46e CONGRÈS NATIONAL 2016 St. John’s

French

La Légion se réunit dans un lieu ancien
pour tracer une nouvelle voie.

Photographie d’Adam Day
et de Jennifer Morse

Au début du mois de juin, des délégués venus de tous les coins du pays se sont réunis à St. John’s, Terre-Neuve-et-Labrador, déterminés à tracer un avenir prometteur pour la Légion
royale canadienne.

C’était le 46e Congrès national, qui a eu lieu du 11 au 14 juin, au cœur d’un des plus vieux sites peuplés du Canada. La longue histoire de cette ile (l’endroit où se trouve St. John’s a été découvert à la fin des années 1400) a servi de toile de fond symbolique au congrès. Bien que Terre-Neuve n’ait pas toujours fait partie du Canada, elle en est aujourd’hui un élément loyal, et les Terre-Neuviens font incontestablement partie de la grande tribu des Canadiens.

Convention 1

(en regard, de g. à d.) La garde du drapeau au Monument national de la guerre, à St. John’s. [Adam Day]

Cela s’est manifesté à ce congrès dont, outre les affaires et les rapports, un grand sentiment d’unité est ressorti. De nouveaux membres du comité directeur ont été élus. Une nouvelle section spéciale a été créée. Des résolutions ont été adoptées. Et l’harmonie a été établie.

Bien que la devise officielle du congrès ait été « Looking back to see ahead » (Se pencher sur le passé pour voir l’avenir, NDT), le thème officieux est né des discours prononcés par trois anciens combattants modernes : quelles que soient les différences entre les anciens combattants d’époques diverses, entre les groupes d’anciens combattants, et même à l’intérieur d’une organisation d’anciens combattants, la réalité, c’est que cette unité est bien plus puissante que la division, et que dans le bon contexte, il est clair que ce qui unit les groupes – le besoin de servir les anciens combattants et leur famille – est bien plus puissant que ce qui les divise.

Tout commence par un défilé

Le dimanche 12 juin, le congrès a commencé par un grand défilé dans les rues du centre-ville. De nombreux légionnaires ont descendu la rue Water et ont assisté à une cérémonie à ce qui s’appelle toujours National War Memorial (Monument national de la guerre, NDT) et qui se trouve à cet endroit depuis avant 1924, bien avant que Terre-Neuve ne se joigne à la Confédération canadienne.

Lors de la cérémonie, le lieutenant-gouverneur Frank Fagan, la mère de la Croix d’argent, Sheila Anderson et le ministre des Anciens combattants, Kent Hehr ont chacun déposé une couronne. M. Hehr a ensuite rejoint le lieutenant-gouverneur et Mme Anderson à la tribune et observé le défilé.

De retour au centre des congrès, les délégués ont assisté à la cérémonie d’ouverture. Elle a commencé par le discours d’un acteur de reconstitution de la Première Guerre mondiale sur l’importance pour les jeunes Terre-Neuviens de s’engager à se battre pour leur pays, et pour l’Angleterre. La cérémonie était largement centrée sur l’histoire militaire de Terre-Neuve, dont on a raconté les exploits hors-normes.

Il y a également eu, entre autres, des spectacles musicaux présentés par Judy Brazil, Kelly Ann Evans et Peter Noel.

Convention 3

Le premier vice-président, Dave Flannigan, assiste aux cérémonies. [Adam Day]

« Nous sommes venus nous réunir ici de toutes les régions du pays, d’un océan à l’autre, a déclaré l’aumônier général des Forces armées canadiennes, Guy Chapdelaine. Nous sommes venus honorer ceux qui ont servi avec courage et travaillé pour un avenir meilleur. Nous sommes reconnaissants à la Légion royale canadienne de ses efforts, de son soutien indéfectible à ceux qui ont tant donné d’eux-mêmes. »

Après les salutations par vidéo du gouverneur général, David Johnston, le président de la Division de Terre-Neuve-et-Labrador, Frank Sullivan, a fait un choix de mots heureux en saluant tous les gens venus de loin, leur souhaitant la bienvenue à Terre-Neuve, « au paradis sur mer, parce que, croyez-le ou non, vous êtes tous à la dérive dans l’Atlantique Nord ».

M. Fagan a officiellement ouvert le congrès par un petit discours. « La Légion royale canadienne est toujours une partie importante de notre communauté, a-t-il affirmé. Vous nous avez honorés en décidant de vous réunir dans cette province, et surtout en ce moment. »

Il s’agissait en effet d’un moment spécial pour les Terre-Neuviens. Les plans concernant le congrès de 2016 ont été modifiés il y a quelques années afin que les légionnaires puissent se joindre à eux à l’occasion du 100e anniversaire de la bataille de Beaumont-Hamel où, le 1er juillet 1916, premier jour de la bataille de la Somme, le Newfoundlant Regiment a été presque anéanti. L’impact de l’hécatombe s’est fait sentir presque partout dans l’ile, dans les villes, les villages et les petits ports isolés. Le 1er juillet est encore le jour du Souvenir de la province, même si le reste du pays célèbre alors la fête du Canada.

Convention 5

Trois anciens combattants de l’ère moderne (de g. à d.) Jody Mitic, Craig Hood and Paul Nichols; Bill Chafe (en bas, àg.) est installé en tant que président des débats; le ministre des Anciens combattants, Kent Hehr assiste à la cérémonie du cénotaphe. [Jennifer Morse]

Les affaires courantes

Le ministre des Anciens combattants, Kent Hehr, était conférencier d’honneur. « Vous êtes l’épine dorsale de notre société depuis de très nombreuses années, a-t-il dit. Vous représentez ce qui est formidable à propos de cette nation. Venir à ce congrès était une priorité pour moi. Nous devons tous travailler ensemble pour conserver la Légion, aujourd’hui et demain. La Légion est aussi importante aujourd’hui qu’il y a 90 ans. »

Il a donné un aperçu des efforts que fait le nouveau gouvernement dans le but de restaurer les bonnes relations avec les anciens combattants. « Je travaille dur pour corriger ce qui ne fonctionne pas. Ce n’est pas toujours facile. Les solutions ne sont pas simples, les difficultés sont considérables, a-t-il déclaré. Je sais que quand un ancien combattant exprime ses préoccupations, les Canadiens sont à l’écoute. La plupart sont satisfaits de l’aide qu’ils reçoivent, mais on entend aux nouvelles que plusieurs sont tombés à travers les mailles du filet. Cela vous donne peut-être l’impression que nous ne faisons pas du bon travail, et bien entendu, ils ont le droit d’exprimer leur opinion, mais ne croyez pas que tout aille mal. Nous nous en tirons très, très bien! »

Certains anciens combattants sont sans aucun doute en désaccord avec le ministre au sujet de la productivité de son ministère, mais il est clair que, comme il l’a dit, beaucoup de bonnes initiatives ont été prises au cours des derniers mois. 

Le président de la Direction nationale, Tom Eagles, a donné la première de nombreuses nouvelles d’importance à l’auditoire lorsqu’il a révélé que la fondation de la Légion – établie pour que l’organisation puisse recevoir des dons de bienfaisance – était sur le point de devenir réalité, et que le premier don important avait déjà été reçu. 

Il a continué sur sa lancée et recommandé d’établir une section spéciale du traumatisme de stress opérationnel (TSO). Il n’y a pas eu de discussion, et l’assemblée a voté en grande majorité en faveur de la création de la première nouvelle section des temps modernes.

Convention 10

Le président national, Tom Irvine, prend part au défilé; le trésorier national, Mark Barham, écoute les discours. [Adam Day]

« Nous venons d’écrire une page d’histoire, mesdames et messieurs, » a déclaré M. Eagles après que la motion eut été votée. 

Il a aussi parlé des jeux Invictus, du rôle de la Légion comme commanditaire principale de cet évènement qui aura lieu à Toronto, en 2017, et de l’importance pour les soldats et les anciens soldats de faire du sport.

Il a ensuite parlé de la manière dont la Légion est qualifiée par les médias ces derniers temps. « Si vous ne lisez pas déjà les journaux, ce n’est pas le moment de commencer, a-t-il dit à la blague. On s’y prend une raclée. »

« Je ne tolèrerai pas ces accusations, et [le nouveau président] Dave Flannigan, non plus, a-t-il ajouté. Nous sommes tous liés par un objectif commun : répondre aux besoins de nos anciens combattants, de leur famille, et de nos membres. J’invite chacun d’entre vous à se concentrer sur la vision et les valeurs que nous avons en commun. Il est important de conserver la confiance de nos membres, et qu’on nous entende répondre lorsque des questions se posent. Je recommande au nouvel exécutif de faire examiner nos affaires par une tierce partie. »

Le trésorier, Mark Barham, a pris la parole. « Au dernier congrès, la directive donnée à la Direction nationale était de mettre de l’ordre dans ses affaires. C’est ce que nous avons fait, » a-t-il dit.

Il a donné un aperçu des mesures d’économie prises par la Direction nationale pour équilibrer les budgets. « On s’est tous attelés à la tâche et ça a bien tourné. Des fois, le remède n’avait pas très bon gout, mais personne ne l’a recraché. »

M. Barham a fait une présentation offerte à titre d’information uniquement. L’état des finances de la Légion y était exposé en détail, et il a divulgué des plans pour une augmentation d’un dollar par personne par année pendant les deux prochaines années. Il a dit à l’auditoire qu’il passerait voir les caucus pour discuter de la proposition plus en détail.

Convention 4

(en regard) Le grand président, Larry Murray, installe les vice-présidents (de g.à d.) André Paquette, Angus Stanfield et Bruce Julian. [Adam Day]

Un nouvel exécutif

Les élections ont été réglées rapidement et efficacement. Il y avait 966 délégués sur place qui avaient 2 065 procurations, ce qui portait le total des votes à 3 031.

Pour le poste de président, monsieur Dave Flannigan de la filiale Labrador de Terre-Neuve a été nommé par l’ancien président national Wilf Edmond, et il y a été élu par acclamation.

Les vice-présidents nationaux Ed Pigeau de la filiale ontarienne Thessalon, André Paquette de la filiale ontarienne Harry Searle de Chapleau et Tom Irvine de la filiale québécoise Hemmingford se sont portés candidats au poste de premier vice-président, et c’est M. Irvine qui y a été élu.

Messieurs Bruce Julian de la filiale ontarienne Beachville, Ross Petten de la filiale terre-neuvienne Bay Robert, Roland Fissette de la filiale St. James de Winnipeg, Angus Stanfield de la filiale colombo-britannique Sooke et Paquette ont offert leurs services aux trois postes de vice-président. Messieurs Julian, Stanfield et Paquette ont été élus.

M. Mark Barham de la filiale North Calgary a été nommé trésorier par acclamation et, à la dernière élection du congrès, l’Ontarien Bill Chafe de la filiale Sarnia a remplacé le président national des débats Jack Frost de la filiale ontarienne Madoc.

Le secrétaire national, Brad White a invité trois anciens combattants modernes à faire part de leur point de vue aux délégués. Parmi eux se trouvait le conseiller municipal d’Ottawa Jody Mitic, un ancien tireur d’élite qui a perdu les deux jambes en Afghanistan. « Je ne me suis jamais senti ancien combattant avant de prendre ma retraite, a-t-il dit. Alors, la Légion, c’était quelque chose dans mon avenir, pour la retraite. C’est l’organisation d’anciens combattants du Canada par excellence. Vous parlez au nom des anciens combattants quand le gouvernement pose des questions. »

Par la suite, le Prix des fondateurs a été décerné à M. Rick Mercer. « C’est tout un honneur d’être reconnu par un organisme superbe comme la Légion canadienne, » a-t-il dit.

L’ombudsman des vétérans, Guy Parent, est monté sur scène pour remettre la mention élogieuse de l’ombudsman des vétérans à la Division de l’Ontario en l’honneur de son programme Leave the Streets Behind (laisser la rue derrière soi, NDT). 

Après le rapport du comité des sports, une motion a été proposée pour annuler le curling et le jeu de la huit au niveau national. Une modification a été proposée de scinder la motion et de voter sur le curling et le jeu de la huit séparément. Le premier vote concernant le curling, était si serré qu’on a demandé un vote par « debout ou assis » avant de savoir que le curling serait annulé. Quant au jeu de la huit, les délégués ont voté en faveur de le conserver.

Une motion de l’auditoire demandant de permettre le port des épinglettes à myosotis de Terre-Neuve dans toutes les divisions a été proposée et adoptée.

Convention 2

Le premier vice-président, Dave Flannigan et le président national, Tom Eagles écoutent les discours. [Jennifer Morse]

Le dernier jour

Le dernier jour du congrès a bien commencé, par la collecte de fonds traditionnelle de la Ligue royale des anciens combattants du Commonwealth pour les anciens combattants nécessiteux des Caraïbes. Les files d’attente pour faire des annonces étaient longues, et le total s’est élevé à un montant impressionnant : 170 002 $. Et 3 409 $ ont été donnés pour établir la section spéciale de TSO.

Le trésorier, M. Barham, a ensuite fait le rapport sur le budget. Bien que de nombreuses questions aient été posées sur divers sujets, elles ont toutes fini par obtenir une réponse, le rapport a été voté et M. Barham a été ovationné pour sa présentation claire et détaillée.

Il a ensuite fait une modification à sa présentation précédente : il a demandé que l’augmentation annuelle par personne soit de 1,25 $ parce que les délégués avaient choisi de conserver le jeu de la huit et qu’il fallait des fonds pour ce faire.

Bien que de nombreuses personnes aient mis en doute le besoin de cette augmentation, le sentiment général qui a émergé était qu’il s’agissait de la première augmentation depuis longtemps, et qu’il était temps que les membres mettent la main à la poche. L’augmentation par personne a été votée par tous, malgré une poignée de « dissidents ».

Lors de ce qui a peut-être été le moment le plus tendu du congrès, une motion est venue de l’assemblée proposant de réduire le nombre de catégories de membres de la Légion à deux : les « anciens combattants » et les « associés ». De nombreux intervenants ont livré des arguments passionnés contre la proposition et elle a été solidement défaite.

Flannigan prend les commandes

Toutes les affaires ayant été réglées, il ne restait plus qu’à faire installer les nouveaux dirigeants par le grand président, Larry Murray.

Lorsque cela a été fait, le président de la Direction nationale, Dave Flannigan a prononcé un petit discours qui portait à la fois sur le passé et sur l’avenir. « Les astres sont alignés comme il faut, et je suis ici aujourd’hui, en tant que président national, pour représenter les soldats qui sont passés à l’assaut à Beaumont-Hamel, a-t-il déclaré. Je n’osais pas rêver que moi, petit gars de Lawn, de Terre-Neuve, je deviendrais un jour président de la plus grande organisation d’anciens combattants du Canada.

« Les deux prochaines années vont faire ou défaire la Légion, car nous devons arrêter l’hémorragie dans l’adhésion, a-t-il dit. Nous devons changer; sinon, les changements vont nous renverser. Nous devons rester d’actualité. Il est temps que les légionnaires cessent de penser en termes de “eux ou nous”, et se mettent à penser à “nous” en ce qui concerne tous les aspects de la Légion. Si nous ne nous unissons pas, nous sommes condamnés dès le départ. »

Le 47e Congrès national aura lieu à Winnipeg en aout 2018.


Adoptées au Congrès

Convention 6

RÉSOLUTION DE LOYAUTÉ

Les membres de la Légion royale canadienne réunis au 46e Congrès national à St. John’s (T.-N.-L.) saluent cordialement Sa Majesté la reine Elizabeth II, affirment leur loyauté et allégeance à son égard et lui être redevable de son service et de sa direction, et prient que Dieu lui prête vie afin qu’elle continue de guider le Commonwealth.

ANCIENS COMBATTANTS, SERVICES ET AINÉS

1. (ONT) — Exhorte le gouvernement fédéral de respecter son pacte social et l’obligation sacrée de s’occuper des anciens combattants et de leur famille tout au long de leur vie en leur permettant de maintenir la qualité de vie que méritent les sacrifices qu’ils ont faits pour le Canada.

2. (SASK) — Demande que les critères d’admission pour un lit contractuel d’un établissement pour anciens combattants soient élargis de manière à ce qu’y ait droit tout vétéran des Forces armées canadiennes ou des forces alliées de toute époque et selon ses besoins en soins de santé.

3. (ONT) — Demande à la Direction nationale de plaider auprès du gouvernement fédéral pour que les établissements de soins de longue durée comme l’hôpital Parkwood de London (Ont.) et le Sunnybrook Life Sciences Centre de Toronto assurent les soins de longue durée à tous les anciens combattants en modifiant la loi concernant le règlement sur les soins de santé de sorte à remanier la politique d’admission dans les hôpitaux pour anciens combattants.

4. (N.-É.–NT) — Demande que la Légion appuie les anciens combattants modernes en veillant à leur confort dans les unités de soins aux anciens combattants, et qu’elle adresse une pétition au gouvernement fédéral, par l’intermédiaire d’Anciens combattants Canada, afin de maintenir ouvertes toutes les unités de soins aux anciens combattants modernes.

COQUELICOT ET SOUVENIR

5. (ONT) — Demande que le coquelicot apparaisse dans les nécrologies afin d’identifier les avis de décès d’ancien combattant.

SPORTS

7. (QC) — Annule le curling en tant que sport de la Direction nationale mais conserve les fléchettes, le cribbage et le jeu de la huit en tant que sport au niveau national, afin de ne pas léser les divisions qui comptent sur ces évènements.

DÉFENSE ET SÉCURITÉ

*305 (C.-B.–YN) — Demande à la Légion d’adresser une pétition au gouvernement fédéral afin de créer une médaille pour reconnaitre tous les anciens combattants canadiens qui se sont portés volontaires au service dans les Forces armées canadiennes.

RITUEL ET RÉCOMPENSES

*307 (ALB–T. N.-O.) — Modifie le manuel du rituel, des récompenses et du protocole en y incluant une description du drapeau national du Canada de 1965, comme étant le drapeau sous lequel les Canadiens ont servi à la guerre du golfe Persique, en Afghanistan et à de nombreuses missions de l’ONU et de l’OTAN.

CONSTITUTION ET LOIS

*307 (N.-É.–NT) — Stipule que toute personne condamnée pour vol ou détournement de fonds du coquelicot, ou de fonds ou de biens de la Légion en vertu du Code criminel sera automatiquement expulsée de la Légion royale canadienne aussitôt qu’une direction supérieure en aura reçu avis et preuve d’une filiale ou d’une direction.

RÉSOLUTIONS RETARDATAIRES

(N.-B.) — Demande à Anciens combattants Canada de modifier ses critères relatifs aux anciens combattants ayant servi au Canada seulement afin qu’ils aient droit à un lit d’hôpital financé par ACC.

* Dénote une résolution rejetée ramenée devant l’assemblée par une division et approuvée par le congrès.


À la barre

FRDF

PRÉSIDENT DE LA DIRECTION NATIONALE Dave Flannigan, 60 ans, œuvre à la Légion depuis 41 ans, et il est membre à vie de la filiale Labrador City. Il a été chef de secteur en 2001, et il a occupé tous les postes à la filiale, ainsi que celui de président de la Division de Terre-Neuve-et-Labrador, en 2007. Cette année-là, il a rejoint le Conseil exécutif national et a été membre des comités des finances et budget et de la concentration sur l’avenir, et il a été président de ceux des sports et du coquelicot et du souvenir. Il a également occupé le poste de coprésident à l’adhésion et aux relations communautaires. Il est actuellement président des comités des anciens combattants, des services et des ainés, de la Ligue royale des anciens combattants du Commonwealth (LRACC), et du congrès national, et vice-président des comités de la rémunération, des finances et du budget, de l’investissement et de la pension du personnel, ainsi que membre du comité consultatif des anciens combattants. En juin dernier, il a été nommé vice-président du conseil d’administration de Publications Canvet Ltée.

En 2004, il a pris sa retraite au bout de 29 ans à l’Iron Ore Co. of Canada et pendant les trois années suivantes, il a été propriétaire exploitant de Tool Maintenance Plus. Il a aussi été directeur commercial chez Hercules SLR Inc., à Labrador City, pendant cinq ans. Il a siégé au comité du téléthon de la Légion pour les hôpitaux, et il aime les sports. M. Flannigan a reçu les médailles des jubilés d’or et de diamant de la reine Elizabeth II.

Son épouse, Vera, et lui ont six enfants : Mitchell, Tanya, Dale, Dean, Dwayne et Danny, et 12 petits-enfants.


Fr2Irvine

PREMIER VICE-PRÉSIDENT Thomas Irvine, 61 ans, a été dans le Black Watch (Royal Highland Regiment) of Canada, pendant 23 ans, y compris un service commandé en Égypte comme membre de la Force d’urgence des Nations Unies. Il a passé 28 ans au service de la Légion, et il est actuellement membre de la filiale Hemmingford (Qc). M. Irvine a gravi les échelons jusqu’à ceux de vice-président des débats, de vice-président et de président de division, poste qu’il a occupé trois fois. L’été dernier, il a été nommé président du conseil d’administration de Publications Canvet Ltée.

Depuis 10 ans, il est président de la Direction nationale et il a siégé pendant 14 ans à des comités nationaux : adhésion et relations communautaires, constitution et lois, finances et budget, congrès national, concentration sur l’avenir, développement du leadership et de la jeunesse, coquelicot et souvenir, et sports. Il est actuellement coprésident du comité de l’adhésion et vice-président de celui des anciens combattants, des services et des ainés, et il siège aux comités de la LRACC, de la rémunération, du congrès national, et des finances et budget, ainsi qu’au comité consultatif des anciens combattants.

Il a pris sa retraite de TD Canada Trust en 2004, il est membre de la loge des francs-maçons Harmony no 131 du Grand Registre du Québec et il est sept fois ancien maitre de la loge d’Argyle-Elgin no 7. M. Irvine est membre de la Black Watch Veterans Association à Montréal et soutient avec ardeur la troupe de scoutisme de l’église Trinity. Il est récipiendaire des médailles des jubilés d’or et de diamant de la reine Elizabeth II. Ses loisirs sont la marche et l’art oratoire. Son épouse, Paulette, et lui ont quatre enfants : Jennifer, Wanda, Tom et Tim, et quatre petits-enfants.


FrBJ

VICE-PRÉSIDENT Bruce Julian, 64 ans, œuvre à la Légion depuis 39 ans, et il est membre à vie de la filiale ontarienne Beachville. Il a servi dans les troisième et quatrième bataillons du Royal Canadian Regiment et à tous les échelons de la Légion jusqu’à celui de président de la Division de l’Ontario, en 2013. Au niveau national, il a siégé au Conseil exécutif et au comité du coquelicot et du souvenir et à celui des anciens combattants, services et ainés. Il est actuellement président des relations publiques et représentant de la zone Ouest des États-Unis.

M. Julian est récipiendaire de la Médaille du service méritoire, des médailles des jubilés d’or et de diamant de la reine Elizabeth II, ainsi que de la Médaille du service méritoire et de la Médaille des services d’incendie pour longs états de service décernés par les gouvernements fédéral et provincial, respectivement. Il gagne sa vie en tant que cultivateur et ses loisirs sont les voyages, la pêche, la lecture et passer du temps avec sa famille. Son épouse, Darlene, et lui ont deux enfants : Jaclyn et Joseph, et trois petits-enfants : Brandon, Megan et Ella.


FrAP

VICE-PRÉSIDENT André Paquette, 64 ans, œuvre à la Légion depuis 42 ans, et il est membre à vie de la filiale Harry Searle de Chapleau (Ont.). Il a longtemps servi aux niveaux de la filiale, de la zone et du secteur, et il a gravi les échelons jusqu’à celui de président de la Division de l’Ontario, en 2011. Au niveau national, il a siégé au comité de l’adhésion en 2009, et il a rejoint le Conseil exécutif en 2011. Il a été président du comité des sports et membre du comité des anciens combattants, services et ainés, et de celui des finances et du budget. Il est actuellement président du comité du coquelicot et du souvenir, membre du comité des finances et budget, et représentant de la zone de l’Europe.

Il est récipiendaire de la Médaille du service méritoire et des médailles des jubilés d’or et de diamant de la reine Elizabeth II. Il a servi quatre ans dans la réserve et 40 ans au Chemin de fer Canadien Pacifique. M. Paquette est retraité et il aime la chasse, la pêche et le camping. Sa femme, Jane, et lui ont quatre garçons : Ian, Brian, Scott et Patrick Joseph (PJ).


FrAS

VICE-PRÉSIDENT Angus Stanfield, 70 ans, a 24 ans de service à la Légion. Il est membre à vie de la filiale Sooke (C.-B.), il a été élu pour la première fois à l’exécutif de la filiale en 1995, puis en est devenu président en 2001. Douze ans après, il a été élu président de la Division de la Colombie-Britannique-Yukon et a siégé pour la première fois au niveau national au Conseil exécutif. Il a été vice-président du comité du coquelicot et du souvenir et a siégé à celui des sports. Il est maintenant président du comité des sports, membre de celui des finances et du budget, et représentant de la zone de l’Est des États-Unis.

M. Stanfield a été entrepreneur électricien pendant 49 ans et est président-trésorier de la société de logement qui exploite la maison Cockrell, ainsi que cornemuseur-major et fondateur de l’orchestre de cornemuses de Sooke. Il s’est vu décerner la Médaille du service méritoire, la Médaille du jubilé de diamant de la reine Elizabeth II, la Médaille du souverain pour les bénévoles et le Prix des bénévoles du secteur de Sooke. Il a deux enfants, Cameron et Carley, et trois petits-enfants, Chasen, Travis et Cierra.


FRMB

TRÉSORIER Mark Barham, 58 ans, est membre à vie de la filiale Kensington de Calgary. Il œuvre à la Légion depuis 41 ans, et il a gravi les échelons jusqu’à celui de trésorier de la Division de l’Alberta-Territoires-du-Nord-Ouest. Au niveau national, M. Barham siège actuellement au Conseil exécutif, et il en est à son deuxième mandat de président des comités de la rémunération, des finances et du budget, de l’investissement et de la pension du personnel.

Il est directeur de la Whitney Victoria Barham Foundation et collaborateur de la Fondation Tim Hortons pour les enfants. Il a récemment pris sa retraite après avoir vendu ses parts dans une chaîne de restaurants. Il aime la pêche, la chasse, le hockey et l’écriture.


FRBC2

PRÉSIDENT DES DÉBATS Bill Chafe, 58 ans, est membre à vie avec 38 ans de service à la Légion. Il a servi dans le First Hussars Reserve Regiment, et il est actuellement membre de la filiale Sarnia (Ont.). M. Chafe a gravi les échelons jusqu’à celui de président des débats de la Division de l’Ontario, et il siège actuellement au niveau national en tant que membre des comités de la constitution et des lois, des finances et du budget, et du congrès national.

Il est employé à Chemfab Industries Inc. et quand il a du temps libre, il aime tout ce qui a rapport à la Légion, les voyages et les sports. Il est récipiendaire de la Médaille du service méritoire et des médailles des jubilés d’or et de diamant de la reine Elizabeth II. Son épouse, Laurie, et lui ont deux enfants, Sharon et Bill, et sept petits-enfants.


FrTE

PRÉSIDENT SORTANT Tom Eagles, 59 ans, est au service de la Légion depuis 39 ans. Il est membre à vie de la filiale Marble Arch de Plaster Rock (N.-B.), la ville où il a grandi, et il a été président de filiale, chef de secteur et président de direction divisionnaire.

En 2003, M. Eagles a rejoint le Conseil exécutif national et depuis lors, il a servi au niveau national en tant que président des débats aux comités des anciens combattants, services et ainés, à la LRACC et au congrès national, en tant que vice-président des débats aux comités de la rémunération, des finances et du budget, de l’investissement et de la pension du personnel, et en tant que membre du comité consultatif des anciens combattants, de celui de la constitution et les lois, de celui du coquelicot et du souvenir et de celui des relations communautaires. Il est actuellement vice-président des débats aux relations publiques, aux sports, à la LRACC et au développement du leadership, ainsi que membre des comités de la rémunération et des
finances et du budget. En 2012, il a été président des débats du conseil d’administration de Canvet.

Il est récipiendaire de la Médaille du service méritoire, de la Médaille commémorative du 125e anniversaire de la Confédération du Canada, des médailles des jubilés d’or et de diamant de la reine Elizabeth II, et de la Mention élogieuse du ministre des Anciens Combattants. M. Eagles a été employé au service des Travaux publics et des Loisirs de la municipalité de Plaster Rock pendant 37 ans. Il est ancien président de la ligue de hockey mineur de Plaster Rock, et il a siégé pendant cinq ans au conseil d’administration du Tobique Valley Manor. Ses loisirs sont le hockey, le baseball et le golf. Son épouse, Cheryl Giberson, et lui ont quatre enfants, Ryan, Daniel, Brook et Brett, et deux petites-filles, Killian et Ella.


FRLM

GRAND PRÉSIDENT Larry Murray, 69 ans, a pris sa retraite en 1997 après avoir passé 33 ans dans la Marine royale canadienne et avoir été chef d’état-major par intérim des Forces armées canadiennes. Il est entré à Pêches et Océans Canada cette année-là et y a été nommé sous-ministre délégué. En 1999, M. Murray a été muté à Anciens Combattants Canada, où il a occupé le poste de sous-ministre, puis il est retourné à Pêches et Océans entre 2003 et 2007. Il est actuellement à la retraite et fait du bénévolat comme membre ordinaire de la filiale Ottawa Dominion.

Au niveau national de la Légion, il a été président des débats du comité consultatif des anciens combattants, animateur de ceux de la concentration sur l’avenir, des anciens combattants, services et ainés, et de la défense et de la sécurité. Il est actuellement président des débats du comité consultatif des anciens combattants et membre d’office de celui des anciens combattants, des services et des ainés. M. Murray est ancien président des débats du conseil d’administration du Forum des politiques publiques et ancien président de la Division de la Ligue navale du Canada, partie continentale de la Nouvelle-Écosse. Il a été le premier président du Comité consultatif de l’ombudsman des vétérans, membre de l’extérieur du Comité de vérification de la Défense nationale et colonel commandant honoraire des Services de l’aumônerie des Forces canadiennes. Il est actuellement président des débats de la commission d’Examen indépendante d’acquisition de la Défense.

La liste des décorations de M. Murray comprend : membre de l’Ordre du Canada, Commandeur de l’Ordre du mérite militaire, Ordre de Saint-Jean, Médaille du service spécial de l’OTAN, Prix Vimy de la Conférence des Associations de la défense du Canada, Mention élogieuse du Chef d’état-major de la Défense, Mention élogieuse du ministre des Anciens Combattants, Médaille commémorative du 125e anniversaire de la Confédération du Canada et médailles des jubilés d’or et de diamant de la reine Elizabeth II.

Son épouse, Claudia Buckley, et lui ont six enfants et se plaisent à passer du temps en compagnie de leurs cinq petits-enfants. Quand il a du temps libre, il aime le bénévolat, le kayak, le jardinage, le jogging et la lecture.


Le comique Rick Mercer reçoit le Prix
des fondateurs de la Légion

Mercer

Le Prix des fondateurs est remis au comique Rick Mercer par le président national, Tom Eagles. [Adam Day]

Rick Mercer est l’un des artistes les plus aimés du Canada, et il l’est depuis longtemps. Mais ce n’est pas seulement un comique, c’est aussi un partisan infatigable des soldats canadiens.  C’est pour cela qu’il a beaucoup voyagé avec les militaires, de la Bosnie à l’Afghanistan, et partout entre ces deux pays.

Le Prix des fondateurs de la Légion lui a été décerné en reconnaissance de son dévouement au Congrès national de cette année, qui a eu lieu à St. John’s.

Ce prix, créé en 2012, est décerné à une personne ou à une organisation pour des actes remarquables dans un domaine qui illustre et fait progresser les objectifs de la Légion, dans l’esprit et selon la vision de ses fondateurs.

M. Mercer, qui est originaire de St. John’s, était sur place pour recevoir le prix et divertir les délégués. 


L’avis des délégués

Au congrès national cette année, nous avons voulu savoir ce que les délégués pensent de l’avenir de la Légion, quels sont d’après eux les besoins à satisfaire afin que l’organisation soit plus robuste. Pour ce faire, nous avons posé la même question à des délégués choisis au hasard. Que changeriez-vous à la Légion?

Jeff Scott, filiale Caradoc, Mount Brydges (Ont.)

Il faut se concentrer sur la nouvelle génération, les nouveaux anciens combattants. Aussi étrange que cela puisse paraitre, les légionnaires disent qu’ils veulent changer, mais ils veulent quand même sauvegarder les vieilles méthodes. Il faut aider la nouvelle génération à devenir présidents de filiale, leur donner des rôles de leadership. C’est ce que nous faisons à ma filiale, et c’est si stimulant quand on implique la nouvelle génération.

Selby Luffman, filiale St. John’s (T.-N.-L.)

Je ferais ce qu’il faut pour que nos communautés soient plus conscientes de la Légion et de ses activités, et des occasions qu’ils pourraient trouver à la Légion. Nous devrions communiquer davantage avec le public, dans les médias ou dans les médias sociaux, d’une manière ou d’une autre.

Billy Gushue, filiale Ferryland (T.-N.-L.)

Je ne pense pas qu’il faille la changer, il suffit de l’adapter aux temps modernes. Si j’en crois mon expérience, tous les programmes fonctionnent; le système fonctionne; il suffit probablement de la mettre à jour, de la retoucher pour les anciens combattants modernes. Nos anciens combattants disparaissent à une vitesse folle, et il nous en faut des nouveaux. Nous sommes une tribu. Il nous faut leur adhésion et ils ont besoin de notre aide.

Paulette Bement, filiale Meadow Lake (Sask.)

S’il n’en tenait qu’à moi, il y aurait bien plus de jeunes membres, afin qu’ils prennent les commandes. Dans ma filiale, nous sommes fatigués. Et les plus jeunes qui arrivent n’ont pas l’air de vouloir apprendre comment on fait les choses, alors ils ne peuvent pas prendre la relève. Dans mon temps, nous nous faisions un point d’honneur d’apprendre comment les choses fonctionnaient, mais cela ne se passe pas ainsi aujourd’hui.

Brian Morris, Robert Combe VC, Melville (Sask.)

Je pense qu’il faudrait promouvoir une politique de porte ouverte pour attirer les jeunes gens à la Légion. Quand je pense aux jeunes gens dans les cadets et dans les écoles où nous allons, je trouve qu’il est important, quand ils grandissent, de les encourager à se joindre à la Légion.

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Les bandes molletières bleues

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MANIFESTE: Des soldats du Newfoundland Regiment et une estafette portant des bandes molletières bleues sur une carte postale de 1914. [The Rooms/A 49-7]

Les bandes molletières servaient à soutenir les chevilles et empêchaient la gadoue, les débris et les insectes de s’introduire dans les bottes.

Le gouverneur de Terre-Neuve répondit à l’appel aux armes lancé par la Grande-Bretagne en 1914 par une promesse : le dominion lèverait un régiment et enrôlerait les 500 premiers soldats dans le mois. Toutefois, vu la situation de Terre-Neuve – 241 000 habitants seulement, économie déprimée et dernière unité militaire basée sur l’ile dissoute en 1870 – comment le comité de citoyens qui en était chargé pouvait-il recruter, former et équiper le Newfoundland Regiment?

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Les bandes étaient roulées quand on ne les portait pas. [The Rooms A 8-90]

« Votre roi et votre pays ont besoin de vous! Répondrez-vous à l’appel de votre pays? » demandait-on dans une annonce publiée le 22 aout pour encourager les hommes de 19 à 35 ans à s’enrôler « pour la durée de la guerre, mais pour un an au maximum ». La solde était d’un dollar par jour, rations en sus. Le 2 septembre, 743 hommes avaient répondu à l’appel, les First Five Hundred (cinq-cents premiers, NDT) – qui étaient 537 en réalité – avaient été acceptés, et leur formation commençait.

La quête effrénée de moyens pour les équiper s’ensuivit. Vu l’insuffisance de tissu kaki pour les bandes molletières, des bandes bleues, utilisées par la Church Lads Brigade, furent utilisées. La raison de cette décision est encore débattue aujourd’hui, dit Kerri Button, conservatrice des First World War Projects de The Rooms, à St. John’s. Était-ce strictement l’insuffisance de tissu kaki, ou était-ce en l’honneur d’une brigade d’élite qui les avait portées à la guerre des Boers?

Et pourquoi des bandes molletières? On les doit à l’Empire britannique. Les tribus hima-layennes portaient des jambières appelées « patti », mot hindi qui veut dire « bandages ». Les bandes molletières furent adoptées progressivement au cours du XIXe siècle, parce que les soldats britanniques à cheval se trouvant dans des situations tendues en Inde s’étaient aperçus que le kaki (mot hindi voulant dire « terre ou poussière ») offrait un meilleur camouflage que leurs uniformes colorés et leurs bottes qui brillaient.

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Les bandes molletières contribuent à l’élégance de l’uniforme sur les affiches de recrutement. [BAC/e010697370]

Les bandes molletières servaient aussi de soutien pour les chevilles et empêchaient la gadoue, les débris et les insectes d’entrer dans les bottes. Elles tenaient les jambes au chaud même quand elles étaient mouillées, ce qui était utile dans les champs de bataille emboués, les tranchées détrempées et les cratères transformés en mares de la Première Guerre mondiale. Et elles avaient l’air mieux soignées que les bas de pantalon lâches.

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Les uniformes des sculptures du Monument commémoratif de guerre du Canada comprennent des bandes molletières. [LM]

Les bandes molletières faisaient partie de l’uniforme britannique à la guerre des Boers, et la mode se propagea aux autres armées. Elles étaient meilleur marché que les bottes à tige haute ou que les guêtres, et leur faible cout était une bénédiction quand il s’agissait de chausser des millions de soldats. Même les Allemands qui portaient des bottes hautes se sont tournés vers les bandes molletières lorsque le cuir vintà manquer.

Pour les mettre, les soldats pliaient le bas des pantalons et enroulaient des bandes de neuf pieds de longueur à partir des chevilles, dans le sens des aiguilles d’une montre sur une jambe et dans le sens inverse sur l’autre, jusqu’à deux doigts en dessous des genoux. Elles étaient attachées au moyen de rubans d’un demi-mètre.

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Une bande dessinée d’Abian Walgren montre à quel point les bandes molletières agaçaient les soldats américains, qui n’avaient pas encore la technique, à la Première Guerre mondiale. [The Stars and Stripes, 1918]

Bien que le régiment ait gardé son surnom de Blue Puttees, ou de Blues, durant toute la guerre, dit Button, les Britanniques distribuèrent des bandes molletières kaki aux Terre-Neuviens peu après leur arrivée en Angleterre, en octobre.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, les 48th Highlanders of Canada portaient des bandes molletières bleues lorsqu’il n’y avait pas de chevillières, ce qui leur a valu le sobriquet de « Glamour Boys ». Le roi George VI admira les bandes molletières bleues lors d’une inspection et dit au régiment qu’il devrait les garder.

À partir de la Seconde Guerre mondiale, l’armée canadienne remplaça progressivement les bandes molletières par des chevillières en toile, puis par des bottes de combat hautes.

Face à Face: Les Forces armées canadiennes devraient-elles acheter des drones armés?

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Le Canada envisage d’acheter une nouvelle flotte de drones à technologie avancée, appelés aussi véhicules téléguidés (VTG) ou véhicules aériens inhabités (VAI). Le général et chef d’état-major de la défense, Jonathan Vance, demande que ces drones puissent être armés. Il a raison. Acheter de tels aéronefs sans pouvoir leur faire porter des missiles est aussi logique que de commander des chasseurs à réaction sans canons, missiles, ni capacité d’emport de bombes. 

Les premiers VTG étaient ceux dont la Luftwaffe s’est servie pour attaquer les bâtiments de guerre des Alliés pendant la Seconde Guerre mondiale. Radioguidés à partir d’un bombardier allemand, ils ont détruit un certain nombre de navires des Alliés. Le contretorpilleur canadien NCSM Athabaskan a été gravement endommagé par l’un d’eux en aout 1943. Depuis les années 1980, ils sont omniprésents dans les forces armées évoluées. Le Canada en a acquis un petit nombre pour la reconnaissance à la fin des années 1990. Ces Sperwers, fabriqués en France, ont été jugés obsolètes pour l’Afghanistan et ont été remplacés par des Heron fabriqués en Israël et loués par l’intermédiaire d’une entreprise canadienne. Les Heron canadiens n’étaient pas armés : ils ne servaient qu’à localiser l’ennemi et, supposons-nous (c’est encore un secret), à repérer des cibles pour l’artillerie ou les renforts aériens des membres de l’OTAN.

Aujourd’hui, la taille des VTG varie entre les petits appareils lancés à la main, un peu comme les modèles réduits vendus dans les magasins de bricolage, et le Global Hawk, un VTG fabriqué aux États-Unis, de la taille d’un petit avion de passagers ayant une portée de 22 000 kilomètres, une vitesse d’un peu moins de 400 milles à l’heure et un plafond de 60 000 pieds. Pratiquement tous les VTG militaires sont utilisés pour épier l’ennemi d’une façon ou d’une autre. Mais certains portent des missiles, comme le Predator américain. Ces VTG peuvent appuyer les forces terrestres sur le terrain de diverses manières, d’aussi loin que le désert du Nevada. Les États-Unis (et probablement d’autres pays) les utilisent de plus en plus souvent pour effectuer des assassinats ciblés.

A MQ-9 Reaper flies above Creech Air Force Base, Nev., during a local training mission June 9, 2009. The 42nd Attack Squadron at Creech AFB operates the MQ-9.  (U.S. Air Force photo/Paul Ridgeway)

A MQ-9 Reaper. (U.S. Air Force photo/Paul Ridgeway)

Le Président des États-Unis, Barack Obama, a fait des assassinats ciblés un élément fondamental des opérations spéciales américaines, avec un bilan mitigé : nombre de chefs insurgés ont été tués, mais de nombreux civils innocents l’ont aussi été, et cela a suscité une controverse sur la légalité et la moralité de l’utilisation de « robots volants » pour tuer des gens. Ainsi, il y a des Canadiens qui s’opposent à l’acquisition de VTG pouvant être armés.

Mais ni le gouvernement du Canada, ni les Forces armées canadiennes ne suivent une telle doctrine. Le Canada ne fait pas d’assassinats ciblés. Pour le général Vance et les FAC, la question est simple : les VTG devraient-ils être armés afin de pouvoir fournir un soutien rapproché aux soldats canadiens sur le terrain, qu’il s’agisse d’opérations d’imposition de paix ou de petites guerres, ou pas?

Si le Canada achète des véhicules télécommandés ne pouvant pas être armés, il y aura forcément un moment où l’opérateur se trouvant à des centaines ou même à des milliers de kilomètres des combats regardera impuissant des soldats canadiens tomber dans une embuscade. Par contre, si les VTG du Canada peuvent lancer des missiles, l’opérateur de VTG pourra non seulement prévenir ses camarades qu’ils courent un danger, il pourra les aider à repousser l’ennemi. Cette capacité est tout à fait légitime à la guerre, et les FAC devraient l’avoir.

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Il n’y a rien de surprenant à ce qu’un chef d’état-major désire acquérir des drones et qu’il veuille qu’ils soient armés, mais insister, comme le fait le général Jonathan Vance, pour dire qu’« il serait vain d’avoir des VTG capables de détecter un danger sans pouvoir le frapper », semble à tout le moins étrange. Après tout, la liste des systèmes qui servent à détecter les dangers sans capacité de frappe comprend des appareils plutôt importants.

L’avion de surveillance CP-140 Aurora porte une torpille dans ses missions de lutte anti-sous-marine, mais c’est sa seule capacité de frappe, et une torpille n’ajoute rien à ses patrouilles de souveraineté ni aux missions de recherche et sauvetage. Les satellites, les radars côtiers et les moyens de surveillance sous-marine en Arctique ne perdent certainement pas de leur utilité en l’absence de capacité de frappe.

Étant donné le consensus établi depuis la fin de la guerre froide, considérant que l’intégrité territoriale du Canada n’est pas menacée le vrai besoin en matière de sécurité ne relève pas de la défense armée, mais du renseignement pour aider les autorités civiles.

En fait, lorsque les observateurs militaires détectent des risques pour la sécurité ou le bienêtre du public, le ministère de la Défense nationale est rarement l’organisme d’intervention principal. Par exemple, lorsque les radars côtiers détectent des aéronefs non autorisés, qui depuis plus d’un demi-siècle sont pratiquement toujours civils, c’est la police civile qui y répond, aidée à l’occasion par des avions militaires. Les bombardiers stratégiques russes qui traversent de temps en temps l’espace aérien international adjacent à l’Amérique du Nord sont l’exception, mais ils ne représentent pas un danger militaire, et les attaquer n’est certainement pas la chose à faire en temps de paix.

Dans le milieu maritime, la Garde côtière et le ministère des Pêches et Océans sont les organismes responsables lorsque il y a des infractions aux lois du Canada ou une violation des exigences d’identifi-cation internationales.

Toute amélioration que les drones pourraient apporter à la sécurité canadienne proviendrait de leurs renseignements, de surveillance et de reconnaissance.

Quant aux drones déployés à l’étranger, devraient-ils être armés? Là aussi, le contexte est important.

Le gouvernement n’a pas exclu de prendre part aux opérations militaires de coalitions internationales, mais il propose justement de se concentrer sur la formation des forces locales et sur l’aide humanitaire, ce pour quoi l’acquisition de drones armés ne semble pas nécessaire.

Le gouvernement a également promis un « engagement renouvelé aux côtés des opérations de maintien de la paix », et bien que les opérations de soutien de la paix complexes de l’ONU comportent habituellement des éléments de combat, ce ne sont pas des scénarios de combat traditionnels. Elles servent davantage à appuyer les forces de stabilisation militaires ou policières par la surveillance qu’à vaincre un adversaire. Les objectifs primordiaux des opérations des Nations Unies sont la création d’un espace d’engagement politique et la neutralisation des perturbateurs, ainsi que la promotion des efforts humanitaires et de reconstruction. La surveillance et
un nombre suffisant d’agents de
sécurité internationaux sont bien plus pertinents que la possibilité de lancer des frappes de précision.

Bref, les drones armés n’ont aucun sens dans les opérations de sécurité territoriale, qui est la priorité des FAC, et ils ne sont pas une priorité pour les missions qui portent surtout sur la formation des forces de sécurité locales.


David J. Bercuson, auteur de notre rubrique « Eye on defence » (Œil sur la défense, NDT), est directeur du Centre for Military and Strategic Studies de l’université de Calgary. Ernie Regehr est agrégé supérieur de la fondation Simons de Vancouver et cofondateur de Project Ploughshares.

La Citadelle et le Canada – de 1871 à aujourd’hui

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Citadelle de Québec, Québec. Porte de la citadelle, vue de l’extérieur. [Christophe Finot]

Les troupes canadiennes se sont installées à la Citadelle lors du retrait de la garnison britannique, en 1871, marquant ainsi le début de plus de 100 ans de présence militaire. Le fort, au début, devait être démoli, mais peu après, la Citadelle a été transformée en école d’artillerie pour la milice canadienne nouvellement formée. L’artillerie y est restée jusqu’en 1922. Le gouverneur général, Lord Dufferin, a persuadé les politiciens de ne pas démolir les vieux murs. Il a présenté de nouveaux plans de construction, incluant de nouvelles portes et une allée piétonnière entourant le vieux Québec.

M. Dufferin a fortement insisté pour qu’une présence militaire soit maintenue à la Citadelle, présence qui y est encore assurée aujourd’hui. En 1872, il y a établi la deuxième résidence du gouverneur général. De nouvelles pièces devaient être ajoutées afin que la résidence convienne au gouverneur général, dont une salle de bal et un solarium. Durant son mandat de gouverneur général, M. Dufferin a aussi modifié d’autres parties de la Citadelle, comme la terrasse Durham, et il a fait construire une route autour de la forteresse. En 1976, un incendie a ravagé les annexes à la résidence du gouverneur général et a endommagé la structure originale. Le gouvernement du Canada a reconstruit l’aile ouest de la résidence afin de maintenir la tradition d’une résidence du gouverneur général au Québec, et les nouvelles pièces ont été inaugurées en 1984.

Le 22e Bataillon a été dissout après la Première Guerre mondiale. Il s’agissait du seul régiment francophone en service commandé au cours de la Grande Guerre, et il s’est montré digne de 21 honneurs de guerre. En outre, la Croix de Victoria a été décernée à deux soldats du bataillon : le caporal Joseph Kaeble et le lieutenant Jean Brillant. Le 1er avril 1920, le bataillon a été reformé, en tant que 22e Régiment, et basé à la Citadelle. En 1921, en reconnaissance des services rendus pendant la guerre, le roi George V a approuvé l’ajout du titre « Royal » au 22e Régiment. Pendant la Deuxième Guerre mondiale, d’autres honneurs de guerre lui ont été décernés, et le capitaine Paul Triquet a reçu la troisième Croix de Victoria du régiment pour ses actions exemplaires à Casa Berardi. Le régiment a combattu à la guerre de Corée (1951-1953), et est passé d’un bataillon à trois. Après la guerre de Corée, il a participé à plusieurs missions de maintien de la paix de l’ONU, ainsi qu’à la mission canadienne en Afghanistan.

C’est la seule forteresse historique
en Amérique du Nord encore en service,
et elle a été désignée lieu historique
national du Canada en 1980.


La Citadelle est aussi un lieu commémoratif pour le Royal 22e Régiment. Dans la chapelle se trouve le Livre du Souvenir où sont inscrits les noms des hommes et des femmes tombés au champ d’honneur. La tradition veut qu’on en tourne une page chaque jour et que les noms qui s’y trouvent soient lus à voix haute par le sergent de service. Le major-général Georges Vanier, ancien gouverneur général du
Canada et commandant du R22eR repose à l’intérieur de la chapelle. Du sol issu des tombeaux du caporal Kaeble et du lieutenant Brillant, ainsi que les cendres du capitaine Triquet, ont été incorporés aux murs.

La Citadelle, domicile actuel du 2e Bataillon du Royal 22e Régiment, continue de forger l’histoire militaire du Québec. C’est la seule forteresse historique en Amérique du Nord encore en service, et elle a été désignée lieu historique national du Canada en 1980. De plus, la forteresse est située dans le quartier historique du Vieux-Québec, qui a été désigné site du patrimoine mondial de l’UNESCO en 1985.

Les traditions, comme le changement de la garde (avec la mascotte régimentaire, un descendant du bouc Batisse) et le coup de canon de midi sont encore préservées de nos jours. Vu qu’il s’agit d’une garnison militaire en service, les visiteurs ne sont pas autorisés à s’y promener librement, mais des visites guidées leur permettent d’explorer le site de 15 hectares qui comprend 24 structures permanentes et le Musée du Royal 22e Régiment. Des visites guidées de la résidence du gouverneur général sont également offertes.

Les plus de 400 ans d’histoire de la Citadelle en font un endroit magnifique. Elle attire des centaines de milliers de visiteurs chaque année, qui peuvent ainsi comprendre pourquoi elle a une place de choix dans le patrimoine militaire du Canada. Pour se renseigner sur les visites de la Citadelle, prière de consulter http://www.lacitadelle.qc.ca/.

Orgueil et préjugés au front

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MUSIQUE: La musique du 2e Bataillon de construction était populaire.

Après une pression considérable par
des Noirs et leurs partisans blancs,
le Canada a formé un bataillon de Noirs,
mais ils devaient se battre avec des
pelles, pas avec des fusils.

« J’AI LA CHANCE d’avoir d’excellentes recrues, et je pensais qu’il serait injuste pour ces hommes de les obliger à se mêler à des nègres. »

Le lieutenant-colonel George Fowler, commandant du 104e Bataillon, a écrit ces mots dans l’espoir de faire retirer 20 soldats « de couleur » de son unité. Malgré la politique officielle du gouvernement canadien qui déclarait clairement qu’on pouvait accepter des volontaires noirs, les bureaux de recrutement les refusaient souvent. Toutefois, environ 1 500 Noirs ont réussi à s’enrôler dans le Corps expéditionnaire canadien (CEC). Après deux ans de pression exercée par des lea-deurs noirs, et leurs alliés blancs, le gouvernement a finalement autorisé la création d’une unité de Noirs. Il y avait probablement alors quelque 20 000 Noirs au Canada, dont la plupart se trouvaient en Nouvelle-Écosse (7 000) et en Ontario (5 000); ils étaient moins nombreux au Nouveau-Brunswick (1 000) et dans les provinces de l’Ouest.

L’armée de terre choisit de baser sa nouvelle unité en Nouvelle-Écosse parce qu’il s’y trouvait une importante population noire. Le 2e Bataillon de construction, dont le quartier général serait à Pictou, fut autorisé le 5 juillet 1916. Le Canada forma trois bataillons de construction pendant la Première Guerre mondiale. Ce type d’unités ne sert plus aujourd’hui, mais on en avait alors grand besoin pour des tâches essentielles. Ces unités construisaient et entretenaient, entre autres, les tranchées, les routes, les ponts et les chemins de fer.

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Le plus choquant était peut-être que, même quand ils portaient l’uniforme de leur pays, la ségrégation à leur encontre se poursuivait. À Truro, ils devaient s’assoir à l’étage dans la salle de cinéma, jusqu’à ce que quelques officiers de l’unité interviennent. [Université Acadia/1900.237-WWI/42;]

Le 2e Bataillon de construction est la seule unité noire jamais instituée au Canada après la Confédération. Néanmoins, les officiers étaient blancs, à l’exception notable d’un seul.

L’aumônier de l’unité, le révérend William White, était l’un des très rares officiers noirs de l’Empire britannique à la Grande Guerre, mais en tant qu’aumônier, son grade de capitaine n’était qu’honorifique. Fils d’esclave, il était originaire de Virginie et avait immigré en Nouvelle-Écosse en 1900. Il avait étudié la théologie à l’université Acadia, où il obtint un diplôme en 1903. Il s’installa ensuite à Truro où il était ministre du Culte de l’Église baptiste de Sion. Il était aussi le père de Portia White, célèbre cantatrice contralto pendant les années 1940 et 1950.

La plupart des sous-officiers supérieurs de l’unité étaient noirs, mais il y avait des exceptions. Les deux plus haut gradés, le sergent-major régimentaire et le sergent quartier-maitre régimentaire, étaient blancs. En effet, les Noirs ayant une expérience du commandement étaient rares en ce temps-là, surtout dans le domaine militaire. Le sergent-major régimentaire et le sergent quartier-maitre régimentaire furent promus au rang d’officier pendant la guerre et restèrent dans l’unité.

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AUMÔNIER: Le capitaine William White était l’aumônier de l’unité, l’un des rares officiers noirs dans l’armée de l’Empire britannique. [Collection Lt.-Col. D.H. Sutherland, River John, N.-É.; archives Esther Clark Wright]

Le lieutenant-colonel Daniel Sutherland, important entrepreneur ferroviaire de la Nouvelle-Écosse, commandait l’unité. À peu près la moitié des officiers venaient de cette province, le reste de l’Ontario ou d’ailleurs. D’ordinaire, les unités du CEC recrutaient des gens de leur région, mais le 2e Bataillon de construction recrutait ses membres partout au Canada, ce qui en faisait une unité vraiment nationale. Les jeunes Noirs qui se sont portés volontaires au début, dont plusieurs qui étaient encore adolescents, venaient de tous les coins du pays.

L’effectif du bataillon devait s’élever à 1 049, tous rangs compris, et 180 recrues furent vite logées dans un édifice de Pictou. L’unité déménagea à Truro au bout de deux mois, car le commandant pensait que le recrutement y serait facilité par la présence d’une importante communauté noire locale, mais ce ne fut pas le cas.

L’unité mena des campagnes de recrutement partout dans la province, mais leur succès fut mitigé. Il semblait que le bataillon n’atteindrait pas l’effectif minimum autorisé. Bien que les Noirs eussent alors leur propre unité, la ségrégation et le statut non combattant du bataillon dérangeaient certains d’entre eux, on le comprend. Le refus essuyé auparavant en dissuada probablement d’autres d’essayer à nouveau de s’enrôler.

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OFFICIERS: Le capitaine William White (premier rang, au centre) pose avec les autres officiers de la 2e. [Société canadienne des postes; collection Lt.-Col. D.H. Sutherland, River John, N.-É..]

Plusieurs Noirs qui s’engagèrent pensaient : « l’armée de terre nous a laissés nous engager, mais elle ne nous permet pas de combattre. On nous a donné des pelles, pas des fusils », mais le plus choquant était peut-être que, même quand ils portaient l’uniforme de leur pays, la ségrégation à leur encontre se poursuivait. À Truro, ils devaient s’assoir à l’étage dans la salle de cinéma, jusqu’à ce que quelques officiers de l’unité interviennent.

L’une des photos souvent utilisées pour représenter le 2e Bataillon de construction, notamment sur le timbre du Mois du patrimoine africain de Postes Canada (ci-contre), est celle où figure Joseph Alexander Parris, père de Sylvia Parris. Chaque fois que Sylvia voit la photographie, elle remarque : « Elle suscite toujours chez moi la fierté, la tris-tesse, la curiosité, la déception. C’est sûr que c’est un solide gaillard dans son uniforme. Il a l’air sûr de lui, un jeune homme volontaire et résolu. J’aimerais en savoir plus sur son parcours personnel, sur l’histoire du bataillon et ses contributions à la liberté ».

Quelque 300 Noirs venaient de la Nouvelle-Écosse; il y en avait environ 400 autres qui ne purent pas s’enrôler parce qu’ils travaillaient dans les mines de charbon, emploi essentiel. Le reste du Canada fournit 125 recrues, environ 20 p. 100 de l’effectif final du bataillon. Chose intéressante, 163 Noirs américains s’enrôlèrent aussi, c’est-à-dire quelque 25 p. 100. Sutherland recruta aussi aux Antilles britanniques, où il trouva quelques soldats de plus. Malgré son effectif insuffisant, Sutherland se fit dire en décembre 1916 qu’on avait besoin de son bataillon en France. Lors du départ de l’unité, les autorités militaires essayèrent de maintenir la ségrégation en la transportant dans un bateau séparé. Heureusement, la marine refusa et en mars 1917, 624 hommes de tous grades embarquèrent à Halifax. Ils débarquèrent deux semaines plus tard à Liverpool et montèrent dans un train immédiatement pour se rendre à leur camp situé au sud de l’Angleterre.

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TIMBRE: Postes Canada a imprimé un timbre en l’honneur de la 2e en février.

Durant son séjour en Angleterre, l’unité s’entraina à construire et à réparer des tranchées et des routes dans le camp canadien. La guerre se fit vraiment sentir quand il fallut désigner des sentinelles permanentes à cause du grand nombre de raids aériens.

Au début du mois de mai, l’unité – dont l’effectif était toujours inférieur de quelque 300 hommes au minimum requis – fut réorganisée en tant que compagnie et Sutherland reprit le grade de major pour en garder le commandement. Le nouvel effectif consistait en 506 hommes et 10 officiers.

Le 17 mai, la 2e Compagnie de construction traversa la Manche pour se rendre en France. Elle passa deux jours déprimants dans un train, sous la pluie, et deux autres sur les routes jusqu’à Lajoux, près de la frontière suisse. C’est là, dans le massif du Jura, qu’elle passa le reste de la guerre.

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LE COMMANDANT: Le lieutenant-colonel Daniel Sutherland était entrepreneur de chemins de fers avant la guerre. [D.H. Sutherland, River John, N.-É.]

La compagnie était rattachée au district no 5 du Corps forestier canadien outre-mer. Les soldats du bataillon s’occupaient du buchage, du sciage et du transport du bois avec quatre autres compagnies du Corps forestier. Durant la Première Guerre mondiale, le bois était beaucoup plus important qu’il ne l’a été pendant les guerres suivantes. Il servait à la construction des tranchées, des caillebotis, des plateformes de pièce et à bien d’autres choses.

Des hommes s’occupaient du transport des planches pendant qu’un détachement de 50 autres prenait part aux activités de fores-terie, dont la construction d’un chemin de fer à voie étroite pour transporter les troncs jusqu’à la scierie. Il y avait aussi une centaine d’hommes qui entretenaient les routes. De temps à autre, des escouades travaillaient ailleurs; certains des soldats travaillaient au front où ils installaient des barbelés, et où ils étaient pris pour cible par l’artillerie.

Un des officiers, le lieutenant et ingénieur civil James Hayes, avait servi dans la milice avant la guerre. Il s’était porté volontaire pour le service outre-mer quand la guerre avait commencé, mais comme cela n’arrivait pas, il a été « porté volontaire » pour la 2e compagnie. Kempton Hayes remarque que, bien que son père fût au départ « mécontent » de cette décision, il avait voulu faire son devoir et était parti outre-mer avec son unité. À Lajoux, il était responsable des postes de pompage et des conduites d’eau.

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FORESTERIE: L’unité travaillait aux côtés du Corps forestier canadien outre-mer. [Collection Lt.-Col. D.H. Sutherland, River John, N.-É.]

Le journal de l’aumônier White révèle que les membres de l’unité travaillaient dur, et que leur bienêtre l’inquiétait tout le temps. Pourtant, ils étaient toujours traités comme des citoyens de seconde classe. Ils étaient les derniers à recevoir l’approvisionnement, et des fois, ils ne recevaient ni sous-vêtements ni chaussettes. Heureusement, le bataillon avait son propre médecin, le capitaine néoécossais Dan Murray (grand-père de la chanteuse Anne Murray), mais quand il était absent, les autres médecins blancs refusaient souvent de soigner les soldats de la 2e.

Lorsque la conscription fut promulguée, vers la fin de l’année 1917, ironie cruelle, les Noirs y étaient aussi soumis. Les hommes qui s’étaient portés volontaires deux ans auparavant et à qui on avait opposé un refus à cause de la couleur de leur peau étaient alors obligés par la loi de s’enrôler, et ils risquaient de lourdes sanctions en cas de manquement à ce devoir.

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ENGAGÉS: Les frères néoécossais George et James Downy s’enrôlèrent dans le bataillon en octobre 1916. [Black Cultural Centre of Nova Scotia]

La 2e Compagnie de construction est retournée à Halifax après la guerre, en janvier 1919, et elle a été dissoute officiellement le 15 septembre 1920. La seule unité militaire de Noirs au Canada n’était plus.

Sylvia Parris dit qu’elle aurait « tellement voulu pouvoir demander à son père :

“C’était comment le voyage outre-mer? As-tu vu l’oncle Bill après avoir quitté le navire? Tes parents te manquaient-ils?” » Elle n’a malheureusement pas pu lui poser ces questions avant sa mort.

« La raison principale, remarque-t-elle, c’est que cette importante partie de l’histoire du Canada et de la Nouvelle-Écosse n’était pas enseignée quand j’allais à l’école. »

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Des membres de la 2e Compagnie de construction devant un hôpital dans le massif du Jura, en France. [collection Lt.-Col. D.H. Sutherland, River John, N.-É.]

Elle pense, maintenant, aux conversations qu’elle aurait pu avoir avec lui : « “Papa, aujourd’hui, on a parlé du 2e Bataillon de construction. Le professeur nous a dit d’en parler à nos familles.” Imaginez tout ce que cela aurait pu évoquer. »

Un monument de granite érigé au quai de marchandises de Pictou par la Commission des lieux et monuments historiques du Canada en souvenir de la contribution de l’unité au Canada a été dévoilé, en juillet 1993, en l’honneur du 2e Bataillon de construction. Depuis lors, un service commémoratif annuel y a lieu pour honorer les hommes du « Bataillon de Noirs » qui ont persévéré contre les préjugés et servi leur pays avec fierté.

Le ministre guerrier

[THE CANADIAN PRESS IMAGES/Matthew Usherwood]

Harjit Sajjan parle de la différence entre
les talibans et l’État islamique, du comportement
antidémocratique de la Russie, de ce que
nous avons peut-être mal fait en Afghanistan,
et de ce qu’il aime le moins en politique.

La guerre entre le Canada et l’État islamique s’est intensifiée. Des centaines de membres de nos forces d’opérations spéciales ont été envoyés en Iraq, appuyés par des hélicoptères, des capacités accrues de recherche sur le renseignement et le déploiement de plus de 100 soldats au Liban et en Jordanie. Et en Iraq, au moins, il est probable que les troupes canadiennes prendront part aux combats, vu que leur mission de conseil et d’aide est semblable à celle au cours de laquelle les soldats canadiens ont été mis en péril l’an dernier.

Cependant, M. Harjit Sajjan, ministre de la Défense nationale du Canada, ne veut pas dire que c’est une guerre. Ou en tout cas, pas encore. Et ne disons pas non plus qu’il s’agit d’une mission de combat, même si combat il y aura.

Malgré ces dérobades sémantiques, il apporte à son poste son talent connu pour régler des problèmes complexes. Il est non seulement ancien lieutenant-colonel et vétéran de l’Afghanistan, il a aussi été détective d’une unité antigangs. On dit aussi de lui qu’il a une capacité d’analyse remarquable qui lui a valu de nombreuses marques d’approbation et périodes d’affectation, notamment pour son travail sur les réseaux de l’ennemi à Kandahar. Et tout cela l’a amené à son poste actuel.

Sa formation d’agent du renseignement est maintenant mise à l’épreuve sur une scène plus grande. Le monde est compliqué, dit-il, et on ne peut espérer mettre fin aux menaces sans les comprendre. M. Sajjan réfléchit toujours aux situations dans leur ensemble. En conséquence, il semble souvent être tombé en paralysie comme tout homme qui comprend trop, qui est conscient de la complexité de la situation, des causes sous-jacentes et des conséquences de troisième ordre, ainsi que de l’implacabilité du cercle vicieux de la négativité et des critiques. Il s’agit alors de savoir où agir, quand agir, et pourquoi.

Pour apprendre à connaitre le nouveau ministre et ses objectifs, nous avons réalisé une courte entrevue éclair au téléphone pendant que, un peu en retard, il se hâtait vers l’aéroport d’Ottawa. Bien qu’il soit certainement plus communicatif que la plupart des ministres de ces derniers temps, M. Sajjan a déjà appris le jeu habituel des politiciens qui consiste à éviter les questions.

La Revue Légion : Veuillez nous donner votre opinion, et n’oubliez pas que vous n’avez qu’une minute pour répondre à cette question :
avons-nous gagné la guerre en Afghanistan?

Sajjan : Il ne s’agissait pas de gagner ou de perdre. Il s’agissait de faire le nécessaire pour mettre les forces nationales de sécurité et le gouvernement afghans en situation de prendre davantage de responsabilités. À un moment donné, il faut s’en aller; sinon, il n’existe pas de solution de longue durée. Et je pense que ç’a été accompli.

RL : Pouvez-vous comparer les talibans à l’État islamique? Lequel était ou est le plus dangereux pour la sécurité nationale du Canada?

Sajjan : L’EIIL est une plus grande menace pour la sécurité du Canada. Les talibans ne traversaient pas les frontières. On ne parlait pas beaucoup de ce qu’ils voulaient, à l’extérieur de leurs frontières. La brutalité est pratiquement la même, mais l’EIIL se sert de médias sociaux pour l’exporter. Les talibans étaient tout aussi brutaux, même si nous ne sommes pas très nombreux à en avoir été témoins.

RL : Il y a une chose plus difficile à comprendre : nous avons répondu aux talibans par la force militaire; en fait, par l’occupation de leur pays. Mais nous répondons à l’EIIL selon une approche davantage non interventionniste, avec moins de combats. Pouvez-vous nous expliquer pourquoi nous répondons à une menace supérieure avec moins de force?

The Honourable Harjit S. Sajjan, Minister of National Defence, presents medals to the members of CANSOF Task Force during a visit to Iraq on December 21, 2015. Photo: Sgt Yannick Bédard, Canadian Forces Combat Camera. IS01-2015-0007-040 ~ L’honorable Harjit S. Sajjan, ministre de la Défense nationale, remet des médailles aux membres de la COMFOSCAN lors d’une visite en Irak, le 21 décembre 2015. Photo : Sgt Yannick Bédard, Caméra de combat des Forces canadiennes IS01-2015-0007-040

L’honorable Harjit S. Sajjan, ministre de la Défense nationale, remet des médailles aux membres de la COMFOSCAN lors d’une visite en Irak, le 21 décembre 2015. [Sgt Yannick Bédard, Caméra de combat des Forces canadiennes
IS01-2015-0007-040]

Sajjan : Eh bien, il ne s’agit pas d’employer des capacités et des forces; c’est l’intégralité de ce qu’on essaie de faire qui compte. Rappelez-vous combien de temps les États-Unis ont fait la guerre en Iraq contre les insurgés, et à la fin, quand quelques tribus sunnites sont venues de leur côté, les choses ont pris un bon tournant, alors ils sont partis. Et ce qui s’est passé tout à coup, c’est que l’EIIL, la petite organisation radicale venant de Syrie, est devenue beaucoup plus puissante. C’est le régime local qui doit mener ce combat. Oui, nous pourrions y aller nous battre et peut-être qu’on pourrait les bloquer, ou même gagner. Mais il ne s’agit pas seulement de vaincre l’EIIL; il faut permettre aux forces irakiennes de vaincre l’EIIL pour arriver à une solution qui dure. Et c’est beaucoup plus important, parce qu’en fin de compte, nos forces sont limitées, même quand les États-Unis et l’Union européenne travaillent ensemble.

RL : Il semble que le vrai problème soit l’extrémisme sunnite : l’idéologie qui a engendré al-Qaïda et l’EIIL. Comment résoudre le problème de l’extrémisme sunnite?

Sajjan : Je pense qu’il faut s’occuper de n’importe quel extrémisme. Et dans cette région en particulier, l’EIIL – un groupe petit mais radical –, est au premier plan. Tous les groupes recrutent dans leur population. Même quand on se bat, ce qu’on fait vraiment, c’est gagner du temps pour séparer la population du groupe radical, et quand c’est fait, on finit par combattre une organisation plus petite. Et c’est ça qu’il faut absolument faire en Iraq.

RL : Alors vous proposez de défaire l’extrémisme sunnite en séparant les extrémistes du reste de la population?

Sajjan : Eh bien, c’est ce qu’il faut faire dans n’importe quelle stratégie anti-insurrectionnelle. Si on ne s’occupe pas du recrutement, on n’arrête jamais de se battre. Ainsi, leur source de recrutement est absolument cruciale pour arriver au succès de longue durée que nous essayons d’obtenir.

Defence Minister, Harjit S. Sajjan speaks with Antoni Macierewicz, his counterpart from Poland during the annual Defence Ministerial Meeting at NATO Headquarters in Brussels, Belgium on February 10, 2016. Photo: Sgt Yannick Bédard, Canadian Forces Combat Camera. IS01-2016-0001-010 ~ Le ministre de la Défense, Harjit S. Sajjan, discute avec Antoni Macierewicz, son homologue polonais, lors de la réunion des ministres de la Défense au siège de l’OTAN à Bruxelles (Belgique), le 10 février 2016. Photo : Sgt Yannick Bédard, Caméra de combat des Forces canadiennes. IS01-2016-0001-010

Le ministre de la Défense, Harjit S. Sajjan, discute avec Antoni Macierewicz, son homologue polonais, lors de la réunion des ministres de la Défense au siège de l’OTAN à Bruxelles (Belgique), le 10 février 2016. [Sgt Yannick Bédard, Caméra de combat des Forces canadiennes. IS01-2016-0001-010]

RL : Quelle est la plus grande menace d’après vous, l’EIIL ou la Russie?

Sajjan: On ne peut pas les comparer. Il faut voir chaque menace d’une manière différente. Pour la Russie, il y a des problèmes régionaux et stratégiques bien plus graves. Et vu l’agressivité dont elle fait preuve partout dans le monde, on doit espérer qu’elle reviendra au dialogue, ce qui vaut mieux pour elle. Par contre, en ce qui concerne l’EIIL, il s’agit d’un groupe avec lequel on ne peut pas négocier, alors il faut s’occuper de lui de cette manière [par la force]. Il faut donc isoler ce groupe et faire le nécessaire pour qu’il ne profite pas des problèmes politiques pour influencer l’ensemble de la population. Une fois qu’on aura isolé l’organisation radicale, afin de pouvoir la détruire, ça va être crucial. Mais on ne peut pas vraiment dire qu’une  menace est pire que l’autre. C’est comme si on comparait des pommes et des oranges.

RL : D’après vous, qu’est-ce qui excite l’agressivité de Vladimir Poutine? Qu’est-ce qui excite l’agressivité de la Russie?

Sajjan : Je trouve ça difficile à dire, vu de l’extérieur, comme c’est le cas pour n’importe quel Canadien, n’étant arrivé là-dedans qu’il y a peu de temps. Il est important de connaitre la mentalité de la personne, et quelles sont ses expériences. Quand on dirige un pays comme la Russie, on ne peut pas le faire de manière irresponsable, envahir d’autres pays, quels que soient les problèmes qu’on a. Dans les nations démocratiques, les problèmes difficiles, on les prend en charge. On en discute.

RL : Nous vivons dans une période historique pas comme les autres. Nous avons vu des frontières remaniées, ce qui n’arrive pas si souvent que ça. La Crimée et l’Iraq. Alors, en ce qui concerne l’agressivité de la Russie : l’expansion de l’OTAN en Europe de l’Est, ça semble être un facteur irritant. Maintenant, nous voulons faire entrer l’Ukraine dans l’OTAN. De quelle manière cette expansion sert-elle nos intérêts?

Sajjan : Je vais aller à une réunion de l’OTAN pour la première fois dans une semaine, et nous allons avoir beaucoup de discussions importantes. Il est important d’arriver à un bon équilibre, mais je pense que le dialogue est l’élément crucial pour arriver à comprendre les intentions de la Russie. Et l’OTAN a un rôle vraiment important à jouer, comme c’est le cas depuis très longtemps. Nous devons demeurer unis. Nous devons rester fidèles à nos partenaires, à l’Ukraine et à d’autres pays de l’Europe de l’Est, mais l’occasion de dialoguer sera toujours là.

RL : Votre carrière de soldat est terminée. Quel en a été le moment déterminant?

Si on ne
s’occupe pas
du recrutement,
on n’arrête jamais
de se battre.

Sajjan : En Afghanistan, en 2006, quand j’ai pu faire mon travail grâce à une section d’infanterie, ça m’a vraiment ouvert les yeux. Être gradé, ça ne veut pas dire avoir réponse à tout. Il y a des réponses parmi les meilleures qui arrivent de sources improbables. Je ne sais pas combien de fois l’indice indispensa-ble qu’il nous fallait nous est venu de soldats sur le terrain. Avec le recul, je peux vraiment me dire, ‘wow’, nos soldats n’ont vraiment pas leur égal. Leurs réflexions et leur façon d’analyser les choses, le cœur qu’ils ont, et le combat qu’ils livrent. Ils peuvent facilement passer du travail humanitaire dans un village au combat en un tournemain. Changer en un instant comme ça, c’est vraiment dur. Rien que de pouvoir travailler avec des gens comme ça, c’était ça le plus formidable.

RL : Que n’aimez-vous pas dans votre rôle de politicien?

Sajjan : Je dirais que ce sont les discussions qui ont lieu à la Chambre des fois, qui parfois ne font pas justice au vrai travail qu’on fait pour les Canadiens. Ottawa, ça peut être comme une bulle, et il faut faire des efforts pour rester à l’extérieur de cette bulle, pour maintenir le contact avec les Canadiens et avec les vraies questions, avec ce qui se passe. Dans les Forces armées canadiennes, on a un point de vue sur les politiciens, mais en même temps, on sait qu’il y a beaucoup de gens qui se sont lancés en politique, surtout les collègues que je connais, parce qu’ils veulent vraiment apporter leur contribution. Quand on est en service, on sait tous que si on pense pouvoir apporter notre contribution et qu’on a les capacités et l’expérience qu’il faut, on doit rechercher et accepter les responsabilités. J’estimais que mon expérience était nécessaire, et je n’aimais pas la manière dont certaines choses se faisaient, alors j’ai arrêté de me plaindre parce que je croyais que j’avais les capacités pour agir, et je l’ai fait.

Était-ce une erreur que d’envoyer le HMS Hood affronter le Bismarck?

Face to Face Slider

Marc Milner dit que NON

C’ était le devoir du HMS Hood de combattre l’ennemi, et il y a trois bonnes raisons pour lesquelles il fut engagé dans la bataille contre le navire allemand Bismarck en 1941.

La première, c’est simplement que le Hood, de la classe Admiral, était le navire le plus rapide de la flotte britannique. La plupart des cuirassés britanniques étaient trop lents pour rattraper le Bismarck : même les navires de la classe King George V allaient à trois ou quatre nœuds de moins. Le Hood, dont la vitesse maximale était de 31 nœuds et le déplacement de 47 000 tonnes, pouvait prendre la mer par tous les temps, et sa vitesse était supérieure d’un nœud à celle de son rival allemand.

La deuxième raison, c’est que les défauts dans le blindage du Hood étaient bien connus, mais ils ne suffisaient pas à le garder au port. Par exemple, la ceinture principale était en plaques blindées de 12 pouces, soit trois pouces de moins que celles des nouveaux KGV. Certes, le blinda-ge était plus mince à la proue et à la poupe, et entre la ceinture principale et le pont principal, et cela le rendait vulnérable, mais la protection était jugée tout juste suffisante. Le blinda-ge de son pont était faible, « espacé »en plaques de deux ou trois pouces et conçu pour résister à des obus à trajectoire plutôt plate. Tout le monde savait qu’il n’était pas paré au feu plongeant, mais les cuirassés ne l’étaient généralement pas.

Les tactiques du vice-amiral Lancelot Holland compensaient les faiblesses du Hood. Il le faisait traverser la zone de feu plongeant, à distance maximale, aussi vite que possible, jusqu’à ce qu’il atteigne ce que les Américains appelaient la « zone d’immunité » : l’endroit où le pont et la cuirasse pouvaient résister au feu de l’ennemi.

On peut dire que Holland attei-gnit son but. Le Hood se trouvait à une distance de 15 000 mètres de l’ennemi lorsque Holland le fit virer pour présenter son armure la plus épaisse et permettre aux tourelles de poupe de tirer. À cette distance-là, le feu du Bismarck frapperait le pont du Hood à un angle d’environ 14 degrés, trop fermé, même d’après les Allemands, pour percer le pont. La destruction semble avoir été causée par un obus qui pénétra le blindage, traversant la cuirasse de 12 pouces, ou peut-être légèrement plus haut, et fit exploser un des magasins. Ce sont des choses qui arrivent. Si le Hood et le HMS Prince of Wales avaient eu quelques minutes de plus, vu leurs armements – huit canons de 15 pouces et dix de 14 pouces –, cela aurait pu se passer autrement.

Le Hood pouvait prendre la mer
par tous les temps, et sa vitesse
était supérieure d’un nœud à celle
de son rival allemand.

La troisième raison pour laquelle le Hood devait être envoyé à la recherche du Bismarck, c’est simplement que les Britanniques n’avaient pas suffisamment de cuirassés : 14 seulement en mai 1941. Les quatre petits cuirassés de la classe R étaient encore plus vieux que le Hood et n’étaient pas de taille à affronter un cuirassé moderne. Les cinq bâtiments de la classe Elizabeth qui avaient été reconstruits se trouvaient à Alexandrie, en Égypte, où ils observaient la marine italienne. Quant aux deux bâtiments de la classe Nelson bâtis dans les années 1920 conformément aux restrictions d’un traité, le HMS Rodney était en route pour les États-Unis pour se faire remettre en état et le HMS Nelson se trouvait à Freetown, en Sierra Leone, où il avait escorté un convoi de soldats. Les meilleurs de la flotte de combat de la marine royale, deux cuirassés de la classe King George V (42 000 tonnes, 28 nœuds) et le Hood récemment mis en service, étaient basés à Scapa Flow pour guetter le Bismarck.

Le Hood devait y aller. Avec de la chance, il aurait pu survivre à la bataille du détroit du Danemark. En fait, le Bismarck a été suffisam-ment endommagé pour que les bombardiers-torpilleurs Fairy Swordfish du HMS Ark Royal puissent l’atteindre, et pour qu’une malchance encore plus improba-ble signe sa dernière heure.


Iain Ballantyne dit que OUI

La bataille du détroit de Danemark avait à peine huit minutes quand l’intérieur du poste de contrôle d’artillerie du HMS Prince of Wales fut éclairé par ce qui ressemblait un brillant et soudain lever de soleil.

Trop occupé pour regarder, le capitaine de corvette Colin McMullen, officier du poste de contrôle d’artillerie du cuirassé, continua de faire feu sur le Bismarck. La lumière vive provenait de l’explosion du HMS Hood, dont la proue se dressait à la verticale alors que les deux canons de 15 pouces de sa tourelle A tiraient vaillamment une dernière salve. Les marins et fusiliers à bord du croiseur HMS Suffolk qui en furent témoins eurent peine à en croire leurs yeux.

Avec le recul, le verdict généralement admis est que oui, ce fut une erreur d’envoyer le Hood, cuirassé de l’époque de la Première Guerre mondiale, se battre contre le Bismarck, cuirassé moderne puissamment armé et protégé. Il aurait mieux valu que le Hood soit retiré de la circulation longtemps avant et remplacé par un cuirassé mo-derne plus rapide et mieux blindé.

Cependant, les Britanniques n’avaient pas le choix. Leur marine était encore la plus puissante du monde, mais elle était déployée sur tous les océans, surtout
dans l’Atlantique, pour escorter les convois.

L’amiral John Tovey, comman-dant de la flotte territoriale à bord du HMS King George V mouillé à Scapa Flow, devait trouver la meilleure manière de placer ses navires, et il finit par décider d’envoyer vers l’Islande un groupe de chasse formé du Hood et du Prince of Wales. Il s’agissait éventuellement d’effectuer une interception, soit dans le détroit du Danemark, soit dans le pertuis entre l’Islande et les iles Féroé.

La décision de Tovey était motivée par l’échec de l’interception de navires prédateurs allemands quelques mois auparavant. Il avait alors réagi à une alerte
semblable en déployant la flotte territoriale au complet au sud de l’Islande.

Il s’aperçut bientôt qu’il avait commis une grave erreur, car lorsque le carburant vint à manquer, il n’avait pas d’unité importante en réserve. La flotte territoriale se replia, et le Gneisenau et le Scharnhorst se glissèrent dans l’Atlantique Nord pour faire les dégâts que l’on sait
dans les voies maritimes.

Cette fois-ci, Tovey avait l’intention de retenir une force de frappe suffisante pour réagir aux évènements. Le King George V serait relié à l’amirauté par fil terrestre aussi longtemps que possible afin de recevoir les derniers renseignements du centre d’opérations de la marine.

Même si le Bismarck le surpassait,
la question à se poser, c’est plutôt
pourquoi diable le Hood aurait-il
dû être retenu?

Si le Bismarck échappait au Hood et au Prince of Wales, Tovey essaierait de l’intercepter ailleurs avec le King George V, le porte-avion HMS Victorious et quelques croiseurs.

Donc, du point de vue tactique, la décision de Tovey était la bonne. Vu le manque de navires majeurs, il associa le nouveau cuirassé bien protégé et rapide Prince of Wales – qui n’avait pas eu de baptême du feu et qui éprouvait quelques problèmes avec ses canons de 14 pouces –, et le Hood, dont les canons de 15 pouces avaient fait leurs preuves au combat.

Oui, le risque de perdre le Hood était réel, mais à la guerre comme à la guerre. Après deux ans de combats, des milliers d’hommes avaient déjà fait l’ultime sacrifice, la Luftwaffe martelait la flotte méditerranéenne au large de la Crète, et les marins britanniques étaient habitués aux situations délicates. Alors, même si le Bismarck le surpassait, la question à se poser, c’est plutôt : pourquoi diable le Hood aurait-il dû être retenu?

La construction des défenses de Québec – 1608 à 1871

L’ emplacement de Québec, fondée par Samuel de Champlain en 1608, était idéal pour la défense du point de vue de l’armée française en Nouvelle-France. Il était situé au bord du fleuve Saint-Laurent à côté d’un bastion naturel, le cap Diamant, et les Français se sont empressés d’en profiter. Les premières habitations ont été bâties la même année, et des fortifications temporaires ont été érigées peu après, surtout du côté ouest de la ville, où la protection naturelle faisait défaut.

La_Citadelle_de_Québec,_vue_du_ciel

La Citadelle de Québec, vue du ciel.

De nouvelles fortifications les ont remplacées au cours des 50 années qui ont suivi, mais elles n’ont jamais été très puissantes. Québec, dont la population s’élevait à 600 habitants en 1665, pendant les guerres iroquoises, est restée ainsi fortifiée jusqu’en 1690. Cette année-là, on entreprit la construction d’une enceinte pour fortifier la ville davantage, la première d’une série construite entre 1690 et 1745.

Au début des années 1700, Québec faisait partie intégrante de la défense de la Nouvelle-France. Le roi de France avait accepté de donner un montant d’argent considérable pour mettre des systèmes de défense en place, mais même avec ces fonds, ils n’étaient pas en très bon état. Des conflits internes ont surgi, et les fortifications s’en sont trouvées affaiblies. La métropole a retiré le reste des fonds en 1721, et les fortifications n’ont pas été achevées.

La panique s’est emparée du Québec quand, en 1745, les Britanniques ont capturé Louisbourg. Comme les fortifications, incomplètes, ne suffiraient pas à la protection de la ville, et sachant qu’une attaque arriverait probablement bientôt, le gouverneur Beauharnois a autorisé la construction de nouvelles défenses, sans la permission de la France. Ces nouvelles fortifications, construites rapidement, étaient loin d’être parfaites. Elles ont été raccordées aux enceintes déjà construites, afin de fermer la partie de la ville qui était encore ouverte pour permettre à la ville de se développer. Ce nouveau projet a commencé à prendre forme en 1745, et il était presque complet en 1759, quand la Grande-Bretagne a pris le contrôle du Québec après avoir gagné la bataille des plaines d’Abraham. La Grande-Bretagne, comme la France, ne souhaitait pas agrandir la ville, et elle a décidé de garder les fortifications telles qu’elles étaient. Cependant, reconnaissant la valeur des défenses de Québec, et conformément au plan de son prédécesseur, William Twiss, Gother Mann a proposé un projet qui se composait de quatre éléments distincts. Le quatrième élément était une citadelle qui devait être érigée au cap Diamant, où la garnison britannique se mettrait à l’abri en cas d’attaque.

Les trois premières étapes des plans de Mann ont été réalisées entre 1786 et 1812; le mur a été réparé et allongé, et de nouvelles structures ont été érigées. Vu le regain de tensions avec les Américains après la guerre de 1812, et les dissensions civiles, la construction des murs extérieurs de la citadelle a commencé en 1820, et a été terminée en 1831. La nouvelle citadelle pourrait donc offrir un refuge à l’armée britannique en cas d’attaque, qu’elle provienne de la population locale ou des Américains.

Elias_Walker_Durnford

Elias Walker Durnford

La forme en étoile de la citadelle s’inspirait des structures européen-nes traditionnelles, et avait été conçue par Elias Walker Durnford. Ce dernier a abouté la partie déjà construite en 1745 et la nouvelle enceinte. Le rôle de la citadelle, une fois terminée, serait de servir de support aux défenses de la ville, de dépôt pour la caserne, et de logement pour 1 500 soldats et leur matériel (mais il n’est pas arrivé très souvent que la citadelle atteigne sa pleine capacité). Des aspects ont été modernisés au cours des années qui ont suivi, comme les armes défensives. Les relations entre la Grande-Bretagne, les Américains et les citoyens du Québec se sont améliorées au fil du temps, et la présence militaire britannique sur place a été progressivement réduite. La garnison britannique a fini par quitter les lieux en 1871, mettant ainsi fin à la présence britannique dans la citadelle, et au Québec.

Après le retrait des troupes britanniques, la Milice du Canada nouvellement formée en est devenue l’occupante. L’arrivée de la Milice à la citadelle marquait le début de plus de 100 ans de présence militaire canadienne au fort. La deuxième partie du présent article, dans le prochain numéro, servira à un examen plus approfondi de la présence du Canada au fort.

L’envoi par le fond du Bismarck

Bis 1

Le 21 mai 1941, le navire de guerre le plus puissant d’Europe disparut de sa zone de mouillage à Bergen, en Norvège. Les Britanniques, qui se tenaient anxieusement aux aguets, devinèrent que le Bismarck, tout nouveau cuirassé de 50 000 tonnes, se dirigeait vers les vastes étendues océaniques de l’Atlantique Nord, c’est-à-dire vers les voies d’approvisionnement dont dépendait la Grande-Bretagne. Pendant sept jours se déroula l’un des épisodes les plus marquants de la Deuxième Guerre mondiale, qui prit fin lorsque le Bismarck fut coulé, le 27 mai.

Aucun navire de guerre canadien ne joua de rôle dans cette opération. À ce stade-là de la guerre, la Marine royale canadienne n’avait pas les contretorpilleurs de la classe Fleet ni les croiseurs nécessaires à un travail si dangereux. En même temps que le Bismarck s’évanouissait dans l’Atlantique Nord, une flottille de nouvelles corvettes de la MRC arrivait à St. John’s pour établir la force d’escorte de Terre-Neuve et se lancer dans une mission fort différente. Des Canadiens prirent cependant part à presque toutes les facettes de la destruction du Bismarck : renseignement, frappes aériennes, canonnades… Plusieurs d’entre eux périrent au combat.

L’engloutissement: Le Bismarck qui sombre prend feu après avoir été attaqué par des avions et des navires le 27 mai 1941. [Mary Evans/Collection Malcolm Greensmith]

Comme prévu, le Bismarck et le croiseur lourd Prinz Eugen étaient en route pour le détroit de Danemark, un passage entre l’Islande et le Groenland encombré par les glaces et envahi par le brouillard. La force d’arrêt de la flotte territoriale britannique (qui patrouillait dans les eaux territoriales de la Grande-Bretagne) basée à Scapa Flow, mouillée aux iles Orkney d’Écosse, comprenait des croiseurs équipés de radar, l’élégant, mais vieillissant croiseur de bataille HMS Hood et les nouveaux cuirassés Prince of Wales et King George V, à bord desquels se trouvaient des aspirants de la MRC.

Les aspirants de marine étaient des élèves officiers – habituellement à la fin de leur adolescence –, qui s’étaient enrôlés dans la MRC professionnelle et suivaient une formation initiale dans les armureries de la flotte. Ils étaient des « gentilshommes », mais pas encore des officiers, et ils apprenaient sur le tas. On leur confiait une multitude de tâches afin qu’ils se familiarisent avec les divers aspects du fonctionnement des navires et avec les sous-officiers et l’équipage.

Il y avait trois aspirants à bord du Hood : T.N.K. Beard, F.F.L. Jones et S.J.B. Norman. Le soir précédant leur départ en direction du détroit de Danemark, ils embarquèrent tous trois à bord d’une vedette à vapeur – la dernière en existence dans la Marine royale (MR), joliment peinte et aux garnitures relui-santes en laiton –, chercher le seul aspirant canadien dans la soute à poudre du Prince of Wales. Après le souper et une soirée de chahut amical, la vedette ramena Leir au Prince of Wales. « Je passerai vous chercher quand on sera de retour », cria Leir à ses camarades.

Le sous-lieutenant Stuart E. Paddon, officier de radar de la Réserve de volontaires de la Marine royale du Canada (RVMRC), était aussi à bord du Prince of Wales. À la fin de l’année 1940, 40 officiers de radar de la RVMRC étaient affectés à des croiseurs et à des cuirassés de la flotte britannique. En fait, les officiers de radar canadiens étaient si nombreux dans la MR qu’un capitaine, voyant qu’on lui avait affecté un officier de radar britannique, réclama à l’amirauté un « vrai » officier de radar : « un Canadien! » On ignore combien d’officiers de radar canadiens étaient dans la flotte territoriale ou dans la Force H (formation navale britannique basée à Gibraltar) au printemps 1941, mais ils y étaient probablement très nombreux. En 1941, il y avait aussi quelques pilotes canadiens à bord de porte-avions britanniques.

Tôt le matin du 24 mai, le Hood et le Prince of Wales se trouvaient au sud du Détroit de Danemark lorsque trois points clignotants à 24 000 mètres apparurent sur le radar de veille principal du Prince of Wales. Il s’agissait du Bismarck et du Prinz Eugen, et d’un ravitailleur qui s’éclipsa bientôt. Le sous-lieutenant, enfermé dans une pièce blindée, suivit les activités sur son appareil. L’aspirant Leir était mieux placé, au périscope de la tourelle A du Prince of Wales, et il put apercevoir les bâtiments allemands : « les coupoles de leurs batteries d’abord, puis les belles coques élancées des navires allemands, et les éclairs successifs des canons » apparurent avant que les canons de sa propre coupole ne se mettent à tirer, écrivit Leir pas la suite.

Les Allemands ne trainèrent pas le 24 mai, envoyant le Hood par le fond à leur troisième salve. Le jeune homme comprit que ça tournait au vinaigre quand sa vue fut voilée par « un reflet orange », puis par « des débris enflammés qui dégringolaient et un grand tripode qui tombait ». Un obus de 15 pouces du Bismarck avait pénétré le magasin de poupe du Hood et provoqué une explosion énorme qui détruisit le navire.

« Faisant tourner le périscope un peu à gauche », écrit l’aspirant de marine, « [j’observai] le long et élégant pont avant se dresser au milieu d’un grand nuage de fumée. Le gros navire disparut dans un tourbillon », emportant ses amis Beard, Jones et Norman. Le sous-lieutenant canadien Harry Shorten, qui servait à bord d’un des contretorpilleurs d’escorte, s’est rappelé être passé peu après à l’endroit où le Hood avait sombré, et il ne restait que des morceaux de bois du pont principal. Trois membres seulement de l’équipage de 1 418 hommes survécurent.

Le HMS Hood et le
HMS
Prince of Wales avaient tous deux des
aspirants de marine de la MRC à leur bord.

Bis 3

Poursuite: Le HMS Hood, photographié du HMS Prince of Wales, entre en action le 24 mai 1941. [IWM/HU50190; WW2talk.com/forums]

Pendant ce temps, le sous-lieutenant Paddon observait d’autres obus allemands sur son radar Type 281. L’un d’eux frappa la passerelle du Prince of Wales. Il n’explosa pas, mais la secousse et les éclats causés par son passage y tuèrent tout le monde excepté le capitaine du navire, y compris des membres de l’équipe de radar. Une grande partie de l’équipement radar du cuirassé fut également détruite, et la tourelle arrière à quatre canons, coincée. Le Hood ayant disparu, le Bismarck aurait pu se tourner vers le Prince of Wales pour le détruire, mais il ne le fit pas.

Le sous-lieutenant passa au radar Type 284 servant à la conduite de tir et continua de surveiller le Bismarck alors que la canonnade prenait fin, et que l’équipage travaillait fébrilement pour remet-tre les canons en état, ce qu’il accomplit en fin d’après-midi.

La défaite – en particulier la perte du Hood, joyau de la MR –, fut un coup dur pour les Britanniques. Mais tout ne s’était pas bien passé pour le Bismarck. Trois obus de gros calibre du Prince of Wales avaient frappé le géant allemand, et l’un d’entre eux avait pénétré le gaillard avant, à la ligne de flottaison. Cela avait contaminé une partie de son carburant et inondé plusieurs compartiments, ce qui lui donnait du gîte sur bâbord, et sa proue s’affaissait un peu. En outre, cela augmentait la pression sur sa structure intérieure à grande vitesse.

Bis 4

Le pilote: Le sergent Gaynor Williams de l’ARC était navigateur dans un Catalina de la RAF à la recherche du Bismarck. [WW2talk.com/forums]

Les Allemands passèrent le reste du 24 mai à esquiver les attaques. Le Bismarck se tourna à quelques reprises pour faire feu sur ses poursuivants et vers 16 heures, il échangea des coups de canon à nouveau avec le Prince of Wales. Des avions-torpilleurs du HMS Victorious l’attaquèrent aussi.
Rien de tout cela ne l’endommagea, mais la grande vitesse à laquelle il était obligé de manœuvrer endommagea les réparations de la brèche dans le gaillard avant et l’eau pénétrait à grande force dans la salle des chaudières numéro 2, laquelle dut être abandonnée. Sa vitesse diminua alors à 20 nœuds.

Les dommages étaient suffisants pour obliger le commandant du Bismarck, l’amiral Günther Lütjens, à abandonner son voyage vers l’Atlantique Nord et mettre cap sur le port de Saint-Nazaire, en France, où se trouvait une grande cale sèche. Le 25 mai, avant le lever du soleil, les réparations terminées, du carburant transféré aux autres réservoirs et sous couvert de la nuit, le Bismarck et le Prinz Eugen se séparèrent et faussèrent compa-gnie aux Britanniques. À l’aube, les Allemands étaient hors de vue.

Le Bismarck s’étant échappé, l’ARC, qui avait ses bases dans les Maritimes et à Terre-Neuve fut mise en état d’alerte rouge. L’escadrille no 10, formée de bombardiers bimoteurs Douglas Digby, était prête à passer à l’attaque avec des bombes perforantes, tandis que des avions canadiens (et améri-cains, bien que toujours neutres) décollaient de Terre-Neuve et poussaient des reconnaissances loin en Atlantique Nord à la recherche des bâtiments allemands, mais en vain.

Pendant ce temps, les bâtiments de la flotte territoriale et de la Force H, rappelée de Gibraltar, qui brûlaient d’engager le combat, étaient au bord de la panne sèche. Il ne resterait bientôt que le HMS Ark Royal et le nouveau cuirassé HMS King George V, frère du Prince of Wales. Pour empêcher le Bismarck de retourner en Allemagne, l’amirauté dérouta un vieux petit cuirassé d’escorte, le HMS Ramillies, vers l’entrée sud du Détroit de Danemark.

En mai 1941, le Ramillies transportait 30 mécaniciens de la RVMRC en formation. E. Phipps-Walker, mécanicien qui se trouvait alors à bord, comprit à quel point la situa-tion était grave quand son bâtiment tira soudainement une bordée, ce qu’il n’avait pas fait depuis des dizaines d’années. Le vieux cuirassé s’en trouva propulsé sur le côté, et la peinture accumulée sur l’amiante isolant ses tuyaux vola en éclats. « Des gens ont été blessés par les éclats de peinture », a déclaré Phipps-Walker par la suite. Plus inquiétant pour le Bismarck, l’amirauté avait aussi dérouté le cuirassé moderne HMS Rodney, armé de neuf canons de 16 pouces, qui devait se rendre aux États-Unis y être remis en état.

Ce n’était pas beaucoup. L’Atlantique est vaste, et pendant un certain temps, tout indiquait que le Bismarck atteindrait la France. En effet, il aurait bien pu s’échapper, sauf qu’il transmit un long message, le 25 mai, dans lequel il expliquait les dommages qu’il avait subis et les changements à ses projets. Les stations radiogoniométriques autour de l’Atlantique transmettaient les azimuts des transmissions du Bismarck pendant que les casseurs de code s’efforçaient de les décrypter. Ils suivaient aussi les traces des U-boots qui se rassemblaient pour le protéger.

Un des azimuts les plus importants fut celui de la station de la MRC à Hartlen Point, aux confins du port d’Halifax. Cette station était renommée pour son efficacité : l’amirauté envoya un télégramme à la MRC après coup disant que les coordonnées qu’elle avait transmises, ainsi que celles qu’avait communiquées la Guyane britannique, avaient « aidé considérablement à repérer le Bismarck ».

Les coordonnées transmises par la station de Halifax ont indéniablement servi à guider les recherches aériennes. Le 26 mai avant l’aube, deux Catalina de l’AR décollèrent de Lough Erne, en Irlande du Nord, pour inspecter une zone où passerait probablement le Bismarck. Le sergent Gaynor Williams, âgé de 19 ans et navigateur de l’ARC (qui par la suite a publié à compte d’auteur un livre sur ses expériences intitulé The Wartime Journals of a Prairie Kid [Les journaux de guerre d’un gars des Prairies, NDT]), était à bord de l’un d’eux.

Le 26 mai à 10 h 30, l’un des Catalina aperçut le Bismarck à 1 280 kilomètres à l’ouest de Brest (France). Le croiseur HMS Sheffield trouva le cuirassé peu après et la filature reprit. La route et la vitesse du Bismarck lui auraient permis de se mettre sous le bouclier des U-boots et de la Luftwaffe en à peu près 24 heures.

Trois escadrilles de la Fleet Air Arm portées par l’Ark Royal étaient alors les seules forces britanniques à distance de frappe, ce qui était peu. L’avion-lance-torpille de la Grande-Bretagne était le biplan lourd Fairey Swordfish, dont la vitesse maximale était de 224 kilomètres à l’heure. Les 15 premiers Swordfish décollèrent à 14 h 50 malgré le pont d’envol glissant et les violentes bourrasques du Nord-Ouest.

La première attaque d’un Swordfish de l’Ark Royal, au moyen d’une torpille munie du nouveau détonateur magnétique, prit le Sheffield pour cible accidentellement, qui s’en tira heureusement indemne. Ce n’était pas un bon présage. À 20 h 30, la deuxième attaque réussit – au moyen de torpilles à détonateur ayant fait ses preuves –, mais d’une manière purement fortuite. Deux torpilles frappèrent le Bismarck. L’une l’atteignit au milieu, causant des dégâts mineurs et lui faisant prendre l’eau. L’autre explosa près du gouvernail du côté bâbord pendant que le Bismarck manœuvrait, et toutes les tentatives pour libérer le gouvernail coincé à 12 degrés échouèrent.

Bis 6

Survivants: Des survivants du Bismarck pris à bord du HMS Dorsetshire. Plus de 2 100 membres de son équipage avaient trouvé la mort. [IWM/ZZZ3130C]

Moins d’une demi-heure après le départ du Swordfish, le Bismarck annonça par radio qu’il ne pouvait plus manœuvrer. Il avait été blessé au talon, comme Achille, et son sort en était jeté. D’aucuns ont pensé que la torpille fatidique avait été lancée par un pilote canadien, mais nous savons aujourd’hui que l’honneur en revient au lieutenant de la MR John Moffat.

Pendant que le Bismarck faisait de grands cercles dans les eaux agitées de l’Atlantique Nord, les Britanniques envoyèrent la grosse artillerie : le Rodney et le King George V. Le 27 mai à 8 h 47, le Rodney fit tonner ses canons de 16 pouces à une distance de 23 kilomètres à peu près, suivis quelques minutes après par les canons de 14 pouces du King George V. La riposte du Bismarck était affectée défavorablement par son incapacité à manœuvrer, mais cela n’eut bientôt plus d’importance. Peu après 9 h, un obus du Rodney frappa la superstructure de poupe du Bismarck, causant la mort de centaines hommes, dont le personnel de commandement, détruisant la passerelle et mettant ses canons de poupe hors de combat.

À 10 h, le Bismarck n’était plus qu’une épave flottante, son armement principal était inutilisable et il était la proie des flammes de la poupe à la proue. Son armement secondaire continuait pourtant de faire feu, alors le Rodney s’en rapprocha à 2 700 mètres, assez près pour pouvoir lui lancer des torpilles.

À 10 h 20, le Rodney reçut l’ordre de suspendre son attaque et le croiseur HMS Dorsetshire s’approcha du Bismarck pour l’achever à coups de torpille. À ce moment-là, sabordé par son propre équipage, il était déjà en train de couler. Plus de 2 100 membres de son équipage périrent; seuls 114 d’entre eux survécurent. Les survivants déclarèrent par la suite que le Bismarck s’était sabordé, mais quelle importance? À 10 h 40, la carrière spectaculaire, mais courte du Bismarck avait pris fin, et une poignée de Canadiens avaient joué un rôle modeste dans sa défaite.

Un obus du Rodney frappa la superstructure de poupe
du
Bismarck, 
causant la mort de centaines hommes,
dont le personnel de commandement, détruisant
la passerelle et mettant ses canons
de poupe hors de combat.

Bis 5

Marques de bataille: Des membres de l’équipage du HMS Sheffield montrent des trous d’éclat subis pendant son affrontement avec le Bismarck. [Lieut. (M) S.J. Beadell/IWM/Admiralty Official Collection/A4091;]

La destruction du Bismarck était un signe annonciateur de victoire pour les Britanniques. Au cours de l’hiver précédent, les cuirassés rapides Gniesenau et Scharnhorst, le croiseur lourd Hipper et le cuirassé de poche Scheer avaient parcouru l’océan impunément. Dissimulés dans l’obscurité de l’hiver et les intempéries, ils avaient déjoué toute tentative de les acculer au combat : ils avaient tiré la queue du lion et s’en étaient bien tirés. Le Bismarck n’avait pas eu autant de chance. Les cuirassés rapides et le Hipper se trouvaient encore dans les ports de France, mais la perte du Bismarck fit hésiter les Allemands à faire risquer le même sort au Tirpitz. Les historiens désignent sa destruction comme étant un tournant décisif de la guerre dans l’Atlantique.

À l’assaut du Tirpitz

Il y avait plusieurs marines indépendantes dans le Commonwealth britannique en 1939, mais elles fonctionnaient un peu comme s’il s’agissait d’une flotte impériale. Les officiers obtenaient une partie de leur formation dans la MR, ils étaient tous inscrits sur la liste navale de l’amirauté britannique, l’ancienneté était reconnue d’une marine à l’autre, et même les noms de navire étaient coordonnés pour éviter toute confusion.

Il n’y avait donc rien de surprenant à ce que des aspirants de marine membres de la Marine royale canadienne se trouvent à bord des gros navires de guerre britanniques, surtout au début de la guerre. La MRC envoyait aussi des réservistes volontaires servir dans la MR, et des Canadiens étaient membres d’équipage de gros navires britanniques vers la fin de la guerre, lorsque la MRC se préparait à armer des croiseurs et des porte-avions.

Bis 7

Navire frère: Le Tirpitz menaçant à Altafjord, en Norvège. [World War Photo; Lieut. (N) F.A. Hudson]


« [J’observai] le long et élégant pont avant se
dresser au milieu d’un grand 
nuage de fumée.
Le gros navire 
disparut dans un tourbillon. »

Au début de 1940, la MR avait besoin d’officiers inférieurs pour sa flotte grandissante. Avant que la MRC planifie sa propre expansion massive, il lui semblait bon d’envoyer les navigateurs qui réclamaient des postes dans la marine outremer pour satisfaire aux besoins de la Grande-Bretagne. Un premier contingent de ces « marins du dimanche » fut envoyé au début de 1940 au centre de formation de la Royal Naval Reserve, au HMS King Alfred, établissement terrestre à Hove, dans le Sussex. C’était juste à temps pour l’évacuation de Dunkerque. Les Britanniques avaient aussi besoin pour ses radars d’officiers ayant une formation en électronique. Les universités canadiennes aidaient la MRC à répondre à ce besoin. D’abord, la MRC recruta des hommes ayant suivi des cours de troisième cycle en génie pendant quelques années, puis quelques universités créèrent des cours spéciaux en génie électrique pour les officiers de radar destinés à la MR. La MRC envoyait aussi du personnel à plusieurs contretorpilleurs loués aux Britanniques et qui patrouillaient dans les eaux canadiennes.  

Au milieu de la guerre, la MRC commença à fournir du personnel aux plus gros bâtiments de la MR en prévision de sa propre acquisition de croiseurs et de porte-avions. Cela comprenait les 80 membres de la MRC à bord du HMS Belfast à la bataille de North Cape, en décembre 1943 – lorsque le cuirassé allemand Scharnhorst fut coulé par le cuirassé HMS Duke of York et plusieurs croiseurs et contretorpilleurs.

Le porte-avions auxiliaire HMS Nabob fut l’un des premiers gros navires britanniques à avoir un équipage entièrement pourvu par la MRC. Construit aux États-Unis, il transportait des bombardiers-torpilleurs Grumman Avenger et des chasseurs Wildcat de l’escadron 825 de l’aéronavale de la Fleet Air Arm de la MR, que pilotaient des Néozélandais.

Bis 9

Succès: Ces aviateurs ont le sourire aux lèvres après l’attaque couronnée de succès qu’ils ont menée contre le Tirpitz. [IWM/Admiralty Official Collection/A22666]

La carrière opérationnelle du Nabob ne fit pas long feu. Le 1er aout 1944, il rejoignit la flotte territoriale et fut envoyé en patrouille au nord de la Norvège, escorté entre autres par les nouveaux contretorpilleurs NCSM Algonquin et NCSM Sioux. Sa première tâche était de miner les eaux côtières afin d’obliger les convois allemands à voguer en haute mer, où ils seraient des proies plus faciles.

Sa deuxième tâche, après avoir quitté Scapa Flow le 18 aout, était d’appuyer une attaque contre le bâtiment frère du Bismarck, le Tirpitz, qui mouillait à Altafjord, en Norvège. Pendant que les avions d’assaut des trois porte-avions britanniques attaquaient le Tirpitz, les Avenger du Nabob et d’autres du HMS Trumpeter minaient Altafjord pour le coincer.

Les opérations durent cesser le 21 aout à cause du mauvais temps, et elles furent presque entièrement interrompues de nouveau le lendemain. Les avions du Nabob ne pouvaient pas décoller et sa force opérationnelle se replia pendant quelques jours avant de reprendre l’assaut. À ce moment-là, une torpille à tête chercheuse acoustique du U-354 frappa le Nabob à la poupe. Les dommages furent graves, et le navire semblait perdu. La réparation des dégâts et le professionna-lisme de l’équipage suffirent heureusement à ramener le Nabob à Scapa Flow, où l’on décida que la réparation n’en valait pas la peine.

Un autre porte-avions à équipage canadien, le HMS Puncher, se joignit à la flotte territoriale au début de 1945, transportant les seules escadrilles de torpilleurs restantes. Il passa les dernières semaines de la guerre à surveiller l’Atlantique, au cas où les gros navires qui restaient à l’Allemagne s’y aventureraient.

La bataille de North Cape

Bis 8

Poursuite: La superstructure du HMS Belfast est recouverte de glace. Il y avait 80 Canadiens à son bord à Noël 1943. [Cmdr. Welby Everard/IWM/HU8795]


Il finit par succomber aux torpilles
lancées par les contretorpilleurs et
les croiseurs, dont le
Belfast.

La Marine royale canadienne s’était toujours imaginée affrontant ses ennemis dans de grandes batailles. Cette vision motivait son projet d’acquérir une flotte de puissants contretorpilleurs de la classe Tribal en 1939 et, en 1942, de croiseurs. Les Tribal étaient pratiquement des croiseurs légers : presque 2 000 tonnes, six canons de 4,7 pouces, quatre lance-torpilles de 21 pouces et une vitesse atteignant les 36 nœuds.

À la veille de Noël 1943, quatre Tribal de la MRC escortaient les convois au nord de la Norvège avec la flotte territoriale britannique. L’Athabaskan faisait partie de l’escorte de combat (par opposition à l’escorte anti-sous-marins) du convoi RA 55A, cap à l’Ouest près de l’ile Bear. Ils étaient couverts par la Force 1 : trois croiseurs britanniques, dont le HMS Belfast à bord duquel se trouvaient 80 Canadiens en formation pour les nouveaux croiseurs de la MRC. Plus à l’Ouest se trouvaient le croiseur et les quatre contretorpilleurs de la Force 2, couverts par le cuirassé HMS Duke of York, qui escortaient le convoi JW 55B en direction de Murmansk, et les NCSM Huron, Haida et Iroquois en escorte de combat. Entre les deux convois se trouvait Altafjord, où mouillaient le cuirassé rapide Scharnhorst et cinq contretorpilleurs de la classe Narvik.

Le Scharnhorst et les Narvik prirent la mer à la fin du jour de Noël, ce qu’apprit le renseignement britannique. Le RA 55A était la cible la plus proche, alors la Force 1 rassembla les contretorpilleurs de l’escorte de combat et s’en alla intercepter l’escadrille allemande. L’Athabaskan, renommé pour son endurance limitée, resta avec le convoi.

Le Scharnhorst était en réalité plus près du JW 55B lorsque le Belfast le détecta au radar. Les obus éclairants et le feu des canons de l’action qui suivit étaient clairement visibles par les Tribal canadiens qui gardaient le convoi. Lorsque le Belfast, dont les neuf canons de 6 pouces avaient une portée inférieure à celle des neuf canons de 11 pouces du Scharnhorst, essaya d’engager le combat, ce dernier fonça à 30 nœuds dans les eaux trop agitées pour le Belfast à cette vitesse-là.

Ce repli mit les Allemands en contact avec le croiseur HMS Norfolk de la Force 2, dont les obus de 8 pouces détruisirent le radar de conduite de tir du Scharnhorst. Pendant que le combat se déroulait au nord du JW 55B, une grande partie de l’escorte de combat fut appelée à appuyer les bâtiments lourds, de sorte qu’il ne restait plus que le Huron, le Haida, l’Iroquois et un contretorpilleur britannique pour lui offrir une couverture rapprochée. Ils se préparèrent au combat en surface alors que les éclairs des canons des croiseurs britanniques et du Scharnhorst illuminaient le ciel nocturne, mais il ne se concrétisa pas. En plus de la menace du cuirassé rapide, il y avait danger que les cinq Narvik essa-yant désespérément de retrouver le Scharnhorst tombent sur le JW 55B.

Les combats se terminèrent le 26 décembre, quand le Scharnhorst fut coincé entre la Force 1 et la Force 2, et que les Britanniques firent venir le Duke of York pour lui donner le coup de grâce. Le Belfast éclairait la scène, et les canons de 14 pouces du cuirassé – dirigés superbement par leur radar –, s’avérèrent trop puissants pour le Scharnhorst, qui ne fut bientôt plus qu’une épave en flammes. Il finit par succomber aux torpilles lancées par les contretorpilleurs et les croiseurs, dont le Belfast. Les Narviks réussirent à fuir pour poursuivre ailleurs le combat.

L’honneur de bataille de North Cape a été décerné à tous les Tribal canadiens. Le Haida est exposé à Hamilton, en Ontario, alors que le Belfast – à bord duquel 80 Canadiens avaient pris part au combat – est exposé à Londres, en Angleterre.

La botte d’aviateur

On y cachait des outils d’évasion et elle avait été conçue pour
se transformer en chaussure ordinaire.

Lorsqu’on demande à Erin Napier, conservatrice du Canadian Warplane Heritage Museum situé à Hamilton, en Ontario, quel est l’article de sa collection qu’elle préfère, elle nous montre une paire de bottes en cuir qui ont bien servi, et qui appartenaient à James Allward, mécanicien navigant de Lancaster pendant la Seconde Guerre mondiale.

ART 1

[Sharon Adams]

Ces bottes à tige haute sont idéales pour leur utilisation principale : tenir l’aviateur au chaud pendant qu’il menait à bien sa mission dans une Europe déchirée par la guerre. Mais elles ont une double personnalité.

« C’est un objet de tous les jours qui peut servir d’article d’évasion, nous explique-t-elle. Si un aviateur sautait en parachute ou survivait à un écrasement, il pouvait se servir d’un couteau caché dans la doublure en laine épaisse et couper la tige de cuir.

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Operation mincemeat: Dans un film fondé sur de faux plans placés sur un cadavre, qui ont réussi à faire croire aux nazis qu’une invasion des Alliés aurait lieu en Grèce plutôt qu’en Sicile.BKBM9K MAN WHO NEVER WAS, THE MWNW 001 POSTER

Il ne lui restait qu’une paire de souliers ordinaires » et non pas des chaussures qui le feraient remarquer. Il pouvait aussi se servir des parties supérieures pour faire un gilet. Les modèles ultérieurs avaient des talons creux où l’on cachait des objets, leurs lacets servaient de scie de Gigli, et leur bout magnétique, de boussole.

La botte est une invention du major Christopher Clayton Hutton (surnommé Clutty). Le ministère de la Guerre britannique l’employait en tant que « théoricien des subterfuges » dans la section 9 de la direction du renseignement militaire (MI9). MI9 créait des articles pouvant servir aux aviateurs abattus et aux prisonniers de guerre à s’évader et à éviter d’être capturés en territoire ennemi. À la fin de la guerre, les aviateurs britanniques avaient une trousse d’évasion de la taille d’un paquet de cigarettes, qu’avait conçue Hutton, et qui contenait de la nourriture, de l’argent, des lames de rasoir, des tablettes de purification d’eau et une gourde.

ART 3B

Les cartes en soie ne se froissaient pas, on pouvait les compresser dans de petits espaces et s’en servir sans faire de bruit.

Dans les colis de bonnes œuvres fictives livrés aux prisonniers de guerre, il y avait des cadeaux à la Hutton : carte imprimée sur de la soie et déguisée en mouchoir ou cachée dans une pièce de jeu d’échecs, un plateau de jeu ou un disque de phonographe, porte-cigarette télescope, boussole miniature cachée dans un stylo, un crayon ou un bouton, uniforme de rechange aisément transforma-ble en habit civil et où des cartes étaient imprimées à l’encre invisi-ble. Toutes les duperies, exceptée une, ont fini par être découvertes, l’exception étant un plateau de jeu de Monopoly marqué spécialement et où était cachée une trousse d’évasion comprenant des outils, des cartes locales et de l’argent.

ART 2

Le cahier de Charles Fraser-Smith contient le nom de plus de 300 sociétés qui fabriquaient des objets de tous les jours où l’on pouvait dissimuler des cartes et des outils d’évasion.

On estime qu’environ la moitié des 30 000 soldats britanniques ou alliés qui ont réussi à s’enfuir des territoires ennemis avaient profité d’un matériel d’évasion de MI9.

« En 1943, les responsables des armées de l’air alliées croyaient que si un aviateur sautait en parachute en territoire occupé, il avait une chance sur deux de rentrer chez lui », écrit l’historien militaire et major-général américain David Zabecki. Il y a eu 200 000 tentatives d’évasion, et bien que la plupart aient échoué, d’importantes ressources ennemies étaient utilisées pour donner la chasse aux évadés, le moral des gens en Europe occupée remontait quand ils aidaient les évadés et les aviateurs reprenaient confiance lors du retour fort célébré de leurs camarades.

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Boussole dans un bouton: Des boussoles miniatures étaient cachées dans des boutons d’uniforme. Pour éviter d’être découverts, ces boutons se dévissaient à l’envers.

Éviter d’être découvert était aussi important pour les espions qui avaient leurs propres concepteurs, dont Charles Fraser Smith, qui inventait des « gadgets Q » pour le Special Operations Executive et qui est considéré par beaucoup comme étant à l’origine de Q, intendant dans les films de James Bond. Les trucs malins de Smith comprennent le briquet cachant un appareil photo miniature, le blaireau de rasage contenant du film et la pipe doublée d’amiante servant au transport de documents secrets.
Il est renommé aussi pour avoir pris part à une opération où un cadavre portant de faux papiers a été largué au large de l’Espagne pour fourvoyer les nazis sur l’inva-sion de l’Italie. Le stratagème a été immortalisé dans le livre et le film The Man Who Never Was et la série récente de la BBC « Fleming : The Man Who Would Be Bond ».

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Les plateaux du jeu de Monopoly envoyés aux prisonniers de guerre étaient plus épais que les autres. Des points sur la surface de jeu indiquaient aux prisonniers où se trouvaient les cartes, les outils d’évasion et l’argent local dissimulés dans le plateau.