CHEZ SOI À VIE : PARTIE 2, GADGETS ET MACHINS

À L’AUTOMNE DERNIER, HAROLD STEPHENSON, ÂGÉ DE 89 ANS ET SOUFFRANT DE DÉMENCE, A ÉTÉ TROUVÉ, CONFUS, SANS MANTEAU, À L’EXTÉRIEUR DE SA MAISON RURALE DE MOUNT PLEASANT, AU NOUVEAU-BRUNSWICK. SA FAMILLE AVAIT TOUJOURS CRAINT QUE CELA ARRIVE LA NUIT, OU DANS LE FROID, QUAND CHAQUE MINUTE LE RENDRAIT PLUS DIFFICILE À TROUVER. MÊME AVEC L’AIDE D’UN TRAVAILLEUR DE SOINS À DOMICILE, D’UNE NIÈCE QUI PASSE LE VOIR TOUS LES JOURS ET DE DEUX FILS QUI LE VISITENT PLUSIEURS FOIS PAR SEMAINE, ON S’INQUIÉTAIT CONSTAMMENT QUE HAROLD TOMBE OU QU’IL S’ÉGARE, ET QUE PLUSIEURS HEURES S’ÉCOULENT AVANT QUE QUELQU’UN S’EN APERÇOIVE.

CHEZ SOI À VIE: PARTIE 1, LA MAISON DE SOUTIEN

Chez Derek et Maria Lunden, à North Vancouver, ou chez Alison et Peter Faid, à Edmonton, on est émerveillé par les cuisines et salles de bains spacieuses, les portes et couloirs larges, la finition exquise et une lumière naturelle abondante. Ce qui est moins évident, c’est que ces demeures ont été conçues pour que leurs propriétaires puissent s’y mouvoir pendant les derniers stades de la vie, quoi qu’il advienne.

Ils Vivent Dans Notre Mémoire

Pour la première fois, les Canadiens ont célébré le jour du Souvenir sans vétéran canadien de la Première Guerre mondiale. Les souvenirs vivants de la Grande Guerre qu’avaient ceux qui ont porté l’uniforme en ce temps-là ont disparu lors du décès de John Babcock, le dernier soldat canadien qui y avait survécu. Toutefois, les Canadiens n’oublient pas : au Monument commémoratif de guerre du Canada, plus de 30 000 d’entre eux sont venus honorer le service et les sacrifices de toutes les générations d’hommes et de femmes qui se sont battus pour faire, sauvegarder ou maintenir la paix. C’était la même histoire partout au Canada; des foules immenses ont tenu à leur rendre hommage dans les grandes villes comme dans les petites.

Dépôt des modifications de LA nouvelle Charte des anciens

Après une série d’annonces faites au compte-goutte pendant tout l’automne, le ministre d’Anciens Combattants Canada (ACC), Jean-Pierre Blackburn, a déposé un projet de loi, le 17 novembre, dans le but d’apporter des améliorations à la nouvelle Charte des anciens combattants d’après les demandes soumises par plusieurs organisations d’anciens combattants, y compris la Légion royale canadienne.

Intitulé Loi améliorant la nouvelle charte des anciens combattants, le projet de loi rassemble plusieurs de ces annonces et sert notamment à modifier la manière dont la somme forfaitaire de l’indemnité d’invalidité est administrée.

Selon le projet de loi, un ancien combattant ayant droit à l’indemnité d’invalidité d’au plus 276 000 $, pourrait, à son choix, la recevoir en une somme forfaitaire; en des versements annuels égaux étalés sur un certain nombre d’années, choisi par lui, avec intérêt; ou en un versement forfaitaire partiel et le solde en versements annuels pendant un certain nombre d’années, avec intérêt. Si l’ancien combattant choisissait d’abord d’étirer les paiements, il pourrait prendre la somme restante à n’importe quel moment.

Blackburn avait dit au Sous-comité des anciens combattants du Sénat pendant la journée : « Nous avons fait une étude parmi ceux qui ont reçu la somme forfaitaire et nous avons constaté que 31 p. 100 n’en étaient pas satisfaits et que 67 p. 100 l’étaient. Mais enfin, trois anciens combattants sur 10 qui ne sont pas contents, c’est un nombre considérable. »

Le projet de loi marque les premières modifications à la Loi sur les mesures de réinsertion et d’indemnisation des militaires et vétérans des Forces canadiennes, appelée plus souvent la nouvelle Charte des anciens combattants, depuis sa mise en vigueur en 2006.

« Ce projet de loi, en tant que première étape, sert beaucoup à améliorer la nouvelle Charte des anciens combattants et il embrasse nombre de recommandations faites par le Comité consultatif de la nouvelle charte des anciens combattants et par le Comité permanent des anciens combattants (de la Chambre des communes) », dit la présidente nationale de la Légion, Pat Varga. « La Légion croit qu’il faut d’autres améliorations à la charte, à propos desquelles nous serons heureux de poursuivre notre dialogue avec le ministre Blackburn. »

La Légion pense que le ministère doit encore se pencher sur la somme du versement forfaitaire. Au Canada, le montant des dommages-intérêts généraux fixé par les tribunaux pour les travailleurs invalides s’élève en moyenne à 329 000 $, affirme Varga. Les militaires australiens reçoivent à peu près 325 000 $ et, en Grande-Bretagne, l’octroi est de presque 1 million de dollars.

Les améliorations proposées équivalent à 2 milliards de dollars d’augmentation dans les dépenses qui a été annoncée en septembre.

Elles comprennent un octroi supplémentaire taxable « pour dommages catastrophiques » allant jusqu’à 1 000 $ par mois pour les 500 anciens combattants qui devraient prendre leur retraite à cause de blessures reçues en service; pour les anciens combattants grièvement blessés, des conditions plus souples d’admissibilité à l’allocation pour déficience permanente, dont le montant taxable varie entre 536 $ et 1 609 $ par mois et qui devrait être versée à 3 500 anciens combattants; et l’amélioration de l’avantage sur le manque à gagner pour assurer un revenu annuel minimal d’environ 40 000 $ aux anciens combattants en réadaptation, qui devrait profiter à 2 320 anciens combattants au cours des cinq prochaines années.

Les modifications vont de pair avec les dépenses de 52,4 millions de dollars en cinq ans liées à cinq nouvelles initiatives concernant la « tradition de soins » pour aider le personnel des Forces canadiennes et leurs familles à affronter les difficultés exceptionnelles auxquelles ils se heurtent, ont annoncé Blackburn et le ministre de la Défense nationale, Peter MacKay.

Une promesse a été faite selon laquelle les militaires blessés auront accès à des logements de transition sans obstacles et à des services de soutien, pour eux et pour leur famille, près des centres de réadaptation qu’utilisent les bases situées à Esquimalt, en Colombie-Britannique; à Edmonton; à Shilo-Winnipeg, au Manitoba; à Petawawa, en Ontario; à Valcartier, au Québec; à Gagetown, au Nouveau-Brunswick; et à Halifax. Les logements répondront aux besoins des personnes en fauteuil roulant électrique : des portes larges, des rampes roulantes, ainsi que des salles de bain et cuisines accessibles. Les services comprendront le répit pour les soignants, la garde d’enfants et la livraison des fournitures médicales et des provisions.

Une promesse a été faite aux militaires blessés de rembourser les couts et de permettre à davantage de conjoints d’obtenir de l’aide pour parfaire leur éducation. Le remboursement des dépenses des soignants associées aux soins qu’ils donnent, jusqu’à un maximum de 100 $ par jour, « fournit un soutien financier à ces personnes incroyables qui soutiennent les militaires en réadaptation, dit MacKay.

L’admissibilité au programme d’instruction d’ACC à l’intention des conjoints a été élargie pour y inclure les survivants des membres des Forces canadiennes tués après le 7 octobre 2001 ainsi que les conjoints des militaires handicapés en permanence. Le programme sert à rembourser les frais de scolarité jusqu’à 20 000 $ par personne à charge ou survivant.

ACC augmente également de 20 le nombre de gestionnaires de cas, ainsi que l’autorité de ces derniers, afin qu’ils puissent prendre rapidement les décisions qui s’imposent pour le rétablissement et la transition à la vie civile.

Parmi les premières annonces, il y eut celle selon laquelle les anciens combattants souffrant de sclérose latérale amyotrophique (SLA), appelée aussi maladie de Lou Gehrig, ont maintenant droit aux avantages d’invalidité, aux soins et au soutien à domicile. La SLA est une maladie neuromusculaire mortelle qui cause la dégénérescence des cellules nerveuses du cerveau et de la moelle ép­inière. Aux États-Unis, des statistiques compilées attestent que les militaires courent un plus grand risque de développer la maladie et on y donne les avantages aux anciens combattants souffrant de SLA depuis 2001, mais ACC attendait que la science prouve le lien avant de l’ajouter aux maladies donnant droit aux avantages.

Blackburn déclara au comité : « Aujourd’hui, nous écrivons un nouveau chapitre de la charte. Nous espérons que cela servira d’indication que nous écoutons les anciens combattants et leurs défenseurs. »

Le ministre d’Anciens combattants Canada, Jean-Pierre Blackburn: Soulèvement de grands espoirs

La première année de Jean-Pierre Blackburn au poste de ministre des Anciens Combattants fut marquée par une courte lune de miel et un apprentissage chargé. Il a notamment parcouru des dizaines de milliers de kilomètres : deux voyages de commémoration en Europe, un voyage tendu au Moyen-Orient ponctué par un incident diplomatique où l’on refusa à son avion d’atterrir à Dubaï et, en Afghanistan, par des rafales de mitrailleu-ses, au loin, lorsqu’il montait dans un hélicoptère alors qu’il rendait visite aux troupes.

Les futurs chefs de file brillent aux championnats d’athlétisme de la Légion

Que ce soit dans la chaleur et l’humidité, dans des conditions parfaites ou sous une pluie battante, les athlètes de tous les coins du Canada ont montré leurs qualités incontestables, du 5 au 9 aout 2010, aux Championnats nationaux d’athlétisme pour jeunes Canadiens organisés par la Légion. Ce faisant, ils ont battu 14 records de jeunes Canadiens et, en tout, 24 records de la Légion.

« C’est la troisième fois que cette compétition est le championnat officiel de la jeunesse canadienne », a dit le lieutenant-gouverneur de l’Ontario, David C. Onley, lors de la cérémonie d’ouverture. Bien que la Légion soit renommée pour son soutien aux anciens combattants, la commémoration et le service communautaire, sa « contribution la plus importante concerne l’éducation et les réalisations culturelles pour les jeunes », a-t-il dit, à propos de la compétition, seule en son genre pour les athlètes de 12 à 17 ans.

Huit-cent-trente-quatre athlètes, nombre record, ont participé aux épreuves de 2010 qui ont eu lieu à l’Installation d’athlétisme Terry-Fox remise à neuf récemment. Athlétisme Canada et le Club d’athlétisme Ottawa Lions ont aidé le Comité des préparatifs locaux de la Légion à mettre sur pied la rencontre. La Légion a patronné environ 335 athlètes qui représentaient ses 10 divisions; les autres faisaient partie de la catégorie d’athlètes autofinancés, de partout au pays également. Le gagnant de la médaille d’or au sprint de 200 mètres chez les moins de 18 ans s’est dit heureux d’avoir eu l’occasion d’y participer. « Si elle n’avait pas été ouverte à tous, je n’aurais pas pu participer à cette rencontre », a dit Toluwalop Makinde, coureur de 16 ans du Club d’athlétisme Ottawa Lions. Il avait des conseils à donner aux autres compétiteurs. « Si on veut, si on s’efforce vraiment, on peut y arriver. »

« Pas moins de 80 p. 100 des athlètes canadiens qui ont pris part aux Olympiques et aux épreuves internationales sont passés par les championnats de la Légion », a affirmé Onley.

D’ajouter ensuite la présidente nationale Pat Varga : « C’est la première étape de votre parcours et nous espérons que vous allez continuer sur cette voie. »

« La compétition serrée, parrainée par la Légion, sert à encourager les bons athlètes à suivre ce parcours », a dit Jordan Young, membre de l’équipe de la Légion ontarienne de Windsor, qui a établi un record des jeunes Canadiens chez les garçons de moins de 18 ans au lancer du disque, grâce à un lancer de 60,74 mètres, le vendredi après-midi, soit le premier des 2 jours et demi de compétitions. Il a finalement remporté trois médailles d’or, ayant aussi eu des performances gagnantes aux lancers du poids et du marteau.

« La compétition était géniale… c’est bien qu’il y ait des gens qui me poussent, ça m’aide à me pousser moi-même à faire mieux. C’était si serré dans toutes les épreuves. Rivaliser avec des gens de tous les coins du Canada, ça aide à comprendre le genre de performance qu’il faut avoir, ce qu’il faut faire pour se préparer, pour être prêt à se mesurer à des gens qui sont vraiment forts », a-t-il dit.

Frédéric Demers-Forgues de Gatineau (Qc), âgé de 17 ans, a vécu une expérience complètement différente. En participant pour la première fois à une compétition nationale de la Légion, il a gagné la marche de 3 000 mètres chez les garçons de moins de 18 ans et obtenu un meilleur résultat personnel, mais c’était une épreuve solo. « C’est un peu ennuyant pour les spectateurs, et il n’y a personne qui me pousse. » Sans compétiteurs, il est allé trop vite à ses deux premiers tours de piste, a-t-il dit, et il lui était difficile d’estimer sa vitesse.

Deux autres records de la jeunesse canadienne ont été éta-blis lors de la première demi-journée de compétitions, chez les moins de 18 ans, aux relais de 100 mètres. L’équipe masculine ontarienne, formée de Devon Rettinger, Brandon Mcbride, Nienkel Paljola et Marion Laidlaw-Allen, et l’équipe féminine albertaine, composée de Nicky Charlesworth, Jennifer Fetaz, Isatu Fofanah et Leah Walkeden, sont arrivées au premier rang.

Ce jour-là, deux compétitrices ont aussi battu le record de la Légion au lancer du disque chez les moins de 18 ans. Sarah Moss a effectué un lancer de 44,80 mètres et Rayann Chin, un de 43,52 mètres : deux athlètes ontariennes qui ont pulvérisé le record de 43,47 mètres. Chez les garçons, Adam Keennan de la Colombie-Britannique a battu un record de la Légion par plus de trois mètres grâce à un lancer du disque de 57,44 mètres.

Il y eut un revirement au deuxième jour des compétitions.

« Cette compétition m’a appris à ne jamais abandonner », a déclaré Sage Watson, une athlète de 16 ans de Medicine Hat (Alb.) qui a participé à trois championnats nationaux de la Légion.

« Hier, après la course des 400 mètres, j’ai perdu connaissance… et aujourd’hui, j’ai battu un record. » Son résultat aux 300 m haies était de 43,28 secondes. En 2009, elle a fait partie de l’équipe détenant un record de la Légion au relais combiné chez les filles de moins de 16 ans.

Les records à l’octathlon masculin et à l’heptathlon féminin chez les jeunes établis en 2005 ont aussi été battus. James Turner de la Colombie-Britannique a remporté l’or grâce à un total de 6 006 points (l’ancien record était de 5 848) et les gagnantes des médailles d’or et d’argent, l’Albertaine Nicki Oudenaarden et la Britanno-Colombienne Zarria Storm, ont battu l’ancien record de 4 928 grâce à des résultats respectifs de 5 124 et de 5 006.

De nombreux records de la Légion ont été battus le samedi. À la course des 3 000 m chez les garçons de moins de 18 ans, le Torontois médaillé d’or, Eamonn Kichuk, des Phoenix Athletics a battu Xavier King, aussi de Toronto; leurs résultats respectifs de 8 min 25,99 s et de 8 min 26,31 s furent tous deux en dessous de l’ancien record de 8 min 28,09 s. Au relais de 4 x 400 m chez les filles de moins de 16 ans, l’équipe ontarienne formée de Christian Brennan, Alexis Marsh, Ashley Taylor et Christina Kyritsis a obtenu l’or en 4 min 6,08 s, soit 18/100 s de moins que le record de 2009 qui était de 4 min 6,26 s; l’équipe ontarienne masculine, composée d’Aaron Stemmler, Joseph Yazin, Jordan Sherwood et Alex Freemantle, a atteint le poteau d’arrivée en 3 min 35,3 s, brisant le record de 3 min 36,69 s fixé en 1998.

Quatre records de la jeunesse canadiens ont été établis le dimanche, dernier jour des compétitions, à commencer par la victoire de Watson aux 300 m haies chez les filles de moins de 18 ans. En après-midi, l’Ontarienne Alysha Newman a fait un saut à la perche de 3,91 m chez les moins de 18 ans, battant le record de 3,90 m fixé en 2004.

Ensuite, les épreuves se sont poursuivies après une courte trombe. Malgré le terrain détrempé, des records canadiens ont été battus au relais de 400 m chez les moins de 18 ans par les équipes féminines britanno-colombienne, albertaine et manitobaine et par les équipes masculines britanno-colombienne, albertaine et ontarienne.

Plusieurs records de la Légion ont été pulvérisés le dimanche, dont ceux du steeple-chase de 2 000 m chez les garçons et chez les filles de moins de 18 ans. La Britanno-colombienne Katelyn Hayward s’est emparée de l’or en 7 min 1,37 s, presque deux secondes de mieux que le record de 7 min 2,91 s fixé en 2004. Chez les garçons, le médaillé d’or Xavier King et le médaillé d’argent Ryan Cassidy du Nouveau-Brunswick ont tous deux battu le record de 2007, 5 min 59,42 s, l’un en 5 min 53,17 s et l’autre en 5 min 53,57 s.

En plus des compétitions, les 320 athlètes parrainés par la Légion ont participé à des ateliers de sports et la commémoration. La veille du début des compétitions, le conférencier invité, le coureur Glenroy Gilbert, cinq fois participant aux Olympiques et médaillé d’or, a dit aux jeunes athlètes que le talent ne suffit pas. « L’éthique du travail l’emporte toujours sur le talent », a-t-il affirmé, en plus d’ajouter qu’il s’agit de l’un des cinq ingrédients du succès en athlétisme, les autres étant l’engagement, la persistance, la confiance en soit et la confiance en son entraineur et en son équipe de soutien.

Ensuite, en soirée, les athlètes ont pris part à une veillée funèbre à la chandelle au Monument commémoratif de guerre du Canada, accompagnés par la Musique centrale des Forces canadiennes et, pour finir, par un cornemuseur qui a joué l’hymne Amazing Grace au coucher du soleil.

Les 34es championnats nationaux de la Légion servaient à commémorer la fin de la Seconde Guerre mondiale et le 65e anniversaire de la libération des Pays-Bas, a déclaré la présidente Varga aux athlètes. Erik Boer, chef de mission adjoint des Pays-Bas, et Bert Hilkes, expatrié hollandais, ont parlé des conditions terribles dans lesquelles les Hollandais ont vécu sous le joug allemand, pendant la Seconde Guerre mondiale, et ils affirmèrent qu’aujourd’hui encore, leur pays révère le Canada.

Des chandelles ont ensuite été allumées avec le flambeau du souvenir qui avait été transmis lors d’une cérémonie solennelle par le dernier vétéran canadien de la Première Guerre mondiale, John Babcock, à ses successeurs militaires, ainsi qu’à la jeunesse d’aujourd’hui. « Nous allumons le flambeau en souvenir de tous les Canadiens qui ont péri en défendant la liberté ici et à l’étranger », a déclaré Varga.

Puis les athlètes, les entraineurs, les chaperons et les représentants de la Légion ont marché en procession jusqu’au monument où Varga et John Ladouceur récitèrent l’Acte du Souvenir. Ensuite, les athlètes se sont rassemblés autour de l’aumônier honoraire de la Légion, le rabbin Reuven Bulka, qui fit le lien entre l’athlétisme et le sol sacré du monument aux morts. « Ils ont donné leur vie pour que leurs enfants et leurs petits-enfants puissent jouir des libertés pour lesquelles ils se battaient. Ils ne vous connaissaient pas et ça ne faisait rien : ils voulaient que leur pays en soit un où les gens seraient libres. »

Le même lien a été fait encore plus puissamment le lundi, dernier jour des activités pour les jeunes athlètes, à l’occasion d’une visite aux édifices du Parlement et à la Chapelle du Souvenir de la Tour de la Paix, où beaucoup se sont arrêtés pour réfléchir aux sept livres du Souvenir où sont inscrits les noms de plus de 100 000 Canadiens qui ont donné leur vie pour leur pays en service commandé à partir de 1884.

Le moral était bon au banquet de clôture, les athlètes ayant remplacé leur uniforme par leurs plus beaux vêtements en prévision de la danse de fin de soirée. Ils avaient tout à fait l’air des « chefs de file de demain », comme le dit la présidente Varga lors de ses dernières remarques. « La Légion royale canadienne se préoccupe des anciens combattants; elle se préoccupe des militaires en service; elle se préoccupe des collectivités; et elle se préoccupe de vous, les jeunes », a-t-elle affirmé.

Après avoir remercié les chaperons en chef Helen et John Ladouceur ainsi que tous les gens qui avaient aidé le président du Comité des préparatifs locaux, Barry Young, à organiser la manifestation sportive, elle a remercié les athlètes. « Rien qu’en venant ici, vous avez prouvé que vous êtes tous des gagnants. »

Le conférencier et adjudant, William MacDonald, détenteur de l’Étoile de la vaillance militaire et du prix Vimy de la Conférence des associations de la défense pour ses qualités de commandant en Afghanistan, a poursuivi dans la même veine. « L’important, ce n’est pas les médailles […], c’est de venir ici et de concourir. En fin de compte, tout le monde ne remporte pas une médaille, mais tout le monde fait partie de l’équipe. »

Le thème de son allocution était l’importance de la croyance. « Les gens qui sont partis en guerre […] croyaient qu’ils avaient le droit de leur côté. Ils croyaient en notre mode de vie et ils croyaient en la jeunesse de la nation. » Ceux qui servent actuellement en Afghanistan ont aussi cette croyance. « Je suis d’accord avec la présidente, comme quoi tous ici sont des gagnants.

Vous devez croire en vous-mêmes : c’est ce mot, croire, qui nous indique ce que nous devons faire et comment vivre notre vie.

« Quant à vous, futurs chefs de file […], la croyance, le respect, la décence, la loyauté et l’humilité vous guideront le reste de votre vie. »

Les deux athlètes de l’année de la Légion ont obtenu leur prix, lors de la cérémonie de clôture, des mains du représentant de Rencontres du Canada, Erik Saxton. L’Ontarien Xavier King, qui avait gagné l’or chez les garçons de moins de 18 ans au steeple-chase de 2 000 m et deux médailles d’argent aux 3 000 m et aux 1 500 m chez les moins de 18 ans, a été choisi meilleur athlète masculin de la Légion.

Christian Brennan, âgée de 15 ans, de l’équipe ontarienne, attribue le mérite de ses cinq médailles d’or — incroyable, mais vrai — obtenues aux deuxièmes cham­­p­ionnats nationaux de la Légion auxquels elle a participé, à la patience, bien que, « évidemment, faire de son mieux, ça aide aussi ». Dans la catégorie des moins de 16 ans, elle a gagné le sprint de 100 m en 11,88 s et celui de 300 m en 37,17 s, et elle a réalisé une performance au saut en longueur de 5,73 m. Elle a aussi partagé l’or avec ses coéquipières Ashley Taylor, Nicole Setterington et Alexis Marsh pour leur performance de 48,48 s au relais de 100 m chez les moins de 16 ans et avec ses coéquipières Marsh, Taylor et Christina Kyritsis, au sprint combiné de 1 600 m en 4 min, 6,08 s, un record de la Légion.

Les nationaux de la Légion auront de nouveau lieu à Ottawa en aout 2011.

43e Congrès national: Sur la voie du service

Plus de mille légionnaires défilent vers le cénotaphe sous le ciel dégagé des Prairies, la statue Golden Boy miroitant au-dessus du Palais législatif du Manitoba, dans la ville où est née la Légion canadienne. Les hommes et les femmes qui forment une mer bleue et grise à l’occasion du 43e Congrès national de la Légion royale canadienne sont venus à Winnipeg, du 12 au 16 juin, pour célébrer l’unité qui a agrémenté la vie des anciens combattants et de leur famille.

Le Manitoba balaie jusqu’à la victoire à Terre-Neuve

Le temps était frais, la réception, chaleureuse et le curling, chaud au 54e Championnat de curling de la Légion royale canadienne qui a eu lieu, du 13 au 19 mars, à Stephenville (T.-N.).

L’équipe du Manitoba–Nord-Ouest de l’Ontario, composée de Jeff Stewart, Craig Douglas, Dwight Ferguson et Jeff Mowat, de la filiale Gladstone, a remporté la victoire. Or, tous se sont sentis comme des champions lors de leur séjour à Stephenville, sur la rive de la baie St-Georges, le long de la côte sud-ouest de Terre-Neuve.

« Wow, wow, wow, wow, wow », dit Jeff Mowat, premier de l’équipe manitobaine, lors du banquet de fermeture. La célèbre hospitalité terre-neuvienne, associée aux repas succulents et à l’environnement somptueux de la semaine, avait rappelé une fête à bord d’un paquebot de luxe.

Pour une ville dont la population n’est que d’environ 8 000 personnes, les édifices de Stephenville sont plutôt impressionnants, grâce à la base aérienne Ernest Harmon, construite par les États-Unis pendant la Seconde Guerre mondiale pour recevoir 4 000 soldats américains. Quelque 132 000 militaires par année passaient par l’aérodrome. Quand, en 1966, la base a été condamnée, la propriété, qui était évaluée à 179 millions de dollars, a été abandonnée au Canada. Beaucoup d’entreprises de la ville et de services communautaires régionaux sont maintenant logés dans les anciens édifices militaires.

La filiale Stephenville a obtenu le chic club d’officiers de la base construit en 1950, pour une somme symbolique, à peu près 10 ans après la fermeture. « L’intégrité structurale et le décor du club en général ont été maintenus par la Légion par des efforts herculéens », dit Fred Stagg, membre de la filiale et maitre de cérémonie lors des évènements officiels.

Le club de curling Caribou occupe, ces jours-ci, l’ancien club récréatif de la base qui offre un salon, un gymnase et une salle de quilles à ses 1 000 membres. « Le bois d’une salle de quilles est incomparable, extrêmement durable et couteux », dit Stagg. Le club de curling a recyclé ce trésor et en a fait le couvre-plancher de son salon.

Les joueurs allaient d’un de ces deux édifices splendides à l’autre pendant les évènements principaux de la semaine. Les équipes avaient été reçues par des chauffeurs bénévoles, le samedi, quand elles sont arrivées, petit à petit, à l’aéroport de Deer Lake, à environ 134 kilomètres au nord de Stephenville.

Le dimanche a débuté par la couture des armoiries et la réunion des capitaines. Ensuite, à midi, les représentants, les invités et les joueurs se sont rassemblés à une cérémonie à la salle de la filiale, où la première vice-présidente de la Direction nationale, Pat Varga, a déposé une couronne devant une simple croix faite à la main par une étudiante de la communauté, Alyssa Gosbee. Elle était accompagnée par le président de Terre-Neuve-et-Labrador et membre de la filiale, Stephen Pottle.

L’ouverture officielle a eu lieu ce soir-là, au club de curling Caribou, où se sont déroulés les présentations et les discours des dignitaires, dont des politiciens de la place, Barry Lomond, président du club de curling et ancien joueur aux nationaux de la Légion, et le président du Comité des préparatifs locaux, Charlie Earle.

La première pierre a été lancée par le colonel honoraire Richard Alexander, vétéran de la Seconde Guerre mondiale et de celle de Corée, qui était accompagné par le président Warren Quinton. Le premier des sept tours de la poule a commencé peu après.

Les équipes étant de forces presque égales, les meneurs ont mis du temps à se démarquer. L’équipe de la Division de la Colombie-Britannique–Yukon, pour qui la seconde place semblait être du tout cuit, a fini par se faire battre non seulement par l’équipe gagnante, mais aussi par les deux qui avaient les scores les plus faibles.

Au début du tour du milieu, le mardi matin, les équipes du Manitoba, de l’Î.-P.-É., de la Colombie-Britannique–Yukon de la filiale Cowichan de Duncan (Île de Vancouver) et de la filiale Stephenville, qui représentait Terre-Neuve-et-Labrador, avaient toutes deux victoires, alors que les équipes de la filiale Lancaster de Saint-John (N.-B.), de Meadow Lake (Sask.), de Bridgewater (N.-É.) et de la filiale Col. John Bourque de Sherbrooke (Qc) en avaient une chacune. L’équipe du Manitoba venait de perdre sa seule partie, un lessivage à 8-1, et ses grandes sauvegardes potentielles s’étaient transformées en manches à plusieurs points pour l’Î.-P.-É.

« Ça nous a galvanisés, dit le premier du Manitoba, Mowat. « Il m’arrive de penser que c’est ce qu’il faut; ça pousse à multiplier les efforts, et ça aide à se concentrer. »

À la quatrième partie, c’était au tour du Manitoba de marquer des points, d’en inscrire trois à la cinquième manche et d’en voler trois à la huitième, finissant ainsi par une victoire de 9-4 devant la Saskatchewan. L’Î.-P.-É. a perdu de justesse, 8 à 9, contre le Nouveau-Brunswick. La Colombie-Britannique, Terre-Neuve et le Manitoba commençaient à se démarquer du peloton à trois victoires chacun.

Au cinquième tour, la Colombie-Britannique et le Manitoba se sont fait connaitre clairement comme les meneurs, à quatre victoires chacun, et ils se sont mesurés au sixième tour. Les deux équipes semblaient de forces égales au début, la Colombie-Britannique inscrivant un point à la première manche, le Manitoba en inscrivant deux à la deuxième et la Colombie-Britannique, deux à la troisième.

C’est à la quatrième manche qu’a eu lieu « le moment le plus excitant de la semaine pour moi, dit Mowat. Notre capi­taine (Jeff Stewart) devait simplement passer à côté d’une pierre parmi les quatre plus fortes et en frapper une à l’arrière. Il a réussi et ça a été une sortie à trois points. Ça a vraiment changé l’élan de la partie. » Le Manitoba a abandonné deux autres points pendant le reste de la partie, et en a inscrit cinq lui-même.

« C’était une manche importante pour nous, dit Stewart. Ça nous a donné le contrôle et on l’a gardé jusqu’à la fin de la partie. » Le score final a été de 10 pour le Manitoba et de 5 pour la Colombie-Britannique.

On prévoyait un bris d’égalité en arrivant au septième tour. Bien que le Manitoba menât grâce à ses cinq victoires, il devait se mesurer au Québec, qui n’avait gagné qu’une seule fois, et la Colombie-Britannique, qui était alors en deuxième position, devait faire face à la Saskatchewan. Si la Colombie-Britannique et l’Î.-P.-É. gagnaient leur partie, il y aurait une belle pour la deuxième place. Si le Québec gagnait contre le Manitoba, il y aurait peut-être un bris de triple égalité pour déterminer le champion.

En fin de compte, il n’a pas fallu de belle.

Le Manitoba a défait le Québec 8-2, l’Î.-P.-É. a gagné 7-1 devant Terre-Neuve et la Colombie-Britannique — une surprise — a perdu 5-8 contre la Saskatchewan, qui a réussi un triple à la neuvième manche et volé un point à la dixième.

« On est assez heureux. On a eu une mauvaise partie, mais on a assez bien joué les autres », dit le capitaine de  l’Î.-P.-É., Mel Bernard, qui, s’étant attendu à finir troisième, derrière la Colombie-Britannique, a été agréablement surpris de finir deuxième. Il s’agissait d’une fin familière pour Bernard, dont l’équipe a terminé en seconde position au curling sénior à Surrey (C.-B.), il y a quatre ans. Au cours des années, il a fait partie de quatre équipes qui ont terminé en deuxième place au curling national.

« Nos supporters nous ont beaucoup appuyés », dit le se­cond du Manitoba, Dwight Ferguson, qui, avec Douglas et Mowat, s’est placé en troisième place au championnat de 1998, à Chester (N.-É.).

Les activités mondaines étaient tout aussi enrichissantes que le curling. Les repas étaient délicieux, comme celui qui a eu lieu à la filiale St. George, à environ une demi-heure de l’autre côté de la baie, où ont été servis caribou et orignal, poulet de Cornouailles, rôti de porc farci, fruits de mer, délices de la région (les fèves à la mortadelle), et toutons : de la pâte à pain sautée qui ressemble aux queues de castor du centre du Canada et aux dough gods (dieux en pâte) de l’Ouest.

Quoi qu’il en soit de la nourriture, cette dernière a été éclipsée par la cordialité, la gentillesse et la prévenance non seulement des 70 bénévoles du club de curling et de la filiale, mais aussi des résidents de la place. « Que dire de l’hospitalité? demandait Varga au banquet de fermeture. (Nous) nous attendions à ce qu’elle soit fantastique, mais, Stephenville, vous avez fait encore mieux : les bras m’en tombent. »

Les curleurs qui s’en vont, dit Varga, ont découvert de nouveaux endroits, se sont fait de nouveaux amis et ont renoué avec les vieilles connaissances. « C’est ça, la Légion […] l’amitié et la camaraderie. »

Mowat abonde dans le même sens. « La camaraderie, c’est le plus important. Gagner, c’est en prime. »

Souvenir Royal

La mère de la Croix d’argent Della Morley bavarde avec le prince Charles, flanquée de la gouverneure générale Michaëlle Jean (à g.) et de la duchesse de Cornwall. [PHOTO : METROPOLIS STUDIO]

C’est la première fois qu’Arthur Dewar de London (Ont.), âgé de 91 ans, porte ses médailles, et c’est la première fois qu’il assiste à la cérémonie nationale du jour du Souvenir à Ottawa. Personne ne lui a jamais serré la main pour le remercier de son service pendant la guerre. Du fait, c’est le prince de Galles qui est le premier à le faire.

« Il m’a remercié. Oh, mon dieu, je ne sais quoi dire, » dit Dewar, qui a servi dans la 43rd General Transport Company pendant la Seconde Guerre mondiale, en Sicile et ailleurs en Italie, puis en Europe du Nord, à la fin de la guerre.

À la fin de la cérémonie nationale Dewar fait partie de la dizaine d’anciens combattants qui sont reçus par les dignitaires, dont le prince Charles et son épouse Camilla, duchesse de Cornwall. Il y a aussi, parmi ces anciens combattants, Don Sheardown d’Ottawa, pilote du 429e Escadron à la Seconde Guerre mondiale. « Je suis membre du Caterpillar Club, dit-il, car j’ai sauté en parachute quand on s’est fait abattre et j’ai survécu. » Il y a également le caporal-chef cul-de-jatte Paul Franklin d’Edmonton, et sa famille, dont un fils de 10 ans, Simon. Franklin a été blessé en 2006, lors d’un attentat suicide à la bombe, en Afghanistan. Ron Wills, membre depuis 60 ans de la filiale Galt de Cambridge (Ont.) est là aussi, qui vient tous les ans en souvenir de ses nombreux camarades qui ont péri en service dans les Princess Louise Dragoon Guards, en Europe, pendant la Seconde Guerre mondiale.

La 90e cérémonie nationale du jour du Souvenir est solennelle et digne, et sa familiarité réconforte. Mais c’était aussi une journée de premières : la première fois que le prince était là et la première fois que la gouverneure Michaëlle Jean, commandante en chef des Forces canadiennes, assistait à la cérémonie en uniforme vert de l’armée.

Une foule plus grosse que jamais s’avance pour mieux voir le Monument commémoratif de guerre du Canada après le service du 11 novembre. [PHOTO : METROPOLIS STUDIO]

Sous un ciel brillant, le soleil conquérant le froid peu à peu, une foule record, qui d’après les organisateurs était composée d’à peu près 55 000 personnes, applaudissait les dignitaires à leur arrivée, mais elle a réservé ses applaudissements les plus forts pour la mère de la Croix d’argent, Della Marie Morley de East Saint Paul (Man.). Son fils, le caporal Keith Ian Morley, de la Princess Patricia’s Canadian Light Infantry, avait été tué, à l’âge de 30 ans, en même temps que trois de ses collègues, lors d’un attentat suicide à la bombe, perpétré par un cycliste en Afghanistan le 18 septembre 2006.

Tout le monde faisait face au Monument commémoratif de guerre du Canada où, pendant toute la cérémonie, cinq sentinelles représentant l’armée, la marine, l’aviation, la Gendarmerie royale du Canada et les Nursing Sisters étaient de garde, la tête baissée et le fusil renversé. Les dernières notes de la dernière sonnerie vibraient encore quand a tonné le premier coup de la salve de 21 coups d’artillerie et puis le funeste glas de la Tour de la Paix a annoncé le début du silence; un silence qui s’est terminé quand a tonné le deuxième coup de canon suivi par la complainte et par la diane.

Le président national Wilf Edmond a fait une pause pour le défilé aérien honorifique du 425e Escadron d’appui tactique de la BFC Bagotville (Qc), et a continué de lire l’Acte du souvenir, qui a été répété en français par le grand président honoraire de la Légion et général à la retraite Charles Belzile et puis, en cri, par la capitaine Catherine Askew, aumônière des Forces canadiennes.

Le brigadier-général et révérend David Kettle, aumônier général des Forces canadiennes, a prié pour ceux qui ont servi en « ces temps terribles de grand conflit », pour les membres des Forces armées pour qui ces souffrances ne sont pas des souvenirs, mais une réalité actuelle, pour ceux qui ont été tués en Afghanistan, et pour les familles « qui vivent chaque jour avec un siège inoccupé aux repas ».

Les voix du Chœur des enfants d’Ottawa ont chanté les mots du Champ d’honneur pendant que le groupe vice-royal déposait des couronnes devant la Tombe du Soldat inconnu : la gouverneure générale d’abord, puis le prince Charles. C’est de la part de toutes les femmes qui ont perdu un enfant au ser­vice du pays que la mère de la Croix d’argent a déposé sa couronne. Ensuite sont venus le premier ministre Stephen Harper, le président du Sénat, Noël Kinsella, le président des Communes, Peter Milliken, le ministre des Anciens combattants, Greg Thompson, et le général et chef d’état-major de la défense, Walter Natynczyk.

le président national de la Légion Wilf Edmond au salut pendant la cérémonie. [PHOTO : METROPOLIS STUDIO]

Les gagnants séniors des concours littéraires et d’affiches de la Légion — Sam Loewen de Lethbridge, en Alberta, âgé de 18 ans (affiche en couleurs), ­Natalie Lloyd de Guelph, en Ontario, âgée de 18 ans (affiche en noir et blanc), Stephanie Adams de Newport, en Nouvelle-Écosse, âgée de 17 ans (composition), et Hailey Cervo de Nobleford, en Alberta, âgée de 17 ans (poésie) — ont déposé une couronne de la part de la jeunesse canadienne.

Les lauréats des prix du Cadet de l’année de la Légion, dont la cadette de la marine maitresse de première classe Anastasia Burtnick de Winnipeg (Man.), le cadet de l’armée adjudant Maxime Charron de Victoriaville (Qc) et le cadet de l’aviation sergent de section Jonah Todd de Whitehorse (Yn), faisaient partie des porteurs de couronne.

Le premier ministre Stephen Harper salut les anciens combattants. [PHOTO : METROPOLIS STUDIO]

Le président national Edmond a déposé une couronne de la part de la Légion royale canadienne, qui a ensuite été entourée par les dizaines de couronnes qu’ont déposées les représentants du corps diplomatique, les dignitaires, les associations d’anciens combattants et les autres associations.

Ces gestes commémoratifs sont « un principe sacré […] une obligation irrévocable, permanente », dit le rabbin Reuven Bulka, aumônier honoraire de la Direction nationale, lors de la bénédiction. « Quand on voit nos anciens combattants, on voit le tout meilleur du Canada […] ceux qui sont allés à la guerre pour nous, qui ont tout lâché et risqué leur vie afin d’élimi­ner la tyrannie et défendre la liberté; ce sont des héros de classe mondiale [qui] méritent qu’on les célèbre, qu’on les louange, qu’on les vénère et qu’on les applaudisse.

L’ancien combattant John Sheardown (à g.) et le caporal-chef Paul Franklin. [PHOTO : METROPOLIS STUDIO]

« Que ceux qui ont trouvé la mort soient commémorés avec amour. Que ceux qui ont été blessés soient guéris dans le corps et dans l’esprit. Que ceux qui ont servi et qui servent actuellement puissent passer leur vie dans un monde libre de terreur et en toute quiétude, poursuivait-il. Nous qui bénéficions des actes de nos héros ne pouvons mieux les remercier qu’en nous tenant prêts à préserver les valeurs qu’ils continuent de défendre, en nourrissant une culture de respect, d’harmonie, d’inclusion, qui embrasse tout le Canada; un grand pays qui mérite leurs grands sacrifices. »

Après le service, le groupe vice-royal a salué les anciens combattants et s’est dirigé vers la rue Wellington, au nord du Monument commémoratif de guerre du Canada. Là, ils ont observé le défilé des anciens combattants, des Forces cana­diennes, de la Gendarmerie royale du Canada et des cadets. Ensuite, acclamés par la foule, le prince Charles et la duchesse de Cornwall sont partis en limousine.

Des élèves officiers du Collège militaire royal du Canada. [PHOTO : METROPOLIS STUDIO]

Les barricades ont alors été enlevées, une heure après le début de la cérémonie officielle, pour laisser les milliers de témoins s’approcher du Monument. Certains ont attendu leur tour patiemment et respectueusement pendant plus d’une heure et puis ils ont déposé un coquelicot, une couronne personnelle ou un souvenir sur la Tombe du Soldat inconnu. Il y en a qui étaient venus pour honorer ceux qui servent, d’autres pour commémorer ceux qui ont servi et qui ont fait des sacrifices, et d’autres encore afin de dire merci pour leur liberté.

Shirley Monkhouse et Mary Stuart en faisaient partie, deux amies de Kanata (Ont.) qui ont apporté des bouquets de fleurs et des souvenirs. « Mon oncle, Francis Hunter Dupont, a rendu l’âme, dit Monkhouse. Ceci, c’est en son honneur. » Dupont, d’Ottawa, avait pris part au jour J. Stuart est là pour honorer son père, qui est parti outre-mer en 1939, quand sa sœur était bébé et cette dernière avait six ans quand il est revenu. Étant donné qu’elle ne savait pas encore lire, il lui envoyait des dessins dans ses lettres.

Le président national de la Légion Wilf Edmond dépose une couronne avec l’aide du commander du district G de l’Ontario, Ron Goodwin. [PHOTO : METROPOLIS STUDIO]

Dave Conkin et Betty Woods des amis à la retraite de Winnipeg, sont venus réali­ser un rêve. Woods retient ses larmes en se rappelant son père, qui est resté au pays malgré lui quand ses amis sont partis en guerre. L’un d’entre eux, vétéran de Hong Kong, en est revenu changé à jamais. « Mon père devait aller le calmer parce qu’il avait des récurrences horribles. »

« Je viens (à la cérémonie nationale) depuis des années », dit Douglas Lapierre de Hull (Qc). Ses grands-pères ont servi à Passchendaele, à la Somme et à d’autres endroits en France. Mais il est là aussi pour honorer les membres des Forces cana­diennes d’aujourd’hui qui continuent de défendre la liberté du Canada. « Il y a encore des gars qui ont été tués en Afghanistan. C’est un temps de tristesse, mais aussi un temps pour célébrer leur vie et ce que nous avons (grâce à leurs sacrifices). »

Des cadets de l’Aviation royale du Canada. [PHOTO : METROPOLIS STUDIO]

Ce n’est pas la première fois qu’Adam Mackenzie de Behchoko (T. N.-O.) vient à une cérémonie nationale, mais c’est la première fois qu’il vient à la cérémonie du jour du Souvenir. « Je ne venais pas avant, dit-il. Mais dorénavant, c’est sûr que je vais venir. »

Le service, le sacrifice et le souvenir sont des valeurs dont les participants ont beaucoup parlé comme prélude à la cérémonie. En effet, honorer le sacrifice était le thème du discours d’Edmond à la cérémonie où il a présenté la mère de la Croix d’argent, au cimetière Beechwood d’Ottawa, le lundi d’avant le jour du Souvenir. « La présence de la mère de la Croix d’argent […] qui représente toutes les femmes du Canada, celles d’hier et celles d’aujourd’hui, qui ont perdu des enfants pour la liberté », est inévitable à la cérémonie nationale, dit-il.

« Nos enfants sont nos héros », disait Morley le lendemain, après la visite à la Chapelle du Souvenir, à la Tour de la Paix de la Colline du Parlement, où elle avait vu le nom de son fils dans le Livre du Souvenir et où on lui avait remis une copie encadrée de la page. Elle était accompagnée par des membres de sa famille : sa fille Shannon et son petit-fils Keith Cole McCaffrey, qui est né sept mois après la mort du caporal Morley et dont le nom a été choisi en son honneur.

Les gagnants des littérature et affiches (de g. à d.) Hailey Cervo, Sam Loewen, Stephanie Adams et Natalie Lloyd déposent une couronne avec l’aide du cadet de l’Armée de l’année, l’adjudant Maxime Charron. [PHOTO : METROPOLIS STUDIO]

Son fils, ceux qui ont servi et ceux qui servent encore, le font « pour tenir l’ennemi à l’écart, dit-elle. J’ai parlé à d’autres personnes qui ont perdu un enfant; nous sommes tous fiers de nos enfants, qui sont des héros à nos yeux.

« J’aimerais que les gens se souviennent de mon fils en tant que Canadien ordinaire et en tant que héro », dit-elle. Elle a été encouragée, dernièrement, en regardant, en ligne, la page commémorative où est honoré son fils. Un jeune homme, Nathaniel, y avait affiché un commentaire. « Je ne sais pas quel âge il pouvait avoir, mais il a écrit “Je suis en train de faire des recherches sur ta vie”. » Elle est fière du legs de son fils. « Mon fils continue d’inspirer d’autres jeunes gens. »

Des membres du Chœur des enfants d’Ottawa. [PHOTO : METROPOLIS STUDIO]

Le service, le sacrifice et le souvenir sont des valeurs caractéristiques du Canada, disait le secrétaire national de la Légion, Brad White, à un dîner donné  mardi en l’honneur de la mère de la Croix d’argent, des cadets et des étudiants. « On n’en parle plus, de servir, dit-elle. Les gens ne parlent pas de servir leur pays, de servir leur collectivité, de servir l’huma­nité. » Mais c’est une valeur qui sert de lien entre les générations : dans la même pièce se trouvaient des anciens combattants qui ont servi à la guerre, d’autres qui ont servi aux opérations de la guerre froide et de maintien de la paix et d’autres qui servent encore, ainsi que des représentants de la jeunesse, la génération « de l’espoir et de l’innocence ».

« Nous servons ceux qui ont servi, dit-elle et « nous sommes fiers de reconnaitre les sacrifices qui ont été faits pour nous. »

Les victimes au foyer

. [ILLUSTRATION : FRED SEBASTIAN]

Susan Binnie est sur un fauteuil de dentiste et elle demande si elle pourra y rester quand le dentiste aura fini — juste pour profiter de la quiétude. Elle habite à St. Albert, au nord-ouest d’Edmonton, avec ses deux filles de neuf et 14 ans, et son mari, un ancien combattant qui souffre de trouble de stress post-traumatique (TSPT) depuis 15 ans. Binnie sait très bien que si une personne souffre de TSPT, la famille au complet en souffre. Alors elle s’imprègne de quiétude quand elle peut.

Angelle Peacock de Morinville (Alb.), a deux petits garçons. Elle aussi supporte un TSPT. Son époux militaire, Ted, s’en fait soigner et, à l’occasion, elle a le sentiment d’avoir trois petits garçons, surtout quand elle doit rappeler à son mari de manger ou de prendre une douche.

Les deux femmes décrivent d’autres occasions où un comportement ty­pi­quement infantile a déclenché des accès de colère ou des rappels d’images chez leur mari. Elles se démènent toutes les deux avec le travail à temps plein et les problèmes familiaux qui exigent d’elles une attention à temps plein.

Ces femmes — et des centaines d’autres au Canada — ne peuvent pas se tourner vers les collègues au travail ou vers des amis, pour obtenir de l’aide parce que les gens qui ne vivent pas dans l’ombre du trouble de stress post-traumatique ne comprennent tout simplement pas. « Ils me demandent “pourquoi ne parts-tu pas?” » dit Binnie. Et Peacock ajoute : « Il m’est arrivé, en me réveillant la nuit, de voir que mon mari a enlevé une fenêtre et qu’il est dans la cour en train de “se battre avec les méchants”. Comment pourrait-on dire, le lendemain, au travail, à la pause café, “ Vous savez ce qu’il se passe chez moi? ” ».

« On n’entend pas des “Oh, comment faits-tu ou des Oh, tu devrais le quitter” » aux réunions régulières de groupes du réseau de soutien aux familles du Programme de soutien social des blessures de stress opérationnel (SSBSO), dit Binnie.

« On ne se fait pas prendre en pitié », dit Peacock. Et ces femmes n’ont que faire de la pitié : elles veulent de l’aide et elles en obtiennent auprès des gens qui ont été à leur place. « Ce qu’elles disent, c’est “Au secours. Est-ce qu’il y a quelqu’un qui a vécu comme ceci?” Puis les histoires et les stratégies sortent », ajoute Elizabeth Atkins, coordonnatrice de la région occidentale du réseau de soutien par les pairs à l’intention des familles à Edmonton. Les réunions servent à obtenir des renseignements sur d’autres ressources collectives, les programmes d’Anciens combattants Canada (ACC) et des Forces cana­diennes, ainsi que sur la Légion royale canadienne et son bureau d’entraide. Et les membres s’échangent leurs numéros de téléphone, de sorte qu’il y a toujours quelqu’un à l’autre bout du fil si l’on passe un mauvais quart d’heure.

« Les femmes de militaires sont des fournisseuses de soins; la description de leur travail, c’est d’être un soutien, quoi qu’il arrive », dit-elle. Quand leurs maris, blessés, rentrent au bercail, « elles se souviennent des bons gars; elles se souviennent de qui elles ont épousé et elles l’aiment toujours. Alors c’est leur travail de les soigner ». Une telle compréhension n’a absolument rien à voir avec ce que Atkins a obtenu quand son propre mari a été blessé en Bosnie, en 1993, dans le temps où personne ne parlait de BSO. « Il y a encore du chemin à faire, mais l’information existe, et l’isolement n’est plus aussi grave. » Mais encore plus important, les BSO ne sont plus cachées; on en parle ouvertement.

Le programme de SSBSO national a été créé en 2005, à la suite d’une analyse des besoins des Forces canadiennes qui a servi à reconnaitre l’incidence des BSO sur les familles des militaires et l’importance qu’il y a à les soutenir. Il est fondé sur le programme de soutien social par les pairs aux victimes de stress opérationnel (SSVSO) qui a été créé en 2001 pour les militaires et les anciens combattants. Les pairs-conseillers des deux programmes ont de l’expérience personnelle des BSO, soit parce qu’ils ont souffert d’une blessure, soit parce qu’ils ont vécu avec quelqu’un qui en a souffert d’une. « Ils ont de la “crédibilité des rues” », dit le lieutenant-colonel Stéphane Grenier, une victime de BSO qui a pris part à l’élaboration du programme.

« C’est juste qu’ils comprennent », dit Binnie.

Les familles doivent supporter les modifications de personnalité et les comportements insolites, comme les montées de colère extraordinaires, les problèmes d’alcool, les problèmes d’insomnie, les sautes d’humeur, l’incapacité de se concentrer, l’hyper-vigilance, la honte et le chagrin, le manque d’énergie ou d’appétit, les idées de suicide. Chaque famille a son propre cocktail de chagrin et de stress. « Il n’existe pas de solution passe-partout », dit Atkins, qui a aidé quelque 130 familles au cours des cinq dernières années, en évaluant les besoins, en rencontrant des clients au café, en organisant et en animant des groupes en soirée, et en offrant son aide. Elle espère que les nouveaux centres intégrés de support au personnel (CISP) des Forces canadiennes absorberont une partie de la besogne. Le militaire est en train « de s’efforcer de les rendre plus conviviaux pour les familles » qui peuvent aussi tirer partie de la philosophie de « soutien à guichet unique » dans le cadre de laquelle tous les services de soutien pour les conjoints sont rassemblés en un seul lieu.

Angelle Peacock espère que les centres intégrés de support au personnel vont être une amélioration par rapport au vieux système qui était si frustrant. « Il n’était certainement pas convivial », dit-elle, en nous racontant ses déplacements d’un bureau à l’autre, les formulaires qu’elle devait remplir, le repérage des dossiers qui en deux ans ont rempli un tiroir double de sa cuisine. Ensuite, « il fallait aller voir beaucoup de gens qui portaient l’uniforme et qui ne voulaient pas s’occuper de la femme ». Supporter les symptômes de Ted et se heurter aux pesanteurs de la bureaucratie pour lui procurer l’aide dont il avait besoin a été très frustrant pour toute la famille, même si le commandant et l’unité de son mari lui ont été d’un très grand soutien

« Ce sont les familles qui doivent se faire les avocats », dit le sénateur Roméo Dallaire, général à la retraite et défenseur en ce qui concerne les BSO, qui a souffert d’une blessure lui-même au Rwanda pendant les années 1990. « Le blessé ne peut pas même s’occuper de lui-même, encore moins démêler quels documents doivent être remis, quand il faut le faire et à qui il faut parler » et il faut que tout cela se fasse plutôt rapidement.

« Les familles doivent acquérir l’assurance qu’elles peuvent s’en occuper », ajoute Atkins, qui les aide à comprendre quand le bon moment d’intervenir arrive, et comment le faire pour que ça se passe bien.

Le SSBSO n’attend pas obligatoirement le diagnostic pour offrir son aide et les services sont confidentiels. Au besoin, les épouses peuvent obtenir de l’aide sans que le militaire le sache. « On peut avoir des symptômes sans qu’il y ait de diagnostic. Leur vie est quand même bouleversée. Ils ne dorment pas bien, réagissent toujours à ce que font les enfants, conduisent toujours comme des idiots […] si la famille a des problèmes, nous pouvons lui donner un coup de main », nous explique Atkins, qui dit que le SSBSO ne refuse personne.

Cependant, le soutien, ce n’est pas de la thérapie. La ligne d’écoute téléphonique du ministère de la Défense nationale et d’ACC peut aider les familles qui affrontent une crise, mais pour ce qui est de l’aide à long terme, de beaucoup de services aux familles, « il faut que le militaire en service ou l’ancien combattant la demandent eux-mêmes », dit Atkins. Malheureusement, beaucoup de personnes qui souffrent de BSO ne savent pas qu’ils ont besoin d’aide, ou ils s’obstinent à tout faire tout seuls, ou bien ils sont incapables de s’occuper du traitement des documents pendant qu’ils sont très malades. « Les familles se désagrègent devant nous parce que nous n’arrivons pas à les atteindre, à cause des formalités administratives. »

Lors d’une interview qu’il nous a accordée cette année, le général chef d’état-major de la défense, Walter Natynczyk, déclarait qu’il savait fort bien quelles difficultés les familles de militaires supportent au front intérieur et qu’il faut faire davantage pour le personnel des services et leur famille (En déplacement avec le chef d’état-major de la défense, juillet/aout). Les services de soutien mis en place pendant l’année qui vient de passer sont vus comme un pas dans la bonne direction.

Les militaires endommagés en ser­vice commandé n’en méritent pas moins, dit Dallaire, dont la famille a eu besoin de thérapie pour s’en tirer. “Nous n’avons pas de système qui serve à stabiliser à nouveau les familles et les individus quand ils reviennent.” Il croit que les Forces devraient élaborer des « meilleures pratiques » pour le soin des familles des membres qui souffrent de BSO et que le gouvernement devrait « se préparer à payer pour que ces pratiques soient utilisées pour les individus et leur famille ».

Ce genre d’aide n’était pas disponible aux anciens combattants des générations précédentes ni à leur famille. « Une grande partie des jeunes gens avec qui j’ai grandi ont été élevés dans des familles où le mal, la douleur, étaient transmis aux enfants par les parents », dit le ministre d’Anciens combattants Canada, Greg Thompson, à l’occasion d’un symposium sur les BSO en 2007. « Ils étaient toujours présents. »

En ce temps-là, les anciens combattants et leur famille devaient s’en tirer tout seuls, tout simplement, et la Légion s’efforçait de les aider, ajoute Dallaire. « Je pense que la Légion a sauvé mon père et a sauvé ma famille des traitements physiques bien pires que ceux dont elle a soufferts. » Les anciens combattants allaient aux filiales où ils rencontraient les autres qui avaient eu des expériences semblables. « C’était une thérapie autogène », dit-il. Ils parlaient de leurs problèmes entre eux et « malheureusement, buvaient et se médicalisaient tout seuls. »

« On appelait ça la “BS table” (table des histoires à dormir debout), un endroit où les anciens combattants se racontaient des histoires et prenaient un verre, dit Doug Lawrence, un ancien agent d’entraide de filiale qui a passé 13 mois en Corée en 1951 et 1952. Dans le cadre de cette camaraderie, « on savait qu’on n’était pas tout seul. Dans le temps, on ne savait pas qu’est-ce que c’était. » Et ils étaient nombreux qui savaient ce qu’il fallait faire. « Je me suis mis à boire; on boit tous. »

Les vétérans de la guerre de Corée et de la Deuxième Guerre mondiale ont souffert pendant des dizaines d’années et ils avaient des symptômes de BSO sans savoir ce qui n’allait pas, encore moins s’ils pouvaient obtenir de l’aide. Lawrence et George Mann, qui a servi en Europe du Nord-Ouest dans les Fusiliers de Sherbrooke à la Seconde Guerre mondiale, ont subi toute une gamme de symptômes de TSPT. Mann a des cauchemars depuis 65 ans. Lawrence et lui parlent des accès de colère inattendus, des sautes d’humeur et de leurs effets sur leur famille. « Je me réveillais en hurlant, dit Mann. Des fois, ma femme devait pratiquement me défoncer les côtes pour me réveiller. » Lawrence dit qu’il envoyait des coups lors de ses cauchemars, alors son épouse dormait dans une autre chambre.

Le TSPT a été diagnostiqué chez Mann quand il a succombé à une dépression lors d’un voyage en France, en 2002. C’est arrivé pendant les services de commémoration pour les soldats canadiens assassinés à l’abbaye d’Ardenne en 1944. Il en avait connu six, et il a fini par obtenir de l’aide il y a cinq ans, après avoir essayé de se suicider. Les deux anciens combattants ont une pension d’ACC pour leurs blessures.

Les 19 nouveaux centres intégrés de support au personnel des Forces canadiennes sont une occasion de plus pour la Légion de servir les militaires, les anciens combattants et leur famille. « Ça va certainement améliorer notre visibilité chez les jeunes soldats et leur famille », remarque Gerry Finlay, un officier d’entraide de la Division de l’Alberta-Territoires du Nord-Ouest qui a ouvert un bureau au CISP de la garnison d’Edmonton.

Les CISP, conçus en tant que « services à guichet unique » pour les militaires malades ou blessés, ont pour but d’aider le personnel des Forces qui récupère d’une maladie ou d’une blessure graves pendant leur transition effectuée soit lors du retour au travail, soit vers la vie civile. Les réguliers, les réservistes, les membres qui prennent leur retraite et leur famille, tous ont droit d’accès aux CISP où les attendent une gamme de services et d’avantages des Forces, d’ACC et d’organisations comme la Légion. La Légion réagit vite pour procurer un soutien d’urgence aux familles des militaires en service, guider les membres des Forces en ce qui a trait aux demandes d’avantages d’ACC et apporter un soutien aux nouveaux anciens combattants qui reprennent la vie civile dans les petites collectivités, dit Finlay.

Souvent, quand un militaire se fait soigner pour une BSO, les habitudes et la structure de la famille se désagrègent. Pendant que le militaire tire avantage du soutien et des services du MDN, « il se peut que la famille souffre en cachette ». Mais la Légion peut les aider en offrant des fonds en urgence pour l’abri, la nourriture et le transport et en reliant la famille avec une filiale locale comme soutien communautaire. « Nous nous efforçons de stabiliser la situation », dit Finlay.

Au dire du lieutenant-colonel Joe Pollock, commandant régional de l’unité interarmée de soutien au personnel de l’Alberta et du Nord canadien, « la Légion est un partenaire parfait. « C’est réciproque. » Les membres des Forces canadiennes peuvent compter sur l’aide de la Légion et la Légion a accès aux membres en service qui s’apprêtent à devenir des anciens combattants.

La Division de la Colombie-Britannique/Yukon de la Légion a aussi élaboré un moyen direct d’aider les anciens combattants et leur famille à s’occuper des BSO. Au milieu des années 1980, le Dr Marvin Westwood rassemblait plusieurs groupes d’anciens combattants dans un programme financé partiellement par la Légion pour parler de comment leur expérience mi­litaire les avait formés. « Ils ont reconnu que la guerre les avait affectés d’autres manières, dit le psychologue de l’Université de la Colombie-Britannique. Ils disent que “ceci aurait dû se passeril y a 60 ans”, quand ils ont quitté le service. »

Westwood et la Légion ont poursuivi l’idée, et créé le programme de transition des militaires et des anciens combattants canadiens, qui a aidé environ 170 membres des services et anciens combattants à « larguer du leste » du service militaire et à faire leur vie. Le programme sert à offrir gratuitement de l’orientation collective confidentielle, à l’Université de la Colombie-Britannique à Vancouver et à l’Université de Victoria, à Victoria et à Kelowna. « Si nous nous sommes lancés là-dedans, c’est parce qu’il y avait des vétérans de la Seconde Guerre mondiale qui souffraient encore, et ce genre d’aide, ça n’existait pas avant, dit le président de la Division de la Colombie-Britannique/Yukon, Dave Sinclair. Ensuite, on s’est aperçus qu’il y avait beaucoup de mainteneurs de la paix qui avaient besoin d’aide. »

« On se concentre sur la transition », dit Westwood. Des groupes de six à huit, plus les animateurs, se réunissent lors de séances intensives, en fin de semaine, pour parler de comment les traumatismes les ont affectés. Ils élaborent des habiletés d’adaptation, trouvent des appuis et sont adressés à des services supplémentaires au besoin. Leurs conjoints, légitimes ou de fait, sont invités pour apprendre comment les traumatismes affectent tous les membres de la famille. Les couples acquièrent de nouvelles aptitudes à communiquer.

On s’attendait à ce que le programme diminue, surtout à cause de l’augmentation du nombre de programmes sur les BSO offerts par ACC et les Forces. Mais la demande a conti­nué. « Je pense que l’inclusion des conjoints en est une raison », dit Sinclair. Le modèle est intéressant aussi, dit Westwood. « On ne l’annonce pas comme si c’était un programme thérapeutique (alors) on n’y associe aucun stigmate. » Les ateliers de groupe sont confortables, car les militaires sont habitués à faire partie d’un groupe qui les appuie. Et ils ont un réseau de soutien tout fait à leur départ. « Les changements chez ces gens sont inouïs. »

Sinclair a vu des familles — au bord de l’abîme — se faire renforcer. Il a vu des alcooliques brisés, incapables de garder un emploi, finir par avoir une carrière productive. « Ils se sont repris en main. »

Il s’agit d’un investissement que la Légion est fière d’effectuer. « Le soutien financier vient seulement de la Légion », dit Westwood. Sinclair fait remarquer que les psychologues qui participent aux séances le font gratuitement, ce qui empêche les couts de grimper. Les 90 000 $ du programme sont ramassés parmi les filiales de la région où le programme est réalisé.

Il existe bien d’autres options aujourd’hui pour les gens souffrant de BSO et pour leur famille, et il est important qu’ils en profitent le plus vite possible, dit le psychologue Curt Hillier de St. John’s (T.-N.) dont la clientèle comprend de nombreux anciens combattants et soldats qui, certains, auraient dû se faire aider des années auparavant. Dans 30 à 50 p. 100 des cas on peut s’attendre à ce que ça finisse par une rémission complète. » D’un autre côté, les données américaines indiquent qu’environ 30 p. 100 des gens souffrant d’un TSPT « en gardent les symptômes pendant six ans ou plus […] à jamais dans certains cas. »

Il espère que ces statistiques s’amélioreront grâce aux nouveaux programmes des Forces qui ont pour but de préparer les militaires avant les traumatismes qui arrivent en service commandé, de les soigner au front quand ils souffrent d’une BSO et d’intervenir plus rapidement quand les symptômes sont observés.

Des fois, les gens souffrant de BSO n’en reconnaissent tout simplement pas les symptômes. Il arrive souvent qu’ils n’obtiennent de l’aide qu’après que le conjoint a posé un ultimatum. Pour les anciens combattants qui refusent de se faire aider, le rétablissement risque d’être plus long et jonché des vestiges d’une famille brisée.

Blessures invisibles

Le stress opérationnel est inclus dans la des­cription des fonctions des militaires. Quand ils vont au combat, qu’ils maintiennent la paix ou qu’ils répondent à des urgences, il leur arrive d’être témoins d’évènements horribles, d’être terrifiés, de se sentir impuissants, de perdre des gens pour qui ils ressentent de l’affection. Des fois, ils sont obligés de se comporter contrairement à leurs valeurs morales personnelles.

La plupart n’en souffrent que pendant un certain temps; quelques jours ou quelques semaines après, ils acceptent ce dont ils ont fait l’expé­rience et reviennent à la normale. Mais pour certains d’entre eux, ces expériences laissent des séquelles : dépression, anxiété, trouble de stress post-traumatique.

Les chercheurs s’aperçoivent que de tels troubles de stress opérationnel (BSO) suscitent des modifications physiques dans le cerveau, des blessures invisibles, des blessures causées par leur propre corps lors de sa réaction à un stress bouleversant.

La réponse du corps au stress — qu’on appelle des fois la réaction d’évasion ou de lutte — offre la meilleure chance de survie dans des situations de vie ou de mort. Quand on perçoit le danger, c’est comme si on appuyait sur un bouton d’urgence qui inonderait le corps d’adrénaline, pour augmenter la glycémie, élever la pression artérielle et accélé­rer la fréquence cardiaque, et de cortisol, pour lui procurer des élans d’énergie, surexciter les sens, diminuer la sensibilité à la douleur.

Quand il n’y a plus de danger, d’autres produits biochimiques sont déchargés dans le corps pour lui redonner son équilibre, mais, dans le cas d’une BSO, c’est comme si le corps ne sait plus comment le faire.

L’exposition prolongée au cortisol tue les cellules de l’hippocampe, la partie du cerveau chargée du stockage des souvenirs et de l’apprentissage. Le TSPT et la dépression diminuent le métabolisme dans le cortex préfrontal et frontal, qui règle les émotions et la réponse à la peur. C’est cet endommagement qui, pense-t-on, est responsable de la peur quand il n’y a plus de danger, des cauchemars, de la revivification des souvenirs, des explosions de colère, de la tristesse que l’on ne peut contrôler, des souvenirs importuns, de l’hypervigilance.

Les scintigraphies cérébrales des militaires souffrant de TSPT indiquent des différences dans les activités du cerveau par rapport à celles des soldats qui n’en souffrent pas, ce qui mène à des conjectures comme quoi il serait possible un jour de déceler les gens qui risquent d’être blessés plus que les autres, ou d’utiliser les scintigraphies cérébrales pour les diagnostics.

Mais « on n’est pas obligé de se rendre au niveau du diagnostic pour savoir qu’il y a eu un impact et qu’on a besoin d’aide », dit Norman Shields, un conseiller en recherche du Centre national des BSO à Montréal. C’est une des raisons pour lesquelles le MDN et ACC préfèrent le terme global blessure de stress opérationnel plutôt que TSPT. On devrait se concentrer sur l’aide aux patients plutôt que sur leur classement. « Pour nous, c’est davantage une question de savoir si on dort la nuit, si on s’inquiète […] tant que c’est lié au service commandé, ils ont le droit de venir se faire aider ici. »

Et c’est important de se faire aider, car les BSO ont des conséquences à long terme inattendues.

« Le stress en général a une incidence immense sur notre système immunitaire », dit Shields. Les recherches indiquent que les gens qui souffrent d’une BSO risquent davantage de développer un syndrome métabolique, précurseur du diabète de type 2, l’hypertension, une cardiopathie, la mala­die d’Alzheimer.

Les médicaments pour soulager les symptômes mis à part, les soins comprennent la thérapie cognitivo-comportementale, qui aide les gens à déceler les pensées altérées et les réactions négatives et à les remplacer par des pensées rationnelles et un comportement plus inoffensif; l’EMDR (intégration neuro-émotionnelle par les mouvements oculaires) qui, croit-on, règle le système de traitement de l’information du cerveau qui permet aux expériences dérangeantes de se faire intégrer dans la mémoire et traiter émotionnellement; la thérapie au propranolol, où l’on utilise un médicament pour l’hypertension afin de refouler la reconsolidation du souvenir traumatisant; et la thérapie de groupe et familiale, qui offre du soutien et enseigne de nouvelles aptitudes servant à supporter les symptômes.