Un premier Canadien français

Hommage au premier amiral francophone du pays

Un jeune Victor Brodeur. [U.S. Naval History and Heritage Command/Wikimedia]

Au début de sa carrière, il servit à bord du fameux cuirassé Dreadnought. [Naval Museum of Alberta]

Le contramiral Victor Gabriel Brodeur mena une remarquable carrière de 37 ans au sein de la Marine royale du Canada. Il devint le premier amiral canadien-français d’une marine où l’anglais demeura la seule langue en usage jusqu’à la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Né en 1892 à Belœil, à l’est de Montréal, au Québec, il était le fils de Louis-Philippe Brodeur, qui, au titre de ministre du Service naval, dirigea en 1910 la création du Service naval du Canada, rebap-tisée Marine royale du Canada (MRC) en 1911.

En 1909, le jeune élève-officier Brodeur fut l’un des six premiers à se préparer à servir dans la marine. L’apprentissage se révéla exigeant, puisque, comme il le mentionna par la suite, il ne pouvait « presque pas prononcer un mot en anglais ».

Il fut affecté à l’ancien croiseur-école NCSM Niobe en tant qu’aspi-rant de marine et, en 1911, détaché auprès de la Marine royale pendant un an à bord du célèbre cuirassé HMS Dreadnought afin de parfaire sa formation d’officier. L’accent très prononcé de l’aspirant Brodeur amena certains de ses compagnons de bord à croire qu’il était écossais, ce qui lui valut le surnom de « Scotty ».

Il servit d’abord à bord du croiseur HMS Berwick lors de la Première Guerre mondiale, puis comme officier d’artillerie navale à bord du HMS Dreadnought et ensuite du croiseur HMS Caradoc. La Marine royale considérait Brodeur comme un officier enthousiaste et dévoué, mais on lui reprochait aussi d’être trop franc et de manquer de tact. Ces traits le suivirent tout au long de sa carrière.

L’officier Brodeur revint au Canada en 1921 en tant que lieutenant, et il occupa d’importants postes d’état-major à Ottawa, où il contribua notamment à établir un système national d’unités de réserve navale. Il préconisait régulièrement l’utilisation du français dans la marine pour encourager le recrutement au Québec, mais sans guère de succès.

Comme c’était le cas pour de nombreux officiers de marine canadiens qui avaient besoin d’expérience, il servit de nouveau dans la Marine royale de 1924 à 1927. De retour au Canada avec le grade commander, il devint officier supérieur de la marine à Halifax. En 1929, il prit le commandement du contretorpilleur de la MRC Champlain et, deux ans plus tard, du Skeena. Ces deux navires étaient basés à Esquimalt, en Colombie-Britannique, où il devint officier supérieur en 1932.

À bord du NCSM Skeena en 1937. [BFC Esquimalt Naval & Military Museum]

Fervent nationaliste, il s’élevait souvent contre la volonté de la marine royale d’intégrer la mrc à des opérations planifiées sans même en informer les canadiens. Ce n’était là qu’un affront parmi d’autres.

En 1934, Brodeur reprit du service dans la Marine royale en tant que commandant en second du croiseur HMS Durban. Ce fut sa dernière affectation en mer. Il servit ensuite à l’Amirauté à Londres et fréquenta l’Imperial Defence College. Il semblait destiné au haut commandement. Il retourna au Canada en 1937 où il reprit le commandement de la région de la côte ouest au début de la Seconde Guerre mondiale.

Il fut promu commodore en 1940 puis, peut-être étonnamment compte tenu de son tempérament fougueux, nommé attaché naval à la légation canadienne, deve-nue par la suite une ambassade, à Washington. Il était devenu marin-diplomate. Deux ans plus tard, il obtint le grade de contramiral et devint représentant naval auprès de la mission interarmées des chefs d’état-major du Canada dans la capitale américaine.

 

[BAC/PA-126721]

Grâce à ce poste important, le contramiral Brodeur veillait à ce que la voix du Canada se fasse bien entendre lors des délibérations navales alliées touchant les intérêts du pays, notamment celles portant sur la défense de l’Amérique du Nord, sur l’acheminement des convois transatlantiques et sur l’affectation de ressources destinées à la construction navale.

Fervent nationaliste, il s’élevait souvent contre la volonté de la Marine royale d’intégrer la MRC à des opérations planifiées sans même en informer les Canadiens. Ce n’était là qu’un affront parmi d’autres. Il écrivit un jour au quartier général naval d’Ottawa que la marine américaine soutenait « que seulement deux pays [dirigeaient] cette guerre, et que le Canada n’en [était] pas un. » Il rappela aux Américains que le Canada était un pays indépendant et qu’il devait être consulté sur toute question touchant ses intérêts.

Il quitta Washington vers la fin de 1943 afin de reprendre ses fonctions de commandant naval de la côte ouest. Il prit sa retraite à Vancouver en 1946 et y resta jusqu’à sa mort, en 1976. Vers la fin de sa vie, il déclara : « Je referais tout ça sans hésiter […]. J’ai pris grand plaisir à tout ce que j’ai fait, et j’ai adoré mon service. »

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