Les premiers CÉMD francophones

Le brigadier-général Jean-Victor Allard (2e à p. de la d.), commandant de la 25e Brigade d’infanterie canadienne, visite le 81e régiment d’artillerie de campagne en Corée, en mai 1953. [Donovan Rednap/The Memory Project]

Le général Jean-Victor Allard fut l’un des soldats canadiens les plus influents, et pas seulement au champ de bataille. Toutefois, il n’a pas été sans susciter une certaine controverse au cours de ses 39 ans de carrière.

Né en 1913 à Sainte-Monique-de-Nicolet, au Québec, le général Allard intégra le Régiment de Trois-Rivières de la Milice active non permanente du Canada (celle des militaires à temps partiel volontaires) en 1930. Il fut nommé lieutenant en 1933 après avoir réussi le cours d’état-major de la Milice, donné en anglais. Quand son régiment, l’unité blindée, fut mobilisé au déclenchement de la guerre de 1939, il rentra dans la Force active du Canada, c’est-à-dire dans l’armée régulière. 

Il savait que si l’armée ne fournissait pas de formation technique (nécessaire pour un régiment de chars d’assaut) en langue française, le recrutement au Québec serait naturellement difficile. 

« Notre unité qui aurait dû parler français est peu à peu devenue quasiment anglophone », écrit-il par la suite. C’est quelque chose qu’il garda à l’esprit.

En aout 1943, il fut nommé commandant en second du Royal 22e Régiment qui combattait alors en Italie. Il passa enfin à l’action, et il s’y distingua. En janvier 1944, il prit le commandement du régiment pendant un an, après quoi il fut promu commandant de la 6e Brigade d’infanterie qui livrait bataille dans le nord-ouest de l’Europe. 

Il fut l’un des seuls trois Canadiens français à obtenir le grade de brigadier en commandant sur le terrain pendant la guerre. L’Ordre du service distingué lui fut décerné trois fois, une rareté, pour son service extraordinaire et ses qualités exemplaires de meneur d’hommes.

 

Le général Allard resta dans l’armée et, en avril 1953, il prit le commandement de la 25e Brigade d’infanterie canadienne qui combattait alors en Corée. De 1961 à 1963, il commanda la 4e Division britannique qui était stationnée en Allemagne : c’était une première pour un Canadien, sa carrière prenait son essor.

En 1965, le général Allard fut nommé chef du Commandement de la Force mobile (l’armée). L’année suivante, il décrocha le poste de chef d’état-major de la Défense : il devint alors le premier Canadien français à assumer la fonction de commandant supérieur des Forces canadiennes. 

Le général Allard trancha sur la délicate question de l’amalgamation des trois services en une structure militaire unifiée, et son poste lui permit aussi de faire augmenter l’usage du français dans les forces armées, ce qui conduisit à un meilleur recrutement et maintien en poste de francophones. En 1966, seuls 10 % des militaires étaient francophones, bien qu’ils constituaient 25 % de la population. Ce pourcentage était encore plus faible parmi les cadres supérieurs.

Le général Allard créa des unités de langue française dans toutes les branches des forces armées où les francophones pouvaient aspirer à servir et à progresser, notamment dans le 5e Groupement de combat basé à Valcartier, au Québec.

Le chef d’état-major de la Défense, Allard, accompagné par le maire Jean drapeau et un policier, inspecte un canon exposé à l’exposition Terre des hommes, à Montréal, en juillet 1968. [Gordon Beck]

De nombreux postes d’employés d’officier supérieur ou de combat finirent par devenir bilingues impératifs et certains membres mécontents du personnel anglophone estimèrent que les promotions s’octroyaient en fonction du bilinguisme au lieu d’être basées sur le mérite. Le système n’était pas parfait et faire appliquer la politique de bilinguisme prit beaucoup de temps, mais la possibilité pour les francophones de servir dans leur propre langue est sans nul doute un leg durable du général Allard. Les forces armées, écrit-il, ont « acquis une identité bien canadienne ».

Le général Allard fut nommé Compagnon de l’Ordre du Canada « en reconnaissance de sa brillante carrière militaire ». Il mourut en 1996 à l’âge de 82 ans, à Trois-Rivières, au Québec. 

À l’Ouest, rien de nouveau (1930) est-il le plus grand film de guerre jamais réalisé?

[Joel Kimmel]

Stephen J. Throne dit que OUI

À l’Ouest, rien de nouveau est un film oscarisé de 1930 basé sur le roman antiguerre de Erich Maria Remarque, vétéran allemand de la Grande Guerre.

Et non seulement il se dispensait des idéaux traditionnels de gloire, il s’en moquait aussi.

Sorti 12 ans après la Première Guerre mondiale, alors que le nazisme montait en Allemagne, il a peut-être eu plus d’impact que n’importe quel autre film de guerre. Si l’on fait fi de l’évolution de la technologie et de son côté théâtral un peu vieillot, il n’est pas inconcevable de soutenir qu’À l’Ouest est le plus grand film de guerre de tous les temps par ce seul indicateur, son impact.

Réalisé par Lewis Milestone et mettant en vedette Lew Ayres et Louis Wolheim, il suit une classe d’étudiants allemands qui s’en vont à la guerre.

Il présente une chronique implacable de la misère et de la mort. Pour son époque, il s’agit d’une tranche avant-gardiste de la vie au front, un des premiers « parlants » qui s’appuyait sur de nouvelles techniques cinématographiques. Et non seulement il se dispensait des idéaux traditionnels de gloire, il s’en moquait aussi.

Réalisé bien avant C’est l’Apocalypse, La Liste de Schindler et Il faut sauver le soldat Ryan, À l’Ouest, révèle des soldats las de la guerre qui se demandent pourquoi ils se battent, un Allemand englué dans la culpabilité qui essaie de sauver son ennemi français et, enfin, le héros implorant les jeunes de ne pas gâcher leur vie en enfilant un uniforme.

« Il vaut mieux ne pas mourir du tout que de mourir pour sa patrie », dit le personnage d’Ayres, Paul Bäumer, aux écoliers perplexes.

 

De tels points de vue n’existaient tout simplement pas dans les films de l’époque et, étant donné le début imminent de la Seconde Guerre mondiale, des décennies se passeraient avant que l’industrie embrasse de tout cœur le point de vue d’À l’Ouest.

Le fait que Hollywood s’exprime du point de vue allemand était inhabituel. Cela permit aux cinéastes américains de rester fidèles au livre et de rendre leur film aussi cru qu’ils le voulaient sans que cela rejaillisse sur leurs propres troufions, qui n’étaient pas entachés par des représentations explicites et peu flatteuses.

Le film fut couvert d’éloges à sa sortie aux États-Unis le 21 avril 1930 : « un récit poignant, si convaincant dans son réalisme et son caractère repoussant qu’il devient tout de suite un succès commercial, » écrivait-on dans Variety.

Il sortit en Allemagne en décembre de la même année, trois mois après que six millions d’électeurs avaient consacré les nazis au rang de deuxième parti au Reichstag. Alors que les cinéphiles remplissaient la salle Mozart de Berlin pour le voir, le chef de la propagande d’Hitler, Josef Goebbels, fit irruption dans le cinéma avec un groupe de 150 jeunes Chemises brunes nazies.

Ils lancèrent des invectives antisémites et des boules puantes du balcon, projetèrent de la poudre à éternuer dans l’air et lâchèrent des souris blanches dans les allées.

Le livre de 1929 fut interdit et brulé par les nazis. L’Allemagne interdit À l’Ouest en 1931, avant qu’une version aseptisée ne soit projetée sur les grands écrans. Les nazis l’interdirent totalement lorsqu’ils prirent le pouvoir en 1933.

Beaucoup d’autres pays firent de même, notamment l’Italie et l’Autriche, où l’interdiction de 1931 ne fut pas levée avant les
années 1980.

Premier film honoré par les Oscars comme étant le meilleur en termes de production et de réalisation, À l’Ouest figure sur de nombreuses listes des « meilleurs » de tous les temps. 


[Joel Kimmel]

J.L. Granatstein dit que NON

Des centaines de films de guerre ont été réalisés dans de nombreux pays, et il est impossible de décider lequel prime sur les autres. On doit se contenter de dire qu’on pense que tel film est plus important que tel autre, tout en sachant pertinemment qu’il existe d’autres opinions également valables.

Je ne peux pas, en mon âme et conscience, en conclure que ce film soit le plus important.

Il ne fait aucun doute qu’À l’Ouest, rien de nouveau est un beau film qui a servi à rapporter l’horreur de la guerre au public du monde entier. Il est clairement anti-guerre, ce qui était une opinion politiquement correcte en 1930, surtout aux États-Unis où ce film du début de l’ère du son a été produit.

À l’Ouest raconte l’histoire de jeunes Allemands qu’on envoie se battre à la guerre et mourir pour Kaiser et Kultur. Pour moi, historien militaire, ce thème-là, même 90 ans plus tard, reste très difficile à vendre. C’étaient les Allemands qui avaient déclenché la guerre, et ils s’y adonnaient sauvagement en ravageant l’Europe de l’Est, la Belgique et la France, en brutalisant femmes et hommes, puis en détruisant usines, mines et chemins de fer à leur retrait. Je peux compatir avec les jeunes Allemands pris dans les filets d’un pays tentant orgueilleusement de dominer l’Europe, mais je ne peux pas, en mon âme et conscience, en conclure que ce film pro allemand soit le plus important.

En outre, le film est un peu mièvre, l’interprétation n’est pas franchement sensationnelle, et il n’y a que l’utilisation du son en ce début des « parlants » qui l’a fait se distinguer. Et, bien sûr, le film est en noir et blanc, de sorte qu’il ne peut tout simplement pas être comparé aux autres grands films de guerre sur le plan visuel. 

 

Est-ce un jugement trop sévère? Je ne pense pas. Prenons Lawrence d’Arabie (1962), merveilleux film en Technicolor et à trame sonore magistrale, avec l’interprétation mémorable de Peter O’Toole. Les scènes de bataille dans le désert sont superbes. Que dire de Zoulou (1964), le premier grand rôle de Michael Caine. Qui peut oublier les soldats gallois qui repoussent les guerriers zoulous en chantant Men of Harlech, et les Zoulous exécutant leur propre chant en l’honneur de la bravoure des Britanniques? Zoulou n’est pas tout à fait historiquement exact, mais c’est un film splendide.

Et qu’en est-il d’Alec Guinness dans Le Pont de la rivière Kwaï de 1957? Cette production anglo-américaine montre la manière atroce dont les Japonais traitaient les prisonniers de guerre britanniques. Dans l’intrigue, le colonel Nicholson, joué par Guinness, remplace l’incompétent colonel japonais Saito à la direction de la construction d’un pont et remonte le moral de ses soldats par la même occasion. Ce n’est que lorsque des saboteurs alliés font sauter son œuvre que Nicholson réalise ce qu’il a fait pour aider la cause ennemie.

Puis il y a Il faut sauver le soldat Ryan (1998). Pour moi, les scènes du débarquement américain le jour J à la plage Omaha sont vraiment bouleversantes. Pourrait-il y avoir une déclaration antiguerre plus fracassante? L’héroïsme pourrait-il être dépeint de manière plus réaliste? Les Canadiens aiment se moquer des films de guerre américains qu’ils qualifient de vantards (et il y a un coup bas lancé au général Bernard Montgomery dans Il faut sauver le soldat Ryan), mais ce film, surtout dans ses premières séquences, est réellement superbe.

Il y a beaucoup d’autres grands films, comme Stalag 17 et Les Sentiers de la gloire. À l’Ouest, rien de nouveau est bon, je ne dis pas le contraire, mais il fait piètre figure à côté d’une foule d’autres grands films émouvants. 


STEPHEN J. THORNE est photographe, rédacteur et journaliste primé. Il a fait des reportages sur la chute de l’apartheid en Afrique du Sud et sur le front au Kosovo et en Afghanistan.

J.L. GRANATSTEIN a écrit des dizaines de livres, dont Who Killed Canadian Military History? et Canada’s Army: Waging War and Keeping the Peace. Il a été directeur et chef de la direction du Musée canadien de la guerre.

La cloche en douille d’obus

Après une attaque par des batteries côtières coréennes, le NCSM Iroquois s’est doté d’une cloche de navire unique dans la marine.

L’équipage de l’Iroquois se rassemble en souvenir des trois membres de l’équipage morts au combat en Corée. [MDN/BAC/PA-114887]

Le NCSM Iroquois (DDE 217), seul navire canadien auquel l’ennemi a causé des pertes humaines pendant la guerre de Corée, s’était engagé dans la lutte le 12 juin 1952. On l’avait chargé des patrouilles sur la côte ouest. 

« Nous étions toujours très près du 38e parallèle », s’est remémoré Ron Kirk lors d’une entrevue accordée au Projet Mémoire. L’équipage devait constamment rester sur ses gardes.

« Nos patrouilles duraient entre trois et six semaines. La nuit, lorsque nous jetions l’ancre, des gardes armés faisaient les cent pas sur le pont supérieur, et un canon Bofors de 40 mm était armé. Nous devions rester assis près du canon pendant les quatre heures de notre quart et nous tenir prêts en cas de problème », explique Kenneth Snider.

Fin septembre, le navire a été chargé de tirer sur les voies ferrées qui traversaient des tunnels le long de la côte Est.

« Cette ligne servait principalement à l’approvisionnement des Nord-Coréens », précise Peter Fane, ancien membre d’équipage. Les cibles étaient les trains, les voies ferrées, les tunnels et les équipes de réparateurs. « Dès que les ouvriers voyaient les éclairs jaillir de nos armes, ils couraient se mettre à l’abri dans le tunnel. » Le ralentissement des réparations permettait de gagner du temps, car en attendant on ne pouvait pas se servir du chemin de fer pour le transport des fournitures de guerre.

Une silhouette de guerrier indien figure sur l’insigne du navire du NCSM Iroquois, contre-torpilleur de classe Tribal. [Musée naval et militaire de la BFC Esquimalt]

Le 2 octobre, l’Iroquois fut envoyé à la rescousse d’un contretorpilleur américain. Il s’était aventuré près de batteries côtières longeant un tronçon de chemin de fer qui avaient déjà endommagé une douzaine de navires et causé des pertes humaines. Après avoir fait feu à l’entrée d’un tunnel, l’Iroquois, qui s’apprêtait à partir, a présenté son flanc aux batteries de l’ennemi qui l’ont immédiatement pris pour cible.

Deux obus tombèrent de part et d’autre du navire. Le troisième atterrit sur le canon juste en dessous de la passerelle, tuant ou blessant mortellement trois membres d’équipage et en blessant dix autres. John Quinn, le capitaine de corvette, fut tué sur le coup. Le matelot Elburne Baikie subit le même sort pendant qu’il était en train de charger un obus de quatre pouces qui explosa et arracha les jambes du matelot W.M. (Wally) Burden. Ce dernier décéda quelques heures plus tard.

La douille déformée d’un obus qui a explosé quand l’Iroquois a été touché par le feu de l’ennemi. [MCG/19700165-005]

Le navire resta en poste 11 jours après avoir été touché, puis il fut envoyé en cale sèche à la base navale de l’ONU située à Sasebo, au Japon. Entre autres réparations, on dut remplacer la cloche du navire, perdue dans la bataille.

La cloche unique de l’Iroquois a été coulée au Japon à partir de douilles d’obus en laiton pour remplacer la cloche perdue au combat. Les artilleurs de l’Iroquois utilisent des canons Bofors de 40 millimètres. [Musée naval et militaire de la BFC Esquimalt]

Le Japon de l’après-guerre subissait alors une pénurie de métal, donc l’Iroquois proposa des douilles en laiton de la bataille. La nouvelle cloche ne ressemblait à aucune autre dans la marine. Comme elle fut coulée pendant l’année du dragon, on grava une image du monstre mythique à l’extérieur de la cloche, en plus du nom du navire. Elle avait la forme d’une cloche de temple japonais sans le rebord évasé des cloches de navire traditionnelles. Son dispositif de frappe était externe, au lieu d’un battant interne.

Le navire reprit du service après les réparations, sans être ciblé au cours de ses deux derniers tours en Corée, bien que l’ennemi ait eu « toutes les raisons et occasions de le faire », note son capitaine, le commandant W.M. Landymore, cité dans Canadian Naval Operations in Korean Waters (les opérations navales canadiennes dans les eaux coréennes, NDT). 

La marine modifie ses noms de grades subalternes en anglais

La Marine royale canadienne a rebaptisé ses grades subalternes en anglais pour mieux refléter ce que son commandant appelle « le contexte international et le climat national en cons-tante évolution dans lesquels nous vivons et travaillons ».

Dans le cadre de cet effort, la Marine a renoncé à ses grades de « seaman » (de « sea » [mer] et « man » [homme], NDT), préférant le nom neutre de « sailor » (de la racine « sail » [voile]).

Le vice-amiral Art McDonald, commandant de la Marine, a déclaré que les consultations publiques du service sur le changement proposé avaient permis de recueillir près de 18 000 avis de personnes en service actif, d’anciens combattants et de civils, et que plus de 75 pour cent d’entre eux étaient d’accord avec cette modification.

« Je suis surtout content de l’importante participation des grades subalternes, ceux qui seront les plus concernés », a-t-il écrit dans une lettre ouverte.

L’initiative, a-t-il ajouté, a sus-cité une discussion « franche et passionnée » en ligne ainsi que dans les bureaux, les magasins et les mess sur les options et raisons de cette modification. 

« Ce dont nous avons discuté, c’est de notre culture, a-t-il expliqué aux 13 000 membres de la Force. Nous avons discuté de qui nous sommes. J’encourage bien évidemment la poursuite de cette réflexion, l’introspection et le dialogue étant essentiels pour qu’une force navale et une culture dynamiques, pertinentes et en constante évolution […] expriment de bons choix! »

Les changements, a dit le vice-amiral, ne se limitent pas à attirer et recruter de nouveaux membres.

« L’essence même de cette initiative vise à ce que la marine reste en phase avec la société dont nous sommes au service, et ce, pour que nous restions exactement le service par lequel les Canadiens veulent se voir représentés dans tous les coins du monde quand les principes et valeurs comptent. »

Voici les nouveaux grades depuis le 4 septembre : Sailor Third Class (anciennement Ordinary Seaman [matelot de 3e classe]), Sailor Second Class (Able Seaman [matelot de 2e classe]), Sailor First Class (Leading Seaman [matelot de 1re classe]) et Master Sailor (Master Seaman [matelot-chef]). Le terme générique « Sailor » sera employé de manière officieuse, sauf pour le plus haut des grades subalternes, celui de Master Sailor, qui est l’équivalent approximatif du caporal-chef de l’armée de terre.

Ces membres sont traditionnellement les soldats de base de l’équipage maritime qui accomplissent le plus gros des tâches pénibles à bord des navires, bien que leurs rôles soient de plus en plus complexes avec l’évolution de la technologie navale.

Le vice-amiral a affirmé que l’initiative ne pouvait pas attendre.

« Un effort durable, surtout en ce qui concerne la culture, peut se voir entravé par le manque de progrès, a déclaré le vice-amiral McDonald. Nous ne pouvons pas charger la prochaine garde de ce que nous pouvons et devons accomplir aujourd’hui. Le progrès doit être réalisé sous notre égide […] dès maintenant. » 

Le voyage à l’origine de la création du Tombeau du Soldat inconnu

Il y a presque un quart de siècle, la Légion royale canadienne a joué un rôle de premier plan dans la création d’un Tombeau du Soldat inconnu au Canada. La dépouille d’un soldat canadien non identifié de la Première Guerre mondiale a ainsi été inhumée à nouveau avec les honneurs militaires lors d’une cérémonie au Monument commémoratif de guerre du Canada à Ottawa le 28 mai 2000, évènement qui allait changer le visage du souvenir au Canada.

En 1996, le brigadier-général à la retraite Duane Daly assista à une conférence en Afrique du Sud dans le cadre de l’une de ses premières fonctions en tant que secrétaire de la Légion. Daly, vétéran de l’Aviation royale du Canada, n’avait jamais foulé le lieu sacré qu’est un cimetière de champ de bataille canadien. Ceux sur lesquels il se rendit en Afrique du Sud ne ressemblaient pas à ce à quoi il s’attendait.

La Légion a reprise l’idée.

Il plongea dans le rôle du Canada à la guerre d’Afrique du Sud et partit à la recherche de tombes militaires canadiennes près de Cape Town. Il trouva des victimes de guerre enterrées là où elles avaient péri, leurs caveaux (bien souvent des tombes toutes seules dans les champs) marqués de pierres de granit qui avaient servi de ballast dans le navire à bord duquel les soldats avaient été transportés.

« Les lieux pouvaient sembler vides, sauf qu’au milieu d’un pré, on voyait tout d’un coup un gros morceau de granit, la pierre tombale d’un soldat canadien, nous explique M. Daly. Tout cela m’a profondément marqué. Cela a fait vibrer en moi la corde du souvenir. »

À son retour au Canada, M. Daly a proposé de créer un Tombeau du Soldat inconnu au Monument commémoratif de guerre, à Ottawa. La Légion a repris l’idée. M. Daly a recueilli du soutien et l’aide d’experts, et il a fini par réaliser ce qui lui a parfois semblé infaisable.

[Tom MacGregor/Archives de la revue Légion]

Le Royaume-Uni et la France avaient consacré leurs tombeaux le jour de l’Armistice en 1920. Plus de 50 pays, dont les États-Unis, les avaient imités. Mais, pas le Canada.

M. Daly se demandait bien pourquoi, alors il mena sa petite enquête. Ses recherches l’amenèrent à une conclusion simple : aucun gouvernement canadien n’avait « jamais exprimé le souhait de rendre ce genre d’hommage aux anciens combattants […]. Ils trouvaient suffisant de dire que le tombeau du guerrier inconnu [de la Grande-Bretagne] servait à l’ensemble du Commonwealth. »

Le budget initial était de 500 000 $. Il a finalement été de près de 2 millions de dollars, somme provenant en grande partie du Trésor fédéral, malgré le manque d’appui du Cabinet. M. Daly explique que les budgets de certains ministères avaient été établis de manière à le financer adéquatement. 

La liste des contributeurs est longue; toutefois, M. Daly nomme trois fonctionnaires qui ont été les principaux partisans de l’initiative : Gerry Wharton, directeur de la cérémonie aux Travaux publics et Services gouvernementaux, qui a élaboré la conception; Brad Hall, de l’Agence canadienne de la Commission des sépultures de guerre du Commonwealth, qui a orchestré la récupération de la dépouille à Vimy, en France; et Marc Monette, directeur des Travaux publics de la cité parlementaire, qui a supervisé la construction de la tombe et sa mise en place. Il a également dirigé le concours de conception, remporté par l’artiste canadienne Mary-Ann Liu.

Il était essentiel de porter une attention minutieuse aux détails, qui allaient du choix du granit provenant de la même carrière québécoise que le reste du monument, à la recherche d’un affut de canon approprié pour transporter la dépouille de la Colline du Parlement jusqu’à son dernier lieu de repos. La GRC a fourni un affut de canon et une escorte montée pour le cortège funèbre.

La stèle originaire du soldat a été transportée de la concession 8, rangée E, tombe 7 du cimetière britannique de Cabaret-Rouge, en France, au nouveau Musée canadien de la guerre. Elle a été placée dans une pièce spéciale où, à 11 heures chaque jour du Souvenir, un rayon de soleil entre par une fenêtre étroite et l’illumine.

Aujourd’hui, le Tombeau du Soldat inconnu est au centre de l’attention des spectateurs et participants de la cérémonie annuelle du jour du Souvenir. Après les cérémonies d’usage, une procession solennelle se forme et, un par un, des coquelicots sont placés sur la tombe, la couvrant ainsi de rouge. 

La Fondation reçoit un don et accorde une subvention

La Fondation nationale de la Légion a reçu un don de 15 000 $ de l’Ordre de Saint-Georges.

L’Ordre soutient le personnel militaire et les premiers intervenants du Canada et des États-Unis, ainsi que leurs familles, qui ressentent un besoin concret à cause de tâches stressantes effectuées dans leur pays ou à l’étranger. Elle appuie également d’autres organismes dédiés au bien être. 

« Nous avons entendu parler des nombreuses activités que la Fondation mène pour aider les anciens combattants, alors nous avons lancé notre tout premier appel national à nos membres pour collecter des fonds en faveur des anciens combattants », explique Robert Hamilton, président sortant de l’Ordre de Saint-George et chef du projet de collecte de fonds. 

La Fondation nationale de la Légion a reçu un don de 15 000 $ de l’Ordre de Saint-Georges. [Legion National Foundation]

En aout, le président national de la Fondation, David Flannigan, a remis une bourse de 2 500 $ à l’adjudante (deuxième classe) Ashtyn Wells de l’escadron des cadets de l’aviation Kinsmen de St. John’s. Elle entreprend un programme d’études en pharmacie à l’université Memorial à St. John’s.

La Fondation a été constituée en 2016 et l’Agence du revenu du Canada lui a conféré le statut d’organisme de bienfaisance. Elle se concentre sur le mieux être des anciens combattants, les pèlerinages, les bourses et les concours du souvenir. Elle soutient les initiatives utiles aux anciens combattants et à leur famille au Canada. Les personnes qui font un don à la Fondation reçoivent un reçu pour déduction fiscale. Les dons peuvent se faire en ligne sur le site https://www.legion.ca/fr/don. 

De bonnes œuvres

Partout au Canada, les filiales de la Légion ont comblé les manques que la pandémie a causés

Les filiales de la Légion royale canadienne aux quatre coins du pays ont poursuivi leurs bonnes œuvres malgré les défis posés par la pandémie de la COVID-19, et aussi souvent en raison des nécessités qu’elle a engendrées. 

Elles ont dû dire non aux rassemblements en personne pendant des mois. Les portes closes et la chute des recettes ont porté un coup dévastateur aux finances de bon nombre d’entre elles. Leurs membres ont néanmoins redoublé leurs efforts pour distribuer de la nourriture, rendre visite aux anciens combattants, fournir des équipements de protection aux travailleurs de première ligne, entre autres gestes pour atténuer l’impact de la pandémie dans leurs communautés.

« La Légion royale canadienne existe depuis 95 ans. Elle a traversé la Grande Dépression et la guerre, mais il s’agit là de circonstances uniques », a déclaré Steven Dieter, responsable des relations publiques de l’Est de l’Ontario et membre actif des Forces armées canadiennes.

« Nous nous efforçons de faire preuve de toute la résilience possible. De très nombreuses personnes créatives au sein de notre organisation œuvrent encore dans nos communautés pour aider les ainés, pour aider les anciens combattants. »

Les filiales n’ont pas été en mesure de souligner la série d’anniversaires historiques qui avait lieu cette année ni de se préparer aux concours littéraires et d’affiches dans les écoles. 

« Alors, nous faisons du bénévolat ailleurs, nous a dit M. Dieter. Nous utilisons nos ressources où nous le pouvons en contribuant à nos collectivités en ces temps difficiles, sans toutefois nous mettre en danger. »

Voici quelques autres exemples de filiales qui ont particulièrement contribué aux efforts pendant cette situation exceptionnelle :

 

À Port Moody, C.-B., des bénévoles de la Légion ont distribué des colis de réconfort aux anciens combattants et aux ainés confinés chez eux. Dans la petite ville de Brighton, Ont., les résidents ont apporté des cœurs de papier pour que la filiale les affiche en guise de remerciements adressés aux travailleurs de première ligne. Et à Kamsack, Sask., Jim Woodward, président de la filiale, et Jean, son épouse, ont communiqué avec des membres ainés qui s’isolaient volontairement.

« Nous passons des coups de fil et nous frappons aux portes pour nous assurer que tout va bien, a déclaré M. Woodward. Depuis le début de la pandémie, nous livrons des paniers alimentaires à nos membres ainés qui ne peuvent pas sortir. Mais, nous pratiquons la distanciation sociale et nous respectons les lignes directrices provinciales et fédérales. »

 

Huit membres de la filiale Fonthill, près de Niagara Falls, Ont., ont préparé et livré gratuitement plus de 7 000 repas à réchauffer à des ainés, des anciens combattants, des personnes en isolement et à d’autres personnes pendant quatre mois après la déclaration de la pandémie.

Cinq employés travaillaient dans la cuisine trois jours par semaine pour préparer des pains de viande, des rôtis de bœuf, du poulet, des saucisses, du chou farci, des pâtes, des pérogies, des sandwichs, des salades, des tartes, des biscuits et plus encore. Trois autres assuraient les livraisons.

Pendant ce temps, la filiale de 278 membres continuait de collecter des fonds en organisant un service à l’auto de poisson-frites le vendredi soir. C’était 500 à 600 repas par semaine qui étaient emballés et remis depuis la fenêtre de la cuisine.

Les repas de poisson-frites et les diners gratuits étaient si populaires, et les cuisiniers si occupés, qu’en aout, le ventilateur d’extraction de la filiale, vieux de 50 ans, a rendu l’âme et coupé court aux efforts au moment où les restrictions concernant la COVID-19 commençaient à être allégées.

Sans se laisser abattre, deux membres ont organisé une compétition de lancer de hache en plein air, et ils ont recueilli suffisamment de fonds pour remplacer l’ancien appareil au début du mois de septembre. La filiale, qui avait servi un diner de Pâques en avril, prévoyait de se remettre à la cuisine dès l’installation effectuée. Elle comptait notamment sur un diner de l’Action de grâce à la mi-octobre.

« Ça a bien marché, a déclaré Toni McKelvie, la présidente de la filiale qui, en plus de prendre soin de ses petits-enfants, a passé des centaines d’heures en cuisine depuis le début de la pandémie. Je suis tellement contente de la façon dont ça s’est passé. »

« Je m’attendais à ce qu’il y ait à peu près 150 à 200 repas; je ne pensais pas que le confinement durerait aussi longtemps. Mais comme ça s’est prolongé, les gens ont
dit : “on continue’’. Nous avons un bon noyau de bénévoles ici, ce qui aide vraiment beaucoup. J’ai hâte de m’y remettre. »

 

À la filiale Calgary-Nord, les bénévoles ont préparé plus de 200 casse-croutes par jour, sept jours par semaine, pendant tout l’été.

Le programme visait à l’origine les enfants, mais il s’est rapidement étendu à toute personne dans le besoin, notamment les ainés d’une résidence du voisinage.

En accordant une attention toute particulière aux mesures d’hygiène, de désinfection et de distanciation sociale, les bénévoles de la filiale ont cuit des petits pains à sandwich et des entreprises locales ont donné des ingrédients ainsi que des fruits et des coupes de fruits, des yogourts, des biscuits et autres.

« C’est pour les communautés voisines dont les écoles, où les enfants prennent normalement leur déjeuner, sont fermées, a déclaré Mark Barham, le président. » 

« Nous sommes allés voir les fournisseurs […] qui ont immédiatement embarqué en nous disant qu’ils offraient “tout ce dont vous avez besoin”. »

Un jour, une entreprise locale est arrivée avec un camion plein de sandwichs à petit déjeuner, soit 214 caisses. La filiale les a remises à une banque alimentaire locale.

On a aussi vu une immigrante libanaise se présenter avec son enfant. Son mari était encore au Liban et elle avait déménagé de Montréal à Calgary pour le travail, mais avait perdu son emploi à cause de la pandémie. Elle a humblement demandé deux diners. Cependant, on a vite compris qu’elle avait un autre enfant à la maison et qu’elle avait l’intention de diviser les deux repas en trois. On lui a donné un troisième diner en lui disant de revenir tous les jours. Elle l’a fait.

Des bénévoles aux quatre coins du pays confectionnent des masques pour aider les gens à se protéger. Don Staniforth, membre de la filiale québécoise Hudson, s’est allié avec d’autres bénévoles à un groupe de broderie et ils ont fourni 2 500 masques à l’hôpital de Sainte-Anne, soit assez pour que chaque patient et membre du personnel en aient plusieurs.

Nous disons aux gens de nous appeler s’ils ont besoin de nous.

« Ils ont fait un excellent travail », a déclaré Rod Hodson, le président de la filiale qui prévoyait une réouverture progressive de la salle de la Légion à la mi-septembre.

M. Hodson a envoyé un bulletin hebdomadaire aux membres de la filiale, a retrouvé des camarades deux fois par semaine dans le parc de stationnement de la filiale, et a maintenu un contact régulier par téléphone avec les anciens combattants locaux âgés de 85 à 95 ans. 

« C’est ce qui importe le plus : garder le contact avec nos membres et les informer de ce qui se passe. Nous disons aux gens de nous passer un coup de fil s’ils ont besoin de nous. Sur nos 420 membres, un seul m’a téléphoné. »

M. Hodson dit qu’il est important de garder un œil sur les membres, de maintenir le contact avec eux et de les tenir au courant des développements, en particulier en ces temps incertains.

« Vous savez, certains d’entre eux vivent reclus et il y en a qui ne sortent pas beaucoup. C’est important. »

 

Le gouvernement de l’Ontario a accordé une dispense spéciale à la filiale Aurora pour qu’elle puisse poursuivre les collectes de sang mensuelles organisées par la Société canadienne du sang, organisation sans but lucratif, durant la pandémie.

Claude Arcand, trésorier et lui-même donneur de sang de longue date, a rejoint d’autres cadres de la filiale pour surveiller les collectes et s’assurer que tout se passait bien dans le respect des lignes directrices.

La filiale a commencé sa réouverture en juillet avec des créneaux horaires réduits. En septembre, elle était ouverte du mercredi au dimanche et servait des barbecues le vendredi soir dans un patio tout juste agrandi.

« Nous faisons appel à la générosité de nos membres, et ils nous ont très bien soutenus pour nous aider à rester financièrement viables », a souligné M. Arcand.

Le soutien a permis à la filiale d’avoir des comptes en règle et de faire des dons à des organismes de bienfaisance locaux. Tout au long de la fermeture, les ressources et services de représentation de la filiale sont restés à la disposition des membres et des anciens combattants avec un préavis maximum de 24 heures.

 

À la filiale Dalhousie, N.-B., Floyd Vincent, le président, s’est illustré comme fer de lance des efforts réalisés pour maintenir le contact avec les membres d’un foyer voisin pour ainés ainsi qu’avec des personnes qui s’isolaient à la maison. La filiale a fourni des masques aux gens qui en avaient besoin.

Le tirage chasse-à-l’as de la filiale a rapporté entre 400 $ et 500 $ par semaine. En septembre, la cagnotte se montait à 5 500 $.

La mobilisation de la communauté et la communication sont essentielles à la Légion, a expliqué M. Vincent, que rien n’arrête à 81 ans. Le président du coquelicot de la filiale, Marinus Degroot, est un vétéran de la Seconde Guerre mondiale néerlandais de 92 ans.

« On ne doit pas ralentir, a souligné M. Vincent, qui appelait des anciens combattants tous les soirs, pendant toute la fermeture, pour bavarder avec eux. On doit continuer. Nous aimons l’organisation, nous aimons les locaux, et nous avons un peu d’argent en banque. »

« La filiale est viable pour au moins quatre ou cinq ans. Mais on ne doit pas s’arrêter. Si on s’arrête, tout est perdu. »

 

À certains endroits, les bonnes œuvres fonctionnaient dans les deux sens.

Anne Marie Grenning, directrice adjointe de la filiale St. John’s, peignait un jour sa clôture lorsque son téléphone a sonné. Son mari, Greg, président de la filiale, s’était arrangé pour que les appels de la Légion soient transférés à leur domicile.

Au bout du fil se trouvait Madonna Porter, de la ville avoisinante de Conception Bay South.

Mme Porter avait vu aux nouvelles que la Légion locale était confrontée à des défis à cause de la pandémie, et elle voulait offrir son aide en faisant don de toute sa collection de poupées Barbie et de poterie pour qu’on la mette aux enchères. 

Plus de 500 Barbie datant des années 1960 à nos jours étaient stockées dans une dépendance derrière sa maison qu’elle appelle « le musée », exposées sur des étagères allant du sol au plafond. Une longue table au centre de la pièce était prise par la collection, et il y en avait aussi plein les armoires, les boites et les bacs en plastique. Selon un estimateur, la collection de poupées valait à elle seule 250 000 $.

Mme Porter a travaillé dans le domaine de la santé pendant 38 ans, mais a souffert de dépression, de solitude et de stress post-traumatique après avoir pris sa retraite. Elle a expliqué au St. John’s Telegram que la collecte, le tri, le nettoyage et le coiffage des poupées Barbie l’aidait.

« Ça m’a aidée à gérer mon anxiété et mon stress, a-t-elle souligné. Prendre quelque chose en mauvais état et en faire quelque chose de beau me rendait heureuse. »

Elle a invité M. Grenning et trois membres de la direction de la filiale à voir le fruit de sa passion.

La filiale vendait des repas deux fois par semaine pour tenir les comptes. Le don de Mme Porter est une aubaine, a souligné M. Grenning.

« C’est stupéfiant, a dit M. Grenning au Telegram. Une véritable joie. »

 

À Langford, C.-B., à la mi-juillet, Ultra Liquid Labs a fait don de 350 bouteilles de gel hydroalcoolique pour les mains à la Légion locale.

« Vu tout ce qui se passe dans le monde, les dons [de solution hydroalcoolique pour les mains] sont une nécessité aux lieux comme la Légion, qui participe tant à la vie communautaire, ou aux banques alimentaires, car c’est là qu’ils atteignent le plus grand nombre possible de gens, et aussi parmi eux des personnes qui n’ont peut-être pas les moyens d’acheter des produits comme du gel hydroalcoolique pour les mains », a expliqué au Sooke News Mirror Chris Mathison, directeur des activités de l’entreprise.

Norm Scott, directeur de la filiale, a déclaré que la sécurité et la protection étaient primordiales avec la reprise graduelle des activités sociales et communautaires. La filiale distribue tous les ans plus de 100 000 $ à des causes locales.

« Quand vous venez ici […], vous vous sentez en sûreté », a déclaré M. Scott.

 

Les filiales ont aussi eu recours aux réunions et événements en ligne pour garder le contact. La filiale Woodbine Heights de Toronto a organisé des événements musicaux en direct dans ce qui est devenu sa « filiale virtuelle ». Brenda Heath, la présidente, a invité les membres et leurs amis à organiser des fêtes semblables où ils feraient de la musique, chanteraient des chansons ou raconteraient des histoires.

« Nous traverserons tout ça ensemble et avec la distanciation sociale », a déclaré Mme Heath.

Le programme Buddy Check Coffee, qui permet aux anciens combattants de se réunir dans un cadre favorable à la socialisation, est entré dans le monde virtuel sous le nom de Virtual Buddy Check Coffee pour donner aux anciens combattants un moyen sûr et pratique de se retrouver et clavarder.

Le programme de pairs est présenté comme une occasion de nouer des amitiés dans un cadre décontracté. Il encourage les anciens combattants à réseauter, à échanger leurs expériences et à raconter des histoires devant un café.

Il est dirigé par la section spéciale des blessures de stress opérationnel de la Légion et organisé par des membres. De plus amples détails se trouvent sur le site Web de la LRC et sur la page Facebook du Buddy Check Coffee.

 

À Penetanguishene, Ont., les bénévoles de la Légion ont livré des produits essentiels dans une grande région du comté de Simcoe près de la pointe sud-est de la baie Georgienne.

« Tout a commencé par l’idée de livrer des vivres et des médicaments aux anciens combattants, a déclaré Paul Howe, président de la filiale. Et nous avons fini par le faire également pour les ainés et les personnes isolées. Ça n’était pas un problème. »

Jusqu’à huit bénévoles masqués faisaient les courses et huit chauffeurs livraient les marchandises. Certains bénéficiaires passaient leur commande directement à l’épicerie par téléphone ou courriel et la payaient à distance.

« Nous avons fait près de 450 livraisons dans tout le canton, parfois dans un rayon de 35 kilomètres, a déclaré M. Howe, lui-même ancien combattant. Nous sommes allés un peu partout. Les ainés ont beaucoup apprécié. »

L’épicier Foodland de la localité a fait don de 1 000 $ à la cause, en ajoutant des coupons-cadeaux de 25 $ aux bénévoles qui, sans exception, les ont remis aux gens de la communauté qui en avaient vraiment besoin.

M. Howe a également demandé aux dames auxiliaires de former une équipe pour appeler les membres tous les quinze jours afin de s’assurer qu’ils allaient bien et ne manquaient de rien.

« On apprécie ce qu’on a quand on le perd », a déclaré M. Howe.

 

La filiale Lockerby de Sudbury, Ont., offre deux repas gratuits par semaine aux anciens combattants et aux ainés à risque depuis le début de la pandémie. 

« Tout a commencé par du bouche-à-oreille parmi nos membres, a déclaré Mary Michasiw, la présidente. L’étape suivante a été de le faire savoir à la ville, qui a transmis nos coordonnées à de nombreuses organisations. »

Les personnes intéressées n’ont pas tardé à se manifester.

« Tout le monde veut aider et tout le monde veut que chaque personne soit en sécurité. »

Il n’a pas fallu longtemps pour que 50 personnes s’inscrivent pour bénéficier des repas de la filiale et que plus encore se proposent pour leur venir en aide.

« Cela n’a rien à voir avec les moyens financiers qu’on a, a déclaré Mme Michasiw. C’est une question d’accès aux services, de fierté, de demander de l’aide et ce genre de choses. »

Mme Michasiw a déclaré qu’elle espérait que le programme continue après la pandémie.

« Nous avons d’incroyables bénévoles qui sont prêts à travailler en cuisine ou à livrer les repas. J’aimerais que le programme se poursuive, même sous une forme différente. »

 

Ces efforts touchent là au cœur de la raison d’être de la Légion. Le pan social étant suspendu, les membres gravitent vers les bonnes œuvres.

« Les membres de la Légion sont unis dans tout le pays, a déclaré dans The Globe and Mail Thomas Irvine, président national. Ils font ce qui est dans l’intérêt des anciens combattants de leur communauté parce qu’ils se soucient d’eux. Ils leur sont d’un grand soutien. » 

Modification de la politique sur la perte auditive

Nous avons déjà parlé dans cette rubrique de la modification du droit à pension partiel (1/5, 2/5, 3/5, 4/5) pour perte auditive. Si vous touchiez un droit à pension partiel, nous vous avions conseillé de demander à un officier d’entraide d’examiner votre dossier. 

Une mise à jour de la politique sur la perte auditive et le bourdonnement d’oreille a été publiée lorsqu’ACC a annoncé les modifications. L’objectif principal de la modification de la politique est de fournir des conseils sur la façon de déterminer l’admissibilité à une prestation pour invalidité relative à une telle perte ou à un tel bourdonnement.

Pour qu’ACC reconnaisse qu’un ancien combattant a droit à une prestation pour perte auditive, la perte en décibels doit être permanente et l’hypoacousie doit entrainer une invalidité.

Dans les cas où l’on détermine que la perte d’audition a été attestée pendant le service ou au moment du retour à la vie civile, ou que le service peut raisonnablement être considéré comme étant le facteur déclencheur de la perte d’audition actuelle, l’admissibilité à part entière à une prestation d’invalidité peut être établie.

Le grand changement apporté à la politique est que la perte ne doit plus nécessairement être documentée uniquement à la libération. Si la demande se fonde sur une exposition à des bruits, des audiogrammes réalisés pendant le service qui documentent un degré de perte supérieur à 25 décibels dans les fréquences comprises entre 2 000 et 6 000 hertz seront pris en compte.  

Les responsables d’ACC examineront l’audiogramme fait à la libération. S’il montre une audition normale, on étudiera alors les audiogrammes réalisés pendant le service.

Le bien-fondé de chaque demande est évalué au cas par cas. S’il existe autant de preuves en faveur qu’en défaveur, on accordera le bénéfice du doute.

Nous recommandons aux anciens combattants à qui l’on a opposé un refus fondé uniquement sur l’audiogramme de la libération de demander à un officier d’entraide d’examiner leur dossier. Pour ce faire, composez le 613 591-3335 ou le 1 877 534-4666 (numéro sans frais), envoyez un courriel à veteransservices@legion.ca ou consultez le site Web https://legion.ca/fr/soutien-aux-veterans/pour-joindre-un-officier-d-entraide-de-direction. 


À votre service est écrit par des officiers d’entraide des directions de la Légion. Pour communiquer avec un officier d’entraide, composez sans frais le 1-877-534-4666, ou visitez le site Web d’une direction. Consultez www.legionmagazine.com pour les archives des trois dernières années.

Instantanés – Bénévolat dans la communauté (Nov/Déc 2020)

Pour la 12e année, la Filiale 173 de Montréal-Est a souligné le 9 aout 2020 la journée des Gardiens de la Paix en hissant le drapeau des Nations Unies au parc Roméo Dallaire en compagnie de dignitaires et de membres d’association de Vétérans.

Le 13 aout 2020, la Filiale 003 de Baie-Comeau a participé pour la 27e année au tournoi annuel de golf pour soutenir la maison de fin de vie La Vallée des Roseaux. De gauche à droite, camarades André Landry, Benoît Roy et Yvon Boudreau et Hubert Landry, directeur du comité des sports de la Filiale, qui ont pris part à cet événement de soutien aux services communautaires de la région.

Les Chenilles à Courcelette

Des fantassins suivent un char en 1916. À la Somme, on disait aux soldats canadiens de ne pas attendre, car ils allaient plus vite que les nouvelles armes. [Archives de la revue Légion]

Dans l’esprit de beaucoup de gens, la Première Guerre mondiale se caractérisait par un front essentiellement statique qui s’étendait de la mer du Nord à la frontière suisse, et où l’on utilisait constamment des mitrailleuses, des barbelés, des tranchées et de l’artillerie. Ils rajoutent à cela une indigence d’idées.

La guerre apporta pourtant plusieurs innovations matérielles et techniques. Il y eut les premières utilisations de l’avion, du char, de l’artillerie de longue portée, du barrage roulant, de la communication sans fil et du lance-flamme.

Une nouvelle technique et une nouvelle arme furent utilisées pour la première fois au cours de la célèbre bataille de la Somme. Et les soldats canadiens faisaient partie de ceux qui s’en servirent.

 

Les circonstances de la bataille sont généralement bien connues. Le 1er juillet 1916, au commencement de la confrontation, eut lieu un des plus grands carnages d’un jour de l’histoire : plus de 57 000 victimes britanniques avant la tombée de la nuit, dont 710 soldats du Newfoundland Regiment.

L’offensive de la Somme se transforma en une guerre d’usure qui dura quatre mois. Pourtant, au lieu de mettre fin à l’assaut, le général commandant en chef britannique, Douglas Haig, le renouvela. Mais d’abord, il lui fallait de nouvelles troupes.

Haig fit appel au Corps canadien, qui était alors déployé au saillant d’Ypres, en Belgique. Les trois divisions du Corps arrivèrent à la Somme vers la fin aout. À ce moment-là, la première ligne allemande et la plus grande partie de la deuxième avaient été capturées, et il y en avait aussi une troisième.

La 1re Division canadienne, commandée par le major-général Arthur Currie, alla prendre la relève des Australiens sur 3 000 mètres de la crête de Pozières. Aux premiers jours de septembre, les 1re et 3e brigades de la division furent la cible de bombardements intenses et d’attaques fréquentes.

Le 15 septembre à 6 h 20, après un barrage d’artillerie intensif de cinq jours, 11 divisions britanniques engagèrent le combat sur un front de 11 kilomètres entre Flers et Courcelette. Le rôle des Canadiens était un assaut de deux divisions sur 2 000 mètres pour capturer la commune de Courcelette en ruines.

C’est à cette bataille qu’eut lieu la première opération offensive du Corps. Les Canadiens avaient déjà participé aux batailles de Festubert et du mont Sorrel, mais leurs formations étaient alors au niveau du bataillon et leurs objectifs, limités à la reprise de terrains perdus.

 

C’est à Courcelette qu’apparurent pour la première fois le barrage roulant et le destructeur chenillé des mitrailleuses : le char d’assaut. Les attaques antérieures avaient presque toujours été précédées par un barrage d’artillerie standard ciblant les positions ennemies. Ces bombardements duraient des heures ou même des jours, qui avaient pour but de démolir les troupes ennemies et leurs défenses.

À la fin du barrage, l’artillerie passait aux cibles plus éloignées alors que l’infanterie se lançait à l’assaut en espérant que la plupart des soldats ennemis étaient morts ou se terraient de peur. Toutefois, les soldats allemands s’abritaient habituellement dans leurs bunkers souterrains et ils étaient de retour dans leurs tranchées pour recevoir les fantassins d’un feu dévastateur lorsqu’ils passaient à l’attaque.

En revanche, le barrage rampant, ou roulant, se déplaçait lentement mais surement devant les combattants. La fumée et la poussière des explosions d’obus servaient à dissimuler les soldats qui s’avançaient. Après avoir atteint les positions ennemies, le barrage poursuivait sa progression, et à ce moment-là l’infanterie aurait dû s’être approchée suffisamment des tranchées ennemies pour les occuper avant que les défenseurs ne réagissent.

Quant au char, il avait été créé en Grande-Bretagne, dans le plus grand secret, pour restaurer la fluidité au champ de bataille. Il devait accompagner les fantassins pour leur fournir un feu d’appui direct à partir d’une plateforme pare-balles et venir à bout des tranchées et des fils barbelés.

Courcelette était un labyrinthe de caves, de tranchées-abris et de galeries souterraines interconnectées.

Les chars Mark I de 28 tonnes étaient soit « mâles », armés de deux canons navals de 6 livres montés en porte-à-faux et de trois mitrailleuses Hotchkiss de 8 millimètres, soit « femelles », quatre mitrailleuses Vickers de 0,303 po et une de 8 millimètres. Chaque équipage se composait d’un officier et de sept hommes.

Lorsque Haig apprit leur existence, il demanda immédiatement tous les chars disponibles. Bien que 150 chars eussent déjà été construits, 49 seulement lui furent expédiés. Trente-deux d’entre eux furent répartis parmi les divisions et lancés dans la bataille. Il y en avait sept dans la 2e Division canadienne.

 

Courcelette avait été puissamment fortifiée par les Allemands et transformée en un labyrinthe de caves, de tranchées-abris et de galeries souterraines interconnectées pour se protéger. Deux tranchées principales, Sugar à gauche et Candy à droite, traçaient un grand « X » à environ 800 mètres devant la commune. La tranchée Candy se trouvait à côté des ruines fortement fortifiées d’une usine de sucre. Ces positions étaient les premiers objectifs de l’attaque des Canadiens.

À droite, les 4e et 6e brigades de la 2e Division, commandées par le major-général Richard Turner, menèrent l’attaque principale en direction de Courcelette à cheval sur la route parfaitement droite d’Albert-Bapaume. L’ancienne voie romaine séparait les brigades.

L’attaque fut appuyée par un nombre de canons d’artillerie sans précédent lors d’une opération canadienne. La 2e Division avait 114 pièces de 18 livres et 29 obusiers de 4,5 pouces, tandis que la 3e avait 72 canons de 18 livres et 20 obusiers de 4,5 pouces. Une batterie de 234 pièces d’artillerie de campagne et 64 canons lourds appuyait les deux divisions.

Le barrage roulant fit rapidement ses preuves. Les pièces de 18 livres ouvrirent le feu à l’heure H, et les obus éclataient à 45 mètres de l’ennemi. Une minute après, le barrage se déplaça vers les tranchées du front qu’il martela pendant trois minutes, s’avançant ensuite de 90 mètres toutes les trois minutes jusqu’à l’objectif ultime.

Turner affecta trois chars Mark I à chaque brigade de l’assaut, et en tint un en réserve. Trois des six chars étaient de type mâle et s’appelaient Champagne, Chartreuse et Crème de Menthe, tandis que les trois autres, de type femelle, s’appelaient Chablis, Cognac et Cordon Bleu (Cordon Rouge selon certaines sources). Deux mâles et une femelle étaient affectés à la 4e Brigade, et un mâle et deux femelles, à la 6e.

Dans cette illustration du maitre italien Fortunino Matania, des soldats canadiens sont cachés par une chaudière, le 15 septembre 1916, alors qu’ils prennent d’assaut le bastion allemand qu’était l’usine de sucre de Courcelette. [Archives de la revue Légion; Fortunino Matania/MCG/19870268-001]

Même s’il s’agissait de leur première utilisation, les chars ne prédominaient pas dans l’attaque, et leur déplacement devait se régler sur celui de l’infanterie. Quoi qu’il en soit, les fantassins, qui devancèrent rapidement les chars, avaient reçu l’ordre de ne pas attendre qu’ils les rattrapent. 

À droite de la 4e Division, les 18e (Western Ontario) et 20e (Central Ontario) bataillons atteignirent la tranchée Candy à 7 h, tandis que le 21e Bataillon (Eastern Ontario) capturait les ruines de l’usine de sucre au bout d’un féroce combat. Dans la 6e Brigade, à gauche de la division, les 27e (City of Winnipeg) et 28e (Saskatchewan) bataillons se firent maitres de la tranchée à 7 h 40.

Les trois chars affectés à la 4e Brigade devaient s’avancer jusqu’à la route d’Albert-Bapaume. L’un d’eux devait attaquer l’usine de sucre située à gauche de la route, tandis que les deux autres devaient tourner à droite, vers le corps britannique.

Un char tomba en panne à peu de distance du front canadien et un autre, peu de temps après. Quand le troisième atteignit l’usine de sucre, elle avait déjà été capturée. Conformément aux ordres, il retourna aux lignes canadiennes pour refaire le plein et se réarmer.

Les trois chars alloués à la 6e Brigade devaient soutenir l’infanterie au flanc gauche. Ils devaient ensuite virer à droite et attaquer l’usine de sucre par le nord. Deux d’entre eux furent coincés près de la tranchée Sugar, mais l’autre atteignit les tranchées allemandes et tua plusieurs ennemis avant de rebrousser chemin.

La 3e Division, commandée par le major-général Louis Lipsett, devait protéger le flanc gauche de l’attaque principale à Courcelette. L’objectif des 7e et 8e brigades était fortement défendu par la ligne de tranchées Fabeck Graben. Alors que la 8e Brigade traversait le terrain neutre, ses unités subirent le feu d’artillerie et de mitrailleuses concentré.

Au flanc droit de la division, où se trouvait la 2e Division, le 5e Bataillon (Québec) canadien de fusiliers à cheval (CFC) captura la partie nord de la tranchée Sugar, permettant au 4e Bataillon CFC (Central Ontario) d’aller s’emparer d’une section de Fabeck Graben. À sa gauche, le 1er CFC (Saskatchewan) atteignit le bord de la ferme Mouquet, que les soldats surnommaient Mucky (crasseuse, NDT).

Les unités de la 7e Brigade passèrent alors à travers les bataillons de la 8e Brigade. À la tombée de la nuit, la Princess Patricia’s Canadian Light Infantry, ainsi que les 42e (Black Watch) et 49e (Edmonton) bataillons, réussirent à capturer Fabeck Graben en entier excepté une section de 250 mètres.

Pendant ce temps, à 11 h, le lieutenant-général Julian Byng ordonnait de lancer l’attaque contre le deuxième objectif, Courcelette elle-même, à 18 h. Cette attaque-là aussi fut soutenue par un barrage roulant. Après avoir battu en brèche une ligne d’avant-postes allemands en un corps-à-corps particulièrement féroce, les 22e (Canadien français) et 25e (Nouvelle-Écosse) bataillons de la 5e Brigade traversèrent rapidement Courcelette et en signalèrent la capture à 19 h 50.

Pendant que les deux bataillons repoussaient 11 contrattaques allemandes, le 26e Bataillon (Nouveau-Brunswick) jouait un jeu mortel de nettoyage derrière eux, dans les ruines de Courcelette. Dans une remarque fréquemment citée, le lieutenant-colonel Thomas-Louis Tremblay, commandant des Canadiens français, écrivit dans son journal: « Si l’enfer est aussi mauvais que ce que j’ai vu à Courcelette, je ne le souhaite pas à mon pire ennemi. »

 

La bataille se poursuivit le 16 septembre. La 1re Division passa par Courcelette et remplaça la 2e Division en avant. Elle se lança à l’assaut des hauteurs au-delà du village, mais n’eut guère de progrès.

La 3e Division poursuivit également son attaque. Elle avait pour objectif la prochaine ligne de défense allemande : Zollern Graben, y compris la place forte Zollern, centre de résistance à l’extrémité ouest. À cet endroit, Zollern Graben se trouvait à environ 1 000 mètres au nord de Fabeck Graben, bien que les deux systèmes de tranchées se joignissent à l’ouest de Courcelette.

Ce soir-là, la 3e Division lança une attaque rapide vers Zollern Graben. Ses soldats furent tout de suite immobilisés par les mitrailleuses, et l’attaque échoua. Il y eut quand même un bon résultat : des unités de la 7e Brigade réussirent à capturer les 250 derniers mètres de Fabeck Graben qui étaient encore entre les mains des Allemands.

D’autres attaques eurent lieu pendant les quelques jours qui suivirent, mais les Allemands renforcèrent leurs positions et aucune n’aboutit. Le 22 septembre, la bataille de Courcelette était terminée et les Allemands restaient maitres de Zollern Graben.

Des médecins soignent des blessés dans une tranchée au cours des combats. [Sharif Tarabay; William Ivor Castle/MDN/BAC/3395804]

Tout le monde s’entendait sur l’efficacité du barrage roulant. Le nombre normal d’Allemands morts ou blessés que l’on trouva aux lignes du front et aux lignes de soutien était supérieur à la normale, ce qui avait permis aux Canadiens de continuer dans leur élan.

Les débuts du char d’assaut étaient moins impressionnants. De tous les blindés utilisés lors de l’attaque britannique globale, ce sont les six qui avaient été affectés à la 2e Division qui eurent le plus de succès. Les opinions sur l’efficacité des chars semblaient dépendre du moment et de l’endroit où l’observateur les avait vus.

Bien que l’effet réel de leur puissance de feu fût minime, ils avaient inspiré la peur chez l’ennemi. Les leçons tirées de leur utilisation à Courcelette menèrent à des améliorations techniques et tactiques qui assurèrent leur utilisation pendant le reste de la guerre et au-delà.

La bataille de la Somme se termina lentement au mois de novembre en raison du mauvais temps. À ce moment-là, les victimes chez les Canadiens s’élevaient à 24 029, dont près de 8 000 sont décédées.


Deux Croix de Victoria furent décernées à des Canadiens à Courcelette.

En nombre inférieur

Le 9 septembre, le caporal intérimaire Leo Clarke et sa section de bombardiers du 2e Bataillon couvraient une construction dans une tranchée allemande qui venait d’être capturée près de Pozières. Lorsque 22 Allemands se lancèrent à l’attaque, les Canadiens étaient tous blessés à l’exception de Clarke. Il leur vida son revolver et deux fusils ennemis dessus. Quand un officier enfonça sa baïonnette dans la jambe de Clarke, ce dernier le tua et continua de se battre. Les autres Allemands s’enfuirent, poursuivis par Clarke qui en toucha quatre de ses balles et fit un prisonnier. Il avait tué deux officiers et 16 hommes en tout. Clarke ayant trouvé la mort 40 jours après, il ne sut jamais que la Croix de Victoria lui avait été décernée.


Deux Croix de Victoria furent décernées à des Canadiens à Courcelette.

L’homme à la baïonnette

Le soldat John Chipman (Chip) Kerr, qui s’est fait appeler l’homme à la baïonnette, était à la tête d’une section de bombardiers du 49e Bataillon le 16 septembre 1916 lors de l’attaque d’une tranchée allemande près de Courcelette. Il sauta dans la tranchée, où une bombe lancée par un Allemand lui arracha l’index droit. Son groupe n’ayant presque plus de bombes, Kerr grimpa hors de la tranchée et courut le long des parados. Il dirigea à voix haute les lancers de bombe de ses compagnons et ouvrit le feu à bout portant sur les Allemands. Soixante-deux Allemands se rendirent et les 230 derniers mètres de la tranchée furent capturés. Kerr reçut la Croix de Victoria pour ses actes héroïques.