L’heure est à l’armée

Indépendamment des débats politiques, le gouvernement du premier ministre Mark Carney a apparemment tenu sa promesse électorale formulée il y a un peu plus d’un an concernant l’« accélération sans précédent des investissements » dans les forces armées canadiennes. Les initiatives en faveur de l’armée, qu’il s’agisse de l’importante hausse des dépenses de défense ou de la mise en place de nouvelles alliances de sécurité, sont nombreuses et variées.

En effet, à peine un mois après son élection en avril 2025, M. Carney a annoncé que le Canada atteindrait d’ici la fin de l’année l’objectif de financement de l’OTAN, fixé à 2 % du produit intérieur brut (PIB). Il a ainsi promis plus de 9 milliards de dollars de dépenses de défense supplémentaires pour l’exercice. L’année précédente, le gouvernement libéral prévoyait plutôt de porter les dépenses de défense à 1,37 % du PIB et d’atteindre l’objectif de l’alliance d’ici 2032. Dans son budget d’automne, M. Carney a ensuite précisé les dépenses militaires nécessaires pour atteindre le nouvel objectif de l’OTAN, soit 5 % du PIB d’ici 2035.   

Un mois avant, les autorités fédérales avaient lancé la nouvelle Agence de l’investissement pour la défense afin de remplacer le système d’approvisionnement qui, selon elles, était « fragmenté  entre plusieurs ministères, lent à consulter l’industrie et trop complexe pour répondre aux besoins militaires en constante évolution, ce qui fait que les Forces armées canadiennes doivent attendre des années, parfois des décennies, pour obtenir le matériel qui leur est indispensable ». M. Carney a nommé à la tête de l’Agence M. Doug Guzman, ancien cadre du secteur bancaire avec trente ans d’expérience dans l’investissement et la finance, une décision jugée prometteuse pour la révision et la rationalisation de l’approvisionnement.

Notamment, le gouvernement a également déclaré que la nouvelle agence « permettra au Canada de mieux harmoniser ses relations avec des partenaires comme le Royaume-Uni, l’Australie et la France, qui comptent déjà des organismes d’approvisionnement spécialisés, ce qui facilitera et optimisera les acquisitions et l’établissement de partenariats communs en matière de défense ».

De nouvelles alliances de sécurité ont également émergé. Au début de 2026, le Canada a rejoint officiellement l’initia-tive « Agir pour la sécurité de l’Europe », renforçant officiellement la coopération en matière de défense avec l’Union européenne. Cette initiative offre aux fabricants canadiens de nouvelles occasions d’accéder aux marchés européens de la défense et de collaborer avec leurs homologues, alors que les États membres de l’UE augmentent leurs dépenses militaires.

À ce propos, le Canada a annoncé un partenariat stratégique avec la Suède à l’été 2025, illustré notamment par des discussions de collaboration dans l’industrie aéronautique entre Bombardier et Saab autour du chasseur à réaction Gripen. Le Canada a également annoncé un pacte avec la Finlande et les États-Unis pour « améliorer […] les capacités collectives de production de navires brise-glaces de classe mondiale nécessaires pour affirmer […] la souveraineté polaire et arctique » en novembre et un accord de défense avec la Corée du Sud en février 2026 pour réaffirmer l’« engagement  commun à renforcer la coopération à une époque marquée par une concurrence stratégique accrue, une évolution rapide des technologies et une pression croissante sur les sociétés ouvertes et démocratiques ».

Le même mois, M. Carney a dévoilé la première stratégie industrielle de défense du Canada, qui vise à « transformer  nos industries de la défense en accordant la priorité aux fournisseurs et aux matériaux canadiens, en investissant dans l’innovation et la commercialisation canadiennes, et en rationalisant le processus d’approvisionnement afin d’assurer une demande constante et prévisible aux entreprises ».

Bien d’autres mesures ont été prises au cours de l’année, dont l’intégration de la Garde côtière à la Défense nationale, de nouveaux investissements dans la sécurité de l’Arctique et du Nord, ainsi que la création de nouveaux centres de recherche consacrés à l’innovation en matière de drones et de défense maritime.

« Défendre le Canada, c’est bâtir le Canada, a déclaré M. Carney en lançant la stratégie industrielle de défense. La sécurité et la prospérité sont les fondements complémentaires d’un Nord authentique, fort et libre. »

À tout le moins, il est encourageant de voir l’armée canadienne revenir une fois de plus au premier plan.

59e Congrès du Québec

Distinctions, anciens combattants et langage au menu
de la journée

Le premier vice-président national, Owen Parkhouse [Aaron Kylie/LM]

Le 59e Congrès de la direction de la division du Québec se voulait efficace. La réunion était prévue sur une journée en raison de divers problèmes de logistique causés par la pandémie. Le 24 septembre 2022, plus de 150 membres de toute la province se sont retrouvés à la filiale St-Eustache de Deux-Montagnes, dans la banlieue de Montréal, où ils ont examiné et voté des motions, écouté des rapports de comité et élu une nouvelle équipe de direction. Les discussions ont principalement porté sur les distinctions et les anciens combattants, avec un petit débat sur le bilinguisme. Il n’y a eu ni cérémonie d’ouverture ni défilé. 

Après un moment de silence à la mémoire d’anciens combattants, de membres de la Légion et de la reine Elizabeth II, Ken Ouellet, président de la filiale Lacolle, a présenté son rapport en français et en anglais. 

Il a remercié les membres de leurs efforts pour assister à la réunion bisannuelle raccourcie et il a rappelé que les filiales québécoises étaient restées fermées entre mars 2021 et mars 2022.

« Nous venons de passer deux années très difficiles à cause de la COVID, a-t-il déclaré. Nous n’avions jamais affronté un tel défi. Mais, nous avons survécu. »

M. Ouellet a remercié le gouver-nement fédéral et la Direction nationale d’avoir aidé les filiales du Québec à affronter les difficultés financières. Il a aussi noté un certain nombre de succès malgré la pandémie : le lancement d’une plaque d’immatriculation commémorative pour ancien combattant figurant maintenant sur environ 30 000 véhicules; des places de stationnement dans les centres commerciaux et commerces réservées aux anciens combattants dans 15 municipalités de la province; une hausse des adhésions chez les jeunes anciens combattants; et la création d’un cours de leadership conçu pour présenter les activités essentielles de la Légion à tous les membres, mais surtout aux dirigeants locaux ou régionaux. 

« C’est à votre tour d’amener de nouveaux membres et de les faire participer », a conclu M. Ouellet. 

Puis, le premier des rapports de comité a été présenté. Celui du Comité de la Constitution et des Lois, présenté par sa présidente, Susan Donnelly de la filiale hôtesse, demandait de modifier le règlement administratif afin que les états financiers des filiales soient publiés en ligne après chaque réunion générale. Cette demande a été refusée à l’issue d’une vive opposition.

Au chapitre des finances, le trésorier Norman Shelton de la filiale Chomedey de Laval a fait remarquer que si les revenus de la division avaient dépassé les dépenses de 56 930 $, c’était grâce aux 68 000 $ du fonds d’urgence de la Direction générale et du gouvernement fédéral octroyés dans le cadre de la pandémie. Sinon, il y aurait eu un déficit. Il a aussi rapporté que le siège social de la division avait déménagé ses bureaux pour faire des économies et qu’il avait engagé un expert-comptable pour réduire les dépenses. 

M. Shelton, président de plu-sieurs comités, a aussi rapporté ce qui suit : les ventes du coquelicot ont baissé de 30 % au cours des deux dernières années, à cause de la pandémie; au mois d’aout, Sherbrooke a accueilli les premiers Championnats nationaux d’athlétisme pour jeunes depuis la pandémie (la ville le fera à nouveau en aout prochain); la compétition de cribbage divisionnaire a repris en octobre dernier et celle des fléchettes est prévue en mars; les bourses ont fait l’objet d’une augmentation de 1 000 $, les portant à 3 000 $.

Christopher Wheatley, président des débats de la Division du Québec, a aussi donné des nouvelles de la Ligue royale des anciens combattants du Commonwealth qui appuie les anciens combattants et leurs veuves aux Antilles. Deux dons spontanés du public ont suivi son rapport, l’un de 6 000 $ et l’autre de 439 $. 

Owen Parkhouse, premier vice-président de la Direction nationale, a présenté des nouvelles du siège social national dans les deux langues. 

« Les deux dernières années ont été mouvementées, mais cela commence à aller mieux, a-t-il dit. Grâce à vous, on a pu s’occuper de nos anciens combattants et la plupart des filiales ont survécu. » 

M. Parkhouse a mentionné des initiatives de la Direction nationale, notamment l’élargissement de l’adhésion gratuite d’un an aux parents et aux tuteurs d’ancien combattant, l’élaboration d’une carte de membre numérique, le lancement de coquelicots à boutonnière et de couronnes biodégradables, la popularité croissante des concours littéraires et d’affiches, ainsi que le travail de défense des droits concernant le traumatisme sexuel dans les Forces armées canadiennes, le rattrapage des retards dans les demandes de prestations d’invalidité à Anciens combattants Canada et l’obtention de soutien financier lié à la pandémie pour les filiales. 

M. Parkhouse a aussi supervisé les élections. M. Ouellet, candidat à la présidence pour un troisième mandat, a été battu par le président national sortant, Thomas Irvine, de la filiale Hemmingford. Ensuite, trois membres ont vivement pro-testé séparément en français contre le fait que le poste soit occupé par un anglophone unilingue. 

Le président sortant Ken Ouellet s’entretient avec les délégués.

Ont été proposés au poste de premier vice-président : William Howe, de la filiale Greenfield Park; Luc Fortier, de la filiale Chicoutimi; Jean St-Laurent, de la filiale Quebec North Shore de Baie-Comeau; et Robert Trépanier, de la filiale Lt.-Col. Robert Grondin de Shawinigan. Les deux derniers ont refusé leur mise en candidature et M. Howe a été élu. 

M. Fortier et M. St-Laurent ont cependant accepté leur mise en candidature aux trois postes de vice-président, et ils ont été rejoints sur les bulletins par Mary-Ann Latimer, de la filiale Aylmer, et par Terrance et Gordon Lippiatt, de la filiale Greenfield Park. Sylvain Arbour, de la filiale Lt.-Col. Charles Forbes de Québec, a refusé sa mise en candidature. M. Latimer, M. Deslage et M. Fortier ont été élus. 

M. Trépanier a été proposé comme candidat à la présidence des débats en même temps que M. Donnelly et le titulaire, M. Wheatley, de la filiale Chomedy, mais ce dernier a refusé. M. Donnelly a obtenu le poste. En dernier lieu, M. Shelton a été élu par acclamation à un autre mandat de trésorier.

Pendant les élections, les membres ont voté sur 15 résolutions ratifiées par leurs comités respectifs. 

Nouveau président Thomas Irvine

Neuf motions concernaient les médailles et distinctions, qui ont fait l’objet de beaucoup de discussions. En fin de compte, une seule a été votée de justesse (avec comptage) : la demande à la Direction nationale de produire une médaille du 100e anniversaire pour son centenaire en 2025. Un membre semble avoir résumé l’opinion générale sur les motions sur les distinctions : « Il est temps d’arrêter de s’étendre sur les affaires qu’on porte et de penser aux anciens combattants ».

Deux motions qui ont été approuvées au congrès concernaient l’inégalité du traitement du français dans le cadre des produits de la Direction nationale et de la revue Légion. Les deux ont demandé que la langue française soit mieux respectée.  

Le congrès s’est conclu par l’investiture des nouveaux dirigeants. M. Irvine, le nouveau président, s’est adressé aux participants avant leur départ.  

« Je félicite les nouveaux officiers de leur élection, a-t-il déclaré. Maintenant, il s’agit de se mettre au travail. Et c’est exactement ce que nous allons faire. Nous allons jeter des ponts. On ne parlera pas de race, de religion, de langue. Nous sommes tous des membres unis. C’est une organisation unie. Et cela sera notre point de départ pour travailler. » 

Des promesses, encore des promesses

Des membres des Cameron Highlanders of Ottawa, un régiment d’infanterie de la Première réserve, défilent à Ottawa, en Ontario[Wikipedia]

Nous sommes là pour défendre notre mode de vie actuel et futur, affirmait à la mi-octobre 2022 Wayne Eyre, général et chef d’état-major de la défense. Il faut donc que la société dans son ensemble nous prête main-forte pour que les Forces armées redeviennent ce qu’elles doivent être face au monde dangereux qui nous attend. »

Nous n’avons rien à redire à cela. Toutefois, les patrons d’Eyre au gouvernement fédéral ne tiennent pas les nombreuses promesses faites il y a des années pour que les Forces armées canadiennes aient Protection, Sécurité, Engagement, comme le titrait la politique de défense du Canada de 2017.

Que les choses soient claires : on ne parle pas d’un renforcement de la défense nationale. Et ce n’est pas non plus une attaque partisane. Il s’agit simplement de faire le compte des engagements pris et respectés. Il y a des problèmes, et ils ne datent pas d’hier.

Commençons par le maintien de la paix, un rôle et un engagement international dont s’enorgueillit le pays depuis longtemps et qui lui donne théoriquement du cachet en matière de sécurité et de diplomatie dans le monde. Le Canada ne comptait que 59 membres dans des missions de l’ONU selon les dernières données.

Mais, lors de la conférence sur le maintien de la paix organisée à Vancouver en 2017, le premier ministre Justin Trudeau promettait que le Canada allait mettre « une gamme de capa-cités spécialisées à la disposition de l’ONU ». Il s’agissait notamment d’une force de réaction rapide (FRR) de 200 soldats avec l’équipement connexe, d’une force opérationnelle de l’aviation avec des hélicoptères armés, et d’un soutien du transport aérien tactique pour les soldats et l’approvisionnement aux missions.

On peut arguer que le pays a tenu les deux dernières promesses (il a envoyé une unité d’hélicoptères au Mali en 2018-2019 et fourni un avion de transport à des missions de l’ONU en Afrique), mais la FRR n’était toujours pas concrétisée à l’échéance du calendrier en mars 2022. Le cabinet a ensuite prolongé l’échéance à mars 2023. Retenons notre souffle.

Par ailleurs, comme nous l’avons mentionné dans notre dernier numéro, les membres des FAC sont confrontés à une importante pénurie de logements : au début de l’automne, 4 500 militaires et leur famille étaient sur une liste d’attente de l’Agence de logement des forces. Il y a cinq ans, cet orga-nisme fédéral a proposé la construction de 1 300 logements sur dix ans, ainsi que d’autres options, comme des locations et des partena-riats publics-privés pour pallier l’insuffisance de logements. Depuis, 132 habitations ont été construites, soit 10 % de l’objectif proposé.

Passons à la pénurie de recrues dont on entend souvent parler. Actuellement, c’est carrément une crise. En 2017, les FAC se sont engagées à augmenter de 3 500 le nombre de militaires réguliers pour atteindre 71 500 membres, et celui des réservistes de 1 500 pour 30 000 membres. Il y a aujourd’hui environ 6 000 membres réguliers des FAC de moins qu’il y a cinq ans, tandis que le nombre des réservistes n’a guère changé. En outre, l’objectif de 25 % de femmes dans les forces d’ici 2026 semble tristement irréalisable. Selon les dernières données, elles ne sont que 16 %.

Bien entendu, si l’on ajoute les problèmes d’approvisionnement perpétuels (chasseurs à réaction, pistolets et véhicules spéciaux, par exemple), les retards dans la livraison de bâtiments navals et le report de dix ans de l’ouverture de l’installation navale de Nanisivik (qui aurait dû avoir lieu en 2013), pour ne citer que quelques exemples, une tendance évidente se dégage.

Toutefois, des changements se dessinent peut-être à l’horizon. Le gouvernement fédéral a annoncé dans le budget de 2022 une nouvelle analyse de la politique de défense pour actualiser celle de 2017, en faisant remarquer qu’« en raison des événements récents, le gouvernement doit réévaluer le rôle, les priorités et les besoins du Canada dans un monde en évolution ».

Espérons que les promesses faites à l’armée seront respectées. 

Les officiers d’entraide s’engagent à respecter la confidentialité

Accéder aux program-mes et services offerts par Anciens combattants Canada n’est pas toujours facile. Mais, les anciens combattants n’y font pas face seuls. Les officiers d’entraide des directions (OED) de la Légion royale canadienne sont des professionnels bienveillants et bien formés qui offrent des services de consultation ou de représentation aux membres des Forces armées canadiennes et à ceux de la Gendarmerie royale du Canada, ainsi qu’aux anciens combattants et à leurs proches qui traitent avec ACC.

Il s’agit notamment de demandes de prestations d’invalidité et de questions connexes liées à ACC et au Tribunal des anciens combattants (révision et appel) (TAC[RA]) en vertu de la Loi sur les pensions ou de la Loi sur le bienêtre des vétérans.

Le rôle des OED s’inscrit dans un cadre législatif. Ils peuvent représenter les anciens combattants et bénéficient donc d’un accès aux renseignements personnels des anciens combattants qui ont signé le formulaire prescrit. Les services des OED sont gratuits, que l’on soit membre de la Légion ou pas.

Les OED doivent détenir une habilitation de sécurité du gouvernement, et ils signent une déclaration dans le cadre de laquelle ils s’engagent à respecter les exigences en matière de confidentialité en vertu de la Loi sur l’accès à l’information et de la Loi sur la protection des renseignements personnels. Ils n’utiliseront les renseignements personnels et protégés d’un ancien combattant que pour les besoins de la représentation relative à ses demandes, appels et autres impératifs en lien avec les processus d’ACC ou aux termes de la loi.

L’autorisation et l’accès accordés aux OED peuvent leur être retirés en tout temps en envoyant une lettre en ce sens à un bureau d’ACC. ACC déterminera dans quelle mesure la personne désire limiter l’accès et l’utilisation des renseignements, puis fera le nécessaire pour que la Légion et les responsables d’ACC soient informés des modalités du changement.

Si vous ou quelqu’un que vous connaissez avez besoin d’aide pour accéder aux avantages d’ACC, veuillez communiquer avec l’OED d’une division de la Légion à www.legion.ca/fr/soutien-aux-veterans
pour joindre un officier d’entraide de direction ou appeler la Direction nationale de la Légion sans frais
au 1-877-534-4666.

Déclin de l’opinion favorable sur les FAC, selon le dernier sondage biennal

Un rapport commandé par le ministère de la Défense nationale indique que la confiance du public à l’égard de l’armée a décliné au cours des cinq dernières années, période où les Forces armées canadiennes ont essayé d’augmenter leur pourcentage de femmes, de minorités et d’autochtones et de pallier un manque de personnel.

Selon le sondage de la société Earnscliffe Strategy Group, 65 % des Canadiens ont une bonne opinion des FAC, mais c’est une baisse par rapport aux 82 % d’il y a deux ans. Dix ans après la guerre en Afghanistan, les Canadiens, surtout les jeunes adultes, savent moins ce que fait l’institution militaire.

Le ministère s’intéresse à l’opinion publique sur les FAC depuis 2017.

L’étude biennale des écarts indique aux cadres des Forces armées canadiennes « ce qui a marché ou pas, ainsi que les éléments qu’il conviendrait de prendre en compte lors de la planification », explique la déclaration que nous a adressée le ministère.

Les rapports de 2018, 2020 et 2022 s’appuient sur des sondages menés par téléphone ou en ligne auprès de 1 500 Canadiens, ainsi que sur de nombreux groupes de discussion organisés partout au pays.

Les opinions de 1 501 adultes canadiens ont été recueillies dans le cadre de la plus récente étude. Dix groupes de discussion
organisés à Toronto, Montréal, Winnipeg, Vancouver et Moncton (N.-B.) sont venus compléter les données.

« Les impressions des Canadiens sur les FAC sont dans l’ensemble soit bonnes, soit neutres », explique le rapport. On peut compter sur les FAC en cas d’urgence, disaient les personnes interrogées, qui reconnaissaient la contribution des FAC pendant la pandémie et leurs interventions lors de catastrophes. Cependant, les personnes interrogées ont aussi exposé leur déception des mesures prises face à l’inconduite sexuelle, au racisme systémique et dans le cadre du soutien en matière de santé mentale pour les militaires et anciens combattants.

Il y a deux ans, 70 % des personnes interrogées estimaient que l’armée était un bon choix de carrière pour les femmes, et la moitié pensait qu’elles étaient respectées au travail. Ces chiffres ont baissé cette année et sont passés à respectivement 56 % et un tiers.

Le manque d’inclusion est un obstacle au recrutement et au recyclage du personnel

Le scandale concernant l’incon-duite sexuelle s’est répercuté sur la fierté que les citoyens ressentent envers l’institution militaire et sur la confiance qu’ils éprouvent face à sa capacité à redresser la situation, note le rapport.

Seulement 21 % des participants ont estimé que les FAC traite-raient les allégations de manière adéquate, et 38 % n’étaient pas de cet avis. Un quart seulement des participants s’est dit convaincu que la culture militaire pouvait changer favorablement.

« Les personnes interrogées ont suggéré que la transparence, la promotion d’un plus grand nombre de femmes à des postes de direction pour que les victimes d’inconduite sexuelle puissent mieux signaler ces comportements, ainsi que des efforts en matière d’éducation et de prévention, leur redonneraient confiance en la capacité des FAC à changer », conclut le rapport.

Selon la déclaration, de telles observations fournissent « des renseignements instructifs […] pour la continuation des efforts des FAC en matière de recrutement et d’élaboration de politiques, programmes et initiatives à cet égard ». Un milieu de travail inclusif est une priorité absolue. « Nous prenons des mesures réfléchies et coordonnées à tous les niveaux de l’organisation pour éliminer le racisme, la discrimination, les préjugés, les stéréotypes nuisibles et les barrières systémiques. »

Des progrès ont été faits dans tous ces domaines, nous confiait il y a quelques mois Wayne Eyre, général et chef d’état-major de la défense. Changement notable, la direction est désormais évaluée sur sa capacité à favoriser l’inclusion.

Le manque d’inclusion est un obstacle au recrutement et au recyclage du personnel, avait expliqué Jennie Carignan, lieutenante-générale, lors du même entretien. En tant que chef de la conduite professionnelle et de la culture, il lui incombe de changer les
politiques et programmes pour remédier aux problèmes systé-miques comme la discrimination, le racisme et le sexisme.

Les données sur les attitudes des Canadiens envers l’institution militaire sont importantes, car les FAC sont confrontées à des pénuries de personnel depuis des dizaines d’années. Il manque environ 10 000 personnes aux FAC pour atteindre l’effectif complet de 100 000, et il en manque 2 000 pour son minimum de 68 000 membres de la force régulière et 5 000 pour son minimum de 29 000 réservistes à temps partiel.

En outre, les FAC veulent que les femmes représentent 25 % de son personnel d’ici 2026. Actuellement, elles ne sont que 16 %, et les FAC accusent aussi un retard dans le recrutement de Canadiens racialisés et de membres des populations autochtones.

Voici les mots de Gregory Lick, ombudsman des Forces armées canadiennes, en mai dernier : « Avec un déficit d’environ 10 000 à 12 000 militaires dans la Force régulière et la Réserve, et des milliers de postes civils à combler, une crise se profile peu à peu.

Des logements en vue?

[istock]

Habitat pour l’humanité serait une solution de logement potentielle », a écrit un officier supérieur de la 19e Escadre Comox le 5 mai 2022. Il a envoyé ce courriel à des collègues de la base de l’Aviation royale canadienne située au nord de l’ile de Vancouver qui, selon un porte-parole du ministère de la Défense, rencontraient « des difficultés importantes » pour se loger.

Ce message illustre les répercussions de la hausse des prix des maisons et des loyers sur les membres des Forces armées canadiennes : elle est si fulgurante qu’ils devront peut-être communiquer avec l’organisme sans but lucratif de construction d’habitations pour se loger. Les problèmes de logement affectent particulièrement les militaires, qui déménagent souvent.

En avril, le général Wayne Eyre, chef de l’état-major général, a signalé qu’il manquait « quelque 4 000 à 6 000 résidences dans [leurs] bases ».

Il est grand temps que le gouvernement agisse.

Le Canada a déjà vécu cette situation, et il avait réussi à trouver une solution. Pendant et juste après la Seconde Guerre mondiale, on a construit aux quatre coins du Canada des quartiers de logements « Victory Housing » (logements de la victoire, NDT). Ces maisons « boites à fraises » (leur surnom en raison de leur forme) visaient à loger, entre autres, les nombreux soldats revenant au pays.

Entre 1941 et 1947, la société d’État fédérale Wartime Housing Limited a construit et géré presque 26 000 logements locatifs dans 73 municipalités. Un organisme fédéral créé plus tard a permis aux locataires de ces logements de les acheter. En outre, la Loi sur les terres destinées aux anciens combattants de 1942 offrait des prêts. Cet organisme fédéral a financé la construction de plus de 47 000 logements supplémentaires entre 1943 et 1975.

Le prix moyen d’une maison au Canada est de 600 000 $, et celui du loyer d’une maison de deux chambres en région urbaine est de 1 300 $. Ces couts pèsent sur les militaires.

« L’inflation, les prix faramineux du marché du logement […]. J’en fais les frais », a déclaré en avril à CityNews de Vancouver un membre des FAC.

Il existe bien un programme d’aide pour les FAC qui travaillent là où le cout de la vie est supérieur à la moyenne nationale, mais il a été gelé pour analyse de la formule d’indemnisation il y a 12 ans, donc il reste indexé sur le cout de la vie de 2009. L’évaluation de la formule est encore en cours. En attendant, le cout du logement dans les bases, quand logements il y a, se fonde sur les prix du marché local.

« Cela crée beaucoup de stress […] sur le personnel, a déclaré Luca Andolfatto, courtier immobilier, à La Presse canadienne. »

Il s’agit là d’un problème auquel le gouvernement doit remédier.

Indemnité supplémentaire pour douleur et souffrance

Avez-vous entendu parler de l’indemnité supplémentaire pour douleur et souffrance (ISPDS)?  

De nombreux anciens combattants connaissent l’indemnité pour douleur et souffrance (IDS) accordée en cas de maladie ou de blessure liée au service. Elle a été mise en place le 1er avril 2019 en vertu de la Loi sur le bienêtre des vétérans. 

L’ISPDS relève de la même loi. Pour y avoir droit, vous devez bénéficier d’une IDS d’Anciens combattants Canada, et votre maladie ou votre blessure doit constituer une entrave après votre service. Il s’agit d’une prestation mensuelle paya-ble à vie et non imposable.

Au dépôt de votre demande, ACC évaluera les affections qui vous y donnent droit, notamment votre degré de mobilité sans aide et vos besoins d’assistance dans les activités de la vie quotidienne, comme l’hygiène personnelle, pour déterminer la gravité de votre incapacité. Il existe trois catégories et trois montants mensuels correspondants. La catégorie 1 est attribuée aux affections les plus graves, et une évaluation en personne pourrait être nécessaire dans ce cadre.

Les agents de la GRC ont uni-quement le droit à l’ISPDS s’ils ont aussi été militaires. En outre, elle ne s’applique pas aux anciens combattants qui ont servi avant le 2 avril 1947 ou en Corée. Ces anciens combattants perçoivent des indemnités en vertu de la Loi sur les pensions. De plus, les membres actuels des Forces armées canadiennes ne peuvent pas obtenir l’ISPDS tant qu’ils ne retournent pas à la vie civile. 

Vous pouvez faire une demande d’ISPDS en ligne depuis votre compte sur ACC ou en appelant le ministère, sans frais, au 1-866-522-2122. 

Si vous avez besoin d’aide pour accéder aux prestations d’invalidité d’ACC ou si une connaissance ou un proche est dans ce cas, communiquez avec un officier d’entraide de direction de votre localité en allant sur la page https://www.legion.ca/fr/soutien-aux-veterans/pour-
joindre-un-officier-d-entraide
–
de-direction. Sinon, composez le 1-877-534-4666 pour parler à un officier d’entraide. 

Les avantages de voyage d’un nouveau partenaire

Les membres de la Légion royale canadienne peuvent dorénavant accéder en exclusivité à de meilleurs prix offerts par Blowes and Stewart Travel (BST Vacations), le tout dernier partenaire du Programme de bénéfices pour membres (PBM).

BST est une agence de voyages inscrite à l’Organisme de règlementation de voyage de l’Ontario. Ses conseillers en vacances expérimentés promettent un service exceptionnel avant, pendant et après le voyage.

Forte de ses 120 ans d’expé-rience combinée dans le secteur, l’agence BST a tissé des liens avec les meilleurs fournisseurs d’accueil. Les membres de la Légion pourront donc profiter de promotions sensationnelles.

En outre, Blowes and Stewart fera des dons aux programmes de la Légion royale canadienne, qui à son tour soutient les services et programmes offerts aux anciens combattants.

Explorez les possibilités pour vos prochaines vacances en composant le 1-800-561-4275, en envoyant un courriel à info@bstvacations.ca (mentionnez que vous êtes membre de la Légion) ou en consultant la page www.bstvacations.ca/royal-
canadian-legion. 

Le PBM offre entre autres des rabais sur un service d’ordonnances en ligne, des forfaits d’assurance-
voyage personnalisés, des résidences pour les retraités, des forfaits de
cellulaire, des services de lunetterie, et des services de funérailles. Les autres partenaires du PBM sont Pocketpills, IRIS le Groupe Visuel, Medipac assurance-voyage, assu-rance automobile et habitation belairdirect, Rogers, HearingLife, Arbor Memorial, Canadian Safe Step Walk-in Tub Company, l’Hypothèque inversée CHIP, Revera et la Banque MBNA Canada.

La liste de partenaires du PBM qui ne cesse de s’allonger est un des avantages de l’adhésion à la Légion, et les économies exclusives que procurent ces entreprises peuvent facilement couvrir ces frais.

La préservation des pensions

[istock]

Ce fut un choc pour Ardith Bennett, qui avait abandonné son propre régime de santé et opté pour celui de son mari après leur mariage. Dan, ancien combattant, avait alors plus de 60 ans. Quinze ans après, lors de son décès, Ardith a appris qu’elle n’avait plus droit aux prestations de maladie.

« J’ignorais que sa couverture avait pris fin, a-t-elle expliqué à l’Association nationale des retraités fédéraux à l’automne 2021. J’ai appelé je ne sais combien de personnes [à Anciens combattants Canada]. »

Un texte législatif archaïque qu’on appelle la clause sur le « mariage après l’âge de 60 ans » ou sur les
« mariages intéressés » est à l’origine de la situation délicate de Mme Bennett. Elle date de la guerre civile des années 1860 aux É.-U., et elle était destinée à empêcher les femmes d’épouser un ancien combattant âgé dans le seul but de toucher sa pension.

Les mariages sur les lits de mort étaient si courants qu’ils servirent de fondement à la clause originelle sur les mariages intéressés de la Loi des pensions de la Milice de 1901 au Canada.

Les temps ont changé. Ces jours-ci, les mariages tardifs sont monnaie courante. Les gens vivent plus longtemps, ils se marient plusieurs fois, et la recherche du bonheur l’emporte.

Pourtant, une version de la clause des mariages intéressés perdure dans la Loi sur la pension de retraite des Forces canadiennes, malgré les plaintes continues d’anciens combattants et une promesse faite lors de l’élection des libéraux en 2015 de s’en débarrasser.

Selon les règles actuelles, les anciens combattants qui se marient après l’âge de 60 ans sont obligés de renoncer à la moitié de leur pension s’ils veulent garantir des paiements à leur conjoint après leur décès. Il a été demandé à un capitaine de frégate de la Marine royale canadienne de renoncer perpétuellement à 903 $ sur sa pension de 2 250 $ pour fournir une pension de 761 $ à son épouse, a rapporté la Surviving Spouses Pension Fairness Coalition. La mesure peut faire réduire les versements à 1 000 $ par mois. Et les conjoints survivants perdent leurs prestations médicales et dentaires au décès de leur partenaire, comme c’est arrivé à Mme Bennett.

La députée Rachel Blaney, porte-parole de l’opposition pour les Anciens combattants, a déposé une proposition afin de supprimer le texte législatif désuet. Elle argue que les anciens combattants âgés méritent de savoir que leurs derniers amours seront pris en charge après leur mort.

« Cette clause ridicule enfonce nos anciens combattants dans la misère, dit Blaney. Les anciens combattants qui trouvent l’amour dans les dernières années de leur vie ne devraient pas en être punis. Leur partenaire, qui bien souvent est une femme, non plus.

« C’est sexiste et archaïque, et cela doit être supprimé. »

Bravo!

Changement de culture

Des policiers militaires canadiens en déploiement participent à la cérémonie de clôture de la Semaine de la police militaire dirigée par les États Unis, qui vise à rendre hommage aux responsables de l’application de la loi, aux membres des forces de sécurité et de la protection de la force ainsi qu’aux policiers militaires américains qui ont perdu la vie lors d’opérations de déploiement, au cours de l’opération IMPACT, le 20 mai 2017.
Photo : Op IMPACT, MDN
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En mars 2022, un cours de formation de base de la Marine royale canadienne à la base des Forces canadiennes Esquimalt, en Colombie-Britannique, a été arrêté à la suite d’allégations de harcèlement sexuel et de racisme.

Un groupe de discussion avait partagé une photo sexuellement explicite, il y avait eu des commentaires sexualisés inappropriés, et des messages racistes et menaçants avaient été trouvés sur les appareils personnels de certaines recrues.

Les Forces armées canadiennes ont passé en revue près de 35 membres potentiels. Un porte-parole a déclaré : « les candidats jugés aptes retourneront à l’instruction ». Ceux qui ne se sont pas montrés à la hauteur du code de valeurs et d’éthique des FAC ont été expulsés.

Il s’agit d’un signe que la nouvelle stratégie concernant l’inconduite sexuelle dans les forces – résumée dans le document La voie vers la dignité et le respect publié en octobre 2020 – porte ses fruits. Les personnes affichant leur sexisme, leur racisme, et leur comportement intimidant ne seront pas admises dans les rangs.

La dernière démarche en date admet qu’éliminer l’inconduite
sexuelle n’est pas une mission isolée, mais une évolution culturelle sans fin. Il faudra miser sur l’éducation à long terme. C’est un rôle qui s’inscrit dans la durée pour la nouvelle chef de la conduite professionnelle et de la culture.

En effet, ces efforts pour éliminer l’inconduite comportent plusieurs objectifs, contrairement aux tentatives précédentes. Cette fois-ci, pour améliorer les politiques et processus, les FAC sollicitent les suggestions d’experts externes, notamment de personnes qui ont été confrontées à l’inconduite sexuelle et à la discrimination fondée sur le genre. Les FAC ciblent aussi les comportements irrespectueux à tout niveau et encouragent la création d’un milieu qui endigue les actes nuisibles avant qu’ils ne deviennent toxiques.

Les FAC élaborent des méthodes pour appuyer les personnes qui subissent de telles pressions et pour que celles qui en sont témoins puissent rapporter l’inconduite en toute sécurité. Elles conçoivent aussi des processus pour traiter de nombreux actes inappropriés en conséquence.

L’armée souhaite inculquer ce changement de culture en engageant la responsabilité des dirigeants en matière de diversité et d’inclusivité, et en faisant de ces mesures des critères d’évaluation professionnelle.

En outre, s’attaquer à ce problème pourrait aider à résoudre l’enjeu du recrutement. Les changements culturels qui veulent rendre les carrières militaires plus attrayantes pour les femmes, la communauté LGBTQ2 et les Canadiens racisés – par exemple en permettant aux militaires de s’habiller selon leur identité de genre et d’observer diverses fêtes religieuses, et en élargissant les politiques de congés pour inclure le deuil et les soins à un malade – rendront aussi les emplois dans les FAC plus intéressants pour les hommes.

Verrons-nous vite des preuves de cette évolution? Probablement pas. Hors de l’armée, de tels changements pour une société plus inclusive ont été lents. Les progrès pourraient être plus rapides dans les forces armées que dans la société en général, mais la démarche restera méthodique chez les personnes portant l’uniforme.

Il n’en reste pas moins que les premiers pas ont été faits.