Nouveau Cap

Le geste est lourd de sens. En juillet dernier, le Canada a annoncé que la société allemande Thyssenkrupp Marine Systems serait le fournisseur privilégié du Programme de sous-marins canadiens de patrouille. Cette initiative prévoit la livraison d’un maximum de 12 sous-marins modernes entre le milieu et la fin des années 2030, pour un cout estimé à 100 milliards de dollars – le plus gros projet d’approvisionnement militaire de l’histoire du pays.

Cette décision est hautement symbolique et pourrait donner un nouveau cap aux Forces armées canadiennes, longtemps décriées.

D’abord, alors que le gouvernement s’est engagé à plus que doubler ses dépenses consacrées à la défense et à la sécurité – pour les porter à 5 % du produit intérieur brut d’ici 2035 – et dans un contexte de recomposition des alliances mondiales, l’ampleur de cet investissement dans de nouveaux submersibles est considérable. Le pays pourrait devenir le plus grand exploitant de sous-marins de type 212CD. Et s’il obtient les 12 navires, le Canada se classerait actuellement au 10e rang des pays disposant d’une flotte sous-marine.

Les submersibles, qui servi-ront à défendre le plus long littoral du monde, renforceront considérablement les moyens de la Marine royale canadienne et contribueront à renouer avec l’illustre passé de cette force qui comptait parmi les plus grandes marines du monde (seules les flottes des États-Unis et du Royaume-Uni lui étaient supérieures à la fin de la Seconde Guerre mondiale). Cette puissance renouvelée pourrait-elle aussi stimuler le recrutement?

« La future flotte de sous-marins du Canada assurera la sécurité de nos côtes et de nos eaux, tout en générant des retombées considérables et durables pour les travailleurs et les industries de chez nous, a déclaré le premier ministre Mark Carney lors de l’annonce. Nous bâtirons cette flotte pour bâtir un Canada plus fort. »

Ainsi, les nouveaux sous-marins pourraient incarner l’évolution actuelle des Forces armées canadiennes.

Première acquisition militaire majeure effectuée sous la direction de M. Carney, les bâtiments s’inscrivent dans le prolongement de sa promesse de juin 2025 d’« acquérir de nouveaux équipements et de nouvelles technologies, renforcer notre capacité industrielle de défense et tenir notre engagement face à l’OTAN », ainsi que de l’injection de 81,1 milliards de dollars sur cinq ans prévue dans le premier budget de son gouvernement pour réarmer les FAC. Ils constitueront un test décisif de sa capacité à concrétiser ses engagements.

Cette décision est hautement symbolique et pourrait donner un nouveau cap aux Forces armées canadiennes, longtemps décriées.

Le contrat avec Thyssenkrupp concernant les bâtiments sera-t-il conclu d’ici la fin de 2027? Les quatre premiers submersibles arriveront-ils « en avance sur le calendrier » en 2034? Et les 212CD qui n’ont pas fait leurs preuves, dont aucun exemplaire n’a encore été achevé ni utilisé dans le monde, fonctionneront-ils comme prévu et sans connaitre les problèmes courants des premiers bâtiments d’une nouvelle classe?

Il suffit de regarder le bilan des sous-marins de la classe Victoria pour constater les dérives possibles en matière d’approvisionnement. Ces quatre bâtiments, achetés d’occasion en 1998 au prix d’environ 750 millions de dollars et livrés entre 2000 et 2004, connaissent depuis de nombreux problèmes : l’un d’eux a été rendu inutili-sable par un incendie en mer, lors de son acheminement vers le Canada, et un seul est aujourd’hui en état de naviguer.

Stephen Fuhr, secrétaire d’État à l’Approvisionnement en matière de défense, a rejeté ces inquiétudes lors de l’annonce du mois de juillet. « Ceci est une évolution; ce n’est pas vraiment du nouveau, a-t-il déclaré à propos de la nouvelle variante du sous-marin de type 212 construit pour l’Allemagne et l’Italie entre 1998 et 2017. Nous faisons affaire avec l’un des constructeurs les plus compétents du monde. »

Si le projet échoue, les Canadiens continueront probablement à se méfier des grands projets d’approvisionnement militaire. En revanche, si tout se passe bien, il pourrait représenter l’une des premières grandes réussites de l’ambition de M. Carney de rebâtir et de réarmer les FAC, et d’y investir de nouveau.

Donnez-leur un toit

La Légion royale canadienne connait un rebond post-COVID dans les adhésions, et cela n’aurait pas pu mieux tomber.

Une mercatique innovante et un système d’adhésion plus facile ont joué de concert pour porter le nombre de membres de la LRC à 256 524 en 2023, soit une augmentation de 5,3 % par rapport à 2022, nombre qui avait déjà augmenté de 3,8 % par rapport à 2021. Il s’agit de la première augmentation du nombre de membres depuis des décennies.

Le nombre de légionnaires est en hausse, mais il semble que le nombre d’anciens combattants sans abri augmente aussi.

Dans son rapport au congrès national de la LRC, Dave Gordon, conseiller du Comité des anciens combattants, des services et des ainés de la Légion, a signalé que la demande de services pour les anciens combattants sans abri est plus grande que jamais. Et cela malgré les efforts pour traiter la question d’anciens combattants sans abri au Canada.

M. Gordon s’appuie sur les données du programme Leave the Streets Behind (tournez le dos à la rue, NDT) et sur les rapports sur les ressources des divisions de la LRC pour noter que le nombre d’anciens combattants sans abri identifiés et aidés a atteint 1 234 en 2023.

Cependant, Anmol Gupta, Alison Clement, Sandrine Desforges et Taylor Chase replacent l’enjeu dans le contexte dans l’article « Addressing veteran homelessness in Canada » (Traiter l’itinérance d’anciens combattants au Canada, NDT) rédigé en 2023 pour l’École de politique publique Max Bell de l’Université McGill de Montréal.

« Les anciens combattants sont deux ou trois fois plus susceptibles d’être sans abri que le reste de la population », ont-ils écrit, notant que les estimations du nombre d’anciens combattants sans logement au Canada varient considérablement : de 2 400 à plus de 10 000.

L’itinérance chez les anciens combattants « n’est pas propre au Canada, ont-ils ajouté, et d’autres pays, comme les États-Unis, ont fait beaucoup plus de progrès pour réduire le nombre d’anciens combattants sans-abri ».

En 2023, Ottawa a annoncé un programme de lutte contre l’itinérance des anciens combattants de 79,1 millions de dollars, avec deux volets de financement pour aider la société civile et les gouvernements infranationaux à fournir des suppléments de loyer, à offrir des services sociaux et à renforcer les travaux de recherche.

Mais selon les auteurs, tout cela ne suffit pas.

« Vu la fragmentation et le cloisonnement des programmes dans le pays, une mauvaise compréhension de l’ampleur du problème, et la nature de l’itinérance chez les anciens combattants, il n’est pas dit que plus d’argent donnera lieu à des changements d’envergure s’il n’y a pas en plus une direction et une coordination claires à l’échelon fédéral. »

Avec la crise du logement qui prend de l’ampleur, préviennent-ils, « davantage d’anciens combattants tomberont dans l’itinérance si le gouvernement fédéral n’adopte pas à ce sujet une démarche qui soit plus proactive et fondée sur les droits de la personne ».

L’article fait état d’un manque de direction ministérielle fédérale sur la question et attribue les écarts dans les chiffres au caractère particulier de l’itinérance chez les anciens combattants : la prépondérance de « l’itinérance cachée », comme vivre d’un sofa à l’autre ou dans son véhicule, et le fait que beaucoup d’anciens combattants n’interagissent que rarement avec les services tels que les refuges et les banques alimentaires, des lieux où les données sont souvent collectées.

La LRC est particulièrement bien placée pour venir à bout de ces obstacles. Les principes fondamentaux de son existence sont la défense des intérêts et l’aide aux anciens combattants. Ses programmes nationaux s’appuient sur les efforts et les renseignements fournis par ses membres dans les communautés.

L’un des éléments les plus encoura-geants de la récente augmentation du nombre d’adhérents est le fait que ces nouveaux membres proviennent de groupes démographiques plus jeunes : 21 % ont 45 ans ou moins et 30 % ont 50 ans ou moins.

Leur énergie et leurs idées seront inestimables dans les efforts visant à mieux servir les anciens combattants du Canada.

 

Qui protègera nos foyers et nos droits?

La coupe est pleine.

On se doute bien que les poils du Canadien moyen se hérissent lorsque ses voisins américains s’ingèrent dans les affaires du pays, mais nos amis ont fait mouche quand, l’année dernière, ils ont reproché au Canada ses dépenses en matière de défense.

« Nous sommes préoccupés et profondément déçus que les plus récentes projections du Canada indiquent qu’il n’atteindra pas son engagement de 2 % au cours de cette décennie », a écrit en mai 2024 un groupe bipartite de 23 sénateurs américains au premier ministre Justin Trudeau. Ils parlaient là de l’objectif de dépenses militaires dont avaient convenu les membres de l’OTAN plus tôt dans l’année. « En 2029, cinq ans après l’échéance convenue de 2024, les dépenses en défense du Canada ne devraient atteindre que 1,7 %, et rester en dessous du niveau de référence des dépenses. »

Le problème n’est pas tant la critique ni son absolue exactitude. Le plus gros pro-blème, c’est que le Canada a laissé son armée, autrefois respectée, voire vénérée, devenir une pâle imitation de sa splendeur d’antan. En effet, dans sa forme actuelle, elle rappelle davantage la milice ad hoc post-Confédération qu’une armée professionnelle moderne.

Soyons clairs. Il ne s’agit pas là de critiquer les soldats du rang canadiens qui ont consacré leur vie à se battre pour leur pays. En effet, l’amenuisement de la force de l’armée canadienne est sans nul doute largement attribuable au fait que des gens bien sont de plus en plus exaspérés par leur employeur, soit parce qu’il semble simplement ne pas se soucier d’eux, soit parce qu’il gère si mal ses affaires que c’est l’impression qu’il leur donne.

Voici quelques exemples.

Selon les plus récentes estimations publiques de Bill Blair, ministre de la Défense, il manque au moins 16 500 membres aux Forces armées canadiennes. Et il y a environ un an, le premier commandant du pays a déclaré qu’il lui fallait encore 14 500 personnes supplémentaires pour atteindre les effectifs autorisés de l’armée.

Voici un problème qui se résout facilement, n’est-ce pas? Eh bien non, malheureusement. Comme l’a écrit David J. Bercuson dans notre chronique « Eye on Defence » (coup d’œil sur la défense, NDT) dans l’article « Recruiting agency » (Agence de recrutement, NDT) du numéro de septembre/octobre 2024, le système de recrutement militaire du Canada est miné par des problèmes depuis près de 30 ans. Aujourd’hui, comme il l’a écrit, il est « cassé de multiples façons ». Alors, après trois décennies de problèmes, est-il étonnant que les effectifs ne soient pas suffisants? Comment est-ce possible qu’il n’ait pas été réparé?

Au fil des ans, M. Bercuson a également plusieurs fois écrit sur le catastrophique système d’approvisionnement du Canada pour la défense. Quel que soit l’équipement, avions ou pistolets, il faut trop longtemps pour les obtenir et ils coutent trop cher. Le processus d’achat est devenu particulièrement politisé il y a environ 15 ans, ce qui a contribué aux retards et dépassements de couts, mais il était déjà géré avec un système obsolète à l’époque. Le problème est évident. Mais il ne semble y avoir aucune volonté de le résoudre.

Cette cumulation de problèmes se voit clairement sur le terrain, notamment dans l’engagement du pays pour le maintien de la paix. Ces missions étaient autrefois considérées comme un élément de l’identité du Canada : plus de 125 000 Canadiens ont servi dans des opérations de paix depuis 1956, mais l’an dernier, ils n’étaient qu’une centaine. Et ce, malgré l’engagement du premier ministre en 2015 de fournir beaucoup plus de personnel à ces missions.   

À la Revue Légion, nous sommes également préoccupés par l’état de l’armée canadienne et profondément déçus. Le pays mérite mieux, ne serait-ce que pour honorer les sacrifices de ceux qui l’ont servi.

Ce scandaleux moral en berne

La force morale gagne les guerres et résout les crises et elle est une condition indispensable à une vie nationale dynamique et à la pleine réalisation des potentiels personnels. »

Ainsi le décrivait l’historien Arthur Upham Pope dans l’édition de décembre 1941 du Journal of Educational Sociology. Il poursuivait en rappelant le dicton de Napoléon, « à la guerre, le rapport entre la force morale et la force physique est de trois à un ».

Peu de choses semblent avoir changé. « Le maintien du moral dans les opérations militaires est un élément essentiel pour maintenir la résilience et la détermination des militaires », notait Mioara Serban dans l’édition de mars 2024 de Security & Defence Quarterly.

On entrevoit une lueur d’espoir, car les aumôniers militaires canadiens ont qualifié le moral des forces du pays de « mitigé » en 2024, une amélioration par rapport au « mitigé à faible » de l’année précédente. Toutefois, les fonctionnaires du ministère de la Défense devraient rester très préoccupés des problèmes qui continuent de miner l’esprit de corps des militaires canadiens.

Le 29 octobre 2024, une note de breffage présentée à la générale Jennie Carignan, cheffe d’état-major, expliquait que la charge de travail croissante, le manque de logements et les pénuries d’équipement continuaient à peser sur le moral. Dans certaines régions, le manque de services de garde d’enfants et les difficultés à trouver des médecins affectent également le moral. L’amélioration des salaires et les efforts de modernisation de l’armée auraient contribué à stimuler l’état d’esprit.

« Des aumôniers ont signalé que les membres éprouvaient de la lassitude et que le moral était bas en grande partie en raison de pénuries de personnel, expose la note de breffage, à laquelle le journal Ottawa Citizen a eu accès. Les membres disent souvent s’inquiéter de se voir confier des tâches ou responsabilités trop lourdes ou élevées pour leur grade. »

Tout cela intervient en pleine crise de recrutement, car il manque 14 600 membres à l’effectif autorisé des Forces armées canadiennes. Quelques semaines seulement après avoir pris le commandement des FAC, la générale Jennie Carignan faisait du recrutement et du maintien en poste du personnel sa priorité absolue. En aout 2024, la cheffe d’état major de la Défense a publié une déclaration commune sur la question avec l’adjudant-chef des FAC, Bob McCann.

« Nous avons eu le privilège de travailler aux côtés de plusieurs d’entre vous et d’être témoins de votre dévouement et de votre professionnalisme, a écrit le duo. C’est cet esprit qui caractérise les FAC et fait de nous une institution respectée au pays comme à l’étranger.

« Les capacités, la formation et les plans les plus sophistiqués ne mènent pas à grand-chose sans effectif solide et dévoué. »

Bien sûr, les deux enjeux, le moral et le recrutement couplé au maintien en poste sont intrinsèquement liés.

« La plus grande difficulté pour attirer des recrues pourrait précisément être les FAC », constatait le major Ian A. Creighton au fil de son étude rédigée en 2024 dans le cadre d’un cours du Collège des Forces canadiennes.

« Des années de désintérêt et de sous-financement chronique ont contribué à la détérioration des infrastructures, ce qui dégrade la capacité opérationnelle. Non seulement cela a terni l’image des FAC, mais cela a remis en question leur bien-fondé. »

On parle bien là des mêmes enjeux qui seraient à la source du fléchissement du moral.

À la revue Légion, nous appuyons une armée canadienne forte, que les Canadiens et le monde entier tiennent en grande estime. Cependant, aucune stratégie de recrutement ne fonctionnera tant que le moral du personnel subalterne des FAC ne sera pas meilleur.

Vous voulez renforcer le moral? Rien de plus simple. Écoutez ce qu’on vous dit. Ne les surchargez pas. Veillez à ce qu’ils aient un logement. Fournissez-leur un équipement fiable.

Si l’on renforce le moral, des recrues se présenteront.

Guerre — Neutralité — Canada

Le spectre de la guerre obscurcit l’horizon sur la scène mondiale. Quelle est la position du Canada?

Aucun Canadien ne veut la guerre; ou du moins, aucun Canadien doté de bon sens. C’est là un fait incontestable. En tant que nation, le Canada ne fera jamais rien en connaissance de cause pour provoquer une guerre. Nous désirons vivre en paix. Mais, dans ce monde où les puissants ne sont pas toujours dotés de nobles idéaux, la tragédie et l’extinction semblent inévitablement frapper les nations sans défense.

Ce paiement serait soit l’annexion du Canada, soit, à tout le moins, d’une énorme partie de notre territoire.

Dans quelle mesure une nation qui a des liens économiques avec presque tous les autres pays du monde et dont les intérêts sont, en grande partie, en conflit avec les leurs peut-elle s’attendre à une paix perpétuelle? Comme les autres pays, le Canada se lance résolument dans une guerre économique. C’est, dit-on, inévitablement le prélude à un conflit armé. 

J’ai souvent lu et entendu que « même si la marine britannique ne peut pas protéger le Canada, les États-Unis ne laisseront pas le Canada être envahi ou le commerce canadien détruit ». Cette doctrine est le conseil du faible, le produit d’un lamentable complexe d’infériorité. Outre le mépris qu’elle inspire aux Canadiens qui se respectent, c’est un jeu de dupes.

En premier lieu, le Canada ne se prédispose pas à ce que les États-Unis agissent de la sorte. Un sentiment national prédomine chez les Étatsuniens. Si les États-Unis ne sont pas prêts à heurter ce sentiment, l’homme qui s’imagine qu’ils se mettraient en péril pour le bien du Canada doit être fou.

Mais, supposons, par un effort d’ima-gination surhumain, que les États-Unis deviennent follement altruistes et décident de « protéger le Canada ». Ce service serait-il rendu gratuitement? Il faut se rappeler que nous nous vantons beaucoup de nos ressources inépuisables et des grandes richesses qui se trouvent dans notre sol. Les services coutant des vies américaines, des navires américains et de l’argent américain devraient être payés. Ce paiement serait soit l’annexion du Canada, soit, à tout le moins, d’une énorme partie de notre territoire. Nous devrions toujours garder à l’esprit cette histoire inestimable dans les Écritures de l’homme qui chassa un diable et en accueillit sept.

Nous ne rendons aucun service, ni à nous-mêmes ni à notre pays, en fermant les yeux sur ces faits déplaisants. Nous sommes entièrement et absolument sans défense. Au cours des 15 dernières années, quiconque a osé dire un mot encourageant la sécurité nationale s’est fait attaquer par des pacifistes professionnels ou amateurs qui le qualifiaient de « militariste » et d’« ennemi de la paix ». C’est à la mode de courtiser l’illusion d’une paix perpétuelle, d’oublier les leçons d’histoire et de proclamer qu’une nation désarmée, en raison de son impuissance et des principes moraux intègres qu’elle incorpore, est bien plus à l’abri de l’agression qu’une nation non désarmée. 

Cet éditorial est un extrait d’un article publié dans l’édition de septembre 1935 de la revue The Legionary, prédécesseure de la présente publication.

Des promesses à tenir

C’est plutôt encourageant que les Canadiens prêtent davantage attention aux enjeux de défense et de sécurité », a déclaré la générale Jennie Carignan, cheffe d’état-major de la défense, aux membres de la direction de la Légion royale canadienne lors d’une réunion organisée fin avril, deux jours avant les élections fédérales (cf. page 20).

Sans doute en grande partie, sinon entièrement, à cause du président améri-cain Donald Trump, qui a maintes fois fait référence au Canada en tant que « 51e état » des États-Unis, et à l’insensée politique tarifaire de son gouvernement, les Canadiens manifestent apparemment un regain d’intérêt pour la souveraineté du pays. Ainsi, la défense nationale s’est illustrée en tant que principal enjeu de campagne.

Les libéraux, qui ont remporté les élections avec un gouvernement minoritaire, et les conservateurs, l’opposition qui a perdu de peu, ont fait plusieurs promesses liées à l’investissement militaire pendant les élections. Et « les analystes ne voient pas beaucoup de différence entre les plateformes des deux principaux partis sur le sujet de la défense », a écrit Chris Lambie du National Post le 26 avril.

À titre de référence pratique, voici un bref résumé de ce que les libéraux du premier ministre Mark Carney ont promis :

• une augmentation de 18 milliards de dollars sur quatre ans dans les dépenses pour la défense afin d’atteindre l’objectif de l’OTAN d’y consacrer 2 % du PIB;

• la création d’une agence qui gèrerait l’approvisionnement militaire (le parti a fait la même promesse lors de la campagne de 2019);

• des hausses de salaire pour les militaires, et « augmenter rapidement la réserve de logements de grande qualité sur les bases de tout le pays, et assurer l’accès à des garderies et à des soins de santé primaires, y compris des services de soutien en santé mentale, pour les militaires actifs et leurs familles »;

• la modernisation du processus de recrutement « notamment en simplifiant l’obtention des cotes de sécurité et en soumettant des demandes en ligne afin de former plus vite davantage de candidats »;

• l’intégration de la Garde côtière canadienne aux capacités de défense de l’OTAN afin de « dépasser notre engagement de consacrer au moins 2 % du PIB à la défense ».

« Je crois que nous devons nous attendre à être déçus de l’ampleur des changements au cours des quatre prochaines années, a déclaré David Perry, président de l’Institut canadien des affaires mondiales, au National Post. Le cycle actuel d’approvisionnement en matière de défense, par exemple, dure environ 15 ans entre le début des projets et leur achèvement. »

M. Perry a ajouté que, malgré les promesses, il ne s’attendait pas à de gros changements.

Ken Hansen, analyste militaire et ancien commandant de la marine, est d’accord sur le fond. « Lorsque l’argent fait défaut en raison de choses comme la COVID ou les guerres commerciales, a-t-il dit dans l’article du Post, il faut s’attendre à ce qu’on vide certaines caisses pour mettre l’argent ailleurs. »

Les données préliminaires d’Élections Canada indiquent que le taux de participation a été de 68,66 %, soit une augmentation de six pour cent par rapport à 2021. C’est le plus haut taux de participation depuis 1993. De toute évidence, quelque chose a fait venir les Canadiens aux urnes. Et il est difficile d’imaginer que Trump n’en ait pas été en grande partie responsable.

« Il y a ce nouveau gouvernement américain qui adopte désormais une attitude complètement différente, a prévenu la générale Carignan face aux dirigeants de la Légion en avril dernier, et on doit s’adapter. »

Alors, les Canadiens qui restent cons-ternés par Trump, passionnés par la souveraineté du pays et investis dans l’armée canadienne, voudront peut-être écouter la cheffe d’état-major et insister également pour que leurs députés nouvellement élus tiennent leurs promesses.

Histoire de famille

Les dépenses de défense du Canada, mesurées en pourcentage du produit intérieur brut (PIB) du pays, ont stagné pendant des années entre 1 et 1,4 %. Cependant, Mark Carney, le nouveau premier ministre, a annoncé le 9 juin 2025 une importante augmentation des dépenses militaires de 9 milliards de dollars au cours de l’exercice 2025-2026, c’est-à-dire une augmentation de 15 % par rapport au budget initial de 53,4 milliards de dollars du ministère.

Ce n’est pas par hasard que le nouveau total (62,7 milliards de dollars) représentait à ce moment-là 2 % du PIB, l’objectif de l’OTAN en matière de dépenses pour ses membres. (Par la suite, au mois de juin, l’alliance de sécurité occidentale s’est fixé un nouvel objectif de 5 %.) La population canadienne a généralement applaudi l’augmentation au Canada, en particulier dans le contexte des tensions attisées par le président américain Donald Trump et de l’instabilité mondiale croissante (Lire « Russia-Ukraine and the Middle East », en anglais seulement).

Cependant, enfouie dans le décret de M. Carney, se cachait aussi la promesse de renforcer le soutien aux anciens combattants, sans que le montant soit précisé. Même s’il ne fait aucun doute que les Forces armées canadiennes aient besoin de la part du lion des fonds supplémentaires pour améliorer les capacités militaires existantes ou émergentes, renforcer l’industrie de la défense du pays et diversifier ses partenariats en matière de sécurité, les anciens combattants du Canada et leur famille ont de plus en plus besoin d’aide.

« J’aimerais bien savoir quoi faire », s’exclame David Doucette, le nouveau président de la division de l’Île-du-Prince-Édouard de la Légion royale canadienne au sujet des difficultés auxquelles sont confrontés les jeunes anciens combattants, comme son fils qui a servi en Afghanistan (voir page 64). « Ils ne sont pas enclins à se confier. Ils restent muets. » 

En effet, dans le rapport annuel de 2025 de l’ombudsman des anciens combattants, la colonelle à la retraite Nishika Jardine a déterminé que la santé mentale serait l’un des principaux enjeux que son bureau tente d’aborder.

« L’épouse d’un vétéran, qui est devenue l’aidante familiale du vétéran grièvement blessé, a expliqué qu’elle avait besoin d’un traitement en santé mentale pour elle-même et ses enfants, au-delà de ce que le Service d’aide [d’Anciens combattants Canada] peut offrir, a écrit Mme Jardine. Notre recommandation de janvier 2021 au ministre à cet égard est toujours en suspens, et le problème est peut-être encore plus pressant. »

Ainsi, alors que le Canada renforce sa puissance militaire, n’oublions pas ceux qui ont déjà servi. Cinq ans se sont écoulés, et il est plus que temps d’aborder les mesures de suivi du rapport de l’ombudsman, « Rapport sur les avantages pour soins de santé mentale destinés aux membres des familles ». Il n’y avait que trois préconisations :

• veiller à ce que les membres des familles, y compris les anciens conjoints, les survivants et les enfants à charge, aient accès de plein droit à un traitement de santé mentale financé par le gouvernement fédéral lorsque le problème de santé mentale est associé aux conditions liées au service militaire;

• effectuer une analyse de l’accessibilité aux services et aux avantages pour soins de santé mentale pour les membres de la famille;

• faire preuve de souplesse pour répondre aux besoins urgents des membres de la famille en matière de santé mentale.

« Il est injuste que les membres de la famille se voient refuser l’accès à un traitement de santé mentale pour une maladie ou une blessure attribuable aux conditions et aux difficultés uniques liées au service militaire », conclut le rapport. Effectivement.

L’annonce de M. Carney en juin mentionnait 2,6 milliards de dollars pour soutenir le recrutement militaire et conserver le personnel actuel. Il a noté que les Forces armées canadiennes avaient besoin de 13 000 membres de plus pour atteindre leur effectif autorisé de 101 500 d’ici 2030. La tâche sera encore plus ardue si les familles de ceux qui ont servi ne sont pas prises en charge correctement. Ce genre de chose se sait.

Les fonds arrivent pour les militaires. Le moment est venu d’en mettre de côté pour relever ce défi de longue date.

Halte à la famine à Gaza

La faim tenaille Gaza, et il faut le dire haut et fort », a déclaré en juillet dernier Ohad Hemo, correspondant des affaires palestiniennes pour l’émission de nouvelles la plus regardée à Israël. « Je parle à des Gazaouis tous les jours. Certains n’ont pas mangé depuis plusieurs jours, a poursuivi M. Hemo. La responsabilité incombe non seulement au Hamas, mais aussi à Israël. »

Certes, la scène internationale au Moyen-Orient est depuis longtemps une poudrière. Cautionner une partie se fait à ses risques et périls, car l’autre ne manquera pas de fustiger ce soutien. Chacun s’accordera sur le fait que « c’est compliqué ».

Il était du plein droit d’Israël de répondre aux attaques terroristes meurtrières du 7 octobre 2023 menées par le Hamas, groupe nationaliste palestinien militant basé dans la bande de Gaza. Mais, en finissant par affamer en masse les civils de Gaza dans le cadre de sa réponse, Israël ne vaut pas mieux que ceux qui ont militarisé l’accès des civils à la nourriture à travers l’histoire. Et il ne s’agit pas d’une opinion antisémite ou pro-Hamas. Affamer les gens, quelle que soit leur religion, leur culture ou leur croyance, est tout simplement immoral.

Les Canadiens ne connaissent que trop bien l’hiver de la faim que les nazis ont imposé aux Pays-Bas en 1944-1945 : ce sont leurs soldats qui ont libéré le pays affamé à la fin de la Seconde Guerre mondiale. En mai 1945, quelque 20 000 Néerlandais n’avaient pas survécu à la famine. Ce n’est là qu’un des nombreux exemples de l’histoire.

« La nourriture a été utilisée comme arme de guerre à travers les cultures pendant des millénaires, depuis les sièges de l’Antiquité jusqu’au blocage de l’aide humanitaire des temps modernes », a écrit Maggie Michael, journaliste de Reuters dans un article de septembre 2023 sur la famine en tant que crime de guerre rédigé pour le Global Investigative Journalism Network.

La famine a été interdite comme méthode de guerre pour la première fois en 1977. Vingt ans après, la Cour pénale internationale a adopté une loi qui en fait un crime de guerre. Le droit international humanitaire définit la famine comme des actes qui privent les civils des biens indispensables à leur survie.

L’ONU a officiellement déclaré une famine à Gaza le 22 aout 2025, estimant que plus de 500 000 personnes étaient confrontées à « des conditions de faim catastrophiques, tandis que plus d’un million d’autres se trouvaient en situation d’urgence alimentaire ». L’ONU déclare la famine dans les cas de privation alimentaire extrême, de malnutrition aigüe et de décès liés à la faim.

Dans son rapport connexe, l’ONU a indiqué que 39 % des Gazaouis passaient des jours sans manger, et que des adultes sautaient régulièrement des repas pour nourrir des enfants. La malnutrition chez les enfants s’est néanmoins accélérée : en juillet, plus de 12 000 enfants ont été identifiés comme souffrant de malnutrition aigüe, soit six fois plus qu’en janvier. Un quart d’entre eux souffraient de malnutrition aigüe grave, le type le plus mortel. L’ONU a estimé qu’environ 43 000 enfants risquaient de mourir de malnutrition d’ici juin 2026.

M. Tom Fletcher, secrétaire général adjoint de l’ONU aux affaires humanitaires et coordinateur des secours d’urgence, a déclaré que la famine était une catastrophe évitable causée par l’homme. « La nourri-ture s’accumule aux frontières en raison de l’obstruction systématique faite par Israël, a-t-il déclaré. C’est la famine à quelques centaines de mètres de la nourriture des terres fertiles. »

Le Canada, quant à lui, a décrié la situation. « La population civile […] meurt parce qu’une aide humanitaire suffisante n’est pas autorisée à entrer à Gaza, a déclaré Randeep Sarai, secrétaire d’État. Israël […] manque aux obligations qui lui incombent en vertu du droit international humanitaire.

« Nous continuons d’appeler à un cessez-le-feu immédiat et permanent, a poursuivi M. Sarai. Le Hamas doit libérer sans délai tous les otages et déposer les armes. Cette guerre doit cesser immédiatement. »

En effet.

L’art De se Rèinventer

Alors, c’est comment? Les fidèles lecteurs de la revue Légion ont peut-être déjà remarqué des changements. Le périodique fête son centenaire cette année et, avec cette grande étape, il actualise son style et son contenu. Cette page-ci, où les rédacteurs partagent habituellement leurs perspectives, change exceptionnellement de cap dans ce numéro pour évoquer l’évènement.

J’aimerais donc m’y exprimer à titre personnel en tant que rédacteur de la revue. J’ai la chance incroyable de faire carrière depuis presque trente ans dans l’industrie capricieuse de la publication au Canada. J’ai travaillé pour quatre publications nationales, grandes et petites, et je suis très fier qu’elles existent toujours, surtout face aux difficultés auxquelles est confronté le journalisme ces jours-ci, et notamment les revues.

J’ai également célébré des anniversaires importants à chacune d’entre elles, mais jamais un centenaire : 100 ans, voilà un jalon exceptionnel! Peu
de publications canadiennes peuvent se targuer d’une telle longévité, et encore moins de se porter si bien (la diffusion de Légion ne cesse de croitre).

Ce qui a commencé comme The Legionary en mai 1926 en tant qu’« Organe officiel de la Légion canadienne de la Ligue des anciens des armées du Commonwealth britannique », est devenu la revue Légion (en 1969), dédiée à l’histoire militaire du Canada. Naturellement, bien que certaines choses aient changé, nombreux sont les éléments de base qui perdurent, dont, le plus important peut-être, la couverture des enjeux épineux auxquels sont confrontés les anciens combattants.

Même un magazine d’histoire doit savoir entretenir sa flamme.

Et cela continuera, à l’image de tout le travail exceptionnel que poursuit la publication. La refonte est notre hommage à sa pérennité. Ce numéro anniversaire ne sera pas un exercice d’autocélébration. Attendez-vous plutôt à un livre où seront rassemblés d’excellents articles sur la Première Guerre mondiale tirés de nos archives.

L’évolution de la revue est aussi passionnante que légitime. Le dernier changement important apporté à la conception et au contenu de la Légion était en 2016. Même un magazine d’histoire doit savoir entretenir sa flamme.

Ainsi, vos rubriques et sections préférées restent, mais elles font peau neuve, et certaines changent de place dans la revue. Vous trouverez toujours les messages du renommé historien J.L. Granatstein (« The Historian », anciennement

« Canada and the New Cold War ») à la fin; c’est là que vous lirez toutes les rubriques, notamment « Front Lines » de l’écrivain estimé Stephen J. Thorne (absent dans le présent numéro, car en congé). La section « On This Date », l’une des préférées de nos lecteurs garde sa place vers le début, où elle est rejointe par les piliers « Heroes and Villains », « Artifact » et « Humour Hunt ».

De nouveaux ajouts font leur entrée : un entretien à questions-réponses (« The Briefing ») du rédacteur attitré Alex Bowers, une section d’infographie (« The Visual »),

une section d’opinions d’auteur invité (« On Watch »), une section de dernière page percutante (« Exit Strategy ») et plus.

Bien sûr, l’article vedette restera aussi captivant que toujours, avec un éventail d’histoires sur le Canada en conflit de la période d’avant la confédération à nos jours.

J’espère également que vous, lecteur, aurez l’esprit aussi ouvert que toujours et que vous nous ferez part de votre opinion sur les changements. L’équipe de la revue Légion est ravie du travail présenté dans ces pages. Nous félicitons la graphiste principale, Sophie Jalbert, pour ses efforts inlassables de redynamisation du style visuel, sous la direction de la directrice artistique Jennifer McGill.

C’est un honneur de veiller sur une marque médiatique centenaire et de continuer à la faire vibrer avec la même vitalité.

Un contrôle défaillant

Lorsque l’armée commet des erreurs, cela peut être catastrophique. Il faut donc davantage d’autorités de contrôle, et non moins », a confié M. Stephen Saideman, professeur de relations internationales à l’Université Carleton d’Ottawa, à La Presse canadienne fin 2025.

M. Saideman, avec ses collègues universitaires David P. Auerswald et Philippe Lagassé, signe le nouvel ouvrage Overseen or Overlooked? Legislators, Armed Forces, and Democratic Accountability (Surveillés ou négligés? Les législateurs, les forces armées et la responsabilité démocratique, NDT), qui démontre que le Canada assure un contrôle civil relativement limité sur ses forces armées.

En effet, au cours de la décennie de l’étude menée par ces trois spécialistes de la défense, qui constitue la base de leur ouvrage, un membre du Comité permanent de la défense nationale leur a avoué qu’il ne connaissait pas les règles d’engagement de la mission canadienne en Afghanistan de 2007, car il ne détenait pas l’habilitation de sécurité nécessaire.

Il y a là un problème, d’autant plus que le gouvernement actuel prévoit augmenter les fonds de la défense à 150 milliards de dollars d’ici 2035 et qu’un récent scandale d’inconduite sexuelle a entrainé la mise à l’écart ou à la retraite forcée de plus de douze hauts responsables militaires, et que certains ont fait l’objet d’une enquête. Il est clair que le Canada n’a pas suffisamment surveillé ses forces armées.

L’ouvrage compare les mécanismes de contrôle militaire en vigueur dans plusieurs autres pays occidentaux, de la Belgique, la Finlande et l’Allemagne au Japon, à la Suède et aux États-Unis. Il évalue notamment l’engagement du Canada par rapport aux démocraties dotées de systèmes parlementaires similaires.

« Nous avons découvert que les Britanniques et les Australiens prennent ce genre de choses beaucoup plus au sérieux que nous », a déclaré M. Saideman à la Presse canadienne. En revanche, le Canada se situe à égalité avec le Japon, le Chili et le Brésil, soit des « démocraties dont les parlements jouent le rôle le plus marginal dans les relations civilo-militaires ».

Cela doit changer.

Les États-Unis et l’Allemagne ont les plus hauts niveaux de surveillance civile de leurs forces armées, indique le livre. Le comité allemand de la défense a le pouvoir d’exa-miner les documents classifiés, d’approuver les déploiements et d’ouvrir des enquêtes. Le Parlement a les mêmes pouvoirs, mais il ne les utilise que rarement. Et même lorsqu’il le fait, la politique s’y immisce souvent.

Un exemple révélateur : pendant la guerre en Afghanistan, le Parlement minoritaire a recueilli des documents classifiés sur le traitement des détenus. « Au final, le débat a porté sur la (divulgation desdits documents) plutôt que de savoir si la guerre était menée correctement et si les militaires se comportaient bien en Afghanistan », a noté M. Saideman.

Ses collègues et lui soulignent également que de nombreux députés évitent d’obtenir une habilitation de sécurité, estimant que celle-ci va à l’encontre de leurs intérêts politiques immédiats. À cet égard, le chef conservateur Pierre Poilievre a refusé le privilège parlementaire, indiquant par l’intermédiaire d’un porte-parole, que cela le rendrait « incapable d’utiliser efficacement toute information pertinente qu’il recevrait ».

Cette position semble aller à l’encontre du bon sens. Prenons l’exemple de la Belgique. En 2016, la Russie a accusé l’armée de l’air belge d’avoir tué des civils en Syrie. Le comité des opérations militaires de Belgique a examiné les preuves fournies par l’armée et a déterminé que l’allégation était sans fondement. Aucune lutte politique interne et aucune enquête n’ont été nécessaires, car les membres du comité peuvent consulter des informations classifiées.

Indépendamment des considérations partisanes, il est inquiétant de constater que les législateurs canadiens sont, comme l’écrivent les auteurs de l’ouvrage, « distraits, désintéressés ou dépourvus de réels moyens » lorsqu’il s’agit de superviser les forces armées.

« La guerre! C’est une chose trop grave pour la confier à des militaires », dixit Georges Clemenceau, l’homme d’État français de la Première Guerre mondiale qui fut l’un des principaux architectes du Traité de Versailles. Plus d’un siècle plus tard, les Canadiens feraient bien de méditer sur ces paroles.