Justice atermoyée

Pour l’ancien combattant naval Donald Wannamaker, le jour de la fête du Travail de cette année a vraiment été une cause de tourment.

C’est le 1er mai que ce vétéran des Forces canadiennes âgé de 74 ans a reçu la nouvelle, que lui donnaient ses avocats Jewitt-Morrison & Associates d’Ottawa, que sa bataille de 17 ans en vue d’obtenir une pension d’Anciens combattants Canada venait de s’allonger, et devenir plus dispendieuse.

Un mois auparavant, Wannamaker exultait quand un juge de la Cour fédérale non seulement ordonnait au Tribunal des anciens combattants (révisions et appels) de revoir sa demande pour blessures au dos, et rejetait les arguments du tribunal comme étant “manifestement déraisonnable” et contraire à l’esprit de la législation qui donne le bénéfice du doute à l’ancien combattant. Le tribunal, un organisme indépendant quasi- judiciaire, a été créé par une loi du Parlement en 1995 pour servir de possibilité d’appel aux demandeurs qui ne sont pas satisfaits des décisions d’ACC.

Le cas de Wannamaker est le deuxiè-me en quelques semaines où la cour a jugé que le TAC(RA) avait “commis une erreur de droit” et a abrogé sa décision, laquelle devait être revue par une autre formation de membres. Dans l’autre, l’ancien combattant manitobain Larry W. Nelson, âgé de 56 ans, demandait une indemnité pour une perte d’ouïe qu’il attribue à ses années dans l’infanterie.

Le directeur général du TAC(RA) Dale Sharkey dit que le tribunal “ne peut pas discuter (de ces cas) du tout” pendant qu’ils suivent la voie judiciaire. Toutefois, la prise de position du tribunal s’est clairement faite quand, le 1er mai, le dernier des 30 jours auxquels il avait droit, il a déposé un avis d’appel.

Quand on lui demanda comment il se sentait ce jour-là, Wannamaker répondit “très mal”. Pour ce résident d’Ottawa, légionnaire depuis longtemps, le finan-cement de sa bataille judiciaire a été difficile. Son cas ne se rendra pas à la Division d’appel de la Cour fédérale avant l’automne.

De plus, dit son avocate d’Ottawa Angela Habraken, “si M. Wannamaker finit par obtenir sa pension, elle ne sera pas rétroactive à la date dont il en a fait la demande (en 1989)”. La rétroactivité ne s’applique qu’à un maximum de trois ans à partir de la date de la décision favorable. Craig Morrison, qui plaide le cas de l’ancien combattant en Cour fédérale, dit que “il existe une motivation contrariante (chez le tribunal) de perdre du temps parce que cela diminue le montant qu’il faudra payer. J’espère que ce n’est pas un facteur. Mais quand on prend du recul et qu’on voit ça, on ne peut faire autrement que de s’en inquiéter.”

Wannamaker essaie d’obtenir une indemnité pour les blessures qu’il a subies lorsqu’il était mécanicien s’occupant de l’entretien d’avions pour la Marine royale du Canada entre 1952 et 1970. Après sa libération médicale, il a travaillé en tant qu’analyste en informatique au ministère de la Défense nationale.

La première blessure au dos de Wannamaker a eu lieu en 1959, quand il a glissé et qu’il est tombé sur la glace dans un stationnement de la Station de l’Aviation royale du Canada Downsview à Toronto, lorsqu’il se rendait au travail. La deuxième a eu lieu en 1961 quand il servait au Congo, une zone de service spécial. Il s’est donné un tour de reins en bougeant une caisse de 400 livres. Il n’y avait pas de personnel de soutien mé-dical, et l’incident ne fut pas documenté. “L’escadron avait […] bien peu de sou-tien”, dit-il. “Les autres faisaient d’autres choses.”

Cet homme, marié et père de trois enfants, qui souffre de la maladie du disque lombaire, prend constamment des Tylenol 3 et doit utiliser une canne pour marcher. Il va chez un chiropraticien depuis 1966.

Wannamaker a fait une demande de pension à l’origine avec l’aide de la Légion royale canadienne. Ce membre de 25 ans de la filiale Frankford (Ont.) a décidé de demander une indemnité après que ses trois fils eussent quitté le foyer; ce sont eux qui faisaient le jardinage et enlevaient la neige parce qu’il n’en était pas capable.

Quand ACC a refusé sa demande, Wannamaker a fait appel de la décision au comité d’examen (qui précédait le TAC(RA)). L’appel fut refusé. Un avocat de la Légion l’a ensuite représenté à une audience de révision auprès de l’ancien Tribunal des anciens combattants. Sa demande fut refusée cette fois-là aussi.

L’étape suivante était l’audition d’appel. Ces dernières ont lieu à Charlottetown, où le tribunal est basé. Encore une fois, le TAC(RA) soutint que la blessure de 1959 a eu lieu quand Wannamaker n’était pas en service. D’observer l’ancien combattant : “Ça m’a vraiment fait quelque chose, parce que dans le militaire, on est en service 24 heures par jour.”

Les audiences d’appel et les reconsi-dérations ne sont pas automatiques, il faut que l’appelant offre de nouvelles preuves, ou démontre qu’il y a eu une erreur de droit ou de fait.

Wannamaker a engagé des avocats vers la fin des années 1990. Il dit qu’il ne rejette pas la faute sur la Légion pour son manque de succès au début, mais il pensait qu’il lui fallait faire venir davantage de puissance juridique. “Je pense (qu’à la Légion) on fait de son mieux, mais on ne poursuit rien.”

Avec son équipe judiciaire, y compris Morrison, Habraken et David Jewitt, il a présenté son cas à la Cour fédérale pour une révision judiciaire. C’est le tribunal de la dernière chance quand toutes les voies de recours auprès du Tribunal des anciens combattants ont été épuisées.

Habraken, qui a fait une grande partie de la préparation, dit que l’équipe comptait sur des cas où la cour avait renvoyé la décision au tribunal, particulièrement ceux qui touchaient aux articles 3 et 39 de la Loi sur le Tribunal des anciens combattants (révision et appel). Ces articles servent à charger le tribunal d’interpréter libéralement toute législation pertinente et de donner le bénéfice du doute à l’ancien combattant quand on considère les preuves.

La préparation a rapporté.

Lors de la décision du 30 mars, le juge de la Cour fédérale Pierre Blais n’a pas mâché ses mots, disant que plusieurs des arguments du tribunal étaient “manifestement déraisonnables”. Il écrivait : “Je crois que le demandeur a établi selon toute probabilité que sa blessure au dos a eu lieu durant son service militaire ou qu’elle y était reliée […]. Le tribunal aurait dû donner le bénéfice du doute au demandeur.

“De plus, les preuves médicales militaires documentées illustrant que le demandeur souffrait de maux de dos auraient dû être vues sous le meilleur jour possible. Le tribunal ne l’a pas fait et, à la place, il a invoqué des preuves contradictoires faibles qui, pensait-il, ne démontraient pas que le demandeur avait souffert d’un traumatisme lorsqu’il est tombé sur la glace.”

De dire Blais en conclusion : “la décision du tribunal devrait être mise de côté et la question renvoyée pour qu’on la révise”.

Par la suite, Morrison remarquait que “un des commentaires intéressants que le juge a faits était ‘Pouvons-nous en finir avec ceci, s’il-vous-plaît […]?’ Justice différée est justice refusée (et) le temps qu’elle a été différée dans ce cas-ci a été énormément injuste pour M. Wannamaker”.

En mai, après que l’avis d’appel ait été fait, Habraken dit, “évidemment, nous sommes contrariés et désappointés, mais ils ont le droit de faire appel”.

Ce n’est pas rare que le TAC(RA) interjette appel des décisions de la Cour fédérale, remarque le directeur du Bureau national des services Pierre Allard. De plus, “mon expérience me dit que […] dans la plupart des cas, le TAC(RA) ne casse pas sa décision”.

Dans l’autre cas à la Cour fédérale, le vétéran des FC Larry Nelson, qui vit près de Winnipeg, demandait une indemnité pour perte d’ouïe. Nelson a travaillé dans l’infanterie et conduisait un transport blindé de personnel durant son service, de 1970 à 1978.

Avant de s’engager, un examen médical a servi à établir qu’il n’avait pas de problème d’ouïe. Lors de sa libération honorable, en 1978, un audiogramme indiquait qu’il y avait une perte d’ouïe dans les hautes fréquences à l’oreille gauche. Au fil du temps, l’ouïe de Nelson a empiré. En 1991, on diagnostiquait une perte d’ouïe sensorineurale bilatérale dans les hautes fréquences modérément grave.

Cette année-là, il demanda une pension d’invalidité et on la lui refusa. Les essais subséquents de faire réviser sa demande furent aussi refusés, malgré le fait qu’il apporta de nouvelles preuves de spécialistes. Une lettre du TAC(RA) en date de novembre 2004 refusait la demande de Nelson de reconsidérer, et il demanda une révision judiciaire.

Le 15 mars, le juge de la Cour fédérale John A. O’Keefe décida en faveur de Nelson, déclarant que le tribunal “avait fait une erreur de droit” en n’appliquant pas la définition de ‘invalidité’ trouvée à l’article 3 de la Loi sur les pensions. Il y est dit qu’une “‘invalidité’ veut dire la perte ou la diminution du pouvoir de vouloir et de faire quelque acte normal mental ou physique”.

O’Keefe remarquait que le TAC(RA) avait permis au tableau d’invalidités établi par le ministre des anciens combattants de remplacer la législation ‘pa-rente’ qu’est la Loi sur les pensions. “Le TAC(RA) n’a pas contesté que le demandeur a souffert d’une perte d’ouïe […] qui a été causée au moins en partie par son exposition au bruit lors de son service militaire. Il n’y a pas de doute que le ministre peut établir et utiliser un tableau pour évaluer l’importance de l’invalidité, mais c’est l’article 3 de la Loi sur les pensions qu’il faut appliquer pour décider s’il y a invalidité ou non.”

Allard dit que “c’est une bonne décision en ce qu’elle sert à reconnaître que le tribunal ne devrait pas se concentrer strictement sur les directives d’admissibilité, lesquelles sont très mécaniques. Ce n’est pas leur rôle. Leur rôle est de se pencher sur le bénéfice du doute (et) ce qui représente une invalidité”.

Mais la décision a donné lieu à un appel. Dean Giles, un des avocats de Nelson de la firme Fillmore Riley, à Winnipeg, dit que le cas devrait aller à la Cour d’appel fédérale cet automne.

“Tous ces jugements (à la Cour fédérale), d’après moi, indiquent qu’il y a un problème”, dit Allard, “pas tellement dans les décisions antérieures du tribunal, mais dans le fait que le tribunal empire les difficultés qu’il y a au nouvel examen, le dernier niveau d’appel”. D’une certaine manière, le TAC(RA) a amélioré les choses en permettant à l’avocat de l’ancien combattant de faire une présentation verbale à la sélection qui précède les nouveaux examens. Ce n’était pas le cas autrefois, et la Légion a fait pression pour ceci.

Toutefois, continuait Allard, le tribunal a aussi institué l’exigence de ‘diligence raisonnable’ pour les nouvelles preuves, ce qui signifie que “l’on doit confirmer pourquoi, en tant qu’appelant, on apporte ces nouvelles preuves. (Le tribunal) essaie d’étendre la portée de la Loi sur le TAC(RA) sans avoir recours à la législation. D’après moi, cela rend plus difficile la demande de réparation”.

Avant d’aller sous presse, la Légion, le tribunal et d’autres parties intéressées attendaient une décision de la Cour fédérale concernant l’exigence de la diligence raisonnable. Le Bureau de services juridiques des pensions, une organisation d’avocats à l’intérieur d’ACC qui offre une assistance juridique gratuite aux anciens combattants, essayait de la faire annuler.

Alors qu’Allard dit que le tribunal a essayé d’être plus compatissant, parti-culièrement depuis que Victor Marchand est devenu président, en 2003, “le fait qu’il interjette appel de ces décisions de la Cour fédérale est un peu troublant”.

Pour répondre à la critique que le TAC(RA), dans certains cas, ne s’est pas conformé à l’esprit de la législation, comme de donner le bénéfice du doute, Marchand dit “je ne suis pas du tout d’accord avec ça […]. Le bénéfice du doute ne signifie pas que le jugement du droit à la pension peut se faire sans preuve. Il doit toujours y avoir une quantité minimale de preuve à fournir. Nous faisons de notre mieux, dans l’intérêt de l’ancien combattant”.

Marchand soutient que les taux de réponses favorables du TAC(RA) sont “excellents”, qu’entre 58 à 60 pour cent des demandes des anciens combattants sont acceptées lors de la révision et 30 pour cent lors de l’appel.

Actuellement, un des plus grands défis que le tribunal doit relever est le recrutement d’autres membres. Cette année, il y a eu une campagne nationale d’annonces pour trouver des professionnels qui accepteraient de devenir membres à temps plein. Le processus de sélection a été retapé en 2004 “pour être transparent, professionnel et basé sur les compétences”, d’après ce qu’on trouve au site Web du TAC(RA) www.vrab-tacra.gc.ca.

“Nous sommes encore sur la même voie, qu’il faut que le tribunal soit juste, rapide et aimable”, dit Marchand.

Allard dit qu’il va falloir du temps aux nouveaux membres pour être productifs. “La courbe d’apprentissage est raide. Mais je pense que le président travaille dur pour modifier la mentalité du tribunal.”

Alors que sa bataille de 17 ans pour l’obtention d’une pension d’invalidité se poursuit, Donald Wannamaker, quant à lui, espère que oui.

Apprécier nos cadets

Quand il s’agit de commémoration, nous pensons toujours à ceux qui ont servi en temps de guerre ou en temps de paix, surtout à ceux qui ont donné leur vie. Nous nous souvenons d’eux en tant que nation et en tant que particuliers, conscients du fait que la plupart des souvenirs les plus douloureux se trouvent sur le visage de ceux qui ont perdu un enfant, un époux ou un parent à la guerre.

Mélangés tranquillement aux visages de tous ceux qui se souviennent et soutiennent nos anciens combattants et leur famille se trouvent les nombreux visages d’un groupe qui les apprécie beaucoup et dont on ne fait souvent pas de cas. Il s’agit de nos cadets de l’armée, de l’air et de la marine, 35 500 garçons et 19 500 filles d’entre 12 et 18 ans.

Ces jeunes gens font partie de 1 153 pelotons et escadrons. À peine un peu plus de 44 pour cent d’entre eux, 24 500, sont des cadets de l’air, 20 000 sont des cadets de l’armée et 10 500 sont des cadets de la marine.

Les statistiques sont impressionnantes, mais la vraie histoire est celle de ce qu’ils apportent à nos collectivités.

Depuis des décennies, la Légion royale canadienne et le mouvement des cadets sont du même côté, aux degrés national et local, en ce qui concerne la promotion d’une bonne citoyenneté, du leadership, de la forme et de l’esprit de patriotisme parmi les jeunes.

Le programme de la Légion qui sert à décerner la médaille d’excellence des cadets est un exemple des liens serrés entre les organisations. Il sert à mettre une médaille en disponibilité pour chaque unité. Pour qu’on la lui décerne, le cadet doit faire preuve d’excellence en citoyenneté dans le cadre de l’unité et de la collectivité.

En tout, le soutien de la Légion s’étend à la plupart des unités de cadets du pays. La plupart des filiales sont engagées d’une façon ou d’une autre et leur soutien financier est extrêmement important quand il s’agit de défrayer les coûts opérationnels et de payer les excursions et autres activités. En tout, ce soutien s’élève à 5,1 millions de dollars, un gros morceau de ce que la Légion à tous les niveaux dépense pour les programmes pour la jeunesse. Une partie de cela sert à amener le meilleur cadet de chaque élément à Ottawa pour participer à la cérémonie nationale du jour du Souvenir.

La relation est à deux sens. Les cadets assistent les filiales de la Légion de plusieurs manières, comme en défilant avec les anciens combattants et en servant de sentinelle le jour du Souvenir. L’aide que les cadets donnent durant la campagne annuelle du coquelicot est une des sortes de soutien les plus appréciées. Les anciens combattants et les Légionnaires qui travaillent avec les cadets n’hésitent pas à dire qu’on n’est pas obligé de demander de l’aide aux cadets deux fois. C’est parce que la plupart croient que le bénévolat est une façon d’honorer ceux qui ont servi.

Les cadets apprennent la dynamique de la vie et récoltent les bénéfices que sont la confiance en soi et la forme physique. Des milliers d’entre eux vont se rendre aux 24 centres à travers le Canada où ont lieu des programmes d’entraînement estival. Les cadets les plus vieux ont le même âge que les jeunes hommes et femmes qui sont allés outre-mer en temps de guerre. Nos anciens combattants peuvent apprécier ce fait. Espérons que le grand public puisse passer un peu plus de temps à apprécier ce que ces jeunes gens apportent à la société et au souvenir.

Éditorial Honorer nos morts militaires

Le protocole pour pleurer et rendre hommage à nos guerriers tombés est devenu un sujet de débat national au Parlement et aux médias ce printemps.

À la Direction nationale de la Légion royale canadienne, quand on a demandé une opinion, on a répété ce qu’on en pense depuis longtemps : que la bonne pratique est de mettre en berne le drapeau national sur la Tour de la Paix à Ottawa et les édifices du gouvernement à travers le pays le 11 novembre seulement, le jour du Souvenir.

“Nous allons nous souvenir de tous pour ce qu’ils ont fait”, dit la présidente nationale Mary Ann Burdett. “Ils ont servi avec dignité et honneur, et ce jour de commémoration nationale est en l’honneur des presque 117 000 qui ont fait ce sacrifice.”

La Légion croit de plus, et ce n’est que juste, que les filiales doivent chacune pouvoir prendre leur propre décision à propos de l’abaissement du drapeau canadien à leurs locaux lors de la mort d’un membre militaire de leur localité. L’organisation soutient aussi le protocole des Forces canadiennes qui est de permettre l’abaissement des drapeaux aux unités, bases et installations pour reconnaître la mort d’un compagnon d’arme.

Les débats ont résulté de la décision du nouveau gouvernement fédéral de ne pas mettre les drapeaux en berne sur la Tour de la Paix suite à la mort, en avril, de quatre soldats des FC en Afghanistan, ce qui donnait un total de 16 soldats et un diplomate depuis 2002.

Les critiques ont déclaré que le gouvernement leur manquait de respect. Nous ne sommes pas du tout d’accord. Nous n’aimions pas l’application sélective du gouvernement selon laquelle on octroyait la reconnaissance nationale à certains mais pas à d’autres. La réalité c’est que l’ancien gouvernement est celui qui n’était pas en cadence, celui qui s’est éloigné d’une pratique qui a été adoptée peu de temps après la Première Guerre mondiale. Nous appuyons le retour à l’ancienne pratique par le gouvernement actuel.

Que le 11 novembre, quand nous les honorons tous, reste le jour de la reconnaissance universelle.

Le moment d’agir

Le nouveau ministre des anciens combattants canadiens a appris quand il était très jeune à naviguer parmi les gens aux convictions politiques et religieuses diverses. En fait, la ferme Blackland du Nouveau-Brunswick où Greg Thomson a grandi ressemblait à une mini-Chambre des communes. Ses parents étaient des loyaux libéraux, ses grands-parents étaient conservateurs, sa mère était une pieuse catholique, son père, un protestant dévot.

“Il m’est arrivé de dire que c’était un peu comme grandir en Irlande du Nord, que d’équilibrer ces deux forces qui riva-lisaient”, dit en riant Thompson, un homme dégingandé de 59 ans aux yeux bleus et au sourire facile. Il ne perd pas de temps avant de préciser que sa fratrie et lui ont eu une enfance heureuse, mais “si j’ai un peu d’habileté en politique, c’est peut-être à la ferme que je l’ai apprise”.

Thompson avait tendance à avoir le point de vue politique de ses grands-parents, bien sûr. Il a été député conservateur au Parlement pendant 14 des 18 dernières années. Durant ce temps-là, il s’est fait une réputation au Nouveau-Brunswick de gars aimable sur qui l’on peut compter, et de politicien capable de coopérer avec les gens des autres partis. Il l’a démontré quand il était coprésident du Groupe interparlementaire Canada-États-Unis et, il y a moins longtemps, lorsqu’il a engagé la députée du NPD Bev Desjarlais en tant qu’adjointe exécutive.

“Il est bien vu”, dit Don Desserud, un professeur de science politique de l’Université du Nouveau-Brunswick à Saint John. “Il y a des loyalistes de Greg Thompson qui risqueraient de voter pour les libéraux s’il n’était pas là la prochaine fois. Ce que, d’après moi, nous ne savons pas très bien, c’est quelle est la qualité de son travail au cabinet.” Ceci dit, Desserud remarque que la capacité qu’avait Thompson à écouter lui a été très utile, et “quand il parlait, les gens l’écoutaient bien”.

En tant qu’homme en charge du portefeuille des anciens combattants dans le cadre du gouvernement minoritaire de Stephen Harper, Thompson devra faire valoir toutes ses connaissances politiques, son affabilité et sa détermination. Là-dessus, il a deux défis d’importance. D’abord, il doit surveiller la mise en application de la nouvelle Charte des anciens combattants qui vient d’être déclenchée et que le gouvernement libéral avait votée. Ensuite, il doit livrer un système d’indemnité aux nombreuses personnes affectées par le produit Orange et les autres produits chimiques à la Base des Forces canadiennes Gagetown, dans sa province.

Quant à la charte, la Légion royale canadienne et d’autres groupes d’anciens combattants vont observer la manière dont Anciens combattants Canada va s’occuper des premiers cas. Pour l’ins-tant, Thompson a mérité du prestige quand il a fait un paiement ex gratia de 250 000 $ aux familles des quatre soldats tués en Afghanistan entre le jour où la charte a été votée, en mai 2005 et celui de sa mise en vigueur, le 1er avril 2006. Le paiement de 250 000 $, non imposable, est un des avantages de la nouvelle charte. “Quand on est appuyé par son Premier ministre et par son cabinet pour faire que cela se passe presque immédiatement, on se sent bien”, dit le ministre, “parce que cela démontre que nous désirons faire ce qu’il faut pour les hommes et les femmes qui portent l’uniforme.”

Thompson lui-même est le père d’un vétéran de la guerre du Golfe : son fils aîné, prénommé Greg aussi, a servi à l’opération Desert Storm avec la U.S. Army. (L’épouse de Thompson, Linda, est une citoyenne des États-Unis.) Et il déclare être engagé à faire de son mieux pour les anciens combattants canadiens. “Je suis vraiment fier d’être ici, sachant que les hommes et les femmes que vous servez sont ces mêmes hommes et femmes qui ont tout offert, leur vie comprise, pour la patrie.”

De dire la présidente nationale Mary Ann Burdett, Thompson est “très enthousiaste à propos de son portefeuille, et il semble désirer vraiment apprendre les tenants et les aboutissants d’Anciens combattants Canada”. Toutefois, il y a quelques parties de la charte sur lesquelles la plus grosse organisation d’anciens combattants voudrait se pencher, y compris les soins de longue durée et la déclaration des droits de l’ancien combattant. “Il va falloir suivre la charte pendant un bon bout de temps”, dit Burdett. “C’est ce qui nous intéresse tous le plus.”

Elle remarque que l’accès prioritaire aux soins de longue durée à partir du mois de mai n’a pas été écrit dans la législation. À la Légion, on voudrait que les institutions de soins de longue durée mises sur pied pour les vétérans des guerres traditionnelles soient préservées pour que les anciens combattants mo-dernes, dont certains souffrent d’invali-dité complexe reliée à la santé mentale, puissent s’en servir.

Le directeur du Bureau national des services Pierre Allard dit que les premières versions de la déclaration des droits d’ACC ont été écrites surtout comme des rôles concernant la prestation des services plutôt que comme une liste d’articles spécifiques, tel que l’accès aux soins physiques et mentaux basé sur les besoins. “Ce n’est pas vraiment une déclaration des droits”, dit-il.

Quand on lui demande de faire un commentaire, Thompson dit que ni la charte ni la déclaration des droits “n’ont été gravées dans la pierre” et le ministre s’engage à les améliorer. “La Légion va avoir une très grande contribution quand il s’agira de construire la déclaration des droits. Nous voulons être sensibles à tous les groupes d’anciens combattants, parce que nous comptons (sur eux) pour nous guider à travers ceci. Il n’y a pas de groupe plus important, d’après moi et Anciens combattants, que la Légion.

Quant au produit Orange, quand Thompson était à l’opposition l’an dernier, il a été très bruyant en parlant de la manière dont le dossier était travaillé par le gouvernement de Martin. Maintenant, le dossier est entre ses mains et on s’attend à beaucoup. Les anciens combattants, les civils et les groupes comme l’Agent Orange Association of Canada aimeraient vraiment obtenir une indemnité pour leurs problèmes de santé, mais ils veulent aussi une divulgation entière de la part du mi-nistère de la Défense nationale à propos de ce qui s’est passé à la base.

Le ministère de la Défense nationale a mené une mission d’information à Gagetown qui devrait être terminée vers la fin de 2007. Mais cet effort a été plein de controverses, et à l’Agent Orange Association, entre autres, on pense qu’il s’agit simplement d’une manoeuvre de relations publiques. On demande une enquête publique complète.

ACC est en train de travailler avec le MDN dans la mission d’information et, d’après Thompson, les résultats vont servir à la mise sur pied d’un modèle d’indemnité. “On ne peut résoudre un problème qu’en se basant sur les faits tels qu’ils sont. Alors ces missions d’information sont très importantes.”

Beaucoup de gens comptent sur Thompson pour passer à travers la bureaucratie afin d’arriver à une résolution satisfaisante en ce qui concerne cette histoire qui dure depuis des décennies. Art Connolly, le vice-président de l’Agent Orange Association, dit qu’il préfère Thompson au poste de ministre des anciens combattants plutôt que quelqu’un d’autre. “Il vient du Nouveau-Brunswick, il a grandi là-bas, et il connaît la situation. Je crois qu’il a bon coeur. La seule chose qui m’inquiète c’est s’il va se plier aux diktats de son parti.”

Harper, bien sûr, a maintenu une discipline de fer parmi les ministres de son cabinet, et tenu les médias à distance. Thompson maintient qu’il a “le soutien absolu du Premier ministre” et il dit que résoudre la question est une des priorités que Harper lui ait données. “Nous nous sommes engagés là-dessus.”

Mais le ministre d’ACC, qui a souvent été cité comme ayant dit qu’un régime d’indemnisation allait être présenté au cabinet cette année, dit maintenant que cela va se faire au début de l’année prochaine, et il garde le silence à propos de quand les indemnités vont être distribuées. “C’est un dossier très compliqué, comme vous le savez très bien, car il faut retourner à il y a 50 ans pour ramasser des morceaux d’un casse-tête très compliqué et essayer de les rassembler, afin de trouver une bonne approche qui donne un ensemble d’indemnités.”

Lors d’une interview au mois de mai, le député libéral et critique des affaires des anciens combattants, Robert Thibault, dit que Thompson avait suscité de grands espoirs en tant que critique… “comme quoi il allait donner de l’argent immédiatement. Cent jours ont passé et ça n’a toujours pas paru au budget”. Il ajoute qu’ACC continue de tenir les gens res-ponsables quand il s’agit de démontrer qu’ils ont été rendus malades par le produit Orange ou quelque autre produit chimique à Gagetown. “Dans ce dossier, il n’a pas encore fait ses preuves.”

S’il y a une chose où il pourrait briller, c’est bien celle-là : Thompson se prépare depuis longtemps pour obtenir une place au soleil politique. Dans son bureau austère, à l’édifice de l’Est du Parlement, Thompson fait tournoyer un stylo de temps en temps sur la table basse devant lui pendant qu’il raconte qu’il s’intéresse à la politique depuis toujours. Les choix de carrière qu’il a faits quand il était jeune, de l’enseignement à la vente de voitures, lui ont tous été utiles quand il s’est lancé en politique au niveau national.

Ce pragmatisme était même visible avant quand, en tant qu’ado, il a fait face à la dure réalité qu’il ne serait pas “le prochain Jean Béliveau du hockey”. Toutefois, il était déjà en train d’apprendre à aimer la politique, suivant avec beaucoup d’intérêt les années de Pearson et de Diefenbaker.

Thompson se passionnait un peu moins pour les études. Ce n’est que durant sa dernière année à l’école qu’il s’est vraiment efforcé d’étudier. Lors du jour de la remise des diplômes, en 1966, Thompson a choisi de travailler dans l’industrie des pâtes et papiers en tant que travailleur de quart.

Le jeune homme n’aimait pas beaucoup son travail, mais il était amoureux. À l’école secondaire, il avait rencontré Linda, la femme qu’il allait épouser. Elle a grandi à Calais (Maine) qu’une rivière séparait de sa ville natale de St. Stephen. Ils se sont rencontrés aux danses d’école secondaire et aux épreuves sportives. À l’automne 1968, de grosses noces fami-liales étaient prévues, mais le couple décida qu’il n’avait pas besoin de tout ce stress. “Nous nous sommes enfuis à Vancouver pour nous marier”, dit Thompson. Les jeunes époux ont pris l’avion, ont choisi deux étrangers au hasard pour leur servir de témoins et se sont mariés à la mairie de Vancouver.

Même s’il s’intéresse à la politique depuis toujours, c’est la famille qu’il a surtout dans son coeur. Les allusions à Linda parsèment sa conversation, et il dit que c’est grâce à elle qu’il a réussi à quitter une industrie des pâtes et papiers précaire pour se lancer sur la voie d’une carrière politique. “Nous étions heureux, nous avions un petit enfant, et elle a toujours su que je désirais aller à l’université.”

Alors, pendant que Linda travaillait et s’occupait de Greg fils, Thompson a terminé son baccalauréat ès arts et son baccalauréat en éducation à l’Université St. Thomas à Fredericton, se concentrant sur l’histoire et la politique. C’est cette dernière qui le préoccupait. “Je me demandais toujours si j’allais faire carrière en politique ou pas. Je savais que la clé en était de connaître beaucoup de gens.”

La première étape était d’enseigner l’histoire et la politique au niveau de l’école secondaire. Durant quatre ou cinq ans, il a rencontré nombre de jeunes et leurs parents. “Quand je rencontre des élèves à qui j’ai enseigné, ils me disent : ‘Nous savions que vous alliez faire de la politique parce que c’est la seule chose dont vous vouliez toujours parler.'”

L’étape suivante était de travailler chez son ami Ralph Moffit, un concessionnaire d’automobiles. (Ralph) m’a beaucoup appris. Je dis souvent que j’ai acquis plus d’habileté de vendeur là que n’importe où ailleurs.” Thompson a passé une grande partie de son temps à voyager à travers le Sud du Nouveau-Brunswick, où il a rencontré “énormément de gens”. En même temps, il s’est engagé dans des organisations politiques locales.

Les Thompson ont été heureux d’annoncer l’arriver de leur deuxième fils en 1980, et ils l’ont prénommé Christian parce qu’il est né si près de la Noël. Deux ans plus tard, Thompson a fait sa première tentative en vue d’obtenir un poste politique, quand il s’est présenté à une élection provinciale. “J’imagine que c’est une décision que seul un novice aurait pu prendre. J’ai été parachuté dans un autre district, contre un député vraiment populaire. Le jeune nouveau a perdu, mais par moins de 100 votes.

Thompson a changé de carrière à nouveau, allant travailler en tant que planificateur financier. Mais il ne s’était pas laissé détourner de son ambition longtemps. Il a eu l’occasion de se présenter à l’élection fédérale en 1988, quand le député progressiste conservateur local, Fred McCain, a pris sa retraite. Thompson a remporté la nomination, et il s’est mérité une place dans le gouvernement de Brian Mulroney. “C’était le début.”

À part de la fois où le parti progres-siste-conservateur s’est fait battre à plate couture lors de l’élection de 1993, dont Thompson a été une des victimes comme nombre de ses collègues, le député du Sud-Ouest du Nouveau-Brunswick a remporté son siège en 1997, 2000, 2004 et 2006, et il est sorti vainqueur de la fusion de la droite politique qui a donné naissance au nouveau parti conservateur.

Il n’a toujours pas digéré la défaite de 1993. “Ce n’est pas le meilleur des sentiments, parce qu’on laisse une carrière réussie derrière soi et on ne peut pas retourner facilement à son ancienne vie. En ce temps-là, le parti conservateur a été presque entièrement rejeté.”

Linda n’a pas perdu le sens des proportions. “Elle me disait souvent ‘Au bout du compte, quand tout sera fini, la seule chose qu’il va te rester, ce sera ta famille’. Nous nous sommes efforcés de reprendre une vie normale. Et nous avons réussi.”

Mais un autre défi, un défi vital, s’approchait. Thompson souffrait des premiers stades du lymphome non hodgkinien, une sorte de cancer lymphatique. “Ça s’est ajouté à la complexité de la défaite”, dit-il en riant doucement.

Il s’agissait-là d’un combat qu’il n’allait pas perdre. En 1996, ayant été l’objet d’une greffe de moelle osseuse et ayant passé une bonne partie de l’année à l’hôpital, Thompson profitait d’une rémission.

Il attribue le mérite d’avoir pu passer à travers à sa famille, aux médecins et aux infirmières. À ce moment-là, Linda dirigeait une maison de chambres d’hôtes appelée Along The Shore, au bord de la rivière St. Croix. Des gens de partout au pays lui envoyaient des messages disant qu’ils priaient pour lui. “On dit que la prière marche”, dit Thompson, un Chrétien dévot. “J’imagine que c’en est un bon exemple.”

En 1997, Thompson a retrouvé son siège au Parlement. En plus de représenter sa circonscription, le député a servi de plusieurs façons, y compris comme critique de l’Agence de promotion économique du Canada atlantique, de la santé, du développement régional, du Conseil du trésor et du Développement des ressources humaines. Il a aussi été membre de comités et sous-comités, notamment les suivants : les pêcheries et océans, les comptes publics et la consommation non médicale de drogues ou médicaments.

D’observer Kent Caldwell, un de ses électeurs et ancien président de la filiale St. Croix de St. Stephen, “Tout le monde connaît Greg assez bien, on le tutoie tous. Je dirais qu’il tient parole, chaque fois que j’ai eu affaire à lui. En tant que politicien, il est exceptionnel.”

Le ministre des affaires intergouvernementales du Nouveau-Brunswick, Percy Mockler, connaît la famille Thompson depuis les années 1980 et il a son propre surnom pour le député : Greg le conquérant. “Quand il s’attaque à une question, on voit que le gars est résolu. Je n’ai aucun doute qu’il va être énergique lors de la défense des questions touchant les anciens combattants au cabinet, au caucus et aussi auprès du Premier ministre.”

En janvier dernier, quand le Premier ministre nouvellement élu a invité Thompson à Ottawa, Linda a dit à son mari, “Tu vas être ministre des Anciens combattants”. L’engagement du député dans le dossier du produit Orange, et le fait qu’il était le député néo-brunswickois senior, lui ont valu cet important poste.

Bien que Thibault et Gilles Perron du Bloc québécois disent que le député néo-brunswickois est relativement inconnu, ils reconnaissent sa cordialité. Peter Stoffer du NPD, le député néo-écossais de Sackville-Eastern Shore, dit qu’il “ne sait pas si c’est parce que c’est un Canadien atlantique, mais on peut lui parler facilement et il accepte de nous rencontrer”. Une chose est sûre : les autres députés ont l’intention de lui donner nombre d’occasions de travailler avec eux.

À votre service

Durant la troisième année d’un programme de sondage des soins de longue durée, ce témoignage d’un sondeur de la Légion dit tout :

Les oubliés

En tant que sondeur, durant ces deux dernières années, j’ai été très chanceux de pouvoir visiter nombre de nos précieux vétérans de la Seconde Guerre mondiale dans des établissements de soins de longue durée sur l’île de Vancouver. J’utilise le mot précieux, parce que ce mot sert à décrire quelque chose d’une grande valeur. Une des raisons pour lesquelles ils sont précieux en est qu’il nous en reste de moins en moins à honorer. Ces nobles guerriers d’antan terminent leur vie dans des institutions de soins à travers cette île et ils sont souvent “les oubliés”.

D’après ce que j’ai vu il existe plusieurs catégories d’oubliés. Ce sont des anciens combattants qui vivent dans ces institutions parce qu’ils ne peuvent plus vivre sans aide ou parce que leurs êtres chers ne peuvent plus s’occuper d’eux. Ce sont ceux qui sont assis dans leur chambre, dans leur fauteuil roulant, près de la porte d’entrée de leur maison, à attendre des visiteurs. Il y en a qui attendent en vain.

Il y a les anciens combattants qui sont dans les zones sécuritaires des établissements de soins. Ceux qui sont atteints de trouble cognitif sont logés dans une zone sécuritaire pour leur propre protection; cette zone sécuritaire est leur chez soi. On les voit, âgés de 80 ans ou plus, qui marchent le long des couloirs, certains avec un sourire permanent, d’autres les yeux dans le vague qui regardent tout droit; d’autres encore vous racontent des histoires détaillées de leur jeunesse, mais ils oublient que vous étiez là avant que vous ne quittiez l’établissement.

Ensuite il y a les conjoints, des oubliés aussi. Ils sont tout aussi précieux que leur mari ou femme, à qui ils ont envoyé la main quand ils montaient à bord des navires et des trains qui allaient les emporter à la guerre. Ce sont ceux qui ont vu leur meilleur ami devenir lentement frêle et avoir besoin d’assistance. Une assistance que le conjoint ne peut plus leur donner. Les conjoints vont souvent les voir. Ils se soucient de la condition de leur être cher; ils se tracassent à propos de leur nutrition, de leur médication, de leur confort. Ils regardent alors que leur meilleur ami dépérit lentement. Albert Schweitzer a dit une fois : “Le tragique de la vie […] c’est ce qui meurt dans une personne alors qu’elle est encore vivante.”

Des fois, c’est difficile de me préparer à aller visiter ces établissements; j’ai vu les oubliés et je sais à quoi m’attendre quand je vais les voir. Quand j’entre dans leur chambre, je vois des photos aux murs et sur les tables. Ces photos sont celles de jeunes hommes et femmes en uniforme, l’oeil rieur, pleins d’espoir, prêts à tout; un jeune marin à bord de son navire, un jeune soldat qui nettoie une arme, un jeune aviateur debout à côté d’un avion, une jeune fille en uniforme au volant d’un véhicule, ou une jeune infirmière prenant la température d’un soldat. Quand je vois l’isolement dans leurs yeux, la confusion dans leurs pensées, les pieds qui traînent, je n’ai qu’à regarder ces photos; les photos sont mon soutien, elles rapportent la vie, la jeunesse et la vigueur aux résidents de l’établissement que je suis en train de visiter. Pendant un petit moment, pour moi au moins, ce ne sont plus des oubliés.

Alors si vous connaissez un ancien combattant qui loge dans un établissement de soins de longue durée, montrez lui que vous savez que c’est quelqu’un de vraiment précieux. En tant que trésors vivants, ils ne devraient pas être mis au rancart. Comme des trésors, il faut qu’on puisse les voir, les entendre et les aimer. Allez les voir, écoutez-lez, parlez-leur, et montrez-leur que vous êtes vraiment intéressé. Vous ne serez peut-être récompensé que par un sourire, mais quel sourire!

J. E. Landry |
Sondeur des soins de longue durée

Nous vous rappelons qu’on a encore besoin de sondeurs de la Légion à Victoria, Vancouver, Edmonton, Grande Prairie (Alb.), Yorkton (Sask.), Kenora, Windsor, St. Thomas, Kitchener, Sarnia, London, St. Catharines, Mississauga et Toronto en Ontario, ainsi que Bathurst (N.-B.), Sydney (N.-É.) et Grand Falls (T.-N.). Les membres de la Légion intéressés qui désirent obtenir d’avantage de renseignements sont conviés à entrer en rapport avec le Bureau national des services.

Nouveau programme de placement

Comme on en a discuté auparavant, dans le cadre de la nouvelle Charte des anciens combattants, un programme de placement va être mis en oeuvre pour les vétérans des Forces canadiennes en vue de les aider à rentrer dans la main-d’oeuvre civile par l’entremise d’une formation de recherche d’emploi, d’amélioration des compétences, et d’assistance pour trouver un emploi. La Légion royale canadienne est en train d’étudier la possibilité de jouer un rôle dans le programme de placement où, parmi d’autres responsabilités, des bénévoles entraînés ayant accès à une base de données numérique fournie par l’entrepreneur pourraient assister les vétérans des Forces canadiennes à trouver un emploi adéquat grâce à un matériel de marketing et à d’autres ressources.

Du point de vue de la Légion, cela pourrait servir à établir un bon rapport avec les vétérans des Forces canadiennes, la source logique de nouveaux adhérents. Ce programme pourrait fonctionner selon un processus semblable au projet de sondage des soins de longue durée si réussi qui est mené par des bénévoles de la Légion. Si participer à un tel travail vous intéresse, veuillez prendre contact avec le directeur Pierre Allard du Bureau national des services au 613-235-4391 ou par courriel à pallard@legion.ca. Nous avons déjà reçu des avis d’intention de participer et acceptons les nouveaux bénévoles, y compris les membres d’autres organisations d’anciens combattants.

À votre service est écrit par des agents des services du Bureau national des services.

L’art d’émouvoir : le Programme d’arts des Forces canadiennes, 2001-2006

“La mission de l’art n’est pas de copier la nature, mais de l’exprimer.
–Honoré de Balzac le Chef-d’oeuvre inconnu, p. 394.

Le ministère de la Défense nationale a créé le Programme d’arts des Forces canadiennes (PAFC) il y a cinq ans. La représentation artistique du travail des Forces canadiennes, au pays comme à l’étranger, ajoute un élément important à la compréhension de ce travail. Les anciens combattants remarquent souvent qu’il leur est difficile de trouver les mots pour exprimer ce qu’ils ont vécu. On peut se servir de photographies pour reconstituer le passé mais c’est l’art qui permet d’exprimer les émotions qui sont difficiles à saisir avec un appareil de photo; les artistes fournissent donc un complément intéressant aux autres moyens cherchant à immortaliser la vie militaire. Nous présentons ici un court sommaire des premiers cinq ans du programme.

Dans le cadre d’un projet pilote du PAFC, trois artistes ont été sélectionnés à l’été 2002 pour accompagner les Forces canadiennes sur les lieux de l’opération Apollo, en Asie du Sud-Ouest. Ensuite, entre 2003 et 2005, 21 artistes ont été choisis lors d’une première compétition et ils viennent juste de terminer leur expérience. En décembre 2005, cinq nouveaux artistes furent choisis pour commencer leurs travaux pendant la période 2006-2007. Mais avant de parler de ces artistes du PAFC, il serait utile de faire un survol rapide des autres programmes d’art militaire canadiens du 20e siècle.

Le premier programme d’art militaire canadien a été officiellement créé en 1916. Une centaine d’artistes travaillant pour le Canadian War Memorials Fund ont exécuté plus de 800 tableaux, sculptures et oeuvres imprimées. Sous la direction de Max Aitken, l’âme du programme, les artistes, selon les historiens Dean Oliver et Laura Brandon, “illustrent, perpétuent et éclairent les principaux événements de la Première Guerre mondiale telle que les Canadiens l’ont vécue, mais ils marquent également une étape importante dans l’évolution de l’art canadien”. Les membres du Groupe des Sept ont été durement frappés par leur expérience, dont Fred Varley, A.Y. Jackson, Arthur Lismer et Frank Johnston. Selon Varley, “vous, au Canada […] vous ne pouvez pas du tout imaginer ce qu’est la guerre.” L’idée qu’il faut faire l’expérience de la vie militaire afin de la comprendre revient souvent dans les récits des artistes de guerre.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, 31 peintres officiels, dont la plupart portaient déjà l’uniforme, ont été engagés dans le cadre du programme d’art militaire pour servir aux côtés des soldats, marins et aviateurs canadiens. C’était une autre guerre et ce programme a produit des oeuvres différentes au lieu de mettre l’accent sur la tragédie et la destruction, la plupart des cinq mille images (plus petites) montrant les événements, les machines et les différents acteurs dans toutes les situations. Toutefois, comme cela avait été le cas pour les organisateurs du programme précédent, les responsables du programme pendant la Seconde Guerre mondiale (Vincent Massey, le Colonel A.F. Duguid, le major C.P. Stacey et le directeur H.O. McCurry du Musée des beaux-arts du Canada) insistaient pour que les artistes soient là, avec leurs sujets. Cette politique fut appuyée par des artistes comme Alex Colville, qui a décrit ce qu’il a ressenti à Bergen-Belsen peu de temps après la libération de ce camp : “Ce fut une expérience profondément émouvante.” Et Charles Comfort, ayant passé un an avec l’armée canadienne en Italie, a noté qu’il lui était impossible de ne pas être touché par les événements qu’il a vus.

Entre 1968 et 1995 il y avait le Programme d’aide des Forces canadiennes aux artistes civils (CAFCAP) dans le cadre duquel une quarantaine d’artistes ont créé environ 250 oeuvres. La plupart d’entre eux ont travaillé en temps de paix et dépeint les activités des forces dans diverses situations, au pays et à l’étranger. L’annulation du programme a créé un vide, lequel a été comblé quelques années plus tard par le PAFC.

Les premiers artistes du PAFC

Le 6 juin 2001, le chef d’état-major de la Défense, le général Maurice Baril, a annoncé la création du PAFC qui visait une fois de plus à donner à des artistes l’occasion de dépeindre le travail des forces dans le monde entier. La première étape consistait à former un comité de sélection pour que les artistes du PAFC jouissent du soutien des communautés militaire et artistique. Ce comité, présidé par Serge Bernier, Directeur histoire et patrimoine, incluait Joe Geurts (directeur du Musée canadien de la guerre), Jean-Louis Roux (président du Conseil des Arts du Canada), Roch Carrier (directeur de la Bibliothèque nationale du Canada), Pierre Théberge (directeur du Musée des beaux-arts du Canada), la sénateure Lucie Pépin et l’artiste Michael Flahault.

L’été suivant, John Horton était l’artiste nommé pour accompagner la marine en Asie du Sud-Ouest. Né en Angleterre et diplômé des écoles d’art de Poole, Bournemouth et Wimbledon, il a servi dans la Royal Navy et dans la réserve navale canadienne. Installé à Vancouver depuis 1964, il travaille en design et en architecture et, depuis 1970, peint la marine. Il est arrivé au golfe Persique en juillet 2002, à bord du NCSM Algonquin, et il s’est rapidement adapté à son milieu. “J’ai été dans la marine”, explique-t-il, et même si certains aspects étaient nouveaux, “je savais à quoi m’attendre en m’embarquant.” L’accueil chaleureux de l’équipage a facilité son intégration : “Ils ont été si gentils avec moi et m’ont traité comme un des leurs.” Une de ses premières tâches a été de décider quoi peindre afin de démontrer “ce qu’on faisait et ce qu’était la vie dans la marine moderne”. Il a fini par estimer que les abordages étaient la clé des opérations et il représente fort bien ce thème dans deux tableaux: Arraisonnement à l’aube et ‘Go Fast’–Interdiction. Selon lui, “ces deux tableaux à eux seuls montrent en quoi consistait l’opération canadienne dans le golfe Persique”. (Pour voir ces tableaux et les tableaux des autres artistes, consulter le site web du PAFC à www.forces.gc. ca/dhh.) Tout en choisissant ses thèmes et en faisant des croquis, M. Horton prenait des photographies pour les détails mais cela s’est avéré difficile avec l’humidité.

Allan Mackay, né à Charlottetown (Î.-P.-É.), l’artiste nommé pour l’armée, a un diplôme du Nova Scotia College of Art. Il a fait carrière dans les arts visuels en tant que directeur-conservateur, administrateur des affaires culturelles et artiste professionnel. Il travaille maintenant comme consultant en conservation pour le Musée des beaux-arts de Kitchener-Waterloo. Son arrivée à l’aéroport de Kandahar a été mémorable : “C’était certainement intéressant d’arriver en Afghanistan à bord d’un Hercules […] je plongeai dans le milieu où je me trouvais.” Pendant qu’il cherchait l’inspiration pour les thèmes de ses travaux il filmait; il travaille à partir de photographies et il a filmé environ cinq heures de vidéo. De retour au Canada, il a choisi les images et commencé à les travailler avec un mélange de fusain, de pastels, de pastels à l’huile et de cire. Son usage de la cire est vraiment remarquable et véhicule efficacement son interprétation de l’environnement. “J’utilise un pinceau large trempé dans un mélange de cire fondue et de vernis de dammar et je répands la cire en une couche unie ou presque unie sur le dessin…. Étant donné la poussière et le sable dans cette région, une telle technique permet de rendre d’une certaine manière […] l’apparence du paysage et de l’air.” Puisqu’il était sur place, il a vu lui-même le sable et la poussière et ces éléments, moins visibles sur les photos, sont nettement présents dans ses représentations.

L’artiste nommé pour accompagner la force aérienne fut Ardell Bourgeois. Né en Alberta, il a déménagé plusieurs fois avant de s’établir en Colombie-Britannique où il a étudié au Emily Carr College of Art and Design. En mai 2002 il recevait un appel téléphonique du gérant du programme, le major André Levesque, qui lui offrait de participer au programme et deux mois plus tard il était sur les lieux. Il s’est d’abord familiarisé avec le milieu : “Il y avait beaucoup de choses à regarder et j’essayais de saisir certaines des activités. J’ai fini par choisir ce qui me frappait le plus, des activités auxquelles je participais directement.” Après avoir choisi ses thèmes, il a pris des photographies et fait des esquisses sur lesquelles il travaillerait de retour au Canada. Il a peint un tableau sur place, non sans mal, une reine sans hangar. “La chaleur posait un problème,” explique-t-il. “L’élément principal que j’avais vraiment sous-estimé, c’était à quel point elle aurait des effets sur la peinture à l’huile et la lumière… Il faisait jusqu’à 48 degrés Celsius […] à dix heures du matin et la peinture était si liquide qu’elle n’adhérait pas bien à l’isorel […]. J’avais un temps limité pour peindre parce que je devais attendre que les aéronefs ne soient plus sur l’aire de trafic.”

Vu les bons résultats du projet pilote, le PAFC a lancé sa première compétition ouverte à tous les artistes canadiens. Le comité de sélection a retenu 21 candidats qui allaient participer à des missions entre mai 2003 et décembre 2005. Afin d’assurer aux artistes l’accès leur permettant de vraiment comprendre les activités militaires, la coopération des membres des Forces canadiennes était essentielle. Les artistes ont tous grandement apprécié cette coopération. L’équipage du NCSM Calgary a accueilli au nom de la marine à Esquimalt les artistes Douglas Bradford, Ho Tam et Maskull Lasserre. À Halifax, l’équipage du NCSM Toronto a accueilli pendant deux semaines les artistes David Collier, François Béroud et Andrew Wright en avril 2005.

L’armée a pour sa part reçu quatre artistes en décembre 2003 à Sherbrooke pendant une semaine d’entraînement en préparation pour une mission en Afghanistan. Il s’agissait de Jacques Hamel, Karole Marois, Sylvie Pecota (qui est allée aussi en Haïti), et Edward Zuber. De plus, Gertrude Kearns a participé pendant une semaine, en août 2004, aux exercices de préparation de type FIBUA (combat dans les zones bâties), à la base de Petawawa.

L’aviation, quant à elle, a accueilli l’artiste Alex Meyboom à Trenton pendant la période très chargée de janvier 2005 lorsque les membres du DART partaient aider les victimes du tsunami en Asie du Sud-Est. Et en avril 2005, la base de Cold Lake en Alberta a reçu la visite de Katherine Taylor et de Mark Richfield pendant cinq jours.

Il y a aussi des artistes qui ont choisi les événements commémoratifs comme sujet. Ainsi, en juin 2004, à l’occasion des cérémonies du soixantième anniversaire du débarquement, Ian Wall a accompagné des groupes d’anciens combattants en Normandie. Et, en novembre 2004, Zeqirja Rexhepi et Kevin Goligher ont observé les événements de la journée du souvenir, le premier à Ottawa et le deuxième à Kingston. Finalement, en mai 2005, Karole Marois s’est jointe aux anciens combattants en Hollande pour les cérémonies du soixantième anniversaire du jour de la victoire en Europe.

Les cinq nouveaux artistes

Pendant l’automne 2005, le PAFC a lancé une deuxième compétition, ouverte à tous les artistes canadiens, et le comité de sélection a retenu cinq candidats qui participeraient à des missions entre janvier 2006 et décembre 2007. (Les artistes intéressés à soumettre leur candidature sont priés de noter qu’il y aura une autre compétition à l’automne 2007 et ils sont invités à consulter le site web de la Direction histoire et patrimoine du ministère de la Défense nationale pour les détails.) Le comité de sélection, présidé par l’historien de l’art François-Marc Gagnon, comprend Laura Brandon, Michel Gaboury, Greg Hill et Zeqirja Rexhepi.

Karen Bailey d’Ottawa est l’un des cinq nouveaux artistes. Elle a étudié au Reigate School of Art and Design en Angleterre et a fait douze expositions solos depuis 1987. Elle est spécialiste en science héraldique et en calligraphie. Elle veut essayer de démontrer dans ses travaux comment chaque participant contribue au bon fonctionnement de chaque mission, souvent en travailleur invisible. “C’est l’interaction entre les hommes et les femmes à l’avant-plan et les autres en arrière-scène qui m’intéresse le plus.”

Allan Ball, un artiste d’Edmonton, a étudié en arts visuels à l’Université de l’Alberta. Il a présenté douze expositions solos depuis 1990 et il utilise plusieurs médias dans ses travaux. Il se souvient des activités militaires de son père qui ont marqué sa jeunesse. Il désire étudier de plus près la vie quotidienne des soldats, de même par ailleurs que le rôle de la religion.

Catherine Jones, une artiste d’Halifax, a étudié au Nova Scotia College of Art and Design et a fait quinze expositions solos depuis 1980, dont “At the End of the Day”, une étude de 21 portraits. Ces portraits, illustrant d’anciens soldats canadiens, britanniques et allemands, sont inspirés du dîner de la réconciliation à Ortona en 1998 et fondés sur le thème du pardon. “Le pardon est l’une des qualités humaines les plus rares”, explique-t-elle. “Quel beau témoignage de voir ces hommes qui, malgré le fait qu’ils ont été des ennemis mortels, ont pu s’asseoir pour manger et trinquer ensemble.” Elle a quelques projets qu’elle aimerait réaliser dans le cadre du PAFC et elle considère que “c’est un privilège et un honneur d’être choisie”.

William MacDonnell, un artiste de Calgary, a étudié au Nova Scotia College of Art and Design et il a fait vingt-quatre expositions solos depuis 1979. Ses tableaux ont représenté plusieurs scènes de guerre et les conséquences des guerres dans les villes allemandes en 1919 et en 1946, la signature de l’armistice à la fin de la Première Guerre mondiale, les lendemains des opérations de maintien de la paix en Croatie et les champs ruinés en Indochine après la guerre. À travers ses oeuvres, on voit sa réflexion au sujet de la mémoire collective d’une société et aussi le phénomène de l’oubli.

Scott Waters, de Toronto, a étudié les arts visuels à l’Université York et il a fait huit expositions solos depuis 1998. Ancien soldat du PPCLI, il s’intéresse à la culture militaire et à l’éthique de travail protestante. Sa collection “The Hero Book” est peinte sur du contreplaqué, “un matériau très utilisé par le commun des mortels”. Selon lui, le PAFC représente “un de ces projets idéals” et il espère peindre les soldats en déploiement et les patrouilles tout comme les repas au mess.

*  *  *

Le comité consultatif, toujours présidé par Serge Bernier, inclut en 2006 Joe Geurts, Laura Brandon, François-Marc Gagnon, Greg Hill, Ian Wilson, Michel Gaboury et Joe Day. Il cherche à faire connaître les oeuvres réalisées dans le cadre du PAFC. C’est ainsi qu’une exposition a été faite à l’ambassade canadienne à Washington entre octobre et décembre 2005 et il y en aura une autre au musée Shearwater entre avril et septembre 2006. Le comité cherche aussi à améliorer le programme. Pour les cinq nouveaux artistes du PAFC et ceux qui suivront leurs traces, les objectifs ressemblent beaucoup à ceux des artistes des programmes des deux guerres et du CAFCAP, l’idée étant de constater de visu ce que font les forces canadiennes et ensuite de le communiquer, de l’exprimer dans les oeuvres d’art. Mais la différenciation entre le soldat et le civil est moins grande aux guerres modernes qu’à celles d’autrefois, et assurer l’accès nécessaire aux artistes n’est pas toujours facile. Suite aux expériences concernant le projet pilote de 2002 et le premier groupe de 21 artistes entre 2003 et 2005, plusieurs ont suggéré qu’on donne plus de temps et de liberté de mouvement aux artistes dans les zones de combat. Pour des raisons de sécurité toutefois, c’est difficile à réaliser. Trouver un équilibre entre l’accès et la sécurité sera un défi pour les gens du programme dont l’objectif est de générer des oeuvres artistiques qui sauront refléter les souvenirs des anciens combattants et offrir aux générations à venir, avec les témoignages photographiques, un portrait complet de ce qu’était la vie dans les forces canadiennes au début du 21e siècle.

Les Forces canadiennes ont des raisons d’être optimistes

Encore une fois, la réunion annuelle du Congrès des associations de la défense à Ottawa a servi de forum où les gens de la défense canadienne ont pu s’assembler, parler de la façon dont ils voient les choses et partager leurs plans d’avenir.

En théorie tout au moins, le colloque avait été organisé pour traiter de la transition de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord et de l’impact qu’elle va avoir sur le Canada. En fait, les conversations s’étendaient sur toute la gamme, du nouveau rôle de combat pour le Canada en Afghanistan dont on a beaucoup débattu jusqu’aux détails sur les efforts que font les Forces canadiennes pour se transformer. On a beaucoup parlé des nouvelles capacités : les nouvelles structures de commandement, les nouvelles unités de forces spéciales, une marine pour trois océans, une aviation revitalisée; et puis on a aussi beaucoup parlé du nouvel équipement. Les Forces canadiennes ont une longue liste d’approvisionnement, dont entre autres des avions, des hélicoptères et des camions.

Il s’agissait d’une assemblée impressionnante, à laquelle participaient des douzaines d’officiels du gouvernement, des ministres, des anciens ministres et plus d’officiers généraux qu’on ne pouvait recevoir comme il faut dans la grande salle de bal du Château Laurier les 23 et 24 février. Ils ont donné des discours, ont siégé dans des groupes d’experts et partagé des renseignements à tour de rôle. De la vision confiante du chef d’état-major de la défense du Canada, le général Rick Hillier, jusqu’aux annonces tout aussi audacieuses du nouveau ministre canadien de la défense, il était clair qu’on pouvait s’attendre à d’importants changements pour le militaire canadien.

Lors de la réunion du CAD de l’an dernier, nombre de participants avaient le sentiment que les Forces canadiennes sortaient du tunnel, que pour la première fois en vingt ans elles allaient commencer à obtenir le soutien dont elles avaient besoin.

Un des moments les plus remarquables a eu lieu lors du discours du ministre de la Défense nationale Gordon O’Connor. En plus d’annoncer une importante augmentation des troupes (les forces régulières et les réserves vont obtenir 10 000 membres de plus) O’Connor était enchanté de se présenter et de faire part quelque peu de son point de vue en ce qui concerne les Forces canadiennes.

“Les gens qui me connaissent savent que j’ai été soldat pendant 32 ans et que mes père, oncles et frère ont tous porté l’uniforme”, dit O’Connor, établissant sa crédibilité au tout début. “Alors, je sais très bien que plusieurs gouvernements successifs ont déçu nos hommes et femmes militaires. Le manque de financement, le manque de personnel, l’équipement inférieur, le logement qui laisse à désirer […], tout cela devenait une réalité institutionnelle pour ces hommes et ces femmes.”

Là-dessus, O’Connor s’est penché sur les thèmes les plus récurrents du colloque, le rôle du militaire et des organisations de la défense en ces temps qui changent, et surtout le fait que l’environnement actuel de menaces, le terrorisme mondial, nécessite de nouvelles solutions basées sur la propagation de la stabilité : “Je sais fort bien que, depuis la fin de la guerre froide, le Canada n’a pas fait l’objet de menace militaire conventionnelle. Et je pense que nous sommes tous d’accord que, pour autant qu’on sache, il n’y a guère de risque de conflit global entre grandes puissances. Mais il est clair aussi que le monde est toujours un endroit très dangereux et imprévisible.

“La priorité du ministère de la Défense nationale et de nos forces armées doit donc être la défense du Canada. En d’autres mots, protéger les Canadiens ici au pays.

Défendre le Canada, ça veut dire que les Forces canadiennes doivent remplir des responsabilités nationales essentielles, comme la surveillance et la protection du territoire et de leurs abords.

“En plus de l’Amérique du Nord, la défense du Canada est aussi liée à la stabilité du reste du monde.

Le Canada doit s’occuper directement des menaces à notre souveraineté et à notre sécurité avant qu’elles n’atteignent nos côtes. C’est ce que des générations d’anciens combattants canadiens ont fait quand ils ont porté l’uniforme et sont allés outre-mer défendre nos intérêts, nos valeurs et notre mode de vie.”

O’Connor a aussi parlé de l’Afghanistan, un autre des principaux thèmes du congrès, et donné une opinion plutôt directe de pourquoi le Canada est là-bas et pourquoi nous devrions rester là-bas : “Nous allons continuer jusqu’au bout parce que notre mission en Afghanistan est importante. Elle est importante pour l’avenir de l’Afghanistan. Elle est importante pour la stabilité de la région. Et elle est importante pour la sécurité internationale. Mais surtout, notre mission en Afghanistan est conforme à notre intérêt national. Le 11 septembre 2001, des terroristes ont attaqué l’Amérique du Nord et des Canadiens ont été tués. Je le dis franchement : quand des terroristes attaquent des Canadiens, le Canada va se défendre. C’est pourquoi nous sommes en Afghanistan.”

Le général Rick Hillier a continué à améliorer son record de victoires en ce qui concerne les discours publics, amusant la foule grâce à son charme, dont on a souvent parlé, tout en transmettant quelques messages intenses en choisissant ses mots. En plus de demander à Tim Hortons de s’installer à Kandahar (ce qui a été accepté car la société annonçait quelques jours après qu’elle allait envoyer quelqu’un là-bas), Hillier a aussi donné une vue d’ensemble de la nouvelle mission de combat en Afghanistan.

“Nous sommes en Afghanistan d’abord parce qu’en tant que pays, en tant que Canadiens, nous n’acceptons pas le terrorisme et sa violence aveugle comme manière d’apporter des changements. Ce qui est tout aussi important, toutefois, c’est que nous sommes en Afghanistan pour aider les Afghans”, dit Hillier. “Nous ne sommes pas là pour bâtir un empire. Nous ne sommes pas là pour occuper un pays. Mais nous sommes là pour aider les hommes, les femmes et les enfants afghans à reconstruire leur famille, ce qui n’est pas facile quand, sur une population d’environ 27 millions d’habitants, plus de deux millions ont été tués et plus de huit millions ont été chassés de leur pays. Nous sommes là pour aider ces familles à reconstruire leur collectivité au point où les normes médicales soient suffisamment améliorées pour que deux enfants sur cinq ne meurent plus avant leur cinquième anniversaire, où il y a suffisamment de sécurité pour qu’il soit possible de ne pas se faire tuer par un plastiqueur suicidaire en faisant le marché, où les écoles sont ouvertes et où les enseignants apprennent aux élèves, garçons et filles, sans avoir peur de se faire tuer et décapiter, des collectivités où les femmes peuvent avoir un rôle égal dans la société.”

Hillier, ayant peut-être ressenti qu’il était temps de présenter son cas en ce qui concerne les articles à prix élevé, a dit clairement que de toutes les choses dont les Forces canadiennes ont besoin, les plus importantes sont les nouveaux avions et d’avantage de fonds.

“Sans remplacer les Hercules C-130 très bientôt, nous risquons d’avoir une flotte qui ne peut plus voler et que notre capacité de mener des opérations soit très restreinte, ou même stoppée, aux niveaux international ou national. Dans le triage de la vie militaire c’est urgent.

“Nous avons besoin d’argent. Pour que vous compreniez bien quel est notre défi en ce qui concerne le dollar, il nous manque toujours à peu près trois-quart d’un milliard de dollars rien que pour soutenir les Forces canadiennes actuelles, il nous faut de tout, des quartiers pour les gens mariés jusqu’aux pièces de rechange, en passant par l’utilisation des simulateurs, l’essence, l’huile et les rations, et tout ce qu’il faut pour marcher, voler ou voguer.

“Le retard accumulé est énorme, en ce qui concerne les choses que nous n’avons pas faites, que nous avons remises à plus tard, que nous avons mises de côté mais qui sont encore à faire, qu’il s’agisse de l’entretien des édifices ou qu’il s’agisse de l’équipement des flottes à remplacer ou de l’équipement qu’on doit actualiser et, sans exagérer, il va nous falloir des milliards de dollars pour sortir de ce trou.

Le général Ray Hénault, l’ancien CEMD qui est actuellement le militaire le plus haut placé à l’OTAN, était aussi présent au colloque pour rapporter la situation actuelle de l’OTAN. Avec 30 000 soldats déployés sous son commandement, sur trois continents, l’OTAN, que Hénault appelle “la force de rétablissement de la paix la plus expérimentée au monde”, n’a jamais été plus occupée. Hénault, poursuivant sur le thème de l’Afghanistan, a expliqué un raisonnement stratégique d’après lequel l’OTAN a entrepris des opérations de combat là-bas.

“Depuis la destruction du mur, afin de garantir notre sécurité au pays, nous sommes obligés d’aller bien plus loin”, dit Hénault. “Il n’y a plus guère de distinction entre la défense de la patrie et la défense avancée. Alors qu’une force passive-réactive pouvait être appropriée à l’époque de la guerre froide, ce n’est certainement plus le cas maintenant. La posture a changé, de la défense statique à l’allonge globale.”

Et à propos de ce débat concernant la nature de cette ‘allonge globale’ qui a lieu à travers le Canada, l’invité spécial Omar Samad, l’ambassadeur de l’Afghanistan au Canada, a fait un discours intéressant en ce qui a trait à son pays et ses ennemis.

“Nous savons très bien que leur vision sombre et accablante, où les écoles sont incendiées et les femmes asservies, où le patrimoine culturel est détruit et le pays changé en camp d’entraînement pour terroristes, n’est pas représentatif des aspirations de notre peuple, de notre culture et de notre religion. Contrairement aux principes islamiques, leur vision en est une de violence, d’extrémisme et d’intolérance”, dit-il.

“Malheureusement […] les réactionnaires qui continuent de recruter, regrouper, réarmer et s’infiltrer de nouveau à travers nos frontières ont pour but de saper les efforts que nous faisons dans le but d’apporter une stabilité durable au pays. Leur but est de profiter du temps et d’une guerre des nerfs pour nous fatiguer, nous intimider, nous faire douter de nos objectifs, semer la discorde et causer un débat politique querelleur.

“En Afghanistan, ce débat n’existe pas. Les Afghans sont d’accord qu’on doit préserver tout le pays, préserver nos frontières autant que possible, stabiliser la situation pour qu’il puisse y avoir une croissance économique, la reconstruction et l’investissement afin d’améliorer les conditions du peuple qui vit dans la misère.”

Le point de Samad semblait bien s’accorder avec la pensée des gens assistant au colloque, comme raison principale de la transformation des Forces canadiennes et de l’OTAN, pour apporter la sécurité et la prospérité aux endroits comme l’Afghanistan. Et vu la promesse que Stephen Harper a faite d’augmenter encore les dépenses de la défense, qu’un ancien militaire a été choisi comme ministre de la défense et que l’incomparable Hillier tient le gouvernail, tout indique qu’on puisse s’attendre à ce que les Forces canadiennes aillent bien.

En reconnaissance des réalisations de légionnaires

Les légionnaires qui ont considérablement amélioré leur collectivité ont rarement été reconnus dans le cadre de la collectivité plus grande au niveau national. La Direction nationale a établi le Comité national des décorations nationales pour faire des recommandations à propos des plus importantes décorations du pays, y compris l’Ordre du Canada.

Le petit comité, présidé par Les Rowbottom, va étudier des nominations qu’on aura fait parvenir à la Légion et puis présenter les gens qui d’après lui méritent ces décorations aux organismes consultatifs appropriés. “D’après nous, il y avait de nombreux légionnaires dont la qualité du service envers la collectivité n’était pas reconnue”, dit Rowbottom.

Les décorations nationales sur lesquelles on va se pencher sont l’Ordre du Canada, les décorations pour bravoure, celles du service méritoire et le Prix du Gouverneur général pour l’entraide. Elles sont toutes présentées par le gouverneur général.

“Nous allons aussi étudier la Mention élogieuse du ministre des anciens combattants”, dit Rowbottom. “Mais c’est strictement la décoration du ministre.”

La Légion a son propre système interne de décorations et de prix mais ils ne sont pas très reconnus au niveau national.

Le comité, qui comprend l’ancien fonctionnaire du protocole du gouvernement Gerry Wharton et l’ancien député Bob Wood ainsi que le grand président honoraire Charles Belzile à titre d’office, s’est réuni avec la chancellerie à la résidence du gouverneur général. “On nous a aidé énormément à la chancellerie. On nous a expliqué la différence entre les diverses décorations et le processus à suivre”, dit Rowbottom. “Plus nous apprenions, plus nous réalisions que cela allait être semblable aux comités de décorations nationales des Forces canadiennes et de la Gendarmerie royale du Canada. Nous n’étions pas en train de réinventer la roue.

On est en train d’imprimer un manuel qui va servir à définir le mandat du comité, à expliquer les diverses décorations et à expliquer dans les grandes lignes ce qu’il faut faire pour adresser des nominations au comité.

“Au début, nous pensions nous occuper de tous les écrits concernant les nominations”, dit Rowbottom. “Il faut que les noms soient avancés par les gens qui connaissent le travail du candidat de manière intime, et préférablement depuis longtemps.”

L’Ordre du Canada a été créé en 1967, l’année du centenaire du Canada. Il sert à reconnaître les réalisations de beaucoup de Canadiens dans divers domaines, comme des artistes, des scientifiques, des professeurs, des entrepreneurs et des travailleurs communautaires. Il y a trois grades. Le plus élevé est le compagnon de l’Ordre du Canada, ensuite il y a l’officier et puis le membre. Les distinctions sont destinées “aux gens qui ont changé nos vies et le visage de notre pays”.

Il y a aussi trois grades de décorations pour bravoure au Canada. Il s’agit de la Croix de la vaillance, l’Étoile du courage et la Médaille de la bravoure. Elles sont décernées habituellement à des gens qui risquent leur vie pour sauver quelqu’un d’autre, par exemple en entrant dans un édifice en flammes, ou calmant une personne qui a une arme à feu.

Les médailles du service méritoire servent à reconnaître les réalisations d’une action spécifique dont on peut être fier. Les récipiendaires sont souvent des athlètes, des soldats ou des gens érudits. Il y a deux niveaux, la Croix du service méritoire et la Médaille du service méritoire. Il y a deux divisions, la militaire et la civile, mais le comité ne va s’occuper que de la division civile.

Le Prix du Gouverneur général pour l’entraide a été créé en 1996 pour reconnaître les “aides cachés” qui ont fait des contributions volontaires sans demander quoi que ce soit en retour.

La Mention élogieuse du ministre des anciens combattants est une barre qu’on peut porter avec des médailles et décorations. Elle est décernée aux anciens combattants et autres gens qui contribuent de manière exemplaire au bien-être des anciens combattants, ainsi qu’au souvenir des réalisations et des sacrifices passés.

Rowbottom dit que c’est aux gens des filiales et des directions qui connaissent la qualité de la contribution de la personne de nous faire parvenir la nomination. Le comité acceptera les nominations n’importe quand.

Le comité insiste que ce qui est important c’est que les nominations soient confidentielles. “Nous ne voulons pas que les candidats soient déçus quand leur nom n’est pas annoncé. Et nous ne voulons pas non plus que des gens exercent une pression pour leur propre compte”, dit-il.

Les premières nominations vont être présentées aux organismes consultatifs cette année. Le comité ne sait pas combien de temps va durer le processus aboutissant à l’acceptation ou au refus d’une nomination.

“Je suis sûr que beaucoup de gens de la Légion vont être présents quand on va remettre ces distinctions. Après tout, cela met notre image en valeur”, dit Rowbottom.

Les joueurs de curling apportent l’esprit de compétition en Colombie-Britannique

Tout comme les montagnes qui les entouraient, les équipes qui ont gagné les championnats nationaux de curling régulier et senior à Surrey (C.-B.), du 18 au 24 mars, étaient solides et imposantes.

L’équipe d’Al Corbeil, de la filiale Alliston (Ont.), a obtenu la victoire grâce à huit conquêtes et un seul revers durant la poule de neuf parties. Bien que plus long, le chemin vers la victoire n’en a pas été moins doux pour l’équipe régulière de Duane Long, de la filiale Salmon Arm (C.-B.). Lors d’une belle serrée, l’équipe a vaincu ses dignes rivaux de la filiale Forest (Ont.), lesquels ont terminé en deuxième place pour la troisième année d’affilée.

La filiale hôtesse Cloverdale et la présidente Maria Thomsen du Comité des préparatifs locaux ont bien fait les choses en ce qui concerne l’hospitalité et l’organisation, et les épreuves régulières et seniors se sont déroulées sans heurt. L’activité a grouillé au Valley Curling Club durant toute la semaine alors que les réguliers et les seniors se partageaient les débuts à 8 h et les fins à 22 h. Le président du Comité national des sports Wilf Edmond a non seulement passé beaucoup de temps au stade, avec son épouse Annie il a donné un coup de main au CPL quand vint le moment de préparer les poissons et les crabes pour la soirée aux fruits de mer à la filiale Cloverdale.

Cette rivalité amicale entre la Colombie-Britannique et l’Ontario dure depuis les championnats nationaux réguliers de 2004 qui ont eu lieu à Saint John (N.-B.). Tout comme en 2005, aux championnats de Sarnia (Ont.), l’équipe ontarienne formée par le capitaine Dale Kelly, la troisième Julie Kelly, le deuxième Shawn Hartle et le premier Bill Smith a fini devant toutes les équipes sauf une. Et elle a eu un résultat parfait face à l’équipe de la Colombie-Britannique.

À la poule de cette année, Kelly et compagnie étaient les premiers, à la cinquième partie, a briser la série de victoires de l’équipe de Salmon Arm. À ce moment-là, Kelly avait dit “Il fallait que nous gagnions. Autrement la Colombie-Britannique allait l’emporter haut la main.”

En fait, le capitaine de la Colombie-Britannique Long, le troisième Gordon Duplisse, le second Cliff Davies (qui a été remplacé durant les quelques dernières parties par Bill Fisher) et le premier Dennis Robertson ont joué de façon solide durant toute la semaine et ils ont failli gagner le championnat durant la dernière partie des jeux réguliers. Toutefois, l’équipe de Bryan MacPherson, de la filiale Lancaster de Saint John (N.-B.), ne l’entendait pas ainsi. Au neuvième tour, les gens des Maritimes se sont acharnés en vue de battre les gens de l’Ouest 7-6 à l’occasion d’une partie de trois heures, forçant la dernière confrontation avec l’Ontario.

La Colombie-Britannique et l’Ontario avaient tous deux un record de sept victoires et deux défaites quand ils se présentaient au barrage, le vendredi après-midi. La Colombie-Britannique a inscrit un point à la première manche, sous le regard des proches. L’Ontario a manqué une occasion d’obtenir un triplé à la deuxième, et la Colombie-Britannique a continué sur son élan.

Alors l’Ontario s’est mis à l’attaque, obtenant un point à chacune des manches six et huit. Malgré le fait qu’il avait abandonné un point à la septième, il s’est repris à la neuvième, profitant d’une des rares fois où la Colombie-Britannique a manqué d’exécuter sa stratégie. Long rata son dernier lancer, abandonnant ainsi trois points, ce qui donnait une égalité de 6-6. À ce moment-là, les conjoints des deux côtés avaient commencé à quitter les estrades quand il leur était trop difficile d’observer.

L’Ontario prit un mauvais départ à la dixième, quand Smith monopolisa la première pierre. La Colombie-Britannique lança sa première pierre à travers. L’Ontario se mit alors à installer des gardes, que la Colombie-Britannique s’efforçait d’enlever. Lorsque Long lançait sa première pierre, il y avait deux pierres ontariennes devant la maison, à environ un demi-mètre d’écart. “J’ai choisi de lancer dans la maison et je me suis retrouvé à l’arrière (du cercle de) huit pieds, plutôt exposé”, dit le capitaine. “J’avais prévu que l’Ontario essaierait de se placer entre les deux gardes de devant, mais à la place il a essayé de frapper la mienne pour l’enlever de l’arrière des huit pieds. Heureusement pour nous qu’il l’a frappé en plein dans le mille, ce qui me donnait essentiellement le même coup que mon premier.” Long s’est préparé et à fait son lancer, et obtenu le point gagnant.

Le temps était au beau fixe quand le tournoi s’est terminé, comme il l’avait été au début. La province hôtesse n’a pas fait honneur à sa réputation pluvieuse. En fait, on n’aurait pas pu demander mieux comme climat pour le défilé d’ouverture le dimanche. Le vice-président national Edmond, accompagné par la garde du drapeau de la filiale Cloverdale, a mené les joueurs de curling et l’orchestre de cornemuses de Crescent Beach jusqu’au cénotaphe de Surrey où une couronne allait être déposée.

Au Valley Curling Club, 20 équipes de partout au Canada se sont rendues à la glace qu’elles allaient finir par très bien connaître durant les six jours suivants. Des dignitaires de la Légion et de la localité, dont le contingent de la Direction nationale, le président Gerry Vowles de la Division de la Colombie-Britannique/ Yukon et la mairesse par intérim de Surrey, Judy Villeneuve ont souhaité bonne chance et bon curling à tous. Edmond a lancé la première pierre avec enthousiasme, et la compétition commençait.

La veille, les joueurs de curling et leur entourage s’étaient assemblés à la filiale Cloverdale où a eu lieu la séance d’accueil habituelle.

La division senior a réussi à terminer la poule sans belle, le neuvième tour ayant été décisif et spectaculaire. Il était impossible, pendant une bonne partie du match, de prévoir comment se terminerait la dernière partie de l’Ontario et de l’équipe de Buckingham (Qc) dirigée par Grant MacLennan. Aucune des deux équipes ne s’est inscrite au tableau avant la quatrième manche, quand le Québec a obtenu un doublé. L’Ontario a riposté en inscrivant trois points à la cinquième, et les deux équipes ont échangé des points jusqu’à ce que, finalement, l’Ontario oblige le Québec à tenter un coup difficile pour rester dans le jeu. Il s’est effondré et l’Ontario a gagné 6-4.

Corbeil et son équipe, le troisième John Owen, le second Steve Elder, le premier Jim Shacklady et le cinquième Anthony Lawler, étaient heureux en prenant la pose pour les photos avec leur mascotte, un tigre en peluche.

Le capitaine n’a pas hésité à louer le Québec. “Ces gars-là ont joué extrêmement bien. Ils ont fait leur part en essayant de (nous) mettre en pièces pour qu’il y ait des barrages.” Son second, Elder, était d’accord : “Leur troisième, Jean-Jacques Lafontaine, a été remarquable. C’est le gars qui les a tirés d’affaire après toutes ces grosses manches.”

Il en allait de même pour l’Île-du-Prince-Édouard. L’équipe de la filiale George Pearkes VC de Summerside (Î.-P.-É.), dirigée par le vétéran du curling Mel Bernard, espérait que le Québec allait gagner. Cela aurait mis l’Ontario sur un pied d’égalité avec l’Île qui en était à 7-2. “Nous surveillions cette autre feuille”, dit Blair Jay, le troisième insulaire, qui a fait semblant de pleurer quand le résultat de l’Ontario a été annoncé. “Nous étions si près.” Il avait prédit que l’équipe de Corbeil serait une prétendante au début du tournoi, après que les seniors de l’Ontario aient battu l’Île-du-Prince-Édouard.

Corbeil, un ingénieur aérospatial qui a passé de nombreuses années dans les Forces canadiennes, avait connu les “gars de Summerside” quand il était aux Maritimes et avait joué avec eux lors de championnats passés. Si (l’Île) avait fait une remontée hier, nous ne serions pas en train de bavarder maintenant. Je serais en train de jouer (une belle). C’est tant pis; ce sont de bons gars.”

Au huitième tour, Corbeil avait regardé l’Île remonter d’une déroute de 0-8 à la fin des cinq premières manches jusqu’à un score 7-8 au début de la neuvième manche, avec l’équipe de Courtenay (C.-B.) dirigée par Chuck Kennedy. Toutefois, la Colombie-Britannique a fini par gagner 11-8, grâce à un triplé quand l’Île a manqué un lancer. Le membre Denis Viklund de la filiale Courtenay, qui a été remplacé par son fils Chris en tant que premier suite à une opération à coeur ouvert l’an dernier, remarquait d’un air désabusé, “c’était pas beau à voir”. Mais en fin de compte l’équipe avait obtenu la troisième place, et en dernière analyse elle avait empêché l’Île-du-Prince-Édouard de finir en première place.

Les résultats finals à la division senior étaient les suivants : Ontario (filiale Alliston) 8-1; Île-du-Prince-Édouard (filiale George Pearkes VC de Summerside) 7-2; Colombie-Britannique/Yukon (filiale Courtenay) 5-4; Saskatchewan (filiale Meadow Lake), Nouvelle-Écosse/Nunavut (filiale River Hebert (N.-É.)), Terre-Neuve-et-Labrador (filiale Stephenville), Alberta/Territoires du Nord-Ouest, (filiale Kingsway d’Edmonton) et Manitoba/ Nord-Ouest de l’Ontario (filiale Lac du Bonnet (Man.)); ex aequo en quatrième place 4-5; Nouveau-Brunswick (filiale Lancaster de Saint John) 3-6; Québec (filiale Buckingham) 2-7.

Le tableau de la division régulière était comme suit : Colombie-Britannique/ Yukon (filiale Salmon Arm) 8-2, championne; Ontario (filiale Forest) 7-3, deuxième; Saskatchewan (filiale MacRorie) 6-3; Québec (filiale Buckingham) 5-4; Manitoba-Nord-Ouest de l’Ontario (filiale The Pas (Man.)) et Nouveau-Brunswick (filiale Lancaster de Saint John) ex aequo en cinquième place 4-5; et puis Nouvelle-Écosse/Nunavut (filiale F.E. Butler de Chester (N.-É.), Alberta-T.N.-O. (filiale Ogden de Calgary), Terre-Neuve-et-Labrador (filiale Stephenville) et Île-du-Prince-Édouard (filiale George Pearkes VC de Summerside) ex aequo en sixième place à 3-6.

La joie régnait au banquet de fermeture, durant lequel les joueurs de curling ont fait, non pas une, mais plusieurs ovations debout au CPL de Cloverdale en l’honneur de son travail. De dire Edmond en conclusion : “Les nationaux de la Légion, (le curling) des réguliers et des seniors, sont les Olympiques de la Légion royale canadienne. On ne saurait trop dire à propos de l’hospitalité dont nous avons profité, non seulement moi-même, mais tous les joueurs de curling et les conjoints qui y ont assisté.” Il encourageait les joueurs à participer activement à leurs filiales et à maintenir les programmes des sports de membres. “Vous êtes joueurs de curling, mais vous êtes légionnaires d’abord. La camaraderie dont vous faites preuve aux championnats divisionnaires et nationaux sont la raison d’être de notre organisation.”

Les épouses de guerre célèbrent un anniversaire important

Les épouses de guerre qui sont venues au Canada il y a 60 ans sont en train de faire de cette année la leur. L’an dernier était l’Année de l’ancien combattant et, d’après les 48 000 femmes qui ont épousé des militaires et qui ont quitté leur foyer en Grande-Bretagne et en Europe, 2006 devrait être l’Année de l’épouse de guerre.

Des réunions, des expositions d’art et d’autres manifestations ont lieu à travers le Canada, mais il y a des provinces qui ont été plus rapides que d’autres en déclarant officiellement l’Année de l’épouse de guerre. À partir du mois de mars, le porte-parole Len Westerberg du ministère du Patrimoine canadien disait que ce dernier était encore en train de planifier comment commémorer ce groupe de femmes audacieuses. Toutefois, le gouvernement fédéral n’a pas encore fait de déclaration officielle. Le Conseil exécutif national de la Légion a décidé en février de ne pas faire sa propre annonce sans soutien officiel.

“J’aimerais que le gouvernement fédéral annonce que cette année est celle de l’épouse de guerre”, dit Eswyn Lyster, auteure élégante de 82 ans qui était une des premières épouses de guerre qui ont traversé l’Atlantique à bord du Mauretania, de Liverpool (Angleterre) à Halifax, en février 1946. La décision qu’avait prise son père durant la guerre, de déménager à la côte sud de l’Angleterre, lui a permis d’épouser un Calgary Highlander, William Lyster, en 1943. “Les fréquentations des épouses de guerre n’ont peut-être pas duré longtemps avant d’aboutir au mariage”, dit-elle, “mais notre génération ne prenait pas le mariage à la légère.” Le couple a duré 52 ans. Deux ans après la mort de William qui a eu lieu en 1996, Lyster a commencé à interviewer des centaines d’épouses de guerre pour le livre qu’elle est en train de finir.

La plupart des épouses de guerre de la Seconde Guerre mondiale ont traversé l’Atlantique en 1946; beaucoup venaient avec des enfants et toutes étaient prêtes à donner une chance à un nouveau pays. “Nous avons toutes la même expérience d’avoir quitté notre pays, notre famille, sans savoir si nous les reverrions”, dit Jean Fells, une femme originaire du Yorkshire qui est actuellement vice-présidente de la Saskatchewan War Brides Association (association des épouses de guerre de la Saskatchewan). Fells, quand elle était adolescente, a envoûté le soldat Bob Fells lorsqu’ils se sont rencontrés dans un parc d’attractions en 1943. En 1946 elle l’avait épousé et s’était installée à une ferme de Girvin (Sask.).

Quatre-vingt-treize pour cent des épouses de guerre étaient britanniques, ce qui n’est pas surprenant vu que les militaires canadiens ont passé plus de temps en Grande-Bretagne que toute autre force alliée durant la Seconde Guerre mondiale. Et, d’après l’historienne néo-brunswickoise Melynda Jarratt, les épouses de guerre formaient 60 pour cent des gens immigrant au Canada à l’époque et elles font partie de l’arbre généalogique de plus d’un million de Canadiens.

Depuis l’an dernier, Jarratt et Lyster, avec l’aide des associations des épouses de guerre du pays, font une campagne épistolaire pour qu’on déclare que 2006 est leur année. Fells, dont l’association va avoir une grande réunion en l’honneur du 60e anniversaire, du 5 au 7 mai, à Saskatoon, fait remarquer : “Nous sommes en train de nous faire reconnaître”.

Le Nouveau-Brunswick est la première province qui a déclaré que 2006 serait l’Année de l’épouse de guerre quand la motion présentée à l’Assemblée législative, au mois de décembre, par le député de Fredericton T.J. Burke, petit-fils de l’épouse de guerre Jean Paul et du soldat autochtone Charles Paul, surnommé Buck, a été adoptée. Elle fut adoptée à l’unanimité. “Je pense à ma propre grand-mère aujourd’hui, bien sûr”, dit Burke. “Ce n’est que justice de l’honorer, ainsi que les dizaines de milliers de femmes qui, en tant que jeunes épouses, ont tant contribué à notre nation.”

Le Manitoba a fait sa déclaration à propos de l’Année de l’épouse de guerre le 9 février, durant la célébration du 60e anniversaire de l’arrivée du Mauretania au quai 21 d’Halifax. Des douzaines d’épouses de guerre de tous les coins du pays sont retournées voir l’endroit, qui est maintenant un musée, où elles ont mis pied à terre au Canada. La manifestation, à laquelle assistaient des dignitaires comme la lieutenante-gouverneure de la Nouvelle-Écosse Myra Freeman et le président George Aucoin de la Division de la Nouvelle-Écosse/Nunavut, a attiré l’attention nationale. Robbie Shaw, président de la Pier 21 Society, dit aux épouses de guerre que “Enseigner aux jeunes Canadiens à propos de vous et de votre époux nous permet de démontrer qu’il est possible que des choses aussi merveilleuses que l’amour et le mariage ressortent de quelque chose d’aussi horrible qu’un monde en guerre”.

Lyster, qui a fait un discours durant la cérémonie, connaît certainement ces horreurs. Quand son garçon nouveau-né Terry et elle sont arrivés à Halifax, William était en train de récupérer dans un hôpital, en Alberta. Il avait été blessé quelques jours à peine avant la fin de la guerre.

Fells aussi a passé des temps difficiles. “Si je n’avais pas eu le meilleur des maris, je serais retournée en Grande-Bretagne sans coup férir”, dit-elle. Membre de longue date de la filiale Davidson de la Saskatchewan, elle est une des épouses de guerre dont les expériences aigres-douces ont été représentées par l’artiste Bev Tosh de Calgary dans One-Way Passage (allée simple), une exposition “initiatique aux points de vue physique, émotionnel et psychologique quand on quitte le foyer”.

Il a fallu cinq ans à Tosh, dont la mère, une Canadienne, a épousé un aviateur néo-zélandais, pour créer 48 portraits d’épouses de guerre lors de leurs noces. Les panneaux rugueux en bois d’une hauteur de quatre pieds, placés en zigzag, représentent 48 000 épouses de guerre. L’exposition One-Way Passage, qui se trouve actuellement au Diefenbaker Canada Centre de Saskatoon, et qui est prévue au programme de la réunion des épouses de guerre de la Saskatchewan, va faire son chemin jusqu’au quai 21 à la fin du mois de mai, et elle sera au Musée canadien de la guerre, à Ottawa, au mois de juillet.

Bien qu’il est indiqué dans l’exposition que les pleurs étaient courants chez les épouses de guerre, Fells et Lyster disent toutes deux qu’elles ne regrettent rien. “La vie n’a pas toujours été rose, mais elle a été pleine d’occasions, des occasions que je n’aurais jamais eues en Angleterre”, dit Lyster pour conclure. “Je ne trouve pas les mots pour vous dire à quel point je suis heureuse que les épouses de guerre soient reconnues 60 ans après qu’elles aient commencé leur nouvelle vie dans ce pays-ci.