Obus perforants

Le Projector, Infantry, Anti-Tank (PIAT) frappait dur, mais il fallait être près de la cible pour réussir son coup. [MCG/19900076-675]

Au moment où l’infanterie avait besoin d’un meilleur lanceur antichar, elle fut dotée du PIAT.

Tous les panzers  neutralisés pendant la Deuxième Guerre mondiale ne furent pas victimes d’autres chars ou de tirs d’artillerie. En fait, un grand nombre d’entre eux furent mis hors d’état de nuire par des fantassins.

L’exploit qui valut la Croix de Victoria à Ernest Smith, surnommé « Smokey », dans la vallée du Savio (Italie du Nord), en octobre 1944, commença quand il immobilisa un panzer à une distance de neuf mètres à l’aide d’un PIAT (Projector, Infantry, Anti-Tank [lance-bombes antichar d’infanterie, NDT]).

« Le PIAT était très prisé par les officiers, » dit Robert Engel dans Canadians Under Fire (Les Canadiens sous le feu de l’ennemi, NDT). Bien qu’il fût encombrant, il était pratique et se chargeait rapidement, il ne produisait pas de fumée et ne faisait pas beaucoup de bruit risquant d’indiquer sa position. Les fantassins bien équipés étaient très dangereux pour les chars. « Les assauts de fantassins, ironie de la chose, étaient souvent nécessaires pour nettoyer les armes antichar afin de permettre aux blindés d’attaquer. »

Le soldat L.H. Johnson (à g.) et le sergent D. R. Fairborn du 1er Bataillon canadien de parachutistes se préparent à tirer près de Lembeck, Allemagne, en mars 1945. [Lt Charles H. Richer/MDN/BAC/PA-114595]

Les Canadiens virent les PIAT pour la première fois en Sicile, en 1943, et ils les utilisèrent avec succès en Normandie après le jour J. Sept pour cent des chars allemands détruits par les troupes britanniques en Normandie furent frappés par des PIAT (un pour cent de plus que le nombre de chars neutralisés par les roquettes de l’aviation).

Joseph Lapointe, du Regina Rifles, utilisa un PIAT pour détruire un char juste à côté du quartier général du bataillon à Bretteville-l’Orgueilleuse, en France, pendant la nuit du 8 au 9 juin 1944. Non loin de là, le sergent-major Basil Currie « fit feu, tirant aussi vite que je pouvais recharger les munitions. Il fit ricocher des bombes sur les deux chars, et il immobilisa le plus près avec notre dernière bombe », rapporta le sergent carabinier Irwin Wood, cité par Marc Milner dans Stopping the Panzers : The Untold Story of D-Day (Arrêter les panzers : l’histoire inédite du jour J, NDT).

À mesure que le blindage des chars s’épaississait, les lance-bombes antichar devenaient plus grands et moins faciles à porter. Un progrès dans les munitions donna lieu à l’élaboration d’une arme suffisamment puissante pour percer le blindage et qui pouvait quand même être portée par un soldat.

Le carabinier Joseph Lapointe (à g.) arrêta ce char panzer allemand à coups de PIAT à quelques mètres du quartier général du régiment Regina Rifles près de Bretteville-l’Orgueilleuse, France, en juin 1944. [Lt Donald I. Grant/MDN/BAC/PA-116529]

Les Américains utilisaient le bazooka (lance-fusées antichar sans recul), les Allemands, le panzerschreck (peur blindée) et le panzerfaust (poing blindé). Le PIAT, au nom moins romantique, était simplement un tube contenant un énorme ressort, avec un plateau avant où se logeait une charge creuse en forme de cône qui explosait lors de l’impact, concentrant la force de l’explosion sur un tout petit point pour pénétrer un blindage de 75 millimètres, « et l’enflammer, le plus souvent », dit le caporal Colin Francis Fleiger de Miramichi, N.-B., lors d’une entrevue réalisée dans le cadre du Projet Mémoire.

Il fallait deux soldats pour utiliser le PIAT; un pour charger les munitions et l’autre pour l’armer, debout, et appuyer sur l’énorme gâchette, couché pour pouvoir l’agripper fermement en prévision du recul important. Le percuteur amorçait la charge propulsive de la bombe, qui explosait à l’impact. La cible devait être proche, car la portée efficace maximale du PIAT était d’à peu près 100 mètres. Ceux dont la vie en dépendait préféraient être bien plus près pour augmenter les chances de succès.

Le PIAT était censé se réarmer automatiquement, mais, comble de la frustration, cela n’était pas souvent le cas. En outre, la bombe rebondissait souvent sur le char, mais quand elle atteignait son but, elle était assez puissante pour détruire un char ennemi.

Conseil d’anciens combattants proposé à tous les niveaux de la Légion

Bill Chafe (à g.), président des débats de la direction nationale, félicite Terry Campbell (au centre), deuxième vice-président, et Sonny McCarron, premier vice-président, tous deux nouvellement élus. [Sharon Adams]

Les délégués au 83e congrès de la Division du Nouveau-Brunswick, qui a eu lieu les 23 et 24 septembre à Fredericton, ont appuyé la proposition d’établir un conseil d’anciens combattants au sein de la Légion royale canadienne.

Un tel conseil contribuerait à attirer les jeunes militaires tout en conservant les membres actuels, dit Sonny McCarron, ancien combattant de la filiale Cape Tormentine.

« Il y a beaucoup d’anciens combattants qui ont une mauvaise impression de la Légion, a-t-il déclaré lors d’une présentation très applaudie. La seule manière de changer cela, c’est de prendre les devants plus souvent […], de devenir plus inclusifs en permettant [aux anciens combattants] de prendre part aux décisions sur les questions qui les concernent. »

« Nos anciens combattants ne veulent pas que des gens qui n’ont jamais servi prennent des décisions concernant leur vie et leur famille », dit-il.

Les 130 délégués accrédités ont voté unanimement pour la proposition faite par McCarron d’établir un conseil d’anciens combattants – des anciens combattants élus par des anciens combattants et siégeant aux conseils d’administration à tous les niveaux : filiales, zones, districts, divisions et direction générale.

Le conseil ne changerait en rien le rôle des autres dirigeants élus, dit McCarron, mais il revaloriserait le statut des anciens combattants à la Légion.

Une motion sera préparée pour le congrès national de 2018.

La cérémonie d’ouverture comprenait un mot de bienvenue de Stephen Horsman, vice-premier ministre provincial, qui a félicité la division de ce qu’elle fait depuis longtemps pour les anciens combattants.

John Ladouceur prend ses nouvelles fonctions de président. [Sharon Adams]

Jocelyne Roy-Vienneau, lieutenante-gouverneure du Nouveau-Brunswick, M. Chafe, Harold Harper, président de la Division du Nouveau-Brunswick, Joan Caverhill, présidente des DA de Fredericton, et Don Swain, président de la filiale de Fredericton, ont déposé une couronne.

Mme Roy-Vienneau, avant le défilé, a remercié la Légion de promouvoir « non pas la nostalgie de la guerre, mais sa réalité ».

Le président Harper a rapporté que les finances sont stables, mais qu’elles « doivent être surveillées de près ». Des décisions difficiles et impopulaires ont été prises, comme la restriction des déplacements, les réunions par téléconférence et la réduction du personnel.

Ces changements ont rendu possibles des contributions annuelles de 75 000 $ aux investissements, garantissant la continuation du financement des programmes du leadership et de l’athlétisme de la jeunesse, a rapporté le trésorier, Gary McDade. 

La valeur nette de la division, qui était de 1 030 588 $ il y a deux ans et demi, est maintenant de 1 276 208 $, a-t-il poursuivi, avant de conclure sur une bonne nouvelle : pas besoin d’augmenter les frais d’adhésion.

Clayton Saunders a rapporté que jusqu’en septembre 2017, le Military Service Recognition Book (livre de reconnaissance de service militaire, NDT) avait rapporté 87 006,47 $. L’éditeur Mark Fenety a déclaré que pour la septième année consécutive, le livre rapporterait plus de 93 000 $ à la division.

Les réactions du public aux campagnes de mercatique de la Légion ont généralement été bonnes, a dit Chafe après avoir présenté une vidéo visant l’augmentation des adhésions. Cependant, compte tenu de la visibilité accrue, « nous voyons et entendons plus de commentaires négatifs que jamais ». La Direction nationale y répond d’abord en expliquant pourquoi la Légion prend certaines positions, puis en mettant l’accent sur sa longue histoire de bonnes œuvres pour les collectivités et les anciens combattants.

« Nous devrions nous servir de certaines de ces plaintes pour nous assurer que notre culture est conforme aux valeurs fondamentales de la Légion : service, intégrité, respect, loyauté et travail d’équipe, valeurs que partagent beaucoup de Canadiens », dit Chafe.

Le nombre de renouvellements continue d’augmenter, « mais nous perdons des membres à une vitesse alarmante », a rapporté le président de l’adhésion, Jack Clayton. En septembre, le nombre de membres de la division s’élevait à 7 936, une baisse par rapport aux 8 448 qu’il y avait en 2016 et aux 8 826, en 2014.

Le président des anciens combattants, des services et des ainés a rapporté que depuis 2014, 37 anciens combattants nécessiteux avaient reçu une aide financière provenant du fonds du coquelicot, d’une caisse de secours ou du fonds des anciens combattants sans abri, ou l’aide d’une filiale ou d’un officier d’entraide, ou avaient été référés à ACC.

Les délégués ont appuyé le projet d’une place de la bataille de l’Atlantique à Halifax, après la présentation de Gary Reddy du Fonds de commémoration de la marine canadienne.

Le président Harold Harper dépose une couronne. [Sharon Adams]

Le projet, dont le cout est estimé à 225 millions de dollars, représentera les contributions du Canada à la bataille la plus longue de la Seconde Guerre mondiale, où 4 600 Canadiens ont trouvé la mort. Il servira aussi à retracer la manière dont la génération d’alors a transformé le pays en société industrielle moderne.

Le washer toss (jet de rondelle, NDT), jeu semblable au jeu de fers à cheval, a été ajouté à la liste des sports de membres de la division. « Le Nouveau-Brunswick sera en avance sur les autres lorsque le jeu deviendra un sport national », a déclaré le président des sports, Gary McDade.

Les délégués ont écouté plusieurs présentations, dont un rapport de Buster Rogers de la filiale Hampton sur le pèlerinage du souvenir de la Légion aux monuments, cimetières et champs de bataille européens où des Canadiens ont combattu et ont été enterrés.

Maryse Savoie, directrice générale intérimaire des opérations en région, a fait le point sur les modifications des avantages et des programmes d’Anciens combattants Canada. Les neuf bureaux régionaux ont été rouverts, et plus de 240 personnes supplémentaires ont été embauchées.

Duane Johnson a présenté aux délégués la nouvelle section spéciale de traumatisme de stress opérationnel. Elle ne se veut pas le remplacement du bureau d’entraide ni des programmes d’aide sociale du MDN ni d’ACC. « Nous ne gérons pas les dossiers, ne remplissons ni ne classons de formulaires, ni ne fournissons de soins de santé mentale. Mais nous orientons les anciens combattants et les familles vers le soutien dont ils ont besoin », comme les psychothérapeutes.

Chafe a dirigé les élections qui ont été menées rapidement. Le premier vice-président, John Ladouceur de la filiale Oromocto, a été élu président par acclamation. Paul Poirier de la filiale Herman Good VC, président honoraire et Jack Clayton de la filiale Lancaster de St-Jean, le président des débats, ont également été élus par acclamation.

Sonny McCarron a été élu premier vice-président devant Brian Roberts de la filiale Kennebecasis de Rothebasy, dont le nom a été ajouté à la liste des candidats au poste de deuxième vice-président.

Roberts, qui avait été deuxième vice-président deux fois, s’est retiré de la course. Terry Campbell, de la filiale Marysville de Clifton Royal, a été élu devant Daryl Alward, de la filiale Marysville de Fredericton.

Gary McDade, de la filiale Fredericton, qui est trésorier depuis dix ans, a été réélu devant Clayton Saunders de la filiale Petitcodiac.

Le nouveau président, M. Ladouceur, a annoncé, sur une note optimiste, qu’il pensait pouvoir « faire augmenter l’adhé-sion de deux pour cent au cours des deux prochaines années. C’est un effort d’équipe. Tout le monde peut collaborer pour promouvoir les valeurs de la Légion. »

Les jeux Invictus au programme du forum de l’ICRSMV

Le prince Harry s’adresse aux délégués du forum. [Sharon Adams]

L’Institut canadien de recherche sur la santé des militaires et des vétérans (ICRSMV) a accueilli un illustre invité cette année : le prince Harry, président d’honneur des jeux Invictus, un tournoi sportif annuel pour les militaires et les anciens combattants gravement blessés ou malades.

Les jeux Invictus, a déclaré le prince Harry, « ravivent les qualités affaiblies par des mois ou même des années de combat » et aident ainsi les participants à retrouver un sens à leur vie, à renouer et resserrer leurs liens familiaux et sociaux, à retrouver la forme et, dans certains cas, à rester en vie.

« Les jeux ne font pas que changer des vies, a-t-il poursuivi, ils sauvent des vies. C’est maintenant prouvé par des études de grande qualité. »

Ces études étaient d’ailleurs le sujet d’une des 200 présentations faites pendant le forum de l’ICRSMV de 2017, lequel se déroulait en même temps que les troisièmes jeux Invictus, à Toronto, en septembre.

Les jeux peuvent être une expérience transformatrice pour les compétiteurs, a dit Celina Shirazipour de l’université Dalhousie, qui a fait un rapport sur les résultats préliminaires d’une étude concernant le rôle des sports adaptés en réadaptation. L’étude réalisée principalement sur les athlètes avant, pendant et après les jeux a été menée auprès d’environ 200 compétiteurs ainsi que des membres de leur famille.

« Les jeux sont un formidable atout pour les athlètes pendant leur rétablissement, a dit Shirazipour. L’entrainement les aide à se réintégrer dans la société, à reconstruire leur identité et à reprendre confiance. Les jeux leur donnent un but. Les recherches indiquent l’importance de maintenir des objectifs après les jeux et soulignent celle de l’engagement continu des proches, des amis et de la communauté. »

« Il y a des lacunes importantes dans les connaissances actuelles sur la façon dont les bienfaits des sports adaptés se maintiennent ou non à long terme, » a-t-elle poursuivi. Des recherches supplémentaires seront nécessaires pour déterminer comment faire durer les bienfaits physiques et psychologiques des jeux.

« Tout le monde ici comprend l’importance des recherches et le besoin de données scientifiques sur lesquelles fonder les décisions »,
a déclaré le ministre des Anciens combattants, Seamus O’Regan. Elles sont indispensables pour fonder les pratiques, les politiques et les programmes sur les faits.

L’ICRSMV est un pôle de recherche qui réunit plus de 1 000 chercheurs dans 43 universités canadiennes et des partenaires internationaux qui collaborent pour évaluer les besoins des militaires en service, des anciens combattants et de leur famille en matière de soins de santé.

Les 600 délégués ont aussi entendu les témoignages d’anciens combattants qui ont bénéficié de telles recherches, dont l’adjudant Mark Jones de la Force opérationnelle interarmées contre la menace explosive.

On n’a découvert que récemment, grâce à la recherche, l’effet cumulatif de l’exposition répétée à des explosions, a dit Jones. En 2008-2009, son équipe et lui ont désamorcé en Afghanistan plus de 65 dispositifs explosifs de circonstance en six mois, et ils avaient souvent des maux de tête, des troubles de la vision, des nausées et des sautes d’humeur, sans savoir qu’il s’agissait de symptômes de traumatisme cérébral causé par les explosions. Maintenant, grâce aux recherches et à l’éducation, les techniciens en explosifs comprennent le risque de traumatisme cérébral et ils signalent leurs symptômes et demandent de l’aide.

Pour assurer l’avenir des recherches sur la santé des militaires et des anciens combattants, il faut attirer de jeunes chercheurs, et cela signifie financer leur travail. La Légion royale canadienne verse annuellement une bourse de maitrise de 30 000 $ en recherche sur la santé des anciens combattants.

« De telles recherches peuvent servir à définir les politiques et les programmes qui aideront nos militaires et nos anciens combattants à rejoindre la vie civile », a dit le président de la Direction nationale, Dave Flannigan, qui a remis la bourse de 2017 à Kelly Chen-McDonagh, de l’université Queen’s. Elle enquête sur les bienfaits des chiens d’assistance psychiatrique et des chiens de compagnie pour les militaires en état de stress posttraumatique.

Le neuvième forum de l’ICRSMV aura lieu à Regina du 15 au 17 octobre 2018.

Danger : Engin non explosé

La bombe trouvée par les ouvriers du bâtiment date de 1759, quand les Britanniques assiégèrent la principale ville de la Nouvelle-France. [Lafontaine Inc]

Le chantier où les ouvriers en bâtiment ont déterré cet artéfact au mois de juillet est situé au centre de la ville historique. Ils croyaient qu’il s’agissait d’un boulet de canon; en fait, c’est une bombe de 90 kilogrammes d’il y a 258 ans. Et elle contient encore de la poudre.

C’est probablement un vestige de la guerre de Sept Ans, une des presque 10 000 bombes incendiaires et 40 000 boulets de canon qui ont détruit la ville durant le siège de deux mois à l’été 1759. La bombe n’a pas explosé lorsqu’elle l’aurait dû, et l’humidité et le temps ont fortement réduit le risque d’explosion; mais elle pourrait encore être dangereuse, nous a dit une technicienne spécialiste des munitions de la BFC Valcartier chargée d’enquêter.

« Nous devons certifier que l’article est “libre d’explosifs”, a déclaré la lieutenante (Marine) Éliane Trahan, officière des affaires publiques des Forces armées canadiennes. L’objet sera ensuite retourné à la Ville où il sera préservé. »

Les Britanniques maintenaient le siège dans le but de prendre la forteresse située en haut des falaises bordant le fleuve Saint-Laurent, et où logeaient plusieurs milliers de soldats. Les Britanniques incendièrent les récoltes et détruisirent les fermes tout en assiégeant la ville pour chasser les forces françaises.

Les mortiers jetaient des bombes incendiaires par-dessus les remparts de la ville et en haut des collines qui bordent le fleuve. [BAC/e000943111]

Au début du siège, la flotte britannique de 49 navires comprenait trois navires bombardiers conçus spécialement pour canonner des cibles sur la terre ferme. Les mortiers montés près de la proue lançaient des bombes de 100 kilogrammes ou plus jusqu’à deux kilomètres, au-dessus des murs ou sur les hauteurs. Les Britanniques installèrent aussi des batte-ries de l’autre côté du fleuve, à Pointe-Lévy, directement en face de la ville, malgré le bombardement prove-nant de la garnison et des canonnières des Français durant la construction.

« En tout, 535 maisons ont été incendiées durant le siège, dont toutes celles de l’est de la basse ville […]. Nous avons aussi détruit au moins quatorze-cents maisons de ferme dans la campagne. »

— Un sergent-major du 40th Regiment’s Grenadiers dans A Journal of the Expedition up the River St. Lawrence.

Les bombes étaient en fonte, comme les boulets de canon, mais elles étaient creuses pour pouvoir être remplies de poudre explosive et dotées d’une amorce. On y mettait certains produits chimiques pour en faire des bombes incendiaires.

[Lafontaine Inc]

Le siège commença le 12 juillet et dura tout l’été, les canons et les mortiers ciblant non pas les batteries françaises, mais la ville. La sœur Marie de la Visitation rapporta que plus de 50 maisons de la basse ville furent détruites et, ce qui était pire, des magasins de nourriture. La famine sévit bientôt à Québec.

Le bombardement s’intensifia. La basse ville perdit 167 maisons le 9 aout. À la fin du mois, 29 pièces d’artillerie faisaient pleuvoir plus de 100 bombes et 800 boulets de canon par jour. Le siège sapa progressivement le moral des forces françaises et des résidants de la ville, mais c’est un évènement imprévu qui scella l’issue de la bataille.

La bataille représentée par une vue panoramique. [wikimedia]

La nuit du 12 septembre, un groupe de soldats britanniques grimpa le long d’une falaise de 53 mètres jusqu’à une position mal défendue dont elle soumit les gardes, ce qui permit à 4 500 soldats britanniques commandés par le major-général James Wolfe de prendre position sur le plateau avoisinant la ville. Le marquis de Montcalm mena ses 4 500 hommes, comprenant des guerriers autochtones et des miliciens peu disciplinés, à la bataille des plaines d’Abraham qu’il perdit le 13 septembre 1759. Cette bataille fut un tournant de la guerre entre la France et la Grande-Bretagne, à la fin de laquelle la France céda ses colonies d’Amérique du Nord.


MÉDICAMENT ou MALÉDICTION?

Dave Bona, un vétéran du Régiment aéroporté canadien s’est demandé la même chose tous les jours au réveil pendant plus de 20 ans : « Est-ce aujourd’hui que je vais me suicider? »

Il s’est joint aux Forces armées canadiennes (FAC) en 1984 et a servi à Chypre en 1988-1989 et à la première guerre du Golfe en 1990-1991. Mais au retour de ses missions en Somalie en 1992 et au Rwanda en 1993-1994, il ne se sentait plus lui-même.

Il avait des cauchemars pénétrants, des visions de mort d’enfants terribles, la rage à fleur de peau, le vertige, la nausée, des convulsions, une insomnie si grave qu’il ne pouvait s’endormir qu’au bout de plusieurs jours et après s’être complètement enivré.

Les symptômes – et l’ivresse – ont persisté quand il est revenu au Canada, aboutissant à une comparution en cour martiale en 2000, au renvoi de l’armée et à la fin de son mariage. Un trouble de stress posttraumatique (TSPT) fut finalement diagnostiqué.

Les traitements s’enchainaient. Les ordonnances se multipliaient. « Les médicaments ne marchaient pas. » Au contraire, ils aggravaient les problèmes, dit-il.

Et puis, il y a quelques années, un psychologue lui a demandé s’il avait déjà pris de la méfloquine. La lumière se fit enfin. Les traitements visant certains des symptômes du TSPT échouaient parce que le TSPT n’en était pas la cause.

Les symptômes non liés au TSPT qui se manifestaient chez lui sont inclus dans la liste de certains chercheurs comme étant des signes de toxicité de la méfloquine. Cette liste comprend l’anxiété, la dépression, les pensées suicidaires ou d’homicide, la paranoïa, les délires et les hallucinations. Le diagnostic d’une lésion cérébrale acquise provoquée par la méfloquine fut posé récemment dans le cas de Bona.

Bona est l’un des 900 soldats déployés en Somalie, en 1992, lors de la mission où Shidane Arone, un adolescent de 16 ans, fut battu à mort, ce qui mena à la dissolution du Régiment aéroporté canadien. On prescrit de la méfloquine aux soldats déployés, alors que Santé Canada n’en avait pas encore autorisé la vente.

On a souvent dit que le médicament était donné aux soldats dans le cadre d’une étude, mais que les protocoles concernant le suivi d’une telle étude ne furent pas respectés. Le vérificateur général a conclu en 1999 que les FAC et le ministère de la Défense nationale (MDN) n’avaient pas surveillé, consigné ni rapporté les effets indésirables.

Selon un rapport rendu au mois de juin par le médecin-chef des FAC, 96 militaires faisaient bien partie d’une étude de sécurité de la méfloquine en 1991-1992, mais la mission en Somalie n’en faisait pas partie, « car les directives de l’étude n’étaient pas compatibles avec les exigences opérationnelles du déploiement en Somalie ».

Toutefois, Michele Brill-Edwards, chef du processus d’approbation des médicaments entre 1987 et 1992, dit à l’Edmonton Journal en 2016 que le MDN avait insisté pour qu’on le laisse utiliser la méfloquine conformément aux règles des essais cliniques, mais avait négligé d’en surveiller les effets indésirables. En outre, dit-elle, Santé Canada n’avait pas fait le nécessaire pour que le MDN respecte le protocole des essais cliniques.

« Les renseignements précieux sur l’innocuité et l’efficacité du médicament dans des conditions réelles n’ont pas été recueillis », a déclaré la vérificatrice générale adjointe Maria Barrados devant le comité permanent des comptes publics en 1999.

Les vétérans de la Somalie disent qu’on leur a parlé de la méfloquine et des effets secondaires de cette dernière, mais que personne ne leur avait dit d’arrêter d’en prendre en cas de mauvais effet, et qu’ils n’avaient pas subi de test de dépistage des contre-indications.

La méfloquine est l’un des rares médicaments efficaces contre le pa-ludisme. Sans protection, les FAC prévoyaient 27 cas de paludisme par mois, et plusieurs morts pendant le déploiement. En ce temps-là, on croyait que la méfloquine n’avait pas de conséquences de longue durée sur la santé mentale, et que les réactions indésirables cessaient si l’on arrêtait d’en prendre. La dose était hebdoma-daire plutôt que quotidienne, et sa protection était meilleure.

Mais certains soldats, dont Bona, ont ressenti des effets négatifs dès la première dose. « Je me suis presque aussitôt senti malade, » dit-il. Au début, les symptômes n’apparaissaient que le jour où il prenait sa dose hebdomadaire, mais par la suite, ils devinrent chroniques, et certains surviennent encore à l’improviste.

Les rêves très réalistes et le vertige sont des effets secondaires courants. Cependant, certains soldats avaient des effets indésirables plus graves, y compris les cauchemars, l’insomnie, la dépression, l’anxiété et la paranoïa. Quelques-uns avaient des hallucinations. Les soldats appelaient les jours où ils prenaient leur dose « psycho Tuesdays » (mardis marteaux, NDT) ou « wacko Wednesday » (mercredis mabouls, NDT), qui étaient caractérisés par des « meflomares » : cauchemars horribles qui semblent réels.

Santé Canada n’était cependant pas au courant de ces réactions indésirables chez les soldats. Le médicament fut breveté au Canada en 1993, et en fin de compte, les FAC en donnèrent à 18 000 soldats.

Le lieutenant-général à la retraite Roméo Dallaire a dit au Comité permanent des anciens combattants cette année qu’il avait demandé d’arrêter de prendre le médicament pendant la mission au Rwanda parce qu’il affectait sa mémoire et sa capacité de penser. Il reçut l’ordre de continuer malgré tout, sous peine de cour martiale.

Le paludisme est causé par un parasite transmis par les moustiques de certaines espèces. Ils infestent le foie et envahissent les cellules sanguines qui transportent l’oxygène et les nutriments. Elles deviennent rigides et visqueuses, entravant le flux sanguin vers les organes, surtout le cerveau, et font battre le cœur plus rapidement.

Les parasites peuvent rester inactifs dans le foie durant des années, puis, sans traitement, ils passent soudainement à l’action, par poussées, tout au long de la vie du malade.

La maladie cause des frissons incontrôlables, de la fièvre, une fatigue écrasante, des maux de tête et de l’hypoglycémie. Si elle n’est pas traitée, elle peut mener à des difficultés respiratoires, à des convulsions, au coma, à l’insuffisance rénale ou hépatique, et même à la mort.

Le paludisme est un fléau pour les militaires, alitant très vite les soldats par ailleurs prêts au combat. Certains en meurent.

La maladie se propage facilement parce que toute personne infectée devient porteuse et transmet le parasite aux moustiques sains. Des centaines de millions de personnes contractent la maladie chaque année, et environ un demi-million d’entre elles en meurent.

Le paludisme a modifié le cours de l’histoire, fauchant empereurs, rois et généraux, privant les armées de l’énergie nécessaire au combat. Napoléon inonda la campagne hollandaise en 1809 et déclara : « Il ne faut opposer aux Anglais que la fièvre, qui bientôt les aura dévorés tous ». Quelque 40 % des 39 000 soldats britanniques furent frappés par la maladie. Durant la Première Guerre mondiale, le paludisme immobilisa des armées en Macédoine. « Je regrette, mais mon armée est hospitalisée à cause de la malaria », répondait un général français à une demande britannique d’attaquer; presque 80 % de ses hommes étaient à l’hôpital.

L’approvisionnement en quinine et en quinquina dont on se servait pour prévenir ou soigner le paludisme fut interrompu pendant la Seconde Guerre mondiale. Un demi-million de militaires américains contractèrent la maladie. Le général Douglas MacArthur déclara : « Cette guerre va être longue si, pour chaque division que j’ai pour faire face à l’ennemi, je dois compter une division hospitalisée à cause du paludisme et une autre en convalescence. »

Le paludisme a infecté plus de 40 000 soldats américains au Vietnam, ce qui a mené à des recherches militaires entre 1963 et 1976. La méfloquine était le numéro 142 490. C’est toujours l’un des rares médicaments efficaces contre le paludisme.

Malgré l’absence d’une étude d’innocuité et de tolérance de troisième phase, la méfloquine a été brevetée – et utilisée par les militaires – dans beaucoup de pays, dont les États-Unis, la Grande-Bretagne, l’Irlande, les Pays-Bas et l’Australie.

Les médicaments contre le paludisme ont été autorisés « en se fondant sur une base de connaissances incomplète, et à un stade trop précoce du cycle de développement de médicament », et les organismes d’attribution des permis ont été influencés « peut-être de manière subliminale » par les groupes de pression militaires-industriels-gouvernementaux, a écrit le lieutenant-Colonel Ashley M. Croft du Corps de santé royal canadien en 2007 dans le Journal of the Royal Society of Medicine. Pendant des années, dit-il, des rapports de réactions indésirables ont été rejetés comme étant des faits rares, et ensuite comme étant des résultats d’autres facteurs, puis comme étant un battage mené par les médias.

Dès le début, le fabricant avait signalé que la méfloquine pouvait avoir des effets nocifs. Les avertissements devinrent de plus en plus musclés au fil du temps, et mainte-nant, ils comprennent des symptômes psychiatriques qui pourraient être permanents. Un encadré américain en 2013 disait que les effets secondaires neurologiques pouvaient devenir permanents.
La Medicines and Healthcare Regulatory Authority britannique avertit que les cauchemars, l’anxiété et la dépression pourraient être des signes avant-coureurs d’effets plus graves, et que des cas de suicide ont été rapportés. Les organismes de réglementation européens avertissent aussi du risque de dommages neurologiques irréversibles.

En 2016, Santé Canada a fait inscrire sur l’étiquette : anxiété, paranoïa, dépression, hallucinations, comportement psychotique.

La méfloquine a été liée à des meurtres et à des suicides dans presque tous les pays où elle a été donnée aux soldats. Les anciens combattants de plusieurs pays se sont mis à l’appeler la « pilule du suicide ». Les États-Unis l’ont déclarée médicament de dernier recours en 2013. Les forces spéciales de beaucoup de pays, dont les Navy SEALS et les Green Berets américains, en ont interdit l’usage.

Dans un rapport publié en 2017, le médecin-chef des FAC recommande de ne pas utiliser la méfloquine en première ligne de défense contre le paludisme, mais en autorise la prescription aux gens qui l’ont tolérée auparavant. Il y note aussi qu’elle s’utilise de moins en moins depuis 2004; en 2016, 20 ordonnances seulement ont été délivrées.

En 2006, la méfloquine s’est avérée neurotoxique chez les animaux. Les chercheurs de plusieurs pays ont vite été convaincus que certains symptômes chez l’être humain étaient causés par des dommages au cerveau. Ils appellent cela une lésion cérébrale acquise, appellation disputée dans certains cercles militaires.

En 2016, le comité des affaires des anciens combattants de la Chambre des communes a mené une enquête, et on trouve dans son rapport le témoignage du médecin-chef des FAC, Hugh MacKay, qui disait qu’il n’y avait pas suffisamment de preuves scientifiques pour soutenir que la méfloquine avait des effets néfastes à long terme. « Les effets neuropsychiatriques indésirables graves n’ont été liés que rarement à son utilisation. »

En 2017, lors d’une étude portant sur l’innocuité de la méfloquine, Santé Canada n’a trouvé que très peu d’indices confirmant que la méfloquine avait des effets neurologiques et psychiatriques indésirables de longue durée ou permanents.

L’ironie veut que les FAC soient en partie responsables de ce manque de preuves, n’ayant pas fait d’étude de sécurité sur les
900 soldats envoyés en Somalie en 1992. « Si elles l’avaient fait […] nous aurions pu éviter des probl-èmes à la génération montante », dit le major à la retraite Remington Nevin, boursier de recherches postdoctorales à la Johns Hopkins Bloomberg School of Public Health.

Bien que la méfloquine ait été donnée à des millions de personnes au cours des 30 dernières années, on n’en sait pas beaucoup sur la manière dont elle tue les parasites ou sur ce qu’elle fait à l’intérieur du corps humain.

Des chercheurs en Angleterre et en Australie ont découvert il y a peu qu’elle adhère (imparfaitement) aux ribosomes des cellules du parasite où elle perturbe la production de protéines. Il existe d’autres études où l’on s’est concentré sur l’amélioration de cette adhérence afin de rendre le médicament plus efficace et, espère-t-on, moins toxique pour les humains.

Les effets indésirables ne se produisent pas dans tous les cas, et ils sont habituellement éphémères. Malheureusement, il est impossible de prédire qui sera gravement touché. Des chercheurs ont suggéré au début que des variations génétiques sont la cause de ces différences d’une personne à l’autre. Les recherches récentes semblent indiquer que cette variation soit liée aux enzymes. Ces enzymes activent le médicament, puis elles l’éliminent avant l’accumulation des sous-produits toxiques. On pense toutefois que certaines personnes n’ont pas les enzymes nécessaires à l’élimination. Les symptômes qui en résultent sont neurologiques et psychiatriques, mais le dommage est physique.

Lors de la première étude randomisée de la méfloquine chez des voyageurs en 2001, 67 % des participants ont rapporté des effets secondaires, dont 6 % étaient assez graves pour nécessiter une intervention médicale. Si ces renseignements avaient été obtenus au début des années 1990, a écrit Croft, « il est certain que […] les autorités nationales qui délivrent les permis […] n’auraient pas approuvé ce médicament à l’époque ».

En 2002, des chercheurs britanniques ont découvert que la méfloquine endommageait le foie et la thyroïde chez certaines personnes. L’effet est aggravé par la déshydratation, ce qui est courant dans les pays chauds où l’on déploie souvent les soldats, et la consommation d’alcool.

L’Organisation mondiale de la santé recommande toujours la méfloquine, car les avantages surpassent les risques lorsqu’elle est prise conformément aux prescriptions. Mais elle avertit depuis le début des années 1990 qu’il pourrait y avoir des effets neurologiques ou psychiatriques. Elle recommande que le médicament ne soit pas utilisé par les gens ayant un emploi exigeant une grande dextérité, comme les pilotes.

Il faut cesser de prendre le médicament aux premières indications de réaction indésirable. « Et, la plupart du temps, c’est tout simplement impossible quand il faut déployer un grand nombre de soldats soudainement », dit Julian Lewis, chef du comité de la défense des Communes britanniques qui enquêtait sur la méfloquine chez
les militaires.

« La méfloquine n’est pas compa-tible avec les activités militaires », dit Nevin.

Les soldats eux-mêmes risquent d’écarter les symptômes, croyant qu’ils sont dus au stress du déploiement : chaleur, traumatismes, longues périodes en service, déshydratation. Il y en a qui ne rapportent pas leurs symptômes psychologiques par crainte de stigmatisation. Après le déploiement, les symptômes qui persistent peuvent être attribués par erreur au TSPT ou à un traumatisme cérébral dont les symptômes sont similaires à ceux de la toxicité de la méfloquine.

L’armée pourrait aussi améliorer ses tests de dépistage pour identifier les soldats qui souffrent déjà d’un trouble et l’observation d’effets indésirables. La tenue des dossiers lors du déploiement peut ne pas être régulière et ils peuvent être perdus. Les comptes-rendus peuvent être fragmentaires, incohérents ou mal préparés pour l’enregistrement des renseignements dont on a besoin pour cerner les problèmes causés par la méfloquine.

Beaucoup d’anciens combattants britanniques ont rapporté ne pas avoir subi de tests de dépistage d’affection préexistante ni avoir
été
renseignés sur les effets indésirables permanents potentiels. De plus, « certains soldats se débarrassent [de leur méfloquine] plutôt que d’en risquer les effets secondaires », dit Lewis.

Les anciens combattants, leurs familles et leurs défenseurs se battent depuis des dizaines d’années pour que les armées reconnaissent les dommages causés par la méfloquine et qu’elles fassent quelque chose pour aider ceux qui en souffrent.

La Légion royale canadienne a écrit au ministre de la Défense et à celui des Anciens combattants en novembre 2016 pour les exhorter à entreprendre des recherches sur la méfloquine et d’en cesser l’utilisation pendant ces recherches.

« Nos marins, soldats et aviateurs méritent de connaître les effets se-condaires et d’obtenir un diagnostic convenable afin de se faire soigner comme il faut », ainsi que de l’aide pour relier leur affection au service et faire une demande de prestations d’invalidité, écrivait le président de la Direction nationale, Dave Flannigan.

Des recours ont été intentés par des vétérans de la méfloquine dans plusieurs pays. En 2013, le Journal of the American Academy of Psychiatry and the Law a publié un article donnant un aperçu des questions pouvant être soulevées dans ces recours.

L’International Mefloquine Veterans’ Alliance sensibilise le public et plaide pour que les gouvernements enquêtent. Les membres canadiens de l’alliance veulent que l’armée admette que la méfloquine cause des dommages, identifie les gens qui ont subi des effets indésira-bles, veille à ce qu’ils obtiennent de l’aide, et appuie les recherches sur les moyens d’établir des diagnostics et les traitements. Ils veulent aussi qu’elle établisse un point de contact unique pour les gens qui ont des symptômes liés à la méfloquine, comme cela s’est fait en Grande-Bretagne en 2016.

Un seul de ces désirs a été inclus dans le rapport des FAC en 2017, où il est recommandé que la méfloquine « soit considérée comme étant un agent moins privilégié ». Trois des quatre recommandations concernaient l’amélioration des tests, de l’éducation et de la vérification des remèdes contre le paludisme par les FAC.

Le rapport remarquait que les effets indésirables étaient plus courants qu’on ne le pensait au début (entre 25 et 50 %), mais on y lit aussi que « nous n’avons pas recueilli de preuve [répondant à nos critères d’inclusion] d’effet de longue durée sur la santé mentale ni neurologique de la méfloquine par rapport à la doxycycline ou à l’AP [atovaquone/proguanil] ».

Neuf études, concernant quelque 400 000 militaires, satisfaisaient aux critères d’inclusion; et comparaient les effets indésirables des autres médicaments antipaludéens à ceux de la méfloquine.

Le rapport faisait aussi état de dossiers de militaires canadiens à qui le médicament avait été prescrit entre 2013 et 2016, et on y constatait que la documentation relative aux tests de dépistage pour contre-indication n’existait que dans 38 % des 111 cas. En outre, le médicament avait été prescrit à 12 % des militaires qui étaient atteints d’affections qui auraient dû en contrindiquer l’emploi.

Des études de cas, des études concernant la méfloquine uniquement, et des études dans la population civile étaient exclues.

« Le rapport [des FAC] devrait être considéré comme faisant partie d’une stratégie visant à semer le doute de la part d’une bureaucratie sur la défensive en ce qui concerne la question de la méfloquine, dit Nevin. Les conclusions […] contredisent à l’évidence celles de plusieurs autres pays. »

L’Australie, par exemple, a constaté que le médicament est une cause plausible d’un syndrome chronique de toxicité dans le système nerveux central, et selon un rapport provenant de la Grande-Bretagne, le médicament comporte un risque inacceptable d’effets secondaires graves pour les soldats, dit-il.

Bien que les anciens combattants disent que le rapport des FAC ne répond pas à leurs préoccupations, un rapport publié en juin par le comité des affaires des anciens combattants de la Chambre des communes le fait : « Les risques d’une persistance à long terme d’effets psychiatriques sont suffisamment reconnus par la communauté scientifique pour être ajoutés aux mises en garde intégrées aux livrets d’information accompagnant le médicament. »

Le rapport de la Chambre des communes recommande aussi qu’Anciens combattants Canada (ACC) communique avec les vétérans de la Somalie et du Rwanda afin de s’assurer qu’ils reçoivent les services et le soutien en santé dont ils ont besoin, ainsi que les avantages et programmes d’ACC auxquels ils ont droit. Et il recommande qu’ACC collabore avec les programmes de recherches sur la méfloquine.

Par ailleurs, ACC dit que les anciens combattants peuvent demander des prestations pour une affection liée à la prise de méfloquine pendant leur service.

L’ombudsman des vétérans, Guy Parent, pense toutefois que certains anciens combattants pourraient ne pas pouvoir démontrer le lien entre leurs symptômes et le diagnostic posé.

« C’est une question qui exige une approche pangouvernementale », dit-il, notant que d’autres gouvernements, dont ceux des États-Unis, de la Grande-Bretagne, de l’Australie et de l’Allemagne, fournissent des services liés à la toxicité de la méfloquine, y compris une aide aux demandes de prestations et le financement de recherches, et qu’ils ont inscrit la méfloquine sur la liste des agents toxiques où se trouvent l’agent Orange et l’amiante.

Investir en recherche est particulièrement important, dit Bona, car il n’existe que peu de traitements pour combattre la toxicité de la méfloquine.

Sa vie a changé il y a trois ans, quand il a commencé l’analyse tomodensitométrique à basse résolution, appelée neurofeedback LORETA. La thérapie sert à cerner les régions endommagées et entraine d’autres voies cérébrales à compenser. « Elle écrase la dépression inguérissable qui est un des effets secondaires [de la méfloquine], dit Bona. On reprend gout à la vie. »

Il a toujours un trouble de stress posttraumatique et une lésion cérébrale acquise, mais les conséquences en sont atténuées. Des crises surviennent encore, mais « le rétablissement se mesure en minutes ou en heures, plutôt qu’en jours, en semaines, ou en mois ». Et le suicide n’est plus la première chose à laquelle il pense au réveil. « Quand ils sont bien soignés, les gens peuvent reprendre leur vie. Si vous pouviez faire passer ce message, au moins… »

La guerre sur deux roues

Le modèle WLC (les lettres WL concernaient le type de moteur et le C, le modèle canadien) de Harley-Davidson était une des motocyclettes des estafettes et de la police militaire canadiennes durant la Seconde Guerre mondiale et la guerre de Corée. [MCG/19910090-001]

Les motocyclettes furent indispensables durant les deux guerres mondiales

Les Canadiens n’avaient qu’une poignée de motocyclettes quand ils partirent pour l’Europe, mais avant la fin de la guerre, ils en avaient utilisé des milliers.

Les poseurs de lignes s’en servaient pour vérifier les fils télégraphiques, les officiers, pour le transport et les fantassins, pour la reconnaissance. Elles servaient aussi à livrer des fournitures médicales et à évacuer les blessés.

Quelques-unes avaient un side-car armé d’une mitrailleuse. Cependant, leur rôle le plus important était le transport des messages entre le quartier général et les unités éloignées en Angleterre, et les bataillons et les batteries au front. Les estafettes livraient même des pigeons voyageurs dans des paniers d’osier qu’ils portaient sur le dos.

L’écusson de l’estafette se portait au bas de la manche durant la Seconde Guerre mondiale. [filiale de la LRC 641 de Barrhaven]

Les motocyclettes allaient partout où allaient les soldats canadiens, jusqu’à Vladivostok, sur la côte pacifique de la Russie. Au front occidental, les estafettes apprirent à régler leur vitesse en fonction de la fréquence des explosions d’obus.

Les Canadiens préféraient les Hendee Indian fabriquées au Canada, mais ils utilisaient aussi des Triumph, des Clyno-Vickers et des Douglas britanniques. Elles tombaient souvent en panne, et il fallait beaucoup de savoir-faire pour les réparer. « Une motocyclette ne durait pas deux mois », déclara le caporal Bert Bennes au Winged Wheel Patch.

Bennes se souvient d’avoir participé au vol et au démontage de deux motocyclettes d’officiers qui les avaient imprudemment laissées sans surveillance devant un bar. Une roue arrière fut prise par une estafette, les guidons, une roue avant et une boîte de vitesses furent distribués à d’autres. « On biffait les numéros à la lime, on jetait nos pièces brisées dans le canal et on avait de nouvelles pièces. C’est comme ça qu’on entretenait nos motocyclettes. »

À Falaise, France, en 1944, le caporal suppléant Bill Baggott (en haut) fait un somme sur une motocyclette dont le réservoir porte des traces d’usure parce que les Canadiens s’asseyaient dessus. [BAC/PA-161885]

Selon Clive M. Law, auteur de The Canadian Military Motorcycle, pendant les 100 derniers jours de la guerre, les motocyclettes servaient à la reconnaissance pour les troupes d’assaut et à identifier les points d’appui que les canons, la cavalerie et les fantassins de la brigade devaient démolir.

« Le premier soldat allié sur le territoire allemand après la déclaration de la trêve chevauchait une motocyclette », écrivaient Max Burns et Ken Messenger dans The Winged Wheel Patch.

La vitesse, l’adaptabilité et la puissance brute de la motocyclette étaient inestimables; les Alliés en produisirent plus de 700 000.

« Après l’adresse au tir, la capacité de conduire une motocyclette était proba-blement la qualification militaire qu’on obtenait le plus souvent », écrivit Law, et on donnait des cours de sécurité, de lecture de cartes et d’entretien. D’aucuns disaient que la seule raison pour laquelle les cours de conduite de motocyclette étaient moins dangereux que le combat, c’était l’absence de coups de feu.

Des motocyclettes furent affectées à chaque régiment, et elles furent utilisées par les corps des transmissions, du renseignement et de la reconnaissance, par la police militaire et par les troupes d’invasion. Elles servirent à poursuivre les avions ennemis qui s’écrasaient pour en capturer l’équipage. Une douzaine furent modifiées et équipées d’un tuba pour le raid de Dieppe, mais aucune estafette ne franchit la plage.

Un motard d’une unité de mitrailleurs de la Première Guerre mondiale embourbé (ci-dessus) reçoit un coup de main de soldats du Canadian Scottish Regiment. [BAC/PA-000714]

Là où les camions étaient bloqués par la circulation ou le mauvais temps, les vaillantes motocyclettes faisaient leur devoir. Les estafettes servaient de guides à la brèche de Falaise, fusaient autour des plages de Normandie au lendemain du Débarquement et franchissaient les régions boueuses et les rivières en Italie.

La posture des estafettes canadiennes, assises, le dos droit, sur le réservoir d’essence (et risquant ainsi des mesures disciplinaires), leur valut le surnom de Crazy Canucks (les Canadiens cinglés, NDT).

Les estafettes avaient un rôle des plus dangereux : livrer des renseignements que l’ennemi désirait ardemment saisir ou détruire. Elles empruntaient des chemins non balisés, parfois sous les coups de feu, souvent sans phare durant la nuit, ce qui augmentait le risque d’accident. Elles escortaient les convois, zigzaguant entre les véhicules.

Les pertes, tant humaines que matérielles, étaient élevées. « J’ai démoli neuf motocyclettes […] en Italie, » dit Darrell White lors d’une entrevue qu’il accorda au Projet Mémoire. Le propagandiste nazi Lord Haw Haw disait qu’il n’y avait pas lieu de s’inquiéter des Canadiens. « Donnez-leur simplement une bouteille de whisky et une motocyclette, et ils se tueront eux-mêmes. »

Un club dont personne n’espère faire partie

Le capitaine Brian Bews s’éjecta de son CF-18 Hornet quelques instants avant qu’il n’explose. [THE CANADIAN PRESS, LETHBRIDGE HERALD, IAN MARTENS]

Le capitaine Brian Bews, pilote de chasse, s’exerçait en vue d’un spectacle aérien à Lethbridge, Alberta, le 24 juillet 2010, lorsqu’un moteur de son CF-18 Hornet tomba en panne. Il s’éjecta à 90 mètres seulement du sol; deux secondes après, son avion était une boule de feu et lui, flottait vers le sol.

Le capitaine venait d’obtenir son droit d’entrée au Caterpillar Club, cercle exclusif auquel personne n’aspire appartenir : celui des gens qui ont survécu en sautant en parachute d’un appareil qui s’est ensuite écrasé.

Franz Reichelt, pionnier du parachutisme, avant sa chute fatale du haut de la tour Eiffel, en 1912. [Wikimedia]

Personne ne sait exactement combien de personnes ont eu la vie sauve grâce à un parachute, mais on sait que ceux de l’Air Chute Company (Irvin Aerospace par la suite et actuellement Airborne Systems) en ont sauvé plus de 100 000 à eux seuls.

Les parachutes étaient rares pendant la Première Guerre mondiale, et habituellement rangés de façon peu pratique à bord de ballons d’observation et d’avions. L’inventeur du parachute portable, le tailleur Franz Reichelt, trouva la mort lors d’une démonstration de saut du haut de la tour Eiffel en 1912. En 1919, Leslie Irvin, que l’on surnommait Sky-Hi Irvin, mit à l’essai le parachute portable à câble d’ouverture conçu par la U.S. Army Parachute Section et décida de les fabriquer.

Une carte de membre du Caterpillar Club. [archives du National Air and Space Museum 80-2393]

Irvin créa le Caterpillar Club en 1922 pour distinguer les survivants d’un écrasement qui s’étaient servi d’un de ses parachutes. Le cercle, dont le nom évoque le ver à soie qui fournit le textile utilisé pour fabriquer les premiers parachutes, remettait à ses membres des cartes et des épinglettes à chenille en or et aux yeux de rubis. Pendant la Seconde Guerre mondiale, les nouvelles chenilles étaient dorées et leurs yeux faits de grenats, puis on les fabriqua en or 10 carats avec des yeux en émail. « Le nombre de demandes que nous recevons actuellement, et j’en suis très heureuse, est très petit : deux ou trois par année, » dit Maureen Udy de l’entreprise anglaise Airborne Systems Limited.

D’autres entreprises se sont vite mises à distribuer des souvenirs aussi : la Pioneer Parachute Company, remet des plaques; le Roo Club d’Australie, des épinglettes à kangourou; la Switlik Parachute Co., qui a équipé l’amiral Richard Byrd et Amelia Earhart, des épinglettes en or et en argent. Earhart sauta en parachute en public pour la première fois de la tour d’entrainement des parachutistes de 50 mètres appartenant à l’entreprise. Elle dit à propos de la descente que c’était « très amusant! »,opinion qu’ont encore aujourd’hui beaucoup de parachutistes sportifs.

Leslie Irvin (à d.), inventeur du Irvin Air Chute, regarde le sergent-maitre Ralph Bottriell de l’U.S. Army Air Corps (au c.) se préparer à faire un saut d’essai, accompagné du pilote James Ray. [Wikimedia]

Le premier membre du Caterpillar Club, admis le 20 octobre 1922, fut le lieutenant Harold Harris, pilote d’essai de l’Ohio. Selon Harold Skaarup, auteur de Canadian Warplanes (avions militaires canadiens, NDT), le premier membre canadien fut Jack Caldwell qui sauta de la Vedette qu’il mettait à l’essai au-dessus de l’usine canadienne Vickers, le 17 mai 1919, à cause d’une panne de moteur. L’aviateur renommé Charles Lindbergh et l’astronaute John Glenn en ont aussi été membres.

Plus de 13 000 aviateurs de la Royal Air Force et de l’ARC ont demandé à en être membre au cours de la Seconde Guerre mondiale. Ceux qui sont admissibles n’en font pas tous la demande, y compris des aviateurs de la Luftwaffe qui portaient un parachute conçu par Irvin provenant d’une usine achetée par les nazis en 1936.

Aucune demande accompagnée de preuves n’est refusée. Le critère clé, c’est le sort de l’aéronef. Les sauts volontaires ne sont pas permis : un parachutiste sportif dont l’avion s’écrase plus tard n’est pas admissible, mais le pilote de l’avion qui saute juste avant l’écrasement, si.

Ironie du sort, Sky-Hi Irvin, qui a effectué plus de 300 sauts en parachute, n’a jamais été admissible au club qu’il a fondé.

Le 9 avril 1958
Date du plus haut saut d’urgence en parachute, selon le Livre des records Guinness, à l’occasion du vol d’essai funeste d’un bombardier à réaction English Electric Canberra de la Royal Air Force.

3 048 mètres
Hauteur à laquelle le pilote de Canberra John de Salis et son navigateur Patrick Lowe déployèrent leur parachute.

17 070 mètres
Altitude à laquelle leur Canberra explosa.

8 848 mètres
Hauteur du mont Everest.

Le 26 juillet 1959
Date à laquelle le lieutenant-colonel William Rankin de l’U.S. Marine Corps abandonna son chasseur F-8 Crusader.

14 326 mètres
Hauteur à laquelle le moteur du chasseur de Rankin tomba en panne.

40 minutes
Le temps qu’il fallut à Rankin pour descendre, à cause des courants d’air ascendants d’un orage.

11 minutes
Durée d’une descente normale.

Les Canadiens peuvent encore adhérer au Caterpillar club.

Les formulaires de demande sont disponibles auprès de Yvonne.wade@airborne-sys.com.

Des championnats de cribbage pleins de suspense

Ron Moore (en haut) de la filiale Gibsons (C.-B.) gagne le titre des simples à sonpremier championnat national.

Aux championnats nationaux de cribbage de 2017, qui ont eu lieu à la filiale Norwood-St. Boniface de Winnipeg du 28 au 30 avril, l’effervescence a duré jusqu’aux tout derniers moments de la remise des prix, car les joueurs s’étaient mis d’accord pour ne pas afficher les scores pendant les jeux ni annoncer d’équipe gagnante avant le banquet de fermeture.

Il est habituel, aux championnats nationaux, d’afficher les scores pendant la poule, à la fin de chaque manche. Lorsque certaines équipes commencent à se démarquer du lot, les joueurs et spectateurs se rassemblent devant le tableau pour discuter des possibilités de victoire de telle ou telle équipe. Et c’est ainsi que cela s’est passé durant les manches des simples et des doubles.

Cependant, quand la compétition des équipes a commencé, le dimanche, la coordinatrice du tournoi, Faye Lavack, a demandé aux joueurs de tenir le silence au sujet des gagnants. Ils ont joué le jeu.

« Ce suspense favorisa la camaraderie, puisque personne ne savait comment s’en tirait son équipe préférée, » nous dit Lewis Conrad de la filiale Liverpool de la Nouvelle-Écosse–Nunavut.

« Attendre jusqu’à ce soir […] c’est bien, c’est amusant, » a dit Lorne Wihnan de la filiale Robert Combe VC de Melville, Saskatchewan.

Les joueurs ont eux aussi remarqué plusieurs avantages. Ils pouvaient se concentrer sur le jeu sans se préoccuper du classement.

Rick Falle (à g.) et Barry Dillon de la filiale Victoria (Î.-P.-É.) remportent leur quatrième titre des doubles en cinq ans.

L’enthousiasme a duré toute la journée. Les joueurs des équipes de quatre personnes divisées en deux sections ne savaient pas où ils en étaient par rapport aux autres ni où en était l’autre moitié de leur propre équipe. Et en fin de compte, les manches ont été plus rapides : la compétition des équipes est la seule à s’être terminée dans le temps imparti. « J’ai vraiment aimé ça, dit Paul Calhoun de l’équipe néo-brunswickoise. Ça nous a obligés à nous concentrer davantage. »

Lui, sa fille, Sandra LeBlanc, Roger LeBlanc (aucun lien de parenté) et Dean McLaughlin de la filiale Marysville de Fredericton ont remporté la compétition des équipes avec 35 points, dont 20 ont été marqués par le duo père-fille. « On n’aurait pas pu faire beaucoup mieux, » dit Calhoun. 

Toutefois, au début, Roger LeBlanc et McLaughlin se trouvaient loin derrière. « Pendant les quatre premières parties, ça n’allait vraiment pas bien, dit LeBlanc. La Nouvelle-Écosse nous a administré un double blanchissage. » Ils ont prouvé qu’un mauvais départ ne présage pas nécessairement une mauvaise arrivée.

L’équipe en deuxième place, à 24 points, était celle de la Nouvelle-Écosse–Nunavut : Bruce Clattenburg, Gwen et Lloyd Lowe, et Lewis Conrad de la filiale Mersey de Liverpool.

Le samedi, à partir de la distribution des cartes peu après la cérémonie d’ouverture, les joueurs et les spectateurs étaient mis au courant de chaque revers de fortune. La compétition se faisait en poule, deux parties par manche, où un point était donné pour chaque victoire, un point de plus pour un blanchissage (quand l’adversaire ne passait pas la marque des trois quarts) et deux point de plus pour un double blanchissage (quand il ne passait pas la marque du milieu).

Il a fallu quatre manches chez les doubles pour que les meneurs se démarquent. Arnie MacAskill et Dwight Baird de la filiale albertaine Lacombe, qui en étaient à leurs deuxièmes nationaux, étaient en tête avec huit points, ayant infligé deux blanchissages aux joueurs Dwight Moore et Leslie Watson de la filiale ontarienne Kenora, de la Division du Manitoba–Nord-Ouest de l’Ontario. Cependant, Barry Dillon et Rick Falle de la filiale Prince Edward de Victoria et Roger LeBlanc et Dean McLaughlin de la filiale Marysville n’étaient qu’à un point derrière eux.

« On aurait dit que chaque fois qu’on perdait la coupe, on gagnait la partie, dit MacAskill. Et puis on a commencé à gagner la coupe. » Et à perdre les parties. Des blanchissages aux cinquième et sixième manches permirent à la Colombie-Britannique–Yukon de prendre la tête, tandis que MacAskill et Baird faisaient du sur-place à 11 points.

Après la huitième manche, le Nouveau-Brunswick n’était qu’à deux points derrière la Colombie-Britannique. L’équipe néo-brunswickoise ne marqua qu’un seul point à la dernière manche, tandis que les britanno-colombiens en marquèrent trois.

« La Colombie-Britannique–Yukon est en première place à 19 points, » a annoncé Lavack, présidente de la filiale qui était aussi présidente du comité des préparatifs locaux. Elle a ensuite ajouté ceci : « Je dois me rétracter, dit-elle en riant, parce que tout le monde sait bien que le 19 n’existe pas au crib. »

Pour la quatrième fois en cinq ans, Barry Dillon et Rick Fall de la filiale Prince Edward de Victoria, ont remporté le tournoi des doubles.

« On joue aux cartes de la même manière, c’est pour ça qu’on gagne, »dit Dillon. Mais en montrant du regard le tableau, il a ajouté : « Jetez un coup d’œil au tableau, et vous verrez que tout le monde a eu au moins un zéro, sauf le Nouveau-Brunswick et nous. »

Les champions par équipe, de la filiale Marysville de Fredericton, (de g. à d.) Roger LeBlanc, Dean McLaughlin, Sandra LeBlanc et Paul Calhoun sont félicités par Faye Lavack, présidente de la filiale hôtesse Norwood-St. Boniface et présidente du comité des préparatifs locaux.

En effet, il y avait eu bien des zéros à partir du début de la compétition des simples, le samedi après-midi. Ron Moore de la filiale britanno-colombienne Gibsons et Clattenburg de la filiale Mersey ont tous deux marqué quatre points en blanchissant deux fois leurs adversaires à la première manche. Ils étaient soit ex æquo en tête, soit à un point l’un de l’autre durant la majeure partie du jeu. Après six manches, ils étaient à égalité à 12 points et Dave Lane de la filiale East Toronto les suivait de trois points.

À la septième manche, Clattenburg a pris une avance de deux points lorsque Moore a fait une partie en blanc contre Lane, mais à la manche suivante, Moore a blanchi son adversaire et pris la tête à 16 points. Clattenburg aurait encore pu gagner en marquant deux blanchissages en même temps que Moore aurait marqué zéro ou un. Mais il n’allait pas en être ainsi. Score final : Moore 17, Clattenburg 14, à égalité avec Sandra LeBlanc du Nouveau-Brunswick.

Moore était fou de joie. « C’est la première fois que je participe aux nationaux, dit-il. La concurrence est féroce ici. »

Il y avait des compétiteurs de tous niveaux. Theresa Gallant, coordinatrice du tournoi de Charlottetown en 2016 et son époux Paul, tous deux de la filiale prince-édouardienne Wellington, participaient aux nationaux pour la première fois.

Doreen Rourke de la filiale Montcalm Memorial de Rawdon, Québec, en était à sa deuxième visite à Winnipeg; elle avait fait partie de l’équipe gagnante de 1999, mais elle n’a rien gagné depuis. « C’est ma troisième fois, et je n’ai toujours rien gagné, dit son coéquipier John Garner. À nous tous, nous avons 300 ans d’expérience, dit-il lors du banquet, mais ça ne nous a pas servi aussi bien que j’espérais. »

Tout le monde a bien mangé et bien ri lors du banquet de fermeture. Mme Lavack a remercié le comité et le personnel de cuisine de leur travail. Dan Kidd a transmis les salutations du président de la Division du Manitoba–Ontario du Nord-Ouest, Mel Willis.

« Il y a plus de 20 000 joueurs de crib à la Légion, et vous êtes la crème de la crème de tous les coins du pays, » a déclaré le secrétaire du comité national des sports, Danny Martin, qui présentait les salutations du président,Angus Stanfield. « Nous tenons à vous féliciter tous. »


Résultats

Équipes : N.-B. (fil. Marysville, Fredericton), 35; N.-É.–Nt (fil. Mersey, Liverpool, N.-É.), 24; Alb.–T. N.-O. (fil. Lacombe) et Sask. (fil. Robert Combe VC, Melville), 22; Î.-P.-É. (fil. Wellington), 21; T.-N.-L. (fil. Stephenville), Ont. (fil. East Toronto), 19; Man.–N.-O. O. (fil. Fort Garry, Winnipeg), 18; Qc. (fil. Montcalm Memorial, Rawdon), 17; C.-B.–Yn (fil. Lumby), 15.

Doubles : C.-B.–Yn (fil. Prince Edward, Victoria), 19; N.-B. (fil. Marysville), 15; Sask. (fil. Carrot River), 14; Alb.–T. N.-O. (fil. Lacombe) et Ont. (fil. East Toronto), 11; Î.-P.-É. (fil. Wellington), 10; N.-É.–Nt (fil. Mersey, Liverpool, N.-É.), 9; Man.–N.-O. O. (fil. Kenora, Ont.), 8; Qc (fil. Montcalm Memorial), 7; T.-N.-L. (fil. Stephenville), 6. 

Simples : C.-B.–Yn (Ron Moore, fil. Gibsons), 17; N.-B. (Sandra LeBlanc, fil. Marysville) et N.-É.–Nt (Bruce Clattenburg, fil. Mersey), 14; Ont. (Dave Lane, fil. East Toronto), 12; Man.–N.-O. O. (Barry O’Donnell, fil. St. James, Winnipeg), 9; T.-N.-L. (Lorraine Pittman, fil. Stephenville, T.-N.), 9; Î.-P.-É. (Bernice Gallant, fil. Wellington), 8; Alb.–T. N.-O. (Andy Gauthier, fil. Lacombe), 8; Sask. (Shiral Brown, fil. Elrose), 7; Qc (John Garner, fil. Montcalm Memorial), 6. 

Le Musée canadien des droits de la personne met les témoignages au premier plan

L’architecte Antoine Predock a dressé les plans du Musée canadien des droits de la personne. [Sharon Adams]

Les témoignages, selon un sage d’antan, nous permettent de voir à travers les yeux d’autrui; ils nous montrent les conséquences de nos actes, créent des communautés, nous enracinent et nous font traverser le temps. Et ils nous apprennent à être humains.

C’est aussi une assez bonne description de l’effet du Musée canadien des droits de la personne sur ses visiteurs. Certes, son architecture est sensationnelle, et les idéaux qu’il incarne sont des plus nobles, mais ce sont les histoires qu’il raconte, les voix humaines qui narrent leur expérience vécue, qui lui donnent toute sa force.

Le musée est un legs de l’homme d’affaires et philanthrope Israel Asper de Winnipeg. Il s’agit du premier musée national du Canada situé au centre géographique du pays plutôt qu’en son centre politique, la capitale. Son mandat est de promouvoir le respect de l’autre, d’encourager la discussion sur les droits de la personne au Canada et ailleurs dans le monde.

La technologie est mise à contribution de manière très efficace pour permettre aux visiteurs de s’immerger dans les histoires. Les droits et responsabilités des Autochtones sont représentés par quatre générations dans un film projeté sur les murs d’un théâtre circulaire dans la galerie des Perspectives autochtones. Un casque de réalité virtuelle met le visiteur au milieu d’une coopérative de tissage au Guatemala, où les femmes revendiquent leur droit de gagner leur vie.

Le cheminement des droits de la personne au Canada y est aussi présenté honnêtement. Les expositions retracent les torts causés aux enfants autochtones dans les pensionnats, l’internement des Canadiens japonais et la confiscation de leurs biens et de leurs entreprises, le traitement des Canadiens noirs, la lutte des Canadiens chinois et des femmes au Québec pour obtenir le droit de vote, et le refoulement des juifs qui fuyaient le nazisme.

Toutefois, on y célèbre aussi d’importantes réalisations : la lutte pour que les femmes soient légalement considérées comme étant des personnes à part entière, l’adoption de lois protégeant les droits de la personne, dont la Charte canadienne des droits et libertés et la signature de la Déclaration universelle des droits de l’homme, et de lois anti-discrimination et contre les crimes haineux.

La définition et la précision des droits de la personne est une tâche sans cesse renouvelée, l’équilibre entre droits et libertés sans cesse renégocié. Les expositions reconnaissent que les deux processus peuvent être bruyants et controversés.

Le musée lui-même est sujet à plusieurs controverses, en particulier la galerie réservée à l’exploration de thèmes concernant l’Holocauste. Certains critiques ont plaidé pour que l’on y insiste davantage sur d’autres atrocités, comme l’Holodomor du début des années 1930, au cours duquel entre deux et 12 millions d’Ukrainiens sont morts de faim alors que le chef soviétique, Joseph Staline, exportait des millions de tonnes de céréales pour les punir de leur opposition à la collectivisation agricole.

Avec l’Holocauste est née la notion de génocide : l’extermination intentionnelle d’un groupe ethnique ou d’une nation en particulier. Le mot fut créé par l’avocat juif polonais Raphael Lemkin, qui documenta l’extermination systématique de certains groupes de gens par les nazis, notamment les juifs, mais aussi les invalides, les homosexuels et les intellectuels. Il réussit à faire ajouter le terme aux chefs d’accusation des procès de Nuremberg et plaida pour la Convention des Nations Unies pour la prévention et la répression du crime de génocide, adoptée en 1948.

La galerie explique la manière dont la constitution allemande, les élections démocratiques et les freins et contrepoids au pouvoir furent manipulés peu à peu afin de restreindre la démocratie et de répandre l’idéologie nazie.   

« Six millions de morts n’arrivent pas tout d’un coup, dit le chercheur et conservateur Jeremy Mason. Les plans des camps de concentration ont été dessinés par des gens, les listes de transport des prisonniers aux camps ont été rédigées par des gens, les bons de commande de gaz toxique ont été remplis par des gens. »

Mais il y eut aussi quelqu’un qui abrita Carmela Finkel et sa famille après que presque tous les juifs de leur village en Pologne avaient été arrêtés et exécutés. Dans une vidéo, Finkel explique que sa famille passa 20 mois, dans le silence absolu, dans un trou creusé sous la maison de son voisin alors que des soldats allemands se trouvaient dans la pièce au-dessus. Et après la guerre, quelqu’un d’autre, une personne apparentée à la bénévole du musée Joanie Sheps, parraina la famille pour la faire venir au Canada. « La famille de mes grands-parents a fait venir [les Finkel] à Winnipeg », dit Sheps.

« Les actes de barbarie de la Seconde Guerre mondiale ont élevé la conscience de l’humanité », dit Maron, et en conséquence, des gens ont œuvré ensemble pour protéger et promouvoir les droits de la personne. Parmi eux se trouve le Canadien John Peters Humphrey, qui a été directeur de la Division des droits de l’homme des Nations Unies pendant vingt ans.

On peut voir jusqu’au 14 mars le prix Nobel de la paix ainsi que l’uniforme taché de sang de l’écolière pakistanaise Malala Yousafzai, sur qui un taliban a tiré parce qu’elle plaidait en faveur des droits à l’éducation des filles.

« Il est facile de sombrer dans la déprime quand on voit ce qu’il y a encore à faire », dit Maureen Fitzhenry, directrice des relations avec les médias. Mais, un peu partout dans le musée, on trouve des exemples de gens ordinaires qui ont fait ou font progresser les droits de la personne.

Benoît Huot, Canadien médaillé d’or aux Jeux paralympiques, parle d’inclusion et de participation aux sports pour les gens de toutes capacités. La robe de bal rouge portée par l’écolière Maréshia Rucker, qui a récemment organisé le premier bal intégrant élèves blancs et noirs dans une école secondaire de Géorgie, en dit long sur la ségrégation raciale qui existe encore aux États-Unis. Et il y a aussi les robes rouges qui symbolisent les femmes autochtones disparues ou assassinées. 

Tout en haut du mur de la galerie une boucle vidéo des 30 articles de la Déclaration universelle des droits de l’homme est projetée. Et enfin, il y a les témoignages de gens qui s’efforcent d’incorporer les droits de la personne dans leur propre vie, des gens comme les femmes en Arabie Saoudite qui se battent pour avoir le droit de conduire.

Ce sont des histoires comme celle-là qui montrent comment les idéaux nobles mais abstraits des droits de la personne s’incarnent dans l’expérience humaine.

Excuses présentées aux cadets de l’accident de grenade

Le ministre de la Défense a présenté des excuses longtemps attendues aux cadets blessés dans un accident de grenade survenu pendant un camp d’été en 1974, à la Base des Forces canadiennes Valcartier, au Québec.

« Je n’étais pas certain que cela finirait par arriver », dit M. Gerry Fostaty, ancien instructeur de cadets qui avait donné les premiers secours et identifié les victimes. « Reconnaitre la gravité de la situation… Ça aide beaucoup les gars qui en souffrent encore. »

Pendant un cours sur la sécurité, des cadets dont la plupart avaient 14 ou 15 ans eurent la permission de manipuler des grenades inertes. L’un d’entre eux demanda à un instructeur s’il pouvait retirer le goupillon, et ayant obtenu une réponse affirmative, il le fit. Mais il s’agissait d’une grenade active. Il y eut 6 morts et 65 blessés parmi les cadets. Les cadets traumatisés, sujets à une enquête militaire, furent avertis à l’époque de ne pas parler de l’accident. Beaucoup d’entre eux vivent depuis lors avec des problèmes physiques ou mentaux. Plusieurs se sont suicidés.

Les militaires qui avaient alors la charge des garçons et qui ont demandé des prestations récemment ont été indemnisés bien davantage que les cadets ayant subi les mêmes blessures, et un bon nombre de ces derniers n’ont pas été indemnisés du tout. L’ombudsman militaire a mené une enquête en 2013, après avoir reçu 52 plaintes.

Selon le rapport cinglant rendu public en 2015, il a conclu qu’il y avait eu un manque inexcusable d’égards pour les adolescents (« Grenade accident remembered 40 years later » [anglais seulement], novembre/décembre 2014). Il y écrit également que les cadets furent traités durement au cours de l’enquête
et, injustement par la suite. Quatre décennies plus tard, plus de la moitié
subissent encore les séquelles de l’accident.

Étant donné qu’ils n’étaient pas membres des Forces armées canadiennes ni employés du ministère de la Défense nationale, les cadets n’avaient droit à des prestations ni du MDN, ni des Forces armées canadiennes, ni d’Anciens combattants Canada. À l’époque, leurs parents ne furent pas informés des recours possibles ni des démarches à suivre. Il est évident qu’il « est contraire aux principes d’équité d’offrir de l’aide, des indemnités et des avantages à des membres des Forces canadiennes touchés directement ou indirectement par l’incident de 1974 sans offrir un soutien similaire aux jeunes garçons qui étaient présents dans les casernes lors de l’explosion », dit le rapport.

L’ombudsman a recommandé d’évaluer les survivants et d’offrir des soins médicaux à ceux qui en ont besoin, et le cas échéant, une indemnisation financière. Bien des familles de blessés ont dû payer des frais médicaux élevés.

« La présente a pour objet de vous présenter nos excuses sincères pour la douleur et la souffrance que vous avez endurées à la suite de cette horrible expérience », lit-on dans la lettre signée par le ministre de la Défense, Harjit Sajjan, et le lieutenant et vice-chef d’état-major de la défense, Guy Thibault. « Nous reconnaissons que beaucoup de ceux qui sont touchés par cette terrible tragédie ont eu du mal à supporter les traumatismes subis. Nous regrettons qu’il ait fallu si longtemps pour reconnaitre officiellement cette tragédie et ses incidences sur vous et sur d’autres victimes, et pour s’en occuper. »

La lettre donne ensuite l’autorisation aux cadets de rompre le silence. « Nous comprenons aussi que certaines des victimes ont gardé le silence pendant toutes ces années, obéissant à un ordre qui leur avait été donné par des militaires. Nous encourageons tous ceux qui ont été touchés par cet évènement de parler, sans restriction, des circonstances de l’accident et de ses conséquences sur leur vie, que ce soit en privé ou dans les tribunes publiques. »

M. Fostaty a déclaré que : « ces excuses, venant de ce ministre de la Défense, sont importantes. Il a un passé militaire, et c’est un soldat dévoué. Cela a plus de poids que [les excuses] d’un politicien. »

En 2015, le ministre de la Défense d’alors, Jason Kenney, avait envoyé une lettre disant que le gouvernement fédéral regrettait les effets que l’accident avait eus sur les victimes et leur famille, et qu’il ait fallu 41 ans pour s’en occuper. À ce moment-là, les survivants avaient répondu que des regrets n’étaient pas la même chose que des excuses sans réserve.

« Je suis très optimiste par rapport à la manière dont vont les choses », dit M. Fostaty. Les évaluations sur la santé ont été faites, les anciens cadets reçoivent des traitements médicaux ou psychologiques, et l’indemnisation est en cours d’étude.