Le dernier des biplans

Des questions se posent quant à l’endroit où le FDB-1 effectua son premier vol. [Alamy]

En cette année 1939, la Canadian Car and Foundry Company (Can-Car) venait de prouver que le nouveau chasseur-bombardier FDB-1 pou-vait atteindre un plafond plus haut qu’un Hurricane ou un Spitfire.   

Après le vol, un pilote d’essai de l’ARC vanta sa maniabilité qui, selon lui, était comparable à celle des chasseurs contemporains. Michael Gregor, ingénieur en aéronautique, avait convaincu la direction de la société montréalaise Can-Car de l’embaucher pour créer un nouveau chasseur-bombardier très maniable dans son installation de Fort William, en Ontario (la ville fait désormais partie de Thunder Bay).

M. Gregor proposait une conception radicalement différente en cette époque où les monoplans faisaient fureur. Il croyait dur comme fer au biplan, dont il voulait augmenter le potentiel. « On commencera la guerre avec des monoplans, mais on la finira à bord de biplans », clamait-il. Le directeur général de la Can-Car, Leonard Peto, était manifestement impressionné, et il estimait qu’il « trouverait un grand marché en Grande-Bretagne et en France ».

La société Can-Car, fondée en 1909, construisait des voitures de chemin de fer et parfois des dragueurs de mines. Elle avait connu des difficultés financières dans les années 1920 pendant la Grande Dépression, puis avait été relancée pour la construction aéronautique grâce à un accord fiscal conclu en 1935 avec le conseil municipal de Fort William pour stimuler l’économie.

Et c’est ainsi que la société rentra à nouveau dans la course, en construisant des chasseurs biplans Grumman G23, qui furent principalement livrés aux forces nationalistes espagnoles ou à l’ARC qui les rebaptisa « Goblin ». Au fil des ans, des chasseurs Hawker Hurricane, des bombardiers Curtiss Helldiver et des avions-écoles North American Harvard sortirent des chaines de production de la Can-Car.

Ces appareils étaient tous construits sous licence concédée par les concepteurs d’origine. Or, en 1937, la Can-Car aspirait à établir ses propres capacités de conception, de développement et d’ingénierie pour en retirer honneur et prestige et s’imposer en tant que chef de file mondial. Un créneau s’ouvrait pour un chasseur-bombardier de pointe avec la guerre qui menaçait en Europe, et la société se mit à lorgner sur de lucratifs contrats avec l’ARC et les Alliés.

C’est là que Michael Gregor fit son entrée sur scène. L’ingénieur de 49 ans d’origine russe (il avait changé son nom de famille, qui était Grigorashvili) venait de participer à la conception de plusieurs avions uniques au sud de la frontière. Il avait joué un rôle déterminant à la Brunner-Winkle Aircraft Company lors de la création d’un biplan taxi et de plaisance populaire à trois places. Le Bird se démarquait par ses nombreuses fonctionnalités novatrices, comme son aile supérieure plus épaisse qui offrait une meilleure portance.

Debout à côté du prototype Gregor FDB-1 (de g. à d.) le concepteur Michael Gregor, le représentant de la Can-Car David Boyd et le pilote d’essai George Ayde. [Wikimedia]

Il fut ensuite ingénieur en chef à la Seversky Aircraft Corporation de Long Island, où son fait d’armes fut la conception du SEV-3 Sport Amphibian. C’est dans sa propre société, la Gregor Aircraft Corporation au Roosevelt Field de New York, qu’il mit au point le prototype de son biplan, le GR-1 Sportplane. L’homme avait de toute évidence les biplans et leur amélioration à cœur.

Il semblait donc que quand la Can-Car l’embaucha comme ingénieur aéronautique en chef, les deux parties seraient gagnantes.

M. Gregor arriva avec son argumentaire : l’alliance entre les dernières technologies aéronautiques – structure panneautée, rivetage affleuré, verrière bulle, carénage, train escamotable – et la maniabilité au combat aérien éprouvée du biplan. Il donna ainsi vie à un séduisant et élégant FDB-1.

Sa caractéristique la plus frappante était la gracieuse aile de mouette supérieure, aux fentes à ouverture automatique anormalement longues, conçue pour améliorer la visibilité à l’avant en vol et donner l’avantage au pilote lors des combats aériens. Mais, comme bien souvent avec les enjeux de conception à la genèse d’un avion, il y avait une contrepartie : en effet, la belle aile nuisait à la visibilité au décollage, à l’atterrissage et pendant les déplacements à terre.

La visibilité à l’atterrissage et aux déplacements à terre était également réduite par le fuselage trapu du FDB-1. Mais là, le compromis en valait la peine. Long de 6,6 mètres seulement, l’engin avait une très bonne maniabilité avec ce que les concepteurs aéronautiques nomment un « attelage court », comme les avions de course modernes. Cette maniabilité lui donnait l’avantage dans les combats aériens, où il pouvait se livrer à des manœuvres précises quand il s’agissait d’ajuster le tir de ses deux mitrailleuses de 13 millimètres. Il pouvait aussi se lancer dans une accélération verticale de 7 G après avoir plongé pour larguer les deux bombes de 53 kilos qu’il portait sous les ailes.

Bien que Gregor eût préféré un moteur de 1 200 chevaux-puissance, le FDB-1 était propulsé par un moteur Pratt & Whitney Twin Wasp standard de 700 chevaux-puissance qui lui donnait une distance franchissable maximale d’un peu plus de 1 500 km.

La construction fut lancée après des essais dans le tunnel aérodynamique de Hawker Aircraft à Kingston-upon-Thames, en Angleterre, au printemps 1938. Six mois plus tard, resplendissant dans sa peinture métallique gris acier, son immatriculation canadienne, CF-BMB, en lettres blanches, et des rayures rouge et blanc sur le gouvernail, le FDB-1 s’élança dans les airs pour la première fois.

La date du premier vol du prototype est sujette à controverse. D’après les recherches menées dans les archives par Jonathan Grenville Kirton, historien et auteur du livre Canadian Car and Foundry Aircraft Production at Fort William on the Eve of World War II (production d’avions canadiens de Car and Foundry à Fort William à la veille de la Seconde Guerre mondiale, NDT) publié en 2009 par la Thunder Bay Historical Museum Society, il décolla pour la première fois à Saint-Hubert, au Québec, en avril 1939. Mais la revue Air Pictorial a rapporté en 1972 que le premier vol avait eu lieu à l’aérodrome de la Can-Car à Fort William le 17 décembre 1938, et que le pilote était George Ayde.

Quoi qu’il en soit, le FDB-1 était aussi maniable que prévu, et on le disait agréable à piloter. Mais la « visibilité limitée qui le rendait difficile à manœuvrer au décollage et à l’atterrissage suscita des commentaires défavorables, la revue rapporta. D’autres critiques furent émises à propos de la gouverne qu’il fallait régler pour éviter d’exagérer l’action exercée [ bien que cela fut un avantage lors des combats aériens] et de la verrière du poste de pilotage qui vibrait beaucoup à grande vitesse et pendant les boucles, et pour laquelle il aurait fallu une carlingue plus solide ». Les vols d’essai continuèrent pendant des semaines.

Transports Canada (TC) était manifestement impressionné. Le 9 mai 1939, JA Wilson, contrôleur de l’aviation civile de TC, écrivit une lettre à EW Stedman, commodore de l’air et ingénieur en chef de l’aéronautique de l’ARC, sur les vols d’essai officiels de l’ARC.

Les essais de la Can-Car y étaient mentionnés :

« L’avion a pivoté au moins deux fois pour faire huit tours complets. En outre, le parachute de queue a été testé en vol pour en vérifier le fonctionnement et l’éjection. » Le parachute avait été prévu pour la sécurité en cas de non sortie de vrille; lorsqu’il était déployé, il faisait adopter à l’avion une position de piqué qui rétablissait le flux d’air sur la gouverne et permettait une sortie de vrille. Le parachute était ensuite largué.

Il était également dit dans la lettre que « l’essai de vitesse terminale de plongée a été effectué à partir de 23 000 pieds, et la vitesse anémométrique indiquée a atteint les 472 mi/h […]. Les manœuvres acrobatiques peuvent toutes être effectuées convenablement et en douceur à toutes les vitesses, et il n’y a guère de vibrations lors des manœuvres les plus rudes. »

Le matin suivant réception de la lettre par Stedman, JE Wray, capitaine d’aviation et pilote d’essai de l’ARC, discuta de la demande de TC avec son supérieur, le commandant d’aviation Allan Ferrier. M. Wray fut envoyé à Montréal l’après-midi même et, après le feu vert définitif d’un inspecteur de TC, il prit place dans l’habitacle, actionna la manette de poussée et fit décoller le CF-BMB.

Malgré des vibrations inquiétantes de la verrière au cours des boucles, M. Wray s’éprit vite de la maniabilité de l’appareil, mais beaucoup moins de sa performance. La Can-Car s’était vantée avec optimisme dans son rapport d’une vitesse ascensionnelle de 3 400 pi/min (à comparer à celle de 2 780 pi/min du Hurricane), mais M. Wray n’inscrivit une vitesse ascensionnelle initiale que de 2 800 pi/min. La Can-Car avait signalé une vitesse terminale de plongée de 472 mi/h, mais M. Wray n’atteignit que 402 mi/h.

La vue du pilote était obstruée par l’aile de mouette lors du déplacement à terre, mais « il est maniable à l’extrême, écrivit M. Wray dans son rapport sur les vols d’essai. À moins de 15 000 pieds, un monoplan à aile basse moderne ou monoplace, en dépit d’une performance supérieure, n’arriverait pas à battre seul le Gregor. »

Spectaculaire, certes, mais ces chiffres et commentaires concernaient un avion plus léger que ce qu’il aurait été lesté d’armes, de munitions, d’un blindage et de bombes. Et malgré sa superbe maniabilité, sa performance n’était pas vraiment supérieure à celle des monoplans de combat d’alors. Peut-être l’aurait-elle été avec le moteur de 1 200 chevaux-puissance projeté. Cependant, il aurait fallu des mois supplémentaires pour la conception et les essais, et on était en 1939.

Les Hurricane et les Spitfire avaient déjà fait leurs preuves. Le spectre de la guerre menaçait et la Can-Car s’apprêtait à lancer la production de Hurricane. Tout arrêter pour développer une toute nouvelle chaine de FDB-1 encore invendus aurait été pure folie. Sans une performance nettement supérieure, l’ARC n’était pas vraiment convaincue que faire machine arrière pour retourner à une conception de biplan était la voie à suivre.

L’entreprise ne renonça pas à la création intrigante de Gregor, croyant qu’elle pourrait servir ailleurs dans le monde. Pour faire sa promotion, le FDB-1 fut inscrit à la course aérienne Bernarr Macfadden de janvier 1940 qui allait de New York à Miami, mais il fut obligé d’atterrir à l’aéroport de Hadley, au New Jersey, à cause d’un problème de pression d’huile moteur.

La Can-Car s’entêta. L’équipe des ventes se lança dans une tournée commerciale et obtint un certain succès. Le Mexique se dit intéressé par la fabrication de l’avion sous licence en 1940, mais Ottawa y opposa un refus sans explication.

Une nouvelle occasion de commercialisation se présenta en 1941, lors d’une démonstration à la Roosevelt Field de New York devant un autre client étranger potentiel. Il fut piloté par Fred Smith, employé des Canadian Colonial Airways, qui disait que le FDB-1 était « férocement grassouillet », et qu’il avait « la posture d’un jeune bouledogue anglais ». Lui aussi avait été ravi de sa maniabilité qu’il qualifia de précise, rapide et réactive. « C’est tout un avion! » écrivit-il dans un article pour Air Classics.

À la suite de la démonstration, M. Smith rapporta une vague proposition, un « colonel dans l’armée de l’air d’un pays d’Amérique du Sud [s’il formait] un escadron de l’avion ». L’offre ne se matérialisa pas. Apparemment, quelqu’un dans le public avait été impressionné par la performance, mais aucune commande ne vit le jour dans les carnets de l’entreprise.

On ne trouve ensuite plus grand-chose sur les efforts de la Can-Car pour promouvoir le FDB 1. Avec seulement 24,5 heures de vol au compteur, le chasseur dont rêvait M. Gregor languit dans un hangar de Dorval, au Québec, jusqu’à sa destruction lors d’un incendie accidentel qui survint entre 1944 et 1946. M. Gregor semble avoir perdu patience bien avant cela : il quitta la Can-Car peu après la perte d’intérêt de l’ARC et retourna aux États-Unis, où il finit par décrocher un emploi à la Chase Aircraft Company. Il prit sa retraite à Trenton, NJ, et mourut en 1953.

« Le FDB-1 est le dernier des biplans militaires de première ligne, avant que le monoplan s’établisse exclusivement à cette fin, déclara The Aeroplane Spotter, publication britannique faisant autorité, dans son numéro du 2 novembre 1946. [Il] avait une vitesse maximale comparable à celle des chasseurs contemporains, et en même temps il avait cette meilleure maniabilité qui compterait dans les combats aériens, ainsi qu’une faible vitesse d’atterrissage, 57 mi/h, qui permettait de le poser sur de petites zones. »

Plus de 1 400 Hurricane sortirent des chaines de production de la Can-Car pour la guerre.

Le Gregor FDB-1 en cours de ravitaillement en carburant à la Roosevelt Field de Long Island, New York, en 1941. [Ingenium]

Le conte de deux prisonniers

Le capitaine d’U-boot Otto Kretschmer (à gauche, à droite) fut félicité par un officier supérieur allemand pour avoir coulé des navires alliés. [VCG Wilson/Bettmann Archive/Getty Images/615218184]

Au printemps et à l’été 1943, pendant qu’un officier de l’Aviation royale du Canada supervisait le creusement de tunnels secrets qui devaient servir à l’évasion d’un camp de prisonniers de guerre des nazis (sujet du film de guerre La grande évasion), un officier de la marine allemande faisait de même pour faire évader les prisonniers d’un camp canadien de l’autre côté de l’océan Atlantique, 6 500 kilomètres plus à l’ouest.

Mais, les efforts d’Otto Kretschmer, as des U-boots surnommé le « roi du tonnage », furent moins fructueux que ceux de Wallace Floody, capitaine d’aviation de Chatham, Ont., qui fut immortalisé dans le film sous le nom du « roi des tunnels ».

Kretschmer s’engagea dans la marine allemande en 1934 et il fut affecté deux ans plus tard aux U-boots. Il avait déjà commandé un sous-marin pendant deux ans quand éclata la Seconde Guerre mondiale, et il fit sombrer un navire danois et un contretorpilleur britannique peu après.

En avril 1940, il reçut le commandement de l’U-99 et se spécialisa dans les attaques nocturnes à la surface : il traversait les convois en diagonale pour cibler des navires individuellement. Il attachait beaucoup de valeur à la précision. Sa devise, « Un navire, une torpille », enfreignait la directive de la Kreigsmarine qui était de lancer des salves pour garantir le naufrage des embarcations.

À la tête de l’U-99, Kretschmer fit couler une quarantaine de bâtiments. Cela lui valut le surnom de « roi du tonnage », car pendant sa carrière militaire de 18 mois, il envoya par le fond plus de 270 000 tonnes de marchandises.

Le 16 mars 1941, lors de sa huitième patrouille, l’U-99 coula cinq navires en une heure. Avec un stock de torpilles épuisé et avec un submersible bien visible dans les flammes des navires incendiés, Kretschmer se sentit (tel que cité dans la nécrologie publiée par le Daily Telegraph) « aussi exposé qu’un homme prenant un bain de soleil sur une plage ».

Il plongea en catastrophe, mais il avait déjà été repéré par l’escorte du convoi et il fut attaqué par le HMS Walker. Six grenades sous-marines firent descendre l’U-99 sous la profondeur d’écrasement, puis il refit brusquement surface. L’appareil à gouverner avait été endommagé et les réservoirs de carburant avaient été fracassés. Il envoya un message en Allemagne : « Grenades sous-marines—capturé—Heil Hitler—Kretschmer. »

Il ordonna le sabordage de l’U-99 pour éviter que les Alliés ne s’en emparent, puis enjoignit à son équipage de mettre les canots de sauvetage à l’eau. Il envoya ensuite un message en morse avec une lampe au navire britannique : « De capitaine à capitaine. Prière de sauver mes hommes à la dérive vers vous. Je sombre. » Seuls trois hommes périrent lors du sabordage du sous-marin; 40 furent sauvés.

La perte de l’U-99 fut « un coup dur pour le moral et la propagande des Allemands », déclara-t-on dans le rapport d’interrogatoire britannique, surtout qu’un autre U-boot avait été capturé la nuit même. C’était « une importante victoire » aux premiers jours de la bataille de l’Atlantique.

Kretschmer et son équipage furent transférés à Londres, où les membres de la Royal Navy trouvèrent en l’interrogeant qu’il était « moins nazi qu’on ne l’avait supposé », et que bien qu’il eût 29 ans, il avait plus l’air d’un étudiant que d’un capitaine d’U-boot.

L’équipage « avait une impression exagérée de son importance et de sa dignité; cette estime de soi démesurée sans doute causée par l’adulation publique à laquelle il était habitué. »

La satisfaction que l’équipage affichait était surprenante. « Pour la première fois pendant la guerre, on ne note aucune critique à l’égard des officiers; au contraire, les hommes ont exprimé un fort degré de loyauté et d’admiration pour leur capitaine. »

Kretschmer était un héros national acclamé. Adolph Hitler lui-même l’avait décoré de la croix de chevalier avec épées et feuilles de chêne. L’équipage était reçu au champagne lorsqu’il était en permission à terre.

Le premier lieutenant déclara lors des interrogatoires que sur les 14 torpilles récemment tirées par l’U-99, 12 avaient atteint leur objectif, une l’avait manqué, et que la dernière n’avait pas fonctionné. « Cette déclaration est considérée comme étant erronée, nota-t-on dans le rapport de renseignements, mais l’équipage estime qu’il s’agit là d’une réussite extraordinaire ». C’était la première fois que les Britanniques entendaient la devise « Un navire, une torpille ».

Pendant que le capitaine de l’U-boot allemand était interrogé et envoyé dans un camp de prisonniers de guerre, d’abord en Angleterre, puis au Camp 30 près de Bowmanville, Ontario, le capitaine d’aviation Clarke Wallace Chant Floody suivait en Angleterre une formation de pilote de Spitfire à l’Escadrille no 401 de l’ARC.

Il avait 18 ans en 1936, au pire de la tourmente de la Grande Dépression. Il s’était alors fait embaucher comme chargeur de berlines, où il était payé à charger de cailloux et de boue les wagonnets d’une mine de l’Ontario du Nord. Puis, après un emploi de courte durée comme employé de ranch en Alberta, il s’était marié et il s’était installé en Ontario avec l’intention de travailler dans l’industrie minière.

Il s’enrôla dans l’Aviation royale du Canada en 1940, où il devint pilote de chasse. Lors de sa première mission de combat au-dessus de la France, le 27 octobre 1941, les commandes de son Spitfire furent détruites par un Messerschmitt. Floody actionna son parachute et fut immédiatement capturé. Six mois après Kretschmer, il devint ainsi prisonnier de guerre à l’âge de 23 ans.

Floody fut envoyé au Stalag Luft I, situé près de Barth, Allemagne, au bord d’un lagon de la mer Baltique. Il mit immédiatement son expérience minière à profit et participa à de nombreuses tentatives d’évasion. S’échapper, expliqua-t-il plus tard, « ce n’était pas seulement un devoir; on faisait de notre mieux pour décamper ».

En 1942, il fut envoyé à un camp mieux sécurisé, à environ 400 kilomètres plus à l’intérieur des terres, dans la ville qui est désormais Zagan, en Pologne. Le Stalag Luft III avait des barbelés, des mitrailleuses dans les tours de guet, des patrouilles itinérantes, des furets et des gardes expressément chargés de déceler les signes d’évasion. Les huttes étaient sur pilotis, situées à bonne distance de la clôture périphérique où tous les arbres avaient été coupés. Le sol sablonneux n’était pas propice au creusement, mais au cas où, il y avait quand même des dispositifs d’écoute pour détecter tout bruit suspect. D’après les Allemands, il était impossible de s’en échapper.

Le tunnel d’évasion ingénieux. [Capitaine d’aviation Ley Kenyon/Royal Air Force Museum]

Le tunnel d’évasion ingénieux fut conçu par Wally Floody, officier de l’ARC, (rangée de devant, deuxième à partir de la droite). À sa droite se trouve Henry Birland, lieutenant d’aviation, qui fut recapturé et exécuté par la Gestapo. [Ted Barris/IWM/205314318/Royal Air Force Museum]

Floody fut l’un de ceux qui leur donnèrent tort. Il fut immédiatement recruté par le comité qui planifiait l’évasion de 250 prisonniers. On espérait que certains arriveraient à rentrer en Angleterre, mais on s’attendait surtout à ce que les évadés se dispersent en sortant du camp, ce qui obligerait les Allemands à mobiliser des hommes et des ressources pour les rattraper.

Le projet consistait en trois tunnels de 100 mètres, à neuf mètres sous terre, hors de portée des dispositifs d’écoute allemands. Floody conçut l’éclairage, la ventilation et les systèmes électriques, et il était si crucial aux opérations qu’on lui interdit de se joindre aux autres tentatives d’évasion. On avait besoin de lui pour les tunnels, surnommés « Tom », « Dick » et « Harry ».

« J’en ai vraiment marre, se plaignait-il. On dirait que je passe ma vie dans un trou puant », fut-il rapporté des années après dans la nécrologie du Daily Telegraph londonien.

Les tunnels, étayés par des lattes de bois prélevés sur des couchettes, faisaient à peine plus d’un demi-mètre de largeur. Floody, six pieds trois, en était claustrophobe, mais il creusait quand même quand c’était son tour. Par deux fois, les tunnels s’effondrèrent sur lui.

Les prisonniers récupéraient (et volaient) tout ce qu’ils pouvaient. Ils utilisaient des boites de lait en poudre comme outils et lampes. Ils improvisèrent un système de ventilation avec des matériaux de rebu. Des équipes fabriquaient des documents d’identité et de voyage, ainsi que des vêtements, afin que les évadés puissent se faire passer pour des civils. Floody garda le talon d’une vieille botte pendant des années : elle avait été sculptée au rasoir pour reproduire un tampon en caoutchouc nazi. Ils soudoyaient des gardes amicaux pour se procurer des horaires de train, des piles et des vêtements ou ils leur soutiraient. Ils s’appropriaient de la literie, des lits de camp, des tables et des chaises.

Chaque mètre de tunnel produisait 1,3 tonne de terre qu’il fallait cacher. Ils en mélangeaient à la terre des jardins et en entreposaient dans les greniers des casernes ainsi que dans l’un des tunnels inutilisés. Comme il y avait plus de 11 000 prisonniers entassés dans des casernes étalées sur 24 hectares et que des prisonniers étaient affectés à distraire les gardes indiscrets, ils parvinrent à leurs fins.

Les prisonniers allemands au Canada étaient détenus dans un ancien centre d’éducation surveillée pour les garçons. Même après des agrandissements, il abritait moins d’un dixième de la population du Stalag Luft III. Et vu les hauts gradés et les nombreux prisonniers dont la réputation n’était plus à faire, notamment trois généraux, on leur accordait une attention particulière.

C’est dans ce contexte que Kretschmer planifia son évasion. Non seulement il devait s’échapper du camp, mais il devait éviter la capture pendant les jours ou les semaines que durerait le voyage vers la côte atlantique, avant de trouver un moyen de traverser l’océan pour regagner l’Allemagne.

Il se tourna vers le commandement allemand des sous-marins pour obtenir de l’aide. Un autre prisonnier était marié à la secrétaire de l’amiral Karl Dönitz, qui avait créé la flotte de sous-marins et l’avait dirigée, et qui était alors commandant en chef de la marine allemande. Kretschmer se servit des conjoints comme intermédiaires pour transmettre les messages codés dans lesquels la première lettre de chaque mot et les tirets et les points de code Morse s’équivalaient.

Kretschmer suggéra un itinéraire d’évasion et choisit Pointe Maisonnette, sur la baie des Chaleurs, au Nouveau-Brunswick. Idéalement, un U-boot viendrait récupérer les évadés le 27 ou le 28 septembre. L’opération Kiebitz était née, et elle permettrait à quatre membres importants du personnel de la Kriegsmarine de s’évader.

Elle fut bientôt suivie d’une contre-intrigue canadienne, l’Opération Pointe Maisonnette. Le renseignement naval canadien avait décodé les communications entre l’Allemagne et le Canada et coordonnait ses forces avec celles de la GRC pour déjouer la fuite en masse des prisonniers.

Les colis furent fouillés plus attentivement. Le laboratoire judiciaire de la GRC à Regina trouva du matériel d’évasion dissimulé dans la reliure d’un roman envoyé dans un colis de la Croix-Rouge : une carte marine de la côte est, une fausse pièce d’identité, et de l’argent. Le point de rencontre était indiqué sur la carte. La capture d’un U-boot fut donc incluse dans les plans; un très beau coup assurément.

Le livre ne pouvait pas être remis dans son état initial, alors pour éviter de révéler leur découverte, les agents du renseignement de la GRC le démantelèrent soigneusement, photographiant chaque étape, puis créèrent des copies de la couverture et de la reliure. Ensuite, ils cachèrent le contenu secret dans la reliure et l’envoyèrent au camp 30.

Les plans d’évasion reflétaient, à plus petite échelle, ce qui se passait au Stalag Luft III. Kretschmer décida également de creuser trois tunnels, dont un faisant 90 mètres de long, au cas où l’un serait découvert. Plus de 150 prisonniers participèrent aux efforts. Il y avait aussi des équipes qui préparaient de faux papiers et qui collectaient ou fabriquaient des vêtements civils. Les prisonniers recevaient également des articles bien utiles dans les colis de la Croix-Rouge, comme de l’argent canadien caché dans les doubles fonds de boites de conserve.

Toutefois, l’équipe de Kretschmer n’avait pas de Wally Floody. Ses tunnels étaient à moins de cinq mètres sous la surface, à portée des dispositifs d’écoute que la GRC utilisait pour suivre les progrès des préparatifs d’évasion. Le premier tunnel s’effondra à cause d’une infiltration d’eau. Les Allemands cachaient la terre dans les plafonds des casernes, et l’un s’affaissa une semaine avant la date de l’évasion, ce qui entraina la fouille du camp.

Puis, un tunnel s’effondra quand un prisonnier marcha au-dessus : la scène était bien trop évidente pour qu’on ferme les yeux dessus. Les futurs ex-évadés furent arrêtés. L’opération Kiebitz était kaput.

Un prisonnier de guerre allemand fit des centaines de kilomètres pour se rendre de Bowmanville, en Ontario, jusqu’au point de rendez-vous sur la côte du Nouveau-Brunswick où un U-boot devait le récupérer.

Cependant, le commandant de l’U-536, le sous-marin qui devait venir chercher les évadés, ne savait rien de tout cela. Un piège tendu au kapitänleutnant Rolf Schauenburg (voir l’encadré ci-haut) était en train de se fomenter.

L’opération Pointe Maisonnette reposait à l’origine sur un stratagème complexe. Les prisonniers s’échapperaient et seraient recapturés immédiatement. Les médias seraient informés d’une évasion en masse et de fausses nouvelles sur des captures fictives seraient diffusées, en utilisant de faux noms d’évadés, mais pas ceux des évadés qu’il fallait rattraper. Tout laisserait à penser pour le commandant de l’U-boot que l’opération se déroulait comme prévu. Mais quand l’U-boot arriverait au point de rencontre, il serait accueilli par un « officier » germanophone à la tête d’une équipe d’arraisonnement qui prendrait le contrôle du submersible.

Les Britanniques mirent leur veto à ce plan. On allait miser sur une souricière en mer pour cerner l’U-boot et le couler.

Les plans pour recapturer les prisonniers ne changèrent pas, et même si l’évasion de Kretschmer fut déjouée, Wolfgang Heyda, capitaine de l’U-boot, lui, s’évada vraiment et parvint jusqu’à la Pointe Maisonnette (voir l’encadré à la page 9).

L’U-536 s’introduisit dans la baie des Chaleurs dans les délais prévus. Pendant deux semaines, il remonta à la surface toutes les nuits et attendit les signaux lumineux du rivage durant deux heures. Un contretorpilleur, trois corvettes et cinq dragueurs de mines se cachaient derrière une ile voisine.

Le NCSM Rimouski, camouflé par un éclairage tamisé qui le rendait pratiquement invisible de nuit, était à la tête de la flottille. Il devait entrer dans la baie en secret et capturer le sous-marin.

Schauenburg était un capitaine expérimenté qui avait servi à bord du cuirassé Admiral Graf Spee, sabordé après la première bataille navale de la guerre. Il avait été fait prisonnier, s’était échappé à deux reprises, avait été recapturé, puis libéré suite à des négociations diplomatiques. Il avait rejoint le service des U-boots après son retour chez lui.

Les aviateurs alliés capturés par les Allemands étaient retenus dans le Stalag Luft III plein à craquer, en Pologne, tandis que les Allemands capturés par les Alliés étaient au camp d’internement 30 (ci-dessous) de Bowmanville. [Ted Barris/IWM/HU21013]

[BAC/4084411]

L’ancien prisonnier de guerre avait un bon instinct, et il était déjà méfiant quand il arriva à la baie des Chaleurs. Des membres de son équipage avaient repéré quelques navires de guerre, et l’absence de bateaux dans la baie était louche. Le 27 septembre, des feux de signalisation s’allumèrent sur la côte, mais ce n’étaient pas les bons. Un officier anglais qui parlait allemand tenta alors d’établir la communication par radio avec l’U-536. Schauenburg, alarmé, s’éloigna du rivage et gagna les profondeurs.

Heyda, quant à lui, venait d’être capturé à environ un kilomètre du lieu de rendez-vous. Il entendit des grenades sous-marines pendant qu’il se faisait interroger : c’était la marine à la poursuite du de l’U-boot.

Toutefois, Schauenburg échappa à ses poursuivants en restant immergé dans les eaux très peu profondes et faisant lentement son chemin. Le 5 octobre, il avertit l’amirauté allemande que le plan avait échoué. L’U-536 fut coulé six semaines après par la frégate britannique Nene et la corvette canadienne Snowberry en attaquant un convoi au nord-est des Açores, à l’ouest du Portugal. Ironie du sort, Schauenburg finit la guerre comme il l’avait commencée : prisonnier de guerre; cette fois dans un camp au Canada.

Sur le plateau de tournage du film La Grande évasion, Wally Floody (ci-dessus, au centre) est aux côtés des acteurs James Coburn (à gauche) et Charles Bronson qui joua le rôle du pilote, mais de nationalité polonaise. [Ted Barris]

Au printemps 1944, les grands plans d’évasion des officiers alliés furent couronnés de succès. Le premier prisonnier de guerre allié émergea du tunnel du Stalag Luft III le 24 mars et s’aperçut qu’il n’avait pas atteint la forêt avoisinante où il allait se réfugier. Avec d’autres évadés, il dut traverser un terrain à découvert et choisir le bon moment pour s’élancer en évitant les patrouilles et les projecteurs.

Un temps crucial fut également perdu lors d’une panne de courant et du travail de réparation. Seuls 76 hommes, dont neuf Canadiens, passèrent les barbelés avant la découverte de l’évasion; 73 d’entre eux furent recapturés. Floody n’était pas dans le lot.

Trois semaines avant la date de l’évasion, les gardiens étaient devenus méfiants et avaient transféré 20 prisonniers à un autre camp, dont Floody. Cela lui sauva peut-être la vie.

Hitler ordonna l’exécution de 50 des évadés, dont six Canadiens, même si les Conventions de Genève prévoyaient que les sanctions disciplinaires qu’encouraient les prisonniers qui tentaient de s’échapper ne devaient pas dépasser un mois d’emprisonnement (on leur donnait géné-ralement 10 jours). Les Allemands faisaient ainsi passer le message aux Alliés que les évasions étaient prises très au sérieux.

Seulement, pour les prisonniers des deux côtés de l’océan, s’enfuir restait un devoir. L’Ordre de l’Empire britannique fut décerné à Floody, qui l’avait accompli.

« Le capitaine d’aviation Floody a été en grande partie responsable de la construction du tunnel emprunté par 76 officiers pour s’échapper du Stalag Luft III, est-il dit dans la citation. Tout au long de son incarcération, il a fait preuve d’une détermination exceptionnelle dans la poursuite de ce travail. Maintes et maintes fois, des projets étaient découverts par les Allemands, mais en dépit de tous les dangers et des difficultés, [il] a persisté, faisant preuve d’un courage et d’un sens du devoir incontestables. »

Floody et Kretschmer ont tous deux réussi dans la vie après la guerre. Le Canadien se fit homme d’affaires et fut cofondateur de la RCAF Prisoners of War Association. Kretschmer retourna à la marine, où il accéda au grade d’amiral. Il devint officier d’état-major de l’OTAN en 1962 puis fut nommé chef d’état-major du Commandement baltique.


Schauenburg le futé

Le commandant de l’U-boot envoyé pour récupérer les Allemands qui devaient s’évader d’un camp de prisonniers de guerre canadien à Bowmanville, en Ontario, fut fait prisonnier au début de la guerre et de nouveau à la fin.

Le kapitänlutnänt Rolf Schauenburg, dont la carrière débuta en 1934, était déjà un marin chevronné quand il participa à la première bataille navale de la Seconde Guerre mondiale en tant qu’officier d’artillerie antiaérienne à bord de l’Admiral Graf Spee, qui avait coulé au moins huit navires marchands avant de se mesurer à des bâtiments britanniques à la bataille du Rio de la Plata, au large de l’Uruguay, le 13 décembre 1939.

Endommagé et n’ayant pas assez de carburant pour rentrer à son port d’attache, le navire fut sabordé et son équipage, dont Schauenburg, fait prisonnier. Schauenburg s’échappa à deux reprises et traversa l’Argentine déguisé en marchand de tissus, mais il fut recapturé les deux fois. Lorsque sa libération fut négociée, il retourna en Allemagne et s’engagea dans le service des U-boots en 1941.

Contrairement à Kretschmer, Schauenburg, âgé de 33 ans, n’était pas aimé de son équipage.

Alors que d’autres équipages d’U-boot bénéficiaient d’un certain laxisme étant donné l’environnement sale, exigu et surchauffé des sous-marins, Schauenburg insistait sur une discipline rigoureuse ainsi que sur une tenue et une hygiène correctes. C’était un nazi fanatique et idéaliste, révèla un homme d’équipage lors de son interrogatoire.

Et il n’avait pas été le premier choix pour la mission : deux autres U-boots avaient été perdus avant de pouvoir mener à bien la mission au Canada.

Grâce à son talent, il attei-gnit la baie des Chaleurs, au large du Nouveau-Brunswick, à temps pour récupérer les évadés allemands du camp 30 de Bowmanville, Ontario. Son instinct lui permit d’échapper au coup de filet des 10 bâtiments de guerre alliés en restant le plus près du rivage possible, à peine submergé, et en écoutant les efforts de recherches en surface à l’aide d’hydrophones. Il atteignit l’Atlantique, mais ne se retrouva pas en sécurité pour autant.

L’U-536 rejoignit une flottille d’U-boots qui sui-vait, au nord-est des Açores, un convoi faisant cap sur Gibraltar le 20 novembre 1943. Le sous-marin, avec une réserve de carburant en baisse et sans torpilles restantes, était submergé lorsqu’il fut repéré par trois des navires d’escorte du convoi, les canadiens Snowberry et Calgary et le britannique Nene.

Le Snowberry lança deux grappes de grenades sous-marines réglées à diverses profondeurs.

« Si le sous-marin n’a pas été endommagé, au moins il a été bien secoué », déclara le lieutenant JA Hamish Dunn, commandant du Snowberry, cité par Michael L. Hadley dans U-Boats Against Canada (les U-boots contre le Canada, NDT).

Le submersible avait en fait été gravement endommagé. Quand il remonta à la surface, « l’équipe d’un canon fit irruption et courut vers son arme. On pouvait voir nos balles traçantes de 20 mm derrière eux avant qu’ils se jettent à la mer. Une autre équipe les suivit et subit immédia-tement le même sort », déclara Frank Moss, matelot de 1re classe du Calgary, cité par Mac Johnston dans Corvettes Canada.

« Rétrospectivement, c’était bien triste, ajouta Mac Orr du Calgary. Si l’équipage n’avait pas essayé de se battre avec nous trois et s’était simplement rendu, au lieu de sauver 18 vies, nous aurions probablement pu sauver tout le monde. »

Schauenburg passa le reste de la guerre dans un camp de prisonniers au Québec.


L’évadé qui ne se douta de rien

L’as des U-boots Wolfgang Heyda réussit à tirer profit de la malchance dont furent accablés d’autres détenus.

Après l’arrestation d’Otto Kreschmer et des autres évadés potentiels de l’opération Kiebitz, Heyda, dont le nom ne se trouvait pas sur leur liste, déjoua la surveillance du camp à l’aide d’une technologie de l’ère de la voile.

Des fils électriques tendus entre des poteaux passaient au-dessus la clôture en barbelés qui entourait le camp de prisonniers de guerre allemands à Bowmanville, Ontario. Heyda eut l’idée d’utiliser une chaise de calfat, une planche suspendue par des cordes comme on les utilisait autrefois pour calfater les navires, comme passeport pour la liberté.

Heyda se servit de grappins improvisés pour grimper sur un poteau, fit glisser une chaise de calfat de fortune le long des fils et au-dessus de la clôture, puis descendit sur le poteau à l’extérieur du camp.

Il s’évada le 24 septembre 1943 alors que d’autres prisonniers détournaient l’attention des gardes. Portant des vêtements civils et avec de l’argent destiné au groupe de Kreschmer dans les poches, il prit le train à Bowmanville et se rendit au Nouveau-Brunswick.

Il se fit passer pour Fred Thomlinson de Toronto, ingénieur de l’armée récemment libéré qui se rendait au Nouveau-Brunswick faire des relèvements géologiques pour la marine. Ses faux papiers avaient la signature contrefaite d’un amiral canadien. Ses documents étaient si bien faits qu’il berna un cordon de sécurité près de sa destination où on l’avertit seulement de ne pas se promener sur la plage tard en soirée.

Ne se doutant pas que quelque chose avait mal tourné, il se rendit effectivement à la plage, où il fut accueilli par des soldats canadiens qui justement le cherchaient. Il fut arrêté alors que le point de rencontre était à portée de vue.

Heyda passa le reste de la guerre au camp 30. Il mourut de la polio trois mois à peine après sa sortie en mai de 1947.

Le porte-avion glaçon

 

De la glace du lac Patricia, en Alberta, fut utilisée pour le prototype de navire de glace très secret, qui était déguisé en hangar à bateaux. [Jasper-Yellowhead Museum & Archives]

Les porte-avions, qui protégeaient les convois lorsqu’ils étaient trop loin des bases aériennes, étaient une grande innovation pendant la Seconde Guerre mondiale. Mais l’aluminium et l’acier étaient très demandés. Était-il possible d’utiliser d’autres matériaux?

Geoffrey Pyke, chercheur au Combined Operations Headquarters en Grande-Bretagne, savait combien il est difficile de détruire un iceberg. Il se posa donc la question suivante : pourrait-on niveler la surface de l’un de ces mastodontes pour y construire un aérodrome?

De la glace du lac Patricia, en Alberta, fut utilisée pour le prototype de navire de glace très secret, qui était déguisé en hangar à bateaux. [Jasper-Yellowhead Museum & Archives]

Le problème, c’est que seuls 10 p. cent seulement du volume d’un iceberg est au-dessus de la surface de l’eau. Il aurait fallu un iceberg avec des centaines de mètres de glace sous l’eau pour qu’il soit assez grand pour accueillir une piste, et il aurait donc été impossible de le tirer. En outre, les icebergs ont une fâcheuse tendance à fondre au beau milieu de l’Atlantique.

[Illustrations by Joel Kimmel]

[Illustrateur Joel Kimmel]

Geoffrey Pyke: eut l’idée de fabriquer un gigantesque porte-avion principalement en glace. [Illustrateur Joel Kimmel]

Place donc au pykrète, mélange d’eau et de pâte de bois qui se révèle étonnamment solide lorsqu’il est congelé. Inventé par des chimistes spécialistes en polymères et nommé en l’honneur de M. Pyke, c’était un matériau qui fondait lentement et on pouvait lui donner une forme à l’instar du bois ou du métal, matériaux qu’il pourrait remplacer… pour construire un porte-avion, par exemple. Winston Churchill, premier ministre britannique, en était un fervent partisan.

Où tester la faisabilité du projet? Eh bien, au Canada, bien sûr, pays des hivers froids et de chercheurs qui s’y connaissaient en glaciologie. On donna au projet le nom d’Habacuc, d’après le huitième petit prophète de l’Ancien Testament à qui on avait dit d’attendre une merveille incroyable. 

Le Conseil national de recherches fut chargé de construire un prototype au lac Patricia, près de Jasper, en Alberta. Après l’achèvement en 1943 du modèle réduit qui mesurait 18 mètres sur 9 et pesait 1 000 tonnes, le comité canadien de la guerre alloua 1 million de dollars à la construction d’un porte-avion à l’échelle réelle qui devait être prêt en 1944.

Le Canada avait les matières premières nécessaires : 300 000 tonnes de pâte de bois, 25 000 tonnes de panneaux de fibres isolants, 35 000 tonnes de bois d’œuvre et 10 000 tonnes d’acier. L’Amirauté britannique estima au début que le cout de construction du « bergship » serait d’environ 700 000 livres (1,2 million de dollars canadiens), tandis qu’un porte-avion conventionnel d’alors coutait quelque 70 millions de dollars canadiens.

Mais, bâtir un prototype était une chose, construire un colosse de 610 mètres de longueur en était une autre. Les Britanniques avaient établi le cahier des charges suivant :

• une vitesse de sept nœuds

•un gouvernail de 30 mètres de longueur

•une autonomie de 11 000 kilomètres

• une coque résistant aux torpilles

• une piste pour bombardiers lourds

Il aurait fallu une coque réfrigérée de 12 mètres d’épaisseur pour que le pykrète ne fonde pas.

Les ingénieurs canadiens estimèrent la durée de la construction à cinq ans, en faisant venir des milliers de travailleurs d’autres chantiers militaires. Et il aurait fallu beaucoup plus de bois d’œuvre, de béton, de pykrète et de glace que les Britanniques ne l’avaient prévu. Il y avait des problèmes techniques à régler, comme le contrôle d’un gouvernail d’une longueur de 30 mètres. Les Canadiens prévinrent aussi que la facture pourrait atteindre une centaine de millions de dollars.

Pendant ce temps, on avait trouvé d’autres moyens de gérer l’allée des U-boots. Des aérodromes aux Açores s’ouvrirent aux avions des Alliés, et les Britanniques mirent au point de plus gros réservoirs de carburant pour des vols plus longs ainsi que des radars plus précis. Ils construisirent aussi davantage de porte-avions. En mai 1943, Mackenzie King recommanda de mettre fin au projet.

Le prototype fondit lentement et coula au fond du lac Patricia. Les plongeurs peuvent encore apercevoir l’épave aujourd’hui.


LES CHIFFRES

610 mètres Longueur du plan du porte-avion à taille réelle (presque deux fois la longueur du plus long porte-avion d’aujourd’hui)

30 mètres Longueur du gouvernail

12 mètres Épaisseur de la coque

280 000 Nombre de blocs de pykrète

100 millions dedollars (ou plus) Cout estimé de la construction en 1943

1,5 milliard En dollars de 2020

ÉDITORIAL: Affronter la tempête

J’ai vu ou entendu parler d’innombra-bles initiatives spontanées au sein de la Légion pour aider nos anciens combattants et nos communautés à traverser cette tempête. » C’est par ces mots que Tom Irvine, président de la Légion royale canadienne, a mis en évidence la générosité et la camaraderie des groupes de militaires et d’anciens combattants du Canada, surtout en ces temps difficiles.

Toutes les filiales du pays sont fermées depuis la mi-mars, et beaucoup font face à de grandes difficultés financières à cause de la chute des revenus provenant des évènements et collectes de fonds. Les factures engloutissent l’argent mis de côté. Certaines, déjà au bord du gouffre en raison de la baisse du nombre de leurs membres, ne survivront probablement pas à cette épreuve. (Le Conseil exécutif fédéral a créé un fonds de soutien de 3 millions de dollars pour les filiales en difficulté.)

Mais cela n’empêche pas les membres de faire de bonnes actions — à bonne distance! — dans leurs communautés pour aider les anciens combattants isolés et vulnérables à affronter la crise de la COVID-19. Par leurs gestes, ils leur rendent aussi hommage.

« Ce qu’on fait, c’est qu’on appelle nos anciens combattants habituels toutes les semaines ou tous les quinze jours, a expliqué Michael Cormican, président de la filiale Stewart, au Lethbridge Herald. Jusqu’à présent, ils semblent tous avoir le moral, et la plupart comprennent bien la situation. Ils nous sont reconnaissants de rester en contact et de nous assurer qu’ils vont bien. »

Dans le comté de Yarmouth, en Nouvelle-Écosse, une poignée de membres de la filiale Wedgeport ont adressé leurs vœux à l’ancien combattant Alcide LeBlanc, le 21 mars, jour de son 100e anniversaire. En se tenant bien à l’écart les uns des autres (la province a déclaré l’état d’urgence le lendemain), ils lui ont chanté « Happy Birthday » (Joyeux anniversaire, NDT) en brandissant des pancartes et le saluant de la main. Cela a fait sourire l’heureux centenaire derrière la fenêtre de l’établissement de santé où il réside.

La filiale ontarienne Collingwod a proposé une propriété lui appartenant pour y faire construire un hôpital de campagne au cas où le nombre de patients dépasserait la capacité du Collingwood General and Marine Hospital. Le conseil municipal a approuvé le prélèvement de 100 000 $ dans son fonds d’urgence de la COVID-19 pour préparer les lieux.

La filiale Regina a transformé sa deuxième course annuelle YQR VetRun des 25 et 26 avril en course virtuelle, où les participants ont chacun parcouru un itinéraire de leur choix de façon indépendante pour respecter les règles de distanciation. L’événement a permis de recueillir 8 135 $ pour le Fonds du coquelicot.

Les commémorations du 75e anniversaire de la libération des Pays-Bas et de la fin de la Seconde Guerre mondiale ont aussi dû prendre une plus petite ampleur publique. Les défilés d’anciens combattants et les cérémonies publiques ont été annulés, mais on a trouvé d’autres moyens de marquer l’occasion.

Le 8 mai, Ottawa a diffusé une cérémonie virtuelle sur la page Facebook « Le Canada se souvient » mettant en vedette la gouverneure générale Julie Payette qui a encouragé les Canadiens à « célébrer la liberté et à rester forts face à l’adversité ». Les 22 membres de Musique de l’Artillerie royale canadienne, réunis dans une mosaïque vidéo, ont joué « Ô Canada ».

Des membres de la Légion solitaires ont déposé des couronnes à des cénotaphes aux quatre coins du Canada, et la Légion a demandé aux personnes qui la soutiennent de publier des photos d’elles vêtues de rouge en l’honneur des sacrifices consentis. En Angleterre, la BBC a assuré une vaste programmation du jour de la victoire en Europe en diffusant notamment le discours du premier ministre Winston Churchill du jour où il la déclara.

Tout cela renforce le point de vue de M. Irvine. Les anciens combattants sont parmi les membres les plus honorés – et les plus vulnérables – de la société. Même si nous ne pouvons pas nous réunir avec eux ni pour eux en ce moment, il existe une myriade d’autres façons de les soutenir et de leur rendre hommage, chez nous et dans nos cœurs.

Un nouveau manteau pour Sussie

Everdina (Sussie) Cretier et sa famille évitèrent un coup de filet allemand en 1944 et s’enfuirent en n’emportant que les vêtements qu’ils avaient sur eux. [MCG / 20060093-001]

EN septembre 1944, un coup de filet allemand se refermait autour de la famille Cretier dans la ville de Rossum, aux Pays-Bas, à environ 80 kilomètres au sud d’Amsterdam.

Willem Cretier, qui s’était engagé dans la résistance hollandaise, avait évité la capture, alors les Allemands essayèrent de s’en prendre aux membres de sa famille. Il se livrerait certainement pour leur sauver la vie.

Or, son épouse, Geert, avait été prévenue, et elle s’échappa avec leurs trois enfants, deux garçons, Kees et Gérard, et une fille de 10 ans, Everdina, surnommée Sussie. La famille se rassembla dans une ville voisine où elle dut se cacher sous le plancher d’une maison pendant que les Allemands la fouillaient de fond en comble.

[Alan J Buick]

Le manteau de toile avait été offert en cadeau de Noël par l’équipage de char canadien dont Bob Elliott faisait partie. [Alan J Buick]

Bob et Sue Elliott. [Alan J Buick]

Willem était sûr qu’ils finiraient par être découverts. Lors d’une fuite éperdue, la famille traversa un champ à découvert jusqu’aux lignes canadiennes d’où le Fort Garry Horse Regiment la couvrit par un tir de suppression quand des Allemands dans le clocher d’une église voisine la prirent pour cible.

Les Cretier trouvèrent refuge à Alphen, mais ils y éprouvèrent beaucoup de difficultés, contraints de vivre dans une seule pièce et accablés par la disette tout au long de l’hiver de la faim. Un régiment de campagne et un bataillon d’infanterie canadiens, qui arrivèrent dans la ville le 12 novembre, y restèrent pendant cinq mois : assez longtemps pour que se créent des liens d’amitié.

Sussie, sous-alimentée et portant des vêtements usés jusqu’à la corde, quêta des cigarettes pour son père auprès d’un équipage de char d’assaut avec qui elle se lia d’amitié, et dont faisait partie Bob Elliott, qui avait alors 19 ans. L’équipage lui en donna, ainsi que de la gomme et du chocolat pour les enfants. Lorsque Willem, qui était mécanicien avant la guerre, alla remercier les hommes, il se fit embaucher pour travailler sur les chars canadiens.

L’équipage d’Elliott se fit très ami des Cretier, surtout de Sussie, et nomma son char en l’honneur de cette dernière. À Noël, ils lui donnèrent en cadeau de nouveaux vêtements : des chaussures, un chandail, une écharpe, ainsi qu’un manteau et un pantalon fabriqués à partir d’une couverture de l’armée. Chaque soldat avait fait don d’un bouton d’uniforme pour le manteau. Sussie en fut ravie, et sa famille, très touchée.

En février, les habitants d’Alphen firent une haie d’honneur lorsque les chars quittèrent la ville pour se rendre à Nimègue. La guerre prit fin en mai, et les Néerlandais se mirent à rebâtir leur vie. Elliott rendit une dernière fois visite aux Cretier avant de revenir au Canada.

Sussie et Bob poursuivirent chacun sa carrière par la suite, se marièrent et eurent des enfants. En 1981, quand Elliott rendit de nouveau visite aux Cretier, ils étaient tous deux en ins-tance de divorce. Sussie lui montra le précieux manteau qu’elle avait gardé depuis presque 40 ans, ce qui raviva les souvenirs heureux d’un Noël lointain et des généreux Canadiens.

Bob et Sussie tombèrent amoureux et se marièrent en 1985, habitant bientôt tour à tour les Pays-Bas et le Canada.

Sussie, qui s’appelait dorénavant Sue Elliott, donna le manteau à la filiale albertaine Olds de la Légion royale canadienne, de laquelle Bob et elle étaient membres. Il fut exposé pendant les 10 années suivantes avec des objets souvenirs de la filiale et utilisé lors de discussions avec des anciens combattants dans les écoles de la localité. En 2006, il fut donné au Musée canadien de la guerre, à Ottawa.

« Le manteau est un important artéfact de la guerre », dit Alan Buick, auteur de The Little Coat: The Bob and Sue Elliott Story (Le petit manteau : l’histoire de Bob et Sue Elliott, NDT). « C’est un symbole de la compassion que les soldats canadiens avaient envers les Néerlandais. »

Et de la reconnaissance profonde de ces derniers envers leurs libérateurs.

Bob Elliott mourut en 2015. Sue, atteinte de la maladie d’Alzheimer, fut admise peu après dans un établissement de soins de longue durée.

ÉMEUTE RUE BARRINGTON!

FÊTE DE RUE: La foule en liesse se rassemble dans la rue Salter, entre les rues Hollis et Barrington, à Halifax, le 8 mai 1945, jour de la victoire en Europe. Les émeutiers brisèrent les vitrines de plus de 200 commerces et de nombreux actes de pillage prirent place. [Archives de la Nouvelle-Écosse/N-1404]

Pendant la Seconde Guerre mondiale, la population d’Halifax a explosé avec l’arrivée de dizaines de milliers de membres de l’armée, de la marine et de l’aviation, sans oublier les marins marchands, les travailleurs civils et leurs familles. Les nouveaux venus étaient en concurrence avec la population locale pour obtenir des produits, des services, et se loger, car on manquait de tout pendant la guerre.

Des propriétaires peu scrupuleux louaient au prix fort de minuscules surfaces à peine habitables où les toilettes, la salle de bain et la cuisine, si de telles commodités existaient, étaient généralement communes. Les marins et les civils souffraient aussi du peu de services à leur disposition dans la ville portuaire et de l’accès limité à ceux-ci.

« La ville était véritablement surpeuplée, a déclaré un membre du Service féminin de la Marine royale du Canada, qui comptait presque un millier de membres détachés dans la région d’Halifax. Et cela créait beaucoup de tension. »

Alors que la guerre touchait à sa fin, le contre-amiral Leonard Murray, commandant supérieur de la marine de la ville, ordonna à ses subordonnés de s’organiser pour l’évènement. On annonça qu’à part les gens dont les fonctions étaient indispensables, tout le monde pourrait quitter la caserne.

Le 8 mai, jour de la victoire en Europe, les 11 salles de cinéma de la région restèrent porte close. Quarante-six des 55 restaurants de la ville demeurèrent fermés toute la journée et ceux qui servaient baissèrent le rideau avant 16 h. Aucun des magasins d’alcool n’ouvrit.

Alors que soldats et marins auraient pu célébrer la victoire durement acquise face à un ennemi tenace et impitoyable, il n’y avait pas un film à voir, pas un restaurant d’ouvert et pas d’alcool à consommer. Tels furent les ingrédients des troubles à venir.

UNE FOULE EXPLOSIVE La foule venue fêter le jour de la victoire en Europe afflue dans la rue Hollis à Halifax, et le mécontentement gronde. Toutes les contrariétés que les militaires ressentaient se sont exprimées au moment où la guerre a pris fin. [Archives de la Nouvelle-Écosse/N-0638]

La nouvelle que la guerre était terminée se répandit prématurément le 7 mai, et les gens descendirent dans les rues pour célébrer la victoire. Des marins à l’humeur bagarreuse arrêtèrent un tramway à l’extérieur de la base navale, à l’extrémité nord de la ville, et en cassèrent les fenêtres. Près de 10 000 marins, bientôt rejoints par plusieurs milliers de civils, déboulèrent dans les rues Barrington et Hollis du centre-ville, brisant les vitrines et pillant les commerces.

Les premières cibles furent les magasins d’alcool. D’abord celui de la rue Sackville, dévalisé en premier, puis deux autres vers minuit. Le grabuge prit fin à une heure du matin. Des policiers surveillaient les magasins d’alcool pendant que les patrouilles à terre arrêtaient les marins et les ramenaient à leur caserne.

Tout était calme aux premières heures du 8 mai. Malgré les traces des dégâts causés par ses hommes, Murray ne revint pas sur la permission qu’il leur avait accordée pour la journée.

« Si les civils ont le droit de se rendre au centre-ville pour les réjouissances, jugea-t-il, pourquoi les marins en seraient-ils privés? » La réponse à cette question serait bientôt évidente.

À 13 h, la bière vint à manquer dans la cantine de la marine. Après avoir fracassé des bouteilles, environ 2 000 matelots descendirent dans la rue Barrington et s’approprièrent un tramway. Ils en expulsèrent le conducteur et les passagers, cassèrent les portes et les sièges, et prirent la direction du centre-ville.

Une foule dense les suivait. En route vers le sud de la ville, des gens fracassèrent les fenêtres de plusieurs maisons, puis ce fut le tour des grandes devantures de magasins comme T. Eaton Company, People’s Credit Jewellers et Birks and Sons. Les rues et les trottoirs furent rapidement couverts d’éclats de verre. La foule en chemin vers la brasserie Keith s’empara de tout ce qu’elle pouvait dans les vitrines démolies.

Dans l’après-midi, la foule survoltée s’en prit au magasin d’alcool de la rue Sackville, mais elle fut repoussée par des policiers civils et militaires. Un attroupement de 4 000 personnes, principalement des marins, vint à bout de la grille de fer de la brasserie Keith et s’y engouffra. Lorsqu’arriva son propriétaire, le colonel Sidney Oland, il pénétra dans l’entrepôt et aida ses ouvriers à donner une caisse de bière à chaque homme.

Les commandants de la marine, de l’armée et de l’aviation se trouvaient alors à un service commémoratif. Ils furent avertis du pillage du magasin d’alcool à 15 h. Peu avant 18 h, ils décidèrent que les « réjouissances » prendraient fin à 18 h et qu’un couvre-feu serait instauré dès 20 h.

Le calme était revenu à minuit, même si restaient dans les rues la patrouille à terre et les marins qui avaient été mis à contribution pour aller récupérer ceux qui cuvaient ou qui étaient trop ivres pour retourner à la caserne de leur propre chef. Les marins alcoolisés étaient jetés dans des camions.

La quantité de boissons alcoolisées « confisquées » aux magasins d’alcool et à la brasserie Keith était stupéfiante : 6 987 caisses de bière et 35 772 pintes; 1 225 caisses de vin et 1 692 bouteilles; 65 332 pintes de spiritueux et 2 caisses d’alcool. Les autorités récupérèrent par la suite 1 690 pintes de spiritueux, 81 caisses de bière et 10 caisses de vin.

Les pertes matérielles furent chiffrées à 5 millions de dollars. Presque 2 650 panneaux de verre et fenêtres avaient été brisés, et une voiture de police ainsi qu’un tramway avaient été brûlés. On compta trois décès et plusieurs centaines de blessés, principalement à cause des morceaux de verre.

Comme on pouvait s’y attendre, quand vint le temps de désigner les coupables, tous les yeux se tournèrent vers la marine.

SANTÉ, LES AMIS! Des soldats et des marins brandissent une bouteille au milieu du chaos le 8 mai 1945. [Archives de la Nouvelle-Écosse/1981-412 10]

En dépit des signes de troubles de la nuit précédente, le contre-amiral Leonard Murray accorde une journée de permission aux marins en arguant qu’ils ont le droit comme tout le monde de fêter l’évènement.[Archives de la Nouvelle-Écosse/1981-412 10]

Murray croyait dur comme fer que la plupart de ses ma-rins étaient innocents. « Je suis convaincu, affirma-t-il, que, bien que des militaires aient été présents au cours de l’après-midi, dans presque tous les cas, ce sont des civils qui ont mené l’assaut, et qu’ils ont encouragé les militaires à y prendre part. »

Le gouvernement fédéral ordonna peu après l’institution d’une commission royale sur les émeutes sous la direction du juge Roy Kellock de la Cour suprême du Canada. Il imputa clairement les émeutes à la marine.

« Après les premiers signes de troubles, dit Kellock dans son rapport, la propagation et la continuation des incidents sont imputables au commandement naval qui n’a pas réprimé les troubles initiaux lors de chacun de ces deux jours. »

Des militaires et des civils, avec parmi eux des enfants, pillent un dépanneur lors des émeutes. [Musée de la marine à Halifax]

Kellock ne tint ostensiblement pas compte de la possibilité d’autres causes aux troubles, comme le ressentiment éprouvé à cause de la fermeture des restaurants et des cinémas, ou l’animosité sous-jacente des militaires à l’égard d’Halifax en raison de la surpopulation et d’autres contrariétés. Il conclut que le personnel de l’armée et de l’aviation étaient restés sous contrôle, tandis que plus de 9 000 marins sur 13 306 avaient quitté leur unité le 7 mai et avaient été rejoints par 500 autres le lendemain.

« Rien d’étonnant, déclara Kellock, à ce que beaucoup de marins soient allés en ville. Rien n’avait été programmé pour qu’ils s’en tiennent à l’écart. »

Les marins immobilisent huit tramways, puis en fracassent les fenêtres et mettent le feu à au moins l’un des véhicules publics. [Musée de la marine à Halifax]

BK Sandwell, rédacteur en chef du Saturday Night, hebdomadaire national influent, tira ses propres conclusions. Il écrivit que lorsque la guerre avait soudain érigé Halifax au rang des grands ports du monde, la ville ne s’était pas adaptée aux changements qui lui avaient été imposés et avait continué « d’être une petite ville portuaire, avec un mode de vie et un ensemble de règlements très différents de ceux des autres grandes municipalités maritimes ».

Sandwell critiqua en particulier la règlementation excessive de l’offre d’alcool, qu’on ne pouvait acheter que dans les magasins du gouvernement et que l’on devait consommer chez soi. Cela n’était vraiment pas pratique pour des militaires vivant dans une caserne ou à bord d’un navire, fit-il remarquer.

En dépit des conclusions de la commission royale, le reste du pays tint pour responsable des émeutes les Haligoniens, surtout en raison de leur comportement à l’égard des marins pendant la guerre. En fin de compte, Murray fut jugé responsable de n’avoir pas exercé un contrôle suffisant sur les marins lors des émeutes du jour de la victoire en Europe. Il présenta sa démission en septembre 1945 et elle fut acceptée étonnamment rapi-dement. Il prit officiellement congé de la Marine royale canadienne le 14 mars 1946.

Beaucoup de gens esti-mèrent que Murray était un bouc émissaire, et qu’en fait, les coupables étaient certains de ses subordonnés. Son illustre carrière militaire prit fin sans la reconnaissance qu’il méritait après le rôle qu’il avait joué lors de la bataille de l’Atlantique. Murray déménagea en Grande-Bretagne, devint avocat, et y vécut jusqu’à sa mort en 1971.

Un marin cuve. Une enquête dirigée par le juge de la Cour suprême Roy Kellock ne tint pas compte de la fermeture des bars et des restaurants et assigna à la marine la responsabilité des troubles. [Archives de la Nouvelle-Écosse/1981-412 9]

Distance sociale

Aumoment où nous écri-vons, notre monde s’est métamorphosé de façon spectaculaire. Vu la radicalité de la transformation de notre façon de vivre, on pourrait comparer cela à une mobilisation en temps de guerre. Et comme en temps de guerre, l’incertitude règne.

La propagation exponentielle du coro-navirus – COVID-19 – a affecté toutes les sphères de la société, y compris la communauté des militaires et des anciens combattants du Canada, bien sûr. Au moment où vous lisez ces lignes, de nombreuses mesures sans précédent ont été mises en œuvre pour ralentir la propagation.

C’est essentiellement une infection pulmonaire, identifiée pour la première fois, en Chine, en décembre 2019, et caractérisée par un syndrome respiratoire aigu grave. Les symptômes courants sont la fièvre, la toux sèche et l’essoufflement.

La première injection du premier essai de vaccin contre le coronavirus a eu lieu le 16 mars à Seattle. Quarante-cinq volontaires devaient recevoir deux doses, à un mois d’intervalle. Des tests de médicaments antiviraux existants ont également commencé. Malgré ces bonnes nouvelles, on ne s’attend pas à ce qu’un vaccin soit disponible avant 12 à 18 mois.

La rapidité et la durée de la propagation de la maladie étant difficiles à prédire, les mesures prises pour la ralentir sont nombreuses et remarquables. L’état d’urgence a été déclaré dans nombre de pays, et la coopération internationale s’est intensifiée. Les protocoles mis en œuvre par les systèmes de santé, qui ploient sous le volume de travail, sont remplis d’exigences. Le personnel soignant est en première ligne, au péril de sa vie.

Les économies qui titubent sont soutenues par d’énormes injections d’argent du gouvernement – en appui aux travailleurs, aux employeurs et à la relance économique. Les gens pratiquent quelque chose de nouveau et de tout à fait contraire à la nature humaine : la distanciation sociale.

Comme les autres organisations sociales, les associations d’anciens combattants ont pris des mesures draconiennes. Sur leurs sites Web, la Direction nationale (legion.ca/covid-19) et les directions divisionnaires ont détaillé les mesures qu’elles ont prises, en suivant les directives des responsables de la santé publique.

Les filiales continuent de soutenir les anciens combattants et leur famille, en livrant de la nourriture et en mettant sur pied des systèmes d’appels pour prendre des nouvelles, par exemple. Les bénévoles restent en contact avec les membres de groupes à risques élevés, par téléphone ou par courriel et, au besoin, leur font parvenir de l’aide médicale ou des repas. Le département des Services aux anciens combattants de la Légion continue de servir les clients (613-591-3335, 877-534-4666; veteransservices@legion.ca).

Le monde fut frappé par la plus grande pandémie depuis la peste bubonique au moment où la Première Guerre mondiale se terminait. La pandémie de grippe de 1918-1921 causa la mort de 20 à 50 millions de personnes. Quelque 50 000 Canadiens succombèrent à la maladie. Les militaires s’avérèrent de parfaits incubateurs : coincés dans les camps, les casernes, les trains et les navires, ils s’infectaient les uns les autres, et ils finirent par contaminer le reste de la population (voir « Montréal dans le sillage la grippe espagnole », septembre/octobre 2018).

Pas cette fois-ci.

Le ministère de la Défense nationale et les Forces armées canadiennes se sont mis sur le pied de guerre contre la pandémie : cessation des activités qui exigent un contact rapproché, restriction des unités aux fonctions essentielles, fermeture des écoles de formation. Par exemple, les FAC ont annulé l’exercice Maple Resolve, opération de formation conjointe du Canada et des États-Unis à laquelle prennent part 4 000 personnes chaque année.

Quoi qu’il se passe ailleurs au moment où vous lisez ceci, la communauté des militaires et des anciens combattants du Canada devrait être fière de la rapidité et de l’ampleur de ces actions. C’est ainsi que se gagnent les guerres, médicales et autres.

FACE À FACE: A-t-on eu raison de recourir à la conscription en 1940?

A-t-on eu raison de recourir à la conscription en 1940?

SERGE DURFLINGER: est professeur d’histoire à l’Université d’Ottawa. Il est notamment l’auteur de Veterans with a Vision: Canada’s War Blinded in Peace and War et Fighting From Home: The Second World War in Verdun, Québec. [Illustrations de Joel Kimmel]

Le gouvernement  de William Lyon Mackenzie King a eu entièrement raison d’adopter la Loi sur la mobilisation des ressources nationales (la LMRN) le 21 juin 1940 pour aider le Canada à se préparer à la guerre et à prêter main-forte à la Grande-Bretagne, qui était alors en péril.

Imposer une conscription limitée dans le but de défendre la nation était une réponse raisonnable et mesurée à la tragédie qui s’abattait sur l’Europe. 

Le Canada a suivi l’exemple de la Grande-Bretagne et de la France en déclarant la guerre à l’Allemagne en septembre 1939. Le conflit ne semblait pas immédiat pendant la « drôle de guerre », et donc, le recrutement est resté volontaire, conformément à la promesse du premier ministre de ne pas promulguer de loi sur la conscription.

Les Allemands ont envahi les Pays-Bas et la France le 10 mai, mettant rapidement leurs armées en déroute, ainsi que le Corps expéditionnaire britannique qui s’est retiré du continent à Dunkerque (Voir p. 44 en anglais). Le monde entier est resté abasourdi; et les Canadiens, horrifiés. Puis, l’Italie est entrée en guerre aux côtés de l’Allemagne, et la France a signé un armistice à la troisième semaine du mois de juin. Tout d’un coup, le Canada s’est vu propulsé dans le rôle d’allié du second rang.

Une mentalité de situation de crise a pris racine. Ottawa, très inquiet de la sécurité de la Grande-Bretagne et du Canada, a abandonné sa politique de guerre à « responsabilité limitée ».

La LMRN n’a pas seulement servi à constituer une armée de conscrits pour la défense du pays. C’était aussi une loi-cadre, sous l’autorité de laquelle ont été promulgués une multitude d’ordonnances et de règlements.

« Une situation d’urgence exceptionnelle se présente, et le Canada est en danger », annonçait gravement la loi.

L’article 3 de la loi précisait qu’aucun Canadien appelé sous les drapeaux ne serait obligé de servir au-delà des eaux territoriales du Canada. Par conséquent, Ottawa a mobilisé des hommes âgés de 21 à 24 ans et leur a donné une formation de 30 jours (prolongée à quatre mois lors des mobilisations ultérieures). Ils allaient servir pendant toute la durée de la guerre à protéger nos côtes, rejoindre des garnisons défensives et garder des installations vitales.

Très peu de voix se sont élevées pour s’opposer à la mesure, même au Québec, bien que certains membres de l’opposition conservatrice ou de la presse aient demandé au gouvernement d’imposer une conscription avec un service outre-mer complet. Cela aurait toutefois provoqué une énorme crise politique comparable à celle de 1917. L’armée chargée de la défense du pays n’était pas une demi-mesure; c’était une première loi sur laquelle de nouvelles politiques sur la main-d’œuvre pouvaient être ajoutées, et c’est ce qu’il se passa.

Alors qu’en 1940 il semblait improbable que le Canada soit la cible d’attaques directes des Allemands (les ententes ultérieu-res avec les États-Unis rendant cette possibilité encore moins envisageable), Ottawa estimait, à juste titre, que cela valait la peine d’adopter toute politique qui augmenterait le nombre d’hommes sous les drapeaux, encouragerait l’esprit de lutte du peuple ainsi que sa participation à l’effort de guerre, et créerait un cadre pour une meilleure sécurité nationale.

Plus de 150 000 Canadiens ont été appelés à défendre le pays pendant la guerre. Environ 60 000 de ces soldats se sont portés volon-taires pour le service complet outre-mer, l’une des plus grandes contributions de l’armée de la LMRN, trop souvent négligée.


J.L. GRANATSTEIN: est l’auteur de dizaines de livres, notamment Who Killed Canadian Military History? et Canada’s Army: Waging War and Keeping the Peace. Il a été directeur et chef de la direction du Musée canadien de la guerre.[Illustrations de Joel Kimmel]

Le major-général Harry Crerar qui était en Grande-Bretagne est revenu au Canada en juillet 1940 pour prendre la fonction de chef de l’état-major général à la tête de l’Armée canadienne. Le Parlement avait adopté la Loi sur la mobilisation des ressources nationales (la LMRN) le mois précédent, peu de temps après la chute de la France et le miracle de Dunkerque.

La « pression de l’opinion publi-que » pour « se mettre en guerre » était si forte, disait Crerar, qu’on se savait plus où donner de la tête au ministère de la Défense nationale. La LMRN, qui prévoyait que 30 000 appelés par mois devaient suivre un entrainement de 30 jours, était l’un des signes d’un « processus très superficiel » qui, au mieux, pourrait donner « l’esprit militaire » aux hommes, écrit-il.

On ne manquait pas de volontaires (plus de 150 000 personnes s’étaient déjà enrôlées pour le service à l’étranger), mais vu la pénurie d’armes modernes et de personnel instructeur, on ne pouvait guère transformer les conscrits en soldats en un mois.

La première classe d’appelés s’est présentée le 9 octobre 1940. Leur « entrainement » était axé sur les sports, le tir à la carabine et la vie militaire. En fait, l’armée s’employait davantage à vendre un mode de vie plutôt qu’à transformer des civils, façonnés par « vingt années de débauche pacifiste », en soldats, comme l’a fait remarquer un officier. Crerar nota en maugréant qu’il n’était pas possible de faire mieux « parce qu’on ne pouvait s’entrainer qu’avec des fusils américains de la dernière guerre; et sans munition encore! »

C’est donc dans un parfum d’amateurisme absolu que, quand les autorités militaires à Toronto ont accueilli le troisième groupe d’appelés le 10 janvier 1941, elles ont exhorté les hommes « à apporter tout équipement de basketball ou de badminton dont ils disposaient ».

Le Globe and Mail rapporta qu’il n’était pas surprenant qu’« au chapitre de la santé, de l’éducation et des loisirs », beaucoup de conscrits estimaient qu’ils n’avaient « pas perdu leur temps ».

Pire encore, personne à Ottawa ne savait que faire des hommes après leur entrainement. Chose incroyable, personne ne pensa à trouver une passerelle pour qu’ils se portent volontaires pour le service actif tout de suite après la formation et, bien que les appelés soient censés se présenter à l’unité de milice la plus près au terme des 30 jours, personne ne véri-fiait s’ils le faisaient réellement.

La menace pour le Canada était-elle même crédible pendant cette période? Les volontaires ne manquaient pas, car la défense de la Grande-Bretagne était d’une importance primordiale. En outre, la nation restait protégée, et non par les appelés de la LMRN. En aout 1940, le premier ministre Mackenzie King rencontra le président Franklin D. Roosevelt à Ogdensburg, New York, et les deux dirigeants se mirent d’accord pour créer la Commission permanente mixte de défense. C’était la première fois que le Canada et les États-Unis formaient une alliance de défense, et la puissance des États-Unis, même si elle n’était pas encore pleinement mobilisée, garantissait la sécurité du dominion.

Les appelés de la LMRN allaient jouer un rôle important, bien que controversé. Mais à l’été 1940, alors qu’au Canada on s’acharnait à créer une armée à partir de presque rien, les cons-crits avec leur entrainement de 30 jours étaient d’une importance négligeable. En fait, les ressources se faisaient rares, et celles qu’on détournait pour eux auraient été bien mieux employées ailleurs.

La Chine et la Russie au cœur de la conférence sur la défense

Ellen Lord, sous-secrétaire à la Défense des États-Unis responsable des achats d’armes et du maintien en puissance. [Stephen J. Thorne]

La Chine et la Russie étaient au cœur de la conférence annuelle d’Ottawa sur la sécurité et la défense des 4 et 5 mars derniers, où des experts se sont succédé pour dénoncer toutes sortes d’agissements des deux superpuissances : agressions, espionnage, efforts de déstabilisation et traitement des minorités.

« Tant que des pays développeront des capacités militaires […] avec l’intention de s’en servir pour appuyer des décisions économiques et sociales hostiles, il y aura un risque de dégénération en graves conflits régionaux ou mondiaux, a déclaré le général Jonathan Vance, chef d’état-major de la défense. Cela aurait des effets dévastateurs pour toutes les parties impliquées, et c’est quelque chose qu’il faut éviter. »

La Russie a annexé la Crimée et envahi l’Ukraine, a-t-il noté. Son armée de l’air s’aventure régulièrement à proximité de l’espace aérien souverain d’autres nations, comme cela a été le cas le 9 mars, près des côtes de l’Alaska, quelques jours seulement après cette prise de parole. La Russie mène des campagnes de désinformation.

L’agression chinoise en mer de Chine méridionale met en péril la stabilité régionale, a-t-il ajouté. Le pays recourt à des pratiques économiques et diplomatiques « coercitives » et tente de compromettre le Canada et ses alliés par ses activités dans le cyberespace.

« Les deux pays ont démontré qu’ils disposent d’une force militaire, ce qui est donc une menace latente, et qu’ils ont une volonté politique de déclencher des effets déstabilisateurs à leur avantage », a déclaré le général Vance devant l’assemblée réunie à l’initiative de l’Institut de la Conférence des associations de la défense. On compte parmi les participants du cercle de réflexion des associations de militaires ou d’anciens combattants, dont la Légion royale canadienne est le plus grand membre.

« Ces activités qui restent encore en dessous des limites sont autant d’attaques sourdes. Prises séparément, elles ne méritent pas de réponse à grande échelle. Mais, quand on les considère dans leur ensemble, on voit qu’une nouvelle approche est nécessaire. »

Le général Vance a cité les efforts de dissuasion de l’OTAN en Europe de l’Est, notamment les patrouilles aériennes, la mission menée par le Canada en Lettonie ainsi que d’autres missions de l’alliance dans la région balte.

Il a reconnu que le système de défense aérienne canadoaméricaine devait être amélioré, et rapidement.

« La menace de missiles en Amérique du Nord devient de plus en plus complexe, a-t-il expliqué. L’Amérique du Nord ne fait plus face à la seule menace des missiles balistiques. Nous sommes confrontés à des missiles conventionnels plus sophistiqués qui peuvent être tirés de plus loin, qui vont plus vite et se manœuvrent mieux.

« Et surtout, ils peuvent prendre en otage le pouvoir décisionnel de l’Amérique du Nord lors d’un conflit, voire menacer sa production de force et la majeure partie de ses infrastructures essentielles. Même une attaque de petite ampleur pourrait entraver ou paralyser la réponse du Canada à une crise, porter atteinte aux Canadiens ou endommager les infrastructures essentielles. »

Les relations entre le Canada et la Chine, en particulier, sont tendues depuis décembre 2018, date à laquelle les autorités canadiennes ont arrêté Meng Wanzhou, cadre de Huawei, à la suite d’allégations des États-Unis selon lesquelles l’entreprise bafouait les sanctions infligées à l’Iran.

Mme Wanzhou reste assignée à résidence à Vancouver pendant qu’un tribunal canadien examine la procédure d’extradition. Deux Canadiens ont depuis été arrêtés en Chine suite à des accusations concernant la sécurité nationale.

L’ambassadeur de Chine au Canada, Cong Peiwu, figurait parmi les membres d’un groupe d’experts présents à cette conférence. Les participants l’ont questionné sur le sort des Canadiens Michael Spavor et Michael Kovrig.

M. Cong a soutenu qu’ils étaient traités équitablement en vertu du droit chinois. Mais, il s’est refusé à dire quand son pays apportera une preuve étayant les accusations selon lesquelles ils sont des espions.

L’ambassadeur a argué que les camps de détention où se trouvent jusqu’à un million de Ouïghours en Chine occidentale ne sont que des « centres de formation professionnelle », en dépit des preuves accablantes du contraire. Et il a suggéré que les relations tendues entre le Canada et la Chine étaient en train de s’améliorer en grande partie grâce à la réaction mesurée d’Ottawa face à la pandémie du coronavirus, détecté à l’origine dans le centre commercial de Wuhan.

Le Canada et d’autres de ses alliés sont soumis à une pression américaine croissante pour empêcher le géant des télécommunications chinois Huawei d’installer son réseau 5G. Les États-Unis affirment que cette technologie servira de cheval de Troie pour compromettre la sécurité nationale et les alliances en matière de sécurité mondiale, comme celle du Groupe des cinq qui réunit le Canada, la Grande-Bretagne, l’Australie, la Nouvelle-Zélande et les États-Unis.

Robert C. O’Brien, conseiller américain en matière de sécurité nationale, a déclaré lors d’une conférence à Halifax en novembre que, si on laissait l’entreprise installer son réseau 5G au Canada, Huawei allait « connaitre toutes les archives médicales, tous les dossiers bancaires, tous les commentaires sur les réseaux sociaux » et qu’elle saurait « tout sur tous les Canadiens ».

Il a expliqué que Beijing pourrait alors utiliser les données récoltées grâce à ce réseau pour « micro-cibler » les Canadiens grâce à des messages personnalisés destinés à influencer des élections, et il a dit qu’une telle intrusion pourrait affecter le rôle du Canada dans le Groupe des cinq.

« Le cheval de Troie de Huawei est effrayant, il est terrifiant, a-t-il argué. C’est incroyable que nos alliés et nos amis dans d’autres démocraties libérales permettent la venue de Huawei. Je suis surpris que cela fasse même débat. »

Le général Vance connait bien la question. Avant que le ministère de la Défense nationale se lance dans un déménagement du centre-ville d’Ottawa aux anciens locaux de Nortel situés dans la banlieue de Kanata, Ont., les techniciens ont retiré des dizaines de dispositifs d’écoute électronique. On présume qu’ils étaient chinois.

Des documents obtenus par The Ottawa Citizen il y a plusieurs années révélaient que le lieu qui allait devenir le quartier général de la défense et de ses 8 000 employés était la cible d’espionnage industriel depuis près de dix ans. Une étude de sa sécurité intérieure effectuée par Nortel a suggéré que des pirates téléchargeaient des études sur la recherche et le développement ainsi que des plans d’activités depuis les années 2000. Les pirates avaient aussi installé des logiciels espions dans les ordinateurs de certains employés.

Ellen Lord, sous-secrétaire à la Défense des États-Unis responsable des achats d’armes et du maintien en puissance , a déclaré à la conférence que les étudiants chinois qui fréquentent les universités américaines ramenaient de façon évidente « de la propriété intellectuelle en Chine à des fins malveillantes ».

« Nous avons suivi le fil, et nous découvrons que l’argent américain finance des activités de recherche qui vont tout droit en Chine, et que cette recherche est utilisée à nos dépends. C’est… un très, très gros problème. »

Mme Lord, ancienne directrice générale de Textron Systems, conglomérat mondial de l’aérospatiale, de la défense, de la sécurité et des technologies de pointe, a déclaré que l’industrie américaine était très dépendante de la main-d’œuvre et des produits chinois.

Elle a ajouté que la Chine avait « énoncé très clairement » les domaines du marché et de la technologie qu’elle prévoyait dominer d’ici 2025.

« Et ce n’est pas grâce à des investissements dans l’éducation et dans la recherche uniquement en Chine, a-t-elle averti. La Chine est en guerre avec le monde pour se procurer la propriété et la capacité intellectuelles par tous les moyens. »

Elle a décrit le concept de « capital antagoniste », en expliquant que de l’argent chinois avait servi à acquérir des entreprises américaines dotées d’une technologie « absolument essentielle à la défense de notre nation ».

« Et il ne vient pas de ‘la société chinoise ABC’. Il provient d’une série de très, très nombreuses couches de sociétés-écrans. »

Un comité du ministère du Trésor étasunien a été créé il y a quelques années pour examiner les acquisitions et recommander des mesures visant à atténuer les éventuelles menaces ou à bloquer carrément les ventes. De nouvelles règles visent à évaluer les fournisseurs de capital, telles que les sociétés de capital-risque, les maisons de courtage de valeurs et les petites entreprises, afin de s’assurer qu’il s’agit d’argent propre.

Dans un panel sur la question de la cybersécurité et des infrastructures essentielles, le contre-amiral américain Grant J. McDonald, ancien directeur de Norad responsable des opérations dans le cyberespace, a déclaré que ce dernier « est littéralement à 360 degrés et se déplace à la vitesse de la lumière ».

Il suffit, dit-il, d’un téléphone intelligent ou d’un ordinateur personnel pour ouvrir une brèche dans un réseau.

Les planificateurs doivent donc intégrer la sécurité au réseau, à son architecture, ainsi qu’aux logiciels et aux appareils qui utiliseront cette architecture.

Puis, la sécurité doit être intégrée dans les applications installées sur les appareils qui font partie des réseaux.

« Nous devons penser de manière globale à la défense du cyber-espace et de nos réseaux », a déclaré le contre-amiral McDonald.

La chose la plus importante que les autorités doivent comprendre, c’est ce qu’il appelle « le rôle des gens ». Il souligne ainsi que 80 à 90 pour cent des brèches dans la sécurité sont causées par des gens qui commettent des erreurs de base, par exemple qui cliquent sur des liens malveillants et visitent des sites non autorisés.

De l’autre côté, il y a des États-nations, des nations voyous, des organisations criminelles, le crime organisé, des terroristes, le terrorisme d’État « et tout particulier chez lui qui veut mal agir ».

« La menace est tout autour de nous, a souligné le contre-amiral McDonald. Tout ce que nous faisons touche maintenant au cyberespace. La manière dont nous vivons actuellement notre vie passe par ces appareils : nous nous en servons pour payer nos factures, gérer nos fonds… nous [les] utilisons pour tout.

« Nous devons donc réfléchir différemment à la façon dont nous défendons et sécurisons nos réseaux et nos vies […] et je dirais que mes renseignements personnels sont tout aussi précieux pour moi que le matériel classifié l’est pour le ministère de la Défense. »


Une année bien remplie

Les officiers d’entraide
de la Légion de toutes les divisions ont connu une année très chargée.

Ils ont traité 3 478 premières demandes et 601 révisions ministérielles envoyées à Anciens Combattants Canada (ACC) en 2019. Cela représente 359 premières demandes et 49 révisions ministérielles de plus que l’année précédente. En outre, ils ont conseillé de ne pas poursuivre ou ont retiré 1 095 demandes pour divers motifs l’année dernière.

L’augmentation résulte de la nouvelle modification de la politique sur les droits partiels mise en œuvre par ACC le 23 février 2018. Elle vise à fournir des directives sur l’admissibilité partielle ou à part entière aux prestations pour les invalidités suivantes :

• celles qui découlent d’une blessure ou d’une maladie liée ou non au service (causalité);

• celles qui découlent d’une blessure ou d’une maladie non liée au service qui a été aggravée par des facteurs liés au service (aggravation);

• celles qui découlent d’une situation comportant un lien de cause à effet (consécutive).

Avant le 23 février 2018, une admissibilité partielle (1/5, 2/5, 3/5 ou 4/5) était accordée, que les facteurs soient liés au service ou non. Si une admissibilité partielle a été accordée en raison d’un lien de causalité, le ministère accordera une admissibilité à part entière.

Si c’est le Tribunal des anciens combattants (révision et appel) qui a accordé un droit aux prestations, le ministère n’a pas le pouvoir de procéder à une révision ministérielle. Dans ces cas-là, le TAC(RA) acceptera les nouvelles demandes d’appel et de réexamen.

En 2019, les agents des services de direction ont procédé à 161 exa-mens d’admissibilité et ont traité 143 appels de droit à pension/demandes de réexamen. L’année a donc été très chargée, et on ne s’attend pas à une baisse des demandes en 2020.

On recommande aux militaires et aux anciens combattants concernés par une décision d’admissibilité partielle de demander à un officier d’entraide de direction d’examiner leur dossier. Composez le 613-591-3335 ou le 1-877-534-4666 (numéro sans frais), envoyez un courriel à
veteransservices@legion.ca, ou consultez notre site Web à l’adresse www.legion.ca pour communiquer avec un officier d’entraide de direction dans votre région.

2019 : une année d’innovation au siège national

[Grace Clark]

Alors qu’une nouvelle décennie de soutien à nos anciens combattants commence, le siège national de la Légion royale canadienne est heureux de faire rapport sur l’ensemble des activités qui ont eu lieu en 2019.

La période du Souvenir a vu la mise en place des moyens novateurs pour permettre à davantage de Canadiens de faire des dons et d’appuyer nos anciens combattants.

La Légion a accueilli 30 000 nouveaux membres en 2019, certains d’entre eux par l’entremise du Programme d’accueil des vétérans qui comprend un abonnement d’un an gratuit pour les militaires en service ou à la retraite et les anciens de la GRC.

Du point de vue opérationnel, le service de l’approvisionnement s’est occupé de 40 000 envois de produits de la Légion allant des vêtements aux articles de commémoration pour les particuliers, les filiales et les organisations.

Nous avons également créé de nouvelles politiques et programmes à l’interne pour la modernisation et l’efficacité, et appuyé des milliers d’anciens combattants de multiples façons.

Anciens combattants et familles

Le département des Services aux anciens combattants de la Légion centralise pour les anciens combattants divers services, allant de l’offre de secours d’urgence jusqu’au traitement des demandes de prestations et des procédures d’appel. « Je veux que vous sachiez à quel point tout le monde vous est reconnaissant de votre dévouement et de la bienveillance dont vous faites preuve pour les nombreuses personnes que vous aidez », a écrit un ancien combattant.

L’année n’a pas été sans défis. Le programme de pension à vie du gouvernement est entré en vigueur au mois d’avril, ce qui a augmenté la charge de travail des officiers d’entraide de la Légion en raison de l’incertitude à son sujet parmi les anciens combattants. Les choses devraient s’améliorer, car le siège social œuvre avec Anciens Combattants Canada à la mise à jour d’un portail d’information pour la Légion. Les retards de traitement des réclamations qui persistent à ACC ont également abouti à de nombreuses questions sur l’état des demandes.

Faire une différence sur le terrain

Les anciens combattants peuvent faire face à de nombreux défis en vieillissant. Les bénévoles de la Légion qui prennent part au Projet de sensibilisation et de visite des établissements de soins de longue durée d’ACC ont effectué l’an dernier plus de 4 200 visites auprès des anciens combattants logés dans ces établissements.

Les agents d’entraide natio-naux ont traité les demandes aux fonds de bienfaisance et, grâce au fonds fiduciaire du coquelicot de la Direction nationale, aidé 76 anciens combattants et veuves en 2019. Près de 78 000 $ ont été fournis pour des choses comme le logement, la nourriture et les médicaments. Beaucoup d’autres ont été secourus financièrement au niveau des filiales de la Légion.

Le Conseil exécutif national (CEN) a approuvé l’utilisation de 300 000 $ en trois ans pour une initiative canadienne appelée Project Trauma Support, basée à Perth, en Ontario. Elle offre un programme de guérison résidentiel pour les personnes en proie à un trouble de stress post-traumatique.

Le CEN a également appuyé le lancement de l’Opération VetBuild en 2019. Il s’agit d’un programme utilisant des trousses de construction de modèle à échelle réduite dans une atmosphère de soutien en filiale. Le programme, idée de la Section spéciale du traumatisme de stress opérationnel de la Légion, va être étendu à l’échelle nationale grâce à la positivité des commentaires.

Recherches et plaidoyers

Le CEN a approuvé le financement de bourses de maitrise de la Légion royale canadienne pour un autre cycle de trois ans à partir de l’année scolaire 2020-2021 et se terminant en 2022-2023. Ces bourses de 30 000 $, facilitées par l’Institut canadien de recherche sur la santé des militaires et des vétérans, permettent aux étudiants en maitrise qui se spécialisent dans la recherche en santé des militaires et des anciens combattants de poursuivre des études importantes ayant le potentiel de profiter aux anciens combattants.

Au début de 2019, la Légion a publié son programme de défense d’intérêts et en a fait part à tous les députés pour s’assurer qu’ils sont au courant de ce qui doit être fait pour améliorer la vie des anciens combattants et de leur famille.

Soutien international

La Direction nationale de la Légion a de nouveau appuyé des anciens combattants et des veuves aux Antilles en 2019, faisant le nécessaire pour qu’ils aient au moins un repas par jour.

En tant que contact nord-américain pour les anciens combattants alliés et les veuves qui habitent dans cette région, la Direction a distribué plus de 300 000 $ au nom de plusieurs fonds de bienfaisance et d’entités internationales comme la Ligue royale des anciens combattants du Commonwealth.

Activités de la légion

À la fin de 2019, le siège national avait envoyé plus de 2,5 millions de courriels aux filiales et aux membres pour les tenir au courant de l’excellent travail que la famille de la Légion fait au niveau national et local.

Les diffuseurs nationaux ont contribué tout au long de l’année à la sensibilisation du public au moyen d’annonces de service public à la télévision et à la radio. Des bulletins de nouvelles ont contribué à susciter de l’intérêt concernant le travail de la Légion, et une campagne nationale invitant les membres à parler des raisons pour lesquelles ils avaient adhéré a mis en avant ce que la Légion signifie pour ses membres et pour les communautés qu’elle dessert.

Un grand nombre de questions du public et des médias ont été traitées en 2019, dont des préoccupations liées à des expériences désagréables et à des réservations discutables de certains locaux des filiales. Ces expériences décevantes sont peu nombreuses, elles sont évitables et vont l’encontre des Articles de foi de la Légion. Afin de prévenir de tels incidents à l’avenir, la Direction nationale a fermement pris position et publié une nouvelle politique anti-haine qui décrit les attentes de l’organisation en matière de respect, en tout temps, des personnes de tous les milieux. L’administration centrale a également abordé la question des sites se déclarant frauduleusement comme étant affiliés à Légion.

Le travail de la Légion exige de changer continuellement les activités courantes à l’échelle nationale. En 2019, la modernisation de l’adhésion aux niveaux des membres, des filia-les et des directions divisionnaires s’est poursuivie. Par exemple, plus de 230 000 des 260 000 membres de la Légion peuvent maintenant renouveler leur adhésion en ligne.

La Légion a besoin de dons pour mener à bien ses activités et, à cette fin, une option de don en ligne a fait ses débuts en 2019 à Legion.ca, à temps pour la période du Souvenir. Elle permet aux particuliers de faire leurs dons à n’importe quel moment de l’année.

Promotion du souvenir

Il y a soixante-quinze ans, des soldats canadiens prirent part à une action militaire historique qu’on appelle aujourd’hui encore le Débarquement. D’importantes cérémonies autour du monde ont commémoré en 2019 les combats du 6 juin 1944. La Légion a créé des épinglettes et d’autres objets commémoratifs spéciaux pour l’occasion.

Le jour J a également été souligné à la cérémonie nationale du jour du Souvenir du Canada à Ottawa. Des partenaires importants ont aidé la Direction nationale de la Légion à organiser l’événement, et des bénévoles dévoués ont aidé les filiales de la Légion à préparer des cérémonies aux quatre coins du pays.

La gouverneure générale, Julie Payette, a accepté le premier coquelicot officiel à Rideau Hall le 15 octobre, et la campagne nationale du coquelicot a débuté le 25 octobre.

Le 11 novembre, 30 000 personnes environ ont assisté à la cérémonie du jour du Souvenir au Monument national de guerre à Ottawa. La Mère de la Croix d’argent du Canada de 2019, Reine Samson Dawe, a déposé une couronne au nom des mères et des familles qui ont perdu un être cher en service commandé. Dans le cadre de la cérémonie, la gouverneure générale, le premier ministre du Canada, des représentants du gouvernement fédéral et des diri-geants communautaires ont également déposé des couronnes et présenté leurs hommages.

Au cours de la quatrième pluie virtuelle de coquelicots de la Légion à la Colline du Parlement, 117 000 coquelicots virtuels ont voltigé le long de la façade de l’édifice du Centre, tandis qu’une vidéo projetait les noms et photos d’anciens combattants canadiens. L’initiative a donné à d’innombrables spectateurs en ligne ou sur place une autre façon de se souvenir.

Les concours littéraires et d’affiches de 2019 ont attiré des milliers de jeunes participants de partout au pays qui ont produit d’impressionnantes créations liées au Souvenir. Les gagnants des catégories séniores ont pris part à la cérémonie nationale, à Ottawa.

L’année 2019 a été la deuxième année du coquelicot numérique, version virtuelle de l’emblématique coquelicot que l’on porte sur la poitrine, et qui permet aux gens de faire des dons à la Légion et de dédier un coquelicot en ligne. Les donateurs d’autres régions du monde peuvent dorénavant contribuer grâce à l’amélioration de la plateforme. De plus, c’était l’année du lancement de partenariats avec des plateformes de jeux : un effort pour toucher les Canadiens les plus jeunes. Cette année, grâce à Fortnite, les joueurs ont pu se rendre à la « Remembrance Island (ile du Souvenir, NDT) » le 11 novembre et visiter des endroits de souvenir virtuels comme un champ de coquelicots et une réplique de la crête de Vimy. Lors de plus de 20 millions de visites, les gens ont pu partiicper à une minute de silence et à des cérémonies de commémoration depuis chez eux ou à l’école. Grâce à un partenariat d’entreprise et par l’entremise de Twitch, les joueurs ont également été encouragés à déposer leurs contrôleurs durant une minute de silence le jour du Souvenir. La Légion se penchera à nouveau sur ces initiatives couronnées de succès en 2020.

En tant que partenaire du Festival canadien des tulipes de 2019, le siège national de la Légion a appuyé l’initiative du 75e anniversaire de la libération dans le cadre de laquelle plusieurs centaines de filiales ont pris part à la plantation et à la distribution de milliers de tulipes Libération 75. Ces tulipes spéciales fleuriront en 2020, année du 75e anniversaire de la libération des Pays-Bas.

En juillet, la Légion a organisé et soutenu le pèlerinage bisannuel du Souvenir outre-mer, auquel ont participé un représentant de chaque direction divisionnaire et d’autres personnes intéressées. Ils étaient 30 en tout, qui ont visité des lieux de bataille, des monuments et des cimetières des deux guerres mondiales, dans trois pays, pendant 15 jours. 

Lee Harrison de Peterborough, Ontario, a été choisi comme représentant national de la Légion aux marches commémoratives de Nimègue, aux Pays-Bas, à l’été 2019. La plupart des participants militaires ont fait plus de 40 kilomètres par jour pendant quatre jours, en portant un sac à dos de 10 kg, dans le cadre d’une marche commémorative.

Soutenir les communautés par le sport

Au mois d’aout, des bénévoles ont contribué au succès des 43es Championnats nationaux d’athlétisme pour jeunes à Sydney, Nouvelle-Écosse. Les jeux servent à renforcer les collectivités locales en permettant aux jeunes de faire du sport. Près de 700 jeunes athlètes de haut niveau provenant de tous les coins du pays – dont plus de 300 étaient financés par la Direction nationale – ont concouru. Près de 2 000 spectateurs, officiels et bénévoles étaient présents.

Les athlètes ont fait, entre autres, ces commentaires : « les nationaux de la Légion ont vraiment été la meilleure partie de mon été »; « expérience de vie incroyable ».

Parmi les autres championnats des sports de participation des membres qui ont eu lieu au cours de l’année, citons le championnat de cribbage (organisé par la filiale Westboro à Ottawa), celui des fléchettes (organisé par la filiale Dominion de la Nouvelle-Écosse) et celui du jeu de la huit (organisé par la filiale Fredericton).

Envisager l’avenir

Saskatoon accueillera le congrès national de la Légion de 2020, où les délégués se prononceront sur les changements organisationnels importants; les préparatifs vont bon train.

En 2020, la Légion prépare le terrain pour poursuivre la modernisation de l’adhésion et l’expansion du coquelicot numérique grâce à un défi lancé aux entreprises. Les projets pilotes liés à des initiatives de paiement sans contact « Tap & Pay »  et de Code QR offriront aux donateurs de la légion des moyens modernes et pratiques de contribuer à la campagne nationale du coquelicot.

La Légion développera une nouvelle plateforme mobile de formation pour les écoles afin d’enseigner le devoir de mémoire aux élèves. À l’interne, elle organisera, entre autres activités de formation, un séminaire de perfectionnement professionnel pour ses officiers d’entraide, et elle s’attèlera à la rédaction d’un nouveau Manuel de l’officier d’entraide et à la mise à jour du Guide des sports afin de tenir compte des politiques et des procédures mises à jour.

La défense d’intérêts comprendra le lancement d’une plateforme nationale rafraichie visant à décrire les activités, nouvelles ou en cours, qui sont nécessaires pour améliorer la vie des anciens combattants. Par exemple, la Légion élaborera un plan quinquennal concernant les anciens combattants sans abri et continuera à préconiser une nouvelle stratégie nationale en leur faveur. La Légion augmentera ses efforts en vue de faire établir des normes pour les chiens d’assistance et la thérapie équine, et de faire poursuivre des recherches sur la méfloquine et le cannabis thérapeutique.

Le 75e anniversaire de la libération des Pays-Bas et de la fin de la Seconde Guerre mondiale sera mis à l’honneur en 2020, notamment grâce à la création de nouveaux objets commémoratifs.

En 2020, n’oubliez pas de référer toute personne vivant avec une invalidité liée au service ou se demandant si elle a droit aux avantages qui y sont liés à un officier d’entraide de direction : ces officiers sont au fait des derniers renseignements sur lesdits avantages. En 2020, il est à espérer que davantage de membres mettront à jour leurs coordonnées pour faciliter les communications et le processus de renouvellement automatique. Les membres sont conviés à visiter le portail d’adhésion à Legion.ca pour ce faire.

Que vous soyez membre, proche d’un ancien combattant ou un partisan général des œuvres de la Légion, sachez que votre bénévolat, votre engagement financier et votre bienveillance sont aussi appréciés qu’indispensables. C’est vous tous qui faites vraiment la différence pour nos anciens combattants, leur famille et nos communautés, et nous vous en remercions.

Note de l’éditeur : Nujma Bond est directrice des communications au siège national de la Légion.