Un parent inconnu inspire la composition primée

Quatre-vingt-dix ans peuvent s’avérer un fossé intraversable : le temps pour que les preux disparaissent, leurs exploits oubliés même par leurs descendants. Le temps pour que les exploits des histoires partagées par les enthousiastes et les curieux deviennent des souvenirs poussiéreux dans les albums et les journaux. Et, pour finir, le temps pour que les faits soient condensés jusqu’à en devenir des pamphlets dans les manuels, vidés des expériences viscérales, la peur, la douleur, la nostalgie, la volonté même de mourir pour la patrie.

Senior affiches en couleurs, première place, Silvia Alvarado, Ottawa (Ont.) [Silvia Alvarado]

John Alexander McLean, un adolescent du Cap Breton, est mort au combat, à Lens, en 1917. Son corps n’a pas été retrouvé. Il aurait probablement rejoint les héros méconnus il y a 90 ans, dont le nom n’est plus jamais dit tout haut, dont l’absence n’est plus cause de douleur pour qui que ce soit. Mais neuf décennies après sa mort, on a donné un devoir à l’arrière-petite-fille de son cadet grâce auquel la mémoire de lui va durer et peut-être son nom aussi.

Bien qu’un grand-père qui a servi lui racontait des histoires de la Seconde Guerre mondiale quand elle grandissait, Katrina van Kessel, d’Elliot Lake (Ont.), ne savait pas qu’un de ses parents était mort à la Grande Guerre.

Primaire affiches en couleurs, première place, Ashton Magotiaux, Carlyle (Sask.) [Ashton Magotiaux]

« Tout les autres semblent l’avoir oublié », dit cette jeune femme de 19 ans. Son devoir était de faire un rapport sur quelqu’un qui s’est battu à la crête de Vimy, l’offensive sanglante et couronnée de succès du Corps canadien contre la 6e armée allemande, livrée en avril 1917 : bataille qui, dit-on, a servi à forger l’identité nationale du Canada. John McLean y a participé et survécu.

Van Kessel a été surprise à propos de son arrière-grand-oncle. « Ma grand-mère et mon arrière-grand-mère le savaient, mais elles n’en parlaient jamais. » John McLean était parti en guerre et est mort avant que son frère cadet, qui a hérité de ses médailles et de ses lettres, ait l’âge d’être écolier.

Intermédiaire affiches en couleurs, première place, Delia Yao, Scarborough (Ont.) [Delia Yao]

La composition qu’elle a écrite sur son parent ignoré depuis longtemps, Some Climb A Ridge (il y en a qui escaladent une crête), a été primée au concours littéraire et d’affiches de la Légion royale canadienne de 2008. Grâce aux renseignements qu’elle a obtenus de sources officielles comme la Commission des sépultures de guerre du Commonwealth et dans des documents d’enrôlement, elle a appris que John McLean est mort juste avant son 20e anniversaire. Mais c’était le matériel personnel, les lettres, les médailles, qui ont attendri cette jeune descendante, qui a le même âge, à peu près, qu’il avait quand il est mort.

« J’ai la lettre qu’il a écrite la veille de sa mort », dit-elle. « Il dit qu’il allait
écrire à nouveau le lendemain si tout se passait bien et, bien entendu, il ne l’a pas fait. » La lecture de ces lettres a permis à van Kessel de jeter un pont sur le fossé temporel, d’embrasser cet arrière-grand-oncle méconnu. « J’ai pleuré au mémorial quand j’ai vu son nom. C’était vraiment déchirant. On a l’impression de le connaitre après. » Pour l’honorer, dit-elle, elle voudrait nommer un de ses enfants à venir en son honneur.

Junior affiches en couleurs, première place, Anna Gummer, Comox (C.-B.) [Anna Gummer]

Le souvenir, la paix et le sacrifice sont les thèmes qui ont fait et refait surface dans les poèmes, les compositions et les affiches des gagnants, parmi les 105 932 provenant de tous les coins du pays. Plusieurs des écoliers qui ont gagné avaient décidé d’explorer l’histoire des membres de leur famille qui ont servi la patrie ou qui ont péri au combat. Certains ont préféré se concentrer sur ceux qui sont allés en guerre, dont les souvenirs rappellent les sacrifices d’antan. Et d’autres ont préféré le souvenir comme motif.

« On devrait enseigner l’importance du souvenir aux plus jeunes élèves », dit Silvia Alvarado, qui a obtenu un diplôme de l’école secondaire St. Patrick d’Ottawa et la première place dans la division des affiches en couleurs. Dans son affiche, il y a un cimetière où un ancien combattant présente ses respects, entouré par la pâle image de ses camarades décédés. Les anciens combattants, dit-elle, « nous ont pratiquement donné la liberté, ici, au Canada; ils ont tellement souffert ».

Le même sentiment se trouve dans Children of Freedom (enfants de la li­berté), composition junior gagnante de Lauren Phillips de l’école élémentaire Condor de Leslieville (Alb.), à quelque 200 kilomètres au nord-ouest de Calgary. « Si vous pensez que les anciens combattants ne sont qu’une sorte de conférencier de plus, vous êtes dans l’erreur », écrit-elle. « Ils méritent notre respect. » Le thème est tramé aussi dans l’affiche en couleurs senior de Jason Xue Bin Peng, pour laquelle la deuxième place lui a été décernée. Sur un fond de soldats d’une guerre passée à l’histoire, un jeune garçon, un soldat en service et un ancien combattant portent leur regard au-delà d’un drapeau canadien. Le titre : A Legacy Bridging Generations (un legs qui relie les générations).

Senior noir et blanc, première place, Monika Stahlstrom, Surrey (C.-B.) [Monika Stahlstrom]

Ashley Major, âgée de 18 ans et acquéreuse d’une mention honorable au concours national de composition senior, est fière de cet héritage; sa rédaction avait été primée à la division. Certains de ses parents sont allés à la guerre et en sont revenus vivants.

Son grand-père George a servi en Europe comme ingénieur de 1942 à 1945; sa grand-mère Cornelia est une épouse de guerre hollandaise, dont la famille avait caché une Juive pendant trois ans. « Ils ne pouvaient le dire ni aux voisins, ni à leurs meilleurs amis, ni même aux membres de leur famille », dit Ashley de St. Brieux (Sask.), à deux heures et demie de voiture au nord-est de Saskatoon. « Si quelqu’un l’apprenait, cette personne aurait pu le répéter sous la torture, alors il fallait la cacher au sous-sol, toujours hors de vue. J’étais si fière quand je l’ai appris. »

Dans sa composition, elle écrit que bien que les monuments en pierre et en métal c’est bien, la paix elle-même est la meilleure façon d’honorer ceux qui sont morts pour la patrie. « Ce pour quoi ils se sont vraiment battus, c’est pour que l’avenir soit en paix. C’est ça, le monument qu’ils voulaient », dit Major.

Une photo de son arrière-grand-père, soldat mort avant qu’elle puisse faire sa connaissance, a inspiré Andrea Murray, dont le poème a obtenu la première place dans la catégorie senior du concours de poésie.

Primaire noir et blanc, première place, Jennifer Harper, Birch Hills (Sask.) [Jennifer Harper]

« Beaucoup de mes parents ont été aux deux guerres mondiales », dit Murray, âgée de 18 ans. « Des idées me sont venues », dit-elle, après que sa mère a retrouvé une photo de son arrière-grand-père, qui a servi à la Seconde Guerre mondiale. « J’ai essayé de me mettre à la place d’un soldat », dit Murray, dont la ville natale est Benalto (Alb.), à quelque 180 km au nord de Calgary. « Qu’est-ce qui pouvait leur passer par la tête? »

Son poème, Wisps of Memory (brins de mémoire), sonde les expériences atroces de la guerre : des soldats qui en décousaient dans le mauvais temps, effrayés, à la limite de leurs forces, doutant de la victoire, beaucoup d’entre eux mourant pour leurs idéaux.

Courage! criaient-ils. Pour la patrie!
et mouraient.

Ce refrain rappelle au lecteur que beaucoup de gens ont fait le sacrifice ultime pour la liberté des générations à venir. Des milliers de milles et des décennies séparent cette ado albertaine des expériences de ces jeunes hommes, mais la jeunesse qu’ils ont en commun donne à cette écrivaine de talent une idée de leurs émotions.

Intermédiaire noir et blanc, première place, Derek Wong, Scarborough (Ont.) [Derek Wong]

Elle écrit à propos de jeunes soldats « dont la bravade s’enfuit progressivement avec la sueur », conscients de la mort qui marche parmi eux, qui entendent des cris « comme le premier meurtre maudit de Caïn ». Qui accomplissent leur devoir mortel mais « se
demandent de qui (ils ont) tué le frère ».

La guerre est « un concept presque abstrait » pour les jeunes d’aujourd’hui, dit-elle, si longtemps après la dernière Grande Guerre, et puis les conflits actuels ont lieu sur des territoires qui nous semblent plus étrangers, plus lointains, que ceux de nos alliés européens.

Dans le poème de Murray, l’abstrait se fond dans le concret :

Elle a eu un prix, cette chose qui
nous chaut tant
De tout ça, c’est la Paix qui a couté
le plus.

Le souvenir est important, dit Murray, qui répète le vieux dicton : ceux qui n’étudient pas l’histoire sont condamnés à la répéter. « Les conflits se répètent encore et encore, et si on les oublie, on est voués à les répéter sans cesse. »

Monika Stahlstrom, âgée de 17 ans, de l’école secondaire Sullivan Heights de Surrey (C.-B.), avait le temps et savait comment le passer quand elle a créé l’affiche en noir et blanc senior primée. « Beaucoup de gens disent qu’il faut prendre le temps de se souvenir mais, eux, ne le font pas. »

Junior noir et blanc, première place, Mallory Lindsay, Arborfield (Sask.) [Mallory Lindsay]

Son œuvre, intitulée Take Time to Remember (Prends le temps de te souvenir), a une jeune personne plongée dans un livre, un chien couché à ses côtés. Derrière elle se trouvent deux personnages du Monument commémoratif de guerre du Canada, la main de l’un d’eux sur son épaule.

Le souvenir est important « surtout maintenant car rares sont les gens des guerres mondiales qui vivent encore », dit-elle. « Il faut prendre le temps de se souvenir de ceux qui se sont battus pour nous et qui ont fait de notre pays ce qu’il est. » Sans le souvenir, dit-elle, les Canadiens « prendraient tout comme allant de soi ». Autrefois, « les gens ne vivaient pas comme ça; ils avaient des soucis autres qu’Internet haute vitesse et la télévision à haute définition ».

Stahlstrom enseigne l’anglais à des Coréens en été et, l’an dernier, elle a appris quels sont les effets personnels de la guerre. « Un de ses élèves lui a parlé de la scission de familles (durant la guerre de Corée). Beaucoup de gens parlent des morts de la guerre et de la politique mais ces élèves parlaient surtout des familles qui ont été affectées » par la guerre si près d’elles.

C’est une mémoire personnelle qu’elle va prendre le temps de se remémorer, en même temps que les leçons d’histoire et de guerre.

La gagnante du concours de poésie junior avait aussi le temps à l’esprit. Dans son poème, Dear Canada (cher Canada), Kylie MacNeil, âgée de neuf ans, d’Enfield (N.-É.), environ 40 km au nord d’Halifax, demande « ce que le 11 novembre a de si extraordinaire ».

« De quoi est-ce que je me souviens en ce petit jour? » demande-t-elle. « Une petite fille de neuf ans doit penser à tant de choses. Comment faire pour que ce jour soit spécial, comment le rendre mien? »

D’abord, elle pense à ce pour quoi elle peut se compter chanceuse; ensuite, elle remercie ceux qui ont servi pour leur courage et leur service mais ça ne suffit toujours pas. « Pourquoi faisons-nous cela seulement le 11 novembre du matin au soir? » demande-t-elle dans son poème. « Pourquoi ne pas être reconnaissant de ce que nous avons chaque jour, sans exception? »

Imaginez le monde s’il y avait
un silence tous les jours.
Le temps d’être reconnaissant,
chacun à sa manière.
Alors je m’engage à faire que ce jour
soit spécial pour moi,
En le gardant dans mon cœur,
cher Canada, fier et libre.

La paix est le thème principal de commémoration dans le cas de Delia Yao, gagnante de 15 ans dans la catégorie intermédiaire des affiches en couleurs. Son affiche, intitulée N’oublions pas, fait voir un champ de feuilles d’érables rouges entourant la silhouette d’une colombe. Dans cet espace se trouve le dessin de deux soldats. L’un deux porte un homme sur une civière; l’autre tire avec un fusil dans les ruines d’une ville au-dessus de laquelle volent des avions.

« La colombe est un symbole important », dit Yao, qui sera en 10e année au W.A. Porter Collegiate Institute à Scarborough (Ont.). « J’ai pensé à mettre le dessin des soldats dans la colombe parce qu’elle est le symbole du combat pour la paix. »

Yao, qui a fait son affiche lors de leçons de dessin prises régulièrement, le samedi, au Ivy Yin Yuk Leung Art Studio, à Scarborough, espère faire carrière dans le dessin.

Major commence cet automne au Concordia University College of Alberta à Edmonton. Elle a l’intention de continuer à écrire, de s’exercer en poésie et, un jour, peut-être, écrire un roman. Stahlstrom va à l’Université Simon Fraser, avec l’intention d’enseigner à l’école secondaire. Alvarado va au collège Algonquin, à Ottawa, pour étudier les beaux-arts. Van Kessel s’en va à l’Université Trent de Peterborough, en anthropologie avec spécialisation en archéologie, peut-être pour une carrière universitaire.

Mais où qu’aillent ces jeunes Canadiens, ils auront toujours une lueur de souvenir. Comme l’écrit John McCrae dans Au Champ d’honneur, « À nous de porter l’oriflamme », dit Ashley. « C’est ça le devoir qui nous incombe, nous la génération suivante. De maintenir la paix pour laquelle ils se sont sacrifiés. »

Gagnants 2007-2008

Senior
Affiches en couleurs —
première : Silvia Alvarado, Ottawa; deuxième : Jason Xue Bin Peng, Vancouver; mention hono­rable : Brandon Olsen, Emo (Ont.).
Affiches en noir et blanc — première : Monika Stahlstrom, Surrey
(C.-B.); deuxième : Viviana Astudillo, Toronto; mention honorable : Brittney Hymanyk, Spruce Grove (Alb.).
Composition — première : Katrina Elissa van Kessel, Elliot Lake (Ont.); deuxième : Kayla Feragen, Banff (Alb.); mention honorable : Ashley Major,
St. Brieux (Sask.)
Poésie — première : Andrea Murray, Benalto (Alb.); deuxième : Lauren Lavoie, Regina; mention honorable : Joseph MacNeil, Antigonish, N.-É.

Intermédiaire
Affiches en couleurs —
première : Delia Yao, Scarborough (Ont.); deuxième : Bobbi Farion, Vegreville (Alb.); mention honorable — Katlyn Gregory, Bridgetown (N.-É.).
Affiches en noir et blanc — premier : Derek Wong, Scarborough (Ont.); deuxième : Rebecca Clark, Wolseley (Sask.); mention honorable : Jocelyn Hendricks, Nanoose Bay (C.-B.).
Composition — première : Chelsea Kuik, Winnipeg; deuxième : Silken Handford-Perronnet, Tisdale (Sask.); mention honorable: Bernadette Weaver, South River (Ont.).
Poésie — première : Natasha Hofer, Gladstone (Man.); deuxième : Cali Hicks, Sackville (N.-B.); mention hono­rable : Meg Irving, Sundre (Alb.).

Junior
Affiches en couleurs —
première : Anna Gummer, Comox (C.-B.); deuxième : Taylor Wheeler, Estevan (Sask.); mention honorable : Kelsey Henry, South Tetagouche (N.-B.).
Affiches en noir et blanc — première : Mallory Lindsay, Arborfield (Sask.); deuxième : Colby Shell, Debolt (Alb.); mention honorable : Johnathon Butler, Stirling (Ont.).
Composition — première : Lauren Phillips, Leslieville (Alb.); deuxième : Amanda Burling, Emerson (Man.);
mention honorable : Selma Kusturica, Kelowna (C.-B.).
Poésie — première : Kylie MacNeil, Enfield (N.-É.); deuxième : Macaulay Scott, Calgary; mention honorable : Jessica McCarthy, Spaniards Bay (T.-N.).

Primaire
Affiches en couleurs —
première : Ashton Magotiaux, Carlyle (Sask.), deuxième : Ellen Shore, Halifax; mention hono­­­rable : Marco Ramirez, Surrey (C.-B.).
Affiches en noir et blanc — première : Jennifer Harper, Birch Hills (Sask.); deuxième : Noah Fortnum, Chilliwack (C.-B.); mention honorable : Alexia Russell, Whitby (Ont.).

Il y en a qui escaladent une crête

Katrina Elissa van Kessel

Il y en a qui escaladent une crête vers la gloire. D’autres sont destinés à disparaitre dans les annales de l’histoire : un numéro, un grade, une unité, une date.

Pour l’armée, 1075159 et pour le commandement, soldat, mais pour ceux qui te connaissaient et qui t’aimaient, tu étais John Alexander McLean.

Né le jour le plus béni entre tous, le 25 décembre, d’une année comme une autre, 1897, tu étais le premier-né de Hugh et Jesse McLean de Long Point (comté d’Inverness), un petit village situé au Cap Breton en Nouvelle-Écosse. Tu allais grandir là-bas. Quand tu t’es enrôlé, tu n’étais pas bien plus vieux que je le suis et pas si éloigné des jours d’insouciance près de l’océan : tu n’avais que 18 ans et cinq mois. Tu habitais au 167 de la rue Pleasant, à Halifax (avais-tu quitté le comté d’Inverness à la recherche de travail ou pour faire ta vie?), et tu avais trouvé un emploi en tant qu’ouvrier à Ry Construction.

Tu mesurais 5 pi. 9 po. et pesais 157 livres — plutôt élancé. Les filles devaient te trouver extrêmement beau, avec tes cheveux noirs et tes yeux bleus — pourtant, tu n’as peut-être pas quitté quelqu’un qui allait se morfondre à t’attendre; le sergent Walsh a écrit « non » à côté de « marié ». Le 26 avril, tu as promis de défendre le roi George V et ses successeurs jusqu’à la mort. Ensuite, c’était le tour du docteur. Il a noté que tu avais des cicatrices au revers de ta main gauche et à ton tibia (au cas où il faille t’identifier), et t’a ensuite déclaré apte au service.

Moins d’un an après, tu te trouvais de l’autre côté de l’océan avec le 7e Bataillon, à Vimy. Malgré toutes les chances contre toi et tes compagnons canadiens, tu as été victorieux; le Canada a remporté la bataille et tu as survécu. Il n’en irait pas toujours ainsi. Un matin « maussade et monotone » à Lens, comme l’écrivait un sergent dans son journal, tu es mort au combat. On t’a déclaré victime du Commonwealth, ton corps n’ayant jamais été recouvré. Tu n’avais pas encore 20 ans. Et, ça, la plus triste des vérités, c’est tout ce qu’on sait de toi, John.

On t’a laissé en France à jamais, tu ne reverras jamais le Canada… Tu ne verras jamais le résultat de tes efforts (et de ceux de tant d’autres). Les alliés ont gagné, John. L’Allemagne a signé un armistice le 11 novembre 1918. On disait de ta guerre qu’elle allait en finir de la guerre mais, triste à dire, un peu plus de vingt ans après, le monde se réunissait à nouveau pour se battre avec un ennemi par trop familier.

À cause de ton grand sacrifice, John, il y a tant de bonnes choses que tu n’as jamais connues, et tant de mauvaises : la grande dépression et la Seconde Guerre mondiale; le lancement de Autant en emporte le vent, la main de ta bien-aimée dans la tienne. Tu n’as pas vu l’essor du rock-and-roll et Elvis Presley. Quand Neil Armstrong a aluni, tu ne regardais pas la télévision.

Et, le plus important de tout, tu igno­res beaucoup de ta famille. Ton frère cadet a grandi et il s’est marié avec une belle femme, Helen, qui lui a donné sept enfants. Je suis sûr que Rod t’a régalé d’histoires depuis qu’il t’a rejoint, en 1991, et je suis un de ses nombreux petits-enfants : ton arrière-petite-nièce. Je ne savais rien de toi jusqu’à si récemment mais, déjà, tu es entré dans mon cœur.

L’autre jour, j’ai reçu un colis du sergent d’armes de la Chambre des communes, John et dans ce colis se trouvait une copie de la page du Livre du Souvenir où est inscrit ton nom. Oui, chaque année, le 24 juin, ton nom est exposé au Parlement, aux yeux de Canadiens de tous les coins du pays. As-tu jamais pensé qu’on t’honorerait ainsi? Ou que plus de 32 millions de citoyens se lèveraient en ton honneur et celui de tes camarades le 11 novembre de chaque année?

Un certain M. Boivin a inclus un message dans le colis, où ceci était écrit : « Une nation reconnaissante lui sait gré chaque année de son sacrifice […].

C’est ce même sentiment de gratitude qui nous fait vous envoyer cette page en espérant qu’elle sera toujours source de fierté pour votre famille. »

John, tu seras toujours, pour moi et pour ma famille, une grande source d’honneur et, sachant que la mémoire de toi ne s’évanouira jamais, j’espère que tu es en paix, et que tu sais que c’est en partie grâce à toi que tant de nations sont libres.

Rapport De La Capitale Nationale: Détente Royale

Le commander de zone Roger Purnell de la Nouvelle-Écosse/Nunavut (à g.) sourit avec le prince Floris et la princesse Aimée. [PHOTO : SHARON ADAMS]

Les délégués ayant fait sérieusement leur travail au Congrès national, ils ont hâte d’aller aux soupers et aux réceptions organisés par les filiales et les directions divisionnaires de la Légion pour rencontrer des gens et s’amuser.

Cette année, les divertissements et les rencontres sont vraiment royaux, grâce au filleul de la Légion royale cana­dienne, le prince Floris de Hollande et à son épouse, la princesse Aimée. « Je veux rencontrer autant de mes parrains et marraines que possible », dit le prince durant les cérémonies d’ouverture du 42e Congrès national de la Légion qui a lieu du 21 au 25 juin à Ottawa. Et il le fait bel et bien au cours des jours qui suivent.

La filiale Orléans, dans l’Est d’Ottawa, a organisé, de façon typique, une soirée de la Nouvelle-Écosse/Nunavut. Le prince, qui a été investi citoyen honoraire du Cap-Breton au Congrès de 2000, arrivé en tartan glengarry du Cap-Breton et on les a ovationnés. La princesse Aimée est investie également avant la fin de la soirée. Le couple est aussi intronisé dans le Official Order of The Sou’wester lors d’une cérémonie durant laquelle ont doit avaler une once de rhum noir et se faire oindre d’eau de l’Atlantique.

« Ils étaient habillés simplement et ils se sont mêlés au groupe », dit Vicki Jones, commander de la zone Cowichan and Mid-Island de Nanaïmo (C.-B.). « Les gens les approchaient constamment pour leur parler et prendre des photos, et ça n’a pas été découragé. Comme s’ils étaient n’importe qui. Je pense qu’ils se sont sentis acceptés. »

Le couple s’est fait beaucoup de nouveaux amis à cette manifestation où sont allées quelque 600 personnes.

On se fait souvent des amis aux congrès, comme c’est le cas des sosies Pat Doyle de Charlottetown (Î.-P.-É.) et Tom Aldridge d’Ormstown (Qc). Ils se sont rencontrés pour la première fois au Congrès national de 2002 à Edmonton après qu’ils aient été pris l’un pour l’autre, y compris par des membres de leur famille. « Tout à coup, on a eu une réputation de bêcheur », dit Aldridge.

« J’étais sorti fumer et je me suis mis à parler à Tom; alors je me suis demandé pourquoi il ne me répondait pas », dit le vice-président Norm Shelton de la Division du Québec. En même temps : « j’ai promené mon regard vers la délégation du Québec et je me suis demandé pourquoi Pat était assis avec eux », dit Cathy Kerr, l’épouse de Doyle. « Et puis comment avait-il fait pour traverser la salle sans que je m’en aperçoive? »

Quand ils se sont trouvés face à face, « c’était comme si on se regardait dans un miroir », dit Doyle. Ils ne font pas que se ressembler. Ils se sont mariés à peu près en même temps et ont trois enfants chacun. Ils gagnent leur vie tous deux en conduisant, portent des lunettes et ont une barbe.

Ils commandent la même sorte de bière et chacun termine les farces de l’autre. Ils vont aux mêmes congrès et réceptions, souvent habillés de la même façon. Cette année, ils portent une chemise vert pâle à un souper, à l’improviste, à la terrasse d’un restaurant où le contingent du Québec chante Alouette à pleine voix, les convives des autres provinces se joignant à eux, en l’honneur de la St-Jean-Baptiste.

Cathy Kerr de Charlottetown confond Tom Aldridge (à d.) et son mari Pat Doyle (à g.). [PHOTO : SHARON ADAMS]

 Joe Kelly de Fenelon Falls (Ont.) expose ses épingles. [PHOTO : SHARON ADAMS]

Quand le petit-fils de Kerr, Matthew Doyle, a vu une photo du duo, il en a conclu qu’il avait deux pépés.

Aldridge dit que c’est de plus en plus facile de les distinguer l’un de l’autre. « J’ai un an de plus et je suis plus beau », dit-il pour rire. Mais comment serait-ce possible, vu qu’ils se ressemblent tant? « Ses cheveux sont plus gris que les miens. »

Joe Kelly, comman­­dant de la zone Fenelon Falls (Ont.), à environ 1 h 1⁄2 au nord de Toronto, collectionne les épingles et les amis aux congrès depuis 35 ans.

Cette année, il était tout joyeux d’obtenir sa première épingle de Terre-Neuve-et-Labrador, laquelle a été ajoutée aux 300 ou 350 autres qui recouvrent son gilet.

La collection de Tony Steenbergen de Brockville (Ont.) se dénombre aussi dans les centaines, qui lui ont été offertes par des amis et des connaissances de la Légion. « J’ai été à plus de 80 congrès », zones, districts, divisionnaires, nationaux et internationaux, dit-il.

Il dit que s’il est citoyen canadien, c’est grâce à la Légion. « J’y suis entré il y a 21 ans »; il était encore citoyen hollandais. Ce n’est qu’au bout de cinq ans que quelqu’un s’est aperçu qu’il n’était pas membre en bonne et due forme à cause de sa citoyenneté. « Alors je suis devenu Canadien; en 1993. » Il a des amis légionnaires d’un océan à l’autre et il espère s’en faire encore d’autres au prochain congrès.

Les mains gagnantes à Grand Bend

Les Championnats nationaux de cribbage de la Légion de 2008 ont été un de ces événements où tous les éléments, la météo, les gens, l’ambiance, s’unissent pour créer une expérience parfaite.

Les joueurs de cartes qui se sont assemblés à la filiale Grand Bend (Ont.), à l’occasion de ces championnats qui ont eu lieu du 25 au 27 avril, ont souvent souhaité, de vive voix, que la manifestation dure plus longtemps; rien que pour pouvoir s’amuser encore. Il y a quand même eu quelques parties sérieuses, une compétition féroce, avant que la côte Est, la côte Ouest et les Prairies recueillent les lauriers.

Grâce à la planification attentionnée du Comité des préparatifs locaux dirigé par le président Ron Crown de la filiale Grand Bend, les organisateurs étaient calmes, confiants qu’ils parviendraient à s’occuper de tout imprévu. « Nous avons commencé la planification de cet événement le lendemain du jour où il a été approuvé », plus d’un an avant les championnats, dit Crown. Alors les petites broutilles ont été vite réglées. La pluie menace le défilé? On le fait à l’intérieur. Les jeux durent plus longtemps que prévu? On fait plusieurs services pour nourrir tout le monde. Quelqu’un désire visiter la ville à l’improviste? On a vite fait de trouver un chauffeur.

Les plages blanches de la côte est du lac Huron à Grand Bend, 45 minutes environ de London, charment les touristes depuis longtemps. La population permanente d’environ 1 000 personnes devient 25 fois plus grosse tous les étés, quand les gens des chalets s’agglutinent autour du lac et de ses environs : la Huron County Playhouse, les quelques rares habitats du parc provincial Pinery, le Grand Bend Motorplex, le casino avoisinant, la douzaine de terrains de golf des alentours.

« Il faut des dizaines de bénévoles pour un événement comme ça », dit Crown qui, de peur d’oublier quelqu’un, hésite à commencer à les nommer. L’ancien président Bob Chapdelaine était l’un des chauffeurs bénévoles qui sont allés chercher les équipes au fur et à mesure qu’elles arrivaient à l’aéroport de London. « Je me suis vraiment bien occupé des gens de l’Alberta », dit cet ancien Albertain qui a déménagé à Grand Bend au milieu des années 1960.

Les joueurs ont étés déposés à leur hôtel pour se rafraichir ou faire une sieste réparatrice, et puis ils ont été conduits à la filiale où ils ont bavardé avec les membres locaux. Des dizaines de membres de la filiale sont arrivés pour un souper au jambon, servi, dans une ambiance chaleureuse, avec un gratin dauphinois, qu’on a fait suivre par le tirage au sort de viande populaire du vendredi et les divertissements musicaux.

L’équipe albertaine de la filiale Chapelhow de Calgary, que Lorne Weselak, James et Joyce Grewcutt et Mark Gourdeau composaient, avait dû triompher d’une grosse chute de neige, de deux dégivrages d’avion et d’un vol de nuit, mais ses membres ont été ragaillardis par le beau temps. Le duo mère-fille Judy et Lorrain Austin, membres de l’équipe ontarienne de la filiale Kapuskasing qui avait dû rouler plus de 12 heures, réparties durant deux jours, étaient contentes du temps et de l’hospitalité.

Les manifestations à la filiale, samedi après le déjeuner, ont commencé par l’inscription et le défilé. « Nous, membres de la Légion, sommes tous ici pour nous amuser », dit le représentant Norm Shelton du Comité national des sports, et il demanda aux joueurs de faire preuve de camaraderie et de sportivité durant le tournoi. La vice-présidente Marg Emery de la Division de l’Ontario a souhaité la bienvenue aux joueurs. Crown a invité les joueurs à écrire un mot de salutation sur une casaque rouge qu’il allait envoyer aux membres des Forces canadiennes en ser­vice en Afghanistan.
Après une courte réunion des capitaines d’équipe, Crown a prononcé les mots qu’attendaient les équipes de doubles : « comme on dit au Texas Hold ’Em : “mélangez et distribuez” ».

Les doubles, les simples et les équipes ont eu neuf tours, et deux parties par tour. Chaque partie gagnée méritait un point, sauf celles qui se terminaient par un ‘skunk’, lesquelles en valaient deux. « C’est ainsi qu’on a des égalités », dit Crown et, en effet, il a fallu jouer des belles pour établir qui seraient les champions dans les catégories des doubles et des simples.

Bien que la Nouvelle-Écosse avait pris de l’avance au début de la compétition des doubles, grâce à deux skunks contre la Colombie-Britannique au deuxième match, il y en a qui ont réussi à reprendre du terrain. À la deuxième moitié des jeux, au moins deux équipes étaient ex æquo en première place à la fin de chaque tour.

Les équipes de Pilot Mound (Man.), Windsor (N.-É.) et Riverhead (T.-N.), étaient à égalité, à 12 points, au début du dernier tour. L’équipe néo-écossaise a perdu ses deux dernières parties, alors Terre-Neuve et le Manitoba se sont retrouvés ex æquo à 14 points. Barry et Margaret Heaver de la filiale Pilot Mound ont remporté le bris d’égalité lors d’un match rapide où il fallait ga­gner deux parties sur trois. Bien qu’ils jouaient sérieusement, les joueurs des deux équipes se sont bien amusés durant leurs parties, comme l’indiquaient leurs rires incessants.

Quand on lui demandait quelle stra­tégie elle avait employée pour gagner, Margaret répondait : « Stratégie? »

Et de dire Barry : « Ce n’était que la chance. On a perdu une fois par un skunk et on a perdu deux parties d’affilée. À un moment donné, même si on avait gardé les cinq cartes, on n’aurait pas pu compter de points. Mais durant nos deux dernières parties, on a recommencé à gagner. On a eu un skunk; ça aide. »

Bien que leur petite filiale n’a pas de jeux de cribbage régulier, ils avaient joué régulièrement aux compétitions de district. Ils se sont qualifiés une couple de fois aux provinciaux, mais c’est la première fois qu’ils se rendaient à l’échelon national. « Je n’aurais jamais cru qu’on irait si loin » dit Margaret. « J’étais si heureuse de venir ici. »

« On a joué avec une bonne équipe », dit le compétiteur Paul Corcoran. « Ils nous ont battus à la fin. » Il dit aussi de la filiale Dermot Lee Memorial qu’elle est petite, et c’est la troisième fois qu’il se rend aux championnats nationaux.

Il s’agissait aussi du troisième voyage de Jim Kay de la filiale Port Coquitlam (C.-B.), gagnant de l’épreuve des simples, qui a fait une longue remontée avant de remplacer le meneur, Lorne Weselak, de la filiale Chapelhow de Calgary, aux deux derniers tours.

Weselak était premier durant six des huit tours, mais il n’a obtenu aucun point contre ses deux derniers adversaires.

Kay dit que son calme est une des raisons de sa victoire. « Je n’ai pas regardé le tableau indicateur une seule fois. Si je gagne, ça va. Si non, ça va quand même. » Mais l’importance qu’il attache à la victoire était évidente quand ses yeux se sont mis à briller lorsqu’il disait que c’est la troisième fois qui a été la bonne, car il était allé aux championnats nationaux deux fois auparavant.

« Ça s’est bien passé jusqu’à la toute fin », dit Weselak, qui, lui, étudiait le tableau indicateur entre les parties. « C’était vraiment les mains chanceuses », dit-il. « J’ai commencé à avoir de bonnes cartes après avoir perdu quatre parties de suite. » Il a gagné contre le Saskat­che­wannais Butch Richardson de la filiale Alameda, laquelle se trouve à quelque 240 kilomètres au sud-est de Regina, qui est “mort d’un skunk” à la dernière main.

« Si on pouvait embouteiller cette fin de semaine », dit Richardson, « on n’aurait plus de problèmes d’adhésion. » Il a beaucoup fait pour l’ambiance de kermesse : ses danses de victoire, son sourire incessant, son énergie inépui­sable, ont amusé les autres joueurs durant toute la fin de semaine. « On l’amène aux grandes occasions », dit un des autres Manitobains, membre de la filiale Watson, durant les cérémonies de remise des prix.

Rares sont les joueurs de cribbage qui pourraient témoigner qu’on peut voir un des 10 plus beaux couchers de soleil de la terre à Grand Bend, comme on l’a écrit dans la revue National Geographic. Il y avait des choses divertissantes à faire tous les soirs. Les repas préparés par Sheila Tiedeman, Wynne Elmore et leur équipe de bénévoles, de véritables banquets, étaient assortis à des divertissements qui retenaient la plupart des gens à la filiale. Le samedi soir, un orchestre a fait danser les gens. La petite amusette au milieu de l’après-midi, c’était la course de chevaux — avec les chevaux en bois dont on se sert au jeu de dés « crown and anchor ». Une des invitées, Wanda MacArthur de Windsor (N.-É.), a pris nombre de photos du jeu, avec l’espoir de le renouveler, et l’amusement aussi, aux filiales des autres divisions.

« J’ai eu de bons résultats », en jouant aux chevaux, dit-elle.

Le dimanche, deux skunks au premier tour ont donné une bonne distance devant le peloton à l’équipe de la Nouvelle-Écosse/Nunavut de la filiale Hants County de Windsor : MacArthur, Brian Stewart, Raymond Church et Lyman Shanks. Elle battait l’équipe de la filiale George Pearkes VC de Summerside (Î.-P.-É.) à 6-1. Mais les skunks ont changé de direction au deuxième tour, ce qui a permis à l’Île de se rapprocher jusqu’à 7-9.

Au cinquième tour, l’équipe de l’Île a remporté toutes ses parties, alors que la Nouvelle-Écosse ne réussissait qu’à en gagner une seule, alors, au diner, l’Île avait 15 points et la Nouvelle-Écosse, 13.

L’équipe de Summerside, Ivan O’Brien, Nelson Blanchard, Ray Rushton et Cliff Gallant, maintenu son leur avance durant le reste de l’après-midi, finissant avec 29 points alors que la Nouvelle-Écosse n’en avait que 26. « On a eu de la chance », dit Rushton en se détendant après les efforts de la journée. « C’est pas tout à fait vrai », dit son coéquipier Blanchard. « On a eu beaucoup de chance. »

Rushton insistait : « On s’est appliqués sans cesse. Ils ont pris deux points d’avance à un moment donné et je pensais qu’on allait perdre. Mais on a fait une remontée. » L’équipe de Windsor « savait ce qu’elle faisait. On ne gagne pas à ce jeu rien qu’avec la main qu’on reçoit », dit-il. « Il faut savoir ce qu’on doit faire avec les cartes. »

Vu qu’ils jouent ensemble depuis bien des années, ses coéquipiers le savent, ce qu’il faut faire avec les cartes. Ils se sont rendus aux championnats nationaux plusieurs fois au cours des années, en divers arrangements, et ils ont l’intention de se rendre à encore plus de compétitions. « On peut encore faire une partie, les gars », dit O’Brien.

Stewart dit que, « si on avait gagné, ça aurait été en prime ». Il s’est fait fermier en Nouvelle-Écosse à cause de la blessure à la colonne vertébrale qui a écourté sa carrière dans les Forces canadiennes. « On est venus ici pour s’amuser et on a eu une fin de semaine extra », dit-il.

Des amitiés sont nées durant cette fin de semaine, et nombre d’invitations ont été faites aux camarades de partout à travers le pays.

« Je ne pense pas qu’il me soit déjà arrivé de rire autant », dit Ken Desjardins de Fort Frances (Ont.). « Je veux dire : les membres de mon équipe sont amusants, mais je ne savais pas que c’était pareil à travers tout le pays. »

Bien des joueurs ont promis de retourner à Grand Bend profiter des plages. Et, s’ils réussissent à résister à l’appel de la filiale, peut-être verront-ils un de ces fameux couchers de soleil.

Résultats

Équipes : Î.-P.-É. (fil. George Pearkes VC de Summerside), 29; N.-É./Nunavut (fil. Hants County de Windsor), 26; C.-B./Yukon (fil. Qualicum Beach), 24; Qc (fil. Pointe-Gatineau de Gatineau), 23; Ont. (fil. Kapuskasing) et Alb./T. N.-O. (fil. Chapelhow de Calgary), 21; Sask. (fil. Watson) et T.-N. (fil. Dermot Lee Memorial de Riverhead), 19; N.-B. (fil. Hillsborough), 16; Man./N.-O. O. (fil. Fort Frances (Ont.)), 15.

Doubles : Man./N.-O. O. (Barry Heaver et Margaret Heaver, fil. Pilot Mound), 14; T.-N. (Paul Corcoran et Willie Corcoran, fil. Dermot Lee Memorial), 14 (vice-cham­pions); C.-B./Yukon (Marilyn Cantrill et Leroy Olson, fil. K. Knudtson d’Osoyoos), 13; N.-É./Nunavut (Brian Stewart et Raymond Church, fil. Hants County), 12; Ont. (Judy et Lorrain Austin, fil. Kapuskasing) et Qc (Germain Leduc et Raymond Duguay, fil. Pointe-Gatineau), 11; Î.-P.-É. (Ivan O’Brien et Nelson Blanchard, fil. George Pearkes VC) et Alb./T. N.-O. (James et Joyce Grewcutt, fil. Chapelhow), 8; Sask. (Pat Daly et Verda Hoppe, fil. Nipawin), 7; N.-B. (Neil et Austin Doughwright, fil. Hillsborough), 6.

Simples : C.-B./Yukon (James Kay, fil. Port Coquitlam), 16; Alb./T. N.-O. (Lorne Weselak, fil. Chapelhow), 13; Sask. (Butch Richardson, fil. Alameda), 13; N.-B. (Joseph Milton, fil. Hillsborough), 12; Man./N.-O. O. (Paul Shalley, fil. Fort William de Thunder Bay (Ont.)), 11; N.-É./Nunavut (Lyman Shanks, fil. Hants County) et Î.-P.-É. (Raymond Rushton, fil. George Pearkes VC), 10; T.-N. (Kenny Whelan, fil. Dermot Lee Memorial), 9; Qc (Raymond Rodier, fil. Pointe-Gatineau) et Ont. (Jack Bantten, fil. Kapuskasing), 8.

La Saskatchewan et le Québec luttent pour le titre au curling

Les résultats des Championnats nationaux de curling de 2008 de la Légion royale canadienne ont fini par reposer sur la chance.

Quand les curleurs et les supporteurs se sont assemblés au Parkland Recreation Complex bien éclairé et confortable de Dauphin (Man.), le dernier après-midi des jeux, tout le monde avait hâte de voir la partie de bris d’égalité.

La Saskatchewan et le Québec étaient ex-aequo avec cinq victoires et une défaite chacun. Vu les performances, durant les trois jours précédents, du capitaine Rob Maclean, de Danny Belliveau, d’Allan Jones, de Greg Wilson et du cinquième John Burgess de la filiale Hudson (Qc) ainsi que celles du capitaine Andrew Hay, de Rick Middleton, de Les Kun et de Darren Clancy de la filiale Nutana de Saskatoon (Sask.), tout le monde s’attendait à voir une partie tout en précision et en finesse.

Mais la chance n’a pas duré, bien qu’il y en avait eu beaucoup quelques jours avant quand le temps, la maladie et le déraillement d’un train avaient menacé la manifestation. Dans l’Est, une tempête de neige record avait retardé le départ des avions mais les équipes désireuses de partir pour l’Ouest avaient réussi à trouver des places en partance pour Winnipeg. L’équipe néo-écossaise de Bridgewater était arrivée sans ses balais, et celle de Terre-Neuve-et-Labrador avait dû laisser un de ses membres à Winnipeg pour s’y faire soigner. Et puis le déraillement d’un train avait retardé l’arrivée des écussons du championnat.

Après tout cela, les équipes avaient besoin de se divertir, ce qu’elles ont commencé à faire dans l’autocar, avec plein de nourriture et de bonne humeur, de sorte que le déplacement de quatre heures jusqu’à Dauphin, 320 kilomètres au nord-ouest de Winnipeg, s’est passé rapidement. Heureusement que l’équipier prodigue et les balais égarés sont arrivés à temps pour la première manche, le lundi.

Dauphin, pôle d’activités de la région manitobaine de Parkland en ce qui concerne le transport des céréales, était entouré par de grands champs céréaliers où gisaient encore les dernières traces de l’hiver quand les manifestations ont débuté à la filiale Dauphin, le dimanche soir, par un souper accompagné de divertissements. Les dames de la Légion, comme on les appelle affectueusement, avaient préparé le premier des nombreux festins de la semaine sous la direction de Lillian Peirson.

Les curleurs étaient debout de bonne heure le lundi, pour assister à la cérémonie d’ouverture à la piste de curling du beau complexe remis à neuf. Le corps de cornemuses de la Légion de Dauphin a joué pour recevoir les dignitaires, la garde du drapeau et les curleurs, qui se tenaient avec respect, debout sur la glace, lors de l’hymne national et de l’allégeance.

Le représentant du Comité national des sports Dave Paterson a levé son verre au cornemuseur et souhaité bonne chance aux curleurs. Pour ouvrir le 52e Championnat national de curling, il dit aux joueurs que ce n’était pas « rien qu’une rumeur » qu’il se pouvait que ce soit la dernière manifestation nationale de curling, dépendant d’une motion au congrès national de juin selon laquelle toutes les manifestations sportives nationales prendraient fin. C’était aussi la première année que le curling senior avait été supprimé pour des raisons d’économie.

Le président du comité de réception Greg Thompson, le premier vice-président de la Division du Manitoba– Nord-Ouest de l’Ontario Gordon Walker, le représentant du district Tony Sofranitz, le président de la filiale Dauphin Walter Peirson, le député provincial Stan Struthers et Dennis Forbes, préfet de la municipalité rurale de Dauphin, se sont joints à Paterson pour souhaiter aux compétiteurs bon curling et qu’ils s’amusent.

À la fin des jeux du lundi, le Québec, le Manitoba et la Saskatchewan avaient deux victoires chacun, l’Île-du-Prince-Édouard et le Nouveau-Brunswick avaient deux défaites chacun et Terre-Neuve et la Colombie-Britannique, une de chaque toutes les deux.

Le mardi, la Saskatchewan écrasait deux équipes des Maritimes, battant la Nouvelle-Écosse 10-3 le matin et le Nouveau-Brunswick 9-3 l’après-midi, ce qui lui donnait un record de 4-0 en fin de journée. Quant aux autres matchs du mardi matin, l’Île-du-Prince-Édouard avait battu Terre-Neuve 8-5 et le Québec avait gagné contre l’équipe de Salmon Arm (C.-B.) 8-3 en huit manches. Lors de la partie la plus longue de la matinée, le Nouveau-Brunswick avait dû placer une pierre de protection extérieure pour marquer et parvenir à une manche supplémentaire, mais une pierre de l’équipier Mike Dobson fut trop longue, et le Manitoba réussit à faire un coup et gagner la partie à 6-4.

Le mardi après-midi, durant les dernières manches, le Québec n’a fait que voler un point après l’autre, dit le capitaine Maclean. En effet, quatre pierres québécoises groupées, dont une était une marqueuse, qui chevauchaient la ligne arrière aux huit pieds faisaient obstacle au capitaine manitobain Butch Mouck lors de son dernier lancer. Il se faufila entre les gardes, dépassa sa propre pierre qui se trouvait tout juste à l’intérieur du cercle de huit pieds, et donna une petite poussée pour séparer le groupe et gagner à 7-6.

Le mercredi matin, le sort de quatre équipes, soit celles du Québec, de la Saskatchewan et du Manitoba qui n’avaient pas encore perdu une seule partie, et celle du Nouveau-Brunswick qui n’en avait pas encore gagné une seule, était à l’esprit de bien des gens.

L’avance a changé plusieurs fois entre le Québec et la Saskatchewan jusqu’à la sixième manche, laquelle a été caractérisée par des tactiques de heurts et roulages.

Maclean a raté une montée à la neuvième manche et fait sortir une pierre saskatchewanaise qui avait été soigneusement placée, ce qui a permis au Québec de compter la une, la deux et la trois. Hay était en avance à un moment après une sortie double, mais Maclean a fini pas inscrire deux points en sortant la marqueuse saskatchewanaise.

À la 10e manche, le premier coup de Maclean a repoussé une garde et obtenu une mordeuse infime. Hay a envoyé une pierre à l’intérieur des huit pieds de l’autre côté mais sa pierre ne s’est pas suffisamment courbée pour se cacher derrière la garde de devant. Maclean a fait sortir la marqueuse de la Saskatchewan et laissé une séparation impossible. Vu qu’il fallait deux points à Hay pour égaliser, il s’est avoué vaincu sans lancer sa dernière pierre. Score final : Québec 6, Saskatchewan 4.

« Ça ne dérange pas quand on perd des parties comme celle-là parce qu’on sait qu’on a fait son possible », dit Hay. « La chance n’était simplement pas avec nous cette partie-là. Si seulement on avait eu rien qu’un coup de chance de plus… »

C’est en après-midi qu’il allait l’avoir, cette chance, lors d’une partie serrée avec le Manitoba.

Mais avant cela, le Nouveau-Brunswick inscrivait sa première victoire, 9-2, face à Terre-Neuve, et le Manitoba, sa première défaite, 2-5, face à la Colombie-Britannique. La Nouvelle-Écosse, à la dernière partie de la matinée, battait l’Île-du-Prince-Édouard 7-6.

À partir du tout début d’après-midi, une foule de la place a commencé à s’assembler derrière le vitrage au rez-de-chaussée et derrière les vitres du salon de l’étage d’où l’on pouvait voir trois pistes, dont l’une où la Saskatchewan se mesurait à l’équipe favorite du patelin, celle de la filiale Gilbert Plains qui se trouve à 30 kilomètres à l’ouest de Dauphin. À la dixième manche, le dernier lancer de Hay a été un gel délicat valant un point. Le capitaine Butch Mouck a fait un beau lancer avec lequel il a repoussé une pierre de la Saskatchewan et obtenu l’égalité, donc une manche pour les départager. C’était sans doute grâce aux nombreux partisans qui retenaient leur souffle dans les galeries d’observation.

Mouck plaçait sa première pierre de la 11e manche en position de garde centrale pour protéger sa marqueuse. Hay a lancé autour d’elle, sa pierre enlevant celle du Manitoba et donnant deux pierres à la Saskatchewan avec la mouche ouverte. Et c’est là que la chance de Hay s’est manifestée. Le dernier coup de Mouck a raté le bouton. Score final : Saskatchewan 7, Manitoba 6.

Aucune autre partie ne s’est terminée avec un score si serré. La Nouvelle-Écosse a battu la Colombie-Britannique à 7-5, le Québec a gagné contre Terre-Neuve à 8-3 et l’Île-du-Prince-Édouard s’est placé devant le Nouveau-Brunswick à 9-6.

Les parties du Québec et de la Saskatchewan, ex-aequo à cinq victoires et une défaite, étaient les plus captivantes du jeudi matin car leurs résultats allaient fixer la longueur du bonspiel. La Saskatchewan se mesurait à la Colombie-Britannique, dont la marque était de 3-3, et le Québec affrontait l’Île-du-Prince-Édouard, qui en était à deux victoires et quatre défaites. Le Manitoba menait le reste du peloton avec une marque de 4-2, suivi par Terre-Neuve et le Nouveau-Brunswick, qui étaient ex-aequo à une victoire et cinq défaites.

La Saskatchewan a commencé avec le marteau et réussi à maintenir son avance contre la Colombie-Britannique durant toute la partie. À la sixième et dernière manche, la Colombie-Britannique a manqué un dégagement avec la septième pierre, une occasion dont Hay a profité. Il avait déjà un point d’un côté de la mouche et il a donné une petite poussée à une autre pierre pour se fixer de l’autre côté, un tout petit peu trop loin pour un doublé, ce qui a empêché la Colombie-Britannique d’inscrire plus d’un point. Le score étant à 6-2, la Colombie-Britannique lui a concédé la victoire.

La partie du Québec et de l’Île-du-Prince-Édouard a été bien plus serrée, et plus longue, qui après une neuvième manche en était à cinq partout. Avec sa dernière pierre, le capitaine Mel Bernard de l’Île a essayé d’enlever une pierre du Québec et de glisser derrière sa propre pierre qui se trouvait en deuxième position, mais il a raté la glissade, ce qui a permis au Québec de se placer dans une ouverture de quatre pieds et d’obtenir ainsi la victoire. Mais la chance renverse souvent les certitudes, au curling. Bien qu’ayant quitté le bloc de départ avec le bon poids, une pierre de Maclean a ramassé quelque débris au passage et s’est arrêtée bien trop tôt. L’Île a donc pu voler deux points et gagner à 10-8.

La Saskatchewan a remporté le championnat avec une marque de 6-1.

« Personne n’aime gagner comme ça », dit Hay. « Quand on a fait un choix, le sort en est jeté », dit Maclean en le félicitant.

La réception et le banquet de la remise des prix du jeudi ont tout de même été une occasion de faire du boucan dans la bonne humeur, ce qui a commencé par la distribution des écussons qui étaient arrivés après leur mésaventure dans le Nord de l’Ontario.

Quant au 53e Championnat national de curling, son sort est entre les mains des délégués du congrès qui vont devoir réfléchir à leurs résolutions.�

Façonnés par le sacrifice

remdayintro1.jpg

Il fait beau, clair et frisquet quand les premières personnes arrivent au Monument commémoratif de guerre du Canada, plus de deux heures d’avance et souvent avec des couvertures et des coussins, pour s’assurer d’une place à la cérémonie du jour du Souvenir. En fin de compte, c’est une des foules les plus nombreuses qu’il y ait jamais eu, quelque 30 000 personnes, autour du monument et sur les flancs de la colline du Parlement.

Certains sont venus commémorer les gens qui sont morts ou qui ont servi aux guerres passées; d’autres, pour honorer les membres des Forces canadiennes en service; et d’autres encore, pour transmettre le flambeau aux générations suivantes. « Ma grand-mère avait sept ans quand la guerre a commencé », dit la fillette de six ans Gianna Cox. Ses parents, Matthew et Cathie, ont amené Gianna et son frère de quatre ans, Barton, aux cérémonies pour renforcer les leçons sur l’importance du souvenir qu’on leur a données à l’école et chez eux. « Leurs grands-parents ont survécu à la Seconde Guerre mondiale » dit Cathie. « Ils ont entendu parler du jour du Souvenir à l’école et nous nous sommes dit que ce serait une bonne idée qu’ils viennent voir de leurs propres yeux. »

Honorer ceux qui se battent aujourd’hui « est tout aussi important que de se souvenir des hommes et des femmes qui ont donné leur vie autrefois », dit Tootie Gripich de Cranbrook (C.-B.), qui pour venir voir sa fille a choisi une date lui donnant aussi l’occasion d’assister à la cérémonie nationale du jour du Souvenir. « Je suis allée à des mémoriaux partout dans le monde et j’ai visité la tombe de mon grand-père en Belgique. Je me suis dit que ce serait bien de venir ici aujourd’hui. »

Ben Wright a parcouru 1 900 kilomètres, depuis Atlanta (Géorgie), où il travaille pour les Thrashers d’Atlanta, une équipe de hockey de la LNH, afin de voir son frère, l’agent de la GRC Matthew Wright, qui était sentinelle durant les cérémonies. « Mon frère a servi dans les Forces canadiennes pendant 12 ans; c’était un des Casques bleus de l’OTAN en Bosnie. Je suis venu lui présenter mes respects pour son travail. »

L’agent de police Wright de Wolfville (N.-É.), âgé de 35 ans, a été affecté à Chilliwack (C.-B.). Ben voulait aussi honorer les gars qu’il a connus quand il était conseiller de camp en Ile-du-Prince-Édouard : des jeunes hommes qui ces jours-ci reviennent de l’Afghanistan où ils ont été en service. « Le Canada a une réputation mondiale de leader à propos de la diplomatie, du maintien de la paix et de la bienveillance », dit-il. « Et lorsque ces choses-là ne fonctionnent pas, il faut faire tout ce qu’on peut pour résoudre les problèmes afin que nos mainteneurs de la paix et nos diplomates puissent reprendre leur travail. Malheureusement, il y a des fois où il faut utiliser la force pour apporter la paix. »

Le maitre de cérémonie et directeur du Bureau d’entraide de la Légion royale canadienne Pierre Allard remarquait, à l’occasion de son discours d’accueil, que des Canadiens de tous les coins du pays se sont assemblés aux cénotaphes et mémoriaux pour présenter leurs respects aux braves hommes et femmes qui ont donné leur vie à la guerre et lors d’opérations militaires. « Nous nous souvenons solennellement de ceux qui, depuis les tout premiers jours de notre histoire jusqu’au service actuel de nos troupes en Afghanistan et ailleurs dans le monde, ont fait le sacrifice ultime pour notre pays. »

Et le prix a été élevé; plus de 118 000 soldats, aviateurs et marins militaires et marchands ont donné leur vie pour le Canada en temps de guerre et en temps de paix.

Ces thèmes, le service et le sacrifice, ont été repris par la suite lors d’une prière du brigadier-général et aumônier général des Forces canadiennes Stanley Johnstone. Il remarquait que le Canada a été formé par les sacrifices qui ont eu lieu aux batailles comme celles de la crête de Vimy, de Dieppe et de la Normandie. « Que le souvenir de ceux qui nous ont précédé ne s’estompe jamais », dit-il. Il dit aussi que des sacrifices sont encore nécessaires pour préserver la paix et protéger notre mode de vie. « Nous payons notre propre dette pour l’avenir de nos enfants grâce à la bravoure et à la détermination qui conviennent à ce devoir. Mais jamais avec exaltation. »

« Nous aimons et vénérons nos anciens combattants » et nous « languissons après nos troupes. Nous aimons nos troupes », dit le rabbin Reuven Bulka qui est aumônier honoraire de la Direction nationale de la Légion royale canadienne. « Disons le ensemble : nous aimons nos troupes. » L’invitation fut acceptée par les milliers de gens et les applaudissements parcouraient la foule pendant que le rabbin continuait de parler. « Nous aimons nos troupes pour leur désintéressement; nous aimons nos troupes pour leur bravoure; nous aimons nos troupes pour leur dignité au combat. » Il en va de notre responsabilité, en tant que membres d’un « partenariat sacré », de donner un sens à la liberté que nos anciens combattants ont remporté pour nous et que nos troupes maintiennent pour nous, en créant une société inclusive imbue de respect. « C’est comme ça qu’on fait au Canada », dit-il.

La cérémonie était sombre et digne, bien que le soleil apportât une atmosphère plus pétillante que celle qu’il y a eu ces dernières années, quand les gens devaient braver la pluie, la neige et les températures glaciales. Les cornemuses et tambours ont annoncé l’arrivée de vagues d’anciens combattants, de membres des Forces canadiennes, de cadets et d’agents de la GRC–des centaines d’hommes et de femmes, jeunes et vieux, de gens robustes et de gens en fauteuil roulant ou s’appuyant sur une canne : un hommage aux Canadiens qui sont morts au service de la patrie et à ceux qui, aujourd’hui, s’engagent à risquer leur vie pour protéger les idéaux canadiens.

La foule se fit muette à la vue des cinq sentinelles de cérémonie défilant devant le Monument commémoratif de guerre du Canada où elles commencèrent leur vigile, les mains sur l’arme renversée et la tête baissée, une position révérencieuse qu’elles ont maintenu durant toute la cérémonie. Le silence se poursuivit à l’arrivée de la gouverneure générale Michaëlle Jean, de son époux Jean-Daniel Lafond et de leur fille Marie-Éden, et il continua aussi pendant qu’on présentait le reste du groupe vice-royal. Le Premier ministre Stephen Harper, son épouse Laureen et leurs enfants Ben et Rachel, ainsi que la mère de la Croix d’argent de 2007, Wilhelmina Beerenfenger-Koehler d’Embrun (Ont.), dont le fils, le caporal Robbie Beerenfenger a été tué en Afghanistan en 2003, accompagnaient la Gouverneure générale. Le général et chef d’état-major de la défense Rick Hillier, le président de la Chambre Peter Milliken et le ministre d’Anciens combattants Greg Thompson étaient également présents.

Sur le tapis rouge se trouvaient aussi les représentants de la jeunesse canadienne, les gagnants séniors des concours littéraires et d’affiches de la Légion, Hee Ra Kim, 17 ans, de Surrey (C.-B.), Corley Farough, 17 ans, de Taber (Alb.), James Welke, 18 ans, de Pincher Creek (Alb.), Natalie Lloyd, 16 ans, de Guelph (Ont.), et les trois meilleurs cadets du pays, la première maitresse de 1re classe de la marine Courtney Davies, 18 ans de Regina, adjudant-chef de l’armée Katie McKenna, 18 ans, de Charlottetown et l’adjudante de 1re classe de l’aviation Lisa Davidson, 18 ans, d’Ancaster (Ont.), qui ont remis des couronnes au groupe vice-royal.

L’Ottawa Children’s Choir, en costume rouge vif qui ressortait clairement à côté des anciens combattants et des soldats, a chanté l’O Canada. L’hymne national fut suivi par la dernière sonnerie et, lorsque les dernières notes se dissipaient, les membres du 30e Régiment d’artillerie de campagne faisaient détonner leur premier canon, débutant ainsi les deux minutes de silence. L’horloge de la Tour de la Paix sonna 11 fois, en l’honneur des sacrifices faits par les Canadiens de toutes les agglomérations des 10 provinces et territoires.

Ensuite, la foule s’est fait rappeler les voies du souvenir par le deuxième coup de canon, lequel fit trembler les fenêtres autour de la place et le long des rues. Le président national Jack Frost lut l’Acte du Souvenir.

Le grand président honoraire de la Légion Charles Belzile lut ensuite l’acte en français : « Ils ne vieilliront pas comme nous, qui leur avons survécu. Ils ne connaitront jamais l’outrage ni le poids des années. Quand viendra l’heure du crépuscule et celle de l’aurore, nous nous souviendrons d’eux. »

Quand la gouverneure générale déposait une couronne de la part des gens du Canada à la Tombe du Soldat inconnu, la chorale se mit à chanter Au Champ d’honneur.

La mère de la Croix d’argent déposa une couronne de la part de toutes les femmes canadiennes qui ont perdu un fils ou une fille en service militaire ou à la marine marchande. Des douzaines de couronnes ont été déposées par des diplomates et par des représentants d’organisations d’anciens combattants, militaires et de bienveillance, après que le reste du groupe vice-royal eut déposé les siennes.

Ensuite, les rangs d’anciens combattants, de soldats, de cadets et d’autres gens ont défilé devant le groupe vice-royal vers les rues avoisinantes où ils ont été reçus à grands renforts de cris d’encouragement et d’applaudissements. Les dignitaires ont défilé après eux et puis ensuite, vers midi, le monument était laissé au grand public qui s’avança par milliers pour s’y faire photographier, ou pour déposer ses propres couronnes, coquelicots ou souvenirs sur la Tombe du Soldat inconnu.

Natalie Lloyd, gagnante sénior du concours d’affiches noir et blanc de la Légion, dit que ses deux grands-pères ont servi à la Seconde Guerre mondiale. « Ils ne voulaient jamais nous parler des horreurs de la guerre, mais pour ce qui est de l’importance de commémorer ce que les soldats ont fait, si. » À l’arrière-plan de son affiche, un soldat blessé est soutenu par un sergent; au premier plan, un ancien combattant a une main sur la pierre tombale du sergent quand il raconte son histoire à un petit-enfant. Il n’y a pas assez de Canadiens qui ont entendu le message, dit-elle. « Je ne pense pas que beaucoup de gens réalisent que c’est une vraie guerre où nous sommes actuellement et qu’il y a des gens en Afghanistan qui meurent pour que nous puissions rester libres. »

Aux yeux de certains jeunes, « le 11 novembre est une obligation », dit James Welke dans sa composition. « Ça semble lointain; bien peu d’entre nous sont affectés directement. » Dans sa composition, il écrivait que « le droit d’exprimer nos opinions et de promouvoir nos valeurs personnelles a été acheté à un prix très élevé. »

Personne ne le sait mieux que Beerenfenger-Koehler qui a appris la mort de son unique enfant, le caporal Robbie Beerenfenger, âgé de 29 ans, à la télévision.

Le caporal Beerenfenger et le sergent Robert Short, âgé de 42 ans, ont été tués près de Kaboul, en Afghanistan, le 2 octobre 2003, quand la jeep dans laquelle ils étaient a roulé sur une mine, à moins que ce fut un obus, enterré sous la voie. « On me l’a appris un peu après 9 h », dit la veuve de Beerenfenger, Tina. « Les enfants sont revenus de l’école à 9 h 30, et la nouvelle a été diffusée avant 10 h ».

Beerenfenger-Koehler n’était pas à son bureau ce jour-là; elle assistait à un cours. « J’ai entendu deux personnes parler, qui disaient que deux soldats avaient été tués. Je leur ai demandé s’ils savaient qui et ils m’ont répondu que non. Alors j’ai été inquiète toute la matinée. » Le groupe apprit qu’il y aurait une grande conférence de presse à propos des morts à 12 h 30, alors il a allumé un téléviseur. Sans avertissement, elle entendit que son fils était un des deux morts.

Elle pleure quand elle apprend la mort d’autres soldats. « Je croyais que ce serait fini pour moi, vu que je n’ai plus besoin de m’inquiéter, que je n’ai plus besoin de ressentir ça. Mais je pleure pour les autres mères parce que je sais ce qu’elles ressentent. »

Pendant longtemps, dit-elle, quand les Canadiens pensaient à la guerre, ils pensaient à « quelque chose qu’on étudie, pas à quelque chose qu’on vit ». Son fils l’a vécue, lui. « Il voyait ça comme une aventure et il voulait faire son devoir, dit-elle. Il était fier d’être soldat et fier d’être Canadien. » Quant à elle, elle dit qu’elle est « honorée et fière. Je suis fière pour les mères des autres fils. (Les soldats canadiens) font de bonnes choses là-bas. »

Ses deux petits-enfants les plus vieux, Matt, âgé de 14 ans et Kristopher, âgé de 10 ans, veulent suivre les traces de leur père. C’est important pour eux et pour leur petite soeur Madison, qui était bébé quand leur père est mort, de savoir que Robbie Beerenfenger était « un homme bon, un bon père, un bon ami ».

Beerenfenger-Koehler a fait preuve des mêmes grâce et dignité lors du dépôt de couronne le jour du Souvenir que la veille, lors des visites aux édifices du Parlement et au Musée de la guerre du Canada, d’une répétition de dépôt de couronnes et d’un diner en l’honneur de Beerenfenger-Koehler, des gagnants des concours littéraires et d’affiches et des cadets exceptionnels organisés par la Légion.

Dans la Chapelle du Souvenir des édifices du Parlement, Wilhelmina et Tina observaient quelqu’un tourner la page du septième Livre du Souvenir où le nom du caporal Beerenfenger a été inscrit. Les deux femmes qui portaient son deuil se sont embrassées en pleurant et puis, quand elles ont retrouvé leur calme, elles sont retournées à leur devoir officiel.

Quant aux jeunes cadets du groupe, ils se préparent à servir leur pays. Davidson désire aller au Collège militaire royal à Kingston (Ont.) pour y devenir pilote; Davies espère devenir agent de la GRC; McKenna aimerait aller au CMR et elle s’intéresse aussi à une carrière dans le Cadre des instructeurs de cadets dont les membres entrainent près de 56 000 cadets de la marine, de l’armée et de l’air aux plus de 1 000 pelotons et escadrons du pays. C’est à McKenna qu’a été décernée la bourse, d’un montant de 500 $, de l’Order of Saint Joachim. Il s’agit d’une bourse qui est remise à un des cadets exceptionnels de l’année et qui alterne, chaque année, entre les ligues de cadets de la marine, de l’armée et de l’air.

Les réalisations des sept jeunes gens ont été célébrées au diner qui avait lieu à l’hôtel Fairmont Château Laurier, où l’hôte, le président national Jack Frost, a félicité les cadets et les gagnants des concours littéraires et d’affiches de la Légion de leurs réalisations. « Quand je vous vois, ce sont les leaders de demain que je vois », dit-il.

Les parents aussi ont été félicités. Derrière chaque jeune postulant, il y a quelqu’un qui guide, et qui des fois pousse, dit Frost. « À ces parents […] je vous félicite parce que vous avez fait un travail exceptionnel. » Le secrétaire national Duane Daly aussi avait des remarques affables à faire. « Ces jeunes gens n’auraient pas pu accomplir ce qu’ils ont accompli sans l’inspiration de leurs parents », dit-il, qui encouragent les valeurs telles que l’honneur, le souvenir et la révérence concernant le patrimoine.

Lors de son discours du jour du Souvenir, le Premier ministre Stephen Harper dit que le 11 novembre est un jour de deuil. « C’est aussi l’occasion de célébrer les fières traditions militaires de notre grand pays. Le Canada a toujours répondu aux appels lancés pour défendre la liberté, la démocratie, les droits de la personne et la primauté du droit.

« Je parle certainement au nom de l’ensemble des Canadiennes et des Canadiens en exprimant notre appui sans réserve et notre profonde gratitude à tous nos soldats et à leur famille. Nous portons l’oriflamme. Les héros canadiens morts au champ d’honneur dans les Flandres peuvent reposer en paix sous les coquelicots. »

L’ombudsman des anciens combattants du Canada est un soldat

Les intérêts des anciens combattants et de leur famille ne sont pas la première chose à l’ordre du jour que le premier ombudsman des anciens combattants du Canada dit faire, mais bien « la seule chose », disait le colonel Patrick Stogran, le 15 octobre, après l’annonce qu’il avait obtenu ce poste.

Insistant que son rôle en est un de collaboration et de communication, ce soldat expérimenté dit à la foule, d’environ 100 anciens combattants et membres de leur famille invités à assister à l’annonce faite par le ministre d’Anciens combattants Canada Gregory Thompson, qu’il est là « pour écouter ».

La longue carrière militaire de Stogran a commencé quand il était commandant du 3e Bataillon de la Princess Patricia’s Canadian Light Infantry à Victoria, peu de temps après qu’il a obtenu un diplôme du Royal Roads Military College, en 1980. Il a été cité à l’ordre du jour en 1994, pour son courage sous le feu de l’ennemi, durant son service en Bosnie. Il a pris le commandement du 3e Bataillon de la Princess Patricia’s Canadian Light Infantry, en septembre 2000, qui, en 2002, a été déployé en Afghanistan, où il a lancé la première mission de combat aérienne de l’histoire de l’armée canadienne.

Ce service « m’a donné une petite idée de la vie des anciens combattants », dit-il, une idée qui a grandi grâce à ce que sa propre famille lui a raconté de ce qu’elle a vécu pendant qu’il servait outre-mer.

« Je pense que c’est quelqu’un qui comprend le système, quelqu’un qui y est allé et qui l’a vu, quelqu’un qui a vécu dedans », dit le grand président honoraire de la Légion Charles Belzile.

« Nous sommes très heureux de ce choix », dit le directeur du Bureau national d’entraide Pierre Allard. Stogran a siégé à des comités de la Légion avant cette nomination.

« Nous profiterions tous » si le bureau de l’ombudsman s’occupait d’abord des problèmes systémiques que renferme le processus des avantages d’invalidité, dit Allard, y compris le dédommagement aux anciens combattants dont les versements d’assurance invalidité ont été récupérés (ou “compensés”) des pensions d’invalidité subséquentes.

Le bureau pourrait se pencher sur les « groupes qui pensent qu’ils ont été délaissés », comme les anciens combattants modernes qui se battent pour qu’on reconnaisse le syndrome de la guerre du Golfe.

« Nous aimerions que (le poste) ait un mandat législatif », dit Allard. « Cela servirait à garantir qu’il y ait moins d’ingérence concernant la liberté d’enquêter et de rapporter, et un droit d’accès mieux établi à propos de ce qu’il faut à un ombudsman pour qu’il puisse faire son travail. » Allard préfère le modèle australien, où les dossiers de l’ombudsman dépendent d’un bureau central de l’ombudsman, lequel a un mandat législatif avec des droits et des pouvoirs garantis pour enquêter et rapporter.

Le nouvel ombudsman des anciens combattants du Canada va suggérer des manières de résoudre les problèmes, s’occuper des plaintes reliées aux programmes et services d’Anciens combattants Canada, et revoir les questions systémiques reliées au Tribunal des anciens combattants (révision et appel). Il fera son rapport au Parlement, par l’entremise du ministre d’Anciens combattants Canada, une fois par année, et il pourra publier d’autres rapports.

Belzile pense que le bureau de l’ombudsman va commencer par s’occuper des problèmes de particuliers, comme ceux d’anciens combattants âgés et d’épouses qui se battent pour obtenir des avantages, et ceux de soldats libérés qui n’ont pas d’avantages médicaux entre le moment où ils quittent les Forces canadiennes et celui où ils deviennent clients d’Anciens combattants Canada. Mais les problèmes systémiques vont se dégager de ces cas. Par exemple, s’il y a constamment des plaintes de particuliers concernant le Programme d’autonomie des anciens combattants, « on s’attendrait à ce qu’il l’étudie en entier pour voir s’il répond encore à ce pourquoi il a été établi », dit Belzile.

« Il faut s’occuper de toutes sortes de besoins », dit Stogran, entouré par des anciens combattants désireux de le rencontrer après l’annonce. Bien qu’il ait refusé d’être plus explicite pour l’instant, il est clair qu’il va devoir participer à des batailles politiques intérieures avec autant de doigté que lorsqu’il commandait sur le terrain. « Je n’hésiterai pas à parler franchement. »

C’était là une bonne nouvelle pour les anciens combattants présents.

« Je suis sûr qu’il va faire un bon travail », dit Jack Scott, qui fait remarquer qu’il a vu Stogran se faire interviewer en Afghanistan et il était impressionné de le voir en personne.

Stogran est « quelqu’un qui comprend comment le gouvernement fonctionne et, des fois, comment le gouvernement ne fonctionne pas », dit Thompson. « Quelqu’un qui comprend l’équité et le respect des particuliers. »

La nomination de Stogran est arrivée huit mois après que le gouvernement a annoncé la création du poste.

« Il s’agit du résultat de votre dur labeur et de vos conseils », disait Thompson aux anciens combattants assemblés. « Bien que certains parmi vous se sont demandé pendant de nombreuses années si ceci allait arriver […] et certains pourraient dire qu’il est plus que temps que ça arrive. »

De dire l’ancien combattant Wilf Conner : « C’est un bon pas en avant, même si ça aurait dû arriver il y a longtemps. Je suis heureux que ce soit arrivé. »

Le bureau de l’ombudsman s’est fait réserver 20 millions de dollars du budget fédéral, par année, et il a pour mandat d’être efficace, dit Thompson. « L’ombudsman va tenir les gouvernements responsables. »

Le bureau de l’ombudsman des anciens combattants, qui doit aider les anciens combattants, identifier les problèmes systémiques, conscientiser les gens à propos des soucis et des besoins des anciens combattants et soutenir la Déclaration des droits des anciens combattants, a été annoncé par le gouvernement au mois d’avril 2007.

Les anciens combattants qui ont servi à la guerre, les membres réguliers et les réservistes des Forces canadiennes, ainsi que les agents actuels et anciens de la Gendarmerie royale du Canada et leurs épouse, famille et donneurs de soins, peuvent s’adresser à l’ombudsman pour obtenir de l’aide et des renseignements.

Stogran s’est retiré du poste de directeur général adjoint des opérations de sciences et technologies, à Recherche et développement pour la défense Canada, et a accepté ce nouveau poste le jour du Souvenir.

C’est un honneur, dit-il, qui n’est surpassé que par le service avec les troupes en Afghanistan et en Bosnie.