Trois régiments canadiens-français ayant participé à la libération du Nord-Ouest de l’Europe, 1942-1945

Dans cet article, nous nous proposons de présenter une partie d’une recherche que nous menons en ce moment, à savoir l’étude socio-militaire de tous les régiments d’infanterie québécois, qu’ils soient de langue française ou anglaise, ayant participé à la libération du Nord-Ouest de l’Europe entre 1942 et 1945 : le Régiment de la Chaudière, le Régiment de Maisonneuve et les Fusiliers Mont-Royal. Il existe un quatrième et dernier régiment canadien-français, le Royal 22e Régiment, mais il a déjà fait l’objet d’une étude socio-militaire et il s’est battu principalement en Italie.

Avec son livre, L’Armée française de la fin du XVIIe siècle au ministère Choiseul : le soldat, André Corvisier a ouvert la voie en histoire sociale et a montré toute la richesse des archives militaires, provoquant ainsi un renouveau en France. Cette histoire socio-militaire a eu aussi une certaine influence chez les historiens canadiens-français. En effet, Jean-Yves Gravel s’est inspiré des thèmes d’analyse de Corvisier dans son étude sur les miliciens québécois à la fin du XIXe siècle. Il a utilisé à la fois les documentations qualitatives et quantitatives pour dresser un portrait social du milicien. Il a fait de même pour son livre sur le Régiment de Trois-Rivières. Jean Pariseau, quant à lui, a porté son étude sociale sur l’aide militaire au pouvoir civil depuis la Confédération. Et c’est grâce à lui que l’on doit la relance de l’histoire militaire parmi les historiens francophones suite à l’éclipse de Gravel.

La monographie de Jean-Pierre Gagnon sur le 22e Bataillon reste quant à elle un ouvrage incontournable en histoire socio-militaire canadienne. En effet, c’est le premier ouvrage d’histoire officielle du Canada rédigé en français, le premier à porter sur les aspects sociaux des forces armées et le premier à donner une analyse quantitative d’un bataillon. Dans cet ouvrage, Jean-Pierre Gagnon a principalement utilisé comme source les dossiers militaires des soldats ayant appartenu au 22e Bataillon et ayant combattu durant la Première Guerre mondiale pour y dresser un portrait type des membres du bataillon à travers de nombreux tableaux et graphiques.

Les études socio-militaires sur des unités de l’Armée canadienne pendant la Seconde Guerre mondiale réalisées à partir des dossiers personnels sont peu nombreuses. Le premier à s’être intéressé à cette question est Terry Copp, professeur à l’Université Wilfrid Laurier, avec ses deux communications d’une dizaine de pages portant sur la 5e Brigade. Pour cette étude, Copp a utilisé un échantillonnage des dossiers des militaires décédés au combat. Il aurait été très intéressant qu’il approfondisse son étude socio-militaire dans le livre qu’il a consacré à la 5e Brigade (The Brigade: The Fifth Canadian Infantry Brigade, 1939-1945). Malheureusement pour nous, il a laissé de côté cet aspect pour ne décrire que la série de batailles dans lesquelles les régiments de cette brigade ont été engagés dans la campagne du Nord-Ouest de l’Europe de 1944 à 1945.

Le deuxième chercheur à proposer une étude socio-militaire sur une unité de l’Armée canadienne pendant la Seconde Guerre mondiale, le Royal 22e Régiment, est un étudiant en maîtrise, Jean-François Pouliotte. Ne pouvant reproduire une étude aussi vaste que celle de Terry Copp, et dans un laps de temps aussi étendu (Jean-Pierre Gagnon a mis 10 ans pour faire cette étude et a été appuyé par au moins une personne, parfois deux, à temps plein, sans oublier les nombreux moyens matériels du ministère de la Défense nationale dont il a disposé), il a opté comme solution d’utiliser un échantillonnage constitué des dossiers des militaires décédés au combat, tout comme Terry Copp l’a fait. Il a inclus dans son mémoire de maîtrise de nouvelles données, portant sur les caractéristiques physiques, la taille, le poids, la couleur des yeux et des cheveux, ainsi que la scolarisation, et de multiples renseignements concernant les testaments, les comptes en banques, les investissements et les polices d’assurance.

C’est donc dans le prolongement des études faites par Jean-Pierre Gagnon, Terry Copp et Jean-François Pouliotte que nous proposons à notre tour de dégager le portrait socio-militaire des membres des régiments d’infanterie canadiens-français. Tout comme pour Pouliotte et Copp, notre étude portant sur les trois régiments se fera non pas sur les dossiers militaires de tous les membres, mais à partir d’un échantillon aléatoire, à savoir les soldats morts entre le 10 septembre 1939 et le 8 mai 1945. Notre choix de l’échantillon s’explique aussi par le fait que nous n’avons pas accès à tous les dossiers des membres militaires en raison des lois qui protègent les renseignements personnels.

De plus, ce genre d’étude, basée sur les soldats morts pendant la Seconde Guerre mondiale, peut s’appliquer plus facilement à l’infanterie qu’à tout autre corps. En effet, les fantassins, dont les actions sont souvent sous-estimées, sont indispensables à toute bataille terrestre et représentent, selon Terry Copp et Bill McAndrew, 76 % des pertes dans les combats de la Seconde Guerre mondiale (ainsi, un échantillon important peut être constitué). Quant aux unités combattantes où le français était la principale langue d’usage, elles se retrouvent en très grande majorité du côté de l’infanterie. Seuls ceux qui étaient bilingues pouvaient obtenir des postes techniques ou à grande responsabilité dans d’autres corps d’armée ou d’autres unités.

La première démarche de notre recherche était d’obtenir la liste de nos soldats morts pendant la Seconde Guerre mondiale auprès de la Commission des sépultures de guerre du Commonwealth. C’est ainsi que nous en avons trouvé 444 pour les Fusiliers Mont-Royal, 264 pour le Régiment de la Chaudière et 258 pour le Régiment de Maisonneuve, soit 966 en tout.

Grâce à notre liste, nous avons pu consulter aux Archives nationales du Canada, à Ottawa, les renseignements sur ces militaires morts pendant la Seconde Guerre mondiale. Nous avons été en mesure de recueillir les données nécessaires à l’élaboration de notre portrait social des soldats et officiers qui formaient nos trois régiments. Ces données ont été insérées dans la base de données (ACCES) que nous avons créée spécialement pour nos trois régiments.

Les données retenues comprennent : le nom et le(s) prénom(s) du soldat, son lieu de résidence, sa date et son lieu de naissance, sa nationalité, sa religion, son métier ou sa profession, la date et le lieu de son enrôlement, son unité d’enrôlement, l’état civil à son enrôlement et à sa mort, le grade à son enrôlement et à sa mort, son résultat au test “M”, la raison de son enrôlement, son expérience militaire antérieure, la(es) langue(s) parlée(s), le nombre d’années de scolarité, s’il travaillait ou était au chômage, le nombre de frères et soeurs, le nombre de frères et soeurs dans l’armée, la date et le lieu de sa mort, la raison du décès, le nombre de ses décorations et enfin les dates de ses services au Canada, au Royaume-Uni et en Europe de l’Ouest.

Même si nous avons mis certaines informations de côté, comme par exemple les décorations reçues par les soldats alors qu’ils servaient dans l’armée canadienne, il reste qu’à partir de ces données nous avons conçu de nombreux tableaux et graphiques qui nous ont permis de dresser un portrait socio-militaire des trois régiments d’infanterie canadiens-français ayant participé à la libération du Nord-Ouest de l’Europe.

Au moment du recrutement, les Canadiens français ne choisissaient pas forcément l’infanterie, certains ont choisi l’artillerie, d’autres, les blindés, etc. Cependant, beaucoup d’entre eux ont été transférés par la suite à l’infanterie, et plus particulièrement dans les régiments canadiens-français, seules unités où l’on parlait le français. De plus, ils n’étaient pas forcément incorporés dans une unité définie : ils pouvaient être engagés directement par les bureaux de recrutement des districts militaires (il y en avait 11 sur tout le territoire canadien) ou ajoutés à la liste générale d’infanterie. Les raisons les plus souvent invoquées au moment de l’enrôlement sont l’aventure, le sens du devoir, le fait d’avoir été appelé par la Loi de la mobilisation des ressources nationales (LMRN) et le chômage.

En ce qui concerne le mois et l’année d’enrôlement, c’est le mois de septembre 1939 qui ressort. La guerre venant juste d’éclater, beaucoup ont répondu à l’appel, espérant ainsi partir au combat rapidement. Et c’est l’année 1940 qui se démarque le plus et surtout les mois de juin et juillet. Cette augmentation du nombre des recrues s’explique par la situation catastrophique sur le front européen, avec l’effondrement de la France, mais aussi par l’entrée en vigueur de la LMRN.

Nous savons qu’un peu plus d’un quart du recrutement s’est fait par les régiments eux-mêmes ou par les districts militaires n° 4 (Montréal) ou n° 5 (Québec). Le lieu où le recrutement a été le plus important est la province de Québec, particulièrement dans les villes de Montréal et de Québec : cependant, les provinces de l’Ontario et du Nouveau-Brunswick ressortent fortement en ce qui concerne le recrutement. Rappelons que de nombreux Canadiens français habitaient ces deux provinces. Notons cependant la spécificité du Régiment de la Chaudière qui a recruté davantage que les deux autres dans les zones rurales du Québec.

Dans les trois régiments canadiens-français, il y avait, parmi les décédés au combat, 72 % de soldats, 22 % de sous-officiers et 6 % d’officiers, et entre la date de leur enrôlement et celle de leur décès, 24 % des soldats et officiers avaient eu une promotion. Quant à l’expérience, elle est de deux sortes : il y a d’abord ceux qui l’ont acquise avant les hostilités (dans la Milice) et ensuite ceux qui l’ont acquise durant les hostilités et avant leur engagement volontaire (la majorité a été formée dans le cadre de la LMRN, adoptée le 21 juin 1940 et qui rend le service obligatoire pour la défense nationale). Quant aux conscrits, ils étaient peu nombreux ; ils ne représentaient que 1 % des Fusiliers Mont-Royal et du Régiment de Maisonneuve et 4 % du Régiment de la Chaudière. Ce pourcentage ne surprend guère puisque seul un petit nombre de conscrits a été envoyé outre-mer et ce, à partir du 22 novembre 1944.

Nos militaires canadiens-français n’ont pas tous été tués ou blessés mortellement pendant une campagne militaire. Des décès sont survenus pendant l’entraînement, lors d’attaques aériennes ennemies (surtout lors de leur long séjour en Angleterre), d’accidents, de maladies, de suicides ou pendant qu’ils étaient prisonniers de guerre. Ainsi 87 % des membres décédés de nos trois régiments sont morts au combat ou à la suite de blessures reçues au combat. Ce sont les Fusiliers Mont-Royal qui ont souffert du plus fort pourcentage à 91 %, suivis du Régiment de Maisonneuve à 86 % et du Régiment de la Chaudière à 84 %. Viennent ensuite les maladies à 4 % et les accidents à 3 %.

Ce sont les batailles en France qui ont été les plus meurtrières puisque 75 % des pertes y ont eu lieu, alors qu’en Hollande et en Allemagne n’y ont eu lieu que 13 %. En Belgique, où seul le RCH et le RM ont combattu, n’ont eu lieu que 9 %. Mis à part Dieppe, où une centaine de morts ont eu lieu, c’est dans le Bevelland Sud (Hollande) que l’on retrouve le maximum de morts en une journée, soit 22, vient ensuite La Commanderie (France) à 21 morts, et le Jour J à 19 morts.

Ces militaires appartenant aux trois régiments d’infanterie canadiens-français, morts pendant la Seconde Guerre mondiale, avaient environ 22 ans au moment de l’enrôlement. Les plus âgés se sont engagés en majorité en septembre 1939, et ils n’étaient pas forcément officiers. De plus, le groupe d’âge de 20 à 24 ans était le plus important, suivi par les 16 à 19 ans. Et même si la limite d’âge était fixée entre 18 et 45 ans, un petit nombre a pu tout de même s’engager beaucoup trop jeune (16 ans) ou trop vieux (53 ans). C’étaient de jeunes soldats pour la plupart célibataires (91 %), et c’est le Régiment de la Chaudière qui, à 96 %, détient le record de célibataires. Plus le soldat était âgé et plus il avait de chance d’être marié, et le fait d’être engagé dans l’armée et d’être basé en Angleterre n’a pas empêché certains de se marier. Ils étaient à 98 % d’origine canadienne, et à 90 % d’origine canadienne-française, le Régiment de la Chaudière étant le plus canadien-français à 85 % contre 88 % pour les deux autres. Mis à part un soldat juif dans notre échantillon, tous étaient chrétiens et à 98 % de religion catholique romaine, quant au reste ils étaient protestants. Ces militaires sont nés, résidaient et se sont enrôlés dans la province de Québec (83 %), suivis de loin par l’Ontario (8 %). Et bien que Montréal et Québec aient fourni dans les trois cas le plus de recrues, le Régiment de la Chaudière offre un portrait différent des deux autres, avec plus de membres venus hors des deux grands centres, affirmant ainsi son origine rurale.

La majorité des soldats parlaient français (98 %), tandis qu’une petite minorité parlait uniquement anglais (2 %). Sur ces 98 %, 46 % parlaient uniquement le français et 52 % étaient bilingues. Les officiers et les sous-officiers n’étaient pas obligés de parler l’anglais au moment de l’enrôlement et il semblerait que bon nombre d’entre eux l’ont appris alors qu’ils étaient en service actif. Les unilingues francophones habitaient à 90 % la province de Québec où 75 % des bilingues vivaient. Quant aux anglophones, ils vivaient dans les autres provinces. En ce qui concerne la scolarisation, la majorité des soldats n’avaient pas été au-delà de la 7e année et avaient abandonné l’école à 16 ans. Le peu de militaires ayant fait des études plus poussées étaient en grande partie officiers.

La plus grande partie des militaires canadiens-français travaillaient au moment de leur enrôlement (92 %). Ils étaient manoeuvres ou occupaient un emploi dans une manufacture et ils n’exerçaient pas forcément un métier pour lequel ils avaient été formés. L’insécurité de l’emploi et le travail pénible dans les manufactures pour un salaire peu élevé ont dû pousser certains à s’enrôler dans l’Armée canadienne. Cependant, beaucoup d’entre eux rêvaient de devenir mécaniciens et certains envisageaient de faire carrière dans l’armée une fois leur engagement terminé. De plus, le fait que la majorité des militaires travaillaient réfute la vision de Desmond Morton qui a affirmé que les Canadiens français se sont enrôlés dans l’Armée pour avoir du travail (chômage 12 %). En fait, un ensemble de facteurs a poussé nos jeunes gens à s’enrôler.

Grâce à l’étude de Jean-François Pouliotte portant sur le dernier des quatre régiments canadiens-français, le Royal 22e Régiment, nous pouvons présenter un portrait définitif des régiments canadiens-français ayant participé à la Seconde Guerre mondiale. Ainsi, le fantassin canadien-français était un jeune citoyen canadien de 23 ans, d’origine canadienne-française et de religion catholique romaine, qui s’est enrôlé volontairement dans l’Armée canadienne. Célibataire et sans enfant, il est né, résidait et s’est enrôlé dans la province de Québec. Un peu plus de la moitié étaient bilingues et avaient fini leur 7e année de scolarité à 16 ans. Au moment de son enrôlement, il travaillait comme manoeuvre et plus particulièrement dans les manufactures. De plus, les similitudes trouvées entre nos trois régiments canadiens-français et celui du Royal 22e Régiment valident l’utilisation des dossiers des militaires morts au combat comme échantillon représentatif de la population appartenant à l’infanterie canadienne-française.

Il serait très intéressant maintenant de faire une étude similaire des fantassins canadiens-anglais afin d’en comparer les résultats aux nôtres.

L’année 2006 en résumé : l’année du 80e anniversaire-inoubliable

Si le renouvellement, à la Direction nationale, était le but de 2006, on peut dire qu’il a été atteint. Durant cette année du 80e anniversaire, il y a eu l’élection d’un nouveau président national, la construction d’un nouvel édifice, et son occupation, la mise en place de nouveaux monuments et la reprise de l’attitude gagnante que la Légion royale canadienne avait auparavant.

À Calgary, Jack Frost de Madoc (Ont.) a été élu président national, au 41e Congrès national qui a eu lieu du 25 au 28 juin. Wilf Edmond de Donkin (N.-É.) a été élu premier vice-président national. Les quatre vice-présidents élus sont John Alger d’Innisfil (Ont.), Pat Varga de Coleville (Sask.), Cliff Tessier de Winnipeg et Erl Kish de Kingston (Ont.). Mike Cook de Surrey (C.-B.) a été réélu trésorier national, et Tom Irvine de LaSalle (Qc) a été réélu président des débats. Pour compléter le Comité sous-exécutif, il y a la présidente sortante Mary Ann Burdett de Terrace (C.-B.).

L’introduction des cartes de vote colorées que les 1 368 délégués ont utilisées s’est faite durant le congrès, lequel a été raccourci à deux jours et demi. Le ministre d’Anciens combattants Canada, Gregory Thompson, y a été l’invité d’honneur. Il y a eu 69 résolutions adoptées à propos desquelles le nouveau comité sous-exécutif va devoir oeuvrer, et la motion la plus importante qui a été adoptée, suite à un rapport, entraînait de nouveaux frais d’adhésion pour les membres. L’augmentation d’un dollar, présentée par le Conseil exécutif national en 2006, a été confirmée et 3,50 $ ont été ajoutés à partir de l’année d’adhésion de 2007. De nouveaux arrêtés généraux ont été publiés et distribués à la suite du congrès.

Une motion a été votée au congrès selon laquelle, triste nouvelle, la Section des anciens combattants impériaux de la Légion a été désactivée. Les Imperial Veterans in Canada, un des groupes fondateurs de la Légion, avaient pour raison d’être de s’occuper des intérêts des anciens combattants britanniques au Canada. Vu que de moins en moins de ces gens répondent à l’appel, la section a été dissoute mais sa succession, le service, ne disparaîtra jamais.

Avant le congrès, les comités des adhésions, services aux anciens combattants et aînés, des coquelicots et souvenir, des sports, des relations publiques et de la défense avaient tenu des réunions à la Direction nationale. D’autres comités se sont aussi réunis régulièrement, dont ceux des rituels et insignes, des constitution et lois, des distinctions nationales et de la Ligue royale des anciens combattants du Commonwealth, afin de se pencher sur les affaires qu’il fallait étudier.

Le Comité des adhésions a continué à faire des efforts pour arrêter la diminution du sociétariat. Les six résolutions apparentées votées au congrès ont donné lieu à la production d’un nouveau guide concernant l’admissibilité au sociétariat. Des problèmes technologiques par rapport à la mise en place d’un nouveau système de logiciels des adhésions a ralenti le processus des adhésions, leur rapport, et l’impression des cartes. À la fin de l’année, toutefois, la plupart de ces problèmes avaient été résolus, les dates limites avaient été observées et le système se faisait mettre en régime établi pour l’année suivante.

Durant l’année, la directrice des adhésions, Karen Mackarous, a quitté son poste et le département a été restructuré en section, sous le directeur administratif. Maureen Thompson est la nouvelle directrice de la section, qui va aussi assumer le rôle de secrétaire du comité. Le président du comité, le vice-président national Bob Gray, a été remplacé après le Congrès national par Erl Kish qui venait d’être élu vice-président national.

Le Comité des adhésions a aussi fait le nécessaire pour être en mesure de fournir du matériel promotionnel aux filiales dans le but de les aider à améliorer le recrutement. Deux nouveaux circulaires ont été distribués aux filiales en juillet et d’autres ont été offerts gratuitement par l’entremise du système d’approvisionnement. Une nouvelle carte postale, Did You Know (saviez-vous) a été offerte aux filiales, lesquelles pourront s’en servir pour la poster aux membres en puissance et pour la distribuer dans le but d’attirer de nouveaux membres. La publicité pour les gens actuellement en service a été augmentée et des annonces ont été placées dans des revues visant le segment de la société qui comprend les civils de 50 ans et plus.

Le comité a aussi dit aux filiales qu’il était temps de commencer à se vanter et à dire aux gens “qui nous sommes et ce que nous faisons”. Il se penchait en même temps sur d’autres méthodes pouvant améliorer le recrutement, lesquelles seraient utilisées en 2007.

Pendant qu’on essayait de nouvelles manières et de nouvelles techniques pour attirer des membres, la Légion s’est aussi occupée de ses affaires essentielles : les soins aux anciens combattants et la perpétuation du souvenir. Les premières ont été un défi difficile à relever pour le Bureau national des services et le Comité des anciens combattants, des services et des aînés en 2006, vu la mise en vigueur en avril de la Loi sur la rééducation et l’indemnité des membres des Forces canadiennes et des anciens combattants, appelée communément la nouvelle Charte des anciens combattants, et la nouvelle table des invalidités.

La Légion a collaboré avec des organisations d’anciens combattants qui sont dans les mêmes dispositions pour participer à la rédaction de la loi et elle s’occupe depuis à surveiller l’application de la législation et à s’assurer que les militaires, hommes ou femmes, obtiennent le soutien qu’ils méritent. L’ancienne présidente du comité, Mary Ann Burdett, a tenu des conciliabules avec le ministre d’Anciens combattants Canada, ses officiels principaux et d’autres organisations d’anciens combattants, et elle assistait au lancement officiel de la loi en avril. Elle a paru devant le Comité permanent des affaires des anciens combattants de la Chambre des communes en juin, tout en proposant des modifications à la nouvelle charte, pour expliquer le point de vue de la Légion sur la déclaration des droits de l’ancien combattant et sur l’établissement d’un ombudsman des anciens combattants. Elle s’est présentée par la suite devant le Sous-comité des affaires des anciens combattants du Sénat pour discuter des mêmes questions.

En octobre, le nouveau président national Jack Frost a mis le Comité permanent des Communes au courant du développement de la politique de la Légion concernant la révision de la déclaration des droits de l’ancien combattant et sur l’institution d’un ombudsman des anciens combattants. Il a paru par la suite devant le Comité sénatorial spécial sur le vieillissement et parlé en faveur d’un fonds d’actions renouvelable qui servirait à offrir un crédit d’anticipation pour les projets de logement et préconisé des normes nationales dans les institutions de soins de longue durée (SLD). Il a également rencontré le ministre des Anciens combattants pour discuter des questions de revendication d’un grand intérêt pour laLégion qui ont été soulevées au Congrès national, et il a assisté à des réunions régulières qui ont eu lieu avec des cadres d’Anciens combattants Canada à Ottawa et à Charlottetown où on a discuté de la modification des processus d’affaires concernant la Loi sur les pensions et la nouvelle charte.

Pour la quatrième année, les sondeurs de SLD de la Légion ont continué à administrer, de la part d’ACC, les questionnaires sur le degré de satisfaction dans les institutions de SLD. Des sessions de formation pour les nouveaux sondeurs ont eu lieu à Vancouver en mars et à Winnipeg en novembre. La formation a aussi été offerte aux nouveaux agents d’entraide et autres candidats en janvier et en septembre, à laquelle participaient des équipes juridictionnelles d’ACC de Charlottetown ainsi que des stagiaires d’ACC et des Forces armées canadiennes. Des agents d’entraide des directions ont aussi assisté à une session de perfectionnement professionnel à Charlottetown en novembre, laquelle comprenait du matériel sur les programmes de la nouvelle charte, la question d’un manuel de référence pour les agents des services et une journée entière de travail avec le système du Réseau de prestation de service à la clientèle.

Deux nouveaux projets de logement, à Langford (C.-B.) et à Alliston (Ont.), ont été terminés en 2006 alors que le centre d’excellence du logement de la Légion terminait sa sixième année d’opérations. Un nouveau répertoire de logements a été délivré aux directions divisionnaires et le conseiller de la Légion David MacDonald a offert une aide et des conseils inestimables aux filiales et divisions de la Légion que cela intéressait.

Le coordinateur des SLD du Comité des anciens combattants, des services et des aînés, Jim Margerum, a représenté la Légion à la conférence de presse du Conseil consultatif de gérontologie, en novembre, où le conseil a délivré un document de travail qui avait pour but d’améliorer le soin et le soutien disponible aux anciens combattants actuels et à venir qui vieillissent.

Pendant que les anciens combattants étaient bien servis, le Comité national du coquelicot et du souvenir, dirigé d’abord par Jack Frost et ensuite par la vice-présidente nationale Pat Varga, a été extrêmement occupé à cause d’activités ayant pour raison d’être la perpétuation du souvenir.

Durant l’année a eu lieu le 75e anniversaire du jour du Souvenir au Canada et, en l’honneur de l’occasion, la Légion a collaboré avec Koch Entertainment pour préparer et publier un DVD de collection sur le jour du Souvenir. L’année a aussi été marquée par la cérémonie du jour du Souvenir au Monument commémoratif de guerre du Canada, à Ottawa, où plus de 25 000 personnes ont assisté. La mère de la Croix d’argent de 2006, Alice Murphy de Conception Harbour (T.-N.), a perdu son fils, le caporal Jamie Murphy, en Afghanistan, le 27 janvier 2004, à cause d’un bombardement suicide.

Murphy a été accompagnée à la cérémonie par les gagnants seniors des concours littéraires et d’affiches de la Légion. Plus de 75 000 jeunes Canadiens ont participé aux concours de 2006 et les gagnants seniors se sont rendus à Ottawa pour déposer une couronne de la part de la jeunesse du Canada. Il s’agissait de Crystal Huang de Burnaby (C.-B.), la gagnante du concours d’affiche en couleurs, Jung-Min Shin de Parksville (C.-B.), affiche en noir et blanc, Maxime Turgeon de Magog (Qc), composition et Rachel Bueckert d’Eyebrow (Sask.), poésie.

Ils étaient accompagnés à la cérémonie par les cadets de la mer, de l’armée et de l’air exceptionnels de l’année : le premier maître de première classe Andrew Bruce (mer) de Tofield (Alb.), l’adjudant-chef Guylaine Archer (armée) de Shippegan (N.-B.) et l’adjudant (1re classe) Heather Shonoski (air) de Winnipeg. L’Ordre de St-Joachim, qui a un lien historique avec le militaire, a aussi institué une bourse de 500 $ pour quelqu’un qui se prépare à suivre des études postsecondaires ou qui les suit. Cette bourse est donnée aux cadets exceptionnels de la Légion sur une base de rotation et le premier récipiendaire en a été le pm2 Bruce.

Dans le cadre d’autres efforts concernant le souvenir, le comité a obtenu bien du succès dans le monde des entreprises. Air Canada, Sears Canada et Tim Hortons ont tous trois honoré nos anciens combattants et exhorté leurs employés et leurs clients à porter un coquelicot. Mais c’est Air Canada qui a élevé le coquelicot au plus haut. La société aérienne, dont le siège social se trouve à Montréal, et son partenaire Jazz, dont le siège social se trouve à Halifax, ont appliqué une décalcomanie sur la porte d’entrée de 10 de leurs avions volant au Canada. Aux manifestations de dévoilement qui avaient lieu en même temps ont assisté les directeurs généraux des sociétés aériennes, le président national à Montréal, le premier vice-président national à Halifax, et nombre d’employés, y compris beaucoup des anciens pilotes militaires et certains qui continuent de voler pour nos forces de réserve.

Pendant l’année, le comité a choisi le slogan Le souvenir… transmettez-le pour le matériel promotionnel du coquelicot. Il a aussi donné forme à des directives concernant l’utilisation du coquelicot en tant que symbole, lequel est une marque de commerce qui appartient à la Légion. Elles seront incluses dans le manuel du coquelicot à sa prochaine impression. Il y a aussi eu beaucoup de discussions sur la manière de reconnaître le trépas du dernier vétéran de la Grande Guerre et la Légion a déclaré publiquement qu’elle soutient sans réserve l’organisation d’une manifestation en l’honneur de cette triste occasion.

Conformément à l’importance qu’il attache à la jeunesse, le comité a aussi appuyé Scouts Canada dans le cadre de son programme Transmettre le flambeau, une initiative de pistes interprétatives où les camps de scouts à travers le Canada aménagent des sentiers du Souvenir sur leurs territoires respectifs. Chaque sentier a cinq ou six endroits d’apprentissage où une plaque sert à raconter une histoire, à faire part d’une expérience ou à faire réfléchir aux sacrifices faits par des Canadiens.

Alors que le Comité du coquelicot et du souvenir continuait à éduquer les Canadiens sur l’importance du souvenir, le Comité des sports organisait ses quatre championnats majeurs pour les membres au curling, aux fléchettes et au cribbage seniors et réguliers. Le comité, qui était présidé par Wilf Edmond au début et puis par John Alger par la suite, a aussi dirigé les Championnats nationaux d’athlétisme de la Légion de 2006, fait une étude pour découvrir l’état des sports des membres dans les filiales, révisé les règlements actuels et choisi les endroits où vont avoir lieu les championnats de sports des membres en 2008.

La filiale Cloverdale de Surrey (C.-B.) a conduit les championnats de curling senior et régulier du 18 au 25 mars. Les gagnants étaient la filiale Alliston de la Division de l’Ontario chez les seniors et la filiale Salmon Arm de la Division de C.-B./Yukon chez les réguliers. Les championnats de cribbage ont eu lieu à la filiale Prince Albert (Sask.). L’équipe championne a été celle de la filiale Grand Bend de la Division de l’Ontario, le titre des doubles a été remis à la filiale Jervis Bay de Saint John (N.-B.) et Ken Fulmek de la filiale North Calgary a été couronné chez les simples. Les championnats de fléchettes ont eu lieu à la filiale Robertson Memorial de Medicine Hat (Alb.). L’équipe gagnante était celle de la filiale St. John’s de la division Terre-Neuve-et-Labrador, le titre chez les doubles a été remis à la filiale Cranbrook de la Division de la C.-B./Yukon et Dion LaViolette de la filiale Lower Sackville, de la Division de la N.-É./Nunavut a été couronné chez les simples.

Les nationaux de la Légion pour les garçons et filles de 12 à 17 ans ont eu lieu à Burnaby (C.-B.) du 10 au 17 août. Y ont participé 325 athlètes, 35 chaperons et 24 entraîneurs, qui s’étaient rendus aux installations de l’Université Simon Fraser. Quatre nouveaux records ont été fixés, chez les garçons de moins de 18 ans aux 3 000 mètres, chez les filles de moins de 16 ans aux 3 000 mètres, chez les filles de moins de 16 ans au lancer du poids de 4 kilogrammes et chez les filles de moins de 18 ans au saut à la perche.

D’après le sondage des filiales sur les sports, 23 pour cent des membres ont participé à des activités sportives des membres, mais 17 pour cent des filiales de la Légion n’y avaient pas participé. Quant aux gens qui s’y étaient engagés, toutefois, 87 pour cent s’étaient engagés à un point au-delà de la filiale. Les fléchettes et le cribbage sont les activités les plus populaires dans les filiales alors que le curling, que ce soit aux niveaux senior ou régulier, n’a que peu de partisans.

Le Comité des relations publiques appuyait ces comités et d’autres, tout en menant ses propres campagnes pour maintenir la Légion dans l’esprit du public. Présidé par le vice-président national John Alger jusqu’au congrès national, il est depuis sous le leadership du vice-président national Cliff Tessier. Le Comité des relations publiques a révisé son plan des deux dernières années et étudié celui qui a été fixé par le Congrès national pour les deux années à venir.

Le comité s’est particulièrement intéressé aux résultats de sondages et d’analyses médiatiques qui seront présentés au CEN régulièrement. Une analyse rapide du dernier sondage fait en décembre 2006 a démontré que la Légion fait l’effet d’un taux de reconnaissance de 69 pour cent au Canada. Cela indique qu’il n’y a eu aucune diminution de ce facteur-là depuis le sondage précédent. Une autre analyse se faisait faire à la fin de l’année. Le comité a aussi été très satisfait de l’importance de la réceptivité au service des communications à propos des besoins des autres comités et départements.

Il y a eu plus de mouvement que d’habitude dans le site de la toile maintenu pour tous les comités des quartiers généraux et des sections. L’ont utilisé régulièrement les filiales, les légionnaires et le grand public pour obtenir des renseignements, y compris des manuels et des statistiques, ainsi que des données historiques. Il a aussi servi, pour la première fois, à la distribution de communiqués d’intérêt public aux postes de radio et de télévision à travers le Canada.

Les programmes de relation publique majeurs ayant pour objet d’assister les forces militaires, y compris une tournée de spectacles pour les troupes déployées en Afghanistan, à laquelle le vice-président national John Alger a assisté, l’opération Père Noël, ont servi à faire un cadeauà chaque troupier en service, et l’octroi à l’équipe de la Marche de Nimègue (à laquelle Dennis Stow de la filiale Pembroke (Ont.) a participé) a permis à ses membres d’aller à la crête de Vimy. Bien qu’ils aient fait ce voyage, les marches elles-mêmes ont été annulées après la première journée à cause de la canicule. La Légion a aussi appuyé les sports militaires durant l’année et a eu l’honneur de présenter les trophées de la Légion aux entraîneurs masculin et féminin de l’année 2005 à l’occasion du dîner annuel donné en l’honneur des accomplissements athlétiques militaires.

Le militaire du Canada est une force petite mais efficace et c’est pour cela que le Comité de la défense de la Légion a les développements militaires à l’oeil. Elle veut s’assurer que nos militaires soient formés comme il faut, bien équipés et payés convenablement pour les efforts qu’ilsfont pour nous. Durant l’année, le comité, présidé par Lou Cuppens, a rencontré des officiels de la Défense et d’autres officiels du gouvernement, selon les besoins, afin de s’assurer que la Légion soit reconnue pour son engagement envers nos militaires, et il a poursuivi son rôle d’intercesseur grâce à son siège au Congrès des associations de la Défense. Le chef d’état-major de la défense est un vice-président honoraire de la Légion et l’aumônier-général est aussi un des aumôniers de la Direction nationale.

Le Comité de la Ligue royale des anciens combattants du Commonwealth (LRACC), présidé par le président national, s’est occupé des anciens combattants du Commonwealth qui intéressent la Légion. Une proposition de retirer la LRC de la LRACC en 2006, à cause du manque d’efficacité dans la liaison, ce qui faisait obstacle aux opérations, a été révoquée par la suite, quand le quartier général de la LRACC à Londres a donné une excellente réponse aux supplications de la Légion. Pendant l’année, la Légion a assisté 241 anciens combattants et 115 veuves d’anciens combattants antillais, ainsi que chacun des 15 pays de la région des Antilles envers lesquels elle s’était engagée. Le coût du programme est encore important et un engagement de 352 000 $ a été fait pour l’an prochain.

Le comité a aussi donné un coup de main en ce qui concerne la fourniture d’un nouveau logement pour un ancien combattant nécessiteux de Belize, le président ayant vu la situation désespérée où il se trouvait à l’occasion d’une visite dans son pays. Les résultats de l’assistance de la Légion ont aussi été démontrés au président durant les visites qui avaient été prévues pour lui en Jamaïque et au Grand Caïman pendant la même période.

Bien qu’un certain nombre de recommandations aient été reçues à propos des distinctions de la Légion, seul un petit nombre d’entre elles ont été autorisées par le Comité des décorations et récompenses présidé par le membre du CEN George O’Dair. Il a décerné ou approuvé 91 médailles de service méritoire, 21 certificats pour service méritoire, 27 palmes pour la MSM, 12 palmes pour le CSM, ainsi que 10 prix média et 22 prix de l’amitié. Le Comité national des décorations et récompenses, présidé par Les Rowbottom, a étudié des propositions pour d’autres récompenses nationales n’appartenant pas à la Légion, et il a terminé et distribué son manuel au mois de mai. Un lien avec le manuel a aussi été créé sur le site de la Légion dans la toile et un article de lancement a été publié dans la revue Légion.

S’occuper des médailles, épingles et nombreux autres articles à vendre, dont le matériel utilisé lors de la campagne annuelle du coquelicot et du souvenir, est une tâche du service d’approvisionnement de la Légion qui a été remis à neuf récemment. Il y a actuellement 1 700 articles différents en magasin et trois catalogues servant à exalter les marchandises ont été produits, lesquels devaient parvenir aux filiales avant la fin de l’année. Les ventes ont augmenté de plus de 18 pour cent par rapport à l’année précédente et plus de 25 000 envois ont été faits aux filiales. On s’attend à ce que les opérations continuent de s’améliorer au fur et à mesure que les modifications soient apportées aux marchandises et aux méthodes d’expédition. Un pourcentage du petit profit obtenu lors de ces ventes est remis aux directions divisionnaires.

Le service d’approvisionnement, qui s’occupe de la question des médailles et épingles officielles de la Légion, a maintenant un entrepôt convenable où tous les articles mentionnés peuvent être emmagasinés et d’où ils peuvent être expédiés. C’est parce que la Direction nationale a déménagé de son vieil édifice encombrant de la rue Kent à Ottawa au nouveau siège social qui a été construit spécialement pour elle à Aird Place à Kanata. Le déménagement s’est terminé durant la fin de semaine de la fête du Travail et la plupart des services fonctionnaient comme il faut une semaine après. Bien qu’il y ait eu une petite crise de croissance, la direction fonctionne actuellement à plein rendement au nouveau site.

Le déménagement a aussi poussé la Légion à faire une proposition à la ville d’Ottawa, d’avoir un pont qui traverse l’autoroute 417, près du nouveau quartier général, Pont des valeureux et de faire orner ses butées d’une plaque annonçant différentes guerres et batailles du Canada,et cela a été accepté. Avec de l’argent provenant de la ville et de la Légion, le pont a été baptisé officiellement en décembre. Ce n’était pas la seule introduction commémorative à laquelle la Direction nationale a participé durant l’année.

En tant que supporter principal du projet sur les Valeureux à Ottawa, la Direction nationale a assisté au dévoilement des statues près du Monument commémoratif de guerre du Canada. Les Valeureux, un projet dirigé par Hamilton Southam en l’honneur des héros militaires du Canada, est un monument important aux anciens combattants du Canada qui se compose de bustes ou statues de certains de ses militaires dont les noms sont les mieux connus.

À l’occasion du déménagement, ACC a fait un gros cadeau qui a été intégré à l’édifice. L’Épée et la Croix du sacrifice qui sont cramponnées au mur de devant de la nouvelle Maison de la Légion ont été conçues par le colonel militaire à la retraite André Gauthier. Le ministre des anciens combattants Thompson a fait la présentation de l’épée et de la plaque explicative lui-même.

La Légion a aussi conclu un accord avec les FC, la Société canadienne du sang et Héma-Québec en 2006 qu’on appelle le programme “Partenaires pour la vie”. Vu que la Légion a une longue histoire d’assistance à la collecte de sang et que le déploiement actuel de nos soldats a démontré catégoriquement le besoin de ce genre de produit, il a été décidé que ce serait un endroit tout naturel pour que la Légion y devienne partenaire. Une courte cérémonie au quartier général de la Défense nationale en novembre a renforcé l’accord entre les quatre partenaires principaux.

Les détails sur toutes ces manifestations importantes dans la vie de la Direction nationale, qui ont été racontés par le personnel de la revue Légion au cours de l’année sont également très intéressantes à lire. Mais alors que l’année touchait à sa fin, les leaders bénévoles de la Légion et le personnel à la Direction nationale avaient hâte de prendre un repos bien mérité durant la période de la Noël. Ils s’étaient occupés de plus d’événements locaux et nationaux que jamais auparavant et ils avaient déménagé aussi, le tout sans suspension d’importance dans le cours des affaires qui constituent la Légion royale canadienne.

Afghanistan: Points de vue Antagonistes

La guerre du Canada en Afghanistan concerne fondamentalement la sécurité nationale. Bien que la mission puisse y avoir nombre de résultats, la seule chose que le Canada, et l’OTAN, ne peuvent pas accepter c’est que l’Afghanistan redevienne un endroit où les terroristes internationaux sont libres de s’entraîner et de conspirer pour attaquer nos sociétés. Afin d’empêcher que cela arrive, le Canada et ses alliés de l’OTAN travaillent aux côtés du gouvernement afghan pour construire une nouvelle nation là-bas, une nation qui obéisse aux lois internationales.

Le but déclaré de la mission canadienne en Afghanistan est de participer à la création d’un État afghan stable qui fonctionne. La stratégie pour atteindre ce but est de mener des opérations militaires contre les forces antigouvernementales tout en aidant à reconstruire le pays et son économie, remporter l’allégeance, le coeur et l’esprit, du peuple afghan. Bien que les militaires et les leaders politiques canadiens aient eu des différends en ce qui concerne la structure temporelle, la plupart des gens croient que cela va arriver en moins de 20 ans.

Malgré la clarté apparente de ces buts, la victoire est loin d’être certaine. Il y a de multiples groupes armés qui s’opposent aux buts du Canada, dont aucun ne donne des signes de déposer les armes. En plus de cela, le peuple afghan est fameux pour sa méfiance des forces militaires étrangères. Assurer la défaite des ennemis violents comme les taliban va déjà être assez difficile, mais remporter l’allégeance des Afghans le sera encore plus.

Bien qu’il y ait beaucoup de points de vue à propos de comment la mission est menée, et ses chances de succès, une chose est claire: il n’y a pas de grande marge d’erreur. Alors que le Canada et ses alliés de l’OTAN croient en leur stratégie (Force opérationnelle en Afghanistan : la bataille pour le peuple, jan./fév. 2007), il pourrait être utile de considérer la perspective des gens dont le point de vue est différent. Ainsi, afin d’étudier la mission sous tous les angles, les suivantes sont des interviews que nous ont accordé deux hommes qui ont réfléchi profondément à la situation en Afghanistan. Ils sont tous deux très sceptiques et il est sûr que l’on ne doit pas prendre tout ce qu’ils disent pour des faits, mais ils ont aussi des choses intéressantes à dire à propos de la mission. La première interview nous a été accordée par un vétéran de la guerre afghane-soviétique qui vit actuellement au Canada et la deuxième, par un jeune médecin qui a grandi à Kaboul durant le règne des taliban, et qui y vit encore.

* * *

L’Union soviétique a envahi l’Afghanistan en 1979 et elle s’est avouée vaincue 10 ans après. Le lieutenant Yuri Sekret a été déployé à Ghazni (Afghanistan) en 1987 comme membre d’un escadron d’hélicoptères attaché à la 40e armée rouge de l’Union soviétique. Il était âgé de 28 ans. Sekret était ingénieur des communications d’hélicoptère dont l’unité était attachée aux forces afghanes. Bien que Sekret ne soit pas allé au front lui-même, des hélicoptères de son unité ont été attaqués par des missiles Stinger fournis par les États-Unis et le feu des tireurs embusqués était commun dans la région de sa base.

Originaire de Riga (Lettonie), Sekret est venu au Canada en 1999 et il vit actuellement près d’Ottawa. Il n’a commencé à parler anglais que lors de son arrivée au Canada.

Il dit qu’il rêvait de s’engager dans les forces militaires soviétiques depuis son enfance et il fut nommé officier de l’armée rouge après avoir obtenu un diplôme de l’université militaire.

Une fois déployé en Afghanistan, Sekret a été nommé à une position unique dans son unité, qu’il compare au rôle d’un aumônier dans les Forces canadiennes. “Je travaillais davantage avec les politiciens. Comme un commissaire. C’était vraiment un travail politique. Tous les officiers étaient communistes, parce que pour faire carrière il fallait être communiste. C’était normal pour tout le monde et, en fait, personne n’y pensait. Au Canada, peut-être que les gens croient que les communistes sont des monstres, mais nous étions comme tout le monde.”

D’après Sekret, une des principales difficultés qu’il y avait en Afghanistan c’était quand on essayait de comprendre la nature complexe du peuple afghan et de leurs sautes d’allégeance. Bien que ceci puisse sembler comme une observation anodine, c’est un problème vraiment central, car l’allégeance des Afghans est une des chevilles ouvrières de la stratégie du Canada. “Les Afghans ne sont pas des gens comme vous et moi. Très amicaux et très agressifs en même temps”, dit Sekret. “Nombre d’Afghans étaient vraiment reconnaissants de notre présence. Tant de fois, j’ai entendu tant de gens dire des choses comme ‘Oh, vous êtes si bons, vous donnez de la nourriture. Quand l’Angleterre était ici, ils ne nous donnaient jamais rien’. Nos soldats leur donnaient de tout ce qu’ils avaient. Des bonbons, de la nourriture, qu’importe. Chaque fois, nos soldats partagent.”

“Mais”, croit Sekret, “les Afghans ne sont pas vraiment un peuple compréhensible. Aujourd’hui ils vous embrassent, demain vous ne savez jamais ce que vous allez avoir. Si vous regardez profondément, personne ne sait à quoi ressemble le peuple afghan. C’est comme s’ils pensent toujours, ‘si quelqu’un me paie assez, je vais combattre pour l’autre côté’.”

Alors que, bien sûr, tous les Afghans ne sont pas comme cela, les observations de Sekret pourraient expliquer certaines des difficultés que les soldats canadiens doivent surmonter quand il s’agit d’obtenir des renseignements auprès de gens qui semblent amicaux mais qui ne coopèrent jamais vraiment. Malgré son incapacité à comprendre les Afghans, Sekret argumente que l’impression qu’a l’Ouest de la guerre des Soviétiques en Afghanistan était déformée par la propagande et que, loin d’avoir été une guerre totale, l’expérience soviétique n’était pas de façon significative différente de celle qu’a le Canada actuellement. En effet, Sekret nous montre une photo où, jeune et en santé, il se tient, seul et sans arme, au centre-ville de Ghazni à la fin de 1987.

Ce n’est pas quelque chose qu’un soldat de l’OTAN aurait hâte de faire ces jours-ci.

Peut-être, on le comprend bien vu ses expériences, que Sekret n’a pas beaucoup d’espoir que le but du Canada, une démocratie stable, puisse être établi dans le cadre du calendrier actuel de 10 ou 20 ans. En fait, Sekret n’a même pas espoir que cela puisse se faire. “Je ne crois pas que nous puissions donner notre culture et notre démocratie à ces gens-là. Parce que ces gens ont leurs propres règles, leur religion, et ils ont foi en ce qu’ils ont. Et quand nous mettons notre nez là-dedans, et nous ne pouvons pas les changer parce que c’est une culture de gens et les gens aiment l’avoir de la manière qu’ils préfèrent. Tout d’abord, il faut éduquer les gens beaucoup mais pour cela il faut des centaines d’années. On ne peut pas le faire en cinq ans ou 10. Vous savez, il faut éduquer les enfants, tous ces enfants, pour changer la mentalité du pays. C’est impossible. C’est impossible. Vous n’avez pas assez de puissance pour le faire. Vous savez, les gens sont vraiment bons mais ils croient à ce qu’ils ont et ils ont une mentalité particulière, et pour la changer ce n’est pas assez 10 ans, 20 ans.”

D’après Sekret, les deux problèmes principaux sont que les Afghans ne font pas du tout confiance aux étrangers et, à propos du militaire, le Pakistan, comme il l’a fait durant le conflit russe, joue encore un rôle crucial dans le conflit en permettant qu’on s’en serve de base de facto pour le leadership et la logistique ennemis. À moins que l’ennemi puisse être isolé de ses vivres et financement, dit Sekret, la guerre ne finira simplement pas et la situation va dégénérer jusqu’à devenir le même problème que la Russie a affronté en 1989.

“Vous pouvez voir ce qui est arrivé quand la Russie est partie : ce n’était pas mieux. Si nous étions restés, pas mieux non plus.”

Bien que le pessimisme de Sekret soit certainement basé sur son expérience, et l’expérience soviétique en général, en Afghanistan, il fait remarquer certaines choses intéressantes, surtout la question à savoir si la coalition de l’OTAN est assez puissante et si elle a assez d’endurance pour faire des changements durables à la société et à la culture d’un pays comme l’Afghanistan. Alors que les commandants canadiens disent que oui, et bien que leur pari puisse sembler bon, seul le temps nous donnera une réponse définitive.

Le docteur Safi Ahmad Ahadyar est un Tadjik de 24 ans qui a vécu à Kaboul toute sa vie. Non seulement est-il très éduqué, il est aussi profondément occidentalisé. Il conduit une Corolla de Toyota, porte des vêtements dernier cri et parle avec beaucoup d’enthousiasme à propos de comment trouver une Canadienne et l’épouser. Également, vu qu’il est Tadjik, il est, en droit tout au moins, un adversaire naturel des Taliban basés sur les Pashtouns. D’après ces critères, on pourrait prédire qu’il a de la sympathie à propos de ce que le Canada désire pour son pays. Mais ce n’est pas le cas. Son point de vue sur la mission du Canada est profondément méfiante, presque collusoire. C’est en fait cette méfiance, surtout des forces militaires étrangères, qui tend à constituer la vue entière qu’il a du monde. D’une façon ou d’une autre, il en est venu à croire que le Canada et l’OTAN sont simplement des préposés de la tentative impérialiste états-unienne en vue de contrôler l’Afghanistan. Il ne voit pas de différence entre les forces des États-Unis et celles de n’importe quel autre pays, y compris le Canada. Il ne fait confiance à aucune d’entre elles. “Je ne fais confiance qu’à mon propre pays, qu’il soit indépendant. Simplement, nous voulons être stables. Si l’OTAN veut aider l’Afghanistan, il faut qu’elle prépare le terrain pour l’éducation. Elle devrait essayer d’inviter les gens à ne pas se battre. Il n’y a pas besoin que les militaires apportent des armes à feu et encore des armes à feu, des bombes et des avions ici. Tout le monde est fatigué de ces choses-là”, dit Ahadyar à l’occasion d’une interview qu’il nous a accordée à Kaboul, où il travaille aussi en tant que traducteur pour la revue.

“Si elle veut vraiment aider les Afghans, elle devrait essayer de développer l’éducation, essayer de développer l’économie, essayer de découvrir des ressources comme le pétrole et le gaz qui puissent être utilisées par les Afghans. C’est comme ça qu’elle pourrait nous aider. Ce n’est pas la façon d’envoyer les militaires patrouiller tout le temps. Les Afghans n’aiment pas les étrangers, ce sont des gens étranges. Et si ce sont des militaires? Ils ne les aiment jamais. Je suis sûr que les Afghans sont fatigués de se battre, autrement ils ne permettraient à aucun militaire d’être ici.”

Alors qu’il est clair que les Canadiens et leurs alliés progressent en ce qui concerne la reconstruction de l’Afghanistan (partout, de l’ouverture des écoles jusqu’au développement de l’économie), rien de tout cela arrive assez vite ni assez largement pour obtenir la confiance d’Ahadyar. En fait, il est si sceptique à propos des intentions de l’OTAN qu’il croit que l’effort d’assurer le pays contre les Taliban est méconduit intentionnellement.

“Oui, et c’est ça l’important. Qui sont les Taliban? Qui est-ce qui appuie les Taliban de nos jours? Comment peuvent-ils se battre contre le gouvernement central, contre les forces de la coalition et contre l’armée nationale? Comment peuvent-ils continuer à se battre sans aide? Comment ce fait-il que l’Amérique ne puisse pas les balayer de deux ou trois autres provinces?

Comme nombre d’Afghans, Ahadyar se méfie beaucoup des intentions du Pakistan pour son pays, et bien qu’il sache que les Taliban comptent beaucoup sur l’abri qu’est pour eux le Pakistan, il ne comprend pas pourquoi on laisse cela continuer. “Pourquoi l’Amérique permet-elle au Pakistan de les aider? S’ils savent, pourquoi ne l’empêchent-ils pas? S’ils ne l’empêchent pas, qu’est-ce qu’ils font? S’ils savent que le Pakistan aide les Taliban, pourquoi n’envahissent-ils pas le Pakistan?”

Et c’est certainement un produit de cette méfiance à propos des étrangers qu’Ahadyar déclare que cela ne le dérangerait pas si les Taliban reprenaient le pouvoir et que la vie sous les Taliban n’était pas vraiment pire qu’elle l’est actuellement. “Sous les Taliban et maintenant, c’est la même chose pour moi. Ces choses que je vois maintenant, ce ne sont que des changements momentanés. Avec les Taliban, on ne pouvait simplement pas voir de femmes autour des bazars, ou bien on ne pouvait pas voir de femmes aller à l’école et ce genre de choses. C’est simplement que maintenant nous pouvons voir les femmes. Et rien d’autre. Rien que des étrangers qu’on a ajoutés à la situation et ça ne va pas mieux que du temps des Taliban.

“Au temps des Taliban aussi, on était davantage en sécurité que maintenant”, croit-il. “Il n’y avait pas de bombardement, rien d’autre. Simplement il y avait quelques roquettes venant de l’alliance du Nord. Et il n’y (avait) pas de suicidaire, pas de vol, pas de meurtre. Si vous laissiez quelque chose dans la rue quand vous reveniez c’était au même endroit, personne ne pouvait y toucher.”

Il est à noter que la version de l’histoire d’Ahadyar est bien différente de ce que nous savons des Taliban, qui est que, bien que les Taliban aient augmenté la sécurité en général, en effet, durant leur règne, ils l’ont fait en utilisant des tactiques brutales qui ignoraient les droits humains et qu’ils adhéraient à un concept de justice travesti. De toutes façons, toutefois, un retour au pouvoir des Taliban n’est pas la solution préférée d’Ahadyar. Bien qu’il désire certainement que les militaires étrangers quittent l’Afghanistan, il préfèrerait qu’ils créent une paix durable avant de s’en aller.

“Je ne dis pas que tout le monde devrait emporter leurs militaires d’ici tout de suite et qu’il devrait y avoir des combats ici, parce qu’alors je sais qu’il n’y aurait pas de développement ici.

“Simplement, nous voulons les Nations unies, si en réalité elles veulent aider l’Afghanistan, elles devraient inviter tous les leaders de l’Afghanistan et préparer le terrain pour qu’ils aient la même unité et la même fraternité entre eux et arrêtent de se battre. Ils devraient parler à tous les côtés. Avec les Pashtouns, les Tadjiks, les Hazaras, les Uzbeks. Ils devraient les asseoir tous à la même table. Ils devraient leur parler, discuter avec eux. Et diviser le pouvoir entre tous. Quand ils se seront tous mis d’accord, ils ne se battront plus entre eux. Nous aurons une bonne unité et ils auront une bonne sécurité.”

Alors quoi si l’OTAN et la communauté internationale ne réussi pas à obtenir une paix durable? Ahadyar n’a pas hâte de prédire si un soulèvement général aurait lieu, ou quand, mais il déclare que la situation déplaît de plus en plus à nombre de ses proches. Mais combien de temps va-t-il falloir?

“C’est une question très difficile. Simplement, nous verrons ce que le futur nous amènera. D’après moi, les gens qui ont l’expérience des combats, sont fatigués, et les nouvelles générations comme la mienne nous n’avons pas l’expérience des combats, alors comment pouvons-nous commencer? Simplement, maintenant nous devrions nous asseoir et voir si nos leaders vont les commencer.”

Alors que les préjugés d’Ahadyar sont clairs, ils sont aussi instructifs. Il fait attention à la situation et il a pourtant une méconnaissance profonde du rôle et de la nature de la mission canadienne. Et bien que nombre d’autres Afghans appuient certainement davantage les objectifs du Canada, Ahadyar est peut-être représentatif en ce qu’il est défini par sa méfiance, une méfiance qu’aucune éducation ni information n’a réussi à percer.

Mais il nous fait aussi part de quelque chose de très instructif. Il sait, presque à un niveau instinctif, qu’une solution militaire au problème en Afghanistan a peu de chances de réussir. La seule victoire en Afghanistan sera politique d’abord, quand le gouvernement afghan sera accepté par tous les Afghans en tant qu’autorité régnante. Le colonel Fred Lewis, sous-commandant de la Force opérationnelle en Afghanistan, est d’accord avec Ahadyar à propos des trois piliers de la mission du Canada, qui sont la sécurité, la bonne gouvernance et le développement de la reconstruction. La bonne gouvernance d’après Lewis c’est, littéralement, la démocratie, la direction par le peuple et, comme il dit, il y a du progrès. “Ce que j’ai vu à propos de la bonne gouvernance, pour l’instant, c’est l’exemple du gouverneur (provincial de Kandahar) prenant la responsabilité de la reconstruction et du développement dans sa région et les dirigeant. C’est quelque chose. Nous voyons divers comités et ainsi de suite au niveau provincial qui commencent à fonctionner. On les fait travailler, à faire des choses pour leurs gens. Alors je pense que c’est quelque chose d’assez bien.

“Deux tiers des districts de cette province ont actuellement ce qu’on appelle Comité de développement de district, qui sont responsables de définir le genre de projet dont on a besoin dans leur district, et décidant de leur ordre d’importance. Est-ce cela la bonne gouvernance? C’est la démocratie, les gens disent ce qu’ils veulent. C’est fort. Pour un pays qui a été complètement brisé depuis 1979, et qui a toute une génération de gens qui ne savent pas du tout ce que ça veut dire que la démocratie, c’est fort.”

Et bien que les ennemis les plus violents du gouvernement ne vont probablement pas consentir à l’arrangement démocratique de partage du pouvoir qu’envisage Ahadyar et que Lewis travaille pour créer, peut-être que certains vont y consentir. C’est dans ce sens que la vision de la résolution diplomatique des conflits en Afghanistan, amener tout le monde à une table et les aider à se mettre d’accord, n’est pas seulement optimiste, il se peut que ce soit le meilleur espoir.

Au bord de l’enfer

by Tim Cook

Mon très cher père,
C’est Vendredi saint et je passe la journée à ceindre mes reins pour le combat. Le dimanche de Pâques, avec la paix sur la terre et les hommes de bonne volonté, je participe à la plus grande bataille de l’histoire du Canada, et peut-être de l’histoire du monde. Alors adieu, au cas où j’y reste.

Cette ‘dernière lettre’ fut postée le 7 avril 1917 par le lieutenant Gregory Clark à son père, quelques jours à peine avant qu’il prenne part à sa première bataille. C’est à la crête de Vimy, un nom qu’il ne pouvait pas mentionner à sa famille pour des raisons de sécurité, mais aussi un nom qu’elle n’aurait pas reconnu de toute façon. Cela allait changer durant les années qui suivraient car Vimy allait prendre une place sublime dans le panthéon des indicateurs historiques canadiens.

En avril 1917, toutefois, Clark et ses compagnons appartenant au Corps canadien n’ont vu la crête qu’en tant qu’obstacle dominateur, grandement fortifié et presque imprenable. Trois attaques contre la crête de sept kilomètres faites auparavant par les troupes françaises et anglaises avaient été repoussées. La tentative des Français avait eu lieu au début de l’été 1915, quand les Canadiens se trouvaient à Festubert et à Givenchy. Les Français avaient lancé plusieurs divisions contre la crête et ils avaient été repoussés lors d’une boucherie ensanglantée où plus de 100 000 soldats français et environ 80 000 soldats allemands étaient morts.

Clark comprenait fort bien l’ampleur de la tâche à laquelle les Canadiens faisaient face, et il était possible qu’il ne retourne jamais chez lui.

Il avait 24 ans quand le Canada est entré en guerre, en août 1914. En ce temps-là, il était à son chalet avec son amie Helen. Ils se courtisaient depuis à peu près un an et ils s’aimaient énormément. Gregory et Helen sont retournés à Toronto le 15 août, où ils ont été pas mal surpris d’apprendre que le Dominion était en guerre depuis presque deux semaines. Ils étaient perplexes à propos des événements et Clark, un écrivain et homme du grand air invétéré, retourna à son poste au journal Toronto Star. Il écrivait dans son journal intime : “La guerre fait toujours rage. Elle ne nous excite pas vraiment beaucoup… Elle semble si lointaine.”

Clark s’est occupé de la chronique criminelle du journal durant toute l’année 1914, mais il s’intéressait de plus en plus à la famille des soldats. Toronto fut secouée par les chiffres terribles des victimes après la bataille d’Ypres titanesque, en avril 1915, où les Allemands ont utilisé le chlore gazeux pour la première fois de l’histoire de la guerre et plus de 6 000 Canadiens ont été tués, blessés ou faits prisonniers. Clark interviewait des parents et racontait leurs histoires dans ses articles. La guerre arrivait chez nous. Son père et son frère étaient très patriotes; son frère, Joe, s’est vite engagé et leur père exhortait les hommes physiquement aptes à faire leur devoir par l’entremise d’éditoriaux dans les journaux qui faisaient grand tapage. Clark ressentait de plus en plus la pression d’aller servir son pays, mais son amour pour Helen était puissant et il ne pouvait se résoudre à la quitter.

Le stress de savoir que d’autres se battaient pour lui finit par pousser Clark à prendre la décision déchirante; il s’engagea le 27 mars 1916, en tant que simple soldat, dans le 170e Bataillon. Ne mesurant qu’à peine cinq pieds deux pouces et demi et ne pesant que 110 livres, il avait quand même l’éducation et la conduite qu’il fallait pour pouvoir devenir officier. Il fut promu rapidement, et puis nommé officier, et il passa une grande partie de 1916 dans des écoles de formation d’officiers au Canada. Toutefois, il épousa sa bien-aimée Helen. Bien que n’ayant presque jamais été séparé d’elle plus d’un jour, il s’embarquait pour l’Angleterre quatre jours après les noces et il ne la reverrait que 1 039 jours après.

***

À la fin de 1916, Clark fut transféré aux 4th Canadian Mounted Rifles, une ancienne unité de cavalerie qui avait été convertie en unité de fantassins car le front occidental avait démontré que les cavaliers n’avaient guère de chance contre les explosifs, les shrapnells et le feu mortel des armes légères. Clark est arrivé en France à la fin de 1916, et il a tout de suite rejoint son unité dans le monde étrange, ravagé et enténébré des tranchées.

Comme la plupart des soldats, Clark a trouvé le combat au front occidental étrange et dangereux. Durant l’hiver 1916-1917, son expérience des tranchées était en grande partie la monotonie et le labeur, mais il a souffert de bombardements terribles de l’artillerie qui faisait trembler les hommes et les obligeait à s’étaler dans la boue. “J’avais vu la terreur”, écrivait-il dans son journal, “le grand tumulte terrible de la bataille qui paralyse : quelque chose si éloigné de l’humanité qu’on aurait dit que tous les dieux et tous les diables étaient devenus fous et se battaient entre eux, oubliant les faibles mortels sous leurs pieds.” Mais on apprit la nouvelle qu’une offensive contre Vimy se planifiait, et tous savaient que le combat allait être encore plus intense et meurtrier.

Les 4th CMR, un des bataillons d’infanterie qui seraient parmi les premiers à passer à l’attaque, passèrent plusieurs mois en préparation, planification et entraînement pour leur rôle. Clark allait commander le 15e Peloton (environ 45 hommes) lors de la bataille. Les Canadiens commencèrent à se rassembler dans les tranchées de l’arrière le soir du 7 avril. Pendant les cinq derniers jours, les obus avaient hurlé au-dessus des têtes, jour et nuit, lancés par les canons qui martelaient les positions ennemis.

Le dimanche de Pâques, le 8 avril 1917, les premières unités des 4th CMR partirent au front à minuit, en empruntant une des merveilles d’ingénierie de combat, le tunnel Goodman. Durant la longue étape de préparation, les Canadiens avaient construit plus d’une douzaine de tunnels pour que les troupes puissent se rendre au front au moment de l’attaque. La plupart avaient quelques centaines de mètres de longueur, et Goodman mesurait plus d’un kilomètre. Il était assez haut pour que les hommes puissent s’y tenir debout, mais il n’avait pas été construit pour des timorés ou des claustrophobes.

Durant les heures froides et noires du 9 avril, Clark rassembla son peloton dans ce qu’on appelait les “tranchées de départ” à l’extérieur du tunnel Goodman. Chaque homme était laissé tranquille avec ses pensées. Est-ce que ce serait son dernier jour sur Terre? On faisait ses prières, on manipulait les fétiches-porte-bonheur, on écrivait les dernières lettres aux êtres chers au pays. Au-dessus de leur tête, les obus hurlaient vers les lignes allemandes. Le temps s’écoulait lentement jusqu’à l’heure zéro.

À 5 h 30, le lundi de Pâques, toute la puissance de l’artillerie se mettait à bombarder les lignes allemandes de ses 983 canons, obusiers et mortiers qui lançaient un flot de mort et de destruction. Les Canadiens, qui s’étaient exercés pendant des semaines avant la bataille, allaient suivre le barrage d’artillerie jusqu’aux lignes ennemies. Ce mur d’obus et d’explosions qui bougeait fendait l’air alors qu’il se traînait sur le champ de bataille. Mais il y avait une grande différence avec les exercices d’assaut d’avant la bataille (où les officiers avaient transporté des drapeaux pour indiquer où se trouvait le barrage, avançant d’une centaine de verges toutes les trois minutes) et la réalité quand on suivait le barrage assourdissant qui déchirait la terre.

Trois minutes après l’heure zéro, Clark sortit de la tranchée en criant “Allez les gars!” même si ses mots disparurent dans le tumulte des explosions. Son peloton vint à sa suite, tout comme les douzaines d’autres qui étaient visibles, et les centaines d’autres le long de la crête. Les Canadiens avaient démarré.

Gregory Clark a raconté ce qu’il ressentit : “D’une certaine façon, c’était une vue resplendissante. Il faisait encore assez noir. La giboulée tombait. Là, devant nous, horriblement près, se trouvait le bord de l’enfer. Il flambait et lançait des éclairs et des étincelles, les obus éclataient; il y avait des fusées blanches et colorées lancées par un ennemi déstabilisé. Et les lumières éclairantes et étincelantes montraient un mur infernal de fumée qui se tordait, qui bouillait, et dans lequel se trouvaient des silhouettes d’hommes qui avançaient.”

Ils s’avancèrent de façon mesurée, à pied, derrière le barrage rampant qui déchiquetait les lignes ennemies. Ils passèrent à côté de cratères gros comme une maison; le fil barbelé avait été arraché; des Allemands morts gisaient sinistrement ça et là. Le tout se voyait en passant lors de la marche jusqu’en haut de la crête. La discipline rigide des troupes vint à leur secours. Toutes les trois minutes, les soldats s’arrêtaient, se couchaient, et attendaient que le barrage s’avance de cent verges de plus. Ils s’avancèrent plus de douze fois et, chaque fois, ils se blottissaient, tendus, sous la couverture d’obus. À l’occasion, le son des MG-08 lourds allemands qui tiraient s’entendait malgré le fracas, mais devant Clark il n’y avait pas d’Allemand excepté les prisonniers qui s’échappaient en courant, les mains en l’air.

Mais des hommes étaient tués tout autour de Clark alors que les balles et les shrapnells sifflaient au-dessus du champ de bataille. Pendant 35 minutes, ils ont continué de s’avancer, jusqu’à ce qu’ils atteignent la tranchée de réserve ennemie. Là, le barrage d’artillerie fit une pause pendant 45 minutes, balayant les lignes ennemies et permettant aux unités retardataires de les rattraper. Il n’y avait pas grand-chose à faire pour les fantassins, alors ils creusèrent dans les cratères, fumèrent des cigarettes et vidèrent leur vessie, laquelle en avait bien besoin.

Pendant qu’ils attendaient, Clark et un petit groupe d’hommes se trouvaient dans un cratère d’où ils étudiaient le front, jetant un coup d’oeil à leur montre pour savoir quand il allait falloir s’avancer à nouveau. Un obus de l’ennemi atterrit dans le fond du cratère, dissipant la superstition selon laquelle un obus n’atterrit jamais dans le trou d’un autre. De dire Clark : “il nous lança tous en l’air, détruisit l’étui à cigarettes que le sergent Windsor avait à la main, coupant le fusil de Bertrand en deux à la culasse et nous laissant retomber de tous côtés”. Abasourdi et secoué, le petit groupe de Clark se tapotait les jambes et les bras pour s’assurer que rien ne manquait. De façon presque miraculeuse, personne n’avait été blessé.

Après avoir vérifié son peloton, Clark remarqua un changement dans le son du barrage. Clark s’élança en avant, glissant sur le terrain boueux plein de cratères, pour suivre le barrage. À 7 h 5, ils avaient atteint leur objectif final sans que Clark et ses hommes aient tiré un seul coup de feu. Ce n’était pas la même chose dans le cas des autres pelotons de sa compagnie, ni dans celui des 22 autres bataillons qui étaient passés à l’attaque tout le long de la ligne lors de la première vague. C’était toutefois loin d’être terminé. La capture de la crête n’était que la moitié de la bataille; les Canadiens avaient été entraînés pour se préparer à la contre-attaque des Allemands qui, s’attendait-on, allaient essayer de reprendre le terrain si important.

Clark et ses hommes se retranchèrent le long de leur ligne, créant une série de places fortes pour résister à l’attaque allemande. De la crête, ils pouvaient voir la plaine de Douai et les Allemands qui y reculaient désespérément leurs unités d’artillerie. La ligne avancée fut établie sur la pente est de la crête, ce qui leur donnait de bons champs de tir. Mais les Allemands n’avaient pas encore été tous nettoyés du front et la bataille continuait à faire rage loin à gauche où la 4e Division se battait avec acharnement pour capturer le point le plus élevé de Vimy à la colline 145. Même au front des 4th CMR, des troupes allemandes étaient retranchées et cachées sur la pente plus basse que les canons canadiens n’avaient pas pu bombarder.

Durant toute la journée, le peloton de Clark et plusieurs autres ont soutenu le combat avec ces Allemands. Le feu de l’artillerie avait aussi commencé à frapper la crête, venant de l’ennemi et des obus canadiens qui tombaient trop vite. Au début de l’après-midi, son ami le lieutenant W.G. Butson se trouvait à environ 20 verges de Clark où il essayait d’organiser ses hommes dans des trous de tirailleurs quand il tomba par terre. Clark courut l’aider et, horreur, il vit qu’une balle lui avait traversé la tête, lui ayant fait exploser les deux yeux. Clark faillit vomir. Pendant qu’un des hommes bandait la tête de Butson, Clark tenait la main de son ami qui réclamait sa mère dans son délire.

Vu que tous ses supérieurs avaient été blessés ou tués, il n’en tenait qu’à lui de coordonner la défense. Le reste de la journée servit à creuser des retranchements parmi les explosions d’obus ennemis. Il y eut quelques contre-attaques le long des lignes, mais les canonniers canadiens, dirigés par leurs observateurs postés sur la crête, faisaient pleuvoir un bombardement nourri sur eux. Quelques avions allemands volèrent au-dessus de la colline à basse altitude, l’arrosant à la mitrailleuse, mais il n’y eut pas vraiment d’attaque.

Après avoir été soumis au feu de l’artillerie pendant une grande partie du 10, les CMR avaient très hâte au 11, quand devait arriver la relève, et Clark et la plupart de ses hommes venaient de passer trois jours sans dormir. La neige tombait fortement. Éreinté, affamé, les yeux injectés de sang, Clark continua de visiter ses hommes dans leurs tranchées peu profondes et leurs trous à canon, les rassurant, que la relève allait arriver bientôt.

Un autre officier, le lieutenant L.C. Johnston, l’invita à quitter la fange pour prendre un dîner avec lui sur la colline, dans le sous-sol d’un édifice en ruines surnommé Cable House. Clark pensait que ce serait trop dangereux car les Allemands en avaient bombardé les alentours toute la journée, alors il retourna à sa tranchée boueuse quand il ne put convaincre Johnston de se joindre à lui. Il était assis là, à mâcher de la viande en boîte froide avec un de ses sergents de confiance, trop fatigué pour parler, quand il entendit un obus frapper Cable House.

“Alors la jambe de Johnston, séparée à la hanche, atterrit dans la tranchée, frappant le casque de Mackie et mes pieds”, écrivait Clark. “Je ne me souviens de rien de plus horrible que ça. Et puis le reste de Johnston vola au-dessus de notre tête et atterrit à 40 verges de l’endroit où il avait été frappé.” Sous le choc, ils jetèrent la jambe de Johnston à l’extérieur de la tranchée, mais quand leurs nerfs se calmèrent un peu, ils allèrent la chercher et la déposèrent à côté de Johnston qui était “mutilé jusqu’à en être méconnaissable”.

C’était le début d’un bombardement infernal de l’ennemi tout le long du front. Clark et ses hommes se tendirent pour la contre-attaque. On entendait des cris de douleur et des appels aux brancardiers entre les explosions. L’attaque ne se réalisa pas, bien que les CMR perdirent un nombre important d’hommes parce que leurs membres groupés, se préparant à repousser l’attaque, offraient des cibles plus importantes durant le bombardement de saturation. Ce dernier se termina au crépuscule et Clark s’est souvenu de l’image étrange d’un aumônier qui suivait le front, s’arrêtant aux fosses communes pleines de cadavres où il administrait le dernier sacrement en commun.

Au coucher du soleil, le 11, la relève des 4th CMR arriva enfin. Clark et ses hommes partirent vers l’arrière en trébuchant. Bien que certains des hommes acclamaient et chantaient la victoire, bien plus étaient ceux qui, silencieux, avaient des larmes aux yeux. Ils avaient laissé bien trop d’amis derrière eux sur la crête. D’après les rapports sur le champ de bataille, les victimes des 4th CMR furent de 43 morts, 118 blessés et 18 disparus. “Quand je me suis endormi cette nuit-là, il ne m’importait pas du tout si j’allais me réveiller et, pourtant, mon esprit ressentait, à peine, une exultation lointaine. J’étais en vie.”

***

La Croix militaire fut décernée au lieutenant Gregory Clark pour sa bravoure et son leadership stimulant durant la bataille de la crête de Vimy. Sa citation est comme suit : “Pour son remarquable courage et son sens du devoir au combat. Il prit le commandement de sa compagnie et la dirigea avec beaucoup de compétence, atteint son objectif et consolida sa position. Il montra un bon exemple de courage et d’initiative.” Effectivement, c’est ce qu’il a fait, mais la bataille l’avait presque complètement usé, et il admettait qu’il était presque à bout de nerfs et qu’il souffrait d’une toux sèche à cause du gaz toxique. Un officier commandant compatissant l’envoya en arrière pour qu’il puisse se reposer pendant quelques semaines, mais il retourna au front et servit jusqu’au début du mois d’août. Il fut retiré, à nouveau, à un poste “à l’épreuve des bombes” au quartier général du bataillon, mais il retourna au front, avec le grade de major, en tant que commandant de compagnie pour la série de combats dévastateurs qu’on a surnommés les Cent jours du Canada, lesquels ont duré d’août à novembre 1918. Il évita la mort de justesse à plusieurs occasions et, durant ces heures moroses, “dans mon esprit, j’étais tout à fait prêt à paraître devant Dieu et j’étais très triste pour Helen, ainsi que pour mes père et mère”. Mais il survécut et fut renvoyé au Canada en septembre 1918, où il allait être journaliste de guerre. L’armistice eut lieu avant qu’il n’ait l’occasion d’écrire à titre officiel, alors il fut rendu à la vie civile, et reprit sa vie avec Helen.

Mais la guerre l’avait changé. Gregory Clark retourna à son poste au Toronto Star, mais ensuite il s’en alla au Star Weekly du journal. Écrire pour la chronique criminelle ne le contentait plus, alors il se tourna vers l’humour. Clark commença à raconter des histoires de Canadiens avec son partenaire caricaturiste Jimmie Frise qui, comme lui, était un vétéran de la guerre. Il s’agissait d’histoires joviales et anodines sur les curiosités des hommes, et les Canadiens de partout au pays les trouvaient charmantes. Il se livra aussi à la pêche et la vie de plein air pour lesquelles il se passionnait. Clark allait devenir un des écrivains les plus aimés de sa génération avant son décès, lequel eut lieu en 1977.

La bataille de la crête de Vimy avait été le moment déterminant de sa jeune vie, comme elle l’avait été pour le Canada à ce point-là de sa jeune histoire. Des années après la guerre, Clark réfléchissait à son expérience : “Je suis revenu de la guerre plus grand en esprit, en intellect et en personnalité. J’étais un rat de bibliothèque, un petit rat de bibliothèque tranquille, quand je suis parti et, quand je suis revenu, j’étais plutôt coriace.” On pourrait dire que la même chose s’est passée pour le Canada en général. Le Dominion “coriace” a changé à tout jamais quand il a été forgé dans le feu de la Première Guerre mondiale.

L’Histoire des soldats

Les premiers qui se sont aperçus de la victoire à Vimy sont ceux qui l’ont vue à travers les pansements imprégnés de sang.

C’était le milieu de la matinée du 9 avril quand l’infirmier Will Antliff a pu faire une pause pour respirer durant le premier jour de la bataille de la crête de Vimy. Le simple soldat Antliff, qui servait dans la 9e Ambulance de campagne du Service de santé de l’armée canadienne, s’est concentré sur son travail durant les premières heures de la bataille, prenant note de la nature des blessures, ainsi que de l’unité, du nom et du numéro de chaque soldat blessé dont le personnel médical s’occupait.

Stationné à quelques kilomètres derrière le front au poste de secours de Villers-au-Bois, Antliff remarquait dans une lettre : “Le grand nombre de Frisés qui passaient par ici était une caractéristique des plus encourageante.” Vu que ses camarades du corps de santé et lui s’occupaient de plus de troupiers allemands que canadiens, Antliff s’est aperçu rapidement que ses compagnons de l’infanterie canadienne devaient être en train de gagner la bataille.

Des heures auparavant, la veille de la grande attaque printanière contre les Allemands dans la région d’Arras du Nord-Centre de la France, les membres du service de santé, dont Antliff, avaient été avertis par les généraux alliés de s’attendre à 25 000 victimes durant la bataille. Ce que même les généraux n’osaient prédire, toutefois, c’est l’efficacité des quatre divisions d’infanterie canadienne, qui se battaient pour la première fois en tant que force unie, et la vitesse à laquelle elles allaient atteindre leurs objectifs. Au bout de huit heures à partir de l’heure zéro, soit à 5 h 30, le 9 avril 1917, le Corps canadien de 100 000 hommes avait arraché une grande partie de la crête de Vimy à une armée allemande retranchée (les Canadiens allaient prendre le reste au cours des trois jours qui suivirent). Il s’agissait de quelque chose que les troupes alliées n’avaient pas réussi à faire en 31 mois de guerre au front occidental. La presse française a appelé cela “le cadeau de Pâques” que le Canada a fait à la France.

L’assaut canadien avait coûté 10 602 victimes au corps, dont 3 598 morts. Mais Antliff, âgé de 19 ans, avait déduit correctement en ce lundi matin de Pâques que les Canadiens étaient en train de remporter la bataille. Une force combattante formée principalement de jeunes volontaires ordinaires, y compris des fermiers, des pêcheurs, des exploitants de ranch, des mineurs, des bûcherons, des commis de banque et des étudiants d’université, était en train d’évincer une armée allemande régulière à une bataille cruciale en Europe. Et en tant qu’ancien étudiant en commerce à l’Université McGill, Antliff rapportait dans sa lettre du 13 avril à sa mère, “les Canadiens se sont distingués (à Vimy) comme ils l’ont fait auparavant à Ypres et à la Somme”. Si vite après la bataille historique, Antliff exprimait ce qu’un autre vétéran de Vimy décrivait comme étant “le premier sentiment complet de statut de nation”. D’aucuns allaient dire que cette victoire par les citoyens soldats a donné naissance au Canada en tant que nation.

La fierté concernant son pays n’était pas exactement une provocation pour le fermier saskatchewannais Gavin McDonald qui a servi à Vimy. Effectivement, pendant la première année de la Grande Guerre, ce homesteader de la prairie âgé de 25 ans l’avait pratiquement dédaignée. Construire une maison et une grange, s’occuper du cheptel et défoncer le gazon pour cultiver le quart de section familial à Craik, près de Regina, c’était cela le plus important à ses yeux. En fait, McDonald parle de son engagement, dans son mémoire, comme s’il s’agissait d’un article comme les autres dans sa liste de choses à faire. “Nous avons eu une bonne récolte cette année-là… De bons prix (plus d’un dollar le boisseau), le bon moment de creuser un puits plus près des édifices… Après avoir creusé la plus grande partie, je me suis engagé dans l’armée, le 3 décembre 1915.”

Six mois après, bien entraîné en ce qui concerne les fusils, les baïonnettes et les grenades, McDonald atterrissait en France dans le cadre des renforts prévus pour la Princess Patricia’s Canadian Light Infantry, mais il fut envoyé au saillant d’Ypres où on crut que c’était un bûcheron, alors on l’affecta à la construction de tranchées et de chemins de rondins.

Au mois de mars, les ingénieurs de l’Armée canadienne avaient planifié la construction de 11 000 verges de passages souterrains, de tunnels qui reliaient les zones derrière les lignes canadiennes aux tranchées du front, sous le nez de l’ennemi. Durant les dernières semaines avant l’attaque du 9 avril, le caporal suppléant McDonald se joignait à la ruse compliquée qui cachait ce creusage furieux. “Notre travail était au front du tunnel” écrivait McDonald. “Au fur et à mesure que les mineurs ramassaient le calcaire, nous le mettions dans des sacs. Pendant la journée nous empilions les sacs dans le tunnel et la nuit nous les jetions dans les cratères d’obus. Ensuite, juste avant l’aube, nous le recouvrions (le sol du tunnel) avec du camouflage.”

Huit heures pour le travail et huit heures pour les repas et le sommeil, McDonald et son équipe de camouflage ont déguisé des tonnes de craie à Vimy. “À 10 h du soir, le 8, nous avions fini de creuser. Il n’y avait pas suffisamment de place” pour que les équipes continuent de creuser le tunnel et de le camoufler lorsque la force d’attaque s’y rassemblait La dernière tâche de McDonald était d’emporter les dossiers de l’adjudant de la position, par précaution. Dans sa dernière note à Vimy, il écrivait “nos gros canons tiraient tous au lever du soleil et l’attaque commençait […]”.

Jusqu’à la bataille de Vimy, les tactiques de combat (des deux côtés) avaient suivi un script douloureusement prévisible. Un bombardement intense soudain de l’artillerie pour “ramollir” les positions ennemies. Ensuite une pause, et puis une offensive concertée par l’infanterie. Une telle prévisibilité indiquait souvent un désastre pour les fantassins. Le premier jour de l’offensive alliée à la Somme, en 1916, par exemple, 780 hommes du 1st Newfoundland Regiment sont passés à l’attaque (confiants que leur artillerie avait fait taire les armes des Allemands) et ils furent fauchés par les mitrailleuses allemandes qui n’étaient pas si silencieuses que ça. Le régiment souffrit des pertes de 85 pour cent.

Ce ne fut pas le cas à Vimy. Là-bas, les équipes d’artilleurs canadiens donnèrent une précision chirurgicale à la force brutale du bombardement d’artillerie. Le caporal Elmore Philpott a été témoin direct de l’émergence des opérations canadiennes de contrebatteries. Laissant ses études à l’Université de Toronto de côté de manière temporaire en 1914, parce qu’il avait peur que “la guerre se termine avant la Noël” Philpott obtint une formation de transmetteur et se joint à la 25e Batterie de campagne du Canada. Il arriva à Vimy à temps pour apprendre la science du repérage par éclats (observation de l’éclat dans les canons de l’artillerie) et le pointage sonore (utiliser des microphones pour découvrir la position des canons) pour localiser exactement les batteries allemandes. En conséquence, son travail, dans le cadre duquel il regardait la position des canons ennemis dans des jumelles, devint crucial. En tant qu’observateur avancé, il était littéralement les yeux et les oreilles de son unité de batteries d’obusiers. “Jusqu’à ce temps-là, on tirait au petit bonheur”, Philpott dit une fois. “Par la suite on dirigeait le feu grâce à des calculs mathématiques soigneux”.

Philpott appelait ça la planification, pas l’entraînement. Ensuite, en se servant de données de correspondance, les canonniers canadiens identifiaient la position des batteries allemandes avec une précision de moins de quelques mètres et ils les anéantirent systématiquement durant les sept jours précédant le 9 avril. Les défenseurs allemands qui ont enduré l’offensive de contrebatterie canadienne l’appelaient “la semaine de la souffrance”. De dire Philpott, “c’était une magnifique partie de l’opération, une des plus grandes opérations de toute la guerre”.

La précision des opérations de contrebatterie canadienne n’intéressait guère le carabinier Ellis Sifton. Ce fermier de 25 ans de Wallacetown (Ont.) avait d’autres responsabilités à Vimy. Le 18e Bataillon (de l’Ontario de l’ouest) dont il faisait partie se trouvait dans le secteur de la 2e Division, près du milieu au front de Vimy à la fin de 1916. Et durant l’hiver, le caporal suppléant Sifton, d’après ce qu’il décrivait dans les lettres qu’il envoyait à ses soeurs, avait “des postes à l’abri des bombes”. Il charroyait des munitions, participait à des corvées de nettoyage de chariots et de chevaux, et il transportait des rations.

Ensuite, alors qu’un temps hivernal terrible prenait prise du secteur, toutes les permissions furent annulées et Sifton apprit que son régiment allait passer à l’attaque dans le cadre de l’offensive de Pâques. Bien qu’il ne puisse pas donner cette information sensible à ses soeurs dans les lettres qu’il leur écrivait, il leur fit part de ses sentiments à propos de l’assaut à venir. “J’espère que j’aurai le courage au bon moment, si le sort veut que je regarde la mort en face”, écrivait-il. “Ne vous inquiétez pas si vous ne recevez pas de nouvelles, car ce n’est pas toujours commode d’écrire […].”

Et il ajoutait “P.s. J’ai été promu au grade de sergent.”

À l’heure zéro, soit 5 h 30, Sifton regardait ses camarades de la 4e Brigade s’élancer de leurs tranchées et s’avancer en suivant un barrage traînard, un rideau d’obus qui explosaient, et qui s’avançait juste devant l’infanterie canadienne, permettant aux attaquants d’atteindre les défenseurs avant qu’ils n’aient l’occasion de réagir. En allant vers leur objectif, le village des Tilleuls, les régiments qui flanquaient celui de Sifton ont affronté une résistance qui se corsait. Les mitrailleurs allemands avaient fait ralentir le progrès des Canadiens au bout de 90 minutes après le début de l’offensive. Son bataillon, le 18e, se joignit à l’attaque et perdit plusieurs de ses officiers et de ses hommes à cause des armes allemandes bien situées. Sifton se sentit obligé d’agir et entre les rafales des mitrailleuses, il courut en avant jusqu’à un nid ennemi.

Il est écrit dans des journaux de guerre que Sifton “localisa l’arme, l’attaqua tout seul et en tua l’équipe au complet. Un petit groupe d’ennemis s’avançait le long de la tranchée, mais il réussit à les repousser jusqu’à ce que (des troupes canadiennes) le rejoignent.”

Durant les derniers moments où ils prenaient le nid de la mitrailleuse, les attaquants canadiens négligèrent un Allemand mourant qui ramassa un fusil qui avait été jeté, mit Sifton en joue et le tua d’un seul coup de feu. Le fermier de Wallacetown, qui avait eu peur de vaciller au moment crucial dans son baptême du feu, avait trouvé le courage de regarder la mort en face. La citation et la Croix de Victoria posthume applaudissent “sa bravoure exceptionnelle (qui a) indubitablement sauvé bien des vies et contribué en grande partie au succès de l’opération”. Au bout d’une heure, les troupes canadiennes avaient atteint et libéré les Tilleuls, à mi-chemin en direction de l’objectif de la 2e Division le premier jour.

L’héroïsme à la bataille de la crête de Vimy prit différentes formes. Et pas toujours au milieu des combats qui avaient lieu au front. Durant la fin de l’après-midi du 9 avril, la nouvelle de l’avance extraordinaire des Canadiens au front de 14 kilomètres à Vimy atteignait la côte française. Une fois de plus, se préparant au pire, le quartier général allié avait avertit les autorités médicales à l’Hôpital général no 1, à Étaples, de préparer 65 ambulances motorisées pour recevoir les blessés canadiens aux voies d’évitement locales cette nuit-là. Quand elle fut avertie, la chauffeuse d’ambulance Grace MacPherson sut que son quart normal de 12 heures au travail et 12 heures de repos était improbable. Elle se prépara pour ce qui serait peut-être 60 heures sans sommeil, à aller chercher des blessés à la gare d’Étaples pour les transporter aux hôpitaux militaires d’Étaples où 50 000 lits les attendaient.

La femme impulsive de Vancouver, âgée de 19 ans, savait depuis le tout début de la guerre qu’elle allait servir son pays. MacPherson était si décidée que lorsque ni la Croix-Rouge d’Ottawa ni la britannique ne semblaient vouloir l’assister dans son désir de servir le Corps expéditionnaire canadien, elle paya son passage transatlantique elle-même. Ensuite, elle défia les généraux, y compris le commandant Sam Hughes du Corps expéditionnaire canadien qui interdisait aux femmes de servir près du front, et obtint un travail en tant que chauffeuse d’ambulance près de la côte française. Bien entendu, le travail exigeait plus que la simple conduite d’ambulance; MacPherson maintenait son moteur, changeait les pneus crevés et prenait soin du compartiment à quatre brancards afin qu’il soit toujours plein et propre.

À partir de l’après-midi du 9 avril, MacPherson travailla nuit et jour. Le voyage de la voie ferrée d’Étaples jusqu’à l’hôpital était de moins d’un mille, mais les conditions hivernales de la côte française, en ce lundi de Pâques, rendaient la route glissante et sournoise. Elle se souvient d’avoir fait une douzaine de voyages durant ce quart-là, allant à des vitesses de quatre et même cinq milles à l’heure. “C’était la première fois que des troupiers, les blessés, avaient été envoyés directement des tranchées. Il y en avait tant que les postes d’évacuation sanitaire n’avaient pas le nécessaire pour s’en occuper. Alors ils étaient envoyés directement à Étaples. Et c’était un groupe à l’air déplorable.”

Toutefois, elle ne permit ni à la vue des blessures horribles ni aux cris de douleur de la décourager. Si un souffrant en arrière de l’ambulance lançait des plaintes, MacPherson répondait : “Ça suffit comme ça! Les gens qui geignent comme ça ne sont pas admis dans mon ambulance.” Ou s’il se plaignait de sa malchance, elle essayait de le distraire en disant : “Regardez, je me suis écrasé le pouce.” Elle refusait de prendre le risque d’investir ses émotions dans ses passagers. Et pourtant elle leur promettait : “vous allez avoir la meilleure ballade de votre vie.”

Au moment où elle terminait son premier voyage jusqu’à l’Hôpital général no 1 ce jour-là, les troupes canadiennes avaient un bon pied sur la crête de Vimy. Au milieu de l’après-midi du 9 avril, des unités des 1re et 2e divisions d’infanterie avaient atteint le sommet qui surplombait la plaine de Douai, le territoire que les Allemands avaient occupé pendant presque deux ans. Pour les vétérans de l’infanterie canadienne, regarder l’ennemi qui battait en retraite était grandement satisfaisant “lui rendant sans compter ce qu’il nous avait donné à Ypres, à Wytschaete et à la Somme”.

Philpott, prenant la place d’un observateur de batterie avancé blessé, prenait note de ses pensées peu après 14 h cet après-midi-là. “J’ai atteint le sommet de la crête de Vimy”, écrivait-il. “Je ne sais pas ce qui m’y a fait pensé mais ‘les enfants d’Israël regardant la terre promise (me vint à l’esprit). Ici, à perte de vue, mille après mille […] ici se trouvait l’armée allemande qu’on a clairement battue. On pouvait les voir qui allaient de-ci de-là. C’était une scène pleine de confusion.”

Un autre observateur avancé jurait qu’il avait attendu ce moment-là pendant des années, mais son équipe ne pouvait pas monter les canons jusqu’en haut de la crête assez vite pour pouvoir se venger des Allemands qui battaient en retraite.

Bien entendu, la presse prit note de l’accomplissement de l’armée des citoyens du Canada. Le correspondant de guerre britannique Philip Gibbs appelait l’escalade canadienne de Vimy “la plus importante victoire que nous ayons obtenu durant cette guerre”, alors que le reporter canadien Stewart Lyon écrivait “c’était une occasion noble et les Canadiens se sont noblement montrés à la hauteur”. Les Américains, qui n’étaient entrés en guerre que trois jours auparavant, disaient que “le 9 avril 1917 sera inscrit dans l’histoire du Canada comme un des grands jours, un jour de gloire qui inspirera ses fils pendant des générations à venir”.

L’allégresse de la victoire était modérée parmi les troupes de la Compagnie C du 18e Bataillon. Les camarades d’Ellis Sifton transportèrent son corps à l’endroit d’où ils s’étaient lancés à l’attaque ce jour-là et ils l’enterrèrent dans un cimetière de fortune, dans le cratère de bombe de Litchfield.

Le commis médical Will Antliff ne prit pas de repos tant que le dernier des blessés dans le secteur de la 9e Ambulance de campagne n’eut obtenu de soins médicaux. Curieusement, une impression fut gravée dans sa mémoire alors que ses compagnons brancardiers et lui traversaient le territoire nouvellement libéré par les Canadiens. “En montant, nous empruntions la route plutôt que la tranchée”, écrivait Antliff, “ce qui aurait été complètement fou une semaine auparavant. Des hommes marchaient partout en surface. Ça avait vraiment l’air étrange […]. Nous sommes finalement arrivés à destination, quelque part le long de l’ancien front des Frisés. Lorsque nous sommes arrivés, on lançait des fusées étoiles mais, à part quelques mitrailleuses au loin, la nuit était soudainement tranquille.”

Comme il avait déduit la victoire en comptant les victimes allemandes, l’infirmier canadien profitait alors d’un des avantages revenant de droit aux vainqueurs : la liberté de se tenir debout dans le no man’s land.

Le terrain, les tunnels et les arbres

par Tom MacGregor

Des moutons paissent paisiblement dans les zones boisées et les champs découverts du Parc commémoratif du Canada à Vimy, ne se rendant pas compte qu’ils déambulent sur un des territoires pour lesquels on a le plus lutté à la Première Guerre mondiale. Il s’agit de l’endroit où, du dire d’historiens, le Canada est devenu une nation.

“La terre est extraordinaire. Il ne nous reste que bien peu de terrains de champ de bataille”, dit Hélène Robichaud, la directrice du Projet de restauration des monuments commémoratifs canadiens des champs de bataille à Anciens combattants Canada. En fait, le site de Vimy et le terrain préservé, non loin, autour de celui de Beaumont Hamel où les Terre-Neuviens se sont montrés à la hauteur durant la même année, forment environ 80 pour cent des champs de bataille de la Première Guerre mondiale restants.

Alors quand ACC a annoncé, en 2001, qu’il allait dépenser 30 millions de dollars pour restaurer le mémorial de Vimy et 12 autres sites canadiens de la Première Guerre mondiale en Europe, l’équipe du projet ne pouvait guère négliger le terrain lui-même, un terrain où ont été trouvés, à l’occasion, d’importants artefacts, y compris des balles, des obus, des morceaux de fil barbelé, des grenades et des fusils, ainsi que des restes humains.

Vimy et Beaumont Hamel reçoivent à peu près, au total, un million de visiteurs chaque année. “La plupart des visiteurs s’y rendent pour la commémoration”, dit Robichaud. “C’est un espace vert qui a beaucoup de signification pour le peuple de France. La France a une population dense. Toutefois, on peut pique-niquer, camper, dans la forêt nationale qui se trouve à côté du site.

Le projet de restauration a été divisé en quatre domaines de responsabilité, soit la restauration du monument de Vimy, la restauration des sites autour du monument, la conservation du terrain du champ de bataille et l’étude des caractéristiques souterraines de la propriété.

Il suffit de monter sur la crête pour comprendre l’importance stratégique qu’elle avait durant la guerre. Bien que la colline soit basse, on y a une bonne vue de toute la plaine de Douai avec son patchwork de terrains cultivés et de petits villages.

Mais la vue grandiose qui s’offre aux visiteurs d’aujourd’hui est tout à fait différente de celle qui attendait les Canadiens quand ils sont arrivés pour la première fois, à la crête qui avait déjà coûté des milliers de vie.

Comme le décrit l’auteur canadien Pierre Berton dans son livre Vimy, “Elle se trouvait là, faisant face aux lignes des Canadiens, une falaise basse de sept milles, grise sombre, qui s’élevait doucement de la plaine, une croupe monotone et boueuse, pétrie à en faire de l’écume par les obus, sans herbe ni feuillage, où l’on ne voyait ni couleur ni détail, chaque pouce de sa surface glissante rongée ou pulvérisée par deux années de martèlement constant. Elle n’était pas très impressionnante au premier coup d’oeil, mais pour les gens qui connaissaient son histoire et qui la regardaient devant eux lorsqu’ils ont dû se hasarder en avançant, plus haut, vers cette crête irrégulière enflammée par le feu des armes, elle prenait une aura plus sombre et sinistre.”

En dessous de cette laide étendue de terre se trouvait une infrastructure de tunnels avec leurs quartiers, leurs bureaux de commandement, un hôpital et un système de voie ferrée qui servait à apporter des troupes et des ravitaillements sans qu’ils soient pris sous le feu de l’ennemi. Au cours des années, le bois qui retenait les murs a pourri et cédé.

Après la guerre, les débris du champ de bataille ont été nettoyés par la France. Un million de pins de trois ans ont ensuite été plantés dans la région afin de restaurer le caractère campagnard d’origine.

En même temps, le Canada a commencé des négociations avec le gouvernement français concernant la préservation du site de Vimy. Un accord a été conclu en décembre 1922, d’après lequel la terre serait détenue en perpétuité par le gouvernement du Canada pour qu’il y érige un monument et crée un parc commémoratif.

L’accord a été formalisé et le terrain remis au Parlement canadien, lequel a été “accepté avec gratitude” par tous les partis de la Chambre des communes, en février 1923.

De remarquer Arthur Meighen, qui était leader de l’Opposition officielle en ce temps-là : “le site de Vimy est incomparable; des différents champs de bataille de la guerre, c’est celui qui tient le plus à coeur au peuple canadien à cause de tout ce que la guerre a causé quand on pense à l’histoire et au sacrifice”.

Aujourd’hui, le parc mesure environ 117 hectares. Ce chiffre n’est pas exact à cause de l’acquisition en 1930, par le gouvernement, d’une petite propriété. Un glissement considérable avait eu lieu près du monument pendant qu’il était en construction et cela avait endommagé la propriété avoisinante. Le gouvernement fédéral acheta le terrain plutôt que de faire face à un différend justiciable avec les voisins du site.

Le site comprend le monument ainsi qu’un grand stationnement et un centre pour les visiteurs. Il y a des sentiers autour du parc, ainsi que des cimetières militaires et la portion du tunnel Grange qui a été préservée. Le plus grand cimetière est le Cimetière canadien no 2, où 695 Canadiens ont été ensevelis. Ironiquement, il n’y a pas de Cimetière canadien no 1.

Le Cimetière canadien de la route Givenchy en est un autre, qui contient 111 pierres tombales et qui n’est accessible que par un petit sentier forestier.

Le Monument de la Division marocaine, qui sert à rendre hommage aux Marocains qui ont combattu aussi dans l’armée française et qui sont morts à Vimy, se trouve aussi dans le parc. “Les routes sont très crayeuses et il arrive que les sentiers soient très boueux”, dit Robichaud. “Nous voulions améliorer la qualité du terrain.” Beaucoup de travail a été fait pour la sécurité des visiteurs.

“C’est comme un très gros morceau de fromage suisse. Il y a plein de trous”, dit Robichaud. “Il nous fallait en apprendre davantage.”

Certaines parties du parc sont dangereuses. “Le problème c’est le relief du terrain, et il est trop mouillé. Il y a des endroits où l’on ne pourrait pas faire deux pas sans être coincé. Bien entendu, les zones qui sont dangereuses ne sont pas accessibles au public.”

Alors, pour maintenir le gazon tondu et le terrain vert, on fait paître des moutons car ils peuvent se frayer facilement un passage à travers la terre heurtée et les zones encaissées. “Il y a tant de choses que nous ne savons pas. Il y avait des hôpitaux et des trains là-dedans. Le sol a tendance à s’éroder.”

La forêt, le bois de Vincennes, est aussi une partie importante du travail. “Le fait que les arbres aient été plantés en même temps est un des problèmes, et les gens pensent qu’ils vont tous mourir en même temps”, dit-elle. Les arbres morts causent des risques à la sécurité et il faut les enlever. Dans le cadre du projet actuel, la stratégie est de choisir des arbres qu’on enlève pour les remplacer afin qu’il y ait une croissance continuelle.

Le sculpteur du monument, Walter S. Allward, voulait que le monument soit ceint d’arbres. Des sentiers sillonnent les pins et mènent au monument, et la route principale est bordée d’érables canadiens. “Il y a des érables dans le bois maintenant, qui proviennent des samares de ceux qui ont été plantés le long de la route”, dit Robichaud.

“Les arbres du site ont une grande importance en ce qui concerne la protection du sol”, dit-elle. “Mais il nous faut enlever les arbres dangereux qui sont sur le terrain du champ de bataille. C’est pour ça que nous avons créé ‘l’abattage modéré’.”

L’abattage modéré est une manière d’enlever des arbres sans trop déranger la terre.

Des rappels du passé remontent à la surface de temps en temps à cause des travaux de restauration et de conservation de la terre et des forêts.

De dire Steve Austin, un chargé de projet principal d’ACC à Charlottetown : “il n’y a rien de rare, quand on se promène dans la campagne française, de voir des endroits où les fermiers ont empilé du matériel militaire et autres débris que leur charrue a découverts. Ils sont simplement laissés là afin que les autorités compétentes les ramassent pour en disposer.”

Le service de déminage, du ministère de l’Intérieur, ramasse le matériel militaire et l’emporte à des endroits de rebut dirigés par le ministère de la Défense. Austin dit qu’il y a un dépôt de rebuts près de Vimy mais il n’y en a pas sur le site.

Quelle partie du patrimoine continue de remonter à la surface? “Cela dépend de l’endroit où l’on creuse”, dit Austin. “On pourrait creuser une tranchée ou enfoncer un câble souterrain sans trouver quoi que ce soit. Il y a beaucoup de choses qui remontent, comme des piquets en tire-bouchon et des morceaux de clôture. Mais quand on découvre du matériel militaire, un obus ou une grenade, c’est le service de déminage qui s’en occupe.”

Austin dit qu’on ne trouve rien d’habitude, à moins qu’il y ait un projet qui dérange le sol. “Quand on trouve un artefact, il est enregistré. Il arrive qu’on trouve des éclats d’obus, des rouleaux de fil de fer barbelé, des casques et même des fusils.”

Quand on trouve des artefacts, ils sont enregistrés au ministère pour les études historiques futures, mais la plus grande partie est laissée sur place en tant que rappel de la guerre. “Nous n’avons pas l’habitude de creuser. Nous nous occupons de conservation.”

Robichaud dit qu’un squelette a été trouvé dans une des zones où il y avait des travaux de construction. “Tout est fait dans les règles. Même si le parc Vimy appartient au Canada, il s’agit du sol français. Nous devons remettre les restes aux autorités compétentes.”

Quand cela arrive, on avertit la police française. “Le squelette est analysé. On essaie de savoir à quel pays le particulier appartenait et les restes sont remis à la bonne ambassade, d’une manière empreinte de dignité.”

Le public peut se faire une idée de ce qu’il y avait sous le sol durant la bataille en allant voir le tunnel Grange où on peut passer par une section qui a été préservée.

Il y a une dernière chose qui rappelle le gros morceau de fromage suisse auquel ressemble la terre autour de Vimy quand on quitte le tunnel qui menait à la ligne de soutien. Il s’agit du gros obus non explosé sur lequel les Canadiens sont tombés quand ils la creusaient, l’hiver avant l’attaque.

Il est indiqué au site de la toile d’ACC que l’obus avait été tiré par les alliés au mont Saint-Éloi, mais quand il a touché le sol mou, il s’est simplement enfoncé. Quand a eu lieu la découverte, les Canadiens ont su que leurs tunnels devraient être à au moins neuf mètres sous la surface.

Restaurer la grandeur

par Natalie Salat

Pendant deux ans, le Monument commémoratif du Canada à Vimy, qui domine la plaine de Douai dans le Nord de la France, était inaccessible aux 750 000 personnes qui vont au site iconique du champ de bataille de la Première Guerre mondiale chaque année, car il était enveloppé par un voile métallique.

Mais il ne l’est plus.

Le Projet de restauration des monuments commémoratifs canadiens des champs de bataille, qui s’élevait à 30 millions de dollars, ayant été complété, le chef-d’oeuvre de Walter Allward est entièrement visible; en fait, après la restauration, son aspect est même supérieur à son ancienne gloire.

Avec les avantages des connaissances et des techniques modernes, un certain nombre d’améliorations structurales ont été faites qui devraient permettre au monument de mieux supporter les extrêmes du climat. Les fortes pluies et le cycle brutal des gel et dégel avaient causé la décomposition de la maçonnerie et le dépôt de couches de tartre qui recouvraient nombre de noms inscrits autour de la base du mémorial, lequel a maintenant plus de 70 ans. Fait crucial, ces noms, ceux des 11 285 membres du personnel des services canadiens qui avaient été “portés disparus, présumés morts” en France durant la Première Guerre mondiale, sont à nouveau clairement lisibles.

Bien que le monument avait été entretenu par la Commission des sépultures de guerre du Commonwealth (CSGC) à la demande expresse du gouvernement canadien, l’organisation n’avait ni les fonds ni les ressources pour s’occuper des questions structurelles majeures. “(La commission des sépultures de guerre) s’est toujours occupée des effets mais jamais des causes fondamentales (de la détérioration)”, dit Peter Craven de la CSGC. “Il a fallu un abord fondamental, ce qui n’a pas eu lieu jusqu’à ce que Vimy devienne lieu historique national (en 1997). Soudainement […] il commençait à prendre un air plutôt miteux.”

Le rapatriement en 2000 du Soldat inconnu canadien, pour lequel une cérémonie de cession a eu lieu à Vimy, offrait l’occasion au personnel d’ACC de montrer aux parlementaires à quel point la restauration était nécessaire. Une recrudescence d’intérêt pour l’histoire et le souvenir à ce moment-là offrait également le soutien public.

En 2002, le gouvernement canadien annonçait le projet de restauration. Alors que 10 millions de dollars étaient affectés à la restauration des 12 autres mémoriaux canadiens de la Première Guerre mondiale en Europe, la majeure partie des 30 millions de dollars allait servir à la perle des monuments canadiens, à Vimy. “Ce n’est pas un travail de briques et mortier”, dit Hélène Robichaud, la directrice du Projet de restauration des monuments commémoratifs canadiens des champs de bataille à Anciens combattants Canada. “Vimy est un endroit qui se maintient dans le temps.”

Le mémorial se trouve sur la colline 145, où quelques-uns des combats les plus féroces ont eu lieu. Au fil des années, il est devenu davantage que le plus grand hommage outre-mer du Canada aux gens qui ont servi à la Première Guerre mondiale. “Il représente un très grand nombre de conflits, bien que cela ne devait pas être le cas à l’origine,” dit Laura Brandon, la conservatrice d’art militaire du Musée canadien de la guerre.

L’inspiration pour le monument est venue à l’architecte et sculpteur Allward, semble-t-il, dans un rêve durant les jours les plus sombres de la Première Guerre mondiale. Sa création, dit Brandon, devait ressembler à une croix ensevelie; les deux pylônes représentant le Canada et la France forment la section supérieure, la base forme les bras et la crypte est la partie la plus basse, celle qu’on ne voit pas. Vingt sculptures allégoriques, représentant les valeurs et les idéaux comme le sacrifice et la sympathie, entourent le monument.

Vu son point élevé et, bien entendu, l’importance de la bataille qui y avait eu lieu, la crête de Vimy fut jugée le seul endroit acceptable.

Le monument blanc brillant fut dévoilé par le roi Édouard VIII, devant plus de 100 000 personnes, le 26 juillet 1936.

Le rôle qu’avait la Légion royale canadienne lors du dévoilement et de la dédicace avait une envergure nationale et internationale. La Légion a fièrement conçu, parrainé et organisé un immense pèlerinage jusqu’au site. Le pèlerinage a eu un succès fantastique et, au cours des années, la Légion a continué de participer aux importantes manifestations organisées en l’honneur des anniversaires de la bataille.

La nouvelle cérémonie de dédicace, qui doit avoir lieu le 9 avril, va sans doute être tout aussi imposante. “(Cela) va être une occasion pour nous tous de nous souvenir et d’honorer les braves Canadiens qui ont participé à la formation de notre nation”, disait le ministre d’Anciens combattant Canada Greg Thompson.

Les douzaines de personnes qui ont participé à la restauration vont se sentir très fières ce jour-là. Il y a eu beaucoup d’efforts physiques et intellectuels, depuis janvier 2005, quand la reconstruction a commencé. “Durant le projet, il y a eu en moyenne à peu près 25 travailleurs chaque jour”, dit Craven.

Pendant presque deux ans, l’équipe multinationale a travaillé sous une coquille en métal qui avait été construite au-dessus du monument pour que les intempéries ne fassent pas arrêter le travail. Craven a travaillé avec le personnel canadien de différents ministères fédéraux, des conseillers français et le titulaire du contrat belge, Group Monument. Un processus de soumission international a donné lieu à ce mélange.

Bien que couronné de succès au bout du compte, l’arrangement avait ses propres problèmes au début.

Les relations entre les Français et les Belges ont dû être dégelées quelque peu, tout comme les glaçons dans la crypte du mémorial. Vu que c’était inhabituel pour une société belge de travailler en France, les maîtres d’oeuvre n’ont pas exactement été reçus à bras ouverts. “Il y a eu beaucoup de changements”, dit Robichaud. Sa responsabilité, en plus de prendre soin que le travail de restauration soit de la meilleure qualité, était de “maintenir la collectivité. Il faut prendre un peu de recul quand il y a des cultures différentes et demander à l’autre personne d’être plus patiente et vice-versa”. Mais, ajoute-t-elle, “ça c’est très bien passé”.

Il y a aussi eu nombre de défis techniques à relever, en plus du fait que le mémorial, dont la surface est de plus de 2 000 mètres carrés, est vraiment grand.

Allward a conçu Vimy en tant que structure en béton armé à façade en calcaire. “Il voulait que la pierre et le béton soient parfaitement liés ensemble”, dit Craven. Avec le recul, cela créait deux problèmes fondamentaux. “D’abord, la pénétration de l’eau. Le calcaire est poreux. L’eau pénétrait et imprégnait le calcaire et, en passant à travers le mortier d’assise […] et à travers le béton armé sous le revêtement en calcaire, elle emportait des sels minéraux. Ces derniers formaient ensuite une couche de tartre qui estompait les inscriptions.”

Le deuxième problème était l’expansion thermique. “Les taux d’expansion thermique du calcaire et du béton armé sont tout à fait différents.”

Il en a résulté des fractures dans la pierre, alors encore plus d’eau s’infiltrait dans le mémorial.

Pour régler ces problèmes, il a fallu enlever tout le calcaire, nettoyer le béton armé, appliquer une membrane résistante, et puis ensuite remettre tout le revêtement. Cette fois-ci, toutefois, le calcaire n’a pas été “installé directement contre le béton ou la membrane”, dit Craven. Un espace a été laissé entre les matériaux et, à certains endroits, des sacs de sable ont été insérés pour améliorer l’écoulement.

Le revêtement en calcaire a été “tout un travail” à enlever, dit le conseiller technique principal, et l’équipe du projet voulait en conserver le plus possible. “L’entrepreneur (belge) a choisi comme solution de le couper avec une scie diamantée. Tous les murs ont été littéralement coupés de la surface du béton.” C’était une expérience émouvante pour beaucoup parmi les gens qui l’ont vu mais, dit Craven, “on ne fait pas d’omelette sans casser des oeufs”.

Il a fallu un système sustenteur à aspirateur spécial pour soulever les lourds morceaux de calcaire. Toutes les étapes ont été difficiles pour les enlever, car (les constructeurs d’origine) s’en étaient servi pour couler le béton derrière. Il y en avait qui étaient très bien collés.”

L’équipe a aussi dû faire beaucoup d’efforts pour que les pierres en calcaire de Seget, provenant de la carrière originaire en Croatie, puissent servir parfaitement. Group Monument a mené des tests aux ultrasons à Vimy ainsi qu’à la carrière. Il a fallu importer 500 mètres cubes de nouvelles pierres calcaires.

Les inscriptions ont donné lieu à d’importantes difficultés également. Dans le temps d’Allward, elles étaient faites au jet de sable avec des pochoirs en caoutchouc. Mais, “chaque fois […] le jet de sable rognait un petit peu du pochoir”, dit Craven. Les membres de l’équipe de restauration ont trouvé d’immenses variations dans la grosseur et la forme des lettres quand ils ont mené une étude photogrammétrique tridimensionnelle. Avec la technologie informatique d’aujourd’hui, l’écriture aurait été “immaculée, mais il y aurait eu beaucoup de bigarrure (par rapport aux inscriptions originelles), alors l’entrepreneur a dû copier les particularités originelles”.

Il y avait aussi un problème plus fondamental : celui de déterminer quels étaient les noms. Certains noms étaient illisibles malgré l’étude photogrammétrique. “Avec le recul”, reconnaît Craven, “ce qu’on aurait dû faire c’est de nettoyer le tartre avant de faire l’étude photogrammétrique. Mais nous ne l’avons pas fait.” Il en a résulté une longue enquête dans la base de données de la commission.

Ensuite, il y avait le fait que les noms n’étaient pas inscrits en colonnes sur le mémorial. À la place, les noms enveloppent le monument, traversant les joints. “Allward ne voulait pas de colonnes de noms […] alors le mortier dans nos joints doit pouvoir être gravé. (Il) doit aussi être assez flexible pour permettre l’expansion thermique.”

“Il a fallu un an et demi, et plusieurs laboratoires, pour en produire un.” La combinaison finale a fini par être un mortier à base de calcaire qu’on a acheté et auquel on a ajouté du butyle, de l’eau et de la poussière de la pierre calcaire d’origine pour que la couleur soit compatible. “Ce mortier fut soumis à des tests de vieillissement accéléré et de compression”, dit Craven. “Nous n’en sommes qu’au début (mais) nous avons très bon espoir que ce sera une bonne solution.”

Robichaud dit que l’atmosphère au site “a vraiment commencé à changer” quand la gravure a débuté. “Les gens faisaient des connexions personnelles, je crois.”

On est en train de s’occuper des derniers détails du monument et le projet n’a ni grevé le budget ni pris du retard. Ce qui est encore plus satisfaisant aux yeux de Robichaud, la fille d’un vétéran de la Seconde Guerre mondiale, c’est le fait que cette icône canadienne sera préservée pour les générations à venir. “Il s’agit d’un site dont nous devons nous occuper.”

Hors pair : les Canadiens à Vimy

par J.L. Granatstein

La bataille de la crête de Vimy tient encore une place spéciale dans l’esprit canadien. Au mois d’avril, des milliers d’écoliers, leurs enseignants, leurs parents, des vétérans de la Grande Guerre et des représentants d’organisations d’anciens combattants et des gouvernements vont se rendre en France en l’honneur du 90e anniversaire de la bataille. La couverture médiatique va être immense et la réfection du monument sera révélée sous autant d’acclamations que lorsqu’il a été dédié, en 1936, devant une grande foule d’anciens combattants et de membres de leur famille. Cette manifestation a été appelée un “pèlerinage”, un terme intéressant qui suggère la nature quasi-religieuse de la cérémonie et l’importance de la victoire à Vimy qui a eu lieu en avril 1917.

Ainsi, Vimy est importante, mais pourquoi? Pourquoi, presque un siècle après l’attaque lancée le lundi de Pâques 1917, la prise de la crête de Vimy résonne-t-elle encore si puissamment dans ce pays si peu militaire?

Les Canadiens voient Vimy comme un événement constructeur de nation, une marque clé du développement du nationalisme canadien. Certains la voient comme l’escalade de la crête, presque l’équivalent des hommes de Wolfe qui grimpaient la falaise du Saint-Laurent jusqu’aux plaines d’Abraham. Presque tous estiment la bataille de Vimy en tant qu’événement décisif de la Grande Guerre, la victoire qui aurait gagné la guerre. Et tous les Canadiens voient Vimy comme un triomphe entièrement canadien qui a démontré la supériorité de “nos gars” par rapport à l’ennemi, oui, mais aussi par rapport à nos alliés. Tous ces points devraient être étudiés de plus près.

Mais d’abord, il faut préparer la scène. En avril 1917, la Grande Guerre ne se passait pas bien pour les alliés. L’empire russe, se faisant dissoudre par la révolution, chancelant, avait presque quitté la guerre et les armées françaises, maltraitées au-delà de toute endurance lors d’une série de batailles, étaient au bord de la mutinerie. La Grande-Bretagne et les Dominions seulement semblaient résolus, mais les pertes dépassaient grandement le recrutement sous les drapeaux. Nombreux étaient les gens au Canada qui avaient commencé à demander la conscription, bien que le gouvernement n’avait encore rien fait à ce propos. La seule éclaircie pour les alliés eut lieu le 6 avril, quand le Président américain Woodrow Wilson fit entrer son pays en guerre. Les États-Unis n’étaient toutefois pas prêts et il allait falloir plus d’un an avant que leurs soldats aient commencé à atteindre les tranchées en grand nombre.

Les victoires durant les combats étaient rares pour les alliés et les armes, les tactiques et le leadership allemands semblaient dominer les champs de bataille européens. À la mi-mars, les Allemands raccourcirent leurs lignes, se retirant sur une longueur de 100 milles du front ouest jusqu’à la ligne Hindenburg très fortifiée, laquelle s’étirait d’Arras à Saint-Quentin.

Là, la nouvelle doctrine de l’ennemi, la défense en profondeur, allait être appliquée.

Les plans de l’attaque alliée durent être modifiés et on donna la tâche à la British Expeditionary Force de déborder la nouvelle ligne de défense de l’ennemi. La bataille d’Arras, comme on allait l’appeler, comprit deux armées britanniques, la 1re et la 3e, et le but, bien qu’il ne fut jamais déclaré explicitement, était l’attrition ou l’usure des forces ennemies. L’attaque du Corps canadien à la crête de Vimy était une partie de cette grande campagne britannique.

Le terrain surélevé, dont la crête de Vimy est la caractéristique la plus importante, domine la plaine de Douai en France du Nord et de là on voit Lens à l’est et Arras au sud. La crête elle-même, à part la colline 145 et le Pimple (bouton) au bout nord, s’élève peu à peu d’ouest en est. L’à pic se trouve du côté est, derrière les principales positions allemandes et l’importance de la crête était principalement que sa possession permettait, ou interdisait, de voir une grande partie du territoire avoisinant détenu par les Allemands. La crête de Vimy avait été saisie par les Allemands en octobre 1914 et puis attaquée, sans succès, par les Français en 1915 et par les Britanniques en 1916. Le terrain, qui avait été l’objectif de tant de combats sauvages, avait été dévasté par l’artillerie, les sapeurs qui creusaient des puits de mine pour y planter des explosifs (plus de cent mines britanniques avaient explosé en 1916) et par les tranchées et les fosses-réservoirs de plus en plus profondes. Quand les Canadiens sont arrivés à Vimy, les efforts faits dans le but de prendre la crête avaient déjà causé 300 000 victimes. Comme l’a remarqué un fantassin par la suite, Vimy “était le point central d’un immense cimetière”.

La 6e Armée allemande avait eu beaucoup de temps pour développer ses défenses en haut de la crête. Il y avait trois lignes défensives principales avec des tranchées et des fosses-réservoirs profondes, qui étaient toutes protégées par des ceintures de fil barbelé et des postes de mitrailleuse en béton. Le sol calcaire de la crête avait été creusé, plein de tunnels et de tranchées de communication, et la deuxième ligne de l’ennemi, située un à deux milles à l’est de la crête, comprenait de gros abris enterrés, dont certains pouvaient accueillir en sécurité jusqu’à un bataillon. La troisième ligne, cinq milles en arrière, comptait sur des positions puissamment fortifiées. Et il y avait une quatrième ceinture défensive en construction plus en arrière, la ligne Drocourt-Quéant, que les Canadiens allaient rencontrer durant ce qui allait s’appeler les Cent jours du Canada en 1918. La faille fatale dans la planification allemande était que les divisions de la contre-attaque se trouvaient entre 12 et 24 heures de marche en arrière. Si les Canadiens pouvaient faire une brèche dans les lignes ennemies à la crête de Vimy, ils ne seraient pas expulsés.

À l’hiver 1917, le Corps canadien, dirigé par le lieutenant-général britannique sir Julian Byng, était un groupement expérimenté. Il s’était bien battu aux batailles coûteuses de la Somme en automne 1916 et ses divisions, brigades et bataillons étaient bien commandés. La plupart de ses hommes étaient nés en Grande-Bretagne, pas au Dominion, mais son esprit et sa sensibilité étaient de plus en plus canadiens. Ses quatre divisions avaient appris leur métier durant deux ans de combats, maîtrisant la guerre des tranchées, apprenant la meilleure manière d’utiliser l’infanterie et étudiant la meilleure façon de se servir de la reconnaissance aérienne, le gaz et l’arme qui allait gagner la guerre, l’artillerie, avec beaucoup d’efficacité. Le Corps canadien était une institution en apprentissage, une organisation recherchant à répondre à la question qui tourmentait les stratégistes : comment surmonter les avantages qui favorisaient la défense au front de l’ouest?

Chaque commandant s’escrimait à y répondre, mais certaines des réponses vinrent du commandant pragmatique, analytique et à l’esprit ouvert de la division canadienne, le major-général Arthur Currie. Envoyé par Byng pour étudier la manière dont les Français s’étaient battus à Verdun en décembre 1916, Currie, dans son rapport, faisait remarquer qu’une bonne reconnaissance était essentielle, ainsi que les efforts faits pour familiariser chaque soldat à propos des objectifs désirés et puis de faire exercer son rôle à chaque homme. Les cartes et les photographies furent distribuées jusqu’au niveau du peloton et chaque poilu (le surnom affectueux du fantassin français), pouvait utiliser chaque arme de l’infanterie, ainsi que celles qui appartenaient aux Allemands. Les Français comptaient sur le feu et le mouvement, l’infanterie consolidant les positions capturées et les troupiers reposés, se ruant en avant lors des assauts, employaient des mitrailleuses et des grenades pour forcer l’ennemi à baisser la tête.

Nombre d’officiers britanniques avaient fait des conclusions semblables à propos des tactiques de leurs alliés, mais ce ne serait pas faux de dire que Byng s’en servit avec bien plus de vigueur que quiconque avant lui. Le Corps canadien fut réorganisé, ses compagnies comprenant dorénavant quatre pelotons de quatre sections chacun, et chacune de ces dernières employant le feu et le mouvement. Les officiers insistaient sur l’initiative du particulier et les pelotons devinrent plus autonomes, une politique qui fit rentrer les spécialistes comme les mitrailleurs à Lewis, les bombardiers et les fusiliers-grenadiers au peloton et le rendit capable d’actions intégrées.

Mais à travers du Corps expéditionnaire britannique, dont le Corps canadien faisait partie, le fusil et la baïonnette étaient toujours essentiels. Le pioupiou (simple soldat) canadien avait peut-être un tempérament plus flexible que le britannique, mais le diagramme de l’attaque que chacun utilisait était très semblable. Ce qui était différent, comme le disait souvent le brigadier-général William Griesbach de la 1re Brigade, c’était que le Corps canadien était bien entraîné, bien dirigé et bien disposé à apprendre.

Les conclusions de Currie furent rapportées à tous les hommes. Un soldat écrivant à son frère quelques jours après la bataille de Vimy, lui dit que “on nous avait organisé pour l’attaque conformément au nouveau système français”. Le simple soldat Frank Teskey, qui avait servi avec la Princess Patricia’s Canadian Light Infantry, dit que son unité avait été “formée conformément à ce nouveau système à l’école de formation. J’ai été nommé scout. Mon travail, rester au flanc droit de notre peloton quand nous nous élancions de la tranchée et maintenir le contact (avec le) peloton à côté du nôtre et, si nous étions ralentis, avancer et essayer de découvrir l’obstacle, couper les fils de fer barbelés etc.”.

Il s’agissait d’un changement tactique pour le mieux.

Byng et son état-major, les principaux étant des officiers impériaux formés dans les collèges d’état-major de l’armée britannique, avaient préparé un plan pour l’assaut de Vimy le début de mars 1917. On avait l’intention de charger le lundi de Pâques, le 9 avril, en une attaque de quatre stades conçue pour pouvoir employer les quatre divisions du Corps canadien en ordre, allant du 4e, à gauche, jusqu’au 1er, à droite de la ligne canadienne. Chaque division attaquerait avec deux brigades à 5 h 30. Le premier objectif, la ligne Black, comprenait les tranchées des premières lignes allemandes, lesquelles devaient être prises au bout de 35 minutes tout au plus. Ensuite, les troupes devaient faire une pause de 40 minutes pour s’implanter solidement et se regrouper. Au bout de 20 minutes de plus, la ligne Red, les 3e et 4e divisions, devaient se trouver maîtres des derniers objectifs des Canadiens. Les brigades de réserve des 1re et 2e divisions, ainsi qu’une brigade britannique, devaient ensuite passer à l’assaut vers la ligne Blue, prenant les défenses de deuxième ligne des Allemands, lesquelles étaient centrées dans le village de Thélus. Finalement, après une halte de précisément 96 minutes, les mêmes brigades devaient avancer jusqu’à la ligne Brown, les derniers objectifs, à quelque 4 000 verges de la ligne de départ.

Si tout allait comme prévu, le combat du Corps canadien serait terminé à 13 h 18. Les ordres de Byng prenaient compte du besoin de se préparer aux contre-attaques allemandes. Il faudrait apporter rapidement des mitrailleuses en grande quantité et préparer des lignes de défense hâtivement sur le terrain récemment gagné.

On dépendait beaucoup de l’artillerie. En effet, la préparation de l’artillerie était la clé de la victoire. Les tranchées de l’ennemi furent bombardées à partir du 20 mars et le bombardement fut intensifié le 2 avril, une semaine avant l’assaut. On devait surtout faire attention aux défenses de fil barbelé allemandes, lesquelles devaient être détruites par les nouveaux obus no 106 qui explosaient au contact avec le fil. Ils furent si efficaces que bien peu d’unités rapportèrent avoir eu de la difficulté à avancer le 9 avril. Les canons ennemis avaient été localisés grâce au réglage du tir par avion, au repérage par le son et au repérage par éclats, et mis hors d’action par le feu des contre-batteries, un processus dirigé par le lieutenant-colonel Andrew McNaughton. Lors de l’attaque, 83 pour cent des 212 canons allemands avaient été neutralisés.

Des canons en grandes quantités avaient été mis à la disponibilité du Corps canadien : 11 groupements d’artillerie lourde, comprenant 245 canons, et 15 brigades d’artillerie de campagne, totalisant 618 canons. Les mitrailleuses Vickers, 150 d’entre elles, tiraient indirectement sur les places fortes ennemies. On pouvait obtenir encore plus de puissance de feu si nécessaire. La plupart des canons, comme la plupart des efforts de logistique appuyant les bataillons des lignes du front, provenaient des ressources de l’armée britannique. Le major Alan Brooke, qui allait être chef du grand état-major impérial, créa le plan pour l’utilisation de l’artillerie.

Les canons avaient aussi un autre rôle crucial. Un barrage traînard allait avancer en étapes de 100 verges, le tout minuté avec précision. L’infanterie qui avançait devait faire attention à rester derrière le barrage, à cause du danger d’être détruite par le tir ami.

Une immense quantité d’obus devait être accumulée, stockée et puis avancée au bon moment. Il en allait de même pour la nourriture, 600 000 gallons d’eau chaque jour, le matériel du génie, les munitions, les fournitures médicales, le fourrage et tout ce dont les 100 000 hommes du Corps canadien et leurs 50 000 animaux avaient besoin. Un système de tramways servait au transport des fournitures vers le front grâce aux tunnels creusés par les cinq compagnies de creusage de tunnels du corps. Ces tunnels, où l’on trouvait de l’éclairage, des téléphones et de l’eau, ont servi à abriter de nombreux troupiers durant la préparation de l’attaque.

Ceux qui se trouvaient à l’extérieur vivaient dans la fange. L’artilleur Wilfred Kerr écrivait que “les tranchées avaient de la boue jusqu’au genou […] comme du gruau; elle montait par-dessus les bandes molletières, les trempait, remplissait les bottes et pénétrait les chaussettes jusqu’à ce qu’on soit obligé d’utiliser un couteau pour l’enlever d’entre les orteils”.

Pendant que les préparations prenaient de la vitesse, les bataillons d’attaque s’entraînaient encore et encore. L’entraînement avait lieu sur des terrains semblables en arrière, avec des rubans qui indiquaient les objectifs. L’objet était de prendre soin que chaque soldat connaisse son rôle. À la surprise de tout un chacun, cela fonctionna. Un servant de mitrailleuse Lewis des 2nd Canadian Mounted Rifles disait par la suite que “quand nous avons fini par atteindre le haut de la colline, non seulement sommes-nous arrivés exactement au bon endroit, nous savions que nous étions dans la bonne section des tranchées où nous devions nous trouver”.

Un colonel ajoutait qu’il avait étudié les plans si souvent que “je n’avais pas besoin de regarder mes cartes pour dire où je me trouvais à quel moment”.

Pendant que l’entraînement se poursuivait, des unités de chasseurs sortaient chaque nuit pour tracasser les Allemands qui étaient déjà maltraités par “la semaine de la souffrance” infligée par le feu de l’artillerie qui avait commencé le 2 avril.

Certains raids réussirent, mais un raid de 1 700 hommes contre les défenses allemandes du Pimple, une élévation de la crête, ne résulta qu’en de lourdes pertes pour les attaquants, des pertes assez importantes pour affaiblir l’attaque de la 4e Division le 9 avril.

Les Allemands savaient qu’une attaque allait avoir lieu, mais Byng espérait obtenir une surprise tactique en fourvoyant l’ennemi. Le taux du feu des canons pouvait être varié, par exemple, et les canons se sont relâchés après minuit, le lundi de Pâques. Et le dernier bombardement traditionnel qui annonçait l’attaque des alliés n’eut pas lieu non plus. Les officiers apprirent l’heure de l’attaque le dimanche de Pâques et ils passèrent la consigne à leurs hommes peu de temps après. À 5 h 30, à l’aube, avec un vent du nord-ouest fortuit qui poussait la neige dans le visage des sentinelles ennemies, tout était prêt. Les hommes attendaient stoïquement l’heure zéro, écrivait le lieutenant Stuart Kirkland, qui remarquait que son bataillon ontarien se tenait dans la boue jusqu’à la ceinture 15 minutes avant l’heure zéro, “je pris deux bouteilles de rhum et donnai une bonne gorgée à chaque homme, car le froid était rigoureux […]”.

L’attaque commença par un immense barrage d’artillerie, “le barrage d’artillerie le plus merveilleux qui ait jamais eu lieu”, écrivait Kirkland. “C’était tout un feu d’artifice”, dit l’artilleur Fred Sims de Lethbridge (Alb.) alors que chaque canon tirait quatre coups par minute. En tout, les canons tirèrent 40 000 coups le 9 avril, tout un feu d’artifice en effet.

L’artilleur Harold Panabaker, qui travaillait avec un officier observateur avancé, se trouvait dans un des tunnels les plus profonds de Vimy et même sous le terrain, le son du barrage d’ouverture “ressemblait à un grand roulement de tonnerre”.

Les 15 000 fantassins de la première vague des 21 bataillons s’élancèrent des lignes de départ sur un front de 7 000 verges. Ils portaient tous leur fusil à baïonnette, leur masque à gaz, 120 balles, des grenades, une bouteille d’eau, peut-être un sac à dos avec des vivres et une pioche ou une pelle : le fantassin devait porter quelque 50 à 75 livres sur son dos. La boue, brassée par le bombardement continuel, fit ralentir l’avance, mais les fantassins continuèrent d’avancer. Le soldat Arthur Southworth écrivait chez lui que tout “ce qu’on pouvait voir c’était la fumée, des Frisés qui couraient et des morceaux de Frisés, même des fois des entiers, qui étaient projetés dans les airs”. L’artillerie frappait les batteries ennemies et les positions défensives principales, et le barrage rampant permit à l’infanterie de rester près du mur de shrapnel.

Quand ils atteignirent les premières tranchées ennemies, la plupart des bataillons au moment prévu, ils trouvèrent des Allemands qui étaient encore dans leur trouée. L’ennemi se rendait ou il était expédié à la grenade. Il n’y avait “pas beaucoup d’excitation où j’étais”, écrivait un lieutenant du 16e Bataillon de la 1re Division. “Je ne vis que deux Allemands vivants et deux qui étaient morts.” Le barrage donna à tous les hommes “un sentiment de confiance”, écrivait le soldat William Elder chez lui à Huntingdon (Qc), “et nous n’étions en danger qui si nous nous en approchions”.

Un des meilleurs comptes rendus de l’assaut initial, qui n’a jamais été publié, fut écrit par le simple soldat Teskey de la PPCLI. Il faisait partie de la première vague de l’attaque de la 3e Division, tout juste au sud de la colline 145. “Une série de cratère de mines nous séparait de la ligne du front de l’ennemi. Nous nous trouvions à un bord des cratères et les Frisés de l’autre. J’étais en haut de notre côté (où on) voyait bien ce qui se passait. Il fallait passer par des crêtes étroites entre les cratères et mon travail était de prendre la tête d’une des files. À 5 h 30, tous les canons que nous avions crachèrent le feu […]. Un barouf affreux. Les Allemands à 35 verges. (La) crête que je devais traverser était haute de 25 pieds. Après un court bombardement, le signal pour qu’avance la 1re vague. Pas le moment de réfléchir! Couru jusqu’à notre propre barbelé; démêlai et continuai. Dus arrêter parce que notre artillerie déversait encore un barrage de shrapnel dans la tranchée ennemie. Le prévu, c’était que la première vague avance sous les obus et aussitôt que le barrage stoppe, se ruer dans la tranchée. Bonne partie de notre 1re vague touchée par nos propres obus! Font pas leur devoir si pas de victimes! Notre barrage n’a pas eu tous les Allemands de la première ligne. Alors que nous nous accroupissions à l’extérieur de leur parapet, une pluie de bombes tomba. Mais aussitôt que nous nous sommes rués en avant, nous étions tous des ‘kamarads’ […].

Comme Teskey le disait dans la lettre qu’il écrivait d’un lit d’hôpital, “juste avant d’atteindre notre objectif, un de nos propres obus toucha terre derrière moi et je fus frappé au dos […]. J’entrai dans le trou fait par un obus. Difficile de retourner à nos lignes : la boue!”

L’expérience de Teskey n’avait rien d’étrange. Le major Percy Menzies notait que des “fois c’était très difficile de savoir exactement où se trouvaient nos lignes de barrage et c’était très dur pour nous, officiers, de ramener nos hommes hors de notre propre feu. Le terrain était tellement trituré que c’était impossible de reconnaître les points de repère sur lesquels nous comptions”.

La courte pause à la ligne Black permit aux attaquants de s’implanter solidement. Et puis l’avance recommença, qui se passait bien à la droite de la ligne. Les Allemands avaient commencé à réagir et des tireurs, le feu des mitrailleuses et l’artillerie causèrent des victimes chez les Canadiens, mais cela ne ralentit guère l’avance. La ligne Blue tomba facilement devant les brigades de réserve des 1re et 2e divisions, “exactement de la même façon qu’on s’était entraîné sur les champs d’exercice”, ou en tout cas c’est ce que disaient les historiens officiels britanniques. L’objectif final, la ligne Brown, atteinte après une charge à la baïonnette par des hommes de la 6e Brigade, tomba vite aux mains des Canadiens.

Les pires difficultés du Corps canadien eurent lieu dans le secteur de la 4e Division, à gauche. À la colline 145 et au Pimple, les troupes allemandes solidement retranchées, qui avaient l’avantage des points les plus élevés de la crête, résistèrent avec acharnement. L’ennemi avait des bunkers sur une pente de l’autre côté de l’artillerie qui le protégeait du bombardement et les 11e et 12e brigades attaquaient les points forts à mitrailleuse avec bien peu de succès. En fait, les contre-attaques allemandes à quelques occasions ont menacé leurs efforts.

Le capitaine Thain MacDowell, à qui l’on avait décerné l’Ordre du service distingué à la Somme, était à la tête de l’attaque du 38e Bataillon. Avec deux coureurs, il se retrouva à une redoute allemande bien en avant du reste de ses hommes. Il détruisit un nid de mitrailleuse et obligea une autre équipe ennemie de servants d’arme à battre en retraite. Ensuite il remarqua un soldat allemand qui entrait dans un des nombreux tunnels qu’il y avait dans la crête. MacDowell le suivit dans le tunnel et persuada un Allemand, au bout de son fusil, qu’il était l’avant-garde d’une force bien plus grande. Il convainquit deux officiers et 75 soldats de se rendre, et les fit sortir par petits groupes afin que ses coureurs puissent les emmener aux lignes canadiennes. MacDowell maintint sa position jusqu’à ce que son bataillon le relève, fut promut major et on lui décerna la Croix de Victoria. Il était l’un des quatre Canadiens à qui la Croix de Victoria a été décernée durant la bataille. Les autres étaient Ellis Sifton, William Milne et John George Pattison.

Quatre mille prisonniers furent faits par les Canadiens, mais beaucoup d’entre eux moururent avant d’atteindre les cages à prisonniers. Le lieutenant-colonel de la PPCLI Agar Adamson écrivait à son épouse que son régiment avait capturé des vingtaines de prisonniers, mais “un major allemand refusa d’être envoyé avec les prisonniers en arrière sauf sous la garde d’un major”. Adamson fut franc: “il ne nous causera plus de difficultés”. Cette histoire n’a rien d’extraordinaire. Richard Rogerson de l’Île-du-Prince-Édouard, qui avait vu un ami se faire tuer près de lui, racontait sans se déconcerter qu’il n’avait pas fait de prisonnier : “j’ai eu mon quota d’Allemands. Il y en a eu 14 à mon crédit en à peu près deux heures, certains j’ai tiré dessus avec mon fusil (et) j’ai enfoncé ma baïonnette dans d’autres et il y en a deux que j’ai tués avec une bombe à main (c.-à-d. une grenade) […]. Une fois que j’ai tué mon premier Allemand avec ma baïonnette, mon sang s’est troublé (et) quand je ne pouvais pas atteindre les Allemands avec ma baïonnette, je leur tirais dessus. Ça ne me dérange pas plus de les tuer que quand je tuais des lapins”. Il se peut qu’une partie de cela soit de la vantardise pour les proches, mais l’histoire de Rogerson sonne juste.

À la tombée de la nuit, la colline 145 appartenait encore aux Allemands. Ce n’est que lorsque la 4e Division a envoyé deux compagnies du 85e Bataillon de Nouvelle-Écosse, récemment arrivés au front et qu’on ne devait employer qu’en tant que bataillon de travail à Vimy, que les Allemands se sont rendus. Le reste des positions de la ligne Red qui faisait face à la 4e Division, à part le Pimple, tomba le matin du 10 avril après une charge à la baïonnette par deux bataillons.

Le Pimple devait être capturé par des troupes britanniques. À la place, le 12 avril, trois bataillons de la 10e Brigade de la 4e Division lançait une attaque, une nuit où hurlait le vent et enlevaient la position à un régiment de gardes allemands lors d’un combat corps à corps. “Je suis roi du Pimple”, disait le brigadier-général Edward Hilliam. La crête de Vimy, y compris le site du mémorial canadien qui allait être construit à la colline 145, était entre les mains des Canadiens.

Il ne restait plus qu’à apporter les canons, et le matériel de toutes sortes, la nourriture, et l’eau, en avant. L’artilleur Kerr s’est rappelé que sa batterie a avancé d’environ deux milles à 11 h, le lundi de Pâques. “Du côté droit de la route, devant nous et derrière, des batteries et des wagons, des camions et des hommes s’avançaient; du côté gauche, il y avait un défilé d’hommes pansés et d’hommes sur des civières qui coulait vers nous.” Les autres batteries, comme le disait l’artilleur Tom Walker à son épouse, “devait attendre que les ingénieurs eussent construit un chemin de fer léger pour aller (de l’avant). La boue était si molle et spongieuse qu’il était absolument impossible de les faire monter avec les chevaux. Ensuite, quand nous atteignîmes la crête, les Allemands battirent en retraite d’environ cinq milles et nous dûmes nous établir devant la crête sur la plaine”. Les canons allemands qui fonctionnaient encore continuaient de tirer sur les Canadiens qui avançaient et le commandant de la 3e Brigade d’artillerie de campagne, le lieutenant-colonel Woodman Leonard, fut tué vers les 9 h 30. Il avait écrit dans son journal, la veille, qu’il avait “renouvelé mon abonnement au London Times pour six mois”.

L’agent du YMCA William Fingland écrivait que “bien sûr les pertes ont été lourdes mais ça a été une grande victoire, et chaque veuve ou mère d’un homme tombé devrait se sentir fière et heureuse le reste de ses jours, que l’être cher a accepté de donner sa vie pour la liberté et la démocratie […]”. Percy McClare du 24e Bataillon de la 2e Division dit à sa mère qu’il “avait participé à toute la bataille et c’était l’enfer”. Mais, ajoutait-il, “je suis heureux de pouvoir dire que je suis passé à travers car ça va être une des choses les plus importantes de l’histoire du Canada”. Le médecin militaire Harold McGill dit à sa fiancée que “c’était une bataille merveilleuse, le meilleur spectacle auquel j’ai jamais assisté. Nos hommes ont taillé le Boche en bonne forme et nos pertes n’ont pas été lourdes”.

McGill avait tort et Fingland avait raison, car les pertes avaient été terribles. L’infirmière Clare Gass écrivait dans son journal le 10 avril que “ce matin, des centaines de blessés canadiens sont arrivés, si fatigués, mais la majorité des blessures n’étaient pas trop graves”. Cinq jours après, elle ajoutait que les “victimes, bien qu’on rapportait comme étant peu nombreuses après la bataille de la semaine dernière ont simplement rempli les hôpitaux à en déborder”. Le Corps canadien a eu 10 602 victimes au combat de Vimy, y compris 3 598 morts. La 4e Division, rien de surprenant, a eu le plus grand nombre de victimes et 4 401 de ses fantassins, soit un sur trois, a été tué ou blessé. Quoi que Vimy ait été, ce n’était certainement pas une simple promenade.

Alors qu’était Vimy? La bataille délibérée, planifiée avec précision et lancée brillamment avait été un triomphe d’armes combinées qui avaient donné une avance de 4 500 verges, la plus grande qu’aient eu les alliés jusque là. La victoire avait démontré combien les Canadiens avaient appris depuis les batailles d’Ypres en avril 1915 et elle prouva que les hommes du corps étaient sans égal.

Malheureusement, la bataille de la crête de Vimy, du 9 au 12 avril 1917, n’avait pas changé le cours de la guerre. Il n’y eut pas de tentative d’exploiter la percée faite par les gars de Byng, pas d’effort pour envoyer la cavalerie à travers les lignes allemandes. L’ennemi battait en retraite quelques milles jusqu’à de nouvelles positions et le combat continuait.

L’importance transcendantale de Vimy le fut pour le Canada. Ce fut une grande victoire, accomplie par l’armée d’une nation qui ne commençait qu’à peine à devenir consciente de sa nationalité. Qu’une majorité des soldats et les officiers d’état-major principaux aient été nés en Grande-Bretagne ne faisait rien. La victoire importait aux soldats parce qu’elle les avait persuadés qu’ils étaient aussi bons qu’ils voulaient croire qu’ils l’étaient. Elle était importante pour les Canadiens au foyer qui pensaient que leurs fils et leur pays étaient spéciaux. Et ils l’étaient.