Le ministre d’Anciens combattants Canada, Jean-Pierre Blackburn: Soulèvement de grands espoirs

La première année de Jean-Pierre Blackburn au poste de ministre des Anciens Combattants fut marquée par une courte lune de miel et un apprentissage chargé. Il a notamment parcouru des dizaines de milliers de kilomètres : deux voyages de commémoration en Europe, un voyage tendu au Moyen-Orient ponctué par un incident diplomatique où l’on refusa à son avion d’atterrir à Dubaï et, en Afghanistan, par des rafales de mitrailleu-ses, au loin, lorsqu’il montait dans un hélicoptère alors qu’il rendait visite aux troupes.

Sur des chemins paisibles – Part 1

Le monument de la Porte de Menin sert à commémorer près de 55 000 soldats du Commonwealth britannique morts en Belgique dont le lieu du dernier repos est inconnu. [ILLUSTRATION : JENNIFER MORSE]

Le temps était parfait en France au mois d’aout : ciel bleu pour la photographie et nuages moroses pour la peinture. J’étais allée en Europe pour peindre.

Les musées de classe mondiale sont remplis de paysages champêtres normands et flamands. Cette terre a une riche production artistique et agricole. Mais elle est aussi chérie pour une tout autre raison.

C’est là que le monde entier est allé se battre, deux fois plutôt qu’une. Plus de 111 650 Canadiens sont morts aux deux guerres mondiales. Ils sont enterrés là-bas.

En tant qu’artiste, la juxtaposition de la guerre et de la paix m’intéresse. J’imagine les citoyens européens piqueniquant le long des mêmes côtes que les Canadiens ont prises d’assaut, occupés aux choses d’aujourd’hui sur les champs de bataille d’autrefois.

J’aimerais voir si le souvenir existe hors saison, quand personne ne sait que les invités arrivent.

L’air estival est frais. À huit kilomètres au nord-ouest de la ville médiévale d’Arras, en France, les ruines de Mont-Saint-Éloi s’élèvent au loin. Les tours fantomales servaient de poste d’observation aux alliés à la Première Guerre mondiale. C’est là que commence mon voyage.

Aujourd’hui, l’herbe et même les petits arbustes poussent dans les fissures en haut de la façade de pierres, et les pigeons que je dérange s’envolent de leur perchoir tranquille. De cette perspective, les deux pylônes blancs de Vimy sont visibles à l’horizon, au nord-est. Les Français sont sympathiques, ser­viables. « Toujours droit! », me disent-ils dans les villages et les communes aux maisons de brique rouge de Neuville-Saint-Vaast, Givenchy-en-Gohelle et, finalement, Vimy.

Aux premières lueurs de l’aube, le 9 avril 1917, les Canadiens lancèrent leur attaque à Vimy. Cinq jours après, ils avaient conquis plus de terrain que lors des offensives britanniques précédentes, mais le prix avait été élevé. Plus de 10 000 victimes, dont 3 598 morts. Or, la crête de Vimy est un monument de fierté nationale érigé en l’honneur du succès qui y a eu lieu et qui fait partie de ce qui nous lie en tant que nation.

Le monument massif qui s’élève devant moi brille trop. Je tourne autour, m’abritant les yeux de la main, et je tombe sur une dame âgée qui montre de la main les 11 285 noms gravés sur les murs : les noms des soldats disparus et présumés morts en France à la Première Guerre mondiale.

Les ruines grises et silencieuses de l’abbaye du mont Saint-Éloi, près de la crête de Vimy. [ILLUSTRATION : JENNIFER MORSE]

Anne-Marie Bourdrez habite le village avoisinant de Neuville-Saint-Vaast (le lieu du plus grand cimetière de guerre allemand en France) et se rend à Vimy à peu près une fois par mois. Avec l’aide de sa belle-fille, Alice, Anne-Marie m’explique : « Mon beau-père venait ici planter des arbres. Les arbres venaient du Canada. Un arbre par soldat : onze-mille soldats, onze-mille arbres… Les arbres ont grandi, touffus et pleins de branches, alors pendant 17 ans, mon mari est venu ici pendant les vacances pour les élaguer. ». En effet, le terrain est recouvert d’érables immaculés, élagués assez haut pour qu’on puisse bien voir le champ de bataille et les moutons qui y paissent. Dans quelques mois, les milliers d’érables vont devenir rouges, dorés ou orangés.

Il y a des tunnels à 20 mètres sous Arras, qu’on appelle les Boves, où la population s’est abritée pendant les bombardements. Les troupes alliées s’en servaient pour se rendre aux champs de bataille en secret. Juste avant l’assaut du 9 avril 1917, le système de tunnels abritait 24 000 hommes.

Le Mur des Fusillés se trouve au bord d’Arras, au bout d’un sentier ombragé. Il s’agit d’un mémorial dédié aux 218 patriotes français tués à l’extérieur de la citadelle par les occupants allemands entre 1941 et 1944.

Les tranchées de la Première Guerre mondiale s’étendent au nord jusqu’en Belgique, au saillant d’Ypres, où ont eu lieu certains des combats les plus féroces. La portée de l’artillerie allemande était de 10 kilomètres à partir du saillant; la ville de Poperinge s’en trouve à 11 kilomètres et la plupart des édifices semblent intacts. Poperinge est un endroit charmant et la maison Talbot, qui donne sur une rue pavée, n’est pas bien différente de ce qu’elle était lors de son ouverture, le 11 décembre 1915. C’est là que les soldats de la Première Guerre mondiale allaient se reposer du front, où ils buvaient du thé, du chocolat chaud ou du café, jouaient du piano, assistaient à des spectacles et allaient à la chapelle installée au grenier. J’ai passé quelques heures merveilleuses avec Simon Barber, le directeur de la maison Talbot. Il y est bénévole pendant deux semaines par année et il me dit qu’environ « 45 p. 100 des visiteurs ont un lien direct avec le souvenir et les autres y vont simplement pour s’imprégner de l’ambiance de la région. »

La ville d’Ypres est pleine de touristes venus gouter les chocolats et la bière. Le monument de la Porte de Menin est situé à un croisement, où chaque soir sans faute, à 20 heures, les citoyens s’assemblent pour rendre hommage aux morts. Cette cérémonie crépusculaire sert à commémorer ceux qui sont morts à la Première Guerre mondiale et dont le lieu du dernier repos est inconnu. Leurs noms ont été gravés dans le mur de pierres et le monument massif est entouré par des centaines de personnes qui écoutent tranquillement le dernier clairon.

L’impressionnant mémorial de Saint-Julien, situé où les premières attaques au gaz de la Première Guerre mondiale ont fait des victimes canadiennes. [ILLUSTRATION : JENNIFER MORSE]

Le dimanche matin, l’air me donne l’impression que septembre est arrivé et les odeurs se répandant dans les rues pavées me rappellent mon enfance. Aujourd’hui, je me mets à la recherche du « canadien », l’élégant Mémorial de Saint-Julien. Il s’agit d’un pilier en granite gris qui s’élève à 11 mètres, au sommet duquel a été sculpté un soldat canadien, tête penchée par en avant et les mains croisées sur une crosse de fusil. La veille, à la Porte de Menin, j’avais demandé à nombre de gens s’ils savaient exactement où il se trouvait. Les Belges m’avaient souri en disant : « Ah, oui; le beau, le canadien », mais ils ne m’avaient pas dirigée précisément.

Les terres cultivées de Flandre longent la route pittoresque jusqu’au petit village de Saint-Julien. Là, dans la campagne, à sept kilomètres d’Ypres, un fermier grand et mince d’une bonne soixante-dizaine d’années sort arroser ses plantes et dévisa-ger l’étrangère au bord de la route. Je m’approche de lui pour le saluer, et balbutie dans un français limité pour lui demander de m’indiquer le chemin du monument. Il continue d’arroser ses plantes, comme si je ne l’intéressais pas, ou comme s’il ne m’avait pas comprise. Puis il me demande comme si de rien n’était : « D’où viens-tu? d’Allemagne? » En entendant « Canada », il laisse son arrosoir et son anglais s’améliore. Il m’indique la direction de ses grandes mains bronzées. « À droite, à un kilomètre ou deux d’ici », dit-il. Et le voilà : mon mémorial préféré. Les 2 000 hommes de notre pays morts lors des premières attaques au gaz de la guerre sont commémorés ici. Il y a des conifères en forme de cône et sur des milles à la ronde s’étendent des champs comme dans les prairies du Manitoba.

Je me faufile dans ma petite voiture à travers les champs de maïs et de pommes de terre sur les routes de campagne de Passchendaele. Les maisons sont en briques, avec des jardins soignés et des rideaux blancs qui volent au vent dans les fenêtres ouvertes. Aux abords de la ville, il y a une petite affiche verte de la Commission des sépultures de guerre qui pointe un champ de maïs. C’est un peu surréel. Un tunnel d’un peu plus d’un mètre de haut a été creusé dans un champ. Une bande de gazon s’étend sur 90 mètres, à peu près comme un tapis vert. Ensuite, la bande étroite tourne à gauche et s’étend sur 15 mètres de plus. À part des corbeaux qui croassent et du froissement des tiges, tout est silence. Là, au milieu d’un champ de maïs, se trouve un monument dédié au 85e Bataillon (Nova Scotia Highlanders).

La belle basilique restaurée – y compris sa statue dorée – à Albert, en France. [ILLUSTRATION : JENNIFER MORSE]

Cette petite clairière n’est qu’à quelques kilomètres du cimetière de Tyne Cot, le plus grand cimetière militaire du Commonwealth du monde. Sur les 12 000 morts qui y sont enterrés, il n’y en a qu’environ 3 500 qui ont été identifiés. Plus de 1 000 Canadiens s’y trouvent et des dizaines de personnes circulent parmi les tombes pour leur rendre hommage.

Cette partie du saillant s’étendait le plus vers les positions ennemies et les combats y ont été féroces. Les Canadiens y lancèrent leurs premières offensives planifiées en juin 1916. Nos soldats sont aussi commémorés à la côte 62 (Bois du Sanctuaire). Un garçon blond explore la colline avec ses grands-parents flamands. Ils l’emmènent à « beaucoup, beaucoup » de monuments situés dans cette région de Flandre et ils sont étonnés que je sois venue de si loin.

Le village d’Albert entoure une magnifique cathédrale dont le dôme du clocher est surmonté d’une statue de la Vierge soulevant son enfant à bout de bras. Pendant la Première Guerre mondiale, la ville a été bombardée jusqu’à en être presque ensevelie sous les décombres, mais le clocher et les murs de l’église sont restés debout. La vierge dorée, déstabilisée, pendait parallèlement au sol pendant la plus grande partie de la guerre. D’après la légende, la guerre se terminerait quand elle tomberait. Aujourd’hui, elle est à nouveau debout, offrant son bébé aux cieux et la basilique qu’elle couronne, reconstruite, est magnifique à l’intérieur comme à l’extérieur.

Le premier jour de la bataille de la Somme fut le jour le plus sanglant de la Grande Guerre pour l’armée britannique. C’est un jour gravé dans la mémoire collective des Terre-Neuviens et honoré à Beaumont Hamel. Le 1er juillet 1916, 780 hommes du Newfoundland Regiment furent envoyés à l’assaut et, en moins d’une demi-heure, il n’en restait que 110. Les routes au nord et à l’est d’Albert sont surnommées le circuit du souvenir, une boucle qui passe par Beaumont Hamel, Thiepval et Courcelette avant de revenir à Albert. Les morts y sont commémorés partout.

Les noms de plus de 72 000 soldats du Royaume-Uni et d’Afrique du Sud dont le lieu de sépulture est inconnu sont inscrits sur le monument de Thiepval.

Le cimetière de fosse commune de Régina est situé sur un coteau paisible au-dessus du village français de Grandcourt. [ILLUSTRATION : JENNIFER MORSE]

Le temps change lors de mon passage. La pluie est froide et drue alors que je conduis le long d’une route en terre battue vers un autre champ de céréales à la recherche du cimetière de fosse commune de Régina, près de Courcelette. C’était la tranchée allemande la plus longue du front pendant la guerre. Il fallut deux mois d’attaques par les divisions canadiennes avant de tomber, le 11 novembre 1916, entre les mains de la 4e Division canadienne. Cinq-cent-soixante-quatre Canadiens y sont enterrés.

Un garçon d’à peu près 10 ans aux longs cheveux blonds et à la peau dorée saute de l’énorme tracteur qu’il conduit et m’aide à ouvrir la porte de fer mouillée. Il ne me dit qu’un seul mot : « Canada? ». J’acquiesce et il me sourit tout en m’indiquant d’un geste d’entrer. Ce cimetière se trouve en plein milieu du champ de céréales qu’il est en train de récolter. Sans se soucier de la pluie, il remonte sur son engin énorme et tire sa remorque à travers les tiges jaunes pour aller rejoindre la moissonneuse-batteuse. Ce champ isolé me semble un bon endroit pour quelque chose qui porte le nom de Régina.

La bataille de la Somme a couté 24 000 victimes au Canada. Les Allemands l’appellent dat Blutbad (le bain de sang). Presque un siècle plus tard, le nom de Dieppe évoque les mêmes sentiments dans notre pays. Aujourd’hui, les falaises de Dieppe servent de toile de fond aux nombreuses personnes qui prennent un bain de soleil, mais pour les Canadiens, elles sont à jamais une amère icône de la guerre. Le 19 aout 1942 à l’aube, la force alliée lança un assaut à Dieppe. Neuf heures après, c’était fini, surtout parce que les péniches de débarquement ne pouvaient plus s’approcher des falaises, à cause de la grêle de balles pro-venant de ces dernières, pour aller au secours d’autres survivants. Sur les 5 000 Canadiens qui ont pris part au raid, 907 ont perdu la vie et presque 1 950 ont été faits prisonniers.

Le ministre des Anciens Combattants, Jean-Pierre Blackburn, salue Madame Monique Bourgois au monument canadien à Dieppe. [ILLUSTRATION : JENNIFER MORSE]

Entre la plage et le Square du Canada, petit parc situé à l’ombre des falaises, il n’y a qu’une petite promenade. Une octogénaire guillerette s’assied à côté de moi sur un des bancs du parc. Elle porte un tailleur crème et taupe élégant et un chapeau de paille couvre ses cheveux roux frisés. Toulouse Lautrec me vient un instant à l’esprit; il n’a jamais peint une dame habillée aussi convenablement que celle-ci. Grâce à mes quelques mots de français et à son anglais bien meilleur, je découvre qu’elle habite à Dieppe depuis plus de 60 ans, et elle me dit avec fierté que son mari en a été le maire pendant 18 ans. « On avait beaucoup, beaucoup de cérémonies pour les Canadiens » pendant ce temps-là, me dit-elle. Elle me demande timidement si je sais qu’un ministre canadien important va venir aujourd’hui. Il se trouve que Jean-Pierre Blackburn, ministre des Anciens Combattants, va faire une escale inattendue à Dieppe cet après-midi.

« Qu’est-ce qui vous amène en France », me demande-t-il en riant quand il m’aperçoit parmi la foule de journalistes et de citoyens français. Je lui présente la petite dame au chapeau de paille et tous les reporters français nous entourent. Madame Monique Bourgois, émue à la suite du petit moment passé avec le ministre, se tient seule dans le jardin en murmurant « Nous nous souviendrons d’eux. Je viens parce que nous nous souvenons, nous nous souvenons, nous nous souvenons… » Je parle à une autre femme quelques instants et, quand je me retourne pour lui dire aurevoir, elle est partie.

Le combat pour Salavat -Partie 5

Le 1er Peloton gravit Salavat Ghar au petit matin. [PHOTO : ADAM DAY]

Les villageois décident

Le présent fascicule est le dernier de notre série sur les efforts déployés par le 1er Peloton de la Compagnie Alpha du 1er Bataillon de la Princess Patricia’s Canadian Light Infantry (PPCLI) dans le but de gagner la confiance des villageois de Salavat, une petite collectivité du district de Panjwai de la province de Kandahar, en Afghanistan. Tout ce qu’a fait le 1er Peloton au cours des semaines passées a donné lieu à une réunion de plus avec les ainés de la localité, au cours de laquelle les villageois devraient annoncer s’ils ont décidé de coopérer avec les Canadiens ou de fuir la région pour chercher la sécurité dans un endroit où il n’y aura pas de forces de la coalition.

XIe et XIIe jours : Les interminables patrouilles avant l’aube pendant que XIe et XIIe jours : Les interminablespatrouilles avant l’aube pendant que les villageois décident ce qu’ils vont faire

Lors de la choura tant attendue des ainés de Salavat, il y a quelques jours, le capitaine Bryce Talsma, commandant du 1er Peloton, a entendu les villageois dire plusieurs fois qu’ils n’étaient pas très contents que les Canadiens parcourent le village fréquemment avec leurs armes et leurs blindés, prêts au combat. Le point de vue des villageois n’est pas difficile à comprendre : la présence de tant d’étrangers casqués portant autant de fusils et de roquettes bouleverserait n’importe quel quartier au monde.

Talsma ne voulait quand même pas arrêter les patrouilles, de peur que l’ennemi crée du désordre pendant la période cruciale où les villageois allaient prendre leur décision. Ainsi, après avoir bien réfléchi au problème, il arriva à une solution : minimiser les perturbations en patrouillant Salavat avant l’aube, puis, au sud de la ville, passer à côté par Kharo Kala avant de retourner à la base.

Ces patrouilles devaient quitter la base vers 4 h et se poursuivre jusqu’à tout juste avant le diner. Dans le jargon des fantassins, ces sorties s’appellent des bag drive (battue de sac).

Toutefois, même les fantassins les plus bougonneurs de la PPCLI ne ronchonnaient pas beaucoup à la perspective de se lever à 3 h. Le temps ne semblait plus avoir grande importance. Ce n’est pas qu’il n’existait plus, mais les soldats ne pensaient plus à un avenir lointain. Il leur semblait contreproductif, peu judicieux de le faire, comme présumer qu’on va survivre au-delà des prochains instants porte malchance.

Ainsi, les soldats semblaient parvenus à un état rare, la paix que l’on ressent quand on vit au moment présent. Si l’on peut dire d’un groupe de biffins demeurant dans des conditions difficiles, dans un tout petit fort entouré par l’ennemi, qu’ils sont sereins — même s’il s’agit d’une sérénité de condamnés possibles — c’est quand même chouette. Les soldats dorment quand ils sont fatigués, ils mangent quand ils ont faim et ils s’occupent de ce qu’il se passe sur le moment. Les théories superficielles mises à part, cette sérénité apparente pourrait tout aussi bien être le résultat à la fois de l’adrénaline, du manque de sommeil et de la déshydratation chroniques. Difficile de savoir.

De toute façon, il se trouve que les longues marches à l’aube en Afghanistan sont bonnes pour le moral, bien qu’elles soient certainement inconfortables pour le corps. Le soleil s’y lève rapidement et de bonne heure, mais sa lumière est faible et il n’y a pas du tout de chaleur pendant plusieurs heures. Et puis tout à coup, on dirait qu’il s’allume : tout le monde arrête de greloter et se met à transpirer en quelques secondes.

Une des principales tâches des patrouilles du 1er Peloton était d’explorer les abords de leur nouveau domicile. Salavat Ghar est la ville adjacente, au sud. Il s’agit d’un ensemble de sommets découpés qui s’élèvent à plusieurs centaines de mètres et d’où l’on a une excellente vue non seulement de tout Salavat, mais également de Nakhonay, « l’antre de la chicane » comme dit Talsma, de l’autre côté d’un ruisseau tari.

Une de ces patrouilles doit se faire sur cette montagne, bien sûr. Après plusieurs heures passées à tituber dans le noir jusqu’à la montagne, personne ne se réjouit à la pensée de l’escalader. « Si je ne suis pas revenu dans 20 minutes », dit le caporal-chef Paul Guilmane en regardant vers le sommet, « attendez plus longtemps ».

Guilmane et un petit groupe de soldats finissent par gravir la montagne en serpentant. Or, d’après une histoire militaire très récente que j’appris par la suite, un soldat canadien a été tué au petit jour au sommet de Salavat Ghar quelques mois auparavant, en juillet. Le soldat Sébastien Courcy, membre du 22e, a mis le pied sur une mine près du sommet et l’explosion l’a propulsé dans le vide.

Toutefois, Guilmane et son équipe ne furent pas victimes de violence et, bien que souvent tendus, confus, éreintés, les patrouilleurs revinrent tous au camp en vie.

De retour à l’intérieur de l’enceinte de la petite école, le combat le plus féroce de la rotation du 1er Peloton a été celui où Talsma et ce qui était probablement un petit serpent extrêmement venimeux se sont mesurés sur la terrasse du poste de commandement. Au début, le serpent a pensé s’enfuir, mais il a vite changé d’idée; il a rebroussé chemin et a dressé une embuscade féroce. Talsma a poignardé le serpent qui grondait terriblement et essayait de le mordre. Le sergent C.J. Flach est arrivé par la suite avec un balai et en a donné de grands coups au serpent. Alors que les deux techniciennes médicales encourageaient les hommes, le caporal John Little, surnommé l’ambassadeur, trouvait que ce n’était pas le moment d’être héroïque : « Je n’aime pas les serpents, se lamentait-il à voix haute. Regardez-moi, ici, sur la boite. » En effet, il dansait et tressautait sans vergogne sur une boite en bois en espérant se faire épargner une morsure. Le serpent réussit à s’enfuir, bien que gravement blessé.

Le vendredi, à la veille du jour où les villageois devaient prendre leur décision, le vieux problème du lieutenant Saed réapparut quand le commandant de son bataillon ainsi que le commandant de l’ELMP — le major Steve Macbeth — arrivèrent pour essayer d’apporter de la clarté et de l’harmonie au conflit qui bouillonnait entre Talsma et Saed.

Bien que les détails de ce qui s’est passé à la réunion aient été gardés plutôt secrets, Talsma avait espoir, au moins un peu, que les choses allaient s’améliorer. « Saed a changé de ton, mais je pense que c’est parce qu’il reconnait que la dynamique de la collaboration avec la PPCLI n’est pas du tout la même que celle qui existait avec le 22e. Il est devenu bien plus accommodant.

« Toutefois, le sort en est jeté en ce qui me concerne, dit-il. Il y a de sérieux problèmes. Au début, je me le représentais comme s’il était Canadien, alors qu’il est évident que ses motivations et ses perceptions sont complètement différentes des miennes. »

La question de Saed, comme tant d’autres questions sur lesquelles bute le 1er Peloton, est emblématique de l’Afghanistan lui-même, où il semble qu’aucune crise n’est jamais réglée : elle est simplement remplacée par une autre.

Les ainés de Salvat considèrent leur sort à la choura. [PHOTO : ADAM DAY]

De toute façon, il se pourrait que la maison du peloton de Salavat ait été une ruse, un geste de contrinsurrection pour la forme, alors qu’en réalité, on avait l’intention de créer un désordre cinétique à Nakhonay. Des tireurs d’élite, qui étaient venus pour ce faire, avaient hâte de commencer à tirer. Quelques heures après leur arrivée au camp, l’un d’entre eux est venu me voir pour me demander si j’avais des photos « d’objectifs de grande importance ».

« Je suis un reporter », lui répondis-je.

« Oh », dit-il, et il partit rapidement.

En outre, le peloton de reconnaissance devait arriver. Et le 2e Peloton, le « peloton d’attaque », campait dans l’allée derrière l’école. Le commandant de la compagnie et l’équipe de son poste de commandement tactique étaient revenus aussi. La maison du peloton semblait être devenue une base de rassemblement pour l’invasion de Nakhonay.

En début de soirée, un message radio du haut commandement provenant du terrain d’aviation de Kandahar nous amusa. Lors des consignes semi-régulières passées à toutes les positions canadiennes, quelqu’un à Kandahar a cru bon — et peut-être avec raison — de rappeler à tout le monde que les communications par l’Internet pouvaient être surveillées par l’ennemi. Alors, à la tombée de la nuit, Talsma appela ses commandants pour leur lire la consigne selon laquelle tout le monde devait faire attention à ne pas compromettre la sécurité opérationnelle sur Facebook ou sur Twitter. Les soldats, perplexes, regardèrent tout autour. Il n’y avait la lumière qu’en quelques rares endroits à Salavat, la situation concernant l’eau était souvent désespérée et on faisait ses besoins dans des seaux. L’accès à l’Internet était inexistant.

XIIIe jour : Le jour de décision à Salavat

Le matin du jour de décision, le camp était frénétique, la cuisine était plus que bondée et les soldats avalaient les toutes dernières rations. « Dans l’armée, de toutes les habiletés, celle qu’on apprend le mieux, c’est comment souffrir », dit Talsma d’un air pi-teux alors qu’il se préparait à manger froide une omelette à la sauce aux champignons sortie d’un sac.

Juste avant la choura, alors que les ainés commençaient à arriver dans l’enceinte voisine, le major Ryan Jurkowski, commandant de la compagnie Alpha, prit quelques minutes pour penser tout haut à ce que tout cela signifiait.

La décision de ce jour-là était des plus importantes à presque tous les points de vue. Si les gens décidaient de partir, c’était une perte. Une perte presque totale. S’ils décidaient de rester, c’était une victoire. Le dénouement allait être à peu près aussi décisif que n’importe quelle bataille de contrinsurrection. « S’ils décident de partir, c’est symboliquement une motion de censure, dit Jurkowski. C’est un référendum sur notre capacité à les protéger. »

Et il était intéressant, pour une fois, de se trouver de l’autre côté d’une action pressante et probablement inutile. C’était normalement la coalition qui se trouvait dans cette position. Mais cette fois-ci, c’étaient les villageois qui n’étaient vraiment pas suffisamment renseignés pour faire un bon choix sur ce qu’ils devraient faire et, plutôt que d’essayer de se renseigner davantage, ils avaient simplement décidé d’agir. « Que les gens de la place s’en aillent ou qu’ils restent, cela ne change en rien ce que nous devons faire, dit Jurkowski. Même s’ils s’en vont, nous devons montrer que nous sommes résolus. Nous ne partirons pas de Salavat, quelle que soit leur décision.

« S’ils s’en vont, cela veut dire que nous avons mal évalué l’influence des talibans à Salavat, poursuivit-il. Mais c’est un monde ni blanc ni noir; rien n’a échoué, c’est ainsi qu’on résout les problèmes en Afghanistan : on s’en va. Et même s’ils s’en vont, ils finiront par revenir. C’est simplement une manière de survivre dans la région. Je ne considère pas ça comme un échec. Je considère que nous devons rajuster notre approche.

« L’état du village s’occupe de lui-même. Les étrangers — qu’ils viennent d’un autre pays ou d’une autre vallée — ne devraient pas lui donner un coup de main; et quand on admet qu’on a besoin d’aide, on est redevable envers la personne qui aide.

« Il y a autre chose d’intéressant. Il revient au dirigeant du district de faire le nécessaire pour que ses gens restent. Si c’est un jour si important pour Salavat, où est Hajji Baran? »

Le dirigeant du district était absent. À la place, quand les ainés du village s’assirent, c’est Saed qui se leva en premier à nouveau, offrit ses salutations et fit un (long) discours.

Même si c’était une petite victoire, une victoire compliquée étant donné la complexité de Saed, il était remarquable de finalement voir un membre de l’Armée nationale afghane (ANA) dans une position de chef.

Un des ainés se leva après le discours de Saed, durant lequel il promettait à nouveau aux villageois des panneaux solaires, des tapis pour leurs mosquées et d’autres choses sûrement difficiles à obtenir. « Je n’écouterais jamais le discours d’un diable; jamais », dit l’ainé, impassible, fort probablement à propos des Canadiens. « Mais je suis avec vous. »

Il était clair à ce moment-là que les villageois allaient rester.

Le caporal-chef Paul Guilmane à Salavat Ghar observe la ville de Nakhonay. [PHOTO : ADAM DAY]

Une autre chose était claire : Saed avait atteint son but apparent de devenir l’homme fort de la localité.

C’était donc le moment de négocier. Les villageois, puisqu’ils allaient rester, voulaient quelques concessions des Canadiens.

Ils voulaient une clinique médicale — et ils la voulaient dans l’école où étaient basés les Canadiens.

Cependant, plus que tout, ils voulaient que les forces afghanes et canadiennes arrêtent de s’introduire dans leurs enceintes et qu’elles arrêtent de patrouiller dans leur village.

Ils se levèrent un par un et dirent avoir peur que si les patrouilles n’arrêtaient pas de passer par le village, il finirait par y avoir de la violence. Ils ne s’inquiétaient pas outre mesure de savoir qui avait le contrôle de la région : tant qu’on ne tirait pas sur leur village, tant qu’il n’y avait pas d’explosions tuant leurs enfants, ils étaient satisfaits.

Le commandant de la compagnie Alpha interrompit la litanie de plaintes afin de se présenter.

« Je vous remercie de votre accueil, et je remercie Saed de m’avoir expliqué tant de problèmes. Pour ceux qui ne me connaissent pas, je suis le major Jurkowski; je travaille avec le commandant de Saed. Je suis très heureux que nous soyons tous ici, que nous discutions de ce que nous devons faire ensemble, sous la direction de Saed de l’ANA. Il y a deux observations que j’aimerais faire, une sur le développement et l’autre sur la sécurité. Nous sommes la Force internationale d’assistance à la sécurité, nous travaillons pour l’ANA. Nous sommes venus maintenir la sécurité du village de Salavat. Et cela touche au développement, car la sécurité et le développement vont de pair. Quand je pourrai rapporter à mes chefs que Salavat est en sécurité, le développement suivra. Jusqu’alors, on ne peut travailler que sur de petits projets ici et là.

« On voudrait l’aide des gens d’ici pour nos petits projets. On a actuellement un projet de mettre du gravier dans le stationnement de l’école, mais aucun travailleur de Salavat n’est venu. Amenez-moi donc des travailleurs et j’annulerai ce projet-là pour les faire travailler à celui-ci. Il y a autre chose que je pourrais faire : vous aider à hiverniser votre village. »

Ensuite, Talsma se leva pour s’adresser aux ainés, dont il avait rencontré un bon nombre au cours des dernières semaines dans la ville et devant leurs enceintes. Il ne parla pas longtemps, mais il mentionna plusieurs points importants, disant aux villageois que « la peur, c’est la noirceur, et le mal triomphe dans le noir. Ensemble, nous pouvons repousser la noirceur et apporter de la lumière à Salavat ».

L’interprète, qui avait oisivement arraché des herbes pendant que Talsma parlait, attendit la fin du discours et en fit un résumé extrêmement bref. Talsma lui jeta un coup d’œil interrogateur.

On apprit par la suite que l’interprète avait fait un très mauvais travail en ce qui concernait les discours de Jurkowski et de Talsma. Il avait notamment dit aux villageois que Jurkowski voulait les aider à apporter l’hiver à leurs villages et que Talsma voulait apporter la lumière dans leurs foyers. Cela expliquait l’air quelque peu perplexe qu’on pouvait lire sur le visage des villageois.

Il faut le dire, l’incapacité des Canadiens de communiquer de manière fiable avec les villageois rend la tâche de gagner leur confiance bien difficile. La langue est une arme très puissante dans ce combat. Ce n’est pas que les atouts n’existent pas — il existe des interprètes assez habiles pour s’occuper de manifestations complexes comme les chouras et les négociations — mais il n’y en a pas suffisamment avec les soldats qui en ont besoin sur le terrain pour mener à bien leur mission. Que les soldats fussent envoyés à la guerre sans les outils dont ils ont besoin, ce n’avait rien de nouveau, mais ça fait toujours mal de voir une mission minée par quelque chose de si fondamental et de si prévisible que la langue.

Le major Ryan Jurkowski (à d.) et le lieutenant Saed (à g.) s’asseoient près des ainés de Salavat à la dernière choura. [PHOTO : ADAM DAY]

Immédiatement après la choura, Talsma envoya un détachement faire un grand arc dans Salavat et dans le village avoisi-nant de Khairo Kala, résolu à montrer aux villageois, ainsi qu’à l’ennemi, que le 1er Peloton était toujours actif.

Il y avait une différence remarquable dans les villages pendant cette patrouille. C’étaient les enfants; ils n’acceptaient plus nos bonbons. Chaque fois qu’on leur en offrait, ils gardaient les mains fermées et regardaient autour d’eux d’un air coupable, peu disposés à prendre le risque de se faire attraper par les gens — probablement des ennemis — qui les avaient avertis de ne pas s’approcher de nous.

La contrinsurrection, c’est un peu ça aussi : une tentative de leur faire manger des bonbons. Pour bien des raisons, c’est beaucoup plus difficile qu’on ne le croirait.

Finalement, la patrouille tourna le dernier coin en direction de la base —tout près du magasin où tant de bienveillance avait été engendrée lors de la frénésie d’achats du sergent Dwayne MacDougall quelques jours auparavant — et là se trouvait « la punition du nord », l’ainé intolérant du nord de Salavat qui avait fait tout ce qu’il pouvait pour éconduire le 1er Peloton au cours des deux dernières semaines. Il nous fixa d’un œil impassible lorsque nous nous approchâmes de lui. MacDougall lui cria gaiement « Manana », sa fameuse salutation et, incroyablement, le visage du vieux grincheux s’éclaira d’un large sourire. Il se leva, serra la main de MacDougall et lui offrit du thé.

Personne ne s’attendait à une si grande réussite.

Peu après, la patrouille fut de retour dans l’enceinte bondée, saine et sauve. Les tubes à pipi étaient surchargés, toutes les tasses avaient disparu et l’unique téléphone satellite était brisé.

Tout le monde s’assit par terre pour raconter des blagues.

XIVe jour : Le 1er Peloton se retire pour se reposer

Le dernier matin avant le repos et la remise à neuf de l’équipement, un hélicoptère américain Blackhawk survola la base à toute vitesse, à environ 30 pieds du sol, lançant des fusées éclairantes à profusion qui bien sûr frappèrent les tentes et les soldats à grande vitesse, toujours en feu. Un soldat du 2e Peloton fut atteint à la jambe, ce qui le rendit très mécontent. Des sacs de sable furent enflammés. C’était simplement un incident parmi d’autres.

Quand on pense au fâcheux passage du Blackhawk au-dessus de la maison du peloton, il est évident que le déploiement terrifiant des machines de guerre, sans raison, rend les villageois méfiants, pour ne pas dire farouches.

La violence, imprévisible, menace constamment.

Quant à Talsma, il comprend les problèmes des villageois clairement, mais pour lui, les résultats potentiels valent les risques. « D’après moi, nous déstabilisons la région où nous allons — avec les hélicoptères, les tirs d’éclairage, les soldats en patrouille, tout ça — de manière temporaire. Les villageois se disent : « vraiment, je ne me sens pas plus en sécurité » et ils n’ont peut-être pas tort. Cependant, tout irait mieux pour tout le monde à long terme, parce qu’il y aura des routes, des cliniques, bref une meilleure vie. Mais on ne va pas amorcer la construction avant que les combats ne soient finis. Et nous ne permettrons pas aux talibans de prendre le pouvoir. »

Talsma, assis, avait un large sourire, son fameux sourire. Il ne faisait que commencer. « Je suis un idéaliste. Je crois vraiment en la liberté; c’est une valeur que l’on devrait rendre universelle. Je ne blague pas quand je dis que la peur, c’est la noirceur, et que le mal triomphe dans le noir. Si on reste fidèle à cet idéal, je pense qu’on peut apporter des changements positifs; peut-être pas pour une nation, mais pour une personne ici et là. Je dois croire que c’est vrai. Et je pense que c’est une corruption de notre caractère national que d’avoir si peur d’imposer notre volonté à quelqu’un d’autre. Je pense que les talibans sont dans l’erreur et que chaque personne devrait être libre de vivre sa vie comme bon lui semble.

« Et, bien entendu, l’ironie, c’est qu’on les y oblige par la violence », ajouta Talsma.

« Mais c’est la nature de la guerre, j’imagine. On a une intention en arrivant : l’intention de fixer des limites, de dire non au terrorisme. Et maintenant, dit-il en regardant autour de lui, cet endroit n’est pas le meilleur pour l’entrainement et l’exportation du terrorisme. C’est donc une victoire.

Les résidants de Salavat observent le 1er Peloton en patrouille. [PHOTO : ADAM DAY]

« Mais maintenant on doit faire face aux conséquences à la fois de nos actions, de n’avoir pas suffisamment de troupes pour commencer, et du fait que c’était un État en déroute au départ. Maintenant que le lait de Perrette est renversé, adieu veau, vache, cochon, couvée; personne ne pourra se tenir la tête haute si on ne va quelque part que pour rouer les gens de coups et repartir, car non seulement l’Afghanistan reviendrait au point de départ, il serait encore pire. »

Comme le chef militaire canadien en Afghanistan, le perspicace général Jonathan Vance, le fait remarquer, c’est « comme si on fabriquait un cube de Rubik et qu’on essayait de le résoudre en même temps ».

Sauf que ce n’est pas un jeu. C’est un conflit ethnique dont la violence empire, dans un pays qui semble fait pour la guerre civile, où nos bonnes intentions ne semblent vraiment pas être très bien traduites dans sa langue vernaculaire.

Seul l’avenir nous dira si la petite tête de pont prise par le peloton à Salavat donnera lieu à quelque chose de plus grand et de meilleur. Les chefs du 1er Peloton ont un rêve; c’est le rêve d’un Salavat prospère. Dans ce rêve, il y a une grosse génératrice d’électricité dont se charge un Afghan de la localité; il y a une école pleine d’enseignants et de petites filles; il y a une clinique médicale; il y a la confiance entre les gens de l’endroit et les forces de sécurité; il y a le bonheur.

Pendant quelques jours à la fin d’octobre 2009, le rêve ne paraissait pas complètement impossible.

C’était le premier stade de la bataille de Salavat et pas un coup de feu n’avait été tiré. Qui avait gagné? Le 1er Peloton.

Mission Afghanistan : Le combat pour Salavat – Les cinq articles de la série se trouvent à legionmagazine.com.

Le combat pour Salavat -Partie 4

Les ainés du village s’assemblent à la choura. [PHOTO : ADAM DAY]

La confiance des Afghans hasardée

La présente est la quatrième partie de notre reportage sur les efforts déployés par une petite unité canadienne dans le but de gagner la confiance des habitants d’un village situé au cœur du pays des talibans, en automne dernier. Le 1er Peloton de la Compagnie alpha de la Princess Patricia’s Canadian Light Infantry se trouve à Salavat depuis une semaine et demie, logé dans l’enceinte d’une petite école à la périphérie du village. Il lutte pour accrocher les villageois quelque peu hostiles du centre du district de Panjwai, l’endroit le plus dangereux de la province de Kandahar pour les Canadiens.

Jour 9 – Une choura n’a pas lieu et une mission de déminage vers l’est est précipitée

Depuis les années que les Forces canadiennes font la guerre en Afghanistan, des choses se sont améliorées dans le domaine des opérations. Il y a des hélicoptères canadiens pour le transport des troupes et des approvisionnements, par exemple; moins de Canadiens  meurent donc dans les convois le long des sentiers parsemés de bombes dans l’arrière-pays. Et le militaire lui-même semble s’être mieux adapté aux exigences extraordinaires de la guerre. En 2006, beaucoup de soldats et de dirigeants semblaient dispos relativement à la complexité du conflit et enclins à une sorte d’optimisme bureaucratique : on pourrait appeler cela l’influence du commandement. C’était une tendance qu’avaient certains, d’ignorer les difficultés apparentes et, insouciants, de transmettre les bonnes nouvelles à la chaine de commandement, apparemment dans le but de se faire valoir. Bien qu’on m’ait assuré qu’il s’agit là d’une vieille tradition militaire — rien de plus qu’une sorte de carriérisme inconséquent — les problèmes qui en résultaient sur le terrain étaient sérieux : si tout un chacun ne communiquait que les bonnes nouvelles à ses supérieurs, les politiques et les directives en sens inverse ne risquaient pas d’être très judicieuses pour la situation telle qu’elle était réellement.

Il n’y a rien de mal à dire qu’actuellement les Forces canadiennes, ou tout au moins les membres de la PPCLI, prennent très au sérieux le devoir de percevoir et de rapporter la situation réelle, quel qu’en soit le degré d’atrocité ou de futilité.

Le mardi 20 octobre 2009, la situation à la maison de peloton, à Salavat, était des plus futiles. Le capitaine Bryce Talsma, commandant facile à vivre du peloton, avait choisi ce jour-là pour essayer de réunir les ainés du village pour la première fois : d’organiser une choura, comme on dit là-bas. Mais étant donné que l’influence des Canadiens chez les villageois était, pour l’instant, inexistante, dirait-on, rares étaient les membres du 1er Peloton qui avaient bon espoir que les villageois se montrent à la base canadienne.

Le 1er Peloton rencontre des résidants de Salavat. [PHOTO : ADAM DAY]

Le caporal John Little, ambassadeur amical du peloton sur qui on pouvait compter pour égayer la compagnie, commença la ma­tinée en s’asseyant sur le sable chaud au milieu de l’enceinte de l’école, et se mit à jouer son nouveau rôle de devin militaire pour amuser un petit groupe de soldats. « Il y a 40 p. 100 de probabilités d’hostilités aujourd’hui, dit-il gravement pour se moquer des météorologues, avec une possibilité d’embuscade à la grenade propulsée par fusée qui se dégagera en soirée et de la mise en place d’EEI au cours de la nuit. Aucune possibilité de choura ce matin. »

Bien que les détails expliquant pourquoi la choura n’aura pas lieu étaient cédés au domaine des rumeurs (principalement que le commandant de l’Armée national afghane (ANA), le lieute­nant Saed, avait dit aux ainés de ne pas venir; ou que les talibans leur avaient dit de ne pas venir, ou les deux, ou que c’était la même chose), les soldats n’en tenaient pas vraiment compte. La seule partie qui avait de l’importance, c’était qu’une section au grand complet avait été prête depuis l’aube pour assurer la sécurité de quelque chose qui n’avait pas eu lieu, bien entendu, mais qui n’avait été écartée officiellement que juste avant le diner.

Le sergent Dwayne MacDougall mena une révision posté­rieure au combat simulée après que sa section se fut tenue prête dans le stationnement chaud et poussiéreux pendant des heures.

Le caporal-chef Shane Stackpole fut le premier à donner son avis : « Au réveil, on nous a ordonné de nous équiper. Ça s’est bien passé. Vous vous êtes tous bien comportés. Ensuite, on a fait le pied de grue pendant quatre heures, alors que la mission fut changée ou annulée trois fois. Un bon boulot, là aussi. On a peut-être trop attendu debout, on se serait probablement affai­blis si on avait dû attendre encore longtemps. On va travailler ça. »

Les soldats de la section, amusés, se prélassaient dans la chaleur étourdissante en attendant d’être remerciés.

« À la dérive dans un océan de confusion », dit Talsma en passant au pas de course et démontrant son penchant pour les citations sorties d’on ne savait où.

Quant à l’ennemi, il était toujours dans les environs. Et les villageois n’étaient toujours pas convaincus des bonnes intentions du 1er Peloton. Le moment était venu de partir en patrouille.

L’école où habite le peloton est située au bord d’une plaine broussailleuse et inhabitée longue et sèche. À un kilomètre au nord se trouve le village de Mohajerin, où est située une autre maison occupée par un peloton canadien. Au sud, il y a Salavat et, au-delà, Nakhonay. À l’ouest se trouvent les abords habités de Bazaar-e-Panjwai, capitale du district. À l’est, il y a un enchainement de routes et de petits villages qui, à ce moment-là, étaient encore essentiellement inexplorés.

Ainsi, le premier devoir était donc de fouiller la route vers l’est à la recherche de dispositifs explosifs : les bombes mises en place par l’ennemi pour exploser si une cible anti-talibans se bala­dait à leur portée.

La pénible tâche du déminage de la route fut confiée à l’attachement du 1er Régiment de génie de combat commandé par le sergent Travis Bramble. Aller trainer le long du chemin de terre, détecteur de métal en main, à la recherche de bombes de fabrication inconnue, peut-être en plastique, ne pouvait pas être très amusant. Mais, curieusement, les sapeurs semblaient être heureux de le faire.

Le caporal John Little (à g.) et le sergent Craig Donaldson. [PHOTO : ADAM DAY]

Les détecteurs de bombes se mirent au travail et les gars de l’infanterie se dispersèrent dans les champs. Quand un démineur tomba sur quelque chose qui avait déclenché son détecteur, Bramble recula d’une dizaine de pieds pour s’en éloigner. Ce n’était pas grand-chose, mais ça en dit long sur ce qui doit se passer ici pour empêcher les blessures multiples ou la mort qu’un seul engin pourrait provoquer.

L’infanterie et la presse se tenaient loin de la scène, heureuses d’observer et de commenter les procédés pendant que le sapeur creusait le bas-côté à la recherche d’explosifs. « Ce qui est bien, c’est qu’on ne sentirait rien s’il y en avait une qui nous frappait, dit le soldat Tom Bryson. Ce qu’il y a de mal, c’est qu’on ferait partie de la société des vaporisés pourpres. »

Après les longues recherches des sapeurs, toutefois, aucune bombe ne fut été découverte et la patrouille quitta la route pour arriver aux alentours d’un village : son premier objectif avait été réalisé.

Jusqu’à ce moment-là, le 1er Peloton avait été très prudent autour des résidants de Salavat : chaque fois qu’une patrouille tombait sur des gens de la place, elle les fouillait soigneusement avant de leur permettre de se mêler à la patrouille. C’est à ce moment-là que le protocole fut abandonné. Ensuite, au crépuscule, après être revenue à Salavat par le sud sans avoir vu qui que ce soit, la patrouille s’est dirigée vers le nord, à travers le centre-ville. Au début, le caporal Little en avant, la patrouille prenait le temps de stopper chaque villageois, de le fouiller, de lui poser des questions, mais au bout d’à peu près une heure, un mélange d’impatience et de confiance s’installa et les Canadiens conduisirent essentiellement directement à travers la ville en boue, parmi des hordes d’Afghans qui se tenaient dans les rues étroites, émerveillés par le défilé d’infidèles en blindés.

Bien que de s’exposer au feu ennemi à travers la ville ne faisait pas partie du protocole habituel, personne n’en était vraiment responsable. John Little était en avant, comme il l’était presque toujours, et s’il y a une chose qui a précipité la nouvelle technique de la patrouille, c’est sa frustration croissante envers l’interprète qui semblait incapable de transmettre de simples ordres aux villageois. « Tu ne transmets pas les instructions très bien, n’est-ce pas? », Little cria à l’interprète après que le troisième Afghan d’affilée eut fait le contraire de ce qu’on lui demandait.

Les sapeurs à la chasse aux mines. [PHOTO : ADAM DAY]

Outre les circonstances ayant trait à l’interprète, il y avait la situation concernant Little lui-même. Bien qu’il ne sortait certainement pas de la norme, en tant que soldat, en ce qu’il aimait l’aventure périlleuse, Little semblait se lancer un peu trop vite vers le grabuge. Si la situation était dangereuse, Little s’y trouvait presque certainement. Pourquoi en était-il ainsi? Mystère. Peut-être prenait-il la tête afin que personne d’autre ne fut obligé de le faire, peut-être avait-il des raisons personnelles de le faire, mais à chaque patrouille, il était invariablement en avant, au front, servant de détecteur de mine autant que de guetteur d’embuscade.

On ne sera pas surpris de la farce que Little fit relativement à sa tendance à prendre des risques. « Je viens de m’avouer vaincu à ce voyage-ci, dit-il. On peut faire tellement de bonnes choses dans la vie quand on s’est avoué vaincu et qu’on a accepté la mort. On a des pouvoirs spéciaux.

Par la suite, le major de la Compagnie alpha, Ryan Jurkowski, prit quelques instants pour expliquer pourquoi, d’après lui, les opérations devraient aller lentement à Salavat. « On attend le bon moment pour voir ce qu’on peut faire pour les aider davantage. On attend qu’il y ait un bon équilibre entre la confiance et la présence imposante de l’ANA pour voir exactement ce qu’on peut faire pour Salavat.

« En attendant, on a un impact sur les opérations de l’ennemi. On voit beaucoup d’intimidation chez les gens des communautés environnantes. On essaie de cibler ça et de le supprimer. À un moment donné les insurgés décideront soit de se frotter à nos voies de communication, soit de s’en aller, soit tout simplement de nous laisser tranquilles. »

L’ainé de Salavat Hajji Pir Mohammed prend la parole à la choura. [PHOTO : ADAM DAY]

Jour 10 — Une choura a vraiment lieu et Saed montre, plus ou moins, son patriotisme envers l’Afghanistan

La journée commença tôt par une vraie tragédie : deux des seaux qui servaient de latrines ont été volés pendant la nuit ou très tôt le matin. Au début, on soupçonna la police nationale afghane (PNA), qui avait semblé, à un moment donné, jouer son rôle dans la choura qui était prévue. Les soupçons restèrent fixés sur la PNA pendant la journée, mais les sceaux ne furent pas retrouvés.

La PNA était ici, finalement, pour servir d’escorte à Hajji Baran, le dirigeant du district de Panjwai, homme corpulent à forte barbe et habillé d’une bure immense qui, curieusement, faisait les cent pas sur le toit de la petite école blanche. On ne savait pas vraiment comment il était monté là-haut.

Un petit groupe de soldats l’observait, se demandant pourquoi un personnage très en vue comme lui se trouvait sur le toit de leur dortoir. « Ça, c’est étrange, dit le caporal-chef Guilmane, ce n’est pas normal. » Il se tourne vers un autre soldat. « Je l’ai vu monter, mais je n’ai rien fait. Je me suis dit que quelqu’un devait être au courant de ce qui se passait. »

Le lieutenant Saed prononce son discours et le capitaine Talsma (au premier plan) et Hajji Baran l’écoutent. [PHOTO : ADAM DAY]

« Il est probablement en train de scruter la place », dit un autre soldat.

Baran est descendu du toit peu après, toutefois, lorsqu’une vague d’excitation traversa la maison du peloton : des ainés afghans s’approchaient de la base. Il semblait que la choura allait avoir lieu.

Ce fut un faux départ. Baran et Talsma sortirent à la rencontre des Afghans à barbe blanche venant de Mohajerin, en traversant les champs vers le nord.

Baran commença par les gronder. « Pourquoi n’êtes-vous que trois? Je suis ici, alors tous les ainés de votre village devraient être ici pour me voir. »

« Il y a beaucoup d’animaux malfaisants dans le village, répondit l’un d’eux. Les autres ont peur ». Un des hommes montra une lettre des talibans qui avait été clouée à une porte pendant la nuit. D’après le traducteur, la lettre menaçait de mort tout villageois qui assisterait à la choura.

Baran ne se laissa pas impressionner. Il leur dit d’expulser les insurgés de leur village.

« Je ne peux pas créer la sécurité, répondit un des villageois. C’est à vous de le faire », dit-il en indiquant Baran et les Canadiens de la main.

Baran resta insensible. Il les gronda longuement à propos de la lâcheté de leur village et puis les renvoya sans cérémonie.

La choura ayant évidemment pris fin avant même de commencer, Talsma salua de la tête les hommes qui s’en allaient et Baran bougonna à propos de sa fierté. Talsma semblait s’habituer à l’inattendu et commencer à prendre plaisir aux surprises et aux déceptions.

Il se tourna vers moi : « Comment vont tes espoirs? » me demanda-t-il.

« Je ne sais même pas ce que ce mot signifie ici », répondis-je.

Il se mit à réfléchir un instant. « Quand la boite de Pandore a été ouverte et que toutes les horreurs ont infesté le monde, tout ce qui restait, c’était l’espoir. »

J’en suis resté muet. Il me sourit et partit faire je ne sais quoi, probablement planifier une autre choura.

De retour à la base, Baran et son équipe qu’on soupçonnait d’avoir volé les sceaux réchauffaient leurs camionnettes fauves en prévision d’un départ rapide. C’est à ce moment-là que quelqu’un dans une des tours de guet attira l’attention sur 30 à 40 Afghans, au sud, qui venaient vers la base. Les ainés de Salavat venaient parlementer.

La caporale infirmière Becky Hudson examine un villageois pendant la patrouille. [PHOTO : ADAM DAY]

Il s’agissait d’un dénouement capital. Plusieurs semaines après l’arrivée des Canadiens — le Royal 22e avait établi la base et l’avait défendue pendant l’été et le début de l’automne — il y avait toujours fort peu d’indications que les villageois coopèreraient, mais 10 jours après l’arrivée du 1er Peloton, les ainés étaient venus conférer.

Talsma organisa rapidement un détachement de réception et se mit à préparer une aire de rencontre à côté de la base, dans un champ abandonné.

Les villageois y furent introduits. Des dizaines d’Afghans à barbe blanche s’assirent à même le sol dur autour de Baran, Talsma et Saed. « Nous avons peur que les soldats de la FIAS (Force internationale d’assistance à la sécurité) tirent sur nos enfants », dit un ainé.

« Dites aux insurgés de ne pas se battre dans le village et ça n’arrivera pas », répondit Baran.

« Ce n’est pas la meilleure solution que de patrouiller à travers le village comme ils le font », dit un villageois en faisant un geste vers les Canadiens.

« On ira où on veut, répondit Baran avec intransigeance. On peut installer des postes de contrôle où on veut. Personne ne peut nous en empêcher. »

C’est probablement l’attitude incendiaire de Baran qui amorça la dispute et, peu après, une bonne douzaine d’ainés criaient à tue-tête, Baran hurlant tout autant qu’eux. Les interprètes abandonnèrent leur besogne.

Et puis une chose inattendue arriva : Saed prit les choses en main. Alors que Baran restait assis à se chamailler avec les villageois, Saed se leva et prononça un discours de presque 20 mi­nutes. Le discours, merveille de rhétorique, fut magistralement prononcé : debout devant les villageois, le lieutenant de l’ANA parlait d’un ton furieux; il criait, lançait son chapeau par terre, gesticulait sauvagement; il montrait tout le charme de l’homme fort.

Le discours fit naitre des idées intéressantes sur le point de vue d’un Afghan relativement au conflit, ce qui est assez rare pour qu’on le remarque.

« Croyez en Dieu! dit-il pour commencer. Ne croyez pas les mots des hommes. J’étais ici du temps des talibans et je me suis battu avec les Russes, et je suis ici maintenant.

« L’uniforme que je porte n’est pas un uniforme américain. C’est mon uniforme. Je ne suis pas un lâche. Je sais que des Arabes, des Tchétchènes, des Pakistanais viennent ici, mais j’ai assez de fierté pour ne pas les laisser vous intimider. Si vous avez des problèmes, dites-moi où et qui, que je m’en occupe. »

Un des thèmes du discours de Saed était un plaidoyer pour l’unité des Afghans afin d’en arriver à la paix et à la sécurité. Il dit même que, si les talibans gagnaient, il allait travailler pour eux. En même temps, il argumentait contre les méthodes brutales des talibans. « Le taliban n’a rien d’étrange à mes yeux. Il est afghan. Il est ma main, mon bras, mon genou, une partie de ma culture, mon peuple, quoi qu’il advienne. Si un taliban fait des choses pour soutenir sa famille, qu’il vienne nous voir et nous le soutiendrons. Nous vous donnerons des emplois. Vous n’êtes pas obligés de détruire votre village et vos gens.

Le sergent Dwayne MacDougall s’entretient avec une personne de la place. [PHOTO : ADAM DAY]

« Nous n’avons pas peur des talibans. J’ai des gens à mes côtés qui sont de braves gens, et je mettrai un soldat dans chaque maison s’il le faut. Et s’ils veulent encore venir, ils devront passer à travers moi. Je suis prêt au sacrifice. On ne devrait pas avoir peur de ces talibans. On n’a peur que de Dieu. On n’a pas peur des hommes qui détruisent les écoles et qui tuent les gens. Ce n’est pas ça, l’islam. Ce n’est pas un djihad. Le Coran ne dit pas de faire ça.

« Dieu ne m’a pas donné le pouvoir de tuer des enfants ou la police ou l’ANA. Même en tant que talibans, si vous arrivez à prendre le pouvoir demain, n’avez-vous pas besoin de l’ANA? de la PNA? Alors pourquoi nous tuez-vous? On est tous afghans. »

Les villageois restèrent assis silencieusement pendant que Saed parlait. Et le temps passait. Il attaqua les talibans sur à peu près tous les fronts, argumentant même que l’argent était leur principal intérêt. « Si les talibans veulent réussir quelque chose, pourquoi ne viennent-ils pas ici me parler? Laissez-les venir; on discutera. Nous avons notre fierté. Nous avons notre histoire. Mais quand on voit de l’argent, on s’attendrit. On se vend les uns les autres pour de l’argent. Les talibans, c’est moi; c’est mon père, mon oncle, mon frère. Peut-être qu’ils sont forcés de faire ça. Ils le font pour de l’argent. Ce n’est pas ça, un djihad. Les talibans font ça pour leurs poches; ça ne fait pas partie de l’islam. Ils font le djihad pour se remplir les poches sur le dos de l’islam. Peu importe combien d’argent vous gagnez, ou ce que vous faites, en fin de compte vous allez mourir et le jour où vous vous trouverez devant Dieu, qu’est-ce que vous allez lui dire à propos de votre vie?

« Gens de Salavat, je vous en supplie, ne faites pas de la religion une partie de vos affaires, ne vous servez pas de votre religion pour gagner de l’argent. Dieu ne vous en sera pas reconnaissant et vous n’aurez rien à lui dire. Vous n’irez pas au paradis. Tout le monde est venu nous bombarder, que ce soient les pays de l’Ouest ou les talibans. Ils veulent faire un paradis en Afghanistan. Je ne veux pas de ce paradis.

« Qu’est-ce que c’est que ce djihad? Allez-vous couper la tête aux innocents? Qu’est-ce que c’est que ce djihad? Le prophète n’a jamais dit de faire des kamikazes dans le bazar, de tuer des femmes et des enfants innocents. Ce n’est pas ça, l’islam. Et si je mens, que quelqu’un se lève et le dise. »

Dans une partie de son discours qui, une fois traduit, fit réfléchir quelques officiers canadiens, Saed fit plusieurs promesses aux villageois qui étaient essentiellement impossibles à tenir.  « Je sais que tout le monde a une arme, et si vous n’en avez pas, venez me voir et je vous en donnerai une, a-t-il dit. J’ai déjà dit que j’apporterai la lumière à chaque maison et si ça ne se produit pas, je ne construirai pas un seul mur. »

Dans la dernière partie de son discours, Saed adressa un  ultimatum aux villageois. Ce n’était pas exactement une me­nace, c’était une instruction : ils allaient devoir arrêter leur double jeu et choisir qui appuyer. « Je suis ici pour votre sécurité. C’est votre droit. Demandez vos droits et vous les obtiendrez. Exigez-les. Prenons tous la même voie. Faisons encore plus d’efforts. Quant à ces étrangers, ces FIAS, ils sont venus vous aider. Nous les avons invités à venir ici. Le président Hamid Karzai les a invités. S’ils étaient ici pour prendre le pays par la force, moi aussi je serais du côté des talibans pour lutter contre eux.

« Quoi que vous fassiez, la chose la plus importante de l’islam, c’est que vous ne mentiez pas. Ici, du plus jeune de nos enfants jusqu’à nos ainés, nous mentons tous les jours. On dit des mensonges. C’est mal. Vous me mentez. Vous me trompez. Soyez bons envers moi, ou soyez méchants envers moi, que je sache qui est mon ennemi. Vous devez prendre une décision : vous êtes avec nous ou contre nous. Je pourrai alors voir mon ennemi et me battre avec lui. Vous devez vous mettre d’accord à propos de ce que vous allez faire. Si vous n’êtes pas contents de ce que j’ai dit, vous pouvez me tirer dessus. »

Et sur ce, Saed s’assit. Les villageois gardèrent le silence quelques instants. D’après l’interprète canadien-afghan, il s’était agi d’un discours ardent. Il avait été tout aussi audacieux que menaçant et son créateur, Saed, s’était effectivement établi en tant qu’autorité dans la région.

Talsma avait l’air très intéressé. Il dit par la suite que les bribes du discours de Saed qu’il avait entendues par l’intermédiaire de l’interprète l’avaient intrigué. Ce n’est qu’une fois le discours traduit qu’il apprit que Saed avait promis l’électricité et des armes aux villageois. Et qu’il leur avait dit de choisir d’être avec nous ou contre nous.

Les villageois parlèrent entre eux et puis un ainé se leva pour répondre. La réunion était finie, dit-il, les ainés allaient partir et décider ce qu’ils allaient faire. Soit qu’ils resteraient et commenceraient à coopérer avec Saed et les Canadiens, soit qu’ils quitteraient tous le village.

Ils reviendraient donner leur réponse dans deux jours.

S’ils décidaient de partir, la maison du peloton à Salavat perdrait instantanément sa pertinence. S’ils décidaient de rester, ce serait le premier pas vers le succès. C’était un moment décisif comme il en arrive probablement dans n’importe quel long effort de contrinsurrection. Les villageois allaient avoir recours à un référendum pour décider s’ils se mettraient du côté de leur gouvernement ou non.

Ce même soir-là, les officiers du 1er Peloton discutèrent avec étonnement de ce qui s’était passé pendant la journée. Saed avait émergé en tant que partie prenante d’un type tout à fait différent et le combat pour Salavat devenait intéressant.

« Si les villageois restent, dit un soldat, c’est comme si on  gagnait une bataille. »

L’adjudant Eisan réagit à cela. « À cette guerre, personne ne “gagne”. Le monde parle de “gagner”, mais je ne pense pas que ça puisse arriver ici. »

Personne ne se montra en désaccord avec lui.

Dans le dernier fascicule : Les villageois votent sur l’avenir de Salavat.

La reine dévoile le huard naval

Un des premiers devoirs qu’a eus la reine lors de sa visite à Halifax en l’honneur du centenaire de la Marine canadienne était de dévoiler la nouvelle pièce de 1 $ frappée d’une image de frégate de classe Halifax.

L’image du nouveau huard a été dévoilée le 29 juin par la reine et le premier ministre Stephen Harper, au carré des officiers de la Base des Forces canadiennes Halifax, lors d’un diner auquel quelque 300 personnes avaient été invitées. À la suite du diner, la reine, le prince Philip et Harper ont fait le tour de la revue navale internationale composée de 28 navires canadiens et alliés stationnés dans le bassin de Bedford dans le cadre des célébrations.

Le carré des officiers est situé dans la tour Juno qui sert de mess et de logement pour les officiers ainsi que pour les chefs et les officiers mariniers. Le ministre du Revenu, Keith Ashfield, servait d’hôte, en remplacement du ministre de la Défense, Peter MacKay, qui se trouvait à Trenton (Ont.). MacKay assistait au rapatriement des dépouilles de la caporale-chef Kristal Giesebrecht et du soldat Andrew Miller, deux infirmiers tués par un dispositif explosif de circonstance, au sud-ouest de Kandahar, le 26 juin.

Au revers de la pièce se trouve la frégate en arrière-plan et deux personnages de la marine qui saluent au premier plan. Le premier porte un uniforme de 1910 et la deuxième est une officière navale de ces jours-ci. Une ancre en haut du dessin symbolise le service naval du Canada.

Le dessin a été créé par l’artiste néo-écossaise Bonnie Ross, qui a conçu plusieurs pièces de collection pour la Monnaie royale du Canada, y compris celles d’un trois-mâts et d’un brigantin de la collection des Grands voiliers (2005-2007). Elle a aussi conçu plusieurs timbres-postes pour la Société canadienne des postes.

Sur l’avers se trouve l’effigie de la reine créée par la portraitiste canadienne Susanna Blunt qui apparait sur les pièces canadiennes depuis 2003.

« La Monnaie est très heureuse d’émettre une pièce de circulation commémorative soulignant les 100 années de loyaux services de la Marine canadienne et rendant hommage aux hommes et aux femmes qui ont servi et qui continuent de servir avec bravoure au sein du service naval canadien », déclare Ian E. Bennett, président de la Monnaie. « Des millions de Canadiens collectionneront cette pièce pour commémorer un siècle de réalisations. »

Le vice-amiral Dean McFadden, chef d’état-major de la Force maritime, a indiqué que « la pièce de circulation commémorative du Centenaire sensibilisera le grand public au rôle joué par la Marine canadienne au cours des 100 dernières années. La pièce témoigne d’une manière visible et utile que les hommes et les femmes de la Marine sont au service de notre pays, en temps de guerre comme en temps de paix, et qu’ils protègent le Canada et ses valeurs. »

Deux jours après le dévoilement, le public était invité à échanger ses huards contre les nouvelles pièces à un évènement de la fête du Canada, à la place du Canada, à Vancouver.

La Monnaie royale du Canada avait fait paraitre plus tôt cette année une collection de pièces en argent sterling à tirage limité frappé à l’image du navire canadien de Sa Majesté Sackville, la seule corvette de la Seconde Guerre mondiale encore en exis­tence, qui sert aujourd’hui de mémorial naval du Canada. Les pièces de collection comprenaient un dollar épreuve numismatique 2010 en argent de 52,95 $, un dollar brillant en argent hors circulation de 46,95 $ et un dollar en argent avec plaquage d’or sélectif, offert exclusivement avec l’ensemble épreuve numismatique 2010, de 109,95 $.

Les pièces de collection sont à vendre à la Monnaie au 1-800-267-1871, en ligne à www.mint.ca/navy ou en personne aux magasins de la Monnaie à Ottawa et à Winnipeg.

La voix de l’engagement

C’était la ville parfaite où réaffirmer un engagement honorable de longue date envers les anciens combattants canadiens et leur famille. Située à mi-chemin des océans Atlantique et Pacifique, Winnipeg est célèbre en tant que « centre » du Canada, mais pour les légionnaires, la ville et un de ses hôtels en particulier ont une signification encore plus capitale : le lieu de la naissance de leur cause fondamentale, une cause qui a servi à former la société canadienne et à améliorer la vie des gens dont ils se préoccupent le plus.

La reconnaissance du lieu de la naissance de la Légion et l’agrément de sa fondation en tant qu’évènement historique national y ont été célébrés le 12 juin, un jour avant l’ouverture du 43e Congrès national. En ce jour historique, le président national d’alors, Wilf Edmond, et le ministre d’Anciens Combattants Canada, Jean-Pierre Blackburn, ont dévoilé une plaque de la Commission des lieux et monuments historiques du Canada à l’hôtel Marlborough.

C’est à cet hôtel qu’en 1925 des dizaines d’organisations d’anciens combattants et d’associations de régiment ont fondé la Légion canadienne de la Ligue des anciens des armées du Commonwealth britannique. Le Canada n’allait pas très bien en ce temps-là et ceux qui étaient revenus de la Première Guerre mondiale se trouvaient face à un chômage massif et à une société qui semblait brisée ou antipathique envers les achoppements sur lesquels ils butaient dans le civil.

Ceux qui retournaient chez eux, a remarqué l’historien Glenn Wright à l’occasion du dévoilement, se sont trouvés en plein cœur d’une nouvelle sorte de bataille : ils ont dû combattre « pour la reconnaissance, pour les avantages, pour le souvenir, pour leurs droits en tant que membres de la société canadienne ».

Cette bataille pour le changement était née au cœur du Canada, dans les villages et les grandes villes et elle avait fini par s’étendre d’un bout du pays à l’autre et dans les coulisses du pouvoir, donnant lieu à des pensions pour les invalides, au renouvellement de la formation, à l’accès aux soins médicaux, à une charte des anciens combattants, aux allocations des vétérans de la guerre et à des programmes qui assistaient les anciens combattants et leurs épouses à rester chez eux dans la retraite. Au congrès de cette année, les délégués ont pris en considération 155 motions sur des sujets allant des anciens combattants aux ainés en passant par le souvenir et la défense nationale.

Lors du dévoilement, Blackburn a remercié la Légion de s’être faite « la championne des besoins des anciens combattants canadiens ». Sa louange a été accueillie chaleureusement, mais en sachant que le travail de la Légion n’est jamais terminé, qu’elle s’occupera toujours à représenter ceux qui ont servi ou qui servent actuellement, au pays ou à l’étranger. La plus grande organisation d’anciens combattants du Canada est sortie de Winnipeg cette année avec l’engagement de trouver des changements positifs dans l’introspection. « Nous allons nous actualiser et faire le nécessaire pour être pertinents », a promis la nouvelle présidente nationale, Pat Varga, et elle a invité tous les légionnaires à « prendre la voie du service; non pas le service pour le service, mais bien pour le mieux-être des autres ».

Cet engagement, tout comme les engagements de ceux qui ont déjà servi, est un bon présage pour la Légion et pour la société canadienne dans son ensemble. Il a servi à faire du Canada un meilleur endroit où vivre et, 85 ans plus tard, il est toujours une voix pertinente au cœur du pays, une voix que les Canadiens devraient continuer d’écouter.

Le moment de réexaminer les paiements forfaitaires

En 2006, les politiciens, les organisations d’anciens combattants et les membres des Forces canadiennes applaudissaient, avec raison, la mise en vigueur de la Loi sur les mesures de réinsertion et d’indemnisation des militaires et vétérans des Forces canadiennes, mieux connue sous le nom de nouvelle Charte des anciens combattants (NCAC). Les avantages financiers et l’ensemble des programmes de réadaptation élaborés pour faciliter la transition de la vie militaire à la vie civile était le couronnement d’années de travail à Anciens Combattants Canada et aux Forces canadiennes en consultation avec des organisations d’anciens combattants, dont la Légion royale canadienne.

Une de ses promesses les plus importantes était qu’il s’agirait d’une charte vivante : une charte qui serait modifiée selon l’évolution des besoins des anciens combattants. Quatre ans plus tard, malgré nombre de recommandations, aucune modification n’a été faite.

C’est la conclusion frappante que le Comité permanent des anciens combattants de la Chambre des communes a émise dans son rapport, La nouvelle charte vivante des anciens combattants à l’heure de la mise au point, publié en juin. Le Comité, ayant entendu plus de 50 témoins, dont la Légion, au cours de 19 séances, a fait 18 recommandations.

La première est une demande à ACC d’instituer un cadre pour s’occuper des dizaines de recommandations faites par le Groupe consultatif sur la nouvelle charte, un groupe de spécialistes comprenant un représentant de la Légion, qu’ACC avait mis sur pied pour surveiller la mise en œuvre de la charte et pour faire des recommandations.

Une grande partie du rapport du comité des Communes concerne le paiement forfaitaire pour invalidité. Le Comité a demandé à ACC de présenter un plan cet automne prévoyant des choix de paiement individualisés en reconnaissance de la douleur. Il s’agirait d’un mélange de paiements forfaitaires, de pensions ou de règlements échelonnés où l’on tiendrait compte de la gravité et de la nature de l’invalidité ainsi que de l’âge et des circonstances du particulier.

Le ministre des anciens combattants, Jean-Pierre Blackburn, a publié une étude en juin où il est déclaré que 69 p. 100 des allocataires sont satisfaits du versement forfaitaire et qu’il n’y a donc aucune raison d’y apporter des modifications. Toutefois, il faut savoir que les écarts actuels dans les avantages financiers doivent être comblés, et ce, dans des délais raisonnables. Il est important aussi de remarquer qu’il n’existe rien qui assure que le versement forfaitaire sera dépensé de manière à prolonger l’appui à l’ancien combattant et à sa famille.

Personne ne suggère que la NCAC n’est pas une amélioration ni qu’on doive retourner à la Loi sur les pensions qui couvre les anciens combattants les plus vieux. Le message, c’est qu’il est temps de faire des progrès, de bâtir sur une bonne fondation.

43e Congrès national: Mener l’équipe

LA PRÉSIDENTE NATIONALE Pat Varga, vétérane de la Marine royale du Canada, est membre à vie de la filiale Coleville (Sask.). Elle a servi au Conseil exécutif depuis 1997 et a siégé à nombre de comités nationaux, y compris celui des anciens combattants, des services et des ainés, celui de la Ligue royale des anciens combattants du Commonwealth (LRACC), celui de la jeunesse, celui du coquelicot et du souvenir, et celui des relations publiques; en outre, elle était ces derniers temps présidente du Comité national des sports. Elle siège actuellement aux comités des anciens combattants, des services et des ainés (en tant que présidente), de la LRACC et du congrès national, ainsi que (en tant que vice-présidente) aux comités des finances et budget et de l’investissement; de plus, elle est membre du groupe consultatif des anciens combattants. Elle est également sondeuse dans le cadre du programme de sondage des soins de longue durée.

43e Congrès national: Les délégués décident

Les délégués prennent part à une séance administrative au Winnipeg Convention Centre. [PHOTO : JENNIFER MORSE]

LÉGENDE

Abréviations de comités : DÉF : défense; C & S : coquelicot et souvenir; R & R : rituel et récompenses; ACSA : anciens combattants, service et ainés.

Abréviations gouvernementales : FC : Forces canadiennes; MDN : ministère de la Défense nationale; ACC : Anciens Combattants Canada.

Législation : NCAC : nouvelle Charte des anciens combattants; RARM : Régime d’assurance-revenu militaire; PAAC : Programme d’autonomie des anciens combattants.

* Dénote une résolution non ratifiée rapportée en séance et approuvée par les membres du congrès.

CONSEIL EXÉCUTIF NATIONAL
1. (QC; N.-É.–NT) — Que le gouvernement fédéral institue le 15 février jour férié appelé Jour du drapeau du Canada.

ANCIENS COMBATTANTS, SERVICE ET AINÉS — GÉNÉRAL
2. (ACSA) — Exhorte le gouvernement fédéral à instituer le jour de la crête de Vimy (9 avril) fête nationale fédérale.
3. (ACSA) — Demande de regrouper les médiateurs fédéraux dans un bureau central doté de pouvoirs semblables aux pouvoirs d’enquête énoncés dans le projet de loi 102 de l’Ontario.
4. (ACSA) — Demande que les lois et règlements du gouvernement soient modifiés pour que les anciens combattants et les personnes à leur charge aient un accès prioritaire aux soins de santé.
5. (ACSA) — Recommande à Anciens Combattants Canada (ACC) qu’il y ait suffisamment de gestionnaires de cas compétents et formés pour assurer la qualité des soins aux anciens combattants.
6. (ACSA) — Demande qu’ACC abroge sa politique de déduire 5 $ du remboursement des courses en taxi demandé par les anciens combattants.
7. (ACSA) — Demande qu’ACC établisse des principes directeurs et une formation appropriée dans son service de gestion de cas.
8. (ACSA) — Exhorte ACC et les FC à améliorer la communication et les relations communautaires avec les réservistes et leur famille.
9. (ACSA) — Demande à ACC de former davantage son personnel, les fournisseurs de services et le public sur les questions du droit aux services des anciens combattants et de leur famille, et de continuer l’élaboration des modèles de service qui servent à les traiter avec respect.
10. (ALB.–T. N.-O.) — Conseille vivement à ACC de réviser la composition du Tribunal des anciens combattants (révision et appel) (TAC(RA)) et d’envisager la nomination d’anciens membres de la Gendarmerie royale du Canada au Tribunal.
11. (MAN.–N-O. O.) — Demande à ACC de désigner une année comme étant l’Année du conjoint militaire, et de la promouvoir grâce à des épingles et autres souvenirs.
12. (N.-B.) — Conseille vivement à ACC de permettre aux anciens combattants qui pensent avoir droit à une réclamation à la suite de l’utilisation de l’agent Orange à la BFC Gagetown (N.-B.) de présenter leur demande à ACC et que celle-ci soit prise en considération même si le programme d’indemnisation est achevé.
13. (N.-B.) — Qu’ACC révise ses règles d’action en matière de rédaction de lettres pour que les anciens combattants sans accès à l’Internet les comprennent, peut-être en annexant à la lettre l’exemplaire d’une loi, d’une disposition ou d’un tableau en particulier.
14. (N.-B.) Exhorte ACC et le TAC(RA) à accorder « le bénéfice du doute » aux demandeurs.

AVANTAGES LIÉS À L’INVALIDITÉ
15. (ACSA) — Recommande qu’on mette fin à la déduction du RARM causée par les pensions d’invalidité d’ACC et que le Conseil du Trésor reconnaisse que les membres des FC ont des besoins différents de ceux des fonctionnaires.
16. (ACSA) — Recommande que la réduction annuelle de la couverture des prestations de décès payées aux membres des FC soit retardée jusqu’à l’âge de 66 ans comme pour les fonctionnaires.
17. (ACSA) — Demande à ACC de reconnaitre l’exposition à l’agent Orange ou à l’uranium appauvri en tant que déterminants d’invalidité importants.
18. (ACSA) — Revendique l’amélioration du programme d’indemnités d’invalidité de la nouvelle Charte des anciens combattants afin que les anciens combattants et les membres des FC en service qui y ont droit bénéficient d’un ajustement annuel de leur indemnité.
19. (ACSA) — Demande au ministère de la Défense nationale de remettre le RARM à neuf afin que le cout de l’assurance-invalidité des membres des FC soit entièrement couvert par le gouvernement et, de plus, qu’ACC ne soit plus obligé d’accorder ses programmes et ses avantages au RARM.
20. (ACSA) — Qu’ACC fasse le nécessaire pour que les anciens combattants reçoivent un revenu équitable en fixant la compensation pour perte de revenu à 100 p. 100 des revenus quand les membres en sont à la réadaptation et à la recherche d’un emploi, et qu’ACC utilise une approche de revenus probables pour détermi­ner ce que le revenu du membre aurait été durant sa carrière, que le salaire minimal soit fixé à celui d’un caporal, verser l’avantage après 65 ans ou utiliser l’avantage en tant que base pour calculer la pension d’ancien combattant, augmenter les prestations de retraite supplémentaires et les rendre non imposables.
21. (ACAS) — Exhorte ACC à élaborer des façons de verser les indemnités d’invalidité et de procurer des fonds nécessaires aux anciens combattants et à leur famille pour qu’ils puissent engager des conseillers financiers.
22. (C.-B.–YN) — Demande au gouvernement d’essayer de prendre des dispositions réciproques avec les autres pays du Commonwealth afin que leurs anciens combattants obtiennent des services et des avantages équivalents quel que soit l’endroit du Commonwealth où ils s’établissent.
23. (ONT.) — Qu’une prestation de décès soit versée au personnel des services mort au combat, quelle que soit sa situation matrimoniale, et que les prestations soient rétroactives.

PROGRAMME D’AUTONOMIE DES ANCIENS COMBATTANTS ET PRESTATIONS DE MALADIE
24. (ACSA) — Qu’ACC simplifie ses prestations et communique avec les allocataires de façon simple.
25. (ACSA) — Que le PAAC soit offert aux membres de la GRC.
26. (ACSA) — Conseille vivement que les avantages du PAAC soient offerts aux anciens combattants frêles, indépendamment de leur droit aux prestations d’invalidité.
27. (ACSA) — Recommande qu’ACC se charge des couts de la maintenance et de l’entretien du terrain des anciens combattants prestataires du PAAC qui habitent un immeuble en copropriété ou une habitation coopérative pour retraités.
28. (ACSA) — Demande l’élaboration de lignes directrices nationales en ce qui concerne la contrainte chimique dans les institutions de soins de longue durée et que de telles contraintes ne soient utilisées qu’en dernier recours.
29. (ACSA) — Qu’ACC collabore étroitement avec les organisations d’anciens combattants et avec les autorités provinciales et municipales en vue de définir les critères liés à l’allocation de lits pour anciens combattants et que, quand c’est approprié, ces critères comprennent des dispositions touchant l’hébergement dans ces institutions de leur conjoint.
30. (ACSA) — Exhorte ACC à créer un programme de soins transitoires pour s’assurer que les soins aux anciens combattants qui sont transférés aux soins actifs, ou qui en reviennent, soient dispensés dans la dignité.
31. (ACSA) — Demande à ACC de se faire partenaire des autorités sanitaires provinciales pour donner des soins palliatifs de qualité commune aux anciens combattants, qu’ACC fasse le nécessaire pour offrir des soins palliatifs aux anciens combattants dans les institutions communautaires, et que tous les programmes soient bien annoncés.
32. (ACSA) — Que le ministre d’ACC confirme la responsabilité du ministère concernant les soins de longue durée partout au pays, et demande à ACC de faire le point sur les 25 recommandations faites par le Comité permanent de la défense nationale et des anciens combattants du Sénat en juin 2003.
33. (ACSA) — Demande à ACC d’inciter les institutions de soins de longue durée à engager des employés permanents plutôt qu’à temps partiel.
34. (ACSA) — Exhorte ACC et les FC de se charger des couts des services de soutien en cas de deuil pour la famille des membres décédés et recommande qu’ACC accorde les avantages du PAAC aux familles et aux conjoints survivants pendant au moins un an, et qu’il adapte les services du PAAC à leurs besoins.
35. (ALB.–T. N.-O.) — Demande au ministre d’ACC de réviser l’utilisation actuelle et à venir des places dans les institutions de soins de longue durée, et d’élaborer une solution à long terme avant d’én éliminer.
36. (ONT.) — Demande à ACC d’ajouter le cout des traitements liés à la dégénérescence maculaire au calendrier des paiements des avantages sanitaires.
37. (ONT.) — Exhorte ACC à reconnaitre les membres de la famille immédiate d’un ancien combattant qui demeurent avec lui et qui lui servent d’escorte afin qu’ils obtiennent les avanta­ges fournis dans le cadre de la politique sur les « frais d’escorte ».
38. (ONT.) — Recommande que les membres de la famille immédiate de l’ancien combattant qui habitent avec lui et qui servent de « fournisseur de soins personnel » aient droit aux avantages de la politique sur les « soins personnels ».

FORCES CANADIENNES/GRC
39. (ACSA) — Exhorte que les allocations aux survivants telles que prescrites dans la Loi sur la pension de retraite des Forces canadiennes (LPRFC) soient d’un montant équivalent à au moins 70 p. 100 de la pension du membre.
40. (ACSA) — Demande que la déduction du Régime de pensions du Canada (RPC) à 65 ans soit éliminée et que les fonds excédentaires de la LPRFC soient utilisés pour payer des avantages cumulatifs semblables à ceux qui sont payés aux parlementaires.
41. (ACSA) — Exhorte le gouvernement fédéral à fournir les avantages d’ACC à tous les agents de police civile canadienne qui se portent volontaires à une mission des Nations Unies.

FUNÉRAILLES ET ENTERREMENTS
42. (ACSA) — Demande au ministre d’ACC d’augmenter immédiatement le plafond des services funéraires pour qu’il soit égal à ceux des FC et de la GRC.
43. (ACSA) — Recommande que les prestations de funérailles du Fonds Last Post, semblables à celles qui sont offertes aux membres des FC tués en service, soient versées aux vétérans des FC dont les moyens sont insuffisants.
44. (QC) — Exhorte ACC à restaurer et à augmenter l’exemption testamentaire des survivants ou des dépendants au moins au niveau de la pauvreté tel que déterminé par Statistique Canada, et à ce que, chaque année par la suite, il introduise, en ce qui concerne cette exemption, une allocation indexée au cout de la vie égale à l’indice des prix à la consommation.

SANTÉ PHYSIQUE/MENTALE
45. (ACSA) — Recommande à ACC et aux FC d’ajuster les soins de santé mentale pour les membres et les vétérans des FC souffrant de traumatisme lié au stress opérationnel et de modifier les règlements afin d’offrir également ces soins à leur famille.
46. (ACSA) — Requiert que la Légion aborde les agences gouvernementales appropriées pour leur demander de l’aider à financer des ateliers sur le programme de transition des militaires et des anciens combattants canadiens.
47. (ACSA) — Exhorte ACC à inclure les titulaires d’octrois ou les pensionnés du service militaire du temps de la paix dans les dispositions du groupe « B » en ce qui concerne les services ou les avantages de santé.
48. (ACSA) — Que le fédéral souscrive à une recommandation de la Légion, adoptée subséquemment par la commission d’étude sur les ainés du premier ministre, selon laquelle un  programme national d’autonomie des ainés serait mis en œuvre pour que les ainés restent chez eux plus facilement.
49. (ACSA) — Recommande la promulgation d’un projet de loi national qui serve à protéger les ainés sans tenir compte des limites entre les administrations à l’intérieur du pays et les organismes provinciaux.
50. (ACSA) — Demande à ACC d’améliorer son programme de réadaptation en adoptant des pratiques exemplaires, en formant son personnel, en communiquant avec les employeurs éventuels au début du processus de réadaptation et en éduquant les employeurs sur les bénéfices qu’on obtient quand on embauche un ancien combattant.
51. (ACSA) — Que les anciens combattants et les membres de leur famille malades aient droit aux services de réadaptation, et à la réinscription au programme, à tout moment, quand leurs besoins changent.
52. (ACSA) — Demande à ACC d’explorer toutes sortes de stratégies, comme passer des contrats avec des médecins de famille et payer pour former et employer des adjoints médicaux et des infirmières praticiennes, et de s’assurer que les anciens combattants et les familles ont accès à une grande variété d’avantages et de fournisseurs de santé.

COQUELICOT ET SOUVENIR
53. (C & S, T.-N.-L., ALB.–T. N.-O.) — Que, dans certaines circonstances, une partie du Fonds du coquelicot puisse servir à assister les programmes axés sur la famille que le Centre de ressources pour les familles des militaires des FC ne finance pas.
54. (ONT.) — Requiert que toutes les recettes de la vente d’articles commémoratifs reliés à la coupe Mémorial, comme les chandails et les casques, soient remises au Fonds fiduciaire du coquelicot des filiales.
*215. (N.-É.–NT) — Résout que, dans certaines circonstances, une partie des fonds du coquelicot puisse servir à financer un programme de lecture des anciens combattants pour élèves.
*305. (ALB.– T. N.-O.) — Requiert que les arrière-petits-enfants puissent recevoir des bourses du fonds du coquelicot.
*310. (N.-É.–NT) — Résout que les filiales ne soient plus obligées de publier les états financiers de leur campagne du coquelicot dans les médias locaux, bien qu’elles doivent toujours les mettre à la disposition du public.

ADHÉSIONS
55. (C.-B.–YN) — Requiert que les membres des dames auxi­liaires (DA) puissent transférer leurs années de service continu à la filiale dans les cas où les DA résilient leur charte.
*221. (MAN.–N.-O. O.) — Résout d’accorder la qualité de membre associé aux gens qui ont pris part à un service d’intervention d’urgence pendant au moins un an.

SPORTS
56. (ONT., N.-B.) — Que la Direction nationale parraine un tournoi annuel de jeu de huit selon les mêmes critères que les autres sports nationaux actuels.

DÉFENSE
57. (DÉF.) — Exhorte le MDN à réviser son programme de retraite dans la dignité, et d’appuyer la création d’une épingle à décerner aux gens dont le service a duré moins de 12 ans.
58. (DÉF.) — Requiert que la Légion appuie l’octroi de la Médaille canadienne du volontaire à tous les gens qui se sont portés volon­taires, sans tenir compte de la longueur du service.

RITUEL ET RÉCOMPENSES
60. (R & R) — Résout de créer une médaille de service qui serve à reconnaitre les efforts que les membres de la Légion ont faits avant d’accepter un poste de direction ou en dehors de ces fonctions.
61. (C.-B.–YN) — Requiert la création d’une barre de secrétaire trésorier à décerner dans les niveaux du district et de la zone de la Légion.
62. (ONT.) — Requiert que la Légion demande à ACC de créer une épingle pour honorer les anciens combattants des Premières nations, des Métis et des Inuits du Canada.
*232. (SASK.) — Statue que la médaille d’excellence des cadets de la Légion doit être portée au côté droit de l’uniforme de la Légion.

RÉSOLUTIONS RETARDATAIRES
8. (QC) — Exhorte ACC à garder l’hôpital Sainte-Anne de Sainte-Anne-de-Bellevue (Qc) et de commencer à y soigner les anciens combattants souffrant de traumatismes de stress opérationnel ainsi que les gens qui ont besoin de soins chroniques à temps plein. Exhorte aussi l’hôpital, au cas où il soit transféré au gouvernement québécois, à dispenser aux anciens combattants des soins de la même qualité que celle d’aujourd’hui.
30. (ONT.) — Requiert que le gouvernement fédéral fournisse une protection légiférée aux pensions des Canadiens.
31. (ONT.) — Exhorte le gouvernement fédéral à détaxer les prestations de décès du Régime de pensions du Canada.
32. (ONT.) — Recommande qu’ACC élabore et maintienne un programme conjoint avec les directions divisionnaires pour  venir en aide aux anciens combattants sans abri.
33. (ONT.) — Modifie les arrêtés généraux afin de permettre aux filiales d’augmenter le financement accordé aux cadets.

43e Congrès national: C’est arrivé à Winnipeg

Winnipeg se fait l’hôtesse des congrès de la Légion royale canadienne depuis longtemps, dont (sens horaire à partir d’en haut) le premier congrès en 1927 de ce qu’on appelait alors la Légion canadienne de la Ligue des anciens des armées du Commonwealth britannique; le président national Clare Sparling s’adresse aux délégués lors du 20e congrès, en 1964, qui ont « exprimé des objections » au premier ministre Lester Pearson à propos du remplacement du Union Jack par « un drapeau distinctement canadien »; plus de 5 000 légionnaires défilent durant le congrès national du 50e anniversaire, en 1976; les anciens combattants du 37e Congrès national, en 1998, défilent à bord de véhicules militaires d’époque; les délégués et invités se rassemblent au cénotaphe lors du 30e Congrès national, en 1984.

43e Congrès national: Sur la voie du service

Plus de mille légionnaires défilent vers le cénotaphe sous le ciel dégagé des Prairies, la statue Golden Boy miroitant au-dessus du Palais législatif du Manitoba, dans la ville où est née la Légion canadienne. Les hommes et les femmes qui forment une mer bleue et grise à l’occasion du 43e Congrès national de la Légion royale canadienne sont venus à Winnipeg, du 12 au 16 juin, pour célébrer l’unité qui a agrémenté la vie des anciens combattants et de leur famille.