Face-À-Face Sur La Conscription

Le gouvernement canadien a-t-il eu raison de faire passer la Loi du Service Militaire de 1917?

L’auteur Serge Durflinger d’Ottawa dit que NON. L’auteur J.L. Granatstein de Toronto dit que OUI.

Durflinger est professeur d’histoire à l’Université d’Ottawa. Il a écrit entre autres Veterans with a Vision: Canada’s War Blinded in Peace and War et Fighting From Home: The Second World War in Verdun, Quebec.Granatstein a écrit des dizaines de livres, dont Who Killed Canadian Military History? et Canada’s Army: Waging War and Keeping the Peace. Il a été directeur et chef de la direction du Musée canadien de la guerre.

Des soldats canadiens se dirigeant vers le front en octobre 1917. [PHOTO : MINISTÈRE DE LA DÉFENSE NATIONALE/BIBLIOTHÈQUE ET ARCHIVES CANADA—PA001994]

 

SERGE DURFLINGER

NON

Le premier ministre Sir Robert Borden a tout fichu en l’air. Les politiques et les mesures sur le recrutement de son gouvernement étaient chaotiques au point d’en être inefficaces, les engagements qu’il a pris envers la Grande-Bretagne, peu judicieux et, en fin de compte, son recours à la conscription en 1917, antidémocratique et inutile.

Pire encore, en plus de manquer aux promesses d’exemption en 1918, la promulgation même de la conscription a gravement fragmenté la nation selon la langue, la classe, la profession et la région. Il n’était guère logique de soutenir les lignes au front en y envoyant des milliers de Canadiens réticents au risque de morceler la confédération elle-même. Cela aurait été le cas classique où le patient meurt bien que l’opération ait réussi. Le Canada a tout juste survécu, et les germes du nationalisme québécois, de la désaffection du Canada de l’Ouest et des conflits ouvriers qui étaient déjà évidents avant 1914 ont alors fermement pris racine et, en 1918-1919, ils ont mené à l’agitation sociale et à la violence, en plus de compliquer le paysage politique du pays pendant des décennies.

Il aurait pu en être autrement.

En 1914, le Canada était une colo-nie de la Grande-Bretagne qui se gouvernait elle-même, qui gérait ses affaires intérieures, mais qui ne jouissait pas de statut international officiel. Quelque 27 p. 100 de ses huit millions d’habitants étaient des francophones sans lien de famille avec les Britanniques ni de lien émotif avec le roi ou l’Empire britannique. Se battre aux guerres britanniques ne convenait pas à tout le monde et les controverses occasionnées par la participation du Canada à la guerre d’Afrique du Sud ou par la création de la Marine royale canadienne avaient révélé que notre unité nationale était fragile.

Borden avait des raisons quand, en 1914, il a déclaré que le recrutement serait fondé sur le volontariat seulement. Mais sa promesse pu-blique du 1er janvier 1916, comme quoi le Canada lèverait une armée de 500 000 personnes, a été faite précipitamment et sans bien y réflé-chir. En mai 1917, vu le nombre de pertes élevé, les volontaires étaient difficiles à trouver ailleurs que dans la population de Canadiens nés en Grande-Bretagne (qui formaient plus de la moitié du Corps expéditionnaire canadien (CEC) à ce moment-là), et vu l’enrôlement très bas de Canadiens-Français, Borden a annoncé qu’il avait l’intention de promulguer la conscription, laquelle a été adoptée. Plus de
90 p. 100 des conscrits canadiens, quelle que soit leur ethnie, ont fait une demande d’exemption.

Le pays était dangereusement divisé selon la langue. Le gouvernement de coalition bordeniste a remporté l’élection âprement disputée de 1917 en partie au moyen d’une législation électorale fort douteuse, et ce faisant, il a corrompu la démocratie canadienne. Lors d’une motion à l’assemblée du Québec débattue en janvier 1918, on se demandait si le Québec devait quitter la confédération puisque le reste du Canada le considérait comme un obstacle à l’exécution de ses objectifs politiques. L’objectif que Borden se fixait avec acharnement, soit d’aider la Grande-Bretagne à remporter la guerre apparemment interminable, et son refus catégorique de renier les dizaines de milliers de victimes canadiennes, l’ont amené à enrôler encore plus d’hommes, à endeuiller encore plus de Canadiens, et le tout pour l’objectif, piètre d’un point de vue militaire, d’obtenir un meilleur rôle et plus d’autonomie pour le Canada à l’intérieur de l’empire du Commonwealth en évolution. Il ne semblait guère que cela valait la peine d’obliger les gens à faire la guerre, et le Canada n’avait certainement pas besoin de cette mesure draconienne pour devenir plus autonome; ce droit a été mérité en 1918.

Les Australiens qui s’étaient portés volontaires en grand nombre avaient refusé la conscription non pas une fois, mais deux, lors de deux réfé-rendums. Ils avaient suffisamment donné. Et nous aussi. Le premier ministre britannique, David Lloyd George, voulait certainement des conscrits canadiens en renfort, mais il n’avait pas l’intention de partager la prise de décisions avec les colonies. La vaillance des soldats canadiens tout au long de la guerre est incontestable et leur rôle important à la défaite de l’Allemagne pendant les trois derniers mois de la guerre est bien connu. En revanche, l’héritage de désaffection tenace de la conscription, surtout au Canada francophone, aurait dû être légué à d’autres.

 

J.L. GRANATSTEIN

OUI

La justification de la conscription du point de vue militaire est simple : le Canada était en guerre et les victimes, en 1917, étaient plus nombreuses que les recrues au Canada. Soit que davantage d’hommes endossaient l’uniforme, soit que le nombre de soldats du Corps canadien, et par le fait même son efficacité, diminuait. En outre, les bataillons de fantassins dont l’effectif était incomplet subissaient plus de pertes, et ils réussissaient moins bien à l’attaque ou à la défense, que ceux dont l’effectif était complet ou presque.

Le premier ministre sir Robert Borden n’avait pas voulu de la conscription parce qu’il savait quelles en seraient les incidences au Québec et au Canada rural. Mais quand il est allé en France, au printemps 1917, il a vite appris que la prise de la crête de Vimy avait couté au Corps plus de 10 000 victimes. Ébranlé, il a écrit qu’il avait eu « l’honneur de regarder des dizaines de milliers d’hommes dans les yeux au front, qui comptaient sur nous pour l’effort grâce auquel leur sacrifice serait justifié ».

Au Parlement, un député libéral a déclaré que Borden avait manqué à sa promesse en imposant la conscription. Borden se fâcha et demanda si le Canada n’avait pas fait une promesse aux hommes qu’il avait envoyés au combat. Pour lui, c’était un vœu sacré.

Le plan du gouvernement, inscrit dans la Loi du Service Militaire le 29 aout 1917, était d’appeler 100 000 hommes sous les drapeaux. L’appel aux armes a commencé en janvier 1918, après une élection violemment partisane en décembre. La grande majorité de ces hommes, de chaque province, ont essayé d’obtenir une exemption, mais les tribunaux d’appel dans la plupart des endroits se sont rapidement occupés de leurs cas. Le nombre d’appelés qu’il fallait pour le Corps expéditionnaire canadien a vite été atteint : 99 651 exactement selon les chiffres du ministère de la Milice et de la Défense. Si la guerre s’était poursuivie en 1919, comme s’y attendaient tous les stratèges militaires, tous ces appelés auraient été envoyés au front outre-mer. En fait, les premiers appelés sont arrivés en France le 10 mai 1918. Lors de l’armistice du 11 novembre 1918, 24 132 appelés avaient été portés à l’effectif d’unités au front.

Un nombre dérisoire comme celui-là valait-il la peine de déchirer le Canada, d’opposer les francophones aux anglophones, les paysans aux citadins?

D’abord, 24 132 hommes, c’était plus que l’effectif d’une division d’infanterie, non pas un nombre dérisoire. Ensuite, le Corps canadien avait engagé le combat dans une série d’offensives cruciales à partir du 8 aout à Amiens et jusqu’à la fin du mois près d’Arras. Le 8 aout, ils avaient déjà fait d’énormes progrès, et puis ils avaient fracassé la ligne Drocourt-Quéant, traversé le canal du Nord en septembre, et libéré Cambrai et Valenciennes en octobre et au début novembre. Ces actes des cent jours du Canada avaient réellement brisé l’armée allemande du front de l’ouest, et c’était la plus grande contribution du CEC à la victoire contre l’Allemagne et sans doute la plus grande contribution militaire qu’aient jamais apportée des troupes canadiennes à n’importe quel conflit.

Toutefois, les cent jours du Canada ont couté terriblement cher : 45 000 victimes en tout en un peu plus de trois mois de combats, c’est-à-dire quelque 20 p. 100 du total des victimes du Canada de toute la guerre et 45 p. 100 de l’effectif du Corps. Sans les conscrits, les quatre divisions du Corps n’auraient tout simplement pas pu continuer de se battre. Et si le Canada avait été obligé de retirer son Corps du front, la grande réputation que le domi-nion a mérité pendant la guerre grâce à sa performance sur le terrain aurait pu être compromise.

Alors, oui, la conscription était nécessaire sous l’optique militaire. Pour ce qui est de la politique intérieure, la cause est plus difficile à défendre. Mais si l’on croit qu’un pays qui envoie ses soldats à la guerre doit les appuyer autant que faire se peut, la cause de la conscription est irréfutable.

Pourquoi les choses se voient: Une histoire de bévues, de bombes, de dents brisées et de mauvaises idées

On enseigne aux soldats à se camoufler lors de leur formation en techniques de campagne. On leur donne une liste de contrôle sur les principes de base qu’ils doivent utiliser pour se cacher de l’ennemi : éviter de montrer sa silhouette, les ombres, l’espacement, le brillant, etc. La liste s’intitule Pourquoi les choses se voient. Pour beaucoup de soldats canadiens, surtout ceux du Princess Patricia’s Canadian Light Infantry, l’expression fait partie de la langue de tous les jours. On l’utilise pour faire remarquer pourquoi quelque chose ne va pas, par exemple si un avant-poste manque de piles, qu’on ne peut trouver de fournisseur, et que toutes sortes de choses essentielles ne fonctionnent plus. Un soldat qui entend parler de cette situation se moquerait en disant : « pourquoi les choses se voient ». C’est un synonyme de bévue.

Sur l’honneur

Hommage aux disparus, aux blessés et à leur famille en ce jour du Souvenir à Ottawa
À peine après 11 h, le 11 novembre, quatre avions rugissent au-dessus du Monument commémoratif de guerre du Canada, au centre-ville d’Ottawa, signal manifeste que la 11e heure du 11e jour du 11e mois est arrivée.

Face-À-Face Sur Avro Arrow

Le gouvernement canadien a-t-il pris la bonne décision en février 1959 quand il a annulé le projet Avro Arrow?

L’auteur et éditeur Marc-André Valiquette de Montréal dit que NON. Le chercheur et écrivain Russell Isinger de Saskatoon dit que OUI.

Valiquette a écrit et publié la série de quatre livres intitulée L’Anéantissement d’un rêve, La tragédie d’Avro Canada et du CF-105 Arrow. Isinger a préparé une thèse de maitrise intitulée The Avro Canada CF-105 Arrow Programme: Decisions And Determinants (le programme CF-105 Arrow d’Avro Canada : décisions et déterminants, NDT) en 1997. Les deux hommes poursuivent toujours leurs recherches et leurs écrits sur ce sujet à controverse.

Le miracle en corée : 60 ans de paix dans un endroit de conflit persistant

Quand on voyage à l’intérieur de la Corée du Sud dans le train à grande vitesse KTX de Séoul à Busan, on ne peut échapper au rythme hypnotique des collines et des vallées pleines de rizières qui montent.

« Les collines… on n’oublie jamais les collines », ai-je entendu dire plusieurs Canadiens vétérans de la guerre de Corée.

Le pèlerinage du souvenir de 2013 de la Légion royale canadienne : La montre des pelerins

Alex Wilson de Killam, en Alberta, a gagné une montre à un carnaval il y a un siècle. Il l’avait dans la poche quand il s’est enrôlé et durant la bataille de Passchendaele, où il a été blessé.

Ce jeune brancardier a rapporté au Canada deux choses qu’il aimait : son épouse, Leah Beatrice Jones, qui l’avait soigné, et la montre Elgin qu’il avait gagnée.

Les contrecoups de la guerre

Les répercussions de la guerre se font sentir longtemps après l’explosion du dernier obus et le dernier coup de feu. Elles se propagent, comme les ondes d’une explosion, d’une génération à l’autre.

Ce n’est pas ce qu’il voudrait que je fasse. Mon grand-père ne voudrait pas me voir étendu dans ce champ froid et humide de France.

Un jeune gagne pour la deuxième fois aux concours littéraires et d’affiches

Un gagnant des concours littéraires et d’affiches de 2013 a transmis son message pour la deuxième fois. Owen Brown de Guelph (Ont.), âgé de 17 ans, voudrait que les jeunes gens comprennent bien que les soldats et les anciens combattants sont de vraies personnes qui ont accepté une charge que les jeunes d’aujourd’hui ne peuvent qu’imaginer.

« Ces gens ont porté un si lourd fardeau », dit Brown, qui a obtenu la première place deux fois d’affilée au concours d’affiches noir et blanc chez les séniors. Son affiche, inscrite par la filiale Waterloo, montre un jeune soldat et un ancien combattant côte à côte sous les mots The Weight of our Freedom (Le poids de notre liberté, NDT). Des scènes dessinées où leurs épaules se touchent, de bataille au sol, en mer et dans les airs, représentent « la contrainte et la douleur qu’ils ont subies », dit Brown. Elles représentent le poids de la liberté pour leur génération.

« Ce sont de vraies personnes qui ont fait des sacrifices pour nous, et nous nous devons de les honorer et de nous souvenir d’elles. » Le Souvenir : le poids de la liberté pour cette génération.

Dans Remembering the Brave (En souvenir des courageux, NDT), le poème en première place dans la catégorie intermédiaire, Emma Giesbrect de Comox (C.-B.) indique qu’elle comprend le danger pour le Souvenir que représente le temps qui passe.

 

Souvenez-vous de ceux qui ont donné leur vie,
De ceux qui ont été blessés,
Et de ceux qui ont survécu.
Souvenez-vous des sacrifices que les héros ont faits
Maintenant que le temps fait son œuvre et que les souvenirs s’estompent.

Et Colton Smith de Parrsboro (N.-É.), qui a obtenu la deuxième place grâce au poème Proud (Fier, NDT), aspire à un Souvenir plus durable.
Ils vivaient dans des trous, subissant tout
Ce que Dame Nature leur imposait,
Attendant dans un mélange de terre,
Et de mort…

Ils sont près de nous aujourd’hui,
Honorés rien qu’un jour
Après s’être battus pour notre liberté.
Avoir risqué leur vie…

Plus de 100 000 écoliers prennent part aux concours littéraires et d’affiches annuels de la Légion, préservant cette tradition concernant le Souvenir qui dure depuis 50 ans. Les jeunes gens ont de moins en moins d’occasions de faire connaissance avec des personnes qui ont fait l’expérience de la guerre, car les générations qui ont vécu pendant la Seconde Guerre mondiale et pendant celle de Corée s’éteignent. Cette année, une seule inscription gagnante concernait les expériences d’un parent.

Frances Milner de Peterborough (Ont.), âgée de 11 ans, a interviewé son grand-père, Peter Milner, qui a servi pendant la Seconde Guerre mondiale en tant que navigateur de bombardier Lancaster, et elle a obtenu la première place en composition dans la catégorie junior. Son grand-père lui avait raconté ses expériences, lesquelles ne ressemblent pas du tout à la vie de tous les jours.

« Son travail était difficile parce que ce n’était vraiment pas facile de se concentrer malgré tout le bruit et l’agitation dans l’avion pour arriver à la cible au bon moment », écrivait-elle. Il a été blessé à une jambe lors d’une attaque par un avion de chasse allemand. Toutefois, « il n’y avait pas que des temps difficiles […] il a noué des amitiés avec ses coéquipiers qui ont duré toute la vie et a eu du plaisir avec eux bien des fois. »

« Il dit qu’il n’a fait que ce qu’ont fait des millions d’autres […]. Il ne s’estime pas héros, mais moi, si. »

[Premières places chez les affiches de Owen Brown de Guelph (Ont.)] [Premières places chez les affiches de Emily (Xiao) Yu de Calgary] [Premières places chez les affiches de Justine Jasmine Morin de Prince Albert (Sask.)] [Premières places chez les affiches de Ginny Hsiang de Surrey (C.-B.)]

Frances nous dit qu’il est difficile pour les jeunes d’aujourd’hui d’apprécier les contrastes du service d’alors, les temps vraiment très durs et les temps vraiment bons, la peur et la fierté, appartenir à quelque chose de plus grand que soi. « Personne ne sait vraiment […] personne qui n’a pas servi », dit-elle.

Les œuvres gagnantes de 2013 montrent qu’il existe des jeunes qui saisissent les expériences vécues par les générations précédentes. Il y en a qui tirent parti de leur imagination pour se mettre dans la peau de ceux qui se sont battus pour leur patrie et en soutenir les valeurs. Il y en a d’autres qui comparent leurs expériences avec celles des générations passées. Beaucoup se concentrent sur le devoir de se souvenir et sur son importance.

Daniela Gallardo de Dieppe (N.-B.), qui n’a pas d’exemple dans sa famille, s’est servie de son imagination pour atteindre la première place en composition dans la catégorie séniore envoyée par la filiale Moncton. Elle s’est mise dans la peau d’une infirmière militaire en Sicile pendant la Seconde Guerre mondiale. « Les gens ne savent toujours pas aujourd’hui comment c’était vraiment; ils ne comprennent pas vraiment ce que nous avons fait. Nous étions des soldats tout comme les hommes, et nous apportions des bandages pour guérir plutôt que des fusils pour tuer. » Elle écrit, à propos des jours éreintants, sur le fardeau émotif : « des innombrables nuits blanches, des quarts de travail qui n’en finissent pas ». Pourquoi se sont-elles portées volontaires? « Si ce n’avait pas été moi, qui aurait-ce été? Il fallait bien que quelqu’un ramasse les pots cassés. » Et ensuite, faire en sorte que l’expérience ne soit pas oubliée. « Mon expérience à la guerre et celle de tous les autres soldats doivent subsister. Elles doivent subsister pour prouver que même en des temps les plus sombres, il y a de l’espoir. »

[Affiche couleurs en première place de Vince Ropitini de Medicine Hat (Alb.)] [Affiche noir et blanc d’Angel Qiu de Vancouver]

En tant que Canadienne de première génération dont les parents ont émigré du Salvador il y a à peu près 20 ans, Daniela, âgée de 15 ans, voulait écrire sur la guerre en prenant un point de vue autre que celui d’un soldat. Les activités liées au souvenir resserrent ses liens avec le Canada, lui font apprécier encore plus tout ce qu’elle a, nous dit-elle.

Quant à Melissa Liu, gagnante de la deuxième place séniore, et Robert Deacon, qui a remporté la première place intermédiaire, ils décrivent de vieux anciens combattants au service du jour du Souvenir.

Liu de Surrey (C.-B.) décrit la manière dont les services font ressurgir d’affreux souvenirs chez un survivant de la bataille d’Ortona : les nuits quand on est seul avec sa peur, les visages des camarades tués, le bruit de pas dans les gravats. « La cérémonie est tout à coup terminée, mais les souvenirs de 1943 retentissent toujours dans sa tête. »

[Première place dans la catégorie primaire des affiches noir et blanc de Joseph Brink de Brampton (Ont.)] [Première place dans la catégorie primaire des affiches couleurs de Joseph Brink de Brampton (Ont.)]

Deacon de Victoria écrit sur un ancien prisonnier de guerre dans A Field of Red (Un champ rouge, NDT). « Les gens qui m’entourent portent tous un coquelicot… Pour certains d’entre eux, comme pour moi, c’est un symbole d’expériences personnelles. Pour d’autres, c’est un moyen de ne jamais oublier un être aimé. Et pour tous, porter un coquelicot est une manière spéciale de rendre hommage à ceux qui se sont battus et qui sont morts pour faire de notre pays ce qu’il est aujourd’hui. »

Dans Through the Eyes of a Soldier (Dans les yeux d’un soldat, NDT), qui lui a fait obtenir la deuxième place dans la catégorie de poésie intermédiaire, Jack Thomas Moulton de Manotick, en Ontario, écrit sur le soldat canadien proverbial.
Dans les yeux d’un soldat, je vois une vieille âme
Je vois les plages de la Normandie, l’agonie de la Bosnie,
La victoire à la crête de Vimy, le désespoir en Afghanistan.
Dans les yeux d’un soldat, je vois un jeune soldat
Qui a décidé avec courage de se battre pour notre liberté
La famille est abandonnée pendant des mois ou toute une vie…
Dans les yeux d’un soldat, je vois un cœur immense
Qui indique de quoi est fait le Canada, à tout prix…
Katelyn Hogan de Northern Bay, de Terre-Neuve, a gagné le premier prix sénior grâce à un poème inscrit à la filiale Carbonear. Ce dernier, intitulé I’ve Been Lucky, I Know (J’ai eu de la chance, je sais, NDT) compare la vie des jeunes durant la guerre à celle de sa propre génération qui n’a à s’inquiéter que de l’heure à laquelle il faut rentrer, de la date où l’on doit remettre ses devoirs ou de celle des examens.
J’imagine qu’à vos yeux
Mes problèmes sont insignifiants,
Alors quant à la guerre,
Il est difficile de comprendre.
J’ai eu de la chance, je sais,
Qu’on m’ait épargné la douleur
D’une nouvelle indiquant
Que ma sœur serait perdue.
Ou d’être le petit garçon,
Dont les larmes ont coulé,
Quand il voulait son papa,
Et à qui l’on a plutôt donné un drapeau.
Phillip Sevigny de Cowansville (Qc), dont le poème War Is Not A Video Game (La guerre n’est pas un jeu vidéo, NDT) montre qu’on peut discerner la réalité de la fantaisie même si l’on fait partie de la génération des jeux électroniques, a obtenu la deuxième place dans la catégorie juniore.
La guerre n’est pas un jeu vidéo,
On n’a pas trois vies.
On est chanceux si l’on
Rentre chez soi vivant.
Il n’y a pas de drapeau qui donne la vie,
On ne réapparait pas simplement,
On ne peut pas faire la paix en courant,
Ce sont des hommes sur qui l’on tire, pas des cerfs.
On ne peut pas faire faire une pause à la guerre,
On ne peut pas sauvegarder et exécuter.
Les chars d’assaut ne sortent pas des jeux,
L’arme à feu dont on se sert n’est pas un jouet.
Il y a deux divisions dans les concours : la poésie et la composition dans celle des concours littéraires, et les noir et blanc et les couleurs dans celle des concours d’affiches. Les prix sont remis selon les niveaux primaire (de la maternelle à la 3e année), junior (de la 4e à 6e année), intermédiaire (de la 7e à 9e année) et sénior (de la 10e à 12e année).

Les inscriptions méritant une première place, quel que soit le niveau, sont exposées au Musée canadien de la guerre pendant une année. Celles qui méritent une deuxième place ou une mention honorable sont exposées au foyer des édifices du Parlement pendant la semaine du Souvenir, au mois de novembre.

En outre, la Légion parraine les gagnants des quatre catégories séniores à la cérémonie nationale du Jour du Souvenir, à Ottawa, où ils déposent une couronne de la part des jeunes Canadiens et où ils font la connaissance du gouverneur général.

C’est la troisième fois que Brown assistera à la cérémonie nationale. En 2010, il a accompagné son frère Jonathan qui, lui aussi, avait eu la première place au concours d’affiches noir et blanc. Ce voyage a inspiré Owen à créer son affiche gagnante en 2012. Être invité lui-même à assister au service national l’a transformé. « Je suis passé d’une sorte de comportement passif, vers le Souvenir, à une contenance plus déterminée. Je me sens à même de décider de faire davantage d’efforts pour le souvenir et je me sens reconnaissant. »

Résultats nationaux de 2013

SÉNIORS

AFFICHES EN COULEURS — première : Ginny Hsiang de Surrey (C.-B.); deuxième : Mackenzie Wintyr Chorney d’Unity (Sask.); mention honorable : Erica Peterson-King de Kingsville (Ont.).

AFFICHES EN NOIR ET BLANC — premier : Owen Brown de Guelph (Ont.); deuxième : Catharina Venter de Virden (Man.); mention honorable : Jon (Hwec Dong) Yoo de West Vancouver (C.-B.).

POÉSIE — première : Katelyn Hogan de Northern Bay (T.-N.); deuxième : Colton Smith de Parrsboro (N.-É.); mention honorable : Evan Whitfield de Marwayne (Alb.).

COMPOSITION — première : Daniela Gallardo de Dieppe (N.-B.); deuxième : Melissa Liu de Surrey (C.-B.); mention honorable : Jean-Christophe Slattery de Longlac (Ont.).

INTERMÉDIAIRES

AFFICHES EN COULEURS — première : Justice Jasmine Morin de Prince Albert (Sask.); deuxième : Hayley Bouwman de Chatsworth (Ont.); mention honorable : Chen, Ching-Ting (Melody) de Richmond (C.-B.).

AFFICHES EN NOIR ET BLANC — première : Emily (Xiao) Yu de Calgary; deuxième : Vera Liu de Vancouver;  mention honorable : Casey Xue Li O’Neill de Belleisle Creek (N.-B.).
POÉSIE — première : Emma Giesbrect de Comox (C.-B.); deuxième : Jack Thomas Moulton de Manotick (Ont.); mention honorable : Autumn Della Grace Bennett de Monastery (N.-É.).

COMPOSITION — premier : Robert Deacon de Victoria (C.-B.); deuxième :  Natalie Arsenault de Moncton (N.-B.); mention honorable : Robyn Ann Boytinck de Fairview (Alb.).

JUNIORS

AFFICHES EN COULEURS — premier : Vince Ropitini de Medicine Hat (Alb.); deuxième : Kaela Whittingham d’Aurora (Ont.); mention honorable : Vicky Chen de Surrey (C.-B.).

AFFICHES EN NOIR ET BLANC — première : Angel Qiu de Vancouver; deuxième : Marion Hofer de Holden (Alb.); mention honorable : Desirée Boulter de Bruce Mines (Ont.).

POÉSIE — première : Navin Dosanjh de Surrey (C.-B.); deuxième : Phillip Sevigny de Cowansville (Qc); mention honorable : Amber Thiessen de Maryfield (Sask.).

COMPOSITION — première : Frances Milner de Peterborough (Ont.); deuxième : Jasmine Poirier d’Hemmingford (Qc); mention honorable : Tyler Smith d’Ellerslie (Î.-P.-É.).

PRIMAIRES

AFFICHES EN COULEURS — premier : Joseph Brink de Brampton (Ont.); deuxième : Ida Yang de Surrey (C.-B.); mention honorable : Samantha Schurman de Kensington (Î.-P.-É.).

BLANC ET NOIR EN AFFICHES — premier : Joseph Brink de Brampton (Ont.); deuxième : Jessica Hofer de Holden (Alb.); mention honorable : Dahlia Maendel de Pilot Mound (Man.).