« Ils ne passeront pas! »

À la bataille de Verdun en 1916, ce cri de ralliement d’un général français exhorta son armée à tenir bon

Le fort de Douaumont tomba aux mains des Allemands, sans coup férir, au début de la bataille de Verdun. Les Français le recapturèrent huit mois plus tard, scène représentée dans un tableau d’Henri-Georges Chartier (en bas). Le fusil d’infanterie à verrou Lebel modèle 1886 était l’une des armes préférées de l’armée française. [C&Rsenal]

Ce commentaire d’un aviateur allié survolant le champ de bataille à Verdun, en France, décrit parfaitement les ravages causés par un des plus lourds barrages d’artillerie qui ait existé. Et ce n’était pas fini.

Verdun mena directement à la bataille de la Somme, où les Canadiens combattirent pendant plus de deux mois.

La bataille de Verdun, qui eut lieu du 21 février au 18 décembre 1916, fut l’une des plus longues de la Grande Guerre : deux fois plus longue que la bataille de la Somme et plus de trois fois plus longue que celle de Passendale. Selon certaines estimations, il y eut 750 000 victimes françaises et allemandes — dont près de 300 000 morts. C’est un peu moins qu’à la Somme, mais cela reste un chiffre effarant.

Les Canadiens ne prirent pas part à la bataille de Verdun, mais ils en avaient des nouvelles. Pendant qu’il se rétablissait en Angleterre d’une blessure à la jambe, le soldat Cliff Bowes du 44e Bataillon (Manitoba), âgé de 24 ans, écrivit à sa « chère petite sœur », Evelyn, le 10 mars 1916 : « Les Allemands sont en train de recevoir une raclée ces temps-ci; ils ont perdu des milliers d’hommes à Verdun sans rien gagner du tout. »

Verdun mena directement à la bataille de la Somme, où les Canadiens combattirent pendant plus de deux mois et subirent 24 049 pertes.

Des soldats blessés se déplaçant vers l’arrière. Le nombre de victimes des deux côtés s’élevait à presque 750  000. [Alamy/FGP57W]

 

Le commandant français, le général Joseph Joffre (surnommé Papa Joffre) et le général Erich von Falkenhayn, chef de l’état-major allemand, prévoyaient tous deux de nouvelles offensives de grande envergure en 1916 pour sortir de l’impasse au front occidental. Les Allemands furent les premiers à attaquer.

Étonnamment, leur but à Verdun n’était pas de gagner du terrain, mais de détruire l’armée française au moyen d’une verblutung, c’est-à-dire une exsanguination. La stratégie réussit presque.

Le général Joseph Joffre (manteau clair) commandait les forces françaises à la bataille de Verdun. [Alamy/FGP4PF]

À 7 heures, le 21 février 1916, un bombardement allemand massif de plus de 1 200 pièces d’artillerie pilonna les positions françaises autour de la cité médiévale fortifiée. Le barrage d’obus explosifs et de gaz phosgène se poursuivit durant presque 10 heures. La dévastation fut immense. L’opération Gericht (jugement) avait commencé.

Verdun faisait saillie dans les lignes allemandes. La Meuse, qui traverse la ville, avait formé un escarpement rocheux à l’est. Le saillant était semblable à celui d’Ypres, plus au nord, en Belgique, où du sang canadien avait coulé au mois d’avril précédent. Il en coulerait encore beaucoup avant la fin de la guerre.

Verdun était la forteresse la plus puissante de la France d’avant-guerre, entourée qu’elle était d’un double anneau de 28 forts en acier et en béton, dont ceux de Douaumont et de Vaux, et de plusieurs petits ouvrages. Les forts, distants de 2,8 à 8 km de Verdun, étaient situés de manière à se défendre les uns les autres. Ils étaient hérissés de centaines de canons et mitrailleuses de 75 ou 155 mm. Mille autres pièces d’artillerie étaient en appui dans des batteries en béton.

Au point de vue stratégique, cependant, cette ville du nord de la France n’avait que peu d’importance. En fait, si les Français l’avaient abandonnée, ils auraient raccourci, redressé et renforcé leur ligne.

Les soldats français se protègent d’une explosion d’obus au champ de bataille de Verdun. [Musée du Mémorial de Verdun/Alamy/MPWM20]

Mais Verdun avait une signification quasi mystique pour les Français. Elle avait été l’une des dernières forteresses à se rendre lors de la défaite humiliante de la France à la guerre franco-prussienne de 1870-1871. Les Français se refusaient à l’abandonner, bien que ses forts, construits après cette guerre-là, eussent été dépouillés de leurs canons, mis en service ailleurs et d’une bonne partie de leurs garnisons.

Lorsque le bombardement prit fin abruptement à 16 h 45, la cinquième armée allemande passa à l’attaque, dirigée par le fils ainé de l’empereur, le Kronprinz Wilhelm (surnommé le « Clown Prince » par les Anglais et le « con prince » par les Français). Les Allemands s’avancèrent sur un front de 13 kilomètres contre la troisième armée française, en utilisant pour la première fois une nouvelle arme : le flammenwerfer (lance-flammes).

Un lance-flammes allemand, le Flammenwerfer M.16. [Wikipedia]

Bien que la ligne française ait été pilonnée sans relâche, miraculeusement des soldats français survécurent et tinrent bon. De lourdes pertes furent essuyées des deux côtés jusqu’à la tombée de la nuit.

La tactique allemande se reproduisit durant les quatre prochains jours. Après des avancées relativement modestes, les Allemands fortifiaient immédiatement les positions françaises capturées et déchainaient leur écrasante puissance de feu sur les Français qui contrattaquaient. À l’époque, la philosophie française était l’attaque à outrance : toute position conquise par l’ennemi devait être reprise à tout prix.

 

Douaumont, le plus grand des forts français, tomba le 25 février lors de ce qui fut une manœuvre d’opéra-comique. Neuf hommes du 24e Régiment de Brandebourg grimpèrent par une embrasure sans défense et maitrisèrent les 59 hommes qui restaient de la garnison. À ce moment-là, comme la plupart des canons du fort avaient été envoyés ailleurs, il n’en restait que deux de 75 mm et un de 155 mm.

Joffre interdit de se replier davantage et envoya le général Philippe Pétain et la Deuxième armée en renfort à Verdun. Les avions et pièces d’artillerie disponibles y furent également envoyés et le commandement fut confié au général Pétain. Ce dernier arriva au moment où les Allemands faisaient une pause lors de leur attaque contre leur premier objectif, ce qui lui permit de réorganiser son état-major et de faire venir des renforts, dont des pièces d’artillerie supplémentaires.

Les Allemands amenèrent trois corps en renfort. Ils lancèrent une nouvelle attaque le 6 mars, du côté ouest du saillant. Elle réussit au début, mais fut arrêtée par les contrattaques ordonnées par Pétain pour reprendre chaque pouce de terrain perdu.

Les Allemands s’aperçurent aussi de l’erreur qu’ils avaient commise en ne nettoyant pas l’artillerie française de la rive ouest de la Meuse qui pouvait tirer sur eux pendant qu’ils s’avançaient. Dans le cadre de cette nouvelle offensive, ils traversèrent le fleuve et attaquèrent trois terrains élevés au nord-ouest de Verdun. Le terrain le plus élevé était la colline du Mort-Homme, au centre, qui s’élevait à 297 mètres d’altitude. Elle portait bien son nom.

Une série d’attaques et contrattaques eut lieu pendant le reste du mois de mars, qui empira grandement la bou-cherie. Au front, les soldats français exténués étaient remplacés tous les 8 à 10 jours. Pétain reçut également deux subordonnés très capables : les généraux Robert Georges Nivelle et Charles Mangin.

Les masques à gaz étaient nécessaires au combat, où l’artillerie des Allemands tira plus de 116 000 obus à gaz phosgène. [Alamy/FGP594]

À ce moment-là, les liaisons routières et ferroviaires à Verdun avaient toutes été coupées, sauf, au sud-ouest, une route secondaire de 65 kilomètres. Elle avait heureusement été élargie peu avant, et la circulation pouvait s’y faire dans les deux sens.

Un flot constant de camions transportait des fournitures militaires vers l’avant vingt-quatre heures par jour et ils transportaient des civils et des soldats blessés à leur retour.

Une division d’hommes harcelés par le feu incessant de l’ennemi formait des équipes affectées en permanence à la réparation de la chaussée. La route fut surnommée la Voie sacrée.

La troisième attaque des Allemands, livrée des deux côtés du saillant le 9 mars, fut repoussée par les Français. D’autres attaques et contrattaques s’ensuivirent jusqu’au 29 mai, quand les tentatives des Allemands du côté ouest finirent simplement par s’épuiser.

Le prince héritier félicita Raynal pour sa défense tenace.

Après une série d’attaques couteuses, les Allemands avaient fini par capturer Mort-Homme et les deux autres sommets à l’ouest de la Meuse. Ils en restèrent maitres jusqu’au mois d’aout 1917.

 

Le 19 avril, Nivelle succéda à Pétain, qui avait été promu à un grade supérieur. Pendant ce temps, les Allemands poursuivaient leurs attaques au fort de Vaux, du côté est du saillant.

La garnison du fort, qui s’élevait à 283 hommes avant les quelque 300 hommes envoyés en renfort, s’amenuisait tous les jours, mais elle résista pendant près d’une semaine aux assauts répétés. Le commandant français, le major Sylvain Eugène Raynal, se rendit le 7 juin, quand il ne restait plus d’eau et que l’intérieur du fort avait été détruit. Le prince héritier félicita Raynal de sa défense tenace et lui remit une épée.

Une délégation de Canadiens inspecte les dégâts à Verdun après la guerre. La cathédrale avait été gravement endommagée et les tours n’ont jamais été rebâties. [Flickr]

Quatre jours plus tard, Pétain demanda à Joffre d’avancer la date de l’offensive à la Somme afin d’éloigner les Allemands de Verdun. Vu le nombre de soldats français engagés à Verdun, l’armée britannique s’apprêtait à jouer un rôle plus important que prévu à la Somme.

L’offensive à la Somme étant sur le point de commencer, Joffre ne pouvait pas se permettre de perdre davantage de terrain. Fin juin et début juillet, d’autres attaques allemandes du côté ouest du saillant réussirent presque à faire des brèches dans la ligne française. Mais les Français s’accrochèrent et les Allemands hésitèrent.

Le nouveau mot d’ordre français, souvent répété, était « Ils ne passeront pas! ». En fait, l’expression contenue dans l’ordre général du 23 juin était « Vous ne les laisserez pas passer! ».

Quinze divisions allemandes furent envoyées au front de l’est pour enrayer l’offensive Broussilov, puis Falkenhayn fut retiré en aout. L’équipe Hindenburg-Ludendorff qui le remplaça décida de réduire les pertes à l’ouest et de passer à la défensive.

 

Cet automne-là, Mangin remplaça Nivelle et les Français passèrent à l’attaque. Ils utilisèrent la nouvelle technique du barrage rampant que les Canadiens avaient utilisée avec succès à Courcelette, sur la Somme, à la mi-septembre. Le fort de Douaumont fut repris le 24 octobre et celui de Vaux, le 2 novembre.

Mangin fit une pause de quelques semaines avant de repasser à l’attaque. Le 18 décembre, il avait ramené les lignes françaises presque jusqu’à l’endroit où elles étaient en février, quand les combats avaient commencé. La bataille de Verdun était terminée. 


Les villages détruits de Verdun

Sur la rive est de la Meuse, les gaz toxiques, les explosifs chimiques et les cadavres d’humains et d’animaux en décomposition, en plus des 26 millions d’obus qui avaient brulé les sols, avaient rendu une partie des terres définitivement non arables. Dix millions d’obus enterrés et non explosés y créaient des problèmes supplémentaires.

Les Français donnèrent officiellement le statut de « village détruit « à neuf villages de la région, dont huit sont identifiés par des balises. Le neuvième, Fleury, fut choisi comme monument commémoratif en raison de son emplacement central. Ses rues sont maintenant des chemins boisés et il a même un maire symbolique.

Au site de Fleury-devant-Douaumont, des poteaux blancs indiquent où se trouvaient les maisons et les rues avant la destruction du village. [Mémorial de Verdun]


Les monuments de guerre insolites de Verdun

L’ossuaire de Douaumont est incontestablement troublant. Il ressemble à un obus d’artillerie, et trois galeries s’étendent à partir de sa base. Les os de 130  000 combattants, que les visiteurs peuvent voir par les fenêtres, y sont empilés. 

Le Mort-Homme est une figure triomphante de la mort qui s’élève sinistrement de la colline du même nom.

La Tranchée des Baïonnettes est encore plus effrayante. Après la guerre, on a découvert une tranchée pleine d’où une ligne de baïonnettes dépassait, et dépasse encore aujourd’hui. Chaque baïonnette était fixée à un fusil, et un corps se trouvait à côté de chaque fusil. Victimes d’un bombardement cauchemardesque, les soldats auraient été enterrés debout.

Les restes des morts furent transférés aux caveaux dans l’ossuaire de Douaumont en septembre 1927. [Douaumont Ossuary]

Soldats & fils

Deux soldats canadiens scrutent les airs à la recherche d’aéronefs tandis qu’un autre remballe son respirateur et deux autres se reposent dans une tranchée allemande capturée près de Lens, France, en aout 1917. [DND/LAC/PA-001718]

Lorsque la guerre éclata, en 1914, des centaines d’hommes authochtones se portèrent immédiatement volontaires en dépit des politiques assimilationnistes et discriminatoires du gouvernement canadien dont ils faisaient les frais depuis des décennies.

Le nombre exact d’engagés volontaires des Premières Nations est inconnu, mais on estime qu’environ 3 500 d’entre eux ont servi dans la Corps expéditionnaire canadien et que la plupart ont combattu au front. Ce chiffre représente un tiers des hommes autochtones admissibles de s’engager à l’époque. Les raisons qu’avaient les hommes de s’enrôler sont difficiles à découvrir et peu d’entre eux précisèrent leurs motifs.

Le soldat William Cleary était l’un de ces hommes, et son dossier de service militaire pourrait nous renseigner sur ses motivations. Né en 1897 à Pointe-Bleue, au Québec, sur la rive du lac Saint-Jean, il était membre de la Première nation Pekuakamiulnuatsh qui se situe au centre de la réserve de Mashteuiatsh. C’était un jeune bucheron, d’un milieu très modeste. 

Cleary repartit à toute vitesse, repéra les hommes blessés et […] réussit à les ramener en lieu sûr.

En mars 1916, Cleary s’enrôla à Chicoutimi dans le 167e Bataillon d’infanterie canadienne, puis il fut transféré peu après au 189e. Le bataillon arriva en Angleterre en juin 1916 et lorsque cette unité fut démantelée pour servir de renforts, en octobre 1916, il fut envoyé au célèbre 22e Bataillon (canadien-français) du Québec, qui servait alors en France.

Ayant perdu son père, Cleary, alors âgé de 18 ans, dit aux autorités militaires qu’il était responsable de la « subsistance » de sa mère et que dans sa famille il était « seul capable de travailler ». En conséquence, elle eut droit à une indemnité d’absence du foyer fort bienvenue de 20 $ par mois, en plus des 15 $ que son fils lui remettait de sa maigre solde mensuelle de 33 $. Se serait-il donc engagé et aurait-il risqué sa vie pour subvenir aux besoins de sa mère?

Le soldat William Cleary reçoit la Médaille militaire britannique pour avoir sauvé deux soldats blessés. [Wikimedia]

Les soldats des Premières Nations étaient souvent tireurs d’élite ou éclaireurs, et Cleary explorait parfois le no man’s land pour recueillir des renseignements. C’était risqué. En février 1918, Cleary participa à un raid nocturne des tranchées allemandes aux abords de Lens, dans le nord de la France. Après l’opération, les pilleurs remarquèrent qu’il leur manquait deux hommes. Cleary repartit à toute vitesse, repéra les hommes blessés et, avec l’aide d’autres braves hommes du 22e, réussit à les ramener en lieu sûr. La Médaille militaire lui fut décernée pour son acte de bravoure.

Le 25 mai 1918, Cleary fut atteint d’une balle dans le haut du dos. Son omoplate droite fut fracturée et la balle pénétra dans sa poitrine. Il fut envoyé à un hôpital militaire canadien à Étaples, puis il fut évacué peu après en Angleterre pour obtenir d’autres soins et se remettre. La cicatrice sous son épaule droite mesurait 10 centimètres de longueur et 10 centimètres de largeur. Selon le rapport d’aout 1918 d’une commission médicale, bien qu’il se fut rétabli et qu’il fut capable de reprendre du service, il serait « incapable de défiler ou porter un sac à dos » pendant un certain temps. Ses jours au front étaient finis.

Cleary fut démobilisé à Halifax en février 1919, et son avenir était incertain. Il reste impossible de savoir s’il s’était enrôlé « pour Roi et patrie », pour quelque autre idéal tout aussi noble, ou pour des raisons beaucoup plus personnelles et familiales. 

Un service solennel

Le jour du Souvenir de 2020 à Ottawa était différent, mais tout aussi poignant

Les couronnes, 379 en tout, avaient presque toutes été placées à l’avance, soigneusement alignées au pied du Monument commémoratif de guerre du Canada à Ottawa, chacune portant en lettres d’or sur un ruban violet : Lest We Forget/Nous nous souviendrons.

Bill Black de l’Association canadienne des vétérans de la Corée (à g.) et James Sookbirsingh de la Submariners Association of Canada déposent une couronne au Monument commémoratif de guerre du Canada le jour du Souvenir. [Stephen J. Thorne]

Des chaises espacées de plusieurs mètres avaient été installées pour les personnes expressément invitées à assister à la cérémonie du jour du Souvenir de 2020, dont plusieurs anciens combattants. La foule habituelle n’était pas là; seuls quelques fidèles s’attardaient alentour.

Au milieu de la pire pandémie depuis un siècle, la Légion royale canadienne avait découragé les gens d’y assister.

Les nouveaux défis posés par la COVID-19, dont la place désertée était l’émouvant rappel, n’ont pas échappé à l’examen oratoire de l’aumônier honoraire de la Légion. Cette année comme les précédentes, sa bénédiction était un modèle d’originalité et d’éloquence. 

« Ceux d’entre nous qui n’ont jamais connu la guerre ont maintenant une meilleure idée de ce que signifie être séparé de ses proches, a déclaré le rabbin Reuven Bulka. Chacun d’entre nous a été séparé de ses proches. Nous n’avons pas choisi cette séparation; les circonstances nous l’ont imposée.

« Qui a été là pour nous encore une fois en temps de crise nationale? Nos soldats. »

« Nos anciens combattants, dont nous nous souvenons aujourd’hui comme toujours, ont choisi de se battre pour notre pays, pour notre liberté, sachant qu’ils s’en trouveraient séparés de leur famille, une séparation hélas permanente dans de nombreux cas. »

Bulka a comparé le virus à « un ennemi que l’on ne peut pas voir » et a souligné qu’il fallait un travail d’équipe pour vaincre un tel ennemi.

« Quand les établissements de soins étaient à court de personnel, qui avons-nous appelé? Nos soldats. Et qui a répondu sans hésiter, malgré les risques qu’ils allaient encourir? Nos soldats. Et qui a été là une fois de plus en temps de crise nationale? Nos soldats. Qui s’est mis en première ligne contre la COVID-19, coude à coude avec les héroïques travailleurs de la santé? Ce sont bien nos soldats. »

Les Forces armées canadiennes ont annoncé en octobre que 222 de leurs membres avaient contracté le virus, bien qu’on ne sache pas combien d’entre eux faisaient partie des quelque 1 600 d’entre eux qui ont été déployés au printemps dernier dans des établissements de soins de longue durée en Ontario et au Québec. Les chiffres d’alors indiquaient que 55 cas étaient liés aux interventions les établissements de soins. 

Le président de la Légion, Tom Irvine, dépose une couronne. [Stephen J. Thorne]

La cérémonie nationale télévisée, en une journée exceptionnellement chaude et humide pour la saison, a suivi son cours habituel, comprenant La dernière sonnerie , L’élégie et Le réveil  joués par le sergent trompettiste Frédéric Paci, puis l’Acte du Souvenir prononcé en anglais par le président de la Légion, Tom Irvine, en français par le Grand président, Larry Murray, et en algonquin par l’ancien combattant autochtone Aurel Dubé.

Il n’y avait pas de chorale, pas de longue file d’anciens combattants ni de diplomates portant des couronnes, pas de défilé, et pas de piles de coquelicots sur le Tombeau du Soldat inconnu.

La Musique centrale des FAC a accompagné Baiza Kene du Chœur d’enfants d’Ottawa quand il a chanté l’hymne national. Une salve de 21 coups de canon a résonné de la Colline du Parlement parmi les bâtiments environnants.

Baiza Kene du Chœur d’enfants d’Ottawa dépose une couronne de la part de la jeunesse du Canada. [Stephen J. Thorne]

Le major-général Guy Chapdelaine, aumônier général des FAC, a prononcé des prières. Un survol par des avions d’époque a été annulé en raison de vents violents et de nuages bas.

Les gagnants de la catégorie sénior du concours littéraire et d’affiches de la Légion déposent habituellement une couronne au nom des jeunes du Canada. Ils n’ont toutefois pas pu se déplacer cette année et Joshua Naveen, membre du Chœur, l’a fait à leur place.

La gouverneure générale salue à côté du premier ministre, Justin Trudeau et de Sophie Grégoire Trudeau. [Stephen J. Thorne]

La Mère de la Croix d’argent du Canada, Debbie Sullivan, faisait partie du cortège vice-royal qui déposait des couronnes. Le groupe était composé de la gouverneure générale, Julie Payette, du premier ministre, Justin Trudeau, de Sophie Grégoire Trudeau, du président de la Chambre des communes, Anthony Rota, du ministre des Anciens Combattants, Lawrence MacAulay, du général Jonathan Vance, chef d’état-major de la Défense, et du président de la Direction nationale, Tom Irvine.

 

Sullivan a perdu son fils, le lieutenant de marine Christopher Saunders, dans l’incendie du NCSM Chicoutimi en 2004. Elle est la première Mère de la Croix d’argent de la marine depuis 27 ans. Isabella Hutchings, de Terre-Neuve, est la seule autre mère de la Marine parmi les 78 mères de la Croix d’argent nommées depuis que l’honneur existe au Canada : 1936. 

Sullivan dit qu’elle garde un portrait de son fils dans son salon et qu’elle lui parle tous les jours « comme s’il était là ».

« Je lui parle de ma journée, nous a-t-elle dit lors de l’entrevue qu’elle nous a accordée. Si je suis contrariée, si je suis triste à cause de son absence, je lui en parle. J’ai l’impression qu’il est près de moi et qu’il m’entend, et je me sens mieux après lui avoir tout raconté. »

Lors des réparations en mer le 5 octobre 2004, une grosse vague a déversé environ 2 000 litres d’eau de mer dans deux des écoutilles ouvertes du Chicoutimi. Près de 10 cen-
timètres d’eau se sont accumulés dans la cabine du capitaine et cinq, dans la salle de contrôle, déclenchant un incendie électrique qui s’est propagé, et une épaisse fumée noire a envahi le sous-marin. Sullivan est mort d’inhalation de fumée peu de temps après. Huit autres membres de l’équipage ont été blessés.

L’ancien matelot-chef James Sookbirsingh était électricien à bord du Chicoutimi. Il représentait la Submariners Association of Canada à la cérémonie.

Debbie Sullivan, Mère de la Croix du Souvenir (Croix d’argent) essuie ses larmes après avoir été témoin des honneurs faits à son fils, le lieutenant Chris Saunders, mort dans l’incendie du sous-marin NCSM Chicoutimi en 2004. [Stephen J. Thorne]

« C’était une période difficile, a déclaré le motard barbu, qui a déposé une couronne aux côtés du vétéran de la guerre de Corée Bill Black. Nous avons survécu, pour la plupart, mais si je suis venu ici, c’est pour celui que nous avons perdu. »

Sookbirsingh avait été en contact avec Sullivan, et les deux se sont parlé en personne pour la première fois le 11 novembre. Le membre d’équipage l’a émue aux larmes quand il lui a montré une photo de sa moto, où a été gravé un hommage au Dolphin 38 — code pour le crédo « Diesel boats forever » (bateaux diesel à jamais, NDT) — et à son compagnon d’équipage, et sur laquelle on peut lire ceci : « I ride in memory of Chris Saunders » (je roule à la mémoire de Chris Saunders, NDT). »

Seuls quelques fidèles s’attardaient alentour.

Sookbirsingh dit de Saunders que c’était un « gars dévoué et formidable » admiré par pratiquement tous leurs 58 camarades à bord du Chicoutimi. « C’était quelqu’un que nous admi-rions tous, dit-il. Quand il entrait dans une pièce, on ne pouvait que sourire.

« Quand on est dans un sous-marin, on est un groupe très uni. Alors on apprend rapidement à se connaitre. Je n’ai jamais entendu quelqu’un dire quelque chose de mal sur lui, ni avant ni après sa mort. »

Sullivan et Sookbirsingh se sont parlé pendant deux heures.

« Il a répondu à des questions que je me posais depuis 16 ans, a déclaré Sullivan, qui a l’intention de profiter de son mandat pour défendre les droits des anciens combattants et tendre la main au plus grand nombre possible de mères de la Croix d’Argent. J’ai finalement fait mon deuil. » 

Le Monument commémoratif de guerre du Canada est jonché de couronnes avant la cérémonie du 11 novembre. [Stephen J. Thorne]


Le Mémorial de guerre orné de couronnes

La foule assistant au service national du jour du Souvenir de cette année au Monument commémoratif de guerre du Canada était minime en raison des restrictions liées à la pandémie, mais les couronnes y étaient présentes en abondance.

La direction nationale de la Légion avait demandé aux gens de rester chez eux, car les restrictions sanitaires locales limitaient la participation à la cérémonie. Les gens étaient encouragés à regarder la cérémonie à la télévision ou sur Facebook. Mais s’ils voulaient une autre façon de participer, ils pouvaient acheter une couronne. 

«  Les couronnes sont un symbole indiquant que les Canadiens pensent encore aux anciens combattants et qu’ils se souviennent de leurs innombrables sacrifices, a déclaré le directeur de la cérémonie nationale, Danny Martin. Les profits seront tous versés au Fonds du coquelicot de la Légion pour venir en aide aux anciens combattants du Canada et à leur famille.  »

Le caporal Dave Zarboni du Corps de cornemuses de l’ARC joue Flowers of the Forest à la cérémonie du jour du Souvenir. [Stephen J. Thorne]

Chaque couronne, portant l’inscription Lest We Forget/Nous nous souviendrons, coute 150 $ plus les taxes en vigueur. Chaque couronne commandée était gardée à la Maison de la Légion jusqu’au jour du Souvenir. Elles ont ensuite été placées autour du monument aux morts avant la cérémonie.

On suggérait à toute personne qui voulait déposer une couronne à un cénotaphe local de communiquer avec une filiale de la Légion.

«  Il y avait 379 couronnes placées d’avance autour du monument commémoratif, a déclaré l’agent des projets spéciaux Freeman Chute. Il y en avait plus de 400 à la fin de la cérémonie. D’autres couronnes y ont été placées par le public après la fin du service.  »

Les couronnes ont été enlevées respectueusement le lendemain.

Le coucher du soleil au Cimetière militaire national, à Ottawa, le 11 novembre 2020. [Stephen J. Thorne]


Cérémonies virtuelles et en direct

En plus du service jour du Souvenir à Ottawa, les filiales de la Légion partout au Canada ont trouvé des moyens créatifs d’honorer les anciens combattants sans se rassembler en grand nombre. Certaines ont filmé leur cérémonie simplifiée à l’avance puis l’ont diffusée le 11 novembre. D’autres ont diffusé la leur en ligne, en direct.  

À la Grand Parade d’Halifax, les invités n’étaient autorisés que dans les cordons. L’évènement a été diffusé en direct par la CBC de Nouvelle-Écosse. Le public était libre de déposer des coquelicots au cénotaphe en après-midi. 

Au cénotaphe de Montréal, Place du Canada, les participants et dignitaires se tenaient à l’écart les uns des autres. Les anciens combattants étaient «  tristes de ne pas pouvoir assister à une cérémonie, a déclaré Kenneth Ouellet,
président de la division du Québec, à la CTV. Mais nous vivons à une époque de changements et nous devons nous adapter ».  

De petites cérémonies semblables ont eu lieu dans d’autres collectivités canadiennes, de Stratford à Sudbury, de Fort Smith à Summerland, certaines filmées à l’avance et d’autres diffusées en ligne en direct. Voici les liens vers quelques-unes d’entre elles :

• Halifax : https://bit.ly/3lIR7ty

• Montreal : https://bit.ly/32PPpih

• Sudbury : https://bit.ly/3f7l3gj

• Summerland : https://bit.ly/32M8ty0

• Fort Smith : https://bit.ly/3ntnWuP

98 Canadiens ont-ils reçu la Croix de Victoria?

[Joel Kimmel]

Tom MacGregor dit que OUI

Il est difficile de savoir exactement à combien de « Canadiens » la Croix de Victoria, plus haute distinction du Commonwealth pour bravoure en présence de l’ennemi, a été décernée. Nous, rédacteurs de la revue Légion, avons l’habitude de dire simplement « près de 100 ». 

D’une part, la Loi sur la citoyenneté canadienne n’est entrée en vigueur que le 1er janvier 1947, près de deux ans après le dernier haut fait pour lequel un Canadien a obtenu une VC. Ainsi, selon cette condition, la majorité de « nos » récipiendaires de la VC n’étaient pas du tout canadiens. Terre-Neuve ne faisait pas partie du Canada avant 1949, mais nous nous sentons toujours fiers des VC obtenues par John Bernard Croak et Ricketts Thomas.

Un bon nombre parmi les gens qui en ont été décorés étaient des immigrants, venus principalement de Grande-Bretagne. Certains d’entre eux sont retournés en Grande-Bretagne servir dans les unités avec lesquelles ils avaient été associés avant de venir au Canada. D’autres étaient des Américains venus s’enrôler dans l’armée canadienne parce que leur pays était encore neutre. Nous savons que d’autres sont venus d’Ukraine ou du Danemark.

Quoi qu’il en soit, je soutiens que leur nombre est de 98 : 15 avant la Première Guerre mondiale, 70 à la Première Guerre mondiale, et 13 à la Seconde Guerre mondiale.

 

Les rédacteurs de la Légion sont arrivés à ce chiffre en consultation avec l’historien Arthur Bishop, fils du titulaire de la VC Billy Bishop, pour une série en 18 parties que nous avons publiée entre 2004 et 2006.

Pour en faire partie, la personne devait remplir au moins une des conditions suivantes :

• avoir servi dans l’armée canadienne au moment de l’acte de vaillance ;

• être né au Canada, dans un de ses territoires ou à Terre-Neuve ;

• avoir établi sa résidence permanente au Canada, dans un de ses territoires ou à Terre-Neuve avant le service pendant lequel l’action a eu lieu ;

• être résident du Canada, d’un de ses territoires ou de Terre-Neuve avant le déclenchement de la guerre au cours de laquelle la prouesse a eu lieu.

Ces critères à l’esprit, Bishop a écrit la série dans la conviction qu’il y avait 96 titulaires canadiens. En réponse au courrier du lectorat, cependant, les rédacteurs ont reconnu qu’il y en avait deux qui avaient été injustement omis et ont ajouté un article à la série.

Nul doute que certains des 98 hommes considéraient qu’ils étaient Britanniques, Irlandais, Américains, Ukrainiens ou Danois.

Raymond de Montmorency, né à Montréal, servit dans l’armée britannique au Soudan. Lors de la bataille d’Omdurman, le 2 septembre 1898, il faisait partie de la force de cavalerie qui prit part à une victoire décisive de l’armée britannique en infériorité numérique face à 52 000 guerriers mahdistes. Bien entendu, les Britanniques étaient armés de mitrailleuses et d’artillerie, tandis que l’ennemi n’avait que des fusils et des lances, prélude de ce que serait la guerre au XXe siècle.

Le Dr John Sinton, né à Victoria, se trouvait dans les ruines d’Orah, en Mésopotamie (Irak d’aujour-d’hui), où il fit preuve d’un grand courage en s’occupant des blessés sous le feu nourri de l’ennemi. Même quand il fut blessé lui-même, il continua de s’occuper des hommes pendant les combats.

Nul doute que certains de ces 98 hommes considéraient qu’ils étaient britanniques, irlandais, américains, ukrainiens ou danois. Nous considérons qu’ils étaient canadiens et nous en sommes fiers. 

[Joel Kimmel]

Brian Pascas dit que NON

Sur les 1 358 Croix de Victoria (VC) décernées à ce jour dans le Commonwealth britannique, 628 ont été attribuées entre 1914 et 1918, pendant la Première Guerre mondiale. Selon les critères utilisés, certaines sources publiées affirment qu’il y eut plus de 70 titulaires canadiens de la VC au cours de la seule Grande Guerre, tandis que d’autres affirment qu’il y en eut 64. Selon ce dernier décompte, il y a moins de 98 bénéficiaires canadiens de la VC au total.

Ils servirent dans des unités militaires britanniques, mais on les considère comme titulaires canadiens de la vc.

Certains utilisent des critères pour les titulaires canadiens de la VC qui comprennent le fait d’être membre d’un service militaire canadien, d’être né au Canada ou d’être résident du Canada. Les deuxième et troisième critères impliquent que quelqu’un n’avait pas nécessairement porté d’uniforme canadien au moment de l’acte lié à la VC.

Cela signifie qu’un soldat servant dans un bataillon britannique ferait partie des titulaires de la VC canadiens s’il avait résidé au Canada avant la guerre.

Par exemple, Michael O’Leary, qui immigra au Canada en 1913 et travailla en Saskatchewan pendant 13 mois, puis retourna au Royaume-Uni pour s’enrôler dans le 1er Bataillon de l’Irish Guards en serait un. O’Leary obtint la VC pour son acte de bravoure le 1er février 1915 au front de l’Ouest. Les affiches de recrutement l’honoraient en tant que héros irlandais. Son acte de bravoure se produisit deux semaines avant que la 1re Division canadienne ne descende dans les tranchées pour la première fois, à Armentières. O’Leary, Edmund de Wind, Thomas Wilkinson et Rowland Bourke servirent dans des unités militaires britanniques, mais on les considère tous les quatre titulaires canadiens de la VC si la résidence au Canada seule est un critère acceptable.

L’inclusion dans la liste des détenteurs canadiens de la VC pour raison de naissance au Canada ne tient pas compte de ceux qui ont émigré au Royaume-Uni, y ont établi leur résidence permanente et ont servi dans une unité militaire britannique. Philip Bent, John Sinton et Robert Cruickshank naquirent au Canada, mais il émigrèrent au Royaume-Uni et servirent dans des unités de l’armée britannique ou indienne.

Si l’on considère ces trois hommes titulaires canadiens de la VC, 29 membres du Corps expéditionnaire canadien qui ont reçu la VC — comme Hugh Cairns, George Pearkes et James Richardson — devraient être identifiés comme détenteurs britanniques de la VC vu qu’ils naquirent au Royaume-Uni.

 

Toutefois, si l’un des critères pour dire qu’un récipiendaire de la VC est Canadien est d’avoir servi dans l’armée canadienne, sans tenir compte de sa citoyenneté, de sa résidence, ni de son détachement à une unité militaire non canadienne (le Royal Flying Corps ou la Royal Air Force, par exemple), alors le nombre de récipiendaires canadiens de la VC à la Première Guerre mondiale est réduit à 64. Cela signifie que les membres du CEC (quel que soit le pays de leur naissance ou de leur domicile) et ceux qui, nés au Canada, ont servi dans l’aviation britannique sont des récipiendaires canadiens de la VC.

En 1919, le lieutenant-général Arthur Currie conserva un registre matricule des Canadiens à qui la VC avait été décernée. Il contenait 62 membres du CEC, dont Billy Bishop (détaché au RFC), William Barker (qui servit dans la RAF) et Alan McLeod (qui servit dans le RFC). Ces critères simples pour la Première Guerre mondiale (essentiellement un insigne de casquette, un insigne de col ou un galon d’épaule canadiens) demeurent valides un siècle plus tard. 


TOM MacGREGOR travaille à la revue Légion depuis 1989, en tant que rédacteur attitré, rédacteur adjoint et, actuellement, rédacteur-réviseur de nouvelles. Avant de se joindre à la revue, il a travaillé pour The Huntsville Forester, The Edmonton Sun et Maclean’s. Il est également l’auteur de pièces de théâtre, de quatre recueils de poésie et de «  Canada and the Victoria Cross  » dans la série Canada’s Ultimate Story.

BRIAN PASCAS est chercheur indépendant et auteur de la série en trois parties Canada’s Great War Victoria Cross Recipients qui a été publiée à www.canadianmilitaryhistory.ca. Il est membre de longue date de la Western Front Association.

 

Les Sea King et le dispositif Beartrap

Les vénérables hélicoptères ont rendu de multiples services à la guerre du Golfe

Un Sea King atterrit sur le NCSM Assiniboine, visant le « Beartrap » sur le pont d’atterrissage. [Musée national de la Force aérienne du Canada]

Quand l’Iraq envahit le Koweït, le 2 aout 1990, l’Organisation des Nations Unies mit sur pied une coalition de 35 pays pour libérer le Koweït et protéger l’Arabie saoudite limitrophe. Pour ce faire, il fallait empêcher les munitions et autres fournitures d’arriver jusqu’aux forces iraqiennes par la mer. 

Trois vaisseaux de la Marine royale du Canada — l’Athabaskan, le Terra Nova et le Protecteur, portant cinq hélicoptères Sikorsky CH-124 Sea King du 423e Escadron de Shearwater, N.-É., faisaient partie de la contribution initiale du Canada à la force maritime d’interdiction.

Les vaisseaux arrivèrent dans le golfe Persique le 1er octobre 1990. L’Athabaskan et le Terra Nova servirent à arrêter les navires apportant du pétrole, de la nourriture et d’autres fournitures aux forces iraqiennes. Le Protecteur servit surtout à réapprovisionner les navires de la coalition, mais il prit également part à la fouille de navires. Plus de 6 103 navires furent arrêtés, 1 644 d’entre eux par des vaisseaux canadiens. Beaucoup furent arraisonnés et fouillés.

Les Sea King avaient été modifiés pour cette mission, et ils étaient munis de récepteurs d’alerte radar, du système de localisation GPS et de nouvelles mitrailleuses pour se défendre des attaques aériennes et détruire les mines flottantes. Ils pouvaient également repérer les petits navires qui tentaient de forcer le blocus pendant la nuit. Et ils étaient utiles pendant les manœuvres d’accostage.

Le Sea King CH-124 405 a servi au golfe Persique en 1990. Il est maintenant au Musée national de la Force aérienne à Trenton, en Ontario. [Wikimedia]

Une invention canadienne rendait les hélicoptères propres au service lors de ce genre d’opérations. Après la Seconde Guerre mondiale, on pensait que les hélicoptères nécessitaient de grandes plateformes d’atterrissage comme les ponts de porte-avion. Le Sea King avait été mis au point au milieu des années 1950 pour la guerre avec les sous-marins et leur surveillance pendant la guerre froide, mais après la mise hors service du dernier porte-avion du Canada, la marine dut trouver moyen de les faire atterrir sur des contretorpilleurs. Ce n’était pas chose facile d’atterrir sur un pont qui tanguait et qui roulait quand la mer était agitée. La MRC créa donc le « Beartrap » (piège à ours, NDT), dispositif servant à retenir l’hélicoptère sur le pont. Lorsqu’il est prêt à atterrir, l’hélicoptère se place au-dessus du Beartrap et fait descendre un filin au bout duquel est fixée une sonde que l’équipage attache à un gros câble de treuil. Ce dernier tire sur l’aéronef jusqu’au pont et les mâchoires du Beartrap l’empêchent de glisser par-dessus bord.

Le piège carré, mesurant moins de deux mètres de côté, se trouve dans une fente au centre du pont d’envol. Après que l’hélicoptère est sécurisé et que les pales du rotor et du pylône de queue sont pliées, le dispositif tire l’hélicoptère dans le hangar en coulissant le long de la fente. Ce dispositif est maintenant utilisé par les marines partout dans le monde.

 

L’Iraq ne tint pas compte des demandes de quitter le Koweït. La guerre aérienne commença à la mi-janvier et la guerre au sol, le 24 février. On ne s’attendait pas à ce que beaucoup de navires marchands pénètrent dans la zone de guerre, alors les vaisseaux canadiens mirent le cap sur le Canada au début du mois de mars.

Le 7 avril, quatre jours avant la signature de l’armistice entre la coalition et l’armée iraqienne, les trois navires, accompagnés par cinq hélicoptères Sea King, entrèrent dans le port d’Halifax sous les acclamations de la foule.

Les Sea King furent ensuite utilisés pour les opérations de recherche et sauvetage, de secours en cas de catastrophe, de maintien de la paix, de pêche et de détection de pollution. Les vénérables hélicoptères furent retirés en 2018, après 55 années de service.

« C’est un bel appareil, dit le capitaine Don Leblanc au Victoria Times-Colonist. Quand je pilotais un Sea King, je n’avais jamais d’appréhension ni d’angoisse, je n’ai jamais craint pour ma vie. Il m’a toujours ramené au bercail. » 

Au centre de l’écusson du 423e Escadron (ci-dessous) se trouve un aigle aux serres déployées. [major Fred Paradie]

Aider les anciens combattants et leur famille à traverser la crise

Même pendant la crise de la COVID-19, la Légion royale canadienne continue d’appuyer les anciens combattants et leur famille. Grâce aux dons faits généreusement à son Fonds du coquelicot, elle est en mesure de verser des subventions individuelles pour la nourriture, le carburant, les vêtements, les médicaments sur ordonnance, l’équipement médical et les abris ou secours d’urgence.

La demande d’aide financière peut se faire à une filiale, à une direction divisionnaire ou à la Direction nationale de la Légion royale canadienne. Il s’agit d’un simple formulaire de deux pages adressé au fonds de bienfaisance de la Légion.

Bien qu’il y ait eu des retards mineurs du courrier, nous avons pu verser des fonds de bienfaisance du Royaume-Uni à d’anciens combattants alliés résidant en Amérique du Nord, et à d’anciens combattants et à des veuves des Antilles.

En plus de distribuer des subventions individuelles, nous avons financé des activités de soutien aux membres des Forces armées canadiennes ou de la GRC, en service ou à la retraite, et à leur famille.

Des fonds du coquelicot ont été remis dernièrement à trois organisations nationales qui offrent des programmes de soutien aux anciens combattants et à leur famille. Les fonds accordés à ces organisations leur permettent d’offrir gratuitement des program-mes de thérapie et de bienêtre. Voici à quoi serviront vos dons :

Dans le cadre d’un engagement financier de trois ans, 100 000 $ serviront à soutenir les program-mes thérapeutiques de 2020 du Project Trauma Support qui s’occupe surtout du trouble de stress post-traumatique (TSPT) et du préjudice moral. 

Une contribution de 100 000 $ servira à financer le programme national de camps d’été d’Appuyons nos troupes, ainsi que le camp d’été pour personnes ayant des besoins particuliers du Services de bien-être et moral des Forces canadiennes. Ces deux programmes répartissent des subventions aux familles de militaire pour que leurs enfants puissent aller à un camp d’été accrédité de leur choix pendant une semaine. Les enfants aux prises avec le stress et l’anxiété de la vie militaire y évoluent dans un environnement sans souci où ils apprennent, grandissent, créent et jouent.

Une contribution de 25 000 $ soutiendra les classes de pêche à la mouche et les excursions de Heroes Mending on the Fly Canada en soutien du bienêtre mental des anciens combattants malades ou blessés et de leur conjoint ou conjointe.


 Si vous souhaitez d’autres renseignements sur ces aides de la Légion, composez le 613-591-3335 ou, sans frais, le 1-877-534-4666 pour parler à un agent d’entraide de la Légion, écrivez à veteransservices @ legion.ca ou consultez le site Web www.legion.ca/support-for-veterans/financial-assistance. 

Les boites « Donnez. Commémorez. » : la nouvelle ère de la distribution des coquelicots

Il suffit de placer une carte de débit ou de crédit sur le coquelicot rouge vif de la boite pour faire instantanément un don de 2 $ au Fonds du coquelicot.

Cette année, la Légion royale canadienne et la Banque HSBC Canada se sont alliées pour distribuer des coquelicots dans des boites de collecte de fonds équipées de lecteurs de cartes de paiement sans contact.

Pour faciliter les dons à une époque où peu de Canadiens ont encore de la monnaie sur eux, la Banque HSBC Canada a travaillé avec des spécialistes des technologies pour adapter le programme aux dernières techniques numériques. Les boites « Donnez. Commémorez. » peuvent lire les cartes de paiement sans contact et les applis de paiement pour cellulaire comme Apple Pay. Après avoir placé sa carte de paiement ou son téléphone cellulaire contre le coquelicot brillant sur le devant de la boite, le donateur ou la donatrice y prend son coquelicot.

« Nous plaçons 250 boites dans le cadre d’un projet pilote », a déclaré Freeman Chute, agent des projets spéciaux, au siège national de la Légion en novembre.

La forme des boites de distribution du coquelicot du Souvenir de la Banque HSBC Canada rappelle les pierres tombales militaires du Commonwealth. Les boites portent les mots inscrits sur le cénotaphe d’Halifax : « En l’honneur de ceux qui ont servi, en mémoire de ceux qui sont tombés ».

« Nous sommes ravis de présenter aux Canadiens cette nouvelle façon de faciliter le don pendant la campagne nationale du coquelicot, a déclaré le président national, Tom Irvine. Nous sommes heureux de nous associer à la Banque HSBC Canada pour cette innovation, et nous espérons qu’elle se répandra dans les années à venir. »

Les boites « Donnez. Commémorez. » ont été réparties dans des succursales de la Banque HSBC Canada partout au pays, ainsi que dans certaines succursales de la Légion royale canadienne en Ontario. Les filiales en ont également placé à d’autres endroits, comme Costco, Canadian Tire et Shoppers Drug Mart.

« Les boites que les succursales placent dans les magasins envoient l’argent directement au compte de coquelicot de la filia-le, a déclaré M. Chute.

Elles ont aussi l’intérêt de ne garder aucun renseignement dans l’appareil même », a-t-il ajouté.

« Avec un peu d’ingéniosité et d’application, nous avons pu réunir notre équipe et des partenaires pour concevoir quelque chose qui, à notre avis, contribuera au succès de la campagne du coquelicot de la Légion royale canadienne pendant plusieurs années », a déclaré Larry Tomei, vice-président à la direction et responsable en chef de gestion de patrimoine et services bancaires aux particuliers à la Banque HSBC Canada. « C’est vraiment un grand honneur. »

Un nouveau partenaire offre une assurance automobile et habitation

Les membres de la Légion royale canadienne peuvent bénéficier en exclusivité d’une réduction sur l’assurance habitation et automobile du plus récent partenaire de la Légion dans le Programme de bénéfices pour membres (PBM), belairdirect.

Ces rabais s’ajoutent aux réductions, économies et avantages qui sont déjà offerts aux clients de belairdirect. En outre, les membres reçoivent une meilleure couverture en matière d’assurance habitation, sans frais supplémentaires.

En plus d’économiser de l’argent, les membres qui souscrivent une assurance de belairdirect appuient la Légion royale canadienne, qui à son tour soutient les services et programmes offerts aux anciens combattants.

Cette offre est actuellement offerte aux membres résidant en Colombie-Britannique, en Alberta, en Ontario ou au Québec, qui peuvent composer le 1-833-294-2911 pour se renseigner ou entamer les démarches nécessaires. Quant aux membres résidant dans une autre région, une offre spéciale leur sera bientôt présentée.

Le PBM offre des rabais sur les forfaits d’assurance voyage spécialisés, les logements de retraite, les téléphones cellulaires, la lunetterie, les funérailles et bien plus encore. Les autres partenaires du PBM sont Arbor Memorial, Canadian Safe Step Walk-in Tubs, Carlson Wagonlit Voyages, CHIP Hypothèque Inversée, HearingLife, IRIS — le Groupe Visuel, Medipac Assurance-voyage, Revera Inc., SimplyConnect et la Banque MBNA Canada.

La liste des partenaires du PBM ne cesse de s’allon-ger. Une raison de plus d’adhérer à la Légion!

Instantanés – Bénévolat dans la communauté (jan/fév 2021)

Le Camarade Roméo St-Louis, parachutiste dans l’armée américaine, est salué par ses camarades de la filiale Coaticook qui, malgré la COVID-19, l’ont visité à sa résidence de Compton, québec, à l’occasion du 75e anniversaire de la Deuxième Guerre mondiale.

Le 8 mai 2020, le camarade Marcel Aubin a reçu les honneurs de la filiale 209 dans le cadre du 75e anniversaire de la fin de la 2e guerre mondiale.

L’inauguration du nouvel emplacement du canon de Saguenay, secteur Arvida, a eu lieu le 9 septembre 2020. De g. à d. : le conseiller du district 5 Carl Dufour, la mairesse de Saguenay, Josée Néron, le président de la filiale Arvida, Steeve Brown, et le col. Norman Gagné, CD, commandant de la 3e Escadre et de la BFC Bagotville.

Le président, Pierre Gosselin, et 22 membres de la filiale Québec ont honoré les anciens combattants et le personnel sanitaire le 13 mai 2020. La COVID-19 a été cause de 15 décès parmi les résidents du CHSLD.

La filiale Colonel John S. Bourque de Sherbrooke a remis, le 27 aout dernier, un chèque de 10 000 $ au Théâtre des Petites Lanternes dans le cadre du projet Monarques. L’officier d’entraide Jean Noël et le président, Guy Marchessault (à d.) ont remis le chèque à la directrice artistique, Angèle Séguin.

Des membres de la filiale Coaticook du Québec sont allés voir leur camarade Rolland Lamontagne chez lui, malgré le confinement lié au coronavirus, à l’occasion du 75e anniversaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale. M. Lamontagne, qui se tient fièrement au garde-à-vous pendant l’hymne national, était en poste à Terre-Neuve lors de ladite guerre.

 

Une guerre de plus

L’agression commise par la Corée du Nord en 1950 précipita des alliés de la guerre mondiale, le Canada y compris, dans une autre mêlée.

Le NCSM Sioux se fraye un chemin dans la glace en février 1952. [MDN/BAC/PA-138217]

Deux jours après l’invasion surprise de la Corée du Sud par les troupes nord-coréennes le 25 juin 1950, l’ONU appela ses membres à mettre un terme à l’agression et à rétablir la paix. La première réponse militaire du Canada fut d’envoyer la marine.

Le pays n’étant pas alors sur le pied de guerre, ni l’armée ni l’aviation ne pouvaient être déployées rapidement à 11 000 kilomètres de là. En revanche, des contretorpilleurs de la Marine royale canadienne se préparaient à participer à des manœuvres de l’OTAN, et trois d’entre eux étaient ancrés à Esquimalt, en Colombie-Britannique. 

Les NCSM Cayuga, Athabaskan et Sioux prirent la mer le 5 juillet. Ce furent là les premiers des huit contretorpilleurs canadiens et 3 621 membres du personnel naval qui servirent lors de la guerre de Corée.

« Ils avaient recruté 90 matelots de 3e classe de notre formation […] pour les trois contretorpilleurs », raconte Ken Kelbough dans l’une des nombreuses entrevues du Projet Mémoire citées dans le présent article. « Je me suis retrouvé […] à bord du Sioux, et ça m’allait très bien parce qu’il y avait des couchettes au lieu de hamacs. »

Les servants de canon antiaérien d’un contretorpilleur canadien font le guet. Le capitaine JV Brock parle avec des responsables coréens après l’invasion amphibie de la ville portuaire d’Inchon en septembre 1950. [Donald M. Stitt/MDN/BAC/PA-126625]

Quatre autres contretorpilleurs de classe Tribal — les navires canadiens Nootka, Huron, Iroquois et Haida — et le contretorpilleur de classe Crescent NCSM Crusader servirent là-bas et y restèrent après l’armistice de 1953.

Lorsque le 31 juillet les trois premiers navires sous le commandement du capitaine Jeffry Brock rejoignirent la force navale de l’ONU à Sasebo, au Japon, les envahisseurs nord-coréens s’étaient emparés de Séoul, capitale de la Corée du Sud, et ils n’étaient pas loin d’avoir jeté son armée à la mer.

 

L’ONU établit un périmètre défensif de 230 kilomètres autour du port de Pusan (aujourd’hui Busan) et les combats firent rage pour maintenir, puis agrandir cette tête de pont. Les navires canadiens furent immédiatement mis à contribution. 

« Nous n’étions même pas là depuis une journée qu’il fallait déjà parer à une urgence », se souvient Reginald Vose de l’Athabaskan. Il fallait des soldats tout de suite. L’Athabaskan et le Cayuga furent chargés de protéger des porte-avions et des convois tandis que le Sioux se vit confier des tâches de sauvetage, dont la récupération des équipages en mer après une chute ou un abandon d’avion.

Les navires canadiens furent réaffectés peu après à des missions de blocus et de patrouille, à roder le long des côtes et autour des iles, à fouiller jonques et sampans susceptibles d’être armés ou d’acheminer clandestinement du ravitaillement vers la Corée du Nord. À la mi-aout, les forces terrestres de l’ONU se battaient à l’intérieur des terres, loin de Busan et de l’aide des canons navals. Les forces ennemies avaient saisi la ville portuaire de Yeosu sur la côte sud, et il fut décidé que la marine les priverait de son usage.

Un navire canadien engagea le combat pour la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale. Le Cayuga se joignit au NSM Mounts Bay le 15 aout pour bombarder les entrepôts et les installations portuaires : « Le Cayuga plaça lui-même 94 projectiles de 4 pouces de haut », écrivirent Thor Thorgrimsson et E.C. Russell dans Canadian Naval Operations in Korean Waters 1950-1955 (CNOps) (Opérations navales canadiennes dans les eaux coréennes, 1950 à 1955, NDT).

Les trois navires canadiens servirent à protéger le flanc de la force des Nations Unies lors de l’attaque-surprise en septembre d’Inchon, sur la côte ouest. Les soldats de l’ONU s’emparèrent du port, s’avancèrent dans les terres et libérèrent Séoul le 26 septembre, puis ils forcèrent les forces nord-coréennes à reculer jusqu’au 38e parallèle. Ce faisant, ils firent 125 000 prisonniers. 

Il semblait alors que la fin du conflit était proche. Puis, sans tenir compte des avertissements de la Chine, les forces de l’ONU pénétrèrent en Corée du Nord et capturèrent Pyongyang, la capitale, avant d’avancer jusqu’au fleuve Yalu qui marque la frontière avec la Chine.

Comme elle avait menacé de le faire, la Chine envoya des troupes aux côtés des Nord-Coréens. Leurs forces combinées étaient alors assez puissantes pour repousser les forces de l’ONU de l’autre côté du 38e parallèle et reprendre Pyongyang.

 

Le 4 décembre, le capitaine Brock, alors à la tête de six contretorpilleurs maintenant le blocus le long de la côte ouest, fut chargé de couvrir l’évacuation de Nampo, le port sur le fleuve Taedong par où passait le ravitaillement des forces de combat de l’ONU à Pyongyang.

« Entre les navires de guerre et la ville, il y avait 40 milles (64 kilomètres) de navigation tortueuse dans un chenal peu profond bordé de champs de mines et de berges boueuses mouvantes et parsemé de hauts-fonds perfides […] déjà difficiles en plein jour ». Les chances n’étaient franchement pas en leur faveur « les nuits sans lune quand les vents et les fortes marées augmentaient les risques », explique un article de janvier 1951 du Crowsnest.

Les observateurs sur le pont scrutaient la surface à la recherche de mines et autres dangers.

À la tombée de la nuit, sous une pluie d’hiver et à marée basse, les six contretorpilleurs se glissèrent prudemment vers l’amont du fleuve. « Il faisait noir comme dans le cul d’un ours », lit-on dans le journal du capitaine Brock. Parfois, il n’y avait que 20 pouces (50 centimètres) d’eau sous les quilles, a rapporté Ted Barris dans un article que nous avons publié en 2003.

« Ce chenal ne fait que 600 verges (548 mètres) de large, et deux navires s’étaient échoués, se souvient M. Vose. Nous y sommes allés en utilisant l’échosondeur et le radar, et en faisant beaucoup de traçage. » Énormément de traçage, même.

Une lourde responsabilité pesait sur le lieutenant Andy Collier du Cayuga qui dirigeait l’armada. Il fit 132 « correctifs » (c’est-à-dire des rapports pour réorienter le navire) en quatre heures, tandis que les observateurs sur le pont scrutaient la surface à la recherche de mines et autres dangers, données cruciales pour que le capitaine guide les quatre contretorpilleurs restants sans danger. Le lieutenant Collier reçut la Croix du service distingué.

« La précision de sa navigation a indubitablement joué un rôle important dans le succès de l’ensemble de l’opération », lit-on sur la citation.

Le NCSM Nootka fait le plein de munitions grâce à un ravitailleur de la marine des États-Unis. [BAC/E011066934]

Plus de 8 500 militaires et civils s’enfuirent du port, les derniers au moment où les tireurs d’élite ennemis se mirent à chercher leurs cibles en ville. Alors que l’Athabaskan était envoyé en aval couvrir la retraite, les trois autres navires lancèrent environ 800 obus pour ralentir l’ennemi s’approchant du port.

Les bâtiments canadiens furent pris sous le feu de l’ennemi pour la première fois en janvier 1951. Les Chinois repoussèrent les forces de l’ONU et de la Corée du Sud. Ils reprirent Séoul le 4, puis Inchon, le port qui l’approvisionnait. Les contretorpilleurs canadiens participèrent au bombardement ultérieur d’Inchon par l’ONU et, le 25 janvier, le Cayuga et le Nootka, récemment arrivé, furent pris pour cible par les batteries côtières.

Alors que la guerre faisait rage sur la terre ferme, les contretorpilleurs canadiens se relayaient régulièrement en Corée, affectés soit au commandement de la côte est, soit à celui de la côte ouest. Il n’y eut pas de féroce combat naval, car la Corée du Nord n’avait pas de gros navire et sa marine de canonnières avait été détruite en juillet 1950. Mais, cela ne se traduisit pas par le silence des canons des navires canadiens.

Quand la guerre prit fin, les navires canadiens avaient « tiré plus de 130 000 obus sur toutes sortes de cibles », écrivit Fred Fowlow de l’Athabaskan dans un article publié dans Starshell en 2011.

« Je savais que nos tubes étaient vraiment usés parce que [les obus] faisaient un bruit, comme un frémissement, quand ils étaient envoyés, se souvient Philip George Bissell, officier d’artillerie du Sioux. Et quand nous sommes rentrés au Canada, nos beaux barils [autrefois] neufs de 4,7 pouces faisaient alors 4,9 pouces et ne tiraient pas toujours dans le bon sens. » 

Les navires canadiens appuyaient les opérations terrestres au besoin, surveillaient les porte-avions, assuraient le sauvetage en mer, réduisaient les déplacements de l’ennemi en mer, escortaient les vaisseaux de transport de troupes et de matériel, bombardaient les installations côtières et les chemins de fer, donnaient un coup de main pendant les évacuations et fournissaient des secours humanitaires. Pendant tout ce temps, ils étaient en état d’alerte à cause des mines qui coulèrent ou endommagèrent 11 navires de l’ONU, bien qu’heureusement aucun navire canadien ne fut touché.

Dans ce contexte, il y avait les corvées quotidiennes qu’étaient les patrouilles en mer Jaune sur la côte ouest, en la mer du Japon sur la côte est et dans le détroit de Corée qui sépare la Corée du Sud du Japon. Et les patrouilles étaient accompagnées de dangers provenant de la terre, de la mer et des intempéries.

 

« Nos patrouilles duraient entre trois et six semaines d’affilée, explique Kenneth Snider de l’Iroquois. Nos armes étaient prêtes en tout temps. La nuit, lorsque nous jetions l’ancre, des gardes armés faisaient les cent pas sur le pont supérieur, et un canon Bofors de 40 mm était armé. Nous devions rester assis près de cette arme […] pendant notre quart de quatre heures et nous tenir prêts en cas de problème. »

Ces « problèmes » étaient notamment les actions secrètes de l’ennemi. Des navires chinois ou nord-coréens descendaient les côtes pour déposer des agents ou des espions. Ou pour poser des mines.

« Vu qu’ils venaient à côté de nous et se faisaient exploser, note Earl Page du Huron, nous devions être très prudents. » Ou bien, ils lançaient une grenade.

À la mi-mai 1951, un contretorpilleur en patrouille tomba sur une flotte de pêche chinoise dans des eaux interdites au large de la côte ouest. Il n’y avait pas que des pêcheurs à bord.

Nous avons attrapé un train entre deux tunnels et détruit tous les wagons. 

L’opérateur radar Don Jatiouk du Nootka repéra un mouilleur de mines. Le capitaine contourna le champ de mines et captura l’équipage ennemi. Le lendemain, un dragueur de mines de l’ONU neutralisa le champ. Il y eut « une énorme explosion […] d’au moins 250 pieds [60 mètres] de diamètre qui est montée tout droit dans les airs à au moins 150 pieds [45 mètres], écrivit M. Jatiouk. Je suis certain que si nous avions percuté la mine, le navire aurait été perdu […] et il y aurait probablement eu un grand nombre de victimes ».

Les vents violents, les vagues et les intempéries en firent, des victimes. Le premier fut Vince Liska du Cayuga, 29 ans, le 4 décembre 1950. En novembre 1950, R.E. Elvidge de l’Athabaskan passa 15 minutes dans l’eau lors du typhon Clara avant d’être secouru. Un an après, son camarade de bord Robin Skavberg, 20 ans, disparut du navire au large de la côte ouest, et il ne put être retrouvé à cause des flots déchainés et des puissants courants.

 

Sur la côte est, les patrouilles ciblaient fréquemment les chemins de fer. Les forces nord-coréennes étaient approvisionnées en partie par un chemin de fer forcé de longer la côte à cause des montagnes escarpées de Taeback. Il était parfois à portée des canons navals. Il y avait un secteur où la voie ferrée traversait une série de cinq tunnels. On appelait chaque segment avec une partie de voie et un tunnel « package » (paquet, NDT). « Nous avons attrapé un train entre deux tunnels et détruit tous les wagons », déclare Norman Heide du Sioux.

« La nuit, dans l’obscurité, ils éteignaient tout à bord du navire et se glissaient près de la côte […] à l’écoute des trains et des sifflets. » S’ils les entendaient, ils lançaient un obus éclairant qui illuminait le ciel afin que les artilleurs puissent viser et « le frapper avant qu’il ne rentre dans un tunnel », explique Daniel Kendrick du Huron.

Le Trainbusters Club (club des pourfendeurs de trains, NDT), concours d’artillerie servant à remonter le moral, fut formé en juillet 1952. De nombreux navires de l’ONU pouvaient revendiquer des coups sur un wagon ou une voie ferrée, mais l’adhésion au club n’était accordée qu’aux navires qui détruisaient la locomotive. C’était un club plutôt exclusif, car les cibles que visaient les canons étaient rapides, au maximum de leur portée, il faisait parfois mauvais temps ou la côte était obscurcie par la fumée, et on agissait souvent sous le feu ennemi ou sur des mers agitées.

« C’était vraiment une prouesse, car le navire monte et descend, on doit pointer les canons […] exactement où se trouve le train, ou un peu en dessous, pour détruire la voie et le faire dérailler. Et c’est devenu tout un exploit », souligne Jim Wilson, artilleur du Haida.

« Les navires canadiens se prêtèrent au jeu avec le plus grand enthousiasme, et avant la fin des hostilités, proportionnellement, ils en avaient détruit bien plus que les navires de n’importe quel autre pays », est-il écrit dans CNOps.

Sur les 28 destructions enregistrées par le club, huit furent attribuées aux navires canadiens. Le Haida et l’Athabaskan furent tous deux des « navires à deux trains » élites dans le concours; le record appartenait aux artilleurs du Crusader : quatre trains frappés, dont trois détruits, en 24 heures. « Nous avions certains des meilleurs artilleurs de la marine canadienne », note Irving Larson du Crusader.

Une barque repérait les trains, puis avertissait le navire par radio et « nos canons étaient déjà chargés, prêts à tirer, lorsqu’ils entraient dans un “paquet”, dit M. Kelbough. Les canons se stabilisaient et puis boum, boum, ils les faisaient sauter ». Ensuite, « nous devions partir de là parce qu’ils amorçaient des batteries côtières, et un navire est une cible facile.»

L’Iroquois s’en rendit compte le 2 octobre 1952, quand il fut frappé de flanc par les batteries côtières : trois morts et 10 blessés. L’Iroquois est le seul navire canadien à bord duquel il y eut des décès causés par l’ennemi.

M. Bissell du Sioux se souvient d’une attaque sur les dépôts de rails dans le port de Wonsan en 1951, la première fois que le navire disposait d’un avion-guetteur. 

« J’ai dit : “c’est notre seule chance d’épater la galerie”. » Le premier obus « a frappé en plein milieu de cette usine […] où leurs trains étaient tous constitués. » Le guetteur, fort impressionné, a confirmé que le coup avait touché la cible, et il a été suivi rapidement par dix autres, anéantissant le bâtiment et les trains voisins, avec ensuite des bombardements « qui leur ont causé de gros dégâts parce que tout leur armement militaire passait par là. »

Sur la côte ouest, les patrouilles surveillaient constamment les innombrables iles qui avaient une valeur stratégique pour les deux camps.

La Corée du Nord voulait augmenter le nombre d’iles dont elle avait le contrôle, à partir desquelles elle pourrait lancer des attaques et des opérations d’espionnage. L’ONU voulait protéger les iles occupées par la Corée du Sud, dont certaines servaient de base, de centre de renseignement ou de poste radar, d’autres abritaient des réfugiés, et quelques-unes étaient détenues par des guérilleros amis qui attaquaient continuellement le continent et apportaient des renseignements précieux.

La défense des iles « est devenue la plus importante et certainement la plus dangereuse et la plus excitante des nombreuses tâches des contretorpilleurs canadiens de la côte ouest après le début des pourparlers de trêve », selon CNOps. L’action s’intensifiait chaque fois que les pourparlers de trêve s’interrompaient.

Ce n’était pas une tâche facile que de longer les étroits chenaux jonchés de rochers et de hauts-fonds, de surcroit en proie à de forts courants.

« Partout où il y avait une voie à proximité de la côte utilisée par les navires de l’ONU, l’ennemi utilisait des batteries de canons de campagne », est-il écrit dans CNOps. Si un navire s’échouait pendant la nuit, « il risquait de se retrouver le matin sous les bouches d’une puissante batterie. »

« Nous étions toujours très près du 38e parallèle […] sous les canons [ennemis] », se souvient Ron Kirk, signaleur de l’Iroquois. « Notre travail consistait à garantir la sécurité des iles. »

Ils s’en acquittaient en « naviguant autour d’elles lentement pour s’assurer que [l’ennemi ne] venait pas […] sur l’étroit chenal », explique M. Orrick. Une grosse partie du travail se déroulait la nuit.

« Notre travail pendant la journée était de protéger [un porte-avions] avec nos armes. Il y avait toujours la menace des sous-marins », dit M. Bissell du Sioux. Mais après la tombée de la nuit, « la plupart du temps, nous essayions d’empêcher les Nord-Coréens et les Chinois de sauter d’une ile à l’autre ». À l’aube, le navire retournait escorter le porte-avions.

Les conditions si défavorables pour les navires de l’ONU étaient une couverture parfaite pour les petits navires ennemis. Les patrouilles de l’ONU interceptèrent de nombreuses jonques.

« Certaines étaient armées, d’autres non. On les abordait pour les inspecter et pour poser des questions », dit Eldon Davidge du Crusader.

Les navires canadiens étaient parfois appelés à servir dans le labyrinthe d’iles de la baie de Haeju, au nord du 38e parallèle, à portée des canons ennemis. Le Cayuga « était responsable de l’organisation initiale de l’unité de défense navale de Haeju, » selon CNOps, ce qui comprenait « la défense des iles amies, l’aide aux guérillas pour déloger les envahisseurs des iles récemment capturées et la gestion d’un grand nombre de réfugiés. »

Les navires canadiens bombardaient les ports, les casemates et les postes d’observation, prenaient part à des raids et recueillaient des renseignements. Le Cayuga déposa deux membres d’équipage pour observer les navires ennemis, mais leur principale préoccupation était de ne pas devenir prisonniers de guerre.

« Nous avions une peur bleue, avoue le signaleur Scotty Wells. Nous montions aussi haut que possible. Nous ne marchions pas autour de l’ile, et nous nous cachions autant que possible. C’est probablement le jour le plus stressant que nous ayons eu. »

Des marins du NCSM Sioux brisent la glace du pont. [MDN]

La navigation était difficile dans les hauts-fonds, sur les rivages des iles et près de la côte du continent quand la météo n’était pas de la partie. Le Huron patrouillait dans le brouillard la nuit du 13 au 14 juillet 1953, « traçant un huit sans fin » près de l’ile de Yang-do qui était utilisée par les Américains et les Sud-Coréens pour la recherche du renseignement. Il y eut un soubresaut.

« La poupe du navire reposait sur de gros rochers. Le Huron s’était échoué! » se souvient George Schober. Le navire fut dégagé des rochers et remorqué, poupe en avant, pour se faire remettre à neuf.

La glace était un problème en hiver. « La glace n’était pas comme celle de l’Arctique », explique Robert Orrick de l’Athabaskan. Elle était assez mince pour être cassée en petits morceaux par le navire, et elle risquait de se coincer dans une prise d’aspiration en dessous de la ligne de flottaison. « Si la glace bouchait une prise, ça allait mal : on n’aurait pas été en mesure de se déplacer […] et si on était coincé dans la glace, on était […] une cible facile » pour les canons ennemis.

Les patrouilles croisaient souvent des réfugiés démunis et affamés.

« Les hommes […] faisaient ce qu’ils pouvaient pour soulager les souffrances de ces malheureux », est-il écrit dans CNOps. Le capitaine de frégate Robert Welland de l’Athabaskan rapporta que « par temps froid, chaque fois qu’une jonque nous abordait, les passagers, dans un état lamentable, étaient inondés de cigarettes et de broutilles jetées du pont supérieur. »

« Quand nous savions que nous pouvions faire quelque chose, en général, nous faisions une collecte, dit M. Kirk de l’Iroquois. Une fois, j’ai écrit à ma mère pour lui demander de m’envoyer des vêtements pour bébés. »

« Ils n’avaient pas beaucoup à manger, souligne Donald Raven du Crusader. Ils passaient la journée sur les rochers à ramasser la chair de pouce-pied pour se nourrir. » Ses camarades de bord et lui se remplissaient les poches de petites boites de céréales pour les donner aux enfants. Ils organisèrent une fête pour quelques orphelins à bord du navire, puis ils recueillirent des fonds afin d’acheter du tissu et de leur fabriquer des vêtements.

« Une fois ou deux, nous […] sommes tombés sur des civils en assez piteux état, alors Jeffry Brock, notre capitaine, a lancé un mouvement pour apporter de la nourriture aux diverses iles », se souvient Jim Dockstader du Cayuga.

« Je n’ai jamais vu une telle pauvreté, ajoute Karl Ryckman du Huron. Parfois, ils n’avaient pas de vêtement. » Le navire faisait des dons de « denrées alimentaires ou de vêtements […] beaucoup d’affaires usagées des gars à bord. »

Le travail humanitaire a continué après l’armistice du 27 juillet 1953, alors que des centaines de milliers de réfugiés déplacés par la guerre fuyaient la Corée du Nord pour chercher un nouvel endroit où vivre et que beaucoup perdaient la vie lors de leur tentative.

Les contretorpilleurs canadiens maintinrent l’ordre pendant le cessez-le-feu et prirent part à l’évacuation des iles qui devaient être rendues à la Corée du Nord. L’inquiétude régnait partout. Le Haida était en service d’observation dans l’estuaire de la rivière Han, près de Séoul, où il s’assurait qu’il n’y avait pas d’accumulation d’armes ni d’action agressive.

« Sous les canons communistes […], on se prend vraiment à espérer qu’ils savent qu’un cessez-le-feu est en vigueur », avoue Andy Barber du Haida.

« Il n’y avait rien d’inhabituel à ce qu’on doive aller près des postes de combat. Ils ont tiré près de nous une fois ou deux […] juste pour nous dire qu’ils estimaient qu’on était en train d’empiéter sur leur territoire […] nous devions lever l’ancre et décamper à toute vitesse. »

Un officier du matériel d’artillerie du NCSM Nootka distribue des bonbons à des enfants coréens. [Archives de la revue Légion]

En septembre 1955, le NCSM Sioux rentra au pays. C’était le dernier contretorpilleur canadien qui avait servi dans le théâtre coréen.

Sur les 30 000 Canadiens qui servirent dans les forces terrestres, navales ou aériennes au cours de la guerre de Corée, il y eut 516 morts et 1 557 blessés, sans compter les problèmes de santé mentale. La Marine royale du Canada perdit neuf membres : quatre morts au combat, trois perdus en mer et deux victimes d’un accident d’avion en mer.

Rentrer dans la marine, dit M. Kirk, « est probablement la meilleure décision que j’ai jamais prise. Je n’ai compris pourquoi que 57 ans plus tard, lorsque je suis retourné en Corée. » Il fut alors frappé par le contraste entre la société moderne prospère et ses souvenirs des gens démunis pendant la guerre.

« C’était incroyable. C’est un pays dynamique. L’infrastructure, ouah! Je n’arrivais pas à y croire. Toute leur vie, en particulier aux Canadiens, est un grand “Merci”. » 


La vie à bord des navires

Pendant l’évacuation  d’Inchon, en Corée, les Américains offrirent aux navires canadiens de la nourriture récupérée dans le port.

« Il y avait du saumon en boite des conserveries Todd’s Canneries à Victoria, des boites de pêches et de poires : tout cela descendait au mess du chauffeur. Nous avions de bons produits, dit David Campbell du Sioux. Mais quand ils montèrent des boites de viande congelée portant la mention “mouton” à bâbord, elles furent jetées à tribord tout aussi vite. »

« Il fallut un certain temps pour s’habituer à dormir dans les hamacs suspendus au plafond que chaque vague faisait se balancer toute la nuit, se rappelle Jack Thomson du Haida. Dix à 12 hommes
dormaient dans un espace restreint, et leurs hamacs se heurtaient parfois. »

Les hamacs étaient attachés ou détachés et rangés afin que l’équipage puisse utiliser les tables en dessous pour les repas, qui consistaient souvent d’œufs et de lait en poudre, car « il était impossible de faire des œufs au plat sur un navire qui tangue. Mais nous avions des moments de plaisir, aussi. »

À l’époque, explique Eldon Davidge du Crusader, « la question du rhum se posait tous les jours ».  Et il y avait les permissions à terre dans certains ports assez exotiques. « Je trouvais ironique que jusqu’à mes 19 ans, j’avais un couvre-feu de minuit », note Jack Thomson du Haida.

La vie quotidienne à bord faisait pâle figure à côté. « Quand on n’est pas de quart, dit Kenneth Snider de l’Iroquois, on est quand même marin. On écaille la peinture, on lave les ponts, et on repeint tout ce qui ne bouge pas. »

Ces soldats du Royal 22 Régiment sont à l’étroit à bord d’un transport de troupes faisant cap sur la Corée en mars 1952. [Paul E. Tomelin/MDN/BAC/PA-128858]