Du pain sur la planche

Seamus O’Regan, ancien animateur de télévision de Terre-Neuve-et-Labrador, a remplacé M. Kent Hehr au poste de ministre des Anciens combattants du Canada le 28 aout. Il y a eu d’importants changements à la Nouvelle Charte des anciens combattants depuis la dernière élection, qui doivent améliorer la vie de nombreux anciens combattants invalides, mais le nouveau ministre a encore beaucoup de travail à faire.

L’animosité et la méfiance d’une minorité d’anciens combattants envers Anciens combattants Canada (ACC) se dissipe, principalement grâce à la réouverture de neuf bureaux de district et à la création de comités consultatifs ministériels, à l’augmentation de l’indemnité d’invalidité (souvent appelée paiement forfaitaire) à 360 000 $, et à l’augmentation de l’Allocation pour perte de revenus à 90 % de la solde.

L’atmosphère s’est détendue encore un peu plus en 2017 lors de l’annonce d’une prestation de 1 000 $ par mois pour aidant naturel, d’une prestation pour études pouvant s’élever à 80 000 $, de la permission aux militaires libérés pour raison médicale et à leur famille d’accéder aux 32 Centres de ressources pour les familles de militaires, de nouveaux fonds pour la recherche, et des plans concernant un centre de soins de santé mentale.

Mais il reste des points de discorde qui risquent de raviver le mécontentement; notamment le manque de progrès touchant les pensions à vie. Pour les anciens combattants, il ne suffit pas de mensualiser l’indemnité d’invalidité pour assurer leur sécurité financière. L’étalement des versements promis dans le budget de 2017 n’a pas encore été annoncé quand nous mettons sous presse.

La lettre de mandat postélectorale du premier ministre au ministre des Anciens combattants promettait d’améliorer les normes des services et des soins. Cependant, les plaintes déposées à l’ombudsman des vétérans concernent principalement la lenteur des décisions concernant les prestations d’invalidité, et il rapporte que 59 % seulement des décisions d’ACC satisfont à la norme ministérielle de 16 semaines.

Les anciens combattants se plaignent toujours du nombre insuffisant d’employés affectés au service à la clientèle, des critères d’admissibilité complexes, des difficultés de la transition des FAC vers les programmes d’ACC, d’une « mentalité de société d’assurances » dans les échanges avec le ministère, et des inquiétudes concernant la sécurité financière après l’âge de 82 ans.

Enfin, nous espérons que changer le nom de la Loi sur les mesures de réinsertion et d’indemnisation des militaires et vétérans des Forces canadiennes en Loi sur le bien-être des vétérans n’est pas un présage de changement idéologique. Le bienêtre, c’est le confort, la santé et le bonheur, ce à quoi ont droit tous les anciens combattants. Mais cela peut être aussi un concept paternaliste qui ne vise que le minimum vital. Les anciens combattants malades ou blessés ont gagné leurs avantages sociaux. Leur réadaptation, leur réinsertion et leur indemnisation sont des obligations sacrées, et elles ne devraient pas se limiter à une vue minimaliste des droits des anciens combattants, pas même dans le nom d’une loi.

Une étape importante

Protection, Sécurité, Engagement. Le titre du nouveau livre blanc publié récemment par le ministère de la Défense nationale est un reflet du Canada lui-même.

La nouvelle politique de défense est incontournable pour quiconque désire savoir ce que fait l’armée du Canada aujourd’hui, combat, maintien de la paix, aide humanitaire, secours aux sinistrés, et ce qu’elle a l’intention de faire au cours des 20 prochaines années.

Il contient un aperçu de ses missions fondamentales – « la détection, la dissuasion et la défense concernant les menaces ou les attaques contre le Canada » – et ses opérations simultanées – « appuyer les autorités civiles à la suite […] de multiples urgences nationales » –, ainsi que ses partenaires clés – OTAN, NORAD, ONU, services de police, autorités civiles et organismes non gouvernementaux.

Il promet que les défenses militaires augmenteront de 18,9 milliards de dollars en 2016-2017 à 32,7 milliards de dollars en 2026-2027. Les approvisionnements importants comprennent les chasseurs à réaction, les navires, les drones, les capacités spatiales et cybernétiques et la capacité de renseignement de défense.

225 millions de dollars serviront à réduire les émissions de carbone, 313 millions de dollars en cinq ans iront à un « programme d’innovation pour l’excellence en défense et la sécurité » et 102,5 millions de dollars seront consacrés à l’intervention d’experts externes.

L’examen de la politique, qui a duré un an, s’est appuyé sur 20 000 soumissions publiques, séances de discussion ouverte et discussions en ligne. Garantir la santé et le bienêtre des militaires est « la question numéro 1 », a déclaré le ministre de la Défense nationale, Harjit Sajjan. En conséquence, les militaires et leur famille sont au premier rang de la politique. « Leur procurer la formation, le matériel et les soins qu’ils méritent est l’objectif le plus important de cette politique, » dit-il.

Un grand nombre des objectifs ont trait à l’amélioration des ressources humaines des FAC :

• recruter 3 500 membres des forces régulières, pour porter l’effectif total à 71 500;

• recruter 1 500 réservistes, pour porter l’effectif total à 30 000;

• améliorer le recrutement, la formation et la rétention;

• augmenter la proportion de femmes dans le militaire de 1 % par année jusqu’à 25 % d’ici 2026;

• offrir un lieu de travail exempt de harcèlement et de discrimination, insistant sur l’inclusion, la diversité et le respect;

• financer à hauteur de 198,2 millions de dollars une nouvelle « stratégie de santé et de bien-être globaux »;

• augmenter le financement des programmes de soutien aux familles de 6 millions de dollars par année;

• exonérer d’impôt fédéral le salaire des soldats déployés dans des opérations internationales nommées, jusqu’au rang de lieutenant-colonel;

• créer un groupe de 1 200 employés pour s’occuper de la transition du statut de soldat à celui d’ancien combattant, y compris du personnel spécialisé et des postes réservés aux militaires malades ou blessés, en collaboration avec Anciens combattants Canada.

Ce dernier point est particulièrement intéressant pour les défenseurs des vétérans de l’armée canadienne. En effet, nous attendons depuis longtemps que la brèche liée à la transition soit colmatée.

« Les gens qui quittaient les forces auparavant passaient par un processus bureaucratique qui visait essentiellement à les passer au suivant, dit le général Jonathan Vance, chef d’état-major de la défense. Nous devons professionnaliser l’ensemble de la démarche. »

S’enrôler dans les Forces armées canadiennes est un choix de carrière très exigeant, et parfois dangereux. Ceux et celles qui s’engagent ont droit à la meilleure formation, au meilleur soutien, aux meilleurs soins et à la meilleure indemnisation possibles. La nouvelle politique de défense canadienne est un pas dans
le bon sens.

L’âge arbitraire de 65 ans

Les anciens combattants malades ou blessés attendent encore que le gouvernement fédéral décide comment leur garantir une sécurité financière à perpétuité. Le budget fédéral déposé le 22 mars comportait de nouvelles dépenses pour les anciens combattants et leur famille, mais aucune mention de la mensualité payable à titre permanent.

Le budget promet de nouveaux fonds s’élevant à 624 millions de dollars sur cinq ans, y compris des avantages accrus pour l’éducation et la reconversion professionnelle, ainsi que pour l’augmenta-tion du soutien financier aux fournisseurs de soins. Il réitère aussi l’engagement du gouvernement de permettre aux anciens combattants admissibles de choisir de percevoir leur indemnité d’invalidité sous forme de versements à vie.

Avant 2006, une pension mensuelle à vie était offerte aux anciens combattants malades ou blessés. Ensuite, la Loi sur les mesures de réinsertion et d’indemnisation des militaires et vétérans des Forces canadiennes, qu’on appelle aussi la Nouvelle Charte des anciens combattants (NCAC), a remplacé la pension à vie par une indemnité d’invalidité forfaitaire libre d’impôts versée aux membres des Forces armées canadiennes ou aux anciens combattants pour les blessures ou les maladies de longue durée résultant du service militaire.

La NCAC offre aussi des avantages financiers pour l’invalidité, les services de santé et de réinsertion, l’éducation et l’aide à l’emploi. Elle avait été conçue pour être une « charte vivante » ouverte aux modifications quand apparaitraient des lacunes.

Et lacunes il y a. Des anciens combattants, appuyés par la Légion royale canadienne et d’autres groupes de défense font pression pour obtenir des améliorations depuis que la NCAC est entrée en vigueur. En 2011, le gouvernement, ne pouvant plus passer leurs requêtes sous silence, approuva le projet de loi C-55 grâce auquel eurent lieu les premiers amendements de la Charte. D’autres ont suivi.

Lors d’un examen de la NCAC en 2014, le Comité permanent des anciens combattants a recommandé que l’allocation pour perte de revenus (APR) soit augmentée dans le cas d’anciens combattants en cours de réinsertion. La Légion elle-même plaide depuis longtemps en faveur de la sécurité financière à vie pour les anciens combattants les plus gravement blessés ou malades qui, selon elle, sont le groupe le plus touché par les lacunes de la Charte.

L’APR est un versement imposable fourni aux anciens combattants qui utilisent des services de réinsertion. C’est un appoint qui porte leur revenu à au moins 90 % de leur solde d’avant leur libération (70 % avant octobre 2016). L’APR est versée soit jusqu’à ce que leur plan de réinsertion arrive à terme, soit jusqu’à l’âge de 65 ans. La Légion plaide en faveur d’augmenter l’APR à 100 % de la solde d’avant la libération et de la continuer à vie.

Il est vrai que, comme la plupart des Canadiens, les anciens combattants gravement malades ou blessés commencent à recevoir des versements du régime de pensions du Canada à partir de l’âge de 65 ans (environ), et que la plupart d’entre eux ont une pension des FAC, indexée selon la longueur du service, lequel est habituellement plutôt court dans le cas d’un jeune soldat blessé ou malade par suite de son service. Mais ces militaires sont aussi souvent dans l’incapacité de travailler pendant de longues périodes, ce qui a une incidence sur leur sécurité financière. Ils ont manqué de nombreuses occasions d’emploi rémunéré, qui sait combien, un sacrifice de plus consenti par eux au service de notre pays.

Le gouvernement a une obligation sacrée de prendre soin de celles et ceux qui se sont engagés à son service malgré les risques de blessure ou de mort, et cette obligation ne devrait pas prendre fin lorsqu’ils atteignent l’âge de 65 ans.

S’intégrer à la vie civile

Le Comité permanent des anciens combattants de la Chambre des communes a rendu public en décembre un rapport sur les services que les Forces armées canadiennes et Anciens combattants Canada fournissent aux militaires quittant l’armée. Le rapport concerne ces services du point de vue des anciens combattants.

Le Comité, présidé par le député libéral Neil Ellis, a constaté qu’il existe une méfiance envers ACC et en même temps un sentiment que le ministère a une culture de refus. Il suggère que ce sentiment est en grande partie fondé sur de vieilles impressions, sans tenir compte des améliorations récentes au sein du ministère. Tout en reconnaissant qu’il s’agit d’une impression, une bonne partie des 18 recommandations du rapport visent à renforcer la confiance des militaires en ACC.

Un de ses points importants concernait le fait que les anciens militaires ne sont pas réintégrés dans la vie civile de la même manière que l’étaient les vétérans de la Seconde Guerre mondiale et ceux de la guerre de Corée. Ce sont des militaires de carrière, marins, soldats et aviateurs, qui s’intègrent à la vie civile pour la première fois en tant qu’adultes.

Pour ceux qui quittent l’armée, les divers programmes des FAC et d’ACC semblent compliqués et pleins de paperasse et de bureaucratie.

Le Comité recommande donc à ACC de créer un « service de guide-expert » afin que les anciens combattants et leur famille n’aient qu’un seul point de contact et qu’une seule personne coordonne les divers avantages et programmes qui leur sont offerts.

Une autre recommandation, pour laquelle la Légion royale canadienne plaide depuis longtemps, est que les anciens combattants reçoivent une carte qu’ils pourraient facilement mettre dans un portefeuille et présenter pour bénéficier de rabais ou avantages leur étant offerts.

Le Comité recommande aussi aux FAC d’émettre une carte d’identité à leurs membres au début de leur service. La carte permettrait à ACC de leur créer un compte « Mon dossier ACC ». Le dossier médical du combattant pourrait être lié au compte, ainsi qu’un certificat de son service militaire et un dossier de ses blessures s’il y a lieu. Ainsi, quand l’ancien combattant sollicitera l’aide du ministère, le dossier sera déjà ouvert.

Le Comité s’est également penché sur les soins de longue durée. ACC fournit des lits contractuels dans des établissements pour anciens combattants où il paie une partie des coûts de l’édifice en plus de la différence entre ce que fournit le gouvernement provincial et les coûts réels des soins. Cependant, il y a une grande différence entre ceux qui ont servi à la Deuxième Guerre mondiale ou à la guerre de Corée et ceux qui ont servi plus récemment. Les anciens combattants les plus âgés ne sont pas obligés de prouver le lien entre leur service militaire et leur invalidité, tandis que les plus récents le sont. Ces derniers n’ont accès qu’aux lits communautaires des établissements à charte provinciale qui offrent des soins de longue durée. Cependant, ils n’ont pas de section réservée aux anciens combattants et ACC ne débourse rien pour les coûts liés à l’édifice. Il ne paie que la différence entre ce que fournit le système de soins de la province et les coûts réels des soins. Cela crée donc deux classes d’anciens combattants.

Bien que certains anciens combattants récents préfèrent un lit dans un établissement près de leurs proches, d’autres préfèreraient la camaraderie régnant auprès d’autres anciens combattants afin de briser l’isolement.

Le Comité recommande à ACC d’examiner sa stratégie en matière de soins de longue durée et d’offrir un lit contractuel à tous les anciens combattants qui en ont besoin.

Les recommandations du rapport sont bonnes et beaucoup ont été faites auparavant. Le gouvernement n’a pas besoin d’étudier ces questions davantage. Le temps est venu pour qu’il fasse preuve de leadership et qu’il agisse.

L’utilisation d’un antipaludique doit cesser

La Légion royale canadienne a demandé au ministère de la Défense nationale de cesser immédiatement l’utilisation du médicament antipaludique méfloquine pendant que ses effets secondaires sont à l’étude.

Des articles parus récemment dans les médias et des témoignages devant le Comité permanent des anciens combattants de la Chambre des communes ont mis en lumière des inquiétudes devant le fait que le médicament est encore utilisé par les Forces armées canadiennes lorsqu’elles sont déployées dans les zones de paludisme. La méfloquine a été administrée pour la première fois à 900 soldats canadiens pendant le déploiement malheureux en Somalie de 1992-1993, dans le cadre d’une étude clinique. Elle a aussi été prescrite lors des déploiements au Rwanda et en Afghanistan. Un porte-parole du MDN a déclaré au Toronto Star que 15 677 soldats canadiens avaient reçu le médicament entre janvier 2001 et mars 2012.

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Un rapport du vérificateur général du Canada indique que le MDN a prescrit le médicament de manière inappropriée et a omis de surveiller correctement les effets secondaires. Ces effets secondaires, dont l’anxiété, la paranoïa, la dépression, ainsi que les hallucinations et le comportement psychotique, pourraient donner lieu à un diagnostic d’état de stress posttraumatique erroné.

Au mois d’aout, Santé Canada a accepté discrètement une nouvelle description détaillée du médicament fournie par son promoteur, AA Pharma, qui disait que : « Chez un petit nombre de patients, les étourdissements ou les vertiges et la perte d’équilibre pourraient continuer pendant des mois ou des années après l’arrêt de la méfloquine et, dans certains cas, les dommages vestibulaires pourraient être permanents. »

Cette mise à jour a été émise trois ans après qu’un avertissement semblable avait été lancé par la FDA (Food and Drug Administration) américaine.

Un porte-parole du MDN a déclaré au
Toronto Star que 15 677 soldats canadiens
avaient reçu le médicament entre
janvier 2001 et mars 2012.

La Légion a soulevé la question pour la première fois dans une lettre au ministre de la Défense, Harjit Sajjan et au ministre des Anciens combattants, Kent Hehr, au début du mois de novembre. « La Légion royale canadienne s’inquiète du manque de recherche relative à ce médicament qui a été prescrit à nos anciens combattants avant leur déploiement opérationnel en Somalie ou ailleurs, écrivait le président national, Dave Flannigan. Nous vous demandons instamment d’envisager de faire des recherches sur l’utilisation de la méfloquine et sur ses effets secondaires. Nos marins, soldats et aviateurs méritent de connaitre les effets secondaires et de recevoir le bon diagnostic, afin de pouvoir recevoir les bons soins ainsi que pour les aider à faire le lien avec leur affection lorsqu’ils demandent une prestation d’invalidité. C’est le moins que nous puissions faire pour nos militaires. »

Il existe des médicaments antipaludiques qui ont moins d’effets secondaires. Jusqu’à ce que l’on en sache davantage sur la méfloquine, il est prudent de l’éviter.

Un an après

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(i) Le ministre des Anciens combattants, Kent Hehr. ii)Premier Ministre Justin Trudeau et Sophie Grégoire Trudeau en Ottawa pour le 2015 jour du Souvenir [Metropolis Studio]

Il y a un peu plus d’un an que le gouvernement libéral a pris le pouvoir, en promettant une nouvelle ère de transparence. Une des premières actions du premier ministre Justin Trudeau a été de publier les lettres de mandat envoyées à ses nouveaux ministres. Ces lettres, habituellement entourées du secret de cabinet, expliquent aux ministres ce qu’on attend d’eux. Le ministre des Anciens combattants, Kent Hehr, devait engager 14 actions pour s’assurer que les anciens combattants reçoivent le respect, l’appui et les opportunités économiques qu’ils méritent. Elles ont été généralement bien accueillies par les défenseurs des anciens combattants, mais un an après, où en sommes-nous?

Il y a eu des réussites, bien sûr. Le budget fédéral de 2016 s’est attaqué à quelques points essentiels de la Nouvelle Charte des anciens combattants. L’un d’entre eux concernait l’augmentation de l’indemnité d’invalidité de 310 378 $ à 360 000 $ d’ici le 1er avril 2017. À partir de cette date, l’Allocation pour déficience permanente deviendra l’Allocation pour incidence sur la carrière afin de mieux refléter l’intention du programme qui est de compenser la perte d’occasions d’emploi. Les évaluations seront jugées davantage sur les circonstances du particulier, et un accès privilégié sera offert aux degrés supérieurs de cette prestation. L’Allocation pour perte de revenus a déjà été augmentée de 75 p. 100 à 90 p. 100 du salaire qu’avait l’ancien combattant avant sa libération, et on lui garantit un minimum de 44 496 $ par année.

Dans le cadre du Programme de frais de funérailles et d’inhumation administré par le Fonds du Souvenir, l’exemption de droits de succession des anciens combattants à faible revenu augmentera d’environ 12 000 $ à environ 35 000 $.

Le ministre a visité neuf communautés où ACC avait fermé le bureau pour en annoncer la réouverture et le nouvel emplacement.

Mais il reste beaucoup à faire sur cette liste, comme ce qui suit :

• rétablir l’option des pensions à vie pour nos anciens combattants blessés;

• collaborer avec le ministre de la Défense pour simplifier et remanier la prestation des services offerts au personnel quittant les Forces armées canadiennes;

• adopter une approche « un vétéran, une norme »pour les services et les soins;

• fournir de meilleurs services d’éducation, de counseling et de formation aux familles qui procurent soins et soutien à un ancien combattant handicapé;

• augmenter la pension de survivant.

D’autres recommandations ne sont pas nouvelles. Elles ont été présentées plusieurs fois par la Légion royale canadienne, par d’autres organisations d’anciens combattants, par l’ombudsman militaire et celui des anciens combattants, et par les comités de la Chambre des communes et du Sénat.

La lettre de mandat est une liste de bonnes intentions. Les budgets et les bureaucraties peuvent faire obstacle, mais en fin de compte, le gouvernement nous a donné un outil pour évaluer sa performance. Il y a eu un bon début, mais il reste encore beaucoup à faire.

L’esprit des jeux Invictus arrive au Canada

L’ équipe d’anciens combattants canadiens malades ou blessés a brillé aux jeux Invictus tenus en mai à Orlando, en Floride. L’Équipe Canada, dont les 28 membres comprenaient cinq militaires canadiens en service et 23 anciens combattants, a participé à sept sports adaptés
et remporté 22 médailles, dont 10 médailles d’or.

Il s’agissait de la deuxième édition des jeux fondés par le prince Harry et inaugurés à Londres, en Angleterre, en 2014. Les jeux utilisent les sports adaptés pour inspirer la guérison et modifier la façon dont le public voit les anciens combattants malades ou blessés.

« Nos athlètes des Invictus sont la définition même du travail acharné et de la détermination, et ils sont une source de fierté pour tout le pays, » a déclaré le ministre de la Défense, Harjit Sajjan.

L’excitation peut maintenant gagner le Canada, car les prochains jeux Invictus auront lieu à Toronto en septembre 2017.

La Légion royale canadienne est l’un des commanditaires principaux de la rencontre grâce à un don de 500 000 $. « La Légion appuie depuis fort longtemps des programmes sportifs, dit le président de la Direction nationale, Tom Eagles. C’est tout à fait naturel et, en tant que plus grande organisation canadienne de soutien des anciens combat-tants et de service à la collectivité, nous avons l’intention de faire notre part pour appuyer ces jeux, auxquels vont participer presque 700 anciens combattants malades ou blessés venus des quatre coins du monde. »

Le nom dit tout. Invictus
est un mot latin signifiant
« invaincu » ou « invincible ».

Les athlètes provenant de 16 pays sont attendus pour 11 épreuves sportives. Les membres de la Légion fourniront les quelque 1 500 bénévoles nécessaires pour orchestrer l’évènement. Les membres de la Légion prendront aussi part à un relai de la flamme qui passera par 30 filiales de la Légion au Canada avant d’arriver aux jeux.

Certains ont demandé pourquoi la Légion devrait dépenser pour les jeux de l’argent qui pourrait être versé à des particuliers, mais ce don démontre l’engagement de la Légion à sensibiliser le public aux problèmes auxquels sont confrontés les anciens combattants blessés ou malades, et à aider ces derniers à surmonter la stigmatisation qui y est liée. Quant aux athlètes eux-mêmes, les jeux leur servent à améliorer leur conscience de soi et à augmenter leur confiance en eux, notamment en leur capacité de surmonter les défis qu’ils relèvent chaque jour.

Le don fait aux jeux s’inscrit dans la lignée des dons importants qu’a faits la Légion, comme le million de dollars pour l’achat d’un équipement d’imagerie du cerveau pour l’hôpital Royal Ottawa afin qu’on puisse y étudier les lésions cérébrales et le trouble  de stress post traumatique, ou comme les 500 000 $ ajoutés aux 1,5 million de dollars du fonds du coquelicot de la Division de l’Ontario pour le programme Leave the Streets Behind pour les anciens combattants sans abri.

Le nom dit tout. Invictus est un mot latin signifiant « invaincu » ou « invincible ». C’est aussi le titre d’un poème du poète amputé William Ernest Henley. Les derniers vers sont souvent cités par les athlètes : « I am the master of my fate, I am the captain of my soul » (Je suis le maitre de mon destin, je suis le capitaine de mon âme, NDT).

Le prince Harry devrait être félicité d’avoir institué ces jeux. La Légion devrait être fière de les faire venir au Canada.

Y a-t-il combat ou pas? Ça ne fait rien. C’est la guerre.

Ce qui se passe actuellement en Iraq n’est pas clair du point de vue politique. L’essentiel du sujet, c’est de savoir si le Canada est en guerre (officiellement : non), si des soldats canadiens sont en mission de combat (officiellement : non) et, le plus important, de savoir si l’immense campagne concertée de l’alliance (dont le Canada fait partie : indéniablement) réussira vraiment à détruire l’État islamique d’Iraq et Syrie (ÉIIS).

Nos soldats ne sont certainement pas les combattants principaux en Iraq. Il y en a à peu près 800 là-bas, aux côtés des autres forces de la coalition, qui forment, conseillent et aident les forces de sécurité irakiennes à développer les compétences militaires nécessaires pour faire face à la menace. Cela ne veut pas dire pour autant que nos soldats ne finiront pas par prendre part à une lutte armée.

Voici les définitions pertinentes des Forces armées canadiennes :« les opérations de combat sont des opérations militaires désignées par le CÉMD où l’utilisation des armes, ou la menace de cette utilisation, y compris la force pouvant causer la mort, est nécessaire pour imposer sa vo-lonté sur l’adversaire, ou pour mener à terme une mission; les opérations autres que le combat sont des opérations militaires où les armes sont présentes, mais leur utilisation, ou la menace d’utilisation, est possible, mais seulement pour se protéger et cette utilisation est considérée comme non nécessaire pour mener à bien la mission. Les opérations autres que le combat sont, en général, des opérations de soutien de la paix ou humanitaires. »

Il ne s’agit pas ici d’une opération de soutien de la paix ni humanitaire. Il s’agit d’un important groupe d’alliés qui essaient de matraquer à mort une force maléfique en employant tous les outils qui conviennent. Il s’agit, pour être clair, d’un effort visant la destruction de l’ÉIIS. C’est une guerre contre l’ÉIIS.

Il s’agit vraiment d’un débat
sur le rôle de la
politique dans
nos
missions militaires.


Alors, qu’y a-t-il de mal à le dire? Mettre des soldats en danger – les envoyer à la guerre –, c’est la décision la plus sérieuse qu’un pays puisse prendre. Alors, pourquoi ne pas appeler un chat un chat?

Outre ce que les soldats font sur le terrain, il s’agit vraiment d’un débat sur le rôle de la politique dans nos missions militaires, et le plus important, d’un débat sur le leadership.

Ce qui se passe est évident : une promesse a été faite pendant les élections. « Le Canada se retirera des combats. » Alors les avions de chasse ont arrêté leurs bombardements, et il faut faire croire à une mission sans combat.

Pourquoi? La politique intérieure. Les sondages indiquent que la guerre en Afghanistan était impopulaire et que les Canadiens préfèrent le maintien de la paix.

Mais cette guerre-ci n’est pas comme cette guerre-là. Nous ne nous battons pas contre les talibans. Cette guerre n’est pas un choix, mais une nécessité.

Comme nous le dit le ministre de la Défense Harjit Sajjan (page 18), l’État islamique est bien plus dangereux que ne l’étaient les talibans, et il n’y a pas moyen de négocier avec lui.

Le maintien de la paix n’est pas une solution au problème de l’ÉIIS, et la meilleure conduite à adopter par rapport à l’ÉIIS n’est certainement pas de prétendre que nous ne faisons pas partie d’une alliance en guerre.

On dit souvent que la pire erreur que puisse commettre un général, c’est de penser que deux guerres se ressemblent. Peut-être que la meilleure chose que puisse faire un politicien en la matière, c’est d’appeler une guerre une guerre.

Les anciens combattants sans abri comptent

Il y a deux ans, la Légion royale canadienne a parrainé un forum national sur les anciens combat-tants sans abri où ont été mises en évidence des lacunes dans les services, les programmes, la prévention et la recherche, et qui s’est terminé par une demande d’élaborer une politique nationale sur l’itinérance des anciens combattants.

En mars 2015, 2 250 anciens combattants sans abri avaient été identifiés dans un rapport d’Emploi et Développement social Canada (EDSC), d’après les données recueillies auprès de 60 refuges. Ce chiffre est peu élevé d’après certains défenseurs des anciens combattants qui estiment leur nombre à entre 7 000 et 20 000.

Le nombre d’anciens combattants
sans abri aux États-Unis
a diminué de 36 %.


La Stratégie des partenariats de lutte contre l’itinérance, programme financé par ESDC, mène actuellement, du 1er janvier au 30 avril, le premier dénombrement des sans-abris du pays. 

En général, au Canada, on s’occupe surtout de les diriger vers les services communautaires existants. Mais ces solutions ne sont pas très bien axées sur l’ancien combattant. Les anciens combattants vont mieux lorsqu’ils participent à un programme sensible à la culture militaire, avec le soutien d’autres anciens combattants et dans des institutions plus structurées que les refuges civils.

Certains défenseurs de la cause souhai-tent voir une chaine de logements d’urgence et de transition subventionnés réservée aux anciens combattants partout au pays. Cela ne risque pas de se faire si l’on continue de se concentrer sur les services communautaires existants, plutôt que sur les solutions durables. Selon certaines études, la longue descente vers l’itinérance commence des années ou même des décennies avant qu’ils ne se retrouvent dans un refuge, à dormir sous un pont ou à vivre sous la tente dans les bois.

Le problème pourrait paraitre insoluble, mais on peut se tourner vers nos voisins pour trouver une solution. Le nombre d’anciens combattants sans abri aux États-Unis a diminué de 36 % depuis 2010, grâce à des coalitions formées dans le but de s’occuper de cette situation. L’une de ces coalitions a émergé de regroupements citoyens, et une autre a été créée par des politiciens.

Le Mayors’ Challenge to End Veteran Homelessness (défi des maires pour mettre fin à l’itinérance des anciens combattants, NDT) a mené « fonctionnellement » à la suppression de l’itinérance dans sept villes et deux États américains en 2015 (c’est-à-dire qu’un logement permanent est fourni dans les 90 jours). Rien qu’à Houston, au Texas, 4 000 anciens combattants sans abri et leur famille ont été logés.

Les éléments d’une coalition semblable existent déjà au Canada, ainsi que des modèles précisant comment elle fonctionnerait. C’est là un bon point de départ.

Il y a beaucoup d’organisations qui s’occupent de l’itinérance, mais il n’y en a que quelques-unes qui s’intéressent particulièrement aux anciens combattants. Une nouvelle coalition se concentrant sur l’itinérance des anciens combattants et servant de point central à la coopération et à l’échange de connaissances pourrait concevoir des solutions novatrices pour grossir le parc de logements, convertir des bâtiments existants, encourager la subvention des loyers, attirer des dons et bâtir des programmes fondés sur les faits. Imaginez quelles solutions pourraient naitre d’un programme offrant une expertise en matière de promotion immobilière aux organisations communautaires ou à des particuliers désireux d’inclure dans leurs projets un hébergement d’urgence, de transition ou permanent pour les anciens combattants sans abri.

Il faut une politique sur l’itinérance axée sur les anciens combattants pour qu’une telle coalition fonctionne bien. Le ministre des Anciens combattants, M. Kent Hehr, dit que l’itinérance est une de ses principales priorités. Ne serait-il pas opportun pour lui de prendre l’initiative d’une action nationale?

Il faut un monde

Editorial

Il n’existe pas de bonne réponse. Après les attaques terroristes arrivent le chaos, la peur, le deuil, la colère et la résolution. C’est l’ordre naturel des réactions humaines aux actes inhumains. Nous exigeons alors toutes sortes de réponses contradictoires : vengeance, tolérance, sécurité, liberté, attaque aérienne, négociation, guerre, paix. Mais que peut-on faire en réalité? Que devrait-on faire?

Nous ne pouvons pas nous rendre invulnérables car la vulnérabilité est propre à toute société civilisée. Il n’existe pas de multitude de services de sécurité, d’organismes d’espionnage ni d’échange de renseignements qui puisse parer à toutes les attaques. C’est une évidence.

Et il n’y a pas d’effort militaire qui puisse supprimer à lui seul le culte de mort qui s’est propagé comme un virus. Il faudra une mobilisation multinationale à multiples facettes des ressources militaires, assurément, mais aussi politiques, économiques, idéologiques, juridiques, humanitaires, diplomatiques, religieuses, culturelles et cybernétiques. Il faudra le monde entier.

La vulnérabilité
est propre à toute
société civilisée.

 

Il y a eu presque 300 attaques terroristes dans le monde en 2015, y compris dans la péninsule du Sinaï le 31 octobre, à Beyrouth le 12 novembre, à Paris le 13 novembre, au Nigéria le 17 novembre et au Mali le 20 novembre. Il y en aura d’autres. La grande majorité d’entre elles ont été commises par des groupes extrémistes islamistes : al-Qaïda, les Talibans, Boko Haram, al-Shabaab, front al-Nusra, etc. L’EIIS en a perpétré ou inspiré un tiers. Les attaques de terroristes au nom de l’Islam sont indéniablement entrées dans une nouvelle phase.

Le pape François dit que nous sommes dans « une troisième guerre mondiale morcelée ». Les présidents Hollande, Obama, Putin et d’autres chefs d’État ont accru le nombre de mesures militaires. Le premier ministre Justin Trudeau a donné comme instructions au ministre de la Défense nationale Harjit Sajjan de « terminer la mission de combat en Iraq et en Syrie, et de recentrer les efforts du Canada dans la région sur la formation des armées locales et l’aide humanitaire ». Cela signifie que nos militaires seront plus nombreux sur le terrain, potentiellement en danger. Cela signifie que le Canada est de nouveau sur le point de créer un contingent de soldats qui auront besoin du meilleur appui et des meilleurs soins possible, pendant qu’ils seront en mission, mais aussi lorsqu’ils reviendront au pays.

Le nouveau gouvernement fédéral a promis de mettre fin à la tension entre les anciens combattants et les fonctionnaires. Dans la lettre de mandat qu’il a envoyée à Kent Hehr, ministre des Anciens combattants, M. Trudeau disait que les « vétérans ne devraient pas avoir à lutter contre leur propre gouvernement pour obtenir le soutien et l’indemnisation auxquels ils ont droit », et il lui a dit de s’assurer « que notre gouvernement respecte l’obligation sacrée envers nos vétérans et leurs
familles ».

Nos anciens combattants ont risqué leur vie au combat contre le nationalisme à la Première Guerre mondiale, le nazisme à la Seconde Guerre mondiale, le communisme à la guerre de Corée et l’extrémisme en Afghanistan. Ils le font à nouveau en Iraq et en Syrie, et il se pourrait qu’on les appelle pour aller le faire ailleurs. Ce que nous pouvons faire, ce que nous devons faire, sans doute ni hésitation, c’est de les appuyer.