La démocratie numérique en marche

Avec un an de retard, les délégués de la Légion se sont enfin réunis dans une salle de congrès virtuelle où l’union a fait la force

Le président national Tom Irvine et le premier vice-président, Bruce Julian au siège social, à Ottawa, suivent la procédure du congrès. [Stephen J. Thorne/Jennifer Morse]

13 au 15 aout, 883 délégués accrédités se sont réunis en ligne à l’occasion du 48e Congrès national de la Légion royale canadienne. Ils se sont penchés sur les adhésions, la sensibilisation du public et les efforts pour aider les anciens combattants du Canada.

Le congrès en présentiel prévu à Saskatoon en aout 2020 avait été reporté à aout 2021 en raison de la pandémie. Mais, prudence oblige, la décision a été prise en avril d’opter pour un évènement en ligne. 

Des experts-conseils ont été engagés pour concevoir et mettre en place ce congrès virtuel. Les délégués ont trouvé devant eux un portail protégé par mot de passe qui donnait accès à une page d’accueil conçue pour ressembler à l’entrée d’un centre de congrès. L’accès aux options de menu s’effectuait en cliquant sur des portes : salle des congrès, programme, ressources pour les élections, documents, salon professionnel, kiosques de la Légion. Un bouton de bureau d’aide restait toujours accessible. Les délibérations ont eu lieu dans une salle de congrès virtuelle.

 

Le congrès a commencé de façon informelle le vendredi 13 aout par des ateliers et des présentations.

Randy Woolman, directeur général de la société Impact AV Solutions qui a élaboré la vitrine et les rouages du congrès virtuel, a fait un exposé et répondu aux questions des délégués sur l’utilisation du site Web. Les questions et commentaires étaient envoyés par écrit, les délégués pouvaient clavarder entre eux, et les votes ont eu lieu en ligne. 

Quatre ateliers sur les relations publiques, les anciens combattants sans abri, les adhésions et le programme MemberPerks ont ensuite pris place.

Des représentants du cabinet d’avocats Lerners LLP ont renseigné les délégués sur le recours collectif intenté contre Aviva Insurance Company of Canada par des filiales de la Légion et d’autres organisations d’anciens combattants, de service ou d’héritage de tout le Canada (à l’exception de la Colombie-Britannique) après le refus d’Aviva de couvrir la perte de revenu commercial liée à la COVID-19 (www.lerners.ca/cases/canadian-legion-class-action). 

 

Pas de défilé ni de cérémonie du souvenir le samedi, mais plutôt un montage vidéo dans lequel figuraient un discours historique du premier ministre Lester Pearson, un diaporama poignant avec en fond sonore la chanson Brothers in Arms de Dire Straits, et une déclamation de Jack Babcock, dernier vétéran connu de la Première Guerre mondiale : « N’oublions jamais nos camarades tombés au champ d’honneur. Je passe ce flambeau du souvenir à mes camarades. Brandissez-le bien haut. » 

Guy Bélisle, brigadier-général des Forces armées canadiennes, a procédé à l’invocation : « La Légion et le Service de l’aumônerie royale canadienne sont étroitement liés. Nous sommes unis dans notre engagement à rendre hommage à ceux qui se sont donnés au plus haut degré. »

Le président Bill Chafe a demandé aux délégués d’observer un moment de silence en souvenir de leurs camarades disparus, notamment ceux décédés depuis le dernier congrès de 2018. 

M. Chafe a aussi remercié le comité local des préparatifs de la Saskatchewan pour la planification du congrès, et il a ajouté que l’édition 2028 aura lieu à Saskatoon.

Larry Murray, grand président de la Direction nationale, a fait remarquer combien les filiales de la Légion s’étaient « montrées à la hauteur pour appuyer et aider d’innombrables collectivités pendant la pandémie. »

« L’une des autres grandes priorités de la Légion pendant la pandémie a été d’aider de nombreuses filiales en difficulté financière pour qu’elles ne ferment pas définitivement leurs portes. Au début, la Direction nationale a distribué une aide en puisant dans les réserves nationales autant que possible. Puis, pour la première fois de l’histoire presque centenaire de la Légion, elle s’est tournée vers le gouvernement, qui a répondu à l’appel. L’aide n’a été accordée qu’aux filiales qui en avaient besoin pour survivre. Un travail remarquable s’est aussi poursuivi dans beaucoup d’autres domaines importants, notamment l’appui aux anciens combattants sans abri et à ceux qui ont subi des blessures de stress opérationnel. »

M. Tom Irvine a raconté les faits marquants de ses trois années à la présidence de la Direction nationale.

« C’est une expérience qui représente beaucoup pour moi, a-t-il affirmé. Nous avons élaboré des politiques et en avons renforcé d’autres. Lorsque nous avons appris que des groupes aux idéaux discriminatoires désiraient [utiliser] nos installations ou travailler avec nos membres, nous y avons mis un terme. »

« Quant aux usurpations militaires, j’en ai plus qu’assez que des gens se fassent passer pour d’anciens combattants ou affichent des décorations qu’ils n’ont pas méritées. Nous avons pris des mesures claires pour rappeler aux membres la manière dont la Légion traite ces affaires et les conséquences qui attendent les coupables. »

M. Irvine a ensuite souligné plusieurs projets et initiatives qui ont avancé pendant son mandat, notamment le plan d’action de la Légion en matière de sans-abrisme Leave the Streets Behind (laisser la rue derrière soi, NDT); le Fonds d’urgence à l’appui des organismes de vétérans, une aide du gouvernement fédéral pour que les organismes de bienfaisance sans but lucratif ou enregistrés puissent poursuivre leurs activités pendant la pandémie; et l’Opération Harmony, un comité formé pour s’assurer que la Légion est une organisation inclusive et socialement respectueuse avec des adhérents de tous les horizons.

M. Irvine s’est aussi tourné vers l’avenir. « Conformément à notre plan stratégique, a-t-il noté, nous devons toujours atteindre une base de 300 000 adhérents avant notre 100e anniversaire en 2026. Nous en sommes aujourd’hui à 250 000. »

Le déroulement des activités s’est soudain arrêté lorsque le président a demandé de passer au vote sur le rapport du président de la Direction nationale. 

Il y avait un problème informatique avec le vote en ligne, une sorte d’embouteillage qui empêchait l’arrivée des votes et le comptage dans les délais impartis. Des techniciens se sont affairés en coulisse, mais les agents du centre de commandement du congrès de l’administration centrale avaient déjà trouvé une solution procédurale.

« Nous allons poursuivre avec les adresses et rapports enregistrés au préalable sans passer aux questions aujourd’hui, a déclaré M. Chafe. Nous n’allons pas présenter de rapport avant demain, idem pour les questions et délibérations. »

Le problème technique a été résolu dans la soirée et le vote a repris le dimanche.

 

Le reste de la journée du samedi a été rythmé par des rapports de comité et des discours, en commençant par celui de Debbie Sullivan, mère de la Croix d’argent nationale de 2020-2021.

« L’expérience que j’ai vécue à Ottawa lors du jour du Souvenir en novembre dernier était surréaliste, a expliqué Mme Sullivan. Devant le Monument commémoratif de guerre du Canada, j’ai pensé à toutes les mères qui ont été là avant moi. Nous avions toutes le même objectif : défendre l’honneur et la liberté, et protéger ce pour quoi nos anciens combattants se sont sacrifiés et ce pour quoi ils continuent de se battre. »

Chaque président de comité a présenté son rapport et les budgets connexes, notamment le Conseil exécutif national; le comité des anciens combattants, des services et des ainés; le comité du coquelicot et du souvenir; le comité de l’adhésion; le comité des relations publiques; le comité des sports; le comité de la défense et de la sécurité; le comité du rituel et des récompenses; et le comité de la constitution et des lois.

Mark Barham, trésorier national, a exposé les états financiers de la Légion, notamment l’état des recettes et des dépenses. L’exercice 2020 a été clôturé avec un revenu tiré des activités de 2 158 286 $, avant la distribution de l’aide de 2 486 069 $ dans le cadre de la COVID-19. Le résultat financier montre des dépenses nettes de  327 783 $ pour l’année. Le budget 2021 prévoit un revenu net des activités habituelles de 4 325 $.

Bruce Julian, président du comité de l’adhésion, a rapporté que malgré la pandémie, le comité était en train de mettre en œuvre un plan stratégique visant à moderniser l’expérience d’adhésion pour les filiales et les membres, et de s’efforcer de renverser la tendance que connaissent les adhésions.

Les adhésions étaient en hausse pendant le premier trimestre de 2020.

La participation des filiales en ligne a augmenté et le processus de renouvellement des membres s’est amélioré (les membres peuvent dorénavant s’inscrire aux filiales locales en ligne). Ainsi, 76 % des adhésions de 2020 ont été traitées en ligne. Une nouvelle initiative de télémercatique automatisée a été mise à l’essai cette année, et le lancement d’une carte de membre électronique était prévu pour septembre.

Toutefois, les adhésions restent sur une courbe descendante depuis le dernier congrès : baisse de 2,1 % en 2018, de 2,1 % en 2019 et de 3,5 % en 2020. En mars 2021, elles étaient en baisse de 15 % par rapport à l’année précédente. À la fin de l’exercice 2020, le total des adhésions s’élevait à 248 427 $.

« Les adhésions ont pu perdurer durant la pandémie grâce au progrès de la modernisation de nos processus administratifs, a noté M. Julian. Nous restons extrêmement optimistes sur la croissance des adhésions à la Légion, et voici pourquoi : 60 000 nouveaux membres ont rejoint la Légion ces deux dernières années (2 019 et 2 020). Le Programme d’accueil des vétérans continue de se développer et a permis d’accueillir 5 000 nouveaux anciens combattants. Presque 10 % des membres ont opté pour le renouvellement automatique. Et il ne faut pas oublier que les adhésions étaient en hausse pendant le premier trimestre de 2020 (avant la pandémie) pour la première fois en 30 ans. »

Le rapport a suscité des questions des délégués qui ont voulu savoir si l’on acceptait toujours les formulaires d’adhésion envoyés par courrier (oui), si l’initiative de télémercatique allait se poursuivre (oui), et si la carte électronique sonnait le glas de la carte en plastique (non). 

 

Les élections ont eu lieu le dimanche matin, donnant aussi lieu au rapport de vérification des pouvoirs : 883 accrédités détenaient 1 384 procurations, donc un total de 2 267 votes.

Le premier vice-président, Bruce Julian de la filiale ontarienne de Beachville, a été proclamé président national. 

Les vice-présidents Owen Parkhouse de la filiale Morell (Î.-P.-É.), Angus Stanfield de la filiale Sooke (C.-B.) et Brian Weaver de la filiale Capt. Brien d’Essex (Ont). ont été proposés au poste de premier vice-président. M. Parkhouse y a été élu.

MM Stanfield et Weaver ont ensuite été nommés candidats aux trois postes de vice-président avec d’autres personnes : Berkley Lawrence de la filiale Carbonear (T.-N.–L.), Sharon McKeown de la filiale Pte. Joe Waters de Milton (Ont.), Chris Richardson de la Direction nationale, et Chris Strong de la filiale Innisfail (Alb.). M. Stanfield a refusé sa nomination. M. Lawrence, Mme McKeown et M. Weaver ont été élus.

Le président des débats, Bill Chafe de la filiale Sarnia (Ont.), et le trésorier, Mark Barham de la filiale Calgary North, ont été réélus pour un autre mandat.

 

M. Chafe avait prévu bien assez de temps pour les questions des délégués, toutes posées par écrit. Le vote s’est effectué sans accroc. Dix-huit motions ont été votées. Et certaines motions rejetées sont dignes d’être mentionnées.

Une motion recommandait à nouveau l’ajout d’une clause aux statuts : « Toute personne reconnue coupable de pédophilie ou d’agression sexuelle en vertu du Code criminel du Canada ou inscrite au registre national ou provincial des délinquants sexuels ne sera pas autorisée à demander une adhésion ni à transférer une adhésion existante au sein de la Légion royale canadienne. »

La Légion appuie l’esprit de la motion, bien entendu, mais elle a été rejetée pour des raisons procédurales. M. Dave Eaton, vice-président du comité des Constitution et Lois, l’a expliqué ainsi : « La motion proposait un libellé précis pour modifier les statuts de la Légion qui ne correspondait pas aux concepts et dispositions du Code criminel et qui, dans ces termes, serait difficile à appliquer et à faire respecter. »

Il a ajouté qu’il serait préférable que le comité de l’adhésion prépare une politique complète qui établirait les infractions interdisant l’adhésion.

Une autre résolution rapportée, celle proposant que les agents de l’Agence des services frontaliers du Canada ayant servi durant au moins deux ans soient ajoutés aux dix critères permettant l’adhésion ordinaire, a suscité des questions et des commentaires des délégués. « Et pourquoi pas tous les premiers intervenants? » a demandé un délégué. « Comment peut-on les considérer comme étant des membres anciens combattants? » a demandé un autre. La motion a été rejetée.

M. Jim Rycroft, président du comité des Constitution et Lois, a lu de nombreuses révisions des statuts, toutes adoptées. Il a aussi annoncé qu’il quittait ses fonctions après 19 ans à son poste. 

M. Irvine, président du comité de la Ligue royale des anciens combattants du Commonwealth, a communiqué le dernier rapport du congrès, en mentionnant au début le décès de M. Brian Watkins, membre du conseil du Canada au comité exécutif de la LRACC. Sa veuve, Libby Watkins, le remplace en tant que représentante du Canada. La Légion aide les anciens combattants et les veuves des pays antillais quand les organismes et le gouvernement ne peuvent pas leur fournir suffisamment de soins pour répondre à leurs besoins.

La collecte de fonds pour la LRACC a fortement diminué au cours des dernières années, surtout à cause de la pandémie. À l’heure de ses mots, seuls 22 800 $ avaient été recueillis. Il a sollicité le soutien des délégués. À la fin du mois d’aout, 119 650 $ avait été recueilli. 

 

Les membres du Conseil exécutif national (de g. à d.) : le président des débats, Bill Chafe, le président national, Bruce Julian, le Grand President, Larry Murray et le président sortant,Tom Irvine. [Stephen J. Thorne/Jennifer Morse]

M. Murray, le grand président, a intronisé les directeurs nouvellement élus après la clôture des activités.

« Je crois en cette organisation et en ce qu’elle accomplit tous les jours, a déclaré M. Julian, le nouveau président de la Direction nationale. J’appuie et j’applaudis nos efforts pour rafraichir notre message, moderniser nos processus et rationaliser nos procédures afin de mieux servir nos membres et, espérons-le, attirer une nouvelle génération de Canadiens plus diversifiée. »

Lors du mot de clôture, M. Chafe a noté que 1 450 questions et commentaires avaient été reçus dans cette seule journée, et que chacun d’entre eux devrait dans la mesure du possible trouver une réponse. « Il y a eu quelques accrocs, a-t-il conclu, mais dans l’ensemble, tout s’est bien passé. »

Les derniers mots au congrès ont été prononcés par feu le rabbin Reuven Bulka, dont la bénédiction du jour du Souvenir de 2007 a été lue dans une vidéo : 

« Aujourd’hui, nous entendons avec plaisir l’expression : “Nous soutenons nos troupes”. Mais, cela ne dit pas tout. Plus qu’un simple soutien, ce que nous devrions avoir sur nos lèvres et dans le cœur, c’est “Nous aimons nos troupes”. Nous aimons nos troupes pour leur altruisme […] pour leur amour inébranlable du Canada […] pour leur bravoure et leur dignité au combat […] et parce que grâce à elles, nous gagnons une appréciation plus réelle et essentielle de tous les anciens combattants qui se sont battus au nom du Canada pour la liberté dans le monde […].

Les soldats se sont battus et se battent encore pour la liberté, donc nous avons la responsabilité ultime de donner un sens à cette liberté en adoptant la langue du respect, la langue de l’inclusion, la langue de l’harmonie. »

Le 49e Congrès national doit avoir lieu à Saint John, N.-B., en aout 2024. 

À la barre

Le PRÉSIDENT NATIONAL Bruce Julian, âgé de 69 ans, œuvre à la Légion depuis 44 ans, et il est membre à vie de la filiale ontarienne Beachville. Il a servi dans les 3e et 4e bataillons du Royal Canadian Regiment et à tous les échelons de la Légion, où il a été élu président de la Division de l’Ontario en 2013. À l’échelon national, il a siégé au Conseil exécutif national en tant que président des débats des comités des relations publiques et de l’adhésion, en tant que vice-président des débats du Comité des anciens combattants, des services et des ainés, et en tant que membre des comités du Coquelicot et du Souvenir, de la Ligue royale des anciens combattants du Commonwealth, du comité consultatif des anciens combattants, des finances (rémunération et budget) et des anciens combattants, services et ainés. Il est actuellement président des débats des comités des anciens combattants, service et ainés, de la Ligue royale des anciens combattants du Commonwealth, des résolutions du congrès national, et de l’avenir, et il est vice-président des débats des comités des finances (rémunération, budget, placement et pension) et consultatif des anciens combattants. Il est également vice-président des débats actuel et ancien président des débats de Canvet Publications Ltd. M. Julian est aussi récipiendaire de la Médaille du service méritoire, des médailles des jubilés d’or et de diamant de la reine Elizabeth II, ainsi que de la Médaille de pompiers pour services distingués et de la Médaille des services d’incendie pour longs états de service décernés respectivement par les gouvernements fédéral et provincial. Il gagne sa vie en tant que cultivateur et ses loisirs sont les voyages, la pêche, la lecture et passer du temps avec sa famille. Son épouse Darlene et lui ont deux enfants, Jaclyn et Joseph, et trois petits-enfants, Brandon, Megan et Ella.

 

Le PREMIER VICE-PRÉSIDENT Owen Parkhouse, âgé de 57 ans, œuvre à la Légion depuis 22 ans, et il est membre ordinaire de la filiale Morell (Î.-P.-É.). Il a servi à l’échelon de la filiale, a été premier vice-président de la Division de l’île du Prince Édouard et représente cette dernière à la section spéciale des blessures de stress opérationnel. À l’échelon national, il a été président des débats du comité des relations publiques et représentant de la zone de l’Est des É.-U. Il est actuellement président des débats des comités de l’adhésion et du centenaire, vice-président des débats des comités des résolutions du congrès national et des anciens combattants, service et ainés, et membre des comités de la Ligue royale des anciens combattants du Commonwealth, des finances (rémunération et budget) et de l’avenir. Il est également président des débats de Canvet. M. Parkhouse est récipiendaire de la Médaille du souverain pour les bénévoles. Il a servi pendant 25 ans dans les Forces canadiennes et a été vice-président du Tribunal des anciens combattants (révision et appel), et il est directeur du fonds Last Post et de l’église presbytérienne de St. Andrews. M. Parkhouse se livre à un grand nombre d’activités et s’intéresse à beaucoup de choses. Son épouse Kathy et lui ont une fille.

 

Le VICE-PRÉSIDENT Berkley Lawrence, âgé de 67 ans, a rejoint la Légion il y a 18 ans et il est membre de la filiale Carbonear de T.-N.–L. Il a servi dans le Corps royal canadien des transmissions durant 33 ans et à tous les échelons de la Légion, obtenant le poste de président de la Division de Terre-Neuve-et-Labrador en 2017. À l’échelon national, il a servi en tant que président des débats du comité local des préparatifs du congrès national de 2016 à St. John’s et vice-président des débats du Comité du Coquelicot et Souvenir. Il est actuellement président des débats du Comité du Coquelicot et Souvenir, membre des comités des finances (budget) et de l’avenir, et représentant de la zone d’Europe. M. Lawrence aime les voyages et les activités de plein air comme la pêche, la chasse et faire du VTT. En plus de travailler à la Légion, il soutient la popote roulante. M. Berkley et son épouse, Sarah, ont trois enfants, David, Michael et Teri, et cinq petits-enfants. 

 

La VICE-PRÉSIDENTE Sharon McKeown, membre de la Légion depuis 40 ans et âgée de 65 ans, est membre à vie de la filiale Pte. Joe Waters de Milton (Ont.). Elle a eu divers rôles à tous les échelons de la Légion et a été la première femme élue présidente de la Division de l’Ontario. En tant que membre du Conseil exécutif national, elle a été vice-présidente des débats du comité des relations publiques et a siégé au comité de l’adhésion. Elle est actuellement présidente des débats du comité des relations publiques, membre des comités des finances (budget) et de l’avenir, et représentante de la zone de l’Ouest des États-Unis. Mme McKeown a pris sa retraite en 2012 à l’issue d’une carrière de 35 ans dans le domaine de l’assurance. Au fil des années, elle a consacré son temps à des organisations comme Scouts Canada, les Guides du Canada et les Clubs des Lions, et elle poursuit encore ses activités chez les dames auxiliaires de la filiale. Elle est récipiendaire de la Médaille du service méritoire avec palme, de la Médaille du souverain pour les bénévoles et de la Médaille du jubilé de diamant de la reine Elizabeth II. Son époux Bill et elle ont deux enfants et trois petits-enfants. 

 

Le VICE-PRÉSIDENT Brian Weaver, âgé de 73 ans, œuvre à la Légion depuis 48 ans, et il est membre associé de la filiale Capt. Brien d’Essex (Ont.). Il a servi à tous les échelons de la Légion qu’il a gravis jusqu’à celui de président de la Division de l’Ontario en 2015. Au niveau national, il est actuellement président des débats du Comité des sports, membre du Comité des finances (budget) et du Comité de l’avenir et représentant de la zone de l’Est des É.-U. Il a siégé aux comités du Coquelicot et du Souvenir et des anciens combattants, services et ainés, et il a été représentant de la zone de l’Ouest des É.-U. Il siège également au conseil d’administration de Canvet. M. Weaver détient la Médaille du service méritoire avec palme. Il a pris sa retraite de la Daimler Chrysler Corporation en 2003, après 34 ans et demi de service. Il passe son temps libre à jouer au golf et aux fléchettes. Avec Debra Gill, sa partenaire depuis 34 ans, il a cinq enfants, Kenny (décédé), Lisa, Jeff, Kelly et Erin, et cinq petits-enfants.

 

Le TRÉSORIER Mark Barham, âgé de 63 ans, est membre à vie de la filiale North Calgary. Il œuvre à la Légion depuis 46 ans, et il a gravi les échelons jusqu’à celui de trésorier de la Division de l’Alberta–Territoires du Nord-Ouest. À l’échelon national, M. Barham siège actuellement au Conseil exécutif, et il en est à son quatrième mandat de président des débats des comités des finances (rémunération, budget, placement et pension), et il siège au comité de l’avenir. Une Médaille du service méritoire lui a été décernée. Il est administrateur de la Fondation Whitney Victoria Barham. Il a récemment pris sa retraite après avoir vendu sa participation dans une chaine de restaurants. Il aime la pêche, la chasse, le hockey et l’écriture.

 

Le PRÉSIDENT DES DÉBATS Bill Chafe, âgé de 63 ans, est membre à vie de la Légion où il œuvre depuis 43 ans. Il a servi dans le First Hussars Reserve Regiment, et il est actuellement membre de la filiale ontarienne Sarnia. M. Chafe a gravi les échelons jusqu’à celui de président des débats de la Direction générale. Il en est actuellement à son troisième mandat à l’échelon national où il siège aux comités de la constitution et des lois, des finances (budget) et des résolutions du congrès national; en outre, il siège depuis peu aux comités de l’avenir et des anciens combattants, service et ainés. Il est également secrétaire du conseil d’administration de Canvet. Il est employé à CIMS Limited Partnership et quand il a du temps libre, il s’occupe de tout ce qui a trait à la Légion, aux voyages et aux sports. Il est récipiendaire de la Médaille pour service méritoire avec Palme, et des médailles des jubilés d’or et de diamant de la reine Elizabeth II. Son épouse Laurie et lui ont deux enfants, Sharon et Bill, et sept petits-enfants.

 

Le PRÉSIDENT SORTANT Thomas Irvine, âgé de 66 ans, a été dans le Black Watch (Royal Highland Regiment) of Canada durant 23 ans, notamment lors d’un service commandé en Égypte dans le cadre de la Force d’urgence des Nations Unies. Il a passé 33 ans au service de la Légion, et il
est actuellement membre à vie de la filiale Hemmingford (Qc). M. Irvine a gravi les échelons de la Division du Québec jusqu’à ceux de vice-président des débats et de vice-président, et il en a été président des débats trois fois. Il a été président national des débats pendant 10 ans et a siégé à des comités nationaux pendant 19 ans : président des débats à l’adhésion, à la Ligue royale des anciens combattants du Commonwealth, aux résolutions du congrès national et aux anciens combattants, service et ainés; et il a aussi été vice-président des débats des comités de l’avenir et des finances (rémunération, budget, placement et pension). Il a également siégé aux comités suivants : constitution et loi, résolutions du congrès national, concentration sur l’avenir, Coquelicot et Souvenir, consultatif des anciens combattants et sports. En outre, il a été président des débats de Canvet. Il est actuellement vice-président des débats du comité de la Ligue royale des anciens combattants du Commonwealth, membre des comités des finances (budget et rémunération) et de l’avenir, et directeur de la Fondation nationale Légion. Il a pris sa retraite de TD Canada Trust en 2004, il est membre de la loge des francs-maçons Harmony no 131 du Grand Registre du Québec, et il a été sept fois maitre de la loge Argyle-Elgin no 7. M. Irvine est membre de la Black Watch Veterans Association de Montréal et récipiendaire de la Médaille du souverain pour les bénévoles, de la Médaille du jubilé d’or de la reine Elizabeth II et de la Médaille du jubilé de diamant de la reine Elizabeth II. Ses loisirs sont la marche et l’art oratoire. Son épouse Paulette et lui ont quatre enfants, Jennifer, Wanda, Tom et Tim, et quatre petits-enfants.

 

Le GRAND PRÉSIDENT Larry Murray, âgé de 74 ans, a pris sa retraite en 1997 après avoir passé 33 ans dans la Marine royale canadienne et avoir été chef d’état-major par intérim des Forces armées canadiennes. Il a rejoint Pêches et Océans Canada cette année-là et y a été nommé sous-ministre délégué. En 1999, M. Murray a été muté à Anciens Combattants Canada, où il a occupé le poste de sous-ministre. Il a ensuite occupé le poste de sous-ministre à Pêches et Océans entre 2003 et 2007. À l’échelon national de la Légion, il a été membre d’office des comités de la concentration sur l’avenir et de la défense et de la sécurité. Il est actuellement président des débats des comités consultatif des anciens combattants et de l’opération Harmony, ainsi que membre d’office du comité des anciens combattants, des services et des ainés, et il siège au comité de l’avenir et occupe un poste de directeur de la Fondation nationale Légion. M. Murray est ancien président des débats du conseil d’administration du Forum des politiques publiques et ancien président de la Division de la Ligue navale du Canada, partie continentale de la Nouvelle-Écosse. Il a été le premier président des débats du Comité consultatif de l’ombudsman des vétérans, membre de l’extérieur du Comité de vérification de la Défense nationale et colonel commandant honoraire des Services de l’aumônerie des Forces canadiennes. À l’heure actuelle, il est président des débats de la commission d’Examen indépendante d’acquisition de la Défense. La liste des décorations de M. Murray comprend ce qui suit : Membre de l’Ordre du Canada, Commandeur de l’Ordre du mérite militaire, Ordre de Saint-Jean de Jérusalem, Médaille du service spécial de l’OTAN, Prix Vimy de la Conférence des Associations de la défense du Canada, Mention élogieuse du Chef d’état-major de la Défense, Mention élogieuse du ministre des Anciens Combattants, Médaille commémorative du 125e anniversaire de la Confédération du Canada et médailles des jubilés d’or et de diamant de la reine Elizabeth II. Son épouse, Claudia Buckley, et lui ont six enfants et se plaisent à passer du temps en compagnie de leurs sept petits-enfants. Quand il a du temps libre, il aime faire du bénévolat, du kayak, du jardinage, du jogging et de la lecture.

Le Coquelicot éternel

[iStock]

Le terrain boueux d’Europe de l’Ouest, un lieu lugubre, était sillonné de tranchées, balafré, bombardé et couvert de cratères pendant la Grande Guerre. Les vagues de batailles se succédaient, et la végétation était brulée par les explosions d’obus, empoisonnée par les gaz. Des soldats et des chevaux pourrissaient dans la gadoue, pertes irrémédiables. On aurait dit que rien ne pouvait exister là, sauf la mort.

Mais, au milieu du chaos et du carnage, des coquelicots rouge vif germaient et fleurissaient dans les terrains neutres et parmi les tombes des soldats morts au combat. Ces têtues fleurs sauvages étaient des lueurs d’espoir pour les soldats : si elles pouvaient percer à travers le marasme, il en serait de même pour eux.

Un soldat en particulier, le médecin canadien John McCrae qui servait dans la région de Flandre en 1915, fut tellement ému par la mort d’un ami sur le champ de bataille qu’il exprima ce qu’il ressentait dans un poème : « Au champ d’honneur, les coquelicots/Sont parsemés de lot en lot/Auprès des croix […]. » Après avoir été publié, le poème fit le tour des soldats, et le concept du coquelicot en tant que symbole du souvenir prit racine.

En 1918, l’Américaine Moina Michael répondit à McCrae dans son propre poème, We Shall Keep The Faith (Nous garderons la foi, NDT). « We cherish too, the Poppy red, That grows on fields where valour led, It seems to signal to the skies, That blood of heroes never dies » (Nous chérissons aussi le coquelicot rouge/ Qui pousse au champ où la valeur a conduit/ Il semble dire aux cieux/ Que le sang des héros ne meurt jamais, NDT). Anne Guérin, son homologue française, et elle encouragèrent le port du coquelicot artificiel pour commémorer l’Armistice.

La fleur rouge est synonyme de souvenir.

En 1921, la Great War Veterans Association of Canada, prédécesseure de la Légion royale canadienne, décida que le coquelicot serait porté au Canada tous les 11 novembre, jour de l’Armistice. Dans la foulée, elle lança le premier appel du coquelicot servant à appuyer les vétérans de la guerre.

 

L’adoption des fleurs comme emblèmes n’est pas rare : le trillium de l’Ontario, la rose sauvage de l’Alberta, la tulipe de la Hollande. Mais, peu portent le poids symbolique du coquelicot. 

La fleur rouge est synonyme de souvenir au Royaume-Uni, au Canada, en Australie, en Nouvelle-Zélande et aux États-Unis. Le bleuet de France, appelé communément œillet d’amour ou bleuet, est la fleur du souvenir en France. En Belgique, on utilise un coquelicot ou une marguerite blanche. Les Terre-Neuviens portent des myosotis. Mais, c’est habituellement le coquelicot qui l’emporte.

Au fil de la plus grande partie du siècle dernier, la Légion a trouvé de multiples façons de se servir du coquelicot pour encourager le souvenir et appuyer les anciens combattants et leur famille. Elle distribue quelque 20 millions d’épingles à coquelicot grâce aux troncs classiques et, dernière nouveauté, aux troncs sans contact. Elle est propriétaire de la marque déposée qu’est l’image du coquelicot, vend des produits sur le thème du coquelicot, projette des images de coquelicots sur les murs de la Tour de la Paix et désormais, en l’honneur du 100e anniversaire, propose le coquelicot immortel, une œuvre d’art numérique en nombre limité avec un vrai coquelicot de Flandre reconstitué en 3D et « gravé » des noms des morts de guerre canadiens.

Cette tenace fleur sauvage rouge-sang a fait bien du chemin depuis le ravage des champs de bataille en Flandre. Mais, elle perdure pour nous rappeler les nombreux sacrifices de guerre, dont nous nous souviendrons. 

Accélérer la cadence

Les arriérés concernant les  demandes d’avantages adressées à Anciens combattants Canada sont plus qu’exaspérants.

Malgré les bonnes intentions, bien qu’on accorde d’autres fonds et qu’on embauche des gens pour régler le problème, les retards perdurent et si l’on en croit les prédictions des défenseurs des anciens combattants, ils sont même sur le point d’augmenter maintenant que la pandémie s’estompe.

Anciens combattants Canada a fixé à 16 semaines le délai normal pour la prise de décision dans le cas de 80 % des demandes, cible qu’il n’a atteinte que dans le cas de moins d’une demande sur quatre en 2019-2020. C’était une diminution de 37 % par rapport à l’année précédente.

La raison de ces retards est simple : le ministère est inondé de demandes. De nouveaux avantages ont vu le jour, l’admissibilité à d’autres avantages s’est élargie, et les militaires, les membres réguliers de la GRC et les anciens combattants sont mieux tenus au courant des avantages qui leur sont offerts.

Le gouvernement a consacré presque 200 millions de dollars pour régler le problème, et ACC garde les 168 arbitres qu’il a pris à son service en 2018. Et il a embauché 350 personnes de plus.

Le ministère rapporte qu’il a formé des équipes pour diriger les demandes de prestation, poussé la numérisation des fichiers pour accélérer leur traitement et amélioré la transmission des renseignements des FAC et de la GRC.

Ces mesures ont réduit les arriérés au cours de l’année finissant le 31 mars 2021, mais il restait quand même 15 214 demandes en attente. Certains anciens combattants attendaient une décision depuis 2019, dit M. Ray McInnis, directeur des services aux anciens combattants à la Légion royale canadienne.

Le directeur parlementaire du budget estime que, grâce aux ressources actuelles, les arriérés seront résorbés d’ici 2022. Cependant, ils empireront si les employés supplémentaires sont mis en disponibilité. Si le personnel supplémentaire est gardé tout au long de l’année 2022, les arriérés seront éliminés d’ici le début de 2023.

PENDANT CE TEMPS, LES PROBLÈMES GRAVES PEUVENT EMPIRER ET DEVENIR DES AFFECTIONS CHRONIQUES.

La main-d’œuvre et les fonds supplémentaires seront certainement utiles pour régler le problème. Une méthode novatrice le serait aussi.

Le système d’avantages pour les anciens combattants a été conçu après la Deuxième Guerre mondiale, lorsque plus d’un million d’hommes et de femmes quittaient l’uniforme. Des exigences d’admissibilité complexes étaient indispensables pour éliminer les escrocs et assurer l’équité.

Les besoins ont changé au cours des sept dernières décennies, et la société s’attend à ce qu’on agisse rapidement, de crainte que les anciens combattants en difficulté financière retardent leurs soins en attendant une décision. Pendant ce temps, les problèmes graves peuvent empirer et devenir des affections chroniques.

L’innovation est nécessaire. L’agrément préalable automatique relatif à certaines demandes de prestations d’invalidité est une des options que soutiennent le Comité permanent des anciens combattants (CPAC), la Légion et le Conseil national des associations d’anciens combattants.

Il n’y a pas grand risque à admettre que la perte auditive d’un artilleur soit liée au feu des canons et aux explosions, ou que des lésions aux genoux soient liées aux sauts en parachute, comme on le lit dans certaines premières demandes. Ou que ces affections empirent au fil du temps. Selon les statistiques d’ACC, 80 % des premières demandes sont approuvées.

Mais ACC fait remarquer que la législation canadienne actuelle oblige les anciens combattants à prouver que leur limitation fonctionnelle résulte de leur service ou qu’elle été aggravée par lui.

Le ministère a convenu d’enquêter sur la manière dont l’agrément préalable fonctionne dans d’autres pays, mais nous conseillons aux anciens combattants de ne pas retenir leur souffle. Il faut accélérer la cadence.

« Ceci nécessite des efforts comme à la guerre », a déclaré le député québécois Luc Desilets lors d’une réunion du CPAC le 12 novembre 2020. Nous sommes d’accord. Il y a eu des progrès, mais vraiment pas assez, et ils sont beaucoup trop lents. 

La capacité d’adaptation est la clé du succès

Il faut lui dire bravo. Ces 16 derniers mois, pendant la COVID, la Légion royale canadienne a tout mis en œuvre pour éviter de suspendre les services qu’elle offre aux anciens combattants, et elle a fait preuve d’une remarquable capacité d’adaptation.

Avant la pandémie, les filiales de la Légion étaient une « deuxième maison » pour de nombreuses personnes aux quatre coins du pays. C’étaient des lieux où on se rassemblait, où on rencontrait du monde et où on évoquait des souvenirs, des lieux où on pouvait rouspéter, jouer aux fléchettes, obtenir de l’aide et se mettre au service des autres. Les filiales encouragent l’adhésion de nouveaux membres et génèrent des revenus. Elles sont les fondements du modèle fédéraliste des activités de la Légion. Heureusement, elles rouvriront bientôt leurs portes et refonctionneront à capacité maximale. Il n’en reste pas moins que la fermeture des filiales dans le cadre du confinement a porté un coup dur à cette institution nationale. 

Des initiatives numériques ont été adoptées et mises en œuvre.

Il y a un an, bien des filiales voyaient l’avenir en noir. Plus de 120 d’entre elles prédisaient qu’elles ne pourraient pas rouvrir pour des raisons financières ou qu’elles rouvriraient, mais ne dureraient pas trois mois. Quatre autres disaient qu’elles avaient déjà fermé ou qu’elles fermeraient pour de bon.

La Direction nationale est intervenue et a donné l’exemple en puisant dans son fonds de réserve pour distribuer 3 millions de dollars aux filiales qui en avaient le plus besoin. Elle a ensuite entrepris des activités de défense des intérêts pour convaincre le gouvernement fédéral d’ouvrir lui aussi son portefeuille. En novembre, Anciens combattants Canada a créé le Fonds d’urgence à l’appui des organismes de vétérans de 20 millions $ : 14 millions $ ont été alloués aux filiales de la Légion qui peinaient à couvrir à leurs frais d’exploitation avec la COVID-19. Ces fonds ont été déboursés en trois phases : 7,2 millions $ à 701 filiales en décembre, 2,8 millions $ à 282 filiales en mars et le reste à 885 filiales en mai.

Nécessité faisant loi, des initiatives numériques ont été adoptées et mises en œuvre : troncs du coquelicot sans contact, inscriptions et renouvèlements en ligne, transferts électroniques de fonds, investissements en mercatique dans les médias sociaux. Des cartes de membre numériques sont même en cours d’élaboration.

Les membres du Conseil exécutif national maitrisent désormais l’art des réunions sur Zoom. C’est un bon moyen de se préparer au congrès national de 2021, qui aura lieu en aout par visioconférence. 

On peut certes arguer que certaines de ces mesures étaient déjà en cours, mais la pandémie a été le moteur de leur mise en œuvre accélérée.

Les dirigeants de la Légion, de la filiale à la direction divisionnaire, ne se sont pas arrêtés sur ce qu’ils ne pouvaient pas faire, ils ont entrepris tout ce qu’ils pouvaient faire. Ils ont trouvé de nouveaux moyens de préserver le lien avec les anciens combattants âgés isolés (et même de leur livrer des repas), de maintenir les services à distance pour les gens qui ont besoin d’avantages d’ACC, et de continuer à commémorer les personnes mortes au combat sans se rassembler en grand nombre. Et donc, des bravos sont de rigueur. 

Le CEN focalise ses efforts sur l’appui aux filiales

Lors de sa vidéoconférence des 24 et 25 avril, le Conseil exécutif national (CEN) a examiné les multiples répercussions de la COVID-19 sur la Légion royale canadienne au cours des derniers mois. Le thème récurrent pendant la réunion a été la manière dont la Légion a réagi face à la pandémie et ce qu’elle devrait faire pour se préparer à l’après-pandémie. 

« Des filiales ont mis la main à la pâte en proposant leurs locaux pour la vaccination et les tests. »

« La priorité de la LRC l’année dernière a été d’aider de nombreuses filiales qui étaient en grande difficulté financière à cause du confinement à éviter la fermeture définitive, a expliqué Larry Murray, Grand Président. Au début, la Direction nationale a fourni une aide financière en puisant autant que possible dans les réserves nationales, puis elle a demandé de l’aide du gouvernement pour la première fois en presque un siècle d’existence de la Légion, aide qu’elle a obtenue. Le soutien a été accordé exclusivement aux filiales qui en avaient besoin pour survivre. »

« Nous avons réussi à faire ce qu’il fallait pour que les filiales qui sollicitaient l’aide du gouvernement l’obtiennent rapidement, a déclaré Tom Irvine, président de la Direction nationale. Des filiales ont mis la main à la pâte en proposant leurs locaux pour la vaccination et les tests. Et elles ont continué à innover pour trouver de nouveaux moyens d’offrir des services, d’attirer des membres, de les convaincre de renouveler leur adhésion et de promouvoir le souvenir. »

 

En avril 2020, le CEN a annoncé qu’il débloquerait jusqu’à 3 millions $ du fonds d’urgence pour aider les filiales en difficulté à cause de la pandémie. Presque 2,5 millions $ de subventions non remboursables ont été distribués jusque-là.

Le 10 novembre 2020, Anciens combattants Canada a annoncé la création du Fonds d’urgence à l’appui des organismes de vétérans. Quatorze millions ont été alloués à la LRC pour les distribuer aux filiales qui peinaient à couvrir leurs frais d’exploitation conséquemment à la COVID-19. Les fonds ont été distribués le 21 décembre (7,2 millions $ à 701 filiales), le 1er mars (2,8 millions $ à 282 filiales) et le 7 mai (le reste des fonds à 885 filiales). Les directions divisionnaires avaient droit à des fonds lors de la troisième phase.

 

Mark Barham, trésorier national, a rapporté que la Direction nationale avait un excédent de fonctionnement de 1 310 917 $ à la fin de 2020. (L’excédent avait été de 135 077 $ en 2019.) Le rendement du capital investi a été de 403 195 $ en 2020, 138 507 $ de moins que ce qui avait été prévu au budget. Cela résulte de la volatilité des marchés et du prélèvement sur le compte du fonds de réserve pour le fonds d’aide de 3 millions $ aux filiales. Le service de l’approvisionnement a généré 4 007 152 $ de ventes au cours de l’année, plus que les 1,4 million $ auxquels on s’attendait. La vente des masques de la Légion a été la raison principale de ce surplus.

Les dépenses des comités de la LRC ont été inférieures à leur budget de 90 % avec la diminution du nombre de déplacements et d’évènements : le sport des membres est à 347 991 $ sous le budget et l’athlétisme à 259 099 $ sous le budget. Les dépenses liées aux services aux membres ont dépassé leur budget de 60 240 $, surtout à cause des augmentations des frais de cartes de crédit, des frais du traitement du courrier et de la prolongation des heures d’ouverture.

 

Le CEN a donné le feu vert à la production de la carte de membre électronique, téléchargeable sur les appareils mobiles. Celle-ci s’ajoute aux actuels cartes de membre et autocollants en plastique.

« La pandémie nous a montré qu’il fallait recourir à de nouvelles méthodes pour distribuer les cartes et les autocollants sur papier, a noté Bruce Julian, président du comité de l’adhésion. Une carte électronique nous permet de nous moderniser et de réduire les frais. Elle s’affiche sur une appli de téléphone [un « portefeuille »] qui contient les renseignements de la carte en toute sécurité. » 

Dans le cadre du plan stratégique pour moderniser l’expérience d’adhésion, les services aux membres ont renforcé la participation en ligne des filiales, amélioré le processus de renouvèlement des adhésions et permis aux nouveaux membres de se joindre à leur filiale locale en ligne. En 2020, 76 % des adhésions ont été traitées en ligne, soit par les filiales, soit par les membres eux-mêmes. Et 6 454 personnes ont adhéré en ligne, contre seulement 1 456 en 2019.

Pendant le premier trimestre de 2020, les adhésions ont augmenté de 2 % par rapport à l’année précédente, a mentionné M. Julian, mais la pandémie a freiné cette hausse. Le nombre de membres en règle en 2020 était de 248 427, une baisse de 11 770 membres (3,5 %) par rapport à 2019.

Étant donné cette diminution causée par la pandémie, explique M. Julian, la LRC devra par la suite accroitre ses activités de marketing. Le nombre de membres en 2021 est actuellement inférieur de 26 000 par rapport à l’année dernière.

Pour donner à la Légion un certain élan et bien la placer sur la voie de la reprise, 150 000 $ de plus seront dépensés en mercatique et en initiatives de recrutement de membres, notamment avec des annonces sur les médias sociaux ciblant les membres potentiels, une campagne de publipostage pour le renouvèlement des adhésions et du démarchage par téléphone pour joindre les membres qui ne sont pas en règle.

Angus Stanfield, président du Comité du Coquelicot et Souvenir, a proposé une mesure visant à augmenter le nombre de troncs spéciaux de reddition d’hommages sans contact en 2021. Lors du projet pilote de l’an dernier, 250 troncs avaient été installés dans des succursales de la Banque HSBC et dans certaines filiales de la Légion. La HSBC couvre les frais des troncs. On en espère 2 000 en 2021. 

M. Stanfield a aussi proposé que 599 700 $ sur trois ans soient alloués au soutien du Consortium de recherche sur le support et la défense des héros qui appuie les recherches sur la santé et le bienêtre des militaires et des anciens combattants canadiens, du personnel affecté à la sécurité publique et de leurs proches. Parmi les partenaires du consortium institué à la faculté de réadaptation médicale de l’Université de l’Alberta se trouvent la Division de l’Alberta–Territoires du Nord-Ouest, le Northern Alberta Institute of Technology et d’autres institutions de vocation semblable. La motion a été adoptée.

« L’édition 2021 du Congrès national qui aura lieu du 13 au 15 aout se tiendra en ligne. »

Des propositions d’accorder 25 000 $ à Heroes Mending on the Fly Canada, 15 000 $ à Ways to Wellbeing et 6 000 $ à 11 Days of Remembrance ont aussi été adoptées.

Brian Weaver, président du Comité des ports, a fait le point sur les calendriers de 2022 et 2023 des championnats de sport de membres (cribbage, fléchettes et jeu de la huit) et des Championnats nationaux d’athlétisme pour jeunes. Le comité cherche des filiales pour accueillir le cribbage et les fléchettes en 2023.

Le président du Comité des congrès, M. Irvine, a annoncé que le CEN avait décidé que l’édition 2021 du Congrès national qui aura lieu du 13 au 15 aout se tiendrait en ligne. Cette annonce a entrainé une multitude d’annulations de réservations au centre des congrès et hôtel de Saskatoon. On offrira à la ville la possibilité d’accueillir le congrès de 2028. Celui de 2024 doit avoir lieu à Saint John, N.-B. et celui de 2026, à Winnipeg.

« L’année 2020 a clairement montré à quel point les membres ont du ressort. »

Selon Owen Parkhouse, président du Comité du centenaire, les préparatifs ont commencé pour le programme du 100e anniversaire de la Légion qui doit avoir lieu de juin 2025 à juillet 2026. Un logo spécial (ci-contre) a été conçu et approuvé par le CEN, et les institutions sui-vantes ont été avisées : l’Autorité héraldique du Canada pour des armoiries; la Monnaie royale du Canada pour une pièce destinée à la circulation; Postes Canada pour un timbre commémoratif; et l’Office national du film pour un documentaire sur les 100 ans de la Légion. On recrute au moins un membre de chaque division pour former le comité de planification.

[La Légion royale canadienne]

Dave Flannigan, président de la Fondation nationale Légion (FNL), a rapporté que plus de 350 000 $ étaient distribués en 2021 à des œuvres de bienfaisance qui aident les anciens combattants et leur famille. Le conseil de la FNL a approuvé une stratégie de collecte de fonds avec une campagne de publipostage, des appels de fonds en ligne, un programme de dons mensuels et des legs. Sa campagne auprès des entreprises nationales ou locales prend de l’ampleur. Les campagnes du coquelicot numérique et du jeu électronique Remembrance Island se tiendront du 29 octobre au 11 novembre 2021.

 

Les rapports des présidents des directions divisionnaires ont mis en évidence un thème commun : malgré la pandémie, le travail de la Légion se poursuit à l’échelle du pays. 

« L’année 2020 a clairement montré à quel point les membres ont du ressort, a souligné John Mahon de l’Alberta–Territoires du Nord-Ouest. Nous avons la force du nombre et notre priorité a été de nous occuper des anciens combattants et sans-abris. »

Valerie MacGregor de la division de la C.-B.–Yn a rapporté que le projet phare de sa division, le Legion Veterans Village, immeuble mixte de 20 étages à North Surrey, C.-B., avançait comme prévu. Il abritera un centre d’excellence sur la santé mentale pour les anciens combattants et les premiers intervenants, un centre de réadaptation et de soins de santé, des logements et un espace commercial. Le premier des deux stades doit s’achever fin 2022. 

Garry Pond de l’Ontario a souligné que la Maison des vétérans à Ottawa avait accueilli ses premiers résidents en février.

M. Pond nous met en garde sur le fait que la suspension des procédures de plainte et d’appel de l’Article III « a été très stressante, surtout pour les gens dont l’avenir sera décidé par une procédure ». L’article III s’applique au processus de plaintes et d’appels de la Légion. En mars 2020, le CEN a décidé que les plaintes et les appels, en cours ou nouveaux, seraient mis en veilleuse durant la pandémie. 

D’autres présidents l’ont rejoint sur ce point. « Nous avons beaucoup de cas d’article III, et les gens sont tout simplement épuisés », a dit Marion Fryday-Cook de la N.-É.–Nt. « Les temps sont difficiles, a ajouté Mme MacGregor. Nous devons être calmes, bienveillants, et prendre soin les uns des autres. » 

 

Quant aux affaires nouvelles, Nathan Lehr a proposé que la Direction nationale produise une lettre de soutien pour une initiative de la division de Terre-Neuve-et-Labrador visant à rapatrier un soldat inconnu de la Première Guerre mondiale qui serait enterré lors de la redédicace du Monument commémoratif national de guerre de Terre-Neuve à St. John’s, le 1er juillet 2024, en l’honneur du 100e anniversaire. 

« J’appuie tout à fait cette initiative », a dit Dave Flannigan, président sortant immédiat de la direction nationale. Les autres membres du conseil étaient d’accord.

La réunion s’est achevée après la présentation de M. Irvine. La Citation du président (ci-dessus) a été décernée à Michael Cook, David Sinclair et Gerry Vowles, tous trois anciens présidents de division, en l’honneur de leur engagement et de leur service exceptionnel en tant qu’administrateurs de la Division de la C.-B.–Yn de 2017 à 2019. 

[La Légion royale canadienne]

Itinérance zéro?

London, Ont., a récemment déclaré avoir pratiquement éliminé le problème de l’itinérance des anciens combattants sur son territoire. Le statut de « pratiquement zéro itinérance chez les anciens combattants » est conféré par l’Alliance canadienne pour mettre fin à l’itinérance. Cela signifie que le nombre d’anciens combattants sans abri est inférieur ou égal à celui que la ville a prouvé pouvoir loger en un mois.

L’alliance a confirmé que, dans le cadre de sa campagne Prêt pour zéro Canada, London était la première collectivité canadienne à atteindre cette distinction.

« Un logement sûr et abordable est un droit pour tout le monde, surtout pour les femmes et hommes qui ont servi leur pays », souligne le maire, Ed Holder.

Selon un rapport fait au Parlement par le Comité permanent des anciens combattants de la Chambre des communes en 2019, l’itinérance est un problème qui toucherait 3 000 à 5 000 anciens combattants canadiens sur les presque 650 000 que compte le pays.

Le rapport insistait sur l’importance des organisations communautaires et soulignait que l’itinérance était souvent déclenchée par la transition à la vie civile. Une foule de problèmes complique l’enjeu : la santé, la précarité du marché du travail, la pauvreté, la pénurie de logements abordables et les lourdeurs administratives qui bloquent l’accès à des services de soutien.

« L’élaboration d’une stratégie concertée pourrait éliminer complètement le problème de l’itinérance chez les anciens combattants en quelques années », dit le rapport.

Cela semble prometteur, mais les appels en faveur d’une stratégie unifiée n’ont rien de nouveau : en 2016, nous avons parlé du succès de l’U.S. National Coalition for Homeless Veterans et dit que les « éléments d’une coalition semblable existent déjà ici, ainsi que des modèles précisant comment elle fonctionnerait […]. Il faut une politique sur l’itinérance axée sur les anciens combattants.

L’an dernier, la Légion royale canadienne a publié un plan d’action visant à éliminer le problème de l’itinérance chez les anciens combattants.

La stratégie recourrait ainsi aux recherches et pratiques exemplaires fondées sur des preuves. Elle enrichirait le corpus de connaissances sur l’itinérance des anciens combattants « pour affiner les stratégies en matière de sensibilisation, cibler les activités de prévention et élaborer les interventions axées sur les anciens combattants sur une base de preuves solide.

Repérer les anciens combattants sans abri et les loger durablement sont deux choses bien différentes.

Il est navrant, dit le plan, que dans un pays aussi riche que le Canada, les hommes et les femmes qui ont servi leur pays se retrouvent à lutter pour se procurer les nécessités de la vie, notamment un endroit où ils peuvent se sentir chez eux. »

London mérite nos félicitations pour ses efforts. Kingston, Ont., s’approche aussi du « pratiquement zéro » en matière d’itinérance des anciens combattants.

Mais ce sont là des exceptions, pas la règle. Il ne faut pas se bercer d’illusions et se dire que tout va bien, que le problème est en passe d’être réglé. Même si le nombre de places disponibles est supérieur aux estimations numériques, repérer les anciens combattants sans abri et les loger durablement sont deux choses bien différentes.

Trouver des moyens novateurs et efficaces d’identifier les anciens combattants sans abri et gagner leur confiance, comme le plan de la Légion l’explique, sera le gros du travail. Et nous avons immédiatement besoin d’autres coalitions, nationales ou locales, pour aider les anciens combattants sans abri.

Pour des milliers d’anciens combattants dans la rue, le zéro doit être atteint là, maintenant. 

Décisions du CEN

Lors de sa vidéoconférence, les 6 et 7 juin, le Conseil exécutif national a adopté plusieurs motions importantes et s’est penché sur les répercussions de la COVID-19 sur la Légion royale canadienne au cours des prochains mois.

Le thème de l’impact de la pandémie a été exploré à maintes reprises pendant la réunion : risque de faillite pour certaines filiales et mesures pour les soutenir; impact sur les cotisations des membres et des ventes d’approvisionnement; incertitude sur quand, ou même si, les évènements prévus à la Légion et dans la collectivité globale des anciens combattants se dérouleront. 

En avril, le CEN a annoncé qu’il allait débloquer les réserves nationales à concurrence de 3 millions $ pour aider les filiales peinant à cause du coronavirus. Environ 1,35 million $ en fonds d’urgence – subventions non remboursables – ont été distribués aux filiales à ce jour. Une deuxième tranche, et comment elle serait administrée, était au centre des discussions le 7 juin, et en conclusion, l’argent serait dirigé là où il ferait le plus grand bien. 

Les présidents de division ont été invités à faire le triage de leurs filiales pour bien concentrer ce soutien financier en identifiant :

a) les filiales qui ont fermé définitivement leurs portes depuis le début de la réponse à la pandémie ou qui risquent de le faire;

b) les filiales qui ne pourront pas rouvrir leurs portes pour des raisons financières ou qui ouvriront mais risquent de faire faillite dans les trois mois suivants; 

c) les filiales qui rouvriront leurs portes mais auront du mal financièrement; 

d) les filiales capables de rouvrir leurs portes, mais dont les activités seront malmenées par les finances.

À l’échelle nationale, le total de a) est de 4, celui de b) est de 115-120, celui de c) est de 346-357 et celui de d) est de 849.

Les filiales ont toutes droit aux fonds, mais seulement si leur première tranche a été dépensée ou si elles n’avaient pas encore demandé de soutien. On s’attendait à ce que les besoins augmentent en juin, en juillet et au-delà. 

Le président national, Tom Irvine, a félicité les directions divisionnaires d’avoir rapidement établi des comités d’évaluation et d’avoir dépensé les fonds avec circonspection. « La deuxième tranche sera donnée quand et où les besoins se feront sentir, et de façon équitable, a-t-il dit. Sauf si une filiale a encore des fonds de la première tranche. »

Le 28 avril, M. Irvine a écrit au premier ministre Justin Trudeau pour lui demander des éclaircissements sur le Fonds d’urgence pour l’appui communautaire. Les filiales de la Légion n’ont pas eu droit à l’aide des programmes du gouvernement fédéral relatifs à la COVID-19, tandis que d’autres entreprises et organismes de bienfaisance y ont eu droit.

« L’intervention fédérale est nécessaire pour les filiales, a déclaré Irvine. L’argent du gouvernement fédéral que nous recevrions irait entièrement aux filiales.»

(À l’heure où nous mettons sous presse, le gouvernement n’a pas encore répondu.)

Le manuel du coquelicot a été modifié pour permettre une dépense spéciale unique allant jusqu’à 500 $ par filiale pour l’achat d’équipement de protection individuelle, comme des postes d’assainissement des mains sans contact, afin de protéger les anciens combattants dans la filiale. 

Le service de l’approvisionnement offre des masques non médicaux aux filiales à 6,50 $ pièce qu’elles peuvent revendre au prix de 10 $. En outre, la Légion envoie un masque gratuit à chaque ancien combattant des 1 118 établissements de soins dont certains des résidents sont pris en charge par Anciens Combattants Canada. 

La forme que prendra la cérémonie du jour du Souvenir 2020 demeure incertaine. On s’attend à ce que la distanciation physique et d’autres limitations liées à la pandémie l’affectent, comme ce sera le cas pour la campagne du coquelicot. Une équipe à la Maison de la Légion avait été chargée de trouver des mesures. 

Danny Martin, directeur des Services d’entreprise, a rapporté que la distribution des coquelicots en personne dépendra des restrictions de santé locales, et le quartier général travaille avec des partenaires du jour du Souvenir, comme ACC, les Forces armées canadiennes, la Ville d’Ottawa, la Commission de la capitale nationale, les forces policières et les chorales, pour envisager trois scénarios : une cérémonie traditionnelle complète, une cérémonie traditionnelle dont certains éléments seraient réduits et une cérémonie virtuelle.

Cette dernière « ne sera pas mise en œuvre tant que ce ne sera pas nécessaire, a déclaré M. Martin. Personne ne veut celle-là. » 

 

Le trésorier national, Mark Barham, a rapporté que la Direction nationale avait un excédent de 135 077 $ à la fin de 2019, un montant de 83 821 $ de plus que ce qui avait été prévu au budget. (L’excédent avait été de 277 165 $ en 2018.) Vu l’annulation des déplacements et des évènements sportifs nationaux de 2020, et le report du congrès national à 2021, on prévoit des économies, mais elles seront contrebalancées par la baisse de 5 pour cent que l’on prévoit dans les revenus liés à l’adhésion. Pour contrer cela, le budget de mercatique de la Direction nationale pour 2020 a été augmenté de 140 000 $ qui seront consacrés à des efforts accrus pour encourager les nouvelles adhésions et les renouvellements : en particulier, davantage d’annonces – pour les renouvellements et le programme de rabais pour groupes MemberPerks – en ligne et en format imprimé.

 

Le président du Comité de l’adhésion, Bruce Julian, a déposé une recommandation en vertu de laquelle les nouveaux membres qui souhaitent se joindre à la Légion par la voie du portail en ligne pourraient choisir la filiale à laquelle appartenir. Cela dit, les filiales pourraient refuser d’y participer.

M. Julian a déclaré que la croissance de l’adhésion en ligne a été modérée, principalement parce que la plupart des candidats préfèreraient se joindre à une filiale en particulier, mais le système actuel les inscrit à la filiale Dominion. (Ils peuvent apporter leur numéro d’adhérent à une filiale locale et demander un transfert ultérieurement.) Soixante-quinze pour cent des candidats (7 400 personnes en 2019) annulent leur processus de demande en ligne quand ils s’aperçoivent que c’est pour la Direction nationale et non pas une filiale locale.

La fonction de refus de participation a été débattue : l’exclure démontrerait la solidarité nationale, et les filiales pourraient passer les candidats au crible comme d’habitude; l’inclure augmente-rait sa probabilité d’adoption au congrès national en 2021. Elle a été retirée et la motion, adoptée.

« Cette motion aurait dû être présentée il y a des années, a déclaré le président sortant, Dave Flannigan. Elle donne la possibilité de se joindre en ligne à une filiale, quel que soit l’endroit du pays où l’on habite. »

 

Angus Stanfield, président du Comité du Coquelicot et Souvenir, a présenté une recommandation préconisant que les revenus provenant des dons faits au coquelicot numérique aillent à la Fondation nationale Légion afin que les donateurs puissent obtenir des reçus à des fins fiscales.

Il s’en est suivi un débat vigoureux, où les partisans ont fait valoir que cela ferait affluer les dons et que la LRC et la Fondation s’en trouveraient mieux. Les opposants ont fait valoir que cela menacerait la viabilité de la LRC, soulèverait des questions sur la façon dont ces fonds sont administrés, et conduirait à des plaintes que les bénéfices du coquelicot numérique ne vont pas aux filiales locales. La motion a été rejetée, 13 à 6, lors d’un comptage des votes individuels. Mais on ne s’en est pas tenu là de la question.

À la lumière de courriels envoyés pendant la nuit et de la cogitation, le président du CEN, Bill Chafe, a permis que la motion soit débattue de nouveau (ce qui est permis au cours de la même réunion). 

Cette fois-ci, la discussion a porté sur la façon dont la LRC contrôlerait l’utilisation de l’argent du Fonds du coquelicot lorsque les revenus du coquelicot numérique arrivent à la Fondation. On a garanti au CEN que cela ne diviserait pas le Fonds du coquelicot en deux éléments et que cela augmenterait les fonds qui y sont versés. La motion a été adoptée, 12 à 6 (il y a eu une abstention), lors d’un comptage des votes individuels à nouveau. 

 

En tant que président du Comité des anciens combattants, des services et des ainés, M. Julian a demandé au CEN d’approuver la diffusion du Plan d’action de la LRC pour la prévention et l’élimination du problème de l’itinérance parmi les anciens combattants « Leave the Streets Behind » (laisser la rue derrière soi) 2020-2025. 

Les lignes directrices du plan ne sont pas obligatoires; elles ont été mises au point pour servir de guide à l’adoption ou à la complétion des programmes pour les sans-abri que les divisions ont déjà en place. (L’ébauche de la stratégie nationale d’ACC sur l’itinérance des anciens combattants, Coming Home—A Strategy to Prevent and End Veteran Homeless in Canada [Rentrer chez soi—stratégie pour prévenir et mettre fin à l’itinérance au Canada, NDT], n’a pas encore été approuvée.) La motion a été adoptée.

Le CEN a également ratifié un autre versement de 100 000 $ du Fonds du coquelicot pour la deuxième année du financement de trois ans servant à appuyer le Project Trauma Support (PTS), programme conçu pour les personnes vivant avec le TSPT, y compris le préjudice moral. Les fonds doivent être libérés après la COVID-19, lorsque le PTS reprendra ses cohortes. (Vingt membres actifs / anciens combattants ont fait partie de la cohorte 2019.)

Le CEN s’est penché sur une proposition de devenir partenaire stratégique de BridgeClimb Montréal relativement à son initiative visant à créer une attraction touristique sur le pont Jacques-Cartier qui enjambe le fleuve Saint-Laurent. L’entreprise guide des clients qui grimpent des structures de pont en sécurité. L’entreprise exploite trois autres attractions d’escalade de pont, à Sydney et à Brisbane, en Australie, et à Auckland, en Nouvelle-Zélande. Des questions de sécurité, de responsabilité et d’assurance ayant influencé le débat, la proposition a été refusée.

 

Dans le cadre des affaires nouvelles, une demande a été faite pour que la LRC appuie la Royal New Zealand Returned et Services Association (RNZRSA). En raison de la pandémie, la RNZRSA a dû annuler la Journée commémorative de l’Anzac, prévue le 25 avril, et l’appel de fonds de la Journée du coquelicot 2020, lequel aurait levé les fonds servant à financer les soins de bienveillance dont les anciens combattants ont grand besoin. (L’appel de fonds de la Journée du coquelicot de 2018 avait récolté 1,7 million $.) Le CEN a voté à l’unanimité une motion visant à fournir 250 000 $ du Fonds du coquelicot pour appuyer l’appel de fonds de la Journée du coquelicot de 2020 de la RNZRSA. 

Silence solennel

 

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Des coquelicots sont déposés sur la Tombe du Soldat inconnu Monumentcommémoratifde guerre du Canada, à Ottawa, le jour du Souvenir. [Metropolis Studio]


Le calme s’est fait à Ottawa alors que la ville,
et la nation, marquaient un temps d’arrêt
en l’honneur des morts 

 

Le temps était nuageux mais doux pour la saison, en cette matinée du jour du Souvenir, lorsque quelque 35 000 personnes ont convergé vers le Monument aux morts pour rendre hommage à ceux et celles qui ont servi dans les forces militaires du Canada ou qui y servent actuellement.

À neuf heures, des centaines de personnes se tenaient déjà aux barricades qui entouraient le cénotaphe situé au croisement des rues Wellington et Elgin, attendant l’arrivée des anciens combattants, des invités d’honneur et du cortège vice-royal.

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Le cortège vice-royal observe un silence de deux minutes. [Metropolis Studio]

Son excellence l’ambassadeur d’Italie au Canada, Gian Lorenzo Cornado, fut le premier arrivé parmi les diplomates. « Je suis venu tôt aujourd’hui parce que, d’après moi, c’est important de reconnaitre ce qu’ont fait les soldats canadiens pour l’Italie à la Seconde Guerre mondiale, a-t-il dit. Presque 93 000 Canadiens ont servi là-bas, […] alors je suis ici pour leur rendre hommage. »

Des milliers de personnes de tout âge et de tous les coins du pays l’ont rejoint, résolus à se souvenir des plus de 116 000 personnes qui ont donné leur vie au service du Canada dans le cadre de missions de combat, de maintien de la paix et d’autres missions militaires.

« Le jour du Souvenir est un jour spécial pour moi »,dit Lionel Rowe, président de la filiale Montgomeryde la Légion qui se trouve non loin de là, rue Kent.« […] Il y a beaucoup d’anciens combattants dans mafamille et parmi mes amis, alors c’est particulière-ment cher à mon cœur. »

Le son émouvant des cornemuses et des tambours a annoncé l’arrivée de la garde du drapeau de la Direction nationale de la Légion royale canadienne pendant que des contingents de militaires en service dans l’armée de terre, dans la marine ou dans l’aviation, de cadets et de policiers défilaient sur la place. Et, bien entendu, les anciens combattants. Le nombre d’anciens combattants qui ont défilé et se sont rassemblés juste devant l’estrade du salut s’élevait à environ 400. 

Silver Cross mother places wreath

Sheila Anderson (ci-dessus), Mère de la Croix (d’argent) du Souvenir et son mari, James Anderson, déposent une couronne. [Metropolis Studio]

Les dignitaires comprenaient le gouverneur général, David Johnston (représentant de lareine) et Sharon Johnston, Sheila Anderson, de la Croix d’argent (représentant les mères du Canada) et James Anderson, Justin Trudeau, premier ministre du Canada (représentant le gouvernement du Canada) et Sophie Grégoire-Trudeau, le sénateur Leo Housakos, président du Sénat du Canada (représentant le Parlement du Canada), Kent Hehr, ministre des Anciens combattants (représentant des anciens combattants), le général Jonathan Vance, chef d’état-major de la défense (représentant les Forces armées canadiennes), et Inés Carolina Fiedler, Victoria Fisher, Sideqa Haqani et Natasha Jones, gagnantes des concours littéraires et d’affiches (représentant la jeunesse du Canada).

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Le Chœur d’enfants d’Ottawa chante In Flanders Fields. [Metropolis Studio]

Trois minutes avant 11 heures, Ô Canada et la Sonnerie aux morts signalaient le début officiel de la cérémonie. Au moment où les aiguilles de l’horloge de la Tour de la Paix indiquaient exactement 11 heures, le 30e Régiment de campagne de l’Artillerie royale canadienne a tiré le premier des 21 coups de canon, lequel servait à marquer le début du silence qui n’a été brisé que par les 11 coups de l’horloge. Le deuxième coup de canon a retenti deux minutes plus tard, avertissant le major cornemuseur que le moment était venu de jouer la complainte, et le sergent trompète Fred Paci, le réveil.

Tous les regards se sont tournés vers le ciel lorsque deux CF-18 de l’ARC ont survolé la place. M. Eagles a ensuite récité l’Acte du Souvenir en anglais, puis le grand président national de la LRC, Larry Murray, l’a récité en français et Laurel Dubé, de la communauté de Kitigan Zibi Anishnabeg, en Algonquin. « Ils ne vieilliront pas comme nous, qui leur avons survécu. Ils ne connaitront jamais l’outrage ni le poids des années. Quand viendra l’heure du crépuscule et celle de l’aurore, nous nous souviendrons d’eux. »

Le brigadier-général et aumônier géné-ral des Forces armées canadiennes, Guy Chapdelaine, a ensuite pris la parole : « selon vos propres traditions et votre conscience, priez Dieu pour sa bénédiction et sa guidance, ou bien passez simplement un moment en contemplation pendant que d’autres prient. » Le prêtre catholique romain a ensuite dit des prières en anglais et en français : « Ils ont servi au nom de la liberté et de la justice à des endroits qui semblaient alors si lointains, mais dont les noms sont dorénavant gravés dans nos mémoires.[…] Nous leurs offrons nos remerciements les plus sincères, et nous refusons que leurs noms disparaissent. »

« Que ceux qui ont servi et ceux qui
servent vivent leur vie dans un monde
libre de terreur et où règne la tranquillité. »

Le cortège vice-royal a déposé des couronnes, le gouverneur général Johnston d’abord, pendant que chantait le Chœur d’enfants d’Ottawa. La Mère de la Croix d’argent, Mme Anderson, en a déposé une de la part des Canadiennes qui ont perdu un fils ou une fille au service militaire ou à la marine marchande. Elle a perdu son fils ainé, le caporal Jordan Anderson du 2e Bataillon du Princess Patricia’s Canadian Light Infantry (PPCLI), quand une bombe a explosé au bord d’une route de Panjwaii, en Afghanistan, et l’a tué en même temps que cinq autres soldats canadiens et un interprète afghan, en 2007. Elle habite à Yellowknife, et c’est la première Mère de la Croix d’argent des Territoires du Nord-Ouest depuis que la Légion a commencé cette tradition il y a plus de 60 ans.

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Des milliers de personnes attendent leur tour pour déposer un coquelicot sur la Tombe du Soldat inconnu après la cérémonie du jour du Souvenir. [Metropolis Studio]

« Je ne crois pas à la guerre en général, avait-elle dit auparavant. Nous faisons la même chose, nous entretuer, depuis des temps immémoriaux. […] Mais nous devons faire honneur à la manière dont nos jeunes gens pensent à la guerre, même si nous n’y croyons pas tout à fait nous-mêmes. […] Je pense que c’est vraiment important pour eux. Et c’est important que les membres de leur famille les appuient. »

Des dizaines d’autres couronnes ont été déposées au monument par des membres de nombreuses organisations d’anciens combattants, d’associations, du corps diplomatique, et du public.

Le rabbin Reuven P. Bulka, aumônier honoraire de la Direction nationale, a ensuite offert sa bénédiction : « Que ceux qui ont servi et ceux qui servent vivent leur vie dans un monde libre de terreur et où règne la tranquillité, un monde pour lequel ils se sont battus, ce pour quoi nous leur disons à nouveau, ensemble : bravo! »

God Save the Queen a signalé la fin de la cérémonie officielle. Les membres du cortège vice-royal ont chacun son tour salué et remercié les anciens combattants invalides et les autres mères de la Croix d’argent assis à côté du cénotaphe avant de se rendre à la base du salut qui donnait sur la rue Wellington pour passer en revue les anciens combattants, les soldats et les cadets. Les applaudissements ont retenti sur la place pendant que les anciens combattants défilaient.

Vance and Sajjan

Le général Jonathan Vance, chef d’état-major de la défense et Harjit Sajjan, ministre de la Défense nationale (dessous) saluent les cadets, le jour du Souvenir, au Monument commémoratif de guerre du Canada. [Metropolis Studio]

Une foule immense s’est rapprochée de la Tombe du Soldat inconnu lorsque les barricades des rues de traverse ont été enlevées. Chaque personne a attendu calmement qu’arrive son tour de déposer son coquelicot sur la Tombe, qui fut entièrement couverte de rouge dans la demi-heure. Deux mélodies éthérées mais qu’on ne peut pas ne pas reconnaitre provenaient du carillon de la Tour de la Paix pendant que les gens repartaient : It’s a Long, Long Way to Tipperary et Mademoiselle from Armentières, qui font toutes deux parties du medley servant de marche régimentaire au PPCLI, le régiment du caporal Anderson.

Deux guerres en deux semaines

Pèlerinage du souvenir de 2015 de la Légion royale canadienne

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Coquelicots éclos dans un champ de blé où une attaque couteuse a été menée par le 1st Lancashire Fusiliers de Grande-Bretagne, le premier jour de la bataille de la Somme, contre une fortification du front allemand. [Eric Harris]

Au mois de juillet, des pèlerins de partout au Canada sont allés voir des champs de bataille, des cimetières et des monuments aux morts en France, en Belgique et aux Pays-Bas.

« Si, hier, c’était le jour le plus long, dit Ed Pigeau, aujourd’hui, c’est probablement le jour le plus dur. »

Ces mots, prononcés pendant le compte rendu fait quotidiennement après le souper, concernaient les 3e et 4e jours du pèlerinage du souvenir de 2015 de la Légion royale canadienne. Le jour le plus long, le 3e, c’était celui pendant lequel les pèlerins avaient suivi la voie des forces alliées qui ont traversé la Manche le 6 juin 1944, à l’occasion de la plus grande invasion amphibie de tous les temps, c’est-à-dire le premier jour de l’invasion de la Normandie. Les villes côtières de villégiature de Courseulles-sur-Mer, de Bernières-sur-Mer, de Saint-Aubin-sur-Mer étaient alors des champs de bataille, et la plage Juno est aujourd’hui synonyme de bravoure canadienne.

M. Pigeau est vice-président de la Légion. Il est également chef de mission à l’occasion de ce voyage. Neuf pèlerins parrainés par la LRC (un de chaque division, exceptée de celle de l’Alberta) et 17 compagnons et autres personnes qui paient leurs propres frais font le voyage en autocar : Paris, Caen, Dieppe, Ypres, Arras, avec des arrêts dans des champs, au bord de routes de campagne, sur des plages, devant des champs de bataille, des monuments, dans des musées, des cimetières. Beaucoup de cimetières.

À chaque arrêt , John Goheen, guide, historien militaire et directeur d’école de Port Coquitlam (C.-B.) raconte ce qu’il s’est passé.

« Je vous ai averti hier soir, dit Goheen à la fin du 4e jour. Je vous ai dit que ce serait dur aujourd’hui. Je trouve quelques-uns des endroits où nous sommes allés aujourd’hui presque impossibles, et je pense avoir pris sur moi plutôt bien, cette fois-ci, parce que des fois je n’y arrive pas. Ça ne fait rien combien de fois on y va, ce n’est jamais moins dur. »

Ces endroits, l’abbaye d’Ardenne, le château d’Audrieu, le verger près d’Authie, ont été le théâtre d’incidents troublants à l’extrême.

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Les pèlerins suivent leur guide John Goheen. [Eric Harris]

Le 7 juin 1944, au nord-ouest de Caen, 11 Canadiens prisonniers de guerre, dont un était si gravement blessé qu’il était sur une civière, ont été séparés d’un groupe de 50 et emmenés à un jardin à côté d’une abbaye. Ces hommes « ont eu un sort terrible, dit Goheen. Ces Canadiens ont été emmenés un par un de l’autre côté d’une petite porte bleue, la porte qui me hante le plus, à un jardin où les attendait un soldat SS. Selon une expertise médicolégale, les hommes ont été tués d’un coup de feu ou de matraque derrière la tête. Exécutés. Il ne s’agissait pas d’un meurtre réactionnaire au champ de bataille. L’ordre en avait été donné, même si rien n’avait été mis sur papier. »

Vingt prisonniers ont été exécutés à l’abbaye d’Ardenne en juin 1944 : James Elgin Bolt, Ivan Lee Crowe, Walter George Doherty, Charles Doucette, George Vincent Gill, Thomas Haliburton Henry, Reginald Keeping, Roger Lockhead, Hugh Allen MacDonald, Joseph Francis MacIntyre, Hollis Leslie McKeil, George Richard McNaughton, George Edward Millar, Raymond Moore, Thomas Edward Mort, James Alvin Moss, Harold George Philip, George Pollard, Freddie Williams et Thomas Alfred Lee Windsor.

Une route longe un champ de blé qui se trouve à l’ouest de Caen. Rien d’extraordinaire à cela, vu que le paysage normand est une version vallonnée de nos prairies, et que les Français sont très friands de baguettes. Ce qui est étonnant, troublant, c’est ce qui y est arrivé il y a 71 ans, le 8 juin.

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Des visiteurs du Mémorial national du Canada à Vimy, en France, où après une cérémonie de commémoration, ils ont posé pour la photo de groupe (ci-dessus). Première rangée : le chef de mission, Ed Pigeau; Donna Clark; la pèlerine de la Division de la Colombie-Britannique–Yukon, Amy Encina; Nancy McNight, William Harold Timms, le pèlerin de la Division de Terre-Neuve-et-Labrador, Charles Piercey; le pèlerin de la Division de l’Île-du-Prince-Édouard, Brian Arsenault; Marsha Wedge; la pèlerine de la Division de Nouvelle-Écosse–Nunavut, Daisy Marie Gavel. Deuxième rangée : le guide du pèlerinage, John Goheen; le coordinateur du pèlerinage, Steven Clark; Gary Springall; la pèlerine de la Division de la Saskatchewan, Shauna Grassing; Lucie Aubuchon; Serge Aubuchon; Kathleen Laskowski; Daphne Piercey. [Eric Harris]

Quelque 150 membres du Royal Winnipeg Rifles avaient été capturés près de là, à l’occasion d’une bataille pour la ville de Putot, et ils ont été séparés en plusieurs groupes et envoyés à divers endroits. Le Waffen-SS lieutenant-colonel Wilhelm Mohnke était furieux qu’il y ait autant de prisonniers. Il n’avait pas le temps de s’occuper de centaines de prisonniers de guerre canadiens, alors il donna l’ordre à ses subalternes de ne plus faire de prisonniers et de se débarrasser de ceux qu’ils avaient. Quarante prisonniers de guerre ont suivi cette route, pensant qu’ils allaient à un centre de détention derrière les lignes, jusqu’à ce qu’une voiture d’état-major allemande où se trouvait Mohnke – selon un témoin – arrive. Il s’est mis à crier sur les soldats allemands qui gardaient les prisonniers. La voiture est repartie et les prisonniers ont continué leur chemin jusqu’à ce qu’une colonne allemande les rejoigne. Un des der-niers semi-chenillés s’est arrêté et des soldats SS en sont descendus. Ils se sont approchés des Canadiens et se sont mis à crier aux gardes d’aller au semi-chenillé remplacer leurs fusils par des mitraillettes. Les Canadiens reçurent l’ordre de s’assoir en demi-cercle dans le champ de blé.

Le lieutenant Reginald Barker du 3e Régiment antichar, Américain de naissance, était l’un d’eux. Il dit aux soldats qui se trouvaient à l’arrière : « Sauvez-vous au premier coup de feu. » Les Allemands se sont approchés des Canadiens et l’un d’entre eux leur a dit « maintenant, vous mourez. » Ils ont fait feu sur les prisonniers, et tous excepté cinq sont morts, Barker inclus. Ceux qui se sont enfuis ont été repris et ont survécu en tant que prisonniers, et à la fin de la guerre, ils ont raconté ce qui s’était passé. Il n’y a pas de monument à cet endroit, mais en 2001, l’Université Queen’s, l’alma mater de Barker, a institué la bourse commémorative Reginald Barker.

Pendant la première semaine de l’invasion alliée, à peu près, plus de 150 prisonniers de guerre canadiens ont été exécutés par des soldats allemands.

Les arrêts du pèlerinage ne sont pas tous aussi troublants, mais il y en a beaucoup qui sont tout aussi émouvants.

Chaque journée est très occupée : un buffet abondant à l’hôtel pour déjeuner, l’autocar qui prend la route à 7 h 30, des questions de jeu-concours, le défilé matinal (le défilé « colonel Bogey » fait siffler tout le monde) et l’arrivée à la première station avant 8 h.

Les explications détaillées de Goheen inspirent la compréhension de la signification de chaque endroit, petit ou grand; qu’il s’agisse de la magnificence du Mémorial national du Canada à Vimy ou des menus détails comme les marques dans un mur de pierres à Norrey-en-Bessin, lesquelles ont été faites par le char d’assaut commandé par le lieutenant George Gordon quand il a heurté l’édifice en empruntant un passage étroit.

Kathleen Laskowski, une pèlerine, debout à côté du mur, parle de son père, Mike, qui s’est battu là le 17 juillet 1944, lors de la sortie de Caen, en tant que membre du 59th (Newfoundland) Heavy Regiment de l’Artillerie royale.

« Papa a vu que des Allemands tiraient sur un dépôt de munitions proche, et que son unité risquait d’être endommagée s’il explosait, dit-elle, alors il leur a tiré dessus avec son fusil Long Tom jusqu’à ce qu’ils arrêtent. » On lui a décerné la Médaille de l’Empire britannique pour service méritoire, et sa fille est applaudie par les autres pèlerins.

Aux abords d’Authie, à un kilomètre au nord-ouest de l’abbaye, il y a la ferme en grès de Denise et Daniel Collet. Ce vieux couple qui respire l’hospitalité normande affectionne les Canadiens. Au cours d’une collation bien arrosée de cidre fabriqué par un cousin de Daniel, ils parlent de la vie sous l’occupation allemande. Daniel avait 12 ans pendant la guerre, et il habitait dans un village près d’Authie. Les soldats allemands faisaient sortir les gens de leurs maisons, ne leur donnant que cinq minutes pour faire leurs valises, dit-il. Sa mère en avait préparé une, et ils sont arrivés à Caen à un moment où la ville était prise pour cible par des bombardiers alliés. Lors d’une attaque particulièrement intense, se souvient-il, la ville a été incendiée en plusieurs endroits et il y a eu de nombreuses victimes parmi les civils. Au bout d’une conversation d’une heure et après la présentation de cadeaux, ils nous font adieu de la main jusqu’à ce que l’autocar disparaisse à leur vue.

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Au cimetière militaire canadien de Bretteville-sur-Laize (ci-dessous, à d.), les pèlerins Timms et Piercey déposent une couronne sous les yeux de Pigeau et de Raspberry. Il s’y trouve 2 958 tombes de la Seconde Guerre mondiale, dont la plupart sont celles de Canadiens. [Eric Harris]

Le 5e jour concerne surtout la consolidation du nord de la Normandie et la fermeture de la Poche de Falaise. Les alliés avaient prévu prendre Caen, un des plus grands centres de la Normandie, le jour J, mais ils ont été obligés de livrer une série de batailles durant les mois de juin et de juillet avant que la ville en ruines tombe entre leurs mains.

Alors que les Allemands se préoccupaient de la défense de Caen, la First United States Army a fait une brèche dans leurs défenses au Sud-Ouest, dans le cadre de l’opération Cobra qui a eu lieu du 25 juillet au 8 aout. Cela a donné la Poche de Falaise, où les Alliés encerclaient les Allemands qui se repliaient vers la Seine. L’effondrement de l’armée allemande au nord-ouest de la France s’en est suivie.

Le rôle des Canadiens n’y avait pas été négligeable : de leur attaque malheureuse à l’aéroport de Caen-Carpiquet, du 4 au 8 juillet, jusqu’à leur avancée sous le commandement inspiré du major David Currie, VC, qui commandait un groupe de bataille formé de blindés, de pièces d’artillerie et de fantassins à Lambert-sur-Dives, ils étaient résolus à empêcher les Allemands de s’enfuir de la poche. 300 soldats allemands ont été tués, 500, blessés et 2 100, capturés sous son commandement. Sur une photographie bien connue, Currie accepte la reddition des troupes allemandes, le 19 aout, et plusieurs pèlerins sont ravis de reconstituer cette scène devant une collection d’appareils photo et de caméras.

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Les pèlerins explorent la plage rocheuse du village de Puys à l’est de Dieppe, où, piégés entre la plage et la digue, le Royal Regiment of Canada et le Black Watch (Royal Highland Regiment) of Canada ont été décimés par le tir d’enfilade des Allemands. [Eric Harris]

Deux heures sur les routes nous font reculer de deux ans, jusqu’au désastre qui a eu lieu à Dieppe. Le 6e jour commence au cap de l’Ouest, promontoire surplombant une scène pittoresque comprenant une plage de chert, une digue et un château du 15e siècle.

Dieppe, où se trouvent les plages les plus près de Paris, était le Saint-Tropez du pauvre. Elle était très prisée aussi des artistes et des touristes anglais, et on peut se demander comment il est possible que les stratèges militaires britanniques n’aient pas su que la plage n’était pas de sable, et que leurs chars s’enliseraient dans le chert.

Bien d’autres questions ont été soulevées à propos de la prudence du raid. À l’origine, l’opération Rutter, dont le plan avait été dressé au printemps, devait avoir lieu au mois de juillet. On avait choisi Dieppe parce que c’est un port assez près de l’Angleterre pour que cette dernière puisse assurer la couverture aérienne de l’attaque. Rutter devait durer 15 heures, c’est-à-dire le temps de deux marées, et avoir plusieurs sauvegardes : des centaines de bombardiers pour pilonner les défenses côtières, des croiseurs et des cuirassés armés de canons de 16 pouces, des chars, des parachutistes à l’Est et à l’Ouest pour prendre les emplacements de canons par surprise; et on supposait que les défenses allemandes y étaient relativement faibles.

Le temps étant exécrable en juillet 1942; l’opération fut annulée. Le raid de Dieppe, dont le nom fut changé pour devenir l’opération Jubilee, finit par avoir lieu le 19 aout, mais la plupart des facteurs importants avaient été modifiés. La RAF pensait que les bombardiers lourds tueraient trop de civils, alors ils furent supprimés. Les amiraux n’aimaient pas l’idée d’envoyer de gros cuirassés près de la côte, alors ils les remplacèrent par des contretorpilleurs armés de canons de 4 pouces. La géo-graphie donnait aux défenseurs un grand avantage : du haut des falaises, ils pouvaient voir la plage d’un bout à l’autre, et chaque personne qui la traverserait. Et il y avait quatre fois plus de soldats allemands que prévu.

Les deux attaques de flanc ont été lancées en premier, avant le jour, une à l’Ouest, à Pourville (la plage verte) et l’autre à l’Est, à Puys (la plage bleue). L’assaut de front, à la tête duquel se trouvait le Royal Hamilton Light Infantery, a commencé à la plage principale de Dieppe (la plage rouge) à 5 h 20. Il devait avoir l’appui du régiment de chars de la 14e Armée, mais ce dernier est arrivé à la plage en retard. Lorsqu’il est arrivé, 15 des 29 chars seulement ont réussi à traverser la digue. Douze s’étaient enlisés dans la plage rocheuse et deux avaient coulé.

En tout, quelque 5 000 Canadiens, 1 000 Britanniques et 50 Américains ont mis pied à terre lors du raid. Presque 60 pour cent de ceux qui ont atteint la plage ont été tués, blessés ou capturés. « Tout s’est mal passé ce jour-là »,
dit Goheen.

Le 8e jour, nous passons aux Pays-Bas, où la Première Armée canadienne, force internationale de soldats canadiens, britanniques, polonais, américains, belges et
hollandais, a mené la bataille de l’Escaut du 2 octobre au 8 novembre 1944

L’autocar s’arrête au canal Léopold, importante ligne de la défense allemande située le long de ce qui avait  été la frontière belgo-néerlandaise. « C’est une des pires batailles auxquelles ont pris part les Canadiens en Europe du Nord-Ouest, dit Goheen. Une bataille petit format dans un petit endroit difficile. »

La fermeture de la Poche de Falaise, à la fin du mois d’aout, avait servi à battre la plus grande partie de l’armée allemande qui se trouvait en Normandie. Les 50 000 qui s’en sont enfuis étaient dans la confusion et détalaient vers la Seine, Britanniques et Canadiens à leurs trousses. La 11e Division britannique entra à Anvers, mais la capture du plus grand port européen ne suffisait pas. L’Allemagne contrôlait encore les deux côtés de l’estuaire de l’Escaut, les 80 kilomètres d’eau profonde reliant le port à l’océan.

L’opération Market Garden, assaut aéroporté immense derrière les lignes allemandes, avait échoué à la fin du mois de septembre.

Les Alliés faisaient face à une bataille difficile qui ne se terminerait pas avant Noël, comme on l’avait espéré, et il leur fallait un port où ils seraient en sécurité. L’approvisionnement était encore débarqué aux plages et aux ports normands et transporté en camion sur des centaines de kilomètres vers le Nord. On donna la priorité
à Antwerp et à l’Escaut.

Les Canadiens, qui se mirent à se surnommer « l’armée Cendrillon » parce qu’on leur donnait les tâches les plus dures et qu’on ne leur donnait guère de gloire, écopèrent de la tâche de nettoyer l’estuaire. Avant de partir, les Allemands avaient inondé le terrain bas sillonné de canaux et de fossés de drainage, chacun étant un obstacle naturel pour les chars. L’opération Switchback, planifiée par le lieutenant-général Guy Simonds, commandant par intérim de la Première Armée canadienne, prévoyait deux attaques le 6 octobre : une qui traverserait le canal Léopold, l’autre où des péniches de débarquement traverseraient l’anse Braakman, un grand goulet de marée. Le but était de chasser les Allemands des deux côtés.

À l’approche du 6 octobre, le nombre de péniches de débarquement était insuffisant pour l’attaque traversant l’anse, mais il fut décidé de lancer l’attaque au canal pour en retirer les Allemands, et celle à Braakman aurait lieu 36 heures plus tard. Les 36 heures sont devenues 60 et, en face de l’endroit où se tiennent les pèlerins, les soldats qui avaient traversé le canal se sont accrochés au rivage pendant presque cinq jours sans assistance.

Un bunker d’avant la guerre, construit par les Néerlandais avant l’arrivée des Allemands se trouve encore enfoui dans la berge à environ 100 mètres en amont. Le canal faisait partie de la ligne de défense néer-landaise en 1940, mais les Allemands s’en emparèrent et s’installèrent dans les bunkers. Cliff Chadderton, secrétaire de direction et directeur général des Amputés de guerre du Canada, y a été touché par un éclat de grenade et une de ses jambes a été amputée en dessous du genou.

La traversée de la Braakman réussit. Les Allemands, n’ayant pas de voie de repli, se sont rendus en masse; plus de 41 000 ont été faits prisonniers. Mais les
pertes des Alliés avaient été extrêmement lourdes : 12 873 morts, blessés ou disparus, dont 6 367 parmi les Canadiens.

Le matin du 3 novembre, un capitaine de la 3e Division d’infanterie canadienne a écrit ceci dans le journal des opérations de l’état-major : « L’opération SWITCHBACK est terminée. » Un autre officier, qui lisait par-dessus son épaule a rajouté avec son propre stylo « Dieu merci ».

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Les défenseurs allemands situés sur le promontoire de l’Ouest voyaient clairement la plage de Dieppe, et chaque soldat qui y prenait pied. [Eric Harris]

La deuxième semaine, les pèlerins ont remonté le temps jusqu’à la Première Guerre mondiale, 1914-1918. Il s’agit d’un grand saut, un voyage vers un temps plus dur, plus noir sur blanc, plus formel; un temps où l’artillerie était tirée par des chevaux et où les chars d’assaut étaient expérimentaux.

Le trajet de trois heures entre Dieppe et Ypres comprend une pause au sud de Calais, au cimetière de la commune de Vimereux, où 2 847 soldats du Commonwealth et membres du Queen Alexandria’s Imperial Military Nursing Service, sont enterrés.

Parmi les 219 tombes de Canadiens se trouve celle du lieutenant-colonel du Service de santé de l’armée canadienne, John McCrae. Nul n’ignore, bien sûr, qu’il s’agit du poète qui a composé In Flanders Fields. La mort de son ami Alexis Helmer à la deuxième bataille d’Ypres, le 2 mai 1915, lui a inspiré ce célèbre poème, une tentative d’évoquer l’horreur de la guerre.

« Nous devions apprendre le poème par cœur à l’école, » dit Edmund Raspberry, le pèlerin de l’Ontario.

Les pierres tombales sont posées à l’horizontale, car elles sont trop lourdes pour rester droites sur le sol sablonneux. Au départ de Wimereux, les hautparleurs remplissent l’autocar de voix enfantines qui récitent le poème, ce qui baigne de larmes les yeux des pèlerins.

Près de Calais, sur l’accotement de l’autoroute, une file de camions longue de plusieurs kilomètres est à l’arrêt. C’est un des plus importants ports entre la France et l’Angleterre, et le terminus Sud du lien ferroviaire du tunnel sous la Manche. Des milliers de migrants fuyant la violence en Syrie, en Somalie et en Afghanistan campent à Calais et essaient de s’embarquer clandestinement dans les camions qui vont prendre un traversier ou un train à destination de l’Angleterre. Les agents de la sécurité ont presque complètement immobilisé la circulation des poids lourds. L’horreur de la guerre a vraiment des ramifications immenses.

À l’arrivée à Ypres, les pèlerins Laskowski, Daphne et Charles Piercey, et Helen et David Eastaugh vont prendre un diner tardif Au Miroir, café en plein air dans le marché de Grote situé sur la Grand Place de la ville. La Halle aux draps, grand édifice dans le secteur du textile qui était le noyau de l’économie médiévale de la ville – jusqu’à ce que l’artillerie la détruise pendant la Grande Guerre – domine l’architecture de l’agglomération autrefois assiégée.

Les pèlerins commandent des croque-monsieur, des gaufres et de la bière de Passendale. « En ouvrant une bouteille de Passendale, lit-on sur l’étiquette, prière d’observer une minute de silence en souvenir de ceux qui sont tombés au champ de bataille. »

Pendant six jours bien remplis, les pèlerins retracent le baptême du feu du Canada. Entre Ypres et Arras, parmi les dizaines de sites et cimetières de la Grande Guerre qui servent de points de repère pour les excursions dans les régions où ont eu lieu les hécatombes, Passendale, Beaumont-Hamel, la Somme et les Cent jours sont comme des titres de chapitre. C’était une catastrophe, le pire que l’humanité ait à offrir, et 7 millions de civils et 9 millions de combattants y ont perdu la vie, dont 67 000 Canadiens.

Chaque chapitre a ses paragraphes et des mots qui en émergent et qui se mêlent : St-Julien, le chlore gazeux; le cratère Hawthorne, les explosifs à l’ammonal; Sunken Lane, les mitrailleuses; la trêve de Noël, l’impasse; la porte de Menin, les tombes d’inconnus.

Et chaque pèlerin avait une mission particulière. Plu-sieurs mois avant le voyage, le nom d’un soldat mort à la Première Guerre mondiale avait été donné à chacun d’eux, et ils devaient faire des recherches pour pouvoir faire un compte rendu sur lui à côté de sa tombe. Il en a résulté neuf oraisons dans neuf cimetières.

Dans le cas de beaucoup d’entre eux, les renseignements étaient rares. Pour certains, l’histoire d’une vie écourtée a pu être retracée en partie. Kenneth Milenko, le pèlerin de la Division du Manitoba–Nord-Ouest de l’Ontario, a repéré la maison qu’a habitée Frederick Driver avant de s’engager dans le 78e Bataillon (Winnipeg Grenadiers), et il en a pris une photo. Le sergent Driver est mort au combat, à la crête de Vimy, le 9 avril 1917; il avait 22 ans.

« Je ne sais pas si des parents du sergent Driver sont venus voir sa tombe et présenter leurs respects ou le re-mercier, dit Milenko. Mais ce que je fais aujourd’hui, c’est exactement ça, et c’est de la part de tout le Canada que je prononce ces quelques mots. » Milenko termine son compte rendu et dépose la photo, un coquelicot et un drapeau canadien sur la pierre tombale.

Pendant le tour de deux semaines, il y a eu les huit autres comptes rendus, neuf cérémonies solennelles et plusieurs dépôts de couronne tout simples, gestes de commémoration émouvants.

Encore un champ de blé, encore un champ de bataille. Le dernier jour, en chemin vers Paris, l’autocar s’arrête aux abords de Beaumont-Hamel et s’engage lentement à reculons dans une impasse étroite. Les talus qui longent la ruelle sont couverts de broussailles qui donnent presque l’impression de se trouver dans un tunnel.

Il s’agit de Sunken Lane (ruelle en contrebas, NDT), un point de départ de la bataille de la Somme. Quelque 500 membres du 1st Battalion Lancashire Fusiliers
britannique s’étaient cachés là bien avant l’aube du 1er juillet 1916. Le lieutenant Geoffrey H. Malins, cinématographe militaire britannique, était là aussi, et il
les a filmés moins d’une minute avant qu’ils aillent à l’assaut, à 7 h 30 : l’heure zéro.

Ils étaient entièrement à découvert devant le feu des mitrailleuses allemandes. La plupart ont été tués ou blessés dans les 20 premières minutes. À midi, il ne restait qu’un officier et 25 soldats en vie.

Les pèlerins se rassemblent pour faire une reconstitution, et à la suite des deux coups de sifflet militaire donnés par Goheen, ils se lancent à l’assaut sur les traces fatales.

Avant le compte rendu qui suit le souper, on demande aux pèlerins, un par un, de résumer leur expérience en deux minutes. Il y en a qui parlent un peu plus, d’autres, un peu moins, mais ils parlent tous avec éloquence des fortes impressions qu’ils ont ressenties.

« Ce que nous avons vu, les choses que nous avons faites, aller à l’assaut aujourd’hui à Sunken Lane, con-templer les tombes, les marques à travers les terres, la Normandie, Dieppe, Vimy, ce sont des endroits sacrés où il y a eu une bravoure incroyable, dit Pigeau. Savoir que leur Armageddon se trouvait de l’autre côté de la colline, je n’arrive pas à m’imaginer à quel point les gens qui y sont allés avaient du cran. »

« Je suis venue sans savoir à quoi m’attendre. Je pensais que nous allions voir des lieux de bataille et apprendre un peu d’histoire, dit Krista Blake, pèlerine de la Division du Nouveau-Brunswick. Ce qui m’a le plus frappée, ce sont les cimetières avec toutes leurs pierres tombales. Tous les noms et les âges de 19 ou 20 ans. Ma fille a 21 ans, et je ne peux m’imaginer ses amis partir pour ne plus jamais revenir. J’ai étudié l’histoire canadienne à l’école, mais ce n’était pas du tout comme ce que nous avons appris ici. »

« Il y avait une couple de jeunes au Mémorial de Vimy, et je leur ai donné des épinglettes à drapeau canadien, dit le pèlerin de la Nouvelle-Écosse, Gary Springall. Et j’ai donné un drapeau canadien à leurs parents. Je leur ai dit d’où je venais et je leur ai parlé du pèlerinage; puis je leur ai demandé d’où ils venaient. Ils m’ont dit qu’ils étaient venus de Dusseldorf, en Allemagne. »

« Dans les années 1940, nous nous battions contre eux. Ils étaient nos ennemis. Dans les années 1970, je suis allé à Hambourg, en Allemagne, voir le cimetière militaire canadien avec l’OTAN. Ce moment-là, à Vimy, ça a été pour moi un rappel que nous faisons tous partie de la famille humaine, et j’espère qu’un jour il y aura la paix, plus de guerre. »