Les normes pour les chiens d’assistance tardent

[Stephen J. Thorne]

L’emploi de chiens d’assistance pour aider les anciens combattants qui ont des problèmes de santé mentale est freiné par le manque de normes reconnues de dressage des chiens et de formation des anciens combattants. Au début, le gouvernement fédéral avait abordé l’Office des normes générales du Canada (ONGC), branche de Services publics et Approvisionnement Canada. Après une large consultation d’experts en économie, règlements, approvisionnement, santé, sécurité et environnement, l’office a publié des ébauches de normes dans un document de 60 pages pour consultation ultérieure. Cela a généré environ 1 000 pages de commentaires, dont beaucoup étaient négatifs. Par conséquent, l’ONGC a décidé en avril 2018 d’y mettre un terme.

Anciens Combattants Canada a alors proposé d’ériger les normes lui-même.

Il existait déjà un projet pilote dans le cadre duquel on suivait des anciens combattants atteints de TSPT pendant leurs 18 premiers mois avec un chien d’assistance dressé. En même temps, l’étude suivait un autre groupe qui avaient déjà des chiens d’assistance depuis au moins deux ans.

Le groupe d’anciens combattants à qui l’on a donné des chiens étaient au départ 31, mais ce chiffre est tombé à 18, car certains ont décidé d’abandonner le programme.

Les résultats de l’étude, qui ont été publiés en avril, n’ont pas fait l’objet de beaucoup d’attention de la part des médias. Les effets suivants ont été observés :

• diminution des cauchemars, amélioration du sommeil et légère augmentation de l’activité physique;

• aucune réduction de la consommation de médicaments;

• réduction modérée et durable des symptômes dépressifs;

• amélioration de la qualité de vie et de la vie sociale;

• diminution des symptômes de TSPT;

• aucune réduction de la dépendance à l’égard d’un aidant.

Les dix anciens combattants qui avaient eu un chien d’assistance pendant au moins deux ans ont constaté que leurs compagnons les aidaient à rencontrer des gens, leur donnaient un sentiment de sécurité, et intervenaient lorsqu’ils étaient anxieux, déprimés ou agressifs. L’assistance d’un chien a également augmenté le nombre de sorties quotidiennes. Les anciens combattants ont tous eu au moins une expérience où on leur a demandé quitter un lieu à cause du chien, et tous ont dit que le public devrait être mieux renseigné sur les chiens d’assistance.

Ces résultats représentent certainement une première étape positive. Il est vrai que l’échantillon était petit, mais ce n’est pas une raison pour qu’ACC abandonne l’établissement des normes promises.

Le gouvernement peut dire qu’il a pris des mesures. Dans le budget fédéral de 2018, le crédit d’impôt pour frais médicaux a été modifié par l’Agence du revenu du Canada pour permettre aux gens qui ont une affection mentale de déduire certaines dépenses liées à un animal d’assistance dressé.

Cela ne suffit pas. La Légion royale canadienne demande depuis longtemps que les animaux d’assistance soient dressés selon des normes élevées. Pour la sécurité de l’ancien combattant ainsi que pour celle de l’animal, le chien d’assistance devrait être recommandé par un professionnel de la santé à un ancien combattant qui a la formation et les ressources financières nécessaires.

Une étude a été menée. Il est temps de passer à l’étape suivante, celle de l’établissement des normes.

Décompte des anciens combattants

Nous savons que quelque 7 000 Canadiens ont servi à la guerre d’Afrique du Sud, qu’environ 650 000 Canadiens et Terre-Neuviens se sont enrôlés pendant la Première Guerre mondiale, que plus d’un million ont endossé l’uniforme à la Seconde Guerre mondiale, que plus de 26 000 ont servi à la guerre de Corée, et que plusieurs centaines de milliers ont servi depuis dans les Forces armées canadiennes.

Mais pour savoir s’« ils demandent plus que ce nous sommes en mesure de leur donner en ce moment » – comme le premier ministre Justin Trudeau l’a dit si maladroitement pendant une séance de discussion ouverte en février 2018 –, il est essentiel de savoir combien d’anciens combattants le Canada a aujourd’hui. Le premier ministre a également dit : « Je m’engagerai toujours à continuer de vous rendre justice ».

Une des choses que le gouvernement fédéral pourrait faire pour rendre justice à nos anciens combattants, c’est de s’informer sur leur nombre.

Presque un demi-siècle s’est écoulé depuis le recensement de 1971 effectué par Statistique Canada, qui a servi à compter nos anciens combattants pour la première fois, et qui nous a donné le chiffre de 986 000 anciens combattants mâles dans la population de 22 millions.

En 2003, l’Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes de Statistique Canada a donné une image plus claire du nombre d’anciens combattants canadiens, et ce dernier a été mis à jour chaque année depuis, à l’aide d’informations sur la libération du ministère de la Défense nationale ainsi que des tables de mortalité de Statistique Canada (qui calculent l’espérance de vie et des estimations connexes selon l’âge et le sexe).

Selon Anciens Combattants Canada, sur la base de ces sources, il y avait 48 300 vétérans de guerre et 601 000 vétérans des FAC, donc 649 300 en tout, en mars 2018.

Mais il ne faut pas oublier que ces chiffres résultent d’extrapolations sur des données vieilles de 15 ans. Il est plus que temps de faire un nouveau décompte.

Heureusement, il semble que Statistique Canada s’apprête à le faire. Lors de la préparation du recensement de 2021, des intervenants ont dit aux statisticiens que le recensement devrait servir à recueillir des informations sur les anciens combattants.

La Légion royale canadienne, un de ces intervenants, dit qu’elle « appuie l’inclusion d’une nouvelle question, dans le questionnaire abrégé de 2021 afin d’identifier les vétérans de la force régulière et ceux de la force de réserve au Canada, et de façonner les politiques et les programmes à venir ».

La question suivante a été ajoutée aux essais de questionnaire de pré-recensement devant être menés cette année :

Avez-vous servi dans l’armée canadienne?

Oui, actuellement en service dans la Force régulière ou la Première réserve

Oui, mais plus en service dans la Force régulière ni dans la Première réserve

Non

C’est une bonne question pour obtenir des informations sociologiques de base, mais on aurait pu en choisir une qui soit beaucoup plus utile. Après l’analyse croisée de ces données sur le service militaire et celles, entre autres, sur l’âge, le sexe, la santé et les finances, nous devrions mieux savoir qui sont exactement nos anciens combattants. Ensuite, nous nous attendrons à une amélioration considérable de la façon dont ils sont pris en charge.

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Soldats aux études

Canada, le service militaire et l’éducation vont de pair. Chacun des stades de la formation du soldat est une forme d’éducation, bien sûr, mais cette formation vise la composition d’une armée victorieuse.

En 1916, les soldats canadiens au front et ceux qui étaient en formation en Angleterre demandèrent un enseignement auxiliaire en prévision de l’après-guerre, et une initiative financée par le gouvernement appelée la Khaki University of Canada fut instituée (page 28 de la section anglaise). Ainsi, des dizaines de milliers d’anciens combattants revinrent au pays avec de nouvelles compétences, en plus de leur apprentissage militaire.

Cinquante-quatre-mille vétérans de la Seconde Guerre mondiale firent des études universitaires grâce à l’aide financière mise en place dans le cadre de la Loi sur la réadaptation des anciens combattants. Au cours des années 1970, les Forces canadiennes offrirent des prêts à faible intérêt pour l’enseignement postsecondaire à leurs membres, aux anciens combattants et aux personnes à leur charge. Elles offrent encore des régimes de financement d’études pour le collège, l’université et des programmes d’études supérieures. Anciens combattants Canada fait sa part aussi, mais pourrait faire plus.

L’allocation pour études et formation qu’ACC a instituée le 1er avril 2018 est conçue pour aider les anciens combattants qui veulent parfaire leur éducation.

Ils doivent avoir été libérés honorablement des FAC et avoir au moins six années de service à leur actif pour avoir droit à un maximum de 40 000 $, ou avoir au moins douze années de service pour avoir droit à un maximum de 80 000 $. De plus, leur demande doit être déposée dans les dix ans suivant la date de leur retour à la vie civile et concerner un des établissements d’enseignement qui sont sur la liste d’Emploi et Développement social Canada.

CELA RESSEMBLE UNE PÉNALITÉ FINANCIÈRE AU MOMENT CRUCIAL OÙ LES ANCIENS COMBATTANTS AMORCENT UNE TRANSITION IMPORTANTE DE LEUR VIE.

Mais le programme a plusieurs lacunes.

Il ne propose pas d’allocation de subsistance. Cela exclut de nombreux anciens combattants qui ne peuvent tout simplement pas se permettre d’étudier à temps plein.

Le montant est imposable. Cela ressemble à une pénalité financière au moment crucial où les anciens combattants amorcent une transition importante de leur vie, en particulier ceux qui travaillent à plein temps et suivent des cours du soir. L’aide aux études ne devrait pas être assujettie à l’impôt.

Il n’est offert qu’aux anciens combattants qui ont quitté l’armée après avril 2006. Il devrait être accessible à tous les anciens combattants.

Les anciens combattants doivent en faire la demande au plus tard dix ans après avoir quitté l’uniforme (à l’exception de la cohorte libérée entre le 1er avril 2006 et le 31 mars 2018 qui peut faire une demande jusqu’en 2028). Comme le monde du travail évolue sans cesse, certains anciens combattants auront besoin de se reconvertir après la décennie écoulée depuis leur libération.

Si l’éducation est la clé du succès, le gouvernement devrait s’en servir pour ceux qui ont servi.

Attestation de service

En septembre dernier, le gouvernement fédéral a annoncé que, à la demande insistante de militaires, d’anciens combattants et d’organismes de soutien, il rétablirait les cartes de service pour les anciens combattants du Canada. Il s’agit d’une excellente décision, mais trop longtemps attendue, et qui pourrait aller plus loin.

La carte de service de vétéran (CSV) est remise aux membres des Forces armées canadiennes lorsqu’ils quittent le service, pourvu qu’ils aient réussi la formation de base et qu’ils aient été libérés honorablement. Il s’agit d’une initiative conjointe des FAC et d’Anciens combattants Canada.

La carte est un moyen pour les anciens combattants de maintenir leurs liens avec les programmes de soutien aux militaires ou aux anciens combattants et de rester en contact avec les FAC. Elle comporte la photographie, le matricule, le grade à la libération, le nom et les années de service du titulaire (mais pas sa date de naissance), et, chose très importante, elle porte aussi la mention « Veteran/Vétéran ».

« Cette nouvelle carte rend hommage à votre service, » a déclaré le ministre de la Défense nationale, Harjit Sajjan, lors de l’annonce faite en septembre. « Où que vous alliez, vous serez reconnu en tant qu’ancien combattant. »

La carte est distribuée par étapes. La première étape, qui a débuté en septembre 2018, concerne tous les membres nouvellement libérés des FAC. La deuxième étape, qui a débuté en décembre 2018, concerne les vétérans des FAC qui ont été libérés entre 2016 et 2018. La troisième étape, à partir de l’été 2019, concernera les vétérans des FAC qui ont été libérés avant 2016. Quelque 450 000 anciens combattants libérés honorablement avant 2018 ont droit à la nouvelle CSV.

La nouvelle carte reprend là où une carte similaire avait été abandonnée par les FAC en 2015-16. C’était le registre de service, qui était remis aux membres de la force régulière ou de la force de réserve à leur libération après au moins 10 ans de service. Il comportait aussi le matricule, la dernière photo d’identité utilisée, le rang à la libération et les années de service. Il ne comportait pas de date de naissance ni autre élément d’identification, et il ne comportait aucune mention indiquant que le titulaire était un ancien combattant.

Si vous avez une de ces anciennes cartes, vous n’avez pas besoin de demander la nouvelle CSV. Elles donnent toutes deux accès aux programmes de soutien d’ACC et sont toutes deux désignées NDI 75 (National Defence Identification).

Deux lacunes demeurent, toutefois : contrairement à d’autres documents comme le passeport, le permis de conduire et la carte de santé ou certains autres documents, la CSV n’est pas une pièce d’identité reconnue officiellement au Canada. Et elle n’inclut pas la famille des anciens combattants, que les FAC et ACC cherchent de plus en plus à appuyer. Une carte d’identité pour les familles d’anciens combattants permettrait de reconnaitre les sacrifices que les proches de militaire font eux aussi, et l’appui qu’ils leur procurent lors de leur retour à la vie civile.

Appel au souvenir

Plus d’un million de Canadiens et de Terre-Neuviens servirent pendant la Seconde Guerre mondiale. Plus de 45 000 d’entre eux y furent tués et 55 000 autres, blessés. En mars 2017, selon Anciens combattants Canada, seuls 41 100 d’entre eux étaient encore en vie, presque tous âgés de 90 ans ou plus.

Beaucoup de ces vétérans de la Seconde Guerre mondiale, si ce n’est la plupart d’entre eux, parlent ou parlaient peu de ce qu’ils avaient vécu à la guerre (sauf lorsqu’ils conversaient avec leurs camarades dans une salle de la Légion), préférant fermer la porte à toutes ces horreurs pour bâtir une nouvelle vie de retour au pays.

Certains, bien sûr, ont écrit leurs expériences. L’auteur Farley Mowat, l’un des plus renommés, a publié And No Birds Sang (Et aucun oiseau ne chantait, NDT) et The Regiment, qui racontent son service au sein de la 1re Division d’infanterie canadienne en Italie. Notre propre bibliothèque contient plus de 350 mémoires et histoires régimentaires, sans compter tous les souvenirs que le magazine relate depuis 92 ans. Mais tout cela n’est qu’un fragment des témoignages qui auraient pu être recueillis auprès de ces anciens combattants réticents et taciturnes.

Dans bien des cas, cette possibilité est perdue à jamais. Nous ne saurons jamais ce qu’ont traversé ces soldats, leurs actions héroïques ou banales, même si nous savons où et quand leur unité a servi. Mais pour ceux qui sont encore parmi nous, il n’est pas trop tard, si on les encourage un peu.

Le flambeau du souvenir nous a été transmis, à nous, les descendants de cette génération, les filles et les fils, les petits-enfants et les arrière-petits-enfants. Il nous appartient maintenant de le porter bien haut.

Si vous connaissez un vétéran de la Seconde Guerre mondiale – ou n’importe quel ancien combattant, d’ailleurs –, demandez-lui de raconter son histoire. Enregistrez-la. Écrivez-la. Demandez-lui s’il y a des photographies qui pourraient être cachées dans quelque boîte à chaussures, au grenier. Ou des lettres écrites à la famille. Ou des souvenirs. Ou des médailles. Demandez-lui de vous raconter l’histoire de ces objets. Dites-lui : « Raconte-moi ta guerre. »

Puis partagez ces histoires. Avec vos proches, avec la société d’histoire, le musée ou l’association régimentaire locale, ou encore avec nous, la Revue Légion
(à www.legionmagazine.
com/memoir).

Si nous le faisons tous, leur contribution et leur sacrifice – racontés en leurs propres mots – leur survivront. Sinon, nous ne saurons même pas ce que nous avons perdu.

Aider les aidants

[PIXABAY]

lle a 88 ans. L’homme qu’elle a épousé il y a 67 ans, maintenant âgé de 93 ans, est un vétéran de la Seconde Guerre mondiale. Malentendant à la suite de son service, il reçoit une pension d’invalidité et d’autres avantages conformément à la Loi sur les pensions. Ils habitent encore seuls chez eux.

Il y a un an, il s’est cassé le bras gauche. Pendant sa convalescence, il est devenu de plus en plus dépendant d’un fauteuil roulant, ses jambes ne pouvant plus lui servir qu’à passer en chancelant du fauteuil roulant à un fauteuil, de la toilette au lit. Gaucher, il mange maintenant avec sa main droite qui a la tremblotte. Il est diabétique, et il lui faut des injections d’insuline et de multiples pilules quatre fois par jour. Il souffre aussi de démence.

Il n’y a pas si longtemps, cet ancien combattant fictif était encore autonome, et son épouse avait une vie indépendante, et avait du temps libre pour jardiner ou pour peindre. Maintenant, elle consacre ses journées entières à s’occuper de lui. Elle cuisine pour lui, organise ses médicaments, le rase, nettoie son dentier, lui remonte le moral, joue aux échecs avec lui, satisfait à tous ses besoins, le regarde vivre. Des aides sont employés pour les tâches plus exigeantes, comme la douche ou les déplacements, mais au quotidien, son aidante, c’est elle.

Il n’y a rien là d’inhabituel : nous vieillissons tous et nous nous occupons tous les uns des autres. Mais en tant qu’ancien combattant invalide, notre homme a droit à certains appuis auxquels la population générale n’a pas accès. Et ils sont des milliers comme lui, comme elle, partout au Canada.

En vertu de la Loi sur les pensions, il peut faire une demande d’Allocation pour soins, avantage financier pour les aidants. Les anciens combattants plus jeunes qui sont couverts par la Loi sur le bien-être des vétérans (anciennement la Nouvelle Charte des anciens combattants) peuvent demander un avantage semblable, mais moins généreux.

Le 1er avril, un nouvel avantage, ou plutôt une version remaniée et renommée d’une ancienne prestation, est entré en vigueur selon la Loi sur le bien-être des vétérans. L’allocation de reconnaissance pour aidant remplace l’Allocation de secours pour les soignants familiaux, en vigueur selon la NCAC depuis la fin de l’année 2015. Cette dernière fournissait 7 238 $ libres d’impôt par année aux aidants naturels qui n’étaient pas payés par ailleurs; la nouvelle allocation leur fournit 1 000 $ libres d’impôt par mois.

Pour l’obtenir, l’ancien combattant doit avoir une indemnité d’invalidité pour blessure ou maladie et les aides qui l’accompagnent, et avoir besoin d’un soutien constant, notamment pour des activités particulières de la vie quotidienne.

Quiconque s’occupe régulièrement d’une personne malade, âgée ou invalide sait que les obligations de l’aidant naturel sont une responsabilité de tous les instants. Les gens font souvent cela automatiquement, se sacrifiant sans demander aucune compensation, mais il s’agit d’une charge qui a des conséquences émotionnelles, psychologiques, physiques et financières. L’allocation de reconnaissance pour aidant sert au moins à soulager la charge financière.

Elle est cependant inférieure à que ce que la Légion royale canadienne recom-mandait : le rétablissement de l’Allocation pour soins de la Loi sur les pensions, qui
est de 3 549 à 22 173,84 $ par année, selon l’assistance requise.

La nouvelle mesure n’indemnise pas convenablement les aidants naturels qui abandonnent leur emploi pour s’occuper d’un ancien combattant invalide. Le montant fourni ne respecte même pas les exigences du salaire minimum.

Malgré ses lacunes, c’est une prestation importante dont chaque client d’ACC qui y a droit devrait se prévaloir.

La situation est grave

Beechwood Cemetery

Ya-t-il quelque chose de plus vénérable que la tombe d’un soldat?

Donner sa vie pour son pays, c’est le sacrifice suprême, et cela mérite la reconnaissance la plus respectueuse. Au Canada, et presque partout ailleurs, le gouvernement se charge des funérailles et de l’enterrement de ceux et celles qui sont tombés au combat et des anciens combattants admissibles, ainsi que du maintien à perpétuité de leurs tombes et de leurs pierres tombales.

C’est Anciens combattants Canada qui administre cette tâche solennelle, et son programme d’entretien se charge de tombes situées dans des milliers de cimetières aux quatre coins du pays. Son budget, avant 2003, était de 5 millions de dollars par année environ. Le gouvernement décida alors que, puisque ACC ne connaissait pas le nombre exact de tombes dont il avait la charge, le budget serait réduit. En 2004, ACC a institué le Système de suivi des tombes Le Canada se souvient (SSTCS), mais malgré cela, le budget est demeuré à un million de dollars pendant les quinze dernières années.

Selon une vérification interne publiée en 2017, environ 45 000 des 207 525 sépultures militaires du Canada ont besoin de réparations, y compris pour le nettoyage, la restauration ou le remplacement de pierres tombales. Le budget de 2018 du gouvernement, annoncé le 27 février, remédie enfin à l’insuffisance de longue date en rétablissant le financement à 5 millions de dollars par année pendant les cinq prochaines années. Il aurait fallu 17 ans pour venir à bout de toutes les réparations en attente; maintenant, il n’en faudra que cinq.

Le programme doit se perpétuer, remarque ACC, parce qu’une fois les réparations à jour, il faudra s’occuper de l’entretien régulier. Les tombes sont inspectées selon un cycle de 12 ans. Plus de 1 000 anciens combattants bénéficient du Programme de frais de funérailles et d’inhumation d’ACC chaque année, soit autant de nouvelles tombes à prévoir.

Les tombes et monuments honorant les 110 364 Canadiens et Canadiennes morts à l’étranger pendant la Première Guerre mondiale (du 4 aout 1914 au 31 aout 1921) ou pendant la Seconde Guerre mondiale (du 3 septembre 1939 au 31 décembre 1945) ne sont pas compris dans ce poste du budget. Ces sépultures, situées dans plus de 70 pays, sont entretenues par la Commission des sépultures de guerre du Commonwealth (CSGC). Six pays du Commonwealth, dont le Canada, partagent les couts proportionnellement au nombre de leurs morts. L’apport du Canada s’élève à environ 10 millions de dollars par année, à savoir 10 % du budget de fonctionnement de la CSGC, qui s’élève à 61 millions de livres.

Presque toutes les tombes et tous les monuments de la CSGC, dans quelque 23 000 cimetières de l’Albanie au Zimbabwe, sont entretenus systématiquement et avec respect. Quiconque a pris part à un pèlerinage du Souvenir de la Légion royale canadienne peut en témoigner. Nous ne pouvons évidemment pas dire la même chose des 45 000 tombes situées à l’intérieur de nos frontières, ce qui est scandaleux.

Le budget comprend d’autres dépenses, dont certaines sont d’un montant plus élevé, pour les anciens combattants, mais aucun poste n’est aussi fondamental que celui de l’entretien des sépultures de nos soldats. Le mandat d’ACC de « veiller à ce que les Canadiens puissent avoir accès à ces symboles du Souvenir et en soient fiers » est sous-financé et sapé depuis trop longtemps. Il était grand temps de faire quelque chose.

Si vous souhaitez signaler une tombe militaire nécessitant un entretien, communiquez avec ACC à cm-mc@vac-acc.gc.ca ou au 902-626-2440.

Réanimer la charte

Seamus O’Regan lors d’une réunion publique à Fredericton le mois dernier. [Facebook]

Le régime de pension à vie annoncé par Anciens combattants Canada en décembre repose sur trois programmes :
un versement mensuel libre d’impôt en reconnaissance de la douleur et de la souffrance dues à une maladie ou à une blessure imputable au service, un remplacement de revenu pour les anciens combattants qui ont de la difficulté à retrouver un emploi, et une gamme de services et d’avantages sociaux dans les domaines de l’emploi, de l’éducation et de la santé mentale ou physique, entre autres.

Le régime ne sera malheureusement pas en vigueur avant 2019. Selon le gouvernement, cette période est nécessaire pour instituer la loi et préparer le personnel d’Anciens combattants Canada à ce changement, bien qu’il ait été à l’étude depuis la promesse faite par le Parti libéral pendant la campagne électorale de 2015.

Toutefois, comme l’a déclaré le ministre des Anciens combattants, Seamus O’Regan, dans son annonce officielle, « Il s’agit d’une évolution importante de la Nouvelle Charte des anciens combattants, laquelle était censée être un plan fluide, redéfini selon les besoins. »

Pendant la longue attente, de nombreux anciens combattants ont accepté le versement forfaitaire, qu’il est permis de qualifier d’inéquitable, et que le gouvernement offrait dans le cadre de la Loi sur les mesures de réinsertion et d’indemnisation des militaires et vétérans des Forces canadiennes, surnommée la Nouvelle Charte des anciens combattants (NCAC).

Après que la loi a été votée au Parlement, en 2005, de nombreuses critiques portaient sur le versement d’une indemnité d’invalidité forfaitaire plutôt que d’une pension men-suelle à vie, le paiement forfaitaire n’étant pas égal au total des versements de la pension à vie selon la Loi sur les pensions. En outre, on s’inquiétait de ce que les anciens combattants, surtout les plus jeunes, n’utilisent pas le paiement forfaitaire sagement et qu’ils soient réduits à la misère en vieillissant.

Ce n’est qu’en 2011 que des modifications ont été faites afin que les anciens combattants invalides aient le choix entre le paiement forfaitaire, des versements mensuels ou un mélange des deux.

Le gouvernement a apporté des améliorations mineures à la loi dans chacun de ses deux premiers budgets, mais la pension à vie a tardé à venir. Beaucoup d’anciens combattants s’inquiétaient qu’il s’agisse seulement d’amortir le paiement forfaitaire selon l’espérance de vie du particulier.

Ce n’est heureusement pas le cas. Il y a de nouveaux fonds pour le nouveau régime de pension à vie, lesquels devraient s’élever à 3,6 milliards de dollars entre 2017 et 2022, puis à 111,7 millions de dollars par année ensuite.

Le gouvernement s’est inspiré de la charte des anciens combattants originelle pour élaborer la NCAC. La Loi sur les pensions n’était qu’une partie de l’ancienne charte, qui comprenait plusieurs actes législatifs adoptés dans les années 1940 et visant le rétablissement des anciens combattants à leur retour de la Seconde Guerre mondiale. Elle comprenait une aide à l’éducation et des prêts pour acheter une maison ou investir dans une petite entreprise, une ferme ou un bateau de pêche.

En 2005, ces avantages s’étaient atrophiés. Avant 2006, quand la NCAC est entrée en vigueur, un combattant libéré des Forces armées canadiennes pour raisons médicales ne recevait que sa pension : il n’avait pas droit aux appuis à la réinsertion offerts aux générations précédentes.

Quelles que fussent ses lacunes, la NCAC découlait d’une prise de conscience que les jeunes anciens combattants invalides avaient besoin d’une large gamme d’avantages et de programmes qui n’existaient pas avant 2006. Ces programmes doivent être revus chaque année et modifiés selon des recommandations reposant sur de solides recherches.

Le régime de pension à vie est un progrès pour la NCAC, mais nous ne savons pas encore comment il aidera la majorité des anciens combattants malades ou blessés, ni même s’il le fera. En attendant, les Canadiens s’attendent à ce que le temps pris pour sa mise en œuvre soit bien utilisé, et à ce que les politiciens et les défenseurs des anciens combattants collaborent pour obtenir des résultats satisfaisants.

Un seul, c’est encore trop

Les Forces armées canadiennes et Anciens combattants Canada ont annoncé en octobre leur stratégie commune de prévention du suicide. « Il s’agit d’une approche sans précédent », dit le ministre des Anciens combattants, Seamus O’Regan. La stratégie consiste à coordonner quelque 160 programmes et services des deux ministères visant la réduction du nombre de suicides. 

« Même un seul, c’est encore trop, dit le chef d’état-major de la défense, Jonathan Vance. Quand on parle de suicide, le seul chiffre acceptable, c’est zéro. »

Le but de la stratégie commune est de prévenir le suicide en renforçant la résilience en santé mentale et le soutien familial et communautaire, en fournissant des soins de santé mentale quand et où ils sont nécessaires et en appuyant les recherches afin de s’assurer que nous faisons tout ce qui est possible, le mieux possible.

Bon nombre de ces programmes et politiques étaient déjà en place, mais il y a quelques nouvelles initiatives : parmi elles, la création d’un groupe de travail biministériel chargé de faciliter le retour à la vie civile.

Autre nouveauté : Statistique Canada reliera les données des FAC à celles du programme de la Statistique de l’état civil du Canada pour déterminer le taux de suicide parmi tous les anciens combattants, y compris le demi-million ou plus d’entre eux qui ne relèvent pas des FAC ni d’ACC.

Selon une étude réalisée en 2011 par Statistique Canada concernant 112 225 vétérans enrôlés depuis 1972 et libérés avant fin 2006, le taux de suicide était de 46 % plus élevé chez les anciens combattants que chez les civils du même âge. Cependant, le taux de suicide dans l’ensemble de la population des anciens combattants, y compris les réservistes, reste inconnu, car on n’a jamais recoupé les données sur les anciens militaires qui ont mis fin à leurs jours après avoir quitté l’armée, et qui ne relevaient donc plus des FAC ni d’ACC.

Beaucoup d’entre eux ont quitté les forces armées bien avant la création des programmes de résilience en santé mentale, avant les campagnes contre la stigmatisation, avant les services de transition et avant le renforcement des services de soutien aux familles. Un grand nombre d’entre eux vivent dans des régions rurales ou éloignées où l’accès aux services de santé mentale, et a fortiori aux professionnels connaissant bien la culture militaire, est limité. Pour les anciens combattants de cette cohorte, il n’y a aucun moyen de savoir quels effets le service militaire a eus, ni si l’appui d’une personne qui connaît la culture militaire aurait pu apporter une protection supplémentaire à ceux qui ont décidé d’en finir. En l’absence de telles données, comment ces anciens combattants peuvent-ils bénéficier de stratégies de prévention et de traitement fondées sur les faits?

Un soutien est offert au demi-million d’anciens combattants ou plus qui ne sont pas actuellement clients d’ACC. Tous les anciens combattants, pas seulement ceux qui relèvent du ministère, peuvent appeler la ligne d’aide d’ACC au 800-268-7708 (ou au 800-567-5803 pour les personnes ayant une déficience auditive), afin de parler à un professionnel de la santé mentale. Tout ancien combattant a droit à 20 séances de consultation psychologique gratuites. Par ailleurs, le Fonds d’urgence pour les vétérans annoncé en 2017, doté de 4 millions de dollars, doit entrer en vigueur après le 1er avril 2018. Il facilitera l’accès rapide à une aide financière ponctuelle ou urgente en attendant des prestations de soutien à plus long terme.

Les responsables des FAC et d’ACC hésitent à fixer des objectifs quantitatifs pour la nouvelle stratégie de prévention du suicide, car ils admettent qu’il est difficile de savoir quand un suicide a été empêché ou si les mesures de prévention ont joué un rôle. Après tout, comme le disait le chef d’état-major de la défense, Jonathan Vance : en matière de suicide, le seul chiffre acceptable, c’est zéro, et nous devons tous œuvrer dans ce sens.