Le grand public est de plus en plus conscient de la Légion

D’après les données d’un nouveau sondage, le grand public est de plus en plus conscient du travail de la Légion royale canadienne et de son rôle par rapport à la perpétuation du souvenir.

La Légion a passé une commande à Environics Research d’Ottawa pour qu’elle mène un sondage pour elle. Il s’agit du sixième sondage fait pour la Légion depuis 1995 et les questions posées sont essentiellement les mêmes.

“Les résultats du sondage donnent à penser que nous sommes en train de conscientiser le public et que nos messages principaux lui parviennent”, dit le président national Jack Frost. “Nous allons très bien, mais nous devons continuer nos efforts pour que la reconnaissance concernant notre présence dans le secteur public ne disparaisse pas. Les résultats sont bons et ils nous donnent des renseignements précieux qui nous aident à mieux former nos programmes et à les ajuster quand il le faut.”

Le dernier sondage a été mené après la période du jour du Souvenir, du 8 au 30 décembre. Les sondeurs ont rejoint 2 045 personnes. Parmi elles, 1 454 avaient quelques connaissances sur la Légion et ce groupe devint l’échantillon pondéré pour le reste de l’étude. Les résultats sont considérés comme étant corrects à plus ou moins deux pour cent 19 fois sur 20.

“Le sondage de 1995 nous donne un point de repère pour observer les tendances”, dit le directeur national des communications Bob Butt. “Il ne peut pas y avoir de gros rebondissement quand on n’étudie que deux années mais depuis que nous avons un point de repère, nous pouvons constater des changements.”

La première question du sondage était “Êtes-vous conscient de l’existence de la Légion royale canadienne, ou en avez-vous entendu parler?” En 1995, 78 pour cent des sondés avaient entendu parler de la Légion. Depuis lors, le chiffre a diminué d’environ un pour cent par année jusqu’en 2005, quand il a atteint 67 pour cent. En 2006, la tendance s’est renversée et le chiffre était de 69 pour cent.

Le facteur concernant la conscience est resté supérieur chez les hommes à celui des femmes, car 72 pour cent d’entre eux en avaient une certaine conscience alors que chez les femmes le pourcentage n’était que de 66. Il y a eu une augmentation importante, allant de 74 à 81 pour cent, chez les gens âgés de 60 ans ou plus.

Les anglophones étaient davantage conscients de la Légion, à 77 pour cent, que les francophones, qui, eux, ne l’étaient qu’à 48 pour cent. Selon les régions, la conscience diminuait en Colombie-Britannique, tombant de 83 à 79 pour cent alors qu’aux Prairies, en Ontario et au Québec, il y a eu deux pour cent d’augmentation, allant à 77, 76 et 45 pour cent respectivement. Les provinces de l’Atlantique n’ont indiqué aucun changement depuis 2005, restant à 75 pour cent.

La conscience générale la plus élevée en ce qui concerne la Légion est parmi les gens qui parlent l’anglais, chez ceux qui ont entre 45 et 59 ans et ceux de 60 ans et plus.

La deuxième question du sondage était “En général, avez-vous une opinion très favorable, quelque peu favorable, quelque peu défavorable ou très défavorable de la Légion royale canadienne?” Cette question a indiqué une hausse importante, allant de 84 pour cent qui avaient une impression très favorable ou quelque peu favorable en 2005, à 90 pour cent en 2006.

Les hommes sondés ont inscrit un taux favorable de 91 pour cent alors que le taux des femmes sondées était de 87 pour cent. La réponse parmi les femmes a beaucoup augmenté, qui a été de 77 pour cent en 2002 et 83 pour cent en 2005.

Les sondeurs ont demandé aux gens s’ils votaient pour un parti politique en particulier. “De façon surprenante, les gens qui votent pour le Bloc Québécois ont indiqué une augmentation de six pour cent, atteignant 69 pour cent de réponses favorable ou quelque peu favorable”, dit Butt. Les autres partis principaux allaient du minimum de 85 pour cent, pour le NPD, au maximum de 94 pour cent, parmi les gens qui votaient pour le parti conservateur.

Le service des communications de la Direction nationale a fait sa propre analyse des données, et un rapport composé par la directrice des médias et des relations externes, Gail Smith-Cook, a été fait au Conseil exécutif national. “Il y a une conscience générale claire à propos d’activités et de programmes particuliers de la Légion, dont principalement les programmes des anciens combattants et les programmes communautaires”, est-il écrit dans le rapport. “Les indicateurs sont restés les mêmes dans les trois derniers sondages. Cela sous-entend que ces indicateurs positifs forment une partie intégrante du processus de marquage de la Légion.”

La troisième question était discrétionnaire : “Quelles sont les choses positives qui vous viennent à l’esprit à propos de la Légion royale canadienne, s’il y en a?” Les réponses s’étendaient des services aux anciens combattants, aux activités sociales, en passant par le souvenir et le travail communautaire.

“Il n’y avait pas d’invite pour cette liste. Les sondés devaient répondre ce qu’ils pensaient plutôt que de choisir dans une liste”, dit Butt.

D’un autre côté, on a aussi demandé dans le sondage “Quelles sont les choses négatives qui vous viennent à l’esprit à propos de la Légion royale canadienne, s’il y en a?” Peu d’indicateurs négatifs ont paru selon la région, le sexe ou le groupe d’âge. Comme en 2005, les aspects social et alcoolique de la Légion sont toujours les secteurs nommés le plus souvent. Les autres commentaires comprenaient les préjugés, la déconnexion, les vieux et la glorification de la guerre.

La Colombie-Britannique et les provinces de l’Atlantique ont les points de vue les plus négatifs, à 15 et 14 pour cent respectivement.

“Ce qui est remarquable, c’est que fumer semble avoir disparu des choses négatives”, dit Butt. “Cela doit être parce que tant de régions et de provinces interdisent de fumer dans les clubs.”

La cinquième question était “Que pensez-vous de la source principale des fonds utilisés pour administrer la Légion royale canadienne?” C’est là que se trouve la pire idée fausse concernant la Légion. Alors que la levée de fonds, les adhésions et la campagne du coquelicot étaient des réponses fréquentes, le public croit encore que la Légion est financée par le gouvernement.

Il y a eu une diminution importante, en Colombie-Britannique, du nombre de gens qui pensent que le financement provient du gouvernement. Il a baissé de 15 à neuf pour cent en 2006.

Toutefois, en Alberta, la voisine de la Colombie-Britannique, cette perception a augmenté de 15 à 24 pour cent.

La question suivante se divisait en trois parties. “Pensez-vous que c’est très important, quelque peu important, pas très important ou pas important du tout pour la Légion royale canadienne de faire chacune des choses suivantes :

a) promouvoir et continuer la tradition du jour du Souvenir au Canada;

b) assister les anciens combattants canadiens à obtenir des pensions et d’autres services;

c) fournir des fonds et des programmes aux citoyens aînés en général, comme les projets d’habitation et l’assistance médicale?

La réponse à la partie A est encore élevée. Il y a eu une augmentation de trois pour cent par rapport à 2005, de sorte qu’il y a eu un taux moyen de 83 pour cent. De façon semblable, il y a eu agrément à propos de B à travers tous les secteurs que sont la région, l’âge, le sexe et l’appartenance politique, avec une moyenne de 82 pour cent.

À la section C, il y a eu une conscientisation concernant l’engagement de la Légion dans les questions des aînés. Le taux moyen était de 67 pour cent.

La dernière question était “À propos de l’avenir, pensez-vous que la Légion royale canadienne va continuer ou pas d’avoir une fonction ou un rôle dans la société canadienne?”

L’avenir de la Légion est encore positif au Canada, avec un taux moyen de 73 pour cent d’accord qu’en effet, la Légion y avait un rôle. Ce taux était de 71 pour cent dans les provinces de l’Atlantique et des Prairies, de 73 pour cent en Ontario et de 74 pour cent en Colombie-Britannique.

Il y a eu une importante augmentation au Québec, de 58 à 71 pour cent.

“Je pense que l’augmentation de la conscience a vraiment commencé en 1999”, dit Butt. “C’est quand nous avons lancé les projets prestigieux comme la vague de deux minutes de silence et la tombe du Soldat inconnu. On nous voit vraiment comme un instrument de la perpétuation du souvenir. Nous avons observé la conscience changée de 81 pour cent à 90 pour cent.”

Butt dit que la Direction nationale était satisfaite de l’amélioration des taux de la Légion. “En général, c’est un hommage aux filiales. Cela démontre que nous agissons pour que les gens comprennent mieux qui nous sommes et ce que nous faisons.”

Expo 67 nous apporte le monde

Dierdre McIlwraith avait 24 ans, elle était diplômée de l’Université Queen’s de Kingston (Ont.) et elle parlait français et espagnol couramment quand elle a obtenu du travail en tant que préposée au protocole à la Compagnie canadienne de l’Exposition universelle de 1967, l’organisation qui a planifié, construit et dirigé l’Expo 67 à Montréal.

McIlwraith travaillait au restaurant Hélène de Champlain, un endroit où les dignitaires en visite et les chefs d’État étaient reçus. Elle a exercé les fonctions protocolaires pour la princesse Grace de Monaco et la princesse Margaret, la soeur de la reine Elizabeth II. Elle se souvient des représentants de la Côte d’Ivoire, un pays d’Afrique équatoriale, qui étaient tous grands, parlaient français avec un accent parisien et portaient avec élégance des vêtements à la mode française du dernier cri. Elle se souvient très bien du vieil empereur Hailé Sélassié d’Éthiopie, très petit, frêle, qui arriva avec son chien et insista qu’on le laisse s’asseoir sous la table à côté de lui et qu’on lui serve du filet mignon haché. Elle raconte un dîner tendu à la fin du mois de juillet quand le maire de Montréal Jean Drapeau a fait des reproches au président français tristement célèbre, Charles de Gaulle, à la suite du discours donné à un balcon de la mairie où il a proféré les mots “Vive le Québec libre”.

McIlwraith était de service à des douzaines de dîners et ce dont elle se souvient le mieux, c’est l’exubérance et l’excitation presque essoufflée des gens ordinaires de tous les coins du Canada et d’autour du monde qui ont afflué à l’Expo 67 à partir du moment où les portes se sont ouvertes au le public, le vendredi 28 avril 1967. “La foire a eu un succès énorme à partir du tout début”, dit-elle. “C’était fantastique. C’était merveilleux de voir que le Canada réalisait son potentiel. On sentait vraiment que tout était possible : que nous pouvions avoir un Canada biculturel et bilingue, que nous pouvions avoir le meilleur de l’Europe et le meilleur de l’Amérique du Nord.”

L’Expo 67 était une célébration des premiers 100 ans du Canada et, lorsqu’ elle a eu lieu, les Canadiens étaient d’humeur à fêter. Après la Crise de 1929 et la Seconde Guerre mondiale, les années 1950 et 1960 étaient des années d’optimisme et de prospérité sans précédent. C’était une période de progrès saisissants en médecine, de grandes familles, d’urbanisation qui allait en augmentant et de la création de programmes sociaux généreux. L’immigration enrichissait aussi la société canadienne. Les nouveaux venus arrivant d’Europe du Sud et de l’Est, d’Asie, d’Afrique et des Antilles diversifiaient davantage le pays, le rendaient plus tolérant et plus excitant. Il y avait la guerre froide et le conflit au Vietnam, mais beaucoup de gens les considéraient surtout comme les problèmes des autres et rien qui aurait pu étouffer l’enthousiasme de la foire mondiale.

La foire a débuté “officiellement” le 27 avril, alors que des centaines de travailleurs s’efforçaient de mettre la touche finale aux installations. Le Gouverneur général Roland Michener, le Premier ministre Lester B. Pearson, le maire Drapeau, les 10 premiers ministres provinciaux et 53 chefs d’État ont fait le tour de la foire et puis ensuite quelque 7 000 invités ont jeté leur premier coup d’oeil. La construction de l’Expo, qui s’est élevée à 415 millions de dollars, a eu lieu sur deux Îles dans le Saint-Laurent : L’île Sainte-Hélène, une formation naturelle à laquelle des millions de tonnes de décharge ont été ajoutées pour l’agrandir; et l’île Notre-Dame, laquelle a été entièrement faite par l’homme. Le site comprend presque 1 000 acres, ce qui suffisait comme espace pour 39 restaurants, 62 casse-croûtes, un parc d’attractions appelé La Ronde, de l’espace de stationnement pour des milliers de véhicules et les pavillons pour les 62 pays et les centaines de sociétés qui participaient.

Nombre d’invités officiels ont été éblouis par ce qu’ils ont vu, surtout par le dôme géodésique de l’ère spatiale où le pavillon américain était logé, la construction domiciliaire futuriste de 10 étages appelée Habitat ’67 qui était formée d’unités d’habitation empilées ça et là, ainsi qu’un système de transport intérieur d’aéroglisseurs, de gondoles au style vénitien et de deux voies ferrées surélevées. Le premier ministre du Québec Daniel Johnson dit de l’Expo qu’elle était “plus merveilleuse, plus belle que ce que tout le monde prédisait.”

Après les politiciens, les dignitaires et les personnes de marque, les gens ordinaires de Montréal et d’ailleurs commencèrent à faire la queue pour l’ouverture publique à 9 h 30 le lendemain matin. La première personne à entrer était Al Carter, un batteur de jazz de 39 ans de Chicago qui avait payé 12 $ pour un passeport de l’Expo de sept jours portant le numéro 00001. À la fin de cette journée-là, quelque 335 000 personnes étaient allées à la foire, deux fois plus que prévu. Dimanche, le 30 avril, la fréquentation, étonnamment, s’éleva à 530 000, ce qui allait finir par être la journée la plus achalandée de l’Expo et ce qui fit dépasser la marque du million de visiteurs en trois jours.

Les comptes rendus commencèrent alors à paraître et ils étaient presque tous élogieux. La seigneuriale revue Time, à l’occasion posée, alloua sept pages à l’Expo dans son numéro du 5 mai, et les descriptions y étaient délirantes. Les foules, Time rapportait, étaient “stimulées, rendues heureuses, emballées et éblouies par un monde spectaculairement plus grand qu’elles”. L’article dans la revue se poursuivait en décrivant l’Expo comme “une aventure centenaire où un Canada nouvellement plein de confiance en soi reçoit le monde et, par-dessus le marché, il se trouve”.

En surenchère, le journal New York Times déclarait que : “la norme d’excellence sophistiquée […] est presque indescriptible”. La revue The Economist déclarait que : “l’acclamation que se sont méritée les îles faites par l’homme dans le Saint-Laurent ont peut-être fait davantage pour rendre les Canadiens confiants que tout autre événement ces temps-ci”. Parmi les observateurs domestiques, il n’y en avait guère qui eussent surclassé l’observation de Peter C. Newman comme quoi : “c’est la meilleure chose que nous ayons faite en tant que nation (y compris la construction du rail CP) […] ce pays des marches polaires, […] il peut faire à peu près n’importe quoi”.

Lorsque la foire a fermé ses portes pour la dernière fois, dimanche le 27 octobre, l’Expo 67 avait obtenu une renommée comme étant l’exposition mondiale la plus réussie depuis que la première de son genre avait eu lieu, à Londres (Angleterre), en 1851. Ses seules rivales sérieuses étaient celle de Paris, en 1900, à laquelle 58 pays ont participé et qui a reçu 50,8 millions de visiteurs, et celle de Bruxelles, en 1958, où sont allées quelque 41,4 millions de personnes. Expo 67 a attiré 50 306 648 personnes, plus de 2 ½ fois la population entière du Canada d’alors.

Pour les Montréalais, la fin de la foire a été un événement émouvant. “L’humeur principale durant le 185e et dernier jour de l’Expo était un curieux mélange doux-amer de joie, de fierté et de tristesse”, écrivait Nick Auf der Maur dans la Montréal Gazette. Le personnel de divers pavillons distribuait des cornes et des drapeaux où l’on voyait le logo de l’Expo et les mots “Au revoir Expo”, mais comme le remarquait Auf der Maur : “Ils n’ont pas réussi à créer une atmosphère de fête. Malgré les grosses foules partout, le jour a surtout servi à un adieu”.

Vu ses origines, l’impact qu’a eu l’Expo 67 n’en a été que plus remarquable.

À la fin des années 1950, le sénateur conservateur Mark Drouin avait commencé à avancer l’idée d’organiser une foire mondiale pour célébrer le centenaire du Canada.

Mais en 1960, le Bureau international des expositions (BIE) basé à Paris décerna l’exposition universelle de 1967 à Moscou parce que, cette année-là, l’Union soviétique allait célébrer le 50e anniversaire de la révolution russe. Les Soviétiques travaillèrent au projet pendant deux ans et puis ils le laissèrent tomber parce qu’il était trop coûteux.

Le maire Drapeau et un petit groupe de Montréalais saisirent l’occasion. Ils allaient essayer de convaincre le BIE de décerner la foire à leur ville. Le bureau prit la décision le 13 novembre 1962.

Cela ne donnait à Montréal que 4 ½ ans pour préparer un événement pour lequel il en aurait normalement fallu sept.

Le plus grand miracle à propos de l’Expo 67 a peut-être été que ses portes se sont ouvertes à temps et, depuis lors, les gens qui l’ont construit en chérissent le souvenir. “Mon épouse pensait que j’étais fou d’accepter un poste”, se souvient le directeur des opérations Philippe de Gaspé Beaubien qui, par la suite, à fondé la société de radiodiffusion Télémédia Inc. “Nous avons dû travailler jour et nuit. J’avais une chambre au-dessus du restaurant Hélène de Champlain […]. Heureusement que mon épouse m’est d’un très grand soutien.”

“La partie que j’ai trouvé vraiment excitante, c’était de voir l’émergence des pavillons”, dit le courtier montréalais Danièle Touchette qui, en tant qu’hôtesse, menait des délégations étrangères en visite autour du site de construction. “Au début, il n’y avait rien là-bas. On voyait des maquettes et puis on voyait un pavillon qui s’élevait […]. C’était si excitant.”

Diana Nicholson, une Américaine bilingue, à 22 ans est une des 100 premières personnes embauchées par la compagnie de l’Expo. Elle fut engagée comme liaison dans le service des relations publiques et elle devait s’occuper des communications avec l’Afrique de l’Ouest francophone et l’Amérique latine. Cela a vite changé. “J’ai passé à peu près un an à voyager à travers le Canada, pour faire des exposés publics sur le projet”, dit-elle. “Je me souviens que je voyageais avec une énorme maquette qui, en fin de compte, était complètement erronée.”

Un des premiers défis était de développer un thème pour la foire, une tâche affectée à un groupe sélect d’intellectuels, d’artistes, de scientifiques et d’administrateurs, y compris les romanciers Hugh MacLennan et Gabrielle Roy. Ils se sont rencontrés pendant trois jours en mai 1963, à Montebello (Qc), et ils ont choisi Terre des Hommes, s’inspirant de l’histoire du même nom écrite par Antoine de Saint-Exupéry (Man and His World en anglais) et de l’idée “Être homme […]. C’est sentir, en posant sa pierre, que l’on contribue à bâtir le monde.”

La compagnie de l’Expo et la municipalité de Montréal ont passé neuf mois environ à choisir un endroit. Des promoteurs immobiliers, des propriétaires fonciers et des spéculateurs avaient fait pression pour des douzaines de propriétés ou plus dans la région de Montréal, mais le maire avait son propre plan exceptionnel. La foire serait construite sur deux îles dans le fleuve Saint-Laurent, une qui serait très agrandie et une autre qui serait construite de toutes pièces grâce à 25 millions de tonnes de décharge provenant du nouveau métro de 34 kilomètres de long.

Nombreux étaient ceux qui pensaient que l’idée était ridicule, y compris le Premier ministre. Dans une lettre à Drapeau, Pearson rejetait le plan comme étant “une des choses les plus absurdes que j’ai jamais entendues”, et il ajoutait : “Avec quatre millions de milles carrés de terre, nous devrions pouvoir trouver un endroit quelque part.” Mais il n’y avait pas moyen de faire changer le maire d’idée. Le 12 août 1963, Pearson lui-même à tiré sur un levier et un chouleur à chargement antérieur a déversé les 25 premières verges de terre sur l’île Sainte-Hélène. Pendant les sept mois suivants, la décharge d’un camion était déposée toutes les quatre minutes, nuit et jour et, le 26 juin 1964, la municipalité remettait les îles aux organisateurs de l’Expo.

C’est le colonel Edward Churchill, un officier de l’armée à la retraite recruté à Ottawa où il avait un emploi pépère au gouvernement, qui a construit la foire. Il avait 878 jours pour faire le travail et il a failli en mourir. Après des mois de longues journées qui se terminaient fréquemment à minuit, il s’est écroulé de fatigue lors d’une conférence et il a dû faire un séjour à l’hôpital. Pour faire avancer plusieurs tâches simultanément, Churchill a copié la technique des voies cruciales du programme spatial des États-Unis. Chacun des projets sur les îles fut divisé en étapes, à partir de la planification et jusqu’à l’achèvement.

Convaincre le monde de participer était un autre grand défi et la responsabilité en fut donnée au commissaire général d’Expo Pierre Dupuy, un diplomate de carrière recruté au ministère des Affaires étrangères. Il visita 125 pays, rencontra 90 chefs d’État, se déplaça sur plus de 250 000 milles, mit tous les diplomates canadiens à l’étranger à contribution et eut un succès énorme.

Dupuy, surnommé M. Énergie par son personnel, convainquit 62 nations de participer, un nouveau record pour une foire mondiale, et ils vinrent de tous les coins de la planète.

De tous les pavillons et expositions, deux sont des jalons qui ont saisi l’esprit futuriste de toute l’entreprise. Le premier était le dôme géodésique américain, dessiné par l’architecte, inventeur et visionnaire Buckminster Fuller. qui a été surnommé Bucky’s Bubble (la Bulle de Bucky). Bien que certains aient trouvé les expositions banales, la structure elle-même était saisissante : une sphère de 250 pieds de diamètre et de 200 pieds de hauteur, grandiose comme une cathédrale. L’extérieur était construit en panneaux d’acrylique fixés à une charpente de tubes d’acier ressemblant à un nid d’abeilles, et c’était transparent. Cela donnait au dôme “un air léger suggérant un conte de fée”, d’après l’auteur Pierre Berton, qui dit aussi : “la nuit, illuminé de l’intérieur, le dôme était vraiment une fantaisie”.

L’autre structure qui est devenue un symbole de la foire qui perdure, c’est Habitat ’67 de Moshe Safdie. Safdie, un architecte de 28 ans, né en Israël, qui avait grandi à Montréal, en avait conçu l’idée dans sa thèse de maîtrise à l’Université McGill. Il s’agissait de 354 boîtes en béton préfabriquées qui étaient soulevées avec des grues et déposées ça et là, ce qui donnait en tout 158 appartements. “Pratiquement tous les précédents, règles, coutumes, normes et usages sont enfreints par Habitat”, écrivait Ada Louise Huxtable dans le New York Times. Mais elle poursuivait en le décrivant comme étant “un exercice conséquent et stupéfiant en logement expérimental”.

Habitat ’67 sert encore de domicile aujourd’hui et la plupart des unités sont la propriété de particuliers. En 1976, un incendie a détruit l’extérieur en acrylique du dôme de Fuller, mais il a été remplacé et la structure abrite actuellement un musée appelé Biosphère. Le parc d’attractions La Ronde continue à fonctionner, mais rares sont les autres souvenirs physiques de l’Expo 67 qui restent.

Le temps a aussi effacé une bonne partie de la bienveillance et de l’idéalisme qui ont rendu l’Expo possible. La crise d’octobre 1970, l’élection des gouvernements séparatistes au Québec, l’exode des Montréalais anglophones et la chute de l’économie de Montréal ont servi à saper l’optimisme et la camaraderie qui avaient permis aux Canadiens d’éblouir le monde. “C’était une époque très intéressante”, dit Beaubien qui aujourd’hui est âgé de 80 ans. “Nos esprits se développaient.” Ainsi que notre sentiment de ce que cela voulait dire d’être Canadien.

Période de transition prévue à la Légion

Un esprit de coopération s’est implanté au Conseil exécutif national lors de sa première réunion au nouveau siège social de la Légion royale canadienne, à Kanata (Ont.), pour y discuter des questions importantes qui intéressent l’organisation. Cette réunion, du 24 au 25 février, a servi à préparer le terrain pour d’importants changements, y compris une révision de la manière dont la Légion est dirigée et l’étalage de la campagne d’adhésion aux écrans de télévision du pays.

Le grand président honoraire Charles Belzile a ouvert les débats en demandant au conseil de porter son attention sur l’unification des organisations d’anciens combattants sous les auspices de la Légion, et sur le renfort de l’appui des gens qui servent actuellement. “Non seulement sommes-nous dans une période de transition, nous observons nos Forces armées participer à des opérations très difficiles”, remarquait-il à propos du déploiement des Forces canadiennes en Afghanistan. “Ces devoirs vont indubitablement entraîner une augmentation des demandes en ce qui concerne notre appui.”

Le président national Jack Frost, qui préside le Comité national des anciens combattants, des services et des aînés, a rapporté qu’il s’est employé au front de l’intercession, où il a assisté à des comités gouvernementaux afin d’y faire pression, entre autres, pour une déclaration des droits de l’ancien combattant, pour le partage du revenu chez les aînés et pour des normes nationales par rapport aux soins de longue durée.

Quant aux affaires de la Légion, il donnait la priorité à la gestion et au sociétariat dans son emploi du temps. “Notre sociétariat continue de diminuer à une vitesse alarmante mais notre grandeur et notre degré de gestion qui ne changent pas sont toujours une grande dépense à travers la Légion”, remarquait-il. Il a donc proposé la création de la Commission de la RCL sur la gestion, la représentation et la structure administrative.

Cette commission, avec un budget opérationnel de 20 000 $, comprendrait cinq représentants divisionnaires qui seraient nommés par le président national. Ce groupe aurait comme responsabilité l’analyse de la structure actuelle de la Légion à trois niveaux et recommanderait des modifications pour améliorer la gestion et fournir “une représentation proportionnelle à un coût réduit”.

Les tâches de la commission comprendraient la définition de “l’objectif fondamental d’une direction divisionnaire/régionale et donnerait les grandes lignes de ses responsabilités”, proposant un nombre minimal de directions qui seraient nécessaires pour soutenir les filiales et suggérerait combien de représentants de chaque direction siégeraient au CEN.

En prenant la parole, Frost avait déclaré : “je crois que nous devons réduire la grosseur du CEN et augmenter sa participation à la Direction nationale à trois réunions par année”. Mais, insistait-il, tout doit être sujet à discussion et ce serait à la commission de trouver de nouvelles idées.

Frost insistait aussi que la Direction nationale et le personnel directeur divisionnaire devraient être indépendants du groupe. La seule participation du quartier général serait l’assistance administrative fournie par un secrétaire.

Une discussion animée a eu lieu par la suite, durant laquelle plusieurs membres du conseil ont insisté sur l’importance et l’urgence de cette restructuration. Plusieurs membres du CEN se sont dits inquiets à propos de la possibilité de fusionner les directions et de comment cela affecterait l’identité des régions particulières. Certains ont exprimé le désir de donner aux directions divisionnaires un pouvoir de vote égal à celui du CEN.

Même s’il y a eu des opinions différentes sur la manière dont la Légion devrait être administrée, quand le président des débats national Tom Irvine a demandé un vote, les membres du conseil ont fortement approuvé la proposition d’établir la commission. Le groupe fera un rapport à la prochaine réunion du CEN, en février 2008, quelques mois avant le Congrès national d’Ottawa.

Le processus électoral par bulletins “grossier et long” utilisé aux congrès a aussi été étudié. Frost dit qu’il allait consulter toutes les directions et faire des recommandations au conseil.

Plusieurs directions divisionnaires sont en train de modifier la manière dont elles fonctionnent, ce qui ne se passe pas sans difficultés. Le président de l’Alberta- Territoires du Nord-Ouest Harvey Shevalier a rapporté que l’an dernier sa division a éliminé 25 postes de commandant de zone et les a remplacés par neuf commandants adjoints de district. “Le remue-ménage n’a pas été bien accepté par nos commandants de zone”, dit Shevalier. Toutefois, après quelques mois avec le nouveau système, “il semble qu’un grand nombre de nos filiales soient maintenant prêtes à accepter le principe. On aura un meilleur aperçu de tout ça au congrès à venir”.

Tout comme l’administration, les adhésions sont un sujet qui est revenu dans bien des rapports et discussions.

Le président du Comité des adhésions Erl Kish a remarqué qu’en 2006 le nombre d’adhérents a diminué de 16 884, à comparer aux diminutions de 10 603 en 2005 et 13 085 en 2004.

Aucune direction n’a réussi à garder 100 pour cent du nombre d’adhérents de l’année précédente, alors en fin de compte les chiffres de la Légion en général avaient baissé, à la fin de l’année 2006, en dessous des 400 000.

Quand au côté gratifiant des choses, la Division du Québec a mérité deux prix : le prix d’accomplissement du sociétariat, pour avoir maintenu le taux de rétention le plus élevé (97,14 pour cent) et le prix du renouvellement, lequel est basé sur les gains et les pertes au cours de la campagne de renouvellement de l’année précédente. La Saskatchewan et l’Ontario sont les deux seules autres divisions qui ont dépassé la marque des 90 pour cent de renouvellement.

La diminution du nombre d’adhérents s’est manifestée de plusieurs façons, y compris un manque d’intérêt dans les sports de la Légion dans plusieurs directions divisionnaires. Par exemple, l’Île-du-Prince-Édouard et la Saskatchewan ont rapporté avoir eu de la difficulté à remplir les places pour les championnats de curling divisionnaires; l’Alberta-T.N.-O. ne participe plus au curling de la Direction nationale, et puis le curling et les quilles ont été enlevés de la liste divisionnaire et remplacés par l’euchre.

Comme le rapportait le trésorier national Mike Cook, l’augmentation des frais d’adhésion de 4,50 $ acceptée au congrès va couvrir les dépenses opérationnelles de la Légion et permettre le placement de fonds dans un compte de réserve. Toutefois, dit-il, “vu que les pertes du sociétariat ont été d’environ 16 000 plutôt que de 12 000 comme on s’y attendait d’après nos prévisions de longue durée, nous devons encore continuer de surveiller nos dépenses”.

Le président national a fait plusieurs suggestions pour soutenir les chiffres, y compris l’offre d’adhésion gratuite pendant un an à tous les anciens combattants qui viennent de prendre leur retraite, une campagne de recrutement de porte à porte par les filiales et la mise en place d’un programme de membres extraordinaires. Cela servirait à conscientiser un peu le grand public sur la Légion.

Le dernier sondage d’opinion mené de la part de la Légion par Environics Research indique que “l’opinion publique concernant la Légion royale canadienne est toujours positive et il indique des sentiments positifs parmi les gens qui connaissent l’organisation”. Toutefois, le rapport indiquait aussi que le public a l’impression que la Légion obtient des fonds du gouvernement fédéral. De plus, certains membres du conseil disent qu’il y a beaucoup de gens qui croient encore que seuls les anciens combattants et les membres des Forces canadiennes peuvent en devenir membres.

Alors la Légion va prendre les grands moyens : les annonces télévisées. Les membres du CEN ont approuvé de tout coeur une recommandation faite par le Comité national des relations publiques d’utiliser 80 000 $ pour des annonces professionnelles qui seraient diffusées à l’émission Newsworld de la SRC et à l’émission Newsnet de la CTV, en automne. Comme le dit le président du Comité national des relations publiques Cliff Tessier, “on a accepté qu’il faille vite faire quelque chose pour soutenir les adhésions”.

Kish ajoutait que le Comité des adhésions est en train de remettre en valeur deux dépliants, The RCL And The Canadian Forces (La LRC et les Forces canadiennes) et The RCL And You (La LRC et vous), et de distribuer d’autres outils pour le recrutement. Ces derniers comprennent les dépliants Membership Really Matters (Les adhésions importent vraiment) et les cartes postales Did You Know (Saviez-vous). Ces cartes “pourraient servir à promouvoir les adhésions à la filiale, dans les centres commerciaux et aux manifestations communautaires”, dit Kish.

La Légion est aussi en train de redoubler ses efforts pour attirer d’autres membres ayant des antécédents militaires. Le conseil a voté en faveur de revitaliser le Comité de l’unité des anciens combattants présidé par Belzile. Le comité devrait prendre contact avec d’autres organisations d’anciens combattants durant l’année et préparer un rapport qui va être fait au congrès par l’entremise du CEN.

Plusieurs événements ont inspiré le président national à susciter une révision de l’initiative de l’unité des anciens combattants lancée par l’ancien président Allan Parks en 2002. Le premier a eu lieu en juin dernier, quand le congrès a refusé une motion une fois de plus par laquelle on essayait d’augmenter la flexibilité concernant la coiffe des légionnaires. Le deuxième concernait la baisse du sociétariat en dessous de 400 000 et le fait que seul un tiers des membres a des antécédents militaires. Finalement, il semblait y avoir une impulsion en ce qui concerne la formation de nouvelles organisations d’anciens combattants, comme la CF Veterans Association. Comme il est expliqué dans le rapport documentaire, “il y a beaucoup de gens qui ne pensent pas que la Légion soit un organisme pouvant subvenir à leurs besoins”.

Une séance de remue-méninges a eu lieu en novembre où Frost, Belzile et six autres membres du comité national ont imaginé des manières d’amener les organisations d’anciens combattants plus petites dans le giron de la Légion. D’après ce qu’on remarquait dans le rapport, le groupe a insisté “que tous les anciens combattants sont égaux et qu’on ne devrait pas imposer à quelque groupe que ce soit d’abandonner son identité particulière”.

Là-dessus, le président du Comité national des décorations et récompenses, George O’Dair, a accepté de composer des recommandations à propos de la question de la coiffe. Il remarquait dans son rapport que “s’il faut faire des changements, on se doit d’informer les directions et les membres prospectifs que la Légion est prête à les accepter de tout coeur. Nous devons aussi réaliser et reconnaître que nous sommes déjà très tolérants en ce qui concerne différentes sortes de coiffe”.

Et à propos d’attirer les jeunes anciens combattants, le groupe de remue-méninges de Frost remarquait que “il faut agir au niveau local pour montrer aux troupes que nous nous soucions d’elles”. Le groupe a proposé que toutes les directions “fassent tout ce qu’elles peuvent pour organiser des comités d’accueil de la Légion pour les forces qui reviennent d’Afghanistan à leur port d’attache”.

Le directeur du Bureau national des services, Pierre Allard, sera l’un des deux représentants de la Légion qui vont siéger au nouveau groupe consultatif de la charte d’Anciens combattants Canada; l’autre sera le colonel Pat Stogran, un officier qui a servi en Afghanistan. Allard a remarqué qu’il se pourrait que la nouvelle charte ait été en partie responsable de l’augmentation des demandes faites au bureau d’entraide. Les premières demandes d’assistance ont augmenté de 1 389 en 2005 à 1 742 en 2006. Pendant ce temps, la Division du Nouveau-Brunswick s’est occupée des demandes d’assistance dont le nombre a doublé, ce qui a été causé par l’épopée actuelle concernant la pulvérisation d’herbicides à la Base des Forces canadiennes Gagetown.

La Légion a resserré ses liens avec les hommes et les femmes des services récemment, en établissant le Fonds de moral des troupes–LRC. Ce fonds va servir à faire en sorte qu’on offre gratuitement du café et des beignes aux membres des FC en Afghanistan, de façon régulière, grâce à des certificats de Tim Hortons. Le président de la Division du Nouveau-Brunswick Tom Eagles avait un grand sourire aux lèvres en présentant au fonds une donation de sa division de 7 000 $. Inspirés par son geste, les membres du CEN ont fouillé dans leur portefeuille et fait leur propre contribution.

On a informé les membres du CEN que la Direction nationale est en train d’explorer des possibilités en vue de revitaliser l’Ensemble d’avantages aux membres de la Légion, sans oublier que le congrès a décidé de ne pas permettre aux partenaires commerciaux l’accès aux listes d’adhérents. Les possibilités comprenaient le liage direct du programme à la puissance publicitaire de la revue Légion, de sorte que les sociétés nationales de commerce obtiendraient des taux préférentiels en ce qui concerne leurs annonces et en contrepartie elles offriraient des avantages préférentiels aux membres de la Légion.

Le secrétaire national Duane Daly a fait une liste d’un certain nombre de faits saillants. La nouvelle Maison de la Légion fonctionne sans problème, à part quelques anicroches initiales dans le système de chauffage. Un certain nombre de projets spéciaux ont été complétés, y compris la dédicace du pont des Valeureux et on est en train de construire un nouveau site pour la toile.

Le service d’approvisionnement a vendu un montant “exceptionnel” d’attirail et de biens de consommation. Les ventes en 2006 ont augmenté de 18 pour cent au-dessus de celles de 2005 qui était une année record; le service a obtenu un profit net de 386 768 $, dont 25 pour cent ont été remis aux directions divisionnaires conformément à la convention de partage de profits. Il a aussi rapporté que la Direction nationale a réagi rapidement à l’abus de la marque de commerce qu’est le symbole du coquelicot, et le nom de la Légion, par divers groupes y compris une compagnie aérienne potentielle appelée Legionair.

Le président de la Division de la Colombie-Britannique/Yukon, Gerry Vowles, qui a fait une présentation au conseil sur les mesures que sa division est en train de prendre pour s’occuper de la gestion des filiales, avait vraiment les affaires à l’esprit. La vérification interne du coquelicot faite au hasard en est une. La direction avait plusieurs recommandations pour la réforme financière, que le conseil a décidé de porter à l’attention du Comité des constitution et lois. Le comité doit faire un rapport au Comité sous-exécutif national au courant de l’année.

Et, comme le 80e anniversaire de la Légion se poursuit, le conseil a approuvé 40 000 $ de son budget spécial pour la production d’un troisième livre de l’histoire de l’organisation. L’ancien éditeur et directeur général de la revue Légion, Mac Johnston, va écrire et s’occuper de l’imprimerie de ce livre qui concernera les années 1984 à 2006.

Au Comité exécutif national également

Logement de la Légion : Le CEN a donné son accord provisionnel à un programme dans le cadre duquel des quartiers pour gens mariés que l’Agence de logement des Forces canadiennes a en surplus seraient disponibles aux anciens combattants et aînés de la Légion. Cette initiative serait coordonnée par le Centre d’excellence du logement des aînés de la Légion et elle offrirait aux filiales l’occasion de fournir des logements sécuritaires à bon prix sans être obligées de financer des projets de construction. Le CEN a aussi approuvé une politique qui servirait à exiger que toutes les constructions domiciliaires de la Légion s’identifient en tant que telles; la signalisation qui doit servir à une reconnaissance nationale du programme n’a pas encore été créée.

Ligue royale des anciens combattants du Commonwealth : En tant que membre de cette organisation, la Légion, en 2006, a fourni 238 044 $ en assistance aux anciens combattants des Antilles.

Trousses pédagogiques : L’envoi aux filiales et aux écoles des trousses pédagogiques de l’an dernier a été retardé à cause du changement de gouvernement et de sa politique que toutes les publications de ce genre doivent être approuvées par le bureau du Premier ministre. On prépare les trousses plus tôt cette année à cause de cette étape supplémentaire.

À l’honneur de Don Cherry : Le CEN a donné son accord à ce qu’on décerne une carte de membre à vie au communicateur Don Cherry en reconnaissance de ses efforts pour la Légion et les anciens combattants du Canada.

Chartes : La Légion a accueilli une nouvelle filiale, la filiale Peacekeepers de
la Division de l’Alberta-Territoires du Nord-Ouest. Douze chartes ont été annulées : quatre en Alberta-T. N.-O., quatre en Saskatchewan, deux au Manitoba-Nord-Ouest de l’Ontario et deux en Ontario.

Citoyenneté : Le CEN va appuyer la campagne des épouses de guerre qui sert à obtenir que leurs enfants nés à l’étranger qui ont immigré au Canada ne soient plus obligés de payer pour établir leur droit de citoyenneté.

Congrès : Le CEN a donné son accord à la modification de l’article 411.c. de la page 41 des Arrêtés généraux d’après laquelle on enlèverait les mots “Standing Committee on Appeals” (Comité permanent des appels) et on les remplacerait par “Appeals Committee” (Comité des appels). Le Comité des appels sera formé au Congrès selon les besoins; les anciens présidents présents y sont communément nommés.

Jeunes auxiliaires : L’emblème national des jeunes auxiliaires a été choisi.

Le gouvernement fédéral et la Croix-Rouge canadienne, 1939-1945

Dans un article paru précédemment (La Croix-Rouge et la captivité de guerre, 1939-1945 juillet/août 2006), il était question de l’aide fournie par la Croix-Rouge canadienne aux prisonniers de guerre provenant du Commonwealth. Cependant, cet article ne présentait que l’aboutissement, ou la partie visible d’un processus, soit l’aide en elle-même. Il y était question, notamment, des “colis de vivres” et des autres mécanismes mis en place par l’institution humanitaire afin d’assurer la survie et le bien-être des prisonniers.

Le présent article tentera, pour sa part, de démythifier quelques aspects de la littérature qui demeurent occultés, soit les relations entre la Croix-Rouge canadienne et le gouvernement fédéral canadien. Effectivement, bien que le Mouvement de la Croix-Rouge–qui englobe toutes les sociétés nationales de la Croix-Rouge, ainsi que le Comité international de la Croix-Rouge–soit réputé pour son indépendance, sa neutralité et son impartialité, des historiens révisionnistes ont démontré que les gouvernements avaient un contrôle important sur leur Croix-Rouge en temps de guerre. Cet article s’attardera donc à démontrer que la Croix-Rouge canadienne a elle aussi été contrôlée par une autorité étatique, soit le gouvernement fédéral d’Ottawa et même, parfois, utilisée par lui à des fins autres qu’humanitaires. En contrepartie, elle a également profité de sa collaboration.

De toutes les relations politiques de la Croix-Rouge canadienne–soit les relations officielles entre l’institution caritative et d’autres entités, comme des organisations non gouvernementales (ONG) et gouvernementales–celles qu’elle a eues avec le gouvernement canadien ont probablement été les plus déterminantes. Ces liens ont pris une forme hiérarchique souvent très sévère et restrictive aux yeux des membres de l’institution humanitaire, au point de mettre en péril certaines activités, ou d’en transformer essentiellement la nature. Ce serait toutefois une erreur de croire que l’action gouvernementale à l’égard de la Croix-Rouge canadienne fut exclusivement limitative.

Durant la guerre, bien que la Croix-Rouge canadienne ait notamment eu des liens avec les ministères des Postes, des Finances et de la Défense nationale, c’est toutefois le ministère des Services nationaux de guerre, créé en juillet 1940, qui fut son plus fréquent interlocuteur. Ce ministère était effectivement responsable, d’une manière générale, de superviser et de coordonner l’activité des ONG canadiennes engagées dans l’effort de guerre.

Dans le cas de la Croix-Rouge canadienne, l’action gouvernementale a pris trois formes principales. D’abord, le gouvernement a suggéré ou autorisé la poursuite d’activités propres à la Croix-Rouge dont il a par la suite assuré la bonne marche par une supervision pointilleuse. Cette supervision s’est particulièrement attardée aux dépenses et au financement des activités de l’institution et, dans une moindre mesure, aux procédés et à l’efficacité des activités de l’institution. Ensuite, le gouvernement a collaboré à l’œuvre de l’institution en lui allouant des fonds et du matériel, en permettant des tarifs privilégiés de même qu’en s’associant à la collecte et au partage d’informations. Il s’est finalement attardé à assurer le respect, par toutes les ONG canadiennes concernées, des limites des juridictions qui leur avaient été respectivement confiées. En contrepartie, il tirerait des avantages évidents de sa “participation” aux activités de la Croix-Rouge canadienne.

Malgré l’indépendance et l’impartialité dont elle jouissait, du moins officiellement, la Croix-Rouge canadienne a dû composer sans relâche avec les agents gouvernementaux, que ce soit pour développer des idées ou pour leur donner suite. Plusieurs des activités et services réalisés par l’institution humanitaire l’ont été en réponse aux demandes ou aux propositions gouvernementales. Elle a donc rarement pu mener des activités sans passer par des pourparlers avec le gouvernement, qui s’assurait ainsi de pouvoir éviter tout gaspillage et toute dépense injustifiée.

Il s’assurait un droit de regard constant sur les activités menées par l’institution. La mobilisation adéquate de ses ressources humaines, matérielles et financières semblait justifier, dans un contexte de guerre totale, cette manière de procéder. Cependant, si le gouvernement eut plusieurs initiatives et fut ouvert au compromis relativement aux activités concernant les prisonniers, il fut cependant plus pointilleux dans le domaine des finances (budgets et campagnes de financement).

Peu après le début de la guerre, des discussions amenèrent le gouvernement fédéral à confier à la Croix-Rouge canadienne l’organisation de tous les envois destinés aux captifs canadiens, une activité effectuée jusque-là par le gouvernement et la Croix-Rouge britanniques. Auparavant, la Croix-Rouge était plutôt restreinte à un rôle médical auprès de la population canadienne et des soldats outre-mer. En conséquence, l’institution caritative se vit allouer le droit de mettre sur pied les organes requis, et le devoir de veiller à leur conformité. Cette importante responsabilité de la Croix-Rouge canadienne–une activité qui coûterait à l’institution la plus volumineuse part de ses budgets et les plus grands efforts de logistique et de mobilisation–est donc due à l’instigation gouvernementale. La poursuite de cette œuvre envers les prisonniers de guerre sera également soumise à la volonté gouvernementale à plusieurs reprises. Vu l’importance des enveloppes budgétaires et des quantités de matériel requises, chaque hausse de la production de colis de vivres, par exemple, était impossible sans le concours des autorités.

L’origine et la poursuite des activités du Bureau d’investigation de la Croix-Rouge–responsable d’informer les parents sur le sort d’un soldat prisonnier ou disparu–à Ottawa, constituent aussi des exemples intéressants de relations avec le gouvernement. Le bureau n’entra en fonctions qu’après de nombreuses négociations, et son acte fondateur fut un arrêté ministériel. Le contrôle du bureau par le gouvernement était tel que, même après sa création officielle, il a dû retarder d’environ un mois le début de ses activités, faute d’avoir encore obtenu l’approbation du ministère des Services nationaux de guerre quant au choix de ses travailleurs. Par la suite, le gouvernement y a maintenu un droit de regard en occupant deux des trois sièges du Comité consultatif, lequel était composé des représentants des Services nationaux de guerre, des Affaires extérieures et de la Croix-Rouge canadienne.

Les actions envers les prisonniers tiraient donc fréquemment leurs origines d’initiatives gouvernementales ou, à tout le moins, d’initiatives conjointes. Le gouvernement a dû autoriser pratiquement chaque activité entreprise par l’institution avant qu’elle puisse devenir effective, et il en a ensuite supervisé le déroulement.

Cela dit, la supervision étatique fut encore plus décisive quant aux finances de l’organisme. À ce sujet, les décisions gouvernementales furent sévères, selon l’institution humanitaire, et difficiles à renverser. La Loi sur les charités de guerre de 1939 donnait un droit d’ingérence dans le contrôle des budgets des ONG réservés à l’effort de guerre qu’il n’hésita pas à utiliser. Les budgets étaient soigneusement inspectés par le ministère des Services nationaux de guerre et les principales dépenses n’avaient lieu que quand l’autorité étatique donnait son accord.

La question qui revint le plus souvent concernait le nombre de colis de vivres que la Croix-Rouge canadienne pouvait défrayer. Alors qu’elle visait constamment à en fournir le plus grand nombre que lui permettaient ses budgets tout au long de la guerre, le gouvernement espérait voir les autres sociétés de la Croix-Rouge du Commonwealth en payer la plus grande part. Il souhaitait voir l’institution canadienne espacer ses campagnes de financement au maximum et se réserver ainsi le plus de fonds possibles pour la conduite de la guerre. On acceptait que la Croix-Rouge canadienne finance tous les colis destinés à des prisonniers canadiens, mais seule une toute petite quantité des colis défrayés pouvait être donnée à des prisonniers étrangers.

Le contrôle des campagnes de financement était encore plus catégorique, n’influençant plus exclusivement l’action en faveur des captifs mais bien toute l’?uvre de guerre de l’institution. D’abord, les dates de début et de fin de ces campagnes, de même que leurs objectifs, étaient soumis à l’approbation gouvernementale. Ensuite, en 1941, le gouvernement tenta de forcer la Croix-Rouge à participer à une campagne de financement commune, à laquelle toutes les ONG impliquées dans le conflit participeraient. La Croix-Rouge canadienne refusa, de peur de perdre son individualité et de voir les autres ONG amasser des fonds en profitant de sa crédibilité. En conséquence, la Croix-Rouge, qui avait mené des campagnes de financement presque tous les deux ans durant la guerre, n’en mena pas en 1941. Afin de lui fournir les fonds nécessaires à ses activités, le gouvernement lui autorisera cependant un prêt bancaire, lequel fut rapidement remboursé.

Si le contrôle gouvernemental fut bien sévère à l’endroit de la Croix-Rouge canadienne, on peut croire qu’il l’était autant pour toutes les autres ONG du pays, ce qui semble justifiable dans un contexte où la victoire requiert la mobilisation de toutes les ressources. On constate aussi que des décisions qui semblaient inappropriées, aux yeux de l’institution, purent être renversées à force d’argumentation. Cela dit, de nombreux ministères ont néanmoins contribué à l’?uvre de l’institution.

D’abord, il en a été question précédemment, le ministre des Finances a consenti certains prêts à l’institution. Ensuite, après bien des tergiversations sur la légalité, pour la Croix-Rouge, de recevoir de l’argent de la part du gouvernement, il semble que ce dernier ait contribué financièrement à la production de colis de vivres. Le gouvernement a également consenti des tarifs spéciaux pour la conduite de certaines activités, comme le transport des denrées au Canada et outremer, et pour la livraison des publications de l’institution. La contribution matérielle du gouvernement fut aussi grandement sollicitée. Lorsque certaines denrées manquèrent, les rations du personnel militaire au Canada furent même révisées afin de libérer certaines quantités de nourriture en faveur des prisonniers. Et lorsque les infrastructures d’Europe, en mauvais état, ne permirent plus d’acheminer les denrées aux prisonniers, le gouvernement donna à la Croix-Rouge 50 camions pour qu’elle les utilise à cette fin. Finalement, le partage d’information était essentiel à l’existence du Bureau d’investigation de la Croix-Rouge. Dès l’ouverture du bureau, des relations ont été établies avec les ministères des Affaires extérieures, des Services nationaux de guerre, de la Défense nationale, des Transports et des Postes, qui fournirent bien souvent des informations privilégiées.

Ces quelques exemples ne pourraient résumer à eux seuls tous les types de coopération entre l’institution et l’État durant les six longues années de guerre. Cependant, le gouvernement, dans un contexte de guerre totale lui donnant la légitimité et le pouvoir d’intervenir dans toutes les sphères de la société fut, pour la Croix-Rouge canadienne, un allié inestimable. Malgré un contrôle parfois sévère, l’implication gouvernementale fut donc déterminante dans la conduite des activités de l’institution, et des avantages notables en ont été retirés. Cette relation s’est développée sur une base hiérarchique indiscutable, quoique l’argumentation, voire le harcèlement, par les membres de l’institution humanitaire et d’autres intervenants, permirent le renversement de décisions gouvernementales douteuses à leurs yeux.

Le gouvernement semble avoir lui aussi profité de ses relations avec la Croix-Rouge, bien que les meilleurs exemples dépassent toutefois l’action menée auprès des prisonniers de guerre provenant du Commonwealth. Effectivement, le gouvernement canadien a attaché beaucoup d’importance à l’indication de la provenance des colis de vivres (donnés ou vendus, ces colis étaient généralement transmis par l’intermédiaire de la Croix-Rouge britannique et du Comité international de la Croix-Rouge) de façon à ce que les pays concernés en soient parfaitement informés; c’est particulièrement vrai dans le cas de la France Libre. Des instructions précises étaient données afin que les caisses soient identifiées aux couleurs de la Croix-Rouge canadienne. Il était perçu par le gouvernement que ce crédit serait favorable à la conduite de la guerre. On pensait aussi que les populations alliées sous le joug de l’ennemi, et dont les soldats prisonniers avaient été aidés par le Canada, coopéreraient beaucoup plus avec la force d’invasion, lorsque la reconquête aurait lieu. On croyait également que les pays aidés pourraient ultimement “lui revaudraient” dans l’après-guerre. Au niveau du front intérieur, le travail accompli par la Croix-Rouge auprès des prisonniers de guerre a certainement contribué à rassurer leurs parents, et a ainsi pu jouer un rôle quasi propagandiste, en démontrant à la population que l’État et la Croix-Rouge maîtrisaient bien la situation.

En somme, les buts du gouvernement, en ce qui concerne la Croix-Rouge canadienne, étaient loin d’être exclusivement humanitaires. Ce dernier était également à la recherche de capital politique sur le plan international, et même d’objectifs stratégiques et tactiques. Le gouvernement a donc grandement profité des activités de la Croix-Rouge canadienne, qu’il a su modeler ou presque, selon certains de ses besoins.

À un autre niveau, en confiant à un organisme bénévole des tâches nécessaires pour lesquelles il aurait dû, en d’autres circonstances, payer un fort prix, le gouvernement s’est assuré des économies importantes, puisque l’argent dépensé par la Croix-Rouge provenait, dans sa plus grande partie, de la population, et non pas des coffres de l’État. Comme l’institution caritative faisait aussi appel à des bénévoles pour les activités de transformation et d’empaquetage, le gouvernement économisait en n’ayant pas à payer lui-même une main-d’œuvre salariée. Le coût de la collaboration du gouvernement fédéral canadien aux activités de la Croix-Rouge lui a ainsi été remis, d’une autre manière, au quintuple, et il en a tiré des avantages politiques, militaires et économiques.

Des effets sociaux découleraient également des activités de la Croix-Rouge canadienne. Effectivement, en aidant les prisonniers de guerre à satisfaire leurs besoins primaires et certains besoins secondaires, l’institution humanitaire les a aidés à survivre et peut-être même à ressentir un relatif bien-être dans des conditions autrement plus pénibles encore. À plus long terme, ces prisonniers ont pu garder moins de séquelles de leur captivité, et réintégrer plus facilement la vie civile. En bonne santé physique, ils auront bénéficié d’une meilleure espérance de vie, et en bonne santé mentale, d’une vie plus heureuse. En conséquence, les prisonniers “réchappés” par la Croix-Rouge ont été un fardeau bien moindre pour l’État, après la guerre. On put donc compter sur des rapatriés en meilleur état, qui coûteraient moins cher à la société et participeraient davantage au bien commun.

En conclusion, la Croix-Rouge canadienne n’était pas aussi indépendante qu’on veut bien le faire croire. En effet, le gouvernement a eu sur elle une influence importante, et il faut avouer que ces initiatives ont grandement contribué à faire de l’aide en faveur des prisonniers de guerre ce qu’elle a été. La collaboration en matière de financement, de matériel, de logistique et d’information a été déterminante dans la poursuite et la bonne marche de l’œuvre. Et bien que le gouvernement ait contrôlé de très près les activités de l’institution, l’argumentation et la négociation ont souvent permis à l’organisme de faire valoir son point de vue, et de renverser favorablement certaines situations.

En contrepartie à tous ses efforts, le gouvernement canadien a récolté des profits importants et nombreux. D’abord, il a fait des économies matérielles et financières importantes, en faisant effectuer par la Croix-Rouge et ses bénévoles des ouvrages qui lui auraient autrement coûté très cher. Puis il a gagné des avantages tactiques et stratégiques, en faisant bonne impression aux yeux des populations alliées des pays occupés par l’ennemi. Cette reconnaissance, à plus long terme et au niveau des relations entre États, a pris ensuite la forme de capital politique sur la scène internationale. Au Canada, cette bonne impression a contribué à rehausser le moral de la population et l’a incitée à s’impliquer davantage dans la prochaine victoire. Finalement, le gouvernement s’est affranchi d’un important fardeau en pouvant compter sur des prisonniers rapatriés en meilleure santé physique et mentale, qui pourraient eux-mêmes participer, à la pleine mesure de leurs capacités, à la société.

À la lumière de ces quelques faits et interprétations, il devient clair que la Croix-Rouge canadienne n’a pas été–et de loin–affranchie de tout contrôle étatique durant les années de guerre, puisque le gouvernement a maintenu un contrôle strict sur les activités de l’institution et qu’il a même tiré profit d’activités dont le but avoué était d’abord et avant tout humanitaire. Une question demeure donc : pourquoi les liens unissant gouvernement et Croix-Rouge continuent-ils d’être négligés de l’historiographie, et pourquoi l’entretien du mythe d’une Croix-Rouge indépendante de tout contrôle étatique revêt-il autant d’importance, aux yeux de ses membres?

Au secours du Bomber Command

Dans le but de favoriser le débat public sur la campagne de bombardement stratégique de la Seconde Guerre mondiale, nous offrons ce point de vue de David L. Bashow, dont le livre No Prouder Place : Canadians and the Bomber Command Experience 1939-1945 (Pas d’endroit plus fier : les Canadiens et l’expérience du Bomber Command), a obtenu des critiques favorables (Off The Shelf [non traduit], mai/juin 2006). L’auteur a aussi beaucoup écrit, dans des livres et des périodiques sélects, sur différents sujets concernant la défense, la politique étrangère et l’histoire militaire. Ancien pilote de chasse des Forces canadiennes, il est éditeur de la Revue militaire canadienne et professeur adjoint au Collège militaire royal à Kingston (Ont.).

Bien que cela puisse sembler vieux jeu dans le monde actuel, je crois qu’une société a besoin de héros, avec leurs exemples de courage et d’honneur, pour l’inspirer et il n’y a pas de partie de la société qui en a besoin davantage que celle des forces armées.

Je crois aussi que les citoyens d’une nation ont besoin qu’on leur rappelle de temps en temps que, des fois, il leur faudra être prêts à se battre, à prendre position par rapport aux valeurs auxquelles ils croient et qu’ils chérissent. Durant les années 1930 et 1940, le nazisme était une tache obscène sur l’humanité; il fallait l’éliminer aussi vite que possible et cela par tous les moyens.

Il ne nous reste que bien peu de temps pour rendre hommage convenablement à nos vétérans de la Seconde Guerre mondiale et leur faire part de notre reconnaissance. Ces idées à l’esprit, surtout vu la récente explosion de négativisme concernant l’offensive du bombardement stratégique de la Seconde Guerre mondiale, je crois qu’il est temps de parler en détail des raisons et des résultats de la campagne de bombardement.

À propos de cet immense effort, un certain nombre de particuliers, pour un aussi grand nombre de raisons, ont cru bon d’éliminer ou de manipuler de manière sélective les faits historiques reliés au bombardement, marginalisant son impact en tant que contribution au gain de la guerre et dénigrant la conduite des équipages d’aviateurs qui y ont participé; autrement dit : stigmatisant le bombardement comme étant immoral et inutile.

Toutefois, je maintiens fermement que les résultats du bombardement allié ont été bien plus importants en ce qui a trait aux effets directs et indirects obtenus, ainsi qu’en faisant terminer la guerre favorablement, que ce qu’on a reconnu généralement auparavant. Je crois aussi qu’il est essentiel de comprendre que les décisions et les actes historiques qui s’en sont suivis ne peuvent pas être examinés à travers la lentille morale que sont les sensibilités d’aujourd’hui. On doit juger ce qui a été entrepris dans le contexte de l’époque et en se basant sur les renseignements et les considérations de planification qui étaient disponibles en ce temps-là. Autrement, la précision historique risque fort bien d’être supplantée par la rectitude politique et, après tout, avec du recul tout est bien plus clair.

À bien des égards, le nouveau Musée canadien de la guerre est un hommage exceptionnel au fier patrimoine militaire du Canada. Toutefois, quand une institution doit reconnaître autant d’histoire militaire, il y a toujours risque de trop simplifier (En guerre contre le musée de la guerre, novembre/décembre). J’ai peur que ce soit ce qui est arrivé à l’historique de l’offensive du bombardement combinée de la Seconde Guerre mondiale, surtout le panneau d’exposition intitulé Une controverse qui persiste et dont le sous-titre est Bombardement stratégique.

Bien qu’on ait remarqué au musée, avec justesse, que beaucoup de ressources avaient été engagées à l’intérieur du Troisième Reich à cause de la menace qu’était ce bombardement, d’après moi la généralisation simpliste et trompeuse suivante passe à côté de l’essentiel. “Les bombardements massifs de l’Allemagne ont été la cause de beaucoup de destruction et de morts. La valeur et la moralité de l’offensive du bombardement stratégique contre l’Allemagne est toujours contestée âprement.

L’objectif du Bomber Command était de saper le moral des civils allemands et de forcer l’Allemagne à se rendre en détruisant ses villes et ses installations industrielles. Même si les attaques du Bomber Command et des forces américaines ont causé la mort de 600 000 Allemands et en ont laissé 5 millions d’autres sans-abris, ils n’ont détruit qu’une infime partie de la production de guerre allemande avant la fin de la guerre.”

Malheureusement, cette représentation particulière sert de résumé ou de bilan de la campagne, devenant effectivement le legs du Bomber Command qui perdure dans le musée. Les citations additionnelles ne servent qu’à souligner les conclusions morales et humanitaires qui ne touchent guère à la valeur stratégique et militaire des résultats que le bombardement a obtenus.

Quelle est-elle exactement, cette controverse qui touche à la campagne de bombardement, et pourquoi est-elle devenue un problème? En ce qui concerne la Seconde Guerre mondiale, la controverse a commencé vers la fin de la guerre, à cause de rapports erronés sur les bombardements, surtout le bombardement de la ville allemande de Dresden lequel a eu lieu les 13 et 14 février 1945.

Une grande partie de la désinformation reliée à ces raids, y compris les chiffres de victimes civiles grandement exagérés, allant jusqu’à 1 000 pour cent, qui avaient été transmis aux agences de presse alliées en passant par des pays neutres, avaient leur origine au ministère de la propagande de Josef Goebbel.

Il y a moins longtemps, le sympathisant nazi et nieur de l’holocauste David Irving a mis de l’huile sur le feu, tout comme l’épisode Mort au clair de lune qui faisait partie de la série très controversée La bravoure et le mépris, une production qui a été condamnée par les groupes d’anciens combattants après sa diffusion à la télévision de la SRC au début des années 1990.

En plus de cela, l’économiste renommé né au Canada John Kenneth Galbraith, qui avait fait partie de l’équipe alliée de sondage sur le bombardement stratégique après la guerre, a vaguement fait marche arrière à propos de son accord ‘tout à fait’ avec les résultats du sondage, déclarant vers la fin de sa vie, donc bien longtemps après coup, qu’il ne croyait pas que le bombardement avait été aussi efficace que ce qu’on pensait auparavant.

Ainsi, du dire de l’historien britannique renommé Richard Holmes : “nombre de survivants ont payé le prix fort en santé et en bonheur, ce qu’a empiré le dénigrement de leurs efforts par les critiques allant de ceux qui étaient moralement pointilleux à ceux qui appuyaient la campagne jusqu’à ce qu’ils aient vu ce qu’elle avait fait mais qui ensuite désiraient s’en distancer, en passant par ceux qui agissaient par intérêt politique. Comme les tempêtes de feu qui étaient l’expression la plus effroyable du bombardement, la condamnation de la campagne s’est nourrie d’elle-même jusqu’à ce que les flammes et la fumée de l’hypocrisie eussent voilé ses nombreux accomplissements, dont celui de sauver la vie d’innombrables soldats alliés n’était pas le moindre.

L’érudition bien plus récente de gens comme Richard Overy, Frederick Taylor, Robin Neillands, David Hall, Chester Wilmot, Holmes et bien d’autres, ainsi que les voix et l’érudition provenant de l’intérieur de l’Allemagne, ont défié les critiques et les opposants de façon crédible et sûre en ce qui concerne l’efficacité et la moralité de la campagne en réévaluant les archives et autres principales sources matérielles. Toutefois, il y a encore des gens qui ne veulent pas croire ce qui s’est vraiment passé, qui font comme si la nouvelle érudition n’existait pas ou qui poursuivent leur propre programme en dépit de cela.

Le bombardement par les alliés du Troisième Reich et des autres pays de l’Axe entrait correctement dans le cadre de la stratégie militaire périphérique générale de la Grande-Bretagne. Il menait l’offensive chez l’ennemi depuis les premières étapes de la guerre, servant à démontrer à tous que la Grande-Bretagne et les dominions n’avaient pas l’intention d’acquiescer aux régimes totalitaires. Il offrait un ‘deuxième front dénué’ aux Soviétiques assiégés quand aucun autre engagement majeur, comme une campagne terrestre prématurée, ne pouvait être lancée.

Les lecteurs devraient remarquer que cette question se rapportait particulièrement à cela car, au début des années 1940, le souvenir du carnage systématique illustré par le front de l’Ouest en 1914-1917 était encore douloureusement clair dans les esprits. Et bien que la dernière année de la Première Guerre mondiale (1918) eut été beaucoup plus fluide et dynamique, les gens appréhendaient la perspective d’une autre situation où des armées terrestres énormes se trouveraient bloquées dans une impasse sanglante. Toutefois, les Soviétiques faisaient fortement pression pour un quelconque soulagement offensif et même les Américains, qui avaient accepté ‘l’Allemagne d’abord’ comme priorité militaire étaient particulièrement anxieux d’en finir avec la guerre européenne pour pouvoir concentrer ensuite les efforts des alliés contre les Japonais dans le Pacifique.

Il y avait une pression importante de ‘accélérer le régime’ d’une invasion en Europe du Nord-Ouest longtemps avant que les forces des Britanniques et des dominions se sentent prêtes à une telle entreprise. Ainsi donc, l’offensive de bombardement était, de bien des façons, la manifestation ultime d’une stratégie de ‘guérilla’, dans le cadre de laquelle l’ennemi était attaqué à travers ses périphéries, comme à travers sa capacité de production, quand le lancement d’une confrontation massive était inacceptable.

L’offensive du bombardement a aussi porté des coups importants à l’infrastructure économique et industrielle de l’ennemi, l’obligeant à décentraliser ses industries militaires, ce qui lui a coûté très cher en ressources, et cet impact était immense, comme l’était également le fait de faire perdre du temps à une immense main-d’oeuvre et d’engloutir du matériel rien que par respect du danger. En 1944, au moins 900 000 hommes, et un grand nombre de femmes et de jeunes, étaient nécessaires rien que pour servir les défenses anti-aériennes.

La défense du Reich nécessitait alors 81 pour cent des ressources en avions de chasse, presque 60 000 canons d’artillerie variés qui auraient autrement servi à beaucoup renforcer leurs forces terrestres, un cinquième de toutes les munitions produites, et un bon tiers du rendement du secteur de manufacture d’optiques de précision cruciales.

L’offensive a poussé les nazis à lancer des grandes campagnes de représailles qui n’ont pratiquement pas eu de conséquences, comme les programmes de fusées V-1 et V-2, alors que d’autres initiatives potentiellement gagnantes, comme une concentration opportune sur les programmes d’avions de chasse à réaction et à fusée, furent marginalisées. La décentralisation a donné lieu à d’importantes inefficacités, ainsi qu’à des tensions extraordinaires sur un réseau de transport vulnérable qui était déjà surchargé, le tout empiré par l’exigence conséquente que la direction de cette politique a causé à propos du besoin en produits pétrolifères, surtout quand les alliés aient commencé à prendre le pétrole prioritairement pour cible, en 1944.

Il a aussi obligé les nazis à atténuer certaines initiatives vraiment perturbantes dont le développement était très prometteur. Il s’agissait de leurs programmes militaires nucléaire, biologique et chimique, ainsi que l’achèvement opportun d’une nouvelle série de sous-marins, particulièrement ceux du Type XXI, océaniques, qui auraient encore pu faire du grabuge dans les voies maritimes alliées s’ils avaient été mouillés en grand nombre avant la fin de la guerre en Europe.

Finalement, l’offensive de bombardement a préparé le terrain, grâce à la destruction des défenses aériennes, des ressources pétrolifères et des réseaux de transport de l’ennemi, à une invasion réussie de l’Allemagne passant par l’Europe du Nord-Ouest en 1944.

Le bombardement a détruit pratiquement toutes les industries allemandes de coke, de ferro-alliage et de caoutchouc synthétique, 95 pour cent de ses capacités en carburant, en houille dure et en caoutchouc, 90 pour cent de sa capacité en acier, 75 pour cent de sa capacité de production de camions et 70 pour cent de sa production de pneus. Il a aussi donné lieu à d’immenses pertes dans la production d’avions et de véhicules blindés. Alors que sir Arthur Harris, qui était commandant en chef du Bomber Command pendant la plus grande partie de la campagne, a rechigné au début quand il s’agissait de concentrer les attaques contre des cibles pétrolifères, préférant ce qu’il croyait sincèrement être des objectifs du bombardement plus acceptables et profitables, il a fini par donner vigoureusement son appui à la campagne. Dans certains des cas, la contribution du Bomber Command à la campagne du pétrole a même dépassé les efforts que les Américains faisaient dans cette direction. Par exemple, durant les quatre premiers mois de 1945, le Bomber Command a largué 181 000 tonnes de bombes sur le Reich, un cinquième de ce qu’il a largué durant toute la guerre. Et pas moins de 47 510 tonnes (26,2 pour cent) étaient affectées à des cibles de pétrole. Les pénuries qui en ont résulté ont non seulement restreint les opérations de combats, elles ont aussi réduit le montant de carburant disponible pour l’entraînement.

Les détracteurs de la campagne continuent de suggérer que le bombardement n’a eu que bien peu d’effets jusqu’aux derniers stades de la guerre, faisant remarquer que la production d’avions de chasse et de chars d’assaut a augmenté en 1944 et 1945.

Toutefois, ces gens oublient que l’économie allemande et sa production industrielle, d’après les ordres d’Hitler, avait été relativement lente jusqu’à ce que la nation se mette sur un pied de ‘guerre totale’, lors de la défaite désastreuse à Stalingrad, au début de 1943.

Ce calendrier d’exécution coïncidait au début de l’offensive combinée du bombardement anglo-américain. Ce que les Allemands auraient pu accomplir, s’ils n’avaient pas été obligés de respecter le danger qu’était le bombardement, s’ils avaient pu utiliser et maîtriser leurs installations de production sans entraves, et s’ils avaient eu libre accès à leurs réseaux et systèmes de transport, dépasse l’imagination. Les augmentations de la production ont surtout été dues au travail de millions de manoeuvres esclaves, amenés de force des territoires occupés, et le contrôle de la qualité a énormément souffert durant les dernières étapes de la guerre, en partie à cause de la résistance passive et des ralentissements faits par exprès par cette main-d’oeuvre forcée, mais aussi à cause d’une pénurie de matériaux stratégiques causée par le bombardement. De toute façon, c’est sans importance car, sans le carburant pour leur permettre de voler ou de rouler, grâce à la priorité mise sur le bombardement des ressources pétrolifères à partir de 1944, ces autres avions et chars d’assaut étaient inutiles.

La campagne a aussi eu beaucoup de succès au minage de la Baltique de l’Ouest, obligeant la marine allemande à opérer presque exclusivement à partir de la Baltique de l’Est, et la forçant à affecter 40 divisions pour assurer et protéger le territoire environnant en Lettonie de l’Ouest, au golfe de Danzig et en Prusse-Orientale durant les derniers mois de l’avance des Soviétiques. En fin de compte, cela a servi à tenir occupé au moins un tiers des forces disponibles pour combattre l’armée rouge qui approchait, et ces forces n’ont pratiquement pas participé à la défense finale du territoire allemand.

Il est indéniable que le bombardement a fait beaucoup de victimes civiles. Je maintiens qu’environ 593 000 civils ont trouvé la mort rien que dans les territoires du Reich allemand à cause des bombardements, c’est-à-dire 410 000 civils allemands, 23 000 policiers non militaires et civils attachés aux forces armées allemandes, 32 000 étrangers et prisonniers de guerre et 128 000 personnes relogées. Toutefois, bien que ces chiffres soient importants, ils sont éclipsés par le génocide perpétré sur les peuples d’Europe et d’Eurasie par les Allemands et leurs représentants. Quant à l’argument récurrent que 75 millions d’Allemands ne voulaient pas la guerre d’Hitler, je peux répliquer en disant que cela ne sert guère à consoler les millions d’âmes qui ont été systématiquement exterminées dans les camps de la mort des nazis.

Le moral du public allemand était certainement bon durant les trois premières années de la guerre, quand les forces allemandes faisaient ce que bon leur semblait dans la plus grande partie de l’Europe et même en Asie. Pour faire contraste au bombardement allié, la Grande-Bretagne a perdu environ 65 000 civils à cause du bombardement aérien durant la guerre, dont 43 000 environ sont morts durant le blitz de 1940-1941.

Le fait que l’offensive du bombardement alliée ait obligé les Allemands à produire des avions de chasse de type défenseur principalement est une importante raison pour que le nombre de victimes britanniques n’ait pas été supérieur, car ils ne purent générer une grosse force de bombardement stratégique à long rayon d’action avant la fin de la guerre. Il y a encore une autre raison, c’est que les attaques de bombardement industriel de 1943 à 1945 ont beaucoup diminué l’efficacité prévue du programme de fusées V-1 et V-2, alors le nombre de victimes civiles a aussi été moins important.

Toutefois, que nul n’en doute : il y a beaucoup d’indications permettant de croire que l’Allemagne n’aurait pas eu de scrupule à propos de bombarder la Grande-Bretagne à fond si elle en avait eu les moyens. L’augmentation de l’importance de la production de chasseurs pour la défense de son territoire a aussi minimisé le soutien aérien disponible aux troupes allemandes combattant aux fronts. Ainsi, sans le bombardement allié, les forces allemandes auraient eu bien plus de protection et les forces alliées auraient été exposées à un bombardement allemand bien plus gros.

Quant à la critique souvent répétée, qu’un pourcentage démesuré des ressources militaires ont été dépensées par le Bomber Command, la première notabilité Richard Overy maintient que ce pourcentage était en fait bien petit. “Comparé au total de tout l’effort de guerre (production et combat), le bombardement n’a absorbé que sept pour cent, et en 1944-1945 il ne s’est élevé qu’à 12 pour cent. Vu qu’au moins une partie de la production a servi aux autres théâtres de la guerre (et autres commandements), dans l’ensemble les chiffres du bombardement direct de l’Allemagne étaient certainement plus petits. On ne peut pas vraiment dire qu’une allocation de ressources de sept pour cent de l’effort de guerre de la Grande-Bretagne soit déraisonnable.”

Il est certain que les aviateurs anglo-américains qui ont mené à bien la campagne ont enduré de grosses pertes, 81 000 d’entre eux ont péri avec les 18 000 aéronefs qui ont été perdus pour toutes sortes de raisons. La partie du Bomber Command était de 55 573 aviateurs et 12 330 aéronefs, dont 8 655 sont tombés en Allemagne, en Italie et en Europe occupée. Les coûts en victimes fatales pour le Canada étaient de presque 10 500 membres de l’Aviation royale du Canada dans les escadrons de la RAF, ainsi qu’un nombre important de Canadiens qui servaient en tant que membres de la Royal Air Force et que tout le monde a tendance à oublier.

En mai 1943, les affectations opérationnelles dans les bombardiers étaient codifiées à 30 opérations dans la force principale, suivies par un repos derrière les lignes d’environ six mois, et puis une deuxième affectation opérationnelle de 20 opérations de plus. La longueur des affectations était conçue pour offrir une ancre de veille pour le moral, et un certain espoir de survie dans des circonstances ardues. En fait, elles avaient été conçues cliniquement pour offrir une “possibilité de survie de 50/50”, et calculées d’après un prédicat de 2,4 pour cent de pertes par raid, mais seulement à la première affectation. Le taux moyen de pertes du Bomber Command durant la guerre s’est concrétisé à 2,58 pour cent par raid, ce qui garantissait presque cette “possibilité de survie de 50/50” au bout de 30 opérations.

L’expérience des équipages de bombardiers canadiens est bien plus enjouée, surtout parce que la plus grande partie de la participation du Bomber Command a eu lieu après la Normandie, quand le bombardement était le plus intense et que les pertes étaient les moins nombreuses. Mais 33 pour cent des Canadiens qui volaient dans les opérations du Bomber Command ont quand même fait partie des victimes, et plus d’une sur quatre de ces victimes fut mortelle.

Même en laissant les questions morales de côté, le camp allemand a reconnu depuis longtemps que la politique de bombardement régional, tel qu’il a eu lieu durant la Seconde Guerre mondiale, était tout à fait légale. En fait, ce n’est qu’en août 1948 que l’interdiction a été légiférée officiellement, quand la Convention de la Croix-Rouge sur la protection des civils en temps de guerre a été rédigée à Stockholm et puis signée à Genève au début de l’année 1949.

Et en réalité, la ratification légale et la reconnaissance de cette initiative n’a eu lieu que plusieurs décennies plus tard, quand le premier des quatre protocoles de la Convention de Genève de 1977 a interdit expressément les attaques militaires faites par exprès contre les civils.

Les victimes civiles, dont beaucoup étaient indubitablement innocentes, étaient un résultat inévitable de la campagne de bombardement, dont le mandat partiel déclaré publiquement était de déloger la population de travailleurs industriels ennemis et d’anéantir sa volonté de faire la guerre. En fait, à partir de 1943, sir Arthur Harris déclarait publiquement, ce sur quoi les gouvernements britannique et états-unien s’étaient mis d’accord, que : “l’objectif principal du Bomber Command sera la destruction progressive et le bouleversement du système militaire, industriel et économique allemand dans le but de saper le moral du peuple allemand au point où sa capacité de résister par les armes aura diminué fatalement”.

On doit aussi réaliser que bien que la boucherie délibérée de la main-d’oeuvre allemande n’ait jamais été commandée, on s’attendait certainement à des dommages collatéraux. La destruction des régions résidentielles avait pour but de rendre extrêmement difficile à cette main-d’oeuvre de poursuivre le travail. La propension occidentale de construire des zones résidentielles autour des installations industrielles a inévitablement augmenté le nombre des victimes.

Cette réalité fut aggravée encore plus parce que le Bomber Command, tel qu’il fonctionnait durant la Seconde Guerre mondiale, était ‘un instrument contondant’ avec bien peu de capacités de bombardement de précision. Même à son point de technologie la plus précise, le Bomber Command manquait des capacités de ciblage à grande précision comme en ont les plates-formes d’armes d’aujourd’hui.

Bref, les dommages collatéraux aux civils étaient considérés des annexes du bombardement. Les régimes totalitaires avaient fourni de nombreux exemples du bombardement régional civil avant le début de l’offensive du bombardement combiné de 1943 : Guernica, Nanking, Varsovie, Rotterdam, Londres et Coventry viennent tout de suite à l’esprit.

Les détracteurs de la campagne suggèrent erronément que les gouvernements alliés ont fait preuve de duplicité lorsqu’ils ont expliqué la campagne de bombardement à leurs citoyens. En fait, les sondages de l’opinion publique et même les affiches de propagande de l’époque pro vent que ces citoyens étaient tout à fait au courant du bombardement intentionnel des villes industrielles allemandes, et ils confirment que le bombardement jouissait d’un soutien public répandu. Il y avait en effet des opposants, surtout au début de la campagne de bombardement et parmi eux se trouvait Cosmo Lang, archevêque de Canterbury au début de la guerre, mais même lui a fini par se ranger avec les gens qui étaient en faveur de l’offensive du bombardement. Ils ont toujours été une très petite minorité.

D’autres mythes tenaces ont fait poursuivre le débat sur le bombardement stratégique. Parmi eux :

1. le bombardement de Dresden, les 13 et 14 février 1945, était un acte de destruction barbare et inutile contre une belle ville cultivée grandement éloignée de l’effort de guerre.

En fait, Dresden était un camp armé, un centre de communication et de transport vital, et un grand centre industriel où se trouvaient au moins 127 manufactures servant à la production militaire, y compris l’immense complexe Zeiss-Ikon où étaient employés plus de 14 000 personnes lors des raids de février. Et il y avait longtemps que le complexe Zeiss ne servait plus à fabriquer quelque chose d’aussi innocent qu’un appareil photos pour vacanciers. De plus, Dresden fut bombardé à la demande des Soviétiques qui menaient une offensive à environ 100 kilomètres à l’est et qui voulaient qu’on restreigne le transport de fournitures et de renforts ennemis vers leur front.

2. La politique de bombardement américaine avait pour prédicat une capacité de bombardement de précision mené en plein jour, au contraire des pratiques de bombardement régional hasardeux du Bomber Command qui avaient lieu la nuit au début et, par la suite pendant la guerre, jour et nuit.

En fait, le bombardement de précision américain n’était ni précis ni sélectif. De plus, des habiletés et un équipement spécialisé nouveaux ont amélioré la capacité d’attaques de précision par le Bomber Command durant les derniers 18 mois de la guerre, la période du plus grand effort de bombardement. Avant la fin des hostilités, le Bomber Command a démontré une plus grande précision la nuit et à travers les nuages que ce qu’accomplissaient les Américains les heures diurnes et dégagées.

3. Le moral des Allemands n’a pas baissé à cause du bombardement.

Faux. De dire l’historien allemand Götz Bergander : “en réalité, les raids aériens sur les villes et l’industrie a fait trembler la fondation du moral de guerre du peuple allemand. Il a ébranlé les nerfs à jamais, sapé leur santé et fait chanceler leur croyance en la victoire, modifiant ainsi leur conscience. Il a répandu la peur, le désarroi et le désespoir. C’était un résultat important et intentionnel de la guerre aérienne stratégique, de cette révolution militaire”. Il a aussi donné lieu à un manque de résistance dans les régions urbaines allemandes vers la fin des hostilités qui a sans aucun doute accéléré la reddition allemande et, en se basant sur les expériences, a sauvé nombre de victimes des deux côtés en évitant fréquemment la nécessité de l’âpre combat de maison à maison.

En général, l’offensive du bombardement stratégique a mené le combat chez l’ennemi. Il a créé un deuxième front qui enlevait des ressources à la campagne soviétique dans l’Est et qui détournait d’immenses quantités de matériel et de main-d’oeuvre des principales entreprises militaires de l’Allemagne. Il a porté des coups considérables à l’infrastructure industrielle allemande et préparé le terrain, grâce à la destruction des défenses aériennes, du réseau de transport et des ressources pétrolifères de l’Allemagne, pour l’invasion terrestre en Europe du Nord-Ouest de 1944, laquelle eut lieu quand les alliés se sont crus prêts à une si formidable entreprise.

Des historiens révisent l’exposition sur le Bomber Command

Plus d’un demi-siècle après que les alliés aient lancé la campagne de bombardement stratégique contre les cibles industrielles, militaires et civiles allemandes, la moralité et l’efficacité de la tactique est encore vivement débattue.

Au cours de la dernière année, il y a eu un autre débat à propos de la manière dont le Musée canadien de la guerre (MCG) a décidé de représenter la campagne de bombardement, c’est-à-dire par une exposition qui, d’après bien des gens, sert à mettre la question de la controverse en évidence de façon injustifiée.

Un certain nombre de groupes d’anciens combattants, dont la Légion royale canadienne, l’Aircrew Association of Canada, l’Association des Forces aériennes du Canada, les Anciens combattants de l’armée, de la marine et des forces aériennes au Canada, le Conseil national des associations d’anciens combattants et la Bomber Command Association, ont fermement déclaré leur opinion comme quoi l’exposition et surtout le panneau intitulé Une controverse qui persiste, porte atteinte à cette question compliquée en rendant un jugement simpliste sur le bien-fondé et la moralité de la campagne.

Il n’y a pas longtemps, en réponse à ces critiques, M. Victor Rabinovitch, le président-directeur général de la société du Musée canadien des civilisations, a envoyé une lettre à quatre historiens canadiens où il leur demandait de venir à Ottawa pour juger l’exposition. Dans la lettre, il demandait à chaque historien d’écrire un rapport et il leur demandait spécifiquement d’étudier trois questions, divisées en deux domaines :

1. “Est-ce que la section du musée de la guerre sur la campagne du bombardement stratégique présente cet aspect du rôle qu’a eu le Canada à la Seconde Guerre mondiale de manière équilibrée? Est-ce qu’elle explique le rôle qu’a eu le bombardement stratégique dans la campagne militaire européenne en général?”

2. “Un panneau de l’installation actuelle intitulé Une controverse qui persiste a été critiqué par certaines personnes. Est-ce que ce panneau offre une compréhension actuelle de certains des impacts de la campagne de bombardement durant la guerre de façon appropriée?”

Pour répondre à ces questions, les historiens ont eu recours à tous les aspects de leur profession par rapport aux questions comme le rôle d’un musée militaire, la moralité d’attaquer des cibles civiles et l’importance du choix des termes pour préserver l’objectivité. Alors que deux des historiens ont conclu que l’exposition respecte les normes professionnelles de l’objectivité historique, les deux autres croient qu’une partie de l’exposition, à savoir le panneau sur la controverse qui persiste, ne respecte pas ces normes.

Bien que les historiens aient abordé les questions chacun à sa façon, le professeur de l’Université McGill Desmond Morton et le professeur de l’Université de Toronto Margaret MacMillan croient tous deux que le traitement de la controverse sur le bombardement stratégique par le musée est non seulement juste, il est nécessaire. “Le traitement équilibré de la controverse respecte le mandat du MCG d’informer et d’éduquer”, écrivait Morton. “Refuser de reconnaître la controverse, ce serait, comme dans le cas de toute censure, traiter les gens qui visitent le musée avec mépris.”

“Les critiques du panneau sur l’offensive du bombardement nient qu’il y ait eu une controverse valable à propos de cet élément très important de l’attaque, bien qu’elle ait été extrêmement coûteuse en jeunes vies pleines de talents et en ressources matérielles alliées qui étaient déjà insuffisantes.”

“La controverse, bien entendu, était réelle. En effet, elle fait partie d’un dialogue philosophique continuel à savoir si une fin morale justifie des moyens cruels et immoraux. Était-ce juste de tuer des millions de civils allemands pour mettre le nazisme en échec? Les gens honnêtes et moraux ont des points de vue contradictoires sur ces questions difficiles.”

MacMillan reprend le point de vue de Morton en écrivant que les critiques “ont tort de dire que l’exposition soutient catégoriquement que le bombardement de zone était immoral ou inefficace, ou les deux. Elle ne le soutient pas. À la place, l’exposition, justement d’après moi, fait remarquer, dans le panneau intitulé Bombardement stratégique et Bomber Command, que certains critiques de la campagne soutiennent que c’était immoral d’attaquer des cibles civiles dans le but de détruire le moral et l’infrastructure de l’ennemi. Il est indéniable que de telles critiques ont été faites et elles continuent de l’être.”

“La moralité de la campagne de bombardement est une question importante et le musée de la guerre, à raison, conscientise son audience sur le débat”, écrit-elle. “Est-il jamais juste, en guerre, de prendre des civils pour cibles intentionnellement? Y a-t-il des limites en guerre dont le dépassement endommage les vainqueurs? Si l’Allemagne avait gagné, les alliés auraient-ils été poursuivis en justice pour des crimes de guerre suite à leur destruction de villes d’importance militaire faible ou discutable?”

“La plaque intitulée Une controverse qui persiste a été critiquée parce qu’on y déclare que l’impact des raids sur la production de guerre allemande était réduit jusque vers la fin de la guerre. C’est tout à fait juste et toutes les autorités, pour autant que je sache, sont d’accord là-dessus”, ajoutait MacMillan.

Elle notait que “bien que le musée ait raison d’écouter les critiques, il ne peut pas permettre que ses programmes et expositions soient dictés par des groupes extérieurs […] quand des historiens réputés ne sont pas d’accord, comme c’est le cas à propos de l’efficacité ou de la moralité de la campagne du bombardement stratégique, ou des deux, les musées causent du tort à leur public en le privant de la connaissance de tels désaccords”.

Mais d’après le professeur David Bercuson de l’Université de Calgary et du directeur du département d’histoire et patrimoine du ministère de la Défense nationale, M. Serge Bernier, ce n’est pas simplement la ‘connaissance’ des désaccords que le musée offre dans le texte du panneau sur la controverse qui persiste.

Bernier écrit que “dans le cadre strict qui limite l’historien quand il doit s’exprimer par l’entremise d’une exposition, il me semble que nous avons une image qui, dans l’ensemble, est plutôt équilibrée sur le rôle du Canada aux bombardements stratégiques de la Seconde Guerre mondiale, et sur l’importance qu’avait cette manière de faire la guerre en Europe. Toutefois, un des panneaux de cette section cause un problème… Il est vrai qu’une controverse persiste à propos de l’effica-cité réelle de ces bombardements. Le texte de ce panneau ne pèse que sur un côté de la balance et il sous-entend que (les bombardements) étaient presque entièrement inutiles. Chacun des faits mentionnés est vrai en tant que tel. Le fait qu’un débat parmi les experts […] ait lieu depuis des décennies est vrai aussi. Mais le panneau semble se ranger d’un côté du débat. Si on ajoute au texte la série de photos accusatrices qui y sont reliées, l’attitude concernant le sujet est encore plus évidente. On ne voit que destruction et cadavres; une des photos pourrait fort bien avoir été prise pour la propagande allemande. Le message qui est envoyé, et qui a été perçu par nombre de gens, c’est que ces bombardements stratégiques étaient inutiles, immoraux et sans bien-fondé. Mais, curieusement, les autres panneaux de la même section offrent une vue des choses plus équilibrée.”

De dire Bernier dans son rapport pour conclure : “je ne crois pas que l’objectif des gens qui ont produit cette partie de l’exposition était de choquer un groupe particulier de visiteurs. Mais quand on voit la différence entre l’intention et les résultats, on doit reconnaître qu’ils ont abouti à un échec.”

Dans son rapport compréhensif, Bercuson commence en déclarant qu’il est d’accord avec le principe de l’exposition, mais ensuite il souligne des problèmes sur l’exécution de cette dernière. “Je dirais d’abord, sans ambages, qu’une telle controverse fait simplement partie du débat nécessaire, l’examen et le réexamen, qui doit se passer dans une démocratie arrivée à maturité, à propos de son passé et de ce que ce passé signifie… Alors personne ne devrait se sentir outragé par la simple présentation de la question morale d’Une controverse qui persiste. C’est EN EFFET une controverse qui persiste.”

“Je crois que le musée dans son ensemble a présenté de façon équilibrée le rôle du Canada à la guerre de bombardement… sauf peut-être le choix des mots pour le panneau qui se trouve au centre de cette controverse, les autres panneaux, pour la plupart, offrent un résumé juste des objectifs et des buts de l’offensive du bombardement combinée, des obstacles technologiques qu’elle a dû surmonter, des difficultés qu’on avait à bombarder la nuit, etc. Il est dit dans un panneau que ‘les attaques des centres industriels, des installations militaires et des villes ont causé la destruction de grandes zones et la mort de centaines de milliers de personnes. Ils ont aussi détourné des ressources allemandes des autres fronts et endommagé des éléments essentiels à l’effort de guerre allemand. C’est une évaluation juste et exacte, qui a peut-être été négligée dans la controverse. En effet, c’est presque une contradiction du panneau dont les mots sont au coeur du problème.”

C’est dans ce panneau au coeur du problème, le panneau Une controverse qui persiste, que Bercuson a trouvé une erreur dans l’exposition du musée. “La dernière phrase du paragraphe (du panneau) est comme suit : ‘Quoique les attaques du Bomber Command et des forces américaines aient causé la mort de 600 000 Allemands et en aient laissé 5 millions d’autres sans-abris, elles n’ont détruit qu’une infime partie de la production de guerre allemande avant la fin de la guerre.’ D’après moi il y a deux choses qui sont perturbantes à propos de cette phrase”, écrit Bercuson. “Le mot ‘quoique’ lui donne un ton éditorial. Il suggère fortement que la perte du grand nombre de vies n’a eu qu’un rendement positif bien petit pour l’effort de guerre des alliés. En effet, il se range dans un des ‘camps’ de la controverse et on peut penser qu’il suggère que le bombardement était un gaspillage de ressources et de vies ‘innocentes’.”

Bercuson explique aussi que la deuxiè-me chose perturbante à propos de la phrase, c’est qu’il manque un contexte important à l’affirmation que le bombardement n’ait produit que de faibles réductions de la production militaire allemande : que s’il n’y avait pas eu de bombardement, la production militaire allemande aurait pu utiliser l’excédent de capacité pour augmenter la production et que, de plus, “l’importance vraiment incalculable du bombardement c’était à quel point il a forcé les Allemands de s’occuper du programme des alliés, de la destruction de l’Allemagne urbaine, ce qui a beaucoup augmenté la friction (de la guerre) et fait diminuer l’effort de guerre allemand”.

Il écrit aussi que “bien que le panneau textuel en question n’offre pas de compréhension actuelle de ‘certains impacts de la campagne de bombardement’, il pourrait très facilement expliquer une plus grande partie du vrai dilemme auquel les alliés faisaient face en insistant davantage sur l’endommagement de l’effort de guerre allemand causé par l’OBC”.

Il remarque qu’en général, l’exposition est consistante, mais “que ce soit par exprès ou pas (et je ne crois pas que c’était l’intention du MCG) il est possible pour certains visiteurs de conclure que l’exposition sur l’offensive du bombardement s’est ‘rangée d’un côté’ de la controverse qui dure depuis longtemps et qui oppose la moralité de l’offensive du bombardement à son utilité, à cause d’un malheureux choix de mots et de la juxtaposition du texte et des photos”.

MacMillan et Morton croient surtout que la controverse doit avoir sa place dans le musée et ni l’un ni l’autre ne trouve rien à redire sur le panneau en question. Bernier, quant à lui, déclare que le panneau a échoué. Bercuson croit que le panneau “offusque”.

Il est sûr que s’occuper de cette question controversée est une tâche difficile pour le MCG. Mais en tant qu’évaluation objective de la campagne de bombardement stratégique, était-ce efficace? Était-ce moral?–est déjà assez embêtant, ce qui se pose comme question de base c’est si le panneau de la controverse qui persiste est acceptable en ce qui concerne l’objectivité historique professionnelle. Deux des plus éminents historiens du Canada croient que oui. Deux autres historiens éminents croient qu’il faut le remplacer. Nombre d’anciens combattants pensent que le panneau est offusquant et qu’il faut le remplacer.

Trois régiments canadiens-français ayant participé à la libération du Nord-Ouest de l’Europe, 1942-1945

Dans cet article, nous nous proposons de présenter une partie d’une recherche que nous menons en ce moment, à savoir l’étude socio-militaire de tous les régiments d’infanterie québécois, qu’ils soient de langue française ou anglaise, ayant participé à la libération du Nord-Ouest de l’Europe entre 1942 et 1945 : le Régiment de la Chaudière, le Régiment de Maisonneuve et les Fusiliers Mont-Royal. Il existe un quatrième et dernier régiment canadien-français, le Royal 22e Régiment, mais il a déjà fait l’objet d’une étude socio-militaire et il s’est battu principalement en Italie.

Avec son livre, L’Armée française de la fin du XVIIe siècle au ministère Choiseul : le soldat, André Corvisier a ouvert la voie en histoire sociale et a montré toute la richesse des archives militaires, provoquant ainsi un renouveau en France. Cette histoire socio-militaire a eu aussi une certaine influence chez les historiens canadiens-français. En effet, Jean-Yves Gravel s’est inspiré des thèmes d’analyse de Corvisier dans son étude sur les miliciens québécois à la fin du XIXe siècle. Il a utilisé à la fois les documentations qualitatives et quantitatives pour dresser un portrait social du milicien. Il a fait de même pour son livre sur le Régiment de Trois-Rivières. Jean Pariseau, quant à lui, a porté son étude sociale sur l’aide militaire au pouvoir civil depuis la Confédération. Et c’est grâce à lui que l’on doit la relance de l’histoire militaire parmi les historiens francophones suite à l’éclipse de Gravel.

La monographie de Jean-Pierre Gagnon sur le 22e Bataillon reste quant à elle un ouvrage incontournable en histoire socio-militaire canadienne. En effet, c’est le premier ouvrage d’histoire officielle du Canada rédigé en français, le premier à porter sur les aspects sociaux des forces armées et le premier à donner une analyse quantitative d’un bataillon. Dans cet ouvrage, Jean-Pierre Gagnon a principalement utilisé comme source les dossiers militaires des soldats ayant appartenu au 22e Bataillon et ayant combattu durant la Première Guerre mondiale pour y dresser un portrait type des membres du bataillon à travers de nombreux tableaux et graphiques.

Les études socio-militaires sur des unités de l’Armée canadienne pendant la Seconde Guerre mondiale réalisées à partir des dossiers personnels sont peu nombreuses. Le premier à s’être intéressé à cette question est Terry Copp, professeur à l’Université Wilfrid Laurier, avec ses deux communications d’une dizaine de pages portant sur la 5e Brigade. Pour cette étude, Copp a utilisé un échantillonnage des dossiers des militaires décédés au combat. Il aurait été très intéressant qu’il approfondisse son étude socio-militaire dans le livre qu’il a consacré à la 5e Brigade (The Brigade: The Fifth Canadian Infantry Brigade, 1939-1945). Malheureusement pour nous, il a laissé de côté cet aspect pour ne décrire que la série de batailles dans lesquelles les régiments de cette brigade ont été engagés dans la campagne du Nord-Ouest de l’Europe de 1944 à 1945.

Le deuxième chercheur à proposer une étude socio-militaire sur une unité de l’Armée canadienne pendant la Seconde Guerre mondiale, le Royal 22e Régiment, est un étudiant en maîtrise, Jean-François Pouliotte. Ne pouvant reproduire une étude aussi vaste que celle de Terry Copp, et dans un laps de temps aussi étendu (Jean-Pierre Gagnon a mis 10 ans pour faire cette étude et a été appuyé par au moins une personne, parfois deux, à temps plein, sans oublier les nombreux moyens matériels du ministère de la Défense nationale dont il a disposé), il a opté comme solution d’utiliser un échantillonnage constitué des dossiers des militaires décédés au combat, tout comme Terry Copp l’a fait. Il a inclus dans son mémoire de maîtrise de nouvelles données, portant sur les caractéristiques physiques, la taille, le poids, la couleur des yeux et des cheveux, ainsi que la scolarisation, et de multiples renseignements concernant les testaments, les comptes en banques, les investissements et les polices d’assurance.

C’est donc dans le prolongement des études faites par Jean-Pierre Gagnon, Terry Copp et Jean-François Pouliotte que nous proposons à notre tour de dégager le portrait socio-militaire des membres des régiments d’infanterie canadiens-français. Tout comme pour Pouliotte et Copp, notre étude portant sur les trois régiments se fera non pas sur les dossiers militaires de tous les membres, mais à partir d’un échantillon aléatoire, à savoir les soldats morts entre le 10 septembre 1939 et le 8 mai 1945. Notre choix de l’échantillon s’explique aussi par le fait que nous n’avons pas accès à tous les dossiers des membres militaires en raison des lois qui protègent les renseignements personnels.

De plus, ce genre d’étude, basée sur les soldats morts pendant la Seconde Guerre mondiale, peut s’appliquer plus facilement à l’infanterie qu’à tout autre corps. En effet, les fantassins, dont les actions sont souvent sous-estimées, sont indispensables à toute bataille terrestre et représentent, selon Terry Copp et Bill McAndrew, 76 % des pertes dans les combats de la Seconde Guerre mondiale (ainsi, un échantillon important peut être constitué). Quant aux unités combattantes où le français était la principale langue d’usage, elles se retrouvent en très grande majorité du côté de l’infanterie. Seuls ceux qui étaient bilingues pouvaient obtenir des postes techniques ou à grande responsabilité dans d’autres corps d’armée ou d’autres unités.

La première démarche de notre recherche était d’obtenir la liste de nos soldats morts pendant la Seconde Guerre mondiale auprès de la Commission des sépultures de guerre du Commonwealth. C’est ainsi que nous en avons trouvé 444 pour les Fusiliers Mont-Royal, 264 pour le Régiment de la Chaudière et 258 pour le Régiment de Maisonneuve, soit 966 en tout.

Grâce à notre liste, nous avons pu consulter aux Archives nationales du Canada, à Ottawa, les renseignements sur ces militaires morts pendant la Seconde Guerre mondiale. Nous avons été en mesure de recueillir les données nécessaires à l’élaboration de notre portrait social des soldats et officiers qui formaient nos trois régiments. Ces données ont été insérées dans la base de données (ACCES) que nous avons créée spécialement pour nos trois régiments.

Les données retenues comprennent : le nom et le(s) prénom(s) du soldat, son lieu de résidence, sa date et son lieu de naissance, sa nationalité, sa religion, son métier ou sa profession, la date et le lieu de son enrôlement, son unité d’enrôlement, l’état civil à son enrôlement et à sa mort, le grade à son enrôlement et à sa mort, son résultat au test “M”, la raison de son enrôlement, son expérience militaire antérieure, la(es) langue(s) parlée(s), le nombre d’années de scolarité, s’il travaillait ou était au chômage, le nombre de frères et soeurs, le nombre de frères et soeurs dans l’armée, la date et le lieu de sa mort, la raison du décès, le nombre de ses décorations et enfin les dates de ses services au Canada, au Royaume-Uni et en Europe de l’Ouest.

Même si nous avons mis certaines informations de côté, comme par exemple les décorations reçues par les soldats alors qu’ils servaient dans l’armée canadienne, il reste qu’à partir de ces données nous avons conçu de nombreux tableaux et graphiques qui nous ont permis de dresser un portrait socio-militaire des trois régiments d’infanterie canadiens-français ayant participé à la libération du Nord-Ouest de l’Europe.

Au moment du recrutement, les Canadiens français ne choisissaient pas forcément l’infanterie, certains ont choisi l’artillerie, d’autres, les blindés, etc. Cependant, beaucoup d’entre eux ont été transférés par la suite à l’infanterie, et plus particulièrement dans les régiments canadiens-français, seules unités où l’on parlait le français. De plus, ils n’étaient pas forcément incorporés dans une unité définie : ils pouvaient être engagés directement par les bureaux de recrutement des districts militaires (il y en avait 11 sur tout le territoire canadien) ou ajoutés à la liste générale d’infanterie. Les raisons les plus souvent invoquées au moment de l’enrôlement sont l’aventure, le sens du devoir, le fait d’avoir été appelé par la Loi de la mobilisation des ressources nationales (LMRN) et le chômage.

En ce qui concerne le mois et l’année d’enrôlement, c’est le mois de septembre 1939 qui ressort. La guerre venant juste d’éclater, beaucoup ont répondu à l’appel, espérant ainsi partir au combat rapidement. Et c’est l’année 1940 qui se démarque le plus et surtout les mois de juin et juillet. Cette augmentation du nombre des recrues s’explique par la situation catastrophique sur le front européen, avec l’effondrement de la France, mais aussi par l’entrée en vigueur de la LMRN.

Nous savons qu’un peu plus d’un quart du recrutement s’est fait par les régiments eux-mêmes ou par les districts militaires n° 4 (Montréal) ou n° 5 (Québec). Le lieu où le recrutement a été le plus important est la province de Québec, particulièrement dans les villes de Montréal et de Québec : cependant, les provinces de l’Ontario et du Nouveau-Brunswick ressortent fortement en ce qui concerne le recrutement. Rappelons que de nombreux Canadiens français habitaient ces deux provinces. Notons cependant la spécificité du Régiment de la Chaudière qui a recruté davantage que les deux autres dans les zones rurales du Québec.

Dans les trois régiments canadiens-français, il y avait, parmi les décédés au combat, 72 % de soldats, 22 % de sous-officiers et 6 % d’officiers, et entre la date de leur enrôlement et celle de leur décès, 24 % des soldats et officiers avaient eu une promotion. Quant à l’expérience, elle est de deux sortes : il y a d’abord ceux qui l’ont acquise avant les hostilités (dans la Milice) et ensuite ceux qui l’ont acquise durant les hostilités et avant leur engagement volontaire (la majorité a été formée dans le cadre de la LMRN, adoptée le 21 juin 1940 et qui rend le service obligatoire pour la défense nationale). Quant aux conscrits, ils étaient peu nombreux ; ils ne représentaient que 1 % des Fusiliers Mont-Royal et du Régiment de Maisonneuve et 4 % du Régiment de la Chaudière. Ce pourcentage ne surprend guère puisque seul un petit nombre de conscrits a été envoyé outre-mer et ce, à partir du 22 novembre 1944.

Nos militaires canadiens-français n’ont pas tous été tués ou blessés mortellement pendant une campagne militaire. Des décès sont survenus pendant l’entraînement, lors d’attaques aériennes ennemies (surtout lors de leur long séjour en Angleterre), d’accidents, de maladies, de suicides ou pendant qu’ils étaient prisonniers de guerre. Ainsi 87 % des membres décédés de nos trois régiments sont morts au combat ou à la suite de blessures reçues au combat. Ce sont les Fusiliers Mont-Royal qui ont souffert du plus fort pourcentage à 91 %, suivis du Régiment de Maisonneuve à 86 % et du Régiment de la Chaudière à 84 %. Viennent ensuite les maladies à 4 % et les accidents à 3 %.

Ce sont les batailles en France qui ont été les plus meurtrières puisque 75 % des pertes y ont eu lieu, alors qu’en Hollande et en Allemagne n’y ont eu lieu que 13 %. En Belgique, où seul le RCH et le RM ont combattu, n’ont eu lieu que 9 %. Mis à part Dieppe, où une centaine de morts ont eu lieu, c’est dans le Bevelland Sud (Hollande) que l’on retrouve le maximum de morts en une journée, soit 22, vient ensuite La Commanderie (France) à 21 morts, et le Jour J à 19 morts.

Ces militaires appartenant aux trois régiments d’infanterie canadiens-français, morts pendant la Seconde Guerre mondiale, avaient environ 22 ans au moment de l’enrôlement. Les plus âgés se sont engagés en majorité en septembre 1939, et ils n’étaient pas forcément officiers. De plus, le groupe d’âge de 20 à 24 ans était le plus important, suivi par les 16 à 19 ans. Et même si la limite d’âge était fixée entre 18 et 45 ans, un petit nombre a pu tout de même s’engager beaucoup trop jeune (16 ans) ou trop vieux (53 ans). C’étaient de jeunes soldats pour la plupart célibataires (91 %), et c’est le Régiment de la Chaudière qui, à 96 %, détient le record de célibataires. Plus le soldat était âgé et plus il avait de chance d’être marié, et le fait d’être engagé dans l’armée et d’être basé en Angleterre n’a pas empêché certains de se marier. Ils étaient à 98 % d’origine canadienne, et à 90 % d’origine canadienne-française, le Régiment de la Chaudière étant le plus canadien-français à 85 % contre 88 % pour les deux autres. Mis à part un soldat juif dans notre échantillon, tous étaient chrétiens et à 98 % de religion catholique romaine, quant au reste ils étaient protestants. Ces militaires sont nés, résidaient et se sont enrôlés dans la province de Québec (83 %), suivis de loin par l’Ontario (8 %). Et bien que Montréal et Québec aient fourni dans les trois cas le plus de recrues, le Régiment de la Chaudière offre un portrait différent des deux autres, avec plus de membres venus hors des deux grands centres, affirmant ainsi son origine rurale.

La majorité des soldats parlaient français (98 %), tandis qu’une petite minorité parlait uniquement anglais (2 %). Sur ces 98 %, 46 % parlaient uniquement le français et 52 % étaient bilingues. Les officiers et les sous-officiers n’étaient pas obligés de parler l’anglais au moment de l’enrôlement et il semblerait que bon nombre d’entre eux l’ont appris alors qu’ils étaient en service actif. Les unilingues francophones habitaient à 90 % la province de Québec où 75 % des bilingues vivaient. Quant aux anglophones, ils vivaient dans les autres provinces. En ce qui concerne la scolarisation, la majorité des soldats n’avaient pas été au-delà de la 7e année et avaient abandonné l’école à 16 ans. Le peu de militaires ayant fait des études plus poussées étaient en grande partie officiers.

La plus grande partie des militaires canadiens-français travaillaient au moment de leur enrôlement (92 %). Ils étaient manoeuvres ou occupaient un emploi dans une manufacture et ils n’exerçaient pas forcément un métier pour lequel ils avaient été formés. L’insécurité de l’emploi et le travail pénible dans les manufactures pour un salaire peu élevé ont dû pousser certains à s’enrôler dans l’Armée canadienne. Cependant, beaucoup d’entre eux rêvaient de devenir mécaniciens et certains envisageaient de faire carrière dans l’armée une fois leur engagement terminé. De plus, le fait que la majorité des militaires travaillaient réfute la vision de Desmond Morton qui a affirmé que les Canadiens français se sont enrôlés dans l’Armée pour avoir du travail (chômage 12 %). En fait, un ensemble de facteurs a poussé nos jeunes gens à s’enrôler.

Grâce à l’étude de Jean-François Pouliotte portant sur le dernier des quatre régiments canadiens-français, le Royal 22e Régiment, nous pouvons présenter un portrait définitif des régiments canadiens-français ayant participé à la Seconde Guerre mondiale. Ainsi, le fantassin canadien-français était un jeune citoyen canadien de 23 ans, d’origine canadienne-française et de religion catholique romaine, qui s’est enrôlé volontairement dans l’Armée canadienne. Célibataire et sans enfant, il est né, résidait et s’est enrôlé dans la province de Québec. Un peu plus de la moitié étaient bilingues et avaient fini leur 7e année de scolarité à 16 ans. Au moment de son enrôlement, il travaillait comme manoeuvre et plus particulièrement dans les manufactures. De plus, les similitudes trouvées entre nos trois régiments canadiens-français et celui du Royal 22e Régiment valident l’utilisation des dossiers des militaires morts au combat comme échantillon représentatif de la population appartenant à l’infanterie canadienne-française.

Il serait très intéressant maintenant de faire une étude similaire des fantassins canadiens-anglais afin d’en comparer les résultats aux nôtres.

L’année 2006 en résumé : l’année du 80e anniversaire-inoubliable

Si le renouvellement, à la Direction nationale, était le but de 2006, on peut dire qu’il a été atteint. Durant cette année du 80e anniversaire, il y a eu l’élection d’un nouveau président national, la construction d’un nouvel édifice, et son occupation, la mise en place de nouveaux monuments et la reprise de l’attitude gagnante que la Légion royale canadienne avait auparavant.

À Calgary, Jack Frost de Madoc (Ont.) a été élu président national, au 41e Congrès national qui a eu lieu du 25 au 28 juin. Wilf Edmond de Donkin (N.-É.) a été élu premier vice-président national. Les quatre vice-présidents élus sont John Alger d’Innisfil (Ont.), Pat Varga de Coleville (Sask.), Cliff Tessier de Winnipeg et Erl Kish de Kingston (Ont.). Mike Cook de Surrey (C.-B.) a été réélu trésorier national, et Tom Irvine de LaSalle (Qc) a été réélu président des débats. Pour compléter le Comité sous-exécutif, il y a la présidente sortante Mary Ann Burdett de Terrace (C.-B.).

L’introduction des cartes de vote colorées que les 1 368 délégués ont utilisées s’est faite durant le congrès, lequel a été raccourci à deux jours et demi. Le ministre d’Anciens combattants Canada, Gregory Thompson, y a été l’invité d’honneur. Il y a eu 69 résolutions adoptées à propos desquelles le nouveau comité sous-exécutif va devoir oeuvrer, et la motion la plus importante qui a été adoptée, suite à un rapport, entraînait de nouveaux frais d’adhésion pour les membres. L’augmentation d’un dollar, présentée par le Conseil exécutif national en 2006, a été confirmée et 3,50 $ ont été ajoutés à partir de l’année d’adhésion de 2007. De nouveaux arrêtés généraux ont été publiés et distribués à la suite du congrès.

Une motion a été votée au congrès selon laquelle, triste nouvelle, la Section des anciens combattants impériaux de la Légion a été désactivée. Les Imperial Veterans in Canada, un des groupes fondateurs de la Légion, avaient pour raison d’être de s’occuper des intérêts des anciens combattants britanniques au Canada. Vu que de moins en moins de ces gens répondent à l’appel, la section a été dissoute mais sa succession, le service, ne disparaîtra jamais.

Avant le congrès, les comités des adhésions, services aux anciens combattants et aînés, des coquelicots et souvenir, des sports, des relations publiques et de la défense avaient tenu des réunions à la Direction nationale. D’autres comités se sont aussi réunis régulièrement, dont ceux des rituels et insignes, des constitution et lois, des distinctions nationales et de la Ligue royale des anciens combattants du Commonwealth, afin de se pencher sur les affaires qu’il fallait étudier.

Le Comité des adhésions a continué à faire des efforts pour arrêter la diminution du sociétariat. Les six résolutions apparentées votées au congrès ont donné lieu à la production d’un nouveau guide concernant l’admissibilité au sociétariat. Des problèmes technologiques par rapport à la mise en place d’un nouveau système de logiciels des adhésions a ralenti le processus des adhésions, leur rapport, et l’impression des cartes. À la fin de l’année, toutefois, la plupart de ces problèmes avaient été résolus, les dates limites avaient été observées et le système se faisait mettre en régime établi pour l’année suivante.

Durant l’année, la directrice des adhésions, Karen Mackarous, a quitté son poste et le département a été restructuré en section, sous le directeur administratif. Maureen Thompson est la nouvelle directrice de la section, qui va aussi assumer le rôle de secrétaire du comité. Le président du comité, le vice-président national Bob Gray, a été remplacé après le Congrès national par Erl Kish qui venait d’être élu vice-président national.

Le Comité des adhésions a aussi fait le nécessaire pour être en mesure de fournir du matériel promotionnel aux filiales dans le but de les aider à améliorer le recrutement. Deux nouveaux circulaires ont été distribués aux filiales en juillet et d’autres ont été offerts gratuitement par l’entremise du système d’approvisionnement. Une nouvelle carte postale, Did You Know (saviez-vous) a été offerte aux filiales, lesquelles pourront s’en servir pour la poster aux membres en puissance et pour la distribuer dans le but d’attirer de nouveaux membres. La publicité pour les gens actuellement en service a été augmentée et des annonces ont été placées dans des revues visant le segment de la société qui comprend les civils de 50 ans et plus.

Le comité a aussi dit aux filiales qu’il était temps de commencer à se vanter et à dire aux gens “qui nous sommes et ce que nous faisons”. Il se penchait en même temps sur d’autres méthodes pouvant améliorer le recrutement, lesquelles seraient utilisées en 2007.

Pendant qu’on essayait de nouvelles manières et de nouvelles techniques pour attirer des membres, la Légion s’est aussi occupée de ses affaires essentielles : les soins aux anciens combattants et la perpétuation du souvenir. Les premières ont été un défi difficile à relever pour le Bureau national des services et le Comité des anciens combattants, des services et des aînés en 2006, vu la mise en vigueur en avril de la Loi sur la rééducation et l’indemnité des membres des Forces canadiennes et des anciens combattants, appelée communément la nouvelle Charte des anciens combattants, et la nouvelle table des invalidités.

La Légion a collaboré avec des organisations d’anciens combattants qui sont dans les mêmes dispositions pour participer à la rédaction de la loi et elle s’occupe depuis à surveiller l’application de la législation et à s’assurer que les militaires, hommes ou femmes, obtiennent le soutien qu’ils méritent. L’ancienne présidente du comité, Mary Ann Burdett, a tenu des conciliabules avec le ministre d’Anciens combattants Canada, ses officiels principaux et d’autres organisations d’anciens combattants, et elle assistait au lancement officiel de la loi en avril. Elle a paru devant le Comité permanent des affaires des anciens combattants de la Chambre des communes en juin, tout en proposant des modifications à la nouvelle charte, pour expliquer le point de vue de la Légion sur la déclaration des droits de l’ancien combattant et sur l’établissement d’un ombudsman des anciens combattants. Elle s’est présentée par la suite devant le Sous-comité des affaires des anciens combattants du Sénat pour discuter des mêmes questions.

En octobre, le nouveau président national Jack Frost a mis le Comité permanent des Communes au courant du développement de la politique de la Légion concernant la révision de la déclaration des droits de l’ancien combattant et sur l’institution d’un ombudsman des anciens combattants. Il a paru par la suite devant le Comité sénatorial spécial sur le vieillissement et parlé en faveur d’un fonds d’actions renouvelable qui servirait à offrir un crédit d’anticipation pour les projets de logement et préconisé des normes nationales dans les institutions de soins de longue durée (SLD). Il a également rencontré le ministre des Anciens combattants pour discuter des questions de revendication d’un grand intérêt pour laLégion qui ont été soulevées au Congrès national, et il a assisté à des réunions régulières qui ont eu lieu avec des cadres d’Anciens combattants Canada à Ottawa et à Charlottetown où on a discuté de la modification des processus d’affaires concernant la Loi sur les pensions et la nouvelle charte.

Pour la quatrième année, les sondeurs de SLD de la Légion ont continué à administrer, de la part d’ACC, les questionnaires sur le degré de satisfaction dans les institutions de SLD. Des sessions de formation pour les nouveaux sondeurs ont eu lieu à Vancouver en mars et à Winnipeg en novembre. La formation a aussi été offerte aux nouveaux agents d’entraide et autres candidats en janvier et en septembre, à laquelle participaient des équipes juridictionnelles d’ACC de Charlottetown ainsi que des stagiaires d’ACC et des Forces armées canadiennes. Des agents d’entraide des directions ont aussi assisté à une session de perfectionnement professionnel à Charlottetown en novembre, laquelle comprenait du matériel sur les programmes de la nouvelle charte, la question d’un manuel de référence pour les agents des services et une journée entière de travail avec le système du Réseau de prestation de service à la clientèle.

Deux nouveaux projets de logement, à Langford (C.-B.) et à Alliston (Ont.), ont été terminés en 2006 alors que le centre d’excellence du logement de la Légion terminait sa sixième année d’opérations. Un nouveau répertoire de logements a été délivré aux directions divisionnaires et le conseiller de la Légion David MacDonald a offert une aide et des conseils inestimables aux filiales et divisions de la Légion que cela intéressait.

Le coordinateur des SLD du Comité des anciens combattants, des services et des aînés, Jim Margerum, a représenté la Légion à la conférence de presse du Conseil consultatif de gérontologie, en novembre, où le conseil a délivré un document de travail qui avait pour but d’améliorer le soin et le soutien disponible aux anciens combattants actuels et à venir qui vieillissent.

Pendant que les anciens combattants étaient bien servis, le Comité national du coquelicot et du souvenir, dirigé d’abord par Jack Frost et ensuite par la vice-présidente nationale Pat Varga, a été extrêmement occupé à cause d’activités ayant pour raison d’être la perpétuation du souvenir.

Durant l’année a eu lieu le 75e anniversaire du jour du Souvenir au Canada et, en l’honneur de l’occasion, la Légion a collaboré avec Koch Entertainment pour préparer et publier un DVD de collection sur le jour du Souvenir. L’année a aussi été marquée par la cérémonie du jour du Souvenir au Monument commémoratif de guerre du Canada, à Ottawa, où plus de 25 000 personnes ont assisté. La mère de la Croix d’argent de 2006, Alice Murphy de Conception Harbour (T.-N.), a perdu son fils, le caporal Jamie Murphy, en Afghanistan, le 27 janvier 2004, à cause d’un bombardement suicide.

Murphy a été accompagnée à la cérémonie par les gagnants seniors des concours littéraires et d’affiches de la Légion. Plus de 75 000 jeunes Canadiens ont participé aux concours de 2006 et les gagnants seniors se sont rendus à Ottawa pour déposer une couronne de la part de la jeunesse du Canada. Il s’agissait de Crystal Huang de Burnaby (C.-B.), la gagnante du concours d’affiche en couleurs, Jung-Min Shin de Parksville (C.-B.), affiche en noir et blanc, Maxime Turgeon de Magog (Qc), composition et Rachel Bueckert d’Eyebrow (Sask.), poésie.

Ils étaient accompagnés à la cérémonie par les cadets de la mer, de l’armée et de l’air exceptionnels de l’année : le premier maître de première classe Andrew Bruce (mer) de Tofield (Alb.), l’adjudant-chef Guylaine Archer (armée) de Shippegan (N.-B.) et l’adjudant (1re classe) Heather Shonoski (air) de Winnipeg. L’Ordre de St-Joachim, qui a un lien historique avec le militaire, a aussi institué une bourse de 500 $ pour quelqu’un qui se prépare à suivre des études postsecondaires ou qui les suit. Cette bourse est donnée aux cadets exceptionnels de la Légion sur une base de rotation et le premier récipiendaire en a été le pm2 Bruce.

Dans le cadre d’autres efforts concernant le souvenir, le comité a obtenu bien du succès dans le monde des entreprises. Air Canada, Sears Canada et Tim Hortons ont tous trois honoré nos anciens combattants et exhorté leurs employés et leurs clients à porter un coquelicot. Mais c’est Air Canada qui a élevé le coquelicot au plus haut. La société aérienne, dont le siège social se trouve à Montréal, et son partenaire Jazz, dont le siège social se trouve à Halifax, ont appliqué une décalcomanie sur la porte d’entrée de 10 de leurs avions volant au Canada. Aux manifestations de dévoilement qui avaient lieu en même temps ont assisté les directeurs généraux des sociétés aériennes, le président national à Montréal, le premier vice-président national à Halifax, et nombre d’employés, y compris beaucoup des anciens pilotes militaires et certains qui continuent de voler pour nos forces de réserve.

Pendant l’année, le comité a choisi le slogan Le souvenir… transmettez-le pour le matériel promotionnel du coquelicot. Il a aussi donné forme à des directives concernant l’utilisation du coquelicot en tant que symbole, lequel est une marque de commerce qui appartient à la Légion. Elles seront incluses dans le manuel du coquelicot à sa prochaine impression. Il y a aussi eu beaucoup de discussions sur la manière de reconnaître le trépas du dernier vétéran de la Grande Guerre et la Légion a déclaré publiquement qu’elle soutient sans réserve l’organisation d’une manifestation en l’honneur de cette triste occasion.

Conformément à l’importance qu’il attache à la jeunesse, le comité a aussi appuyé Scouts Canada dans le cadre de son programme Transmettre le flambeau, une initiative de pistes interprétatives où les camps de scouts à travers le Canada aménagent des sentiers du Souvenir sur leurs territoires respectifs. Chaque sentier a cinq ou six endroits d’apprentissage où une plaque sert à raconter une histoire, à faire part d’une expérience ou à faire réfléchir aux sacrifices faits par des Canadiens.

Alors que le Comité du coquelicot et du souvenir continuait à éduquer les Canadiens sur l’importance du souvenir, le Comité des sports organisait ses quatre championnats majeurs pour les membres au curling, aux fléchettes et au cribbage seniors et réguliers. Le comité, qui était présidé par Wilf Edmond au début et puis par John Alger par la suite, a aussi dirigé les Championnats nationaux d’athlétisme de la Légion de 2006, fait une étude pour découvrir l’état des sports des membres dans les filiales, révisé les règlements actuels et choisi les endroits où vont avoir lieu les championnats de sports des membres en 2008.

La filiale Cloverdale de Surrey (C.-B.) a conduit les championnats de curling senior et régulier du 18 au 25 mars. Les gagnants étaient la filiale Alliston de la Division de l’Ontario chez les seniors et la filiale Salmon Arm de la Division de C.-B./Yukon chez les réguliers. Les championnats de cribbage ont eu lieu à la filiale Prince Albert (Sask.). L’équipe championne a été celle de la filiale Grand Bend de la Division de l’Ontario, le titre des doubles a été remis à la filiale Jervis Bay de Saint John (N.-B.) et Ken Fulmek de la filiale North Calgary a été couronné chez les simples. Les championnats de fléchettes ont eu lieu à la filiale Robertson Memorial de Medicine Hat (Alb.). L’équipe gagnante était celle de la filiale St. John’s de la division Terre-Neuve-et-Labrador, le titre chez les doubles a été remis à la filiale Cranbrook de la Division de la C.-B./Yukon et Dion LaViolette de la filiale Lower Sackville, de la Division de la N.-É./Nunavut a été couronné chez les simples.

Les nationaux de la Légion pour les garçons et filles de 12 à 17 ans ont eu lieu à Burnaby (C.-B.) du 10 au 17 août. Y ont participé 325 athlètes, 35 chaperons et 24 entraîneurs, qui s’étaient rendus aux installations de l’Université Simon Fraser. Quatre nouveaux records ont été fixés, chez les garçons de moins de 18 ans aux 3 000 mètres, chez les filles de moins de 16 ans aux 3 000 mètres, chez les filles de moins de 16 ans au lancer du poids de 4 kilogrammes et chez les filles de moins de 18 ans au saut à la perche.

D’après le sondage des filiales sur les sports, 23 pour cent des membres ont participé à des activités sportives des membres, mais 17 pour cent des filiales de la Légion n’y avaient pas participé. Quant aux gens qui s’y étaient engagés, toutefois, 87 pour cent s’étaient engagés à un point au-delà de la filiale. Les fléchettes et le cribbage sont les activités les plus populaires dans les filiales alors que le curling, que ce soit aux niveaux senior ou régulier, n’a que peu de partisans.

Le Comité des relations publiques appuyait ces comités et d’autres, tout en menant ses propres campagnes pour maintenir la Légion dans l’esprit du public. Présidé par le vice-président national John Alger jusqu’au congrès national, il est depuis sous le leadership du vice-président national Cliff Tessier. Le Comité des relations publiques a révisé son plan des deux dernières années et étudié celui qui a été fixé par le Congrès national pour les deux années à venir.

Le comité s’est particulièrement intéressé aux résultats de sondages et d’analyses médiatiques qui seront présentés au CEN régulièrement. Une analyse rapide du dernier sondage fait en décembre 2006 a démontré que la Légion fait l’effet d’un taux de reconnaissance de 69 pour cent au Canada. Cela indique qu’il n’y a eu aucune diminution de ce facteur-là depuis le sondage précédent. Une autre analyse se faisait faire à la fin de l’année. Le comité a aussi été très satisfait de l’importance de la réceptivité au service des communications à propos des besoins des autres comités et départements.

Il y a eu plus de mouvement que d’habitude dans le site de la toile maintenu pour tous les comités des quartiers généraux et des sections. L’ont utilisé régulièrement les filiales, les légionnaires et le grand public pour obtenir des renseignements, y compris des manuels et des statistiques, ainsi que des données historiques. Il a aussi servi, pour la première fois, à la distribution de communiqués d’intérêt public aux postes de radio et de télévision à travers le Canada.

Les programmes de relation publique majeurs ayant pour objet d’assister les forces militaires, y compris une tournée de spectacles pour les troupes déployées en Afghanistan, à laquelle le vice-président national John Alger a assisté, l’opération Père Noël, ont servi à faire un cadeauà chaque troupier en service, et l’octroi à l’équipe de la Marche de Nimègue (à laquelle Dennis Stow de la filiale Pembroke (Ont.) a participé) a permis à ses membres d’aller à la crête de Vimy. Bien qu’ils aient fait ce voyage, les marches elles-mêmes ont été annulées après la première journée à cause de la canicule. La Légion a aussi appuyé les sports militaires durant l’année et a eu l’honneur de présenter les trophées de la Légion aux entraîneurs masculin et féminin de l’année 2005 à l’occasion du dîner annuel donné en l’honneur des accomplissements athlétiques militaires.

Le militaire du Canada est une force petite mais efficace et c’est pour cela que le Comité de la défense de la Légion a les développements militaires à l’oeil. Elle veut s’assurer que nos militaires soient formés comme il faut, bien équipés et payés convenablement pour les efforts qu’ilsfont pour nous. Durant l’année, le comité, présidé par Lou Cuppens, a rencontré des officiels de la Défense et d’autres officiels du gouvernement, selon les besoins, afin de s’assurer que la Légion soit reconnue pour son engagement envers nos militaires, et il a poursuivi son rôle d’intercesseur grâce à son siège au Congrès des associations de la Défense. Le chef d’état-major de la défense est un vice-président honoraire de la Légion et l’aumônier-général est aussi un des aumôniers de la Direction nationale.

Le Comité de la Ligue royale des anciens combattants du Commonwealth (LRACC), présidé par le président national, s’est occupé des anciens combattants du Commonwealth qui intéressent la Légion. Une proposition de retirer la LRC de la LRACC en 2006, à cause du manque d’efficacité dans la liaison, ce qui faisait obstacle aux opérations, a été révoquée par la suite, quand le quartier général de la LRACC à Londres a donné une excellente réponse aux supplications de la Légion. Pendant l’année, la Légion a assisté 241 anciens combattants et 115 veuves d’anciens combattants antillais, ainsi que chacun des 15 pays de la région des Antilles envers lesquels elle s’était engagée. Le coût du programme est encore important et un engagement de 352 000 $ a été fait pour l’an prochain.

Le comité a aussi donné un coup de main en ce qui concerne la fourniture d’un nouveau logement pour un ancien combattant nécessiteux de Belize, le président ayant vu la situation désespérée où il se trouvait à l’occasion d’une visite dans son pays. Les résultats de l’assistance de la Légion ont aussi été démontrés au président durant les visites qui avaient été prévues pour lui en Jamaïque et au Grand Caïman pendant la même période.

Bien qu’un certain nombre de recommandations aient été reçues à propos des distinctions de la Légion, seul un petit nombre d’entre elles ont été autorisées par le Comité des décorations et récompenses présidé par le membre du CEN George O’Dair. Il a décerné ou approuvé 91 médailles de service méritoire, 21 certificats pour service méritoire, 27 palmes pour la MSM, 12 palmes pour le CSM, ainsi que 10 prix média et 22 prix de l’amitié. Le Comité national des décorations et récompenses, présidé par Les Rowbottom, a étudié des propositions pour d’autres récompenses nationales n’appartenant pas à la Légion, et il a terminé et distribué son manuel au mois de mai. Un lien avec le manuel a aussi été créé sur le site de la Légion dans la toile et un article de lancement a été publié dans la revue Légion.

S’occuper des médailles, épingles et nombreux autres articles à vendre, dont le matériel utilisé lors de la campagne annuelle du coquelicot et du souvenir, est une tâche du service d’approvisionnement de la Légion qui a été remis à neuf récemment. Il y a actuellement 1 700 articles différents en magasin et trois catalogues servant à exalter les marchandises ont été produits, lesquels devaient parvenir aux filiales avant la fin de l’année. Les ventes ont augmenté de plus de 18 pour cent par rapport à l’année précédente et plus de 25 000 envois ont été faits aux filiales. On s’attend à ce que les opérations continuent de s’améliorer au fur et à mesure que les modifications soient apportées aux marchandises et aux méthodes d’expédition. Un pourcentage du petit profit obtenu lors de ces ventes est remis aux directions divisionnaires.

Le service d’approvisionnement, qui s’occupe de la question des médailles et épingles officielles de la Légion, a maintenant un entrepôt convenable où tous les articles mentionnés peuvent être emmagasinés et d’où ils peuvent être expédiés. C’est parce que la Direction nationale a déménagé de son vieil édifice encombrant de la rue Kent à Ottawa au nouveau siège social qui a été construit spécialement pour elle à Aird Place à Kanata. Le déménagement s’est terminé durant la fin de semaine de la fête du Travail et la plupart des services fonctionnaient comme il faut une semaine après. Bien qu’il y ait eu une petite crise de croissance, la direction fonctionne actuellement à plein rendement au nouveau site.

Le déménagement a aussi poussé la Légion à faire une proposition à la ville d’Ottawa, d’avoir un pont qui traverse l’autoroute 417, près du nouveau quartier général, Pont des valeureux et de faire orner ses butées d’une plaque annonçant différentes guerres et batailles du Canada,et cela a été accepté. Avec de l’argent provenant de la ville et de la Légion, le pont a été baptisé officiellement en décembre. Ce n’était pas la seule introduction commémorative à laquelle la Direction nationale a participé durant l’année.

En tant que supporter principal du projet sur les Valeureux à Ottawa, la Direction nationale a assisté au dévoilement des statues près du Monument commémoratif de guerre du Canada. Les Valeureux, un projet dirigé par Hamilton Southam en l’honneur des héros militaires du Canada, est un monument important aux anciens combattants du Canada qui se compose de bustes ou statues de certains de ses militaires dont les noms sont les mieux connus.

À l’occasion du déménagement, ACC a fait un gros cadeau qui a été intégré à l’édifice. L’Épée et la Croix du sacrifice qui sont cramponnées au mur de devant de la nouvelle Maison de la Légion ont été conçues par le colonel militaire à la retraite André Gauthier. Le ministre des anciens combattants Thompson a fait la présentation de l’épée et de la plaque explicative lui-même.

La Légion a aussi conclu un accord avec les FC, la Société canadienne du sang et Héma-Québec en 2006 qu’on appelle le programme “Partenaires pour la vie”. Vu que la Légion a une longue histoire d’assistance à la collecte de sang et que le déploiement actuel de nos soldats a démontré catégoriquement le besoin de ce genre de produit, il a été décidé que ce serait un endroit tout naturel pour que la Légion y devienne partenaire. Une courte cérémonie au quartier général de la Défense nationale en novembre a renforcé l’accord entre les quatre partenaires principaux.

Les détails sur toutes ces manifestations importantes dans la vie de la Direction nationale, qui ont été racontés par le personnel de la revue Légion au cours de l’année sont également très intéressantes à lire. Mais alors que l’année touchait à sa fin, les leaders bénévoles de la Légion et le personnel à la Direction nationale avaient hâte de prendre un repos bien mérité durant la période de la Noël. Ils s’étaient occupés de plus d’événements locaux et nationaux que jamais auparavant et ils avaient déménagé aussi, le tout sans suspension d’importance dans le cours des affaires qui constituent la Légion royale canadienne.

Afghanistan: Points de vue Antagonistes

La guerre du Canada en Afghanistan concerne fondamentalement la sécurité nationale. Bien que la mission puisse y avoir nombre de résultats, la seule chose que le Canada, et l’OTAN, ne peuvent pas accepter c’est que l’Afghanistan redevienne un endroit où les terroristes internationaux sont libres de s’entraîner et de conspirer pour attaquer nos sociétés. Afin d’empêcher que cela arrive, le Canada et ses alliés de l’OTAN travaillent aux côtés du gouvernement afghan pour construire une nouvelle nation là-bas, une nation qui obéisse aux lois internationales.

Le but déclaré de la mission canadienne en Afghanistan est de participer à la création d’un État afghan stable qui fonctionne. La stratégie pour atteindre ce but est de mener des opérations militaires contre les forces antigouvernementales tout en aidant à reconstruire le pays et son économie, remporter l’allégeance, le coeur et l’esprit, du peuple afghan. Bien que les militaires et les leaders politiques canadiens aient eu des différends en ce qui concerne la structure temporelle, la plupart des gens croient que cela va arriver en moins de 20 ans.

Malgré la clarté apparente de ces buts, la victoire est loin d’être certaine. Il y a de multiples groupes armés qui s’opposent aux buts du Canada, dont aucun ne donne des signes de déposer les armes. En plus de cela, le peuple afghan est fameux pour sa méfiance des forces militaires étrangères. Assurer la défaite des ennemis violents comme les taliban va déjà être assez difficile, mais remporter l’allégeance des Afghans le sera encore plus.

Bien qu’il y ait beaucoup de points de vue à propos de comment la mission est menée, et ses chances de succès, une chose est claire: il n’y a pas de grande marge d’erreur. Alors que le Canada et ses alliés de l’OTAN croient en leur stratégie (Force opérationnelle en Afghanistan : la bataille pour le peuple, jan./fév. 2007), il pourrait être utile de considérer la perspective des gens dont le point de vue est différent. Ainsi, afin d’étudier la mission sous tous les angles, les suivantes sont des interviews que nous ont accordé deux hommes qui ont réfléchi profondément à la situation en Afghanistan. Ils sont tous deux très sceptiques et il est sûr que l’on ne doit pas prendre tout ce qu’ils disent pour des faits, mais ils ont aussi des choses intéressantes à dire à propos de la mission. La première interview nous a été accordée par un vétéran de la guerre afghane-soviétique qui vit actuellement au Canada et la deuxième, par un jeune médecin qui a grandi à Kaboul durant le règne des taliban, et qui y vit encore.

* * *

L’Union soviétique a envahi l’Afghanistan en 1979 et elle s’est avouée vaincue 10 ans après. Le lieutenant Yuri Sekret a été déployé à Ghazni (Afghanistan) en 1987 comme membre d’un escadron d’hélicoptères attaché à la 40e armée rouge de l’Union soviétique. Il était âgé de 28 ans. Sekret était ingénieur des communications d’hélicoptère dont l’unité était attachée aux forces afghanes. Bien que Sekret ne soit pas allé au front lui-même, des hélicoptères de son unité ont été attaqués par des missiles Stinger fournis par les États-Unis et le feu des tireurs embusqués était commun dans la région de sa base.

Originaire de Riga (Lettonie), Sekret est venu au Canada en 1999 et il vit actuellement près d’Ottawa. Il n’a commencé à parler anglais que lors de son arrivée au Canada.

Il dit qu’il rêvait de s’engager dans les forces militaires soviétiques depuis son enfance et il fut nommé officier de l’armée rouge après avoir obtenu un diplôme de l’université militaire.

Une fois déployé en Afghanistan, Sekret a été nommé à une position unique dans son unité, qu’il compare au rôle d’un aumônier dans les Forces canadiennes. “Je travaillais davantage avec les politiciens. Comme un commissaire. C’était vraiment un travail politique. Tous les officiers étaient communistes, parce que pour faire carrière il fallait être communiste. C’était normal pour tout le monde et, en fait, personne n’y pensait. Au Canada, peut-être que les gens croient que les communistes sont des monstres, mais nous étions comme tout le monde.”

D’après Sekret, une des principales difficultés qu’il y avait en Afghanistan c’était quand on essayait de comprendre la nature complexe du peuple afghan et de leurs sautes d’allégeance. Bien que ceci puisse sembler comme une observation anodine, c’est un problème vraiment central, car l’allégeance des Afghans est une des chevilles ouvrières de la stratégie du Canada. “Les Afghans ne sont pas des gens comme vous et moi. Très amicaux et très agressifs en même temps”, dit Sekret. “Nombre d’Afghans étaient vraiment reconnaissants de notre présence. Tant de fois, j’ai entendu tant de gens dire des choses comme ‘Oh, vous êtes si bons, vous donnez de la nourriture. Quand l’Angleterre était ici, ils ne nous donnaient jamais rien’. Nos soldats leur donnaient de tout ce qu’ils avaient. Des bonbons, de la nourriture, qu’importe. Chaque fois, nos soldats partagent.”

“Mais”, croit Sekret, “les Afghans ne sont pas vraiment un peuple compréhensible. Aujourd’hui ils vous embrassent, demain vous ne savez jamais ce que vous allez avoir. Si vous regardez profondément, personne ne sait à quoi ressemble le peuple afghan. C’est comme s’ils pensent toujours, ‘si quelqu’un me paie assez, je vais combattre pour l’autre côté’.”

Alors que, bien sûr, tous les Afghans ne sont pas comme cela, les observations de Sekret pourraient expliquer certaines des difficultés que les soldats canadiens doivent surmonter quand il s’agit d’obtenir des renseignements auprès de gens qui semblent amicaux mais qui ne coopèrent jamais vraiment. Malgré son incapacité à comprendre les Afghans, Sekret argumente que l’impression qu’a l’Ouest de la guerre des Soviétiques en Afghanistan était déformée par la propagande et que, loin d’avoir été une guerre totale, l’expérience soviétique n’était pas de façon significative différente de celle qu’a le Canada actuellement. En effet, Sekret nous montre une photo où, jeune et en santé, il se tient, seul et sans arme, au centre-ville de Ghazni à la fin de 1987.

Ce n’est pas quelque chose qu’un soldat de l’OTAN aurait hâte de faire ces jours-ci.

Peut-être, on le comprend bien vu ses expériences, que Sekret n’a pas beaucoup d’espoir que le but du Canada, une démocratie stable, puisse être établi dans le cadre du calendrier actuel de 10 ou 20 ans. En fait, Sekret n’a même pas espoir que cela puisse se faire. “Je ne crois pas que nous puissions donner notre culture et notre démocratie à ces gens-là. Parce que ces gens ont leurs propres règles, leur religion, et ils ont foi en ce qu’ils ont. Et quand nous mettons notre nez là-dedans, et nous ne pouvons pas les changer parce que c’est une culture de gens et les gens aiment l’avoir de la manière qu’ils préfèrent. Tout d’abord, il faut éduquer les gens beaucoup mais pour cela il faut des centaines d’années. On ne peut pas le faire en cinq ans ou 10. Vous savez, il faut éduquer les enfants, tous ces enfants, pour changer la mentalité du pays. C’est impossible. C’est impossible. Vous n’avez pas assez de puissance pour le faire. Vous savez, les gens sont vraiment bons mais ils croient à ce qu’ils ont et ils ont une mentalité particulière, et pour la changer ce n’est pas assez 10 ans, 20 ans.”

D’après Sekret, les deux problèmes principaux sont que les Afghans ne font pas du tout confiance aux étrangers et, à propos du militaire, le Pakistan, comme il l’a fait durant le conflit russe, joue encore un rôle crucial dans le conflit en permettant qu’on s’en serve de base de facto pour le leadership et la logistique ennemis. À moins que l’ennemi puisse être isolé de ses vivres et financement, dit Sekret, la guerre ne finira simplement pas et la situation va dégénérer jusqu’à devenir le même problème que la Russie a affronté en 1989.

“Vous pouvez voir ce qui est arrivé quand la Russie est partie : ce n’était pas mieux. Si nous étions restés, pas mieux non plus.”

Bien que le pessimisme de Sekret soit certainement basé sur son expérience, et l’expérience soviétique en général, en Afghanistan, il fait remarquer certaines choses intéressantes, surtout la question à savoir si la coalition de l’OTAN est assez puissante et si elle a assez d’endurance pour faire des changements durables à la société et à la culture d’un pays comme l’Afghanistan. Alors que les commandants canadiens disent que oui, et bien que leur pari puisse sembler bon, seul le temps nous donnera une réponse définitive.

Le docteur Safi Ahmad Ahadyar est un Tadjik de 24 ans qui a vécu à Kaboul toute sa vie. Non seulement est-il très éduqué, il est aussi profondément occidentalisé. Il conduit une Corolla de Toyota, porte des vêtements dernier cri et parle avec beaucoup d’enthousiasme à propos de comment trouver une Canadienne et l’épouser. Également, vu qu’il est Tadjik, il est, en droit tout au moins, un adversaire naturel des Taliban basés sur les Pashtouns. D’après ces critères, on pourrait prédire qu’il a de la sympathie à propos de ce que le Canada désire pour son pays. Mais ce n’est pas le cas. Son point de vue sur la mission du Canada est profondément méfiante, presque collusoire. C’est en fait cette méfiance, surtout des forces militaires étrangères, qui tend à constituer la vue entière qu’il a du monde. D’une façon ou d’une autre, il en est venu à croire que le Canada et l’OTAN sont simplement des préposés de la tentative impérialiste états-unienne en vue de contrôler l’Afghanistan. Il ne voit pas de différence entre les forces des États-Unis et celles de n’importe quel autre pays, y compris le Canada. Il ne fait confiance à aucune d’entre elles. “Je ne fais confiance qu’à mon propre pays, qu’il soit indépendant. Simplement, nous voulons être stables. Si l’OTAN veut aider l’Afghanistan, il faut qu’elle prépare le terrain pour l’éducation. Elle devrait essayer d’inviter les gens à ne pas se battre. Il n’y a pas besoin que les militaires apportent des armes à feu et encore des armes à feu, des bombes et des avions ici. Tout le monde est fatigué de ces choses-là”, dit Ahadyar à l’occasion d’une interview qu’il nous a accordée à Kaboul, où il travaille aussi en tant que traducteur pour la revue.

“Si elle veut vraiment aider les Afghans, elle devrait essayer de développer l’éducation, essayer de développer l’économie, essayer de découvrir des ressources comme le pétrole et le gaz qui puissent être utilisées par les Afghans. C’est comme ça qu’elle pourrait nous aider. Ce n’est pas la façon d’envoyer les militaires patrouiller tout le temps. Les Afghans n’aiment pas les étrangers, ce sont des gens étranges. Et si ce sont des militaires? Ils ne les aiment jamais. Je suis sûr que les Afghans sont fatigués de se battre, autrement ils ne permettraient à aucun militaire d’être ici.”

Alors qu’il est clair que les Canadiens et leurs alliés progressent en ce qui concerne la reconstruction de l’Afghanistan (partout, de l’ouverture des écoles jusqu’au développement de l’économie), rien de tout cela arrive assez vite ni assez largement pour obtenir la confiance d’Ahadyar. En fait, il est si sceptique à propos des intentions de l’OTAN qu’il croit que l’effort d’assurer le pays contre les Taliban est méconduit intentionnellement.

“Oui, et c’est ça l’important. Qui sont les Taliban? Qui est-ce qui appuie les Taliban de nos jours? Comment peuvent-ils se battre contre le gouvernement central, contre les forces de la coalition et contre l’armée nationale? Comment peuvent-ils continuer à se battre sans aide? Comment ce fait-il que l’Amérique ne puisse pas les balayer de deux ou trois autres provinces?

Comme nombre d’Afghans, Ahadyar se méfie beaucoup des intentions du Pakistan pour son pays, et bien qu’il sache que les Taliban comptent beaucoup sur l’abri qu’est pour eux le Pakistan, il ne comprend pas pourquoi on laisse cela continuer. “Pourquoi l’Amérique permet-elle au Pakistan de les aider? S’ils savent, pourquoi ne l’empêchent-ils pas? S’ils ne l’empêchent pas, qu’est-ce qu’ils font? S’ils savent que le Pakistan aide les Taliban, pourquoi n’envahissent-ils pas le Pakistan?”

Et c’est certainement un produit de cette méfiance à propos des étrangers qu’Ahadyar déclare que cela ne le dérangerait pas si les Taliban reprenaient le pouvoir et que la vie sous les Taliban n’était pas vraiment pire qu’elle l’est actuellement. “Sous les Taliban et maintenant, c’est la même chose pour moi. Ces choses que je vois maintenant, ce ne sont que des changements momentanés. Avec les Taliban, on ne pouvait simplement pas voir de femmes autour des bazars, ou bien on ne pouvait pas voir de femmes aller à l’école et ce genre de choses. C’est simplement que maintenant nous pouvons voir les femmes. Et rien d’autre. Rien que des étrangers qu’on a ajoutés à la situation et ça ne va pas mieux que du temps des Taliban.

“Au temps des Taliban aussi, on était davantage en sécurité que maintenant”, croit-il. “Il n’y avait pas de bombardement, rien d’autre. Simplement il y avait quelques roquettes venant de l’alliance du Nord. Et il n’y (avait) pas de suicidaire, pas de vol, pas de meurtre. Si vous laissiez quelque chose dans la rue quand vous reveniez c’était au même endroit, personne ne pouvait y toucher.”

Il est à noter que la version de l’histoire d’Ahadyar est bien différente de ce que nous savons des Taliban, qui est que, bien que les Taliban aient augmenté la sécurité en général, en effet, durant leur règne, ils l’ont fait en utilisant des tactiques brutales qui ignoraient les droits humains et qu’ils adhéraient à un concept de justice travesti. De toutes façons, toutefois, un retour au pouvoir des Taliban n’est pas la solution préférée d’Ahadyar. Bien qu’il désire certainement que les militaires étrangers quittent l’Afghanistan, il préfèrerait qu’ils créent une paix durable avant de s’en aller.

“Je ne dis pas que tout le monde devrait emporter leurs militaires d’ici tout de suite et qu’il devrait y avoir des combats ici, parce qu’alors je sais qu’il n’y aurait pas de développement ici.

“Simplement, nous voulons les Nations unies, si en réalité elles veulent aider l’Afghanistan, elles devraient inviter tous les leaders de l’Afghanistan et préparer le terrain pour qu’ils aient la même unité et la même fraternité entre eux et arrêtent de se battre. Ils devraient parler à tous les côtés. Avec les Pashtouns, les Tadjiks, les Hazaras, les Uzbeks. Ils devraient les asseoir tous à la même table. Ils devraient leur parler, discuter avec eux. Et diviser le pouvoir entre tous. Quand ils se seront tous mis d’accord, ils ne se battront plus entre eux. Nous aurons une bonne unité et ils auront une bonne sécurité.”

Alors quoi si l’OTAN et la communauté internationale ne réussi pas à obtenir une paix durable? Ahadyar n’a pas hâte de prédire si un soulèvement général aurait lieu, ou quand, mais il déclare que la situation déplaît de plus en plus à nombre de ses proches. Mais combien de temps va-t-il falloir?

“C’est une question très difficile. Simplement, nous verrons ce que le futur nous amènera. D’après moi, les gens qui ont l’expérience des combats, sont fatigués, et les nouvelles générations comme la mienne nous n’avons pas l’expérience des combats, alors comment pouvons-nous commencer? Simplement, maintenant nous devrions nous asseoir et voir si nos leaders vont les commencer.”

Alors que les préjugés d’Ahadyar sont clairs, ils sont aussi instructifs. Il fait attention à la situation et il a pourtant une méconnaissance profonde du rôle et de la nature de la mission canadienne. Et bien que nombre d’autres Afghans appuient certainement davantage les objectifs du Canada, Ahadyar est peut-être représentatif en ce qu’il est défini par sa méfiance, une méfiance qu’aucune éducation ni information n’a réussi à percer.

Mais il nous fait aussi part de quelque chose de très instructif. Il sait, presque à un niveau instinctif, qu’une solution militaire au problème en Afghanistan a peu de chances de réussir. La seule victoire en Afghanistan sera politique d’abord, quand le gouvernement afghan sera accepté par tous les Afghans en tant qu’autorité régnante. Le colonel Fred Lewis, sous-commandant de la Force opérationnelle en Afghanistan, est d’accord avec Ahadyar à propos des trois piliers de la mission du Canada, qui sont la sécurité, la bonne gouvernance et le développement de la reconstruction. La bonne gouvernance d’après Lewis c’est, littéralement, la démocratie, la direction par le peuple et, comme il dit, il y a du progrès. “Ce que j’ai vu à propos de la bonne gouvernance, pour l’instant, c’est l’exemple du gouverneur (provincial de Kandahar) prenant la responsabilité de la reconstruction et du développement dans sa région et les dirigeant. C’est quelque chose. Nous voyons divers comités et ainsi de suite au niveau provincial qui commencent à fonctionner. On les fait travailler, à faire des choses pour leurs gens. Alors je pense que c’est quelque chose d’assez bien.

“Deux tiers des districts de cette province ont actuellement ce qu’on appelle Comité de développement de district, qui sont responsables de définir le genre de projet dont on a besoin dans leur district, et décidant de leur ordre d’importance. Est-ce cela la bonne gouvernance? C’est la démocratie, les gens disent ce qu’ils veulent. C’est fort. Pour un pays qui a été complètement brisé depuis 1979, et qui a toute une génération de gens qui ne savent pas du tout ce que ça veut dire que la démocratie, c’est fort.”

Et bien que les ennemis les plus violents du gouvernement ne vont probablement pas consentir à l’arrangement démocratique de partage du pouvoir qu’envisage Ahadyar et que Lewis travaille pour créer, peut-être que certains vont y consentir. C’est dans ce sens que la vision de la résolution diplomatique des conflits en Afghanistan, amener tout le monde à une table et les aider à se mettre d’accord, n’est pas seulement optimiste, il se peut que ce soit le meilleur espoir.

Au bord de l’enfer

by Tim Cook

Mon très cher père,
C’est Vendredi saint et je passe la journée à ceindre mes reins pour le combat. Le dimanche de Pâques, avec la paix sur la terre et les hommes de bonne volonté, je participe à la plus grande bataille de l’histoire du Canada, et peut-être de l’histoire du monde. Alors adieu, au cas où j’y reste.

Cette ‘dernière lettre’ fut postée le 7 avril 1917 par le lieutenant Gregory Clark à son père, quelques jours à peine avant qu’il prenne part à sa première bataille. C’est à la crête de Vimy, un nom qu’il ne pouvait pas mentionner à sa famille pour des raisons de sécurité, mais aussi un nom qu’elle n’aurait pas reconnu de toute façon. Cela allait changer durant les années qui suivraient car Vimy allait prendre une place sublime dans le panthéon des indicateurs historiques canadiens.

En avril 1917, toutefois, Clark et ses compagnons appartenant au Corps canadien n’ont vu la crête qu’en tant qu’obstacle dominateur, grandement fortifié et presque imprenable. Trois attaques contre la crête de sept kilomètres faites auparavant par les troupes françaises et anglaises avaient été repoussées. La tentative des Français avait eu lieu au début de l’été 1915, quand les Canadiens se trouvaient à Festubert et à Givenchy. Les Français avaient lancé plusieurs divisions contre la crête et ils avaient été repoussés lors d’une boucherie ensanglantée où plus de 100 000 soldats français et environ 80 000 soldats allemands étaient morts.

Clark comprenait fort bien l’ampleur de la tâche à laquelle les Canadiens faisaient face, et il était possible qu’il ne retourne jamais chez lui.

Il avait 24 ans quand le Canada est entré en guerre, en août 1914. En ce temps-là, il était à son chalet avec son amie Helen. Ils se courtisaient depuis à peu près un an et ils s’aimaient énormément. Gregory et Helen sont retournés à Toronto le 15 août, où ils ont été pas mal surpris d’apprendre que le Dominion était en guerre depuis presque deux semaines. Ils étaient perplexes à propos des événements et Clark, un écrivain et homme du grand air invétéré, retourna à son poste au journal Toronto Star. Il écrivait dans son journal intime : “La guerre fait toujours rage. Elle ne nous excite pas vraiment beaucoup… Elle semble si lointaine.”

Clark s’est occupé de la chronique criminelle du journal durant toute l’année 1914, mais il s’intéressait de plus en plus à la famille des soldats. Toronto fut secouée par les chiffres terribles des victimes après la bataille d’Ypres titanesque, en avril 1915, où les Allemands ont utilisé le chlore gazeux pour la première fois de l’histoire de la guerre et plus de 6 000 Canadiens ont été tués, blessés ou faits prisonniers. Clark interviewait des parents et racontait leurs histoires dans ses articles. La guerre arrivait chez nous. Son père et son frère étaient très patriotes; son frère, Joe, s’est vite engagé et leur père exhortait les hommes physiquement aptes à faire leur devoir par l’entremise d’éditoriaux dans les journaux qui faisaient grand tapage. Clark ressentait de plus en plus la pression d’aller servir son pays, mais son amour pour Helen était puissant et il ne pouvait se résoudre à la quitter.

Le stress de savoir que d’autres se battaient pour lui finit par pousser Clark à prendre la décision déchirante; il s’engagea le 27 mars 1916, en tant que simple soldat, dans le 170e Bataillon. Ne mesurant qu’à peine cinq pieds deux pouces et demi et ne pesant que 110 livres, il avait quand même l’éducation et la conduite qu’il fallait pour pouvoir devenir officier. Il fut promu rapidement, et puis nommé officier, et il passa une grande partie de 1916 dans des écoles de formation d’officiers au Canada. Toutefois, il épousa sa bien-aimée Helen. Bien que n’ayant presque jamais été séparé d’elle plus d’un jour, il s’embarquait pour l’Angleterre quatre jours après les noces et il ne la reverrait que 1 039 jours après.

***

À la fin de 1916, Clark fut transféré aux 4th Canadian Mounted Rifles, une ancienne unité de cavalerie qui avait été convertie en unité de fantassins car le front occidental avait démontré que les cavaliers n’avaient guère de chance contre les explosifs, les shrapnells et le feu mortel des armes légères. Clark est arrivé en France à la fin de 1916, et il a tout de suite rejoint son unité dans le monde étrange, ravagé et enténébré des tranchées.

Comme la plupart des soldats, Clark a trouvé le combat au front occidental étrange et dangereux. Durant l’hiver 1916-1917, son expérience des tranchées était en grande partie la monotonie et le labeur, mais il a souffert de bombardements terribles de l’artillerie qui faisait trembler les hommes et les obligeait à s’étaler dans la boue. “J’avais vu la terreur”, écrivait-il dans son journal, “le grand tumulte terrible de la bataille qui paralyse : quelque chose si éloigné de l’humanité qu’on aurait dit que tous les dieux et tous les diables étaient devenus fous et se battaient entre eux, oubliant les faibles mortels sous leurs pieds.” Mais on apprit la nouvelle qu’une offensive contre Vimy se planifiait, et tous savaient que le combat allait être encore plus intense et meurtrier.

Les 4th CMR, un des bataillons d’infanterie qui seraient parmi les premiers à passer à l’attaque, passèrent plusieurs mois en préparation, planification et entraînement pour leur rôle. Clark allait commander le 15e Peloton (environ 45 hommes) lors de la bataille. Les Canadiens commencèrent à se rassembler dans les tranchées de l’arrière le soir du 7 avril. Pendant les cinq derniers jours, les obus avaient hurlé au-dessus des têtes, jour et nuit, lancés par les canons qui martelaient les positions ennemis.

Le dimanche de Pâques, le 8 avril 1917, les premières unités des 4th CMR partirent au front à minuit, en empruntant une des merveilles d’ingénierie de combat, le tunnel Goodman. Durant la longue étape de préparation, les Canadiens avaient construit plus d’une douzaine de tunnels pour que les troupes puissent se rendre au front au moment de l’attaque. La plupart avaient quelques centaines de mètres de longueur, et Goodman mesurait plus d’un kilomètre. Il était assez haut pour que les hommes puissent s’y tenir debout, mais il n’avait pas été construit pour des timorés ou des claustrophobes.

Durant les heures froides et noires du 9 avril, Clark rassembla son peloton dans ce qu’on appelait les “tranchées de départ” à l’extérieur du tunnel Goodman. Chaque homme était laissé tranquille avec ses pensées. Est-ce que ce serait son dernier jour sur Terre? On faisait ses prières, on manipulait les fétiches-porte-bonheur, on écrivait les dernières lettres aux êtres chers au pays. Au-dessus de leur tête, les obus hurlaient vers les lignes allemandes. Le temps s’écoulait lentement jusqu’à l’heure zéro.

À 5 h 30, le lundi de Pâques, toute la puissance de l’artillerie se mettait à bombarder les lignes allemandes de ses 983 canons, obusiers et mortiers qui lançaient un flot de mort et de destruction. Les Canadiens, qui s’étaient exercés pendant des semaines avant la bataille, allaient suivre le barrage d’artillerie jusqu’aux lignes ennemies. Ce mur d’obus et d’explosions qui bougeait fendait l’air alors qu’il se traînait sur le champ de bataille. Mais il y avait une grande différence avec les exercices d’assaut d’avant la bataille (où les officiers avaient transporté des drapeaux pour indiquer où se trouvait le barrage, avançant d’une centaine de verges toutes les trois minutes) et la réalité quand on suivait le barrage assourdissant qui déchirait la terre.

Trois minutes après l’heure zéro, Clark sortit de la tranchée en criant “Allez les gars!” même si ses mots disparurent dans le tumulte des explosions. Son peloton vint à sa suite, tout comme les douzaines d’autres qui étaient visibles, et les centaines d’autres le long de la crête. Les Canadiens avaient démarré.

Gregory Clark a raconté ce qu’il ressentit : “D’une certaine façon, c’était une vue resplendissante. Il faisait encore assez noir. La giboulée tombait. Là, devant nous, horriblement près, se trouvait le bord de l’enfer. Il flambait et lançait des éclairs et des étincelles, les obus éclataient; il y avait des fusées blanches et colorées lancées par un ennemi déstabilisé. Et les lumières éclairantes et étincelantes montraient un mur infernal de fumée qui se tordait, qui bouillait, et dans lequel se trouvaient des silhouettes d’hommes qui avançaient.”

Ils s’avancèrent de façon mesurée, à pied, derrière le barrage rampant qui déchiquetait les lignes ennemies. Ils passèrent à côté de cratères gros comme une maison; le fil barbelé avait été arraché; des Allemands morts gisaient sinistrement ça et là. Le tout se voyait en passant lors de la marche jusqu’en haut de la crête. La discipline rigide des troupes vint à leur secours. Toutes les trois minutes, les soldats s’arrêtaient, se couchaient, et attendaient que le barrage s’avance de cent verges de plus. Ils s’avancèrent plus de douze fois et, chaque fois, ils se blottissaient, tendus, sous la couverture d’obus. À l’occasion, le son des MG-08 lourds allemands qui tiraient s’entendait malgré le fracas, mais devant Clark il n’y avait pas d’Allemand excepté les prisonniers qui s’échappaient en courant, les mains en l’air.

Mais des hommes étaient tués tout autour de Clark alors que les balles et les shrapnells sifflaient au-dessus du champ de bataille. Pendant 35 minutes, ils ont continué de s’avancer, jusqu’à ce qu’ils atteignent la tranchée de réserve ennemie. Là, le barrage d’artillerie fit une pause pendant 45 minutes, balayant les lignes ennemies et permettant aux unités retardataires de les rattraper. Il n’y avait pas grand-chose à faire pour les fantassins, alors ils creusèrent dans les cratères, fumèrent des cigarettes et vidèrent leur vessie, laquelle en avait bien besoin.

Pendant qu’ils attendaient, Clark et un petit groupe d’hommes se trouvaient dans un cratère d’où ils étudiaient le front, jetant un coup d’oeil à leur montre pour savoir quand il allait falloir s’avancer à nouveau. Un obus de l’ennemi atterrit dans le fond du cratère, dissipant la superstition selon laquelle un obus n’atterrit jamais dans le trou d’un autre. De dire Clark : “il nous lança tous en l’air, détruisit l’étui à cigarettes que le sergent Windsor avait à la main, coupant le fusil de Bertrand en deux à la culasse et nous laissant retomber de tous côtés”. Abasourdi et secoué, le petit groupe de Clark se tapotait les jambes et les bras pour s’assurer que rien ne manquait. De façon presque miraculeuse, personne n’avait été blessé.

Après avoir vérifié son peloton, Clark remarqua un changement dans le son du barrage. Clark s’élança en avant, glissant sur le terrain boueux plein de cratères, pour suivre le barrage. À 7 h 5, ils avaient atteint leur objectif final sans que Clark et ses hommes aient tiré un seul coup de feu. Ce n’était pas la même chose dans le cas des autres pelotons de sa compagnie, ni dans celui des 22 autres bataillons qui étaient passés à l’attaque tout le long de la ligne lors de la première vague. C’était toutefois loin d’être terminé. La capture de la crête n’était que la moitié de la bataille; les Canadiens avaient été entraînés pour se préparer à la contre-attaque des Allemands qui, s’attendait-on, allaient essayer de reprendre le terrain si important.

Clark et ses hommes se retranchèrent le long de leur ligne, créant une série de places fortes pour résister à l’attaque allemande. De la crête, ils pouvaient voir la plaine de Douai et les Allemands qui y reculaient désespérément leurs unités d’artillerie. La ligne avancée fut établie sur la pente est de la crête, ce qui leur donnait de bons champs de tir. Mais les Allemands n’avaient pas encore été tous nettoyés du front et la bataille continuait à faire rage loin à gauche où la 4e Division se battait avec acharnement pour capturer le point le plus élevé de Vimy à la colline 145. Même au front des 4th CMR, des troupes allemandes étaient retranchées et cachées sur la pente plus basse que les canons canadiens n’avaient pas pu bombarder.

Durant toute la journée, le peloton de Clark et plusieurs autres ont soutenu le combat avec ces Allemands. Le feu de l’artillerie avait aussi commencé à frapper la crête, venant de l’ennemi et des obus canadiens qui tombaient trop vite. Au début de l’après-midi, son ami le lieutenant W.G. Butson se trouvait à environ 20 verges de Clark où il essayait d’organiser ses hommes dans des trous de tirailleurs quand il tomba par terre. Clark courut l’aider et, horreur, il vit qu’une balle lui avait traversé la tête, lui ayant fait exploser les deux yeux. Clark faillit vomir. Pendant qu’un des hommes bandait la tête de Butson, Clark tenait la main de son ami qui réclamait sa mère dans son délire.

Vu que tous ses supérieurs avaient été blessés ou tués, il n’en tenait qu’à lui de coordonner la défense. Le reste de la journée servit à creuser des retranchements parmi les explosions d’obus ennemis. Il y eut quelques contre-attaques le long des lignes, mais les canonniers canadiens, dirigés par leurs observateurs postés sur la crête, faisaient pleuvoir un bombardement nourri sur eux. Quelques avions allemands volèrent au-dessus de la colline à basse altitude, l’arrosant à la mitrailleuse, mais il n’y eut pas vraiment d’attaque.

Après avoir été soumis au feu de l’artillerie pendant une grande partie du 10, les CMR avaient très hâte au 11, quand devait arriver la relève, et Clark et la plupart de ses hommes venaient de passer trois jours sans dormir. La neige tombait fortement. Éreinté, affamé, les yeux injectés de sang, Clark continua de visiter ses hommes dans leurs tranchées peu profondes et leurs trous à canon, les rassurant, que la relève allait arriver bientôt.

Un autre officier, le lieutenant L.C. Johnston, l’invita à quitter la fange pour prendre un dîner avec lui sur la colline, dans le sous-sol d’un édifice en ruines surnommé Cable House. Clark pensait que ce serait trop dangereux car les Allemands en avaient bombardé les alentours toute la journée, alors il retourna à sa tranchée boueuse quand il ne put convaincre Johnston de se joindre à lui. Il était assis là, à mâcher de la viande en boîte froide avec un de ses sergents de confiance, trop fatigué pour parler, quand il entendit un obus frapper Cable House.

“Alors la jambe de Johnston, séparée à la hanche, atterrit dans la tranchée, frappant le casque de Mackie et mes pieds”, écrivait Clark. “Je ne me souviens de rien de plus horrible que ça. Et puis le reste de Johnston vola au-dessus de notre tête et atterrit à 40 verges de l’endroit où il avait été frappé.” Sous le choc, ils jetèrent la jambe de Johnston à l’extérieur de la tranchée, mais quand leurs nerfs se calmèrent un peu, ils allèrent la chercher et la déposèrent à côté de Johnston qui était “mutilé jusqu’à en être méconnaissable”.

C’était le début d’un bombardement infernal de l’ennemi tout le long du front. Clark et ses hommes se tendirent pour la contre-attaque. On entendait des cris de douleur et des appels aux brancardiers entre les explosions. L’attaque ne se réalisa pas, bien que les CMR perdirent un nombre important d’hommes parce que leurs membres groupés, se préparant à repousser l’attaque, offraient des cibles plus importantes durant le bombardement de saturation. Ce dernier se termina au crépuscule et Clark s’est souvenu de l’image étrange d’un aumônier qui suivait le front, s’arrêtant aux fosses communes pleines de cadavres où il administrait le dernier sacrement en commun.

Au coucher du soleil, le 11, la relève des 4th CMR arriva enfin. Clark et ses hommes partirent vers l’arrière en trébuchant. Bien que certains des hommes acclamaient et chantaient la victoire, bien plus étaient ceux qui, silencieux, avaient des larmes aux yeux. Ils avaient laissé bien trop d’amis derrière eux sur la crête. D’après les rapports sur le champ de bataille, les victimes des 4th CMR furent de 43 morts, 118 blessés et 18 disparus. “Quand je me suis endormi cette nuit-là, il ne m’importait pas du tout si j’allais me réveiller et, pourtant, mon esprit ressentait, à peine, une exultation lointaine. J’étais en vie.”

***

La Croix militaire fut décernée au lieutenant Gregory Clark pour sa bravoure et son leadership stimulant durant la bataille de la crête de Vimy. Sa citation est comme suit : “Pour son remarquable courage et son sens du devoir au combat. Il prit le commandement de sa compagnie et la dirigea avec beaucoup de compétence, atteint son objectif et consolida sa position. Il montra un bon exemple de courage et d’initiative.” Effectivement, c’est ce qu’il a fait, mais la bataille l’avait presque complètement usé, et il admettait qu’il était presque à bout de nerfs et qu’il souffrait d’une toux sèche à cause du gaz toxique. Un officier commandant compatissant l’envoya en arrière pour qu’il puisse se reposer pendant quelques semaines, mais il retourna au front et servit jusqu’au début du mois d’août. Il fut retiré, à nouveau, à un poste “à l’épreuve des bombes” au quartier général du bataillon, mais il retourna au front, avec le grade de major, en tant que commandant de compagnie pour la série de combats dévastateurs qu’on a surnommés les Cent jours du Canada, lesquels ont duré d’août à novembre 1918. Il évita la mort de justesse à plusieurs occasions et, durant ces heures moroses, “dans mon esprit, j’étais tout à fait prêt à paraître devant Dieu et j’étais très triste pour Helen, ainsi que pour mes père et mère”. Mais il survécut et fut renvoyé au Canada en septembre 1918, où il allait être journaliste de guerre. L’armistice eut lieu avant qu’il n’ait l’occasion d’écrire à titre officiel, alors il fut rendu à la vie civile, et reprit sa vie avec Helen.

Mais la guerre l’avait changé. Gregory Clark retourna à son poste au Toronto Star, mais ensuite il s’en alla au Star Weekly du journal. Écrire pour la chronique criminelle ne le contentait plus, alors il se tourna vers l’humour. Clark commença à raconter des histoires de Canadiens avec son partenaire caricaturiste Jimmie Frise qui, comme lui, était un vétéran de la guerre. Il s’agissait d’histoires joviales et anodines sur les curiosités des hommes, et les Canadiens de partout au pays les trouvaient charmantes. Il se livra aussi à la pêche et la vie de plein air pour lesquelles il se passionnait. Clark allait devenir un des écrivains les plus aimés de sa génération avant son décès, lequel eut lieu en 1977.

La bataille de la crête de Vimy avait été le moment déterminant de sa jeune vie, comme elle l’avait été pour le Canada à ce point-là de sa jeune histoire. Des années après la guerre, Clark réfléchissait à son expérience : “Je suis revenu de la guerre plus grand en esprit, en intellect et en personnalité. J’étais un rat de bibliothèque, un petit rat de bibliothèque tranquille, quand je suis parti et, quand je suis revenu, j’étais plutôt coriace.” On pourrait dire que la même chose s’est passée pour le Canada en général. Le Dominion “coriace” a changé à tout jamais quand il a été forgé dans le feu de la Première Guerre mondiale.