Nous leurs en sommes reconnaissants, mais qu’ils rentrent

Des femmes et enfants dans la rue de La Haye à la recherche de bois de chauffage dans les édifices détruits. [Menno Huizinga/Ondergedoken Camera/NIOD Institute for War ]

Les Néerlandais louèrent les Canadiens à la libération des Pays-Bas, cela ne fait pas l’ombre d’un doute. Le petit pays avait été terrorisé, brutalisé et affamé par les nazis pendant cinq ans. Les hommes avaient été envoyés travailler dans les usines en Allemagne; les juifs néerlandais avaient été tués dans les chambres à gaz.  

Les libérateurs, membres de la Première Armée canadienne, combattirent dans les campagnes et pénétrèrent dans les villes en apportant nourriture, médicaments et liberté. Les Néerlandais, reconnaissants, accueillirent les soldats chez eux à bras ouverts. Cette gratitude reste de mise aujourd’hui où les célébrations annuelles de la libération s’orchestrent autour de défilés d’anciens combattants canadiens et d’hommages dans les grands cimetières canadiens.

Il s’agit de la version bien connue de l’histoire, et elle reste vraie. Un chapitre moins rose est toutefois occulté. Entre mai 1945 et mai 1946, avant leur rapatriement, les 170 000 libérateurs canadiens basés aux Pays-Bas devinrent des occupants. Ils n’exercèrent pas la sauvagerie des Allemands, mais ils n’étaient pas parfaits non plus. Les Canadiens causèrent des problèmes et, malgré des efforts incessants pour améliorer la situation, ils créèrent des ennuis aux Néerlandais et à leur gouvernement.

LES JOURNAUX NÉERLANDAIS SE PLAIGNAIENT QUE LES CANADIENS AVAIENT ENVOYÉ LA NOURRITURE ET LES FOURNITURES EN ALLEMAGNE.

Le premier travail après la victoire du 8 mai 1945 en Europe fut de fournir un approvisionnement alimentaire aux Néerlandais et de récupérer, désarmer et contrôler les Allemands vaincus. La première tâche était de taille, car les plus gros centres urbains avaient la plus grande population et le moins de nourriture. Les convois circulaient presque sans arrêt. Au bout de quelques semaines, les Néerlandais avaient presque tout ce qu’il fallait pour se nourrir. Certains aliments étaient encore rares, comme le beurre. D’autres produits, comme le whisky, n’étaient pas accessibles aux Néerlandais, bien qu’il y en eût en quantité dans les mess des Canadiens. Cette pénurie était un terrain propice à la corruption.

Les soldats canadiens distribution des vivres dont on avait un besoin criant.[Menno Huizinga/Ondergedoken Camera/NIOD Institute for War]

Et puis il y avait les Allemands, regroupés dans les usines vides et d’autres grands édifices. Pour minimiser les problèmes, le commandement des détenus était confié aux officiers supérieurs allemands. Cela marchait habituellement bien, mais les Canadiens remirent deux déserteurs aux Allemands à Amsterdam au moins une fois. Les deux hommes furent rapidement jugés et exécutés. Les Canadiens fournirent les huit fusils et 16 balles de la sentence.

Le départ officiel du « personnel ennemi qui s’était rendu » commença le 25 mai. Les forces allemandes furent escortées par la route en rangs disciplinés d’environ 10 000 hommes. Les soldats canadiens les accompagnaient pour tenir les Néerlandais à l’écart. Il était « évident depuis le début […] », dit le général Bert Hoffmeister, commandant de la 5e Division blindée canadienne, que « le peuple néerlandais en aurait blessé un grand nombre, et peut-être tué plusieurs ».

Les soldats et les véhicules de l’ennemi étaient parfois fouillés pendant l’exode. On trouvait des manteaux de fourrure, des voitures, des radios, des chevaux et de l’argent. Les soldats canadiens récupérèrent aussi plus de 15 millions en devise néerlandaise cachés dans des ambulances ou transportés par des membres auxiliaires féminins de l’armée allemande. Tout cela fut remis aux autorités néerlandaises et, trois semaines plus tard, la force allemande au complet était de retour dans son pays.

Des tonnes de nourriture et de fournitures essentielles entraient aux Pays-Bas parallèlement au départ des Allemands. Les Canadiens rapportèrent le 22 juin que 242 000 tonnes de nourriture, charbon, pétrole, stocks et équipement avaient été livrées en tout. Mais pourquoi une telle liste détaillée avait-elle été dressée? Parce que les journaux néerlandais se plaignaient que les Canadiens avaient envoyé la nourriture et les biens en Allemagne. Le général Harry Crerar, commandant des forces canadiennes aux Pays-Bas, dut faire un rapport précis et expliquer clairement qu’on n’avait permis aux Allemands d’emporter que 450 tonnes de nourriture, carburant et stocks pour leurs besoins immédiats. Mais comme cet exemple l’illustre, les libérateurs étaient parfois vus d’un œil méfiant.

Des soldats allemands escortés hors de La Haye après la libération [Holocaust and Genocide
Studies/216873/Wikimedia]

Toutefois, c’est avec les cigarettes que les vrais problèmes commencèrent. Elles étaient si rares que leur prix pouvait atteindre cinq florins (2 $CAN) l’unité au marché noir. Les Néerlandais les voulaient quand même, et ils acceptaient le prix. Les Canadiens en avaient, même les non-fumeurs. Le gouvernement du Canada et les fabricants de cigarettes avaient coopéré pour envoyer des marques canadiennes aux troupes, sans taxe. Mille cigarettes pouvaient s’acheter et être transportées outre-mer pour seulement 3 $. À l’époque, le lot valait environ 400 $, ce qui serait aujourd’hui plus de 4 000 $.

Les cigarettes s’offraient aux amis néerlandais, mais elles pouvaient aussi s’échanger contre des biens avec les Néerlandais qui étaient mal pris. Un bon appareil photo pouvait couter 500 cigarettes, des bijoux encore moins. Les cigarettes servaient aussi de monnaie d’échange pour la prostitution. Un soldat canadien a raconté avoir payé son mariage en tabac : « onze cents cigarettes pour les bagues et la photographie, et des cigarettes et du chocolat pour régler la note d’hôtel ».

Le commerce du tabac, comme toutes les transactions au marché noir, était interdit en vertu des ordres de la Première Armée canadienne. Cependant, il était si répandu qu’on ne pouvait pas y mettre fin.

D’autres fournitures militaires canadiennes finirent aussi par se retrouver entre les mains des Néerlandais. Les Canadiens, gradés et hommes de troupe, troquaient des véhicules, du whisky, des machines à écrire, des bottes, du savon et d’innombrables autres biens rares subtilisés. Des officiers se procurèrent de précieux tableaux, certains apparemment acquis à mauvais escient. La reine Wilhelmina se plaignit de vols d’objets d’art au gouvernement du Canada. Poussé par Ottawa, le général Guy Simonds, commandant des Canadiens après le retour de Crerar au pays, traduisit les délinquants dont les activités étaient évidentes en cour martiale. Malheureusement, le chef d’état-major de Simonds lui-même fut jugé pour ses transactions sur le marché noir du diamant, mais « Diamond Jim », comme on le surnommait, fut acquitté.

Les soldats canadiens surveillèrent l’exode près d’Amsterdam. [Alexander Mackenzie/BAC/3204055;]

«APRÈS CE QUI VENAIT DE NOUS ARRIVER, LES CANADIENS ÉTAIENT GRISANTS. »

Les Néerlandais calvi-nistes voyaient également d’un mauvais œil que les Néerlandaises trouvent les Canadiens séduisants. Contrairement aux milliers de Néerlandais revenant des travaux forcés en Allemagne et aux civils qui avaient connu la famine, les soldats étaient en forme. L’amour et le sexe étaient inévitables.

« Franchement, raconta une femme, après ce qui venait de nous arriver, les Canadiens étaient grisants. »

Un historien néerlandais eut des mots plus durs : « Les Néerlandais furent battus militairement en 1940; sexuellement en 1945 ».

Jusqu’à 7 000 enfants naquirent hors des liens du mariage en 1946, et les pasteurs et journaux vitupéraient contre les femmes qui s’étaient déshonorées et les Canadiens qui les avaient prétendument engrossées.

À Tilburg, par exemple, les taux de naissance hors mariage étaient 10 fois plus élevés en 1945 que cinq ans plus tôt. Le comédien néerlandais Wim Kan ironisa plus tard en disant que les Canadiens avaient « éconduit les Allemands et approvisionné les Néerlandais en cigarettes, les Néerlandaises en chocolat et les enfants néerlandais en petits frères et petites sœurs ».

Sans surprise, la propagation des maladies vénériennes augmenta aussi. Les médecins canadiens répertorièrent 252 cas de maladies sexuellement transmissibles à Groningue en aout 1945. Les notables du coin formèrent un groupe de redressement de la morale pour exhorter les femmes à faire plus attention : « les filles, nous savons que vous voulez prendre un peu de bon temps […], mais […] n’oubliez pas que l’amour n’est jamais un jeu qui dure quelques heures ».

La colère des Néerlandais éclata quelques fois. Il y eut inévitablement des rixes entre les soldats et les civils, bien que ce ne fut pas toujours pour des femmes. Environ 400 hommes furent impliqués dans une terrible bagarre à Utretch vers la fin de l’été de 1945. Plusieurs soldats se retrouvèrent face à la cour martiale, mais l’histoire ne dit pas si des Néerlandais furent traduits devant une cour civile.

Les Néerlandaises accompagnent les soldats canadiens à Amsterdam après la libération [Donald I. Grant/BAC/3191619]

On menaça les femmes qui fréquentaient les Canadiens de leur raser la tête, comme cela avait été fait à celles qui avaient couché avec les Allemands. Les désirs sexuels des soldats commençaient à être considérés comme une menace à la morale et à la santé publiques.

L’éditorial du journal Vrij Nederland dit en aout 1945 : « Nous ferons n’importe quoi pour les Canadiens. Mais nos filles doivent s’en tenir à l’écart. Nous ne pouvons pas prendre les risques. Et nous louerons Dieu quand les Canadiens seront de retour au Canada. »

Bien sûr, les soldats vou-
laient aussi rentrer chez eux. Ils en avaient assez d’attendre.

À la fin de 1945, les Néerlandais voulaient reprendre possession de leur pays. Un journal de Nimègue l’assena sans ménagement : « Nous leurs en sommes reconnaissants, mais qu’ils rentrent chez eux. Nous n’oublierons jamais ces gentils garçons souriants, et ils auront toujours toute notre gratitude et nous leur souhaitons que du bien. » 

L’occupation canadienne n’avait que trop duré. Le ressentiment s’était intensifié à cause du comportement parfois inadmissible des officiers et des hommes. Un capitaine du North Shore (New Brunswick) Regiment raconta dans une lettre à sa famille une fête qui avait duré toute une nuit et qui s’était terminée par une balade dans un véhicule de reconnaissance : « Les gens ici pensent que nous sommes fous ». En effet, cela pouvait être le cas. Mais, d’autres choses fâchaient aussi les Néerlandais : le luxe, selon eux, du club des officiers de l’armée; l’abondance de nourriture et de boisson dont profitaient les Canadiens, mais pas les Néerlandais; les parcs de stationnement pleins de véhicules qui semblaient ne pas servir tandis que les civils n’avaient pratiquement aucune voiture à leur disposition.

les enfants néerlandais font au revoir de la main aux Canadiens qui partent en juillet 1945 [Fotograaf Onbekend/Anefo/Archive nationale des Pays-Bas]

LES CANADIENS N’EXERCÈRENT PAS LA SAUVAGERIE DES ALLEMANDS, MAIS ILS N’ÉTAIENT PAS PARFAITS NON PLUS.

Vers la fin de 1945, la reine Wilhelmina dit à Simonds qu’il devrait ramener ses Canadiens chez eux. « Y compris les morts, votre majesté? » aurait demandé Simonds.

À la fin du mois de mars 1946, il ne restait plus qu’environ 1 000 Canadiens sur le territoire néerlandais. Le quartier général de Simonds cessa ses activités le 31 mai 1946, et l’occupation des Canadiens prit fin. Les Pays-Bas connurent encore des difficultés pendant quelques années, mais seuls les bons souvenirs des Canadiens restèrent au fil du temps. 

Un travail gigantesque

l’Escadron 425 dont l’insigne comporte une alouette réalisée par le capitaine d’aviation Paul Goranson. [Capt avn Paul Goranson/Musée canadien de la guerre/19710261-3230]

La formation du 425e Escadron « Les Alouettes », premier escadron canadien français de l’ARC

L’Aviation royale canadienne était une institution de langue anglaise pendant la Seconde Guerre mondiale. Les escadrons devaient être interopérables et agir avec ceux de la Royal Air Force. En effet, beaucoup d’aviateurs canadiens faisaient partie d’escadrons britanniques. 

Cela n’aidait pas franchement l’aviation à recruter des Canadiens français, même si on leur promettait une formation linguistique. L’ARC n’avait tout simplement pas l’équivalent des bataillons francophones de l’armée de terre, où les soldats pouvaient fonctionner en français et ne parler anglais que pour communiquer avec d’autres unités. Mais, tout cela changea il y a 80 ans, en 1942. 

Charles Gavan Power, mi-nistre de la Défense nationale pour l’air, venait de Québec. Il était bien décidé à « cana-
dianiser » l’ARC. Il voulait que, dans la mesure du possible, les Canadiens servent dans des esca-drons canadiens, même si cela voulait dire faire revenir ceux qui étaient dans la RAF. L’exemple parfait? Des Canadiens français furent regroupés pour former un escadron distinct.

La représentation de l’Escadron 425 [Jacques Morin]

 

Quelques officiers de l’ARC en service outre-mer estimaient que l’idée était peu réaliste. Harold Edwards, vice-maréchal de l’Air, avança que les Canadiens français ne comprendraient pas l’accent des Britanniques pendant les opérations, car la difficulté se posait même pour les Canadiens anglais. Leslie Hollinghurst, vice-maréchal de l’Air britannique, s’inquiétait du fait que les Canadiens français « ne parlent qu’en français entre eux, et finissent par oublier l’anglais ». 

Mais, Power n’en démordait pas et Edwards se fit à l’idée, tout comme la RAF. 

    « Pour le francophone du Canada, c’était une barrière qui cédait. » 

Le 425e Escadron (canadien français) fut formé en juin 1942, à l’aérodrome de la RAF, à Dishforth, au nord du Yorkshire anglais. Il fut doté de bombardiers bimoteurs  Vickers Wellington. Le 425e, commandé par le lieutenant-colonel d’aviation Joseph Saint-Pierre, eut des effectifs initiaux de 20 avions et de plus de 100 aviateurs, et servit dans le No. 4 Group du Bomber Command de la RAF. La devise de l’escadron, surnommé « Les Alouettes », était « Je te plumerai », tirée du refrain de la célèbre comptine canadienne-française.

Les fiers membres du seul escadron canadien-français du Bomber Command étaient très liés. L’un des vétérans les plus célèbres de l’escadron, Gilles Lamontagne, qui devint plus tard maire de Québec, ministre canadien de la Défense nationale et lieutenant-gouverneur du Québec, déclara que « pour le francophone du Canada, c’était une barrière qui cédait. » C’est cet obstacle linguistique que Power avait voulu abattre.

L’escadron Les Alouettes accomplit sa première mission dans la nuit du 5 au 6 octobre 1942 avec le bombardement d’Aachen, en Allemagne. Le 1er janvier 1943, le 425e fut transféré au No. 6 Group de l’ARC, basé en Grande-Bretagne. L’escadron vint s’établir en Tunisie en mai, où il mena des opérations contre l’Italie. Après son retour à Dishforth en novembre, il fut équipé du bombardier quadrimoteur lourd Handley Page Halifax et il s’établit à la RAF Tholthorpe, aussi située au nord du Yorkshire, en Angleterre.

Maintenir le caractère
canadien-français de l’esca-dron devint difficile avec les pertes qui s’alourdissaient et le manque de remplaçants. Bien que plus de 4 000 francophones aient servi dans d’autres escadrons de l’ARC
outre-mer, il ne restait que 53 % d’aviateurs franco-
phones dans le 425e en décembre 1943.

La dernière opération de l’escadron Les Alouettes eut lieu le 25 avril 1945 : le bombardement des îles Frisonnes allemandes en mer du Nord. À la fin de la guerre en Europe, le 425e échangea ses Halifax contre des Avro Lancaster Mark X et retourna au Canada pour rejoindre la « Tiger Force ». Il devait se battre contre le Japon, mais le conflit prit fin après les bombardements atomiques d’Hiroshima et de Nagasaki, et l’escadron fut dissout.

Le lieutenant-colonel du 425e, Joseph Saint-Pierre discute de plans avec des collègues en 1943. [BAC/3263255]

Le 425e fit 3 694 sorties dans le cadre de 328 missions, et il largua 8 300 tonnes de bombes. Ses aviateurs reçurent au moins 94 déco-rations. L’escadron perdit 66 appareils au combat ou lors d’accidents, et recensa 254 morts et 91 prisonniers. On ne s’étonnera pas qu’un journal de Montréal, Le Devoir, ait rapporté à la fin de la guerre que « L’escadrille Alouette a accompli un travail gigantesque outre-mer et elle est reconnue comme une des plus effectives [sic]. […] Les Canadiens d’expression française se sont illustrés dans les rangs de cette merveilleuse escadrille dont les faits d’armes ont été rapportés par tous les correspondants. » Pour l’ancien combattant Lamontagne, dont l’avion fut abattu en 1943 et qui fut capturé par les Allemands, l’impact était plus personnel. « Je n’oublierai jamais ce sentiment d’exaltation et de fierté que j’ai connu au sein de l’escadrille 425, non plus que l’esprit de camaraderie qui y régnait. Ce fut l’un des grands moments de ma vie. »

Des membres de l’Escadron 425 posent pour une photo de groupe le 14 juillet 1944. [Collection Réal st-Amour]

ACC propose un meilleur soutien à la santé mentale

[iStock]

Une couverture maximale de deux ans de services de santé mentale est dorénavant proposée aux anciens combattants qui présentent ou ont présenté une demande de prestations à Anciens combattants Canada. 

« Une prise en charge précoce et un accès plus rapide aux services de santé mentale permettront d’améliorer la santé des anciens combattants », a écrit dans un courriel Josh Bueckert, porte-parole d’ACC. 

Avant le 1er avril 2022, les anciens combattants devaient prouver que leur affection ou leur incapacité était liée à leur service pour obtenir l’approbation de prestations d’invalidité ouvrant droit à un soutien financier pour des soins de santé mentale.

Mais, en mars 2022, 34 000 demandes de prestations pour invalidité attendaient encore d’être traitées, entrainant ainsi un délai de deux ans dans l’accès aux soins.

« Il n’y aura pas de longs formulaires, donc le processus devrait être rapide et les demandes traitées en temps opportun. »

[Source : Secteur de la dirigeante principale des finances et services ministériels]

Le budget fédéral de 2021 a alloué 140 millions de dollars sur cinq ans à ACC, somme qui s’ajoute aux six millions de dollars de financement continu pour aider pendant le traitement de la demande les anciens combattants présentant un trouble de stress posttraumatique, un trouble dépressif ou un trouble anxieux.

« Nous sommes heureux que les anciens combattants ne soient plus obligés d’attendre des mois pour bénéficier de soins en santé mentale », s’est félicitée Mme Carolyn Hughes, sous-directrice des services aux anciens combattants à la Légion royale canadienne. 

« Il n’y aura pas de longs formulaires, donc le processus devrait être rapide et les demandes traitées en temps opportun. On espère voir une amélioration de la santé et de la qualité de la vie des anciens combattants et de leur famille. »

Selon ACC, même si la demande de prestations est rejetée, les anciens combattants continueront de bénéficier des prestations de santé mentale pendant les deux ans.

Les FAC féminisent les rangs français

Sgt Tanya Casey, un bénévole du Camp Nathan Smith, accueille une femme afghane lors de la célébration de l’Aïd al-Adha organisée par l’Équipe de reconstruction provinciale de Kandahar où des sacs de farine, des tapis de prière et du thé ont été donnés. L’Aïd al-Adha est une fête musulmane célébrée par les musulmans du monde entier.[Master Corporal Angela Abbey, Canadian Forces Combat Camera]

Les membres des Forces armées canadiennes peuvent dorénavant choisir de se faire appeler par la version féminine de leur rang qui représente le mieux leur identité de genre.    

« La modernisation des rangs militaires permet de s’assurer que les membres des Forces armées canadiennes ont le choix de se faire appeler d’une manière qui correspond à leur identité », a déclaré la majore-générale Lise Bourgon, cheffe du personnel militaire par intérim. 

Tous les membres des FAC, notamment ceux qui s’identifient comme non-binaires, peuvent choisir de féminiser leur rang et leur spécialité en français : la majore, la générale, l’aviatrice, la matelot.

Il s’agit de la dernière étape visant à promouvoir l’inclusivité et la diversité de genre dans les FAC.

Les FAC veulent qu’un quart de leurs membres soient des femmes d’ici 2026. Il n’y en avait que 16 % en 2020. Les FAC n’ont pas atteint non plus leur objectif de 11,8 % de membres issus des communautés racisées. 

« J’ai senti pendant toute ma carrière que je n’étais pas acceptée, a expliqué la générale à l’occasion d’un entretien accordé à la Presse canadienne. Je devais utiliser un terme masculin pour me qualifier. Ce n’est pas moi, ce n’est pas le genre avec lequel je me sens à l’aise. » Elle est militaire depuis 34 ans. 

« Maintenant, je peux enfin être majore-générale », conclut-elle.

En 2020, la Marine royale canadienne a adopté une dési-gnation des rangs plus inclusive en anglais, en laissant tomber le terme seaman et en le remplaçant par le terme sailor (marin). Avant le changement, la marine avait sondé 18 000 militaires, civils et anciens combattants; plus de 75 % étaient pour l’adoption des termes neutres sur le plan du genre. 

Le vice-amiral Art McDonald qui commandait alors la marine souligne que le changement n’avait pas pour seul but le recrutement : il s’agissait aussi d’évoluer avec son temps.  

En novembre 2021, la générale Bourgon a annoncé un certain nombre de changements visant à améliorer la diversité et l’inclusivité. 

TOUS LES MEMBRES DES FAC PEUVENT CHOISIR DE FÉMINISER LEUR RANG ET LEUR SPÉCIALITÉ EN FRANÇAIS

« Je suis tout à fait résolue à créer un environnement de travail accueillant, inclusif, sécuritaire et respectueux pour tous les membres de notre équipe », a-t-elle affirmé.

Une mise à jour des instructions sur la tenue se trouvait en tête de liste, « axée sur l’élimination des obstacles au choix de vêtements et à d’autres aspects de l’apparence personnelle des militaires […] qui leur donne toute liberté de choisir l’uniforme dans lequel ils se sentent le plus à l’aise ». 

Parmi les changements se trouve le Cadre de travail concernant la santé des femmes, élément de la stratégie de santé et de mieuxêtre des FAC, et une nouvelle politique de congé pour raisons familiales, notamment la perte d’un enfant, la violence familiale, les situations liées à la famille et les accommodements religieux et spirituels. 

L’inclusivité fait aussi partie du plan d’équité en matière d’emploi, des processus de formation et des changements visant à prévenir la partialité en matière de promotion et de sélection. 

Les normes professionnelles ont été actualisées dans le nouveau manuel The CAF Ethos: Trusted to Serve (L’éthos des FAC : con-fiance pour le service, NDT) où sont définies les attentes et les valeurs nécessaires pour le commandement et où l’on se concentre sur les traits de caractère. 

« Autrefois, il se concentrait beaucoup plus sur la compétence, nous a confié le général Wayne Eyre, chef d’état-major de la défense, à l’occasion d’une entrevue. Je suis persuadé que si vous avez un bon caractère quand vous commandez, les compétences suivront. 

Gestion de Crise

Un équipage du 430e Escadron tactique d’hélicoptères effectue une reconnaissance aérienne après les inondations. Plus de 15 000 hectares du sud de la Colombie-Britannique ont été affectés. [Sdt. Daniel Pereira/Affaires publiques du 39 GBC/CAF]

La Colombie-Britannique a subi d’importantes inondations en novembre 2021 et, une fois de plus, les soldats, marins et aviateurs canadiens ont été appelés à la rescousse (cf. page 36).

Outre son rôle principal de force de combat, l’armée du Canada intervient lors de situations d’urgence chez nous et à l’étranger depuis des dizaines d’années, des tremblements de terre et typhons dans de lointaines contrées aux inondations et feux incontrôlés partout au Canada.

Les Forces ont notamment à disposition des ressources logistiques et médicales, une expertise en sauvetage et ingénierie, et bien sûr, des bras forts. Les Forces armées canadiennes avec ses 68 000 soldats réguliers et 27 000 réservistes sont désormais considérées comme une main-d’œuvre à laquelle on a facilement accès quand on a un besoin urgent d’aide.

les demandes d’intervention d’urgence de militaires ont explosé avec le changement climatique.

Mais, les demandes d’intervention d’urgence de militaires ont explosé avec le changement climatique : le nombre de missions au Canada entre 2011 et 2020 (30) a été multiplié par cinq par rapport à la décennie 1990-2010 (six missions).

En 2021, en plus de la situation d’urgence en Colombie-Britannique où l’accès terrestre était coupé entre le port de Vancouver et le reste du pays, les militaires sont intervenus lors d’une inondation au Yukon et à Terre-Neuve, de la crise de l’eau contaminée à Iqaluit, et de feux incontrôlés en Colombie-Britannique, au Manitoba et dans le Nord- Ouest de l’Ontario.

De tels déploiements s’ajoutent au rôle traditionnel de recherche et sauvetage de l’Équipe d’intervention en cas de catastrophe (ÉICC), dont les missions sont principalement à l’étranger.

Selon de nombreuses études théoriques, institutionnelles et militaires, la hausse des demandes d’intervention de l’armée au Canada, en plus de son rôle principal de défense du territoire, résulte surtout d’évènements liés au climat, comme les feux incontrôlés et les anomalies météorologiques.

Une grande partie des rapports de ces études ne tenaient pas compte de la pandémie de la COVID-19. Rien qu’en 2021, plus de 1 700 personnes en uniforme ont été envoyées prêter main-forte dans les maisons de soins de longue durée, et 22 000 autres ont été mises en état d’alerte.

En décembre 2019, trois mois avant que la pandémie n’aggrave la situation, la demande d’aide militaire était si importante et si fréquente que Wayne Eyre, chef de l’armée alors lieutenant-général (actuellement chef d’état-major de la défense) avait dit ceci aux législateurs : « si cela arrive à une plus grande échelle et plus souvent, cela va finir par affecter notre état de préparation au combat ».

La pression semble n’avoir qu’empiré à peine deux ans plus tard : le recrutement a baissé avec la pandémie et le scandale des inconduites sexuelles a miné les efforts de l’armée pour que davantage de femmes s’engagent.

Dans un discours à une conférence en octobre 2021, Eyre regrettait le nombre inquiétant d’officiers et de militaires du rang, pierre d’assise du secteur militaire, qui quittaient l’armée, alors que les planificateurs s’efforçaient de remédier au manque de 7 500 soldats, marins et aviateurs.

Des experts ont suggéré d’autres moyens de procéder aux interventions d’urgence que de compter sur la force régulière, comme de confier ce rôle aux réservistes ou à un service civil spécial. Beaucoup d’anciens combattants ont la compétence et l’expérience nécessaires pour joindre une telle organisation.

En attendant, des études ont exhorté Ottawa à réévaluer sa propension actuelle à recourir aux militaires et à traiter immédiatement le problème de manière constructive. Nos soldats et notre pays ne méritent pas moins. 

La lutte contre le sans-abrisme va bon train malgré la pandémie

Programme de la Légion aidant les vétérans sans abri [Legion.ca]

Les programmes offrant services et logement aux anciens combattants sans abri n’ont pas connu d’interruption, même quand le pays se confinait pendant la pandémie.     

« Le nombre de sans-abris n’a pas diminué pendant la pandémie », note Ray McInnis, directeur du bureau d’entraide de la Légion royale canadienne.

On ignore le nombre d’anciens combattants sans logis au Canada. Avant la pandémie, la fourchette estimée était de 3 000 à 5 000. 

Les répercussions de la pandémie sur le nombre d’anciens combattants sans abri n’émergeront pas avant le bilan des pertes d’emploi, l’arrêt des programmes d’aide financière et la fin des mesures de protection contre les expulsions au cours des mois à venir. 

On sait toutefois qu’avant la pandémie, les anciens combattants étaient surreprésentés dans les refuges pour sans-abris : environ 1,7 % des Canadiens sont d’anciens combattants, et les anciens combattants représentaient 4,4 % de la population dans les refuges en 2018. 

En Ontario, l’opération Leave the Streets Behind (laisser la rue derrière soi, NDT) a aidé près de 1 000 anciens combattants sans abri, dont un dixième sont des femmes, dans presque 200 municipalités depuis 2010, année du lancement du programme. 

« La pandémie ne nous a pas empêchés de travailler, explique Dave Gordon, président du programme Homeless Veterans Program de la Division de l’Ontario de la Légion. Rien n’a été arrêté. »

La Division de l’Ontario est actuellement en train de former des comités régionaux pour faire connaitre le programme et trouver des moyens de collaborer avec les collectivités afin d’aider les anciens combattants sans abri. 

« Nous n’en sommes qu’aux premiers stades », avoue M. Gordon. Les comités iront présenter le programme dans les refuges locaux, les postes de police, les lieux de travail des premiers intervenants et dans les municipalités. Les anciens combattants sans abri ainsi repérés dans le cadre du programme peuvent bénéficier d’une aide alimentaire et financière, de vêtements et d’autres services proposés dans la communauté ou dans la région. 

Le modèle de l’Ontario a été adopté en 2012 pour le programme national Leave the Streets Behind de la Légion, actuellement en place dans six divisions provinciales et territoriales. Il offre un soutien financier immédiat et aiguille les anciens combattants vers des services sociaux et communautaires.

Parallèlement, le travail a aussi continué pour accroitre le nombre de logements de transition et de longue durée pour les anciens combattants sans abri. Plusieurs nouveaux projets ont vu le jour depuis le début de la pandémie.

L’OPÉRATION LEAVE THE STREETS BEHIND A AIDÉ PRÈS DE 1 000 ANCIENS COMBATTANTS SANS ABRI.

La fondation Homes for Heroes Foundation a ouvert son deuxième village de minimaisons à Edmonton en décembre 2021. Le premier avait été construit à Calgary en 2019.

Le village ATCO Veterans Village se compose de 20 minimaisons nichées dans un quartier établi, chacune portant le nom d’un soldat canadien décédé pendant son service.  

Les minimaisons de moins de 28 mètres carrés disposent d’une cuisine, d’un salon et d’une chambre. Elles forment un petit quartier avec un accès à un jardin collectif et à un espace de loisirs partagé où se côtoient les résidants. Ces derniers ont accès à des services sociaux et à des programmes de soutien au centre de ressources situé sur place, ainsi qu’aux bureaux de conseillers. 

La ville a fait don du terrain. L’Alberta a fourni un financement de 1,1 million de dollars; le gouvernement fédéral, 1 million de dollars; et les dons privés se sont élevés à 2,3 millions de dollars.

La fondation Homes for Heroes Foundation prévoit construire des villages semblables partout au pays. Elle espère lancer son troisième fin 2022 avec des logements de transition pour 25 anciens combattants à Kingston, Ontario, et elle prépare des projets dans d’autres provinces. 

L’une des caractéristiques de ce programme est le soutien suivi sur place, avec notamment des programmes de santé physique ou mentale, l’accès aux services d’Anciens combattants Canada et aux organismes sociaux, ainsi qu’un soutien informel entre pairs pour aider les anciens combattants à refaire leur vie. 

L’initiative Multifaith Housing Initiative a mis en œuvre le projet Veterans’ House à Ottawa sur l’ancien site de la BFC Rockcliffe en janvier 2021.

L’édifice de trois étages avec 40 appartements offre des services de santé mentale et de soutien aux toxicomanes. On devait loger 16 personnes, mais le projet a été revu à la hausse plusieurs fois en raison de besoins croissants. On estime que les anciens combattants représentent 8,5 % des clients des refuges pour sans-abris à Ottawa. 

L’Alliance canadienne pour mettre fin à l’itinérance a lancé Prêt pour zéro Canada en 2019. Plus d’une trentaine de collectivités du pays s’efforcent ainsi de mettre au point un modèle visant à mettre fin au sans-abrisme chronique et au sans-abrisme des anciens combattants. 

London, Ontario, est devenue la première communauté Prêt pour zéro à atteindre « pratiquement zéro » itinérance chez les anciens combattants en octobre 2020 : la ville de 400 000 habitants avait suffisamment de logements pour accueillir tous les anciens combattants sans abri. 

Le travail n’est pas fini, avait déclaré M. John Slugget, agent des services de la filiale Victory de la Légion à London, lors d’un entretien. 

« L’itinérance subsistera toujours, et nous devons continuer de travailler ensemble en tant que communauté pour soutenir ces personnes et faire en sorte qu’elles aient toujours un logement dans notre communauté. » 

Une petite histoire de prêt de consolidation

[istock.com]

Beaucoup de Canadiens sont confrontés à un endettement croissant, notamment des membres anciens ou actuels des Forces armées canadiennes. Le cabinet international de droit fiscal BDO signalait fin 2021 que presque la moitié des Canadiens étaient plus endettés que l’année précédente. Et, fait inédit, un Canadien sur 10 ne paie pas le solde complet de sa carte de crédit.  

Heureusement, il existe des moyens de faire face à des difficultés financières. En voici un exemple hypothétique.

Georges a terminé son service militaire il y a deux ans et a trouvé un emploi dans le civil avec un salaire et des avantages sociaux comparables. Peu après, son épouse Julie et lui ont acheté leur première maison. Ils ont payé les meubles et les appareils ménagers avec leur carte de crédit. Ils réglaient leur dette rapidement jusqu’à l’année dernière, quand Julie a donné naissance à des jumeaux et a pris un congé de maternité. Le revenu de Julie a diminué et rembourser la dette de la carte de crédit est devenu difficile. 

Julie a maintenant repris le travail et elle a reçu une promotion. Le couple espère régler sa dette dans deux ans, il a donc pris rendez-vous dans une banque locale pour explorer quelques pistes.

   

Option 1 : Julie et Georges règlent leur dette de carte de crédit au taux annuel de 28 % à raison de 327 $ par mois. À cette vitesse, il leur faudrait plus de 24 ans pour rembourser le solde, et les intérêts accumulés s’élèveraient à 83 660 $. 

Option 2 : Le couple pourrait faire passer les versements à 769 $ par mois. La dette serait entièrement remboursée en deux ans et les intérêts se monteraient à 4 442,54 $. 

Option 3 : Leur banquier leur offre un prêt de consolidation à un taux de 10 % avec des paiements mensuels de 646 $ pour rembourser les 14 000 $. Les intérêts se monteraient à 1 504,70 $. 

S’ils peuvent se le permettre, Julie et Georges pourraient aussi utiliser la différence de 120 $ entre la mensualité de l’option deux et celle de l’option trois pour ouvrir un régime enregistré d’épargne-études (REÉÉ) afin d’économiser pour l’éducation des jumeaux. 

Si ce scénario vous semble familier, ou si vous avez d’autres difficultés financières, n’oubliez pas que votre banque pourrait vous offrir des pistes qui vous feront faire des économies. N’hésitez pas à prendre rendez-vous. 

Le Canada a-t-il bien fait de régler les poursuites civiles entamées par Omar Khadr?

HOWARD ANGLIN est chercheur diplômé à l’Université d’Oxford. Il est avocat et a été chef de cabinet adjoint du premier ministre Stephen Harper.[Illustrations de Joel Kimmel]

Howard Anglin dit que NO

Omar Khadr a été arrêté à l’âge de 15 ans pendant la guerre en Afghanistan. Prisonnier des États-Unis pendant dix ans, il a été rapatrié au Canada en 2012. Un an plus tard, il intentait un procès au gouvernement du Canada. Le gouvernement a conclu un règlement à l’amiable en lui versant 10,5 millions de dollars en 2017.

Ce règlement n’est pas un sujet de débat facile, car il est souvent dévié vers des sujets connexes, mais pas nécessairement pertinents, comme la participation du Canada à la guerre d’Afghanistan, la « guerre contre le terrorisme » en général, et les gouvernements de Jean Chrétien ou de Stephen Harper.

Les réactions émotionnelles sont bien naturelles dans l’affaire Khadr, qu’on éprouve de la sympathie à son égard parce qu’il a grandi dans une famille de terroristes ou de la colère à cause de ses liens avec al-Qaïda qui l’ont poussé à participer à l’échange de coups de feu qui a tué le sergent américain Christopher Speer. Toutefois, ni la sympathie ni la colère ne sont utiles pour répondre à la question juridique et politique, à savoir si le gouvernement fédéral libéral a bien fait de parvenir à un accord.

Pourquoi le gouvernement a-t-il
versé une telle somme? Voici les deux justifications habituelles : 1) Khadr a été brutalisé en tant que mineur en détention et 2) la Cour suprême du Canada avait déjà jugé que le gouvernement avait enfreint les droits de Khadr en vertu de la Charte
lorsqu’il a envoyé des fonctionnaires l’interroger à Guantanamo Bay.

NI LA SYMPATHIE NI LA COLÈRE NE SONT UTILES POUR RÉPONDRE À LA QUESTION LÉGALE ET POLITIQUE.

La première raison pèse lourd, mais elle n’est pas pertinente. Les mauvais traitements subis en Afghanistan (où des médecins américains lui ont sauvé la vie) ou à Guantanamo Bay ont été infligés par les États-Unis. Nous ne saurons probablement jamais comment il a été traité, mais toute blessure qu’il aurait subie lui aurait été infligée quand il était détenu par les Américains. Les Canadiens ne devraient pas payer pour de supposés préjudices causés par les Américains.

Il reste la décision de la Cour suprême de 2010 selon laquelle le gouvernement canadien avait enfreint les droits de M. Khadr à Guantanamo Bay. Mais, il ne s’agissait pas d’une poursuite au civil pour dommages où l’analyse et la norme de preuve sont bien différentes. Pour obtenir des dommages-intérêts, Khadr aurait encore dû prouver que notre gouvernement était responsable des blessures subies quand il était détenu par les Américains. Cela aurait été un défi de taille, car rien ne prouvait que le gouvernement avait conspiré avec les États-Unis pour lui faire subir de mauvais traitements ni que ceux-ci avaient été aggravés à cause du Canada.

Le gouvernement fédéral a versé 10,5 millions de dollars à M. Maher Arar en 2007 quand une commission d’enquête a jugé que des agents de la GRC avaient « transmis aux autorités américaines de l’information sur M. Arar qui était inexacte [et] qui dressait de lui un portrait injuste ». Autrement dit, les fonctionnaires canadiens étaient en partie responsables de sa torture. Mais, dans l’affaire Khadr, notre gouvernement lui a remis le même montant sans preuve semblable de responsabilité canadienne. C’est insensé.

À ce qu’on sache, M. Khadr est en train de se réinsérer dans la société canadienne. C’est bien. On ne peut qu’espérer qu’il obtienne l’aide dont il a besoin. Toutefois, il n’y avait aucune raison valable de parvenir à un accord de 10,5 millions de dollars dans une affaire douteuse au lieu de laisser le tribunal trancher. 

SHELLY WHITMAN est directrice administrative du Dallaire Institute for Children, Peace, and Security de l’Université Dalhousie à Halifax, institut fondé par le général Roméo Dallaire en 2007.[Illustrations de Joel Kimmel]

Shelly Whitman dit que OUI

Environ 420 millions d’enfants, soit un sur six dans le monde, vivent dans des endroits touchés par les conflits armés. Pourtant, beaucoup de Canadiens n’arrivent pas à comprendre comment ce fait nous affecte tous.

En 2020, j’ai eu l’occasion d’organiser une rencontre entre deux personnes qui avaient été enfants-soldats : Omar Khadr et Ishmael Beah.

Khadr, né et élevé au Canada, a été forcé de déménager en Afghanistan quand il était enfant pour prendre les armes sous la direction de son père. Il a passé dix ans à Guantanamo Bay après l’échange de coups de feu où a été tué le sergent Speer.

Lors de l’incarcération illégale de Khadr, le Canada a transgressé les normes internationales relatives à la protection des enfants utilisés en tant qu’armes de guerre.

Beah avait 13 ans quand il s’est battu en Sierra Leone, mais contrairement à Khadr, il a été rééduqué plutôt qu’incarcéré. Beah est aussi l’auteur du livre à succès Le chemin parcouru, mémoires d’un enfant soldat, et un militant des droits de l’homme.

« Si un enfant de 15 ans en Sierra Leone ou en Uganda tue quelqu’un à la guerre, c’est une victime qui a besoin de rééducation, mais dès que cet enfant tue un soldat américain, les normes juridiques ne s’appliquent plus », fait valoir Beah.

Il existe cependant plusieurs lois internationales qui devraient empêcher les enfants d’être recrutés dans des conflits armés, ainsi qu’une orientation internationale qui définit les responsabilités principales. Par exemple, selon les Principes et Engagements de Paris relatifs aux enfants associés aux forces armées ou aux groupes armés, un enfant-soldat est toute personne de moins de 18 ans qui a été utilisée par une force armée d’une façon ou d’une autre, notamment comme porteur, messager, espion, cuisinier, esclave sexuel ou combattant au front. Il est important de réfléchir aux obligations juridiques du Canada quand on se penche sur le règlement de la poursuite civile de Khadr contre le gouvernement du Canada.

La loi internationale est claire : les enfants-soldats ne doivent pas être tenus responsables de leur participation à un conflit armé. Cela vaut quel que soit l’endroit où ils sont recrutés, par qui ils le sont et sans tenir compte de l’ethnicité, de la race, de la religion ou des opinions politiques. Beah a souvent déclaré que « les adultes sont les cerveaux de la guerre, les bailleurs de fonds de l’effort de guerre, et les personnes qui retirent des avantages […] ils ont aussi le pouvoir de l’empêcher ».

Le Canada a des obligations en vertu de sa Charte des droits et libertés et de la Convention contre la torture des Nations Unies. En 2010, la Cour suprême a qualifié les circonstances à Guantanamo d’« abusives » et déclaré sans équivoque que les agents du renseignement canadiens avaient enfreint les droits de M. Khadr pendant leurs interrogatoires.

Le manquement à notre devoir de protéger les droits de Khadr devait être reconnu, et il devait être dédommagé. Ce devrait être une leçon sur le caractère inviolable de la procédure établie et la protection de droits de la personne.

Lorsque Khadr a été libéré sous caution le 7 mai 2015, il a déclaré « je ne peux rien faire pour le passé, mais […] je peux faire quelque chose pour l’avenir ».

Pour briser le cycle de la violence, les Canadiens doivent accorder plus d’importance à la prévention du recrutement et de l’utilisation des enfants dans tous les conflits afin que nous puissions tous vivre en paix et en sécurité. 

La bicyclette du débarquement

Hauled bicycle like this one that sparked a friendship between Marius Aubé.

Rapide et silencieuse, cette bicyclette pliante joua un rôle clé pour les Canadiens en Normandie

Les 14 000 soldats canadiens qui débarquèrent à Juno Beach le jour J du 6 juin 1944 avaient apporté du matériel bien curieux : plus de mille bicyclettes.

Alors que les Alliés débarquaient et se déployaient sur les plages du nord de la France, les Canadiens avaient pour mission d’établir une tête de plage et de percer vers Caen. La plupart des bicyclettes étaient distribuées aux fantassins pour leur permettre de se déplacer plus rapidement et plus furtivement, avec pour consigne de les laisser sur place une fois usage fait.

Les civils récupéraient souvent les bicyclettes abandonnées pour leurs déplacements là où régnait une pénurie de carburant pendant et après la guerre. Comme elles rendaient service jusqu’à ce qu’elles tombent en morceaux, peu ont subsisté.

Des Canadiens qui ont débarqué à Juno Beach le jour J transportaient des bicyclettes [MDN/BAC/4233778]

Mais, l’une de ces bicyclettes a survécu, et elle a enrichi la collection du Centre Juno Beach, musée canadien aménagé près de la plage du débarquement. « Nous n’avons pas acquis une simple bicyclette, mais un objet chargé d’histoire », a écrit Marie-Ève Vaillancourt, responsable expositions et développement, sur le site Web du centre.

La bicyclette modèle « Airborne Folding Paratrooper » de l’entreprise Birmingham Small Arms (BSA) fut remise à Marius Aubé du Corps royal de l’intendance de l’Armée canadienne. Il atterrit près de la plage de Graye-sur-Mer le jour J. L’intendance mit à profit ses bicyclettes qui servaient d’appoint aux camions lourds et aux jeeps fournissant la nourriture, le carburant et les munitions aux soldats lors de leur progression vers le front.

Le soldat Aubé, de Sherbrooke, Qc, se noua d’amitié avec une famille d’agriculteurs à Banville, en France, et lorsque le Corps partit, il donna sa bicyclette au garçon de 14 ans, Christian Costil, scellant ainsi une amitié qui dura toute une vie et pendant laquelle ils entretinrent une longue correspondance. Certaines de leurs lettres ont aussi été remises au musée.

Costil utilisa la bicyclette à la ferme pendant 14 ans, puis il s’en servit pour faire ses tournées en tant que releveur de compteurs électriques jusqu’à sa retraite, en 1985. La bicyclette, précieusement conservée et méticuleusement entretenue, prit aussi sa retraite. Comme le souhaitait Christian Costil, elle fut donnée au musée après son décès en novembre 2020.

Christian Costil [Centre Juno Beach]

La BSA avait commencé à fabriquer des bicyclettes en 1880. Pendant la Première Guerre mondiale, elle approvisionna l’armée britannique en mitrailleuses Lewis en plus d’équiper de bicyclettes les soldats britanniques. Les bicyclettes firent vite leurs preuves en fournissant aux soldats un moyen de se déplacer facilement et rapidement. De surcroit, elles étaient plus faciles à entretenir que les chevaux.

L’entreprise continua de produire des bicyclettes pour les consommateurs après la Grande Guerre, il lui fut donc facile de reprendre une production militaire lorsqu’éclata la Seconde Guerre mondiale. La BSA produisit 130 000 bicyclettes militaires, dont plus de 60 000 destinées à être aéroportées pour des planeurs ou des parachutistes.

Le cadre des bicyclettes aéroportées était doté de charnières et l’on desserrait deux écrous à oreilles pour les plier en deux. La bicyclette pouvait être larguée avec son propre parachute, mais pliée, elle pouvait aussi accompagner le parachutiste lors de son saut. Les roues s’attachaient à la suspente du parachute, et lorsque le parachute se déployait, le parachutiste pouvait baisser la bicyclette pour qu’elle touche terre en premier. Après l’atterrissage, il n’y avait plus qu’à redresser les roues, serrer les écrous à oreilles et se mettre en selle.