À votre service – Programme d’approche pastorale

En automne 2003, Anciens combattants Canada et le ministère de la Défense nationale ont lancé un projet mixte ayant pour objet de coordonner plus systématiquement la prestation de soins pastoraux aux anciens combattants et à leur famille. Cette initiative reconnaissait entre autres que les aumôniers des Forces canadiennes n’ont pas de mandat, pas de responsabilité, pour secourir le personnel à la retraite. Bien que les aumôniers de la Légion aient toujours offert leur aide quand ils le pouvaient, ils ne peuvent pas subvenir aux besoins pastoraux de tous les anciens combattants et de leur famille partout au Canada.

Le mérite doit revenir aux deux groupes. Ils ont fait de leur mieux fidèlement dans les circonstances qui régnaient. Malheureusement, certains des membres du personnel à la retraite et de leur famille passent entre les mailles du filet et ils n’obtiennent pas de soin pastoral du tout, surtout quand ils ne sont pas membres d’une paroisse civile. Souvent, cela arrive durant les temps les plus difficiles de leur vie : quand ils doivent s’occuper de questions qui concernent la fin de la vie, comme lorsqu’ils sont à l’agonie, à l’occasion de la mort d’un être cher, des funérailles et de deuil. Le projet d’approche pastorale est une tentative de redresser cette situation.

Maintenant, après plus de deux ans d’essais et d’évaluation, cette initiative est sur le point de devenir un programme officiel. Il va être inclus dans la liste des programmes disponibles à notre personnel à la retraite et à leur famille dans le cadre du nouveau Programme de modernisation des anciens combattants. Ce programme va fonctionner grâce à un bureau national situé au Centre d’Ottawa, et il va profiter d’un réseau de clercs mandatés partout au Canada.

Ce réseau va consister principalement d’aumôniers des Forces canadiennes à la retraite, d’aumôniers de la Légion, et d’autres membres du clergé civils qui ont une certaine expérience et des connaissances directes du mode de vie militaire. À l’occasion, il faudra profiter du sacerdoce de clercs civils qui ne sont pas familiers avec les Forces canadiennes, surtout en cas d’urgence. Tous les membres du clergé, toutefois, seront approuvés et mandatés spécifiquement pour ce sacerdoce. Une fois qu’on leur aura demandé de donner des soins pastoraux, ils seront rémunérés pour leurs services et on leur remboursera ce qu’ils auront été obligés de dépenser.

Si vous êtes membre du clergé ordonné ou mandaté, de n’importe quel culte ou groupe confessionnel, et que vous êtes intéressé à devenir membre de ce réseau, on vous invite à en faire la demande. Les formulaires de demande et les brochures sont disponibles par l’entremise du site web http://www.forces.gc.ca/centre. Vous pouvez aussi écrire au gestionnaire du programme à : DDVPC 6, Quartier général de la Défense nationale, Édifice major-général G.R. Pearkes, 101, promenade Col. By, Ottawa (Ont.) K1A 0K2, ou composez le 1-800-883-6094. Vous pouvez aussi prendre contact avec la Légion par l’entremise du directeur Pierre Allard du Bureau des services de la Légion au (613) 235-4391 ou par courriel à pallard@legion.ca.

La Légion est fière de participer à ce programme et heureuse de la recommander aux aumôniers de la Légion.

Placement des nouveaux anciens combattants

Comme on en a discuté auparavant, un programme de placement va être mis en oeuvre pour les vétérans des Forces canadiennes en vue de les aider à rentrer dans la main-d’oeuvre civile par l’entremise d’une formation de recherche d’emploi, de l’amélioration des compétences, et de l’assistance pour trouver un emploi. La Légion royale canadienne est en train d’étudier la possibilité de jouer un rôle dans le programme de placement où, parmi d’autres responsabilités, des bénévoles entraînés ayant accès à une base de données numérique fournie par l’entrepreneur pourraient assister les vétérans des Forces canadiennes à trouver un emploi adéquat grâce à un matériel de marketing et à d’autres ressources.

Du point de vue de la Légion, cela pourrait servir à établir un bon rapport avec les vétérans des Forces canadiennes, la source logique de recrues. Ce programme pourrait fonctionner selon un processus semblable à l’étude des soins de longue durée si réussi qui a été mené par des bénévoles de la Légion. Si vous êtes intéressé à participer à un tel réseau, veuillez prendre contact avec Pierre Allard, le directeur du Bureau national des services de la Légion, au (613) 235-4391 ou par courriel à pallard@legion.ca. Des gens nous ont déjà avisé qu’ils ont l’intention de participer et nous serions heureux d’avoir d’autres bénévoles, y compris des membres d’autres organisations d’anciens combattants.

À votre service est écrit par des agents des services du Bureau national des services.

Les morts de Grosse Île

Un grand nombre de personnes à la recherche d’une vie meilleure immigrent au Canada durant le 19e siècle. La plus grande partie l’ont trouvée. Mais pour certains, le voyage vers un nouveau début s’est terminé de manière brusque. Des milliers sont morts peu de temps après avoir quitté le pays natal, soit dans des bateaux bondés, soit dans des postes de quarantaine sordides. La cause de la plupart des morts était la maladie, surtout les grands niveleurs que sont le choléra et le typhus.

Aujourd’hui, la paix et la beauté d’une petite île située au milieu du fleuve St-Laurent, près de Québec, jurent avec la grande tragédie qui y a eu lieu il y a presque 160 ans. Les événements déchirants de la saison du transport maritime de 1847 font partie des plus tristes histoires du Canada, des événements qui font que l’île minuscule a été surnommée le cimetière irlandais le plus à l’ouest du monde.

Malgré ses petites dimensions, à peine un kilomètre de largeur et trois kilomètres de longueur, l’île porte le nom de Grosse Île. Au début, pendant une bonne partie de son existence, les collines de l’île couvertes d’épaisses forêts étaient pratiquement inhabitées. Ensuite, des événements ayant lieu en Europe ont concouru pour faire augmenter sa population de manière spectaculaire. À partir de 1815, après la fin des guerres napoléoniennes, de plus en plus d’immigrants quittaient les îles britanniques pour s’établir en Amérique du Nord britannique, comme on appelait alors le Canada. Beaucoup venaient des classes plébéiennes, désireux de fuir les conditions sordides des villes surpeuplées ou l’agriculture de subsistance. Les gens pauvres, sous-alimentés et chétifs, étaient prédisposés aux maladies, surtout les épidémies des maladies infectieuses mortelles répandues qui faisaient alors des ravages en Europe.

Après la grande éruption de choléra de 1831 en Grande-Bretagne, les autorités canadiennes avaient peur que les immigrants arrivant par la voie du St-Laurent l’année suivante allaient apporter la maladie au pays. En février 1832, l’Assemblée du Bas-Canada (Québec) décidait d’établir un poste de quarantaine à la Grosse Île. En ce temps-là, la plupart des immigrants qui venaient au Canada arrivaient au port de Québec. La Grosse Île était un endroit idéal pour les examiner parce qu’elle n’était qu’à 48 kilomètres de Québec, qu’elle se trouvait sur la voie maritime et qu’elle était à une assez grande distance de sécurité de la population locale.

Au printemps 1832, le personnel médical, les soldats et les ouvriers commençaient à arriver sur l’île pour construire le poste, y compris un hôpital et deux “hangars”, chacun pouvant abriter 300 personnes en santé. Les premiers cas de choléra étaient découverts cet été-là, et il fallut aux autorités médicales jusqu’au mois de novembre pour maîtriser la maladie. Le poste de quarantaine avait survécu à son premier test et, durant les 15 années suivantes, on réussit à s’y acquitter de ses responsabilités de manière relativement paisible, malgré une autre éruption de choléra en 1834. Mais rien n’aurait pu préparer le personnel aux événements de 1847.

*  *  *

On pourrait dire que l’humble patate en a été la cause. Durant l’occupation de l’Irlande par Oliver Cromwell au milieu du 17e siècle, les Irlandais avaient été poussés à l’Ouest de l’île, où il y avait trop d’humidité pour que le grain mûrisse. La patate était la solution. Elle permit aux Irlandais de survivre, mais les obligea à ne compter que pratiquement sur une seule récolte. La patate permit aussi à la population irlandaise de croître rapidement. En 1841, à plus de huit millions, elle avait triplé en moins de 100 ans. L’Irlande était devenue le pays le plus populeux d’Europe, les locations à ferme devenant si serrées qu’on ne pouvait les diviser davantage.

Malgré ses nombreux avantages, la patate avait un grand inconvénient : elle était sujette aux maladies. En 1845, le mildiou causa une récolte déficitaire presque totale. C’est l’Irlande qui souffrit le plus parce qu’elle dépendait plus de la patate que n’importe quel autre pays. Les propriétaires anglais et leurs agents impitoyables firent empirer la situation. Leur réponse, et celle du gouvernement, fut lente et insuffisante. En 1846, la récolte fit encore plus défaut que celle de l’année précédente, et elle fut suivie par le pire hiver de mémoire d’homme. Les gens mangeaient n’importe quoi, des patates pourries, des algues, des orties… et puis ils mouraient de faim. Le point de vue au gouvernement d’alors, impitoyable, était que l’Irlande devrait être autosuffisante, et l’approvisionnement de nourriture gratuite ou bon marché priverait le secteur privé des bénéfices auxquels il avait droit.

Les autorités finirent par organiser des soupes populaires, mais elles fournissaient de la soupe au prix le plus bas possible, sans s’occuper de la valeur nutritive. D’autres atrocités s’ensuivirent. Certains propriétaires expulsèrent les locataires afin de transformer la terre en pâturage. Des agents malhonnêtes escroquaient les pauvres fermiers. Pour ceux qui le pouvaient, la seule solution était de quitter l’Irlande. Beaucoup d’Irlandais choisirent le Canada, espérant se glisser aux États-Unis à la première occasion après qu’on y eut promulgué plusieurs règlements ayant pour but d’empêcher les navires d’immigrants britanniques d’entrer dans les ports américains.

Des milliers d’immigrants, qui étaient déjà affaiblis, tombèrent malades en attendant de s’embarquer ou dans les cales surpeuplées des bateaux, dont la plupart n’avaient pas suffisamment d’eau potable ou de nourriture comestible. Un navire transportant 400 passagers ou plus pouvait en avoir perdu 100 durant les six à neuf semaines qu’il fallait pour traverser l’Atlantique. La plupart des immigrants s’embarquaient dans des navires transporteurs de grumes, des vaisseaux qui apportaient du bois de sciage en Grande-Bretagne et qui normalement étaient vides au retour. Maintenant, ils transportaient du lest vivant qui avait payé, dans des cales de stockage qui n’étaient pas faites pour des humains.

Le récit d’un prêtre anonyme à la Grosse Île témoigne des conditions terribles dans les navires d’immigrants : “Il est impossible de décrire la saleté et la puanteur de ces porcheries. On peut trouver deux, trois, même quatre cents malades dans un seul navire, attaqués par la fièvre typhoïde et la dysenterie, la plupart couchés sur les ordures qui se sont accumulées sous eux au cours du voyage; en plus des malades et des mourants, il y avait les cadavres qui n’avaient pas encore été inhumés en mer. Sur les ponts, il y avait tellement de saleté qu’on pouvait facilement y voir les traces de pas. À tout ceci, ajoutons la mauvaise qualité de l’eau, la pénurie de nourriture et vous pourrez vous imaginer un peu les conditions où se trouvaient les gens durant le long et dur voyage.

À la Grosse Île, de nouveaux hôpitaux pouvaient recevoir jusqu’à 200 patients (il n’y en avait jamais eu plus de 100 à la fois auparavant), alors que d’autres hangars servaient à abriter 800 personnes. Le directeur médical était le docteur George Mellis Douglas. Son fils, le docteur Campbell Mellis Douglas, s’est engagé dans l’Armée britannique et on lui a décerné la Croix de Victoria en 1867, aux îles Andaman.

Le 14 mai 1847, le voilier Syria de Liverpool arrivait à la Grosse Île au bout d’un voyage de 46 jours. Neuf de ses 245 passagers étaient morts en route, et 52 autres souffraient de la dysenterie ou du typhus. Le 23 mai, il y avait 530 malades dans les hôpitaux de l’île, et on comptait 40 à 50 morts par jour. Au cours de l’été, un flot incessant d’immigrants continuait d’arriver, dont la plupart étaient affaiblis par la faim et ravagés par les maladies, surtout le typhus.

Quand la saison du transport maritime se terminait, six mois plus tard, plus de 440 vaisseaux avaient apporté presque 100 000 personnes au Canada. Six sur sept étaient irlandais. Le nombre des morts qui avaient eu lieu durant la traversée ou en quarantaine dans leurs navires s’élevait à 5 293, et 3 452 étaient morts au poste. Il y a eu aussi 8 732 qui sont morts dans les hôpitaux à travers le Québec et l’Ontario. Presque deux immigrants sur 10, la plupart étant des Irlandais, n’ont pas eu l’occasion de s’établir dans leur nouveau pays.

Alors que de plus en plus de bâtiments arrivaient avec de plus en plus de passagers, dont beaucoup étaient malades, le docteur Douglas, son personnel et les installations sur l’île se sont vite trouvés débordés. Durant l’été et le début de l’automne, les autorités ont essayé de s’en sortir en fournissant immédiatement des tentes, et puis d’autres hôpitaux et d’autres hangars. Malheureusement, il n’y avait pas assez de gens pour monter les tentes car nombreux étaient les travailleurs qui refusaient de s’approcher des hôpitaux.

Des centaines de patients attendaient sur l’île et il y en avait tout autant dans les navires à l’ancre. Des milliers d’autres étaient retenus, y compris, ce qui était le plus triste, des douzaines de nouveaux orphelins. Des familles de bons Canadiens français adoptèrent la plupart des orphelins, dont beaucoup purent garder leur nom de famille irlandais, comme Kelly, O’Connor et Ryan. Le nombre de morts qu’on ensevelissait chaque jour, de 50 à 60, s’éleva jusqu’à 85. Robert Whyte, un immigrant, décrivait ainsi la scène : “Une autre scène, encore plus affreuse, était celle où une ligne continue de bateaux faisait un cortège funèbre sans fin, chacun transportant sa cargaison de morts au cimetière.”

Il y a trois cimetières à la Grosse Île, où ont eu lieu 7 756 enterrements. Le plus grand, celui qu’on appelle le cimetière irlandais, est dans la partie ouest. Plus de 6 000 victimes y ont été ensevelies, y compris 5 424 rien qu’en 1847. Auparavant, les enterrements sur l’île se faisaient dans des tombes individuelles. Débordés par le nombre d’enterrements à faire en 1847, les autorités durent avoir recours aux fosses communes. Les corps étaient placés dans des cercueils, lesquels étaient alors empilés trois de haut dans la terre. Il y avait si peu de terre sur l’île pour couvrir les fosses communes que des bateaux durent en apporter du continent.

Le même prêtre anonyme qui décrivait les conditions dans les vaisseaux donnait des soins aux malheureux bourrés dans les tentes : “À côté de chaque tente se trouvent des ordures en fermentation que personne n’a le temps d’enlever et, à l’intérieur, en deux ou trois rangées, gisent des squelettes vivants; avec à peine assez de paille où étendre leurs membres, hommes, femmes et enfants pêle-mêle; et si serrés qu’il est presque impossible d’y faire un pas sans marcher sur quelque partie de la masse qui respire encore. Presque tous souffrent de la dysenterie ainsi que de la fièvre, et ils sont trop faibles pour se traîner dehors, alors ils ne peuvent faire autrement que de se vautrer dans leur propre crasse. Ajoutez à cela la saleté générale des malades, la puanteur des loques dont ils sont couverts, et vous aurez une petite idée de la contamination à l’intérieur de ces taudis.

Sa description était tout aussi horrible pour les pauvres gens dans les édifices : “Dans les hangars les conditions ne sont guère tolérables pour les malades; les fenêtres qui ont pour objet de laisser pénétrer l’air frais laissent aussi pénétrer la pluie et le vent; il m’est arrivé plusieurs fois de voir de l’eau tomber abondamment sur les malheureux à l’agonie. L’air infectieux contient une puanteur épaisse qui ébranlerait les esprits les plus robustes. Ces abris ont entre cent et deux cents pieds de longueur. Au centre se trouvent deux rangées de lits superposés, alors les matières fécales de celui qui est dans le lit du haut tombent sur celui qui est couché dans le lit du bas.”

D’autres médecins, travailleurs et ecclésiastiques continuaient à arriver dans le chaos, mais c’était souvent un cas de “trop peu et trop tard”. Quand le logement à terre ne suffisait pas, les gens en santé devaient rester à bord avec les malades et les morts jusqu’à ce qu’on les autorise à débarquer. Même les chapelles catholique et anglicane avaient été converties en hôpitaux. En juin, 91 navires faisaient escale à la Grosse Île, ce qui donnait 15 000 immigrants en quarantaine en même temps. Parmi eux, au moins 2 000 étaient malades. Le typhus si contagieux fit des victimes parmi le personnel alors que médecins, aide-infirmiers, infirmières, travailleurs, policiers et membres du clergé tombaient malades. Plusieurs en moururent. Quand on apprit quelles étaient les conditions sur l’île, il devint de plus en plus difficile de recruter un nouveau personnel.

D’autres bâtiments arrivèrent en juillet et en août; et encore d’autres immigrants malades. Le nombre dans les hôpitaux, d’environ 1 450 en juillet, s’élevait jusqu’à plus de 2 000 le mois suivant. Malgré des règlements de quarantaine de plus en plus stricts au milieu du mois de juillet, de nouvelles éruptions de typhus continuaient à avoir lieu, et 225 à 325 personnes mouraient chaque semaine durant le mois d’août. Finalement, en septembre, le nombre d’immigrants commença à baisser et la moyenne de malades dans les hôpitaux diminua à 1 330. Les chapelles reprenaient leur rôle d’origine et le nombre de membres du personnel médical était réduit. À l’approche de l’hiver et de la fin de la saison du transport maritime, les autorités évacuaient le reste des patients vers Montréal et Québec et la plus grande partie du personnel quittait l’île. La saison d’enfer à la Grosse Île était finie.

* * *

La Grosse Île est restée le lieu d’un poste de quarantaire jusqu’en 1937. Durant la Seconde Guerre mondiale et après, c’est devenu l’endroit d’un établissement du Conseil de recherches pour la défense où l’on faisait des expériences de guerre biologique. En 1956, le ministère de l’Agriculture obtenait l’île pour s’en servir de poste de quarantaine pour les animaux importés.

Vu l’importance de la Grosse Île dans l’histoire de l’immigration canadienne, le gouvernement fédéral a recommandé en 1984 d’y établir un lieu historique national. La planification débuta de la façon la plus appropriée pour commémorer l’histoire de l’île autour du thème le Canada : terre d’accueil et d’espoir. Lors des consultations publiques qui allaient suivre, une grande partie de la collectivité irlandaise du Canada et d’autres gens ont exprimé leur colère à propos de ce qui à leurs yeux était une tentative d’atténuer les événements pénibles de 1847.

Leurs pétitions obtinrent du succès et aujourd’hui l’île, connue sous le nom de Lieu historique national du Canada de la Grosse-Île-et-le-Mémorial-des-Irlandais, sert à raconter toute l’histoire des événements qui s’y sont déroulés. Près de 30 000 personnes la visitent chaque année, voyageant par navette d’un bout de l’île à l’autre et s’arrêtant à plusieurs édifices qui y sont préservés, et dont plusieurs contiennent des artefacts et des expositions.

La partie la plus émouvante de l’île est peut-être celle de l’ouest, qui touche surtout aux événements de 1847. Le cimetière des Irlandais s’y trouve, lequel est marqué par quelques croix blanches désolées. Les tertres et les sillons longs et ondulants du cimetière témoignent des fosses communes. Non loin de là se trouve le Monument aux médecins, une petite stèle érigée par le docteur Douglas en l’honneur des six médecins qui sont morts entre 1832 et 1847. La croix celtique, un des plus importants symboles irlandais, érigée par l’Ancient Order of Hibernians en 1909 est un des monuments qu’on trouve sur l’île. Le monument en granite de 14 mètres érigé en haut de Telegraph Hill, l’endroit le plus élevé de l’île, sert à commémorer les gens qui ont fui la Grande Famine irlandaise. Le dernier honneur date de 1998, quand on a dévoilé un mémorial qui donne sur le cimetière. Il sert à honorer les immigrants, surtout irlandais, et les employés du poste qui ont été ensevelis dans l’île entre 1832 et 1847.

Grâce à l’engagement et au dévouement de plusieurs personnes, la Grosse Île aujourd’hui représente une des histoires les plus tristes de l’histoire canadienne, tout en commémorant respectueusement ceux qui sont morts à la recherche d’une meilleure vie dans une nouvelle terre.

Succès au Musée canadien de la guerre

Le nombre de visiteurs au nouveau Musée canadien de la guerre semble prendre exemple sur la ligne du toit qui va en s’élevant.

On s’attend à ce que le MCG aura enregistré son 575 000e visiteur avant le 31 mars. Cette étape dépassera de beaucoup le chiffre de 400 000 qu’on prévoyait en mai dernier comme total des visiteurs de la première année. “Nous avons dépassé cette prévision durant la semaine du Souvenir de 2005”, nous dit le président-directeur général du Musée Joe Geurts. “Par rapport aux quelques dernières années à l’ancien endroit, le nombre de visiteurs a plus que triplé…”

C’est une excellente nouvelle pour le musée et pour le Canada. La longue attente pour un meilleur établissement a porté fruits. Ici, finalement, nous avons enfin la preuve que les Canadiens s’intéressent beaucoup à l’histoire militaire de leur pays, et que si l’on bâti un édifice novateur avec l’espace qu’il faut, le public va s’y rendre. Et de plus, il va apprendre. “Nous sommes très heureux de ce succès”, dit M. Victor Rabinovitch, président-directeur général de la Société du Musée canadien des civilisations, laquelle comprend le MCG ainsi que le Musée canadien des civilisations. “Le nouveau musée sert à faire connaître aux visiteurs l’histoire militaire du Canada dans ses dimensions personnelle, nationale et internationale…

Un sondage des visiteurs du musée indique que les gens de tous les âges s’y intéressent beaucoup. Geurts dit que 42 pour cent des visiteurs avaient entre 39 et 58 ans, 28 pour cent avaient entre 12 et 27 ans, 21 pour cent avaient entre 28 et 38 ans et 9 pour cent avaient plus de 58 ans.

Geurts est bien content aussi du fait que le 31 janvier, le nombre d’élèves qui avaient visité le MCG s’élevait à plus de 65 000. Parmi les faits à remarquer : 30 pour cent des visiteurs sont venus en tant que partie d’une famille, et le musée attire plus de femmes que jamais auparavant.

Soit, l’importance du nombre de visiteurs de la première année a été en bonne partie causé par l’ouverture officielle, en mai dernier, mais le nombre d’élèves qui réservent entre avril et juin a augmenté et il y a nombre d’indications que le succès va se poursuivre.

Geurts dit que l’écho des visiteurs est très positif. Il dit que bien des gens ont identifié l’architecture inhabituelle de l’édifice, ainsi que ses expositions (le salon d’honneur de la Légion royale canadienne compris), comme raisons d’y retourner. De surcroît, le musée fonctionne bien aussi parce qu’il donne aux visiteurs un lien personnel avec le passé militaire du Canada.

Il y a aussi eu des visiteurs qui ont offert des critiques constructives. On a fait de efforts pour améliorer les services à la clientèle et les panneaux qui se trouvent dans l’édifice de 440 500 pi. ca. Mais la leçon qui est peut-être la plus importante a été apprise par Geurts, et par d’autres gens, le premier jour. “Il faut que nous soyons fidèles à notre mission. Nous devons soutenir nos efforts, et ne jamais oublier que ce que nous faisons marche vraiment. En même temps, nous devons maintenir la nouveauté et continuer de présenter l’aspect personnel de la guerre…

À l’avenir du MDG!

Éditorial – Comprendre la mission en Afghanistan

Les soldats canadiens savent pourquoi ils sont en Afghanistan. Ce qui n’est pas aussi clair, toutefois, c’est à quel point leur dernière mission est comprise par le public canadien. Malheureusement, beaucoup de Canadiens regardent encore ces soldats et leurs devoirs sous un jour périmé, un jour qui donne un sens classique aux mots maintien de la paix.

Le Canada et l’OTAN se sont engagés à stabiliser les états en déroute et à les aider à évoluer. La mission actuelle a deux composantes principales. D’abord il y a l’équipe de reconstruction provinciale (PRT). Son travail est de consolider l’autorité du gouvernement afghan à Kandahar et ses environs, dans le Sud-Afghanistan, et aider les autorités locales à stabiliser et reconstruire la région. Ensuite il y a la patrouille du Sud-Afghanistan, avec les troupes de l’OTAN, à la place des forces des États-Unis. En général, c’est une mission agressive et nos soldats vont certainement faire face aux Talibans et al-Qaïda.

On peut être sûr que cela va faire d’autres victimes. Les gradés et les soldats sur le terrain sont bien au courant de tout cela. En fait, le chef d’état-major de la défense, le général Rick Hillier, s’est entretenu à plusieurs reprises du danger auquel font face ses troupes pour dénicher et détruire les insurgés. Il croit que si nous n’exportons pas la stabilité, nous allons importer l’instabilité.

Ce qui est en jeu en Afghanistan, c’est le terrorisme et le totalitarisme qu’on doit y combattre. C’est un travail qui doit être fait et nos soldats ont été entraînés pour le faire. Pour parler franchement, le plan de l’OTAN est de neutraliser les méchants et pousser les militants de Kandahar vers la périphérie où on pourra les attaquer et les tuer. Le public doit réaliser que ce travail difficile et dangereux est celui qui offre la meilleure occasion d’apporter la démocratie à ce pays déchiré par la guerre qui espère la paix.

Nous nous devons de mieux comprendre, mais nous le devons surtout aux plus de 2 000 soldats canadiens et aux autres Canadiens qui mettent leur vie en danger là-bas.

La mission de l’ONU au Soudan

Sur un sentier défoncé à trois heures au nord-ouest de Juba, profondément dans l’intérieur du territoire soudanais encore livré à l’anarchie, le lieutenant-commander Hugh Son voit le premier groupe de guerriers dinkas de Bor. Ces membres de la tribu nomade Dinka, grands et débraillés, sont bien armés et imprévisibles. L’un d’eux porte un AK-47 à l’épaule et il tient une longue lance argentée, un autre a un AK-47 au dos et à la main une hache noircie, l’acier de la lame étant aiguisé et luisant.

Son, en tenue de corvée du désert des Forces canadiennes, conduit lentement le camion blanc des Nations unies. Les Dinkas s’arrêtent et le regardent fixement. Le navigateur de Son, le lieutenant-colonel Edwin Sanchez d’El Salvador, sourit aux terroristes. Ils restent de marbre. Tous dans le camion font silence. En tant qu’observateurs des Nations unies, ni Son ni Sanchez ne sont armés.

Quelque part, peut-être à deux minutes derrière le véhicule de Son, la force de sécurité bangladaise bien armée s’efforce de les rattraper.

Le gros tout-terrain de Son avance au ralenti devant le premier groupe. À droite il y a d’autres membres des tribus qui se tiennent quelque peu stratégiquement dans l’herbe haute à une certaine distance de la route. Personne ne bouge et il n’arrive rien.

Son a passé les premiers guerriers dinkas de Bor mais sa mission est loin d’être terminée. Il a encore deux heures de route à faire dans cette savane ondulante avant d’atteindre le village de Rokon qui se trouve en première ligne où il va discuter de l’avenir avec un colonel de l’armée soudanaise nommé Ali.

Il savait depuis le début que cette patrouille serait dangereuse. Les Dinkas de Bor, déplacés par la guerre, conduisaient quelque 1,5 million de bestiaux à travers le Sud du Soudan lors d’une longue marche jusqu’à chez eux. La veille de la patrouille, les Dinkas participaient à une fusillade durant laquelle plusieurs personnes de la localité ont été tuées. De plus, les routes sont minées et selon les rumeurs, le groupe rebelle terrifiant du nom d’Armée de résistance du Seigneur (ARS) serait dans les parages. Deux agents de police de l’ONU ont refusé d’accompagner la patrouille de Son, soutenant que le risque d’une attaque de l’ARS était trop grand.

Rien de simple au Soudan. Du Nord arabe poussiéreux au Sud luxuriant, le plus grand pays d’Afrique est déchiré par les tensions religieuses, ethniques et économiques. Un petit peu plus grand que le Québec, le Soudan a 40 millions d’habitants, 134 langues et des douzaines de tribus dont de nombreuses ont une longue histoire d’animosité. Non seulement le pays est-il vaste mais, situé en Afrique du Nord-Est, il chevauche la division entre l’Afrique du Nord islamique et le Sud tribal chrétien.

Toutefois, la tension entre le Nord et le Sud n’est pas seulement causée par la religion et l’ethnie. La découverte d’importants gisements pétroliers au Soudan, et les revenus générés par les pays voulant exploiter ces nouvelles ressources à n’importe quel prix, a jeté de l’huile sur le feu. Le gouvernement islamique de Khartoum, qui a appuyé l’Iraq à la première guerre du Golfe et donné asile à Oussama ben Laden durant les années 1990, a une longue histoire de marginalisation des régions isolées, comme le Sud, et il réserve les ressources nationales pour la population concentrée dans la capitale. La situation à Darfur, au Soudan de l’Ouest, où les conflits ont causé la mort de centaines de milliers de personnes ces dernières années, est la plus longue des guerres civiles brutales.

Il y a à peine plus d’un an qu’une paix fragile s’est installée au Sud-Soudan. Après presque 50 ans de guerre sporadique et plus de deux millions de morts, les combats entre le gouvernement du nord et les rebelles du sud ont quasiment arrêté. L’accord de paix signé en janvier 2005 est la raison pour laquelle des troupes canadiennes sont actuellement au Soudan.

En mars 2005 l’ONU acceptait d’envoyer 10 000 mainteneurs de la paix pour surveiller l’accord, faciliter la démobilisation paisible de soldats et aider des millions de personnes déplacées, comme les Dinkas de Bor, à retourner chez eux.

Lorsque le déploiement sera terminé, il y aura 750 observateurs militaires de l’ONU (OMONU) et une force de protection de quelque 4 500 soldats. Le reste des 10 000 font partie du personnel de soutien, logistique et civil.

L’ONU va être au Soudan au moins durant les prochains six ans. Actuellement, des soldats de plus de 50 pays sont déployés tranquillement à travers le Sud. Il y a des Mongols, des Égyptiens, des Boliviens, des Chinois, des Russes, des Grecs et beaucoup d’autres. Vers la fin de 2005, quand la première vague de soldats y sont allés, c’était clair aux yeux de beaucoup d’entre eux que la situation était encore instable. On a simplement un sentiment, tout au moins à Juba, la capitale du Sud, que le conflit n’est pas complètement terminé. Tous les jours les deux côtés apportent les mortiers, s’approchent de leurs canons et se préparent à défendre leur territoire. “Ils ont une longue histoire de guerre, c’est tout ce qu’ils savent”, dit le capitaine Sam Perreault, un OMONU d’Ottawa. “Ils sont armés et ils sont agressifs. Il ne manque qu’une étincelle.”

Son, Perreault et plus de 20 autres OMONU sont aux premières lignes de l’effort ayant pour but d’empêcher cette étincelle de rallumer le Sud-Soudan. Les OMONU, vivant en petits groupes parmi les Soudanais, sont les yeux et les oreilles du Conseil de sécurité de l’ONU. Les OMONU vérifient que les deux anciennes parties du conflit obéissent à l’accord de paix et que d’autres groupes armés, comme les Dinkas de Bor, ne causent pas trop de problèmes, en patrouillant, en parlant aux soldats locaux et en inspectant les sites militaires.

Mais les OMONU ont un autre rôle à jouer qui est peut-être plus important que la collecte de renseignements. Ils sont une indication pour les gens de la localité qui ont souffert si longtemps, rien que par leur présence, que la communauté internationale est vraiment là, qu’elle aide vraiment. “La situation est vraiment compliquée ici”, dit Alan Bones, un chargé d’affaires de l’ambassade canadienne à Khartoum. “La guerre civile vraiment horrible qui a eu des conséquences dévastatrices pour le Sud a duré longtemps. Il est dépourvu d’infrastructure et plusieurs générations ont perdu leurs moyens d’existence, leur éducation et leurs familles. Alors c’est vraiment important que la communauté internationale soit considérée comme servant à consolider la paix maintenant que les parties se sont mises d’accord de déposer les armes.

Malheureusement, le groupe le plus hostile au Sud-Soudan, l’ARS, n’a pas accepté de déposer les armes. Surnommé ‘tong-tong’ dans la région, l’ARS est un retour de souffle d’un ancien effort européen qui devait servir à stabiliser le Soudan. Leur leader, un sauvage messianique appelé Joseph Kony, croit qu’il est possédé par l’esprit d’un missionnaire italien qui a vécu dans la région. L’ARS, renommée pour son barbarisme incroyable (ses membres attaquent les bébés à la machette, sont cannibales et forcent des enfants à tuer leurs parents), est un résultat qu’aucun missionnaire n’aurait désiré.

Le but supposé de Kony est de renverser le gouvernement de l’Ouganda, le pays voisin, et d’y imposer une sorte de fondamentalisme chrétien. Kony, basé au Sud-Soudan depuis le début des années 1990, a formé une armée en kidnappant des milliers d’enfants et commencé à attaquer des cibles de l’ONU, ayant tué dernièrement un démineur suisse. “L’ARS est un élément dévoyé particulièrement brutal qui, d’après moi, devrait être supprimé”, dit le brigadier-général canadien Greg Mitchell, qui a passé six mois en 2005 au poste de commandant de la mission de l’ONU au Soudan. “Mais ce n’est pas facile à faire parce que le territoire est vaste, les capacités de l’ARS sont plutôt grandes et ses capacités de terrorisme sont encore plus grandes, alors ses membres ont une réputation qui fait que les gens en ont peur; même les militaires ont peur d’eux. Mais il faut qu’on s’en occupe, d’une façon ou d’une autre, et le plus vite possible.”

La mission de l’ONU au Soudan est essentiellement d’empêcher le chaos de gagner du terrain. Dans n’importe quelle situation d’après-conflit, il y a une période où l’espoir point et où la paix est possible. Si le progrès est lent ou irrégulier, l’espoir risque de disparaître et les nations de l’Ouest ne veulent absolument pas faire partie des hostilités au Soudan. C’est pour ça que le rôle des OMONU est si important. Ils sont, chichement éparpillés à travers toute la largeur du Soudan du Sud, des présages de paix sans armes qui se servent de raisonnement et de bienveillance pour amener les anciens combattants réticents et des fois méfiants à renoncer à se battre. Ses OMONU sans armes vont dans les endroits où les armées ont peur d’aller, littéralement. “Normalement, on voit les militaires comme des gens porteurs de fusils et tueurs, alors que quand on est OMONU, on n’a pas ce sentiment-là, on nous considère comme des gens qui essaient de leur apporter de l’aide”, dit Son, qui était officier naval de lutte au-dessus de la surface avant d’être muté au directorat de la politique d’instruction et d’éducation des Forces canadiennes à Ottawa.

“Nous sommes ici pour les aider à maintenir la paix. Nous ne les obligeons pas à faire quoi que ce soit. Nous voulons simplement les aider à rétablir leur pays, les aider s’il y a un désaccord entre deux factions, les aider à aplanir les difficultés, sinon ils recommencent la guerre.”

Ce n’est pas la première fois que les Canadiens ont montré le chemin au Soudan. Durant les années 1880, quand le Soudan était une frontière de l’empire britannique, un groupe de quelques centaines de voyageurs canadiens ont été engagés pour diriger une colonne le long du Nil dans le but de relever un général anglais du nom de Charles Gordon. Malheureusement, Gordon a été transpercé d’un coup de lance et décapité avant que les Canadiens n’arrivent pour lui sauver la mise. Les Britanniques se sont vengés quelques années plus tard quand ils ont repris Khartoum, cette fois-là avec l’aide de la nouvelle mitraillette Maxim et un jeune soldat de cavalerie du nom de Winston Churchill.

Il est clair que cette mission de l’ONU au Soudan n’est pas la première fois que des étrangers ont essayé de rétablir l’ordre dans cette partie de l’Afrique. Les Européens ont essayé de sauver le Soudan de temps en temps durant plus d’un siècle. Durant le règne britannique jusqu’en 1956, le Soudan était officiellement divisé en Nord et Sud. En conséquence, il y a eu une guerre périodique entre les deux moitiés du Soudan depuis que les Britanniques sont partis.

Mais maintenant l’ONU est arrivé à Khartoum et cette fois-ci on a l’intention de faire les choses comme il faut. Bien entendu, l’Afrique fait de drôles de choses aux meilleures intentions des étrangers.

Khartoum, où le Nil blanc et le Nil bleu se joignent, tout juste au sud du désert du Sahara, est une ville de 4,5 millions de personnes. Bien qu’elle soit loin de la guerre qu’il y a à Darfur, de l’agitation tribale du Sud et de la violence de l’Est, la tension est encore évidente. À l’extérieur des édifices du gouvernement il y a des camionnettes Toyota dans la benne desquelles une mitrailleuse lourde a été boulonnée. Il y a partout des gens mystérieux et pressés. C’est le genre d’endroit où les journalistes se font arrêter par la police secrète pour avoir photographié des arbres.

Dans la partie particulièrement ensablée de Khartoum absurdement appelée la ville jardin, la mission de l’ONU au Soudan (UNMIS) s’est installée et y a grandi jusqu’à devenir un enclos cerné de fil de fer barbelé et d’un mur très haut. Sous une tente à la cafétéria extérieure, des soldats et des employés de l’ONU venus du monde entier s’assemblent pour boire un thé laiteux et penser à leurs options. Le nombre de motifs de camouflage est déroutant. Indien, bangladais, australien, pakistanais, rwandais. Certains des dessins les plus intéressants semblent servir à se faire remarquer plutôt qu’à se cacher. Le bleu et le violet vifs des paramilitaires soudanais en sont un bon exemple. Au milieu de ce cirque multinational se trouvent les Canadiens, portant un uniforme conçu par ordinateur comparativement raisonnable.

Un réserviste aimable et énergétique du King’s Own Calgary Regiment, le major Joe Howard, au quartier général de l’UNMIS à Khartoum, travaille aux relations civiles-militaires. Tous les jours il marche 40 minutes à travers la circulation folle de la ville pour arriver à son bureau à air climatisé, dans un conteneur d’expédition, au milieu de l’enclos des Nations unies. Quand cela faisait deux ou trois mois qu’Howard était là, il a entrepris une nouvelle routine où il s’arrête prendre le thé avec une dame édentée, pourchassé par une meute de chiens et se fait souvent apostropher par un gars du coin qui crie “Yankee go home”.

“Il n’y a pas de problème au Soudan”, dit l’aimable Howard, qui n’a pas encore réussi à empêcher le servant de son propriétaire à utiliser sa salle de bain. “Tout est simplement ‘pas de problème’. Et on n’a qu’à adopter cette attitude parce qu’il se pourrait fort bien qu’on n’ait pas les moyens de résoudre le problème de toute façon.”

Le major-général bangladais Fazle Akbar est probablement d’accord avec Howard qu’il n’existe pratiquement rien de plus difficile qu’un problème soudanais. En tant que commandant de l’UNMIS, Akbar, en fin de compte, est responsable de toutes les opérations militaires de l’ONU au Soudan, y compris le déploiement des OMONU.

Vers la fin de 2005, l’UNMIS avait 60 pour cent de retard en ce qui concerne le déploiement et Akbar commençait à s’inquiéter que l’UNMIS perdait de sa crédibilité sur les lieux. Un des problèmes principaux était que l’équipement pour les milliers de soldats de l’ONU qui attendaient d’être déployés devait être transporté par voie terrestre du Kenya. Mais les routes sont minées et un vrai bouchon avait été créé à cause des attaques des démineurs par l’ARS. “C’est un effet séquentiel”, dit Akbar. “Si le déminage est arrêté, nous ne pouvons pas dégager la route, alors nous n’avons pas l’équipement, alors nous ne pouvons pas avoir les soldats. Actuellement, nous n’avons qu’une seule compagnie de soldats et nous devons nous occuper de la protection des démineurs, et bien entendu, celle des OMONU, vu qu’on ne peut pas les laisser aller n’importe où se faire attaquer ou tuer par l’ARS. Alors nous sommes plutôt handicapés.”

Effectivement, il y a toute une liste de problèmes dont Akbar a la responsabilité mais dont il n’a guère le contrôle. Il lui faut des hélicoptères, mais très peu sont disponibles. Il lui faut des fonds pour financer les nouvelles unités militaires mixtes, mais il n’y en a pas. Il lui faut se débarrasser de l’ARS, mais il ne peut trouver de façon de le faire. Parmi tous ces problèmes, toutefois, en l’occurrence, rien ne frustre Akbar davantage que l’inefficacité de l’ONU elle-même. “Le système de l’ONU a sa propre logistique, qui fait partie de la division du soutien des missions, et la responsabilité de déployer les gens sur le terrain lui appartient. Savez-vous, dans l’armée, tous les éléments sont sous un même commandement, et quand un commandant fait un plan, il s’assure qu’il y ait le soutien dont il a besoin et ensuite il peut réguler le plan. Mais ici je n’ai pas les services de soutien dont j’ai besoin sous mon commandement, alors il ne s’accorde ni ne fonctionne jamais en tandem. C’est ça qui m’a frustré le plus.”

Cette division de la logistique de l’ONU a eu une conséquence directe pour plusieurs OMONU canadiens, car Akbar a ordonné une modification de la procédure qui risque de s’avérer dangereuse à cause des retards constants. “D’après le concept opérationnel, les éléments de protection sont les premiers, les éléments médicaux suivent et les OMONU sont les derniers. Dans une telle situation, je ne pouvais pas attendre infiniment pour arriver sur le terrain, pour faire acte de présence”, dit Akbar. “Alors j’ai pris le risque de mettre les OMONU en premier, le médical ensuite et la force de protection en dernier. Si j’avais suivi le concept opérationnel, croyez-moi, nous ne comprendrions qu’un dixième de ce que nous comprenons maintenant en ce qui concerne la situation.”

Conséquemment, quand le capitaine Sam Perreault a été déployé en octobre à Maridi, à l’ouest de Juba, les autres OMONU et lui vivaient dans des huttes précaires sans force de protection ni de soutien médical rapproché.

Les gens de Maridi se sont révélés extrêmement aimables envers Perreault et les autres OMONU, et pas une seule fois n’a-t-il senti qu’ils étaient dangereux. Les mines, d’un autre côté, l’ont inquiété; mais même les mines n’étaient pas aussi mauvaises que la perspective d’une attaque de l’ARS. “Je ne pouvais faire autrement que d’y penser, à la situation concernant l’ARS, parce qu’elle a attaqué une ou deux fois pendant que j’étais à Maridi, à 20 ou 30 kilomètres de là-bas”, dit Perreault, qui vient de finir ses études de droit et pour qui c’était le premier déploiement dans les Forces canadiennes. “Pendant la journée, quand on était en patrouille, je n’y pensais pas beaucoup. Même si au fond de moi-même c’était comme, est-ce que c’est aujourd’hui mon dernier jour sur terre? La nuit, le seul temps où je pensais à l’ARS c’était quand toutes les lumières étaient éteintes et qu’on allait se coucher, et que la seule chose entre elle et nous c’était un mur en bambou.”

Avant d’être déployés au Soudan, les OMONU canadiens ont un mois de préparation intense au Centre de formation des Forces canadiennes pour le soutien de la paix à Kingston (Ont.). C’est là que Perreault a appris les trucs du métier : quoi dire pour traverser les postes de contrôle, désamorcer les situations hostiles, mériter la confiance des combattants locaux et des douzaines d’autres habiletés. “Je crois que tout pays qui désire la paix, mérite la paix. Nous sommes chanceux au Canada, alors il faut que les gens comme moi et tous mes collègues viennent le faire, quelqu’un doit le faire. Et si c’est la manière qu’il faut le faire, sans armes, eh bien c’est comme ça qu’on va le faire. C’est pour ça que je me suis engagé.”

Bien que l’idée d’envoyer des soldats en uniforme sans arme à des endroits comme le Soudan soit un peu étrange, il y a peut-être de bonnes raisons de le faire. D’après la théorie, tout au moins, donner des armes courtes ou des fusils aux OMONU ne ferait qu’augmenter les risques. Afin de les protéger vraiment contre une force armée hostile, il leur faudrait bien plus qu’une arme personnelle. “Les observateurs sont sans arme par exprès et militaires par exprès”, nous explique le brigadier-général Mitchell. “Il faut une expertise militaire, mais en étant sans arme, on ne constitue une menace pour personne. Quant aux individus eux-mêmes, leur protection c’est qu’ils ne sont pas une menace. C’est la théorie et ça marche dans bien des endroits et il y a des endroits où ça ne marche pas.”

Quant à la patrouille du lieutenant-commander Hugh Son devant les guerriers dinkas de Bor et jusqu’à Rokon, personne n’était désireux de tester la théorie selon laquelle être désarmé est une protection. À la place, deux camions de soldats bangladais avaient reçu l’ordre d’accompagner la patrouille. Chose inquiétante, ils avaient 40 minutes de retard au début de la patrouille. “Ce n’est pas la meilleure chose que d’avoir un contingent de la force de protection en retard”, dit Son, “car ce sont là les gens sur qui il faut compter. Alors le simple fait qu’ils ne pouvaient pas être à l’heure m’inquiétait; pouvons-nous compter sur ces gars au moment crucial?”

Après cinq heures de soubresauts le long des chemins de terre, Son a finit pas arriver à Rokon, un petit village qui est essentiellement une base de l’armée soudanaise. Là, après quelques civilités tendues, Son est allé faire une petite promenade avec le commandant de la base, le grand et énigmatique colonel Ali. Ils ont parlé de la force des troupes, des redéploiements et aussi de ce que l’avenir pouvait réserver à Ali. “Un des messages que j’espérais lui transmettre, et je le lui ais réellement dit, c’est qu’un jour lui et moi pourrions peut-être aller en mission pour l’ONU ensemble, qu’un jour le Soudan pourrait envoyer des troupes, tout comme le Rwanda envoie des troupes au Soudan”, dit Son.

Selon un autre exemple de procédures opérationnelles de l’ONU qui risquent d’être désastreuses, après être revenu de patrouille, Son est harangué dans la cafétéria par une Australienne véhémente du bureau de l’ONU qui s’occupe de l’alerte au danger des mines à Juba. Elle prétend que la route vers Rokon n’était pas déminée et que l’on y avait découvert des mines à peine quelques jours avant. Bien sûr, Son était passé par le bureau avant d’aller en patrouille, mais l’Australienne n’y était pas et il semblerait qu’elle n’avait dit à personne, pas même à son patron, qu’elle savait que la route de Rokon était dangereuse. Selon un hasard étrange, aucun des membres du personnel de l’alerte au danger des mines ne pouvait préciser où et pourquoi les communications avaient été interrompues, ni qui avait la responsabilité de faire en sorte que ça ne se renouvelle plus jamais. “Au moins maintenant nous savons que la route était dégagée jusqu’à Rokon, en ce jour particulier. Je ne sais pas si on peut dire la même chose pour demain, mais au moins nous savons qu’en ce jour-là il n’y avait pas de mines”, dit Son en grommelant, visiblement mécontent à propos de l’incident.

Ce n’est pas facile de s’imaginer le Soudan. Les mots nous font défaut pour décrire ce qui se passe aux abords d’un endroit comme Juba. Tout est bouleversé et raté. Il y a des ordures et des eaux-vannes partout, les maisons sont en boue, et beaucoup d’entre elles sont brisées. Les enfants, bien dans la troisième génération de guerre brutale, vous dévisagent avec un mélange d’incompréhension et d’émerveillement. “C’est tout à fait différent du Canada”, dit le lieutenant-colonel Michael Goodspeed, un OMONU de Kingston qui a un poste d’officier d’état-major au quartier général de l’ONU à Juba. “Le degré de souffrance et de douleur est incroyable. Je vois des gens qui ont évidemment très faim et qui sont malades.”

Goodspeed, comme nombre de soldats à Juba, est très dévoué quand il s’agit d’aider les enfants aux deux orphelinats locaux. Mais même maintenant, après toute l’assistance, ces gamins vivent encore dans des conditions sordides. Ils sont couverts de crasse et de mouches, ils n’ont que très peu de nourriture et la maladie est vraiment un problème. Goodspeed fait tout ce qu’il peut pour les aider, mais les fonds sont peu abondants. Au plus petit orphelinat, où les gamins font des sculptures pour le commerce touristique inexistant, Goodspeed a passé une grosse commande pour des sculptures servant de cadeaux officiels de l’ONU. “Ce sont certainement les populations les plus vulnérables. Ces enfants, pour diverses raisons, ont vécu des horreurs terribles et maintenant ils se retrouvent complètement seuls. Et on peut faire quelque chose durant nos heures libres, alors c’est ce qu’on fait. On est en train de réparer leur orphelinat”, dit Goodspeed.

Voir ces tout petits, des bébés avec le ventre gonflé et des petites filles en robes sales et déchirées, nous fait voir d’un autre oeil la réalité que sont les efforts du Canada en vue d’aider un endroit comme le Soudan. La nouvelle politique officielle d’Ottawa c’est que le Canada est responsable de la protection des innocents en danger. Elle est basée sur le principe que nous devons les aider parce que nous le pouvons. Quand on voit ces orphelins, il est clair que c’est une bonne idée, mais dans un cas comme à Darfur, où la protection des civils risque de vouloir dire qu’il faut se battre, les conséquences ont une grande portée. “Sans trop y réfléchir, j’ai beaucoup d’affinités avec la responsabilité concernant le projet, mais je pense que la guerre, comme le disait Lénine, est un pas dans la noirceur”, dit un Goodspeed pensif, qui a publié un livre sur la guerre moderne. “Quand on va en guerre, et admettons-le, quand on protège quelqu’un, il s’agit de combattre, on réalise à quel point la guerre est complexe, qu’on vient de multiplier toutes les variables et, sans mentionner spécifiquement le Soudan, je pense qu’il faut faire très très attention à la façon dont on choisit les combats où s’engager.

Au Sud-Soudan tout au moins, le combat a déjà commencé. Malgré la bureaucratie de l’ONU, il est tout à fait possible qu’avec l’aide des OMONU, le Sud finisse par passer à travers et devenir un endroit où un jour les touristes pourront aller faire un safari. Bien entendu, en premier lieu il faut s’occuper de l’ARS.

En plus des défis pratiques, toutefois, il y a aussi, en arrière-plan qui persiste, l’histoire des tentatives manquées de faire le bien au Soudan, et ailleurs en Afrique. Les problèmes dans ces endroits ont tendance à être tenaces et les meilleures intentions ne suffisent pas. “C’est un pays aux complexités infinies et subtiles”, dit Bones, le chef de l’ambassade du Canada au Soudan. “S’il existait des réponses faciles aux problèmes d’ici, on les aurait trouvées il y a longtemps. La raison pour laquelle le Soudan est toujours un problème à tous points de vue c’est parce qu’il n’existe pas de réponse facile. Ce qu’on doit faire c’est le mieux qu’on puisse dans les circonstances et espérer, comme les médecins, que ce qu’on fait n’empire pas les choses.”

Le Soudan soulève des questions importantes. Des millions de personnes y sont déjà mortes et la violence continue. Qu’est-ce que les Canadiens représentent? Pour quelles causent accepteraient-ils de se battre? Les Canadiens ont-ils la responsabilité de protéger les petites filles africaines du mal?

Pour les soldats canadiens au Soudan, ceux qui se sont portés volontaires et qui ont accepté de risquer leur vie, les réponses franches à ces grandes questions sont crues. “Dans ce monde”, dit Goodspeed, “dans ce monde globalisé où nous vivons, on ne peut pas se détourner en disant ‘Il y a un trou dans votre côté du bateau, qu’est-ce que vous allez faire?’ Nous sommes dans le même bateau.”

Aux yeux des soldats, il s’agit d’un devoir qui ressemble beaucoup au sauvetage de l’Europe contre les nazis ou de la Corée contre les communistes. Il s’agit de protéger l’innocent du mal et de le libérer de l’oppression, malgré les risques. Il s’agit d’un travail pour des soldats. “D’après mois, tout ceci fait partie de la mission des Forces canadiennes qui est d’apporter la paix et la sécurité dans le monde”, dit Son. “Si on ne s’en mêle pas, personne d’autre va le faire. C’est comme si vous voyez quelqu’un qui se fait attaquer et que vous ne fassiez rien, parce que vous ne voulez pas vous en mêler, parce que vous ne voulez pas vous faire faire mal. Voyez-vous, ces gens ont besoin d’aide et on doit contribuer, on ne peut pas en parler seulement, on doit vraiment faire quelque chose.”

À votre service – Mettre de l’ordre dans les pensions

Actuellement, d’après la Loi sur les pensions, tout argent payé à un vétéran des Forces canadiennes comme indemnité d’une invalidité résultant du service militaire, est neutralisé par le montant de l’invalidité de longue durée (ILD) que paie le Régime d’assurance-revenu militaire (RARM) en tant qu’avantage de remplacement de revenu mensuel.

L’ILD du RARM garantit aux membres des Forces canadiennes 75 pour cent de leur ancien salaire pendant une période pouvant aller jusqu’à deux ans s’ils sont remis à la vie civile à cause d’une invalidité résultant du service. Les paiements peuvent continuer jusqu’à l’âge de 65 ans si le membre reste invalide. Toutefois, l’ILD du RARM ne paie pas nécessairement les 75 pour cent au complet. En fait, on tient compte de toute autre source de revenu que l’ancien membre obtient et cela neutralise le montant que le RARM paie directement.

La pension d’invalidité d’Anciens combattants Canada, bien qu’on ne la considère pas comme un revenu mais bien un avantage d’invalidité pour indemniser d’une blessure soufferte en service, est vue comme une source de revenu par le RARM. Il y a contradiction, car les membres qui servent encore peuvent obtenir une pension d’invalidité d’ACC tout en recevant leur salaire en entier.

De plus, suite à l’entrée en vigueur de la Loi sur la rééducation et l’indemnité des membres des Forces canadiennes et des anciens combattants, cette iniquité va probablement être corrigée mais ces clauses ne seront pas rétroactives. Les gens qui obtiennent des avantages d’ACC conformément à la Loi sur les pensions vont continuer d’obtenir des avantages du RARM réduits.

Par exemple, prenons deux caporaux-chefs qui servent dans la même unité, les deux sont mariés et ont un enfant chacun, et ils ont tous deux huit ans de service militaire. Le cplc A souffre d’une blessure qui le rend invalide en permanence. Mais l’invalidité n’est pas assez sévère pour l’empêcher de continuer à servir dans les Forces canadiennes. On juge qu’il a droit à une pension d’invalidité d’ACC de 20 pour cent, ce qui revient à une pension d’invalidité mensuelle de 550 $ à peu près. Pour autant que cela ne s’aggrave pas, il devrait continuer à recevoir au moins ce montant, libre d’impôt, le reste de ses jours. S’il servait encore 20 ou 25 ans, il prendrait sa retraite avec une pension de retraite basée sur le salaire qu’il aurait à un grade supérieur à celui où il eut été blessé. Sa pension d’ACC ne serait jamais en danger, ni ne la considérerait-on comme un revenu, même après qu’il ait pris sa retraite.

Le cplc B est blessé aussi mais sa blessure est bien plus grave, au point où il est rendu à la vie civile comme étant inapte pour raison de santé. On lui octroi une pension d’invalidité d’ACC de 70 pour cent, ce qui revient à environ 1 950 $. Son affaiblissement est si grave qu’il n’a guère de chances d’obtenir d’emploi au civil. Avec huit ans de service seulement, il n’aura pas droit à une pension de retraite. D’après les avantages d’ILD du RARM, il n’aura droit qu’à 75 pour cent de son salaire des FC. Malheureusement, la valeur de la pension que lui remet ACC sera soustraite de ce que lui paie l’ILD du RARM.

Ces deux exemples très ordinaires démontrent une injustice dans les avantages d’ILD du RARM qu’il faut corriger. Les avantages de pension d’invalidité d’ACC ne sont pas un revenu. Cette réalité est reconnue par la Loi sur la rééducation et l’indemnité des membres des Forces canadiennes et des anciens combattants, qu’on appelle souvent la nouvelle Charte des anciens combattants, et qui offre un montant singulier libre d’impôt pour dédommager des souffrances et douleurs.

La Légion a demandé au ministère de la Défense nationale et au RARM de corriger cette iniquité.

Nouveau programme de placement

Comme on en a discuté auparavant, un programme de placement va être mis en oeuvre pour les vétérans des Forces canadiennes en vue de les aider à rentrer dans la main-d’oeuvre civile par l’entremise d’une formation de recherche d’emploi, de l’amélioration des compétences, et de l’assistance pour trouver un emploi. La Légion royale canadienne est en train d’étudier la possibilité de jouer un rôle dans le programme de placement où, parmi d’autres responsabilités, des bénévoles entraînés ayant accès à une base de données numérique fournie par l’entrepreneur pourraient assister les vétérans des Forces canadiennes à trouver un emploi adéquat grâce à un matériel de marketing et à d’autres ressources.

Du point de vue de la Légion, cela pourrait servir à établir un bon rapport avec les vétérans des Forces canadiennes, la source logique de recrues. Ce programme pourrait fonctionner selon un processus semblable au projet d’étude des soins de longue durée si réussi qui a été mené par des bénévoles de la Légion. Si participer à un tel travail vous intéresse, veuillez prendre contact avec le directeur Pierre Allard du Bureau national des services au 613-235-4391 ou par courriel au pallard@legion.ca.

À votre service est écrit par des agents des services du Bureau national des services.

Bob Smellie 1923-2005

Il a servi son régiment, la Légion, sa province et son pays. Le vétéran du jour J Robert Gordon Smellie, qui a été lieutenant-colonel honoraire des Royal Winnipeg Rifles, président national de la Légion, ministre provincial des affaires municipales et bénévole toute sa vie, a succombé, le 29 septembre, à une bronchopneumopathie obstructive chronique, à l’Hôpital Victoria de Winnipeg. Il était âgé de 82 ans.

“Bob était principalement un homme très intègre, et très direct”, dit Jean Smellie, son épouse depuis 25 ans. “Il n’a jamais reculé devant quoi que ce soit qu’il croyait de son devoir de redresser. Il venait d’une petite ville et n’a jamais perdu ces valeurs.”

Un des quatre enfants de George et Jessie Smellie, il est né en 1923 et a grandi à Russell (Man.). Il a interrompu son éducation au collège Brandon pour servir dans les Royal Winnipeg Rifles durant la Seconde Guerre mondiale. Quelques semaines à peine après avoir survécu aux débarquements du jour J, ce jeune soldat a été blessé et a été ramené en Angleterre pour s’y faire soigner. Après son rétablissement, Smellie a obtenu son brevet en tant que lieutenant.

Quand la guerre est finie, il a repris son éducation et épousé Lois Cochrane de Silverton. Pendant qu’ils élevaient trois filles Susan, Carol et Linda, l’ancien combattant a installé son cabinet d’avocat à Russell. Il s’est aussi lancé en politique, est devenu député de l’Assemblée législative du Manitoba de 1958 à 1966 et a été ministre des affaires municipales dans le gouvernement conservateur de Duff Roblin de 1963 à 1966. Quelques années plus tard, Smellie entrait à la société d’avocats Aikins MacAulay de Winnipeg.

Durant ce temps-là, il s’engageait de plus en plus à la Légion. Smellie est entré à la filiale Crescentwood-River Heights de Winnipeg en 1948, et il est ensuite devenu membre de la filiale Russell. Il a grimpé les échelons plus vite que d’habitude, devenant président de la filiale en 1954 et, après un certain temps, a été élu vice-président de la Division du Manitoba-Nord-Ouest de l’Ontario, en 1963.

Smellie faisait partie d’un groupe de jeunes membres qui, durant les années 1960, a réorganisé de fond en comble le leadership de la Légion et fini par remplacer la ‘vieille garde’ composée de membres de la Première Guerre mondiale. En 1968, Smellie était élu troisième vice-président national, et il obtenait le poste de président en 1972. À cause de son jeune âge et de son expérience du leadership relativement courte, le jeune avocat a dû travailler très fort pour mériter le respect de ses collègues, mais il l’a fait. Il faisait partie des dirigeants disposés à la réforme qui ont réussi à faire accepter les fils et les filles des anciens combattants en tant que membres associés durant les années 1970.

Sa grande estime envers la Légion est une chose qu’il a transmise à sa famille, dit Jean Smellie. “Il voulait que ses petits-enfants sachent combien l’expérience l’avait affiné quand il était jeune, et à quel point la camaraderie de la Légion lui était importante.” Travailler pour l’organisation lui donnait aussi l’occasion de voyager et c’est lors d’un voyage à Londres (Angleterre), à l’occasion d’un congrès de la Ligue des anciens combattants du Commonwealth qu’il a rencontré Jean, sa deuxième épouse.

Jean Smellie dit que son mari parlait à l’occasion de son service, et qu’il était fier de représenter son régiment en tant que lieutenant-colonel honoraire lors d’un voyage marquant le 45e anniversaire du jour J. En Normandie, “nous avons rencontré les gens qui possédaient la ferme dans le verger de laquelle certains de ses copains et lui avaient creusé des tranchées. Nous avons conduit à travers la campagne et sommes allés à Carpiquet, là où il a été blessé.” Le couple a aussi fait une visite émouvante au Château d’Audrieu, où 22 membres de son régiment et plusieurs autres Canadiens prisonniers de guerre ont été assassinés par les Allemands le 8 juin 1944. Jean dit que son époux a été chanceux d’avoir évité ce sort. “C’était en quelque sorte comme ‘Grâce à Dieu…’.”

Bob Smellie a continué de se dévouer à sa famille et de servir sa collectivité au cours de ses dernières années. En plus de se porter volontaire au Centre Deer Lodge pour anciens combattants à Winnipeg, et à des organismes comme la Fondation du coeur et les barreaux du Manitoba et du Canada, il est entré au Corps canadien des commissionnaires en 1978, en devenant le président national en 1995. On lui a décerné la Médaille du Jubilé de la reine en 2003.

Les Royal Winnipeg Rifles ont organisé un service commémoratif pour Smellie, en octobre, au manège militaire Minto. Portent le deuil de cet ancien combattant Jean et sa fille Penelope, sa première épouse Lois et ses filles Susan, Carol et Linda, six petits-enfants et une arrière-petite-fille.

Clare Laking 1899-2005

Un des derniers liens du Canada avec la Grande Guerre est décédé. On croit que Clare Laking, un jeune de 18 ans plein de cran qui a pris du service en 1917, était le dernier ancien combattant vivant ayant combattu à la Première Guerre mondiale. Il n’y aurait plus que quatre vétérans de la Première Guerre mondiale encore vivants. Laking, qui était en bonne santé jusqu’à ses derniers jours, est mort le 26 novembre au Sunnybrook and Women’s College Health Sciences Centre, à Toronto. Il était âgé de 106 ans.

S’engager lors de la Grande Guerre était un geste de défi pour le jeune Charles Clarence Laking, dont le père, un pacifiste ministre du culte laïque de l’Old Methodist Church, assistait aux réunions de recrutement pour “réfuter tout ce qu’on y disait”. “Ça m’embarrassait”, se rappelait le centenaire en 2003 lors d’une interview qu’il nous avait accordée. Alors le jeune a quitté la ferme de sa famille près de Campbellville (Ont.) et son emploi à la Banque de la Nouvelle-Écosse pour aller outre-mer en tant que simple soldat de la 4e Brigade de la 27e Batterie de l’Artillerie canadienne.

Pendant son service d’un an et demi, Laking a eu le genre d’éducation qu’on ne peut obtenir qu’à la guerre. Il a appris le code Morse en Angleterre, et puis il est allé au front en tant que signaleur, en France, où il installait des lignes téléphoniques le long des tranchées boueuses pour assurer les communications. Bien qu’il avait à peine failli participer à la bataille majeure de la crête de Vimy, l’adolescent a eu sa part d’excitation; et d’expériences à proximité de la mort.

En maintes occasions, Laking a vu des obus exploser un peu trop près à son goût. Il a fini par être touché lui-même. Alors qu’il transportait un camarade blessé à un poste de secours, il demanda à un autre soldat, “Y a-t-il un trou dans ma tunique?”. L’arrière de son épaule droite avait été déchirée par un éclat d’obus, le forçant à passer quelques jours à l’hôpital.

Le garçon était devenu un homme quand il revenait au Canada, fortifié par l’expérience et déterminé à prouver quelque chose à son père qui avait peur qu’il succomberait aux influences des spiritueux et du beau sexe. “J’étais décidé à lui faire honte. Je n’ai pas touché une seule fois à ma portion de rhum, tout le temps que j’étais là-bas. J’ai mené une vie irrépréhensible et je suis revenu; il n’en a jamais parlé, je n’en ai jamais parlé. Tout a recommencé comme ça allait avant la guerre.”

Pendant un certain temps, le jeune ancien combattant a repris la vie de fermier, mais son oncle qui était marchand de bois à Toronto lui a offert un emploi de comptable peu de temps après. “Ça m’a fait découvrir le détail de l’industrie du bois d’oeuvre.” Quand, en 1929, Laking voulait se marier, il a demandé une augmentation à son oncle. Ayant essuyé un refus, l’homme de 30 ans démontra à nouveau la ténacité dont il était capable. “Je me suis mis en rogne et j’ai donné ma démission. Mon oncle m’a appelé pour me dire, ‘Je peux payer autant que n’importe qui’. Mais, à ce moment-là, Laking avait déjà trouvé un emploi chez un autre marchand de bois. Il a fini par être propriétaire de sa propre entreprise, Danforth Wallboard.

L’ancien combattant a eu encore plus de succès en amour qu’il en a eu en affaires, et ces dernières marchaient très bien. Son union avec Helen Paterson a duré 64 ans, jusqu’à la mort de cette dernière en 1993. “C’était une fille de Toronto, une secrétaire juridique, et je n’aurais pas pu trouver mieux.” Ensemble, ils ont élevé deux enfants, Keith et Sheila, et leur vie était pleine de rires; voici les trois secrets de Laking pour vivre longtemps : “Essayer de trouver le côté drôle de la vie à la place d’être toujours sombre. Rester actif : j’ai joué au curling jusqu’à l’âge de 96 ans. La troisième chose c’est, continuer de respirer.”

Laking a fait une impression durable aux gens qu’il a rencontrés aux cérémonies du Souvenir, auxquelles il assistait plus souvent durant les dernières années de sa vie. Le signaleur de la Seconde Guerre mondiale Bob Martin, de Scarborough (Ont.), se souvient que lorsqu’il a rencontré Laking pour la première fois en 1999, à un souper que la Légion donnait en l’honneur d’anciens combattants, le centenaire a surpris tout le monde en conduisant lui-même pour s’y rendre. Ce soir-là, les deux signaleurs se sont mis à bavarder et ils ont gardé le contact par la suite. “Il y avait toujours une note joyeuse dans sa voix”, dit Martin.

Portent le deuil de Laking ses deux enfants, quatre petits-enfants et neuf arrière-petits-enfants

En l’honneur du 80e anniversaire

La Légion royale canadienne a créé un logo spécial, une épingle à porter au revers et d’autres articles en l’honneur d’une année spéciale : celle de son 80e anniversaire.

“Le Conseil exécutif national nous a demandé de créer quelque chose pour commémorer le 80e anniversaire, et nous avons d’abord choisi une épingle à porter au revers”, dit Stephen Heiter, le directeur adjoint de l’approvisionnement de la Direction nationale. Il s’agissait d’une mesure logique, dit-il, car les épingles des 60e et 75e anniversaires ont été très populaires et les ventes d’épingles de l’année de l’ancien combattant, 2005, ont dépassé les 50 000. Heiter s’attend à ce qu’il y ait une réponse semblable au dernier ajout. “C’est surtout basé sur le fait que les membres de la Légion peuvent la porter sur l’uniforme.”

L’épingle comporte une feuille d’érable sur laquelle les armoiries de la Légion ont été superposées. Un ruban, en bronze blanc aussi, passe à travers des armoiries, et on y a inscrit les années 1926 et 2006 à chaque bout, et le chiffre 80 au milieu. La conception était un effort conjugué de Heiter et de Patrick Riley, le gestionnaire de la Direction nationale des relations internes et des projets spéciaux. “Mon sketch (du design) était grossier”, dit Heiter, “et bien sûr Patrick est le gars qui s’occupe des dessins, alors il l’a fourbi et développé avec plusieurs autres choses.”

Riley dit que l’épingle va être une addition de classe au revers droit du blazer des membres de la Légion. “Nous voulions accentuer le ‘Canadien’ et nous ne voulions pas crier ‘sociétariat de la Légion’, alors les armoiries (sur l’épingle) sont plus petites.” Les légionnaires portent l’épingle de membre au revers gauche.

Le logo du 80e anniversaire est une version de l’épingle légèrement différente : Les armoiries de la Légion, portant le nombre 80, sont superposées sur une feuille d’érable rouge et en dessous se trouve un ruban bleu avec un flambeau qui sépare les années 1926 et 1980. “Nous allons l’offrir aux directions divisionnaires et aux filiales. Les filiales pourront s’en servir comme en-tête”, dit Heiter. “Le logo va être mis sur toutes sortes de choses. Nous sommes en train de créer une ligne de produits afin que les filiales ne soient pas obligées (par exemple) de faire faire une bannière par quelqu’un.”

Il va y avoir des rubans, des affichettes, des aimants et des bannières qu’on pourra pendre aux murs, ou s’en servir de nappe. En plus du logo, les mots “Nous célébrons notre liberté grâce aux anciens combattants”, soit en anglais, soit en français, vont être inscrits sur nombre de ces articles.