Une petite histoire de prêt de consolidation

[istock.com]

Beaucoup de Canadiens sont confrontés à un endettement croissant, notamment des membres anciens ou actuels des Forces armées canadiennes. Le cabinet international de droit fiscal BDO signalait fin 2021 que presque la moitié des Canadiens étaient plus endettés que l’année précédente. Et, fait inédit, un Canadien sur 10 ne paie pas le solde complet de sa carte de crédit.  

Heureusement, il existe des moyens de faire face à des difficultés financières. En voici un exemple hypothétique.

Georges a terminé son service militaire il y a deux ans et a trouvé un emploi dans le civil avec un salaire et des avantages sociaux comparables. Peu après, son épouse Julie et lui ont acheté leur première maison. Ils ont payé les meubles et les appareils ménagers avec leur carte de crédit. Ils réglaient leur dette rapidement jusqu’à l’année dernière, quand Julie a donné naissance à des jumeaux et a pris un congé de maternité. Le revenu de Julie a diminué et rembourser la dette de la carte de crédit est devenu difficile. 

Julie a maintenant repris le travail et elle a reçu une promotion. Le couple espère régler sa dette dans deux ans, il a donc pris rendez-vous dans une banque locale pour explorer quelques pistes.

   

Option 1 : Julie et Georges règlent leur dette de carte de crédit au taux annuel de 28 % à raison de 327 $ par mois. À cette vitesse, il leur faudrait plus de 24 ans pour rembourser le solde, et les intérêts accumulés s’élèveraient à 83 660 $. 

Option 2 : Le couple pourrait faire passer les versements à 769 $ par mois. La dette serait entièrement remboursée en deux ans et les intérêts se monteraient à 4 442,54 $. 

Option 3 : Leur banquier leur offre un prêt de consolidation à un taux de 10 % avec des paiements mensuels de 646 $ pour rembourser les 14 000 $. Les intérêts se monteraient à 1 504,70 $. 

S’ils peuvent se le permettre, Julie et Georges pourraient aussi utiliser la différence de 120 $ entre la mensualité de l’option deux et celle de l’option trois pour ouvrir un régime enregistré d’épargne-études (REÉÉ) afin d’économiser pour l’éducation des jumeaux. 

Si ce scénario vous semble familier, ou si vous avez d’autres difficultés financières, n’oubliez pas que votre banque pourrait vous offrir des pistes qui vous feront faire des économies. N’hésitez pas à prendre rendez-vous. 

Le Canada a-t-il bien fait de régler les poursuites civiles entamées par Omar Khadr?

HOWARD ANGLIN est chercheur diplômé à l’Université d’Oxford. Il est avocat et a été chef de cabinet adjoint du premier ministre Stephen Harper.[Illustrations de Joel Kimmel]

Howard Anglin dit que NO

Omar Khadr a été arrêté à l’âge de 15 ans pendant la guerre en Afghanistan. Prisonnier des États-Unis pendant dix ans, il a été rapatrié au Canada en 2012. Un an plus tard, il intentait un procès au gouvernement du Canada. Le gouvernement a conclu un règlement à l’amiable en lui versant 10,5 millions de dollars en 2017.

Ce règlement n’est pas un sujet de débat facile, car il est souvent dévié vers des sujets connexes, mais pas nécessairement pertinents, comme la participation du Canada à la guerre d’Afghanistan, la « guerre contre le terrorisme » en général, et les gouvernements de Jean Chrétien ou de Stephen Harper.

Les réactions émotionnelles sont bien naturelles dans l’affaire Khadr, qu’on éprouve de la sympathie à son égard parce qu’il a grandi dans une famille de terroristes ou de la colère à cause de ses liens avec al-Qaïda qui l’ont poussé à participer à l’échange de coups de feu qui a tué le sergent américain Christopher Speer. Toutefois, ni la sympathie ni la colère ne sont utiles pour répondre à la question juridique et politique, à savoir si le gouvernement fédéral libéral a bien fait de parvenir à un accord.

Pourquoi le gouvernement a-t-il
versé une telle somme? Voici les deux justifications habituelles : 1) Khadr a été brutalisé en tant que mineur en détention et 2) la Cour suprême du Canada avait déjà jugé que le gouvernement avait enfreint les droits de Khadr en vertu de la Charte
lorsqu’il a envoyé des fonctionnaires l’interroger à Guantanamo Bay.

NI LA SYMPATHIE NI LA COLÈRE NE SONT UTILES POUR RÉPONDRE À LA QUESTION LÉGALE ET POLITIQUE.

La première raison pèse lourd, mais elle n’est pas pertinente. Les mauvais traitements subis en Afghanistan (où des médecins américains lui ont sauvé la vie) ou à Guantanamo Bay ont été infligés par les États-Unis. Nous ne saurons probablement jamais comment il a été traité, mais toute blessure qu’il aurait subie lui aurait été infligée quand il était détenu par les Américains. Les Canadiens ne devraient pas payer pour de supposés préjudices causés par les Américains.

Il reste la décision de la Cour suprême de 2010 selon laquelle le gouvernement canadien avait enfreint les droits de M. Khadr à Guantanamo Bay. Mais, il ne s’agissait pas d’une poursuite au civil pour dommages où l’analyse et la norme de preuve sont bien différentes. Pour obtenir des dommages-intérêts, Khadr aurait encore dû prouver que notre gouvernement était responsable des blessures subies quand il était détenu par les Américains. Cela aurait été un défi de taille, car rien ne prouvait que le gouvernement avait conspiré avec les États-Unis pour lui faire subir de mauvais traitements ni que ceux-ci avaient été aggravés à cause du Canada.

Le gouvernement fédéral a versé 10,5 millions de dollars à M. Maher Arar en 2007 quand une commission d’enquête a jugé que des agents de la GRC avaient « transmis aux autorités américaines de l’information sur M. Arar qui était inexacte [et] qui dressait de lui un portrait injuste ». Autrement dit, les fonctionnaires canadiens étaient en partie responsables de sa torture. Mais, dans l’affaire Khadr, notre gouvernement lui a remis le même montant sans preuve semblable de responsabilité canadienne. C’est insensé.

À ce qu’on sache, M. Khadr est en train de se réinsérer dans la société canadienne. C’est bien. On ne peut qu’espérer qu’il obtienne l’aide dont il a besoin. Toutefois, il n’y avait aucune raison valable de parvenir à un accord de 10,5 millions de dollars dans une affaire douteuse au lieu de laisser le tribunal trancher. 

SHELLY WHITMAN est directrice administrative du Dallaire Institute for Children, Peace, and Security de l’Université Dalhousie à Halifax, institut fondé par le général Roméo Dallaire en 2007.[Illustrations de Joel Kimmel]

Shelly Whitman dit que OUI

Environ 420 millions d’enfants, soit un sur six dans le monde, vivent dans des endroits touchés par les conflits armés. Pourtant, beaucoup de Canadiens n’arrivent pas à comprendre comment ce fait nous affecte tous.

En 2020, j’ai eu l’occasion d’organiser une rencontre entre deux personnes qui avaient été enfants-soldats : Omar Khadr et Ishmael Beah.

Khadr, né et élevé au Canada, a été forcé de déménager en Afghanistan quand il était enfant pour prendre les armes sous la direction de son père. Il a passé dix ans à Guantanamo Bay après l’échange de coups de feu où a été tué le sergent Speer.

Lors de l’incarcération illégale de Khadr, le Canada a transgressé les normes internationales relatives à la protection des enfants utilisés en tant qu’armes de guerre.

Beah avait 13 ans quand il s’est battu en Sierra Leone, mais contrairement à Khadr, il a été rééduqué plutôt qu’incarcéré. Beah est aussi l’auteur du livre à succès Le chemin parcouru, mémoires d’un enfant soldat, et un militant des droits de l’homme.

« Si un enfant de 15 ans en Sierra Leone ou en Uganda tue quelqu’un à la guerre, c’est une victime qui a besoin de rééducation, mais dès que cet enfant tue un soldat américain, les normes juridiques ne s’appliquent plus », fait valoir Beah.

Il existe cependant plusieurs lois internationales qui devraient empêcher les enfants d’être recrutés dans des conflits armés, ainsi qu’une orientation internationale qui définit les responsabilités principales. Par exemple, selon les Principes et Engagements de Paris relatifs aux enfants associés aux forces armées ou aux groupes armés, un enfant-soldat est toute personne de moins de 18 ans qui a été utilisée par une force armée d’une façon ou d’une autre, notamment comme porteur, messager, espion, cuisinier, esclave sexuel ou combattant au front. Il est important de réfléchir aux obligations juridiques du Canada quand on se penche sur le règlement de la poursuite civile de Khadr contre le gouvernement du Canada.

La loi internationale est claire : les enfants-soldats ne doivent pas être tenus responsables de leur participation à un conflit armé. Cela vaut quel que soit l’endroit où ils sont recrutés, par qui ils le sont et sans tenir compte de l’ethnicité, de la race, de la religion ou des opinions politiques. Beah a souvent déclaré que « les adultes sont les cerveaux de la guerre, les bailleurs de fonds de l’effort de guerre, et les personnes qui retirent des avantages […] ils ont aussi le pouvoir de l’empêcher ».

Le Canada a des obligations en vertu de sa Charte des droits et libertés et de la Convention contre la torture des Nations Unies. En 2010, la Cour suprême a qualifié les circonstances à Guantanamo d’« abusives » et déclaré sans équivoque que les agents du renseignement canadiens avaient enfreint les droits de M. Khadr pendant leurs interrogatoires.

Le manquement à notre devoir de protéger les droits de Khadr devait être reconnu, et il devait être dédommagé. Ce devrait être une leçon sur le caractère inviolable de la procédure établie et la protection de droits de la personne.

Lorsque Khadr a été libéré sous caution le 7 mai 2015, il a déclaré « je ne peux rien faire pour le passé, mais […] je peux faire quelque chose pour l’avenir ».

Pour briser le cycle de la violence, les Canadiens doivent accorder plus d’importance à la prévention du recrutement et de l’utilisation des enfants dans tous les conflits afin que nous puissions tous vivre en paix et en sécurité. 

La bicyclette du débarquement

Hauled bicycle like this one that sparked a friendship between Marius Aubé.

Rapide et silencieuse, cette bicyclette pliante joua un rôle clé pour les Canadiens en Normandie

Les 14 000 soldats canadiens qui débarquèrent à Juno Beach le jour J du 6 juin 1944 avaient apporté du matériel bien curieux : plus de mille bicyclettes.

Alors que les Alliés débarquaient et se déployaient sur les plages du nord de la France, les Canadiens avaient pour mission d’établir une tête de plage et de percer vers Caen. La plupart des bicyclettes étaient distribuées aux fantassins pour leur permettre de se déplacer plus rapidement et plus furtivement, avec pour consigne de les laisser sur place une fois usage fait.

Les civils récupéraient souvent les bicyclettes abandonnées pour leurs déplacements là où régnait une pénurie de carburant pendant et après la guerre. Comme elles rendaient service jusqu’à ce qu’elles tombent en morceaux, peu ont subsisté.

Des Canadiens qui ont débarqué à Juno Beach le jour J transportaient des bicyclettes [MDN/BAC/4233778]

Mais, l’une de ces bicyclettes a survécu, et elle a enrichi la collection du Centre Juno Beach, musée canadien aménagé près de la plage du débarquement. « Nous n’avons pas acquis une simple bicyclette, mais un objet chargé d’histoire », a écrit Marie-Ève Vaillancourt, responsable expositions et développement, sur le site Web du centre.

La bicyclette modèle « Airborne Folding Paratrooper » de l’entreprise Birmingham Small Arms (BSA) fut remise à Marius Aubé du Corps royal de l’intendance de l’Armée canadienne. Il atterrit près de la plage de Graye-sur-Mer le jour J. L’intendance mit à profit ses bicyclettes qui servaient d’appoint aux camions lourds et aux jeeps fournissant la nourriture, le carburant et les munitions aux soldats lors de leur progression vers le front.

Le soldat Aubé, de Sherbrooke, Qc, se noua d’amitié avec une famille d’agriculteurs à Banville, en France, et lorsque le Corps partit, il donna sa bicyclette au garçon de 14 ans, Christian Costil, scellant ainsi une amitié qui dura toute une vie et pendant laquelle ils entretinrent une longue correspondance. Certaines de leurs lettres ont aussi été remises au musée.

Costil utilisa la bicyclette à la ferme pendant 14 ans, puis il s’en servit pour faire ses tournées en tant que releveur de compteurs électriques jusqu’à sa retraite, en 1985. La bicyclette, précieusement conservée et méticuleusement entretenue, prit aussi sa retraite. Comme le souhaitait Christian Costil, elle fut donnée au musée après son décès en novembre 2020.

Christian Costil [Centre Juno Beach]

La BSA avait commencé à fabriquer des bicyclettes en 1880. Pendant la Première Guerre mondiale, elle approvisionna l’armée britannique en mitrailleuses Lewis en plus d’équiper de bicyclettes les soldats britanniques. Les bicyclettes firent vite leurs preuves en fournissant aux soldats un moyen de se déplacer facilement et rapidement. De surcroit, elles étaient plus faciles à entretenir que les chevaux.

L’entreprise continua de produire des bicyclettes pour les consommateurs après la Grande Guerre, il lui fut donc facile de reprendre une production militaire lorsqu’éclata la Seconde Guerre mondiale. La BSA produisit 130 000 bicyclettes militaires, dont plus de 60 000 destinées à être aéroportées pour des planeurs ou des parachutistes.

Le cadre des bicyclettes aéroportées était doté de charnières et l’on desserrait deux écrous à oreilles pour les plier en deux. La bicyclette pouvait être larguée avec son propre parachute, mais pliée, elle pouvait aussi accompagner le parachutiste lors de son saut. Les roues s’attachaient à la suspente du parachute, et lorsque le parachute se déployait, le parachutiste pouvait baisser la bicyclette pour qu’elle touche terre en premier. Après l’atterrissage, il n’y avait plus qu’à redresser les roues, serrer les écrous à oreilles et se mettre en selle. 

Les créations artistiques des tranchées

Le caporal P.J. LeBlanc documenta ses expériences militaires sur un pichet fait à partir d’une douille. [MCG/20100109-004]

Les soldats gravaient leurs histoires dans le métal mou des douilles.

 La guerre fut longue pour Patrick Joseph LeBlanc, mécanicien de chemin de fer. Il s’était enrôlé dans le 52e Bataillon (New Ontario) à Fort William en janvier 1951, et il passa l’année qui suivit la guerre dans l’armée d’occupation en Allemagne. Il reçut la Médaille militaire avec barrette pendant son service à l’étranger.

Les militaires à la Première Guerre mondiale avaient beaucoup de temps entre les batailles. Nombre d’entre eux s’exprimaient dans l’art avec les matériaux qu’ils avaient sous la main. Les douilles ne manquaient pas, le terrain en était couvert. L’artillerie alliée tira plus d’un million d’obus rien que pendant la bataille de la crête de Vimy.

M. LeBlanc trouva une douille parfaite pour ce qu’il avait en tête : documenter son service en Belgique et en France.

Quand, de retour au Canada, il s’installa à Schreiber, Ont., il ramena un pichet d’environ 30 centimètres de haut et de presque 15 kilogrammes entièrement couvert de gravures de sa période à l’étranger.

Un porte-boite d’allumettes datant de la bataille de la Somme de 1916. [BAC/PA-001349]

On y trouve des illustrations de bâtiments emblématiques, un relevé de ses combats, des gravures de chars, de grenades, d’aéronefs et de canons de campagne, ainsi que des gravures représentant le Canada avec des feuilles d’érable et des symboles provinciaux.

« Il l’a gravé à l’aide d’une aiguille à repriser. »—Margaret Santerre

Le métal mou des douilles en laiton, cuivre et aluminium servait souvent à créer et décorer des souvenirs et des cadeaux. Certains, comme celui de Leblanc, racontent l’histoire militaire du soldat; d’autres commémorent une bataille précise.

Le soldat F.A. Lee façonna un couvercle de boite d’allumettes pendant son service près de Lens, France. [MCG/20070132-003]

Les soldats fabriquaient des bijoux, des bougeoirs, des socles de lampe, des pots à tabac, des boites à cigarettes, des couvercles de boite à allumettes, des cendriers, des tasses, des chopes, et des pichets. Les œuvres allaient du simple monogramme aux scènes détaillées d’Art nouveau.

Le passe-temps était si répandu que les marchands vendaient des pochoirs des graphismes populaires. En échange de quelques cigarettes, le militaire pouvait acheter un pochoir pour faire un dessin sur une douille en employant ce qu’il avait sous la main, comme un clou, pour graver le graphisme dans le métal et décorer l’arrière-plan.

Certaines œuvres réalisées par des soldats qui avaient une certaine expérience de la ferronnerie ou du dessin, ou créées avec leur aide, étaient à la frontière entre l’art et l’artisanat.

Après la guerre, il devint chic de décorer son intérieur avec des créations artistiques des tranchées. Malheureusement, comme les douilles appartenaient au gouvernement et que tout usage personnel était interdit, la plupart des artistes n’apposaient pas leur signature sur leurs œuvres, alors il est difficile de savoir si elles proviennent du front ou d’un studio offrant des reproductions pour la vente en série dans les boutiques de souvenirs et les grands magasins.

Un artiste inconnu créa un rond de serviette de cinq centimètres en acier et cuivre après la bataille de la crête de Vimy.[MCG/19920203-005]

« Le pichet représentait énormément pour moi, explique Mme Margaret Santerre, fille de M. LeBlanc, qui habite à Terrace Bay, Ont. Il l’a gravé à l’aide d’une aiguille à repriser. Un ami qui avait été joaillier [avant la guerre] lui avait montré comment faire. »

Le pichet du soldat LeBlanc a été transmis au petit-fils de Mme Santerre. En plus d’être conservés précieusement par les descendants d’anciens combattants, ces objets d’art des tranchées ont un certain cachet pour les collectionneurs. Les prix sur eBay commencent à environ 50 $ pour de simples douilles servant de vase. Les œuvres plus élaborées réalisées sur des douilles provenant de batailles identifiables et celles signées par l’artiste sont encore plus couteuse : une lampe avec des emblèmes maçonniques faite à partir d’un obus d’artillerie de 1915 est ainsi annoncée au prix de 1 133 $.

Le Musée canadien de la guerre a quelques beaux exemplaires d’œuvres d’artistes des tranchées, et les expositions des musées de filiale de la Légion aux quatre coins du pays présentent aussi des échantillons du travail de soldats. 

Le code vestimentaire actuel des FAC nuit-il à l’inclusion et à la diversité?

Ed Storey [Illustrations de Joel Kimmel]

Ed Storey dit que NON

Le 1er novembre 2021, le journal des Forces armées canadiennes, The Maple Leaf, a publié un message de la majore-générale Lise Bourgon, cheffe du personnel militaire par intérim, concernant « les initiatives à court terme pour la diversité, l’inclusion et la modification de la culture ».

« Les membres des Forces armées canadiennes peuvent s’attendre à une refonte des instructions sur la tenue, a-t-elle déclaré, axée sur l’élimination des obstacles au choix. Ainsi, cette refonte éliminera les choix binaires en permettant aux militaires de choisir l’uniforme qui leur convient. Les changements apportés à nos politiques sur l’apparence donneront lieu à une nouvelle approche qui sera sécuritaire, inclusive et moderne, et qui fournira une norme applicable à tous. En éliminant les termes liés au sexe et les instructions distinctes pour les hommes et les femmes, cette refonte permettra à nos instructions sur la tenue de tenir compte de la diversité de nos gens en uniforme, tout en continuant d’accorder la priorité à l’efficacité opérationnelle et à la sécurité. »

Les instructions sur la tenue ont souvent fait l’objet de controverse, et certaines unités et personnes les font respecter plus rigoureusement que les autres. La longueur règlementaire des cheveux, les chaussures bien cirées et les uniformes soigneusement repassés sont depuis longtemps les marques d’une force militaire bien formée.

Ce que les gens qui n’ont jamais porté l’uniforme pourraient considérer comme étant un excès de minutie est en réalité un moyen d’inculquer le souci du détail et l’aptitude à bien obéir aux ordres, deux aspects importants du métier des armes. Les instructions sur la tenue servent aussi de référence à la continuité de l’apparence.

BEAUCOUP DE CES STYLES, COMME LES VÊTEMENTS OPÉRATIONNELS, NE SONT PAS GENRÉS.

L’édition actuelle des instructions sur la tenue des FAC que l’on trouve en ligne est un pavé de 231 pages publié en 2017 (A-DH-265-000/AG-001) qui couvre l’éventail complet des vêtements et insignes militaires canadiens. Le document concerne les trois armes. On y trouve des renseignements sur les innombrables uniformes et écussons, des uniformes opérationnels aux uniformes de grande tenue, et la façon dont leur port est autorisé. 

Mais, il reflète aussi la diversité et l’inclusion. La section 3 concerne les accommodements religieux et spirituels. On y trouve neuf types de coiffure : béret, casquette, chapeau, hidjab, toque, turban, bonnet de fourrure, bonnet Yukon et calot. Il fait état des coupes de cheveux permises, et il y en a beaucoup.

La conception de l’uniforme militaire a évolué vers la réduction de l’importance concernant l’unicité. Beaucoup de ces styles, comme les vêtements opérationnels, ne sont pas genrés. D’autres tenues règlementaires sont presque identiques.

Éliminer les obstacles au choix du militaire concernant les vêtements et autres aspects de l’apparence risque d’être difficile dans l’armée d’aujourd’hui. La désignation « royal », restaurée en 2011, a conduit à l’introduction de lignes de vêtements et d’insignes particulières pour chacune des armes, ce qui avait été découragé durant l’ère de l’unification. Cela pourrait rendre très difficile la transition à un système d’habillement plus inclusif, car il y a maintenant bien plus d’articles à modifier.

Le Canada est un pays d’une riche diversité. Les instructions sur la tenue illustrent l’étendue de l’évolution de l’organisation concernant les besoins de ses membres tout en reflétant les valeurs canadiennes et n’ont pas besoin d’être révisées.

Sharon Adams [Illustrations de Joel Kimmel]

Sharon Adams dit que OUI

Les Forces armées canadiennes sont en train de remanier leurs instructions sur la tenue afin qu’elles soient plus inclusives. Il était grand temps. Durant la majeure partie de l’histoire, les uniformes militaires ont été conçus par des hommes, pour des hommes, afin de bâtir l’identité de groupe et d’éliminer l’individualité. Mais pas pour l’éradiquer.

Les humains restent humains, après tout. Les écussons, titres d’épaule, insignes de grade, attributs régimentaires et médailles des soldats, marins et aviateurs qui les distinguent en tant que membres de groupes ou en tant qu’individus sont tout aussi importants pour les militaires que leurs uniformes.

L’uniforme militaire représente aussi les valeurs du pays. On s’attend à ce que les gens qui le portent les incarnent et ils le font avec fierté. Toutefois, les valeurs évoluent, et l’uniforme devrait en faire autant.

Les Forces armées canadiennes devraient servir d’exemple aux autres institutions et aux entre-
prises du pays.

Lorsque les emplois militaires se sont féminisés en 1989 (à l’exception du service des sous-marins où il a fallu attendre 2001), nombre de femmes soldats ont dû « devenir des hommes ». Pour certaines, cela s’est traduit par revêtir des uniformes de travail et d’opération qui n’avaient pas été conçus pour la taille et la forme de leurs corps et de leurs pieds.

Du moins, cela a été le cas jusqu’à ce qu’on s’aperçoive que l’efficacité, sans parler de la sécurité, était compromise à cause de l’inconfort physique.

De nos jours, ce sont les idées dépassées sur le genre qui sont cause d’inconfort. Selon les instructions sur la tenue, les femmes sont libres de porter des jupes, des blou-ses et d’autres articles liés au genre et, pour des raisons religieuses, des pantalons, des jupes longues, des chemises et des hidjabs.

AVOIR LA PERMISSION D’ENTRER NE VEUT PAS DIRE ÊTRE BIEN REÇU.

Le mot « libres » est celui qui pose problème – il donne à certaines personnes accès à quelque chose, mais pas à d’autres. La politique fait état de raisons culturelles, et non de nécessité opérationnelle.

Il y a aussi des restrictions sur l’apparence liées au genre – comme l’obligation pour les hommes d’avoir des cheveux courts, mais les femmes, ainsi que les hommes autochtones et sikhs peuvent avoir les cheveux suffisamment longs pour les tresser. Là aussi, il s’agit de disparité de genre.

Avoir un seul uniforme et un seul code d’apparence pour tous serait une solution facile, mais c’est irréaliste. Tout le monde a les cheveux longs, et tout le monde porte une jupe; ou personne.

Les femmes devraient avoir des uniformes conçus pour elles qui mettraient en valeur leur force et leur féminité. Elles ne devraient pas être obligées d’abandonner leur identité pour pouvoir servir leur pays. Peut-il y avoir une égalité réelle, un respect réel, dans une organisation qui manque de respect au genre? C’est l’une des différences les plus visibles parmi nous, et si nous ne pouvons pas la respecter, comment pourrions-nous respecter les différences moins visibles ou même tout à fait invisibles?

Les personnes lesbiennes, gaies, transgenres, queers ou bispirituelles sont visiblement différentes, mais elles ne devraient pas être obligées de l’être. Un uniforme adapté au genre et qui aille bien est nécessaire, tout comme un langage respectueux et l’égalité des chances. C’est un aspect important du respect de soi et de l’identité personnelle.

Avoir la permission d’entrer ne veut pas dire être bien reçu, et c’est encore assez loin du sentiment d’avoir sa place. Avoir sa place passe par une vraie acceptation des différences et la satisfaction des besoins qui va de pair. 

 

ED STOREY, ancien technicien en géomatique militaire, a pris sa retraite à l’issue de 34 ans de service. Il étudie aussi les objets commémoratifs militaires et en fait la collection. Il a également écrit des articles et des livres sur les vêtements et l’équipement militaires.

SHARON ADAMS a fait une grande carrière dans le journalisme, et elle a commencé à une époque où l’on s’attendait à ce que les femmes, si elles voulaient réussir, portent le costume comme les hommes. Elle est notre rédactrice attitrée depuis 2007.

Aperçu des prestations pour ancien combattant de 2022

Anciens combattants Canada a augmenté de 2,7 % les pensions, indemnités et allocations versées en 2022 en vertu de la Loi sur les pensions. ACC ajuste le taux des pensions d’invalidité et des allocations le 1er janvier de chaque année. L’augmentation de cette année est fondée sur l’indice des prix à la consommation, conformément à la Loi sur les pensions.

Pensions d’invalidité selon la Loi sur les pensions

Le degré d’invalidité s’exprime en pourcentage, l’invalidité totale étant évaluée à 100 %.
Quand une invalidité donnant droit à une pension est évaluée à moins de 100 %, la pension
est proportionnellement moindre. Le tableau suivant présente des exemples de pensions payées mensuellement en 2022.

Allocations mensuelles versées en vertu de la Loi sur les pensions

Indemnité pour douleur et souffrance

Les indemnités d’invalidité en vertu du Règlement sur le bienêtre des vétérans peuvent être
versées en un montant forfaitaire, en montants annuels ou en une combinaison des deux. 

Loi sur les allocations aux anciens combattants

Les allocations aux anciens combattants versées aux clients à faible revenu sont réajustées les 1er janvier, 1er avril, 1er juillet et 1er octobre. Les taux actuels sont les suivants.

Soutien du revenu des Forces canadiennes

Les lecteurs pensant avoir droit à un avantage relié au service militaire peuvent communiquer avec un agent d’entraide de la Direction nationale ou d’une division. 

Soutien aux vétérans des FAC et de la GRC

The Royal Canadian Legion logo [Legion Magazine]

Bien que beaucoup de membres de la Gendarmerie royale canadienne et leurs proches voient d’un œil reconnaissant la Légion royale canadienne en raison de son travail auprès des anciens militaires, rares sont ceux qui sont au courant du travail important qu’elle effectue en leur nom.

Il y a des officiers d’entraide du réseau du Bureau des services de la Légion dans les filiales et les directions générales de la Légion partout au pays depuis 1926. Ils offrent leur aide aux membres actuels ou aux anciens membres de la GRC ainsi qu’à leur famille durant le processus de demande de prestations d’invalidité à Anciens combattants Canada ou au Tribunal des anciens combattants (révision et appel) dans le cadre de la Loi sur les pensions.

Les services d’orientation, d’aide et de représentation qu’offrent les agents d’entraide de la Légion sont gratuits, de la première demande à l’appel au TAC(RA), et ce, que l’on soit membre de la Légion ou pas.

Les anciens combattants qui souhaitent demander des prestations d’invalidité cherchent souvent à savoir si les services d’un officier d’entraide de direction du réseau du Bureau des services leur seraient utiles. Bien sûr, les personnes qui défendent des intérêts ont chacune des qualités et forces qui leur sont propres, mais nous nous plaisons à croire que les officiers d’entraide de la Légion sont une catégorie à part. Nous sommes là pour servir ceux qui ont servi.

En effet, les agents d’entraide des directions de la Légion sont d’anciens membres des Forces canadiennes, de la GRC ou d’ACC qui font partie du réseau du Bureau d’entraide depuis longtemps. Ils connaissent la terminologie, la culture et les pratiques opérationnelles des FC et de la GRC. La communauté des expériences des officiers d’entraide et des anciens combattants favorise l’entente entre le demandeur et le défenseur des intérêts.

Si vous voulez demander des prestations d’invalidité ou faire appel d’un refus, n’oubliez pas que nous sommes à votre disposition et qu’il n’y a pas de meilleurs services que les nôtres. En 2020, plus de 4 100 anciens combattants qui demandaient des prestations d’invalidité ont sollicité l’aide des officiers d’entraide de la Légion.

Si vous voulez un coup de main pour obtenir des prestations d’invalidité d’ACC, ou si vous connaissez quelqu’un qui a besoin de notre aide, veuillez joindre un
officier d’entraide à www.legion.ca
ou au 1-877-534-4666 (sans frais).

Le MDN et les FAC présentent leurs excuses aux victimes d’inconduite sexuelle

Anita Anand, ministre de la Défense nationale.[wikimmedia.org]

Des excuses officielles ont été présentées en décembre aux militaires, anciens combattants et employés civils qui ont subi un traumatisme sexuel ou une discrimination de genre dans l’armée, et du manque de réponse des institutions chargées de les protéger.  

« Nous sommes désolés. Je suis désolée », a dit Anita Anand, minis-tre de la Défense nationale, en reconnaissant que les gouvernements qui se sont succédé avaient échoué à éliminer le harcèlement sexuel, les agressions sexuelles et la discrimination fondée sur le genre dans l’armée.

« Votre gouvernement ne vous a pas protégés, et nous n’avons pas non plus fait le nécessaire pour disposer de systèmes adéquats qui garantissent la justice. »

« Nous regardons en face des vérités difficiles, a déclaré le général Wayne Eyre, chef de l’état-major général. Le préjudice que vous avez subi a eu lieu sous notre responsa-bilité. Sous ma responsabilité. »

Il a reconnu les abus de pouvoir derrière ces comportements, ainsi que ses répercussions sur les survivants : sentiment de trahison, confiance ébranlée, carrières compromises. « On parle d’atteintes à votre moi profond, à votre caractère. À votre dignité et à votre humanité. »

« J’ai consacré ma vie à cette institution, je l’aime, et j’en ai le cœur brisé. » 

La sous-ministre Jody Thomas, vétérane de la marine, a présenté des excuses de la part du ministère de la Défense nationale à toutes les autres personnes affectées : survivants, partenaires, parents, enfants et témoins qui se sont sentis démunis.

« Je crois que les excuses étaient sincères », a noté Mme Lori Buchart, présidente de It’s Not Just 700, un groupe de soutien de pairs pour les militaires qui ont subi un traumatisme sexuel dans le cadre de leur service. Mais, a-t-elle ajouté, certains survivants n’accepteront des excuses que de la personne qui leur a fait du mal, et pour d’autres « rien ne pourra jamais réparer le tort subi ».

Mme Thomas a suscité de nombreux commentaires en ligne lorsqu’elle a admis qu’elle s’était sentie démunie en tant que témoin d’actes de misogynie, d’homopho-bie, de rituels d’initiation et d’exclu-
sion au cours de sa carrière dans la marine. Elle « comprend très bien la situation », a écrit une personne. « Sous-ministre, ce sont là des excu-
ses que j’accepte », une autre a lancé. 

Plus de 7 600 personnes ont regardé les excuses en direct sur Facebook, et les commentaires allaient de « De belles paroles sans action » à « Ce sont là les excuses que nous attendions toutes et tous ». 

Toutefois, de nombreux survivants, comme Harvey Gingras de Winnipeg, ont préféré visionner les excuses en différé, avec du soutien émotionnel. « Les politiciens ont laissé tomber les anciens combattants, surtout ceux comme nous, dit-il. »

Les excuses ont été présentées à l’issue d’une douloureuse année pour les Forces armées canadiennes, au cours de laquelle de multiples allégations d’inconduite sexuelle contre des officiers supérieurs ont fait l’objet d’enquêtes. 

Le public a pris connaissance du problème en 2015, lorsqu’une ancien-ne juge de la Cour suprême a révélé une culture sous-jacente de sexualisation hostile aux femmes et aux militaires LGBTQ au sein des FAC.

Le général Jonathan Vance, alors chef d’état-major de la défense, a lancé l’opération Honneur pour éliminer les comportements dommageables et inappropriés dans les FAC. 

Les victimes d’inconduite sexuelle ont intenté des recours collectifs en justice et obtenu un règlement de 900 millions de dollars en 2019. Presque 19 000 demandes ont été présentées avant l’échéance de novembre 2021.

Outre une indemnité maximale de 155 000 $ selon la gravité de l’acte et le degré de préjudice, le règlement prévoit aussi un programme de démarches réparatrices dans le cadre duquel les survivants peuvent exposer leur vécu à de hauts fonctionnaires du MDN et des FAC. 

L’opération Honneur a été remise en cause lorsque deux femmes ont accusé le général Vance d’inconduite sexuelle. Quand l’une d’elles a raconté son histoire aux médias, d’autres se sont manifestées, ce qui a entrainé des enquêtes sur une demi-douzaine d’officiers supérieurs et des critiques de dirigeants qui apportaient leur soutien aux personnes faisant l’objet d’une enquête. 

Le général Vance a été accusé d’entrave à la justice en juillet. 

L’opération Honneur, vue comme une trahison, s’est soldée par des accusations sur son inefficacité. Deux comités de la Chambre des communes ont lancé des études sur l’inconduite sexuelle dans l’armée.

Mme Anand a transféré en novembre les enquêtes et les poursuites judiciaires sur les cas d’inconduite sexuelle aux autorités civiles. Le cas de Vance a été remis au système de justice civil et le procès est prévu pour mai 2023. 

Les excuses marquent un tournant décisif, a souligné M. Eyre, qui rend hommage aux survivants, aux plaignants des recours collectifs et aux associations de défense d’intérêts dans ce combat pour le changement.

« C’est injuste, nous avons chargé les victimes de préjudices d’amorcer le changement, a noté M. Eyre. Cela n’aurait pas dû être à vous de porter ce fardeau. 

« Il va falloir prendre des mesures concrètes pour provoquer des changements réels et durables. Cette fois-ci, nous n’échouerons pas […]. Il s’agira d’un travail difficile et compliqué pour lequel une unité d’intention est nécessaire afin d’atteindre l’objectif.

« C’est un travail que nous avons déjà entamé. »

« Les paroles étaient sincères, a conclu Mme Buchart. Les mots importent; les mesures encore plus. Il y a encore des gens qui croient que ce n’est pas un problème, et c’est là un défi. »

Toutefois, elle a dit faire preuve d’un « prudent optimisme ». 

Un courage à toute épreuve

Léo Major a débarqué en Normandie avec le Régiment de la Chaudière le 6 juin 1944. [Wikimedia]

Léo Major, l’un des grands héros québécois de la Deuxième Guerre mondiale.

Né au Massachusetts en 1921, Léo Major grandit dans un quartier ouvrier de l’est de Montréal. Il se joint au Régiment de la Chaudière en 1940. À son arrivée en Angleterre l’année suivante, il rejoi-gnit le peloton d’éclaireurs du régiment où il devint spécialiste des patrouilles, de la reconnaissance et des raids.

Le soldat Major est le seul Canadien qui a reçu la Médaille de conduite distinguée (DCM) à l’issue de la Seconde Guerre mondiale et de la guerre de Corée. Cette médaille rarement décernée et que seule surpassait la Croix de Victoria était conférée aux hommes de troupe qui faisaient preuve d’un courage hors du commun.

Le 6 juin 1944, le soldat Major débarqua sur la plage Juno en Normandie et participa à la capture d’un nid de mitrailleuses et d’un semi-chenillé. Deux jours plus tard, il fut blessé à l’œil gauche par un éclat de grenade, mais il refusa de quitter le combat en arguant qu’il pouvait encore viser de l’œil droit. On put le reconnaitre à son bandeau sur l’œil pendant un certain temps.

Le 27 février 1945, lors de la campagne de la Rhénanie, en Allemagne, le véhicule blindé dans lequel il se trouvait roula sur une mine : il fut grièvement blessé au dos et s’en sortit avec des côtes cassées et une cheville fracturée. Après quelques soins, Léo Major insista pour quitter l’hôpital et rejoindre le Chaudière qui se battait alors pour libérer les Pays-Bas.

Dans la nuit du 13 au 14 avril 1945, Léo Major et son ami Wilfrid Arsenault partirent en éclairage aux abords de la ville de Zwolle. Arsenault fut tué et Major poursuivit seul la mission. Il fit irruption dans la ville aux défenses affaiblies, tira sur des avant-postes allemands à l’aide de deux pistolets-mitrailleurs
Sten, puis lança des grenades pour semer la confusion parmi la défense allemande et faire croire que les Canadiens amorçaient un assaut d’envergure. Il dira par la suite que son plan était de « semer le doute ». 

La ruse fonctionna et les Allemands, déconcertés, quittèrent la ville. Léo Major prit alors contact avec les diri-geants locaux de la résistance qui déclarèrent la ville libérée. C’est pour cette ruse audacieuse et sa bravoure que la DCM allait lui être décernée. 

« La bravoure dont a fait preuve ce soldat, son sens de l’initiative, son courage inaltérable et son mépris total de sa propre sécurité furent une source d’inspiration pour tous », est-il dit dans la citation.

Major, blessé à l’œil gauche, pose avec des
membres des Forces intérieures hollandaises et des enfants à Zwolle, Pays-Bas, le 14 avril 1945. [Historisch Centrum Overijssel]

Léo Major revint à Montréal après la guerre et, lorsque le conflit éclata en Corée en juin 1950, il s’enrôla dans le Royal 22e Régiment. 

En novembre 1951, le régiment fut attaqué par des forces chinoises qui voulaient s’emparer de la côte 335. Le caporal Major prit la tête d’un groupe de 19 hommes qui expulsa l’ennemi des emplacements d’où il menaçait les Canadiens. Téméraire, il organisa ensuite la défense de leurs positions et, comme il est dit dans la citation de sa deuxième DCM, « il dirigea les tirs des mortiers et de l’artillerie avec une telle expertise qu’il parvint à repousser quatre attaques distinctes » […]. Son courage personnel et son leadership méritent toutes les éloges ».

Léo Major s’éteignit à l’âge de 87 ans à Longueuil, Qc, en 2008. Les Pays-Bas dépêchèrent leur attaché militaire d’Ottawa à ses funérailles où il exprima les remerciements de sa nation. Mme Betty Redemeyer, résidente de Zwolle qui avait rencontré Léo Major à plusieurs reprises après la guerre, affirma qu’aux Pays-Bas, « il ne sera jamais oublié ». 

Une Grande Victorie

Les troupes canadiennes revenant victorieuses du front à Vimy, leurs célébrations tempérées par la perte de 3 598 camarades tués et de 7 004 blessés. [William Ivor Castle/BAC/3194757/Colorisation : la Fondation Vimy]

L’ATTAQUE À LA CRÊTE DE VIMY, PLANIFIÉE ET MENÉE AVEC PRÉCISION, A REDÉFINI LE CORPS CANADIEN EN TANT QUE FORMATION D’ÉLITE

La plupart des Canadiens connaissent le chapitre de l’histoire militaire sur la victoire d’avril 1917 à la crête de Vimy. Certains de nos meilleurs écrivains, journalistes ou historiens, de Pierre Berton à Tim Cook, ont écrit des livres sur Vimy, et l’évènement a été souligné aussi bien dans les manuels scolaires que dans le matériel du gouvernement fédéral pour les nouveaux citoyens, sur notre monnaie et au Mémorial national du Canada à Vimy, en France.  

Les célébrations des 90e et 100e anniversaires ont attiré à Vimy des milliers d’élèves du secondaire qui ont collecté des fonds pour leur voyage, et Radio-Canada a consacré des heures de diffusion à la retransmission de l’évènement au Canada. Plus d’un siècle plus tard, Vimy reste dans l’esprit des Canadiens.

La guerre avait pris une mauvaise tournure pour les Alliés au printemps 1917. Les Russes chancelaient, et il faudrait des mois aux Américains, récemment entrés en guerre, pour entrainer leurs soldats, les équiper et les amener au front. Le nombre de morts et de blessés à Verdun et à la Somme grimpait sans cesse, et la France, la Grande-Bretagne, de même que le Canada, étaient au bord de la ruine à cause des couts financiers de la guerre totale qui allaient croissant. 

L’ennemi souffrait aussi des pénuries de nourriture et de matériel entrainées par le blocus maritime britannique, et les pertes allemandes étaient énormes. Toutefois, si la guerre avait pris fin le 1er avril 1917, les Allemands, qui occupaient la Belgique, une grande partie du nord de la France et de vastes étendues du territoire russe, auraient certainement été considérés comme vainqueurs.

Le lieutenant général Julian Byng inspecte l’un des canons allemands pris pendant la bataille. [BAC/PA-001308]

Le maréchal commandant le corps expéditionnaire britannique (CEB) composé des quatre divisions du Corps canadien, Douglas Haig, préparait une attaque de grande envergure dans le secteur d’Arras au mois d’avril. Les Canadiens, sous les ordres du lieutenant-général britannique Julian Byng, devaient prendre la crête de Vimy, secteur géographique fortifié par les Allemands pour protéger une grande partie des exploitations et des industries extractives de la France occupée.

La tâche serait ardue : les assauts précédents des Alliés avaient échoué avec d’importantes pertes, et les Allemands semblaient de taille à résister à toute attaque.

Toutefois, les ordres étaient les ordres, et Byng et son état-major se mirent à dresser leurs plans. En janvier, Byng inclut le major-général Arthur Currie, commandant de la 1re Division canadienne, dans la délégation britannique qui rendait visite aux armées françaises pour se renseigner sur les combats livrés à Verdun.

Dans son rapport, Currie souligna l’importance de la préparation des contrebatteries servant à éliminer les canons de l’ennemi, et il remarqua que les Français avaient perfectionné le barrage rampant qui avançait avec efficacité juste devant les combattants. Il apprit qu’ils avaient mis en place des pelotons pouvant évoluer indépendamment avec des sections de mitrailleurs, de grenadiers à fusil, de bombardiers et de fusiliers. Contrairement aux Canadiens, les Français n’attaquaient plus par vagues : les pelotons pouvaient appuyer leur propre avance en se déplaçant de manière à contourner les centres de résistance ennemis.

Currie avait aussi été très impressionné par les missions de reconnaissance et les répétitions que les Français effectuaient avant de passer à l’attaque, au point où les soldats étaient « familiarisés autant que possible avec le terrain sur lequel ils allaient se battre ». Il fit remarquer que les Français affectaient des hommes de la ligne aux forces d’assaut et leur faisaient suivre un entrainement spécial, et qu’ils veillaient à ce qu’ils reçoivent « un nouvel équipement, de nouveaux vêtements et que des divertissements leur soient offerts, et que donc, ils étaient suffisamment reposés et bien entrainés ».

Currie admirait aussi la pratique française de distribuer des cartes et des photographies en grand nombre, pas seulement aux officiers supérieurs comme le faisait le CEB. Les soldats devaient savoir où et pourquoi ils attaquaient, et ce qu’on attendait d’eux. À son retour, Currie recommanda que les Canadiens imitent les Français, et Byng accepta, modifiant ainsi l’entrainement et l’organisation des pelotons de fantassins, réduisant le nombre de leurs soldats à entre 35 et 40, le maximum qu’un officier subalterne puisse mener.

L’assaut à Vimy, en partie grâce au rapport de Currie, fut précédé d’un entrainement inédit de tirs et déplacements appuyé par les rôles de spécialistes et, comme l’a noté l’historien G.W.L. Nicholson, « une copie grandeur nature du terrain de la bataille fut imaginée […] aux arrières », où les unités, du peloton à la division, « répétaient à plusieurs reprises », si souvent que quelques soldats se plaignaient de devoir se plier aux « jeux stupides de leurs officiers ».

Quarante mille cartes furent distribuées et un nouveau plan d’artillerie fut lancé : les canons commencèrent leur préparation du champ de bataille deux semaines avant l’attaque, l’artillerie lourde se concentrant sur les batteries ennemies. Les Allemands savaient très probablement qu’une attaque se préparait, mais ils ignoraient quand elle serait lancée. En outre, déplacer les troupes à tra-vers les tunnels percés dans le terrain calcaire très près des tranchées du front en maintenant le rythme des bombardements jusqu’au dernier moment avant l’assaut allait produire un effet de surprise tactique.

Une carte de l’époque montre les limites, les objectifs et les points d’appui auxquels se heurtaient les Canadiens entre le 9 avril et le 3 mai 1917. [MCG/19750215-030a]

Le plan de Byng fut arrêté le 5 mars. Ses quatre divisions qui allaient combattre ensemble pour la première fois seraient disposées en ordre : la 1re à droite et la 4e à gauche. Il y avait quatre objectifs avec chacun sa propre couleur sur la carte : la crête dans son ensemble et la deuxième ligne de l’ennemi devaient être saisies en un peu moins de cinq heures. Il y avait 863 canons en appui, et leurs servants utilisaient l’obus qui pouvait trancher les barbelés de l’ennemi grâce à la nouvelle amorce n° 106. Le barrage rampant devait s’avancer par étapes de 50 verges. Les munitions pour les canons furent apportées en grand nombre (plus d’un million d’obus allaient être tirés entre le 20 mars et la capture de la crête), en grande partie transportées sur des voies de passage nouvellement tracées. L’eau pour les hommes et les chevaux arrivait au front par des aqueducs; les signaleurs enterraient les lignes téléphoniques pour résister aux bombardements; et les sapeurs creusaient de vastes chambres souterraines pour les quartiers généraux de bataillon ou de brigade. Chaque soldat savait ce qu’il devait faire.

Des membres du 8e Bataillon (90th Winnipeg Rifles) s’entrainent à la baïonnette avec des sacs de paille à la plaine de Salisbury. [BAC/MCG/19930003-359]

« Je suis grenadier à fusil, écrivit le soldat Ronald MacKinnon du Princess Patricia’s Canadian Light Infantry dans une lettre envoyée chez lui. Je vais me battre avec un bon nombre de gars et un bon appui de l’artillerie, donc nous allons atteindre notre objectif. » Il fut tué au combat.

Des artilleurs canadiens manient un canon allemand confisqué de 4,2 po et font feu sur l’ennemi qui bat en retraite durant la bataille.[BAC/PA-001083]

L’attaque fut lancée le 9 avril à 5 h 30, un lundi de Pâques, alors que le vent envoyait de la neige et du grésil sur les Allemands. Avec ce que le lieutenant Stuart Kirkland décrivit comme étant « le plus merveilleux barrage d’artillerie de l’histoire du monde » qui prenait pour cible les canons et les tranchées de l’ennemi à l’aide d’explosifs puissants et de gaz, plus de 80 % des canons allemands furent détruits, et leur infanterie dut se terrer dans des abris. « Les canons firent tous feu en même temps dans un grondement de tonnerre, écrivit le médecin militaire du 31e Bataillon (Alberta), et un beau feu d’artifice éclata tout le long des tranchées allemandes […]. »

Les munitions pour les canons furent apportées en grand nombre.

Les 15 000 fantassins s’avancèrent d’un pas ferme derrière le barrage rampant, leur poignée de chars ne pouvant malheureusement pas les accompagner à cause des cratères d’obus et de la boue. Quand la 1re Division atteignit les premières lignes allemandes, tenues par les Bavarois, la plupart des défenseurs étaient encore dans leurs abris. Les troupes chargées du nettoyage arrivèrent peu après, et les soldats de Currie gagnèrent la ligne rouge, leur deuxième objectif, à 7 h, même si les tireurs d’élite et les mitrailleurs ennemis commençaient à faire bien des victimes.

La 2e Division traversa rapi-
dement son premier objectif, la ligne noire, et ne reçut un feu nourri qu’en arrivant à son deuxième objectif dont elle s’empara à 8 h. À 9 h 30, les brigades de réserve des deux divisions s’avancèrent vers le troisième objectif, celui de la ligne bleue.

« Nos troupes se déplaçaient d’un pas assuré comme elles l’avaient répété », dit McGill, mais en réalité, il fallait souvent beaucoup de courage pour atteindre les objectifs. Le sergent Ellis Wellwood Sifton du 18e Bataillon (Western Ontario) fonça sur une mitrailleuse qui tirait sur ses hommes, planta sa baïonnette dans ses servants et repoussa les fusiliers venant vers lui dans la tranchée en maniant son propre fusil comme un gourdin. La Croix de Victoria lui fut décernée à titre posthume.

Tout se passa relativement bien pour la 3e Division qui occupa ses deux objectifs rapidement. Billy Bishop, jeune pilote du Royal Flying Corps qui n’avait pas encore connu ses victoires, regardait ce qui lui semblait être des hommes traverser avec désinvolture le terrain neutre. Des obus faisaient des victimes, mais les autres continuaient d’avancer. 

Le terrain avait été très abimé par les bombardements des deux dernières semaines, et beaucoup de points de repère qui devaient aider les attaquants à se situer avaient été détruits. Certaines unités avançaient trop vite et se heurtaient au barrage des Canadiens. Beaucoup hommes frôlèrent la mort.

« [Nous] avons réussi à extirper nos hommes sans devenir victimes, écrivit le major Percy Menzies du 4e Bataillon de la 3e Division canadienne des fusiliers à cheval. Pendant tout ce temps-là, nous étions gênés par nos propres obus qui éclataient trop près de nous, mais je n’ai pas été touché. »

La 4e Division était celle qui était vraiment en difficulté. Son objectif principal était la côte 145 fermement défendue par quatre lignes et de profondes casemates en contrepente. Les 11e et 12e brigades, qui avaient chacune un bataillon supplémentaire, s’emparèrent de la première ligne, mais les Allemands de la seconde ligne les repoussèrent lors de multiples contrattaques.

La côte 145 resta entre les mains des Allemands jusqu’à ce que le 85e Bataillon (Nova Scotia Highlanders) arrivé récemment la leur prenne cette nuit-là. Le lendemain, les 44e et 50e bataillons suivirent le barrage lors d’un affrontement sans merci en descendant le versant oriental, et la 4e Division prit la ligne rouge.

Le 29e Bataillon (Vancouver) traverse le terrain neutre malgré les barbelés et le feu nourri des Allemands à Vimy. [William Ivor Castle/BAC/3192389]

Il ne restait plus que le Pimple (bouton, NDT) à l’extrémité nord de la crête.

Tôt le matin du 12 avril, la 10e Brigade lança une attaque-surprise contre les Allemands qui tenaient la côte. La brigade s’empara du Pimple à 6 h, lors d’un combat au corps à corps. 

 Vimy A ÉTÉ « LA CHOSE LA PLUS FANTASTIQUE À LAQUELLE LES CANADIENS ONT PRIS PART ».

Du haut de la crête, les Canadiens avaient vue sur les banlieues de la ville minière de Lens, à l’est, et leur artillerie peina dans la boue épaisse jusqu’à de nouvelles positions du côté oriental. La position allemande prétendue imprenable avait été prise, et le succès du Corps canadien fut acclamé à Paris, à Londres et au pays.

Byng fut le premier à être félicité de la victoire. Il fut promu général et le commandement de la British Third Army lui fut confié. Son successeur, Currie, eut une promotion, la chevalerie, et le commandement du Corps canadien au mois de juin, poste qu’il occupa jusqu’à la fin de la guerre.

La bataille avait été couteuse, et le succès, mitigé. La crête avait été prise, mais les Allemands n’avaient pas été mis en déroute. Il n’y avait pas eu de percée, pas de cavalerie mise à la disposition de Byng pour exploiter la réussite.

En cinq jours de combats, les Canadiens déplorèrent 10 602 victimes, dont 3 598 morts, un nombre tel que le premier ministre Robert Borden, qui se trouvait alors à Londres, commença à prendre conscience que la conscription serait nécessaire. Beaucoup de soldats étaient fiers de la victoire.

Vimy a été « la chose la plus fantastique à laquelle les Canadiens ont pris part, ils ont été merveilleux, dit le capitaine William Fingold du YMCA. Bien entendu, il y a eu des pertes importantes, mais c’était une grande victoire. »

D’autres étaient simplement heureux d’avoir sur-vécu : « C’était l’enfer sur terre, écrivit un autre soldat, et je suis très chanceux d’être encore de ce monde. »

Des soldats canadiens assistent à un service commémoratif en septembre 1917 en l’honneur des hommes du 87e Bataillon (Canadian Grenadiers Guards) tombés à Vimy tombés à Vimy. Au cours de la guerre, des cimetières  impromptus ont été construits le long du front occidental. Les réenterrements et les monuments plus détaillés viendraient par la suite.[BAC/3213526]

LA BATAILLE DE LA CRÊTE DE VIMY A-T-ELLE COMPTÉ?

major-général Arthur Currie [BAC/3213526]

La bataille de la crête de Vimy est parfois décrite dans l’histoire populaire du Canada comme une victoire grâce à laquelle la guerre a été remportée. Les Canadiens du major-général Arthur Currie ont réalisé quelque chose dont les Alliés avaient été incapables : grimper sur les hauteurs de la crête et battre les Allemands.

Mais, les réalistes savent que c’est Julian Byng, général britannique qui commandait le Corps canadien en avril 1917, et non Currie. Nous savons que la plus grande partie de la crête où a eu lieu l’attaque des Canadiens était une pente douce et que l’à-pic se situait derrière les tranchées de l’ennemi, sur l’autre versant. Nous savons qu’il n’y a pas eu de percée ni de cavalerie balayant les arrières de l’ennemi, et que les Allemands n’ont reculé que de quelques kilomètres vers l’est, jusqu’à leur prochaine ligne. Nous nous souvenons aussi que les Canadiens ont déploré 10 602 morts et blessés à Vimy, les pires pertes de notre histoire, et que l’hécatombe a continué pendant un an et demi de plus. Les mythes dépassent de loin la réalité.

Toutefois, Vimy a quand même compté. Les Canadiens étaient loin d’être des professionnels de la guerre au début, mais ils avaient appris à se battre à Ypres, à Saint-Éloi et à la Somme.

Après Vimy, les soldats ont compris qu’ils avaient accompli quelque chose de très important, que leurs bataillons, leurs brigades et leurs divisions avaient gagné en maturité, et que le Corps était devenu une formation d’élite. La guerre allait continuer. La confiance et la détermination acquises à Vimy avaient fait des Canadiens des soldats parmi les meilleurs des Alliés de la Grande Guerre.