Le gouvernement fait amende honorable

Justin Trudeau portrait [wikimedia.org] 

Le gouvernement fédéral a l’intention de présenter des excuses pour le traitement subi par les soldats volontaires noirs qui ont servi dans le 2e Bataillon de construction ségrégué pendant la Première Guerre mondiale.

Les hommes noirs, certains venus des États-Unis et d’autres des Antilles pour s’enrôler dans le Corps expéditionnaire canadien, se sont heurtés au racisme et à des obstacles souvent insurmontables en essayant de s’incorporer dans les unités d’infanterie régulière. Environ 700 soldats noirs y sont parvenus, mais la majorité a été reléguée aux fonctions de soutien du 2e en France.

Il ne s’agira pas des premières excuses concernant l’armée et la guerre, loin de là.

Le 13 décembre dernier, Ottawa a présenté des excuses aux victimes d’inconduite sexuelle dans l’armée (cf. page 12). D’autres excuses ont aussi été présentées par le passé :

•le 22 septembre 1988, le gouvernement fédéral a présenté des excuses pour avoir interné des Canadiens d’origine japonaise pendant la Seconde Guerre mondiale;

•le 7 novembre 2018, Ottawa s’est excusé d’avoir refusé d’accueillir des Juifs qui avaient accosté au port d’Halifax en 1939 et qui demandaient asile devant l’ampleur des atrocités du régime nazi;

•le 10 septembre 2019, il a présenté des excuses aux anciens combattants métis à qui l’on avait refusé les avantages auxquels ils avaient droit;

•le 27 mai 2021, le gouvernement a prononcé un mea culpa pour avoir interné des Canadiens d’origine italienne pendant la Seconde Guerre mondiale.

Pour bien des gens, de telles excuses ne sont que de belles paroles qui arrivent trop tard. Sur les 937 réfugiés juifs arrivés au port en 1939 à bord du vapeur St. Louis lors de ce qui allait être surnommé « le voyage des damnés », 254 furent victimes de l’holocauste.

Les excuses aux Canadiens d’origine japonaise internés et à leur famille ont été accompagnées d’une indemnité compensatrice de 300 millions de dollars, et 24 millions de dollars ont été consacrés à la création de la Fondation canadienne des relations raciales afin de « s’assurer qu’une telle discrimination ne se reproduise jamais ».

Toutefois, aucune indemnité versée quarante ans plus tard, quel qu’en soit le montant, ne saurait compenser les souffrances infligées aux 22 000 Canadiens de descendance japonaise dont les biens confisqués et vendus. Pire encore, ils devaient payer leur propre internement et leurs droits de citoyen n’ont été restaurés qu’en 1949.

« Nous ne pouvons pas changer le passé, déclarait le premier ministre Brian Mulroney en 1988. Mais nous devons, en tant que pays, avoir le courage de regarder en face ces faits historiques. »

CES MOTS SONNENT CREUX SI DES MESURES EFFICACES ET D’ENVERGURE NE SONT PAS PRISES.

Ces mots sonnent creux si des mesures efficaces d’envergure ne sont pas prises pour corriger ce qui a causé les torts à l’origine.

L’armée canadienne a « regardé en face » l’inconduite sexuelle à diverses reprises et commandé deux études sur le problème. Les scandales dans les rangs supérieurs et la succession constante de cours martiales où des inconduites sexuelles sont alléguées laissent à penser qu’il n’y a pas de changement profond.

Dans le même ordre d’idée, des excuses ne mettront pas fin au racisme systémique au Canada.

Espérons qu’en reconnaissant les torts du passé et en faisant amende honora-ble, les Canadiens analyseront le présent d’un œil critique et amorceront un vrai changement durable. Ce serait le meilleur moyen de reconnaitre les sacrifices que les soldats noirs ont faits il y a plus d’un siècle, à l’étranger et au pays. 

Trois soldats canadiens dans une pirogue allemande capturée lors de leur avance à l’est d’Arras, 1918. [The French History Podcast]

La bonne décision

Anita Anand [wikipedia.org]

En novembre, peu après avoir été nommée ministre de la Défense, l’honorable Anita Anand a annoncé que les affaires d’inconduite sexuelle dans l’armée seraient transférées aux autorités policières et judiciaires civiles pour enquête et dépôt des accusations.

Trois juges de la Cour suprême avaient déjà émis cette recommandation depuis l’examen sur l’inconduite sexuelle de 2015 qu’avait mené l’honorable Marie Deschamps. Elle avait alors dénoncé une « culture sous-jacente de la sexualisation » qui portait atteinte à l’intégrité, au professionnalisme et à l’effica-cité de l’ensemble de l’organisation des FAC.

Marie Deschamps avait noté que cette culture dissuadait les victimes de signaler les agressions, ce qui empêchait donc les membres de la chaine de commandement de voir la véritable étendue du problème.

Mais, l’ampleur du problème est apparue de manière flagrante en 2021, quand presque une douzaine de dirigeants, dont certains parmi les plus hauts gradés, ont été visés par des enquêtes liées à une inconduite sexuelle. Deux d’entre eux ont fait l’objet de poursuites pénales. De surcroit, des mesures disciplinaires ont été prises à l’encontre d’autres dirigeants en raison de leur mauvaise gestion d’affaires d’inconduite sexuelle.

L’honorable Morris J. Fish a recommandé en juin que le système judiciaire civil traite les affaires d’inconduite sexuelle en attendant une réforme du système militaire. Et le 20 octobre, Mme Louise Arbour a recommandé le transfert immédiat aux autorités civiles, à titre provisoire, de toutes les affaires d’allégations d’agression sexuelle et autres infractions criminelles de nature sexuelle en vertu du Code criminel.

Les experts et les personnes qui ont vécu un traumatisme sexuel dans le cadre du service militaire soutiennent depuis longtemps que le système civil est mieux placé pour gérer les enquêtes et les poursuites dans les cas d’infractions de nature sexuelle, ne serait-ce que parce qu’il ne fait pas partie de la chaine de commandement.

Les membres des FAC éprouvent depuis des années des réticences à l’idée de signaler les agressions par peur qu’on ne les croie pas, que leurs plaintes soient gérées par des personnes faisant preuve d’indifférence dans la chaine de commandement, qu’on leur refuse des promotions, ou que leurs agresseurs et camarades leur fassent subir des représailles.

Les FAC ont mis sur pied l’opération Honneur dans la foulée du rapport de 2015 afin de changer la culture en sensibilisant à l’inconduite sexuelle, en punissant les responsables de telles inconduites, et en soutenant les victimes au Centre d’intervention sur l’inconduite sexuelle. Mais, cela n’a pas mis fin au harcèlement ni aux agressions.

Transférer les affaires d’agression sexuelle aux tribunaux civils servira à rebâtir un climat de confiance au sein de l’armée et en dehors.

Cela enlève la chaine de commandement du processus et assure la transparence. Selon Mme Anand, cet examen public sans précédent « représente une occasion tout aussi inédite d’apporter des changements significatifs pour renforcer la confiance. »

Sa décision devrait inciter les militaires de tous grades à se concentrer sur la lourde tâche de changer la culture. Le peuple canadien tout entier l’attend.

Le Coquelicot éternel

[iStock]

Le terrain boueux d’Europe de l’Ouest, un lieu lugubre, était sillonné de tranchées, balafré, bombardé et couvert de cratères pendant la Grande Guerre. Les vagues de batailles se succédaient, et la végétation était brulée par les explosions d’obus, empoisonnée par les gaz. Des soldats et des chevaux pourrissaient dans la gadoue, pertes irrémédiables. On aurait dit que rien ne pouvait exister là, sauf la mort.

Mais, au milieu du chaos et du carnage, des coquelicots rouge vif germaient et fleurissaient dans les terrains neutres et parmi les tombes des soldats morts au combat. Ces têtues fleurs sauvages étaient des lueurs d’espoir pour les soldats : si elles pouvaient percer à travers le marasme, il en serait de même pour eux.

Un soldat en particulier, le médecin canadien John McCrae qui servait dans la région de Flandre en 1915, fut tellement ému par la mort d’un ami sur le champ de bataille qu’il exprima ce qu’il ressentait dans un poème : « Au champ d’honneur, les coquelicots/Sont parsemés de lot en lot/Auprès des croix […]. » Après avoir été publié, le poème fit le tour des soldats, et le concept du coquelicot en tant que symbole du souvenir prit racine.

En 1918, l’Américaine Moina Michael répondit à McCrae dans son propre poème, We Shall Keep The Faith (Nous garderons la foi, NDT). « We cherish too, the Poppy red, That grows on fields where valour led, It seems to signal to the skies, That blood of heroes never dies » (Nous chérissons aussi le coquelicot rouge/ Qui pousse au champ où la valeur a conduit/ Il semble dire aux cieux/ Que le sang des héros ne meurt jamais, NDT). Anne Guérin, son homologue française, et elle encouragèrent le port du coquelicot artificiel pour commémorer l’Armistice.

La fleur rouge est synonyme de souvenir.

En 1921, la Great War Veterans Association of Canada, prédécesseure de la Légion royale canadienne, décida que le coquelicot serait porté au Canada tous les 11 novembre, jour de l’Armistice. Dans la foulée, elle lança le premier appel du coquelicot servant à appuyer les vétérans de la guerre.

 

L’adoption des fleurs comme emblèmes n’est pas rare : le trillium de l’Ontario, la rose sauvage de l’Alberta, la tulipe de la Hollande. Mais, peu portent le poids symbolique du coquelicot. 

La fleur rouge est synonyme de souvenir au Royaume-Uni, au Canada, en Australie, en Nouvelle-Zélande et aux États-Unis. Le bleuet de France, appelé communément œillet d’amour ou bleuet, est la fleur du souvenir en France. En Belgique, on utilise un coquelicot ou une marguerite blanche. Les Terre-Neuviens portent des myosotis. Mais, c’est habituellement le coquelicot qui l’emporte.

Au fil de la plus grande partie du siècle dernier, la Légion a trouvé de multiples façons de se servir du coquelicot pour encourager le souvenir et appuyer les anciens combattants et leur famille. Elle distribue quelque 20 millions d’épingles à coquelicot grâce aux troncs classiques et, dernière nouveauté, aux troncs sans contact. Elle est propriétaire de la marque déposée qu’est l’image du coquelicot, vend des produits sur le thème du coquelicot, projette des images de coquelicots sur les murs de la Tour de la Paix et désormais, en l’honneur du 100e anniversaire, propose le coquelicot immortel, une œuvre d’art numérique en nombre limité avec un vrai coquelicot de Flandre reconstitué en 3D et « gravé » des noms des morts de guerre canadiens.

Cette tenace fleur sauvage rouge-sang a fait bien du chemin depuis le ravage des champs de bataille en Flandre. Mais, elle perdure pour nous rappeler les nombreux sacrifices de guerre, dont nous nous souviendrons. 

Accélérer la cadence

Les arriérés concernant les  demandes d’avantages adressées à Anciens combattants Canada sont plus qu’exaspérants.

Malgré les bonnes intentions, bien qu’on accorde d’autres fonds et qu’on embauche des gens pour régler le problème, les retards perdurent et si l’on en croit les prédictions des défenseurs des anciens combattants, ils sont même sur le point d’augmenter maintenant que la pandémie s’estompe.

Anciens combattants Canada a fixé à 16 semaines le délai normal pour la prise de décision dans le cas de 80 % des demandes, cible qu’il n’a atteinte que dans le cas de moins d’une demande sur quatre en 2019-2020. C’était une diminution de 37 % par rapport à l’année précédente.

La raison de ces retards est simple : le ministère est inondé de demandes. De nouveaux avantages ont vu le jour, l’admissibilité à d’autres avantages s’est élargie, et les militaires, les membres réguliers de la GRC et les anciens combattants sont mieux tenus au courant des avantages qui leur sont offerts.

Le gouvernement a consacré presque 200 millions de dollars pour régler le problème, et ACC garde les 168 arbitres qu’il a pris à son service en 2018. Et il a embauché 350 personnes de plus.

Le ministère rapporte qu’il a formé des équipes pour diriger les demandes de prestation, poussé la numérisation des fichiers pour accélérer leur traitement et amélioré la transmission des renseignements des FAC et de la GRC.

Ces mesures ont réduit les arriérés au cours de l’année finissant le 31 mars 2021, mais il restait quand même 15 214 demandes en attente. Certains anciens combattants attendaient une décision depuis 2019, dit M. Ray McInnis, directeur des services aux anciens combattants à la Légion royale canadienne.

Le directeur parlementaire du budget estime que, grâce aux ressources actuelles, les arriérés seront résorbés d’ici 2022. Cependant, ils empireront si les employés supplémentaires sont mis en disponibilité. Si le personnel supplémentaire est gardé tout au long de l’année 2022, les arriérés seront éliminés d’ici le début de 2023.

PENDANT CE TEMPS, LES PROBLÈMES GRAVES PEUVENT EMPIRER ET DEVENIR DES AFFECTIONS CHRONIQUES.

La main-d’œuvre et les fonds supplémentaires seront certainement utiles pour régler le problème. Une méthode novatrice le serait aussi.

Le système d’avantages pour les anciens combattants a été conçu après la Deuxième Guerre mondiale, lorsque plus d’un million d’hommes et de femmes quittaient l’uniforme. Des exigences d’admissibilité complexes étaient indispensables pour éliminer les escrocs et assurer l’équité.

Les besoins ont changé au cours des sept dernières décennies, et la société s’attend à ce qu’on agisse rapidement, de crainte que les anciens combattants en difficulté financière retardent leurs soins en attendant une décision. Pendant ce temps, les problèmes graves peuvent empirer et devenir des affections chroniques.

L’innovation est nécessaire. L’agrément préalable automatique relatif à certaines demandes de prestations d’invalidité est une des options que soutiennent le Comité permanent des anciens combattants (CPAC), la Légion et le Conseil national des associations d’anciens combattants.

Il n’y a pas grand risque à admettre que la perte auditive d’un artilleur soit liée au feu des canons et aux explosions, ou que des lésions aux genoux soient liées aux sauts en parachute, comme on le lit dans certaines premières demandes. Ou que ces affections empirent au fil du temps. Selon les statistiques d’ACC, 80 % des premières demandes sont approuvées.

Mais ACC fait remarquer que la législation canadienne actuelle oblige les anciens combattants à prouver que leur limitation fonctionnelle résulte de leur service ou qu’elle été aggravée par lui.

Le ministère a convenu d’enquêter sur la manière dont l’agrément préalable fonctionne dans d’autres pays, mais nous conseillons aux anciens combattants de ne pas retenir leur souffle. Il faut accélérer la cadence.

« Ceci nécessite des efforts comme à la guerre », a déclaré le député québécois Luc Desilets lors d’une réunion du CPAC le 12 novembre 2020. Nous sommes d’accord. Il y a eu des progrès, mais vraiment pas assez, et ils sont beaucoup trop lents. 

La capacité d’adaptation est la clé du succès

Il faut lui dire bravo. Ces 16 derniers mois, pendant la COVID, la Légion royale canadienne a tout mis en œuvre pour éviter de suspendre les services qu’elle offre aux anciens combattants, et elle a fait preuve d’une remarquable capacité d’adaptation.

Avant la pandémie, les filiales de la Légion étaient une « deuxième maison » pour de nombreuses personnes aux quatre coins du pays. C’étaient des lieux où on se rassemblait, où on rencontrait du monde et où on évoquait des souvenirs, des lieux où on pouvait rouspéter, jouer aux fléchettes, obtenir de l’aide et se mettre au service des autres. Les filiales encouragent l’adhésion de nouveaux membres et génèrent des revenus. Elles sont les fondements du modèle fédéraliste des activités de la Légion. Heureusement, elles rouvriront bientôt leurs portes et refonctionneront à capacité maximale. Il n’en reste pas moins que la fermeture des filiales dans le cadre du confinement a porté un coup dur à cette institution nationale. 

Des initiatives numériques ont été adoptées et mises en œuvre.

Il y a un an, bien des filiales voyaient l’avenir en noir. Plus de 120 d’entre elles prédisaient qu’elles ne pourraient pas rouvrir pour des raisons financières ou qu’elles rouvriraient, mais ne dureraient pas trois mois. Quatre autres disaient qu’elles avaient déjà fermé ou qu’elles fermeraient pour de bon.

La Direction nationale est intervenue et a donné l’exemple en puisant dans son fonds de réserve pour distribuer 3 millions de dollars aux filiales qui en avaient le plus besoin. Elle a ensuite entrepris des activités de défense des intérêts pour convaincre le gouvernement fédéral d’ouvrir lui aussi son portefeuille. En novembre, Anciens combattants Canada a créé le Fonds d’urgence à l’appui des organismes de vétérans de 20 millions $ : 14 millions $ ont été alloués aux filiales de la Légion qui peinaient à couvrir à leurs frais d’exploitation avec la COVID-19. Ces fonds ont été déboursés en trois phases : 7,2 millions $ à 701 filiales en décembre, 2,8 millions $ à 282 filiales en mars et le reste à 885 filiales en mai.

Nécessité faisant loi, des initiatives numériques ont été adoptées et mises en œuvre : troncs du coquelicot sans contact, inscriptions et renouvèlements en ligne, transferts électroniques de fonds, investissements en mercatique dans les médias sociaux. Des cartes de membre numériques sont même en cours d’élaboration.

Les membres du Conseil exécutif national maitrisent désormais l’art des réunions sur Zoom. C’est un bon moyen de se préparer au congrès national de 2021, qui aura lieu en aout par visioconférence. 

On peut certes arguer que certaines de ces mesures étaient déjà en cours, mais la pandémie a été le moteur de leur mise en œuvre accélérée.

Les dirigeants de la Légion, de la filiale à la direction divisionnaire, ne se sont pas arrêtés sur ce qu’ils ne pouvaient pas faire, ils ont entrepris tout ce qu’ils pouvaient faire. Ils ont trouvé de nouveaux moyens de préserver le lien avec les anciens combattants âgés isolés (et même de leur livrer des repas), de maintenir les services à distance pour les gens qui ont besoin d’avantages d’ACC, et de continuer à commémorer les personnes mortes au combat sans se rassembler en grand nombre. Et donc, des bravos sont de rigueur. 

Itinérance zéro?

London, Ont., a récemment déclaré avoir pratiquement éliminé le problème de l’itinérance des anciens combattants sur son territoire. Le statut de « pratiquement zéro itinérance chez les anciens combattants » est conféré par l’Alliance canadienne pour mettre fin à l’itinérance. Cela signifie que le nombre d’anciens combattants sans abri est inférieur ou égal à celui que la ville a prouvé pouvoir loger en un mois.

L’alliance a confirmé que, dans le cadre de sa campagne Prêt pour zéro Canada, London était la première collectivité canadienne à atteindre cette distinction.

« Un logement sûr et abordable est un droit pour tout le monde, surtout pour les femmes et hommes qui ont servi leur pays », souligne le maire, Ed Holder.

Selon un rapport fait au Parlement par le Comité permanent des anciens combattants de la Chambre des communes en 2019, l’itinérance est un problème qui toucherait 3 000 à 5 000 anciens combattants canadiens sur les presque 650 000 que compte le pays.

Le rapport insistait sur l’importance des organisations communautaires et soulignait que l’itinérance était souvent déclenchée par la transition à la vie civile. Une foule de problèmes complique l’enjeu : la santé, la précarité du marché du travail, la pauvreté, la pénurie de logements abordables et les lourdeurs administratives qui bloquent l’accès à des services de soutien.

« L’élaboration d’une stratégie concertée pourrait éliminer complètement le problème de l’itinérance chez les anciens combattants en quelques années », dit le rapport.

Cela semble prometteur, mais les appels en faveur d’une stratégie unifiée n’ont rien de nouveau : en 2016, nous avons parlé du succès de l’U.S. National Coalition for Homeless Veterans et dit que les « éléments d’une coalition semblable existent déjà ici, ainsi que des modèles précisant comment elle fonctionnerait […]. Il faut une politique sur l’itinérance axée sur les anciens combattants.

L’an dernier, la Légion royale canadienne a publié un plan d’action visant à éliminer le problème de l’itinérance chez les anciens combattants.

La stratégie recourrait ainsi aux recherches et pratiques exemplaires fondées sur des preuves. Elle enrichirait le corpus de connaissances sur l’itinérance des anciens combattants « pour affiner les stratégies en matière de sensibilisation, cibler les activités de prévention et élaborer les interventions axées sur les anciens combattants sur une base de preuves solide.

Repérer les anciens combattants sans abri et les loger durablement sont deux choses bien différentes.

Il est navrant, dit le plan, que dans un pays aussi riche que le Canada, les hommes et les femmes qui ont servi leur pays se retrouvent à lutter pour se procurer les nécessités de la vie, notamment un endroit où ils peuvent se sentir chez eux. »

London mérite nos félicitations pour ses efforts. Kingston, Ont., s’approche aussi du « pratiquement zéro » en matière d’itinérance des anciens combattants.

Mais ce sont là des exceptions, pas la règle. Il ne faut pas se bercer d’illusions et se dire que tout va bien, que le problème est en passe d’être réglé. Même si le nombre de places disponibles est supérieur aux estimations numériques, repérer les anciens combattants sans abri et les loger durablement sont deux choses bien différentes.

Trouver des moyens novateurs et efficaces d’identifier les anciens combattants sans abri et gagner leur confiance, comme le plan de la Légion l’explique, sera le gros du travail. Et nous avons immédiatement besoin d’autres coalitions, nationales ou locales, pour aider les anciens combattants sans abri.

Pour des milliers d’anciens combattants dans la rue, le zéro doit être atteint là, maintenant. 

En l’honneur des centenaires

Le nombre de Canadiens qui atteignent l’âge avancé de 100 ans est plus élevé que jamais, et leurs compatriotes s’en aperçoivent.

Parmi les derniers de « la génération la plus glorieuse », beaucoup sont vétérans de la Seconde Guerre mondiale ou de celle de Corée, et ils ont été honorés de maintes manières : hommages, couverture médiatique, campagnes de publipostage, défilés.

Au nombre d’entre eux, notons Fred Arsenault de Toronto (6 mars), Harold Freeston de Langley, C.-B. (24 juin), Armour Hanna de Toronto (1er juillet), Bill Marr de South Surrey, C.-B. (25 aout), Winnifred Magor de Calgary (9 nov.), Robert Spencer d’Ottawa (9 nov.), Gordon Piers de Nicola Valley, C.-B. (10 nov.), David Thiessen d’Abbotsford, C.-B. (11 nov.), Jack Coles de Qualicum Beach, C.-B. (16 nov.), Peter Chance de Sidney, C.-B. (24 nov.), Monica Christensen de Toronto (26 nov.), et George Wilson de Lethbridge, Alb. (12 déc.). Ils sont tous anciens combattants.

Les organismes du gouvernement fédéral rapportent que l’espérance de vie au Canada s’est accrue nettement depuis le début du XXe siècle et la Grande Guerre qui l’a défini, augmentant de 20,5 années chez les hommes, de 58,8 en 1920-1922 à 79,3 en 2009-2011. L’espérance de vie chez les femmes a augmenté de 23 ans, de 60,6 à 83,6.

En septembre 2019, le nombre de centenaires au Canada avait atteint le chiffre sans précédent de 10 795, a rapporté Statistique Canada : le triple de ce qu’il était en 2001.

Leur longévité est attribuable à la médecine, à l’alimentation, à l’exercice, à leur curiosité sans fin, à leur optimisme et à
la constitution robuste qui leur permit de survivre aux années de guerre et de crise (n’oublions pas qu’ils ont aussi vécu la Grande Dépression).

Avec leurs pairs un peu plus jeunes, ils sont les derniers témoins vivants de la guerre la plus destructrice de l’histoire et de ses répercussions. Ils sont de moins en moins nombreux à une époque où, comme le suggèrent des évènements récents, les générations suivantes tendent peut-être à oublier.

 

La pandémie de la COVID-19 a exposé cette population vulnérable à de grands risques et à l’isolement qui, bien que nécessaire, semble un ultime fardeau particulièrement cruel pour des gens qui ont déjà tant surmonté.

Les membres de la Légion, tout comme les amis, les proches et d’autres bienfaiteurs de tous les coins du pays prennent le temps d’apporter leur soutien, gestes qui ne passeront pourtant jamais aux nouvelles. Qu’il s’agisse de livrer un repas, de faire une commission à la pharmacie ou simplement d’appeler au téléphone, ces simples gestes de respect, de reconnaissance et de bonté sont héroïques aux yeux de ces ainés pour qui le don de soi a toujours été une façon d’être.

La vie dont nous jouissons aujourd’hui est née de leur courage, de leur dévouement et de leur bonté d’âme, tout comme notre pays, dont ils incarnent les plus louables valeurs. 

Une vague d’initiatives

Le jour du Souvenir a été vraiment différent en 2020. La cérémonie au Monument commémoratif de guerre du Canada à Ottawa a suivi un protocole strict avec un nombre restreint de participants. Le grand public avait été invité à se tenir à l’écart, à suivre le déroulement à la télévision et à trouver d’autres moyens respectueux des précautions sanitaires de rendre hommage aux anciens combattants du Canada.

La journée a été ponctuée de plusieurs gestes de soutien envers les anciens combattants.

Le plus important est un fonds fédéral spécial pour les organisations d’anciens combattants dont les finances ont été affectées par les restrictions liées à la COVID-19. Pour de nombreuses filiales de la Légion, le besoin d’un tel appui était devenu critique.

La Légion a reçu 14 des 20 millions de dollars du programme d’aide annoncé le 10 novembre.

« Vu le soutien essentiel qu’elles fournissent aux anciens combattants et le rôle important qu’elles jouent dans un grand nombre de nos collectivités, a déclaré le ministre des Anciens Combattants, Lawrence MacAulay, notre gouvernement veut faire en sorte que les filiales de la Légion aient le soutien dont elles ont besoin pour survivre à cette pandémie. »

Les fonds sont gérés par l’administration centrale de la Légion en consultation avec les directions régionales, et ils sont transférés directement par l’administration centrale aux filiales par virement électronique.

« C’est le meilleur moyen pour faire parvenir l’argent où on en a besoin le plus rapidement possible », a déclaré le président national, Tom Irvine.

 

Une nouvelle ombudsman des anciens combattants a également été annoncée en novembre. La colonelle Nishika Jardine a servi pendant 37 ans dans le Corps du Génie électrique et mécanique royal canadien (GEMRC). Elle a commandé l’école du GEMRC de 2008 à 2010, et elle a été dépêchée en Afghanistan dans le cadre de l’opération Athena.

« Je suis impatiente de me mettre à l’œuvre au Bureau de l’ombudsman des vétérans, dit-elle, pour que les anciens combattants et leurs familles soient traités de façon équitable. »

Jardine fait face à une tâche ardue pour garantir que son bureau soit libre de toute influence; son prédécesseur a démissionné parce qu’il était frustré du manque d’indépendance.

 

Une innovation a eu lieu en novembre avec la mise à l’essai de nouvelles boites de collecte de dons du coquelicot. La Banque HSBC Canada s’est associée à la Légion et a produit plus de 250 boites de coquelicots du souvenir équipées de lecteurs de cartes ou applis de paiement sans contact, qu’elle a distribuées à ses succursales au Canada, à des détaillants et à des filiales de la Légion de la région d’Ottawa.

Par ailleurs, un nouvel hommage artistique aux anciens combattants a été dévoilé : un portrait du vétéran de la Seconde Guerre mondiale Philip Favel.

M. Favel, âgé de 98 ans, a servi outre-mer dans le Corps royal de l’intendance de l’Armée canadienne de 1943 à 1945, où il fournissait des munitions et du carburant aux soldats au front en Normandie. Après la guerre, il s’est battu pour octroyer une juste compensation aux anciens combattants autochtones.

Son portrait, intitulé « Normandy Warrior » (guerrier de Normandie, NDT) a été peint par l’artiste d’Ottawa Elaine Goble, puis donné au Musée canadien de la guerre. Il a été dévoilé le 8 novembre, Journée des vétérans autochtones.

 

À leur façon, ces exemples montrent l’estime portée à nos anciens combattants, et pas seulement ceux qui ont l’expérience du champ de bataille. Les militaires font toutes sortes de bonnes œuvres dans de nombreux domaines. Les Canadiens ont trouvé de multiples façons de se réunir à nouveau, au sens figuré, pour leur rendre hommage et les remercier. 

Un jour pas comme les autres

Le jour du Souvenir est différent cette année, mais il n’en est pas moins important.  

Les mesures de lutte contre la pandémie ont eu des répercussions énormes sur la Légion royale canadienne à l’échelle nationale. Depuis la fermeture de leurs portes en mars, les filiales ont cessé leurs activités sociales : fléchettes, soirées de jeu-questionnaire, remise de prix, réceptions de mariage. En septembre, cependant, de timides et très restreintes réouvertures étaient en cours.

Les salles étaient peut-être vides, mais le travail fondamental de la Légion concernant le soutien aux anciens combattants, à leurs familles et à leurs collectivités s’est poursuivi. Dans bien des cas, des solutions ingénieuses pour déjouer la COVID-19 ont été trouvées afin de préserver les bonnes œuvres.

La campagne du coquelicot et les cérémonies du jour du Souvenir sont deux des activités les plus visibles, importantes et symboliques de la Légion, tant à l’échelle nationale que locale. Elles sont toutes deux différentes cette fois-ci. Différentes à quel point, tout dépend du degré des restrictions en place concernant la COVID.

Le 28 aout, la Direction nationale a publié des directives générales visant à protéger les bénévoles et la population pendant la période du Souvenir de cette année. L’objectif est de se conformer aux ordonnances d’urgence provinciales ou municipales, de protéger les personnes les plus à risque, ainsi que de soutenir la campagne du coquelicot et les cérémonies du Souvenir. Contactez votre filiale pour vous renseigner sur ces directives et les dernières mises à jour éventuelles.

La journée a un but solennel.

Il s’agit de la période la plus importante de l’année pour la Légion, celle où elle recueille la plus grande partie des dons faits au Fonds du coquelicot qui sert à financer tant d’importants services de soutien aux anciens combattants.

Même en tenant compte des restrictions en vigueur à cause de la pandémie, la plupart d’entre nous doivent encore sortir pour faire notre épicerie. Lorsque vous ferez vos achats, n’oubliez pas de glisser votre don dans une boite du coquelicot. Un(e) bénévole de la Légion sur place vous remerciera peut-être à bonne distance, ou peut-être n’y en aura-t-il pas, mais nous resterons reconnaissants de votre geste. Vous pouvez aussi opter pour une solution encore plus simple : faites un don en ligne sur la page https://www.legion.ca/fr/don.

En 1919, le roi George V a inauguré la tradition du jour de l’Armistice en l’honneur de la fin des hostilités de la Grande Guerre, à la 11e heure du 11e jour du 11e mois. Depuis, chaque année, la journée a un but solennel : se souvenir des personnes tombées en service et leur rendre hommage.

D’anciens combattants, des militaires, des membres de la Légion, des dignitaires, des écoliers, des parents, des grands-parents de toutes les générations et de tous les horizons répondent présents par milliers pour témoigner leur gratitude à l’égard de leurs sacrifices.

Qu’il y ait ou non des cérémonies commémoratives réduites organisées par la Légion dans votre collectivité le 11 novembre, n’oubliez pas que de nombreux anciens combattants font partie de la population la plus touchée par la pandémie. Se rassembler en nombre excessif et en grande proximité est bien la dernière chose à faire en ce moment.

Mais, quelle que soit la façon dont nous leur rendons hommage, lors de cérémonies ou par un geste personnel à bonne distance, nous nous souviendrons d’eux. 

Un mandat clair

Le premier ministre Justin Trudeau a rompu à nouveau avec la tradition en publiant les lettres de mandat qui ont été envoyées aux ministres après leur cérémonie d’assermentation tenue à la résidence du gouverneur général le 20 novembre.

Dans ces lettres est décrit sommairement le mandat qui échoit à chaque ministre.

Celle qu’a reçue le ministre des Anciens Combattants, Lawrence MacAulay, est longue et pleine d’une rhétorique éculée, mais elle contient aussi de nouveaux objectifs, voire de nouvelles idées (c.f. p. 61 de la version anglaise).

Une des initiatives, qui s’écarte heureusement des pratiques habituelles, consiste à adopter l’approbation automatique des demandes d’invalidité les plus courantes. Peut-on vraiment douter que quelqu’un qui sert dans l’artillerie ou à bord d’un sous-marin, ou qui entretient des moteurs d’avion, puisse subir des dommages auditifs?

Une autre initiative, évoquée à maintes reprises, concerne l’élaboration d’un service d’intervention rapide par des travailleurs sociaux, des conseillers en gestion de cas et des travailleurs de soutien par les pairs. On attendait cela depuis longtemps, et cela va de pair avec l’instruction donnée antérieurement de « collaborer avec le ministre de la Défense nationale afin d’assurer aux membres des Forces armées canadiennes une transition sans heurts et plus facile aux programmes et aux services d’Anciens Combattants Canada ».

Les anciens combattants pourront obtenir des services de counseling à hauteur de 3 000 $ avant même qu’une demande de prestation d’invalidité soit déposée.

Ces trois initiatives devraient se révéler utiles pour rattraper les retards dans le traitement des demandes d’invalidité, dont les délais sont souvent inacceptables.

M. MacAulay doit coopérer avec la minis-tre de l’Emploi, du Développement de la main-d’œuvre et de l’Inclusion des personnes handicapées « afin de créer des services nationaux de soutien à l’emploi et à la formation pour offrir des services d’orientation professionnelle, de jumelage d’emploi et d’aide à l’emploi adaptés aux besoins des familles des militaires et des policiers ».

Une nouvelle initiative concerne la construction de logements abordables, où les anciens combattants qui ont besoin d’une aide supplémentaire pourront bénéficier d’un appui social et sanitaire. Il y a de nouveau une demande de simplifier l’ensemble des avantages pour réduire les redondances et les charges admi-nistratives et améliorer la performance d’ACC.

La lettre appelle également à davantage de transparence et de communication pour aider les anciens combattants et leurs proches à connaitre, comprendre et anticiper les services et avantages auxquels ils ont droit. Elle invite le ministre à adopter le principe « un ancien combattant : une norme » pour la prestation de services de son ministère.

Le ministre est chargé de conclure les ententes de contribution pour la création du Centre d’excellence sur la douleur chronique à Hamilton et l’appui au travail de l’Institut canadien de recherche en santé militaire et des vétérans.

Le Centre de la plage Juno à Courseulles-sur-Mer, en France, est expressément mentionné comme méritant des fonds pour poursuivre son travail d’information et de commémoration des militaires canadiens à la Seconde Guerre mondiale.

La lettre n’entre pas dans les détails, cette responsabilité incombe au ministre, mais les instructions qu’elle contient sont pertinentes et nécessaires.

Pour répondre aux attentes formulées, le ministre devra aussi se pencher sur un certain nombre de problèmes soulevés par les organisations d’anciens combattants comme la Légion royale canadienne.

Parmi eux, la nécessité d’adopter une stratégie nationale pour les anciens combattants sans abri et d’améliorer l’accès au Programme pour l’autonomie des anciens combattants et aux lits de soins de longue durée réservés exclusivement aux anciens combattants, auxquels certains d’entre eux n’ont pas accès.

Il est encourageant de voir que le mandat est défini clairement et offert aux yeux du public. Cela nous permettra d’évaluer la performance du ministre et de demander des comptes au gouvernement si ces initiatives tombent à l’eau.