L. Granatstein dit que NON

Les soldats qui tuent des prisonniers au champ de bataille agissent ainsi parce qu’ils sont furieux qu’un ami ait été tué ou parce qu’ils ne pensent pas pouvoir escorter un prisonnier vers l’arrière. De tels actes surviennent dans toute guerre. Il est certain que des soldats canadiens ont tué des Allemands qui se rendaient.

Mais il y a une différence entre des actes de violence isolés au champ de bataille et la froide exécution calculée d’un grand nombre de prisonniers. Les premiers sont regrettables, mais justifiables, et peuvent mener à des poursuites judiciaires. Le deuxième est incontestablement un crime de guerre.

Le Standartenführer Kurt Meyer commandait le 25e Régiment de panzers de la 12e SS Hitlerjügend lors des combats tout près des plages du jour J (il prit le commandement de la division le 14 juin). Le 7 juin, un grand nombre de Canadiens du North Nova Scotia Highlanders et du 27e Régiment blindé furent faits prisonniers à Authie et à Buron, et au moins 23 d’entre eux furent assassinés.

Cette nuit-là et la suivante, les prisonniers canadiens furent amenés au quartier général de Meyer, à l’abbaye d’Ardenne, où 18 autres furent exécutés, dont sept d’une balle derrière la tête. Ces meurtres furent commis à quelques mètres de l’endroit où se trouvait Meyer.

Plus de 150 Canadiens furent assassinés par les jeunes soldats SS et leurs sous-officiers, la plupart étant des vétérans endurcis du front de l’Est : 26, au poste de contrôle d’un bataillon de reconnaissance SS; sept, par un bataillon de sapeurs SS; 33, en masse alors qu’ils étaient escortés vers les arrières par des SS Panzergrenadiers; et d’autres.

Le 5 aout, le général H.D.G. Crerar, commandant de la Première Armée canadienne, avertit ses soldats que se rendre aux SS, c’était la mort. Tout à son honneur, Crerar ordonna aussi à ses hommes de ne pas tuer de prisonniers allemands par vengeance.

En fin de compte, Meyer était responsables de leurs actes. 

 

Meyer fut capturé puis jugé par un tribunal militaire canadien en décembre 1945. Il prétendit qu’il n’avait pas ordonné les meurtres, et qu’il n’était pas au courant des exécutions. Au bout de deux semaines et demie de délibérations, le tribunal le condamna à mort.

L’officier de réexamen, le major-général Chris Vokes, remarqua que Meyer n’était qu’indirectement responsable des assassinats et prononça une peine d’emprisonnement à vie. En outre, au moins deux membres du tribunal savaient que des Canadiens aussi avaient tué des prisonniers.

Vokes eut tort de commuer la condamnation à mort de Meyer. Ce dernier avait formé ses hommes et en fin de compte, il était responsable de leurs actes. Il n’est pas crédible de dire qu’il n’avait pas ordonné les exécutions commises si près de son quartier général. Il avait, au moins, fermé les yeux.

La plupart des meurtres qui suivirent furent commis par des soldats dirigés par ses subalternes, et Meyer doit en assumer une certaine responsabilité. Un commandant digne de son grade aurait enseigné à ses subordonnés la bonne manière d’agir. C’est d’ailleurs ce que fit Crerar le 5 aout, mais Meyer ne le fit jamais.

Kurt Meyer aurait dû faire face à un peloton d’exécution. Ses crimes de guerre ne méritaient rien de moins. 


MARK ZUEHLKE est historien militaire et auteur des 13 tomes de la série Canadian Battle ainsi que du Canadian Military Atlas. Il a reçu le prix d’histoire du Gouverneur général de 2014 pour les médias populaires : le prix Pierre-Berton.

J.L. GRANATSTEIN a écrit de nombreux livres, dont Who Killed Canadian Military History? et Canada’s Army: Waging War and Keeping the Peace. Il a été directeur et chef de la direction du Musée canadien de la guerre.

Comme neuve, ou presque

Une Jeep de l’époque de la guerre de Corée est soigneusement restaurée

Les Jeep que les soldats canadiens utilisaient à la guerre de Corée étaient des engins fort pratiques.

Ces véhicules utilitaires à quatre roues motrices servaient au transport de commandants, de policiers militaires, d’estafettes du corps des transmissions et de marchandises légères, et faisaient parfois office d’ambulances ou de véhicules de reconnaissance. Leur système électrique étanche leur permettait de traverser les cours d’eau même quand leur moteur était submergé. Elles pouvaient se faire soulever par un hélicoptère.

Une Willys M38-A1 est chargée dans un Dakota C-47 de l’ARC. La Jeep était assez légère pour qu’un hélicoptère puisse la soulever. [Comox Air Force Museum]

Elles remorquaient des armes antiaériennes et antichars, et on pouvait y fixer des fusils sans recul. En cas de nécessité, leur capot servait de bureau ou de table.

Quelque 50 000 Jeep furent fabriquées aux États-Unis et au Canada pour la Corée, dont 2 135 Willys M38 assemblées à Windsor, Ont., par la Ford Motor Company en 1952.

 

La Willys M38 fut remplacée par la M38-A1, dont une, restaurée minutieusement pendant deux ans, se trouve à nouveau devant la filiale Georges Vanier de la Légion royale canadienne à Hawkesbury, Ont.

La Jeep avait été exposée aux intempéries devant la filiale durant des années : la peinture s’écaillait, la capote était en lambeaux, la carrosserie était trouée par la rouille. Jack Hume, premier vice-président de la filiale actuel, se porta volontaire pour en diriger le projet de restauration.

La restauration de la Jeep Willys, soigneusement décapée et poncée, lui a redonné sa beauté d’origine. [Jack Hume/Save the Jeep]

Cette Jeep, utilisée à une base où l’on formait des soldats au service à l’étranger, est du même modèle que celles qui étaient envoyées à la guerre de Corée, dit Hume, qui a passé quelque 200 heures à la restauration du véhicule dans son atelier de carrosserie.

Des entreprises locales ont donné un coup de main, l’une faisant don d’un pare-brise, l’autre offrant des rabais sur les pièces. « Ce n’était pratiquement plus que de la ferraille, nous dit-il. Deux ou trois années de plus et il n’en serait resté qu’un tas de rouille. »

Bien qu’elle ait maintenant l’air neuve, elle ne roule pas : personne ne s’est occupé du groupe motopropulseur. La Jeep a repris la garde devant la filiale, rappel précieux du service d’il y a longtemps.

« C’est très important pour la Légion qu’un véhicule militaire soit garé devant le bâtiment », dit Hume.

 

En 2019, une Jeep Willys de l’époque de la guerre de Corée restaurée s’est vendue aux enchères au prix de 67 000 $, mais pendant la guerre de Corée, on pouvait s’en procurer une à bien meilleur prix – pourvu qu’on eût la bonne devise. Ron Bourgon demanda à un groupe de mécaniciens américains de l’aider à réparer sa Jeep. Ils finirent par lui dire qu’il était impossible de la réparer, et qu’il devrait faire du pouce pour regagner son unité. Quand il leur dit que c’était impossible, le sergent américain lui demanda ce qu’il transportait.

La restauration de la Jeep Willys, soigneusement décapée et poncée, lui a redonné sa beauté d’origine. [Jack Hume/Save the Jeep]

« Je réponds “du whisky”. Est-ce que je pouvais leur vendre une bouteille? Eh bien, je dis, “réparez ma Jeep et je vous donne une bouteille”. » Ils sont allés chercher une autre Jeep et ont peint un matricule canadien dessus. « Il m’a donné une Jeep neuve pour une bouteille de Canadian Club. » 

Garde à vous!

Le 22e protège le palais de Buckingham

Le palais de Buckingham [Wikimedia]

La fameuse cérémonie de la Relève de la garde au palais de Buckingham, et la protection des lieux et du monarque, sont traditionnellement des responsabilités qu’assument les détachements de régiments de fantassins britanniques très disciplinés choisis dans la Brigade of Guards.

[British Pathé]

La suggestion initiale avait peut-être été faite par le roi George VI lui-même.

Du 17 au 20 avril 1940, le prestigieux Royal 22e Régiment (R22eR), seul régiment canadien-français en Grande-Bretagne à l’époque, rompit avec cette pratique.

Le régiment avait été envoyé en Grande-Bretagne avec la 1re Division canadienne en décembre 1939 et suivait une formation à Aldershot. À peine un mois plus tard, le Dominions Office, le ministère responsable des relations avec le Commonwealth, en collaboration avec des représentants du palais, invita le R22eR à monter la garde. 

[Wikimedia]

C’était sans précédent. La suggestion initiale avait peut-être été faite par le roi George VI lui-même, car il était colonel en chef du R22eR. C’était la première fois que cet honneur échoyait à un régiment qui n’était pas britannique, et évidemment, la première fois que les ordres à la garde seraient donnés en français. 

Six officiers et 80 militaires du rang furent retenus pour cette fonction.

Le roi George VI (ci-dessus) en uniforme d’admiral de la flotte inspectant le Royal 22e Régiment quand il assurait la garde au palais de Buckingham du 17 au 20 avril 1940. [British Pathé]

Les hommes du R22eR arrivèrent à la gare de Waterloo le 16 avril, et ils défilèrent dans les rues de Londres derrière la fanfare de la Brigade of Guards. Il fut noté par la Presse canadienne que les « Canadien français solides, affichant la précision dans chacun de leurs mouvements », furent acclamés par des milliers de spectateurs tout au long de la parade jusqu’au casernement Wellington, où ils passèrent la nuit.

Le lendemain, journée ensoleillée, des milliers de personnes les regardèrent défiler en tenue de combat, casque en acier sur la tête et fusil avec baïonnette à l’épaule, jusqu’aux portes du palais où ils prirent la relève des Welsh Guards, dans ses fonctions de garde et de cérémonie. Le commandant de la garde sortant remit les clés du roi au capitaine Gérard Charlebois qui commandait le détachement canadien. L’orchestre du Grenadier Guards joua Alouette et Vive la Canadienne. 

Le roi sortit dans la cour du palais, entouré d’officiers supérieurs et de diplomates canadiens. Les soldats, dont la plupart mesuraient au moins six pieds, firent une forte impression. « Le détachement choisi [… ] se compose de gars solides et de belle taille », rapporta La Presse. Les « soldats vaillants du Québec » furent également louangés dans un éditorial publié par le Globe and Mail le 18 avril. 

C’était « difficile de bien apprécier la relève [de la garde] par le Royal 22e Régiment (du Québec), raconta le Times de Londres à ses lecteurs. Ces soldats […] enthousiastes sont venus pour la grande cause […]. » 

On nota dans une bande d’actualités de deux minutes de la British Pathé que les ordres avaient été donnés en français et que cela n’était « probablement pas arrivé depuis l’époque des Normands ». « Les Canadiens français prennent la relève! Un symbole de l’unité de l’empire », y proclamait le narrateur.

En juillet 2014, à l’occasion du 100e anniversaire du R22eR, un détachement de 70 soldats forma la garde de cérémonie au palais de Buckingham, au palais de St. James et à la tour de Londres, réaffirmant ainsi les liens du régiment avec la Couronne. 

En l’honneur des centenaires

Le nombre de Canadiens qui atteignent l’âge avancé de 100 ans est plus élevé que jamais, et leurs compatriotes s’en aperçoivent.

Parmi les derniers de « la génération la plus glorieuse », beaucoup sont vétérans de la Seconde Guerre mondiale ou de celle de Corée, et ils ont été honorés de maintes manières : hommages, couverture médiatique, campagnes de publipostage, défilés.

Au nombre d’entre eux, notons Fred Arsenault de Toronto (6 mars), Harold Freeston de Langley, C.-B. (24 juin), Armour Hanna de Toronto (1er juillet), Bill Marr de South Surrey, C.-B. (25 aout), Winnifred Magor de Calgary (9 nov.), Robert Spencer d’Ottawa (9 nov.), Gordon Piers de Nicola Valley, C.-B. (10 nov.), David Thiessen d’Abbotsford, C.-B. (11 nov.), Jack Coles de Qualicum Beach, C.-B. (16 nov.), Peter Chance de Sidney, C.-B. (24 nov.), Monica Christensen de Toronto (26 nov.), et George Wilson de Lethbridge, Alb. (12 déc.). Ils sont tous anciens combattants.

Les organismes du gouvernement fédéral rapportent que l’espérance de vie au Canada s’est accrue nettement depuis le début du XXe siècle et la Grande Guerre qui l’a défini, augmentant de 20,5 années chez les hommes, de 58,8 en 1920-1922 à 79,3 en 2009-2011. L’espérance de vie chez les femmes a augmenté de 23 ans, de 60,6 à 83,6.

En septembre 2019, le nombre de centenaires au Canada avait atteint le chiffre sans précédent de 10 795, a rapporté Statistique Canada : le triple de ce qu’il était en 2001.

Leur longévité est attribuable à la médecine, à l’alimentation, à l’exercice, à leur curiosité sans fin, à leur optimisme et à
la constitution robuste qui leur permit de survivre aux années de guerre et de crise (n’oublions pas qu’ils ont aussi vécu la Grande Dépression).

Avec leurs pairs un peu plus jeunes, ils sont les derniers témoins vivants de la guerre la plus destructrice de l’histoire et de ses répercussions. Ils sont de moins en moins nombreux à une époque où, comme le suggèrent des évènements récents, les générations suivantes tendent peut-être à oublier.

 

La pandémie de la COVID-19 a exposé cette population vulnérable à de grands risques et à l’isolement qui, bien que nécessaire, semble un ultime fardeau particulièrement cruel pour des gens qui ont déjà tant surmonté.

Les membres de la Légion, tout comme les amis, les proches et d’autres bienfaiteurs de tous les coins du pays prennent le temps d’apporter leur soutien, gestes qui ne passeront pourtant jamais aux nouvelles. Qu’il s’agisse de livrer un repas, de faire une commission à la pharmacie ou simplement d’appeler au téléphone, ces simples gestes de respect, de reconnaissance et de bonté sont héroïques aux yeux de ces ainés pour qui le don de soi a toujours été une façon d’être.

La vie dont nous jouissons aujourd’hui est née de leur courage, de leur dévouement et de leur bonté d’âme, tout comme notre pays, dont ils incarnent les plus louables valeurs. 

ACC s’attend à un déluge de demandes

Anciens combattants Canada a été avisé de se préparer à un déluge de nouvelles demandes de prestations d’invalidité après la crise de la COVID-19.    

La pandémie a donné lieu à une réduction de 44 % des demandes, mais « Tout semble plutôt indiquer que […] dès que la vie des Canadiens et des Canadiennes retrouvera un semblant de normalité, le rythme des applications s’accroitra. », lit-on dans le rapport de décembre du Comité permanent des anciens combattants (CPAC). 

Selon la première des 16 recommandations du rapport sur les retards de traitement des demandes de prestations d’invalidité d’ACC, le gouvernement et le ministère devraient commencer immédiatement à se préparer à « un afflux de demandes retardées par la pandémie de la COVID-19 ».

Pendant des années, les demandes sont arrivées plus vite qu’ACC ne pouvait les traiter à cause des modifications et de l’expansion des avantages, de l’amélioration de la prise de conscience les concernant, d’une grande augmentation du nombre des demandes de services en santé mentale et de l’accroissement du nombre d’anciens combattants libérés pour raisons médicales. Entre 2015 et 2020, le nombre de demandes a augmenté de 40 %, de 45 000 à 63 100, tandis que le nombre de demandes traitées n’a augmenté que de 35 %. 

Une mise à jour autorisant les anciens combattants à qui l’on avait accordé une admissibilité partielle à soumettre une demande d’admissibilité pleine a conduit à une forte augmentation du nombre de dossiers dont s’occupe la Légion royale canadienne, dit Ray McInnis, directeur du bureau d’entraide. 

« Cette modification à elle seule a abouti à un bien plus grand nombre de révisions ministérielles, a-t-il dit au comité. Auparavant, la Légion s’occupait de quelque 80 révisions ministérielles par année. Cependant, entre aout 2018 et décembre 2018, nous en avons fait 552. En 2019, nous en avons fait 601. »

ACC traite encore plus de demandes. 

 

Le ministère a muté des employés et en a ajouté des centaines d’autres, nouveaux ou temporaires, pour s’occuper des retards qu’il espérait rattraper d’ici 2022. En juin 2020, le ministère a annoncé que 300 personnes seraient embauchées au cours des deux prochaines années pour s’occuper des demandes les plus courantes, comme celles qui concernent l’atteinte auditive et les affections musculosquelettiques. « Nous commençons à voir des progrès », dit le ministre des Anciens combattants, Lawrence MacAulay au comité.

Le nombre de retards a diminué pendant la pandémie, des 21 572 rapportés par ACC le 30 juin, à moins de 19 000, mais 17 537 personnes ayant soumis un dossier complet attendaient depuis plus de 16 semaines. 

Le directeur parlementaire du budget (DPB) a rapporté qu’il avait compté 49 216 demandes en attente en mars 2020. Selon ACC, un dossier n’est en retard que si plus de 16 semaines se sont écoulées depuis la réception de tous les renseignements nécessaires. 

D’après le CPAC, les arriérés devraient comprendre les demandes qui n’ont pas été assignées. En outre, il recommande à ACC de publier en ligne un rapport complet sur les retards tous les six mois à partir de juillet 2021. 

Les renseignements devraient comprendre le nombre de nouvelles demandes, la proportion de cas jugés compliqués, le nombre de décisions prises en 16 semaines ou moins et le nombre de décisions qui ont pris plus longtemps. Il recommande aussi de calculer la moyenne des temps d’attente et le temps d’attente médian de la GRC et des FAC, des hommes et des femmes, et des anglophones et des francophones. 

Bien qu’ACC ait rapporté une moyenne des temps d’attente de 28 à 30 semaines, « ces temps d’attente moyens ne reflètent pas l’expérience des témoins […] qui ont attendu bien plus longtemps », indique le rapport. Le DPB a constaté que le ministère atteignait sa cible de 16 semaines 37 % des cas.

 

Le rapport recommande aussi qu’ACC embauche davantage d’arbitres bilingues ou francophones partout au pays. L’ombudsman des vétérans a rapporté en 2018 que le traitement des demandes de francophones était de plus de deux fois plus long que celui des demandes d’anglophones.

Pour empêcher que le nombre de retards n’augmente à nouveau, le DPB recommande qu’ACC garde le personnel temporaire et supplémentaire au-delà de mars 2022. Il préconise aussi que le ministre essaie une procédure de ratification provisoire relativement à certaines affections. 

Cela permettrait de « faire preuve de bonne foi dans le traitement de l’arriéré existant », dit le rapport, et respecterait le principe du bénéfice du doute accordé au demandeur. 

Il recommande aussi qu’ACC continue d’allonger la liste d’affections pour lesquelles l’approbation est donnée automatiquement, et d’y inclure certaines affections que l’on peut présumer être liées au service des femmes dans les FAC ou la GRC. 

Plusieurs suggestions visaient les Forces armées canadiennes. Selon elles, les blessures devraient toutes être versées aux dossiers, ses membres devraient consentir par écrit au transfert des renseignements médicaux à ACC et, six mois avant la libération pour raisons médicales, les FAC devraient fournir à ACC les diagnostics qui appuient cette décision. 

Le retard sur le traitement des prestations d’invalidité est difficile à prédire, ajoute le rapport. 

« Il n’y a pas de solution miracle pour régler cet important retard, dit McInnis au comité. La fin n’est pas encore en vue. En fait, nous croyons que lorsque les nouveaux groupes de transition seront complètement opérationnels, encore plus de membres libérés demanderont des avantages. Le nombre de retards risque d’augmenter. » 

Inconduite sexuelle : les réclamations doivent être faites avant le 24 nov.

Les personnes affectées par l’inconduite sexuelle dans les Forces armées canadiennes ou au ministère de la Défense nationale ont jusqu’au 24 novembre pour faire une demande concernant l’entente de règlement de 900 millions de dollars.     

Le règlement a été approuvé par la Cour fédérale en 2019 en réponse aux recours collectifs intentés par sept anciens membres des FAC de la part de militaires et d’employés civils actuels ou anciens des FAC et du MDN.

La plupart des règlements seront de 5 000 $ à 55 000 $, selon la gravité de l’inconduite.

Les règlements visent à indemniser des militaires et des employés qui ont été victimes d’inconduite sexuelle avant le 26 novembre 2019. Cette inconduite comprend le harcèlement sexuel, l’agression sexuelle et la discrimination fondée sur le sexe, le genre, l’identité de genre ou l’orientation sexuelle. 

« Nous encourageons quiconque pense y avoir droit à consulter le site Web du règlement », dit Tim Kerr, directeur de l’équipe de mise en œuvre des litiges du MDN. En cas de doute, on peut consulter un avocat gratuitement. 

La plupart des règlements seront de 5 000 $ à 55 000 $, selon la gravité du préjudice. Les personnes qui ont subi un préjudice exceptionnel et à qui on a refusé les avantages d’Anciens combattants Canada pourraient avoir droit à une indemnité maximum de 155 000 $.

En plus de l’indemnité financière, l’entente de règlement comprend la possibilité de participer à des démarche réparatrices dans le cadre desquelles les victimes peuvent témoigner des expériences qu’elles ont vécues auprès des représentants supérieurs des FAC ou du MDN. 

« C’est tout à fait volontaire, dit Kerr. C’est une occasion offerte aux victimes de raconter ce qui leur est arrivé, […] de savoir qu’elles sont entendues. » En outre, il est important que ces supérieurs entendent ces faits pour prendre les décisions nécessaires à un environnement militaire plus accueillant et pour éviter que de tels comportements ne se renouvèlent. « Changer la culture est l’un des objectifs des démarches réparatrices », dit-il. 

 

ACC a déjà modifié certaines de ses politiques. Les plaintes pour traumatismes sexuels peuvent être déposées sans élément de corroboration, et le fait que l’inconduite ait eu lieu hors des propriétés des FAC ou lors d’une activité facultative ne sera pas un motif de refus.

Les anciens combattants et les membres des FAC dont la plainte a été rejetée avant le 3 avril 2017 peuvent demander une révision.

L’exigence d’un élément de corroboration a été levée, et la preuve d’emploi doit être établie soit par le matricule, soit par le numéro d’employé du MDN. 

« Nous savons qu’un grand nombre de cas d’inconduite sexuelle n’ont pas été signalés », dit Kerr, ajoutant que certaines personnes se sont fait dire qu’une telle plainte nuirait à leur carrière. « Il se peut qu’il n’y ait pas de traces écrites dans un bon nombre de ces cas, alors on n’exige pas de document pour toutes les catégories de revendication. »

La catégorie A regroupe les personnes qui se sont senties offensées ou dégradées par des blagues sexuelles, des remarques déplacées, une attention sexuelle importune persistante ou une pression cherchant à obtenir des rendez-vous ou des relations sexuelles. Il n’y a pas besoin de corroboration.

La catégorie B fournit une indemnisation pour une inconduite plus grave, et le montant est fondé sur le degré de préjudice. Les requérants doivent donner des détails sur le ou les incidents, leur lieu et date ou leur fréquence, mais ils sont libres de nommer ou non les auteurs ou les témoins.

On leur demandera aussi de décrire le préjudice subi : la sensation d’avilissement, la perte de confiance et de vie sociale, les dommages sur le plan affectif ou psychologique, le trouble émotionnel conduisant à un comportement à risque, les pensées suicidaires, le sans-abrisme, l’incapacité de conserver un emploi, le besoin de soins psychiatriques, l’impact financier.

La catégorie C mène à une compensation allant de 50 000 $ à 100 000 $, selon la gravité du préjudice, pour les personnes qui ressentent un TSPT ou une autre blessure physique ou mentale causés par une agression ou un harcèlement sexuels et à qui les avantages d’ACC ont été refusés. 

Les victimes peuvent faire des réclamations dans plusieurs catégories.

 

« Il y a un grand nombre de requérants potentiels », dit Kerr, ajoutant que l’inconduite sexuelle est un problème délicat et que certains des requérants pourraient être trop traumatisés pour vouloir déposer une plainte, et que d’autres pourraient s’inquiéter de la manière dont leur carrière en serait affectée.

Les renseignements sur les réclamations resteront confidentiels, et ils ne seront remis ni aux FAC ni au MDN. Les démarches réparatrices seront menées dans un endroit sûr par des civils qualifiés. Les revendications seront traitées par un administrateur ou évaluateur indépendant qui en déterminera la recevabilité. 

Un nouvel établissement de recherche en construction à Valcartier

Le personnel de Recherche et développement pour la défense Canada (RDDC) aura bientôt de nouvelles installations respectueuses de l’environnement pour la recherche au Québec.

Le projet, au budget de 144 millions de dollars, prévoit la construction d’un édifice pour la recherche au centre de RDDC de Valcartier. Les travaux ont commencé et devraient se terminer en 2024. Les matériaux utilisés sont plus respectueux de l’environnement que les matériaux traditionnels, et le bâtiment, une fois fini, consommera un tiers d’énergie de moins qu’une structure traditionnelle de la même grandeur. 

Le complexe de 31 000 mètres carrés comprendra environ 80 laboratoires et espaces de travail collaboratif et abritera quelque 500 scientifiques qui travaillent actuellement dans divers édifices. 

« Une infrastructure avant gardiste est essentielle pour répondre aux besoins de la communauté scientifique et technologique du ministère de la Défense nationale (MDN). Notre personnel doit avoir accès à des espaces de travail modernes et fonctionnels équipés des plus récentes innovations lui permettant d’élaborer des solutions afin de relever les défis scientifiques et technologiques des FAC. Ces nouvelles installations aideront l’Équipe de la Défense à demeurer à la fine pointe de la recherche et du développement en matière de défense. »

L’ensemble du projet de 272 millions de dollars comportera trois phases, dont la première est la construction du nouvel édifice susmentionné, visant la mise à niveau du centre de recherche de RDDC à Valcartier. Certains édifices seront rénovés pendant la deuxième phase, et quelque 45 structures seront démolies lors de la troisième phase, probablement à partir de 2027. 

 

Le projet de construction de Valcartier a été annoncé officiellement pour la première fois en 2010.

« Le travail scientifique effectué par Recherche et développement pour la défense Canada a changé considérablement depuis la construction des premières installations, à l’époque de la Deuxième Guerre mondiale », disait le ministre de la Défense d’alors, Peter MacKay. Le projet devait être mis en œuvre en 2012 et aboutir en 2020, et il aurait représenté un investissement de 157 millions de dollars. 

La construction a été repoussée parce que d’autres priorités ont émergé, pour refaire surface en 2017, nous disent les FAC. 

« Plusieurs facteurs ont fait augmenter le cout du projet », nous disent les FAC par courriel. Il y a eu des modifications au Code national du bâtiment, l’inflation, l’assainissement des sols et une augmentation de la surface des installations de 7 200 mètres carrés à cause d’une sous-estimation initiale du nombre de zones communes nécessaires pour un projet de cette ampleur. « Ces changements ont porté le cout du projet à un total de 272 millions de dollars. » 

RDDC, organisme du ministère de la Défense nationale, emploie plus de 1 500 personnes, réparties dans sept centres de recherche dans tout le pays, à l’appui des opérations de défense et de sécurité ici et à l’étranger. 

En collaboration avec les communautés de la sécurité et de la recherche nationale et internationale, RDDC s’emploie à suivre le rythme des changements constants de la technologie militaire.

Les projets de recherche de RDDC portent entre autres sur les technologies liées à la tactique, la surveillance, la reconnaissance, les systèmes d’armement, les systèmes de protection pour les véhicules ou pour le personnel, et les menaces en matière de cybersécurité. Au centre de Suffield, en Alberta, les chercheurs étudient les armes explosives et les effets des explosions comme celles des DEC (dispositifs explosifs de circonstance) et des bombes. 

RDDC effectue également des recherches sur la santé des militaires, notamment la prévention et le traitement de maladies, blessures ou affections du personnel militaire, ainsi que sur les progrès en matière de diagnostic et de traitement des blessures ou traumatismes liés au combat.

Il étudie aussi les pratiques exemplaires de protection des civils, dont la prévention, la préparation, la réponse et le rétablissement liés aux mena-ces chimiques, biologiques ou nucléaires et aux catastrophes naturelles et accidents graves. 

Ne laissez pas la morosité de l’hiver vous déprimer

Le cafard hivernal et votre état financier vous donnent des idées noires? L’hiver peut être déprimant, à cause des factures à payer qui s’accumulent, des résolutions du Nouvel An qui chancèlent, du manque de lumière naturelle et du froid.

Si un fardeau financier vous inquiète et que vous ne savez pas vers qui vous tourner, sachez qu’il existe des ressources dédiées pour les militaires et les anciens combattants.

Si vous êtes vétéran ou membre actuel des FAC et que vous éprouvez des difficultés financières à cause d’une situation difficile ou d’un imprévu, vous pourriez avoir droit à l’aide du fonds fiduciaire du coquelicot. Composez le 613-591-3335 ou, sans frais, le 1-877-534-4666, envoyez un courriel à veteransservices@legion.ca, ou bien consultez notre site Web à www.legion.ca pour communiquer avec un officier d’entraide de votre région.

Pour connaitre les critères d’admissibilité, consultez www.legion.ca/fr/soutien-aux-veterans/aide-financiere.

Voici quelques conseils pour vous aider à rétablir votre situation financière :

• Suivez de près vos revenus et vos dépenses. L’appli ou les services en ligne de votre banque peuvent grandement vous simplifier la tâche.

• Additionnez vos transactions pour vous assurer que vos dépenses mensuelles ne dépassent pas vos revenus mensuels.

• Communiquez avec vos créanciers pour négocier un calendrier de remboursement.

• Remboursez d’abord les dettes qui ont le taux d’intérêt le plus élevé; un prêt de consolidation de votre banque peut vous aider à rembourser vos dettes plus vite.

• Fuyez les entreprises de prêt sur salaire, dont les frais et taux d’intérêt sont astronomiques.

• N’achetez que ce dont vous avez vraiment besoin.

• Si le poids de vos dettes vous affecte, vous et votre famille, demandez une consultation sans obligation à un organisme de conseil en crédit ou à un syndic autorisé en insolvabilité. Ces professionnels souscrivent à une déontologie rigoureuse, et leur travail consiste à vous donner les meilleurs conseils pour rétablir votre situation financière. 


À votre service est écrit par des officiers d’entraide des directions de la Légion. Pour communiquer avec un officier d’entraide, composez sans frais le 1-877-534-4666, ou visitez le site Web d’une direction. Consultez www.legionmagazine.com pour les archives des trois dernières années.

Instantanés – Bénévolat dans la communauté (mars/avril 2021)

Le 5 décembre 2020, une courtepointe a été présentée au camarade Gilles Linteau de la part de Quilts of Valour – Canada. Sur la photo de gauche à droite : Happy, Isabelle Lussier-Linteau, Gilles Linteau, Stéphane Vincent, Louise Gosselin, Lucien Desbiens, Marcel Delage, Bonnie Frappier.

Le 2 octobre 2020 avait lieu au local de la Filiale 083 de Joliette la remise d’un don de 1 000 $ provenant du Fonds du Coquelicot. La présentation du chèque a été faite au corps de cadets de Lavaltrie par le camarade Paul Goulet, à droite, à M. Jean Milette, président du corps de cadets.

La Filiale 083 de Joliette a fait un don le 2 octobre 2020 au corps de cadets de Berthierville. Ce don au montant de 1 000 $ provenant du Fonds du Coquelicot a été remis avec fierté par le camarade Sylvain Tétreault, président de la filiale (à d.), au Lieutenant de vaisseau Richard Doyle du corps de cadets.

Grâce au bénévolat du camarade Jean-Eudes Gilbert, le mercredi 16 décembre 2020, la Filiale 235 de Chicoutimi a procédé à la remise de vingt-deux cartes de provisions d’un montant de 200 dollars à des familles démunies de la région.