2015 : l’année en résumé Restructuration et changement : préparer l’avenir

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Le cortège vice-royal observe un silence de deux minutes pendant la cérémonie du jour du Souvenir de 2015 au Monument commémoratif de guerre du Canada. [Metropolis Stuido]

La Légion continue de faire de grands progrès en matière d’aide aux anciens combattants et à leur famille. Qu’il s’agisse de célébrer le 90e anniversaire de la Légion ou d’adopter systématiquement des pratiques commerciales en ligne, ou encore d’améliorer les services aux anciens combattants, la Légion démontre que ses membres aspirent à ce qu’elle prospère pendant de nombreuses générations à venir.

Bureau des services

Le comité consultatif de la LRC sur les anciens combattants sans abri s’est réuni en septembre. Il a pour but de s’occuper de l’itinérance des anciens combattants au moyen d’échange de connaissances, de partage de pratiques exemplaires et de collaboration concernant les problèmes principaux. Une lettre d’entente avec VETS Canada a été signée en avril afin de coordonner l’aide aux anciens combattants sans abri du Canada.

Le Conseil exécutif national (CEN) a décidé de financer une troisième bourse de maitrise en recherche sur la santé des anciens combattants en 2016-2017. Celle
de 2015, qui s’élevait à 30 000 $, a été versée à l’ancienne réserviste
Ashleigh Forysth de Kingston (Ont.). Le comité a aussi sanctionné la continuation de notre appui au forum de l’ICFSMV entre 2016 et 2018.

En 2015, les bénévoles de la Légion ont rendu visite à presque 6 000 anciens combattants logés dans des établissements de soins de longue durée, dans le cadre du Projet de sensibilisation et de visite des établissements de soins de longue durée (SVÉ). Deux cours sur la SVÉ servant à former des bénévoles ont été donnés à la Maison de la Légion pendant l’année passée. Le contrat portant sur la SVÉ a été prolongé jusqu’au 31 mars 2016. 

Anciens combattants Canada a accepté de parrainer et financer l’élaboration d’une norme nationale relative aux chiens d’assistance avec l’Office des normes générales du Canada. La nouvelle étude pilote du Centre interdisciplinaire de recherche en réadaptation et intégration sociale (CIRRIS) et de l’Université Laval est en cours, qui sert à évaluer l’utilisation de chiens d’assistance psychiatrique en tant que moyen de soigner le trouble de stress posttraumatique (TSPT) de manière sécuritaire et efficace. Le CIRRIS est en train de recruter des anciens combattants canadiens atteints du TSPT qui n’ont pas de chien d’assistance et qui sont disposés à en acquérir un auprès d’une école de dressage participante.

Les officiers d’entraide de la Direction nationale s’occupent d’un nombre toujours grandissant de demandes et d’appels. En plus de sa lourde charge de travail, le Bureau des services de la Direction nationale est venu en aide aux directions de l’Île-du-Prince-Édouard, du Nouveau-Brunswick, de la Nouvelle-Écosse-Nunavut et de la Saskatchewan lors de changements dans leur personnel d’entraide.

La défense et la sécurité

Le Comité de la défense a maintenu une présence solide dans le monde de la défense grâce à sa participation à la Conférence des associations de la défense et à ses liens étroits avec les principaux chefs du ministère de la Défense nationale.

Le jour de la fête du Canada, la Direction nationale a offert un sac cadeau au « gout de chez nous » aux membres des Forces canadiennes en mission. Des colis pleins de produits à base d’érable ont aussi été distribués dans le cadre de l’opération Père Noël. À en croire la réaction de gens qui les ont reçus, ces colis ont été très appréciés.

L’adhésion

La Section de l’adhésion a été restructurée en 2015, la fonction de marketing étant retirée de son processus administratif.

La section, réorganisée, est maintenant en attente de l’installation d’un logiciel évolué qui servira à améliorer l’efficacité du traitement des adhésions en 2016. Grâce à un meilleur contrôle et à une efficacité accrue, on pourra se concentrer davantage sur le recrutement, le renouvèlement et la rétention.

La campagne d’adhésion Un à un lancée l’an dernier a permis à notre organisation de recruter 500 personnes.

Le marketing

Une nouvelle équipe de marketing a été créée en septembre 2015, après la restructuration du personnel de la Direction nationale. Une campagne utilisant les médias sociaux, les moteurs de recherche et le courriel a été lancée le 30 octobre. Elle a donné d’excellents résultats : une augmentation sensible du nombre d’adhérents en ligne et des ventes de la boutique du coquelicot. L’agence ottavienne Banfield a été embauchée. L’expertise de Banfield, choisie au moyen d’une DP, aidera le service de l’approvisionnement à atteindre ses objectifs en 2016 ou même à les surpasser.

L’approvisionnement

Les ventes de la boutique réservée aux membres se sont accrues de 69 % par rapport à celles de 2014, tandis que la boutique du coquelicot, ouverte au public, a réussi à augmenter ses ventes de 61 %. Des produits de commémoration de la Légion sont toujours dans les magasins CANEX des Forces armées canadiennes, dans les musées et d’autres points de vente. Le volume de ventes de ce canal de distribution s’est accru de 29 %. En général, les ventes ont augmenté de 33 % et le service de l’approvisionnement a expédié plus de 40 000 commandes en 2015.

L’approche communautaire et la communication

Chaque année, la Direction nationale organise 166 évènements de relations communautaires pendant 262 jours ouvrables. En outre, plus de 60 communiqués de presse et lettres aux rédacteurs ont été distribués au grand public, et la Direction nationale a accordé plus de 175 entrevues aux médias. 

En tout, quelque 11 500 articles publiés par diverses antennes médiatiques concernaient la Légion en 2015, et il y a eu environ 11 000 messages concernant la Légion sur Facebook, sur Twitter et sur des blogues. 

Le coquelicot et le souvenir

La campagne annuelle du coquelicot demeure le projet le plus important de la Légion, dans le cadre de laquelle plus de 21 millions de coquelicots et articles connexes ont été distribués en 2015. Bien que nous attendions encore les derniers rapports financiers de 2015, nous savons déjà que les fonds collectés en 2014, et qui sont allés aux anciens combattants dans le besoin, s’élèvent à environ 16,5 millions de dollars.

Le point culminant de la campagne du coquelicot est le jour du Souvenir, lors duquel des cérémonies sont organisées dans tout le pays. Selon le service de police d’Ottawa, plus de 35 000 personnes ont assisté à la cérémonie du jour du Souvenir au Monument commémoratif de guerre du Canada.

Parmi les dignitaires qui assistaient à la cérémonie se trouvait la mère de la Croix du Souvenir (d’Argent) nationale de 2015-2016, Sheila Anderson de Yellowknife (T. N.-O.). Son fils, le caporal Jordan Anderson, a trouvé la mort en même temps que cinq autres soldats canadiens et un interprète afghan, le 4 juillet 2007, lorsque leur véhicule blindé a roulé sur un engin explosif à quelque 20 kilomètres au sud-ouest de Kandahar. L’Acte du souvenir a été lu en anglais par le président national, M. Tom Eagles, en français par le grand président, M. Larry Murray, et en algonquin par M. Aurel Dubé.

Les cadets exceptionnels de l’année

Chaque année, en novembre, les récipiendaires de la récompense du Cadet exceptionnel de l’année de la Légion, sont invités à Ottawa par la Légion. Le voyage comprenait une visite privée du Parlement (y compris la Chapelle du Souvenir) et du Musée canadien de la guerre, un diner à la Résidence du gouverneur général où ils ont été reçus par le gouverneur général et le chef d’état-major de la défense, et l’occasion de porter des couronnes au sein du cortège vice-royal à la cérémonie nationale du jour du Souvenir. Les cadets exceptionnels de 2015 étaient le premier maitre de 1re classe James Robinson d’Eastern Passage (N.-É.), cadet de la marine, l’adjudant-maitre Lucas Emery de New Maryland (N.-B.), cadet de l’armée et le sous-officier breveté de 1re classe Harrison Latham de Mount Pearl (T.-N.-L.), cadet de l’Air.

L’éducation des jeunes

Les concours littéraires et d’affiches sont bien appuyés par les filiales et les divisions, et plus de 100 000 élèves de tous les coins du Canada s’y inscrivent chaque année. Les gagnants séniors des quatre catégories sont allés à Ottawa où ils ont participé à la cérémonie nationale du jour du Souvenir de 2015 et déposé une couronne de la part de la jeunesse canadienne. Il s’agissait d’Inés Carolina Fiedler de Windsor, en Ontario (poésie); de Victoria Fisher de Minnedosa, au Manitoba (composition), de Natasha Jones de North Vancouver, en Colombie-Britannique (affiche couleurs) et de Sideqa Haqani d’Ottawa (affiche noir et blanc).

Les championnats nationaux d’athlétisme

Les championnats nationaux d’athlétisme de la Légion pour jeunes ont eu lieu du 5 au 11 aout 2015 au stade d’athlétisme Richard-Garneau, à Sainte-Thérèse, au Québec. Des 10 divisions étaient venus 328 athlètes parrainés par la Légion, 36 chaperons et 28 entraineurs. Il y avait aussi 602 athlètes dans la catégorie ouverte et 130 entraineurs.    

Le programme pour les athlètes de la Légion comprenait un atelier, des séances d’entrainement, des activités sociales et les compétitions. Le thème du souvenir de 2015 était le 70e anniversaire de la libération des Pays-Bas et de la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Le lieutenant-gouverneur du Québec, M. Pierre Duchesne, a assisté à la cérémonie d’ouverture en tant que conférencier. Il y avait aussi l’attaché militaire du Royaume des Pays-Bas, le lieutenant-colonel Christa Oppers-Beumer, Mme Sylvie Surprenant, mairesse de Sainte-Thérèse, M. Richard Perreaut, le maire de Blainville, l’honorable Charmaine Borg, députée fédérale, et Mario Laframboise, député provincial.

Concours sportifs des membres

Les championnats de curling ont été organisés en mars par la filiale Birch Hills (Sask.). L’équipe gagnante était celle de la filiale Chilliwak de la Colombie-Britannique.

Aux championnats de cribbage, organisés en avril par la filiale Spruce Grove (Alb.), la compétition des simples a été remportée par la filiale Fairview d’Halifax.

Les championnats de fléchettes ont été organisés à la filiale Cloverdale de Surrey (C. B.), au mois de mai. L’équipe gagnante est celle de la filiale Portugal Cove de Portugal Cove (T.-N.-L.).

Les championnats du jeu de la huit de la Légion ont été organisés, en mars, à la filiale Calgary. Le titre des équipes a été décroché par celle des filiales albertaines Bowness (Calgary) et Robertson Memorial (Medecine Hat).

Suivant une recommandation du Comité national des sports, le CEN a suspendu les championnats nationaux du jeu de la huit et du curling pour 2016 parce qu’ils n’étaient plus d’envergure nationale.

La Ligue royale des anciens combattants du Commonwealth

Il y avait 103 anciens combattants et 108 veuves d’ancien combattant aux Antilles qui recevaient une aide de la Légion royale canadienne en 2015. Les programmes de la Légion sont axés sur l’assistance individuelle, et en tout, 167 231 $ ont été distribués. Les visites en 2015 ont été faites en Dominique, aux Bahamas et à Antigua. La LRC prévoit aller aux Antilles tous les deux ans, dans des pays différents chaque fois. Aucune visite n’est prévue en 2016.

Le Comité du Rituel et des Récompenses

En tout, 108 demandes ont été examinées par le Comité du Rituel et des Récompenses. Lors de sa réunion de février 2015, le CEN a autorisé le port d’une épinglette de la Tombe du Soldat inconnu, au revers de l’uniforme de la Légion, entre le 1er novembre 2015 et le 30 novembre 2016.

Le Comité de la Constitution et des Lois

Le Comité de la Constitution et des Lois a continué de donner des conseils aux membres de l’organisation sur les questions constitutionnelles soulevées par l’interprétation de la loi constitutive et des statuts généraux. Le comité a aussi exami-né et adopté des modifications aux statuts généraux de la plupart des directions divisionnaires. Parmi les réalisations remarquables, il y a eu l’éclaircissement des pouvoirs des zones internationales selon les statuts généraux et l’officialisation de leur statut juridique en ce qui a trait à la Loi d’incorporation.

Le Comité du congrès national

Le comité a examiné les actes de procédure du congrès national et réussi à réduire la durée de ce dernier d’une journée. Il a aussi modifié le calendrier des congrès nationaux à venir. Ils auront lieu à la fin du mois d’aout à partir de 2018. Les préparatifs du congrès national de St. John’s (T.-N.-L.), qui aura lieu du 11 au 15 juin, vont bon train. Le thème en sera « Se pencher sur le passé pour voir l’avenir ».

Le Comité du développement du leadership

Ce comité a mis la dernière main à l’agencement du contenu du site Web et élaboré la chronologie des ordinogrammes des leçons : un pour les nouveaux membres et un pour les autres. Les modules de formation seront disponibles en 2016.

Conclusion

Ces réalisations menées à bien au nom des anciens combattants, en plus de l’accord global de la Légion concernant les affaires en ligne, confirment son engagement en tant qu’organisation axée sur les services. En 2015, la Légion s’est appuyée sur son expérien-ce de 90 ans pour se forger un avenir encore plus radieux.

La guerre dont on parle peu

Comment la guerre du Golfe a changé les Forces armées canadiennes

PW

Tour de guet Des soldats font le guet dans le tableau de Ted Zuber de 1991, Long Day at Doha.

On n’a pas l’impression qu’un quart de siècle ait passé depuis la guerre du Golfe de 1990-1991. Quand j’ai rejoint le Collège militaire royal en tant qu’élève officier en 1975, c’était 25 ans après le début de la guerre de Corée, sans parler de la Deuxième Guerre mondiale qui s’était terminée à peine cinq ans plus tôt, et ces conflits me semblaient de l’histoire ancienne.

Il y avait probablement tout autant de respect dans mes yeux quand je regardais les anciens combattants que j’en vois dans les yeux des jeunes marins et élèves aujourd’hui quand je leur parle de l’opération Friction, comme nous appelions la contribution canadienne à la coalition sous l’opération Bouclier du désert et l’opération Tempête du désert menées par les Américains.

À vrai dire, on ne parle pas souvent de la guerre du Golfe ces temps-ci. Par rapport aux guerres, à la manière dont on les quantifie, elle parait à peine mériter ce nom : aucun des 4 500 marins, aviateurs et soldats canadiens qui y ont pris part n’a été tué ni blessé gravement, et on ne peut pas prétendre que le Canada ait fait beaucoup de tort aux forces irakiennes. La coalition, cependant, a causé de graves dégâts à l’armée irakienne : entre 20 000 et 35 000 morts, 75 000 blessés et 300 000 déserteurs ou prisonniers.

Les vétérans canadiens de la guerre du Golfe sont rarement mentionnés lors des commémorations du jour du Souvenir, et il n’y a pas d’inscription « Guerre du golfe Persique 1990-1991 » sur le Monument commémoratif de guerre du Canada. Pourtant, c’était un point culminant de l’histoire des Forces canadiennes, qui mérite bien plus d’attention que celle qu’on y porte, car il s’agit non seulement de la fin de la guerre froide, mais d’un changement important dans la manière dont les Forces canadiennes mènent leurs opérations. Presque tout ce que nous faisons maintenant remonte à l’opération Friction.

Notre unité allait être la première
des Forces canadiennes à avoir
des femmes au combat.

Rien de tout cela n’était évident à mes yeux le matin du jour de l’an 1991, quand je me rendais à l’aéroport international d’Halifax, mais je savais que ce que je faisais était bien loin de l’expérience dans la marine que j’avais eue jusqu’alors.

J’étais l’officier de combat du navire de ravitaillement NCSM Preserver et j’allais rejoindre le reste de son équipage de 250 personnes pour embarquer dans un Boeing 747 nolisé jusqu’à Dubaï, dans le golfe Persique. Nous allions effectuer une première pour la Marine canadienne : un changement d’équipage en théâtre d’opérations, à bord du navire identique NCSM Protecteur, dans un port très éloigné des eaux du nord de l’Atlantique et du Pacifique qui étaient nos endroits de prédilection d’aussi loin qu’on se souvienne. Et nous étions relativement certains que nous allions à la guerre, la vraie, pas à un cycle d’exercices prévisibles de l’OTAN. Comment en était-on arrivé là?

View of HMCS Protecteur and HMC Mercy at sea.

En mer Le NCSM Protecteur s’approche pour alimenter en carburant le navire hôpital Mercy au golfe Persique, en janvier 1991.

Quand Saddam Hussein a envahi le Koweït pendant la nuit du 1er au 2 aout 1990, le président américain George H.W. Bush a immédiatement formé une coalition pour appuyer les Nations Unies qui exigeaient le retrait des Irakiens. Au Canada, on supposait que les Forces canadiennes finiraient par contribuer à la mission de maintien de la paix qui suivrait, mais le premier ministre Brian Mulroney suivit le conseil du vice-amiral Charles Thomas, vice-chef d’état-major de la défense (et chef d’état-major de la défense intérimaire), d’envoyer un groupe opérationnel naval pour faire respecter l’embargo de l’ONU sur l’Iraq.

C’était un geste audacieux, car on considérait la marine comme étant « rouillée », en attendant les nouvelles frégates de classe Halifax qui étaient alors en construction et le Projet de modernisation des navires de classe Tribal qui lui donnerait les nouveaux contretorpilleurs de classe Iroquois. Un grand nombre des systèmes d’armes et de communication étaient déjà entre les mains de la marine, et ils pouvaient être installés sur les vieux navires au chantier d’Halifax.

Le 24 aout, après deux semaines d’activités frénétiques, le groupe opérationnel naval formé des contretorpilleurs Athabaskan et Terra Nova et du navire de soutien Protecteur prenait le large sous le commandement du commodore Kenneth Summers.

Summers proposa une démarche encore plus audacieuse. En étudiant les régions d’opération éventuelles et leurs conditions, il conclut que la contribution des navires la plus efficace aurait lieu non pas dans la région arrière relativement sécuritaire de la mer d’Arabie, mais bien plus en avant, au milieu du golfe Persique. Cela dépen-drait de la supériorité aérienne de la coalition, alors le gouvernement envoya aussi ce qui allait devenir une escadre de 24 avions CF-18 basés à Doha, au Qatar.

A 4515689

Dans les airs Un chasseur à réaction est ravitaillé en l’air. [A 4515689]

C’était un rôle normal pour les Hornet basés à la BFC Baden, à Soellingen, en Allemagne, mais ce qui était très différent, c’est qu’ils voleraient avec la marine des É. U. plutôt qu’avec leur armée de l’air, et cela nécessiterait un important changement de la doctrine et de l’équipement de communication. Les « Desert Cats (chats du désert, NDT) » se sont bien adaptés aux nouvelles conditions, et le 14 octobre, ils ont effectué leur première patrouille aérienne au-dessus du centre-nord du golfe Persique.

C’était la première fois de l’histoire que les forces navales et aériennes canadiennes s’appuyaient directement dans un environnement tactique rapproché. Pour répondre aux exigences logistiques croissantes, et comme aucune date de fin de l’opération n’était fixée, on décida qu’il fallait un commandement unifié pour coordonner la supervision. Le commodore Summers reçut l’ordre d’aller à terre installer le Quartier général des Forces canadiennes au Moyen-Orient. Le QG FORCANME, qui ouvrit à Manamah, au Bahrain, le 6 novembre 1990 était le prototype de ce qu’on appelle depuis lors le quartier général interarmées des FC.

Durant les deux prochains mois, ces forces navales et aériennes canadiennes ont contribué de manière importante à l’embargo de plus en plus serré sur l’Iraq, pendant que les armées de la coalition grandissaient en Arabie saoudite du nord, indiquant l’intention ferme d’obliger Saddam Hussein à quitter le Koweït. Le 30 novembre, le Conseil de sécurité de l’ONU a voté la résolution 678 autorisant « tous les moyens nécessaires » pour effectuer le retrait iraqien au plus tard le 15 janvier 1991.

ISC91-4148-16 January 1991 Manama, Bahrain OP FRICTION Commodore Summers announces start of war.

Briefing à minuit Le commodore Kennet Summers avise l’état-major que la campagne a commencé le 17 janvier 1991. [ISC91-4148-16]

C’est dans ces circonstances que nous sommes arrivés à Dubaï, le 2 janvier. L’équipe de commandement était consciente de deux facteurs. D’abord, comme des femmes formaient presque un quart de l’équipage du navire, notre unité allait être la première des Forces canadiennes à avoir des femmes au combat (elles étaient membres régulières de l’équipage depuis quelques années). Ensuite, nous n’étions pas un groupe très uni, car lorsque le Preserver avait été remis en état le printemps précédent, la plupart des membres d’équipage avaient été postés ailleurs (bon nombre d’entre eux à bord du Protecteur), ce qui signifiait qu’une grande partie de ceux qui étaient alors à bord provenait du détachement aérien et du groupe professionnel militaire commun (des emplois concernant la logistique, la médecine, la justice et la police militaire qui ne sont pas liés de près ni à l’armée, ni à la marine, ni à l’aviation); pas moins de la moitié de l’équipage se composait de « nouveaux » et presque un quart n’avaient jamais pris la mer.

Nous nous sommes occupés de la prise de possession du Protecteur, de l’inventaire, de la signature des comptes de distribution (une préoccupation significative à bord d’un navire ravitailleur), de la formation, en prenant des pauses de temps en temps sous le soleil brulant de la ville cosmopolite. Partout autour de nous, CNN, réseau de nouvelles lancé peu de temps auparavant, diffusait le compte à rebours jusqu’au 15 janvier.

Lorsque la guerre aérienne a commencé, le 17 janvier, nous étions dans la mer d’Arabie et prêts sur le plan opérationnel. On nous rappela immédiatement au golfe, et en chemin, nous avons ravitaillé en carburant plusieurs escortes du dernier des six groupes aéronavals qui se concentraient là-bas.

L’embargo sur l’Iraq était alors superflu, et pendant les six semaines qui ont suivi, le groupe opérationnel naval s’est occupé de la protection et de l’organisation des forces de réapprovisionnement, un défi organisationnel difficile à relever. En même temps, la supériorité aérienne de la coalition assurée, les Desert Cats avaient assumé des rôles plus offensifs; d’abord d’« exploration et escorte », puis le 24 février, premier jour de la bataille terrestre, des missions de bombardement en Iraq.

A CF-18 taxis into line after completion of a combat air patrol.

Cent heures plus tard, la phase des combats était terminée : l’armée irakienne brisée avait été repoussée du Koweït (après avoir incendié les champs pétroliers) et la coalition s’était avancée jusqu’à moins de 240 kilomètres de Bagdad avant de déclarer un cessez-le-feu et de retourner au Koweït.

Un aspect inhabituel de la guerre du Golfe était que notre force terrestre n’y était pas un facteur important, surtout à cause de sa préoccupation concernant la crise d’Oka à l’été et à l’automne de 1990. Notre seul élément terrestre dans l’invasion était le 1er Hôpital de campagne du Canada, provenant de la BFC Petawawa, qui avait été rattaché à la 1re Division du Royaume-Uni.

Le seul échange de coups de feu entre les forces canadiennes et irakiennes avait eu lieu pendant la nuit du 30 au 31 janvier, lorsque deux CF-18 avaient fait subir des dommages irréparables à une vedette rapide qui essayait de passer en Iran.

Pour finir, tout récit de la manière dont la guerre du Golfe a transformé le point de vue des Forces canadiennes serait incomplet si l’on ne faisait pas mention du syndrome de la guerre du Golfe. Bien que les causes physiques (dont l’exposition à l’uranium appauvri, les vaccins et la fumée des puits de pétrole en feu) n’aient toujours pas toutes été déterminées, il est indiscutable qu’un grand nombre de vétérans de la guerre du Golfe ont cette maladie chronique, conséquence des plus regrettables qu’on n’avait pas vue au Canada depuis la Seconde Guerre mondiale : un éventail de symptômes que l’on regroupe aujourd’hui sous le nom de trouble de stress posttraumatique.

La reconnaissance de la valeur fondamentale d’une bonne formation et d’un bon équipement pour les forces de combat est peut-être le changement le plus important apporté aux Forces canadiennes par l’opération Friction. Le groupe opérationnel naval et l’escadre de chasseurs ont été déployés très rapidement et envoyés essentiellement « tels quels », et ils se sont adaptés très vite à des rôles et à une doctrine extérieurs à leurs concepts opérationnels établis. Je suis fier d’avoir pris part à l’action.

Le lieutenant-colonel Arthur Hadow a-t-il eu tort d’ordonner au Newfoundland Regiment de se lancer à l’attaque à partir des tranchées de réserve à Beaumont-Hamel?

Terry Copp dit que NON

Les historiens déterminent souvent avec du recul quelles questions méritent d’être posées. Vu que nous connaissons les résultats tragiques des ordres du lieutenant-colonel Arthur Hadow, nous voulons bien sûr savoir pourquoi il a envoyé le Newfoundland Regiment à l’attaque le 1er juillet 1916. Le recul ne nous aidera pas à répondre à cette question. Il nous faut plutôt apprendre ce que Hadow savait quand il a pris la décision, et ce qu’il aurait pu raisonnablement en déduire.

Hadow, officier de l’armée régulière britannique, avait été nommé au commandement du Newfoundland Regiment pendant la dernière phase de la campagne à Gallipoli. Son attitude autoritaire, masquant l’insécurité d’un officier d’état-major à qui l’on avait demandé de commander un bataillon d’infanterie, ne lui valut pas beaucoup d’amis, mais au fil du temps, il apprit à devenir le leader de ses troupes autant que leur commandant.

Quand le lieutenant-général Aylmer Hunter-Weston, commandant du VIII Corps, reçut ses ordres – capturer les deux premières positions allemandes le premier jour –, il dit au général Henry Rawlinson, commandant de la Quatrième armée, que « tout le monde [s’opposait] fortement à une ruée sauvage vers un objectif distant de près de quatre kilomètres ». Il l’avertit qu’on risquait de « perdre la substance en essayant d’attraper son ombre ». Rawlinson était d’accord. Il avait proposé un plan « mordre et tenir bon », c’est-à-dire la prise de la première position de l’ennemi, puis une pause avant de s’avancer à nouveau. Le commandant en chef, sir Douglas Haig, rejeta ce plan comme étant « trop prudent ». Il voulait une percée, pas une bataille d’usure.

Hunter-Weston obéit aux ordres, ordonnant à la 29e Division d’avancer des bataillons des 86e et 87e brigades jusqu’aux lignes allemandes à 7 h 30 (heure zéro), et de les avancer selon un certain horaire. La 88e Brigade, dont le Newfoundland Regiment faisait partie, devait prendre le départ une heure après pour attaquer la deuxième position allemande éloignée de 3 000 mètres.

Hadow était prêt à obéir aux ordres,
mais il les mit en doute.

L’explosion de la mine sous la crête Hawthorn à 7 h 20 avertit l’ennemi et lui donna le temps d’arriver au bord du cratère avant les Britanniques. L’avancée a ralenti quand les soldats ont découvert qu’il n’y avait pas suffisamment de brèches dans les barbelés des Allemands. Ensuite, le barrage minuté s’est déplacé, alors les hommes ont été exposés à un feu incessant.

Les Terre-Neuviens et leur bataillon partenaire, l’Essex Regiment, attendaient dans les tranchées de réserve. Ils entendaient la bataille, mais aucun renseignement ne leur parvenait. À 8 h 20, Hadow reçut l’ordre d’« avancer et occuper le premier système de tranchées », un objectif tout à fait autre que celui auquel il s’était préparé. Hadow était soldat professionnel. Il était prêt à obéir aux ordres, mais il les mit en doute. « Est-ce que la première ligne de l’ennemi a été capturée? » demanda-t-il.

Le brigadier-général Douglas E. Cayley, commandant de la 88e Brigade, n’en savait guère plus que Hadow. Il croyait que les brigades de devant se battaient dans les tranchées ennemies et qu’elles avaient besoin d’aide. Cayley dit à Hadow que « la situation [n’était] pas claire », alors le Newfoundland Regiment devrait attaquer « aussi vite que possible » indépendamment de l’Essex Regiment. Hadow ne pouvait rien faire d’autre. Il donna des instructions à ses commandants de compagnie et à 9 h 15 commença l’avancée en enfer.

Tout fut joué en moins d’une heure. À Beaumont-Hamel, comme en d’autres endroits le premier jour de la bataille de la Somme, la responsabilité échoyait à un homme : Haig. Son plan d’attaque, limiter l’artillerie pouvant servir à attaquer la première position afin que la deuxième position puisse être frappée, signifiait réellement « perdre la substance en essayant d’attraper son ombre ».

Frank Gogos dit que OUI

Lorsque le lieutenant- colonel Arthur Hadow a ordonné aux hommes du Newfoundland Regiment de sortir de leurs tranchées près de Beaumont-Hamel, le 1er juillet 1916, il a déchainé une controverse qui sévit encore. Ses opposants le voient souvent comme officier britannique qui ne se préoccupait guère de la sécurité de ses hommes. Ils jettent une grande partie du blâme concernant les victimes terre-neuviennes sur lui et le système britannique qui l’avait formé.

Hadow ne devrait pas être blâmé pour le carnage qui a eu lieu près de la Somme le 1er juillet. La faute incombe à ses supérieurs. Mais est-ce que sa décision de s’avancer à partir des tranchées de réserve a donné lieu à un plus grand nombre de victimes au sein du Newfoundland Regiment?

Quand les commandants de la 88e Brigade ont donné l’ordre d’attaquer à 8 h 45, Hadow a demandé s’il devait attaquer indépendamment du 1er Bataillon de l’Essex Regiment, et on lui a simplement répondu que oui. Le même ordre avait été donné en même temps à l’Essex. La 88e Brigade avait ordonné aux deux bataillons d’attaquer lorsqu’ils seraient prêts. Le commandant de l’Essex a décidé de passer par les tranchées de réserve et de communication pour prendre position à la première ligne, ce qui prit deux heures.

Hadow savait que ses hommes ne pourraient pas se rendre au front sans prendre un retard considérable. Il fallut 30 minutes à Hadow pour faire part des nouveaux objectifs à ses commandants de compagnie et lancer l’assaut à 9 h 15.

Est-ce que Hadow obéissait à des ordres stricts de lancer l’assaut à partir des tranchées de réserve? Ou aurait-il pu faire comme l’Essex et traverser le carnage par les tranchées de communication et se placer à la ligne de feu avant de lancer l’assaut?

Il est un fait qu’il n’y a pas eu d’ordre d’avancer à partir des tranchées de réserve. C’est lui qui a interprété ainsi l’ordre de passer à l’attaque.

Et est-ce que sa décision a mené à un plus grand nombre de pertes?

Il est moins facile de répondre à cette question. Le retard qu’auraient pris les Terre-Neuviens pour se rendre à la première ligne aurait peut-être réduit le nombre de victimes.

La décision de Hadow de partir
des lignes de réserve ne
semble guère sensée.

Au premier abord, le fait que les pertes de l’Essex ont été moins nombreuses que celles du Newfoundland est dû au retard de l’Essex. Et quand l’Essex est passé à l’attaque, il n’est pas allé loin avant que l’ordre lui soit donné de cesser l’attaque. Personne d’autre ne s’est avancé en même temps que les Terres-Neuviens ni après eux. Mais si le Newfoundland et l’Essex avaient attaqué côte à côte, peut-être que les deux bataillons auraient subi le même nombre de pertes. La seule différence, c’est que nous ne serions pas en train de débattre de la décision de Hadow.

Si le Newfoundland Regiment n’avait pas lancé l’assaut quand il l’a fait, le brigadier-général Cayley n’aurait pas eu besoin de révoquer
l’ordre relatif à une deuxième attaque quand Hadow a exprimé ses préoccupations à un officier de l’état-major de la 29e Division.

La seule raison fournie par Hadow pour expliquer sa décision d’attaquer à partir des tranchées de réserve, c’est que les morts et les blessés bouchaient les tranchées. À la suite de sa décision, beaucoup d’hommes sont tombés avant même d’atteindre leur ligne de feu. En fin de compte, cela a réduit le nombre de victimes de l’Essex.

Bien que la décision de Hadow de partir des lignes de réserve ne semble guère sensée, les vrais coupables des mauvaises décisions prises dans ce secteur, ce sont les commandants de la brigade et de la division, car il y avait d’importants problèmes de communication qui ont été sources de confusion pour Hadow, et des retards concernant l’annulation d’une attaque subséquente avant qu’une partie de l’Essex ait lancé son attaque.


Terry Copp, collaborateur fréquent de la Revue Légion, est directeur émérite du Laurier Centre for Military and Strategic Disarmament Studies de l’Université Wilfrid Laurier. Il est l’auteur de nombreux livres et articles sur le rôle du Canada aux deux guerres mondiales.

Frank Gogos est membre du comité des collections historiques du Conseil consultatif du Royal Newfoundland Regiment. Il est l’auteur de The Royal Newfoundland Regiment in the Great War: A Guide to the Battlefields and Memorials of France, Belgium, and Gallipoli.

La Bataille pour la Nouvelle-France

La France a cuirassé l’Amérique du Nord pendant la guerre de Sept Ans, notamment la Nouvelle-France. La plus puissante de ses défenses était la forteresse de Louisbourg, à l’embouchure du Saint-Laurent. En 1756, Louis-Joseph de Montcalm a été nommé commandant des troupes françaises en Amérique du Nord, sous les ordres de Pierre de Rigaud de Vaudreuil, gouverneur général de la Nouvelle-France. Montcalm a aussitôt mené des attaques réussies contre les Britanniques au fort William Henry et au fort Carillion.

En 1758, les Britanniques avaient pris Louisbourg, le fort Frontenac et le fort Duquesne. La Grande-Bretagne nomma le général Jeffery Amherst à la tête de l’armée allant à Montréal, et James Wolfe à la tête de celle qui irait à Québec.

En juillet 1759, l’armée de Wolfe a essuyé une grosse défaite à Montmorency, où environ 200 de ses soldats sont tombés. Ce fut une victoire retentissante pour Montcalm et ses troupes qui n’avaient perdu que 70 hommes. Wolfe ordonna à ses troupes de piller les villages le long du Saint-Laurent dans le but de gagner du terrain. Montcalm a défendu sa position, sachant qu’il pouvait tenir en attendant que l’hiver arrive.

La santé de Wolfe avait été mauvaise pendant la plus grande partie de l’été, et les soldats britanniques perdaient espoir : il lui fallait faire une dernière tentative, car l’hiver approchait rapidement, et l’avancée serait obligatoirement reportée au printemps lorsque le Saint-Laurent gèlerait. Une attaque-surprise était donc nécessaire.

De fortes pluies retardèrent l’attaque qu’il prévoyait mener au début du mois de septembre. Au début, les soldats devaient débarquer tranquillement à Pointe-aux-Trembles, mais vu le retard causé par la pluie, Wolfe a cherché de nouvelles positions défensives, et il a découvert que si les troupes pouvaient débarquer à l’Anse-au-Foulon, il pourrait augmenter ses forces de 1 000 hommes. Au cours de la soirée du 12 septembre, les forces britanniques se sont tranquillement avancées jusqu’au fleuve et ont escaladé le mur à l’Anse-au-Foulon, les premiers soldats arrivant aux plaines d’Abraham le 13 septembre vers 4 h. 

la bataille des Plaines d’Abraham était
la bataille primordiale de la guerre
entre la Grande-Bretagne et la France
pour ce qui allait devenir le Canada.

Montcalm a appris que les Britanniques avaient débarqué, et les troupes françaises sont vite arrivées aux plaines d’Abraham. À 10 h, Montcalm ayant analysé rapidement la situation, il a ordonné une attaque immédiate afin de ne pas donner le temps à l’ennemi de rassembler toutes ses forces. Les Français ont commencé à tirer immédiatement. Wolfe a ordonné à ses troupes de ne pas faire feu tant que l’ennemi était à plus de 35 mètres. Lorsque les soldats de Wolfe ont tiré, ils ont rapidement forcé les troupes françaises à battre en retraite. La bataille a duré moins d’une demi-heure, et s’est soldée par une victoire britannique.

Montcalm et Wolfe sont morts tous deux de blessures subies lors de la bataille. Wolfe a été atteint trois fois au tout début de la bataille, et il est mort peu de temps après sur le champ de bataille. Montcalm aussi a été touché, au cours de la retraite, et il est mort le lendemain matin.

Québec était alors assiégée par la Grande-Bretagne et, le 18 septembre, elle a capitulé. La guerre n’était pas encore terminée, mais Québec avait été une partie importante du bouclier français, et cette conquête permettait à l’armée britannique de s’établir puissamment en Nouvelle-France. La capitulation de Montréal suivit en 1760 et, en 1763, en vertu du Traité de Paris, la Nouvelle-France était cédée à la Grande-Bretagne, ce qui mit fin à la guerre de Sept Ans.

Il est indubitable que la bataille des plaines d’Abraham était la bataille primordiale de la guerre entre la Grande-Bretagne et la France pour ce qui allait devenir le Canada. Le 17 mars 1908, la Commission des champs de bataille nationaux a autorisé la préservation du site de la bataille des plaines d’Abraham, créant le premier parc historique national au Canada. Le parc joue un rôle essentiel pour l’histoire du Canada, car cette bataille est un point déterminant de l’histoire canadienne.

Nettoyeurs de tranchées au destin funeste

Raiders 2

Le régiment s’est entrainé en Écosse avec l’armée britannique pendant l’été de 1915. [The Rooms/VA 37-17.2]


Il y a un siècle, au début de la bataille de la Somme,
en France, le Newfoundland Regiment a subi des
pertes énormes à Beaumont-Hamel.


Le Royal Newfoundland Regiment a fait l’objet de nombreuses histoires, mais la plus captivante et tragique, c’est celle de son avancée à la bataille de la Somme, le 1er juillet 1916. Le 1st Newfoundland Regiment (auquel le statut « royal » a été conféré en 1917) arriva près de la ligne de tir de la Somme en avril 1916. Il allait y passer deux mois et demi.

Le régiment avait été affecté au service actif à la Grande Guerre quand il avait rejoint la 29e Division britannique dans les landes arides entourant la baie de Suvla de la péninsule de Gallipoli, dans l’Empire ottoman (la Turquie d’aujourd’hui). Exception faite d’une petite escarmouche sur un lopin de terre pierreux, le temps que le régiment avait passé à Gallipoli était surtout notable pour les mouches, la soif et les maladies qui réduisaient des coloniaux, jusque-là robustes, à l’état de fantômes livides.

Ils espéraient que la Somme leur ferait oublier les privations qu’ils avaient endurées dans les tranchées de la baie de Suvla, et, pendant les deux premiers mois, la routine y était en effet bien plus agréable.

Comme premières opérations, ils eurent deux raids de tranchées à mener avant l’attaque à grande échelle prévue le 1er juillet. Ces raids étaient des opérations éclair bien planifiées et répétées servant à obtenir des renseignements sur la capacité de l’ennemi à réagir. Cinquante-sept hommes triés sur le volet furent formés pendant quelques semaines au combat rapproché en utilisant diverses armes artisanales d’aspect médiéval : couteaux, coups-de-poing américains, masses d’armes, massues. Les défenseurs répliquaient à ces armes rétrogrades en faisant porter des cottes de mailles et autres pièces d’armure à leurs sentinelles. La mission des Terre-Neuviens avait pour but d’évaluer l’efficacité de la défense allemande au ravin en Y (une dépression naturelle dans le paysage) et de ramener un prisonnier si possible.

Au début, il ne devait y avoir qu’un seul raid, la nuit du 26 au 27 juin, mais il échoua parce que les positions des attaquants avaient été exposées lorsqu’ils s’approchaient des lignes allemandes devant le ravin en Y. Le commandant du raid, le capitaine Bert Butler, leur commanda de se replier. Il reçut l’ordre de faire une nouvelle tentative la nuit suivante.

Raiders 3

Après les combats Les soldats alliés dans les ruines du village de Beaumont-Hamel après sa capture, en novembre 1916. [The Rooms/VA 36-38.2]

Cette fois-là, ils atteignirent le parapet allemand après avoir découvert une brèche de 14 mètres dans les barbelés.

Une fusée-parachute éclaira le groupe principal au moment où il s’approchait de la ligne allemande. L’ennemi fit feu et une grande partie de l’escouade fut blessée. Quelques-uns réussirent à descendre dans la tranchée où suivit une mêlée.

Le soldat George Phillips entra dans une sape et, à en croire les cris et les gémissements, il y abattit bon nombre d’Allemands. Le capi-taine donna l’ordre à ses hommes de se replier à nouveau parce qu’il y avait trop de risques, et il les rassembla près de ce qu’on appelle aujourd’hui l’Arbre du danger, puis il envoya des équipes de secours chercher les blessés. Toutefois, Phillips ne réussit pas à se replier, alors il descendit dans un cratère d’obus d’où il tira des coups de fusil toute la nuit. Il rejoignit le régiment le lendemain matin, uniforme en lambeaux et couvert de sang.

Bien qu’elle n’eut pas réussi à faire de prisonnier, la formation du raid rapporta que le bombardement des lignes allemandes qui avait duré une semaine dans le secteur n’avait pas eu grand effet sur les effectifs des Allemands ni sur leur capacité à réagir. À ce moment-là, l’immense machine de guerre britannique battait son plein, et dans l’arrogance caractérisant la charge du 1er juillet, il n’était venu à l’esprit de personne de prévoir un moyen d’abandonner l’attaque.

Pratiquement aucune des familles
du dominion nord-atlantique
sauvage n’a été épargnée par
la tragédie ce jour-là.


Ce matin-là
, les officiers du Newfoundland Regiment se trouvaient au quartier général de la 88e Brigade quand l’attaque fut lancée, à 7 h 30. Ils furent témoins du carnage du début, quand les soldats qui venaient de sortir des tranchées y retombaient en nombre incalculable. Le régiment, cette journée-là, avait le village de Beaumont-Hamel pour objectif, mais au bout d’une heure quarante-cinq minutes, la situation était loin d’être claire et de nouveaux objectifs lui furent fixés. Ces derniers ne signifiaient pas grand-chose pour les hommes qui donnaient l’assaut, et ils se concentrèrent sur le ravin en Y.

Raiders 4

Les premiers 500 Les volontaires portant des bandes molletières bleues et des casquettes civiles à l’exercice à la baïonnette (sans baïonnette) au bord du lac Quidi Vidi, à St. John’s, en 1914. [VA 37-15.2; The Rooms]

À 8 h 45, le lieutenant-colonel Arthur Hadow reçut l’ordre de se lancer à l’attaque des Allemands. Il avait été prévu que le Newfoundland Regiment et le 1er Bataillon de l’Essex Regiment attaqueraient en même temps, mais à la suite de l’ordre du brigadier-général D.E. Cahley de la 88e Brigade d’attaquer indépendamment, Hadow décida d’envoyer ses hommes à l’assaut à partir de 200 mètres derrière les premières lignes.

Hadow avait envisagé d’assurer une coordination avec l’Essex, mais il décida que les tranchées de communication pleines de cadavres ralentiraient ses hommes, alors il leur donna l’ordre de s’avancer en surface à partir des tranchées de réserve. Cet ordre est encore mis en question et débattu aujourd’hui (voir « Face à face », page 14). À 9 h 15, l’Essex s’avançait encore vers le front quand Hadow leva sa badine de frêne pour donner le signal de s’avancer. Quelque 780 hommes grimpèrent hors des tranchées et se dirigèrent lentement vers le front. Hadow trouva son propre passage jusqu’aux premières lignes.

Quand les Allemands virent les Terre-Neuviens pour la première fois, leurs silhouettes se découpaient à l’horizon; c’était le seul bataillon qui s’avançait dans le secteur. Au moment où les Terre-Neuviens montèrent sur la crête, les mitrailleuses allemandes les fauchèrent comme du bois de corde. Beaucoup d’entre eux tombèrent avant d’atteindre leur propre première ligne. La plupart furent mis en pièces par le feu croisé des mitrailleuses et les obus de l’artillerie qui brassaient les pentes du terrain neutre. Rares furent les Terre-Neuviens, s’il y en eut, qui tirèrent un
coup de feu ou qui réussirent à lancer une bombe à l’ennemi pendant l’avancée.

Raiders 6

Le commandant, le lieutenant-colonel Arthur Hadow, prend la décision fatidique d’attaquer à partir des tranchées de réserve derrière la première ligne des Britanniques. [ Royal Newfoundland Regiment Museum]

L’assaut ne dura que quelques minutes. À 9 h 45, Hadow rapporta à Cahley que l’avancée avait échoué. Cahley répondit en lui ordonnant de rassembler ses hommes en terrain neutre pour renforcer le 4e Bataillon du Worcestershire Regiment et le 1er Bataillon du Hampshire Regiment
qui devaient attaquer sous peu. Hadow, en quittant le quartier général, rencontra un officier d’état-major de la 29e Division et lui fit part de son inquiétude concernant l’ordre de Cahley. Cet officier convainquit Cahley de révoquer son ordre. Il avait vu les Terre-Neuviens abattus presque jusqu’au dernier.

Cent ans après, l’avancée du Newfoundland Regiment vers Beaumont-Hamel a encore des résonances profondes chez les Terre-Neuviens. Tous les 1ers juillet, tandis que le reste du Canada célèbre la naissance d’un pays, les Terre-Neuviens pleurent les pertes qu’ils ont subies à la Première Guerre mondiale et surtout à Beaumont-Hamel. L’innocence d’une nation était perdue : pratiquement aucune des familles du dominion nord-atlantique sauvage n’a été épargnée par la tragédie ce jour-là, tragédie d’autant plus amère qu’il semble qu’elle ait pu être évitée. Sur les 780 hommes qui prirent part à l’attaque, le nombre des victimes s’éleva à 710, dont presque 300 morts : des pertes si graves aux yeux des Terre-Neuviens que même après 100 ans, la douleur est presque aussi forte qu’alors.

Raiders

Prêts au départ Des officiers du Newfoundland Regiment en route pour l’Angleterre à bord du SS Florize, en octobre 1914. [The Rooms/VA 36-37.3]

Le fusil Ross

Ross

UN BEAU SPÉCIMEN, un fusil Ross de troisième série. [MCG/19750021-015]

Les fantassins avaient horreur de cette arme
de la Première Guerre mondiale fabriquée
au Canada, tandis que les tireurs
d’élite l’adoraient.

À la fin de la guerre d’Afrique du Sud, le Canada n’a pas réussi à persuader la Grande-Bretagne qui était alors à court d’armes de lui fournir des fusils Lee-Enfield, ni même une licence pour en fabriquer. Comment ce pays tout neuf allait-il pouvoir armer ses soldats, ses policiers et ses mili-ciens? L’industriel et passionné d’armes sir Charles Ross s’est alors présenté, et il a proposé de bâtir une fabrique à Québec pour produire un fusil de sa conception. Le gouvernement a commandé 12 000 fusils qui devaient être livrés en 1903.

La conception à tir droit et verrou du fusil promettait un tir plus rapide que celui du Lee-Enfield, puisqu’il n’était pas nécessaire de faire un quart de tour à la main. Sa précision lui a valu l’appui indéfectible de Sam Hughes, tireur de précision pas-sionné et ministre de la Milice et de la Défense entre 1911 et 1916. Les essais ont révélé des problèmes, comme le coincement des verrous au bout d’un certain nombre de tirs, mais Ross a promis que tout serait corrigé à la fabrication. C’était la première d’une longue série de modifications apportées au concept de départ.

Les premiers soldats canadiens et terre-neuviens étaient armés des fusils Ross quand ils sont partis en guerre. Les tireurs d’élite adoraient leur précision. Toutefois, ils étaient usinés trop précisément pour la variation des munitions produites en masse par les Britanniques, et les fantassins n’arrivaient pas à en assurer la propreté dans la crasse des tranchées.

Ross 7

Le tireur d’élite Francis Pegahmagabow [John Boyd/BAC/PA-061466;]

Plusieurs fusils se sont enrayés à la bataille de Neuve Chapelle, en mars 1915. Le laiton mou des cartouches britanniques se dilatait et elles se coinçaient dans la chambre; en outre, la boue enrayait le mécanisme. À Ypres, au mois d’avril, certains soldats se servaient d’une botte ou d’une pelle pour faire jouer le mécanisme. Un officier a écrit : « Ce n’est ni plus ni moins qu’un meurtre que d’envoyer un soldat au combat avec une telle arme. »

Ross 6

Des soldats échangeant leur fusil Ross au camp Barriefield de Kingston, en Ontario, en 1915. [Archives de la ville de Vaughan]

Certains des soldats jetaient leur fusil Ross, surnommé « Canadian club » (gourdin canadien, NDT) pour ramasser un Lee-Enfields tombé des mains d’un allié, malgré la consigne de ne pas le faire.

Quand un problème était surmonté, d’autres se posaient. Les premiers modèles ont été munis d’une chambre plus grande où l’on pouvait mettre des munitions de plus gros calibre, puis un problème de fabrication a surgi : les pièces des nouveaux modèles étaient trop serrées à l’usine, ce qui déformait la chambre. Parmi les modifications qui ont suivi, il y a eu le durcissement du métal de la tête du verrou et l’installation d’un boulon d’arrêt plus gros.

Malgré le fait que le fusil qui se coinçait ébranlait la confiance des fantassins, les tireurs d’élite l’adoraient. Il était de très grande précision entre les mains des tireurs d’élite Henry Louis Norwest, Métis de Fort Saskatchewan, en Alberta, et Francis Pegahmagabow, Otchipwe de l’Ontario. La Médaille militaire a été décernée à Pegahmagabow pour ses exploits aux batailles d’Ypres, de Festubert et de Givenchy. Il a mérité une barre à sa médaille à Passendale et une autre à la bataille de la Scarpe. C’était un éclaireur superbe et un tireur de grande précision, et on lui attribue la mort de 378 ennemis et la capture de 300 autres; il est censé détenir le record de tireur de la guerre, des deux côtés de la ligne de démarcation. La Médaille militaire a été décernée à Norwest à la crête de Vimy, où ses tirs de précision ont sauvé un grand nombre de vies, et il a obtenu une barre en 1918. Il aurait tué quelque 115 soldats ennemis.

En juin 1916, le maréchal britannique Douglas Haig a ordonné aux troupes canadiennes de remplacer leurs fusils Ross par des Lee-Enfield. Hughes l’impolitique
a été remplacé à son poste de mi-
nistre en 1916, et le gouvernement fédéral a exproprié l’usine de Ross l’année suivante. Diverses versions du fusil Ross ont continué de servir à l’entrainement et pendant la Seconde Guerre mondiale.

Ross 3

L’usine à fusils Ross à Québec. [MCG/20030011-133]

420 000
Nombre de fusils Ross produits

20 Nombre de tirs par minute

3,9 kg Poids

5 Nombre de versions conçues entre 1903 et 1914


Ross 5

Sir Sam Hughes s’est fait le champion du fusil Ross fabriqué au Canada, et il s’est fait critiquer vertement quand il l’a défendu malgré le nombre croissant de preuves de ses lacunes en situation de combat.

 

Ross 4

Des soldats du 127e Bataillon (12th York Rangers) en 1916. [Archives de la ville de Vaughan; BAC/74187; ]

25,4 cm
Longueur de la baïonnette

28 $
Prix payé pour chaque fusil par les pourvoyeurs du Newfoundland Regiment


Ross 2

Un soldat et son fusil au repos. [BAC/PA-107378]

25,4 cm
Longueur de la baïonnette

La conscription: la question qui a déchiré le Canada

Au début de la Première Guerre mondiale, en aout 1914, des milliers de Canadiens, jeunes ou vieux, sont allés à l’entrainement au Camp Valcartier. Les volontaires étaient alors nombreux, et le Canada était prêt à montrer à la Grande-Bretagne, et au monde, qu’il représentait une force à ne pas sous-estimer. Le premier ministre, sir Robert Borden, avait promis au Canada qu’il n’y aurait pas de conscription.

En 1916, le nombre de personnes qui se portaient volontaires pour le Corps canadien diminuait de plus en plus. Ceux qui restaient n’avaient guère de loyauté envers la Grande-Bretagne, et ils voyaient la guerre comme étant une guerre de la Grande-Bretagne, pas du Canada (beaucoup parmi ceux qui s’étaient engagés au début étaient sujets britanniques résidant au Canada). Beaucoup de gens pensaient que partir pour la guerre revenait à un suicide, et vu l’abondance d’emplois au Canada, nul n’était besoin de quitter le pays.

Quand Borden est allé en Europe au printemps de 1917, il a appris ce que la prise de la crête de Vimy avait vraiment couté au Corps canadien. À son retour, il a estimé qu’il était de son devoir, et de celui du Canada, de renforcer les troupes au front. Il a donc jugé que le service obligatoire était nécessaire.

À la Chambre des communes, en mai, Borden a parlé de la gravité de la situation en Europe. Le projet de loi sur le service militaire de 1917 a rapidement suivi, et le 29 aout, la conscription devenait loi. Laurier et son parti libéral ont été prompts à s’y opposer. En juin, Borden avait offert une coalition politique à Laurier. Ce dernier a refusé parce qu’il estimait qu’il perdrait l’appui du Canada français s’il acceptait.

Le gouvernement prévoyait enrôler 100 000 hommes dans le cadre de la loi sur la conscription. Les conservateurs ont eu une im-portante victoire à l’élection de décembre 1917, et l’enrôlement a commencé en janvier 1918. L’indignation s’est rapidement propagée au pays, et le Canada français n’était pas seul à s’opposer à la conscription. Parmi les 405 395 hommes qui avaient été jugés aptes au service, 94 % ont déposé une demande d’exemption, et près de 87 % l’ont obtenue.

C’est au Québec qu’a eu
lieu la contestation la
plus violente.

Bien que la majorité des appelés se soient opposés à la conscription, c’est au Québec qu’a eu lieu la contestation la plus violente. Le 28 mars, une émeute a éclaté quand la police de Québec s’est mise à arrêter les hommes qui n’avaient pas de documents d’exemption. Les affrontements ont duré 3 jours. Les foules ont détruit les bureaux du registraire et, le 1er avril, les troupes ont été appelées en renfort par le gouvernement et ont été accueillies avec des roches et des boules de neige. Les soldats ont ouvert le feu sur les ma-nifestants et, résultat : beaucoup de soldats blessés et de civils morts. Cette fin de semaine de Pâques a indubitablement été la plus violente des protestations survenues au Canada.

Le Premier ministre Borden a-t-il pris la bonne décision quand il a demandé la conscription? Le débat à ce sujet dure encore parmi les historiens. Mais on sait que, sur les 99 651 conscrits, 47 509 sont allés en Europe, et seulement 24 132 de ce Corps canadien ont pris part au combat avant la fin de la guerre.

Les conscrits ont été indispensables au cours des Cent jours du Canada. Ces Cent jours ont couté très cher – 45 000 blessés – et les conscrits étaient là pour renflouer les rangs, qui ont permis au Canada de résister puis de défaire l’armée allemande au front occidental. Ce qui est certain, c’est que si la guerre avait continué en 1919, comme le prévoyaient les Alliés, les conscrits auraient tous été nécessaires, et de toute urgence. Le Canada était prêt à soutenir ses troupes à l’étranger, quoi qu’il lui en coute.

Silence solennel

 

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Des coquelicots sont déposés sur la Tombe du Soldat inconnu Monumentcommémoratifde guerre du Canada, à Ottawa, le jour du Souvenir. [Metropolis Studio]


Le calme s’est fait à Ottawa alors que la ville,
et la nation, marquaient un temps d’arrêt
en l’honneur des morts 

 

Le temps était nuageux mais doux pour la saison, en cette matinée du jour du Souvenir, lorsque quelque 35 000 personnes ont convergé vers le Monument aux morts pour rendre hommage à ceux et celles qui ont servi dans les forces militaires du Canada ou qui y servent actuellement.

À neuf heures, des centaines de personnes se tenaient déjà aux barricades qui entouraient le cénotaphe situé au croisement des rues Wellington et Elgin, attendant l’arrivée des anciens combattants, des invités d’honneur et du cortège vice-royal.

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Le cortège vice-royal observe un silence de deux minutes. [Metropolis Studio]

Son excellence l’ambassadeur d’Italie au Canada, Gian Lorenzo Cornado, fut le premier arrivé parmi les diplomates. « Je suis venu tôt aujourd’hui parce que, d’après moi, c’est important de reconnaitre ce qu’ont fait les soldats canadiens pour l’Italie à la Seconde Guerre mondiale, a-t-il dit. Presque 93 000 Canadiens ont servi là-bas, […] alors je suis ici pour leur rendre hommage. »

Des milliers de personnes de tout âge et de tous les coins du pays l’ont rejoint, résolus à se souvenir des plus de 116 000 personnes qui ont donné leur vie au service du Canada dans le cadre de missions de combat, de maintien de la paix et d’autres missions militaires.

« Le jour du Souvenir est un jour spécial pour moi »,dit Lionel Rowe, président de la filiale Montgomeryde la Légion qui se trouve non loin de là, rue Kent.« […] Il y a beaucoup d’anciens combattants dans mafamille et parmi mes amis, alors c’est particulière-ment cher à mon cœur. »

Le son émouvant des cornemuses et des tambours a annoncé l’arrivée de la garde du drapeau de la Direction nationale de la Légion royale canadienne pendant que des contingents de militaires en service dans l’armée de terre, dans la marine ou dans l’aviation, de cadets et de policiers défilaient sur la place. Et, bien entendu, les anciens combattants. Le nombre d’anciens combattants qui ont défilé et se sont rassemblés juste devant l’estrade du salut s’élevait à environ 400. 

Silver Cross mother places wreath

Sheila Anderson (ci-dessus), Mère de la Croix (d’argent) du Souvenir et son mari, James Anderson, déposent une couronne. [Metropolis Studio]

Les dignitaires comprenaient le gouverneur général, David Johnston (représentant de lareine) et Sharon Johnston, Sheila Anderson, de la Croix d’argent (représentant les mères du Canada) et James Anderson, Justin Trudeau, premier ministre du Canada (représentant le gouvernement du Canada) et Sophie Grégoire-Trudeau, le sénateur Leo Housakos, président du Sénat du Canada (représentant le Parlement du Canada), Kent Hehr, ministre des Anciens combattants (représentant des anciens combattants), le général Jonathan Vance, chef d’état-major de la défense (représentant les Forces armées canadiennes), et Inés Carolina Fiedler, Victoria Fisher, Sideqa Haqani et Natasha Jones, gagnantes des concours littéraires et d’affiches (représentant la jeunesse du Canada).

choir

Le Chœur d’enfants d’Ottawa chante In Flanders Fields. [Metropolis Studio]

Trois minutes avant 11 heures, Ô Canada et la Sonnerie aux morts signalaient le début officiel de la cérémonie. Au moment où les aiguilles de l’horloge de la Tour de la Paix indiquaient exactement 11 heures, le 30e Régiment de campagne de l’Artillerie royale canadienne a tiré le premier des 21 coups de canon, lequel servait à marquer le début du silence qui n’a été brisé que par les 11 coups de l’horloge. Le deuxième coup de canon a retenti deux minutes plus tard, avertissant le major cornemuseur que le moment était venu de jouer la complainte, et le sergent trompète Fred Paci, le réveil.

Tous les regards se sont tournés vers le ciel lorsque deux CF-18 de l’ARC ont survolé la place. M. Eagles a ensuite récité l’Acte du Souvenir en anglais, puis le grand président national de la LRC, Larry Murray, l’a récité en français et Laurel Dubé, de la communauté de Kitigan Zibi Anishnabeg, en Algonquin. « Ils ne vieilliront pas comme nous, qui leur avons survécu. Ils ne connaitront jamais l’outrage ni le poids des années. Quand viendra l’heure du crépuscule et celle de l’aurore, nous nous souviendrons d’eux. »

Le brigadier-général et aumônier géné-ral des Forces armées canadiennes, Guy Chapdelaine, a ensuite pris la parole : « selon vos propres traditions et votre conscience, priez Dieu pour sa bénédiction et sa guidance, ou bien passez simplement un moment en contemplation pendant que d’autres prient. » Le prêtre catholique romain a ensuite dit des prières en anglais et en français : « Ils ont servi au nom de la liberté et de la justice à des endroits qui semblaient alors si lointains, mais dont les noms sont dorénavant gravés dans nos mémoires.[…] Nous leurs offrons nos remerciements les plus sincères, et nous refusons que leurs noms disparaissent. »

« Que ceux qui ont servi et ceux qui
servent vivent leur vie dans un monde
libre de terreur et où règne la tranquillité. »

Le cortège vice-royal a déposé des couronnes, le gouverneur général Johnston d’abord, pendant que chantait le Chœur d’enfants d’Ottawa. La Mère de la Croix d’argent, Mme Anderson, en a déposé une de la part des Canadiennes qui ont perdu un fils ou une fille au service militaire ou à la marine marchande. Elle a perdu son fils ainé, le caporal Jordan Anderson du 2e Bataillon du Princess Patricia’s Canadian Light Infantry (PPCLI), quand une bombe a explosé au bord d’une route de Panjwaii, en Afghanistan, et l’a tué en même temps que cinq autres soldats canadiens et un interprète afghan, en 2007. Elle habite à Yellowknife, et c’est la première Mère de la Croix d’argent des Territoires du Nord-Ouest depuis que la Légion a commencé cette tradition il y a plus de 60 ans.

1

Des milliers de personnes attendent leur tour pour déposer un coquelicot sur la Tombe du Soldat inconnu après la cérémonie du jour du Souvenir. [Metropolis Studio]

« Je ne crois pas à la guerre en général, avait-elle dit auparavant. Nous faisons la même chose, nous entretuer, depuis des temps immémoriaux. […] Mais nous devons faire honneur à la manière dont nos jeunes gens pensent à la guerre, même si nous n’y croyons pas tout à fait nous-mêmes. […] Je pense que c’est vraiment important pour eux. Et c’est important que les membres de leur famille les appuient. »

Des dizaines d’autres couronnes ont été déposées au monument par des membres de nombreuses organisations d’anciens combattants, d’associations, du corps diplomatique, et du public.

Le rabbin Reuven P. Bulka, aumônier honoraire de la Direction nationale, a ensuite offert sa bénédiction : « Que ceux qui ont servi et ceux qui servent vivent leur vie dans un monde libre de terreur et où règne la tranquillité, un monde pour lequel ils se sont battus, ce pour quoi nous leur disons à nouveau, ensemble : bravo! »

God Save the Queen a signalé la fin de la cérémonie officielle. Les membres du cortège vice-royal ont chacun son tour salué et remercié les anciens combattants invalides et les autres mères de la Croix d’argent assis à côté du cénotaphe avant de se rendre à la base du salut qui donnait sur la rue Wellington pour passer en revue les anciens combattants, les soldats et les cadets. Les applaudissements ont retenti sur la place pendant que les anciens combattants défilaient.

Vance and Sajjan

Le général Jonathan Vance, chef d’état-major de la défense et Harjit Sajjan, ministre de la Défense nationale (dessous) saluent les cadets, le jour du Souvenir, au Monument commémoratif de guerre du Canada. [Metropolis Studio]

Une foule immense s’est rapprochée de la Tombe du Soldat inconnu lorsque les barricades des rues de traverse ont été enlevées. Chaque personne a attendu calmement qu’arrive son tour de déposer son coquelicot sur la Tombe, qui fut entièrement couverte de rouge dans la demi-heure. Deux mélodies éthérées mais qu’on ne peut pas ne pas reconnaitre provenaient du carillon de la Tour de la Paix pendant que les gens repartaient : It’s a Long, Long Way to Tipperary et Mademoiselle from Armentières, qui font toutes deux parties du medley servant de marche régimentaire au PPCLI, le régiment du caporal Anderson.

Pélerinage en Turquie: Retour à Gallipoli

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Le lieutenant J.J. Donnelly La Croix militaire a été décernée au lieutenant pour ses actions à la Caribou Hill, à Gallipoli. [The Rooms Provincial Archives Division/VA36-1.4]

Le Newfoundland Regiment est la seule
unité militaire d’Amérique du Nord qui se
soit battue à la campagne franco-britannique
couteuse de Gallipoli, au crépuscule
de l’Empire ottoman


Peu après
avoir débarqué à Gallipoli, en septembre 1915, le Newfoundland Regiment s’est retrouvé immobilisé à la guerre de tranchées, harcelé constamment par les tireurs d’élite.

En particulier, le major T.M. Drew, commandant intérimaire, en avait aperçu un situé sur un monticule à mi-chemin entre les tranchées ennemies. Il prenait position au crépuscule
et attendait la nuit pour choisir ses cibles, puis il repartait avant le jour. Drew a donné l’ordre de débarrasser le régiment de cette menace.

C’est ainsi que, l’après-midi du 4 novembre, le lieutenant J.J. Donnelly a mené six hommes et un sous-officier à un poste abandonné hors de vue de l’ennemi. C’était alors au tour des Terre-Neuviens d’attendre.

Au déclin du jour, non pas un, mais trois tireurs turcs se sont mis en marche vers leur position. Un échange de coups de feu a eu lieu lorsque les Terre-Neuviens leur ont fait une sommation, et deux des tireurs ont été tués. Le troisième a riposté et blessé un des Terre-Neuviens.

Une deuxième patrouille, menée par le lieutenant H.H.A. Ross, a été envoyée en renfort, mais elle est tombée sur une patrouille turque qui essayait d’encercler le groupe de Donnelly dans le noir. Un deuxième échange de coups de feu a eu lieu. Le soldat James Ellsworth a été tué, tandis que Ross et d’autres ont subi de légères blessures avant d’obliger l’ennemi à se replier. La position des Terre-Neuviens a été renforcée au lever du jour, et le nom de Caribou Hill lui a été donné d’après l’emblème qui se trouve sur l’écusson du régiment.

Avant la fin de l’année, la Croix militaire a été décernée à Donnelly et la Médaille de conduite distinguée à deux autres pour leurs actes cette nuit-là.

La découverte de
la fameuse Caribou Hill
a été un point fort
du pèlerinage.

 

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Caribou Hill Le lieutenant-colonel Thomas Nangle visite la Caribou Hill en 1921.

Trouver Caribou Hill

« Pendant longtemps, les historiens pensaient que l’emplacement véritable de Caribou Hill était introuvable », dit l’historien Frank Gogos à une délégation de Terre-Neuve qui visitait la Turquie en septembre. « Le régiment a quitté Gallipoli et il ne restait pas de repère indiquant le site. »

Mais M. Gogos s’est servi de vieilles cartes, de notes écrites à la main et d’archives. Avec l’aide d’un topographe de l’université Memorial de St. John’s, il a découvert qu’une des routes du parc historique national de la péninsule de Gallipoli mène à la fameuse colline.

M. Gogos a guidé l’autocar transportant la délégation et un autre où se trouvaient des membres du Royal Newfoundland Regiment d’aujourd’hui jusqu’à l’endroit qu’il avait localisé avec précision. Le groupe s’est mis à explorer le secteur et a trouvé les ruines d’un petit édifice. Un des soldats a trouvé une cartouche de fusil par terre parmi les mauvaises herbes.

« Ça pourrait être une cartouche de 303 ou de Mauser 7×57 mm [turc]. Il n’y a qu’un millimètre de différence », dit M. Gogos. Il n’est pas certain que l’endroit soit bel et bien celui où se sont passées les actions héroïques il y a 100 ans, mais M. Gogos est persuadé qu’il peut le prouver.

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Des membres du pèlerinage du Newfoundland redécouvrent la côte en 2015. [Tom MacGregor]

La découverte de la fameuse Caribou Hill a été un point fort du pèlerinage des membres du Conseil consultatif du Royal Newfoundland Regiment (RNRAC), organisme sans but lucratif formé de bénévoles qui vise à encourager l’appui du régiment et de son histoire, et d’Honour 100, une direction du ministère des Affaires, du Tourisme, de la Culture et du Développement rural de Terre-Neuve-et-Labrador. La délégation était dirigée par le président du RNRAC, Ron Penny et le sous-ministre Alastair O’Rielly. L’ancien lieutenant-gouverneur de Terre-Neuve-et-Labrador, John Crosbie et son épouse Jane en faisaient aussi partie. En tant que lieutenant-gouverneur, Crosbie est automatiquement colonel honoraire du régiment.

Trois des pèlerins étaient respectivement le fils et les petits-fils de militaires qui se sont battus à Gallipoli : Neil Harvey, médecin de Grand Falls/Windsor, Ken Gatehouse de St. John’s, ancien secrétaire de division de la Division de Terre-Neuve-et-Labrador de la Légion royale canadienne, et Christopher Morry d’Ottawa. Elinor Ratcliffe, qui a fait un don de 3,2 millions de dollars servant à une exposition concernant le régiment à The Rooms, collection d’archives de la province, et John Perlin, ancien secrétaire canadien de la Reine, étaient aussi du nombre. D’autres, comme Reginald Snow et Terry Hurley, sont des vétérans du régiment.

Le groupe, dont les membres venaient de St. John’s, d’ailleurs au Canada ou du Royaume-Uni, est arrivé à Istanbul, en Turquie, le 15 septembre. Après quelques nuits à Istanbul, ils ont pris leurs quartiers à un hôtel d’Eceabat, à 300 kilomètres à l’ouest de la péninsule de Gallipoli.

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Gallipoli La péninsule de Gallipoli se trouve du côté européen du détroit des Dardanelles. [Jamie McLennan, Character Creative/Revue Légion]

Le détroit des Dardanelles, qui sépare l’Europe – et Gallipoli — de l’Asie Mineure, a une importance stratégique depuis les temps anciens, car il mène à la mer de Marmara et à Istanbul. Il était important pour les Britanniques pendant la Première Guerre mondiale, parce que c’était la seule voie navigable pour le transport de provisions allant de la Méditerranée
à la mer Noire et plus loin, en Russie. Le détroit est encore important aujourd’hui en tant que seule voie que puisse emprunter la marine russe pour se rendre en Méditerranée. Ces jours-ci, bien sûr, la Turquie est notre alliée et membre de l’Organisation du Traité de l’Atlantique-Nord.

La première cérémonie officielle du voyage a eu lieu le matin du 19 septembre, en commémoration de la nuit fatidique où le régiment a débarqué dans la baie de Suvla. La délégation a été rejointe par une garde d’honneur du régiment, au cap Helles, à l’endroit balayé par les vents où les forces britanniques et françaises ont débarqué en 1915. Le monument de Helles est un obélisque de 30 mètres commémorant 20 885 soldats et marins du Commonwealth qui ont fait la Première Guerre mondiale et à qui on ne connait pas de tombe. Leurs noms sont gravés dans la pierre blanche. Le Newfoundland Regiment y figure, sous l’enseigne des « unallotted troops » (troupes non attribuées, NDT).

« En 1914, Terre-Neuve était un dominion indépendant du Canada, dit Penney, et dans le cadre de ce qu’on appelle notre premier effort national, il a constitué un régiment et l’a entretenu pendant les quatre longues années de la Grande Guerre. Plus de 6 000 Terre-Neuviens se sont enrôlés dans le régiment et plus de 12 000 ont pris part à l’effort militaire en tant que membres d’autres forces, sur mer ou sur terre. Plus de 1 500 d’entre eux ont fait le sacrifice suprême. »

Un trompète du régiment a joué la « sonnerie aux morts » alors que le vent soufflait autour du monument, puis il y a eu le silence et « le réveil ». Melanie Martin, qui est à la tête du projet Honour 100, a alors dirigé le chant de l’hymne provincial officiel, « Ode to Newfoundland ». Le major Shawn Samson, aumônier du régiment, a prononcé la bénédiction.

La délégation est restée à Eceabat pendant cinq jours, pour assister à des commémorations dans les cimetières militaires avoisinants, qui sont entretenus irréprocha-blement par la Commission des sépultures de guerre du Commonwealth (CSGC), et pour aller voir les plages où le régiment a débarqué et où il s’est distingué pendant les évacuations, non pas une, mais deux fois.

À peine 60 ans auparavant,
l’Empire ottoman avait été
un allié de la Grande-Bretagne
pendant la guerre contre
la Russie en Crimée

 

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Il est situé dans un parc au cap Helles qui donne sur la mer Égée. [Tom MacGregor]

L’ouverture d’un autre front

Au printemps de 1915, la guerre que certains espéraient voir finir avant Noël 1914 s’était enlisée dans les tranchées au front occidental et au front oriental. Le Cabinet de guerre britannique tentait de se mettre d’accord sur l’ouverture d’un autre front pour affaiblir les forces ennemies sur le front occidental afin d’aboutir à une vraie percée.

Winston Churchill, qui était alors premier lord de l’amirauté britannique, était en faveur d’une offensive navale au détroit des Dardanelles pour aller capturer Istanbul, qui s’appelait alors Constantinople, et obliger l’Empire ottoman à quitter la guerre (« Face à face », novembre/décembre 2015). Cela permettrait aussi aux Alliés d’envoyer des provisions et des armes à la Russie pour le combat au front oriental.

À peine 60 ans auparavant, l’Empire ottoman avait été un allié de la Grande-Bretagne dans la guerre contre la Russie en Crimée. Au tournant du siècle, la Russie était devenue l’alliée de la Grande-Bretagne, tandis que les Allemands avaient investi dans un empire qui était surtout agricole. L’Allemagne avait construit la voie ferrée Orient Express et une gare magnifique à Istanbul, mais en 1914, l’Empire ottoman s’effondrait, ayant perdu une grande partie des territoires qu’il avait contrôlés en Europe et en Afrique. Quand la guerre a éclaté, il s’est joint à l’Allemagne et à l’Empire austro-hongrois.

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Le mémorial de Helles sert à rendre hommage aux militaires du Commonwealth sans tombe connue. [Tom MacGregor]

Le cabinet britannique a accepté l’offensive aux Dardanelles à contrecœur. Lorsque la Marine royale a lancé son attaque, le 18 mars 1915, les forces turques, juchées sur des fortifications au sommet des montagnes ont ouvert le feu. Trois navires ont été coulés par les mines et l’artillerie. La flotte a dû se replier. Pour que l’attaque puisse réussir, les fortifications allaient devoir être d’abord prises par l’armée.

Le 15 avril 1915, les forces britanniques, accompagnées par des corps d’armée d’Australie et de Nouvelle-Zélande, se sont battues sur cinq plages du cap Helles, à la pointe sud de la péninsule. Leur objectif était de capturer Achi Baba, sur la partie montagneuse la plus haute de la péninsule. L’Empire ottoman, en confiance après sa victoire navale, a déployé son armée pour résister aux envahisseurs. Ironie du sort, un grand nombre des forteresses utilisées par les Turcs avaient été renforcées par les forces britanniques au XIXe siècle.

Les Alliés ont lutté pour atteindre les hauteurs, mais comme leurs camarades en Europe du Nord-Ouest, ils se sont vite enlisés dans une guerre de tranchées.

Les 1 076 soldats du Newfoundland Regiment ont été envoyés à la baie de Suvla pendant la nuit du 19 au 20 septembre. Le régiment qui se trouvait à bord du Navire de Sa Majesté Prince Abbas est descendu dans des péniches et a mis pied à terre à la faveur de la nuit, mais quand le jour s’est levé, il a vite été vu et les armes ennemies l’ont pris en mire. Le 22 septembre, le soldat Hugh McWhirter, âgé de 21 ans, a été le premier membre du régiment tué au combat. Le lendemain, un tireur d’élite à tué le soldat William Hardy, âgé de 22 ans.

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[The Rooms Provincial Archives Division/VA37-1.3; ]

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Des membres du Newfoundland Regiment prennent place dans des tranchées à la bais Suvla en 1915. [The Rooms Provincial Archives Division/VA37-1.1]

À la fin du mois, le régiment avait remplacé les Britanniques sur plus de 1,5 kilomètre de leur première ligne. Par endroits, il ne se trouvait qu’à 50 mètres des lignes turques. La routine était de quatre jours dans les tranchées, suivis par huit jours dans les tranchées-abris, puis retour aux tranchées. Après quelques mois, les rangs ayant été réduits, les hommes étaient obligés de passer huit jours dans les tranchées puis quatre jours dans les tranchées-abris.

Les conditions étaient terribles, les insectes si nombreux qu’ils couvraient entièrement ce que les soldats avaient à manger. Les nuits étaient froides et il y a eu une tempête en novembre qui a inondé les tranchées et causé de nombreuses engelures.

Pendant ce temps, la Bulgarie s’était jointe aux empires centraux (l’Allemagne, l’Autriche-Hongrie et l’Italie), et la Serbie risquait d’être envahie à tout moment. Si elle tombait, l’Allemagne aurait un service ferroviaire ininterrompu jusqu’à Constantinople et pourrait envoyer une artillerie qui serait supérieure aux forces alliées.

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Aujourd’hui, la baie de Suvla fait partie d’un parc historique national. [Tom MacGregor]

Le cabinet britannique a accepté d’évacuer entièrement la péninsule le 23 novembre. Le régiment a commencé par évacuer ses malades. Ensuite, les outils pour creuser les tranchées et les fournitures en surplus ont été envoyés aux plages. Les hommes ont finalement été évacués au cours de deux journées. La marine a appuyé l’évacuation en bombardant de nouveaux secteurs pour déconcentrer les Turcs. Pendant ce temps, une arrière-garde du Newfoundland Regiment faisait croire aux Turcs que le régiment était toujours là au grand complet. Des fusils sans tireur étaient installés en mettant une boite de sable sur la gâchette. Une boite d’eau qui fuyait était placée au-dessus de la boite de sable. Quand le poids du sable mouillé atteignait sept livres, le fusil faisait feu, ce qui faisait croire aux Turcs qu’un tireur était à l’œuvre.

Il n’y eut aucune victime pendant l’évacuation. Quand le régiment arriva à l’ile d’Imbros, à 15 kilomètres de là, les hommes pensaient qu’ils auraient un repos bien mérité, mais moins de deux jours après, ils reçurent l’ordre de retourner au cap Helles pour l’évacuer. Cette fois-là, le régiment est arrivé à la plage W, aujourd’hui appelée Lancashire Landing.

Le régiment a remplacé les Britanniques dans leurs tranchées et les a rendues aussi confortables que possible. La Noël fut célébrée au moyen d’une gorgée de rhum supplémentaire pour accompagner le bœuf salé en conserve et les biscuits. Au début de l’évacuation de Helles, des ouvriers grecs engagés pour le transfert ont regimbé sous les coups de feu, et les Terre-Neuviens ont dû assurer le débardage pour monter les provisions à bord des navires.

Une fois de plus, des membres du Royal Newfoundland Regiment sont restés sur place en tant qu’arrière-garde pour convaincre l’ennemi que les lignes étaient encore défendues. Quand les derniers soldats se sont retirés, la nuit du 9 janvier 1916, ils ont détoné les magasins de munitions abandonnés sur la plage, dupant de nouveau l’ennemi.

Le conflit de Gallipoli a fait 56 707 morts et 123 598 blessés parmi les forces alliées, et 56 643 morts et 107 007 blessés côté ottoman. D’après Anciens combattants Canada, le décompte final concernant le Newfoundland Regiment est de 49 morts et 93 blessés.

Commémorations sur terre et sur mer

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Le sous-ministre Alastair O’Reilly (à g.) et le président du Conseil consultatif Ron Penney se préparent à déposer une couronne à la mer à la plage Kangaroo.

À la cérémonie balayée par les vents au monument de Helles se trouvait également M. Ahmet Cinar, gouverneur de Çanakkale, une des 60 provinces de la Turquie. Les deux côtés du détroit des Dardanelles font partie de Çanakkale, et même les ruines de Troie.

En retour de sa visite, la délé-gation s’est rendue au monument commémoratif turc, une immense structure de quatre colonnes que l’on peut voir aisément depuis un navire entrant aux Dardanelles. Le monument est dédié aux 250 000 soldats turcs qui ont pris part aux batailles. Les colonnes sont décorées de bas reliefs représentant les batailles, et un cimetière où gisent quelque 500 Turcs se trouve non loin de là. Des statues impo-santes ont été érigées à l’entrée.

Le gouverneur Cinar a fait écho, en turc, aux mots du grand héros turc Mustafa Kemal Atatürk. « Vous héros, qui avez versé votre sang sur le sol de ce pays, vous gisez en pays ami. Ici, donc, reposez en paix. Vous gisez avec les ehmetcik [soldats turcs], côte à côte, dans les bras les uns des autres. Vous, les mères qui avez envoyé vos enfants en pays lointain, séchez vos larmes, vos fils sont en paix; et ils reposeront en paix, ici, à jamais. Quand ils ont perdu la vie sur cette terre, ils sont devenus nos fils également. »

Après une simple cérémonie de dépôt de couronnes, les officiels turcs se sont joints au régiment à l’occasion d’un diner offert par la direction de l’Honour 100.

La délégation s’est jointe au régiment après le repas, lors d’un service au cimetière de Lancashire Landing, non loin de la plage W, où le Lancashire Fusiliers a mis pied à terre le 25 avril. Il a débarqué sous un feu nourri et a quand même réussi à prendre les falaises qui l’entouraient. Six Croix de Victoria ont été décernées à des membres du bataillon, un exploit qui a été annoncé par la formule « six Croix de Victoria avant de déjeuner ».

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Les restes de la coque d’une péniche (encart) utilisée pour le transport d’hommes et de provisions entre les navires et la côte.

Ici, les pèlerins de Terre-Neuve ont cherché les pierres tombales des trois Terre-Neuviens qui y sont ensevelis. Samson a dirigé un petit service pendant lequel il a nommé les Terre-Neuviens et déposé une couronne.

Les cimetières de Gallipoli sont bien différents de ceux que l’on voit en France, en Belgique et en Italie. La CSGC en prend grand soin, mais le sol est trop détrempé pour pouvoir supporter la pierre tombale habituelle du Commonwealth. À la place, il y a un piédestal pour marquer la tombe, avec une plaque de pierre dessus. Une croix murale est utilisée à la place de la Croix du Sacrifice habituelle.

L’Imperial War Graves Commission, ancêtre de la CSGC, n’a eu accès à Gallipoli qu’après la fin de la guerre. En conséquence, la commission a dû se servir de cartes où étaient marquées les tombes creusées en situation de combat. L’emplacement de ces sépultures est indiqué sur les plans des cimetières, mais les tombes ne sont pas marquées sur le terrain. Il y a beaucoup de tombes qu’on n’a pas pu identifier. Les cimetières comprennent souvent de grands espaces parsemés de tombes connues mais non identifiées. Un grand nombre d’indicateurs ont un nom suivi de l’inscription : « enterré, croit-on, dans ce cimetière ».

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De garde Des membres du Newfoundland Regiment gardant leur camp en uniforme de la guerre d’Afrique du Sud. [Canadian Centre for the Great War]

Le lendemain, une dernière cérémonie a eu lieu au cimetière de Lone Pine, en haut d’un plateau d’importance stratégique. Le major Samson a dirigé à nouveau un simple service comprenant « la sonnerie aux morts », le silence et « le réveil », puis l’hymne « Ode to Newfoundland ».

À la fin, le sergent-major régimentaire, Wayne Allen, s’est adressé aux soldats. « Pour la première fois depuis 1915, le régiment est venu à Gallipoli et a rendu hommage aux compagnons d’armes qui sont tombés ici. Le moment est venu de rentrer chez nous. »

Après le départ du régiment, la délégation est allée voir la plage Kangaroo, où les Terre-Neuviens ont débarqué pour la première fois, et qui est maintenant un endroit populaire pour la pêche et la plongée. Ici a eu lieu une autre cérémonie simple : M. O’Rielly, assisté de M. Martin, a lancé une couronne à la mer. Quand elle a percuté les rochers, un plongeur en combinaison l’a gentiment poussée vers le large.

Neil Harvey se souvient de son père, William Thomas Harvey en se promenant sur la plage. « Mon père ne parlait pas de la guerre, » dit-il. Neil, qui voyageait avec son fils Andrew, a appris les expériences qu’a eues son père à la guerre dans les archives de Terre-Neuve, surtout dans The Rooms. Son père avait at-trapé la tuberculose quand il servait à Gallipoli, et il avait été renvoyé à Londres pour cause de maladie, puis finalement à Terre-Neuve. Il a quand même eu une vie bien remplie. Neil est le plus jeune de ses huit enfants.

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Des membres de la délégation et du Royal Newfoundland Regiment se rassemblent au mémorial de Helles. [Bradbury Family Fonds]

Christopher Morry d’Ottawa a rédigé une notice biographique sur son grand-père, Howard Morry. « Nous avons découvert après sa mort que mon grand-père avait un journal. Ce n’étaient que des bulletins sur la météo et les marées, mais à l’occasion, quand il avait le temps, il y consignait des souvenirs qu’il avait de la guerre. » M. Morry dési-rait particulièrement trouver la tombe de David Carew qui est enterré au cimetière Hill 10. « Davy avait 16 ans quand il s’est enrôlé, et il n’avait que 18 ans quand il est arrivé ici. Mon grand-père avait 31 ans
en ce temps-là, et Davy restait près de lui; ils partageaient même une couverture pendant la nuit. Il semblait penser qu’il serait en sécurité près du vieil homme. Cependant, mon grand-père a été envoyé en mission. Et en effet, un tireur d’élite a atteint Davy d’une balle. »

Un sixième caribou?

Après les cérémonies officiel-les, M. O’Rielly, accompagné de MM. Penney et Martin, est allé voir le gouverneur Cinar à Çanakkale, capitale de la province. M. O’Rielly s’est contenté de qualifier la conversation de positive, mais on sentait un certain espoir parmi les membres de la délégation.

Le lieutenant-colonel Thomas Nangle, qui était aumônier du régiment pendant la Grande Guerre, a plus tard représenté Terre-Neuve au sein de l’Imperial War Graves Commission. On lui doit entre autres la création des cinq monuments en France et en Belgique qui ont un caribou en l’honneur des Terre-Neuviens ayant servi si vaillamment à la Première Guerre mondiale.

« Nangle voulait six monuments caribou, le dernier à Gallipoli, dit M. Gogos. Mais après la guerre, l’Empire ottoman s’est écroulé et il y a eu une guerre civile en Turquie. Il n’avait pas accès à la Turquie, et le monument n’a jamais été construit. »

Maintenant que le site de Caribou Hill est identifié, peut-être un caribou se tiendra-il un jour sur ces côtes balayées par les vents, pour représenter les gens venus d’un petit dominion qui se sont distingués par leur service.

Léo Major : le Libérateur de Zwolle

Léo Major, né à New Bedford, au Massachusetts, en 1921 et sa famille ont déménagé à Montréal, au Québec, avant son premier anniversaire. En grandissant, il ne s’entendait pas très bien avec son père. Voulant prouver à ce dernier qu’il était quelqu’un de qui on pouvait être fier, Léo s’est enrôlé dans l’armée canadienne à l’été 1940, à l’âge de 19 ans.

Ayant reçu une formation d’éclaireur et de tireur d’élite dans le Régiment de la Chaudière, M. Major a accompagné son régiment à l’étranger en 1941. Le Chaudière a débarqué à la plage Juno le jour J, et M. Major s’est immédiatement trouvé dans le feu de l’action. Au cours des combats intenses, il a réussi à capturer un véhicule blindé allemand plein de radios et dans lequel le code des Allemands a été trouvé. Cela donnait aux Alliés des renseignements précieux sur les positions allemandes et sur leur technologie. Par malheur, il a perdu la vue de l’œil gauche au cours de la fusillade. Quand on lui a dit d’aller aux arrières se faire examiner, il a refusé, affirmant qu’il n’avait besoin que d’un œil à la mire de son fusil. À la bataille de l’Escaut, Il a pris part à l’avancée avec un bandeau à l’œil gauche. Chargé d’une mission de reconnaissance en solo, M. Major a prouvé son courage une fois de plus, en capturant 93 soldats allemands.

En avril 1945, M. Major et son meilleur ami, Willy Arsenault, ont été envoyés en patrouille de nuit à la ville néerlandaise de Zwolle, à la recherche d’informations sur les positions ennemies. En peu de temps, ils sont tombés sur un avant poste allemand qui a attaqué les deux hommes et tué M. Arsenault. M. Major a décidé de poursuivre tout seul. Il marchait à travers la ville, tirant sur toute cible qu’il rencontrait, donnant l’impression qu’une grande force canadienne prenait la ville d’assaut. Les Allemands se sont retirés de la ville dans la panique. Bien que les citoyens néerlandais furent encore effrayés, M. Major a trouvé des membres de la résistance locale qui ont convaincu les citoyens de sortir de leurs maisons. Au matin, le reste de son bataillon se déplaçait dans Zwolle sans opposition. Pour ces actions, le simple soldat Léo Major a reçu la Médaille de conduite distinguée (MCD).

Après la guerre, M. Major est retourné au Canada et a rapidement repris son emploi de tuyauteur. Cependant, lorsque le gouvernement canadien a annoncé que le Canada cherchait des volontaires pour aller combattre en Corée, il n’a pas tardé à reprendre du service, cette fois-ci avec le Royal 22e Régiment qui était commandé par Jacques Dextraze. En novembre 1951, des négociations sur l’armistice étaient en cours, mais les forces chinoises voulaient gagner la colline 355 avant qu’un accord soit conclu. Lors d’une forte attaque sur la colline, les Américains se sont rapidement repliés, et les Chinois ont capturé la colline. Ils ont poursuivi leur barrage d’artillerie contre le Royal 22e Régiment, mais le régiment a résisté. Selon les ordres de Dextraze, il lui était interdit de battre en retraite : il devait « faire son devoir à la manière typique du vingt-deux ». M. Major a été chargé de la contrattaque. Il a divisé ses hommes, armés de fusils Sten, en petits groupes et ouvert le feu. Les tirs intenses ont duré toute la nuit, mais M. Major a refusé d’inter-rompre son attaque. Le régiment a été en mesure de rester sur ses positions pendant les trois jours qu’il a fallu aux Chinois pour décider de faire marche arrière. Pour ces actions, M. Major a obtenu une barre à sa MCD, un des trois soldats du Commonwealth britannique seulement à qui la MCD a été décernée à des
guerres différentes.

M. Major est retourné à Montréal lorsque le cessez-le-feu a été signé, mais il n’a pas parlé de ses efforts avant 1970, quand les habitants de Zwolle ont appris qu’il était le libérateur de leur petite ville. C’est à ce moment-là qu’il s’est mis à parler de son passé, et il a visité la ville à plusieurs reprises. Cette dernière a honoré son libérateur en le faisant citoyen honoraire en 2005 et en nommant une de ses rues principales en son honneur. Le Régiment de la Chaudière a aussi honoré M. Major, donnant son nom au prix décerné à la compagnie qui obtient les meilleurs résultats en compétition chaque année. Léo Major est décédé le 12 octobre 2008, à l’âge de 87 ans. Il a résumé sa carrière militaire par ces mots : « J’ai fait la guerre avec un seul œil, et je ne l’ai pas faite trop mal ».