L’invasion américaine
Serge Durflinger
Les deux derniers étages d’un bâtiment de pierre et de brique de quatre étages surplombant le front de mer de St. John’s, à quelques mètres seulement du Monument commémoratif
national de guerre de Terre-Neuve,
accueillent un morceau de l’histoire de la Seconde Guerre mondiale qui n’a nul pareil.
En haut des 59 marches de l’escalier branlant à l’arrière de l’ancien entrepôt se trouve le légendaire Seagoing Officers’ Club fondé par le capitaine Rollo Mainguy, natif de la Colombie-Britannique, commandant de contretorpilleurs de la marine canadienne de la colo-nie britannique de Terre-Neuve.
Lieu de refuge et de repos pour les officiers de marine militaire ou marchande des Alliés entre deux traversées de l’Atlantique Nord, il fut surnommé le Crow’s Nest (nid de pie, NDT) après qu’un colonel de l’armée canadienne, haletant en fin de montée, s’épongea le front perlé de sueur et s’exclama : « Mince! c’est vraiment un petit nid de pie bien douillet ».
Ouvert en janvier 1942, ce confortable refuge aux planchers en bois et aux plafonds à poutres apparentes recueillit un nombre croissant d’insignes, de gravures et d’artéfacts déposés par ses clients en l’honneur de leurs navires.
Sur pratiquement chaque surface verticale prit vie une galerie spéciale de la bataille de l’Atlantique à l’époque où Terre-Neuve était, à toutes fins utiles, le « Gibraltar de l’Amérique », comme son ancien premier minis-tre, Robert Bond, l’avait prédit.
La guerre changeait le monde, y compris cette grande ile affectueusement surnommée The Rock (le rocher, NDT).
« Nulle part peut-être […] n’existait-il de pigeonnier exactement comme le Crow’s Nest, écrivit Joseph Schull dans son livre Lointains navires publié en 1950. Les souvenirs de la salle bruyante et enfumée où les insignes, les cloches et les trophées de navire couvraient les murs et qui était interdite aux femmes sauf le mardi soir – à condition qu’elles n’encombrent pas le bar – ont fait le tour du monde, et ils voguent sans doute toujours. »
Le club est encore là, aujourd’hui un lieu historique national du Canada et un témoignage vivant des navires et des hommes qui prirent part à la plus longue bataille de la guerre et qui, par leur seule présence, ont servi de catalyseurs pour faire entrer l’ile au monde moderne.
Parmi les artéfacts du Crow’s Nest se trouve le périscope de
l’U-190 (cf. « Artefacts » [en anglais seulement], page 99), l’un des derniers sous-marins allemands à se rendre le 11 mai 1945, trois jours après le jour de la Victoire en Europe. Les navires de guerre canadiens amenèrent le sous-marin à St. John’s. Il fut ensuite déplacé, examiné et sabordé au large d’Halifax, mais pas avant que le périscope ne soit récupéré et finalement ramené au port où, pour beaucoup de gens, la guerre avait commencé et s’était terminée.
Protubérance sur le toit du bâtiment, cet instrument caractéristique de la guerre des sous-marins n’offre plus la silhouette d’une autre victime, mais une vue imprenable sur le centre-ville de St. John’s et un port tranquille rempli de chalutiers, de navires de services pétroliers et de navires de la garde côtière. Tout cela est bien différent de ce qui s’est passé avant.
Pour les gens qui ont l’occasion de franchir sa porte, le Crow’s Nest révèle l’histoire intime d’une ère de grande agitation et de transformation. Toutefois, on retrouve l’héritage vivant de la Seconde Guerre mondiale dans pratiquement tous les coins de la province, où les forces mili-taires du Canada et celles des États-Unis ont changé, de manière très tangible et durable, le cours de l’histoire de cette ancienne colonie.

Le capitaine Rollo Mainguy au Seagoing Officers’ Club en septembre 1942. – Gerald M. Moses/MDN/BAC/PA-204634
Le télégramme qu’un magis-trat de l’avant-port de Burgeo, Terre-Neuve, envoya à l’autre côté de l’ile au ministre de la Justice le 24 janvier 1934 résonnait comme un appel à l’aide désespéré.
« UNE QUARANTAINE D’HOMMES AFFAMÉS [SONT VENUS] ME VOIR, disait-il. J’AI CONSULTÉ L’AGENT DE RELÈVE QUI M’INFORME QUE RIEN NE PEUT SE FAIRE LEUR INDEMNITÉ NE SERA PAS DUE AVANT LES 8 ET 9 FÉVRIER STOP IMPOSSIBLE CES FAMILLES EXISTENT QUATORZE JOURS SANS NOURRITURE STOP PEUT ON PRENDRE DES DISPOSITIONS POUR CORRIGER LA SITUATION SINON JE CRAINS LES CONSÉQUENCES. »
Il y avait peu de téléphones. Il faudra encore 31 ans avant que le grand arc en forme de « U » de la Transcanadienne ne relie Port aux Basques, au sud-ouest de l’ile, à St. John’s, à 900 kilomètres au sud-est.
Isolée, battue par les éléments et habitée par une population soumise aux caprices de la pêche contrôlée par une poignée de marchands de St. John’s, Terre-Neuve était, à l’époque de la Dépression, un cauchemar dickensien ou pire pour un grand nombre de ses 289 000 résidents.
« Terre-Neuve a été très durement touchée par la Grande Dépression », a écrit Carmelita McGrath dans Desperate Measures : The Great Depression in Newfoundland and Labrador (Mesures désespérées : la Grande Dépression à Terre-Neuve-et-Labrador, NDT), une histoire éditée en 1996 par un collectif des écrivains de la province.
« Beaucoup de gens étaient sans emploi ou avaient un très petit salaire. La faim était un vrai problème […]. De plus en plus de personnes étaient obligées de demander l’aide publique. »
« The dole » (le chômage, NDT), comme on l’appelait, ne se présentait pas sous forme d’argent comptant : il se composait essentiellement de bons alimentaires à échanger chez les marchands contre des articles bien précis.
« Beaucoup de gens disaient que le “dole” ne suffisait pas pour vivre. Ils étaient souvent à court de nourriture avant l’arrivée de leur prochaine “commande de secours”. La plupart des gens détestaient le “dole”. Ils voulaient travailler. Ils voulaient choisir eux-mêmes ce qu’ils mangeraient. »
Des documents du gouvernement d’Ottawa décrivaient Terre-Neuve comme la « première ligne de défense » du Canada et « la clé du système de défense de l’Ouest ».
Carmelita McGrath a décrit comment la dépression bouleversa l’équilibre délicat qu’était la survie à Terre-Neuve à l’époque : la vie au bord du gouffre.
« D’un côté du gouffre, il y a une certaine sécurité, explique-t-elle. Il y a assez de nourriture, un logement convenable, la chaleur et le confort. De l’autre côté, il y a peu de sécurité, la faim, un logement médiocre, le froid et l’inconfort.
« De plus en plus de gens étaient précipités dans le gouffre pendant la Grande Dépression. »
Issus en grande partie de pêcheurs britanniques, français, espagnols ou portugais, les Terre-Neuviens sont des gens résistants et passionnés. Mais, le mécontentement – en fait, le désespoir – finit par déborder. Il y eut des manifestations, des émeutes, même du pillage.
Et le gouvernement était endetté jusqu’au cou.
Terre-Neuve avait renoncé à son statut de dominion de l’Empire britannique en 1934 pour être gouvernée par une commission de six membres nommés à Londres. Étant alors une colonie, elle était maintenue à flot grâce à des prêts et à des subventions du Trésor britannique.
Tout cela changea au printemps 1940 lorsqu’après avoir vaincu pratiquement toute l’Europe occidentale, les forces d’Hitler se préparaient à envahir la Grande-Bretagne.
De ce côté-ci de l’océan, des documents du gouvernement d’Ottawa décrivaient Terre-Neuve comme la « première ligne de défense » du Canada et « la clé du système de défense de l’Ouest » si les nazis s’avançaient jusqu’ici.
Quant à Terre-Neuve elle-même, la colonie était pratiquement sans défense. Elle n’avait presque pas de soldats, d’armes à feu, ni de fortifications, et le gouvernement n’avait pas les fonds nécessaires pour les fournir. La Grande-Bretagne n’était pas en mesure de l’aider.
Le 10 novembre 1940, sept bombardiers Hudson fabriqués à Burbank, en Californie, décollèrent de l’aéroport de Gander et firent route de nuit vers l’autre côté de l’Atlantique. Il s’agissait des premiers vols transatlantiques de la guerre; 13 ans après la célèbre traversée en solitaire de Charles Lindbergh.
Quand les équipages débarquè-rent le lendemain matin – jour du Souvenir – à Aldergrove, en Irlande du Nord, ils portaient des coquelicots. « Terre-Neuve était devenue tout à coup « une des portes fortifiées de la liberté ».
En effet, « en très peu de temps, a écrit l’historien Paul W. Collins en 2015, dans un document pour le gouvernement provincial, Terre-Neuve comptait cinq aérodromes militaires et civils, deux bases navales, deux bases d’hydravions et cinq bases de l’armée de terre ».
Des dizaines de milliers de militaires canadiens et américains furent affectés partout dans l’ile et au Labrador au cours des cinq années suivantes.
« Comme la population de la colonie s’élevait à moins de 300 000 habitants et que la capitale (et plus grande ville) de Terre-Neuve ne comptait que 40 000 âmes, a écrit Collins, cette “invasion amicale” eut d’énormes répercussions économiques, sociales et politiques à Terre-Neuve – que l’on ressent encore beaucoup aujourd’hui. »

Des dizaines d’avions, principalement des bombardiers, bordent le tarmac de la base de l’Aviation royale canadienne à Gander, Terre-Neuve, en 1944. – U.S. Air Force/090223-F-0304D-003
Négligée et étiquetée « fardeau » lors de la création de la Confédération, en 1867 (les Terre-Neuviens ne voulaient pas non plus du Canada), l’ile était alors considérée comme un « intérêt canadien essentiel » et une partie importante de « l’orbite canadienne ». En septembre 1939, le premier ministre Mackenzie King fit valoir que non seulement la défense de Terre-Neuve était « essentielle à la sécurité du Canada », mais que garantir l’intégrité de la colonie contribuerait de fait à l’effort de guerre de la Grande-Bretagne.
Ottawa, cependant, n’agit que lorsque l’Allemagne nazie envahit la France et que les soldats britanniques furent chassés des plages de Dunkerque. C’est là que fut envoyé à Terre-Neuve un bataillon du Black Watch of Canada pour protéger la base d’hydravions de Botwood et l’aérodrome de Gander, où furent aussi stationnés cinq bombardiers Douglas Digby de la 10e Escadrille de l’Aviation royale du Canada et leurs équipages.
Peu après, des entrepreneurs canadiens se mirent à construire Camp Lester, en périphérie de St. John’s. Le brigadier Philip Earnshaw, récemment nommé commandant des Forces militaires combinées de Terre-Neuve et du Canada, y arriva en novembre.
Fin 1940, près de 800 soldats canadiens étaient postés dans la capitale terre-neuvienne et ses environs afin de repousser de potentielles attaques des Allemands.
Les soldats canadiens protè-geraient également Lewisporte (considérée comme un point d’insertion probable de l’ennemi), Rigolet et la base aérienne de Goose Bay (le plus grand aéroport du monde en 1943). Ils se servaient également d’installations d’artillerie et de radar le long des côtes de l’ile et du continent.
La Marine royale canadienne arriva à Terre-Neuve et mit en place un service d’examen naval pour contrôler la navigation entrant au port de St. John’s.
Les Britanniques étaient cruellement à court de contretorpilleurs pour escorter les convois, car ils avaient perdu un nombre important de bâtiments lors de la campagne norvégienne qui avait échoué l’hiver précédent, de l’évacuation à Dunkerque en mai et au début de la bataille d’Angleterre lorsque la Luftwaffe attaquait les navires dans la Manche.
Le premier ministre Winston Churchill demanda « quarante ou cinquante de [ses] anciens contretorpilleurs » au président américain Franklin D. Roosevelt en mai 1940 pour prendre la relève jusqu’à ce que de nouvelles cons-tructions remplacent les pertes.
Roosevelt y était favorable. Toutefois, l’attaque des Japonais sur la base américaine de Pearl Harbor n’aurait lieu que plus de 18 mois plus tard, et les États-Unis étaient officiellement neutres. Un simple transfert enfreindrait le code international et exacerberait le sentiment isolationniste aux États-Unis.
Comme solution, Churchill proposa que la Grande-Bretagne, en signe d’amitié, loue aux Américains des sites de base sur le territoire britannique dans l’hémisphère occidental, et que Washington lui rende la pareille pour les contretorpilleurs.
« Malheureusement, une telle solution était un peu trop subtile pour les décideurs américains qui préféraient un échange plus direct et documenté, a écrit Collins. Cela soulevait des difficultés pour les Britanniques, car un échange direct d’actifs pourrait aliéner les territoires concernés et contrarier de nombreux habitants du Royaume-Uni. »
En fin de compte, un compromis permit de donner aux Britanniques ce qu’ils voulaient et aux Américains un accord commercial. Des baux furent conclus « librement et sans contrepartie » à Terre-Neuve et aux Bermudes, tandis que des installations similaires furent échangées en Jamaïque, à Trinité, en Guyane britannique, à Sainte-Lucie et à Antigua contre les 50 contretorpilleurs.
Les États-Unis mettraient ensuite sur pied des installations à Terre-Neuve, à St. John’s (Fort Pepperell, Camp Alexander), à Argentia (Argentia Naval-Air Station, Fort McAndrew), à Gander, à Stephenville (Harmon Air Force Base, Camp Morris) et à Goose Bay.
Il y avait également de nombreux sites d’artillerie et radar accordés autour de l’ile. À la fin de la guerre, des dizaines de milliers de militaires américains étaient stationnés à Terre-Neuve-et-Labrador, et des centaines de milliers de militaires et de passagers américains étaient passés par les diverses installations américaines de la colonie.
En été 1942, a rapporté Collins, les Canadiens transformèrent
St. John’s en un port bien défendu et une base d’attache pour les cinq corvettes, deux dragueurs de mines et quatre patrouilleurs Fairmile de la force de défense de Terre-Neuve.

Le personnel naval du vapeur Miss Kelvin pose avec une mine récupérée à St. John’s, Terre-Neuve, en juillet 1942. – MDN/BAC/PA-161614
Il abritait également la Force d’escorte de Terre-Neuve, rebaptisée Force d’escorte de haute mer : environ 70 navires de guerre protégeant les convois transatlantiques qui transportaient du personnel et du matériel aux fronts de la guerre. Des escortes britanniques quittant la base navale américaine d’Argentia, sur la côte sud de Terre-Neuve, y seraient aussi incluses.
Deux corvettes canadiennes, la Chambly et la Moose Jaw, inscrivirent le premier U-boot coulé par la force, l’U-501, au large de la côte sud-est du Groenland, en septembre 1941. C’est au cours de cette action que la Moose Jaw, mise en service peu avant, percuta le sous-marin endommagé et mit ainsi fin à la première et dernière patrouille de guerre du sous-marin allemand (11 des 48 membres d’équipage périrent).
Près de Torbay, à l’extérieur de St. John’s, l’ARC avait commencé à construire une base aérienne qui allait devenir le principal aéroport de la province après la guerre. Des aéronefs militaires canadiens protégeaient la ville et les mines de fer de l’ile Bell, et patrouillaient dans les voies maritimes des convois à l’est de Terre-Neuve.
L’état-major du groupe de l’ARC établit son quartier général à côté de celui de la marine à l’hôtel Newfoundland de St. John’s. La base aérienne de l’ARC à Torbay avait deux pistes quand elle fut implantée en octobre 1941; quatre bombardiers Hudson arrivèrent de la Nouvelle-Écosse en novembre.
Le trafic de passagers entre le Canada et Terre-Neuve et le chemin de fer surnommé « Newfie Bullet » (balle terre-neuvienne, NDT) étaient si encombrés qu’en février 1942, la commission gouvernementale approuva un service régulier des Lignes aérien-nes Trans-Canada à destination et en provenance du Canada.
L’ARC aménagea d’autres installations à Gander et à Goose Bay et se servit des deux aérodromes américains de l’ile. Le personnel de l’ARC utilisa également un nombre croissant de stations de radar et un système d’alerte précoce.
En 1943, quelque 5 000 membres de la marine canadienne étaient stationnés à St. John’s. Des milliers d’autres se trouvaient à la caserne navale de Buckmasters Field, aux abords de la ville. D’autres allaient être hébergés dans de nouvelles installations à Harbour Grace, à Bay Bulls, à Botwood, à Corner Brook et à Red Bay, ainsi qu’à Goose Bay, au Labrador.
« Cette injection de liquidités dans l’économie de Terre-Neuve eut un impact énorme, directement ou indirectement, sur la population de Terre-Neuve. »
« L’impact le plus étonnant de toute cette activité militaire fut économique, a déclaré Collins. En automne 1943 (année de pointe de la construction), plus de 20 000 Terre-Neuviens furent employés à la construction des diverses installations.
“Au cours des années de guerre, les États-Unis investirent 114 000 000 $ (USD) dans leurs installations à Terre-Neuve, et les Canadiens, 65 000 000 $ (CAN). En outre, le nombre de militaires passa à plus de 29 000 (13 000 étasuniens, 16 000 canadiens) en 1943, qui tous achetaient des biens et des services sur place.
“Cette injection de liquidités dans l’économie de Terre-Neuve eut un impact énorme, directement ou indirectement, sur la population de Terre-Neuve. »
En 1939, poursuivait Collins, près de 50 000 Terre-Neuviens recevaient de l’aide du gouvernement; en 1942, pour la première fois depuis la création de la Commission du gouvernement en 1934, le chômage était « pratiquement éliminé ».
Des dizaines de milliers de Terre-Neuviens travaillaient dans la construction, le soutien et l’approvisionnement des bases. Alors que les Américains avaient tendance à expédier les provisions pour leurs bases directement des États-Unis, les Canadiens s’approvisionnaient localement.
Le cout de la vie augmenta considérablement pendant les années de guerre. Bien que la Commission du gouvernement ait essayé de contrôler les salaires et les prix, les employeurs locaux étaient toujours obligés d’égaler les salaires payés par les militaires pour ne pas perdre leurs employés.
« Alors qu’avant la guerre, seule l’élite marchande, professionnelle, politique et bureaucratique de la colonie pouvait se permettre un niveau de vie comparable à celui des États-Unis et du Canada, en 1942, la plupart des résidents de Terre-Neuve goutaient eux aussi aux avantages de l’économie en plein essor. »
Les recettes publiques, provenant principalement des taxes de douane et d’accises, augmentèrent également considérablement pendant les années de guerre. En 1939, on prévoyait un déficit de 4 millions de dollars (84,6 millions en dollars canadiens de 2025). L’exercice 1940-1941 se solda par un excé-dent de 796 531 $ (15,3 M) sur des revenus de 16,3 M.
En 1941-1942, la commission enregistra un excédent de 7,2 millions de dollars (environ 131,8 millions de dollars de 2025) sur des revenus de 23,3 millions; en 1942-1943, elle enregistra un excédent de 3,7 millions de dollars (66,3 M) sur des revenus de 19,5 M; en 1943-1944, elle enregistra un excédent de 6,4 millions de dollars (113,9 M) sur des revenus de 28,6 M; et au cours du dernier exercice financier de la guerre, elle enregistra un excédent de 7 millions de dollars (123,8 M) sur des revenus de 33,3 M.
À la fin de la guerre, le gouvernement de Terre-Neuve avait un excédent budgétaire cumulatif d’à peu près 29 millions de dollars (environ 512 millions de dollars de 2025).
Le 8 mai 1945 à 10 h 30, la sirène au sommet de l’hôtel Newfoundland retentit comme tous les jeudis matin depuis 1939, rappelant aux citoyens qu’ils étaient en guerre. En ce mardi joyeux, cependant, elle marquait la fin du plus grand conflit que le monde eut jamais connu.
Dans les maisons de la ville, dans les avant-ports côtiers et dans les avant-postes du Labrador, les familles, le personnel de service et d’autres personnes se rassemblèrent autour des radios pour écouter Aubrey MacDonald de la Broadcasting Corporation of Newfoundland, qui tenait un microphone par la fenêtre de son studio au dernier étage de l’hôtel Newfoundland. Les rues de la ville étaient pleines de gens en liesse.

Le personnel passe le temps à la station de l’Aviation royale canadienne Gander, T.-N., vers 1945. – MCG/197660597-013
« On entend les réjouissances, les réjouissances sans relâche des citoyens de St. John’s qui ont suivi spontanément la grande annonce faite par le premier ministre, M. Winston Churchill, que la guerre en Europe s’est conclue par la victoire des Alliés », déclara-t-il.
« Écoutez les sifflets, les vapeurs, les cloches d’église, alors que nos collectivités les accueillent avec allégresse. La ville s’est parée de fanions. Les drapeaux flottent. Et à l’instant, nos citoyens expriment leurs sentiments longtemps refoulés dans un torrent d’émotions joyeuses.
La guerre en Europe est terminée! »
Et il en allait de même, dans une large mesure, pour l’époque de l’économie défaillante et de la faim pour la population de Terre-Neuve.
Les revenus de son boum du temps de la guerre avaient permis à la commission de faire des investissements importants dans l’édu-cation, les infrastructures, les soins de santé, les pensions pour les anciens combattants handicapés et pour leurs familles, et même des prêts et des cadeaux à la Grande-Bretagne.
La colonie hérita également de vastes quantités de biens et d’infrastructures militaires.
Rien qu’à St. John’s, il y avait notamment deux hôpitaux, des quartiers généraux de la MRC et de l’ARC, un complexe de casernes navales, un centre d’entrainement tactique et de nombreuses autres propriétés de la région.
La base aérienne de l’ARC à Torbay finit par devenir l’aéroport international de St. John’s.
Le port de St. John’s aussi avait été transformé. La MRC avait mis les points d’amarre du côté sud du port, ce que Collins a décrit comme « un enchevêtrement de quais et d’épis de quais délabrés », aux normes navales : dans la plupart des cas, elle avait amélioré les biens-fonds des propriétaires au moyen de pavage, de clôtures, de voies d’accès, etc. La marine avait fait construire de nouvelles installations, telles que le chantier naval HMC, désormais le terminal maritime du port de St. John’s, et un parc de réservoirs de carburant qui fut vendu à Imperial Oil en 1946.
Trois hôpitaux – à Gander, à Botwood et à Lewisporte – furent ajoutés au système de soins de santé. Un quatrième, l’U.S. Memorial Hospital, cadeau du gouvernement américain aux habitants de St. Lawrence et de Lawn en remerciement des secours et des soins qu’ils avaient prodigués aux survivants de la catastrophe de février 1942 où deux navires de la marine américaine, le Pollux et le Truxtun, avaient heurté des rochers lors d’une tempête, fut officiellement ouvert à St. Lawrence le jour du 10e anniversaire du jour J.
Des centaines de kilomètres de routes avaient été construits pendant la guerre. Le système ferroviaire de Terre-Neuve s’était développé grâce à la construction de nouvelles lignes de chemin de fer et à l’apport de matériel roulant. Des systèmes de communication modernes avaient été installés et les anciens, renforcés, des balises de navigation avaient été perfectionnées et la navigation à longue portée (LORAN) avait été ajoutée.
Au cours des décennies sui-vantes, les Américains – et dans une moindre mesure les Canadiens – ont fermé des installations à
St. John’s, à Argentia, à Botwood, à Lewisporte, à Gander, à Stephenville et à Goose Bay, cé-
dant les titres aux gouvernements fédéral, provincial ou municipaux.
Collins dit que l’impact social de « l’invasion amicale » de la guerre fut également substantiel.
« Vu l’arrivée de milliers de jeunes hommes dans des communautés partout à Terre-Neuve, de nombreux loin de chez eux pour la première fois, l’interaction sociale entre les sexes était inévitable », a-t-il écrit.
« Des dizaines de femmes de la place assistaient à diverses activités à la fois dans les bases elles-mêmes […] et dans les installations de divertissement et les auberges locales qui avaient vu le jour à St. John’s et dans les autres agglomérations de l’ile. »
Le nombre de mariages, de grossesses et de maladies sexuellement transmissibles a considérablement augmenté, au point où les autorités américaines sont intervenues en interdisant les mariages locaux, condamnant même de jeunes gens éperdus d’amour à des peines de prison.

Des danseurs célèbrent le jour de la victoire en Europe à bord du NCSM Burlington à St. John’s, Terre-Neuve. – Crow’s Nest Military Artifacts Association
« Les Canadiens, bien que n’encourageant pas de telles unions, ne les interdisaient pas non plus, et il était rare que l’Evening Telegram de St. John’s n’annonce pas de fiançailles ou de mariage entre “une fille locale” et un militaire en visite. »
À la fin, les habitants avaient tendance à rejoindre leurs conjoints au Canada ou aux États-Unis. Certains allaient retourner à Terre-Neuve où ils élèveraient leurs enfants.
L’invasion amicale avait changé Terre-Neuve et ses habitants, qui à leur tour, avaient changé les « envahisseurs », dont beaucoup n’avaient jamais quitté leur village ou leur ville.
La colonie n’a jamais repris son état de dominion. En 1948, craignant que les États-Unis ne tentent de s’approprier ce qui était maintenant reconnu comme une partie stratégique du territoire nord-américain, la Grande-Bretagne et le Canada conspirèrent pour omettre l’option américaine de deux référendums sur l’avenir de la colonie.
Avec Joey Smallwood à la barre, la confédération avec le Canada éclipsa la domination britannique et l’indépendance pure et simple dans un résultat dont la légitimité est encore débattue dans certains milieux. Terre-Neuve rejoignit la Confédération le 31 mars 1949.
Pendant des années, elle a été considérée comme une province « démunie », éleveuse de travailleurs du pétrole pour l’Alberta et bénéficiaire de milliards de dollars en paiements de péréquation provenant des autres membres plus riches de sa fratrie. Ou du moins jusqu’à ce que le pétrole et le gaz extracôtiers transforment la pro-vince de Terre-Neuve-et-Labrador en payeuse entre 2008 et 2024.
Dans le monde de plus en plus instable d’aujourd’hui, l’importance stratégique de la province, située à l’intersection des approches arctique et orientale du continent, ne peut être surestimée.
La valeur de son peuple qui, en 75 ans, a changé le Canada ne le peut pas non plus.
« Parmi les Canadiens anglais, du moins », a écrit l’auteure et historienne Gwynne Dyer, Terre-Neuvienne de souche, dans un rapport de la commission royale de 2003 sur la place de la province au Canada, « les Terre-Neuviens en sont venus à être considérés comme une race d’êtres humains légèrement différente qui améliore l’intérêt et la valeur du mélange canadien.
« Il y a une perception évidente parmi les Canadiens urbains en particulier que l’endroit et ses habitants sont en quelque sorte spéciaux. Si vous leur demandiez ce que cela signifie vraiment, ils répondraient en utilisant des mots comme “authentique”, mais aussi comme “éloquents”, que ce ne sont pas des idiots ruraux pittoresques, mais des gens dont les idées et les valeurs ont de la substance et qui savent comment les exprimer.
« Si votre possession la plus importante est votre réputation, alors les Terre-Neuviens ne se sont pas mal comportés au cours du dernier demi-siècle – ou du moins, nous avons bien réussi à détourner l’attention de ce que nous avons fait de mal. »

Des navires marchands alliés dans le port décorés de drapeaux marquent la fin de la guerre en Europe. – MCG/19840030-100
Le spectre de la guerre obscurcit l’horizon sur la scène mondiale. Quelle est la position du Canada?
Aucun Canadien ne veut la guerre; ou du moins, aucun Canadien doté de bon sens. C’est là un fait incontestable. En tant que nation, le Canada ne fera jamais rien en connaissance de cause pour provoquer une guerre. Nous désirons vivre en paix. Mais, dans ce monde où les puissants ne sont pas toujours dotés de nobles idéaux, la tragédie et l’extinction semblent inévitablement frapper les nations sans défense.
Ce paiement serait soit l’annexion du Canada, soit, à tout le moins, d’une énorme partie de notre territoire.
Dans quelle mesure une nation qui a des liens économiques avec presque tous les autres pays du monde et dont les intérêts sont, en grande partie, en conflit avec les leurs peut-elle s’attendre à une paix perpétuelle? Comme les autres pays, le Canada se lance résolument dans une guerre économique. C’est, dit-on, inévitablement le prélude à un conflit armé.
J’ai souvent lu et entendu que « même si la marine britannique ne peut pas protéger le Canada, les États-Unis ne laisseront pas le Canada être envahi ou le commerce canadien détruit ». Cette doctrine est le conseil du faible, le produit d’un lamentable complexe d’infériorité. Outre le mépris qu’elle inspire aux Canadiens qui se respectent, c’est un jeu de dupes.
En premier lieu, le Canada ne se prédispose pas à ce que les États-Unis agissent de la sorte. Un sentiment national prédomine chez les Étatsuniens. Si les États-Unis ne sont pas prêts à heurter ce sentiment, l’homme qui s’imagine qu’ils se mettraient en péril pour le bien du Canada doit être fou.
Mais, supposons, par un effort d’ima-gination surhumain, que les États-Unis deviennent follement altruistes et décident de « protéger le Canada ». Ce service serait-il rendu gratuitement? Il faut se rappeler que nous nous vantons beaucoup de nos ressources inépuisables et des grandes richesses qui se trouvent dans notre sol. Les services coutant des vies américaines, des navires américains et de l’argent américain devraient être payés. Ce paiement serait soit l’annexion du Canada, soit, à tout le moins, d’une énorme partie de notre territoire. Nous devrions toujours garder à l’esprit cette histoire inestimable dans les Écritures de l’homme qui chassa un diable et en accueillit sept.
Nous ne rendons aucun service, ni à nous-mêmes ni à notre pays, en fermant les yeux sur ces faits déplaisants. Nous sommes entièrement et absolument sans défense. Au cours des 15 dernières années, quiconque a osé dire un mot encourageant la sécurité nationale s’est fait attaquer par des pacifistes professionnels ou amateurs qui le qualifiaient de « militariste » et d’« ennemi de la paix ». C’est à la mode de courtiser l’illusion d’une paix perpétuelle, d’oublier les leçons d’histoire et de proclamer qu’une nation désarmée, en raison de son impuissance et des principes moraux intègres qu’elle incorpore, est bien plus à l’abri de l’agression qu’une nation non désarmée.
Cet éditorial est un extrait d’un article publié dans l’édition de septembre 1935 de la revue The Legionary, prédécesseure de la présente publication.

Des hommes du 2 PPCLI effectuent une patrouille le 11 mars 1951. – Bill Olson/BAC/SF-840
Sil’on demande aux vétérans de la guerre de Corée quels sont leurs souvenirs les plus vivaces de leur présence près du 38e parallèle, ils
ne vous parleront probablement pas
de la topographie, ni de la chaleur étouffante ou du froid mordant.
Demandez aux 1 500 hommes du 3e Bataillon du Royal Australian Regiment (3 RAR) ou à ceux du 2e Bataillon du Princess Patricia’s Canadian Light Infantry (2 PPCLI) ce dont ils se souviennent le plus, et ceux qui sont encore en vie évoqueront surement les sommets surplombant la pittoresque vallée de la Kapyong.
C’est là, sur la route de Séoul, que la 118e Division de l’Armée des volontaires du peuple chinois lança le principal élément de son offensive du printemps en avril 1951.
Les Canadiens et les Australiens étaient à la pointe de la lance de défense, prêts à supporter les trois jours d’assaut des soldats chinois, qui furent jusqu’à 20 000. Aujourd’hui, la bataille est géné-ralement considérée comme l’affrontement le plus important mené par l’une ou l’autre des armées alliées en Corée, et la bataille la plus célèbre du Canada après la Seconde Guerre mondiale.
Les pertes chinoises allaient croissant sous les implacables frappes d’artillerie ordonnées par le général américain Matthew B. Ridgway, nouvellement nommé commandant suprême allié de la péninsule.
La dynamique de la guerre était en train de s’inverser, et Kapyong fut le moment charnière de ce retournement.
Les troupes sud-coréennes établissaient leurs positions à l’extrémité nord de la vallée de la Kapyong lorsque, le 22 avril à 17 h, les 118e et 60e divisions de l’Armée des volontaires du peuple chinois se lancèrent à l’attaque.
Vu la pression exercée sur tout le front, les Sud-Coréens cédèrent rapidement le terrain. Ils s’enfuirent au sud en abandonnant leur matériel dans les montagnes.
À 23 h, le commandant sud-coréen avait perdu toute communication avec ses unités. Le lendemain, à 4 h, les troupes néo-zélandaises de soutien furent retirées, renvoyées ensuite au front, puis retirées à nouveau au crépuscule. Les défenses des Sud-Coréens s’étaient effondrées et, en s’en allant, ils avaient annoncé l’arrivée des Chinois aux Canadiens.
« C’est alors que, vers le milieu de l’après-midi, la rumeur de l’effondrement du front a pris un sens », écrivit le capitaine Owen R. Browne, commandant de la compagnie « A », dans le journal régimentaire du 2 PPCLI.
« Depuis mon arrivée jusqu’à ce moment-là, la vallée principale de la Kapyong et la vallée latérale qui traversait le front avaient été vides. Et soudain, en longeant la vallée latérale, vinrent des hordes d’hommes qui couraient, qui marchaient, entrecoupées de véhicules militaires, le tout dans le plus grand désordre. Il s’agissait d’éléments de la 6e Division de la République de Corée, qui était censée combattre les Chinois à dix milles devant. Mais, ils ne combattaient pas les Chinois. Ils fuyaient!
« C’est une déroute que je voyais, continua Browne. La vallée était remplie d’hommes. Certains quittaient la route et s’enfuyaient par-delà les bords avancés des positions de la compagnie “A”. Certains se tuaient sur les différents pièges que nous avions posés, et cet élément des défenses qui y avait été disposé a perdu toute son utilité […].
Nous avons alors compris que nous n’étions plus à 10-12 milles derrière la ligne : nous étions en première ligne. »
Quelque 40 millions de personnes sont mortes pendant la Première Guerre mondiale; au moins 70 millions pendant la Seconde. Au moment où les forces nord-coréennes soutenues par les Soviétiques franchirent le 38e parallèle en Corée du Sud, le 25 juin 1950, les gens ne voulaient plus entendre parler de guerre.
Et donc, lorsqu’une coalition des Nations Unies dirigée par les États-Unis intervint dans la péninsule coréenne, le président Harry S. Truman et le premier ministre Louis St-Laurent
qualifièrent cela d’« action policière », d’« intervention ».
Ces termes ne convenaient pas à ceux qui s’y trouvaient.
« Cinq-cent-seize militaires
[canadiens] sont morts là-bas, nous rappelle George Guertin, à l’époque opérateur radio à bord du NCSM Huron.
Je n’appelle pas cela une “action policière”. Juste une vilaine petite guerre. »
En fait, il n’y eut jamais de déclaration de guerre, et pendant une quarantaine d’années, les événements dans la péninsule coréenne furent officiellement appelés le « conflit coréen ». Il y avait certes la guerre froide, mais que Dieu nous préserve, pas de guerre ouverte.
Pour la plupart des gens, sauf ceux qui y ont combattu, la guerre de Corée était « la guerre oubliée ».
Au Canada, les combattants ne furent officiellement reconnus comme anciens combattants qu’à la fin des années 1980, lorsqu’Ottawa décida que la guerre avait en fait été une guerre. Et ce n’est qu’en 1991 que d’anciens combattants reçurent des médailles de service de la guerre de Corée.
Sept ans plus tard, aux États-Unis, pays qui avait fourni la majeure partie des ressources à l’effort de guerre, le président Bill Clinton signa la loi publique 105-261, dont la section 1 067 déclarait que le « conflit coréen » s’appellerait désormais la « guerre de Corée ».
De la simple sémantique? Non. Le changement eut une incidence dans tous les pays de la coalition qui constituaient la force de l’ONU en Corée. Des répercussions se firent sentir sur des choses telles que les pensions et l’indemnisation des anciens combattants, dont celles des 26 791 Canadiens qui y servirent.
Des groupes, tels que l’Association canadienne des anciens combattants de la guerre de Corée, qui ne fut formée que dans les années 1980, redoublèrent d’efforts pour leur obtenir le soutien dont ils avaient besoin, et qu’ils méritaient. Son nombre diminuant, le groupe s’est dissout en 2021 et a été remplacé par la Korean War Veterans Association of Canada (Association des vétérans de la guerre de Corée du Canada, NDT), plus centralisée et plus descriptive.
La reconnaissance a profondément affecté beaucoup de ceux qui avaient longtemps estimé que leur service avait été pris pour acquis, même si il avait été reconnu. Si les vétérans de la guerre du Vietnam allaient recevoir un accueil hostile dans l’Amérique antiguerre des années 1960 et du début des années 1970, pratiquement personne n’avait accueilli les vétérans de la guerre de Corée dans les années 1950.
Les vétérans de la Corée endurèrent une hostilité latente : les organisations d’anciens combat-
ants refusaient de reconnaitre leur service, résistaient à l’ajout de la guerre de Corée sur les cénotaphes, et minimisaient généralement leurs contributions, tout en négligeant le fait qu’environ 16 % de ceux qui avaient servi en Corée avaient également servi lors de la Seconde Guerre mondiale. Ils savaient ce que c’était que la guerre, et ce qui s’était passé à la péninsule coréenne entre le 25 juin 1950 et le 27 juillet 1953 constituait, selon tous les récits faits à la première personne, une guerre.
Et les membres du Patricia étaient décidément en plein dedans.
Devant la perspective déconcertante qu’une force supérieure se rapprochait d’eux rapidement et avec des soldats sud-coréens qui continuaient à affluer en passant près d’eux, les Canadiens se mirent à creuser des tranchées et à prendre position sur la côte 677 et le long de la crête de 1,5 kilomètre qui y est reliée.
Ils étaient du côté ouest de la rivière Kapyong. Les Australiens se trouvaient en haut de la côte 504, de l’autre côté de la 677, où ils étaient retranchés et prêts à se battre.
Le 16e Régiment d’artillerie de campagne de la Nouvelle-Zélande servait d’appui, avec des fantassins du 1er Bataillon du Middlesex Regiment britannique, situés aux arrières avec trois pelotons du 72e Bataillon de chars lourds des États-Unis (15 chars) le long de la route principale qui coupait la vallée.
« Pas de retraite, pas de reddition », dit à ses hommes le colonel James Riley Stone, d’origine britannique, qui commandait le Patricia.
Les Chinois frappèrent la 504 d’abord, engageant le combat contre les Australiens du 3 RAR, infiltrant la position de la brigade, puis tombant sur le front canadien.
« Ils sont silencieux comme des souris grâce à leurs chaussures en caoutchouc, et puis il y a un coup de sifflet, déclara le sergent Roy Ulmer de Castor, en Alberta. Ils se lèvent en criant à environ 10 pieds de nos positions et se ruent vers nous. »
Des vagues de soldats chinois multiplièrent les attaques pendant toute la nuit du 23 au 24 avril. La 118e Division chinoise au complet affrontait les Australiens et les Canadiens. La bataille incessante dura toute la journée du 24 avril.
« Les Chinois ont utilisé toutes leurs procédures de combat fami-lières dans l’attaque – sifflets, clairons, cris de “banzaï”; une action concertée sur les ordres de leurs commandants et des assauts massifs se sont succédé rapidement, a rapporté Bill Boss de La Presse Canadienne. On ne le savait que grâce à la description des soldats des Nations Unies qui, jusqu’alors, avaient mené principalement une guerre de mouvement contre une résistance symbolique.
« Là, c’était la triste réalité. »
Sur les deux fronts, le combat tourna à la mêlée au corps à corps avec des charges à la baïonnette.
« La première vague lance ses grenades, tire des coups de feu et se jette par terre, nous expliqua Ulmer qui avait été sergent-major de compagnie dans le Loyal Edmonton Regiment pendant la Seconde Guerre mondiale.
« Elle est suivie d’une deuxième qui fait la même chose, et puis une troisième surgit. Où ils disparaissent, je ne sais pas. Mais, ils conti-nuent d’affluer. »
Les Australiens, risquant de se faire encercler, reçurent l’ordre de se replier, en bon ordre, vers de nouvelles positions sur la fin du 24.
Les hommes du Patricia étaient encerclés eux aussi. « Mais, ils ont tenu », écrivit Boss.
Le capitaine John Graham Wallace (surnommé Wally) Mills de Hartley, au Manitoba, vétéran de la Seconde Guerre mondiale qui prenait part à son premier combat en tant que commandant de la compa-gnie « D », ordonna à ses hommes de descendre dans les tranchées de tir. L’unité dirigea des tirs d’artillerie et de mortier sur sa propre position à plusieurs reprises, au petit matin du 25 avril, pour éviter d’être envahie.
« Des canons et des mortiers ont lancé un feu d’enfer sur cette côte entre 2 h et 6 h », écrivit Boss. Il manque dans son texte de la journée des détails, tels que le bataillon et la compagnie, car il fut caviardé.
« Des torrents de fragments de métal chaud ont décimé les rangs chinois », est-il dit dans un texte du Loyal Edmonton Regiment Military Museum.
Les Chinois pilonnèrent la position d’Ulmer jusqu’à 4 h. À ce moment-là, le peloton de devant avait presque épuisé ses munitions.
« Le sergent a lancé son fusil à baïonnette comme une lance sur son ennemi, rapporta Boss. Alors que deux artilleurs se levaient, les armes à la hanche, pour fournir un feu de couverture, le reste se repliait, mais à 50 mètres seulement. Là, la compagnie poursuivit le combat, se partageant les munitions qu’il leur restait et tenant bon jusqu’à ce que la pression de l’ennemi se relâche.
« J’ai compté 17 morts chinois à quelques pouces et pieds de ces soldats aujourd’hui, et environ 50 tombes d’ennemis enterrés pendant la bataille. Il y a eu un nombre incalculable de morts ennemis où une attaque prévue à l’arrière et au flanc a été contrecarrée.
« Une autre compagnie s’est battue au corps à corps contre des vagues de soldats chinois. Cette compagnie a tiré sur l’ennemi et lui a lancé des grenades jusqu’à épuisement des munitions. »
Au lever du soleil, le 2 PPCLI, coupé du reste des forces de l’ONU, tenait toujours la côte 677. Les Chinois s’étaient retirés. Dix soldats canadiens avaient été tués et 23, blessés.
Les Australiens déploraient 32 morts, 59 blessés et trois prisonniers. Pour la Nouvelle-Zélande, on comptait deux morts et cinq blessés. Les pertes des Chinois furent évaluées entre 1 000 et 5 000 morts, et beaucoup plus de blessés.
Ce matin-là, des avions de transport américains larguèrent de la nourriture, de l’eau et des munitions aux membres épuisés du Patricia.
« Les guerriers montagnards des Nations Unies ont gagné leurs épaulettes aujourd’hui, tenant leur front et refusant de bouger même s’ils étaient débordés et encerclés, écrivit Bill Boss au début du compte-rendu de service du 25 avril sur la bataille, dans le secteur centre-ouest de la Corée. C’était une bataille acharnée où des vagues après vagues de communistes chinois ont tout fait pour les chasser de leurs positions, mais en vain. »
Cinq soldats du Patricia reçurent des médailles de bravoure, et 11 furent cités à l’ordre du jour pour leurs actes à Kapyong. Le capitaine Mills, le commandant de l’unité qui avait demandé un feu d’artillerie sur sa propre position, se verrait décerner la Croix militaire pour ses actes.
C’était bien la guerre.
Malgré le changement tardif au pays quarante ans plus tard, la reconnaissance que les Canadiens accordent aux vétérans de la guerre de Corée n’est qu’une pâle comparaison de la gratitude que le peuple et le gouvernement de la Corée du Sud ont manifestée et des gestes qu’ils ont faits à leur intention. Les Coréens leur ont décerné des médailles, fait bon accueil lors de leurs pèlerinages et organisé des fêtes annuelles en leur honneur.
Les représentants sud-coréens ne manquent pas de déposer des couronnes au Monument commémoratif de guerre du Canada à Ottawa pour marquer le jour du Souvenir et les anniversaires associés à la guerre et à l’armistice. Les présidents sud-coréens en visite prennent le temps de présenter leurs hommages en déposant des couronnes, quelle que soit la saison. Le président Yoon Suk Yeol l’a fait en septembre 2022.
Quelque 2,5 millions de Coréens trouvèrent la mort, furent blessés ou disparurent pendant la guerre de trois ans, et 10 millions de familles, soit un tiers de la population, furent séparées. Les industries et les infrastructures furent détruites des deux côtés.
Quand la guerre prit fin, Séoul avait changé de main quatre fois. Il ne restait que des ruines de la ville tentaculaire.
La Corée du Sud avait perdu 17 000 entreprises et usines, 4 000 écoles et 600 000 foyers. Le produit national brut avait diminué de 14 %, et les dommages matériels étaient estimés à 2 milliards de dollars américains.
Avec son armée de l’air pratiquement anéantie, la Corée du Nord avait subi le plus gros des combats après septembre 1950. L’US Air Force avait largué plus de 350 000 tonnes de bombes conventionnelles et près de 30 000 tonnes de napalm sur les villes nord-coréennes, et elle avait tiré 313 600 roquettes et
167 millions de balles de mitrailleuse.
Le dirigeant nord-coréen, Kim Il Sung, déclara que l’économie du pays avait été détruite. Il avait perdu 8 700 usines, 367 000 hectares de terres agricoles, 600 000 maisons, 5 000 écoles, 1 000 hôpitaux et 260 théâtres.
Selon l’historien James Hoare, le revenu national du Nord en 1953 n’était que de 69,4 % de celui de 1950; la production d’électricité avait été réduite à 17,2 % de celle de 1949, tandis que celle du charbon avait baissé à 17,7 %.
« Les guerriers montagnards des nations Unies ont gagné leurs épaulettes aujourd’hui, tenant leur front et refusant de bouger même s’ils étaient débordés et encerclés. »

Vernon Burke du 2 PPCLI vérifie des tranchées chinoise. – Bill Olson/BAC/SF-1289

Le colonel James Riley Stone, commandant du 2 PPCLI, mange des haricots froids tout en dirigeant l’action depuis son poste de commandement tactique. – Bill Olson/BAC/SF-820
« Un nombre immense d’hommes valides avaient été tués ou avaient fui vers le Sud, écrivit Hoare. Ainsi, à part la fin des combats, les deux parties n’avaient rien à marquer ni à célébrer en été 1953. »
Quel « conflit ».
Pourtant, pour la Corée du Sud au moins, la fin de la guerre marqua le début progressif d’une nouvelle ère. Le pays allait se reconstruire et dépasser de loin tout ce qu’il avait connu ou aurait pu espérer auparavant en matière de développement et de prospérité. C’est maintenant un phénomène culturel et un géant de la technologie, et Séoul est un joyau de l’Asie du Sud-Est.
« Le pays est passé d’une nation déchirée et appauvrie par la guerre à une puissance industrielle mondiale en seulement deux générations », a écrit Chung Min Lee en novembre 2022 dans un essai pour la Carnegie Endowment for International Peace.
« Avant cette tournure des événements, personne n’aurait pu s’imaginer que des acteurs sud-coréens gagneraient un Oscar et un Emmy ou que la K-pop atteindrait un public mondial.
« Un pays qui comptait sur l’aide américaine jusqu’aux années 1960 investit mainte-nant des dizaines de milliards de dollars aux États-Unis pour la construction de véhicules électriques, d’accumulateurs de nouvelle génération et de semiconducteurs. »
« Le pays est passé d’une nation déchirée et appauvrie par la guerre à une puissance industrielle mondiale en seulement deux générations. »
Bien que la Corée du Sud soit aussi confrontée à des problèmes, c’est de ses triomphes que les anciens combattants de la guerre de Corée sont fiers. Il n’y avait peut-être pas de Corée unie quand ils sont partis, mais leur guerre avait préservé la liberté du Sud et, en fin de compte, ses moyens de prospérer.
Dans un télégramme qu’il adressa au Département d’État américain le 1er décembre 1953, Arthur H. Dean, envoyé spécial des États-Unis à la conférence politique de l’après-armistice, blâma le président sud-coréen de l’époque, Syngman Rhee, pour l’échec imminent de la paix. Il voulait continuer à se battre et avait refusé de signer l’armistice durement gagné.
« Rhee est actuellement très querelleur, écrivait M. Dean. Il estime qu’on l’a forcé à conclure un armistice. Maintenant, il pense que le pacte de défense et le programme économique sont des pots-de-vin déshonorables pour ne pas unifier la Corée par la force.
« Il voit son rêve d’une Corée unifiée s’effacer rapidement. »
M. Dean dit qu’« il avait le sentiment perceptible que M. Rhee [pensait alors] que le monde libre ne [méritait] pas de Corée combattive, que le reste d’entre nous [avions] perdu le courage nécessaire pour lutter contre le communisme et qu’il serait heureux de nous voir partir.
« Il [citait] par le détail chaque concession que nous [avions] faite pour obtenir un armistice et pour créer une zone démilitarisée, et il [était] convaincu que, si nous ne nous [battions] pas, [une conférence de paix aboutirait] simplement à faire une concession après l’autre de notre côté pour aboutir à la reddition finale de toute la Corée. Toute suggestion constructive de notre part [était], bien sûr, une concession pure et simple aux communistes du point de vue [sud-coréen]. »
Et aujourd’hui encore, le Nord de Kim Jong Un est un voisin hostile : un accumulateur compulsif d’armes nucléaires, une source d’instabilité régionale et une menace continue pour la paix mondiale.
Il a effectué plusieurs tests de missile et annoncé au moins six fois qu’il ne respecterait plus l’armistice. Il en a violé les conditions des dizaines de fois, notamment dans le cadre d’attaques militaires. Les deux parties mènent des exercices militaires provocateurs.
En décembre 2022, cinq véhicules sans pilote nord-coréens entrèrent en Corée du Sud après avoir traversé la zone démilitarisée. La Corée du Sud dépêcha des hélicoptères et des chasseurs pour les intercepter. Un hélicoptère sud-coréen tira surl’un de ces véhicules, mais que l’on sache, aucun ne fut abattu. Selon une enquête de l’ONU, les deux parties avaient violé l’armistice.
Certains affirment qu’un armistice serait le moyen le plus efficace de mettre fin aux combats actuels en Ukraine. Mais, dans un traité de décembre 2022, le site d’analyse américain NK News basé à Séoul a déclaré que l’exemple donné par l’armistice coréen n’était pas de bon augure pour le succès en Europe de l’Est.
« L’armistice en Corée n’était pas censé durer éternellement, mais une déclaration de fin de guerre, sans parler de l’unification, semble de moins en moins pro-bable au fil des années », a écrit l’analyste James Fretwell.
« Et c’est peut-être la principale leçon à tirer du précédent qu’est la guerre de Corée : Bien qu’ayant mis fin aux hostilités actives, l’armistice n’a pas tracé de voie précise officielle ni pour la paix ni pour l’unification. Le résultat en est une division sans fin, qu’on le veuille ou pas. »

Les porteurs de rations coréens s’arrêtent près d’une batterie active de l’artillerie royale néo-zélandaise en route vers 2 positions du PPCLI. – Bill Olson/BAC/SF-1314

Soldats de la Force d’occupation de l’Armée canadienne à Aurich, en Allemagne, fin aout 1945. – Barney J. Gloster/MDN/BAC/PA-162830
Les péripéties de la Force d’occupation de l’Armée canadienne en Allemagne en 1945-1946
Al’orée de la fin de la guerre en Europe, le gouvernement libéral dut se prononcer sur d’importantes questions militaires. Quel rôle le Canada jouerait-il dans la guerre contre le Japon après la défaite de l’Allemagne? Comment les soldats seraient-ils rapatriés, et dans quel ordre? Quel rôle, le cas échéant, le Canada aurait-il en Allemagne occupée?
Une réponse fut donnée à cette dernière question en décembre 1944. Le Canada affecterait une division de fantassins et 13 escadrilles de l’Aviation royale canadienne à l’occupation du Reich vaincu. Tout comme la division de fantassins qui serait formée pour aller combattre au Pacifique, la Force d’occupation de l’Armée canadienne (FOAC) devait se composer de volontaires désirant faire carrière dans l’armée. Si, comme on s’y attendait, les volontaires manquaient, le personnel clé et les soldats qui avaient gagné le moins de points d’appréciation pour le rapatriement seraient affectés à la division.
En fin de compte, il y eut 6 160 volon-taires, dont 565 officiers. Les rangs de la future 3e Division (FOAC) furent donc gonflés par 631 officiers et 13 280 soldats du rang qui étaient en bas de l’échelle de priorité pour le rapatriement.
Ottawa avait convenu que les conscrits expédiés en Europe au cours des cinq der-niers mois de la guerre seraient également inclus dans la FOAC. La 3e ressemblait à une division du temps de la guerre : trois brigades de trois bataillons d’infanterie, des régiments d’artillerie et la gamme complète d’armes et de services composée de 20 071 hommes de tous les grades. Si besoin était, elle pouvait se battre, car nul ne savait comment réagiraient les Allemands.

Un panneau d’avertissement à Wyler, en Allemagne. – Colin Campbell McDougall/MDN/BAC/PA-145770

Le Brigadier Robert Moncel et le major-général Christopher Vokes. – Alex M. Stirton/MDN/BAC/PA-159242
Les Canadiens avaient combattu au Nord-Ouest de l’Europe dans le 21e groupe d’armées sous les ordres du maréchal Bernard Montgomery, et il fut convenu dès le départ que la FOAC ferait partie du XXXe Corps britannique dans la région d’Emden-Wilhelmshaven, dans le Nord-Ouest de l’Allemagne. Aucun calendrier n’avait été déterminé, mais le gouvernement savait que Londres, en difficulté financière, allait vouloir que le Canada reste le plus longtemps possible.
Néanmoins, bon nombre des soldats au plus bas de la liste de rapatriement souhaitaient rentrer chez eux. Plus d’autres hommes de la Première Armée canadienne quittaient l’Europe aussi rapidement que possible, plus il allait être compliqué de soutenir une force relativement petite loin du Canada. Enfin, les Britanniques, les Américains, les Soviétiques et les Français supervisaient les mesures prises pour l’ennemi vaincu dans leurs zones, mais le Canada, nonobstant sa contribution à la victoire, ne serait pas consulté par les grandes puissances sur le sort des Allemands.
C’était le major-général Christopher Vokes qui commandait la FOAC. Major à son arrivée en Europe, il avait dirigé une brigade lors de l’invasion de la Sicile et avait commandé la 1re Division canadienne en Italie à la fin de l’automne 1943. Après décembre 1944, il dirigeait la 4e Division blindée canadienne au nord-ouest de l’Europe.
Le 13 juillet, dans le théâtre de la garnison à Aurich, en Allemagne, le général Vokes expliqua à ses officiers et à ses hommes ce qu’il attendait de la FOAC : « Tous les Canadiens [seraient] jugés sur le comportement des hommes de tous les grades. Pour inspirer le respect à tous les Allemands ainsi qu’aux autres forces d’occupation, il [fallait] une supervision constante et une discipline irréprochable. La 3e Division d’infanterie du Canada, dit-il [devait] être la “vitrine” de l’Armée canadienne. »
En pratique, selon le brigadier Robert Moncel, Vokes dirigeait sa force d’occupation comme un seigneur de la guerre. Il organisait des fêtes turbulentes, ajouta-t-il.
Les tâches assignées à la FOAC étaient vastes, allant du désarmement de la Wehrmacht à la prise en charge de personnes déplacées, en passant par l’élimination du parti nazi et l’évacuation des prisonniers de guerre alliés. À plus long terme, les occupants furent également chargés de rééduquer la jeunesse allemande et de compromettre la capacité des Allemands à relancer une guerre.

Des soldats de la Force d’occupation de l’Armée canadienne vérifient les pièces d’identité à Aurich, en Allemagne, en aout 1945. – Barney J. Gloster/MDN/BAC/PA-151759
La force d’occupation travaillait avec les officiers du gouvernement militaire qui avait été établi le jour de 1945 où les Alliés entrèrent en Allemagne, ainsi qu’avec ses équipes des affaires civiles. Le plus important était de contrôler les soldats allemands qui s’étaient rendus et de les renvoyer chez eux. Le processus mis en place, 3 000 membres de la Wehrmacht étaient traités et relâchés tous les deux jours. Toutefois, de nombreux soldats allemands avaient échappé à la garde à vue ou évité d’être faits prisonniers. Il fallait les trouver et les contrôler pour déterminer s’ils avaient été dans la SS ou avaient commis des crimes de guerre.
Pour capturer ces hommes, la FOAC organisa des descentes, des opérations coordonnées menées de nuit et sans avertissement. On encerclait les lieux et un contrôle rigoureux de tous les habitants était effectué aux premières lueurs. Toute personne sans certificat de libération ou sur qui pesaient des soupçons devait être remise au personnel du gouvernement militaire ou détenue en tant que prisonnier de guerre.
La tâche suivante, encore plus ardue, consistait à aider les dizaines de milliers de personnes déplacées et de réfugiés dans la zone de la FOAC. Le régime nazi avait établi des camps de concentration sur tout son territoire. Les installations d’extermination se trouvaient dans l’Est, mais les camps, tels que celui de Bergen-Belsen, près de la région contrôlée par les Canadiens, avaient choqué les gens qui avaient vu les morts empilés et l’effroyable état des survivants. Ces personnes devaient désormais être soignées et renvoyées chez elles ou, si ce n’était pas possible, logées jusqu’à ce que leur destination ait été déterminée.
Il y avait aussi des ouvriers importés par le Reich pour travailler dans les usines ou les exploitations agricoles, certains venus volontairement, mais beaucoup plus amenés comme des esclaves. Ceux d’Europe de l’Ouest étaient généralement renvoyés facilement chez eux. Toutefois, les choses étaient plus compliquées pour ceux d’Europe de l’Est : nombreux étaient ceux qui, traités brutalement par les Allemands, voulaient se venger avant de rentrer chez eux. Les Polonais, en particulier, cherchaient à se venger des civils, et il y eut des cas de pillage, de vols violents, d’agressions sexuelles et de meurtres. La FOAC faisait son possible pour rétablir l’ordre. Elle finit par devoir établir un camp d’isolement sur l’ile de Borkum pour de tels criminels.
Ensuite, il y avait environ 2 000 prisonniers de guerre soviétiques qui avaient été affamés et brutalisés dans des camps de prisonniers. Désormais, beaucoup circu-laient librement. Les ententes entre les Alliés stipulaient que ces soldats devaient être rapatriés en URSS, et le gouvernement militaire avait « les services pour les renvoyer en Russie, est-il écrit dans le journal de guerre de la FOAC. Mais, soit par ignorance, soit par désir de rester en Allemagne, ils n’en avaient pas profité ». La FOAC avait donc « reçu l’ordre de prendre part à ce rapatriement ».

Les Canadiens étaient chargés de secourir les survivants des camps de concentration, comme ces femmes qui avaient été détenues à celui de Bergen-Belsen. – IWM/BU 4018/Wikimedia
Les Soviétiques essayaient d’échapper aux autorités pour pouvoir se venger des Allemands. La FOAC envoya des patrouilles pour prévenir les crimes : elle cerna une fois 30 Soviétiques qui pillaient des exploitations agricoles, violaient femmes et filles, et assassinaient des civils. Parfois, les Canadiens montraient peu de compassion pour les civils, et certains applaudissaient même les anciens prisonniers qui « rendaient un peu la pareille aux Boches ». Comme le dit prosaïquement un soldat : « les Russes bottaient le cul des civils allemands. »
Les nazis avaient plongé le monde dans une longue guerre cruelle, et seuls les crimes les plus graves faisaient l’objet de poursuites. La plupart des déplacés et des prisonniers de guerre évadés ne furent pas souvent punis, et les Soviétiques finirent par être renvoyés chez eux.

Des soldats soviétiques harcèlent une Allemande. – Vintage_Space/Alamy/2AYF8EW
Malgré les représailles, les Allemands dans la zone d’occupation canadienne affichaient généralement une attitude acceptable. La plupart des personnes âgées étaient résignées à leur sort. La guerre avait été perdue, mais ce n’était pas de leur faute, prétendaient-elles; c’était seulement à cause de l’erreur qu’avait faite Hitler d’attaquer l’Union soviétique avant d’achever la Grande-Bretagne. Mais, selon les responsables canadiens, certains des hommes de moins de 30 ans à qui l’idéologie nazie avait été inculquée pendant 12 ans vouaient une haine implacable aux vainqueurs. Et les Allemands évitaient généralement de coopérer avec ces derniers.
Les ordres de non-fraternisation du maréchal Montgomery n’aidaient pas : aucune relation informelle avec la population, pas de liaisons avec les femmes, pas de bonbons pour les enfants. Enfreindre ces ordres pouvait entrainer une punition pour les soldats, ce qui était incontestablement préjudiciable au moral.
Les soldats voyaient bien que les enfants (et leurs parents) avaient faim, et ils voulaient les aider pendant les mois qui suivirent la reddition, lorsque la nourriture se faisait rare et qu’ils n’avaient qu’à peine plus de 1 500 calories par jour et par personne. Mais, comme le major Elmer Bell l’écrivit dans une lettre envoyée chez lui depuis l’Allemagne, donner du chocolat aux enfants « serait un petit début de fraternisation et le gaspillage de tout le produit de nos pertes et de nos sacrifices ».
Parfois, les Canadiens montraient peu de compassion pour les civils, et certains applaudissaient même les anciens prisonniers qui « rendaient un peu la pareille aux Boches ».
Les ordres de non-fraternisation du maréchal Montgomery n’aidaient pas : aucune relation informelle avec la population, pas de liaisons avec les femmes, pas de bonbons pour les enfants. Enfreindre ces ordres pouvait entrainer une punition pour les soldats, ce qui était incontestablement préjudiciable au moral.
Les soldats voyaient bien que les enfants (et leurs parents) avaient faim, et ils voulaient les aider pendant les mois qui suivirent la reddition, lorsque la nourriture se faisait rare et qu’ils n’avaient qu’à peine plus de 1 500 calories par jour et par personne. Mais, comme le major Elmer Bell l’écrivit dans une lettre envoyée chez lui depuis l’Allemagne, donner du chocolat aux enfants « serait un petit début de fraternisation et le gaspillage de tout le produit de nos pertes et de nos sacrifices ».
Les difficultés des civils allemands pouvaient être exploitées, et elles le furent. Il était difficile de trouver des cigarettes, et les soldats canadiens troquaient celles qu’ils obtenaient gratuitement contre des appareils photo, de l’alcool, des bijoux, des œuvres d’art, des jumelles, des montres. On pouvait mettre la main sur n’importe quoi, semblait-il, en échange de 100 à 1 500 cigarettes. C’était de la petite bière, cependant, par rapport au matériel, aux vêtements et aux denrées alimentaires volés à l’armée et refourgués au marché noir. Ce n’est qu’au printemps 1946 que ce fut contrôlé (« car d’autres responsabilités étaient d’une plus grande priorité », est-il noté dans le journal de guerre de la FOAC).

Le soldat canadien Murray Dorey donne du chocolat à des enfants de la région d’Aurich, en Allemagne, en aout 1945. – Barney J. Gloster/MDN/BAC/PA-151751
Les Canadiens, eux aussi, voulaient rencontrer du monde. Stanley Winfield, de l’ARC, écrivit que, même si la consigne de non-fraternisation était en vigueur, « les Fridolines ont tiré un avantage certain de cet ordre et n’y ont vu qu’une merveilleuse occasion de prendre leur revanche. Elles allaient se promener là où elles savaient que se trouveraient des soldats alliés […] et se montraient aussi enjouées et désirables que possible. »
Il était difficile de résister à la tentation. Et vu l’approvisionnement abondant en cigarettes qui pouvaient leur servir de monnaie d’échange, de nombreux soldats obtenaient ce qu’ils voulaient. Pourtant, peu d’entre eux furent punis. Néanmoins, les soldats de la FOAC allaient fréquemment en permission non loin, aux Pays-Bas ou au Danemark, où les gens étaient amicaux, où les femmes s’intéressaient à eux et où les cigarettes leur ouvraient encore des portes. Les hommes pouvaient se payer une fin de semaine à Amsterdam ou à Copenhague pour 2 000 cigarettes seulement, avec nourriture, boissons, hébergement et compagnie d’une dame tout compris.
On finit par s’habituer à la nouvelle réalité et, à la mi-juillet 1945, la consigne de non-fraternisation fut assouplie avant d’être éliminée. Le décret du XXXe Corps britannique disait, avec un humour vraisemblablement fortuit, qu’ils « pouvaient maintenant parler à tous les Allemands dans les lieux publics et dans les rues, parce que, grâce aux rapports entre les deux peuples, on espère conduire les Allemands à un mode de vie démocratique […] n’entrez pas chez eux ni ne les recevez chez vous ».
Il fut rapporté que les Allemandes étaient menacées par leurs compatriotes si elles fréquentaient des Canadiens. Mais, les cigarettes étaient une récompense efficace pour les risques pris, et de nombreux soldats eurent vite des liaisons. En février 1946, il était noté dans le journal de guerre de la FOAC : « La fraternisation s’accroit, et même les officiers parlent à voix basse de telle “ belle blonde ” remarquée au centre-ville ». Plusieurs hommes, est-il dans le texte, ont exprimé leur désir d’épouser des Allemandes.
Ils avaient vraisemblablement réussi à « entrer chez elles ».
Malgré les demandes faites aux Canadiens à plusieurs reprises par les Britanniques pour qu’ils restent en Allemagne, Ottawa décida que l’engagement prendrait fin au début de 1946. Les premiers soldats partirent pour l’Angleterre le 23 mars; les derniers s’en allèrent le 8 juin. La FOAC avait fait son devoir, et les Canadiens étaient tous de retour chez eux peu après. La guerre était enfin terminée.
LE BATAILLON CANADIEN DE BERLIN
Bien qu’elles ne fassent pas officiellement partie de la Force d’occupation de l’Armée canadienne, les troupes canadiennes ont également servi en Allemagne d’après-guerre dans ce qu’on a appelé le « bataillon de Berlin ». Tirés d’unités aux Pays-Bas qui attendaient d’être rapatriées, des hommes du Argyll and Sutherland Highlanders, du Fusiliers Mont-Royal et du Loyal Edmonton Regiment furent déployés pour représenter le Canada au défilé britannique de la victoire dans la capitale allemande le 21 juillet 1945.
Les soldats, installés dans une maison de retraite de la ville, avaient peu de tâches officielles autres que la pratique de leurs exercices et l’entretien de leur équipement. Ils étaient par ailleurs libres d’aller voir les lieux en ruine.
Le sergent Kurt Loeb écrivit qu’il avait trouvé des souvenirs à la Chancellerie du Reich, y compris des dossiers de correspondance personnelle du ministre allemand de l’Intérieur du début de la guerre. Et chaque soldat, semblait-il, avait une collection de médailles allemandes.

Le « bataillon canadien de Berlin » défile dans la ville le 20 juillet 1945. – Foote/MDN/BAC/PA-130018
Le Three Rivers Regiment pendant la Seconde Guerre mondiale
Dela souveraineté canadienne à l’émergence de nouvelles sphères d’influence sur la scène internationale, en passant par les guerres commerciales dans le monde, un thème commun s’est dégagé des rapports et présentations qui ont rythmé la réunion du Conseil exécutif national (CEN) de la Légion royale canadienne en avril dernier : gérer les répercussions des mesures du président américain, Donald Trump.
Larry Murray, grand président, a cependant commencé son discours d’ouverture en rendant hommage aux contributions de Garry Pond, l’ancien premier vice-président national qui a démissionné en raison de problèmes de santé. « Il m’a impressionné dès le début par son solide leadeurship fondé sur les valeurs, la façon dont il plaçait le service avant ses propres intérêts, et ses conseils toujours sages et réfléchis, a loué M. Murray. Merci beaucoup, Garry, pour ton service exceptionnel au Canada, dans les Forces armées canadiennes et à la Légion royale canadienne. »
M. Murray a ensuite installé Sharon McKeown, membre à vie de la filiale Pte. Joe Waters de Milton (Ontario) au poste de première vice-présidente, et Jack MacIsaac, de la filiale Charlottetown, au poste de vice-président, à la place de M. Pond.
Le grand président a mentionné que ses observations finales sortiraient un peu de l’ordinaire. « Je ne crois pas que nous vivons une pé-riode normale, a-t-il avoué. Je pense que le Canada pourrait profiter un peu plus de la présence rassurante de la Légion en ces temps difficiles, alors que nous sommes confrontés à des attaques non provoquées de l’administration américaine actuelle contre notre souveraineté et notre bienêtre économique. Je pense que nous pouvons peut-être faire plus pendant cette crise. »
Dans son discours de bienve-nue, Berkley Lawrence, président national, a également fait part de ses préoccupations concernant l’évolution des relations du pays avec son voisin du Sud. Dans son allocution, M. Lawrence a notamment mentionné son entretien officieux de mars dernier avec la ministre des Anciens Combattants, Élisabeth Brière, qui lui a semblé « très honnêtement vouloir colla-
borer avec la Légion ».
Tout de suite après les remarques liminaires, le CEN a accueilli la générale Jennie Carignan, cheffe d’état-major de la défense et conférencière invitée. Elle a accepté le poste de vice-présidente nationale honoraire de la Légion avant de prendre la parole. Elle a prononcé un petit discours avant de répondre à des questions pendant 40 minutes.
« Je prends [ce poste honorifique] avec une immense fierté, a déclaré la générale. Votre soutien et celui des Canadiens sont très importants en ce moment. C’est plutôt encourageant que les Canadiens prêtent davantage attention aux enjeux de défense et de sécurité. »
Selon elle, les Forces armées canadiennes sont dans une phrase de transformation et de mobilisation.
« On se rend compte que le monde a changé en regardant le contexte international, a déclaré la générale. On voit désormais des États en envahir délibérément d’autres avec des intentions malveillantes. Et enfin, il y a ce nouveau gouvernement américain qui adopte désormais une attitude complètement diffé-rente, et on doit s’y adapter. »
Les FAC réagissent en changeant leur mode de fonctionnement. Alors que les opérations de stabilité, de combat et de contrinsurrection étaient la norme au cours des 30 dernières années, a noté la générale, « ce n’est plus notre réalité. Nous nous rengageons dans un conflit à grande échelle pour lequel des capacités différentes sont fondamentalement nécessaires. »
La cheffe d’état-major a également abordé les difficultés de longue date de recrutement aux FAC. Elle a fait remarquer qu’en 2024, le recrutement a dépassé de 2 000 personnes le taux de déperdition. Elle s’attend à ce que les forces régulières atteignent leur plein effectif de 71 500 d’ici 2028-2029.
« Nous devons presser le pas, a-t-elle avoué, car nous n’avons pas suivi le rythme de nos adversaires. »
Après le discours de la générale, le conseil est passé aux affaires de la Légion. Jill Carleton, trésorière nationale, a signalé que la Direction nationale avait des revenus nets totaux de 897 242 $ et un gain de 1,7 million de dollars sur les investissements non réalisés à la fin de 2024. Les dividendes et les intérêts gagnés avaient augmenté de 30 %.
Le service de l’approvisionnement avait réalisé des ventes d’un montant de 4 007 152 $ au cours de l’année, quatre pour cent de moins que ce qui était prévu au budget. La grève de Postes Canada à la fin de 2024 a entravé les ventes pendant la saison cruciale des fêtes, bien qu’elles aient augmenté de 42 % début 2025 : le personnel du siège social attribue cette tendance à une récente résurgence de la fierté nationale.
Parallèlement, le nombre de membres de la Légion est toujours en hausse. Les revenus des adhésions ont augmenté pour la troisième année consécutive, atteignant 6 212 649 $. Au total, 256 046 adhésions ont été traitées pour l’année civile 2024, une hausse de cinq pour cent par rapport à l’année précédente. Selon les données préliminaires de 2025, la tendance se poursuivra.
Dans la lignée du développement de la Légion, Sam Biasucci, président du SalDan Construction Group, a parlé au CEN du rôle clé de son entreprise dans la récente réinvention de la filiale ontarienne Sault Ste. Marie, qui a couté 32 millions de dollars.
Le nouveau complexe de neuf étages, doté d’installations de la Légion au rez-de-chaussée ainsi que d’une tour de 108 appartements locatifs, a ouvert ses portes en automne 2024. La filiale, toujours propriétaire du terrain, s’est associée au promoteur et au gouvernement fédéral pour réaliser le projet. Le loyer des locataires servira non seulement au maintien de la filiale, mais au soutien d’anciens combattants. La filiale comptait 530 membres, ils sont désormais près de 900.
« Je précise que nous nous faisons payer, a déclaré M. Biasucci au CEN. Quant au maintien de l’intégrité, c’est une autre histoire. Cela peut se faire sans parasiter le système. [Les filiales de la Légion] peuvent réellement avoir du succès en faisant comme ça. »
M. Lawrence, président du Comité des anciens combattants, des services et des ainés, a fait le point sur le travail du groupe. Parmi ses activités, il a continué à défendre l’élimination de la législation archaï-
que connue sous le nom de clause des « mariages après 60 ans » ou des « mariages intéressés », qui oblige les anciens combattants qui se marient après 60 ans à renoncer jusqu’à la moitié de leur pension s’ils veulent le maintien des versements à leur conjoint après leur décès. Le comité a également continué de plaider en faveur d’un système de prestations et de programmes rationalisé afin de dissiper la confusion causée par de multiples initiatives, notamment la Loi sur les pensions, la Nouvelle Charte des anciens combattants et la Loi sur le bienêtre.
Le CEN a également approuvé le financement de divers projets de soutien aux anciens combattants. Le programme A.T.H.E.N.A., une initiative de conditionnement physique en ligne pour les anciennes combattantes, a reçu 26 300 $. La Société pour les troubles de l’humeur du Canada a reçu 93 056 $ pour ses ateliers de soutien par les pairs et ses webinaires sur la santé mentale destinés aux anciens combattants. Hero Lodge, une escapade de chasse et pêche dans les Territoires du Nord-Ouest a reçu 5 000 $ pour couvrir les frais d’épicerie des anciens combattants qui font les cinq jours d’excursion. Enfin, Ways to Wellbeing a obtenu 12 000 $ pour son programme de partenariat de soutien aux anciens combattants.
Dans son rapport, la fondation caritative Fondation nationale Légion a également annoncé le financement de diverses initiatives, notamment : 200 000 $ à la Maison du vétéran Canada pour construire et meubler un nouvel édifice à Edmonton et aider les anciens combattants sans abri, 25 000 $ à l’Association Centre Juno Beach, et 17 000 $ au King’s University College.
Deux autres rapports de comité se sont démarqués.
Le Comité du coquelicot et du souvenir a souligné ses dernières initiatives, en particulier le nouvel outil en ligne de la Légion « Planifier une cérémonie du jour du Souvenir » pour les écoles, la refonte et l’expansion de son programme de boites d’hommages numériques, une tentative en 2025 de boites de don du coquelicot en carton et le renouvèlement du partenariat de la Légion avec Amazon pour le reste de l’année (certains articles de la boutique du coquelicot sont offerts sur le marché numérique).
Par ailleurs, le Comité des rituels, des récompenses et du protocole a recommandé de modifier l’uniforme de la Légion. Le port de l’épinglette à drapeau du Canada du service de l’approvisionnement de la Légion – à l’extérieur et au niveau de l’épinglette Appuyons nos troupes – pendant une période initiale de deux ans (limitée par les statuts existants) a été approuvé.
En outre, le président du Comité des sports, Trevor Jenvenne, a si-gnalé que les épreuves nationales de cribbage avaient eu lieu du 25 au 27 avril à la filiale ontarienne Whitby, que la filiale Last Post de Port Stanley, en Ontario, accueillerait les nationaux des fléchettes du 2 au 4 mai (cf. page 23), et que les championnats nationaux du jeu de la huit organisés par la filiale Fredericton auraient lieu du 23 au 25 mai. Et comme en 2024, la ville de Calgary accueillera les Championnats nationaux d’athlétisme pour jeunes de la Légion de 2025, prévus du 6 au 12 aout. Regina organisera les compétitions en 2026 et en 2027.
Quant au Congrès national du centenaire, il se tiendra à Winnipeg du 22 au 26 aout 2026.
Et la Légion s’apprête à accueillir le congrès triennal de la Ligue royale des anciens combattants du Commonwealth à Ottawa du 28 juin au 3 juillet. La ligue compte 52 organisations d’anciens combattants de 46 pays qui appartiennent ou qui ont appartenu au Commonwealth, et qui soutiennent le bienêtre des anciens combattants et des personnes à leur charge.
Les rapports des présidents de direction divisionnaire, quant à eux, ont révélé plusieurs thèmes communs, notamment sur les partenariats, la recherche, le sans-abrisme chez les anciens combattants, les lits de soins de longue durée pour les anciens combattants et les vols de vaillance.
« Notre direction continue de soutenir le programme HiMARC (Heroes in Mind, Advocacy and Research Consortium) de l’Université de l’Alberta », a rapporté Rosalind LaRose, présidente de la direction Alb.–T. N.-O. Puis, elle a ajouté que sa direction s’était également associée à celle de la C.-B.–Yn pour élaborer un programme de chiens d’assistance.
Carol Pedersen, présidente de la Saskatchewan, a souligné le programme de 1,5 million de dollars de sa province qui sert à financer les rénovations et les mises à jour de bâtiments des clubs de services pour anciens combattants, ainsi que le travail de sa direction pour lutter contre l’itinérance chez les anciens combattants, avec notamment l’intervention d’un spécialiste des traumatismes. « Nous voyons des résultats incroyables, a déclaré madame Pedersen dans son rapport. Les anciens vétérans et leurs conjoints n’ont que des commentaires positifs. La plupart, sinon tous, disent qu’ils peuvent réellement envisager l’avenir. »
Thomas Irvine, président du Québec, a parlé avec verve de l’importance d’identifier et de traiter les cas de vol de vaillance dans l’organisation. Il a rapidement créé un comité divisionnaire pour s’attaquer au problème dès 2022, quand il a pris ses fonctions actuelles.
« Le comité a traité près d’une douzaine de cas concernant des violations présumées de la politique sur le vol de vaillance de la LRC, note M. Irvine dans son rapport. Ces résultats soulignent le besoin crucial d’une vigilance continue pour préserver l’intégrité de notre organisation et la confiance de nos membres. »
Et M. Irvine sait de quoi il parle. Le président, M. Lawrence lui a décerné une présentation spéciale en l’honneur de ses deux décennies au CEN.
« Je peux dire avec fierté que lorsque j’étais président [de la direction nationale] pendant les années de la COVID, aucune filiale n’a fermé à cause de la pandémie pendant mon mandat, a déclaré M. Irvine. Notre équipe de direction a distribué 3 millions de dollars puisés dans nos réserves, somme qui a été intégralement remboursée. Je crois que c’est notre plus grande réalisation. »