Des esprits en conflit: Blessures de stress opérationnel

. [ILLUSTRATION : FRED SEBASTIAN]

Le sergent Shawn Clarke sait à quel point les Forces canadiennes ont progressé au chapitre des traumatismes de stress opérationnel. S’il s’était connu il y a 10 ans tel qu’il est aujourd’hui — un vétéran de la guerre d’Afghanistan souffrant du trouble de stress post-traumatique — il se serait dit « arrête de te plaindre, espèce de lavette! C’est ce que j’aurais dit à un gars comme moi. »

Mais les choses ont changé en dix ans, presque du tout au tout.

Clarke fait partie d’un nombre croissant de militaires et d’anciens combattants qui récupèrent après un traumatisme de stress opérationnel (TSO) et, comme beaucoup d’entre eux, il n’a pas peur de défier les gens — même les hauts gradés — qui n’ont pas de tact ou de respect pour ceux qui souffrent d’un TSO. « Si j’entends un commentaire, je réponds, “Arrêtez-vous!” Et ça m’est égal qui c’est. Je dis : “Écoutez, j’ai entendu ce que vous venez de dire. Croyez-le ou non, mais c’est ça la politique, alors vous allez vous y conformer ou bien je vais pousser plus avant”. »

Autrefois, cela aurait été une entrave à la carrière; aujourd’hui, on reconnait qu’il est nécessaire de créer une « culture d’acceptation » en ce qui a trait aux pro­blèmes de santé mentale.

« La conscientisation, surmonter l’infamie causée par les problèmes de santé mentale, rien n’est plus important pour moi », dit le général Walter Natynczyk en lançant une campagne de sensibilisation qu’il espère va changer sérieusement l’attitude liée aux traumatismes concernant la psyché, pour qu’elle soit comparable à celle qui concerne les blessures physiques. « Nous avons tous la même responsabilité, quel que soit notre grade; de s’entraider, d’aider les gens dans le besoin. »

Les gens qui sont chargés du bien-être des militaires et des anciens combattants ont fait des progrès remarquables au chapitre des TSO, ces 10 dernières années. Les Forces ont fait des efforts pour diminuer les TSO grâce au criblage, à l’éducation, à la formation et au traitement. Anciens combattants Canada (ACC) octroie de l’aide psychosociale et des avantages aux anciens combattants diagnostiqués comme souffrant de TSO; dont certains qui en souffrent depuis plus de 60 ans. Les officiers d’entraide de la Légion royale canadienne s’efforcent d’identifier les anciens combattants — jeunes ou vieux — qui présentent des symptômes de TSO, s’occupent de leur traitement et leur offrent leur appui.

En règle générale, c’est l’histoire d’un succès, mais il y a eu des rebondissements tragiques. Cependant, ce n’est pas de la fiction. Quand on appelle à l’aide en vain, les résultats sont catastrophiques pour les souffrants et leurs familles.

L’épouse d’un certain officier des Forces canadiennes d’une ville des Prairies a passé le printemps et l’automne à voir son mari, Philip, s’effondrer. Sa spécialité est rare et il a le sens du devoir, alors après son retour d’Afghanistan, ayant eu des traitements pour un TSPT, il a repris le travail, lequel devait être à temps partiel. « On ne sait trop comment, le temps partiel est devenu du temps plein », dit l’épouse, Caitlyn (ils nous ont demandé de ne pas dévoiler leur identité). Philip a pris part à un exercice malgré le fait que cela déclenchait ses symptômes; bien qu’il soit incapable de rester assis le temps d’un film; bien que son humeur soit devenue instable.

C’est sa décision de demander la libération tout de suite après l’exercice qui lui a permis de continuer. Philip « s’efforçait d’être à la hauteur » de l’uniforme jusqu’à ce qu’il s’aperçoive que pour sa santé et pour celle de sa famille, il lui faudrait enlever cet uniforme à tout jamais.

Pendant que Philip s’écroulait, les Forces lançaient leur campagne sur la santé mentale et exhortaient leurs membres à combattre l’infamie, à s’appuyer les uns les autres; et à faire preuve de vigilance pour remarquer quand ceux qu’ils commandaient, leur copains ou eux-mêmes avaient besoin d’aide.

Mais combattre l’infamie ou prendre garde à sa propre santé n’ont rien de facile. « Pour susciter un changement culturel, il va nous falloir des années », dit Shawn Hearn, coordinateur du Canada atlantique et directeur du soutien et de l’administration des blessés pour le réseau de Soutien social aux blessures de stress opérationnel (SSBSO). Survivant d’une BSO lui-même, Hearn sait que les guerriers sont formés pour penser à la mission d’abord, à leurs pairs en deu­xième lieu et à eux-mêmes bien après.

Dans la culture militaire, depuis très longtemps, la faiblesse équivaut à l’échec et craquer mentalement équivaut à une faiblesse de la personnalité. Les symptômes du traumatisme causé par le combat ont été remarqués depuis des milliers d’années, et principalement répudiés en tant que lâcheté. À la Première Guerre mondiale, nombre de victimes de ce qu’on appelait des « traumatismes dus aux bombardements » étaient passés en jugement et puis exécutés pour des crimes allant de la lâcheté jusqu’à la désertion, en passant par l’insubordination.

Au Canada, les changements ont accéléré. « Il y a quand même beaucoup d’améliorations à faire », dit Hearn. En 2008, une étude au Centre de recherche de l’Hôpital Douglas a indiqué qu’un tiers des membres des Forces n’essaieraient pas d’obtenir de traitements pour la santé mentale parce qu’ils avaient peur de se faire qualifier de façon négative.

Pendant longtemps, les gradés « étaient très réticents quand il s’agissait d’admettre qu’il y avait un problème », dit le Dr Greg Passey, psychiatre et militaire pendant 22 ans. Quand ses recherches, en 1993, ont indiqué qu’il y avait un taux de SSPT de 15 p. 100 et un taux de dépression de 13 p. 100 parmi deux unités de maintien de la paix revenant au pays, « ils ont dit que mes statistiques étaient incorrectes ».

ACC a fait les frais d’une vague d’anciens combattants souffrant de BSO peu de temps après. « Au milieu des années 90, il y a beaucoup plus d’anciens combattants qui sont venus nous voir à cause de pro­blèmes de santé mentale car (les missions militaires du Canada) à l’étranger leur avaient fait changer de rôle », dit Raymond Lalonde, directeur du Centre national pour traumatismes liés au stress opérationnel de l’Hôpital Ste-Anne à Montréal. « En 2001, on a conclu un accord avec le minis­tère de la Défense nationale pour essayer de travailler ensemble. »

Il y a eu plusieurs évènements qui ont amené beaucoup de progrès. Le général à la retraite et sénateur Roméo Dallaire, qui a dirigé une mission de maintien de la paix en 1994 au Rwanda, a dévoilé qu’il souffre de SSPT et qu’il a essayé de se suicider en 2000. ACC a sondé 2 700 clients en 2000 et découvert que 15 p. 100 souffraient de SSPT et 28 p. 100 souffraient de dépression majeure. En 2003, l’année où sortait le livre de Dallaire J’ai serré la main du diable, 25 soldats et anciens combattants souffrant de SSPT ont engagé un procès demandant 60 millions de dollars en dommages pour traitement présumé inadéquat. En 2002, le protecteur du citoyen du MDN a rapporté que les traitements pour les gens souffrant de BSO étaient inadéquats.

Dans un tel contexte, ACC et le MDN se sont associés. La motivation est économique, en plus d’être humanitaire. Étant donné que les BSO sont plus difficiles et plus couteuses à traiter quand on attend avant de les diagnostiquer, les deux ministères peuvent faire des économies, à la longue, grâce à un système qui permette d’identifier rapidement les BSO et de les traiter efficacement.

Ils ont institué le Centre pour le soutien des militaires blessés ou retraités et de leurs familles du MDN et d’ACC, et édifié un réseau national de cliniques de traitement et de programmes de soutien pour les traumatismes de stress opérationnel à l’échelle du pays afin de servir les militaires, les anciens combattants et les membres de la Gendarmerie royale du Canada. « Nous avions l’intention de créer une suite de services et de politiques, indépendamment de l’endroit où habite le militaire ou l’ancien combattant », nous explique Lalonde.

Les Forces ont ajouté un procédé de criblage précédant le déploiement, en 2003, quand les hauts gradés militaires dirent s’inquiéter du fait qu’on déployait des soldats ayant des problèmes de santé mentale. Une pause de cinq jours de détente était prévue à la fin des déploiements opérationnels, pour permettre aux professionnels de la santé mentale de dépister les problèmes chez les soldats avant leur retour au Canada.

Le programme d’éducation et de formation des Forces sur les BSO devrait avoir touché environ 15 000 militaires à la fin de l’année. « Plus de 80 p. 100 de ceux qui pourraient bénéficier d’une aide en santé mentale ne savent pas qu’ils en ont besoin », dit le sergent Doug Brown à une vingtaine de jeunes officiers lors d’une classe sur les BSO dans le cadre de leur premier programme de formation officiel. Les cours sur les BSO sont donnés par le Bureau des conférenciers conjoints de la Santé mentale et des Blessures de stress opérationnel, un organisme créé en 2007 par les Forces et ACC. Les cours sont donnés par des équipes de militaires et d’anciens combattants souffrant de BSO. Le personnel militaire de tous les grades apprend à déceler les BSO, à supporter le stress, à aider les autres à supporter un évènement traumatique, à combattre l’infamie. On lui raconte aussi l’histoire d’un soldat ou d’un ancien combattant qui a eu une BSO.

« Cette campagne éducative est le fondement », dit le lieutenant-colonel Stéphane Grenier, un conseiller spécial des Forces sur les BSO chargé d’élaborer une stratégie d’éducation nationale. À la fin de l’année, dit-il, la formation pré- et post-déploiement comprendra une composante sur la santé mentale.

Combattre l’idée fausse comme quoi tous ceux qui souffrent d’un traumatisme lors d’une affectation opérationnelle vont souffrir de BSO est encore une bataille. « Déploiement n’égale pas traumatisme. Le déploiement est une bonne chose pour un militaire, qui a été bien préparé et entrainé », dit Grenier.

Les préparatifs et l’entrainement concernant les BSO n’existaient pas au début de sa carrière, dit le lieutenant-colonel Rakesh Jetly, psychiatre et conseiller en santé mentale chargé de surveiller les problèmes cliniques des BSO. Il n’y avait « pratiquement aucun (soutien) au chapitre de la santé mentale. Après le Rwanda […] de retour à Ottawa, on nous remettait notre trousse et on nous donnait congé en moins de 20 heures. […] Il y a des gens qui tombaient malades; il y a des gens qui se suicidaient. » Les recherches sur les gens souffrant de BSO indiquent que presque la moitié pensent au suicide et qu’environ 19 p. 100 s’y essaient. Maintenant, il y a une formation pré-déploiement et « des services de santé mentale énergiques dans le théâtre […]. La moitié (de ceux qui sont affectés par un traumatisme) se font déjà soigner » lorsqu’ils reviennent, dit-il. Cela va être payant : une étude des victimes de la guerre du Liban de 1982 indique que, même 20 ans après, les taux de SSPT et de symptômes psychiatriques sont inférieurs chez ceux qui se sont fait soigner au front. Ils sont aussi moins seuls et fonctionnent mieux en société.

L’éducation aussi donne des résultats. « Autrefois, les gens attendaient entre quatre et sept ans après le commencement des symptômes, quand leur vie commençait à être ruinée, avant de demander des traitements, dit Grenier. Maintenant, ils se font soigner plus vite. »

« C’est pas du tout vrai qu’on est libéré si on a été diagnostiqué », dit Jetly. Grenier a été promu plusieurs fois malgré le fait qu’il souffre d’une BSO lui-même. Souffrir d’une BSO ne signifie pas nécessairement qu’on est renvoyé au Canada pendant une mission. « Dans le théâtre, si quelqu’un a des difficultés, il peut se faire évaluer et commencer à se faire soigner […] il ne retourne pas obligatoirement chez lui. La grande majorité d’entre eux continuent leur affectation. C’est un message important pour les soldats », ajoute Jetly.

Le sergent Douglas Brown en est un exemple. Il lui a fallu 10 ans avant de demander de l’aide, et il a continué de travailler pendant cinq années de traitements. Au début, les séances de thérapie avaient lieu une fois par semaine, et puis une fois par mois et ensuite tous les deux mois, et il lui arrive encore de demander de l’aide à l’occasion. « On a des hauts et des bas », nous explique-t-il. Quand on obtient de l’aide au bon moment, cela empêche les petits problèmes de devenir des gros problèmes. « Le fait est que quand on souffre de SSPT, c’est pour la vie, dit Passey. Il y a des gens qui ont eu une rémission et qui ont été envoyé en mission, mais c’est comme le diabète. Quand on l’a, il est toujours en arrière-plan même si on ne ressent pas les symptômes. Je vais toujours avoir besoin de l’aide de quelqu’un pour rester stable, dit Brown. Quand on a un bas […] c’est soit qu’on oublie quelque chose qu’on nous a enseigné, soit qu’on n’a pas l’aptitude nécessaire, alors on a besoin d’aide. »

Toutefois, si à la fin du traitement, la BSO empêche quelqu’un de se conformer à la stipulation concernant l’universalité de service — une politique des Forces qui exige que les membres soient « physiquement en forme, employables et déployables pour les fonctions opérationnelles » — il pourrait être libéré pour raison médicale. Clarke risquait de l’être. Heureusement, il a obtenu un poste de SSBSO à Terre-Neuve, alors ses compétences et son expérience ne seront pas entièrement perdues pour les militaires en service.

Oui, les Forces vont mieux, dit Dallaire. « Mais nos systèmes ne sont pas aussi sophistiqués qu’ils devraient l’être. » Les soldats continuent de souffrir de BSO et ceux qui « passent entre les mailles du filet » sont souvent dans l’esprit du public; en partie, dit Jetly, parce que ceux qui se font soigner et continuent de travailler ne se font guère remarquer. Non seulement l’anonymat est-il maintenu, mais « nous n’exploitons pas nos patients » pour des interviews médiatiques.

Les gens ayant eu des mauvaises expériences qui acceptent de parler ne manquent pas. Même en continuant les améliorations, il y a des gens qui passent entre les mailles du filet et les condamnations se poursuivent. En 2007, le Vérificateur général du Canada a rapporté que, dans les Forces, « la demande de soins de santé mentale dépasse les ressources courantes ». Il était déclaré dans ce même rapport du Vérificateur général que le MDN « n’avait pas de cadre de mesure du rendement capable de donner des renseignements fiables à savoir comment le système de soins de santé fonctionne ».

Le système de santé des Forces, ajoutait le rapport, « utilise encore des dossiers médicaux sur papier. Par conséquent, à moins que le Ministère ne déploie des efforts considérables pour recueillir des données dossier par dossier, il s’avère très difficile de fournir à la direction de l’information générale sur la santé pour fins d’analyse ou de contrôle ».

Le protecteur du citoyen du MDN et le Comité permanent de la défense nationale de la Chambre des communes se sont dits frustrés que les Forces ne puissent donner des chiffres exacts sur le SSPT. En 2008, le protecteur du citoyen du MDN déplorait l’absence d’une base de données nationale permettant de jauger l’importance du problème, d’établir les besoins de services et de mesurer l’efficacité des programmes. Le Système d’information de santé des Forces canadiennes, un projet qui a débuté en 1999, ne doit être en ligne qu’en 2011, l’année où l’engagement en Afghanistan touchera à sa fin.

Le comité permanent a extrapolé la fréquence de SSPT en se fondant sur 8 200 questionnaires remplis par des soldats dans les six mois après leur retour d’Afghanistan. Les chiffres indiquent que 27 p. 100 sont revenus avec des pr­o­blèmes, y compris le SSPT, la dépression et la consommation abusive d’alcool. Étant donné que 27 000 militaires ont déjà servi en Afghanistan, il se pourrait que quelque 3 640 d’entre eux souffrent de troubles mentaux.

Le nombre de BSO qui ne sont pas liées à la mission afghane pourraient vraiment gonfler ce chiffre, comme celles qui ont eu lieu en service aux Balkans, en Somalie ou au Rwanda, ou bien celles qui sont dues à des traumatismes causés en service au Canada. Les chiffres ne comprennent pas non plus ceux dont les symptômes ne se manifestent pas (ou qui sont cachés) pendant le service. ACC a actuellement quelque 12 000 clients qui ont une invalidité mentale, dont plus de 60 p. 100 souffrent de SSPT, dit Lalonde. Les Forces avaient en tout 4 917 cas liés à la santé mentale le 31 janvier 2008.

Les anciens combattants de la génération à qui on disait « d’arrêter de se plaindre » viennent encore demander des traitements pour les blessures qu’ils ont subies il y a 60 ans, dit Gerry Finlay, un agent du bureau d’entraide de la Division de l’Alberta–Territoires du Nord-Ouest. « Il y a ce facteur de fierté chez les anciens combattants les plus vieux. “Je faisais mon travail, pas plus que mes camarades.” Ils ne se plaignent pas ». Quand il leur parle à l’occasion d’une demande qu’ils font à ACC, Finlay écoute leurs histoires; comme celle d’un ancien combattant de 82 ans qui a passé la Seconde Guerre mondiale à s’occuper de déminage, de bombes qui n’avaient pas explosé et de pièges. Une évaluation psychiatrique que la Légion avait arrangée a indiqué que ce sapeur souffrait de SSPT depuis lors, et qu’il avait droit à une pension pour invalidité. Imaginez le soulagement, à 82 ans », dit Finlay.

Étant donné les décennies d’arriérés, l’apparition tardive des symptômes et les gens qui ne savent pas qu’ils ont besoin d’aide, il est difficile de connaitre l’étendue du problème. Un rapport de 2008 pour le directeur parlementaire du budget évalue les couts d’invalidité et de santé de la mission afghane à entre 476 millions et 1,7 milliard de dollars, dépendant des effectifs de l’année.

Le manque de données est une des raisons pour lesquelles des gens « passent à travers les mailles du filet », une expression qu’on entend si souvent lors des audiences qu’elle « en a perdu sa notoriété », remarquait le comité permanent dans son rapport de 2009 inti­tulé Pour de meilleurs soins : services de santé offerts au personnel des Forces canadiennes, en particulier dans le cas des SSPT. « Si les Canadiens s’attendent à ce que nos soldats fassent ce qu’on leur demande, ce n’est que justice que ces mêmes soldats puissent avoir con­fiance qu’on s’occupera d’eux s’ils se font blesser en service. »

Bien que les services de santé des Forces soient parmi les meilleurs au monde, dit le rapport du comité, il y a « des militaires ou des membres de leur famille qui n’ont pas reçu de soins adéquats ». Trois causes principales y sont distinguées : une brèche entre la politique et la mise en application, un manque chronique de professionnels de la santé, et l’infamie.

Dallaire dit que le rythme opérationnel est une cause importante de la brèche liée à la mise en application. Il n’y a tout simplement pas assez de personnel, dit-il. L’effectif de la force régulière est d’environ 66 000 personnes aujourd’hui, qui était de presque 90 000 au début des années 1990. Un rapport fait par le protecteur du citoyen du MDN en décembre 2008 déclarait que les Forces et ses membres « sont stressés au point de rompre » à cause de l’augmentation importante de l’intensité des opérations de combat. (Les Forces sont en train de recruter, dont l’objectif est un effectif de 100 000 personnes, 70 000 réguliers et 30 000 réservistes, en 2027.)

« Il y a actuellement des soldats canadiens qui ont plus d’expérience du combat que les vétérans de la Seconde Guerre mondiale », dit Dallaire. Quand les garnisons n’ont pas suffisamment de personnel, le roulement des membres est plus rapide et ceux qui sont laissés derrière « font le travail de deux, trois, ou même quatre personnes ». Étant donné la nature de la guerre et des ennemis d’aujourd’hui, les soldats sont constamment en état d’alerte lorsqu’en opération et ils sont incessamment sous les projecteurs des médias.

Quand on demande si le niveau des effectifs est suffisant pour accomplir les missions aisément, on nous répond que les Forces procèdent à une vérification avant les opérations pour s’assurer que « le personnel, l’équipement et les ressources requis sont en place pour la durée de la mission. Bien que nous ayons ressenti de la tension en ce qui a trait à certaines professions et à certaines capa­cités, nous nous sommes acquittés de nos obligations avec notre personnel actuel ».

D’après la politique actuelle, un membre des Forces qui revient d’une affectation de 180 jours ou plus ne peut pas être sujet à une autre affectation semblable avant un an; on donne un répit de 60 jours aux membres qui ont été déployés pendant au moins six mois. Pendant ce temps-là, ils sont exemptés de poste, d’exercice, de cours ou de devoirs temporaires qui les obligeraient à s’éloigner de chez eux pendant plus d’une journée. Le taux de SSPT et de stress dû à un incident grave commence à grimper en flèche au bout de 210 jours à l’extérieur de chez soi. « Les membres qui passent plus de temps à l’extérieur risquent davantage de souffrir de SSPT », est-il dit dans l’étude PERSTEMPO de 2007, laquelle sert à analyser les facteurs qui affectent le moral des troupes.

« Normalement, on ne demande pas aux membres des Forces d’accepter un déploiement à une affectation opérationnelle de six ou 12 mois plus d’une fois en trois ans, poursuivait la réponse des Forces. Cependant, quand on tient compte des exigences opérationnelles et de la capacité de roulement de l’unité, cet objectif n’est pas toujours atteignable. »

Les commandants peuvent « déroger aux intervalles de déploiement s’il y a un besoin opérationnel ». Depuis 2006, les Forces ont un système qui sert à tenir compte du temps que les militaires passent loin de chez eux, une information qui sert à identifier les professions trop chargées et à partager la charge des déploiements de manière équitable. Les Forces « sont décidées à équilibrer le rythme opérationnel actuel d’après les besoins de leurs membres et de leurs familles », en reconnaissant que les déploiements, l’entrainement, les cours et les fonctions temporaires impliquent de lourdes charges pour les familles.

La politique semble avoir bonne allure sur le papier, mais il est dit dans le rapport Pour de meilleurs soins que « le problème principal des Forces est le manque de personnel, presque partout, presque toujours ». Il décrivait l’expé­rience d’une unité pendant une affectation de sept mois, en 2007. Certains sont tombés malades de retour chez eux, en congé, et ils ne l’ont pas rapporté quand ils ont repris le service; et puis ils sont retournés à un moment où l’on a demandé aux sous-officiers de suppléer aux postes d’entrainement d’officiers affectés outre-mer, pendant la saison des affectations, quand les leaders étaient assignés à de nouveaux postes, à divers endroits. Juste quand on a le plus besoin de superviseurs pour déceler et traiter les BSO, dit le rapport, leurs rangs sont « dispersés à cause des charges et des postes ».

Le sergent Ted Peacock du 1er Régiment du génie de combat d’Edmonton, qui a été sujet à cinq affectations — au Kuwait, en Iraq, en Croatie/Bosnie et en Afghanistan — en 2004-2005 et en 2006-2007, a été victime du rythme. Il avait déjà demandé un emploi moins mouvementé, en 2007, après le congé subséquent à son tour en Afghanistan, mais on lui répondit qu’il serait parti pendant le mois de juin. Pendant les trois semaines du mois de mai passées au travail, il était parti huit jours. Ensuite, son congé d’été a été annulé et ce fut plus qu’il ne pouvait supporter. Un jour, il a demandé à son épouse de ne pas ramener leurs petits garçons à la maison parce qu’il ne voulait pas qu’ils le voient dans l’état où il se trouvait. Il avait détruit son atelier, auquel il tenait tant et il ne pouvait s’empêcher de pleu­rer. Ensuite, il s’est mis à passer des journées entières au lit.

Son épouse Angelle a été surprise d’apprendre qu’on l’avait diagnostiqué deux ans auparavant comme souffrant d’un trouble d’adaptation. « Je comprends que tout le monde est surmené, mais il avait été diagnostiqué il y avait deux ans […] et qu’ont-ils fait? Ils l’ont envoyé prendre un cours et puis ils l’ont envoyé à l’entrainement. » Il n’a pas été soigné à ce moment-là. « Je ne tiens pas l’armée entièrement responsable », dit-elle. Pour Ted, le devoir passait toujours en premier. « Une grande partie est due aux affectations, au rythme, à la vie. » Cet été, on l’a envoyé à une thérapie de patient hospitalisé pour dépression, trouble d’adaptation et SSPT.

Les soldats comme Philip et Ted ne pensaient pas à l’autonomie en matière de santé comme étant une partie de leurs fonctions. Cela ne faisait simplement pas partie de leur culture militaire. « Sans une direction forte et engagée, les modifications à la culture sont bien plus difficiles à effectuer et elles prennent plus longtemps, dit la protectrice du citoyen par intérim du MDN d’alors Mary McFadyen. « Le leadership mitigé a des conséquences réelles, des fois dévastatrices, pour les particuliers. »

Un rapport récent du Comité de la défense de la Chambre des communes a exalté le progrès identifié dans un sondage des Forces, mené de 2006 à 2008, qui indiquait que 80 p. 100 des sondés n’étaient pas d’accord avec « l’infamie stéréotypée ». Le sondage a aussi montré que la plupart des militaires ne croient pas que les gens qui souffrent de troubles de santé mentale sont faibles ou que leur carrière sera affectée. Il s’agit de tout un contraste par rapport au sondage de 8 441 soldats, mené en 2002, où quatre sur 10 de ceux qui avaient besoin d’aide psychologique refusaient d’en demander.

Mais, remarquant que « les attitudes concernant les problèmes de santé mentale dans les Forces sont toujours principalement mauvaises », le comité a recommandé au ministre de la Défense et au chef d’état-major de la défense de faire ensemble une annonce publique à tous les membres des Forces canadiennes, afin de décrire les efforts importants qui sont faits pour vaincre l’infamie.

La semaine suivante, Natynczyk lançait la campagne de conscientisation sur la santé mentale. Dans un vidéo, sur le site Web forces.gc.ca, il s’adresse au personnel des Forces. « Ce sont ceux qui ont eu de l’aide des collègues et des leaders de leur unité qui ont les meilleures chances de reprendre du service. Je m’attends à ce que les leaders de tous les niveaux créent une atmosphère de compréhension, d’acceptation et de soutien […]. »

Le Bureau des conférenciers conjoints et le SSVSO sont considérés comme les piliers de la campagne Soyez la différence. En même temps, l’unité interarmées de soutien au personnel (UISP), qui a été conçue pour rapetisser certaines des mailles du filet, offre des avantages et du soutien au personnel militaire malade ou blessé et à leurs familles. Grâce à ses 19 Centres intégrés de soutien au personnel (CISP) à travers le pays, l’UISP permet aux militaires d’avoir accès aux mêmes normes de soins, sans tenir compte du service ou du lieu.

Les CISP sont une immense amélioration par rapport à l’ancien système, dit le lieutenant-colonel Joe Pollock, commandant du CISP pour la région de l’Alberta et du Nord du Canada. Le premier CISP a été établi à la BFC Edmonton, en mars. « C’est un progrès révolutionnaire en ce qui a trait au soutien qu’on leur procure », dit-il. L’ancien système était compliqué et désordonné, ajoute-t-il, et « maintenant, il est coordonné et les programmes et les services des Forces et d’ACC sont sous un même toit : les travailleurs sociaux, les thérapeutes, les gestionnaires de cas, le SSVSO et le Centre de ressources pour les familles des militaires […]. Il y a aussi 14 employés d’ACC, un aumônier — et la Légion royale canadienne. Autrefois, tous ces experts étaient dispersés de tous côtés. » Maintenant, quand quelqu’un est affecté à un CISP, une équipe s’occupe du dossier ensemble, qui décide qui va faire quoi et quand.

On espère que ces services vont les aider à conserver le personnel. Par exemple, la formation d’un fantassin coute environ 315 000 $ : un investissement qui pourrait être gaspillé s’il perd confiance et quitte le service. Il y avait un simple soldat de 23 ans, blessé sérieusement à la tête lors d’un accident véhiculaire en Afghanistan, qui a été ramené chez lui. On lui a diagnostiqué un syndrome post-commotion cérébrale et un trouble anxieux. Pendant qu’il récupérait, son unité a aussi été ramenée au Canada, mais les formalités administratives ont retardé le dossier qui l’aurait ramené à son unité. Il a été affecté à la section des « “débiles”, avec les autres personnes brisées ». Ensuite, il a eu une expérience humiliante, quand il est passé à côté de ses amis qui se mettaient en ligne au peloton alors que, lui, il servait du café et des pâtisseries à des officiers. « C’est pas pour ça que je me suis engagé. »

Il décida de démissionner, bien qu’il restait encore neuf mois à son contrat. « Qu’est-ce qui arriverait si j’étais blessé encore? Où est-ce qu’on m’enverrait… à la section des débiles encore? »

Les soldats blessés, affectés idéalement à un CISP près de leur famille, ont dorénavant l’appui d’une unité traditionnelle pendant qu’ils guérissent et qu’ils reprennent des forces, ainsi que l’accès aux programmes et aux avantages des partenaires des services, dont les servi­ces de transition et des clients d’ACC, le régime d’assurance-revenu militaire (RARM), les centres de ressources pour les familles des militaires. Les CISP leur offrent une transition vers leur unité régulière ou vers la vie civile.

Peacock, par exemple, a été affecté au CISP d’Edmonton, qui avait déjà servi en ce qui a trait aux formalités administratives et à la réduction du nombre de déplacements à la base. Quand il sera prêt, le programme de travail intégré l’aidera à retourner à l’école ou à se préparer à travailler : « on est encore venu à mon secours tant qu’on a pu ».

« La grande différence entre les années 1990 et cette décennie, c’est le soutien, dit Passey. Le manque de soutien peut être tout aussi traumatisant que l’évènement lui-même », dit-il. Le soutien est très important pour l’endurance, ce qui est crucial quand il s’agit de se protéger des BSO. « Je pense que les Forces vont bien mieux. »

BESOIN D’AIDE?

Le Programme d’aide aux membres des Forces canadiennes et la ligne d’écoute 24 heures par jour d’Anciens combattants Canada : les deux offrent de l’aide psychosociale 24 heures par jour, à longueur d’année. 1-800-268-7708.

Centres de soutien pour traumatisme et stress opérationnel des Forces canadiennes : Ces centres sont situés partout au Canada et les informations pour communiquer avec eux se trouvent en passant par le lien des services de santé mentale des Forces canadiennes à http://www.forces.gc.ca/health-sante/ps/mh-sm/otssc-cstso/default-fra.asp

Centre pour le soutien des militaires blessés ou retraités et de leurs familles, du ministère de la Défense nationale : Il offre des renseignements et des services aux militaires et aux anciens combattants malades ou blessés et à leurs familles. 1-800-883-6094

Soutien social aux victimes de stress opérationnel (SSVSO) : Ce réseau de services est offert aux membres en service et aux anciens combattants (ainsi qu’à la Gendarmerie royale du Canada) et à leurs familles. Il offre un soutien aux pairs, aux familles et de deuil. www.osiss.ca

Cliniques de traumatismes de stress opérationnel d’Anciens combattants Canada : Les renseignements pour communiquer avec les cliniques se trouvent à l’en-tête Santé mentale à www.vac-acc.gc.ca/clientele 

Légion royale canadienne : La plus grande organisation de service au Canada, elle a des officiers d’entraide dans tous les coins du pays. Ils se trouvent aux filiales et aux bureaux divisionnaires de la Légion d’un océan à l’autre, ainsi qu’au quartier général, à Kanata (Ont.). Appelez sans frais au 1-877-534-4666 ou consultez www.legion.ca et passez par Bureau d’entraide. Les traumatismes de stress opérationnel, comme par exemple la dépression et le trouble de stress post-traumatique, peuvent donner droit à des avantages d’invalidité ou à une pension. Les agents d’entraide des divisions ou de la direction nationale assistent et représentent les anciens combattants en ce qui a trait à la procédure des demandes. Point n’est besoin d’être membre de la Légion pour obtenir de l’aide.

Pèlerins à l’ombre de la guerre

Pèlerins et autres voyageurs visitent le Monument commémoratif du Canada à Vimy. [PHOTO : SHARON ADAMS]

À 5 h 20, le 16 juillet 2009, sur une plage rocailleuse de France, un groupe de 30 Canadiens lèvent leur verre solennellement, lors d’une cérémonie improvisée, en l’honneur d’un sacrifice fait par leurs concitoyens il y a 67 ans. Le raid du 19 aout 1942 à Dieppe a été le jour le plus couteux pour les Canadiens à la Seconde guerre mondiale : presque 5 000 membres de la 2e Division d’infanterie canadienne y ont débarqué, dans le cadre de l’opération Jubilee. Plus de 3 300 d’entre eux en ont été victimes, dont 913 qui ont perdu la vie. Mille-neuf-cent-quarante-six autres ont été faits prisonniers.

« Nous nous souviendrons d’eux », promettent les membres du Pèlerinage de 2009 des leaders de la jeunesse de la Légion royale canadienne. Aucun d’entre eux ne se souvient des évènements horribles de ce jour-là; bientôt, personne, nulle part, ne pourra témoigner du courage et des sacrifices pendant les heures effroyables passées sur cette plage abandonnée par Dieu. Mais nous — NOUS — nous souviendrons d’eux, affirme le groupe lors d’une promesse répétée dans les cimetières mi-litaires et devant les mémoriaux dédiés aux morts canadiens de la guerre. Cet engagement envers le passé, le présent et l’avenir est renforcé quand ils marchent le long des plages, à travers les vergers et les bois, et le long des champs, dans les sillons desquels les Canadiens ont versé leur sang à la Seconde Guerre mondiale et à la Grande Guerre. En marchant de par les terres, ils ont l’occasion de voir l’histoire dans la bonne perspective et de comprendre les couts humains de la guerre. Ils pensent aux gens qui sont connus ici-bas, et à ceux que Dieu seul connait, et ils pleurent. Et ils font d’étonnantes découvertes.

Ed Fewer de GrandFalls/Windsor (T.-N.) en visite au Mémorial terre-neuvien de Beaumont-Hamel (France). [PHOTO : SHARON ADAMS]

Au Bois des cuisiniers, au nord d’Ypres (Belgique), les pèlerins sont surpris de trouver un crâne et des morceaux d’os d’un bras. Dans cette même région — à la crête de Gravenstafel — ils trouvent une côte et une hanche. Ces découvertes, à ce qu’on appelait le saillant d’Ypres, sont soigneusement marquées et puis rapportées à la Commission des sépultures de guerre du Commonwealth, qui les recueille et essaie d’identifier les individus pour leur faire des obsèques convenables. Personne n’est encore sûr quand nous allons sous presse, mais il est probable que les restes sont ceux d’un Canadien. C’est dans ce secteur que les Allemands ont utilisé le gaz toxique pour la première fois, le 22 avril 1915. Les nuages de chlore ont décimé les forces françaises et créé une brèche. De plus, ces derniers ont lancé une contre-attaque pour forcer l’ennemi à s’enfuir du Bois des cuisiniers. Le 24 avril a eu lieu une attaque de l’ennemi, qui comprenait un bombardement sauvage, suivi par une attaque au gaz visant la ligne canadienne. Les Canadiens, frappés encore et encore par les éclats d’obus et le feu des mitrailleuses — et haletant à travers leurs mouchoirs — ont résisté jusqu’à l’arrivée des renforts.

À un autre moment pendant le pèlerinage, le légionnaire, leader et guide John Goheen a marché accidentellement sur ce qui s’est avéré un obus non explosé. C’était sur une piste qui serpente jusqu’à un cimetière, dans un champ de bataille qui a changé de mains à plusieurs repri­ses pendant la guerre. « Plus de 90 ans, et l’ombre de la guerre nous envahit », dit Goheen, un directeur d’école de Port Coquitlam (C.-B.) qui a guidé sept pèlerinages de la Légion.

Les participants sont d’accord. Ils di­sent que découvrir de tels objets va les aider à comprendre les conséquences de la guerre. Cela les aidera aussi à passer le flambeau du souvenir à une génération qui n’a jamais été touchée personnellement par les vieilles guerres. Les pèlerins peuvent recueillir des faits en lisant, en regardant des films et en prenant des cours, dit Goheen, mais c’est quand on se trouve sur place qu’on assimile vraiment les connaissances et qu’on les grave, avec les émotions, dans ce qu’il appelle « la mémoire informée ».

Le guide John Goheen fait remarquer un obus inexplosé de la Première Guerre mondiale. [PHOTO : SHARON ADAMS]

L’expérience émouvante des pèlerinages accroit notre respect envers les anciens combattants, dit la participante Ena Newman de Trenton (Ont.). « J’aimerais amener mes enfants (à un pèlerinage comme celui-ci). Pour que les jeunes puissent faire une telle expérience […]. »

C’est un outil précieux pour la Légion en ce qui concerne la perpétuation du souvenir — dans un monde affecté par les inserts sonores, les jeux vidéos, le gazouillage et des champs de l’attention qui se mesurent en nanosecondes. « Grâce à votre propre perspective sur ce que vous allez voir et apprendre […] rares sont les gens qui réussiront comme vous à promouvoir le souvenir », dit aux pèlerins le vice-président de la Direction nationale Gordon Moore.

Moore et son épouse Kathryn, d’Elmira (Ont.), sont à la tête du groupe, lequel comprend des pèlerins, de toutes les directions divisionnaires, qui ont été parrainés. Il y a des enseignants, des leaders de cadets… Il y en a aussi 16 autres, qui se sont joints à eux afin de faire cette expé-rience. Stephen Lemarec de la Colombie-Britannique/Yukon, Stephanie Farrer de l’Alberta–Territoires du Nord-Ouest, Brenda Fredrickson de la Saskatchewan, Myles Penny du Manitoba–Nord-Ouest de l’Ontario, Mary Van Ruyven de l’Ontario, Daniel Demers du Québec, Brian Vessey du Nouveau-Brunswick, David Andrews de la Nouvelle-Écosse/Nunavut et Jeffrey Noye de l’Île-du-Prince-Édouard ont été choisis par leurs divisions, mais ils sont parrainés par la Direction nationale. Le représentant de Terre-Neuve-et-Labrador, Leslie Forward, a été obligé de se retirer.

La première partie du voyage, lequel a eu lieu du 11 au 25 juillet, était concentrée sur la Seconde Guerre mondiale, et c’est alors que Dieppe s’est polarisé.

Le chagrin s’abat sur le groupe comme une vague, qui le noie dans l’émotion. Richard Thomas, un aviateur à la retraite âgé de 78 ans, pleure en marchant sur la plage où le meilleur ami de son père a été capturé, et qui est mort par la suite dans un camp. « Une partie de mon cœur reste à Dieppe et les esprits de Dieppe vont me suivre à tout jamais », dit Fredrickson d’Elrose (Sask.). Comme les autres pèlerins, l’ancien enseignant a lu, consulté des cartes et a écouté des conférences expliquant les plans de l’attaque. Ils savaient que les choses avaient mal tourné, que le secret et la couverture de la noirceur s’étaient éclipsés, que la puissance de feu de renfort avait été réduite; et les chances de réussir aussi.

À un abri fortifié allemand perché sur les falaises qui surplombent la vieille commune, les pèlerins finissent par comprendre combien visibles — combien vulnérables — étaient les alliés, même avant d’atteindre la plage. Ils trébuchent sous les falaises, à Puys, où le Royal Regiment of Canada a perdu 96 p. 100 de ses membres et ils comprennent combien il a dû être difficile de se mettre à couvert ou de s’avancer après le débarquement, en portant un sac et un fusil lourds, sous le feu provenant des falaises. Les membres du voyage voient bien que les pierres sont devenues mortelles quand elles étaient frappées par les obus. En regardant les vagues déferler, ils comprennent que les hommes blessés se noyaient dans la fureur d’une telle marée.

Jacob Durocher se recueille à la tombe d’un parent au cimetière militaire canadien de Bretteville-sur-Laize (Normandie). [PHOTO : SHARON ADAMS]

« Mon oncle dit que les cadavres étaient empilés comme du bois de corde”, dit Van Ruyven, un enseignant de Port Colborne (Ont.), en se rappelant les mots du survivant John Whitehead, qui a servi dans la Royal Hamilton Light Infantry. « L’eau était rouge de sang », et l’écume était rose.

Les visites aux tombes de leurs proches sont parmi les choses les plus importantes du programme pour nombre de participants, comme l’aviateur à la retraite Gary Newman et son épouse Ena, membre actuel de la Marine, et comme l’ami de la famille Perry Holland, tous trois de Trenton (Ont.). C’est important également pour Jacob Durocher, âgé de 16 ans, pour son grand-père Robert Peters, tous deux de Salaberry de Valleyfield (Qc), et pour son grand-oncle Stuart Peters de Morrisburg (Ont.). Le groupe agrandi comprend Annetta Lozo de Medicine Hat (Alb.), Ed Fewer de Grand Falls/Windsor (T.-N.), Richard Thomas de London (Ont.) et son fils James de Lucan, Ken Plourde d’Athabasca (Alb.), Sam Newman de London, le trésorier de la Division de la Nouvelle-Écosse/Nunavut Jack Hatcher et son épouse Cornelia de Lower Sackville (N.-É.), ainsi que des membres des familles de pèlerins parrainés, comme les conjoints de Mary et de Daniel, Josef Van Ruyven et Marie-Christine Monty, et Donnalee Noye, la mère de Jeffrey.

Les voyageurs quittent Dieppe et passent par d’autres champs de bataille et cimetières de la Seconde Guerre mondiale, ils retracent la géographie des grandes batailles de la Première Guerre mondiale — Ypres, la Somme et la crête de Vimy — et puis ils font une course aux endroits de la libération de la Belgique et des Pays-Bas. En chemin, ils passent par les autoroutes, les routes détournées et les sentiers boueux à travers les champs de fermes, pour participer à 15 cérémonies et visiter des cimetières et des champs de bataille. Ils déposent des centaines de drapeaux canadiens : un simple geste qui leur met souvent les larmes aux yeux.

Personne n’est prêt pour l’impact de ces expériences qui s’accumulent. Andrews de Stewiacke (N.-É.) est saisi d’une profonde émotion à la plage Juno. Son grand-oncle, le caporal Kenneth G. Andrews des North Nova Scotia Highlanders a atterri le 6 juin 1944 et il est mort trois jours après, lors des violents combats pour la libération de l’aéroport de Carpiquet et de ses environs. « J’étais à la plage Juno quand John (Goheen) m’a dit : “C’est ici que ton oncle a débarqué”. J’étais à Hell’s Corner et John m’a dit “C’est ici que ton oncle est mort”. J’étais au cimetière et je lui ai dit : “C’est ici que mon oncle repose.” »

Au cimetière de Beny-sur-Mer, Andrews dépose une couronne au mo­nument, et un drapeau et une photo de sa famille sur la tombe de son grand-oncle. Là, et à d’autres cimetières militaires, il dépose des drapeaux canadiens sur les tombes de ceux dont le nom est écrit sur le cénotaphe de Stewiacke.

Le sergent d’armes Brian Vessey au salut, au cimetière canadien de la guerre de Holten, (Pays-Bas). [PHOTO : SHARON ADAMS]

L’ingénieur de l’armée à la retraite Vessey s’est chargé d’apprendre les histoires de ceux dont les noms se trouvent au cénotaphe d’Oromocto. « J’ai été frappé par une épitaphe qui disait “Je n’ai pas peur de mourir, j’ai peur que vous ne m’oubliiez”. Il a fait huit estampages de pierres tombales, dont il se servira quand il parlera aux élèves et aux cadets, et pour en donner aux membres des familles. Cela, en plus des pierres de Dieppe, va animer ses présentations. « Une petite partie de l’histoire d’une vie rend cela réel (pour les jeunes gens). Cela le rend personnel […] cela va les toucher, leur ouvrir les yeux. Ici, les enfants voient les rappels [les champs de bataille, les monuments, les musées] mais nos enfants ne peuvent pas les voir. »

« J’ai appris il y a longtemps, à propos des enfants, dit Goheen, que cela ne sert à rien de leur rabâcher des faits. Il leur faut du contexte. Les enfants n’ont pas le sens du temps, alors les évènements lointains n’ont pas la signification qu’ils ont pour les plus vieux. Mais ils peuvent certainement sentir les choses. » Il a appris qu’il peut communiquer ses émotions en ce qui a trait aux évènements et aux endroits historiques « qui me font froid dans le dos et me mettent la larme à l’œil ». Maintenant, étant donné qu’il sait que les pèlerins pourront se servir de la même technique, il lie leurs intérêts personnels aux expériences de soldats, de marins ou d’aviateurs particuliers, et il tisse le tout dans ses orientations, aux lieux historiques.

Une de ces histoires va être transmise à l’Université Queen’s de Kingston (Ont.) cette année, où William Van Ruyven, fils de Mary et Josef, a remporté le prix commémoratif Reg Barker. Barker, qui a joué au football pour l’Université Queen’s et dans la Ligue canadienne de football, a été capturé au combat après le jour J. Il faisait partie de 40 prisonniers canadiens assassinés dans un champ près de la route de Caen-Fontenay-le-Pesnil. La colonne de prisonniers avait été interceptée pendant le transfert par un officier SS qui se mit à crier des ordres furieusement. Quelques minutes après, un convoi s’arrêtait et les fusils des gardes furent échangés contre des armes automatiques.

Comme Barker, le fils de Mary joue au football. « Je me suis sentie appelée ici, […] Reg Barker, même mort, est encore un leader pour les jeunes hommes », dit-elle. Elle a communiqué avec la famille de Barker et a parlé à sa nièce. « Elle dit que Reg […] avait dit aux autres que si les Allemands commençaient à tirer, de s’enfuir à toute jambe ». Il y en a cinq qui ont réussi à se libérer; Barker n’était pas du nombre.

Les repas en soirée sont un contrepoint aux émotions sombres ressenties pendant la journée. Après s’être présentés au cours du souper le premier soir à Caen, les pèlerins ont écouté la première des histoires divertissantes « Et maintenant, le reste de l’histoire » racontées par Sam Newman. C’étaient des petits plaisirs qui allaient des insignifiances jusqu’aux renseignements historiques et aux anecdotes fascinants, souvent sui-vis par des divertissements comme les chansons de groupe orchestrées par Fredrickson, avec à l’occasion un solo de Noye ou une présentation comique de Stephen Lemarec. Par la suite, les pèlerins se sont rassemblés dans un parc pour les répétitions des cérémonies à venir. Pendant tout le voyage, des camarades de la Légion en uniforme déposent tout à tour des couronnes, récitent l’Acte du souvenir et portent les drapeaux.

Cérémonies au cimetière militaire canadien de Groesbeek (Pays-Bas). [PHOTO : SHARON ADAMS]

Ceux qui déposent les couronnes ou qui lisent l’Acte du souvenir ont souvent des raisons personnelles de le faire à un endroit en particulier. « C’est le jour où j’ai ressenti le plus de fierté, dit Moore, qui a déposé une couronne à la Porte de Menin, à Ypres, de la part de la Légion royale canadienne. À la Porte de Menin, un monument aux soldats du Commonwealth sans tombe connue, la circulation s’arrête à 20 h tous les jours pour une cérémonie où les pompiers jouent la dernière sonnerie et le réveil avec leurs clairons. Le jour le plus émotif du voyage, pour Moore, a lieu par la suite, quand il dépose la couronne à la cérémonie du cimetière militaire canadien de Bergen-op-Zoom (Pays-Bas). C’est là qu’il va voir la tombe de son grand-oncle, W.E.C. Stewart de la Royal Hamilton Light Infantry, tué à l’âge de 29 ans, le 17 octobre 1944. Stewart n’a jamais eu l’occasion de voir son fils Ken, qui est né six mois après son départ pour l’Europe.

Pour Ena Newman et Ed Fewer, c’est la cérémonie au Mémorial terre-neuvien de Beaumont-Hamel qui est la plus émouvante. Ils refoulent leurs larmes pendant la cérémonie qui a lieu sous le grand caribou en bronze, devant les plaques où sont inscrits les noms de plus de 800 Terre-Neuviens morts à la Première Guerre mondiale et dont la tombe est inconnue. La tradition militaire est res­pectable à Terre-Neuve, et Newman et Fewer viennent tous deux de familles à tradition solide. Un oncle de Newman était canonnier à bord d’un destroyer, à la Seconde Guerre mondiale. Il a été gravement blessé et a passé 18 mois dans une unité de soins aux brulés. Plusieurs parents de Fewer sont morts à la bataille de la Somme, en 1916. Il a déposé une couronne en l’honneur de son grand-oncle, mort le 1er juillet 1916 : le premier jour de la bataille de la Somme.

Pendant la Première Guerre mondiale, Terre-Neuve ne faisait pas encore partie du Canada et « roi et patrie » voulait tout dire, dit Fewer. C’est la deuxième fois qu’il se rend au mémorial. La première fois « m’a pas mal ébranlé. Je n’arrivais pas à comprendre […]. Tant de morts.» Le chagrin nouveau, d’après lui, est une bonne prévention pour les combats à venir. « Qui peut se passionner pour la guerre de 1812? demande-t-il. Venir ici, voir son propre nom, quelqu’un de sa propre famille […] ça c’est émouvant. » C’est pas important combien de temps a passé.

C’est vrai aussi pour ceux qui ont tiré parti des sacrifices des Canadiens. « Nous avons rencontré beaucoup de gens extra en France, en Belgique et en Hollande qui travaillent dur jour après jour pour garder les souvenirs de nos morts, dit Moore, et ils s’adressent à quiconque accepte de les écouter. »

David Andrews dépose un drapeau provincial sur la tombe d’un concitoyen néo-écossais au cimetière militaire canadien de Beny-sur-mer (Normandie). [PHOTO : SHARON ADAMS]

Parmi ces passeurs de flambeau se trouve Jean Gosselin, âgé de 86 ans — qui commémore personnellement chaque année les Canadiens du raid de Dieppe — un des civils de la localité qui avait reçu l’ordre de ramasser les Canadiens morts. Gérard Livry-Level, propriétaire du château d’Audrieu, offre des visites de sa terre, en Normandie, où 26 soldats canadiens ont été assassinés, et sa sœur Monique Corblet de Fallerans dit avoir vu les Allemands emmener les Canadiens se faire tuer, en juin 1944. Ces soldats faisaient partie des 156 prisonniers canadiens envoyés dans la campagne normande, pendant les semaines qui ont suivi le jour J, par la « division des assassins » comme les Français appelaient la 12e Division de Panzer (jeunesse hitlérienne).

Ben Zonnenberg, la force motrice de la fondation de la filiale de la LRC Liberation of the Netherlands à Apeldoorn (Hollande), est infatigable quand il s’agit de promouvoir le souvenir de la libération.  Les pèlerins l’honorent en chantant quelques chansons apprises à la hâte. Et il y a Iris de Pover, qui s’efforce de graver les souvenirs chez les enfants en les aidant à ramasser des feuilles des érables du cimetière de Adegem, qu’ils utilisent pour faire des cartes de souhait.

Sam Newman (à g.) et le vice-président national Gordon Moore, quelques secondes après avoir déposé une couronne au Monument commémoratif de la Porte de Menin à Ypres (Belgique). [PHOTO : SHARON ADAMS]

Pendant les semaines suivant le voya­ge, les pèlerins s’envoient des courriels pour s’offrir des trucs, pour ajouter des renseignements à ce qu’ils ont appris en Europe. Ils demandent aussi des conseils pour la préparation de leurs présentations, dont la première devait avoir lieu en septembre. « Nos jeunes n’apprennent pas cette histoire, car lorsque les soldats revenaient de la guerre, ils ne voulaient pas en parler, dit Josef. Il ne faut pas qu’on fasse la même erreur. Nous sommes responsables de la propagation de cette leçon. »

La responsabilité est plus facile grâce à la mémoire informée.

Gary Newman et Brenda Fredrickson au cimetière militaire canadien de Bretteville-sur-Laize. [PHOTO : SHARON ADAMS]

53e Congrès de la division du Québec

Les congressistes québécois se concentrent sur le service

Après trois congrès marqués par des changements importants, des controverses et des revers aux élections, la paix a régné au 53e Congrès de la Division du Québec.

« Les trois jours devraient être des jours de camaraderie », dit la présidente sortante de la division Annette Arsenault, et sa déclaration fut reprise par la première vice-présidente nationale Pat Varga, qui transmettait aussi les salutations du président national Wilf Edmonds.

Varga a d’abord demandé aux vétérans de la Seconde Guerre mon-diale de se lever; ensuite, un groupe à la fois, elle a demandé la même chose à ceux de la guerre de Corée, à ceux de la guerre du Golfe, à ceux du maintien de la paix, à ceux du service en temps de paix, aux réservistes ou membres de la milice, aux vétérans d’Afghanistan et aux membres associés.

Varga, unilingue, de la filiale saskatchewanaise Coleville, s’est attaquée à la question de la langue sans tergiverser. « Nous sommes tous des camarades, dit-elle. Nous parlons tous la langue de la Légion. » Elle a ensuite exhorté les membres à mettre leurs « sentiments particuliers de côté et travailler pour le bien de tous ».

Elle dit que les temps sont durs, mais « nous sommes les meilleurs quand il s’agit d’aider les anciens combattants. Nous ne pouvons pas toujours débourser, mais nous pouvons toujours rendre service ».

La présidente Arsenault dit dans son rapport au congrès que la Division du Québec a les mêmes problèmes que les autres divisions : la diminution du sociétariat, les filiales qui succombent et le manque de fonds. Cinq filiales ont succombé et une a été mise en fiducie : son exécutif démis de ses fonctions. Le nouvel exécutif a ravivé la filiale, qui a ensuite grandi de 48 à 165 membres.

Il est difficile aussi de maintenir uni l’exécutif des filiales quand les membres expérimentés abandonnent leur poste pour des raisons de santé ou parce qu’ils vieillissent. Michel Daoust, directeur de la Fondation de l’Hôpital Ste-Anne, a demandé de changer le projet de la Maison d’hôtes de la Légion royale canadienne. Au Congrès de 2005, la Division du Québec avait accepté de lever 650 000 $ pour financer la nouvelle maison d’hôtes, dont la construction devait commencer cette année. Les fonds levés s’élèvent, pour l’instant, à 357 000 $.

Daoust expliquait qu’avant, le nombre de visiteurs qu’il fallait héberger grandissait énormément et qu’on s’attendait à ce que ce soit pareil après l’ouverture de la clinique de traitement résidentiel pour les traumatismes de stress opérationnel (TSO). Mais les choses ont changé. Les vétérans de la Seconde Guerre mondiale et ceux de la guerre de Corée ont vieilli, mais leurs conjointes aussi et beaucoup de ces dernières ne se déplacent plus. En plus petit nombre, elles peuvent maintenant être logées aux soins infirmiers.  L’ouverture de cliniques de traumatismes de stress opérationnel à travers le pays, par Anciens combattants Canada, a réduit la charge de l’Hôpital Ste-Anne.

Des fois, il faut s’adapter. Plutôt que de construire l’établissement pour hôtes, les fonds de la Légion pourraient servir à rénover celui qui existe déjà, et on pourrait lui donner un nouveau nom : Maison d’hôtes des anciens combattants de la Légion royale cana­-dienne. Une partie des fonds pourraient aussi servir à la clinique de TSO qui a besoin de meubles, d’équipement et de matériel adaptatifs. On n’aurait pas besoin de lever davantage de fonds.

L’exécutif divisionnaire va réfléchir à la demande lors de sa première réunion après le congrès.

Le défilé, samedi au milieu de la ma-tinée, était splendide. Les congressistes, arrivés à la filiale Granby en autobus, ont formé les rangs avec la musique de la 34e Brigade et défilé jusqu’au cénotaphe de la rue Dufferin, où ont déposé une couronne Madeleine Paradis (de la part des mères et des veuves), le président national des débats Tom Irvine (de la part du gouvernement du Canada), Charlotte Bastien (pour Anciens combattants Canada), le député provincial François Bonnardel, Marcel Mondoux (de la part de Granby), Paulette Cook (de la part des Forces armées canadiennes), la première vice-présidente nationale Pat Varga, la présidente de la Division du Québec Annette Arsenault et la présidente de la filiale Granby Georgette Remillard.

Les délégués ont été invités à plusieurs repas et divertissements à la filiale, grâce au travail du Comité des préparatifs locaux que dirigeait Daniel Renaud.

Samedi après-midi, ils ont remonté leurs manches et se sont mis à l’œuvre à la salle des congrès de l’Hôtel Castel & Spa Confort. Le trésorier Francis Baddeley a rapporté que la Division du Québec est créditrice, mais Howard Tyers, président du Comité de l’adhésion, a rapporté que l’effectif, qui était de 16 295 en 2008, avait diminué de 10,46 p. 100 en avril, jusqu’à 14 591.

Bien que le Québec rapporte le plus faible pourcentage de perte de membres parmi toutes les divisions, l’adhésion est toujours « une préoccupation urgente ». Environ 50 p. 100 des membres ont entre 65 et 75 ans et six p. 100 seulement ont entre 19 et 39 ans. « L’adhésion est toujours le plus grand pro­blème de cette organisation », dit-il.

Robert Groulx, président du comité divisionnaire de la planification, a demandé aux comman­ders de district d’adjoindre à leur rapport davantage de renseignements sur les activités des filiales (adhésion, résultats de la campagne du coquelicot, etc.). Ce genre de renseignements indiqueraient où et comment on pourrait aider les filiales, dit-il.

La vice-présidente nationale Paulette Cook, ancienne présidente de la Division du Québec, a fait un rapport sur sa participation, en automne 2008, à la tournée de spectacles des Forces canadiennes en Afghanistan.

Elle a roulé en char d’assaut, a assisté à une leçon sur les manières de reconnaitre les dispositifs explosifs de cir­-constance, a visité l’hôpital dirigé par les Canadiens et a été témoin de deux attaques à la roquette. Les cinq jours et demi qu’elle a passés au Kandahar ont été « exaltants et formatifs ». La partie la plus excitante était la rencontre des soldats, qui remercient la Légion de leur donner « un petit morceau de chez nous » grâce aux chèques-cadeaux distribués par l’intermédiaire du Fonds de moral des troupes de la Légion royale canadienne. (Le 29 avril, 444 870 $ avaient été ramassé pour le fonds et 220 000 chèques-cadeaux, envoyés aux soldats en devoir en Afghanistan, avait rapporté Varga auparavant.)

« Cela fait plaisir de voir les bonnes choses qui se font » par rapport au soutien des écoles, aux traitements médicaux, à l’assistance des gens dans le besoin. Avant de repartir, on lui a remis un don pour la Légion levé pendant la vente de coquelicots aux troupes lors des cérémonies du jour du Souvenir.

Les remarques du brigadier-général Guy Laroche, commandant du secteur du Québec et de la Force opérationnelle interarmées (est), a aussi signifié aux délégués l’importance des efforts de la Légion concernant le moral des militaires. Les soldats apprécient les chèques-cadeaux pour le café et les beignes, les chaises, les livres en français et les T-shirts à slogan français.

Les élections se sont bien passées. Robert Groulx, de la filiale St. Francis Valley d’East Angus, a été proclamé président car la présidente sortante Annette Arsenault a refusé de se porter candidate à nouveau.

Margot Arsenault, de la filiale Frontenac de Montréal, a été acclamée première vice-présidente quand le commander du district de Saint-Laurent Réal Donati a refusé sa nomination. Le trésorier Francis Baddeley, de la filiale Pointe Saint-Charles de Montréal, a été acclamé pour la quatrième fois.

Le vice-président Jean-Robert Pépin, de la filiale Citadelle de Québec, a été acclamé président des débats quand la personne en fonction, Bill Allan, a refusé sa nomination.

Norman Shelton de la filiale Terrebonne Heights de Mascouche Heights, ancien président de la division, a été réélu. Carol Aubin-Lalonde de la filiale Norris de Gatineau, qui est aussi correspondante de la Division du Québec et Daniel Renaud, ancien président de la filiale Granby et commander du district Yamaska ont été élus vice-présidents.

Le président des résolutions Norman Shelton dit qu’il « faut avoir davantage de motions à envoyer au Conseil exécutif national », et il exhorta les congressistes à « bien réfléchir à ce qu’on pourrait faire pour nos anciens combattants ».

Parmi les motions votées, il y en a une qui sert à demander d’augmenter les avantages de succession des survivants-personnes à charge au niveau de pauvreté au moins et de l’ajuster suivant les augmentations du cout de la vie.

Il y avait aussi une motion pour demander à la Direction nationale d’adresser une pétition au gouvernement fédéral pour qu’il fasse pression auprès des membres de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord et des organisations d’anciens combattants européens afin d’assister l’Afghanistan davantage. « J’y étais le jour J », dit le vétéran de la Seconde Guerre mondiale Pierre Gauthier, membre du Régiment de la Chaudière qui a fait partie de l’Armée canadienne en Europe. « Je pense que la Légion a un rôle à jouer quand il s’agit de faire pression auprès de ces pays pour qu’ils nous aident. »

D’autres motions demandaient que l’étendard de la Légion soit modifié pour remplacer l’Union Jack par le drapeau à feuille d’érable et que la Direction nationale fasse pression auprès du gouvernement fédéral pour instituer le jour du drapeau — le 15 février — comme jour férié.

Une motion demandant que les réci-piendaires de la médaille d’excellence des cadets puissent porter cette dernière à la fin de la rangée des médailles de la Légion a été votée. « Cela ferait un accueil plus chaleureux à la Légion », dit Tom Irvine, un ancien président des débats de la division.

Finalement, les congressistes ont voté une motion qui avait pour but d’améliorer l’assistance de la Légion aux cérémonies de présentation de la médaille d’excellence des cadets de la Légion.

Au congrès, il y a eu une levée de 3 545 $, pour la Ligue royale des anciens combattants du Commonwealth; Isobel Meikle de la filiale Sainte-Thérèse a été nommée légionnaire de l’année; et la filiale Morin Heights a gagné le trophée Sir Richard Turner pour le plus grand progrès depuis le dernier congrès.

Le congrès de 2011 aura lieu à Québec.

La filiale Men of Vision est en faveur auprès des joueurs de fléchettes

La finale du championnat national de fléchettes qui a eu lieu du 1 au 3 mai, à la filiale Men of Vision de Cochrane (Alb.), a été phénoménale quand deux équipes de joueurs chevronnés qui avaient pris part au championnat plusieurs fois, mais n’avaient jamais gagné, se sont mesurés lors d’une belle.

Elles s’étaient échangé la première place toute la journée et, quand il ne restait qu’un tour, l’équipe de la Nouvelle-Écosse/Nunavut formée par David Cameron, Lewis Francis, Mark MacIsaac et William MacIsaac de la filiale Calais de Lower Sackville avait 18 points. L’équipe du Québec, formée par Jerry Hull, Sébastien Gaston, Jason Hurley et Kevin MacArthur de la filiale LaSalle, était un point derrière. Quand elles s’étaient rencontrées au septième tour, la Nouvelle-Écosse avait gagné 2-1.

Les fléchettes se jouent en poule, de sorte que chaque joueur joue contre tous les autres. Les matches avaient trois parties d’un point chacune. Le score se comptait à rebours à partir de 701 chez les équipes, de 501 chez les doubles et de 301 chez les simples. Il fallait faire un lancer double pour débuter chacune des trois parties et il en fallait un autre, avec le score exact, pour gagner.

La Nouvelle-Écosse jouait avec l’équipe du Nouveau-Brunswick — Stephen Knowlton, Robert Émile Fougère, Terry Fougère et Donald Vautour de la filiale Sunny Brae de Moncton — et le Québec se mesurait à Peter Holden, Jack MacEachern, Darren MacNevin et Dave Robinson de Charlottetown (Î.-P.-É.).

Les joueurs du Québec n’avaient de cesse de regarder nerveusement la Nouvelle-Écosse jouer. Si la Nouvelle-Écosse gagnait les trois parties, le Québec terminerait en deuxième place. Si elle perdait les trois parties et que le Québec gagnait les trois siennes, il remporterait le tournoi.

Les Québécois étaient encouragés par un partisan volubile qui leur disait, pendant que le Nouveau-Brunswick remportait sa première partie, de ne pas s’occuper de ce qui se passait chez les voisins. Le Québec avait de plus en plus de difficultés à trouver le double final au cours de la journée, mais cette fois-ci, Hull l’obtint du premier coup, inscrivant un point pour sa division.

Quand l’équipe de la Nouvelle-Écosse a gagné sa deuxième partie, le Québécois MacArthur dit pour plaisanter qu’il allait prendre une bière… et un Valium. Ensuite, l’Île a gagné sa deuxième partie avec le Québec. La troisième partie serait décisive. En fin de compte, le Nouveau-Brunswick a gagné 2-1 devant la Nouvelle-Écosse et le Québec, 2-1 devant l’Île, ce qui a donné lieu à une belle.

« C’est la cinquième fois que je participe aux championnats nationaux et je n’ai jamais gagné, dit MacArthur. J’en ai très envie. » William MacIsaac, pour qui c’était la quatrième apparition, ressentait la même chose.

Le début du match décisif a été capital; les scores au début étant identiques à 35, la Nouvelle-Écosse a gagné la première partie et le Québec, la seconde.

À la troisième partie, la Nouvelle-Écosse s’est rendue au point où il ne faut plus que le double de la sortie, bien avant le Québec, mais elle n’y arrivait pas. Le Québec à 90 et la Nouvelle-Écosse à 24, Francis achoppait au double de sortie. Le Québécois MacArthur, qui s’était réprimandé lui-même à cause de deux scores lamentables auparavant, sortit avec un double à 90.

Ayant eu de la difficulté avec les doubles toute la journée, le Québec était arrivé à calmer sa nervosité — deux fois — quand il le fallait vraiment.

« Le jeu change si vite, dit Hull. Je regardais les joueurs de la Nouvelle-Écosse. Ils ont manqué une fléchette et le Nouveau-Brunswick a abouti. Ça n’a pris que cinq secondes. »

« C’était une partie extraordinaire, dit Mark MacIsaac. Il y a eu d’excellents lancers. C’était une fin magistrale. Le Québec a mérité ses 90. »

« On a manqué tant de doubles aujourd’hui, dit Gagnon. Je dirais qu’on a été chanceux. »

Après toute une année de planification et de durs labeurs, la seule chance dont le Comité des préparatifs locaux a eu besoin, c’est le beau temps; et il l’a eu. Les joueurs et les invités ont eu un ciel bleu brillant, les Rocheuses comme toile de fond et la première fin de semaine chaude de l’année à la terrasse où avait lieu le barbecue de bienvenue servi par des bénévoles de l’équipe de hockey midget Rockies de Cochrane.

Depuis une dizaine d’années, la filiale organise un barbecue tous les vendredis soirs qui est préparé et servi par les bénévoles d’œuvres de bien faisance et de clubs de sport à qui la Légion fait des dons. « Lors de notre tournoi, il y a un mois, la Légion était un de nos parrains principaux, dit Mike Brady, capitaine de l’équipe des Rocheuses. Alors nous nous sommes portés volontaires pour la remercier. »

Les barbecues ont lieu toute l’année — même s’il fait 40 sous zéro — et ils sont très populaires. L’assistance des jeunes gens sert à renverser les obstacles entre la Légion et la collectivité. « Ils se sentent à l’aise à la filiale », dit la gérante de cette dernière Bonnie Bagnall. Au fil du temps, certains de ces jeunes bénévoles deviennent membres de la filiale. Les réjouissances de la fin de semaine ont été interrompues plusieurs fois pour remercier les jeunes bénévoles, y compris Megan Snell, âgée de 12 ans et Leslie Snell, âgée de 9 ans, ainsi que les volontaires de Scouts du Canada qui ont desservi les tables au banquet et fait la vaisselle. Zachary Ivanitz, élève de 7e année, qui dit qu’il s’est porté volontaire à la filiale « souvent », a été heureux quand toute la foule lui a chanté bonne fête, pour son 13e anniversaire, et qu’il a soufflé sur les chandelles d’un gâteau.

Le temps était au beau fixe lors des cérémonies d’ouverture le samedi. L’orchestre de cornemuses et tambours des Men of Vision a mené la garde du drapeau jusqu’au cénotaphe pour le service et puis tous ont suivi le court défilé de retour jusqu’à la filiale. La compétition des doubles a commencé après les salutations du représentant du Comité national des sports Clayton Saunders, premier vice-président de la Division du Nouveau-Brunswick, du président des sports de la Division de l’Alberta-Territoires du Nord-Ouest Reid Morris, du commander du district 5 Dino Michaud et du président de la filiale Men of Vision Lorne Clarke.

Les équipes de l’Ontario, du Québec et de la Nouvelle-Écosse ont eu des résultats relativement égaux aux huit premières parties. En arrivant à la neuvième partie, l’Ontario, ex aequo à 18 points, avait un avantage psychologique : Tim Schryer et Tom Van Hoof de la filiale Sault Ste. Marie avaient déjà joué avec les deux autres équipes et ils rencontraient les Terre-Neuviens Cliff Muise et Fred Pye de la filiale St. George’s qui étaient cinq points derrière les meneurs. L’Ontario a remporté ses trois parties, terminant la journée à 21 points.

L’équipe de la Nouvelle-Écosse (Kevin Boyland et Sheldon Fudge de la filiale New Ross) et celle du Québec (Sébastien Gagnon et Jason Hurley de la filiale LaSalle) devaient s’affronter. Pour la deuxième année d’affilée, Fudge et Boylan, qui jouent ensemble depuis plus de cinq ans, ont obtenu la deuxième place à l’épreuve des doubles.

« Tout ce qu’il nous restait à faire, c’était de remporter un match en entier », dit Van Hoof avec un grand sourire. Bien que la dernière partie fut passionnante, dit Boylan, le moment le plus excitant pour lui avait eu lieu auparavant, quand il avait inscrit deux triplés.

Le diner, préparé et servi par les dames auxiliaires, a donné l’occasion aux joueurs et aux invités de réaliser leur deuxième souhait pour ce genre de rencontres : voir les amis et s’en faire de nouveaux.

Lloyd Dundas, Gilbert Guindon, Dale O’Brien et Ron Stevely, (de l’équipe de Cranbrook (C.-B.)) étaient heureux des partisans qui avaient fait six heures de route depuis leur ville ou depuis Invermere, à trois heures de là. La filiale a remercié les bénévoles de la filiale Exshaw, située à une heure de route. Le président du Comité des préparatifs locaux Ellison Smith a aussi remercié les gens de la localité qui, bien que n’étant pas membres de la Légion, « ont entendu parler de ce qui devait avoir lieu et se sont simplement portés volontaires ».

Les matches des simples ont commencé après le diner du samedi. Le gagnant de l’an dernier, Jerry Hull de la filiale LaSalle et celui de 2007, John Verwey de la filiale Blythe (Ont.) ont tous deux débuté puissamment, remportant les trois premières parties du 1er tour, tout comme Michael Sheppard de St. George’s (T.-N.). Au 6e tour, ils avaient quatre points de plus que les compétiteurs suivants : Peter Holden de Charlottetown, Jason Skinner de North Battleford (Sask.) et Sheppard, qui avaient tous 10 points.

Les spectateurs se sont vivement arrogé leur chaise quand il devint évident que ces deux-là allaient s’opposer pour la première place.

Verwey a gagné la première partie et Hull, la deuxième. À la troisième, les deux joueurs ont inscrit un triplé et ils ont aussi manqué un double tous les deux avant que Verwey soit victorieux.

Verwey a été champion national quatre fois; la première fois, il y a vingt ans. « C’était serré jusqu’à la fin. » C’est toute une réalisation rien que de se rendre aux championnats nationaux, dit-il. « Il m’a fallu battre le représentant de l’an dernier pour venir ici cette année. »

Saunders a félicité les joueurs de leur sportivité. « Les bons scores, les débuts et les fins, ont toujours été distingués grâce à une tape dans le dos […] pour les adversaires aussi. » Le président Clarke a aussi félicité les compétiteurs.

Résultats

Équipes : Qc (fil. LaSalle), 19; N.-É./Nunavut (fil. Calais de Lower Sackville), 19; Alb./T. N.-O. (fil. Vincent Massey de Yellowknife), 15; C.-B./Yukon (fil. Cranbrook), 15; Ont. (fil. Callander), 14; N.-B. (fil. Sunny Brae de Moncton), 13; T.-N./Labrador (fil. St. George’s), 13; Î.-P.-É. (fil. Charlottetown), 11; Man. /N.-O. O. (fil. Flin Flon), 10; Sask. (fil. Battleford), 6.

Doubles : Ont. (Tim Schryer et Tom Van Hoof, fil. Sault Ste. Marie), 21; N.-É. (Kevin Boylan et Sheldon Fudge, fil. New Ross), 20; Qc (Sébastien Gagnon et Jason Hurley, fil. LaSalle), 19; Man. (Dave Hendy et Scott Sansom, fil. Selkirk), 14; N.-B. (Robert Émile Fougère et Terry Fougère, fil. Sunny Brae), 13; T.-N. (Cliff Muise et Fred Pye, fil. St. George’s), 13; C.-B./Yukon (Roger Bernier et Albert Davis, fil. South Vancouver), 10; Sask. (Jason Skinner et Jody Germann, fil. North Battleford), 10; Î-.P.-É. (Jack MacEachern et Darren MacNevin, fil. Charlottetown), 8; Alb./T. N.-O. (Myles Longphee et Norm Sanderson, fil. Vincent Massey), 7.

Simples : Ont. (John Verwey, fil. Blythe), 20; Qc (Jerry Hull, fil. LaSalle), 19; Sask. (Jason Skinner, fil. North Battleford), 15; Î.-P.-É. (Peter Holden, fil. Charlottetown), 14; T.-N. Michael Sheppard, fil. St. George’s), 13; Man./N.-O. O. (Lorne Heinrichs, fil. Elmwood de Winnipeg), 12; Alb./T. N.-O. (Dean Willis, fil. Vincent Massey), 11; N.-É./Nunavut (Chester MacKenzie, fil. Macdonald Memorial de Lakeside), 11; N.-B. (Stephen Knowlton, fil. Sunny Brae), 10; C.-B./Yukon (Mike Brenton, fil. Chemainus), 10.

Centré sur Juno

L’incomparable Centre de  la plage Juno, construit  à Courseulles-sur-Mer (Normandie), est un  endroit d’apprentissage  en plus d’être un mémorial.  Vu d’au-dessus, il a l’air d’une feuille d’érable stylisée. [PHOTO : CENTRE JUNO BEACH]

Les Canadiens qui vont aller en France en l’honneur du 65e anniversaire du débarquement du jour J et de la campagne de Normandie vont trouver beaucoup d’évènements et lieux dédiés à la contribution qu’ont faite les Canadiens en été 1944.

Les détails de certaines manifestations étaient encore au stade de la planification au moment où nous allions sous presse, mais une importante cérémonie comprenant le dévoilement d’un monument en l’honneur de la Marine royale du Canada est prévu, le 6 juin à 10 h, au Centre de la plage Juno, à Courseulles-sur-Mer (France).

Une exposition temporaire intitulée We Were There (nous étions là-bas), qui racontera l’histoire de 12 anciens combattants canadiens, sera aussi inaugurée à la cérémonie. « Les anciens combattants représentent un échantillon » des unités de tous les coins du pays qui y ont pris part, dit le président du Centre de la plage Juno Garth Webb.

Courseulles-sur-Mer est une des villes côtières libérées par les Canadiens après leur débarquement, le 6 juin 1944, à la plage Juno. Elle se trouve à environ 20 kilomètres au nord de Caen, une ville importante à l’extrême pour les vétérans de la campagne.

La cérémonie commémorative réglée par la Ville de Courseulles-sur-Mer sui­vra, à 14 h 30, au Monument aux morts et un défilé musical est prévu à 16 h, suivi par une procession aux flambeaux de véhicules mili­-taires, vers 22 h 30.

Les dons ont afflué de tous les coins du pays et la grande ouverture a été émouvante et haute en couleur. Dans les kiosques se trouvent les noms des donateurs. [PHOTO : Dan Black]

Le 5 juin, la veille des cérémonies officielles, des écoliers de Courseulles-sur-Mer, de Graye-sur-Mer et du collège Quintefeuille prendront part à une cérémonie commémorative, à 9 h, à la plage de Courseulles, devant le monument des Winnipeg Rifles. Il va aussi y avoir, parmi les manifestations, une journée porte ouverte et des ateliers commémoratifs au collège Quintefeuille, de 17 h 30 à 22 h et une cérémonie aux chandelles, devant le monument canadien de l’école, à 22 h 30. Le jour se terminera par des feux d’artifices au bord de la mer en l’honneur des libérateurs, qui devrait commencer à 23 h 15. Il y en aura simultanément à 25 endroits, sur 80 kilomètres de côte normande. « Les Français nous ont donné un appui très actif », dit le Canadien Webb, qui est lui-même vétéran du jour J.

Il y a eu plus de 18 000 victimes canadiennes (presque un tiers de morts) pendant les 76 jours de la campagne de Normandie. En combattant vers Falaise, les forces cana­-diennes ont libéré quelque 200 communes. Nombre de ces endroits, dont Buron, Authie et Falaise, démontrent leur gratitude aux anciens combattants qui y retournent.

Par exemple, la Ville de Courseulles-sur-Mer a donné accès à un terrain de 1,5 hectare au Centre de la plage Juno, lequel a été conçu par l’architecte canadien Brian K. Chamberlain.

À son ouverture, le 6 juin 2003, on estimait qu’il attirerait 35 000 visiteurs par année. L’année suivante, 53 500 visiteurs y sont allés et, en 2007, le chiffre a augmenté à 58 000 personnes. Les Français représentaient 30 p. 100 des visites : autant que les Canadiens.

Une des expositions du centre porte sur la vie et la culture canadiennes, ce qui « rend le musée populaire auprès du public français qui n’irait normalement pas dans un musée de la Seconde Guerre mondiale », dit la directrice du centre Nathalie Worthington. Cette popularité est aussi causée par « ce en quoi il est différent des autres musées des plages du jour J ». C’est le seul musée canadien et on y offre des visites guidées de la plage et des restes du mur de l’Atlantique construit par les Allemands pour fortifier l’Europe du Nord-Ouest occupée. Cette année — du nouveau — il y aura des visites d’un bunker allemand.

Une sculpture en bronze, intitulée Souvenir et renouveau se trouve près de l’entrée. [PHOTO : DAN BLACK]

Un voyage d’Anciens combattants Canada, en novembre 2008, pour commémorer le 90e anniversaire de l’armistice et des contributions des Canadiens à la Seconde Guerre mon­-diale, avait comme instant marquant une promenade à la plage Juno. « Pouvoir se promener sur la plage en Normandie, où mon régiment a été […] sentir moi-même le sol qu’il a foulé, les épreuves qu’il a endurées […] c’est une occasion qui ouvre les yeux, qui réchauffe le cœur. »

Le prix des combats dans cette partie de la Normandie se voit et se ressent encore dans les cimetières militaires du Commonwealth, dont celui de Bény-sur-Mer, près du village de Reviers, le cimetière militaire de Ranville près de Caen et le cimetière militaire canadien de Bretteville-sur-Laize, près de la ville du même nom. Les Canadiens se souviendront aussi du cimetière militaire de Bayeux, un peu plus à l’ouest et du Mémorial de Bayeux.

Cette année, une grande délégation d’ACC, le ministre des anciens combattants à sa tête, doit aller en France commémorer le jour J et la lutte, longue et mortelle, qui a abouti en la libération de la Normandie. Ce pèlerinage du gouvernement canadien va comprendre des visites aux champs de bataille et aux cimetières.

Une exposition permanente au Centre de la plage Juno raconte l’histoire non seulement de la Normandie, mais des efforts canadiens outre-mer pendant l’hiver au front intérieur. Jusqu’au 30 septembre, il y a une exposition spéciale sur le Canada et la campagne d’Italie. Plus de 92 700 Canadiens y ont servi et plus d’un quart d’entre eux en ont été les victimes.

Les commémorations de la campagne de Normandie se poursuivront le 7 juin. À 13 h, au jardin commémoratif canadien du Mémorial de Caen, la Fondation canadienne des champs de bataille règlera des activités commémoratives, y compris une cérémonie de dépôt de couronnes. Le jardin, établi par la fondation, sert à identifier les unités canadiennes qui ont participé à la libération de la Normandie en 1944. Il sert aussi à commémorer les communes normandes libérées par les Canadiens.

Des cérémonies sont aussi prévues, à 14 h, à la plaque qui sert à honorer la libération canadienne de Caen, à la place de l’Ancienne-Boucherie et, à 15 h, à l’abbaye d’Ardenne, où 20 soldats canadiens ont été assassinés par des Allemands, en juin 1944. Les étudiants universitaires du 15e voyage d’études des champs de bataille de la fondation vont déposer des feuilles d’érable au petit monument jardinier au fur et à mesure que les noms seront lus à voix haute.

Par la suite, le 9 juillet, la Ville de Saint-Martin-de-Fontenay devrait dévoi­-ler un monument aux soldats cana­-diens, au Point 67, là où la fondation a établi un observatoire des champs de bataille du sud de Caen. L’endroit, une colline au nord de la crête de Verrières, donne sur les champs de bataille où s’est trouvée la 2e Division canadienne d’infanterie en juillet et aout 1944. On ne sait pas encore, lorsque nous allons sous presse, si le mémorial et la plaque du Toronto Scottish Regiment actuels commémorant le Black Watch seront incorporés au nouveau monument.

Visite aux anciens combattants

Visite aux anciens combattants. [ILLUSTRATION : STEPHEN SNIDER]

Francis Christian, membre dévoué de la filiale Vimy d’Halifax (N.-É.), s’est rendu à l’Édifice commémoratif des anciens combattants Camp Hill, tous les jours, pendant deux ans, visiter un des résidants. Il y allait pour s’assurer qu’un de ses anciens collègues de la GRC, qui ne pouvait plus se nourrir tout seul, ait au moins un bon repas par jour.

« Je le connaissais depuis 50 ans », dit Christian, qui a maintenant 85 ans et leur relation s’est épanouie durant les derniers jours de son ami. Il y a deux ans, on l’a appelé pour une veillée de famille le soir du décès de son ami. « Ça a été dur de lui dire adieu; comme si nous étions de la même famille. »

Mais un cœur meurtri n’a pas empêché Christian de poursuivre le travail qu’il aime : il fait encore partie des meubles à Camp Hill; il y va trois ou quatre fois par semaine. « Il est si convivial », dit Mary Glanville, une ancienne infirmière de l’armée qui va avoir 88 ans en avril. Elle est toujours heureuse de la visite de Christian et des autres légionnaires, à l’édifice où elle réside depuis sept ans et des bavardages sur les sports et sur les nouvelles du jour.

« C’est très important pour les gens qui ne peuvent pas sortir », déclare-t-elle. Les visiteurs de la Légion sont « toujours pleins d’entrain et prévenants ». Les résidants apprécient leur soutien et leur aide quand, à l’occasion, il leur faut aller faire des courses, ou se faire accompagner lors d’une sortie.  « Il y a vraiment beaucoup de gens, ici, qui n’ont pas de famille aux alentours », dit-elle. Sans les visiteurs de la Légion, « beaucoup seraient coincés ici ».

Des milliers de bénévoles de la Légion royale canadienne prennent le temps de visiter, honorer et réconforter les anciens combattants dans les centaines de petits et grands hôpitaux et institutions de soins de santé du pays. Les services qu’ils rendent sont très en demande car il y a 3 300 anciens combattants dans les 171 institutions où Anciens combattants Canada réserve des places. Le ministère assiste aussi 7 300 autres anciens combattants dans les institutions de soins de longue durée communautaires.

La compagnie n’est pas le seul service que les hommes et les femmes leur rendent : il en découle une vie en meilleure santé et plus longue, pour les anciens combattants et pour eux-mêmes.

Mary Glanville et Francis Christian profitent au maximum d'une visite à l'édifice commémoratif des anciens combattants Camp Hill, à Halifax. [PHOTO : TOM WATERS]

Les gens âgés qui se sentent en communauté ont une tension moins élevée et une meilleure réponse immunitaire que les autres et ils peuvent mieux faire face à l’inconstance de la vie que ceux qui se sentent isolés ou seuls, dit la docteure Louise Hawkley, neuroscientifique sociale de l’Université de Chicago et chercheuse en santé des solitaires.

Le stress a beaucoup de répercussions sur la santé, qui empire à cause de la solitude et de l’isolement. L’hormone de stress cortisol, causée par le stress, sert à provoquer la réaction d’évasion ou de lutte pour éviter le danger. Cependant, sous un stress chronique, comme celui de quelqu’un qui souffre, qui a peur ou qui s’ennuie, l’hormone cause des ravages pour ce qui est de la réponse immunitaire et de la tension artérielle. « Les relations sérieuses permet­tent de mieux tolérer tout ce que la vie vous réserve », dit Hawkley.

« On sait très bien que les gens ont besoin de contacts sociaux » pour être en santé, ajoute Elsie Rolls, directrice des services aux anciens combattants à Camp Hill. « Sans ce genre de choses, les résidants s’ennuient et puis ils tombent malades. »

Il y a des résidants, dit-elle, qui ne voudraient même pas descendre du lit. Ils se demanderaient « à quoi ça sert? De toute façon, personne ne va me voir. » Mais la possibilité que quelqu’un pourrait passer les voir est une raison de se lever, de se faire les cheveux ou de se raser. »

Les programmes de visite de la Légion importent beaucoup aux anciens combattants, dit Norah Keating, membre du Conseil consultatif de géronto­logie d’Anciens combattants Canada et chercheuse en vieillissement de l’Université de l’Alberta. « La relation la plus importante des personnes âgées, c’est celle qu’ils ont avec des gens de leur âge, de la même histoire, ou d’expérien­ces semblables. » Bien que les relations familiales soient aussi extrêmement importantes, dit Keating, les visites concernent surtout la qualité des soins plutôt que le plaisir. Les ainés, dans les institutions, ne savent pas si leur famille vient les voir par plaisir ou par devoir. Dans les relations volontaires, le doute n’existe pas. « L’avantage des programmes de bénévoles de la Légion pour les anciens combattants, c’est qu’ils ont vraiment une histoire comparable. »

« C’est évident d’où viennent les visiteurs de la Légion et ces gens s’en rendent bien compte, même ceux qui souffrent de démence avancée », dit Kelly Sprackett, coordonnatrice des services bénévoles de la Broadmead Care Society à Victoria. Cette société administre la Lodge, à Broadmead, où à peu près 60 p. cent des 225 résidants sont des anciens combattants, ainsi qu’un programme de soins de jour. « Ils l’apprécient vraiment parce que ça ravive leurs souvenirs et leur sentiment d’allégeance. »

« Dans une institution de soins de santé, il y a peu de gens qui savent que ce ne sont pas seulement des vieilles personnes frêles avec de graves problèmes de santé et de cognition », dit Keating. « Ce qu’il y a de bien quand vous avez une connexion avec quelqu’un, comme un visiteur de la Légion, c’est que ça aide votre propre identité à refaire surface. On pense “voici quelqu’un qui sait qui je suis, où je suis allé”. Ils ne se connaissent peut-être pas personnellement, mais ils savent que, grâce à cette expérience partagée, il va y avoir une connexion. »

C’est un sentiment que reconnaissent beaucoup de visiteurs. « Un sentiment de camaraderie a été créé durant la guerre », dit Barbara Bolli, coordonnatrice du programme de visites aux malades de Broadmead de la Légion et membre de la filiale Victoria Ex-Servicewomen’s. « Il fait écho chez les anciens combattants. »

Jo-Ann et Bob MacEachern visitent des anciens combattants de la part de la filiale Grand Bend (Ont.). [PHOTO : SHARON ADAMS]

Grâce à cette connexion et à l’affiliation, les visites de la Légion ont un effet cumulatif, même si elles n’ont pas lieu tous les jours. Hawkley le compare au réconfort d’un bon mariage où l’un des conjoints voyage souvent. Même quand un des époux est en voyage, « le sentiment de sécurité dans le mariage n’est pas bouleversé ». Voir les uniformes de la Légion, savoir qu’un légionnaire est toujours disponible durant les soirées de bingo, ou pour bavarder un jeudi soir, procure un sentiment du même genre aux anciens combattants. C’est important que les filiales petites ou éloignées le sachent; quelques visites régulières durant l’année, même si elles sont peu nombreuses, ne sont pas insignifiantes.

Bob et Jo-Ann MacEachern fréquentent les anciens combattants aux institutions de soins de longue durée, de la part de la filiale Grand Bend (Ont.), depuis à peu près 15 ans. « Quand on a commencé, il y avait 17 anciens combattants » à l’Hôpital Parkwood de London et aux maisons de repos plus petites dans les petites villes près de Grand Bend. Beaucoup d’entre eux étaient de nos amis, des anciens camarades de la fi­liale. « Vu que nous venons d’une petite ville, c’était plus social », dit Jo-Ann. Mais cela voulait aussi dire que ces services pouvaient être attristants, quand les amis et les voisins étaient soudainement sur le déclin.

Aujourd’hui, il y en a moins à aller voir. « Ils sont tous décédés sauf deux, » dit Bob. Même s’ils ont déménagé de Grand Bend à London (Ont.), ils conti­nuent leurs visites, dans le cadre du programme de soins aux anciens combattants de Parkwood, à un ancien combattant qui a été « adopté » par leur filiale et à un ancien membre de Grand Bend résidant dans une petite institution de soins de longue durée d’Exeter. « On leur apporte un petit cadeau (des cartes d’appel interurbain, des fleurs, des cartes de souhaits) et on leur demande s’ils ont besoin de quoi que ce soit. » Par exemple, il y en a un qui a demandé des pantalons de survêtement, plus faciles à enfiler le matin quand on ne peut plus se déplacer qu’en fauteuil roulant. Ils vont voir cet ancien combattant, à une petite institution de soins de longue durée, à peu près quatre fois par année.

Dans les couloirs de Camp Hill, toutefois, il semble y avoir toujours un légionnaire.  « Nous avons un programme immense », nous explique Tom Waters, qui y est le représentant de Camp Hill de la Direction de Nouvelle-Écosse/ Nunavut depuis environ 14 ans. « Il s’a-git probablement de 500 à 600 personnes durant une année. »

Les légionnaires visitent les anciens combattants individuellement. Il y en a plusieurs qui participent aux programmes récréatifs comme les bingos et les excursions touristiques. Des fois, les visiteurs se joignent à un groupe au salon. Ils siègent aux réunions du conseil des anciens combattants. Les filiales des alentours offrent des divertissements et organisent des manifestations pour les anciens combattants et leur famille dans leurs locaux, le transport se faisant dans des autobus pour fauteuils roulants Callow. Certaines filiales « adoptent » des anciens combattants qui n’ont pas de visiteurs familiaux ou d’affiliation à la Légion; et les visiteurs emmènent ces anciens combattants faire des emplettes nécessaires qu’ils ne peuvent pas obtenir à Camp Hill : vêtements, articles de toilette, lait en boite. Il y en a qui font des courses pour un ancien combattant, quand il faut faire réparer une montre ou des souliers. Il peut aussi s’agir de quelque chose de plus sérieux, comme quand un ancien combattant demande l’aide de la Légion pour s’occuper de questions juridiques ou régler des problèmes concernant la famille ou le personnel.

Les visiteurs de la Légion « sont précieux », dit Rolls. « Ils font tellement pour les anciens combattants; c’est formidable. Il existe aussi un soutien pour le personnel et les membres de la famille. Nous leur sommes vraiment reconnaissants de toute leur aide. Nous serions dans l’embarras sans eux. »

Il y a assez de visiteurs de la Légion à l’institution, où résident 175 anciens combattants entre 70 ans et 100 ans, pour que « chaque ancien combattant soit visité », dit Waters. Normalement, les visiteurs vont voir des réguliers, mais « s’ils entrent dans une pièce où un ancien combattant est là qui ne fait rien, qui regarde les mouches voler, ils se présentent et se mettent à bavarder. »

Les visiteurs de la Légion occupent souvent le salon, dit Glanville. Cela fait sortir les anciens combattants de leur chambre et interagir avec les autres résidants et avec les visiteurs.

À Broadmead, on évalue le nombre d’heures que les 200 visiteurs, légionnaires compris, passent à la Lodge à environ 1 000 par mois. Sept filiales régionales de la Légion font les visites mensuelles à tour de rôle, dit Bolli. Le jour des visites de la Légion, le jeudi, les légionnaires en uniforme vont voir les résidants et leur distribuent des brosses à dents ou des mouchoirs comme cadeaux. « Chaque filiale a un jour pour y aller », dit Bolli. En outre, les visiteurs de la Légion se portent volontaires pour plusieurs activités. « C’est très important pour nous. Même si la filiale se dissout, on va continuer », déclare-t-elle. La fi-liale est en train de faire le nécessaire pour que le cout des petits cadeaux, environ 140 $ par mois, soit couvert pendant plusieurs années.

Les visites font autant de bien aux visiteurs qu’aux résidants.

« Le dernier vétéran de la guerre de Corée a quitté notre programme de bénévoles (excepté ceux qui sont dans les groupes de bénévoles de la Légion) », dit Sprackett. « Cela les a beaucoup chagrinés d’abandonner, car ils savaient que ça leur faisait du bien de venir; ils se sont forcés aussi longtemps qu’ils ont pu et il nous a fallu adapter le programme de bénévoles aux gens dont la santé n’est plus aussi prévisible qu’avant. »

« Durant nos recherches, nous avons découvert que les ainés obtiennent de grands avantages en contribuant à leur collectivité », dit Keating, une contribution qui n’est que bien rarement reconnue au Canada. « Je suis ravie que vous écriviez cet article. C’est bien que les membres de la Légion sachent à quel point on les apprécie. On entend tellement souvent que les ainés sont un fardeau et improductifs, qu’ils ne contribuent pas vraiment. » Le bénévolat réfute cela et sert à perpétuer, à restaurer le sentiment d’utilité du bénévole.

« Ça fait plaisir, dit Bolli. C’est agréable. » Elle fait partie d’une génération de femmes qui préfèrent s’éreinter plutôt que mourir d’ennui. « J’ai quelque chose à faire durant la journée, » dit-elle.

« C’est le plaisir qu’on ressent à voir leur visage s’épanouir, surtout quand on porte l’uniforme », dit Eileen Margaret Smith, une femme de 87 ans de la filiale Victoria Ex-Servicewomen’s qui fait des visites à Broadmead depuis neuf ans. « On a hâte d’y aller. Je ne voudrais pas manquer d’y aller. Je vais continuer tant que je pourrai. Je me sens toujours chanceuse; que c’est grâce à Dieu que je ne fais pas partie des visités. Je suis chanceuse d’être en bonne santé et de pouvoir les aider. »

« J’en retire autant qu’eux, dit Christian. Il y a beaucoup de gens de mon âge qui ne quittent pas leur lit; ça m’occupe. » Et il ajoute qu’il accompagne un autobus Callow pour une soirée à la Légion au moins une fois par mois. « Où est-ce que quelqu’un de mon âge pourrait aller danser? » demande-t-il.

En dernière analyse, ce genre de bénévolat est peut-être agréable, mais les légionnaires peuvent aussi être fiers des résultats sérieux de leurs visites, dit Keating. « Ce que la Légion fait est important. » Les résidants et leur famille sont rassurés du fait que la Légion se concentre sur le bien-être des anciens combattants; ils savent que les légionnaires remarquent les défectuosités quand il y en a. Et, vu qu’ils sont épaulés par une organisation nationale, on peut être sûr qu’il y aurait des suites aux cas particuliers et même, à l’échelon national, à la politique.

« Durant toutes ces années, dit MacEachern, je n’ai jamais vu quoi que ce soit de mal et aucun ancien combattant ne s’est plaint », sauf un, à propos du service de la nourriture. Si tout va bien lors des visites surprises, dit-il, cela tranquillise les visiteurs et les familles, par rapport à la manière dont les anciens combattants sont traités au jour le jour.

Aussi, quand la Légion s’assure que les soins aux anciens combattants sont bons, elle rajuste le tir en ce qui concerne ceux des autres ainés, dit Keating.


Une paire d’yeux supplémentaires

Brenda Montgomery, de la filiale Centennial de Dartmouth (N.-É.), est une ancienne infirmière terre à terre, épouse d’un ancien combattant, qui sait à quel point son bénévolat est important dans le programme de sondage des soins de longue durée.

« Je reste à l’affut, dit-elle. J’ai des ressources immédiates au cas où je tombe sur quelque chose de particu­lièrement alarmant. » Si le problème ne peut pas être réglé par la famille du résidant ou par le directeur des soins de l’institution, elle appelle quelqu’un à Anciens combattants Canada.

Le programme de contrôle des soins de longue durée est un partenariat entre Anciens combattants Canada (ACC), qui paie la facture (129 000 $ en 2007) et la Légion royale canadienne, qui adminis-tre le programme et produit la main-d’œuvre bénévole. On en retire des avantages à tous points de vue : on subvient aux besoins méconnus de tel ou tel ancien combattant, on renseigne les gens sur les nouvelles ordonnances d’ACC ou sur les résolutions prises au congrès de la Légion et on revalorise les normes de soins pour les gens, autres que les anciens combattants, qui sont aux établissements de longue durée.

Étant donné ses engagements, ACC faisait des sondages sur la satisfaction des résidants aux plus grands établissements à places prioritaires. Cependant, vu les quelque 7 300 autres anciens combattants logés dans plus de 1 900 institutions disséminées partout au pays, les visites d’ACC étaient restreintes par le manque de main-d’œuvre et les distances. « Avant que la Légion mette la main à la pâte, c’est le personnel d’ACC qui sondait les résidants, mais vu le grand nombre de clients », les visites étaient rares et inégales aux institutions du pays les plus petites, dit Carlos Lourenso, directeur des services de soins en résidence ou en établissement d’ACC. « Le partenariat avec la Légion nous permet d’aller à plus d’endroits et de voir plus d’anciens combattants. »

Quand les bénévoles de la Légion se sont mis au travail, il y a cinq ans, ils ont surveillé à peu près 2 000 résidants; en 2007, ils ont mené quelque 3 000 sondages et ils sont en voie d’en faire 4 000 en 2008, dit-il.

Pierre Allard, directeur du Bureau des services de la Direction nationale de la Légion, qui recrute et forme les béné­voles et qui administre le programme pour ACC, en est très heureux. « Nous avons composé le programme conjointement avec ACC, nous explique-t-il. Nous n’étions pas très contents de la qualité des soins et nous disions qu’elle n’était pas pareille dans tous les éta-blissements pour anciens combattants. » Le Comité consultatif de gérontologie d’ACC, la Légion et d’autres organisations d’anciens combattants recommandaient des visites régulières pour sonder les résidants des institutions communautaires. Il y a quelques années, la Légion et ACC ont commencé à élaborer un programme.

« C’est un partenariat naturel et cons­tructif, dit Lourenso. La Légion est une organisation nationale merveilleuse, qui a des filiales et des bénévoles dans tous les coins du pays, et qui a un intérêt particulier par rapport à la santé des anciens combattants. ACC a promis de faire le nécessaire pour la qualité des soins aux anciens combattants dans le besoin et « la Légion est un partenaire qui l’aide à tenir cette promesse ».

« Nous avons travaillé de concert avec ACC » au développement du programme, dit Allard. En 2003, la Légion s’est mise à annoncer qu’il lui fallait des bénévoles et puis elle a mené six séries de formation de plus d’un mois et demi « pour qu’il y ait assez de sondeurs au début ». Le recrutement et la formation se poursui­vent. Quelque 150 sondeurs bénévoles ont déjà été formés à la largeur du pays, à qui ACC a donné pour mission de sonder les anciens combattants logés dans des établissements de soins de longue durée dans le but de savoir s’ils sont sa­tisfaits des services touchant 10 aspects de soins, dont la sécurité, la sureté, l’hygiène, la qualité de la nourriture, l’accès aux services médicaux, les occasions sociales et récréatives, et le soutien spirituel et pastoral.

La Légion et ACC étudient des parties différentes de l’information et s’en servent pour diverses raisons.

Les questionnaires sur la satisfaction des clients, confidentiels, sont remis directement à ACC. « C’est anonyme et impersonnel », dit Lourenso; et « ce n’est pas pour nos yeux », dit Allard.

Les résumés des rapports, cependant, « passent d’abord par la Direction nationale où ils sont examinés pour voir s’il y a des problèmes, dit Lourenso. Cela peut servir à expédier les problèmes ou les besoins dont il faut s’occuper. »

« Tout va bien à peu près de 90 à 95 p. 100 des fois, dit Allard, mais de temps à autre on découvre un problème. » Les problèmes qui affectent un particulier ou un établissement sont rapportés à ACC. « Nous faisons le nécessaire pour le régler, de concert avec l’établissement », dit Lourenso. En été, la Légion a attiré l’attention d’ACC sur des pro­blèmes signalés dans des rapports sur la sécurité, des odeurs tenaces et des biens disparus à un établissement ontarien. Un infirmier de bureau de district d’ACC a mené une enquête et des résidants mécontents ont été transportés à d’autres établissements.

La Légion et ACC étudient le résumé des rapports pour repérer des pro­blèmes plus systémiques aussi. Ces derniers donnent souvent lieu à des plaidoyers de la part de la Légion, ou à des résolutions au congrès. ACC se sert « des nombreux renseignements » de ces rapports et questionnaires et des résultats de leurs propres sondeurs professionnels qui s’occupent des établissements les plus grands, dit Lourenso. Cela « devient la pierre angulaire de notre assurance de qualité pour les soins de longue durée ».

Un de ces problèmes systémiques concernait la nourri­ture, quelque chose de très important dans un cadre de soins en résidence. « La nourriture est un indicateur de satisfaction fluctuant et instable », dit Lourenso. Et de fait, les rapports et les questionnaires ayant révélé un mécontentement généralisé par rapport à la nourriture, on a établi des normes uniformes pour la préparation et la livraison. Résultat : « en quatre ou cinq ans, la satisfaction s’est beaucoup améliorée ».

Montgomery est contente de cette information aussi. Vu que la nourriture est une question des plus importantes, elle planifie ses visites vers l’heure des repas. « Je peux recueillir beaucoup de renseignements à ces moments-là, » en posant des questions à propos du gout, de ce qui se passe si le résidant n’aime pas ce qu’on lui sert. Elle remarque aussi les usages aux repas, si les résidants sont rassemblés peu avant le service, ou s’ils sont attroupés à la salle à manger longtemps en avance.

Elle se sert de tous ses sens quand elle est dans un établissement; elle remarque la propreté, l’ordre, les odeurs, les bruits.

« Il se pourrait que quelqu’un refuse de parler par crainte d’empirer la qualité des soins, dit-elle. Je […} bavarde avec cinq personnes, alors on ne saura jamais qui a parlé. » À vrai dire, les questionnaires remis à ACC sont dépersonnalisés et anonymes, alors les résidants n’ont pas à s’inquiéter de leurs réponses.

Elle écoute attentivement. Quand un résidant lui a dit qu’il ne lisait plus les journaux, ses questions discrètes ont indiqué qu’il lui fallait des lunettes. Elle a remédié à la situation en passant un coup de fil à ACC.

Ce genre d’interaction personnelle est importante, dit Lourenso. C’est la différence entre une visite amicale et une réunion d’affaires. « La visite ne sert pas seulement à recueillir des renseignements », remarque-t-il. « Il s’agit d’un contact social. Il s’agit d’écouter les gens. »

Les anciens combattants ont tendance à attendre longtemps avant de demander des soins, quand ils sont en moins bonne santé et moins capables de s’occuper de leurs propres affaires. Le programme n’en est que plus crucial. « Il y a deux choses importantes (au programme), ajoute Montgomery. D’abord, d’un point de vue systémique, Anciens combattants Canada et la Légion sont tenus au courant de ce qui se passe. Ensuite, à l’établissement, on sait que quelqu’un se soucie d’eux. »

Elle a remarqué une amélioration lente depuis les cinq ans qu’elle fait des sondages. « En général, les établissements sont très bons. Ils sont meilleurs qu’il y a ne serait-ce que 15 ans passé ».

Elle est satisfaite, quand elle retourne à une institution, de voir qu’un problème a été réglé. « D’un point de vue personnel, c’est très satisfaisant. […]

« J’ai l’intention de continuer tant que je pourrai.”

Un tournée d’apprentissage

Les étudiants au mémorial de Terre-Neuve contemplent le champ de bataille à Beaumont-Hamel. [PHOTO : SHARON ADAMS]

Le silence prolongé est sans doute l’expression de l’être humain qui saisit le mieux l’essence de la commémoration. Quand la Première Guerre mondiale s’est terminée, il y a 90 ans, le 11 novembre 1918, aucune célébration tonitruante ne s’est élevée des tranchées; c’était plutôt le calme plat.

Les gens qui n’étaient pas là-bas et qui n’ont donc pas fait l’expérience des horreurs inexprimables d’une guerre où environ 10 millions de personnes ont été tuées et des millions d’autres, blessées, ne comprennent pas vraiment la nature de ce silence. En décembre 2008, il ne restait qu’un bien petit nombre de ceux qui y ont servi et le Canadien Jack Babcock en était un.

Quoi qu’il en soit, la nature de ce silence peut effectivement être ressentie aujourd’hui et c’est sûr qu’il peut servir à nous connecter aux hommes et aux femmes qui y étaient, au besoin de se souvenir de leur ser-vice et de leurs sacrifices.

La tombe du soldat George Lawrence Price. [PHOTO : SHARON ADAMS]

Le 11 novembre dernier, des centaines de personnes en deuil se sont rassemblées à un cimetière de la ville belge de Mons, en l’honneur des 68 000 Canadiens qui ont donné leur vie à la Première Guerre mondiale. Et bien que ce fusse 90 ans après la fin de la Grande Guerre, à la minute près, les émotions étaient encore toutes fraiches sur leur visage. Des vétérans des guerres et des conflits plus récents, ainsi que des membres des Forces canadiennes et d’autres de la Gendarmerie royale du Canada ont honoré leurs anciens frères d’armes qui ont fait l’ultime sacrifice. Les jeunes Canadiens et les parlementaires, dont certains avaient les larmes aux yeux, se souvenaient de parents qui ont péri alors que les résidants locaux inclinaient la tête en remerciement de la liberté dont ils profitent aujourd’hui.

Il s’agissait de la première de trois occasions, le jour du Souvenir — parmi les nombreuses de la semaine — où les émotions refoulées des membres de la délégation d’Anciens combattants Canada, qui assistaient aux activités de commémoration en France et en Belgique, ont été ravivées. « Nous sommes venus ici pour nous souvenir de ce que le passé écrit ne peut rappe­ler; et pour nous tenir aux endroits où le Canada a mûri », disait le ministre des anciens combattants Greg Thompson, le 10 novembre, lors d’une cérémonie au Mémorial Le Quesnel (France). Les 13 étudiants canadiens étaient le noyau de la Tournée d’apprentissage d’ACC où, durant une semaine, on leur a montré les champs de bataille, mémor­iaux et cimetières de la Première et de la Seconde guerres mondiales.

Bien que le Canada, jeune pays, fût entré en guerre en tant que membre junior du Commonwealth, il a obtenu le droit d’apposer sa signature sur le Traité de Versailles en reconnaissance du grand nombre de ses exploits et de ses sacrifices. Plus de 619 000 Canadiens — sur une population de moins de huit millions — avaient servi à la guerre. Plus d’un sur 10 avaient trouvé la mort et 172 950 avaient été blessés.

Andrew Sheppard à Beaumont-Hamel. [PHOTO : SHARON ADAMS]

Il n’y a nul doute que les citoyens de la France et de la Belgique se souviennent de ces sacrifices. « Je viens tous les ans pour me souvenir », dit le résidant de Mons Jean Pirson. Mons avait été occupée par l’Allemagne pendant plus de quatre ans quand, le dernier jour de la guerre, les Canadiens l’ont libérée. Pendant plusieurs générations, parents et enseignants ont appris aux enfants belges à entretenir la tradition de reconnaissance pour la liberté, dit Pirson. « C’est important de se souvenir et de transmettre ce souvenir aux jeunes gens, pour qu’il vive. »

Ainsi, l’émotion gagne facilement le peuple, à la place moderne de la ville, après le service réglé au cimetière de Mons et les défilé et cérémonie orga­nisés par la ville de Mons au Monument canadien. Il y avait dans l’assistance des représentants de la Belgique, du Canada, de la Grande-Bretagne, de la Russie, de l’Italie, du Portugal, de la Grèce et des États-Unis, ainsi que des membres d’organisations d’anciens combattants canadiennes, dont la Légion royale canadienne, les anciens combattants de l’armée, de la marine et des forces aériennes au Canada (ANAVETS) et le Conseil national des associations d’anciens combattants.

« Les Canadiens ont créé cette histoire », dit le capitaine Rick Towey du Royal Regiment of Canada de Toronto. « Je suis fier de faire partie d’une armée que l’histoire a retenu, et qui a libéré une ville. »

Les vétérans de la Seconde Guerre mondiale Bill Story et John Henderson se joignent à l’inspecteur Yvon de Champlain et au ministre des anciens combattants Greg Thompson. [PHOTO : SHARON ADAMS]

« Je suis très fier d’être ici », dit le caporal-chef et photographe des Forces canadiennes Serge Tremblay. C’est à Mons que le premier soldat a été tué à la Première Guerre mondiale et où le dernier soldat canadien a été tué quatre ans après. » Ce dernier, le soldat George Lawrence Price du Saskatchewan Regiment, a été tué par un tireur d’élite deux minutes avant le cessez-le-feu et il a été enterré au cimetière militaire de Saint-Symphorien.

Le jour du Souvenir, les résidants locaux déposent des fleurs coupées sur sa tombe. Le même soir, à l’occasion de la cérémonie de la dernière sonnerie, sous les arches commémoratives de la Porte de Menin, à Ypres (Belgique), les Belges ont à nouveau démontré leur reconnaissance. Excepté lors de l’occupation, durant la Seconde Guerre mondiale, la circulation est interrompue sous les arches et les clairons jouent la dernière sonnerie tous les soirs, à 20 h, depuis le 11 novembre 1928.

La foule, qui avait commencé à se rassembler des heures avant la cérémonie du jour du Souvenir, a rempli la salle du Souvenir et s’est étendue le long de la rue jusqu’à la place. Les acclamations ont éclaté quand le contingent des Forces canadiennes est arrivé au monument. Peu après, quand un cornemuseur a commencé à jouer Amazing Grace, la foule s’est mise à fredonner et puis à chanter. « J’étais au garde-à-vous, alors je ne pouvais pas regarder autour de moi. J’entendais la foule qui soupirait et haletait, qui manifestait l’émotion qui m’était interdite parce que j’étais au garde-à-vous », dit le caporal-chef Marc Jacobs des Rocky Mountain Rangers de Kamloops (C.-B.). « Quand la foule s’est mise à fredonner, j’en ai eu des frissons. »

Jessica Roberts dépose une croix. [PHOTO : SHARON ADAMS]

« Je ne pouvais plus me retenir », dit Marie-Josée Chapleau, recruteuse des Forces canadiennes et commandante de la garde du drapeau durant la cérémonie. Quand les larmes ont commencé à couler, « j’étais si fière que ça ne faisait rien. » Elle n’était pas la seule. « Les larmes me sont montées aux yeux », dit le caporal-chef Richard Hicky du First Newfoundland Regiment de St. John’s. « En entendant ça, on ressent la fierté », ajoutait le caporal Anthony Edwards du Toronto Royal Regiment. « Je ne me suis jamais senti aussi Canadien, aussi fier », dit le bombardier-chef Kimberley Loucks du 2e Royal Canadian Horse Artillery.

« Je n’ai pas pu prendre plaisir à toutes les chansons et à la musique parce que je ne peux pas entendre, mais le visage des gens montrait qu’ils étaient très affectés », témoignait le délégué de la jeunesse Jamie Routledge d’Halifax qui est  sourd.

Nolan Janvier bavarde avec le vice-président de la Légion Erl Kish. [PHOTO : SHARON ADAMS]

La chorale de garçons de l’école Crescent de Toronto a suscité un autre moment d’émoi chez les Canadiens qui se trouvaient dans la foule en chantant Au champ d’honneur, et puis les clairons du corps de pompiers volontaires local ont utilisé les instruments en argent que leur ont donné les filiales Brussels et Antwerp de la Royal British Legion pour jouer la dernière sonnerie.

Le contingent canadien a déposé les premières couronnes à côté de celles qui avaient été déposées avant, dans la journée. Il s’agissait du député Kevin Sorenson, de la part du Canada; du vice-président de la Légion Erl Kish pour la Légion; de William Story de la part du Conseil national des associations d’anciens combattants; de Gord Marsh pour ANAVETS; de Ron Griffis de l’Association canadienne de Vétérans des forces de la paix des Nations Unies de la part des anciens combattants du Canada; et des délégués de la jeunesse Jonathan Jampies de St. Catharines (Ont.) et Andrea Omilgoitik d’Iqaluit (Nunavut) de la part de la jeunesse canadienne.

Il y a deux escaliers dans la salle du Souvenir centrale. Au-dessus se trouve l’inscription suivante : « Ici sont inscrits les noms d’officiers et d’hommes qui sont tombés au saillant d’Ypres mais pour qui la fortune de la guerre a refusé l’enterrement honorable qu’ont eu leurs cama­­­­rades mortuaires. » Les noms d’environ 55 000 soldats du Commonwealth, dont 6 940 Canadiens, ont été gravés sur les murs. Parmi eux se trouve Lee Wood, qui s’était enrôlé à 18 ans et qui a été tué à Passchendaele à 21 ans. C’est l’arrière-grand-oncle du délégué de la jeunesse d’ACC Sam Wood de Fredericton (N.-B.) . Il a laissé un coquelicot à côté en souvenir.

« Voir les noms sur le mur… Je vois toujours la tristesse dans les yeux de ma grand-mère quand elle parle des frères qu’elle a perdus », dit le sergent William MacDougall des Cameron Highlanders d’Ottawa.

Des porteurs portent le cercueil du soldat Ralph Ferns. [PHOTO : SHARON ADAMS]

« C’est pas la même chose d’entendre ça quand on est au Canada que quand on l’entend ici en voyant tous ces noms. » Il s’agissait d’un leitmotiv durant les activités de la semaine alors que les délégués d’ACC, jeunes et vieux, intériorisaient les histoires de la Première Guerre mondiale, de batailles gagnées et de vies perdues, de la force de caractère de ceux qui ont vécu et qui sont morts dans les tranchées.

« Notre jeune nation avait une division de soldats citoyens, sous le commandement d’un général britannique, au début de la guerre », dit le député Kevin Sorenson, à la crête de Vimy, le 9 novembre, à la première manifestation de la semaine. « Il l’a finie avec une force de combat superbe sous le commandement d’un de ses propres fils et une réputation de courage, de force et de détermination. »

Le soleil a percé le ciel de plomb au-dessus des deux grands pylônes jumeaux pendant que Sorenson parlait. Le nom des 11 285 soldats canadiens qui ont été déclarés « disparus, présumés morts » en France a été gravé sur les remparts. Une brise fraiche, qui soufflait dans le microphone, semblait ponctuer ses paroles de coups de feu éloignés. « L’histoire de la crête de Vimy, c’est celle de dizaines de milliers d’individus, de gens ordinaires, comme vous et moi, qui ont défendu ce en quoi nous croyons tous : la paix et la liberté. »

C’était la journée où les gens de l’endroit assistent à leur cérémonie du souvenir et quelque 300 personnes se sont jointes aux soldats et aux représentants des gouvernements britannique, français et allemand pour présenter leurs respects. Il y avait des Canadiens dans l’assistance, dont Eleanor Saunders d’Ottawa, accompagnée de son fils Stephen et de son petit-fils Max, qui a presque deux ans. « C’était merveilleux de voir que les gens de la place viennent encore après 90 ans. »

L’achèvement de la guerre a commencé, une heure avant l’aube du 8 aout 1918, quand « plus de 100 000 Canadiens ont apparu à l’horizon pour une bataille qui allait entrer dans l’histoire », dit le ministre des anciens combattants Greg Thompson à l’occasion d’une cérémonie au monument Le Quesnel, le 10 novembre. Cette attaque surprise, menée à bien, fut le début de la bataille d’Amiens, le début des derniers cent jours de la Première Guerre mondiale, quand les soldats canadiens ont montré ce dont ils étaient capables.

Amiens était un tournant. Le Corps canadien fit 5 000 prisonniers et s’empara de 161 canons, mais le nombre de ses victimes s’élevait à 4 000. C’est pour les honorer que huit membres de l’équipe canadienne multidisciplinaire d’aide aux victimes  du Centre médical régional Landstuhl (Allemagne), où sont soignés les soldats canadiens grièvement blessés en Afghanistan, ont conduit, pendant 12 heures, pour assister au service commémoratif. De dire la commandante Julie Bédard, basée à Winnipeg mais au milieu d’une affectation de six mois en Allemagne : « C’était important pour nous de venir commémorer le 90e anniversaire. Le service a été si émouvant. C’est épatant que les jeunes gens puissent voir ce qui a été fait par notre militaire et parler aux anciens combattants de leurs expériences. »

« On entend souvent les gens dire qu’ils sont fiers d’être Canadien », ajoutait Andrea Omilgoitok, qui a eu l’honneur de lire la promesse du souvenir des jeunes. « Mais c’est la première fois de ma vie que j’ai ressenti cette fierté jusqu’au plus profond de moi. »

Les anciens combattants et les jeunes examinent les pierres tombales. [PHOTO : SHARON ADAMS]

Les étudiants ont eu l’occasion de visiter une grande partie des 30 cimetières militaires où gisent plus de 7 000 Canadiens. Par la suite, la même journée, ils ont placé des croix en bois sur les tombes près du Mémorial du Bois de Bourlon. C’est là qu’ils ont vraiment compris à quel point beaucoup des hommes qui ont donné leur vie étaient jeunes. Quand Jessica Roberts d’Abbotsford (C.-B.) regardait lentement les nombreuses pierres tombales, ses yeux ont été attirés par celle qui marque la dernière demeure du caporal J.A. Morrison, fantassin canadien mort à 26 ans. « Il a les mêmes initiales que mon frère; on l’appelle Jam (confiture). Il a 14 ans et il parle déjà de s’enrôler. Je me demandais : et s’il allait à la guerre et mourrait comme cet homme? »

« Beaucoup de ceux qui sont morts avaient 18, 19 ans; comme nous », dit Joshua Jenning de Haines Junction (Yukon). « Je pensais à tous nos amis chez nous et à aller à la guerre avec eux tous; et qu’ils meurent autour de moi. » Cela préoccupait beaucoup Andrew Sheppard de Glovertown (T.-N.) qui a reconnu sur le Mémorial terre-neuvien de Beaumont-Hamel le nom de beaucoup de familles qui ont perdu des fils à la bataille de la Somme. Il y a un grand caribou en bronze, l’emblème du Royal Newfoundland Regiment, sur un tertre entouré de pierres et d’arbustes natifs de Terre-Neuve, qui surmonte les tranchées et le sol où tant d’hommes ont péri.

Sheppard y a perdu un arrière-grand-oncle, John Saunders, qui se serait enrôlé au Newfoundland Regiment à 22 ans et qui serait mort, croit sa famille, à la bataille de Cambrai, le 3 décembre 1917. Andrew a appris que son arrière-grand-oncle faisait partie d’une famille de pêcheurs pauvres. S’enrôler était alors une façon de se sortir de la misère dans une collectivité où la nourriture venait à manquer. « La vie était si difficile », dit Andrew.

Les histoires comme celle d’Andrew ont empêché le voyage de se transformer en un récit assommant de dates de bataille et de noms de héros morts il y a longtemps. « On essaie de ne pas s’arrêter sur les noms et les dates », dit Carl Kletke, historien de la Direction – Histoire et patrimoine du ministère de la Défense nationale. On avait assigné le nom d’un soldat mort à chacun des étudiants, et ils ont fait une présentation sur lui dans le cimetière où il a été enterré ou au monument près d’où il est mort.

Kletke faisait des exposés sur les tactiques militaires, les mouvements de troupes, au fur et à mesure que l’autocar voyageait entre les cimetières, les champs de bataille et les monuments, et les étudiants suivaient sur les cartes qu’on leur avait données. « Si nous ne comprenons pas pourquoi ces mémo­riaux sont là, ce ne sont plus que des morceaux de pierre, dit Kletke. Si nous ne comprenons pas pourquoi ces cimetières sont là, ce ne sont plus qu’un assortiment de pierres tombales. Mais ils sont bien plus que ça; ils font partie du patrimoine canadien. » Kletke s’est assuré d’inclure les bataillons de la ville de chaque étu­diant, ou du soldat sur lequel il avait fait des recherches, pour que la connexion soit plus évidente. Ils ont eu un aperçu des distances, visualisé le progrès des troupes, se sont représenté les batailles.

Harry Quarton, Ron Griffis, Karl Morel, John Henderson et Phil Etter à Vimy. [PHOTO : SHARON ADAMS]

Cela a été facilité par les excursions aux tranchées où les Terre-Neuviens se sont battus le premier jour de la bataille de la Somme et aux tunnels du champ de bataille autour du Monument commémoratif du Canada à Vimy, où le Canada, à la bataille de la crête de Vimy, a eu 10 600 victimes entre le 9 et le 12 avril 1917.

Et la connexion a aussi été renforcée grâce aux rapports avec les anciens combattants qui les accompagnaient. Kletke a réussi à relier l’expérience des délégués des anciens combattants et des Forces canadiennes aux exploits de ceux qui sont passés à l’histoire, quoiqu’ils eussent été soldats à la Seconde Guerre mondiale, aux conflits plus récents ou aux opérations de maintien de la paix. « De dire le général Andrew McNaughton, qui commandait l’artillerie au moment de l’armistice : “pourquoi ne pas les repousser jusqu’en Allemagne? Si on ne le fait pas, il va falloir revenir dans 25 ans.” Et comme de raison, McNaughton commandait la 1re Division d’infanterie canadienne quand elle y est allée en 1939; il revenait, 20 ans après, avec un autre groupe de jeunes Canadiens. » Les étudiants ont eu l’occasion de parler à certains de ces Canadiens, qui sont maintenant de vieux soldats, marins et aviateurs.

Ils ont entendu Phil Etter de Belleville (Ont.), commissaire adjoint dans la marine marchande canadienne, aujourd’hui âgé de 88 ans, parler du devoir à bord des navires hôpitaux qui sillonnaient l’Atlantique-Nord; et Eldon McCallum de Woodstock (N.-B.), qui a participé à 36 missions en bombardier Halifax, parler de la vie dure qu’était celle d’un mitrailleur dorsal. Ils ont entendu Bill Story, qui vit actuellement à Moneta (Virginie), parler du service dans la 1re Force de Service spécial, surnommée la brigade du Diable. Le lieutenant-colonel Harry Quarton à la retraite, qui avait menti à propos de son âge, en 1940, pour s’enrôler dans le South Alberta Regiment, a parlé de l’avance à travers la France. Les jeunes gens ont aussi entendu l’ancien soldat Karl Morel, dont le service en tant que réserviste a compris une affectation de six mois en Égypte, raconter les dangers du maintien de la paix.

Ils ont aussi entendu parler ceux qui avaient des relations familiales à la Grande Guerre. « Mon grand-oncle et mon grand-père sont passés par ici en 1916 et 1917 », nous expliquait le vice-président de la Légion Erl Kish, qui a trouvé la tombe de son grand-oncle Andrew Kish, du 4e Bataillon canadien de fusiliers à cheval, au cimetière communal d’Aubigny, au nord-ouest d’Arras. « J’ai apporté un peu de terre pour la tombe de mon grand-père », dit-il. Kish lui-même a servi dans le Corps royal de l’intendance de l’Armée canadienne et dans le Corps royal canadien des ingénieurs électriciens et mécaniciens entre 1953 et 1983.

Les étudiants avec des fleurs à la cérémonie réglée à Vimy. [PHOTO : SHARON ADAMS]

Les étudiants ont aussi été témoins du respect et de l’honneur des anciens combattants et des membres des Forces canadiennes durant les funérailles du soldat Ralph Tupper Ferns du Royal Regiment of Canada, tué le 14 aout 1944. Ses restes ont été retrouvés en 2005 et il a été identifié au printemps 2008 et inhumé avec tous les honneurs militaires, le 14 novembre 2008, au cimetière militaire canadien de Bretteville-sur-Laize. Son neveu Gary Ferns et sa nièce Janice Basilone assistaient aux funérailles, ainsi que des citoyens locaux, dont Valérie et Christian Guilloux de Cintheaux (France), qui avaient sorti leurs enfants Laurine et Quentin de l’école.

Le sergent Andrew Savoie à Mons. [PHOTO : SHARON ADAMS]

« Le plus impressionnant, c’est de se trouver ici, avec les anciens combattants, dit Jamie Routledge. C’est pas tout le monde de mon âge qui a la chance de les côtoyer. Quand je serai plus vieux, ils auront disparu et j’aurai pas la chance d’entendre leurs histoires. » Le grand-oncle de Caitlyn Delwel d’Edmonton, qui a été à la Seconde Guerre mondiale, y a perdu son meilleur ami, dit-elle et il répugne à parler de ses expériences. « C’est extra de pouvoir entendre d’autres vétérans en parler, dit-elle. C’est raconté à la première personne du singulier. »

Harry Quarton (à g.) et Ron Griffis saluent. [PHOTO : SHARON ADAMS]

Tout au long du pèlerinage, l’ancien combattant Phil Etter a souvent récité : « Il se peut que j’oublie ce qu’on me dit et il se peut que je me souvienne de ce qu’on me montre; mais c’est sûr que je comprendrai si on m’implique. »

Les étudiants ont visiblement changé, un par un, durant leur « Tournée d’apprentissage ».

À la fin de la semaine, c’était évident : Ils comprennent.


Une conduite jusqu’à Vimy

Quand les Canadiens débraillés descendent du train à la gare de Vimy (France) pour aller visiter Le Monument commémoratif du Canada à Vimy, ils sont souvent reçus par un gentilhomme français jovial âgé de 85 ans qui leur offre de les y conduire.

Georges Devloo. [PHOTO : SHARON ADAMS]

Il n’existe pas de service de transport jusqu’au mémorial de Vimy, alors, depuis 12 ans, Georges Devloo, enseignant à la retraite, offre ses services, en tant que chauffeur et guide bavard, aux Canadiens en rade.

Il dit qu’il reconnait les Canadiens immédiatement à leur descente du train parce qu’ils étudient leurs cartes et leurs guides et puis ensuite « ils regardent vers la gauche et vers la droite et ils s’avancent lentement ».

C’est alors que Devloo offre ses services, en français d’abord et s’ils ne répondent pas, en anglais hésitant. « Je leur dis “Je vais au mémorial” et j’ouvre la portière. »

Il est bel homme avec son béret noir et son imperméable, un peu à la Maurice Chevalier. Sa bonhommie triomphe de la retenue traditionnelle des Canadiens et de la crainte par rapport à monter dans la voiture d’un étranger. « Je leur donne des leçons d’hospitalité », dit-il.

Il a conduit environ 1 200 visiteurs canadiens au mémorial et n’a jamais demandé un sou pour ce service (bien qu’il accepte les biscuits à l’érable que lui envoient souvent ses passagers de retour chez eux).

Pourquoi fait-il ça? « C’est une question de solidarité », dit-il par l’entremise de l’interprète Brianne Watson, guide en chef au mémorial. C’est un exemple des nombreuses façons que le peuple français remercie les Canadiens de sa libération. Devloo fait partie des meubles au mémorial et il est très estimé des jeunes guides canadiens, à qui il offre des gâteries de son jardin. Il se rend utile aussi en réparant leur bicyclette ou en leur montrant à conduire un véhicule à transmission manuelle. Les guides l’appellent le grand-père du mémorial de Vimy.

Devloo a reçu un certificat d’appré­ciation, que le ministre d’Anciens combattants Canada, Greg Thompson lui a présenté, le 12 novembre, de la part du peuple canadien.

Prix d’excellence en habitation décerné à la Légion

La Dr. F.M. Walker Veterans and Seniors Villa de 4,4 millions de dollars, à Alliston (Ont.), œuvre faite avec amour par la filiale locale de la Légion royale canadienne et le Centre d’excellence en habitation de la Légion pour ainés, a remporté un Prix d’excellence en  habitation de la Société canadienne d’hypothèques et de logement en 2008.

Sophie Hill, de la filiale Alliston (Ont.), accompagnée par David MacDonald, conseiller en développement du Centre d’excellence en habitation de la Légion pour ainés et par Suzanne Lévesque d’Anciens combattants Canada, a accepté le prix, lors d’un souper de cérémonie, le 3 novembre. Il s’agissait d’un des 16 prix de la SCHL sous le thème des Pratiques exemplaires pour le logement abordable, qui sert à reconnaitre les individus et les organisations pour leurs réalisations par rapport au logement abordable.

« La Légion a de quoi être fière », dit Nancy Walker, coordonnatrice du Comité national de recherche sur le logement de la SCHL. La SCHL approuve la villa comme étant « un témoignage de ce que les fournisseurs de services, les professionnels de l’industrie, les collectivités et les gouvernements peuvent faire pour atteindre un but commun ».
C’est aussi un témoignage de ce qu’une petite filiale peut faire, grâce à beaucoup de travail et de persévérance (Alliston Branch Takes On Seniors Housing Project [non traduit], Novembre/ Décembre 2006).

« Tout ce qui pouvait aller mal dans un projet est allé mal à Alliston, dit MacDonald. Ça aurait été si facile d’abandonner. » Il attribue le mérite de l’achèvement du projet, qui a pris environ sept ans, à la persévérance du comité d’organisation local, dirigé par Hill, une arrière-arrière-grand-mère de 83 ans. Hill partage le mérite avec les membres du comité, choisis soigneusement pour l’expertise de chacun. La filiale a environ 530 membres.

L’édifice à trois étages comporte 33 appartements pour habitation autonome, 23 unités d’une chambre à coucher et 10 de deux chambres à coucher. L’édifice a un espace vert, une cour et une salle commune pour les visites familiales qui est aussi disponible aux nombreuses organisations associées à la Légion.

Alliston fait partie de la ville de New Tecumseth, où l’on avait découvert le besoin de logement sécuritaire et abor­da­ble pour les anciens combattants et les ainés à revenu fixe. Alliston, située à une heure au nord-nord-ouest de Toronto, est de­venue une cité-dortoir de la grande ville, ce qui a fait grimper les prix du logement. Les loyers à la villa varient de 772 $ à 889 $ par mois et 11 unités ont un loyer proportionné au revenu. La modicité était un des quatre critères pour l’attribution du prix et la différence que les habitations font pour la collecti­vité, l’innovation et l’adapta­bilité pour le reste du Canada étaient les trois autres.

Les matériaux utilisés pour réduire le son et les vibrations de la voie ferrée avoisinante et le design de la toiture qui permet l’addition à venir d’autres étages font partie des caractéristiques novatrices.

La filiale avait donné un terrain triangulaire, d’une valeur de 335 000 $, pour lancer le projet et puis elle a dû acheter un terrain adjacent nécessaire à la construction. « Cependant, grâce à ses 85 ans de service communautaire, la Légion a pu compter sur le soutien de la collectivité », faisait-on remarquer à la SCHL. Les couts ont été maitrisés grâce au conseiller de planification, à l’architecte et aux entrepreneurs qui ont réduit leurs frais ou les ont remis à plus tard. Un club philanthropique local a donné des meubles pour le projet. La ville de New Tecumseth a accepté un report de cinq ans de l’impôt foncier et réduit les frais de développement de moitié.

La fondation Dr. R.M. Walker Veterans and Seniors Villa Inc., constituée pour devenir propriétaire de l’établissement et l’administrer, a obtenu presque 1 million de dollars en financement grâce à l’Entente Canada-Ontario concernant le logement abordable, un prêt sans intérêt de 100 000 $ pour compenser les couts initiaux (dont une partie a été effacée) et l’assurance de la SCHL qui a permis à la fondation d’obtenir une hypothèque à faible intérêt. « Il n’y a pas de bourse spéciale où l’on puisse emprunter pour les projets de la Légion, dit MacDonald. Ils ont dû se débrouiller pour trouver une hypothèque comme n’importe quel autre promoteur. »

La constitution de la fondation et l’obtention d’une hypothèque sont peut-être décourageants, dit Hill, mais ils sont possibles grâce aux conseils du Centre d’excellence en habitation de la Légion. La Légion a créé environ 8 000 logements, dans plus de 150 ensembles résidentiels, allant de la location aux soins prolongés à la location viagère, en passant par les condominiums. « Si une filiale désire faire quelque chose de semblable, je lui conseille d’étudier la chose profondément, prendre la décision et puis le faire », dit Hill.

« La Légion est probablement mieux préparée que quiconque dans les collectivités du pays pour répondre à la demande » de logements pour ainés, dit MacDonald, qui a été détaché d’Anciens combattants Canada à la Légion. Nombre de filiales ont des biens immobiliers en plein centre-ville, des actifs qui ont pris de la valeur au fil du temps. Les filiales peuvent tirer parti de la longue expérience de la Légion par rapport aux logements pour ainés, ainsi que des conseils du Centre d’excellence. La clientèle des unités n’attend que ça et les prêteurs reconnaissent et respectent la Légion.

Les filiales des agglomérations les plus petites ont effectivement un avantage par rapport au processus d’aménagement, dit MacDonald. « Les gens se connaissent tous et tout le monde veut que ça marche. » Cela rend le processus d’approbation bien plus rapide. Et la collectivité a tendance à être patiente quand les choses tournent mal, comme c’est arrivé à Alliston, lorsque l’entrepreneur et l’architecte ont attendu pendant des mois, que le financement se matérialise, pour être payés.

Il y a un aspect du projet qui peut être utile aux autres filiales de la Légion : le partage de l’espace de divertissement. Beaucoup de filiales, ayant peur de perdre les revenus de leur salle, répugnent à dresser de nouveaux plans pour leur édifice, même si ce dernier est devenu trop grand pour le nombre de membres qui leur reste. Planifier un développement qui permette à la filiale de partager un espace peut aider cette dernière à se tirer d’embarras, dit MacDonald.

Les filiales ne devraient pas avoir peur de monter des projets qui subviennent à leurs besoins ainsi qu’aux besoins des anciens combattants et des ainés qu’elle sert. Mais « il faut commencer au tout début quand on organise ça, parce que ce qu’on organise détermine ce qui va se passer au bout du compte, dit-il. Si une filiale a besoin de davantage de revenus, le projet doit être monté afin de les obtenir ».

Programme d’autonomie des anciens combattants : Au nom de la liberté et de la dignité

. [ILLUSTRATION : STEPHEN SNIDER]

Le vétéran de la Seconde Guerre mon­diale Phil Bradbury âgé de 85 ans de Toronto, a été surpris d’apprendre qu’il a été porté disparu dans la vie civile pendant vingt ans à peu près.

Anciens combattants Canada cherche les anciens combattants qui, comme Bradbury, ont droit à des avantages, dans le cadre du Programme d’autonomie des anciens combattants, mais ne les reçoivent pas. Le PAAC sert les anciens combattants à vivre de manière autonome aussi longtemps que possible, grâce au soutien à domicile comme le ménage, le déblaiement des allées, la cuisine et le bain, ainsi que l’adaptation de la résidence et les services de soutien sanitaires.

Bradbury a fait partie d’une équipe de bombardier qui a participé à 34 missions à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Les sept membres de l’équipe ont survécu à la guerre, mais pas indemnes. « J’ai été blessé plusieurs fois. » Cinq de leurs avions ont été détruits et ont tout juste réussi à retourner à la base. Ils ont fait deux atterrissages en catastrophe et l’équipe au complet a dû être envoyée en congé pour raison médicale. Il a été blessé à la tête et au dos et, une fois, on l’a sorti, inconscient, d’un avion en flammes. À son retour à la vie civile, au début, il lui arrivait de perdre connaissance au travail, à cause de ses blessures et son état de santé a empiré, ce qui est normal quand on vieillit.

Il a reçu une pension d’ACC, pour perte de l’ouïe reliée au service et d’autres blessures, pendant plus de cinquante ans. Il a pris sa retraite à la fin des années 1980. « Financièrement, je n’ai jamais souffert. Sinon, j’aurais peut-être essayé. »

C’est à cause d’un ennui d’argent qu’il a découvert le PAAC. Ses médecins l’ont fait changer d’un médicament pour le cœur, qui avait des effets secon­daires, à un autre qui coutait plus cher et que le régime d’assurance santé de l’Ontario ne couvre pas. Bradbury s’est plaint à son beau-frère, vétéran de la guerre de Corée, qui reçoit des prestations du PAAC et qui lui a parlé des avantages du programme.

Phil Bradbury a survécu à 34 missions de bombardement durant la Seconde Guerre mondiale. Les blessures de guerre empirent les ennuis de santé de la vieillesse.  [PHOTO : PHIL BRADBURY]

Bradbury a immédiatement fait une demande. Un gestionnaire de cas est allé les visiter, son épouse Bernice et lui, il y a environ un an, pour voir s’il avait droit au PAAC. Anciens combattants Canada s’est mis à s’occuper de la facture du médicament tout de suite et il apprit qu’il avait droit à encore plus d’avantages, comme un déambulateur et des soins chiropratiques. On l’informa des avantages du PAAC, dont ceux qui se poursuivraient pour Bernice. « C’est extra », dit-il.

Bien que le programme serve en partie à remercier les anciens combattants et leur famille, ce n’est pas par sentiment qu’Anciens combattants Canada essaie de joindre les anciens combattants et leurs soignants qui y ont droit mais qui n’en profitent pas, mais bien pour des raisons économiques. Beaucoup d’entre eux peuvent vivre chez eux, de manière autonome, avec un peu d’aide, ce qui les fait retarder, peut-être à jamais, le jour où ils devront aller aux soins de longue durée. On a besoin de moins de dollars pour les assister chez eux qu’en leur donnant les mêmes services dans un établissement, et il y a ainsi moins d’établissements à cons­truire et à entretenir.

« À l’hôpital Sunnybrook, chaque place coute 100 000 $ environ pour les anciens combattants qui y habitent », dit le mi­nistre des anciens combattants Greg Thompson au Comité permanent des anciens combattants de la Chambre des communes lors d’une audience en mars. « Le fait est que l’ancien combattant pourrait rester chez lui moyennant des frais nettement moins importants pour le gouvernement du Canada et profiter de ces quelques années chez lui, plutôt que dans un établissement. »

Il y a 103 119 vétérans des guerres et des Forces cana­diennes et de soignants qui reçoivent actuellement des avantages du PAAC, mais il y en a probablement des dizaines de milliers qui ont droit à des avantages, estime Rob Anders, président du Comité permanent des anciens combattants. « Nous reconnaissons qu’il s’agit d’une génération de gens […] qui croient que s’ils peuvent tout faire, c’est ainsi que ça devrait se passer », dit Anders. « Mais nous ne voulons pas qu’ils souffrent indument à cause de ça (ou) qu’ils finissent par se faire admettre dans un établissement de soins de longue durée avant d’en avoir vraiment besoin. »

Le PAAC a eu tant de succès que la Légion royale canadienne préconise non seulement qu’il soit offert aux quelque 600 000 anciens combattants canadiens qui en ont besoin, mais qu’un programme d’autonomie pour ainés soit offert aussi à tous les ainés cana­diens. En fait, les provinces le prennent comme modèle pour restructurer leurs propres programmes de soins de santé, pour réaliser des économies, en prévision du ballonnement dû à l’évolution des enfants de l’après-guerre dans leurs systèmes.

« Il y a des preuves […] les couts sont habituellement inférieurs de 40 à 70 p. 100 », quand on substitue des soins de santé à domicile aux services semblables dans les établissements, dit Marcus Hollander, économiste de la santé et président de Hollander Analytical Services, une société de recherches de soins de santé de Victoria.

Une partie des preuves provient d’une « expérience naturelle » en Colombie-Britannique qui a démontré les économies obtenues grâce à des programmes comme le PAAC. Au milieu des années 1980, les services de soins à domicile ont été substitués aux soins institutionnels. Dix ans après, on utilisait 9 993 places de longue durée de moins : une économie annuelle d’environ 150 millions de dollars en Colombie-Britannique, dit Hollander. Le fait que « 90 p. 100 de la prestation des services » dans un établissement en sont de soutien, non pas professionnels, est une des raisons principales. Il a appris que les couts annuels au gouvernement, pour les gens ayant  besoin de soins mo­dérés, sont de 9 624 $ à domicile et de 25 742 $ dans un éta­blissement. À l’échelon supérieur, les couts étaient de 34 859 $ à domicile et 44 233 $ en établissement.

La Colombie-Britannique a aussi appris ce qui arrive aux couts de soins de santé quand même les services à domicile de base sont interrompus lorsque, au milieu des années 1990, certaines régions devant se serrer la ceinture ont discontinué les services d’entretien du ménage. Au bout de trois ans, on a appris que chaque client ayant perdu ce service minimal avait fait augmenter les couts de soins de courte et de longue durées de 3 200 $ par année.

Si on enlève les services de soutien, dit Hollander, la santé décline plus vite et les ainés vont aux soins de longue durée plus vite. « À long terme, un investissement très modeste peut avoir de gros résultats », dit-il. Mais « le point crucial, c’est que les décideurs ne le comprennent pas ». À la place, les soins et les budgets sont fragmentés, les couts des soins à domicile viennent souvent du budget des services sociaux. Même quand on consi­dère qu’ils font partie du continuum des soins de longue durée, les services de soins à domicile sont souvent sacrifiés lorsqu’on désire faire des économies.

Mais on peut les éduquer, les décideurs. Quand on leur montre qu’il est possible d’économiser 30 millions de dollars par année en faisant passer les services, pour 1 121 ainés, des soins de longue durée aux soins à domicile, « l’attention de notre gouvernement a vraiment été polarisée », dit Kathy Greenwood, directrice du soutien aux services et opérations de la direction générale des soins prolongés du minis­tère de la Santé de la Nouvelle-Écosse.

En conséquence, on a accepté un plan stratégique de 10 ans, lequel en est à la troisième année, pour la création d’un système viable comprenant des soins à domicile dans le continuum des ser-v­ices. « Nous avons longtemps parlé à Anciens combattants Canada à propos de son succès (concernant le PAAC). » Bien que la province ait actuellement un programme de soins à domicile pour ses propres citoyens, dont les services dépendent d’une échelle de revenus, il ne comprend pas encore certains des éléments du PAAC. Par exemple, dit-elle, il y a l’entretien du terrain, un service clé qui sert à permettre aux ainés à rester chez eux quand ils ne peuvent plus tondre le gazon ou pelleter la neige.

Alors si les programmes de soins à domicile servent à faire des économies à long terme, pourquoi le PAAC n’est-il pas offert à tous les anciens combattants qui en ont besoin? C’est que les décideurs doivent faire la part des choses par rapport aux économies à long terme et aux fonds qu’ils ont actuellement. « Il faut y investir », dit Darragh Mogan, directeur général de la Direction générale des politiques en matière de programmes et de services, des Services aux anciens combattants, à Charlottetown. Et « les gouvernements doivent penser aux autres investissements en ce qui concerne les routes et les écoles, et le développement économique; il s’agit d’équilibrer tout ce qu’on considère ».

« Il y a là beaucoup d’autres groupes et besoins », dit Anders. « Soyez sûrs que nous mettons davantage là-dessus et que ce n’est qu’une question de distribuer les ressources parmi les besoins. » Le budget des affaires des anciens combattants a 545 millions de dollars de plus qu’en 2005–2006, ce qui l’amène à environ 3,4 milliards de dollars.

Mais les politiciens se soucient aussi de « ramasser d’autres gens, donc d’augmenter les couts globaux, » dit Mogan.

Mais le cout de l’expansion du programme est surestimé à Anciens combattants, dit Pierre Allard, directeur du Bureau national d’entraide de la Légion royale canadienne, qui aide les anciens combattants à faire des demandes d’avantages d’invalidité et du PAAC. Il donne comme exemple une augmentation, en 2003, des avantages aux veuves, qui n’y avaient eu droit que pendant un an après le décès du mari ancien combattant. ACC estimait que cela couterait 243 millions de dollars pour élargir les avantages d’entretien du ménage et du terrain aux soignants primaires survivants jusqu’en 1981 et les augmenter, d’un an, à des avantages à vie. Le 31 mars 2008, 72 millions de dollars avaient été dépensés en réta­blissements et 80,5 millions en prolongement à vie. « On voit une tendance où le gouvernement surestime conti­nuellement le cout des améliorations au PAAC », dit Allard.

« Il essaie de déterminer toutes les personnes qui y ont droit qui vont se présenter, alors qu’en fait il n’y en a qu’un pourcentage qui le font », dit-il. À ACC, on s’attendait à ce qu’environ 21 900 survivants fassent une demande de rétablissement, mais 12 400 l’ont fait en 2005–2006 : à peu près 57 p. 100 de ceux qui y avaient droit, mais on essaie d’en enrôler davantage.

Ceux qui se présentent ne prennent pas toujours tous les avantages auxquels ils ont droit, dit Allard. C’est là ce que disent souvent les récipiendaires du PAAC que nous avons interviewés.

ACC offrait des avantages, dont le nursage, à William et Clare Kobes de Calgary, mais ils les ont refusés. « Je pouvais m’occuper de lui », dit Clare. « Nous avions fait des économies et il y avait des gens qui en avaient plus besoin que nous. »

« Il y a beaucoup de choses auxquelles j’ai droit que je ne demande pas parce que je suis assez à l’aise », dit Bradbury. « Je ne suis pas riche, mais je me débrouille. »

Certains récipiendaires du PAAC n’acceptent pas le maximum permis pour un service. « Ils voulaient envoyer quelqu’un quatre fois par semaine », pour faire le ménage, dit George Henderson Armet de Montréal, « mais une fois par semaine suffit ». Il y en a encore d’autres qui attendent jusqu’à ce qu’ils en aient très besoin. Le PAAC a offert à Bradbury un fauteuil qui se penche, pour l’aider à se lever mais il n’en a pas encore besoin.

La Légion exhorte les politiciens à ne pas oublier nos obligations envers les anciens combattants et leur famille, en décidant de quelle manière dépenser. « Nous ne devrions pas oublier toutes les promesses que nous avons faites aux anciens combattants : de nous occuper d’eux et de leur famille s’ils ne revenaient pas ou s’ils ne pouvaient pas s’en occuper eux-mêmes », dit Allard. « Il s’agit simplement d’un élément de confiance. »

« Vu les constatations récentes comme quoi les déploiements stressants peuvent avoir des effets sur la santé, à long terme, il est très important que le Canada tienne sa promesse d’offrir des soins aux anciens combattants », dit le Conseil consultatif de gérontologie dans son rapport de 2006 intitulé Parole d’honneur — L’avenir des prestations de santé pour les anciens combattants du Canada. Il y suggère d’amalgamer les programmes sociaux et de santé d’ACC pour créer les Services intégrés aux anciens combattants, un conti­nuum de soins dépendant des besoins et grâce auquel bon nombre de plaintes concernant le PAAC et d’autres programmes d’ACC disparaitraient.

Les pires plaintes sur le PAAC concernent l’inadmissibilité et la complexité des processus d’admissibilité et de demande. La Légion, entre autres, recommande l’extension du PAAC à tous les anciens combattants frêles, anciens alliés, veuves, soignants et membres et vétérans de la GRC. « Toutes les veuves devraient être acceptées dans le PAAC, quels que soient leurs revenus », dit Joyce Carter, une dame de 81 ans du Cap Breton. « Elles ont toutes fait des pieds et des mains pour s’occuper de leur mari, pendant des années, après qu’ils ont quitté les forces. S’ils n’étaient pas blessés, ils étaient tout au moins traumatisés par ce qu’ils avaient vu.  »

Le manque de fonds n’est pas une raison, dit cette militante des droits au PAAC pour les veuves.  « Le gouvernement trouve l’argent pour des choses moins importantes et ils le font sans débats ou révision. » Quand son époux Murdock est mort, en 2000, après 55 ans de mariage, les règles permettaient aux survivants de recevoir les avantages pendant un an. Quand ils étaient interrompus, beaucoup de récipien­daires se retrouvaient dans de mauvais draps.

« Je m’en suis trouvée accablée, dit-elle. On est sans ressources. » Alors elle s’est mise à faire campagne pour que les veuves d’anciens combattants qui y avaient droit obtiennent les avantages à vie, ce qui est arrivé en 2003. Elle continue de faire pression pour les avantages aux veuves.

Michael Hill d’Orangeville (Ont.) fait pression de la part des anciens alliés de guerre au Canada qui ont perdu leur droit au PAAC en 1995. « C’est une question de principe, dit-il. Ils se sont battus du bon côté. C’est très important pour ces gars d’essayer de rester chez eux. » Et pour le gouvernement « c’est une bagatelle. C’est une disposition crépusculaire, car ils meurent rapidement. C’est la pire des injustices d’essayer d’économiser une couple de dollars sur des gens à qui on doit tant. »

L’ancien allié de guerre Bill Edge de 85 ans s’est senti froissé quand ses avantages ont été interrompus. « Je me sens comme un citoyen de deuxième classe dans un pays de première classe. »

Il a servi dans le Royal Corps of Signals à la Seconde Guerre mondiale et a déménagé au Canada au début des années 1950. Quand il a pris sa retraite, en 1988, on lui a remis une carte où il était indiqué qu’il avait droit au PAAC. « Je n’ai même pas eu l’occasion de m’en servir » avant 1995, année où les anciens alliés de guerre ont perdu leur droit. Ce qui le navre c’est qu’il « avait reçu une lettre où on lui disait (qu’il y avait) droit suite à une clause grand-père. Ça fait 66 ans que je suis au Canada. Le jour J, j’étais sur les plages; je me suis battu en France et en Allemagne. J’ai même combattu avec les Forces canadiennes » dans une armée internationale que dirigeait un général canadien et qui se composait d’une division de Polonais, deux de Britanniques, deux de Canadiens et deux d’Américains. « On se battait sous le même drapeau. »

Son revenu s’élève à environ 2 200 $ par mois et il en débourse presque un dixième pour des médicaments contre le cancer prostatique, qui ne sont pas couverts par l’Assurance-santé de l’Ontario. Il a de plus en plus de difficultés à rester chez lui. « Je vais mourir ici, quitte à y laisser ma vie », dit-il.

Modérer les critères d’ayant droit assurerait à tous les anciens combattants frêles l’obtention des avantages du PAAC, ainsi que d’autres avantages quand ils en ont besoin. « Parmi les insuffisances principales : les prestations de traitement du PAAC ne sont offertes qu’à une petite partie des anciens combattants », est-il dit dans le rapport du CCG. Il y estime que 70 000 anciens combattants ne touchent pas de prestations de traitement ou du PAAC, qu’ils y aient droit ou non.

De dire Allard, la Légion se soucie beaucoup des anciens combattants frêles, qui ne peuvent guère se battre pour leurs propres avantages. « Le point crucial du problème c’est que l’accès s’obtient principalement par le droit aux avantages d’invalidité. » Mais il y a beaucoup d’anciens combattants qui n’ont pas d’affection donnant droit à une pension reliée au service militaire, même s’ils en ont plusieurs qui ensemble les rendent frêles. Quelque 40 pour cent d’entre eux souffrent aussi de démence.

Même Thompson, dans son témoi­gnage devant le Sous-comité des anciens combattants, en mars, disait que ce n’est pas logique du tout que « certains anciens combattants n’aient pas droit au programme le plus économique et efficace que nous ayons, le PAAC, parce qu’ils n’ont pas de maladie donnant droit à une pension », mais qu’ils aient droit aux soins de longue durée qui sont plus dispendieux.

« Nous avons modifié certaines […] règles internes pour étendre le PAAC à certains de ces anciens combattants aux derniers stades de leur vie qui normalement n’y auraient pas droit », dit Thompson au comité.

Il y a plusieurs manières de donner les avantages du PAAC aux anciens combattants frêles qui n’y auraient pas droit autrement, dit Mogan. Il y a un programme qui offre les soins à domicile aux vétérans de la Seconde Guerre mondiale et à ceux de la guerre de Corée, avec les soins infirmiers aussi, en attendant une place à long terme. « On savait qu’il allait falloir environ 20 000 places pour soins à long terme de plus. » En 1999, les avantages du PAAC ont été offerts aux gens qui attendaient les soins à long terme, chez eux. Quand les places sont devenu disponibles, « 95 p. 100 ont dit préférer rester chez eux », avec les soins à domicile. Le lancement officiel du programme a eu lieu en 2003.

Quant aux anciens combattants frêles qui n’ont pas droit au PAAC, ou qui sont sur une liste d’attente : « si un ancien combattant recevait un crédit d’impôt civil (pour invalidité) et s’il était frêle aussi, les deux ensemble satisferaient aux conditions du PAAC », dit Mogan. Revenu Canada couvre la cécité, la thérapie de survie, la déficience pendant plus d’un an qui empêche de parler, d’entendre, de marcher, d’utiliser les toilettes, de se nourrir, de s’habiller tout seul, ou d’accomplir les fonctions mentales nécessaires à la vie de tous les jours. « Entre 10 et 15 p. 100 des gens de plus 80 ans souffrent de quelque sorte de fragilité qui, selon les définitions à Revenu Canada, donne droit à un crédit d’impôt d’invalidité et nous nous servons de ces critères, avec quelques modifications », dit Mogan.

« Ce n’est pas parfait; ne nous méprenons pas », dit Mogan, et il ajoute « nous utilisons une interprétation généreuse de l’autorité actuelle » pour inclure autant d’anciens combattants frêles que possible.

C’est peut-être la pratique, dit Allard mais « ce n’est pas la politique ». Il y a des gens qui ne le savent pas et cela engendre un manque d’uniformisation, ce qui risque de donner lieu aux « histoires d’épouvante » dont doivent s’occuper Allard et les officiers d’entraide du bureau des services, où les avantages sont accordés et puis, après un certain temps, revus et annulés. « Il y a un pro­blème si ce n’est pas écrit. »

Et il y a encore des anciens combattants dans le besoin qui n’y ont pas droit. Il y a un ancien combattant, à qui on avait refusé le PAAC, qui « avait 89 ans et son épouse a eu besoin de soins pour malade chronique », dit l’agente des services de la Direction du Québec Debra Viskelis. « Il a demandé l’entretien du domicile de base et on le lui a refusé ». Sa santé s’est détériorée, alors on a jugé, dans le cadre du système de santé provincial, qu’il avait besoin de soins pour malade chronique. Il a ensuite eu gain de cause lors de son appel au PAAC parce qu’il a maintenant des faiblesses multiples. Est-ce qu’il serait resté en santé si on lui avait accordé le PAAC avant? « Qui sait? dit Viskelis. Mais l’entretien du domicile et du terrain ne coute même pas 3 000 $ par année; les soins pour malade chronique peuvent couter des milliers de dollars par mois. »

Les critères pour ayant droit et le processus de demande du PAAC, des soins de longue durée et des avantages de traitement sont « très, très compliqués », dit Allard. Il dit que c’est en partie parce que les programmes ont évolué au fil du temps et qu’ACC « essayait d’être plus généreux » en ajoutant des avantages et des catégories pour que davantage de personnes puissent y avoir droit.

La recommandation du CCG concernant les services intégrés simplifierait l’admissibilité et les processus de demande en n’ayant qu’un seul point d’entrée et elle engendrerait un conti­nuum de soins basés sur les besoins où une personne aurait la tâche de guider les demandeurs à travers le système.

« D’après moi, le PAAC est un programme excellent », dit Hollander. C’est « probablement le seul programme de soins à domicile qui ait encore une fonction claire d’entretien et de prévention ». Cependant, « pour qu’il réalise pleinement son potentiel, je pense qu’il doit être incorporé à un système de soins intégré » qui favorise « le genre de compromis qui permettent la prestation de bons soins et les économies ».

De tels changements enrichiraient ce programme qui est déjà très réussi. « En règle générale, le PAAC fonctionne bien », dit Allard.

Chaque ancien combattant bénéfi­ciaire du PAAC que nous avons interviewé s’est dit reconnaissant des avantages qu’il reçoit. Beaucoup disent que sans avantages, ils auraient des embarras financiers.

Pour ceux dont les revenus sont insuffisants, attendre de se faire rembourser un service qu’ils ont payé est une épreuve. Carter dit qu’elle connait des veuves au seuil de la pauvreté qui, en attendant qu’on les rembourse, ont mis un terme aux services d’entretien du foyer parce qu’elles ne peuvent pas se permettre de les payer sans remboursement régulier. « Elles ont toutes du mal à joindre les deux bouts, dit-elle. C’est une lutte affreuse. »

Certaines se plaignent de la complication du processus de demande. « Même moi, je trouve ça compliqué », dit un adulte qui remplit des formulaires pour son père aveugle et qui doit obtenir des copies de fiche de rendez-vous et de la signature d’un médecin pour qu’on les rembourse. Son père paie 300 $ par mois pour l’entretien de son logis et des soins personnels et il reçoit 1 400 $ par année pour le taxi à des manifestations mondaines. Vu que les versements ont un plafond, « le gouvernement devrait faire confiance aux anciens combattants davantage; ils n’ont pas l’intention d’escroquer le système ».

« Des fois, j’ai l’impression que ce sont les comptables qui ont la charge de ce programme », dit Viskelis.

Certains disent qu’il faudrait faire preuve de plus de délicatesse avec les anciens combattants âgés. « On se fait traiter comme un numéro. Ou un mendiant », dit un ancien combattant de 86 ans. Enfin, c’est peut-être le prix de l’équité, car ACC veut s’assurer que c’est l’ancien combattant qui obtient les avantages, qu’il n’est pas victime de mauvais traitements.

Plusieurs disent que les communications pourraient être améliorées. « Tous les anciens combattants devraient être avisés, sans exception, de ce à quoi ils ont droit », dit un ancien combattant montréalais. Bien que les préalables pour l’admissibilité et les modifications aux programmes soient publiés au site de la toile d’ACC et dans le trimestriel d’ACC Salut! la clientèle cible ne les lit peut-être pas, dit Viskelis. Allard remarque que les médias de masse n’annoncent pas suffisamment les avantages. Le rapport du comité permanent conseillait à ACC de faire plus pour joindre les anciens combattants ruraux et les aborigènes, et qu’il devrait profiter des presque 1 500 filiales de la Légion pour communiquer avec les anciens combattants éloignés.

La Légion se fait un plaisir de les aider, à tous points de vue : qu’il s’agisse d’aider les anciens combattants à faire une demande à un programme ou d’aider ACC à mettre au point ses programmes. Les anciens combattants ne sont pas obligés d’être membres de la Légion pour demander de l’aide, à n’importe quelle filiale de la Légion.

« Le PAAC est un programme extra », dit Allard. « Il permet aux gens de rester chez eux et c’est ce qu’ils veulent. Il leur donne un certain confort pour leurs vieux jours. Il y a des éléments du PAAC qui devraient être étudiés et copiés à travers le pays », dit-il, même si ce ne serait pas du tout facile de mener à bien un programme national d’autonomie pour ainés dans la démarche fragmentée du Canada en matière de santé. « Y a-t-il une solution simple? » demande-t-il. « Probablement pas; mais c’est un programme très, très bon, alors on voudrait qu’il existe partout au pays. »

Programme d’autonomie des anciens combattants : Le secours de la Légion

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Le Programme d’autonomie des anciens combattants (PAAC) a beaucoup changé depuis son institution, en 1981, et la Légion royale canadienne l’a épaulé à chaque instant.

Le programme a été mis en place pour aider Anciens combattants Canada à s’occuper de la crise qui menaçait le domaine des places de soins à long terme suite au vieillissement des vétérans des services militaires. À ce moment-là, les ainés désireux de rester autonomes n’avaient pas beaucoup de choix et on comptait beaucoup sur les établissements de soins à long terme. « À la fin des années 1970, on craignait que le vétéran de la Seconde Guerre mondiale ne surchargent le système de places prioritaires parce qu’il ne pouvait en être autrement », dit Darragh Mogan directeur général ede la Direction générale de politiques en matière de programmes et de services, à Charlottetown. Le PAAC a été conçu pour aider les anciens combattants admissibles à rester chez eux, retardant ainsi leur institutionnalisation, peut-être à jamais.

« Nous (à la Légion) disions au gouvernement qu’il allait y avoir des pro­blèmes par rapport aux places de soins de longue durée avant que quiconque ait pensé au PAAC », dit Pierre Allard, directeur du Bureau national d’entraide de la Légion royale canadienne.

Le Programme pour anciens combattants avançant en âge, qui à l’origine ciblait les pensionnés invalides de guerre, s’est appelé Programme d’autonomie des anciens combattants en 1984 et, au fil du temps, les avantages ont été étendus aux anciens combattants recevant une pension d’invalidité, à ceux qui avaient de faibles revenus, à ceux des services du Canada et à ceux qui ont une pension de zone de service spécial, ainsi qu’aux vétérans de la marine marchande et à ceux de certains groupes civils.

En 1990, les avantages d’entretien du ménage et du terrain ont été étendus à ses survivants, pendant un an, suite au décès de l’ancien combattant qui en bénéficiait. En 2003, cela a été allongé à un avantage à vie. En 2008, 282 millions de dollars ont été prévus pour les avantages aux veuves et aux soignants qui reçoivent le crédit d’impôt pour invali­dité ou le supplément de revenu garanti de Revenu Canada, ou les deux.

Au fil des années, les services couverts ont aussi été élargis pour inclure les soins ambulatoires, les adaptations au domicile et les traitements à domicile. « L’avis de la Légion a été demandé à chaque modification du PAAC », dit Allard. « Nous avons prôné à chaque étape; l’institution du PAAC d’abord et puis ses améliorations. »

On continue encore aujourd’hui — les délégués au Congrès national de 2008 ont adopté 10 résolutions demandant des améliorations au PAAC allant de la simplification de l’admissibilité et des critères de demande, à l’extension des avantages aux anciens combattants frêles, anciens alliés, membres de la GRC, veuves et soignants, ainsi que l’extension des avantages comme le remboursement, aux épouses et aux familles, des ser­vices de transport qui sont couverts pour les donneurs de services extérieurs.