Ennemi de notre état

Ce n’est pas une blague. Ni une menace en l’air. Et ce n’est pas une tactique de négociation. Les attaques répétées du président américain Donald Trump contre la souveraineté canadienne et le dénigrement de nos diri-geants équivalent à des mena-ces de guerre. Tout Canadien qui ne le voit pas ne prête pas suffisamment attention.

Avant même l’investiture pour son deuxième mandat, Donald Trump a commencé à désigner le Canada comme le 51e État et à appeler le premier ministre de l’époque, Justin Trudeau, « gouverneur ». Il a même publié une carte du pays recouverte du drapeau américain sur son compte Truth Social à plusieurs reprises. Imaginez comment cela serait perçu si la Chine faisait de même avec Taïwan, ou la Russie avec les anciens pays soviétiques?

Début 2025, peu de temps après avoir annoncé sa démission, M. Trudeau s’est exprimé franchement, à huis clos, sur la position de Donald Trump lors d’un sommet économique canado-américain. Il a déclaré à plus d’une centaine de chefs d’entreprise et d’experts en politiques publiques que le président voulait « accéder aux minéraux critiques du pays » et que M. Trump pensait « que la façon la plus simple d’y parvenir serait d’absorber notre pays, et c’est une réalité ».

Très médiatisées à l’époque, ces déclarations préoccupantes semblent avoir été en grande partie oubliées, bien que Donald Trump continue de présenter régulièrement le Canada comme le 51e État et de lancer la pique du « gouverneur » à son successeur, Mark Carney. Peu de temps après sa deuxième investiture, Donald Trump a lancé sa politique commerciale erratique à l’égard du Canada, modifiant ses cibles tarifaires au gré de ses humeurs (ou parce que la fumée des feux de forêt dérivait vers le sud).

« Il s’agit d’une guerre économique délibérée contre le Canada et non d’un différend commercial ordinaire », ont écrit en février 2025 les économistes Hadrian Mertins-Kirkwood et Marc Lee dans un article pour le Centre canadien de politiques alternatives.

De fait, la guerre économique constitue historiquement l’une des premières mesures prises par un belligérant avant de déclencher une guerre totale.

Le président « veut accéder aux minéraux critiques du pays […] M. Trump pense que la façon la plus simple d’y parvenir serait d’absorber notre pays, et c’est une réalité ».

Il n’y a peut-être pas de repré-sentation plus appropriée de la position belliciste de Trump envers le Canada que le nouveau pont international Gordie Howe reliant Windsor, en Ontario, à Detroit, au Michigan. Les ponts constituent depuis longtemps des ressources et des cibles militaires cruciales; il n’est donc pas surprenant que Donald Trump se soit donné beaucoup de mal pour en retarder l’ouverture, de six mois en fin de compte.

Il exigeait que la propriété du pont construit par le Canada soit partagée avec les États-Unis, même si sa propriété devait déjà être partagée avec l’État du Michigan une fois le Canada remboursé des couts de cons-truction. Curieusement, le propriétaire et exploitant de l’autre pont reliant Windsor et Detroit est un donateur milliardaire du comité d’action politique MAGA Inc., favorable à Donald Trump.

« Mes amis, c’est de la corruption au grand jour, a écrit le député Mike Levin sur Instagram au mois de juin. Un gouvernement devrait travailler pour le peuple, pas pour celui qui signe le plus gros chèque. Ouvrez le pont. »

Le pont a ouvert fin juillet sans participation officielle américaine.

« Continuons de travailler ensemble comme deux pays amis, alliés et fièrement indépendants », a déclaré pour l’occasion Doug Ford, premier ministre de l’Ontario.

La réponse de Donald Trump? Il a brandi de nouvelles menaces tarifaires. Quelques semaines après, les négociations sur un nouvel accord commercial entre le Canada et les États-Unis ont de nouveau échoué, ce qui a incité M. Carney à réagir : « Les  États-Unis tentent de nous briser pour pouvoir nous dominer.

« Nous avons été attaqués, a-t-il poursuivi. Et quand on est attaqué, c’est la guerre. »