L’équipe C.-B.-Yn continue de dominer au cribbage

Le vice-président national et président des sports, Brian Weaver, avec l’équipe championne du cribbage de 2023 : Al Larsen, Lawrence Wasylyshen, Alan Thibodeau et Phil Gustavsen de la filiale Standard, Alb.[Stephen J. Thorne/RL]

Pour la sixième fois lors des huit derniers championnats nationaux de cribbage de la Légion royale canadienne, un duo originaire de Terre-Neuve représentant l’équipe C.-B.-Yn s’est emparé du titre chez les doubles à Cochrane, Alberta, en avril dernier.

Barry Dillon, né à St. John’s, et Richard Falle, de Stephenville, T.-N.–L., ont tous deux déménagé en Colombie-Britannique dans les années 1980. Ces champions de la côte ouest, membres de la filiale Prince Edward de Victoria, ont obtenu leur tout dernier titre chez les doubles en empochant 17 manches sur 18.

Des membres du 952e Escadron de cadets de l’Aviation royale du Canada « Westjet » participent aux cérémonies [Stephen J. Thorne/RL]

« Nous sommes accros au cribbage, et nous avons l’œil partout, c’est tout, répond M. Dillon quand on lui demande le secret du succès. Le cribbage, c’est notre drogue de prédilection.

« Je parie que j’ai déjà joué au moins 3 000 parties cette année. »

M. Dillon, vétéran de l’armée et boulanger à la retraite, nous révélait quelques techniques lorsque M. Falle, poseur de plancher et pêcheur à la retraite, l’a interrompu : « surtout, gardez ça pour vous ».

Joe O’Keefe et Lela Veld de la filiale Souris, Î.–P.-É., ont obtenu la deuxième place chez les doubles.

Bill Nelligan de la filiale Cranbrook, C.-B., est à nouveau champion chez les simples. Il a cette fois remporté 16 manches sur 18, contre 18 sur 18 à Ottawa lors des derniers championnats de 2019 avant la suspension pendant la pandémie de la COVID-19.

Harley Brown de la filiale Elrose, Sask., était second chez les simples.

Quant à l’épreuve des équipes, elle a été dominée par Phil Gustavsen, Lawrence Wasylyshen, Alan Larsen et Alan Thibodeau de la filiale Standard, Alb. Ils l’ont remportée lors d’une belle avec l’équipe de Norton, N.-B., composée de Sharon Graham, Beth Wilson, d’Anne Reid et de Gerard Mills, qui avait obtenu 27 points comme eux.

Quarante-trois joueurs de toutes les régions du Canada se sont retrouvés à la filiale Men of Vision (de grands hommes, NDT), nommée ainsi en l’honneur des vachers et travailleurs de ranch du Cochrane Ranche, première grande exploitation bovine de l’Alberta. La ville a fait ériger la statue d’un cavalier au bord d’un escarpement surplombant le ranch, car on lui attribue la naissance de la solide industrie bovine de la province.

d’ouverture. M. Weaver remet la plaque des simples à Bill Nelligan de la filiale Cranbrook, C.-B.[Stephen J. Thorne/RL]

Cochrane, à une demi-heure de route du centre de Calgary et à une heure de Banff, est l’une des municipalités de l’Alberta à la croissance la plus rapide. Elle compte plus de 32 000 résidants, deux scieries, ainsi que la société de GPS Garmin qui a récemment annoncé son développement et a embauché 300 nouvelles personnes.

Cochrane vit au rythme du chemin de fer. Des trains de deux kilomètres de long y passent plusieurs fois par jour, chargés de céréales, de potasse et d’autres matières premières à destination des marchés asiatiques, ou de conteneurs pleins de produits pour l’est.

Steve Jepson, président, note que sa filiale a fait face à la pandémie sans subir de grosse attrition. Elle compte environ 400 membres, et comme d’autres filiales du pays, la direction cherche des moyens d’attirer du sang neuf, surtout parmi les soldats de la paix et les vétérans d’Afghanistan, le groupe d’anciens militaires actuellement le plus nombreux à Cochrane.

Les joueurs, qui représentaient les 10 divisions de la Légion, ont disputé en deux jours 262 manches. Selon Rob Orser, le président du tournoi, ils avaient en moyenne 69 ans. L’équipe la plus jeune était celle du Québec.

Comme d’autres filiales du pays, la direction cherche des moyens d’attirer du sang neuf, surtout chez les soldats de la paix et les vétérans d’Afghanistan.

Les championnats ont été orga-nisés grâce à l’aide de plus de 30 bénévoles, notamment des cuisiniers qui, en plus des diners, ont proposé des steaks au barbecue le vendredi soir et un souper de rôti de bœuf le dimanche pour clôturer le tout.

Barry Dillon et Richard Falle de la filiale Prince Edward Branch de Victoria ont gagné aux doubles.[Stephen J. Thorne/RL]

Le vendredi soir, une « expérience de marquage » était l’une des activités proposées grâce à la Alberta Stockmen’s Memorial Foundation. Le siège de la fondation est à Cochrane, et elle conserve les archives des marques de la province depuis 1885 dans un musée situé sur les anciennes terres du Ranche.

La fondation détient une collection avec un grand nombre de fers de marquage, et le personnel du musée en a sorti un échantillon pour que les participants de la Légion puissent apposer des marques de leur propre conception. Des inspecteurs ont examiné leurs créations avant que les équipes marquent des rondelles de bois brut d’une trentaine de centimètres de diamètre.

Il y a eu de la musique le samedi soir et le champion des simples,
M. Nelligan, qui nous a confié jouer quelque 5 000 parties par année, a
déclaré que la compétition avait été stimulante. Il a grandi dans une famille d’aviateurs où il y avait huit enfants. « Comment occupe-t-on les enfants? Avec des cartes, » a-t-il dit.

Il a été imprimeur et il conduit désormais un camion dans la région de l’Okanagan en Colombie-Britannique deux jours par semaine. Il a appris à jouer au cribbage quand il avait quatre ans, et il souligne que son père n’avait « aucune pitié » pour son jeune âge.

« Il était impitoyable : si un point m’échappait, il le prenait. Moi, je préfère vous dire exactement ce que vous avez, et toute l’affaire. Je préfère vous battre quand vous avez atteint vos limites. » 

Des héros de chez nous

Le retour du 22e Bataillon

(canadien-français) à Québec en mai 1919

Le retour au pays du 22e Bataillon (canadien-français) est célébré à la une. L’insigne de casquette du bataillon (en regard).

Pendant la Première Guerre mondiale, le célèbre 22e Bataillon (canadien-
français) endossa la charge de représenter non seulement une ville ou une région, mais bel et bien l’ensemble du Canada français. Les célébrations du retour au pays organi-sées par la Ville de Québec en l’honneur du 22e en mai 1919 illustrèrent à quel point le Canada français s’identifiait avec le bataillon et se réjouissait de son état de service à l’étranger.

Presque 800 hommes défilèrent triomphalement devant la foule en liesse qui avait envahi les rues là même où des émeutes anticons-cription les avaient agitées au printemps précédent. La réaction sans équivoque des habitants de Québec et de ses journaux à l’occasion du retour des hommes au pays montrèrent combien ils estimaient que les vrais héros de la guerre étaient ces jeunes hommes qui avaient servi, et surtout ceux qui y avaient sacrifié leur vie. 

Le 22e Bataillon avait été levé en octobre 1914 en recrutant principalement à Montréal. Il était arrivé au front en France en septembre 1915, et il avait participé à d’intenses combats pendant tout le reste de la guerre. Quelque 5 600 hommes passèrent par les rangs du bataillon, qui subit de lourdes pertes : 3 549 morts et blessés. Le 22e retourna en Angleterre après une période d’occupation en Allemagne début 1919, puis embarqua pour le Canada le 10 mai.

Le conseil municipal avait formé un comité d’accueil avec mandat de préparer un retour grandiose pour le bataillon. Les portes et les remparts du vieux Québec furent richement décorés, et l’édifice du Parlement, la mairie, ainsi que l’hôtel Château Frontenac se virent ornés de guirlandes, de drapeaux et de bannières. Six impressionnantes arches de la victoire furent dotées d’un affichage portant les messages « Gloire à nos héros », « Bienvenue aux héros de Courcelette et de Vimy » et « N’oublions pas les morts
héroïques ».

L’énorme paquebot Olympic accosta à Halifax le 16 mai. Le 22e, formé de 35 officiers et de 759 hommes d’autres rangs, était l’une des unités canadiennes à bord. Deux jours plus tard, à 8 h, deux trains de 15 voitures arrivèrent à Québec et, malgré la pluie, des dizaines de milliers de résidents firent le déplacement pour accueillir les soldats canadiens-français. 

Puis, à 9 h 20, les soldats coiffés de leur casque d’acier et fusil avec baïonnette à l’épaule, sortirent triomphalement de la gare en défilant devant un accueil enthousiaste. Les trains, les bateaux et les usines actionnèrent leurs sifflets, les églises firent sonner leurs cloches, et les klaxons de voiture retentirent alors que la foule en délire les acclamait et lançait fleurs, serpentins et confettis. 

Le bataillon passa par la basilique-cathédrale de Notre-Dame et le manège, puis il suivit la rue Saint-Louis jusqu’au monument à Samuel de Champlain près du Château Frontenac, où le maire, Henri-Edgar Lavigueur, prononça un discours émouvant. Faisant allusion à la discorde qui avait éclaté dans sa ville un an auparavant, il dit qu’il espérait que les hommes de retour seraient « les apôtres de l’entente cordiale […] dont nous avons tant besoin pour […] la grandeur du Canada ».

À 16 h, le 22e défila fièrement dans les rues étroites de « la vieille capitale ». Les gens du quartier populaire de Saint-Roch, dont les protestations contre la cons-cription avaient été les plus véhé-mentes en 1918, se montrèrent les plus allègres et accueillants. Le 22e s’engagea dans la rue
Saint-Vallier, généreusement ornée de drapeaux, de guirlandes, de fanions et de bannières d’accueil comme tant d’autres rues du quartier. 

Ce soir-là, lors d’un banquet au grand salon du Château Frontenac, les officiers du bataillon furent reçus en tant que « héros de chez nous, de notre race, de notre chair et de notre sang » par le premier ministre, Lomer Gouin.

Le bataillon, escorté d’une grande foule, prit le train pour Montréal peu après minuit. Ce jour-là, le 19 mai, le quotidien montréalais La Presse publia un éditorial avec des paroles fortes : « Depuis que le 22e est arrivé à Québec […] chaque Canadien français sent le cœur lui battre plus fièrement […] Pour nous, Canadiens-français, le Vingt-deuxième est quelque chose de très grand. » 

Le legs de Curtiss

Un hydravion à coque Curtiss HS-2L (à gauche) de la marine américaine sur la rampe de départ de la base américaine à Baker’s Point, passage Eastern [Musée de l’air de Shearwater (3)]

« On m’a rapporté hier que l’apparition inattendue d’appareils du service aérien avait suscité un grand émoi. Nous n’avons eu aucune information sur leur ajout à la garnison. Je serais heureux d’en avoir, car la forteresse est dotée de défenses antiaériennes. Les demandes de renseignements de la population civile indiquent qu’elle s’attend à une annonce. »

La lettre du 25 aout 1918 aux
autorités navales de l’officier supérieur de la Citadelle d’Halifax  était claire : à moins d’un préavis indiquant qu’un aéronef allait survoler la ville, l’appareil pourrait être suspecté d’être un avion ennemi et être abattu.

Les aéronefs qui avaient surpris la population civile et militaire d’Halifax étaient deux hydravions à coque Curtiss HS-2L de la United States Navy (USN). Ils étaient basés à Baker’s Point, dans le passage Eastern, de l’autre côté du port d’Halifax.

Mais, que faisaient-ils là?

La préface de l’histoire des aéronefs de l’aéronavale américaine à Baker’s Point remonte aux débuts d’une campagne allemande contre le transport maritime pendant la Première Guerre mondiale. L’Allemagne avait commencé à utiliser des sous-marins à grande échelle, les « unterseebooten » comme on les appelait du côté allemand, ou les « U-boots » chez les Alliés. Les pertes de navires des Alliés augmentèrent de façon astronomique.

L’Allemagne mena en fait deux campagnes contre le transport maritime pendant la guerre. La première, de février à septembre 1915, eut beaucoup de succès : elle fit couler presque un million de tonnes de navires. Elle ne fut abandonnée qu’à cause du tollé aux États-Unis après le naufrage du paquebot britannique Lusitania le 7 mai 1915. Il y avait 128 Américains parmi les 1 200 morts.

Cependant, le 1er février 1917, le grand état-major allemand déclencha une autre campagne d’U-boots sans limites, car il estimait disposer de suffisamment de sous-marins pour obliger la Grande-Bretagne à capituler. Toutefois, pour le succès de la campagne, les U-boots devaient se montrer sans pitié contre les belligérants et les neutres, les bâtiments de guerre, les cargos et les paquebots, dans les eaux britanniques ou à desti-nation de la Grande-Bretagne. Les Allemands savaient fort bien qu’attaquer tous les navires risquait de faire entrer les États-Unis en guerre, mais c’était un risque qu’ils étaient prêts à courir.

Cette déclaration inquiéta considérablement le gouvernement du Canada. Le 10 février, lors d’une réunion, un comité interministériel recommanda la création d’une aéronavale de la Marine royale du Canada pour la défense de la côte est. Deux jours plus tard, le comité établissait une exigence minimale de bases d’hydravions à Halifax et à Sydney, N.-É.

Ottawa demanda l’aide de la Grande-Bretagne pour étayer la proposition, et les Britanniques envoyèrent un aviateur naval chevronné étudier l’idée. En fin de compte, sa recommandation de créer une aéronavale de 300 hommes et 34 hydravions stationnés dans deux bases – au prix de 1,5 million de dollars – fut refusée par le Canada. Le cout en argent, en hommes et en matériel fut jugé excessif.

Pendant ce temps, pour affron-ter la menace des U-boots, la Marine royale relança le système de convois et adopta d’autres mesures défensives contre les sous-marins, comme les bateaux-leurres (les « Q-ships », des navires avec des armes dissimulées) et les canons sur les marchands. Pourtant, les pertes causées par les U-boots allaient croissant.

N.-É. Byrd est assis devant et au centre, entouré de ses officiers à la station en 1918 [Musée de l’air de Shearwater]

La base était supervisée par le capitaine de corvette (M) Richard Byrd, photographié avec son grand danois [Musée de l’air de Shearwater]

Puis, en janvier 1918, la Marine royale avertit Ottawa de s’attendre à « une attaque par l’un des nouveaux sous-marins ennemis dans les eaux canadiennes dès le mois de mars ». Un message ultérieur du 11 mars souligna à nouveau la menace et suggéra diverses contre-mesures.

Il s’agissait notamment de la construction d’hydravions et l’établissement de bases aériennes pour patrouiller sur la côte. Mais, le gouvernement canadien ne disposait pas d’aéronef militaire, et les Britanniques n’en avaient pas à lui donner. La marine du Canada n’avait été instituée qu’en 1910, et ses efforts principaux visaient l’approvisionnement en bateaux plutôt qu’en avions pour une aéronavale. Le Canada n’avait alors pas d’aviation.

Les Américains avaient déclaré la guerre à l’Allemagne le 6 avril de l’année précédente, lorsque plusieurs navires étasuniens avaient été coulés en février et en mars. Cela s’était ajouté au célèbre télégramme de Zimmerman, qui promettait au Mexique le retour des États du sud-ouest perdus lors de la guerre mexico-américaine de 1846-1848 s’il joignait ses forces à l’Allemagne contre les États-Unis.

Les États-Unis étaient désormais dans le conflit. Une conférence eut lieu à Washington au printemps 1918, à laquelle participèrent des représentants de la MR, de la MRC et de l’USN pour discuter de patrouilles aériennes au-dessus des eaux côtières canadiennes. Il en résulta un plan complet afin d’établir des bases aériennes en Nouvelle-Écosse et à Terre-Neuve.

Halifax et Sydney étaient prio-ritaires : chaque base aurait six hydravions, trois dirigeables et quatre ballons cerfs-volants (attachés en permanence). Elles seraient situées précisément à Baker’s Point, au passage Eastern, et à Kelly Beach, au nord de Sydney. Les États-Unis fourniraient aussi six chasseurs de sous-marins, deux torpilleurs et un sous-marin pour intensifier les patrouilles.

Les Américains allaient fournir du matériel et des pilotes jusqu’à ce que les Canadiens puissent prendre la relève à l’issue d’une formation (aux États-Unis) et de l’obtention du matériel nécessaire. La création du Service aéronaval de la Marine royale du Canada, refusé auparavant par le gouvernement, fut alors approuvée. Le recrutement pour un service de 500 hommes commença le 8 aout.

C’est là que le lieutenant (M) Richard Byrd, surnommé Dickie, entra en scène. Byrd, aviateur de la navale, était impatient d’aller faire la guerre en Europe. Il avait étudié à fond le nouveau secteur aérien et avait donc une grande expertise.

Byrd était aux anges quand il reçut l’ordre de se rendre à Washington, certain que la marine avait accepté sa proposition de piloter un nouvel hydravion géant jusqu’en Europe. Mais, sur place, on lui dit d’aller à Halifax prendre le commandement d’une base aérienne de l’USN.

Sauf que la base n’existait pas encore : il lui faudrait d’abord la bâtir. Byrd serait chargé de tenir les sous-marins allemands à l’écart de la côte et d’escorter les convois à l’arrivée et au départ à Halifax et à Sydney.

Au début du mois d’aout 1918, Byrd, capitaine de corvette inté-rimaire, arriva à Halifax avec plusieurs wagons couverts remplis de matériel. Ses hommes et lui traversèrent le port sur les carlingues sans ailes de leurs hydra-vions Curtiss HS-2L qui flottèrent jusqu’à Baker’s Point, où eut lieu le réassemblage (cf. l’encadré « Le legs de Curtiss » page 6).

Un « terrain nu » à Baker’s Point fut vite transformé en « camp où régnait une grande effervescence », avec un abri pour hydravions
temporaire nommé le hangar « Y ».
Le 19 aout, le hissage de la bannière étoilée indiqua le commis-
sionnement de Byrd en tant qu’officier responsable de l’U.S. Naval Air Force in Canada.

Selon les plans de patrouille de Byrd pour chaque station, il fallait deux aéronefs pour escorter les convois, un pour les opérations anti-sous-marines et un en réserve. Les patrouilles partant de Baker’s Point commencèrent tout de suite, mais des retards dans la construction repoussèrent celles de North Sydney jusqu’à la fin septembre. Les deux bases inscrivirent vite un impressionnant nombre d’heures de vol en protégeant les convois, en détectant les canons de la défense portuaire et en assurant la surveillance côtière.

Bien que les aéronefs de Byrd ne détectèrent aucun U-boot allemand manœuvrant en Atlantique du Nord-Ouest, les pilotes eurent beaucoup d’entrainement dans des conditions de vol précaires. Selon Byrd, les « hauts plateaux et les falaises de la Nouvelle-Écosse rendaient l’air agité et la brume épaisse. Les changements étaient soudains et violents ».

L’armistice du 11 novembre 1918 venu, Byrd reçut l’ordre de retour-ner à Washington. Il était heureux de voir les effusions de sang de la guerre prendre définitivement fin, mais amèrement déçu de ne pas avoir réussi à accomplir son but personnel de traverser l’Atlantique par les airs.

Malgré ces frustrations, Byrd avait entretenu de bonnes relations avec les Canadiens. « Personne n’est plus tolérant, aimable, cordial et accueillant que nos voisins canadiens, dit-il. C’est grâce à eux que j’ai appris une grande vérité : le savoir pave la voie de la compré-hension et de la tolérance. » 

Un hydravion à coque Curtiss HS-2L à Baker’s Point en 1918 (ci-dessous). Des membres de l’Aerial Experiment Association se rassemblent en 1909 (en bas).[Wikimedia]

Le legs de Curtiss

En 1907, Glenn Curtiss, pionnier de l’aviation, rejoignit sur l’invitation de Alexander Graham Bell l’Aerial Experiment Association à Baddeck, Nouvelle-Écosse. L’année suivante,
il remporta le Scientific American Aeronautical Trophy aux commandes d’un aéronef de l’association pour le premier vol d’au moins un kilomètre. Il devint le père de l’aéronavale en mettant au point le premier hydravion à coque du monde, en 1912, et il en conçut plusieurs autres, comme le HS-2L.

Le HS-2L était un aéronef de reconnaissance et de patrouille générales conçu par Curtiss en 1917 pour l’U.S. Navy. Il y avait à bord un pilote et un observateur, et il était propulsé par un moteur à 12 pistons en V refroidi par liquide Liberty de 360 chevaux-puissance. Le HS-2L avait un rayon d’action de 830 kilomètres et un plafond de 2  800 mètres. Sa vitesse de croisière était de 105 km/h, et sa vitesse maximale, de 137. Après la guerre, le HS-2L devint le premier aéronef de brousse du Canada et inaugura les traditions du vol de brousse dans le pays.

 

Un abri à hydravions temporaire appelé le hangar « Y » fut un des premiers édifices construits à l’emplacement de Baker’s Point

Le destin de Baker’s Point

L’emplacement de la base originaire a été repris par la 12e Escadre Shearwater.[Musée de l’air de Shearwater]

Les Américains quittèrent la Nouvelle-Écosse en abandonnant des aéronefs, du matériel et le hangar temporaire. Ils furent repris par le Service aéronaval de la Marine royale du Canada, une force dissoute peu après, en décembre 1918. La base aérienne de Baker’s Point resta désaffectée jusqu’en 1920, quand elle devint la première base de la nouvelle Aviation canadienne. De nos jours, Baker’s Point fait partie de la 12e Escadre Shearwater, centre de l’aéronavale au Canada. Le hangar « temporaire » de Byrd est un lieu historique utilisé par l’Unité de plongée de la Flotte (Atlantique). En 1995, l’édifice Admiral Richard E. Byrd fut ouvert par la fille de Byrd pour servir de quartier général de la nouvelle base.