Souvenir d’Italie

Des anciens combattants et des étudiants au cimetière de la Moro après une cérémonie aux chandelles. [PHOTO : TOM MacGREGOR]

Son corps gisait depuis 65 ans au cimetière militaire canadien de la Moro, près d’Ortona (Italie), sous une pierre portant l’inscription Known unto God (connu de Dieu seul). C’est à Ortona et dans ses environs qu’ont eu lieu certains des combats les plus terribles qu’ont endurés les Canadiens à la Seconde Guerre mondiale. Comme en témoignent les 1 614 autres tombes du cimetière.

En fait, bien que le corps git encore là-bas, il n’est plus inconnu.

Les membres du pèlerinage d’Anciens Combattants Canada, organisé en l’honneur du 65e anniversaire de la campagne d’Italie, et des élèves canadiens de l’école CCI Renaissance de Lanciano ont participé à la dédicace d’une nouvelle pierre tombale pour le sergent suppléant John Aubrey Matthew, lors d’une simple cérémonie des Forces canadiennes. Celle qu’elle remplaçait portait l’inscription suivante :

Un soldat de la guerre de 1939-1945
Un sergent du Hastings and Prince Edward Regiment

Grâce aux recherches approfondies de la famille de Matthew et de la Direction de l’histoire et du patrimoine du ministère de la Défense nationale, il a été démontré catégoriquement que les restes ne peuvent être que ceux de Matthew, de Stayner (Ont.). Des témoins ont rapporté que Matthew avait été blessé au combat, le 30 janvier 1944, quand deux compa-gnies des Hastings soutenues par l’aviation et l’artillerie et par six chars d’assaut du Calgary Regiment ont essayé de traverser la plaine d’Arielli en plein jour. Cependant, à cause des combats, Matthew ne put être évacué.

Quand les porteurs de civière sont retournés, ils ne l’ont pas trouvé. Huit mois après, en septembre, le corps a été trouvé par d’autres Canadiens qui n’ont pu déterminer que son grade et son régiment.

Le capitaine aumônier Claude Lussier a dit des prières et puis le colonel John Mitchell, accompagné par l’infirmière Betty Brown, vétérane de la campagne d’Italie de 92 ans, a déposé des fleurs au pied de la nouvelle pierre tombale.

Une cérémonie à la chandelle a commencé au coucher du soleil. Chacun des délégués et des étudiants avait reçu une bougie en arrivant au cimetière. Les anciens combattants du voyage, Betty Brown, Henry Beaudry de la Saskatoon Light Infantry, Roland Demers du Corps royal du génie canadien, David Morton de l’Aviation royale du Canada et William Miller, surnommé Dusty, de la Marine royale canadienne, ont allumé les bougies des participants qui défilaient devant eux.

Les mots obsédants de Amazing Grace, sur une mélodie lancinante, ont été chantés par les élèves Brittany Tummers et Kay Petryk, pendant que les participants contemplaient les pierres. La sonnerie aux morts, le réveil et la complainte ont suivi. Les jeunes se sont rassemblés pour réciter l’Engagement au Souvenir :

Ils étaient jeunes, tout comme nous,
Avec amour, ils ont servi leur patrie.
Nous nous engageons envers eux à défier le temps qui passe,
Et à tenir bien haut le flambeau du Souvenir.

La cérémonie était l’un des évènements les plus touchants du pèlerinage dirigé par le ministre des Anciens Combattants Greg Thompson du 26 novembre au 5 décembre. Les sénateurs Michael Meighen et Wilfrid Moore et les députés Rob Oliphant, Peter Stoffer et Guy André se sont joints aux anciens combattants et à leurs gar-diens. Parmi les dirigeants des principales organisations d’anciens combattants se trouvaient la première vice-présidente de la Légion royale canadienne Pat Varga, Robert Ross du Conseil national des associations d’anciens combattants et Gordon Marsh des Army, Navy and Air Force Veterans in Canada.

La délégation s’était rassemblée au Sunnybrook Health Sciences Centre, à Toronto, la ville canadienne où se trouve le plus grand nombre de personnes qui parlent italien, pour souhaiter bon voyage aux vétérans de la campagne d’Italie, aux anciens combattants du Sunnybrook et aux élèves de l’école secondaire Leaside.

Thompson rappela à l’audience que c’est Lady Nancy Astor qui a inventé le terme D-Day Dodgers (resquilleurs du jour J) pour décrire les soldats qui se battaient en Italie, comme s’ils avaient choisi de se battre là-bas plutôt qu’en Normandie. « Lady Astor était complètement dans l’erreur. […] 93 000 Canadiens y ont servi […]; les combats, qui ont duré 20 mois, ont été les combats terrestres les plus longs de la Seconde Guerre mon­diale; trois Canadiens y ont mérité la Croix de Victoria; et 6 000 Canadiens y ont fait le sacrifice ultime : nos pertes les plus nombreuses de tous les pays […] à la guerre », dit-il.

Les anciens combattants Dusty Miller et Roland Demers bavardent en attendant que commence la cérémonie. [PHOTO : TOM MacGREGOR]

Brown et le résident de Sunnybrook Don Stewart ont raconté leurs expériences aux élèves et puis ils ont répondu à leurs questions. Brown se souvenait du débarquement en Sicile. « On portait les uniformes des hommes et les gars ont trouvé des fournitures médicales que l’ennemi avait abandonnées. On a réussi à établir un hôpital en attendant qu’on nous apporte d’autres fournitures. »

La délégation a pris l’avion pour Rome à Toronto et puis l’autocar jusqu’à Cassino, à quelques heures plus loin. La première fois qu’il est allé en Italie, David Morton de Gibsons (C.-B.) ne s’y est pas rendu aussi vite. En tant qu’électricien d’aéronef de l’Aviation royale du Canada, il a suivi les troupes partout en Italie, mais c’est le voyage en bateau dont il se souvient le mieux. « Les quartiers étaient serrés. Il y avait des tables où deux gars se couchaient sur la longueur. Et puis il y avait des hamacs au-dessus », racontait-il.

La délégation n’est pas allée en Sicile, mais le début de la campagne d’Italie a été décrit lors des présentations de deux représentants de la jeunesse, Nolan Hill de Calgary et Mélanie Morin de Drummond (N-B.). Ils avaient participé tous deux à la semaine Le Canada se souvient dans le cadre du programme Rencontres du Canada, à Ottawa.

Bien avant le voyage, Hill et Morin avaient fait des recherches sur un soldat mort en Sicile dont la tombe est inconnue. Leurs présentations ont été faites à la première cérémonie du voyage, qui a eu lieu au monument de Cassino, au cimetière militaire du même nom.

L’élève Hill de l’école secondaire Bowness de Calgary, âgé de 16 ans, a raconté l’histoire de William Albert Gair, un jeune agriculteur de Strome (Alb.) qui s’est engagé dans le 49th Edmonton Regiment (dont le nom a changé à Loyal Edmonton Regiment par la suite).

Il dit que la mort de Gair a été rapportée comme ayant eu lieu, au combat, dans la ville de Piazza Armerina, le 16 juillet 1943 : huit jours avant son 25e anniversaire.

Après les présentations, les délégués ont pris part à une cérémonie commémorative à la Croix du Sacrifice du cimetière. Sur les plus de 4 200 pierres tombales, 855 sont celles de Canadiens. L’endroit était couvert de brume pendant toute la matinée. Elle s’est dissipée en même temps que le sergent cornemuseur William MacDougall des Cameron Highlanders d’Ottawa jouait la complainte et la magnifique abbaye tout en haut du Monte Cassino paraissait à nos yeux. La construction originale a été détruite pendant la guerre.

La délégation a lié connaissance avec le professeur Gianni Blasi un peu plus tard. Né en Italie, il a grandi en Ontario et il est retourné en Italie où il est devenu professeur. Il se passionne pour l’histoire de la région et les contributions qu’y ont apportées les Canadiens pendant la guerre. Le professeur a guidé le groupe au musée avoisinant et, le lendemain, lui a montré où se sont battus les Canadiens. « Les Allemands s’étaient rendus maitres du terrain élevé et les Canadiens ont dû s’y battre », dit-il en pointant le doigt vers les montagnes des deux côtés de la vallée de la Liri. Sa voix trahissait l’amertume quand il parlait des troupes coloniales françaises qui se sont battues dans les montagnes et qui étaient notoires non seulement pour leur férocité au combat, mais aussi pour leur rapine et le viol des gens du coin. Il dit que sa mère et sa sœur s’étaient enfuies à l’arrivée des Marocains. Elles n’étaient pas assez bien chaussées. Elles sont tombées sur des soldats canadiens. « Un des Canadiens a attrapé sa sœur, ma tante, une femme pas très grande et l’a emmenée sous une tente. Ma mère était terrifiée et elle se demandait pourquoi les autres soldats canadiens ne manifestaient aucune inquiétude. Quand ils sont revenus, peu après, ma tante portait des bottes de soldat. C’est comme ça qu’on se souvient des Canadiens. On se souvient de leur bonté. »

Le sergent cornemuseur William MacDougall joue sur les murs de Pontecorvo, au-dessus de la vallée de la Liri. [PHOTO : TOM MacGREGOR]

À Ortona, la délégation est allée voir le monument Le Prix de la paix à la Piazza del Plebiscito, une place centrale qui a été un terrain d’abattage pendant les combats. Le monument représente un soldat qui soigne un camarade blessé.

C’est à Ortona que les Canadiens ont inventé la sorte de combat qu’on appelle le percement de trous de communication. Ils entraient dans un édifice et le débarrassaient des soldats ennemis. Ensuite, ils faisaient un trou dans un mur qui communiquait avec la maison voisine, au moyen d’explosifs et puis ils y entraient pour la nettoyer. Les soldats n’étaient donc pas obligés de descendre dans la rue où ils auraient été pris en cible. « C’est à Ortona que le courage et la détermination des Canadiens ont fusionné en une victoire vraiment remarquable : une victoire terriblement couteuse qui a été obtenue contre toute attente. C’est aussi l’endroit où l’Italie a subi l’une de ses pires dévastations, dit Thompson. Le prix de notre victoire est inscrit non loin, où presque 1 400 Canadiens sont enterrés. »

Francesca et Maria LaSorda, deux sœurs, s’étaient cachées près de la place avec 24 autres Italiens pendant l’occupation allemande. Depuis le dévoilement du monument, en 1999, elles y déposaient des fleurs lors d’un rituel quoti­dien. Maria est décédée en janvier 2009.

Thompson, l’ambassadeur du Canada en Italie James Fox et les dignitaires de la région ont déposé des couronnes de fleurs lors de cette cérémonie spéciale. Ensuite, Francesca LaSorda a été invitée à déposer la première fleur.

Dans la foule se trouvaient ce jour-là deux soldats en permission, les caporaux Kyle Yarston et Matt Swanston des Seaforth Highlanders of Canada d’aujourd’hui, qui servaient en Afghanistan. « On voulait venir à Ortona parce que les Canadiens, dont Smokey Smith [décoré de la Croix de Victoria], s’y sont tellement distingués », nous a expliqué Yarston.

Le lendemain, le groupe a pris le chemin de Rimini, mais sans oublier de faire une halte à la Casa Berardi. C’est là, le 14 décembre 1943, que le capitaine Paul Triquet, à la tête d’une compagnie du Royal 22e Régiment, a traversé le secteur qu’on appelait le ravin pour prendre le hameau de Casa Berardi et établir une tête de pont.

D’après la citation liée à la Croix de Victoria publiée dans la London Gazette, Triquet, la moitié de sa compagnie morte ou blessée, s’écria : « L’ennemi est devant nous, derrière nous et des deux côtés; le seul endroit sécuritaire, c’est l’objectif. »

Une plaque en son honneur est fixée à un mur extérieur de la maison de la famille Berardi et un monument en l’honneur du régiment est situé à quelques pieds de là, où la délégation a été reçue par le colonel Lanfranco Berardi. « Mon grand-père offrait aux soldats et aux officiers, en signe d’amitié, un excellent vin rouge qu’il tirait d’un grand tonneau. Ils tachaient souvent leurs vêtements, alors ils remplaçaient les uniformes tachés par des propres et jetaient les vieux. Ma mère ramassait ces uniformes […] des vêtements pour mon frère et pour moi. Je peux donc dire que j’avais l’honneur de porter l’uniforme canadien quand j’avais cinq ans. »

La première vice-présidente de la Légion Pat Varga dépose une couronne au cimetière militaire de Cassino, assistée par la  représentante de la jeunesse Mélanie Morin. [PHOTO : TOM MacGREGOR]

La délégation a fait deux autres haltes pour commémorer les Canadiens qui ont obtenu la Croix de Victoria à la campagne d’Italie. Elle a honoré le major John Keefer Mahony du Westminster Regiment. Il avait traversé la rivière Melfa en plein jour avec sa compagnie, sous le feu nourri de l’ennemi et établi une tête de pont cruciale. Mahony a organisé ses hommes sans cesse pour résister aux contrattaques pendant plusieurs heures, même après avoir été blessé, une fois à la tête et deux fois à la jambe.

Avant de s’arrêter à Rimini, la délégation a fait une visite à Cesena et déposé une couronne devant une plaque dédiée au simple soldat Smokey Smith, à la Piazza del Popolo. La nuit du 21 au 22 octobre 1944, les Seaforth Highlanders of Canada ont traversé la rivière Savio grossie par les pluies torrentielles. Pendant les combats, Smith et deux autres soldats sont tombés sur des chars ennemis. Un de ses camarades ayant été blessé, Smith se leva et immobilisa un des chars, à 30 pieds seulement de ce dernier, en tirant dessus avec un PIAT (lance-bombes antichars d’infanterie). Quand des soldats sautèrent du char et coururent vers Smith, il fit feu de sa mitraillette Thompson, tuant quatre d’entre eux et dispersant les autres. « Presque immédiatement, est-il dit dans la citation de la Croix de Victoria de Smith, un autre char a ouvert le feu et d’autres fantassins se sont dirigés vers lui. Il a trouvé des magasins à Thompson abandonnés dans un fossé et a protégé ses camarades avec sa mitraillette jusqu’à ce qu’ils finissent par renoncer et qu’ils se retirent dans le désordre. »

La première vice-présidente nationale Pat Varga a eu le grand bonheur de le connaitre. « C’était un homme merveilleux qui a bien servi son pays », dit-elle.

La dernière cérémonie du voyage a eu lieu au cimetière militaire de la crête de Coriano, près de Rimini, où 427 Canadiens reposent parmi les 1 940 tombes du Commonwealth. Rimini était cruciale pour la défense allemande car ce port de mer était relié au nord industriel par la voie ferrée. Pour l’atteindre, il fallait faire une brèche dans la ligne Gothic. C’est pourquoi les Canadiens ont dû traverser une demi-douzaine de rivières, comme s’en souvient Roland Demers de Tecumseh (Ont.), ancien du Corps royal du génie canadien âgé de 87 ans. « Pour pouvoir construire les ponts, il fallait d’abord déminer. Quand on trouvait une mine, on la sortait de l’eau et on la neutralisait en lui enlevant le détonateur. Bien entendu, après un certain temps, l’ennemi s’est mis à les attacher deux par deux. Quand on tirait sur une d’elles, l’autre explosait. »

La ligne Gothic était fortement défendue depuis la crête. Deux divisions blindées, la 1re britannique et la 5e canadienne, se sont battues pendant une semaine pour pouvoir prendre la crête. Quand Rimini a finalement été rejointe, les Allemands s’en étaient enfuis, mais elle avait été presque détruite et plus de 1 000 de ses habitants avaient été tués. « La semaine passée, nous avons retracé les pas de Canadiens vraiment remarquables. Nous avons suivi le chemin de 93 000 Canadiens qui méritent vraiment qu’on les compte parmi les héros de notre pays, dit Thompson.

Un évènement inattendu a eu lieu lors de la lecture de l’Acte du souvenir : Pat Varga de la Légion et Ron Griffis de l’Association canadienne de Vétérans des forces de la paix des Nations Unies avaient accompagné au podium Henry Beaudry, résident de 88 ans de la réserve des Premières nations Sweetgrass (Sask.) et ancien prisonnier de guerre. La première vice-présidente nationale a d’abord lu l’Acte en anglais; ensuite, Griffis l’a lu en français et puis Beaudry a demandé à Varga s’il pouvait prendre la parole. Il s’est approché du microphone pour remercier le Créateur et le gouvernement de l’occasion de retourner à un pays où il a perdu tant de camarades.

La foule, surprise, s’est levée pour l’acclamer.

Les mots de Beaudry ont servi à résumer l’importance du long voyage et le besoin de ne jamais oublier ceux qui ont servi et ceux qui ne sont pas revenus de la campagne d’Italie.

Le représentant de la jeunesse Nolan Hill à côté du monument Le Prix de la paix. [PHOTO : TOM MacGREGOR]

Ma rencontre avec l’histoire

Nolan Hill

Au début d’un voyage en l’honneur du 65e anniversaire de la campagne d’Italie, l’ambassadeur de la jeunesse de Rencontres du Canada, Nolan Hill de Calgary, a été invité à écrire un compte rendu des expériences qu’il a eues pendant le pèlerinage d’Anciens Combattants Canada.

Mon voyage en Italie, pour commémorer le 65e anniversaire de la campagne d’Italie, a été une expérience inoubliable. J’ai vu l’incidence de la Seconde Guerre mondiale sur le Canada, de mes propres yeux. L’occasion de parler avec des anciens combattants et d’écouter leurs histoires a été incroyablement instructive et enrichissante. J’ai entendu des histoires de camaraderie, de bravoure et de chances impossibles surmontées. Tout cela est encore présent à mon esprit.

Mes conversations avec les anciens combattants font partie des expé­rien­ces les plus enrichissantes que j’ai eues pendant le pèlerinage d’Anciens Combattants Canada, qui a eu lieu du 26 novembre au 5 décembre. Ils étaient si ouverts et honnêtes, et cela m’a donné un aperçu incroyable sur comment c’était en ce temps-là. J’ai plus appris sur l’histoire lors de mes conversations avec eux que dans n’importe quel livre d’histoire. Je n’oublierai jamais les anciens combattants et leurs histoires. Ils ont vraiment changé ma vie.

Mon expérience la plus mémorable a été la visite au cimetière militaire de Cassino, le deuxième cimetière en importance de la Seconde Guerre mondiale en Italie. Sur le panneau 15 du monument de Cassino, j’ai trouvé le nom du soldat William Albert Gair qui a été tué le 16 juillet 1943 en Sicile. J’avais fait des recherches sur lui avant de partir et j’ai eu le triste privilège, devant le panneau 15, au cimetière, de parler de sa vie et de son service. La cérémonie a été très émouvante, pour moi et pour tous les autres de la délégation.

Mes expériences en Italie seront gravées dans ma mémoire à tout jamais. Elles ont renforcé mon sentiment de responsabilité à « porter le flambeau » et j’ai l’intention de le faire. Je n’oublierai jamais les D-Day Dodgers (resquilleurs du jour J).

La Médaille du sacrifice mêle la fierté au malheur

C’est une journée où les émotions sont mêlées pour le capitaine Simon Mailloux. Le matin, il est une des 46 personnes à qui la gouverneure générale Michaëlle Jean décerne la Médaille du sacrifice et, le soir, on l’envoie à nouveau servir en Afghanistan.

Il est philosophe lorsqu’il parle aux reporteurs après la cérémonie du 9 novembre, à la Résidence de la gouverneure générale, à Ottawa, maintenant qu’il a besoin d’une prothèse pour marcher. « Aller à la guerre, c’est pas quelque chose qu’on aime faire : c’est quelque chose qu’on doit faire », dit-il.

Il faut savoir qu’il était lieutenant dans le 3e Bataillon du Royal 22e Régiment, quand le VAL III qu’il commandait a roulé sur un dispositif explosif de circonstance près de Ma’sum Ghar, en Afghanistan. Deux autres militaires ont été tués lors de l’incident : le caporal Nicolas Beauchamp et le soldat Michel Lévesque.

Il a fallu amputer Mailloux en bas du genou gauche. Il marche avec assurance et dit que « c’est difficile, en tant qu’amputé, de prouver aux Forces canadiennes qu’on peut encore servir ».

Lors de sa mutation en Afghanistan, il servira derrière le front, à planifier les stratégies « Je ferai ce qu’il faudra que je fasse, dit-il. Je peux être têtu. »

Le souvenir de la blessure et de la perte se mêlent à la fierté pendant la cérémonie, quand la gouverneure générale parle aux militaires et aux familles qui recevaient les premières Médailles du sacrifice.

« Il y a quelques semaines, je suis retournée en Afghanistan pour la seconde fois depuis le début de mon mandat. Je vous ai vus à l’œuvre, vous qui vous efforcez d’assurer la sécurité et la stabilité dans cette région du monde aux prises avec la violence, l’oppression et la misère. Je connais les conditions périlleuses dans lesquelles vous travaillez et les risques énormes auxquels vous êtes exposés, dit Jean. Je sais aussi la profondeur de votre engagement et la solidité des liens qui vous unissent, à la vie, à la mort. Pour vous, abandonner votre mission ou votre peloton n’est pas une option. »

Vingt-et-une des médailles décernées l’ont été à titre posthume. « D’ailleurs, je reconnais ici bien des visages, dit Jean. J’ai rencontré plusieurs d’entre vous sur le tarmac, à la base militaire de Trenton. Vous avez accepté que je vous accompagne dans le deuil que vous traversiez, et je vous en remercie. »

À la gouverneure générale se sont joints, pendant la cérémonie, le premier ministre Stephen Harper et le général et chef d’état-major de la défense Walter Natynczyk, qui, tous deux, ont serré la main de chaque médaillé et bavardé un instant avec lui. On pouvait entendre, partout dans la salle silencieuse les tapes d’encouragement de Natynczyk sur l’épaule de ceux qui ne s’enlèveraient pas l’uniforme.

Le caporal-chef Paul Franklin, qui a perdu les deux jambes lors d’un attentat suicide à la bombe pendant sa deuxième affectation dans l’équipe provinciale de reconstruction et qui aide les autres militaires blessés, est l’une des personnes à qui la médaille est décernée. Le bombardier-chef Bounyarattanaphon Makthepharak, qui a subi de graves blessures internes quand il a été frappé par des éclats lors d’une attaque à la roquette, à la base de l’aviation de Kandahar, en 2006, s’est joint à lui. Ils ont tous deux fait l’objet d’un de nos articles sur les soldats qui récupèrent (The Quiet Fight [non traduit], novembre/décembre 2007).

Le caporal-chef Jody Mitic, qui a perdu les deux jambes en dessous du genou quand il a marché sur une mine terrestre, en 2007, était aussi présent pour recevoir sa décoration. Il avait été acclamé par Natynczyk lors de la course de cinq kilomètres à laquelle il participait pour ramasser des fonds pour le St. John’s Rehabilitation Hospital de Toronto (En déplacement avec le chef d’état-major de la défense, juillet/aout).

De nombreuses histoires tristes nous viennent à l’esprit quand les parents s’avancent pour accepter les décorations posthumes, dont l’une est décernée à la capitaine Nichola Goddard, la première combattante à mourir lors d’un échange de coups de feu et au diplomate Glyn Berry, dont l’automobile a été attaquée par une bombe humaine.

Le lieutenant (Marine) Christopher Saunders, mort dans l’incendie à bord du Navire canadien de Sa Majesté Chicoutimi quand le sous-marin qu’on venait d’acheter en Angleterre traversait l’Atlantique, en 2004, est également reconnu.

En deux mots, la Médaille du sacrifice est décernée aux membres des Forces canadiennes qui ont été blessés ou tués au combat après le 7 octobre 2001. Elle peut aussi être décernée de manière posthume à n’importe quel membre des Forces canadiennes mort dans des circonstances hono­rables des suites d’une blessure ou d’une maladie liée au service militaire.

Elle sert aussi à reconnaitre les blessures qui nécessitent au moins sept jours à l’hôpital ou une série de traitements équivalente causée par l’exposition aux éléments par suite de la destruction ou de la mise hors d’état, en raison d’un acte d’hostilité, d’un aéronef, d’un véhicule ou d’un navire, un traitement sévère ou la négligence lors de la détention de la personne par des forces ennemies, ou l’emploi d’agents nucléaires, biologiques ou chimiques par des forces ennemies.

Une effigie contemporaine de Sa Majesté la reine du Canada portant un diadème canadien composé de feuilles d’érable et de flocons de neige est à l’avers de la médaille. Les mots « Elizabeth II Dei Gratia Regina » et « Canada » y sont inscrits.

Au revers de la médaille se trouve la figure maternelle du Monument commémoratif du Canada à Vimy (France) qui pleure pour ses fils perdus. L’inscription « Sacrifice » se trouve en bas à droite de la médaille.

Le ruban est un ruban moiré de 32 millimètres de largeur comportant une bande centrale noire de 10 millimètres, bordée de chaque côté d’une bande rouge de 11 millimètres qui porte en son centre une bande blanche d’un millimètre. Le noir représente le deuil pour les morts et le choc des blessures, le rouge représente le sang versé et le blanc, l’espoir pour un avenir meilleur. Le rouge et le blanc sont aussi les couleurs officielles du Canada tel que décrété par le roi George V en 1921.

La Médaille du sacrifice est assujettie à la Directive canadienne sur les ordres, décorations et médailles, entre la Médaille royale de Victoria et la Médaille du Golfe et du Koweït. Une agrafe peut être décernée pour les occasions supplémentaires qui mériteraient qu’on décerne la médaille.

La médaille est fabriquée par la Monnaie royale du Canada en argent sterling et laquée pour qu’elle ne ternisse pas. On grave sur les médailles le numéro matricule, le grade, les initiales et le nom de famille du détenteur militaire ou les prénoms et nom du détenteur civil.

Ben Walsh de Regina était à la cérémonie pour accepter la médaille décernée à titre posthume à son fils, le caporal-chef Jeff Walsh, qui a été tué par balle, tirée accidentellement par un compagnon de patrouille à Kandahar, en 2006. Selon les critères annoncés le 29 aout 2008, Jeff Walsh n’aurait pas eu droit à la médaille puisque son décès n’était pas le résultat d’un geste hostile (Admissibilité à la Croix du Souvenir élargie, mars/avril).

C’est pourquoi Ben Walsh, un ancien membre de la Gendarmerie royale du Canada, a organisé la campagne pour la révision des critères. Peu après, le ministre de la Défense, Peter MacKay, demandait au chef d’état-major de procéder à une révision des critères existants et de faire les recommandations qui s’imposeraient. La cérémonie qui devait avoir lieu à la résidence de la gouverneure générale en 2008 pour présenter les premières médailles fut retardée.

La révision a donné lieu à un élargissement des critères de décoration posthume afin que la médaille couvre toutes les morts liées au service, pas seulement celles résultant d’une action hostile directe. Comme il est remarqué dans le communiqué du ministère de la Défense nationale, la modification a conformé l’aspect posthume de la médaille aux nouveaux critères de la Croix du Souvenir et de l’inscription au Septième Livre du Souvenir. Les autres aspects sont restés les mêmes.

Walsh nous disait par la suite qu’il a « commencé ce voyage la première fois que la Médaille du sacrifice a été annoncée, non seulement pour mon fils, mais aussi pour tous les membres des Forces canadiennes […]. Aujourd’hui, je sens que mon voyage tire à sa fin. »

Bien qu’il a dit qu’il était en colère lors de la première annonce de la médaille, il nous dit que “quelle que soit la décision d’Ottawa, ça irait. Mais je suis heureux du résultat ». Il ajoute que la médaille serait remise à la veuve de Jeff, Julie, qui habite à Shilo (Man.).

Harper met fin à la cérémonie en di­-sant : « Une fois encore, des Canadiennes et des Canadiens ont prouvé qu’ils étaient les soldats, marins et aviateurs parmi les plus braves, les plus compétents et les plus brillants du monde. Je tiens à remercier aujourd’hui chacune et chacun des lauréats, ainsi que leur famille et les êtres qui leur sont chers, d’avoir maintenu noblement et en toutes circons­tances la fière tradition de courage et de sacrifice du Canada. »

La réforme du règlement sur les funérailles a du retard

L’insuffisance du financement et une administration encombrante obligent certaines familles d’anciens combattants à se démener afin de trouver les fonds nécessaires pour les funérailles de leur être cher, est-il dit dans un rapport du Bureau de l’ombudsman des vétérans.

Dans un rapport qui ne mâche pas ses mots, intitulé Le service avec honneur, le départ dans la dignité, l’ombudsman des anciens combattants Pat Stogran fait sept recommandations qui ont pour but de mettre à jour le Programme de funérailles et d’inhumation établi, pour les anciens combattants d’aujourd’hui, par Anciens combattants Canada et administré par le Fonds du Souvenir.

Le Fonds du Souvenir, œuvre enre-gistrée à Montréal en 1909, est une organisation à but non lucratif. Il existe pour qu’aucun ancien combattant ne soit dépourvu d’une inhumation digne parce que les fonds viennent à manquer. Le Fonds, qui a été constitué en personne morale en 1921, est bénéficiaire du financement gouvernemental depuis lors.

Le gouvernement fédéral offre aussi une assistance, par le truchement de son propre Programme de funérailles et d’inhumation, pour les vétérans des guerres dont la mort est attribuée directement au ser-vice militaire ou qui ont une pension d’invalidité et qui n’ont pas suffisamment de fonds pour des funérailles convenables.

ACC a donné le soin au Fonds du Souvenir de s’occuper de l’administration de son Programme de funérailles et d’inhumation en 1998. Quand un ancien combattant meurt, il se peut que le Fonds du Souvenir se mette de la partie immédiatement et prenne part à l’organisation des funérailles ou, si la famille a déjà pris des arrangements, il peut accorder un octroi pour rembourser la famille. En 2007, le Fonds du Souvenir a traité environ 16 000 demandes de la part d’ACC.

Dans le rapport, l’ombudsman fait remarquer que la Funeral Association of Canada estime que des funérailles, en 2008, coutaient en moyenne 5 892 $, alors que l’avantage maximal offert actuellement par ACC est de 3 600 $. C’est en 2001 que ce montant a été augmenté pour la dernière fois, quand il était de 2 993 $. D’après l’Association, le cout moyen des funérailles au cours de la période de 18 ans qui s’est terminée en 2008 a subi une augmentation de 37 p. 100 alors que le programme d’ACC n’a augmenté que de 20 p. 100.

Il est recommandé dans le rapport que le maximum pour les funérailles des anciens combattants reflète les normes de l’industrie et qu’on adopte une formule d’indexation au cout de la vie.

Si une conjointe ou des enfants à charge survivent à l’ancien combattant, on établit sa succession en excluant le domicile familial, l’automobile, les chèques de revenu réguliers qui lui ont été remis pendant le dernier mois et les actifs s’élevant à 700 $ par enfant à charge et à 12 015 $ pour la conjointe. Si les actifs restants sont suffisants pour couvrir les couts, l’octroi est refusé. S’ils ne peuvent couvrir qu’une partie des dépenses, un octroi peut être accordé pour la différence.

« Si l’ancien combattant était célibataire et que sa succession dépasse ne serait-ce que d’un sou le montant établi pour les funérailles, on ne paie pas le client », dit le président national du Fonds du Souvenir, Lou Cuppens.

La plus grande controverse du rapport concerne sa demande d’étendre l’admissibilité des anciens combattants. Il faut qu’ils aient servi à une des guerres mondiales ou à celle de la Corée. Les anciens combattants modernes peuvent y avoir droit si la mort peut être attribuée directement à des blessures subies en service ou s’ils bénéficient d’une compensation pour perte de revenus conformément à la nouvelle Charte des anciens combattants. Plusieurs résolutions de la Légion royale canadienne des derniers dix ans, demandant au gouvernement d’admettre tous les anciens combattants au programme, sont citées dans le rapport.

Cuppens dit que l’administration du Fonds du Souvenir est d’accord avec le rapport de l’ombudsman. « Nous pensons depuis toujours que les anciens combattants sont tous égaux », dit-il.

Le rapport de l’ombudsman reproche aussi au gouvernement de ne pas mieux renseigner les familles sur le programme de funérailles et d’inhumation. Bien qu’il est dit dans le rapport qu’un an est conforme aux autres programmes admi­nis­trés par ACC, il est recommandé que le ministère soit plus flexible et qu’il permette qu’on prenne les circonstances extraordinaires en considération quand le délai est dépassé.

Le Champ d’honneur est déclaré site historique national

La beauté solennelle du Champ d’honneur national du Fonds du Souvenir à Pointe-Claire (Qc), où simples soldats et haut gradés gisent côte à côte dignement, dans des tombes uniformes, a été reconnu officiellement, le 21 juin, en tant que site historique national par la Commission des lieux et monuments historiques du Canada.

Le dévoilement de la plaque par la commission a eu lieu pendant la cérémonie réglée, en juin comme tous les ans, à ce cimetière qui est adjacent au cimetière Lakeview Memorial Gardens de Pointe-Claire, à l’ouest de Montréal.

Plus de 1 500 personnes se sont réunies lors de la cérémonie qui avait lieu non seulement en l’honneur de l’appellation, mais d’un autre jalon aussi : le 100e anniversaire du Fonds du Souvenir.

Les petits drapeaux à feuille d’érable par milliers servaient à distinguer les tombes d’anciens combattants aux yeux de la foule qui se massait autour d’une garde d’honneur militaire, d’une musique et de plusieurs gardes du drapeau de la Légion.

Le sénateur Pierre Claude Nolin, l’invité d’honneur qui représentait le mi­-nistre d’Anciens combattants Canada Greg Thompson ainsi que celui de l’Environnement Jim Prentice qui, étant à la tête de Parcs Canada, est aussi res­ponsable de la Commission des lieux et monuments historiques du Canada, arriva en passant par la magnifique porte du Souvenir aux côtés du président natio­nal du Fonds du Souvenir Lou Cuppens.

Ils ont d’abord passé les troupes en revue ensemble et puis ont pris place sous un auvent en toile près de la Croix du Sacrifice de cinq mètres érigée en 1934 en l’honneur du général Arthur Currie, qui a commandé les troupes canadiennes à la Première Guerre mondiale.

Les anciens combattants de l’Hôpital Sainte-Anne (de la ville avoisinante de Sainte-Anne-de-Bellevue), étaient assis sous la tente à l’abri du soleil et des nua­­ges noirs intermittents qui mena­çaient d’apporter la pluie mais ne l’ont pas fait pendant l’évènement.

La Légion royale canadienne était bien représentée : le président national Wilf Edmond, le secrétaire national Duane Daly et le président de la Division du Québec Robert Groulx. Le président national des débats Tom Irvine et la vice-présidente nationale Paulette Cook étaient aussi présents, comme ils le sont chaque année à la cérémonie de commémoration.

Lors du discours prononcé pour recevoir tout le monde à la cérémonie, Cuppens dit que « En cette occasion de notre centenaire, je suis fier de dire que notre organisation n’a jamais dévié des principes de dignité, de compassion et de respect qui dominaient lors de sa création, par Arthur H.D. Hair, il y a un siècle. Aujourd’hui, nous sommes heureux d’avoir avec nous son petit-fils, Arthur Hair III. Nous saluons la vision de notre fondateur qui, il y a des dizaines d’années, a eu l’audace d’acquérir ces six acres et nous nous estimons hono­rés de pouvoir poursuivre son œuvre. Aujourd’hui, plus de 20 000 anciens combattants et épouses d’anciens combattants reposent dans cet endroit ma­gni­fique. »

Le Fonds du Souvenir a été institué, à Montréal, en 1909, par Arthur Hair, après qu’il soit intervenu pour qu’un vétéran de la guerre d’Afrique du Sud ne soit pas mis en terre dans une tombe d’indigent. Il établit l’organisme à but non lucratif pour faire en sorte que l’enterrement dans la dignité ne soit pas refusé à un ancien combattant dont les héritiers ne peuvent pas se le permettre. Le Fonds a été soutenu entièrement par les dons de particuliers tout au long de la Première Guerre mondiale et jusqu’en 1922, quand le gouvernement du Canada a commencé à l’appuyer.

Aujourd’hui, le Fonds a des bureaux partout au Canada et, en plus des dons de particuliers, il est soutenu par Anciens combattants Canada. Le Fonds du Souvenir administre aussi les règlements d’ACC sur l’inhumation des anciens combattants pour ceux qui ont droit à un enterrement suite à une invalidité dont le service militaire est à l’origine.

Le Champ d’honneur, à Pointe-Claire, a été consacré le 21 septembre 1930. Parmi ceux qui y reposent se trouvent des vétérans de la révolte de Cipayes, des raids des Fenians, des rébellions de 1870, de la guerre des Zoulous de 1878, de la guerre d’Afrique du Sud, des deux guerres mondiales et de celle de Corée. Aux côtés des Canadiens gisent des anciens combattants de Grande-Bretagne, des États-Unis, de Pologne, de France, d’Afrique du Sud, de Russie, d’Italie, de Grèce, de Belgique, de Tchécoslovaquie, d’Australie et de Nouvelle-Zélande. Plus de 300 femmes sont ensevelies là également.

« En franchissant la Porte du Souvenir, j’ai été frappé par la solennité des lieux, a déclaré le sénateur Nolin. Le Fonds du Souvenir a su créer un lieu digne pour tous ces anciens combattants, tout en exprimant leur égalité dans la mort et une même gratitude aux défenseurs de la patrie. La désignation du Champ d’honneur national par le gouvernement du Canada aidera à faire en sorte que les générations futures puissent profiter du patrimoine unique que représentent ces installations. »

Ensuite, il y a eu une cérémonie commémorative, et puis la dernière sonnerie, le silence et la diane. L’Acte du souvenir a été lu, par Groulx, dans les deux langues officielles. Parmi les couronnes déposées, il y en a eu une qui l’a été, par Edmond, de la part de la Légion royale canadienne.

Michel Audy, ancien secrétaire exécutif de la Commission des lieux et monuments historiques du Canada, a lu l’inscription de la plaque : « Inauguré en 1930, ce lieu est l’œuvre du Fonds du Souvenir pour offrir une sépulture ho­-norable aux anciens combattants indigents à une époque où l’État n’assumait pas cette responsabilité. Il reflète bien la tradition des cimetières militaires par la sobriété de son plan axial, la disposition ordonnée des stèles et le traitement uniforme des sépultures, symboles de la discipline militaire et du principe de l’égalité des soldats dans la mort. Lieu de mémoire, ce cimetière et ses monuments évoquent d’une façon poignante les sacrifices des hommes et des femmes qui ont servi la patrie. »

Il a ensuite rejoint Nolin et Cuppens pour dévoiler la plaque, aux grands applaudissements de la foule.

La Commission des lieux et monuments historiques du Canada a été instituée, en 1919, pour identifier et commémorer les lieux, les personnes et les évènements d’importance nationale. Les membres de cet organisme consultatif sont choisis dans tous les provinces et territoires. Plus de 900 sites historiques, presque 600 personnes historiques et plus de 350 évènements historiques ont été déclarés d’importance nationale.

Un mémorial vivant : au nombre de 100 000

La première place a été décernée à Jessica Wu de Vancouver pour cette œuvre d’art, dans la catégorie intermédiaire du concours d’affiches en couleurs de la Légion de 2007. [ILLUSTRATION : JESSICA WU]

Une grande partie des poèmes les plus connus parmi ceux dont les thèmes portent sur la guerre et sur le souvenir ont été écrits par des hommes ou des femmes qui ont été aux champs de bataille ou qui ont aidé les blessés, les mourants, dans les hôpitaux militaires de fortune. Ce qui est remarquable, c’est que les générations de jeunes canadiens qui n’ont jamais combattu ont cherché, en grandissant, des moyens d’exprimer leurs réflexions et leurs sentiments sur ces mêmes thèmes. Ils ont fait cela à la maison et à l’école.

Chaque année, la Légion royale canadienne invite les écoliers à mettre leurs aptitudes littéraires ou en art visuel à l’épreuve, en participant aux concours nationaux qui, ces dernières années, attirent plus de 100 000 élèves. Les compétitions en sont de composition, de poésie et d’affiches en couleurs ou en noir et blanc, qui illustrent au mieux ce qu’est le jour du Souvenir à leurs yeux.

Les concours ont commencé pendant les années 1950, quand la Légion était en plein milieu d’un examen de conscience sérieux. En ce temps-là, la Légion était bien établie en tant qu’organisme d’anciens combattants unis soucieux principalement d’améliorer les avantages aux anciens combattants et de s’assurer que le service et les sacrifices à la guerre ne soient pas oubliés.

En 1955, le président national d’alors, John Anderson, d’Ottawa, dit aux légionnaires : « aujourd’hui, la Légion canadien-ne est confrontée à un choix. Elle peut rester une force vitale pour le Canada à venir ou elle peut se laisser choir dans un déclin progressif. Nos antécédents sont reluisants, mais quel chemin allons-nous prendre maintenant? »

Anderson insista que les lois qui touchent les anciens combattants et le travail du bureau des services de la Légion devaient demeurer les principales préoccupations de l’organisation. Cependant, il insistait aussi que la Légion était « assez grande pour assumer d’autres responsabilités […] des responsabilités dans le domaine du service à la collectivité. »

« Le défi fut relevé, et même plus », écrivait, en 1960, Clifford H. Bowering dans son livre Service: The Story of the Canadian Legion. « En acceptant cela, les membres de la Légion ont pratiquement dit que le service à la collectivité représenterait un monument vivant à la mémoire de leurs camarades tombés au champ d’honneur […].

« Tout le monde profite des activités actuelles de la Légion, qu’on soit ancien combattant ou non, qu’on soit jeune ou vieux. »

Quant à la jeunesse, le projet le plus ambitieux était l’établissement d’un programme d’athlétisme, l’histoire d’un succès national qui n’a jamais cessé. La Légion désirait aussi beaucoup encou-rager les jeunes intellectuellement.

Dans son rapport au Congrès national de 1958, le Comité national consultatif du coquelicot déclarait que « le CNCC a écouté avec un vif intérêt le rapport des activités menées par divers comités divisionnaires dans leurs directions respectives. Parmi les plus intéressantes, il y a le concours de composition mené dans les écoles du Nouveau-Brunswick. Il […] en a résulté 8 000 compositions, dont 1 000 ont été remises à la Direction divisionnaire.

« Les écrits, sur le sujet général qu’est la signification du jour du Souvenir, se sont avérés d’une qualité surprenante. »

Au Congrès national de 1960, le président du Comité national du coquelicot rapportait que « plusieurs directions portent leur regard vers un avenir lointain relativement au concours de composition dans les écoles, sur le sujet du souvenir et du coquelicot, encourageant ainsi les citoyens canadiens à examiner plus profondément que d’habitude la raison d’être du jour du Souvenir ».

Il fut décidé que la Direction nationale remettrait deux prix, de 50 $ chacun, pour les meilleures compositions sur le souvenir. Le premier prix serait décerné à un élève d’école secondaire (de la 9e à la 12e année) et le deuxième le serait à un élève d’école primaire (jusqu’à la 8e année).

Au Congrès national de 1962, le président national du coquelicot Ron MacBeath rapportait que le premier prix dans la catégorie des écoles secondaires avait été décerné à Mae Dunham de Filmore (Sask.). La deuxième place avait été remportée par Dennis Kendel de Langenburg (Sask.). Dans la catégorie des écoles primaires, la gagnante était Renée Neveu de Campbellton (N.-B.) et la deuxième était Pamela Kern de Beaconsfield (N.-B.).

Deux années plus tard, le président national du coquelicot A.H. Adams annonçait que le programme recevait plus de 15 000 inscriptions, lesquelles provenaient de neuf provinces. « Je suis sûr qu’aucun article dans les journaux, aucune histoire à la radio ou à la télévision, aucune affiche, pamphlet ou plaquette ne pourrait valoir autant », dit-il aux délégués.

En 1966, les gagnants des concours étaient invités à Ottawa pour participer au service du jour du Souvenir, au Monument commémoratif de guerre du Canada.

À l’occasion d’une réunion, l’année suivante, des membres du CNCC se di-saient inquiets de la réduction marquée de la qualité des compositions qui avaient été présentées, ainsi que de leur nombre. Un comité ad hoc fut donc établi, qui consulta les membres de la collectivité des enseignants. On recommanda que les élèves aient le choix de faire une composition ou un poème. Le comité remarquait par la suite que la qualité et le nombre des inscriptions s’étaient améliorés.

Le concours d’affiches fut ajouté en 1983 et, au Congrès national de l’année suivante, les délégués acceptaient d’inviter le gagnant senior de la catégorie des affiches à Ottawa, à la cérémonie nationale du jour du Souvenir.

Au début, les affiches pouvaient être en couleurs ou en noir et blanc, mais, étant donné que les concours croissaient, il fut décidé de créer deux catégories, celle des noir et blanc étant ajoutée en 1991. Comme le remarquait notre rédacteur attitré Bill Fairbairn dans son article sur les concours de cette année-là, « l’introduction d’une catégorie d’affiches en noir et blanc a eu lieu de manière opportune pour Duncan MacDonald de Hartland (N.-B.). Il est daltonien. » MacDonald était le ga-gnant sénior du concours, cette année-là.

Bien que l’agencement a été fixé depuis, le niveau de participation aux concours, lui, n’a cessé de croitre, le nombre d’œuvres dépassant maintenant les 100 000 par année.

Les concours commencent chaque année en septembre, quand un pamphlet est expédié aux écoles du pays, dans un envoi d’Anciens combattants Canada. « On le dit alors aux filiales et elles cherchent des occasions d’envoyer des membres dans les écoles pour parler du programme », nous explique Steven Clark, le secrétaire du Comité national du coquelicot et du souvenir. « Beaucoup d’enseignants incorporent le programme dans leur programme éducatif. »

Les concours commencent à la filiale, chacune d’elles décidant de la date jusqu’à laquelle les œuvres seront acceptées; toutefois, cette date est habituellement arrêtée pendant la pé­riode précédant le jour du Souvenir. Les représentants de la filiale envoient les premières places à la zone, et puis au district et enfin au niveau divisionnaire.

Les directions divisionnaires doivent faire parvenir leurs œuvres à la Direction nationale avant une certaine date. « Le verdict est habituellement rendu à la troisième semaine de mars et puis on fixe notre propre date limite, le 31 mars, pour renseigner les directions sur les résultats », dit Clark.

Ensuite, le président national écrit à chaque personne qui a obtenu une première ou une deuxième place, ou une mention honorable. Les gagnants des premières places reçoivent une plaque en reconnaissance de leur réalisation et l’école en reçoit une aussi, en l’honneur de la réalisation de l’élève.

Quant aux concours d’affiches, celles qui ont mérité une première place sont exposées aux édifices du Parlement, depuis le mois de juin jusqu’au mois de mai suivant. Les compositions et les poèmes ayant obtenu une première place sont aussi exposés, dans un grand format. Ceux des deuxièmes places sont exposés partout aux édifices du gouvernement pendant la période du jour du Souvenir.

Les jeunes gens qui participent aux concours habitent loin des champs de bataille boueux et ensanglantés, mais ils démontrent quand même qu’ils peuvent ajouter leur voix fraiche au message du souvenir.

Où poussent les coquelicots

John McCrae s’est fait l’ami d’une victime du nom de Bonneau pendant la guerre. [PHOTO : LIBRAIRIE ET ARCHIVES CANADA—C46284]

Épuisé et désespéré du carnage incessant qu’on apportait dans sa salle opératoire de fortune, le major John McCrae, du Service de santé de l’armée canadienne, faisait de son mieux pour garder les blessés en vie pendant les violents combats de la deuxième bataille d’Ypres.

McCrae connaissait bien la guerre. Vrai patriote de l’Empire britannique, il avait servi en Afrique du Sud pendant la guerre des Boers en tant qu’officier d’artillerie. Il aimait encore l’artillerie, mais, étant devenu médecin, il avait été appelé à servir où son expertise serait le plus utile. Le 2 mai 1915 lui parvint la nouvelle qu’un de ses amis, le lieutenant Alexis Helmer, qui dirigeait un feu d’artillerie, avait été tué.

Helmer était méthodiste mais il n’y avait pas d’aumônier, alors McCrae assista à son enterrement et récita de mémoire un passage de l’ordre d’enterrement des morts de l’Église anglicane.

Il existe plusieurs récits à savoir si c’est ce même soir-là ou le lendemain matin que McCrae, en 15 minutes, a écrit le poème pour lequel son nom serait toujours associé.

Au Champ d’honneur

Au champ d’honneur, les coquelicots
Sont parsemés de lot en lot
Auprès des croix; et dans l’espace
Les alouettes devenues lasses
Mêlent leurs chants au sifflement
Des obusiers.

Nous sommes morts
Nous qui songions la veille encor’
À nos parents, à nos amis,
C’est nous qui reposons ici
Au Champ d’honneur.

À vous jeunes désabusés
À vous de porter l’oriflamme et de garder au fond de l’âme le goût de vivre en liberté.
Acceptez le défi, sinon les coquelicots se faneront Au Champ d’honneur.

Publié anonymement dans la revue Punch le 8 décembre 1915, le poème a circulé grandement, en Angleterre et en Amérique du Nord.

Moina Michael, enseignante de Géorgie (États-Unis) détachée du siège des Secrétaires militaires d’outre-mer du YMCA de New York pendant la guerre, allait jouer un rôle dans le lancement de la campagne du coquelicot en Amérique du Nord. Elle écrirait par la suite une réponse au défi que lançait le poème qu’elle lut dans la revue états-unienne Ladies Home Journal en 1918.

Nous garderons la foi

Vous qui reposez au champ d’honneur
— pour vous redresser
Nous avons accepté votre flambeau
Et le tenant bien haut
Nous donnons notre foi aux disparus
Nous aussi vénérons le rouge coquelicot
Qui croît au champ où la valeur a conduit

Il semble signifier aux cieux
Que le sang des héros est immortel
Et qu’il donne de l’éclat au rouge
De la fleur qui s’épanouit au-dessus des défunts
Au Champ d’honneur

Et maintenant, le flambeau et le rouge coquelicot
Portez-les en l’honneur de nos morts
N’ayez pas peur d’avoir péri pour rien
Nous avons appris la leçon que vous avez enseignée
Au Champ d’honneur

Après la Grande Guerre, pendant des années, Michael s’est faite la cham­-pionne de la campagne du coquelicot. Son poème et bien d’autres qu’on considérait comme des réponses au poème originaire de McCrae, ont été publiés. Cependant, il est bon de remarquer que beaucoup d’entre eux varient quant à la ponctuation, l’orthographe et le style, y compris la réponse suivante composée par R.W. Lilliard.

La réponse de l’Amérique

Gisez en paix, héros des Flandres
Le combat que vous avez si courageusement mené
Nous l’avons repris
Et nous vous donnerons
Vraiment foi, à vous qui reposez là
À chacun une croix assignée
Et les coquelicots au-dessus de lui
Quand son propre sang était rouge
Alors que votre repos soit doux et  profond
Au Champ d’honneur

N’ayez crainte d’être mort pour rien
Nous avons saisi le flambeau que vous nous avez lancé
Dix millions de mains le lèveront haut
Et la liberté jamais ne s’estompera
Nous avons appris la leçon que vous avez enseignée
Au Champ d’honneur

La New York Times Book Review (Critique littéraire du New York Times) rapportait plusieurs des réponses faites au poème de McCrae, suite à la question qu’un lecteur posait en novembre 1918, et on y remarquait que celui qu’on connaissait le mieux était celui de C.B. Galbreath, et il y fut alors imprimé.

Au Champ d’honneur (une réponse)
Au champ d’honneur les canons tonnent
Et les éclairs irréguliers éclairent la noirceur
Alors qu’au-dessus; comme l’aigle, volent
Les féroces destroyers des cieux
Tachée, la terre où vous gisez
Est plus rouge que la fleur du coquelicot
Au Champ d’honneur

Reposez, héros, l’obus criard
La tranchée tremblante, le cri de surprise
La fureur infernale du combat
Ne vous toucheront, car tout va bien
Dormez en paix, car tout va bien

Nous portons votre flambeau bien haut
Le cœur battant, nous jurons
Notre foi de combattre jusqu’au bout
Pour pulvériser l’ennemi, ou dormir avec vous
Au Champ d’honneur

Il y a une autre réponse au poème de McCrae qui s’est faite partie de la tradition littéraire. Il a été écrit par John Mitchell, un poète resté par ailleurs dans l’ombre, mais qui a été immorta­lisé quand Hazel Felleman l’a choisi pour son anthologie de 1936 intitulée The Best Loved Poems Of The American People (Les poèmes préférés du peuple américain).  Felleman avait longtemps été éditrice de la New York Times Book Review (Critique littéraire du New York Times). L’anthologie de 670 pages contient 575 poèmes, dont In Flanders Fields. Le livre a été indispensable dans la bibliothèque d’une génération états-unienne et canadienne pendant quelques décennies suivant sa parution. Les distributeurs évaluent à 1,5 million le nombre de copies imprimées.

Le poème de Mitchell a pour titre Reply to In Flanders Fields (Réponse à In Flanders Fields)

Reply to In Flanders Field
Oh! dormez en paix où pousse le coquelicot
Le flambeau que votre main a lâché en tombant
Saisi par nous, tenu bien haut à nouveau
Signal lumineux dans le ciel des Flandres
Qui atténue la lumière des étoiles

Vous, nos morts, avez retenu l’ennemi
Et avant que le coquelicot cesse de fléchir
Nous vous aurons prouvé notre foi
À vous qui gisez
Au Champ d’honneur

Dormez en paix, nous allons vite
Vers vous qui avez péri courageusement et savez
Que dans d’autres champs a été entendu le cri
De la liberté, de vous qui gisez
Immobile où pousse le coquelicot
Au Champ d’honneur

Car en grondant, ci et là
L’éclair clignote, le ciel s’éclaire
Les puissantes armées poignent et,
Au-dessus du bruit des combats hurlent

Silencieux parmi les canons ici-bas
Les cœurs intrépides qui combattent l’ennemi
Et gardent l’endroit où pousse le coquelicot
Oh! Dormez en paix, vous tous qui gisez
Au Champ d’honneur

Et le coquelicot continue de fléchir
Entre les croix et les rangées dressé
Les alouettes continuent leur vol
Et chantent maintenant leur berceuse
Pour vous qui dormez où pousse le coquelicot
Au Champ d’honneur

La réponse au poème de McCrae la plus touchante est peut-être celle qu’a écrite, après la mort de ce dernier, sa connaissance de guerre, Frederick George Scott. Scott, poète célèbre avant la guerre, est un pasteur anglican que McCrae avait connu au Canada. Scott a servi comme aumônier dans la 1re Division cana­-dienne à la Première Guerre mondiale. Il a survécu à la guerre et ses mémoires, The Great War As I Saw It (la Grande Guerre telle que je l’ai vue), sont souvent cités comme mémoires personnels de la guerre du point de vue canadien.

Scott faisait partie de la délégation qui est allée en France en 1936 assister au dévoilement du Mémorial de Vimy. À ce moment-là, il était vénérable archi­-diacre Scott. Son poème, qu’il a curieusement intitulé Rememberance (souvenir [sauf que le troisième e est un ajout erroné]) — et il refusait de le corriger — lui a été inspiré par le pèlerinage et le mémorial superbe.

Rememberance
Les roses du souvenir poussent
maintenant
Où autrefois poussaient les coquelicots
Au Champ d’honneur

Le parfum des doux myosotis
Plane maintenant autour de chaque lot
Et ceux qui dorment ne sont pas oubliés
Au Champ d’honneur

Nos héros ont payé le prix de la paix
Priez que Dieu nous sauve de la guerre
Que d’autres héros ne soient emportés
Au Champ d’honneur

Le flambeau qu’ils ont lancé en mourant
Que Dieu en éclaire une meilleure Terre
Et que tout le monde s’unisse
Aux champs flamands

Lorsque Scott a écrit sa réponse, le coquelicot était déjà devenu le symbole du souvenir. À tel point que des coquelicots avaient été sculptés sur le monument qu’il était allé voir dévoiler en France. D’une certaine manière, le monument est une réponse aussi.

Le coquelicot prend racine

une vieille photo d’anciens combattants fabriquant des couronnes et des coquelicots à Montréal. [PHOTO : musée canadien de la guerre—19720228-001]

Les explosions causées par l’artillerie et les mines pendant la Première Guerre mondiale ont tellement retourné la terre que le mélange de cultures et de végétation n’arrivaient à croitre. Une fleur sauvage fleurissait toutefois dans cette terre agitée : le coquelicot. Sa couleur rappelait aux soldats le sang versé à même le sol et elle inspira le Canadien John McCrae à écrire son poème fameux Au Champ d’honneur.

Le poème a inspiré, à son tour, la campagne du coquelicot de la Légion royale canadienne telle que nous la connaissons aujourd’hui. Chaque année, pendant les deux semaines qui précèdent le jour du Souvenir, quelque 19 millions de coquelicots sont distribués au Canada.

Le coquelicot pour revers est un morceau de plastique rouge modelé couvert d’un flocage (qui ressemble à du velours). L’épingle, dans le centre noir, sert à le fixer au vêtement. Le coquelicot conçu à l’origine était noir au centre, mais en 1980, cette couleur a été remplacée par du vert. Le centre est redevenu noir en 2002, comme l’est le centre des coquelicots des Flandres.

Les légionnaires de ce qui était alors Fort William (Ont.) distribuaient des coquelicots aux écoliers. [PHOTOS : ARCHIVES DE LA REVUE LÉGION]

Comme toujours, ils sont distribués gratuitement. Quand une personne fait un don à la campagne annuelle, c’est strictement son bon vouloir. Les fonds ramassés servent à assister ceux qui ont servi ou qui se trouvent dans le besoin. La campagne est souvent vue comme « l’aide aux vivants par les morts ». En 2007, on a ramassé 16,4 millions de dollars.

Bien que l’auteur d’Au Champ d’honneur était canadien, la campagne du coquelicot trouve ses origines en France et aux États-Unis.

En novembre 1918, Moina Michael, qui travaillait au siège des Secrétaires militaires d’outre-mer du YMCA à New York, inspirée par le poème de McCrae, acheta des coquelicots en soie qui seraient portés à l’Armistice. Elle s’est ensuite mise à promouvoir le port du coquelicot à chaque Armistice.

Deux années plus tard, la Française Anna E. Guérin était aux États-Unis pour ramasser des fonds pour les orphelins. Elle conçut l’idée d’une campagne du coquelicot qui servirait à ramasser des fonds pour ceux qui avaient été dépouillés par la guerre. De retour en France, elle alla voir des anciens combattants blessés qui se mirent à fabriquer des coquelicots à distribuer, en échange de dons.

Elle s’en alla en Grande-Bretagne où elle convainquit le maréchal Earl Haig d’employer les soldats blessés pour faire des coquelicots à porter au revers. Il encouragea aussi la British Legion à marquer sa première campagne du coquelicot, en 1921, avec des coquelicots achetés en France.

Les dames auxiliaires de Peterborough (Ont.) distribuent des coquelicots au début des années 1970. [PHOTO : ARCHIVES DE LA REVUE LÉGION]

Cette même année-là, Guérin vint en Ontario, à Port Arthur (actuellement une partie de Thunder Bay), où elle assista à un congrès de la Great War Veterans Association (association des vétérans de la Grande Guerre), le plus grand des groupes d’anciens combattants qui allaient former la Légion canadienne. « La GWVA a vite accepté la suggestion que le coquelicot soit porté à l’Armistice et, le 11 novembre 1921, les coquelicots fabriqués par les femmes et enfants de France étaient distribués au Canada, sous le parrainage de la GWVA, pour la première fois », écrivait Clifford Bowering dans Service, une histoire de la Légion royale canadienne publiée en 1960.

En 1922, le ministère fédéral du Rétablissement civil des soldats parvenait à un accord avec Vetcraft Industries Inc. pour produire les coquelicots pour la campagne du coquelicot de 1922. Vetcraft employait des anciens combattants invalides pour la manufacture de divers objets artisanaux.

La campagne du coquelicot aurait trois objectifs : servir de signe visible du souvenir, ramasser des fonds pour les anciens combattants dans le besoin et donner du travail aux anciens combattants invalides. « De façon appropriée, au Canada, la manufacture des répliques en soie s’était concentrée peu à peu entre les mains des hommes qui avaient été brisés par le conflit. Les hommes qui ne pouvaient se faire embaucher dans le monde du commerce ordinaire trouvaient dans la manufacture de ces petites fleurs une tâche sacrée et agréable. Leurs doigts ne sont peut-être pas agiles et leur rendement est peut-être modeste, mais ils s’appliquent pour un résultat que les procédés de fabrication commerciaux rapides ne peuvent certainement pas couvrir », écrivait-on dans le Legionary, le prédécesseur de la revue Légion.

La princesse Alice (au c.), épouse du gouverneur général canadien, le comte d’Athlone, lance la campagne annuelle du coquelicot pendant la Seconde Guerre mondiale. [PHOTO : ARCHIVES DE LA REVUE LÉGION]

En 1925, le Canada était le pays d’accueil du congrès de la Ligue des anciens des armées du Commonwealth britannique où il fut décidé que le coquelicot serait dorénavant l’emblème universel du souvenir partout dans l’Empire britannique.

La campagne du coquelicot a grandi chaque année depuis, surtout ces dernières années. « D’après moi, elle a commencé à vraiment grandir lors de l’établissement de la Tombe du Soldat inconnu (en 2000) et de la vague des deux minutes de silence (en 1999) », dit le président du Comité national du coquelicot et du souvenir Gordon Moore. « Les trois ou quatre dernières années, conséquence de l’Afghanistan, les gens vont aux cénotaphes en grand nombre assister aux services. »

Les coquelicots ont été fabriqués par Vetcraft Industries Ltd. jusqu’en 1996, l’année où Anciens combattants Canada a cessé de patronner la société. La Légion a alors pris la responsabilité des coquelicots et des couronnes et adjugé le contrat à une société fermée de Toronto.

Les dames auxiliaires en visite à une école dans le cadre de la campagne du coquelicot au milieu des années 1970. [PHOTO : ARCHIVES DE LA REVUE LÉGION]

Le coquelicot à revers cause bien de la frustration car il se perd facilement; il peut se faire décrocher par une ceinture de sécurité ou par quelque autre objet. La Direction nationale a lancé récemment les coquelicots collants — sans épingle — lesquels sont distribués dans les établissements de soins de longue durée où les épingles sont des inconvénients. Ils y sont très populaires.

« Il me faut une dizaine de coquelicots à chaque période du jour du Souvenir. Ça me dérange pas de donner 5 $ de plus pour en remplacer un », dit Moore. « Une fois, j’ai dis à une dame dans une résidence pour aînés que si on enfonce l’épingle dans une gomme à crayon, ça l’empêche de tomber, dit Moore. Elle m’a répondu : “Merci du conseil et voici un autre don de 5 $”. »

Un joueur de cribbage de la Colombie-Britannique gagne une deuxième fois d’affilée

S’il y a une chose que James Kay ne regarde pas quand il joue sérieusement au cribbage, c’est le tableau.

« Si on le regarde, on se retient et je ne veux pas jouer de cette façon-là », dit ce membre de la filiale Port Coquitlam (C.-B.) qui a défendu son titre de champion des simples aux Championnats
nationaux de cribbage de la Légion, lesquels avaient lieu du 23 au 25 avril à la filiale Aldergrove, dans la vallée du Bas-Fraser, en Colombie-Britannique.

Il avait gagné aux jeux provinciaux et représentait à nouveau la Division de la Colombie-Britannique/Yukon au tournoi, dans le cadre duquel 10 équipes se sont rassemblées pour décider qui seraient les champions chez les simples, les doubles et les équipes.

Toutes les divisions peuvent envoyer des joueurs différents dans chacune des catégories, mais il n’y a que celles de la Colombie-Britannique/Yukon, de la Saskatchewan et du Manitoba/Nord-Ouest de l’Ontario qui continuent de le faire. Les autres n’envoient qu’une équipe de quatre personnes, pour des raisons économiques et les joueurs des simples et des doubles y sont choisis.

Les joueurs et les officiels ont étés reçus à l’aéroport de Vancouver ou à celui d’Abbotsford et conduits à la petite collectivité rurale, à 45 kilomètres au sud-est de Vancouver. La frontière Canada-États-Unis est près de là et une grande partie des terres est prise par la station de radio navale Aldergrove (anciennement la station des Forces canadiennes Aldergrove) qui est dirigée par la Base des Forces canadiennes Esquimalt.

La Colombie-Britannique se rétablissait d’un hiver exceptionnellement difficile et les joueurs se sont rassemblés au cénotaphe près de la filiale, à l’occasion d’une cérémonie de dépôt de couronnes.

Les équipes se sont alignées derrière les cadets locaux qui les ont guidées jusqu’au cénotaphe avec une affiche de chaque division. Le président national des débats Tom Irvine, qui représentait le Comité national des sports, a déposé une couronne avec le concours du deuxième vice-président de la Division de la Colombie-Britannique/Yukon Bob Brady.

À l’intérieur de la filiale, Irvine a transmis des salutations du Comité des sports. Le président de la filiale Aldergrove John L’Henaff, la mairesse adjointe du canton de Langley Bev Dornan et le ministre du Logement et du Développement social de la Colombie-Britannique, Rich Coleman député local et membre de la filiale, leur ont aussi souhaité la bienvenue.

Doug Hadley, coordonnateur du tournoi, a ensuite fait commencer les parties simples et doubles en même temps. Les joueurs, dans les deux catégories, jouaient neuf tours de deux parties chacun. Chaque partie gagnée méritait un point, sauf celles qui se terminaient par un skunk, lesquelles en valaient deux. Le marqueur Jerry Strelic, dont le nom a été inscrit dans la coupe du championnat il y a quelques années, surveillait les jeux pendant la journée.

À la fin du sixième tour des simples, on pouvait voir une course à quatre qui commençait au tableau indicateur. Ken Jakeman de la filiale Roblin (Man.) était premier, à 10 points, talonné par Kay et par Patti Paul de la filiale saskatchewanaise Dr. Harold Anderson Memorial TVS, de Saskatoon, qui avaient neuf points chacun. Roy Flowers, de la filiale néo-brunswickoise Marysville de Fredericton, en avait huit.

Au septième tour, Kay a inscrit deux points, ce qui l’a placé en première place, à 11 points, car Jakeman avait perdu ses deux parties.

Kay a ensuite inscrit deux points aux tours restants, et il a fini à 15 points. Paul a remporté deux parties, dont une par un skunk, au dernier match, et terminé à 14 points.

Chez les doubles, les nouveaux Dick et Joan Thibideau de la filiale Miscouche (Île-du-Prince-Édouard) prenaient de l’avance mais sans savoir où ils étaient placés. À la fin du septième tour, trois équipes avaient 10 points chacune : celle de l’Île, Lise Gaudreau et Paul Bergevin de la filiale québécoise de Ste-Thérèse, et William Squires et William Corcoran de la filiale terre-neuvienne Dermont Lee Memorial de Riverhead.

L’Île a inscrit deux points au tour sui­vant alors que le Québec et Terre-Neuve n’en inscrivaient qu’un. Au septième tour, l’Île a inscrit deux autres points tandis que le Québec en marquait un et Terre-Neuve perdait ses deux parties. Le score final était de 14 pour l’Île et 12 pour le Québec. Terre-Neuve était ex-æquo en troisième place, à 11 points, avec Judy O’Leary et Gordie MacDonald de la filiale néo-écossaise Arras d’Antigonish.

« Je ne savais pas du tout où en étaient les points », dit Joan Thibideau. Ce n’est que vers la fin que l’équipe ontarienne nous a dit « vous êtes en avant. Il nous faudrait vous battre par un skunk et gagner toutes les autres parties pour gagner. Et ce n’est pas arrivé. »

Thibideau était très surprise de tout ça et elle était heureuse du voyage car elle a un frère dans la région de Vancouver. « C’est épatant. C’est la première fois qu’on s’est rendu au niveau national. On a eu ce voyage ici. Et on a gagné », dit-elle.

Quand les jeux de la journée se sont terminés, les joueurs sont passés au salon voisin ou à leur hôtel avant le banquet du samedi soir. On y a servi un excellent rosbif.

Irvine a félicité le Comité des préparatifs locaux présidé par Margriet Vankesteren. « Je remercie la filiale et le Comité des préparatifs locaux, de la part de la Direction nationale, du bon temps que nous avons tous eu », dit-il. Irvine a aussi remis une plaque au président L’Henaff pour remercier la filiale qui avait organisé les championnats.

Le lendemain, les joueurs étaient un peu plus sérieux en battant les cartes pour les jeux par équipes. Les équipes de quatre personnes étaient divisées en sections (A et B) qui jouaient de la même manière que les doubles et leurs scores étaient additionnés à la fin.

Dick et Joan Thibideau, ayant déjà obtenu la victoire chez les doubles, ont été rejoints par leurs coéquipiers Eldon Doucette et Sherry Wright. Les deux sections se sont tenues coude à coude avec Carl Nash, Paul Leslie Calhoun, Daryl Alward et Roy Flowers du Nouveau-Brunswick. « Hier, il n’y avait rien à faire pour avoir de bonnes cartes. Les cartes sont bien meilleures aujourd’hui », disait Calhoun vers le milieu des jeux.

Parmi les joueurs, il y avait Peter Piper de Stoughton Tecumseh, premier vice-président de la Division de la Saskatchewan, qui faisait partie de l’équipe saskatchewanaise.

L’équipe de la filiale Sylvan Lake de la Division de l’Alberta-Territoires du Nord-Ouest a grandement profité de la camaraderie. Cette équipe, représentante de sa division là-bas, était formée de Bonnie Olson, Laura Olsen, Wanda Olson et Jean Podridske qui sont toutes quatre des dames auxiliaires de Sylvan Lake. Elles avaient remporté le cham­­-pionnat de cribbage des DA avant d’obtenir le titre de leur division.

À la fin du septième tour, l’Île était tout juste devant, à 21 points et le Nouveau-Brunswick ne la suivait que d’un point. Ensuite, à 18 points, venaient Garry Frost, Dave McQuillen, Gord Legacy et Joe Summerfield, de la filiale ontarienne de Dunnville. Le Québec et la Nouvelle-Écosse, à 17 points, étaient encore dans la course.

La victoire n’a cependant pas été facile. L’Île et le Nouveau-Brunswick n’ont réussi à obtenir que quatre des huit points restants. L’Île en avait quand même assez, à 25 points, pour obtenir le titre et le Nouveau-Brunswick, à 24, a eu la deuxième place.

« L’Île-du-Prince-Édouard devait défendre son titre, mais ce n’est pas la même filiale qui avait gagné la dernière fois », dit Doucette à propos des membres de la filiale Georges Pearkes VC de Summerside qui avait remporté le championnat l’an dernier à Grand Bend (Ont.).

À la fin des jeux, les joueurs se sont assemblés à une petite cérémonie réglée par Hadley et pendant laquelle Irvine a remis les trophées aux gagnants et aux seconds.

« Je suis allé à plusieurs épreuves de cribbage nationales. C’est des gens que l’agrément dépend vraiment, disait Kay à la toute fin. L’hospitalité ne pouvait être meilleure. »

Résultats

Équipes : Î.-P.-É. (fil. Miscouche), 25; N.-B. (fil. Marysville de Fredericton), 24; Qc (fil. Sainte-Thérèse) et Ont. (fil. Dunnville), 23; N.-É./Nunavut (fil. Arras d’Antigonish), 22; C.-B./Yukon (fil. Lake Cowichan), 19; Man./N.-O. O. (fil. Red Rock (Ont.)), 18; Alb./T. N.-O. (fil. Sylvan Lake) et Sask. (fil. Stoughton Tecumseh de Stoughton), 15; T.-N.-et-Lab. (fil. Dermont Lee Memorial de Riverhead), 14.

Doubles : Î.-P.-É. (Dick Thibideau et Joan Thibideau, fil. Miscouche), 14; Qc (Lise Gaudreau et Paul Bergevin, fil. Sainte-Thérèse), 12; T.-N.-et-Lab. (William Squires et William Corcoran, fil. Dermont Lee Memorial) et N.-É./Nunavut (Judy O’Leary et Gordie MacDonald, fil. Arras), 11; C.-B./Yukon (Catharine Hine et Paul Rougeau, fil. White Rock), Man./N.-O. O. (John Callarec et Anthony Lubinieck, fil. Dauphin) et Ont. (Joe Summerfield et Gord Legacy, fil. Dunnville), 10; Sask. (Angely Bird et Sonny Bird, fil. Moose Jaw), 9; Alb./T. N.-O. (Jean Podridske et Bonnie Olson, fil. Sylvan Lake), 8; N.-B. (Paul Leslie Calhoun et Carl Nash), 5.

Simples : C.-B./Yukon (James Kay, fil. Port Coquitlam), 15; Sask. (Patti Paul, fil. Dr. Harold Anderson Memorial TVS de Saskatoon), 14; Man./N.-O. O. (Ken Jakeman, fil. Roblin) et N.-B. (Roy Flowers, fil. Marysville), 12; Qc (Denis Lepage, fil. Sainte-Thérèse) et Î.-P.-É. (Eldon Doucette, fil. Miscouche), 11; Alb./T. N.-O, (Laura Olsen, fil. Sylvan Lake), 10; T.-N.-et-Lab. (Wayne Corcoran, fil. Dermont Lee Memorial), 8; N.-É./Nunavut (Tom Connors, fil. Arras), 6; et Ont. (Dave McQuillen, fil. Dunnville), 4.

Admissibilité à la Croix du Souvenir élargie

La Croix du Souvenir bien connue, qu’on appelle communément la Croix d’argent et que portent les mère ou veuve de marins, soldats et aviateurs tués durant leur service, peut dorénavant être remise à un plus grand nombre de personnes suite aux modifications au règlement annoncées le 15 janvier.

Depuis les modifications, trois Croix du Souvenir au maximum peuvent être conférées à la famille de tout militaire mort pendant le service après le 6 octobre 2001, que ce soit au combat, lors d’un accident ou pour quelque autre raison.

Le ministre de la Défense Peter MacKay et le ministre des Anciens combattants Greg Thompson ont annoncé les modifications qui, disent-ils, émanent des sacrifices faits au cours de la campagne contre le terrorisme.

« Cette modification nous permet d’exprimer aux familles des militaires des FC tombés au combat depuis le début de la campagne notre grand chagrin et de leur transmettre toutes nos sympathies quant à l’immense perte qu’elles ont subi, » a déclaré le mi­nistre MacKay.

Chaque année depuis 1950, la Légion royale canadienne a choisi une mère ou une veuve de la Croix d’argent pour déposer une couronne de la part des mères au Monument commémoratif de guerre du Canada, à la cérémonie nationale du jour du Souvenir.

La mère de la Croix d’argent de 2008 était Avril Stachnik de Waskatenau (Alb.). Son fils, le sergent Shane Stachnik du 2e Régiment du génie, a été tué le 3 septembre 2006 pendant l’opération Medusa.

Le président national Wilf Edmond dit qu’il était heureux de voir que la remise de la Croix d’argent croît avec le temps.

Quand la mort est clairement imputable au service comme à cause du feu de l’ennemi ou lors d’un accident à l’entrainement, la croix doit être décernée immédiatement. Quand la mort n’est pas clairement imputable au service, comme lors d’une mort naturelle au travail, de maladie ou de suicide, les croix ne sont pas décernées tant qu’on n’aura pas tranché officiellement par rapport à la cause de la mort. Le délai de cette prise de décision peut être de plusieurs mois.

La Croix du Souvenir a été créée en 1919 pour commémorer les morts de la Première Guerre mondiale. La croix d’origine portait le monogramme du roi George V et on la pendait au cou grâce à un ruban mauve d’une longueur de 750 millimètres et d’une largeur de 11 millimètres. Le mauve, qui signifie souffrance, était utilisé autrefois par les fabricants de vitraux pour représenter la négation, le deuil, la mort.

La croix elle-même, faite d’argent sterling, est un modèle à l’échelle de 75 p. 100 de la Croix militaire et mesure 32 millimètres par 32 millimètres. La couronne impériale se trouve sur la branche du haut et une feuille d’érable sur les autres. Une croix de Saint-Georges, plus petite, y est superposée et le chiffre royal se trouve au centre, en lettres surhaussées.

La Croix du Souvenir a été réinstituée en aout 1940, pour la Seconde Guerre mondiale, avec le chiffre du roi George VI au centre. Le règlement a été modifié en 1945 afin que la croix puisse être portée comme une broche plutôt qu’autour du cou.

La croix a été ravivée à nouveau lors de la guerre de Corée et, par la suite, l’insigne de la reine Élisabeth II a remplacé le précédent; c’est cette version qu’on décerne de nos jours. Plus de 60 000 Croix du Souvenir ont été décernées à cause de chacune des deux guerres mondiales.

En janvier 2007, l’admissibilité a été accrue pour que toutes les morts associées au service soient comprises, pas seulement celles qui ont lieu en mission à l’étranger. En outre, on permet aux membres de choisir jusqu’à trois réci­piendaires en cas de décès.

Au Canada, la Croix du Souvenir a été décernée à un veuf pour la première fois en mai 2006. Jason Beam l’a reçue suite à la mort de son épouse, la capitaine Nichola Goddard, au combat en Afghanistan.

Les modifications annoncées en janvier dernier sont rétroactives au 7 octobre 2001.

La croix est remise dans une boite en cuirette noire sur le couvercle de laquel­­le se trouve une couronne royale dorée. Une carte couleur crème se trouve à l’intérieur où est inscrit : « Cette Croix du Souvenir vous est présentée au nom du gouvernement canadien de Sa Majesté en mémoire d’une personne décédée au service du Canada. Nous nous souviendrons d’eux. »

Les croix, qui étaient fabriquées autrefois par des bijoutiers, le sont de nos jours par la Monnaie royale canadienne.

Une réplique de la Croix du Souvenir se trouve au-dessus de la porte de la Chapelle du Souvenir, à l’édifice du Centre. On la trouve aussi, en bronze, avec trois chiffres différents, à trois des quatre coins de la Tombe du Soldat inconnu.

L’an dernier, au mois d’aout, la Gouverneure générale Michaëlle Jean a annoncé la création de la Médaille du sacrifice pour les gens blessés ou tués dans des circonstances hono­rables au cours d’échanges hostiles (Governor General Announces Medal For The Wounded [non traduit], novembre/ décembre).

Cependant, on ne décernerait pas cette médaille aux membres des Forces canadiennes qui ont été tués accidentellement ou à cause de la négligence de quelqu’un d’autre. Étant donné la controverse qui a été soulevée, MacKay a exhorté le comité sur la politique des décorations, un conseil de plusieurs ministères qui supervise les règles des ordres fédéraux, de reconsidérer ses critères. Une cérémonie qui devait avoir lieu en novembre à Ottawa a été remise à une date ultérieure.

Anciens combattants Canada admi­nistre les Croix du Souvenir attribuées en honneur des membres qui sont morts ou qui ont pris leur retraite avant le 7 octobre 2001. On trouvera des renseignements supplémentaires en composant le 613-995-5003 ou le 1-877-995-5003.

La Direction des distinctions honorifiques et de la reconnaissance du mi­nis­tère de la Défense nationale administre la Croix du Souvenir en l’honneur des membres en service qui sont morts après le 6 octobre 2001. On trouvera des renseignements supplémentaires en composant le 613-949-0429 ou le 1-877-741-8332.

Je me souviens

Des blanches colombes tenues par (de g. à d.) Josée Verner, le maire Régis Labeaume et le premier ministre Jean Charest sont lâchées. [PHOTO : TOM MacGREGOR]

L’appel à la commémoration semble naturel à Québec, surtout pour les gens qui se rassemblaient autour de la Croix du sacrifice à l’occasion du service annuel du jour du Souvenir. Cette croix, minuscule par rapport à la Citadelle dont les fortifications dominent la vieille ville, est une présence sombre au terrain de l’hôtel du Parlement, l’édifice de l’Assemblée nationale.

C’est à l’entrée de cet édifice, sous les armoiries provinciales, qu’Eugène-Étienne Taché, architecte et sous-commissaire des terres publiques, a fait graver la devise « Je me souviens ».

Il n’a laissé à la postérité aucun document expliquant pourquoi (en 1883) il s’est arrêté sur ces mots. Ce pourrait être un vers de Victor Hugo, ou un hommage à une époque révolue du Québec; quoi qu’il en soit, c’est devenu la devise de la province en 1939, quand les armoiries ont été adoptées officiellement. La formule a également été adoptée par le Royal 22e Régiment, la fameuse unité québécoise de fantassins réguliers et elle décore aussi les plaques d’immatriculation de la province.

Verner dépose une couronne, assistée par Georges Lasnier. [PHOTO : TOM MacGREGOR]

Il y avait en outre des bannières pour rappeler le passé — dans tout le secteur du centre de la ville — en l’honneur du 400e anniversaire de la fondation de Québec, par Samuel de Champlain (Bonne fête Québec, mai/juin). Toutefois, c’est d’un passé plus récent que ceux qui se sont rassemblés le 11 novembre étaient venus se souvenir. Les anciens combattants et les jeunes hommes et femmes en uniforme qui défilaient derrière la Musique du Royal 22e Régiment le long de la Grande-Allée, la fameuse voie par laquelle on entre dans la vieille ville, avaient les guerres du siècle dernier et l’insurrection actuelle en Afghanistan à l’esprit. Alors que certains anciens combattants pensaient à la Seconde Guerre mondiale et à la guerre de Corée, d’autres pensaient aux 10 membres des Forces canadiennes de la Base des Forces canadiennes Valcartier avoisinante, au moins, parmi les presque 100 soldats qui ont trouvé la mort en Afghanistan depuis 2002.

La neige matinale avait disparu des plaines d’Abraham au lever du soleil et, bien que le temps fût encore à la neige, les nuages dévoilaient le soleil, de temps à autre, pendant la cérémonie à laquelle assistaient quelque 1 500 personnes.

Georges Lasnier aide Charly Forbes à déposer  une couronne. [PHOTO : TOM MacGREGOR]

On entendit l’O Canada après la 11e heure et puis ensuite il y eut les coups de canon, la dernière sonnerie, la diane, la complainte et l’Acte du souvenir. Alcide Maillet, de la filiale Lt.-Col. Charles Forbes de Loretteville, faisait fonction de maitre des cérémonies durant le service, lequel a été réglé dans les deux langues officielles, et durant lequel un défilé aérien de trois hélicoptères de Valcartier a grondé au-dessus des têtes.

La première couronne a été déposée par Jean Charest, qui faisait une pause durant la course aux élections annoncée une semaine auparavant. Ensuite, ce fut le tour d’Elsie Godin, membre de la filiale et représentante des mères de la Croix d’argent. Josée Verner, ministre des Affaires intergouvernementales et députée locale et le maire de Québec, Régis Labeaume, lui ont emboité le pas. Chacun a déposé une couronne de la part de son gouvernement respectif.

Quant à la Légion, c’est Charly Forbes lui-même qui l’a représentée. Cet éminent ancien combattant de la Seconde Guerre mondiale et de celle de Corée, âgé de 87 ans, participe toujours à quantité de cérémonies militaires dans la région. Le président Georges Lasnier de la filiale Lt.-Col. Charles Forbes l’accompagnait.

Charest a inspecté les troupes et bavardé de surcroit avec les anciens combattants. Des dizaines de couronnes ont été déposées pendant qu’une chorale d’enfants chantait des hymnes, accompagnée par la Musique. Les couronnes déposées, des élèves portant des drapeaux à feuille d’érable et des coquelicots en carton sont venus les déposer par terre autour de la croix.

Un moment émouvant a eu lieu à la fin de la cérémonie, après qu’une cage de colombes avait été avancée. Les oiseaux furent donnés à Charest, Verner et Labeaume, qui ont attendu le signal de les laisser s’envoler. Les oiseaux, effrayés, se sont alors éloignés d’eux, battant des ailes au-dessus de la foule et ensuite par-dessus le mur de la Citadelle, dans la paix et la liberté.

Joe Bilocq défile à la tête des anciens  combattants. [PHOTO : TOM MacGREGOR]

Peu de temps après, le défilé a pris le départ et les anciens combattants et les soldats ont été invités au gymnase de la Citadelle pour une boisson chaude et des sandwiches. Beaucoup d’entre eux se sont rendus à la filiale de Loretteville par la suite, où ils ont terminé la journée en racontant leurs souvenirs.

Forbes dit qu’il pensait aux huit volontaires belges qui faisaient partie de son unité, dans le Régiment de Maisonneuve, quand il se battait pour l’ile de Wacheren, à la bataille de l’Escaut. « Bien que les Britanniques avaient libéré Anvers en septembre (1944), pas un navire de ravitaillement n’avait pu se frayer un passage. C’était la fin du mois d’octobre et nous avions besoin d’approvisionnements », se souvient Forbes.

Les bâtiments alliés n’allaient pouvoir traverser l’estuaire en sécurité que si les Canadiens en chassaient les forces allemandes. Les Britanniques avaient donné l’ordre d’inonder le secteur. « Mais les Allemands étaient malins. Ils avaient mis leurs canons sur les digues. Les canons continuaient de tirer même après que la terre a été inondée. »

Forbes, qui était alors lieutenant, reçut l’ordre d’avancer sur les digues; mais, son unité avait été fortement décimée après la Normandie. « Huit volontaires belges travaillaient dans notre cuisine, se rappelle-t-il. Ils sont venus me dire qu’ils voulaient combattre à nos côtés. Ils voulaient participer au combat avec les fusils allemands qu’ils avaient ramassés. J’ai dit qu’ils sortent de la cuisine. On leur a donné des uniformes à nous. S’ils s’étaient fait prendre, ils auraient été fusillés. »

La mère de la Croix d’argent Elsie Godin (à g.) se prépare à déposer une couronne. [PHOTO : TOM MacGREGOR]

C’est pour la bataille qui a suivi qu’on a décerné la plus importante médaille d’honneur à Forbes : la Militaire Willems Orde. « On s’était fait esquinter sur une digue d’environ 1 000 verges de longueur par 60 verges de largeur. Mais, les Allemands allaient être obligés de me passer dessus pour traverser. J’ai tiré sur le premier qui s’est avancé vers nous avec mon pistolet et il nous restait encore une mitrailleuse pour les tenir en respect », se rappelle-t-il.

Par la suite, la reine Wilhelmina des Pays-Bas a décerné neuf médailles du Willems Orde à des Canadiens. Ce n’est que durant les années 1960 qu’il a appris qu’on l’invitait à une manifestation en même temps que les récipiendaires de la Croix de Victoria. « Ce n’est qu’à ce moment-là que j’ai appris […}. Je portais cette médaille et personne au Canada ne savait ce qu’elle signifiait; y compris moi! »

Pour conclure, le jour du Souvenir, Forbes dit qu’il aurait voulu que les Belges qui ont combattu à ses côtés soient reconnus, mais cela n’arrivera jamais.

D’autres personnes, à la filiale, ont raconté leurs histoires du temps qu’ils étaient militaires. Les anciens combattants du groupe ont vite remarqué la Médaille de la bravoure de Claude Godin, surnommé Joe, la décoration civile pour bravoure dans des circonstances dangereuses. Il était sergent dans la police militaire à la Base des Forces armées canadiennes Bagotville (Qc), le 27 novembre 1982 : « Un matin, au réveil, je me suis aperçu que la maison mobile  de l’autre côté de la rue était en flammes. Une femme était à l’extérieur, mais son garçon de 17 mois était encore dedans », nous explique Godin, qui est maintenant âgé de 65 ans. « Je suis allé au berceau, j’ai pris le petit et je suis ressorti. On était à peine à l’air libre que tout a fait pfuit! »

Le président Lasnier de la filiale, occupé à des dizaines de détails, a terminé la journée triomphalement. « La cérémonie a toujours été organisée par les gens de la filiale Citadelle […], mais ils ont dû accepter qu’ils ne pouvaient plus continuer. C’était notre tour de prendre en main la cérémonie », dit-il.

La filiale Lt.-Col. Charles Forbes en est une nouvelle, dont l’ouverture a eu lieu en 1995. En 2007, elle a acheté un ancien bar country et western de Loretteville, à 11 kilomètres du centre-ville et elle en a fait son hall de filiale; beaucoup mieux que l’appartement à l’étage dont elle se servait auparavant.

Le membre André Côté de la filiale Citadelle reconnait que la responsabilité des services du jour du Souvenir est passée à la nouvelle filiale. « Notre effectif avait diminué à 80 à peu près. Nos membres vieillissent; beaucoup sont à l’hôpital. Et l’incendie est une raison de plus pour décider d’arrêter. »

L’incendie que mentionnait Côté était la conflagration spectaculaire du 4 avril qui a détruit le manège de Québec (Journal, juillet/aout). L’édifice, cons­truit entre 1885 et 1887 (dessiné par Taché également), abritait le plus vieux régiment canadien français, celui des Voltigeurs de Québec. La filiale Citadelle y logeait ainsi que les cadets et d’autres groupes s’en servaient également.

L’incendie ayant détruit l’intérieur et le toit en bois sec, il ne restait plus que les murs extérieurs et les tourelles. Sa fière histoire est encore racontée au moyen d’une plaque de site historique au terrain d’exercices, devant l’édifice.

Il s’agit d’encore un rappel du riche patrimoine militaire de Québec, ce qui est toujours manifeste si l’on se fie au grand nombre de gens venus au service. Les membres de la filiale Citadelle, leur office arrivant à terme, ont trouvé une autre filiale et une autre génération, pour prendre leur relève.