Obus perforants

Le Projector, Infantry, Anti-Tank (PIAT) frappait dur, mais il fallait être près de la cible pour réussir son coup. [MCG/19900076-675]

Au moment où l’infanterie avait besoin d’un meilleur lanceur antichar, elle fut dotée du PIAT.

Tous les panzers  neutralisés pendant la Deuxième Guerre mondiale ne furent pas victimes d’autres chars ou de tirs d’artillerie. En fait, un grand nombre d’entre eux furent mis hors d’état de nuire par des fantassins.

L’exploit qui valut la Croix de Victoria à Ernest Smith, surnommé « Smokey », dans la vallée du Savio (Italie du Nord), en octobre 1944, commença quand il immobilisa un panzer à une distance de neuf mètres à l’aide d’un PIAT (Projector, Infantry, Anti-Tank [lance-bombes antichar d’infanterie, NDT]).

« Le PIAT était très prisé par les officiers, » dit Robert Engel dans Canadians Under Fire (Les Canadiens sous le feu de l’ennemi, NDT). Bien qu’il fût encombrant, il était pratique et se chargeait rapidement, il ne produisait pas de fumée et ne faisait pas beaucoup de bruit risquant d’indiquer sa position. Les fantassins bien équipés étaient très dangereux pour les chars. « Les assauts de fantassins, ironie de la chose, étaient souvent nécessaires pour nettoyer les armes antichar afin de permettre aux blindés d’attaquer. »

Le soldat L.H. Johnson (à g.) et le sergent D. R. Fairborn du 1er Bataillon canadien de parachutistes se préparent à tirer près de Lembeck, Allemagne, en mars 1945. [Lt Charles H. Richer/MDN/BAC/PA-114595]

Les Canadiens virent les PIAT pour la première fois en Sicile, en 1943, et ils les utilisèrent avec succès en Normandie après le jour J. Sept pour cent des chars allemands détruits par les troupes britanniques en Normandie furent frappés par des PIAT (un pour cent de plus que le nombre de chars neutralisés par les roquettes de l’aviation).

Joseph Lapointe, du Regina Rifles, utilisa un PIAT pour détruire un char juste à côté du quartier général du bataillon à Bretteville-l’Orgueilleuse, en France, pendant la nuit du 8 au 9 juin 1944. Non loin de là, le sergent-major Basil Currie « fit feu, tirant aussi vite que je pouvais recharger les munitions. Il fit ricocher des bombes sur les deux chars, et il immobilisa le plus près avec notre dernière bombe », rapporta le sergent carabinier Irwin Wood, cité par Marc Milner dans Stopping the Panzers : The Untold Story of D-Day (Arrêter les panzers : l’histoire inédite du jour J, NDT).

À mesure que le blindage des chars s’épaississait, les lance-bombes antichar devenaient plus grands et moins faciles à porter. Un progrès dans les munitions donna lieu à l’élaboration d’une arme suffisamment puissante pour percer le blindage et qui pouvait quand même être portée par un soldat.

Le carabinier Joseph Lapointe (à g.) arrêta ce char panzer allemand à coups de PIAT à quelques mètres du quartier général du régiment Regina Rifles près de Bretteville-l’Orgueilleuse, France, en juin 1944. [Lt Donald I. Grant/MDN/BAC/PA-116529]

Les Américains utilisaient le bazooka (lance-fusées antichar sans recul), les Allemands, le panzerschreck (peur blindée) et le panzerfaust (poing blindé). Le PIAT, au nom moins romantique, était simplement un tube contenant un énorme ressort, avec un plateau avant où se logeait une charge creuse en forme de cône qui explosait lors de l’impact, concentrant la force de l’explosion sur un tout petit point pour pénétrer un blindage de 75 millimètres, « et l’enflammer, le plus souvent », dit le caporal Colin Francis Fleiger de Miramichi, N.-B., lors d’une entrevue réalisée dans le cadre du Projet Mémoire.

Il fallait deux soldats pour utiliser le PIAT; un pour charger les munitions et l’autre pour l’armer, debout, et appuyer sur l’énorme gâchette, couché pour pouvoir l’agripper fermement en prévision du recul important. Le percuteur amorçait la charge propulsive de la bombe, qui explosait à l’impact. La cible devait être proche, car la portée efficace maximale du PIAT était d’à peu près 100 mètres. Ceux dont la vie en dépendait préféraient être bien plus près pour augmenter les chances de succès.

Le PIAT était censé se réarmer automatiquement, mais, comble de la frustration, cela n’était pas souvent le cas. En outre, la bombe rebondissait souvent sur le char, mais quand elle atteignait son but, elle était assez puissante pour détruire un char ennemi.

Ne me laisse pas

Des membres du Royal 22e Régiment montent attentivement une côte. [BAC/PA-213643]

Le 65e anniversaire de l’armistice qui mit un terme à la guerre de Corée a lieu cette année. Les soldats canadiens ont accompli de nombreux actes d’héroïsme et de sacrifice pendant ce conflit, qui dura du 25 juin 1950 au 27 juillet 1953. Dans l’article biographique qui suit, Guy Régimbald de Rawdon, au Québec, qui a servi en Corée dans la Compagnie « A » du Royal 22e Régiment, raconte comment il a frôlé la mort pendant une patrouille à la côte 227, près de la côte 355 et à environ 40 kilomètres au nord de Séoul, en mai 1952.

Le 27 mai 1952, à 21 h, une section de 30 hommes commandée par le lieutenant Carpenter, assisté par le sergent Genevir Olivieri, s’apprête à traverser une rivière d’une quarantaine de pieds de large.

Cette formation temporaire, organisée par le peloton de la Compagnie « A » à la demande du major Létourneau, a pour mission de faire des prisonniers pour obtenir des renseignements sur l’ennemi.

Contrairement à l’habitude, les soldats prenant part à cette patrouille ne se connaissent pas très bien.

Nous traversons la rivière aussi prudemment que possible et nous avançons de 300 pieds dans les terres de l’autre rive, toujours à l’affût du moindre mouvement de l’ennemi, mais tout semble calme.

Sur le chemin du retour, au milieu de la vallée et à environ 2 kilomètres de nos propres lignes, nous nous trouvons encerclés par l’ennemi.

Nous sommes aussitôt la cible d’une volée de grenades, et les explosions déclenchent des rafales de coups de feu.

Au cours de cette attaque-surprise, une grenade me blesse aux jambes et à la fesse, et je suis propulsé à plusieurs pieds de ma position. J’apprendrai par la suite que mon « envolée » n’est pas sans témoins.

Abasourdi par la déflagration, je suis catapulté dans un fossé sur un camarade gémissant. En me dégageant de lui, je prends conscience que je ne suis pas très loin de ma section. Je vois des camarades qui ouvrent le feu sur l’ennemi situé à 20 ou 30 pieds de notre position. La bataille bat son plein.

L’ennemi nous a tendu tout un piège! Des grenades passent au-dessus de ma tête, je vois des éclairs d’explosion de tous côtés, et des fusées éclairantes à parachute illuminent le secteur.

Pendant ce temps, un camarade s’agrippe à la jambe de mon pantalon; je me penche vers lui : « ne me laisse pas, ne me laisse pas », me dit-il.

Je lui demande pourquoi il ne prend pas part au combat, puis je m’aperçois qu’il a peine à respirer. Je lui demande comment il s’appelle, et il me semble entendre « Labrosse ». « Ne me laisse pas, me répète-t-il,  je suis blessé. »

Nous sommes avertis que l’artillerie se prépare à nous venir en aide. Sans nous donner le temps de nous abriter, les obus de l’artillerie sifflent au-dessus de nos têtes, et tombent à 30 pieds devant notre position. Le bruit infernal des tirs se poursuit durant les deux plus longues minutes de ma vie, puis c’est le silence presque total.

À ce moment-là, nous recevons l’ordre de nous replier sans coup férir.

« On m’avait dit que vous étiez
mort au début de l’attaque. »

J’informe Labrosse de l’ordre de se retirer au plus vite. Je l’aide à se lever, le soutenant au mieux, mais il hurle de douleur. Dès que nous sommes debout pour quitter le fossé, je me rends compte que le reste de notre section a déguerpi.

Peu de temps après, il sont loin devant et je ne les entends plus. Un grand silence envahit la nuit et, tentant d’aider un camarade blessé, bien que blessé moi-même, je me sens terriblement seul.

À ce moment-là, j’estime qu’il est environ 2 heures du matin. Labrosse et moi marchons sur une centaine de verges, puis ce dernier me fait savoir qu’il ne tient plus sur ses jambes, précisant que le projectile qui lui a traversé le bras gauche a aussi atteint son poumon. Quelques secondes plus tard, il ne me répond plus… Ne sachant pas si l’ennemi est encore présent, je reprends tant bien que mal la route avec mon compagnon d’infortune, le supportant au mieux.

Je tente d’appeler la patrouille située loin, loin devant mon camarade et moi, mais en vain. En raison de mes propres blessures je tombe à plusieurs reprises et tout à coup, en me relevant — toujours avec mon camarade — j’entends la voix du sergent Olivieri près de moi qui me dit : « mais que faites-vous à trainer en arrière? »

Je lui réponds : « Je suis blessé, et j’essaie de soutenir un autre blessé! »

Le sergent Olivieri réplique, « très bien, passe-le-moi, et toi, tu vois les deux pignons de montagne? Engage-toi dans cette direction et tu arriveras à notre position ». Là-dessus, Olivieri s’éloigne de moi avec Labrosse, et je les perds bientôt de vue.

Après quelque temps, je trébuche et finis par m’écrouler au sol où je perds connaissance.

Je me réveille tout confus, sous la pluie, et je vois qu’il fait jour. Je mets du temps à reprendre mes esprits. Pourquoi suis-je ici? Que s’est-il passé? Où sont les autres?

Je finis par me rappeler mes blessures. Mes pantalons me collent à la peau. Je m’accroupis de peur d’être repéré par l’ennemi.

J’inspecte les environs durant quelques minutes, mais je ne décèle aucune présence. Je vérifie ce qu’il me reste d’équipement : j’ai la sangle d’une Sten automatique au cou. Je m’aventure à me lever et une de mes jambes ne répond pas très bien. Chaque pas provoque d’intenses douleurs, mais je n’ai pas le choix, et je repars en direction du peloton dont la position (par chance) n’est qu’à une centaine de mètres.

Environ 24 heures après le début de la mission, je m’approche de la position de ma section et je gesticule en hurlant, en français, afin de ne pas être pris pour un ennemi, car vu mes vêtements souillés je risque d’être méconnaissable : « C’est moi! C’est moi! »

Quelques camarades s’approchent de moi et les pre-miers mots que j’entends sont : « Comment, t’est pas mort, toi, Régimbald? » Ils m’accompagnent jusqu’à notre position et j’entends d’autres camarades me poser la même question : « t’es pas mort, toi, Régimbald? ».

Le lieutenant Carpenter, stupéfié, me fait entrer dans sa tranchée et me dit pour s’excuser : « On m’avait dit que vous étiez mort au début de l’attaque ».

Je lui raconte que j’ai aidé le soldat Labrosse, et que je l’ai remis au sergent Olivieri, mais que ce dernier ne me connait pas.

Ne pouvant discerner l’ampleur de mes blessures, le lieutenant Ronald Michaud me donne une once de rhum et deux aspirines avec l’ordre d’aller me reposer pendant trois heures. Je l’informe donc à nouveau que je suis blessé, baissant mon pantalon afin de lui montrer ma blessure, et les infirmiers sont convoqués immédiatement pour s’occuper de moi.

Après l’examen médical, je suis transporté en ambulance vers l’une des unités M.A.S.H. derrière les lignes américaines. Après un séjour de convalescence de 10 semaines à Kure, au Japon, je retourne à mon unité, prêt à reprendre du service.

Je repense alors à la veste pare-balle obligatoire de quelque 30 livres qui m’a très probablement sauvé la vie en protégeant le haut de mon corps des éclats de grenade qui m’avaient blessé aux jambes.

Face à face: La nouvelle politique canadienne de maintien de la paix est-elle sensée?

[UN]

Stephen J. Thorne dit que OUI

Ce qui est intéressant en ce qui concerne le maintien de la paix, c’est que bien que sept Canadiens sur dix considèrent que c’est une des caractéristiques propres au pays, en réalité, ce n’est pas du tout le cas.

Bien sûr, le Canada a pris part à la révolution du rôle de tiers dans la résolution de conflits… il y a des dizaines d’années. Cette époque est révolue. Les temps ont changé, et avec eux la nature de la guerre et les budgets de la défense.

Le maintien de la paix tel qu’il était coutait cher. C’était une tâche ingrate et parfois inefficace. Les soldats canadiens qui, en 1991, formaient plus de 10 % des effectifs de l’ONU étaient victimes de l’idée reçue selon laquelle le maintien de la paix était un exercice essentiellement paisible.

La perception du Canada en tant qu’« un des gentils » était quelque peu embarrassante pour l’armée après la guerre de Corée, dont les effectifs étaient de plus en plus insuffisants et dont l’équipement laissait de plus en plus à désirer. Pour beaucoup de Canadiens, la désignation de « gentil » servait à justifier ce manque de ressources, comme s’il n’était pas nécessaire d’avoir un grand nombre (pour ne pas dire un nombre adéquat) de soldats, de véhicules, de navires et d’avions pour « simplement » maintenir la paix, à une époque où planait pourtant la menace d’un anéantissement nucléaire.

Pendant longtemps, les Canadiens n’étaient pas au courant des réalités du maintien de la paix : règles d’enga-gement restrictives, manque de lea-dership et de détermination parmi les pays membres et même à l’ONU.

Les expériences du Canada en Croatie, en Somalie et au Rwanda illustrent combien ces difficultés ont étouffé notre engouement pour le maintien de la paix : la contribution du Canada à l’ONU représente aujourd’hui moins de 0,1 % des effectifs militaires.

Les conflits militaires sont entrés dans une nouvelle ère. Les insurrections et les attaques de type terroriste (guerre non linéaire) sont la norme, les besoins de l’OTAN sont en cours de redéfinition en Europe et ailleurs, et les capacités défensives de ses pays membres sont toujours circonscrites par les contraintes fiscales et politiques. La guerre d’Afghanistan fut une expérience déterminante pour le militaire canadien : non seulement elle a confirmé sa valeur au combat, elle a aussi motivé la modernisation partielle du matériel. Elle a malheureusement aussi couté la vie à 158 personnes et causé beaucoup de souffrance aux soldats canadiens.

À en croire le gouvernement fédé-ral, les Forces armées canadiennes devraient s’attendre au cours des prochaines décennies à une transformation comme on n’en a pas vue depuis 1939-1945. De nouveaux navires. De nouveaux avions. De nouveaux véhicules. De nouvelles politiques en matière de santé et de ressources humaines. L’objectif en est d’affirmer la place du Canada dans un monde en flux et sa souveraineté dans ses frontières.

Ottawa a donc raison d’émettre des directives claires concernant la participation militaire aux missions de l’ONU. Le pays doit respecter ses propres priorités et agir selon ses capacités.

C’est en consultant les dirigeants de l’ONU et en définissant clairement les besoins de l’organisation que le Canada pourra optimiser ses ressources et sa contribution pour servir au mieux l’ONU, la paix mondiale et ses propres intérêts.

Le maintien de la paix est aujourd’hui bien plus exigeant et plus complexe qu’il ne l’était autrefois. Il exige davantage que les interventions militaires et, de bien des façons, le Canada est particulièrement bien outillé pour y contribuer.

La nouvelle politique sur le maintien de la paix semble un bon point de départ pour optimiser les ressources et le savoir-faire du Canada au service du maintien de la paix.


Ernie Regehr dit que NON

Après une longue absence des missions de maintien de la paix, le Canada dresse un plan ambitieux, et bien fondé en majeure partie, pour s’y réengager. Comme les conflits d’aujourd’hui sont ardus, dangereux et com-plexes, de « nouvelles solutions » et des « approches novatrices » sont à venir, a déclaré le premier ministre, Justin Trudeau.

Le Canada est ainsi prêt à relever le défi des enfants-soldats, à confier un rôle plus important aux femmes dans le maintien de la paix, à employer des capacités militaires spécialisées, à mener des formations novatrices, tout cela pour combler des lacunes et apporter aux opérations de soutien de la paix des Nations Unies la contribution la plus utile possible. Jusque-là, tout va bien.

Mais ensuite, il y a les détails. On n’y trouve rien de choquant, mais c’est dans ces détails que l’ambition flétrit. Les « capacités spécialisées »
sont en fait une force de réaction rapide de 200 personnes avec avions et hélicoptères, mise « pour 12 mois au plus » à disposition de missions qui n’ont pas encore été précisées.

Les formations offertes s’an-noncent en effet novatrices, mais comme le fait remarquer Walter Dorn, expert en maintien de la paix du Collège militaire Royal, vu l’expérience limitée du Canada au sein d’opérations contemporaines de maintien de la paix et l’abandon en 2013 des programmes de formation du Centre Pearson pour le maintien de la paix, leur bonne exécution ne sera pas chose facile.

Il est bon de veiller à accroître la proportion de femmes dans les opérations de soutien de la paix, mais d’après Beth Woroniuk, coordinatrice du réseau canadien Les femmes, la paix et la sécurité, cela ne suffit pas dans le contexte des « paradigmes existants de la réponse militaire ». Il faut aussi « insister sur la résolution des conflits par voie diplomatique et sur les approches de consolidation de la paix pour mettre fin aux conflits armés et construire une paix durable ».

Et c’est là que le bât du retour du Canada au maintien de la paix blesse le plus. Une importante leçon en maintien de la paix a été apprise après la guerre froide : les nouveaux conflits armés plus ardus nécessitent de nouvelles solutions, associant efforts de stabilisation militaires et maintien de l’ordre discipliné pour permettre le rétablissement de la règle du droit. Il ne faut pas non plus négliger l’aide humanitaire aux victimes de la violence, les mesures d’aide à la reprise économique, ni les initiatives de diplomatie et de réconciliation indispensables pour gérer les situations complexes qui requièrent les interventions de maintien de la paix de l’ONU en premier lieu.

Le maintien de la paix est toujours multidimensionnel. Au Mali, par exemple, le mandat de l’ONU comprend la mise en œuvre de l’accord de paix, le soutien de la réconciliation, la mise en œuvre de réformes institutionnelles, la préparation d’élections, la promotion de réformes en matière de sécurité, la démobilisation et le désarmement des combattants et leur réinsertion dans la société. Dans les conflits complexes, de telles mesures fléchissent, mais pas à cause de l’insuffisance des efforts de stabilisation militaires. Ce sont plutôt ces derniers qui fléchissent à cause du manque d’attention portée aux autres aspects du maintien de la paix.

Le réengagement du pays dans le maintien de la paix s’est déjà trop fait attendre. Cependant, la promesse de nouvelles solutions et d’approches novatrices ne sera pas tenue tant que l’on ne reconnaitra pas que même un accroissement notable de la capacité militaire ne suffit pas à maintenir la paix si l’on ne fournit pas d’efforts au moins aussi importants pour résoudre les conflits et restaurer l’harmonie sociale et politique.

Joseph Kaeble : le héros de Neuville-Vitasse

[Illustration de Sharif Tarabay]

Joseph Kaeble, premier militaire canadien de langue française décoré de la Croix de Victoria, nait le 5 mai 1893 à Saint-Moïse, Québec. Sa famille déménage à Sayabec, au Québec, après le décès de son père quand Joseph, aîné de quatre enfants, est garçon, et il y trouve du travail comme mécanicien dans une scierie locale.

Après l’annonce de l’autorisa-tion de former le 189e Bataillon commandé par le lieutenant-colonel Philippe-Auguste Piuze, Kaeble et une dizaine d’hommes de Sayabec s’enrôlent le 20 mars 1916. Ils passent six mois au camp d’entrainement de Valcartier et partent pour le front le 23 septembre. Une fois sur place, Kaeble est affecté au 69e Bataillon puis, le 12 novembre, il est transféré au 22e Bataillon qui, après avoir combattu et subi de lourdes pertes à Saint-Éloi et au mont Sorrel, en Belgique, ainsi qu’à Courcelette et à la tranchée Regina, en France, a grand besoin de renforts.

Les renforts, dont Kaeble fait partie, sont rapidement jetés dans la bataille, notamment celle de la crête de Vimy, en France, en avril 1917. Kaeble y est atteint d’une balle à l’épaule droite le 30 avril. Le 25 mai, au bout de presque un mois de convalescence dans un hôpital de Boulogne, en France, il retourne au front. Il passe le reste de l’année 1917 en Belgique, notamment à la côte 70 et à Passendale. En 1918, le 22e Bataillon retourne en France, où Kaeble est promu caporal le 23 avril.

En juin, le bataillon se trouve dans le secteur de Neuville-Vitasse, près d’Arras. Pendant la nuit du 8 au 9 juin, les Allemands lancent une attaque contre le secteur défendu par le bataillon. Lorsque le tir de l’ennemi cesse, Kaeble est le seul soldat indemne de sa section. Voyant une cinquantaine d’Allemands s’avancer vers sa position, il saute par-dessus le parapet de sa tranchée, armé d’un fusil-mitrailleur Lewis et, bien que blessé à plusieurs reprises par des fragments d’obus et de bombes, il tire sur l’ennemi jusqu’à ce qu’il s’arrête. Blessé à mort, Kaeble retombe dans la tranchée, mais il continue de tirer sur l’ennemi en retraite en criant « Tenez bon, les gars! Ne les laissez pas passer! Il faut les arrêter! » Il meurt le lendemain de blessures par balle au cou, à la main et aux bras, ainsi que de blessures aux jambes. La mère de Kaeble recevra par la suite la Croix de Victoria des mains du gouverneur général, le duc de Devonshire. Selon les archives, Kaeble a fait l’objet d’une recommandation pour que lui soit décernée la Médaille militaire pour ses actes au cours de cette période. Il repose au cimetière communal de Wanquetin, à 12 kilomètres à l’ouest d’Arras.

La Croix de Victoria a été décernée à deux Canadiens français seulement pendant la Première Guerre mondiale. La seconde a été remise à titre posthume au lieutenant Jean Brillant pour ses actes de bravoure les 8 et 9 aout 1918.

Kaeble est commémoré partout au Canada. Une montagne, une rue et le mess des soldats et des caporaux à la base des Forces canadiennes Valcartier portent son nom, qui figure aussi sur le monument commémoratif de l’église paroissiale de Sayabec. En 2012, la garde côtière canadienne a annoncé qu’un navire de patrouille de la classe Héros serait nommé en son honneur, et son buste fait partie du Monument aux valeureux à Ottawa, un agencement de neuf bustes et de cinq statues de personnes qui ont vécu pendant des conflits déterminants dans l’histoire du Canada.

Les médailles de Kaeble sont exposées au Musée du Royal 22e Régiment, situé dans la Citadelle de Québec, et de la terre de sa sépulture a été incorporée aux murs de la chapelle.

Un changement planifié Retour sur l’année 2017

La pluie de coquelicots virtuelle illumine la colline du Parlement. [James Peltzer / Avec l’aimable autorisation de la Direction nationale]

L’année 2017, entre le soutien des jeux Invictus et le plaidoyer pour la recherche concernant un médicament controversé prescrit aux soldats, a été bien remplie à la Direction nationale de la Légion royale canadienne. La Légion, plus grande organisation de soutien aux anciens combattants du Canada, a promu le souvenir, administré des programmes aidant les anciens combattants à obtenir l’appui qu’il leur faut et dirigé de bonnes œuvres dans des communautés partout au pays.

Le changement était le mot d’ordre de la Direction nationale. L’enregistrement officiel de la Fondation nationale de la Légion en tant qu’organisme de bienfaisance a été un jalon en 2017. Il a préparé le terrain pour un nouveau mécanisme d’attribution des dons aux œuvres qui aident nos anciens combattants. On prévoit en faire l’annonce publique ce printemps. Par ailleurs, un nouveau comité de l’avenir a été chargé de tracer la voie à suivre pour l’ensemble de l’organisation.

En même temps qu’elle planifiait son avenir, la Légion a financé divers programmes sans réduire la qualité de ses services, défi qu’elle continue de relever chaque année grâce à ses membres, aux donateurs, aux bénévoles et à l’étroit contrôle financier des opérations.

Dans ce contexte, la Légion se trouvait toujours à un tournant dans son évolution aux échelons national, divisionnaire et local : elle continue de servir les anciens combattants de tout âge tout en cherchant les bons moyens de fidéliser ses membres actuels et d’en attirer de nouveaux. En 2017, le nombre de nouveaux adhérents s’est accru de neuf pour cent par rapport à celui de 2016, et la diminution du nombre total de membres s’est stabilisée. L’importance accordée à l’amélioration de l’expérience des membres demeure cruciale, et l’an dernier, elle a fait l’objet de discussions aux congrès divisionnaires partout au pays.

Le portail de l’adhésion a été modernisé grâce à un système de paiement permettant le renouvellement automatique, et la procédure d’inscription a été simplifiée. Vu la base de données de plus de 275 000 membres, mettre en œuvre un tel changement a été tout un exploit, et les trois quarts des 1 400 filiales du pays utilisent déjà le système avec succès. Une carte de membre en plastique et une nouvelle cérémonie de bienvenue pour les membres ont aussi été adoptées.

Promotion du souvenir

La Légion royale canadienne organise et dirige la cérémonie nationale du jour du Souvenir au Monument commémoratif de guerre du Canada, à Ottawa. Plus de 35 000 personnes y ont assisté en 2017, lors d’une journée froide et ensoleillée. Des couronnes ont été déposées par la gouverneure générale, Julie Payette, le ministre des Anciens combattants, Seamus O’Regan et Mme Sophie Grégoire Trudeau, au nom du premier ministre, Justin Trudeau. La Mère de la Croix (d’argent) du souvenir national de 2017-2018, Diana Abel, mère de feu le caporal Michael David Abel, a déposé une couronne de la part des mères du Canada. La Légion l’avait choisie parmi les femmes proposées par les Canadiens. La Légion diffuse la cérémonie en direct sur Facebook Live et sur les réseaux nationaux.

Pendant la période du souvenir, la Légion a présenté pour la se-conde année consécutive une pluie de coquelicots virtuelle nocturne projetée sur l’édifice du Centre, sur la Colline du Parlement. Des milliers de personnes, sur place ou en ligne, ont regardé cette scène captivante qui s’accompagnait d’une vidéo affichant les noms et photographies de nombreux anciens combattants canadiens. La projection du premier soir a été diffusée sur Facebook Live, et regardée autour du monde. La Direction nationale a aussi coordonné la présentation du premier coquelicot à la gouverneure générale, à Rideau Hall, le 24 octobre, lors de la cérémonie de lancement de la campagne du coquelicot.

En vertu de son engagement à honorer les Canadiens en service commandé, la Légion a coordonné l’envoi de quelques 5 000 colis le jour de la fête du Canada et dans le cadre de l’opération Père Noël des Forces armées canadiennes.

Mille façons de se souvenir

La Légion encourage les Canadiens à participer au souvenir de bien des façons, dont son site web, Legion.ca, est le plus connu. Sa nouvelle version, dévoilée l’an dernier, est plus conviviale.

Des annonces de service public à la télévision et à la radio ont diffusé le message, et une nouvelle vidéo a été produite pour illustrer les activités de la Légion. Une stratégie de mercatique et de communication s’appuyant sur des présentations et sur un nouveau plan quinquennal mis en œuvre l’an dernier servira à informer encore plus de Canadiens sur ce que fait la Légion.

La Légion a aussi créé de nouveaux articles de commémoration en 2017, dont une épinglette Vimy 1917, une médaille Canada 150 et un ruban « VETERAN ». Un insigne de spécialiste canadien à coudre sur l’uniforme de la Légion a aussi été approuvé. Ces articles reflètent d’importantes réalisations de bénévoles et de membres.

Le souvenir comprend aussi le temps passé à des endroits où ont servi des soldats canadiens. L’an dernier, en juillet, la Légion représentée par Kim Peters de Waterloo, Ont., a participé à la Marche internationale de quatre jours de Nimègue, aux Pays-Bas. Ses messages, photos et entrevues ont apporté un éclairage nouveau sur la plus grande marche de ce type dans le monde. En juillet aussi, 42 membres de la Légion ont assisté au pèlerinage du souvenir biennal qui consiste à visiter des lieux importants où se sont battus des soldats canadiens en France, en Belgique et aux Pays-Bas. Ces histoires sont racontées au moyen d’écrits et de présentations dans des filiales et d’autres endroits partout au pays.

Aide aux anciens combattants et à leur famille

En 2017, les Canadiens ont acheté des milliers d’articles à la boutique du coquelicot (poppystore.ca) et aux filiales dans tous les coins du pays, et s’en sont servi pour honorer, appuyer et défendre les anciens combattants du Canada et leur famille. Quarante-cinq-mille colis d’articles liés au souvenir ont été envoyés à des clients partout au pays et la boutique en ligne a été réorganisée pour offrir une expérience d’achat plus accueillante en anglais et en français.

L’article le plus recherché en 2017 était la médaille commémorative Canada 150, dont plus de 20 000 exemplaires ont été achetés. Bon nombre d’entre elles ont été remises aux milliers de bénévoles de la campagne nationale du coquelicot dans le cadre de laquelle près de 20 millions de coquelicots ont été distribués et des millions de dollars collectés pour aider les anciens combattants et les collectivités.

La lager de la Légion a également été mise en vente l’an dernier. Cette bière blonde, brassée en Ontario et dont la vente a été mise à l’essai dans plusieurs endroits, sera bientôt vendue partout au Canada. Cinq pour cent des recettes de 2017 ont servi aux programmes de la Légion pour les anciens combattants. Selon les premiers résultats, la lager de la Légion devrait devenir une importante source de revenus.

Faire une différence

Aux jeux Invictus de 2017, à Toronto, d’anciens combattants malades ou blessés se sont joints aux compétiteurs étrangers dans diverses épreuves sportives. La Légion y a engagé des fonds importants et a diffusé les résul-tats pendant les épreuves. La Direction nationale a aussi orga-nisé un diner à Kingston, Ont., pour souhaiter bonne chance aux athlètes canadiens.

Il n’est pas aisé de s’y retrouver parmi les prestations du gouvernement pour les anciens combattants. L’an dernier, les officiers d’entraide de la Légion ont aidé beaucoup de gens à déposer une demande ou à faire appel, répondu aux questions et suivi les progrès. « Je veux que vous sachiez à quel point tout le monde vous est reconnaissant de votre dévouement, du travail que vous faites et de la bienveillance dont vous faites preuve pour tous ceux et toutes celles que vous aidez », a écrit un ancien combattant.

Les bénévoles de la Légion qui prennent part au Projet de sensibilisation et de visite des établissements de soins de longue durée d’Anciens combattants Canada ont effectué plus de 10 000 visites auprès d’anciens combattants logés dans un établissement de soins prolongés l’an dernier.

En plus des millions en financement fournis par les divisions et les filiales, la Direction nationale a remis près de 75 000 $ à presque 100 anciens combattants, veuves ou veufs, grâce au Fonds de fiducie national du coquelicot. Cet argent a servi à l’achat de prothèses auditives et de dentiers, et à l’adaptation de logements pour les fauteuils roulants.

Recherches et plaidoyers

Défendre les intérêts des anciens combattants à l’échelle des politiques nationales est un pilier du travail de la Direction nationale. L’an dernier, elle a notamment continué son rôle consultatif auprès du gouvernement au sujet des prestations d’invalidité pour les anciens combattants, plaidé en faveur de nouvelles recherches sur la méfloquine, un antipaludique, et demandé une étude des théra-pies à base de cannabinoïdes pour les anciens combattants.

La Légion appuie la création de normes de formation de chiens d’assistance pour ancien combattant. En 2017, le Conseil exécutif national a approuvé le financement, en 2018-2019, d’une bourse de maitrise en recherches sur la santé des militaires et des anciens combattants. Cette bourse de 30 000 $ a été remise à Kelly Chen-MacDonagh, étudiante de l’Université Queen’s qui enquête sur les bienfaits des chiens d’assistance psychiatrique et des chiens d’assistance pour les membres des Forces armées canadiennes touchées par le trouble de stress posttraumatique.

La Légion a aussi participé aux discussions avec les autorités responsables de la défense et de la sécurité nationale qui ont précédé l’annonce de la nouvelle politique de défense du pays.

Aide internationale

La Légion appuie des anciens combattants et des veuves dans 16 pays des Antilles grâce à la Ligue royale des anciens combattants du Commonwealth (LRACC), et se rend dans la région tous les deux ans. En 2017, les directeurs de la Légion ont rencontré des anciens combattants à Trinité-et-Tobago, en Guyane et à la Barbade. Presque 500 000 $ ont été fournis à 77 anciens combattants et 110 veuves habitant aux Antilles, conformément à l’objectif de fournir à chacun d’eux au moins un repas chaud par jour à longueur d’année.

Des coquelicots et d’autres articles du souvenir ont été distribués, et les bénéficiaires de la LRACC ont dit être reconnaissants aux Canadiens qui ont fait des dons aux filiales et aux directions régionales l’an dernier.

La Légion a aussi distribué plus de 335 000 $ à quelque 300 anciens combattants alliés et veuves en Amérique du Nord de la part de plusieurs fonds de fiducie étrangers.

Soutien communautaire

Une grande partie du travail de la Légion sert à appuyer diverses communautés, dont celle de la jeunesse canadienne, au moyen de programmes et d’évènements interactifs.

Les 41es Championnats nationaux d’athlétisme annuels de la Légion ont attiré, en aout dernier, 637 compétiteurs et des milliers de spectateurs. Ils ont eu lieu à Brandon, au Manitoba, et avaient pour thème le 100e anniversaire de la bataille de la crête de Vimy.

Plus de 300 athlètes parrainés par la Légion et plus de 50 accompagnateurs et entraineurs représentant 10 divisions y ont participé, ainsi que plus de 400 athlètes et entraineurs de la catégorie ouverte. Environ 6 000 spectateurs, officiels et bénévoles, dont un grand nombre d’anciens combattants, ont assisté à l’évènement de trois jours.

Le comité local des préparatifs de la Légion, la BFC Shilo et la ville de Brandon ont apporté leur concours pour en faire un succès. Neuf records d’épreuve et quatre records nationaux ont été battus. Plusieurs olympiens sont passés par les championnats nationaux de la Légion! Les organisateurs de la Légion ont animé des ateliers éducatifs, des séances d’entrainement et des activités sociales pour les athlètes.

Les championnats des sports de participation des membres en 2017 comprenaient des tournois de cribbage, de fléchettes et de jeu de la huit, organisés par des filiales du Manitoba, de l’Alberta et de l’Ontario. Ils ont attiré des compétiteurs de toutes les régions du pays.

Les concours littéraires et d’affiche de la Légion, dont le thème était le souvenir, ont attiré des talents formidables en 2017, et les meilleures inscriptions venaient d’un océan à l’autre. La Légion a inscrit les affiches et poèmes gagnants à une compétition internationale nommée Never Such Innocence (Jamais telle innocence, NDT). Cinq inscriptions canadiennes ont obtenu une seconde ou une troisième place.

À venir

Comme toujours, la mission de la Légion en 2018 est de mieux servir les anciens combattants et de s’assurer que quiconque visite une filiale au Canada ait une expérience positive. De nouveaux outils et formations continues sont prévus cette année : un cours d’officier d’entraide divisionnaire, des séminaires de perfectionnement professionnel et des initiatives pour aider les membres à bien comprendre les directives de la Légion concernant l’accueil des visiteurs et à la commémoration.

Le travail de défense d’intérêts des anciens combattants avance dans plusieurs domaines importants, dont l’itinérance, le régime de pension à vie d’ACC et les recherches sur les effets de la méfloquine. Les membres des directions divisionnaires et des comités ont aussi été invités à donner leur avis sur les questions relatives à la défense afin de maintenir fermement une présence à la table de la défense nationale et de la sécurité. Les membres sont tous invités à parler de leurs succès aux médias locaux et au département des communications de la Direction nationale.

Au moment où les Canadiens se préparent à commémorer le centenaire de l’armistice de la Grande Guerre, la Légion encourage ses adhérents à s’impliquer, à tenir la promesse de ne jamais oublier, et à inviter le plus de gens possible à devenir membres.

Le gouvernement dépense-t-il assez pour rééquiper le militaire?

Un MQ-9 Reaper en Creech Air Force Base, Nev. [U.S. Air Force photo/Paul Ridgeway]

Ernie Regehr dit que OUI.

Canada a déjà l’un des plus importants budgets militaires au monde. L’Institut international d’études stratégiques, dont le siège est à Londres, confirme qu’en 2016, le budget militaire canadien était, en termes absolus, le sixième de l’OTAN par ordre d’importance, surpassé seulement par ceux des États-Unis, du Royaume-Uni, de la France, de l’Allemagne et de l’Italie. À l’échelle mondiale, le Canada est en 17e position, bien assurément dans les 10 % qui dépensent le plus.

Devrions-nous faire davantage? Si le Canada se classait cinquième dans l’OTAN ou seizième au monde, serait-il plus sûr? Est-ce que cela changerait les choses pour la paix et la sécurité internationales?

Il n’existe pas de menace militaire à la souveraineté du Canada ni à son intégrité territoriale : heureuses circonstances renforcées par le militaire canadien qui surveille et patrouille son vaste espace aérien et ses longues côtes. La sécurité publique est soutenue par les Forces armées canadiennes qui apportent leur aide aux autorités civiles et aux forces de l’ordre en cas de menaces non militaires, de catastrophes et d’opérations de sauvetage. À l’étranger, les Forces canadiennes appuient l’ordre international sur lequel reposent notre propre sécurité et notre prospérité.

Tout cela nécessite d’importantes dépenses militaires. Avec un budget de défense supérieur à celui de 90 % des autres pays du monde, le Canada n’est pas en reste.

La pression en faveur de l’augmentation du budget de défense du Canada a tendance à se concentrer sur l’amélioration du rôle du Canada dans le monde, mais la fragilité de l’ordre international, la persistance des conflits régio-naux et la menace du terrorisme mondial ne résultent pas du sous-financement des forces armées.

 

Une force militaire supérieure
peut faire tomber un régime,
mais pas le remplacer.


Le Canada devrait dépenser davantage pour renforcer la paix et la sécurité internationales, en tenant compte de trois faits. Premièrement, même les forces militaires les plus puissantes se sont souvent avérées incapables de régler les conflits ni d’atteindre les résultats politiques visés. Deuxièmement, les conflits politiques qui sont à l’origine des conflits armés actuels n’ont pas de solution militaire. Troisièmement, la paix et la stabilité durables reposent avant tout sur la bonne gestion des conditions économiques, sociales et politiques qui engendrent les conflits.

Les guerres contemporaines sont réglées, en fin de compte, par les diplomates et les politiciens, non pas par les généraux. Une force militaire supérieure peut remporter des batailles (comme expulser l’ÉIIS de Mosul, Iraq), mais pas gagner la guerre. Une force militaire supérieure peut faire tomber un régime, mais pas le remplacer.

La recherche de solutions militaires doit inévitablement faire place aux mesures qui favorisent la stabilité économique à long terme et la bonne gouvernance, au désamorçage des conflits identitaires, et aux engagements diplomatiques et politiques qui offrent des contrepoids à la violence. Il faut aussi, soit dit en passant, restreindre la circulation d’armes, surtout des armes de petit calibre, dans les régions de conflit.

Ces remèdes réels et très urgents aux conflits armés et aux menaces contre l’ordre international fondé sur les règles sont radicalement sous-financés. Le budget officiel de l’aide au développement du Canada est seulement le tiers du montant qu’il s’est engagé à y consacrer devant l’ONU. Alors s’il y a vraiment de nouveaux fonds pour la paix et la sécurité, comme les 62,3 milliards de dollars sur vingt ans promis à l’issue de l’Examen de la politique de défense, il vaudrait mieux les utiliser pour intensifier les efforts que déploie le Canada à l’échelle internationale en faveur du dévelop-pement économique, de la bonne gouvernance, de la diplomatie et du contrôle des armes.


David J. Bercuson dit que NON

Iy a des Canadiens qui, comme moi, croient que le Canada devrait augmenter ses dépenses de défense de façon à les rapprocher des deux pour cent du produit intérieur brut (PIB) indiqué dans les lignes directrices de l’OTAN. Il existe plusieurs bonnes raisons à cela.

Tout d’abord, le Canada a l’obligation d’aider les États-Unis à la défense aérienne de l’Amérique du Nord. En tant que membre du Commandement de la défense aérospatiale de l’Amérique du Nord, le Canada doit surveiller l’espace aérien du Grand Nord. Le Grand Nord canadien est le point d’accès septentrional à l’Amérique du Nord, le porche des États-Unis, en quelque sorte. Les Américains ont suffisamment d’avions de chasse pour patrouiller dans le Nord canadien en plus de toutes les autres responsabilités qu’ils assument, mais le Canada devrait-il le permettre? Nous avons décidé il y a longtemps d’établir et de maintenir la souveraineté du Canada et d’en assumer les responsabilités, dont la surveillance de nos frontières. Ainsi, ces dernières sont surveillées par des Canadiens qui reçoivent leurs ordres du gouvernement canadien et, au bout du compte, du peuple canadien.

Le degré de similitude entre les vues politiques du Canada et des États-Unis, tous deux attachés à la démocratie, à la règle du droit et aux droits de la personne, n’a rien à y voir. Nous sommes canadiens, et de bien des façons, nous sommes différents des États-Unis. Nous ne pouvons tout simplement pas leur déléguer la responsabilité de protéger nos régions septentrionnales.

Le Canada doit se tenir aux côtés de ses alliés
pour protéger son peuple et ses intérêts,
et il doit aussi faire sa part pour
dissuader les agresseurs.

Il en va de même pour nos côtes. Nous pourrions nous débarrasser de notre marine et maintenir une garde côtière civile pour les missions de sauvetage, mais la responsabilité ultime de la protection de nos eaux et de notre zone économique exclusive reviendrait alors aux Américains. Et, bien que nous ayons beaucoup en commun, nous sommes un pays souverain et notre territoire doit entrer dans le champ de responsabilités de notre marine qui doit répondre à notre propre gouvernement et à notre propre population.

Et qu’en est-il de notre armée? Contre qui gardons-nous nos frontières? Certainement pas contre les États-Unis. Cependant, notre armée a d’importantes fonctions d’aide aux civils, comme combattre les incendies de forêt, les inondations et autres catastrophes naturelles. Lorsque les communications civiles sont interrompues à cause de catastrophes naturelles, l’armée canadienne a les moyens d’établir ses propres réseaux de communication, l’équipement qu’il faut pour aider les pouvoirs publics, et là aussi, la bénédiction du gouvernement et des Canadiens.

Ces services militaires sont dispendieux, surtout pour un pays dont le territoire est le deuxième au monde par ordre de grandeur.

Quant aux missions à l’étranger, il y a des occasions où le Canada doit se tenir aux côtés de ses alliés pour protéger son peuple et ses intérêts, et il doit aussi faire sa part pour dissuader les agresseurs, par exemple en Europe centrale. On dit que tout pays a une armée : la sienne ou celle d’un autre. D’une façon ou d’une autre, cela engage des dépenses. Deux pour cent de notre PIB, ce n’est pas cher payé pour préserver notre indépendance.


Ernie Regehr est agrégé supérieur de la fondation Simons de Vancouver et cofondateur du Project Ploughshares.

David J. Bercuson, auteur de notre rubrique « Eye on defence » (Œil sur la défense, NDT), est directeur du Centre for Military and Strategic  Studies de l’Université de Calgary.

UNE VIE DE SERVICE

Le prince Henry de Galles, surnommé Harry, donne une accolade à un membre de l’équipe de volleyball assis de Géorgie après lui avoir remis une médaille d’or aux jeux Invictus à Toronto, en septembre. [Stephen J. Thorne]


Un esprit de courage à toute épreuve régnait aux jeux Invictus, où le nombre de médailles comptait moins que le nombre de participants.

Il n’y avait pas de drapeaux hissés aux jeux Invictus de 2017 à Toronto. Aucun hymne national n’a retenti pendant les cérémonies de remise de médailles.

Et malgré la compétition féroce parmi les militaires blessés ou malades et la ferveur de ceux et celles qui étaient venus les encou-rager, des proches et des amis, pour la plupart, la camaraderie et le soutien mutuel étaient le mot d’ordre des jeux.

Se rendre aux jeux, c’est un triomphe en soi. Comme l’a dit le prince Harry, fondateur des jeux, aux athlètes jeunes et moins jeunes : « L’importance de ces jeux, ce n’est pas de remporter des médailles d’or, d’argent ou de bronze. Ça ne l’a jamais été. Leur importance, c’est le chemin que votre famille et vous avez parcouru pour arriver jusqu’à la ligne de départ. »

À Toronto, cela était manifeste : on y a vu des concurrents attendre ceux et celles qui peinaient à finir la course, certains faisant même demi-tour pour encourager leurs camarades jusqu’au bout de la dernière étape de leur parcours épique du champ de bataille au champ de courses, sous les applaudissements et les encouragements des spectateurs, dont beaucoup étaient émus aux larmes.

« C’est le seul endroit où l’on applaudit autant les derniers », nous a dit la cocapitaine d’Équipe Canada, Natacha Dupuis.

Fadhil Razzaq de l’Iraq a remporté l’or au sprint IT3 de 200 mètres. Chaque catégorie de sport reflète un degré de blessure, de maladie ou de perte de fonction particulier. [Stephen J. Thorne]

Cela s’est confirmé à la fin des épreuves de natation, quand un médaillé de bronze américain unijambiste poussait le fauteuil roulant du médaillé d’or britannique, tous deux hilares.

Cela s’est vu aussi sur le terrain de rugby en fauteuil, quand les prétendants à une médaille se sont donné de chaleureuses accolades après trente minutes de compétition féroce ponctuée par le fracas de l’acier contre l’acier, le bruit sourd des chutes sur le plancher et le rugissement d’attaquants aussi redoutables que déterminés.

Les prétendants à une médaille se sont donné de chaleureuses accolades après trente minutes de compétition féroce ponctuée par le fracas de l’acier contre l’acier.

Les 550 concurrents venus de 12 pays avaient tous en commun une blessure plus ou moins évidente : un membre manquant, des cicatrices irrégulières, un regard ou des tatouages qui en disent long. Ces blessures étaient la partie visible d’histoires plus héroïques, plus mouvementées et plus éprouvantes qu’on ne puisse l’imaginer.

Hélène Le Scelleur, de l’Équipe Canada, essaie d’attraper la balle lors d’une partie de rugby en fauteuil roulant contre l’Australie.

Plus qu’une compétition sportive, ces Jeux étaient un festival, une célébration de triomphes, de ceux et celles qui refusent d’abandonner – les concurrents bien sûr, mais aussi leurs proches – et un brillant exemple pour nous tous.

Les Jeux Invictus ont eu lieu à Londres en 2014, puis à Orlando en 2016 et auront lieu à Sydney, en Australie, en 2018. Ils parlent de ce que le prince Harry décrivait comme le devoir, le service et le sacrifice.

Ils redéfinissent le devoir, le service et le sacrifice à leur propre manière.

Par sens du devoir et du service, les participants ont fait d’immenses sacrifices en Iraq, en Afghanistan ou ailleurs, mais en se présentant aux Jeux Invictus, en endossant de nouveaux uniformes et en montrant au monde ce dont ils sont capables (et ce qu’ils ne peuvent plus faire), ils redéfinissent le devoir, le service et le sacrifice à leur propre manière.

« Le service, c’est pour la vie », a dit à plusieurs reprises le prince Harry, qui a lui-même été déployé deux fois en Afghanistan.

Mark Ormrod (à g.), ancien fusilier marin britannique, a obtenu quatre médailles, dont celle de bronze à l’épreuve de nage libre de 100 mètres ISA. Sa performance lui a valu le prix de performance exceptionnelle des jeux. [Stephen J. Thorne]

C’est une compétition comme aucune autre. Il y a parmi ses vedettes Mark Ormrod, ancien de la Marine royale britannique et amputé de trois membres, qui a remporté quatre médailles, et l’Équipe Afghanistan, neuf anciens combattants qui ont passé des mois loin de leur famille pour s’entrainer en sécurité. Une fois tous les concours terminés, le prix de la performance, de la détermination et du dévouement exceptionnels a été décerné à Ormond. L’Équipe Afghanistan a obtenu le prix de l’esprit sportif et du dévouement.

Pour les autres, la reconnaissance était plus modeste, mais pas moins significative.

« Vous revenez de si loin. Vous êtes tous des gagnants. »

« Aussitôt que nous sommes descendus de l’autobus, nous avons été reçus de manière chaleureuse, avec de grands sourires et des acclamations », dit Melissa Smith, médaillée d’argent au tir à l’arc et ancienne infirmière qui souffre d’un trouble de stress posttraumatique depuis son affectation en Afghanistan, en 2010.

« C’était poignant. Cette sensation ne m’a pas quittée pendant tous les jeux. »

L’Équipe Afghanistan a été honorée pour son esprit sportif et son dévouement. [Stephen J. Thorne]

Les proches et amis des athlètes ont reçu leurs propres uniformes et bénéficiaient d’un statut préférentiel à tous les niveaux en reconnaissance de leur rôle indispensable.

La soprano britannique Laura Wright leur a donné la sérénade (accompagnée par la Chorale des femmes de militaires canadiens), ainsi que Sarah McLachlan et Bryan Adams, deux icônes de la chanson canadienne, et le légendaire rockeur américain Bruce Springsteen. C’était la troisième fois que Wright allait aux jeux Invictus, et sa divine interprétation d’« Invincible », qu’elle a composée pour le lancement de 2014, était captivante.

Les jeux ont attiré nombre de célébrités. L’omniprésent prince Harry a fait sensation quand il est arrivé à un match de tennis en tenant par la main sa petite amie, Meghan Markle, actrice américaine qui réside à Toronto, parmi les rumeurs de fiançailles imminentes. Les Trudeau, Melania Trump, Barack Obama et
Joe Biden étaient aussi présents. Le comédien et acteur canadien Mike Myers était ambassadeur des jeux. La délégation de la Légion royale canadienne avait à sa tête le président de la Direction nationale, David Flannigan.

Des athlètes puisent dans leurs dernières réserves d’énergie pour atteindre la ligne d’arrivée du 100 mètres IT2 : (de g. à d.) William Reynolds, Luke Sinnott, Adam Popp et Scott Meenagh. [Stephen J. Thorne]

Mais les vraies vedettes, c’étaient les athlètes – des modèles à suivre, a dit le prince Harry, « que tout parent espère voir ses enfants imiter ». C’était leur chance de se surpasser; pour un grand nombre d’entre eux, le point culminant d’une lutte titanesque, l’occasion de se redéfinir et de redéfinir leur vie.

« Vous revenez de si loin, leur a dit le prince Harry. Vous êtes tous des gagnants. »

 

 

Les jeux Invictus au programme du forum de l’ICRSMV

Le prince Harry s’adresse aux délégués du forum. [Sharon Adams]

L’Institut canadien de recherche sur la santé des militaires et des vétérans (ICRSMV) a accueilli un illustre invité cette année : le prince Harry, président d’honneur des jeux Invictus, un tournoi sportif annuel pour les militaires et les anciens combattants gravement blessés ou malades.

Les jeux Invictus, a déclaré le prince Harry, « ravivent les qualités affaiblies par des mois ou même des années de combat » et aident ainsi les participants à retrouver un sens à leur vie, à renouer et resserrer leurs liens familiaux et sociaux, à retrouver la forme et, dans certains cas, à rester en vie.

« Les jeux ne font pas que changer des vies, a-t-il poursuivi, ils sauvent des vies. C’est maintenant prouvé par des études de grande qualité. »

Ces études étaient d’ailleurs le sujet d’une des 200 présentations faites pendant le forum de l’ICRSMV de 2017, lequel se déroulait en même temps que les troisièmes jeux Invictus, à Toronto, en septembre.

Les jeux peuvent être une expérience transformatrice pour les compétiteurs, a dit Celina Shirazipour de l’université Dalhousie, qui a fait un rapport sur les résultats préliminaires d’une étude concernant le rôle des sports adaptés en réadaptation. L’étude réalisée principalement sur les athlètes avant, pendant et après les jeux a été menée auprès d’environ 200 compétiteurs ainsi que des membres de leur famille.

« Les jeux sont un formidable atout pour les athlètes pendant leur rétablissement, a dit Shirazipour. L’entrainement les aide à se réintégrer dans la société, à reconstruire leur identité et à reprendre confiance. Les jeux leur donnent un but. Les recherches indiquent l’importance de maintenir des objectifs après les jeux et soulignent celle de l’engagement continu des proches, des amis et de la communauté. »

« Il y a des lacunes importantes dans les connaissances actuelles sur la façon dont les bienfaits des sports adaptés se maintiennent ou non à long terme, » a-t-elle poursuivi. Des recherches supplémentaires seront nécessaires pour déterminer comment faire durer les bienfaits physiques et psychologiques des jeux.

« Tout le monde ici comprend l’importance des recherches et le besoin de données scientifiques sur lesquelles fonder les décisions »,
a déclaré le ministre des Anciens combattants, Seamus O’Regan. Elles sont indispensables pour fonder les pratiques, les politiques et les programmes sur les faits.

L’ICRSMV est un pôle de recherche qui réunit plus de 1 000 chercheurs dans 43 universités canadiennes et des partenaires internationaux qui collaborent pour évaluer les besoins des militaires en service, des anciens combattants et de leur famille en matière de soins de santé.

Les 600 délégués ont aussi entendu les témoignages d’anciens combattants qui ont bénéficié de telles recherches, dont l’adjudant Mark Jones de la Force opérationnelle interarmées contre la menace explosive.

On n’a découvert que récemment, grâce à la recherche, l’effet cumulatif de l’exposition répétée à des explosions, a dit Jones. En 2008-2009, son équipe et lui ont désamorcé en Afghanistan plus de 65 dispositifs explosifs de circonstance en six mois, et ils avaient souvent des maux de tête, des troubles de la vision, des nausées et des sautes d’humeur, sans savoir qu’il s’agissait de symptômes de traumatisme cérébral causé par les explosions. Maintenant, grâce aux recherches et à l’éducation, les techniciens en explosifs comprennent le risque de traumatisme cérébral et ils signalent leurs symptômes et demandent de l’aide.

Pour assurer l’avenir des recherches sur la santé des militaires et des anciens combattants, il faut attirer de jeunes chercheurs, et cela signifie financer leur travail. La Légion royale canadienne verse annuellement une bourse de maitrise de 30 000 $ en recherche sur la santé des anciens combattants.

« De telles recherches peuvent servir à définir les politiques et les programmes qui aideront nos militaires et nos anciens combattants à rejoindre la vie civile », a dit le président de la Direction nationale, Dave Flannigan, qui a remis la bourse de 2017 à Kelly Chen-McDonagh, de l’université Queen’s. Elle enquête sur les bienfaits des chiens d’assistance psychiatrique et des chiens de compagnie pour les militaires en état de stress posttraumatique.

Le neuvième forum de l’ICRSMV aura lieu à Regina du 15 au 17 octobre 2018.

Le combat pour la colline 355

Membres de la 3eme Battalion, Princess Patricia’s Canadian Light Infantry aux positions sur la colline 355. [DEPARTMENT OF NATIONAL DEFENCE]

Tout au long de la guerre de Corée, la colline 355 fut l’une des régions les plus contestées par les troupes chinoises et par les troupes des Nations Unies. Située à 40 kilomètres au nord de Séoul, elle était considérée, vu sa taille, ses positions défensives, et le fait qu’elle formait le terrain le plus élevé des environs, comme étant l’une des positions les plus stratégiques.

Le Royal 22e Régiment, commandé par le lieutenant-colonel Jacques Dextraze qui avait commandé les Fusiliers Mont Royal pendant la Seconde Guerre mondiale, fut chargé de tenir des positions aux collines 227 et 355 à l’aide du Royal Canadian Regiment, du Princess Patricia’s Light Canadian Infantry et des forces américaines. Les Van Doos, comme les appellaient affectueusement les anglophones, reçurent la consigne de défendre le terrain entre les deux collines.

Les préparatifs du départ commencèrent le 19 novembre 1951.

Les Van Doos avaient l’ordre de ne se replier en aucun cas, de rester maitres de tous leurs secteurs et de surtout ne pas paniquer. Tout cela serait fait à la façon des Van Doos. Le 21 novembre, le bataillon se dirigea vers ses nouvelles positions où il remplaça le 1 King’s Shropshire Light Infantry le 22 novembre à 6 h 30. Ses quatre compagnies se mirent immédiatement à améliorer les défenses.

Les Chinois déclenchèrent leur bombardement au moment où les Van Doos venaient de s’installer. Les bombardements qui s’intensifiaient rapidement étaient d’abord concentrés sur la compagnie D et sur les positions américaines de la colline 355, qui subirent de lourdes pertes. Les obus tombèrent toute la nuit et pendant la matinée.

Toutefois, le bataillon bénéficia d’un bref répit, car le bombardement de l’après-midi tomba sur la compagnie D, puis les Chinois effectuèrent un bombardement intense sur le sommet de la colline 355, forçant les Américains à quitter leurs positions à 17 h 35. Le flanc canadien était maintenant complètement à découvert, et les Chinois pouvaient voir leurs positions d’en haut.

Malgré les attaques vigoureuses, la région resta aux mains des Canadiens, et des chars d’assaut leur furent envoyés en renfort. Dans la matinée du 24 novembre, les Van Doos ayant repoussé quatre attaques chinoises, les Américains reprirent la majeure partie de la colline 355.

Les bombardements intermittents continuèrent le matin du 24 novembre et Dextraze donna l’ordre de lancer une contrattaque à la colline 227, qui rencontra peu de résistance. Le sommet repris fut tenu jusqu’au soir, tandis que les combats intenses se poursuivaient et la colline 355 fut perdue puis reprise une fois encore aux premières heures du 25 novembre. Les Van Doos reprirent leurs positions, et les Américains débarrassèrent complètement la colline 355 des Chinois qui s’y étaient installés. Une attaque de moindre portée fut lancée contre les Van Doos en provenance de la colline 227, mais
ce fut l’échec pour les Chinois qui firent rapidement marche arrière. Finalement, après quatre jours de combats épuisants, la compagnie D fut remplacée par la compagnie B. Au cours de ces quatre jours, la compagnie D, pratiquement seule, n’avait reçu presque aucune aide des trois autres compagnies canadiennes qui étaient en poste trop loin pour pouvoir les aider.

À la fin des quatre jours de combat, le Royal 22e Régiment avait subi plusieurs pertes : 16 morts, 44 blessés et trois disparus présumés morts. Environ 2 000 Chinois furent tués, bien que le chiffre officiel ne soit que de 742. La défense de la colline 355 fut décrite comme l’une des meilleures actions défensives de l’histoire de l’Armée canadienne. En octobre 1952, la colline 355 fut le théâtre d’autres combats intenses auxquels prit part le Royal Canadian Regiment qui, comme les Van Doos, tint ses positions.

Notre homme à Téhéran

La Médaille d’or du Congrès des États-Unis, la plus haute distinction nationale décernée aux civils, est frappée du portrait de son récipiendaire. Ken Taylor a reçu la sienne en 1980. [Musée de la CIA]

Au plus fort de la révolution iranienne de 1979, les militants prirent 70 personnes en otages à l’ambassade des États-Unis. Six diplomates américains s’échappèrent grâce à l’opération Canadian Caper.

Depuis près de deux siècles et demi, les États-Unis reconnaissent les exploits de civils en leur remettant la Médaille d’or du Congrès. C’est tout un honneur : 150 médailles seulement ont été remises à des groupes ou à des particuliers depuis 1776, et seulement 31 à des étrangers, dont un Canadien : le diplomate Ken Taylor.

En cachant six diplomates américains durant presque trois mois et en les aidant à s’échapper le 27 janvier 1980, M. Taylor et le personnel de l’ambassade du Canada ont été une lueur d’espoir pendant les 444 jours sombres de la crise des otages américains en Iran.

La ruse employée consistait à prétendre qu’une entreprise fictive du nom de Studio Six Productions réalisait un film intitulé Argo. [Musée de la CIA]

En janvier 1979, le chah Mohammed Reza Pahlavi, soutenu par les États-Unis, dut fuir la révolution iranienne. Atteint d’un cancer, il partit ensuite d’Égypte au mois d’octobre pour aller aux États-Unis se faire soigner. Les étudiants insurgés qui réclamaient son extradition s’emparèrent de l’ambassade des États-Unis à Téhéran et y prirent 70 personnes en otages le 4 novembre 1979.

Ils laissèrent partir les femmes, les Afro-Américains et les malades, mais le Conseil révolutionnaire refusa de négocier la libération des 52 otages restants avec le président Jimmy Carter.

« Nous aurions pu tenter de survivre tout seuls
quelques jours de plus. Nous aurions échoué. »
Le diplomate américain Mark Lijek


Tandis que la peur et la colère augmentaient aux États-Unis, six Américains qui avaient échappé à la capture se cachaient
chez les diplomates canadiens John et Zena Sherdown et Ken Taylor et son épouse, Pat. Les Canadiens « étaient déterminés à nous garder jusqu’à la fin de la crise ou jusqu’à ce qu’on puisse quitter le pays », a déclaré le di-plomate américain Mark Lijek par la suite.

Un concept d’artiste, une annonce publicitaire et un article dans Variety. [Musée de la CIA]

C’était risqué : leur découverte aurait mis en danger tous les Canadiens et Américains en Iran, y compris les otages.

Le cabinet du premier ministre Joe Clark autorisa dans le plus grand secret la création de faux passeports canadiens. Le Canada fournit aussi les documents habituellement contenus dans un portefeuille : permis de conduire, cartes de crédit et autres pièces d’identité, ainsi que de faux documents de voyage.

Pendant ce temps, l’Agence centrale de renseignement (CIA) des États-Unis inventa un subterfuge pour aider les six clandestins à quitter le pays : ils seraient des Canadiens employés par Studio Six Productions, société hollywoodienne à la recherche de lieux de tournage en extérieur pour un film de science-fiction à suspense intitulé Argo. Un bureau doté de son propre personnel fut ouvert à Hollywood, des messages publicitaires furent publiés pour promouvoir le film et des cartes de visite furent imprimées.

De la papeterie d’affaires. [Musée de la CIA]

L’agent de la CIA Tony Mendez, qui arriva un jour et demi avant le départ prévu pour distribuer les trousses d’évasion aux Américains et les escorter durant le voyage de retour, fit l’éloge du « penchant pour la planification clandestine » de Taylor. La participation de la CIA fut gardée secrète, par crainte de représailles contre les otages.

Ces préparatifs furent couronnés de succès : l’opération de déroula sans heurts à l’aéroport international Mehrabad, à Téhéran.

Les Américains étaient « fous de joie » à l’annonce de la nouvelle, a écrit Mendez sur le site Web de la CIA. « C’était la première bonne nouvelle en trois mois de traumatisme national. » L’unifolié fut hissé un peu partout dans les villes du pays, des remerciements apparurent sur des panneaux d’affichage et dans des annonces de journal.

Mais Canadian caper n’offrit qu’un bref répit. La tension s’intensifia énormément lors de la mission de sauvetage bâclée où huit soldats américains et un Iranien perdirent la vie.

La frustration aux États-Unis donna lieu à des actes violents qualifiés d’ « I-rage ».

L’épouse d’un des otages rappela les gens au calme. Un journal rapporta qu’elle avait attaché un ruban jaune à un chêne dans sa cour et peu après, de tels rubans firent leur apparition dans tous les coins du pays. Le symbole se répandit partout : épinglettes, autocollants pour parechocs, panneaux d’affichage, vêtements. Ces rubans sont depuis un symbole d’espoir et de soutien pour les gens qui se trouvent dans une situation difficile.

Bien que le chah mourût en Égypte en juillet 1980, les otages ne furent libérés que quelques minutes après l’entrée en fonction du président Ronald Reagan qui applaudit « le courage, l’ingéniosité et les nerfs d’acier » de Taylor en lui remettant la décoration ce mois de juin là.

Taylor a été nommé officier de l’Ordre du Canada. Les autres Canadiens impliqués ont été nommés membres de l’Ordre, et l’Ordre du Mérite militaire a été décerné à trois militaires canadiens ayant participé à l’opération.

Sheardown est mort en 2012. Taylor, acclamé en 2013 par l’ancien président Jimmy Carter comme étant « le héros principal » de l’opération secrète, est mort en 2015.