Un Lieu Sacré

[Stephen J. Thorne]

Il y a 20 ans que les restes d’un soldat inconnu mort à la crête de Vimy, en France, lors de la Première Guerre mondiale ont été inhumés dans la Tombe du Soldat inconnu à Ottawa.

Un hommage semblable a été rendu dans d’autres pays : la Tomb of the Unknown Soldier (tombe du soldat inconnu) de la Grande-Bretagne est à l’abbaye de Westminster, à Londres; le tombeau du Soldat inconnu de la France se trouve en dessous de l’Arc de Triomphe, à Paris; le Tomb of the Unknown Soldier des États-Unis est un monument situé dans le cimetière national d’Arlington, en Virginie.

Le tombeau à Ottawa avait été proposé par la Légion royale canadienne comme projet du millénaire. Le gouvernement fédéral ayant accepté le plan proposé pour la première fois en 1996, de grands efforts furent entrepris, auxquels prirent part les ministères des Anciens combattants, des Travaux publics et Services gouvernementaux, du Patrimoine canadien et de la Défense nationale, ainsi que la GRC, le Musée canadien de la guerre, la Commission des sépultures de guerre du Commonwealth et le Bureau du gouverneur général. 

Des prières et des panégyriques furent faits et la tombe, recouverte. Le soldat y repose maintenant à perpétuité.

Le corps fut exhumé d’une tombe marquée de l’inscription « Known unto God » (Connu de Dieu seul, NDT) au cimetière britannique Cabaret-Rouge, près de Vimy. Les organisateurs prirent l’engagement de ne jamais tenter d’identifier le soldat. Le travail d’identification se poursuit, cependant, sur les autres restes anonymes.

[Adam Tindal]

Le corps fut transporté à Ottawa où il reposa en chapelle ardente pendant trois jours. Une cérémonie grandiose eut lieu le 28 mai, durant laquelle la gouverneure générale, Adrienne Clarkson, et le premier ministre, Jean Chrétien, dirigèrent une procession dans les rues d’Ottawa, de la Colline du Parlement jusqu’au Monument aux morts.

Là, le corps fut solennellement descendu dans la tombe qui y avait été creusée. Les présidents des divisions de la Légion royale canadienne versèrent de la terre des provinces et territoires dans la tombe. Des prières et des panégyriques furent faits et la tombe, recouverte. Le soldat y repose maintenant à perpétuité.

 

Au mois de novembre suivant, le jour du Souvenir, les gens assistant à la cérémonie nationale réglée au Monument commémoratif de guerre déposèrent respectueusement leurs coquelicots sur le tombeau après les formalités. C’est devenu une tradition annuelle. À l’avenant, le tombeau est couvert de milliers de petits drapeaux canadiens à la fête du Canada.

Les cérémonies du jour du Souvenir attirent des foules de plus en plus grandes depuis que le Canada a envoyé ses forces combattre en Afghanistan.

La Légion et d’autres associations d’anciens combattants ont réussi à convaincre le ministère de la Défense nationale de poster un garde de cérémonie à la tombe pendant la journée entre avril et novembre. Les membres des Forces armées canadiennes, de tous les services, considèrent depuis que c’est un grand honneur d’y faire la garde. 

En 2014, le caporal Nathan Cirillo de l’Argyll and Sutherland Highlanders of Canada a payé le prix ultime pour ce service quand il a été tué par un homme armé instable (cf. pages 62 et 84).

 

Vu les restrictions causées par la pandémie, la cérémonie du 28 mai rappelant le 20e anniversaire a été réduite : un représentant de la Commission des sépultures de guerre du Commonwealth a déposé une couronne de fleurs prises au cimetière où le soldat inconnu avait été exhumé.

La Tombe du Soldat inconnu est un des symboles les plus poignants de notre pays – un lieu sacré –, et les Canadiens devraient tous avoir l’honneur de s’y rendre au moins une fois dans leur vie.

Instantanés – Bénévolat dans la communauté (Sept/Oct 2020)

Le président de la Filiale 120 de Mascouche, Mario Miller, a remis un chèque de 500 $ du Fonds du coquelicot de la filiale à Mme Marie-Ève Plante de l’organisme La Galilée.

La Filiale 120 de Mascouche a fait un don de 500 $ du Fonds du coquelicot à l’organisme de soutien alimentaire Le Relais de Mascouche. Mme Émilie Faustin a reçu le chèque des mains du président de la filiale, Mario Miller.

Bonhomme a visité la Filiale 265, Lt. Col. Jean-Charles Forbes, RMWO, Québec pendant le 5 à 7 du 24 janvier 2020, où la réception de 45 minutes a été des plus rafraichissantes. En effet, Bonhomme, malgré son horaire très chargé pour préparer le Carnaval, a tenu à faire part de son enthousiasme et de son grand intérêt envers les anciens combattants et autres membres de la filiale. Sur la photo se trouvent Mme Vivi Tregett, Bonhomme, le camarade Gabi Raymond, vétéran de la guerre de Corée et Mme Céline Ménard.

Lors de la période de confinement, des membres de la Filiale 026 de Coaticook ont visité un ancien membre du Régiment de Lévis et vétéran de la Deuxième Guerre mondiale âgé de 98 ans. Il est au garde-à-vous sur cette photo pendant que ses camarades entonnent le O Canada à sa résidence, Foyer Bois Castel de Coaticook.

La Filiale 035 de Trois-Rivières a fait un don de 3000 $ à la Fondation régionale pour la santé de  Trois-Rivières (RSTR). Sur la photo se trouvent (de g. à d.) Mme Johanne Hinse, présidente du Conseil d’administration de la Fondation, la camarade Louise Gosselin, officier d’entraide, Mme Annie Brousseau, directrice générale de la Fondation, et le deuxième vice-président, Lucien Desbiens.

La Filiale 044 de Shawinigan s’est portée à l’aide de sa communauté en ce temps de pandémie en remettant un chèque de 1 000 $ du Fonds du coquelicot au directeur général du Centre Roland Bertrand, Frédéric Trudelle, qui était accompagné par le secrétaire de la filiale, Robert Larivée, et son président, Robert Trépanier.

Deux filiales du district 03, Saguenay – Lac St-Jean – Côte-Nord, 209 Arvida et 235 Chicoutimi, ont pris part à la levée du drapeau à l’entrée de la BFC Bagotville à l’occasion du 75e anniversaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale en Europe. De gauche à droite : Steeve Brown, président de la Filiale 209 Arvida, Luc Fortier, président de la Filiale 235 Chicoutimi, et André Lessard, trompettiste membre de la Filiale 209 Arvida.

Report du Congrès national et d’autres évènements

Le Congrès national de 2020 est reporté en raison de la pandémie de la COVID-19. Il se tiendra du 12 au 19 aout 2021 au palais des congrès de la TCU Place, à Saskatoon. Les autres dispositions ne changent pas.

Le congrès suivant se déroulera en 2024 afin que les congrès nationaux aient de nouveau lieu les années paires. Les élus conserveront leur poste jusqu’au congrès.

Les directions de division prendront leurs propres décisions au sujet de leurs congrès prévus en 2021.

L’administration centrale a débloqué 3 millions de dollars pour aider les filiales en difficulté. Les filiales doivent contacter la direction de leur division si elles sont dans le besoin.

Le Conseil exécutif national a pris la décision d’accorder des subventions non remboursables. Il ne s’agit pas de fonds du coquelicot, qui ne peuvent être utilisés que pour les activités des filiales.

« Nos membres et nos filiales mènent des activités de bénévolat incroyables malgré les défis actuels, a déclaré Tom Irvine, le président national, en faisant cette annonce. Nos collectivités ont besoin d’elles et nous voulons faire tout ce qui est en notre pouvoir pour les aider à aider les autres. »

La distribution des fonds est assurée par les administrateurs des divisions et des zones internationa-les et ils doivent tenir la direction générale au courant de la façon dont les fonds sont utilisés. Les montants précis versés aux filiales dépendent de leur situation particulière.

Ce ne sont là que deux des nombreuses annonces de la Légion royale canadienne concernant la Légion et les anciens combattants.

Les Championnats nationaux d’athlétisme de la Légion qui devaient se tenir en aout 2020 à Sydney, en Nouvelle-Écosse, sont annulés. Le prochain évènement national d’athlétisme aura lieu à Sherbrooke, Québec, en aout 2021.

Les réunions du Conseil exécutif national et d’autres comités se déroulent sous forme de téléconférence ou de vidéoconférence.

Les activités de l’administration centrale de la Légion ont repris normalement. Les officiers d’entraide sont disponibles pour conseiller les anciens combattants et les aider à remplir des formulaires concernant les avantages d’Anciens Combattants Canada.

Le travail se poursuit au service de l’approvisionnement de l’administration centrale; les commandes peuvent être passées à la boutique du coquelicot à poppystore.ca.

Les Publications Canvet ltée, dont le bureau se trouve à la Maison de la Légion, continuent de pu-blier la revue Légion et Canada’s Ultimate Story conformément à leurs calendriers habituels.

D’autres organismes d’anciens combattants canadiens ont aussi fait des annonces.

La 104e Marche internationale de quatre jours de Nimègue, aux Pays-Bas, qui devait avoir lieu en 2020, a été annulée. Joan Cook, représen-tante de la Légion, restera sur place en prévision de celle de 2021.

Le forum annuel de l’Institut canadien de recherche sur la santé des militaires et des vétérans qui devait se tenir en octobre a été annulé. La Légion décernera toujours sa bourse annuelle à l’appui de la recherche sur la santé des anciens combattants et des militaires. D’autres précisions seront annoncées plus tard.

À l’heure où nous mettons sous presse, les filiales continuaient à adapter leurs opérations pour soutenir les anciens combattants pendant la pandémie en planifiant pour des opérations restreintes et affronter les défis financiers.

ÉDITORIAL: Affronter la tempête

J’ai vu ou entendu parler d’innombra-bles initiatives spontanées au sein de la Légion pour aider nos anciens combattants et nos communautés à traverser cette tempête. » C’est par ces mots que Tom Irvine, président de la Légion royale canadienne, a mis en évidence la générosité et la camaraderie des groupes de militaires et d’anciens combattants du Canada, surtout en ces temps difficiles.

Toutes les filiales du pays sont fermées depuis la mi-mars, et beaucoup font face à de grandes difficultés financières à cause de la chute des revenus provenant des évènements et collectes de fonds. Les factures engloutissent l’argent mis de côté. Certaines, déjà au bord du gouffre en raison de la baisse du nombre de leurs membres, ne survivront probablement pas à cette épreuve. (Le Conseil exécutif fédéral a créé un fonds de soutien de 3 millions de dollars pour les filiales en difficulté.)

Mais cela n’empêche pas les membres de faire de bonnes actions — à bonne distance! — dans leurs communautés pour aider les anciens combattants isolés et vulnérables à affronter la crise de la COVID-19. Par leurs gestes, ils leur rendent aussi hommage.

« Ce qu’on fait, c’est qu’on appelle nos anciens combattants habituels toutes les semaines ou tous les quinze jours, a expliqué Michael Cormican, président de la filiale Stewart, au Lethbridge Herald. Jusqu’à présent, ils semblent tous avoir le moral, et la plupart comprennent bien la situation. Ils nous sont reconnaissants de rester en contact et de nous assurer qu’ils vont bien. »

Dans le comté de Yarmouth, en Nouvelle-Écosse, une poignée de membres de la filiale Wedgeport ont adressé leurs vœux à l’ancien combattant Alcide LeBlanc, le 21 mars, jour de son 100e anniversaire. En se tenant bien à l’écart les uns des autres (la province a déclaré l’état d’urgence le lendemain), ils lui ont chanté « Happy Birthday » (Joyeux anniversaire, NDT) en brandissant des pancartes et le saluant de la main. Cela a fait sourire l’heureux centenaire derrière la fenêtre de l’établissement de santé où il réside.

La filiale ontarienne Collingwod a proposé une propriété lui appartenant pour y faire construire un hôpital de campagne au cas où le nombre de patients dépasserait la capacité du Collingwood General and Marine Hospital. Le conseil municipal a approuvé le prélèvement de 100 000 $ dans son fonds d’urgence de la COVID-19 pour préparer les lieux.

La filiale Regina a transformé sa deuxième course annuelle YQR VetRun des 25 et 26 avril en course virtuelle, où les participants ont chacun parcouru un itinéraire de leur choix de façon indépendante pour respecter les règles de distanciation. L’événement a permis de recueillir 8 135 $ pour le Fonds du coquelicot.

Les commémorations du 75e anniversaire de la libération des Pays-Bas et de la fin de la Seconde Guerre mondiale ont aussi dû prendre une plus petite ampleur publique. Les défilés d’anciens combattants et les cérémonies publiques ont été annulés, mais on a trouvé d’autres moyens de marquer l’occasion.

Le 8 mai, Ottawa a diffusé une cérémonie virtuelle sur la page Facebook « Le Canada se souvient » mettant en vedette la gouverneure générale Julie Payette qui a encouragé les Canadiens à « célébrer la liberté et à rester forts face à l’adversité ». Les 22 membres de Musique de l’Artillerie royale canadienne, réunis dans une mosaïque vidéo, ont joué « Ô Canada ».

Des membres de la Légion solitaires ont déposé des couronnes à des cénotaphes aux quatre coins du Canada, et la Légion a demandé aux personnes qui la soutiennent de publier des photos d’elles vêtues de rouge en l’honneur des sacrifices consentis. En Angleterre, la BBC a assuré une vaste programmation du jour de la victoire en Europe en diffusant notamment le discours du premier ministre Winston Churchill du jour où il la déclara.

Tout cela renforce le point de vue de M. Irvine. Les anciens combattants sont parmi les membres les plus honorés – et les plus vulnérables – de la société. Même si nous ne pouvons pas nous réunir avec eux ni pour eux en ce moment, il existe une myriade d’autres façons de les soutenir et de leur rendre hommage, chez nous et dans nos cœurs.

Aider les anciennes combattantes

À votre service est écrit par des officiers d’entraide des directions de la Légion. Pour communiquer avec un officier d’entraide, composez sans frais le 1-877-534-4666, ou visitez le site Web d’une direction. Consultez www.legionmagazine.com pour les archives des trois dernières années.


Aider les anciennes combattantes 

Les femmes servent avec fierté et courage dans les Forces armées canadiennes et à la GRC. Elles font des sacrifices pour assurer la paix et la sécurité au Canada et ailleurs dans le monde.

Anciens Combattants Canada a organisé un sommet national de parties prenantes en octobre 2018, puis le premier Forum des femmes vétérans en mai 2019 afin de cerner les besoins propres aux anciennes combattantes. Chercheuses et chercheurs, porte-paroles, anciennes combattantes et autres expert(e)s ont noté que les politiques et programmes qui ne tiennent pas compte des sexes pourraient conduire à des discriminations. Les gens n’ont pas tous les mêmes besoins et un programme qui s’adresse à tout le monde n’est pas nécessairement équitable.

Des recherches ont révélé des écueils auxquels les femmes en particulier se heurtent après le service, notamment de plus grandes difficultés pour reprendre la vie civile ainsi que des revenus et des taux d’emploi inférieurs. Par rapport aux hommes sans-abri, les femmes sans-abri ont davantage tendance à avoir des enfants et à loger chez des amis ou des membres de leur famille, plutôt que de rester dans la rue ou d’aller dans des refuges.

Tout cela souligne un besoin criant de recherches, de programmes et services ciblés, d’une sensibilisation accrue et d’un processus d’analyse comparative entre les sexes plus (ACS+) pour évaluer la façon dont les divers groupes d’anciens combattants – femmes, hommes et LGBTAB – vivent les divers programmes, politiques et autres initiatives. Un rapport de synthèse sur le Forum des femmes vétérans peut être consulté (en anglais, NDT) à la page www.veterans.gc.ca/pdf/about-vac/research/women-veterans-forum-2019-01.pdf.

ACC a nommé Christine Hutchins directrice principale, Bureau de la condition féminine et des vétérans LGBTAB pour promouvoir l’égalité des sexes, la diversité, et l’inclusion des femmes et des anciens combattants LGBTAB. Avec des partenaires internes et externes, le bureau s’efforce d’offrir une approche unifiée et globale pour soutenir la santé et le bienêtre. La Légion continue d’observer les progrès et participe à la discussion de plusieurs façons.

Carolyn Gasser, directrice adjointe des services aux anciens combattants à l’administration centrale est membre du Réseau de recherche et d’engagement des vétéranes. Ce réseau, composé d’anciennes combattantes, d’universitaires, d’expert(e)s en recherche et d’organisations non gouvernementales, dont la Légion, a pour but de mettre en évidence les besoins des femmes militaires, d’assurer des résultats équitables pour toutes les anciennes combattantes et tous les anciens combattants tout au long de la vie, et de promouvoir l’utilisation par le gouvernement de pratiques dans le milieu de la défense et de la sécurité qui sont fondées sur des données probantes et tiennent compte du sexe.

Si vous avez besoin d’aide concernant ACC ou le TAC(RA) composez le 613-591-3335 ou le numéro sans frais 1-877-534-4666, envoyez un courriel à veteransservices@legion.ca, ou consultez www.legion.ca afin de communiquer avec un officier d’entraide de votre région.

Un nouveau manteau pour Sussie

Everdina (Sussie) Cretier et sa famille évitèrent un coup de filet allemand en 1944 et s’enfuirent en n’emportant que les vêtements qu’ils avaient sur eux. [MCG / 20060093-001]

EN septembre 1944, un coup de filet allemand se refermait autour de la famille Cretier dans la ville de Rossum, aux Pays-Bas, à environ 80 kilomètres au sud d’Amsterdam.

Willem Cretier, qui s’était engagé dans la résistance hollandaise, avait évité la capture, alors les Allemands essayèrent de s’en prendre aux membres de sa famille. Il se livrerait certainement pour leur sauver la vie.

Or, son épouse, Geert, avait été prévenue, et elle s’échappa avec leurs trois enfants, deux garçons, Kees et Gérard, et une fille de 10 ans, Everdina, surnommée Sussie. La famille se rassembla dans une ville voisine où elle dut se cacher sous le plancher d’une maison pendant que les Allemands la fouillaient de fond en comble.

[Alan J Buick]

Le manteau de toile avait été offert en cadeau de Noël par l’équipage de char canadien dont Bob Elliott faisait partie. [Alan J Buick]

Bob et Sue Elliott. [Alan J Buick]

Willem était sûr qu’ils finiraient par être découverts. Lors d’une fuite éperdue, la famille traversa un champ à découvert jusqu’aux lignes canadiennes d’où le Fort Garry Horse Regiment la couvrit par un tir de suppression quand des Allemands dans le clocher d’une église voisine la prirent pour cible.

Les Cretier trouvèrent refuge à Alphen, mais ils y éprouvèrent beaucoup de difficultés, contraints de vivre dans une seule pièce et accablés par la disette tout au long de l’hiver de la faim. Un régiment de campagne et un bataillon d’infanterie canadiens, qui arrivèrent dans la ville le 12 novembre, y restèrent pendant cinq mois : assez longtemps pour que se créent des liens d’amitié.

Sussie, sous-alimentée et portant des vêtements usés jusqu’à la corde, quêta des cigarettes pour son père auprès d’un équipage de char d’assaut avec qui elle se lia d’amitié, et dont faisait partie Bob Elliott, qui avait alors 19 ans. L’équipage lui en donna, ainsi que de la gomme et du chocolat pour les enfants. Lorsque Willem, qui était mécanicien avant la guerre, alla remercier les hommes, il se fit embaucher pour travailler sur les chars canadiens.

L’équipage d’Elliott se fit très ami des Cretier, surtout de Sussie, et nomma son char en l’honneur de cette dernière. À Noël, ils lui donnèrent en cadeau de nouveaux vêtements : des chaussures, un chandail, une écharpe, ainsi qu’un manteau et un pantalon fabriqués à partir d’une couverture de l’armée. Chaque soldat avait fait don d’un bouton d’uniforme pour le manteau. Sussie en fut ravie, et sa famille, très touchée.

En février, les habitants d’Alphen firent une haie d’honneur lorsque les chars quittèrent la ville pour se rendre à Nimègue. La guerre prit fin en mai, et les Néerlandais se mirent à rebâtir leur vie. Elliott rendit une dernière fois visite aux Cretier avant de revenir au Canada.

Sussie et Bob poursuivirent chacun sa carrière par la suite, se marièrent et eurent des enfants. En 1981, quand Elliott rendit de nouveau visite aux Cretier, ils étaient tous deux en ins-tance de divorce. Sussie lui montra le précieux manteau qu’elle avait gardé depuis presque 40 ans, ce qui raviva les souvenirs heureux d’un Noël lointain et des généreux Canadiens.

Bob et Sussie tombèrent amoureux et se marièrent en 1985, habitant bientôt tour à tour les Pays-Bas et le Canada.

Sussie, qui s’appelait dorénavant Sue Elliott, donna le manteau à la filiale albertaine Olds de la Légion royale canadienne, de laquelle Bob et elle étaient membres. Il fut exposé pendant les 10 années suivantes avec des objets souvenirs de la filiale et utilisé lors de discussions avec des anciens combattants dans les écoles de la localité. En 2006, il fut donné au Musée canadien de la guerre, à Ottawa.

« Le manteau est un important artéfact de la guerre », dit Alan Buick, auteur de The Little Coat: The Bob and Sue Elliott Story (Le petit manteau : l’histoire de Bob et Sue Elliott, NDT). « C’est un symbole de la compassion que les soldats canadiens avaient envers les Néerlandais. »

Et de la reconnaissance profonde de ces derniers envers leurs libérateurs.

Bob Elliott mourut en 2015. Sue, atteinte de la maladie d’Alzheimer, fut admise peu après dans un établissement de soins de longue durée.

Distance sociale

Aumoment où nous écri-vons, notre monde s’est métamorphosé de façon spectaculaire. Vu la radicalité de la transformation de notre façon de vivre, on pourrait comparer cela à une mobilisation en temps de guerre. Et comme en temps de guerre, l’incertitude règne.

La propagation exponentielle du coro-navirus – COVID-19 – a affecté toutes les sphères de la société, y compris la communauté des militaires et des anciens combattants du Canada, bien sûr. Au moment où vous lisez ces lignes, de nombreuses mesures sans précédent ont été mises en œuvre pour ralentir la propagation.

C’est essentiellement une infection pulmonaire, identifiée pour la première fois, en Chine, en décembre 2019, et caractérisée par un syndrome respiratoire aigu grave. Les symptômes courants sont la fièvre, la toux sèche et l’essoufflement.

La première injection du premier essai de vaccin contre le coronavirus a eu lieu le 16 mars à Seattle. Quarante-cinq volontaires devaient recevoir deux doses, à un mois d’intervalle. Des tests de médicaments antiviraux existants ont également commencé. Malgré ces bonnes nouvelles, on ne s’attend pas à ce qu’un vaccin soit disponible avant 12 à 18 mois.

La rapidité et la durée de la propagation de la maladie étant difficiles à prédire, les mesures prises pour la ralentir sont nombreuses et remarquables. L’état d’urgence a été déclaré dans nombre de pays, et la coopération internationale s’est intensifiée. Les protocoles mis en œuvre par les systèmes de santé, qui ploient sous le volume de travail, sont remplis d’exigences. Le personnel soignant est en première ligne, au péril de sa vie.

Les économies qui titubent sont soutenues par d’énormes injections d’argent du gouvernement – en appui aux travailleurs, aux employeurs et à la relance économique. Les gens pratiquent quelque chose de nouveau et de tout à fait contraire à la nature humaine : la distanciation sociale.

Comme les autres organisations sociales, les associations d’anciens combattants ont pris des mesures draconiennes. Sur leurs sites Web, la Direction nationale (legion.ca/covid-19) et les directions divisionnaires ont détaillé les mesures qu’elles ont prises, en suivant les directives des responsables de la santé publique.

Les filiales continuent de soutenir les anciens combattants et leur famille, en livrant de la nourriture et en mettant sur pied des systèmes d’appels pour prendre des nouvelles, par exemple. Les bénévoles restent en contact avec les membres de groupes à risques élevés, par téléphone ou par courriel et, au besoin, leur font parvenir de l’aide médicale ou des repas. Le département des Services aux anciens combattants de la Légion continue de servir les clients (613-591-3335, 877-534-4666; veteransservices@legion.ca).

Le monde fut frappé par la plus grande pandémie depuis la peste bubonique au moment où la Première Guerre mondiale se terminait. La pandémie de grippe de 1918-1921 causa la mort de 20 à 50 millions de personnes. Quelque 50 000 Canadiens succombèrent à la maladie. Les militaires s’avérèrent de parfaits incubateurs : coincés dans les camps, les casernes, les trains et les navires, ils s’infectaient les uns les autres, et ils finirent par contaminer le reste de la population (voir « Montréal dans le sillage la grippe espagnole », septembre/octobre 2018).

Pas cette fois-ci.

Le ministère de la Défense nationale et les Forces armées canadiennes se sont mis sur le pied de guerre contre la pandémie : cessation des activités qui exigent un contact rapproché, restriction des unités aux fonctions essentielles, fermeture des écoles de formation. Par exemple, les FAC ont annulé l’exercice Maple Resolve, opération de formation conjointe du Canada et des États-Unis à laquelle prennent part 4 000 personnes chaque année.

Quoi qu’il se passe ailleurs au moment où vous lisez ceci, la communauté des militaires et des anciens combattants du Canada devrait être fière de la rapidité et de l’ampleur de ces actions. C’est ainsi que se gagnent les guerres, médicales et autres.

FACE À FACE: A-t-on eu raison de recourir à la conscription en 1940?

A-t-on eu raison de recourir à la conscription en 1940?

SERGE DURFLINGER: est professeur d’histoire à l’Université d’Ottawa. Il est notamment l’auteur de Veterans with a Vision: Canada’s War Blinded in Peace and War et Fighting From Home: The Second World War in Verdun, Québec. [Illustrations de Joel Kimmel]

Le gouvernement  de William Lyon Mackenzie King a eu entièrement raison d’adopter la Loi sur la mobilisation des ressources nationales (la LMRN) le 21 juin 1940 pour aider le Canada à se préparer à la guerre et à prêter main-forte à la Grande-Bretagne, qui était alors en péril.

Imposer une conscription limitée dans le but de défendre la nation était une réponse raisonnable et mesurée à la tragédie qui s’abattait sur l’Europe. 

Le Canada a suivi l’exemple de la Grande-Bretagne et de la France en déclarant la guerre à l’Allemagne en septembre 1939. Le conflit ne semblait pas immédiat pendant la « drôle de guerre », et donc, le recrutement est resté volontaire, conformément à la promesse du premier ministre de ne pas promulguer de loi sur la conscription.

Les Allemands ont envahi les Pays-Bas et la France le 10 mai, mettant rapidement leurs armées en déroute, ainsi que le Corps expéditionnaire britannique qui s’est retiré du continent à Dunkerque (Voir p. 44 en anglais). Le monde entier est resté abasourdi; et les Canadiens, horrifiés. Puis, l’Italie est entrée en guerre aux côtés de l’Allemagne, et la France a signé un armistice à la troisième semaine du mois de juin. Tout d’un coup, le Canada s’est vu propulsé dans le rôle d’allié du second rang.

Une mentalité de situation de crise a pris racine. Ottawa, très inquiet de la sécurité de la Grande-Bretagne et du Canada, a abandonné sa politique de guerre à « responsabilité limitée ».

La LMRN n’a pas seulement servi à constituer une armée de conscrits pour la défense du pays. C’était aussi une loi-cadre, sous l’autorité de laquelle ont été promulgués une multitude d’ordonnances et de règlements.

« Une situation d’urgence exceptionnelle se présente, et le Canada est en danger », annonçait gravement la loi.

L’article 3 de la loi précisait qu’aucun Canadien appelé sous les drapeaux ne serait obligé de servir au-delà des eaux territoriales du Canada. Par conséquent, Ottawa a mobilisé des hommes âgés de 21 à 24 ans et leur a donné une formation de 30 jours (prolongée à quatre mois lors des mobilisations ultérieures). Ils allaient servir pendant toute la durée de la guerre à protéger nos côtes, rejoindre des garnisons défensives et garder des installations vitales.

Très peu de voix se sont élevées pour s’opposer à la mesure, même au Québec, bien que certains membres de l’opposition conservatrice ou de la presse aient demandé au gouvernement d’imposer une conscription avec un service outre-mer complet. Cela aurait toutefois provoqué une énorme crise politique comparable à celle de 1917. L’armée chargée de la défense du pays n’était pas une demi-mesure; c’était une première loi sur laquelle de nouvelles politiques sur la main-d’œuvre pouvaient être ajoutées, et c’est ce qu’il se passa.

Alors qu’en 1940 il semblait improbable que le Canada soit la cible d’attaques directes des Allemands (les ententes ultérieu-res avec les États-Unis rendant cette possibilité encore moins envisageable), Ottawa estimait, à juste titre, que cela valait la peine d’adopter toute politique qui augmenterait le nombre d’hommes sous les drapeaux, encouragerait l’esprit de lutte du peuple ainsi que sa participation à l’effort de guerre, et créerait un cadre pour une meilleure sécurité nationale.

Plus de 150 000 Canadiens ont été appelés à défendre le pays pendant la guerre. Environ 60 000 de ces soldats se sont portés volon-taires pour le service complet outre-mer, l’une des plus grandes contributions de l’armée de la LMRN, trop souvent négligée.


J.L. GRANATSTEIN: est l’auteur de dizaines de livres, notamment Who Killed Canadian Military History? et Canada’s Army: Waging War and Keeping the Peace. Il a été directeur et chef de la direction du Musée canadien de la guerre.[Illustrations de Joel Kimmel]

Le major-général Harry Crerar qui était en Grande-Bretagne est revenu au Canada en juillet 1940 pour prendre la fonction de chef de l’état-major général à la tête de l’Armée canadienne. Le Parlement avait adopté la Loi sur la mobilisation des ressources nationales (la LMRN) le mois précédent, peu de temps après la chute de la France et le miracle de Dunkerque.

La « pression de l’opinion publi-que » pour « se mettre en guerre » était si forte, disait Crerar, qu’on se savait plus où donner de la tête au ministère de la Défense nationale. La LMRN, qui prévoyait que 30 000 appelés par mois devaient suivre un entrainement de 30 jours, était l’un des signes d’un « processus très superficiel » qui, au mieux, pourrait donner « l’esprit militaire » aux hommes, écrit-il.

On ne manquait pas de volontaires (plus de 150 000 personnes s’étaient déjà enrôlées pour le service à l’étranger), mais vu la pénurie d’armes modernes et de personnel instructeur, on ne pouvait guère transformer les conscrits en soldats en un mois.

La première classe d’appelés s’est présentée le 9 octobre 1940. Leur « entrainement » était axé sur les sports, le tir à la carabine et la vie militaire. En fait, l’armée s’employait davantage à vendre un mode de vie plutôt qu’à transformer des civils, façonnés par « vingt années de débauche pacifiste », en soldats, comme l’a fait remarquer un officier. Crerar nota en maugréant qu’il n’était pas possible de faire mieux « parce qu’on ne pouvait s’entrainer qu’avec des fusils américains de la dernière guerre; et sans munition encore! »

C’est donc dans un parfum d’amateurisme absolu que, quand les autorités militaires à Toronto ont accueilli le troisième groupe d’appelés le 10 janvier 1941, elles ont exhorté les hommes « à apporter tout équipement de basketball ou de badminton dont ils disposaient ».

Le Globe and Mail rapporta qu’il n’était pas surprenant qu’« au chapitre de la santé, de l’éducation et des loisirs », beaucoup de conscrits estimaient qu’ils n’avaient « pas perdu leur temps ».

Pire encore, personne à Ottawa ne savait que faire des hommes après leur entrainement. Chose incroyable, personne ne pensa à trouver une passerelle pour qu’ils se portent volontaires pour le service actif tout de suite après la formation et, bien que les appelés soient censés se présenter à l’unité de milice la plus près au terme des 30 jours, personne ne véri-fiait s’ils le faisaient réellement.

La menace pour le Canada était-elle même crédible pendant cette période? Les volontaires ne manquaient pas, car la défense de la Grande-Bretagne était d’une importance primordiale. En outre, la nation restait protégée, et non par les appelés de la LMRN. En aout 1940, le premier ministre Mackenzie King rencontra le président Franklin D. Roosevelt à Ogdensburg, New York, et les deux dirigeants se mirent d’accord pour créer la Commission permanente mixte de défense. C’était la première fois que le Canada et les États-Unis formaient une alliance de défense, et la puissance des États-Unis, même si elle n’était pas encore pleinement mobilisée, garantissait la sécurité du dominion.

Les appelés de la LMRN allaient jouer un rôle important, bien que controversé. Mais à l’été 1940, alors qu’au Canada on s’acharnait à créer une armée à partir de presque rien, les cons-crits avec leur entrainement de 30 jours étaient d’une importance négligeable. En fait, les ressources se faisaient rares, et celles qu’on détournait pour eux auraient été bien mieux employées ailleurs.

FACE À FACE

Était-il acceptable que le général Christopher Vokes ordonne à ses troupes de raser la ville de Friesoythe, en Allemagne, au cours de la Seconde Guerre mondiale?

MARK ZUEHLKE est historien militaire et auteur des 12 tomes de la série Canadian Battle ainsi que du Canadian Military Atlas. Il a reçu le prix d’histoire du Gouverneur général de 2014 pour les médias populaires : le prix Pierre-Berton. [Illustrations de Joel Kimmel]

Avec le recul, qualifié par la morale moderne, la destruction délibérée, les 13 et 14 avril 1945, d’une grande partie de Friesoythe par des soldats canadiens est indéfendable. Les mots exacts du major-général Christopher Vokes auraient été les suivants : « Burn the fucking town (Brulez l’hostie de ville, NDT)! »

Il donna cet ordre parce qu’il croyait que le commandant de l’Argyll and Sutherland Highlander, le lieutenant-colonel Wigle, avait été tué par un civil. En réalité, Wigle avait été tué au cours d’une bataille rangée avec des soldats allemands qui prenaient d’assaut l’état-major de l’Argyll.

La plupart des membres de l’Argyll acceptèrent cependant sans broncher la rumeur concernant le tireur civil qui se répandit rapidement dans les rangs, puis qui parvint aux oreilles du commandement de la 4e Brigade de blindés jusqu’au brigadier Robert Moncel, et puis jusqu’à Vokes. Bien que Wigle n’eût dirigé l’Argyll que depuis février, il avait été décoré de l’Ordre du service distingué et avait été nommé officier de l’Ordre de l’Empire britannique pour son commandement au combat lors des batailles de la Rhénanie. Il s’était fait remarquer par le grand état-major de l’armée qui pensait lui offrir un rang supérieur, et il était populaire auprès de l’Argyll.

La rumeur engendra également un désir de vengeance. « Je conduisais un lance-flammes, déclara le soldat Harold Reid, et nous avons incendié toute la ville ». Ailleurs dans Friesoythe, après avoir regardé impassiblement le clocher d’une égli-se s’effondrer dans la structure enflammée qui le supportait, le soldat Donald Stark entra dans une maison, monta à l’étage, et jeta calmement une grenade de phosphore dans chacune des trois chambres.

Le mémorialiste militaire de la 4e Brigade écrivit qu’alors que la nuit tombait, « Friesoythe [était] un facsimilé raisonnable de L’Enfer de Dante ». Ce qui arriva à Friesoythe ne fut jamais versé aux dossiers et il n’y eut pas d’enquête. Après la guerre, l’historien militaire et lieutenant-colonel CP Stacey confirma l’incendie de Friesoythe en s’y rendant en personne. Il dit de l’incident qu’il s’agissait « de représailles erronées » et ne put découvrir ce qui avait suscité la rumeur du tireur civil.

« Il y a un durcissement certain du point de vue canadien », écrivit le mémorialiste de la 8e artillerie antiaérienne légère immé-diatement après. « Les civils de Friesoythe ont appris que la trahison ne paie pas. [L’Argyll] a été attaqué dans cette ville hier par des forces allemandes soutenues par des civils, et aujourd’hui toute la ville est rasée. Une expiation terrible, mais une expiation que les boches eux-mêmes connaissent et comprennent. Il semble maintenant que continuer à se battre soit une folie, mais tant que les Allemands fanatiques continueront d’accepter [le combat], la guerre se poursuivra. »

Ces mots vont droit au but. Lorsque la guerre tirait à sa fin, quand des Canadiens étaient tués à cause de ce qui était perçu comme étant une action de civils ou une collusion entre des civils et des soldats, cela invitait des repré-sailles brutales. Friesoythe en fut le parfait exemple. Injustifiable aujourd’hui, mais compréhensible dans le contexte de l’époque.

TERRY COPP est directeur émérite du Laurier Centre for Military and Strategic Disarmament Studies de l’Université Wilfrid Laurier. Il est l’auteur de nombreux livres et articles sur le rôle du Canada aux deux guerres mondiales. [Illustrations de Joel Kimmel]

Les historiens ont, dans l’ensemble, fermé les yeux sur les opérations menées par les armées alliées durant les dernières semaines de la guerre, bien que de nombreuses batailles y aient été aussi complexes que celles qui furent livrées à l’ouest du Rhin. Les combats du Canada aux Pays-Bas et en Allemagne étaient brefs, intenses et san-glants. Les combats dans les rues à Groningue, le siège de Delfzijl, la traversée du canal Küsten et la bataille de Leer furent particulièrement difficiles, car la fin de la guerre semblait imminente. Pour les soldats alliés, leurs ennemis étaient des bâtards sanguinaires prêts à mourir au nom du mal ou à se rendre deux minutes après avoir tué un de leurs camarades.

Personne ne prit la peine de leur expliquer qu’il était nécessaire de maintenir la pression pour rassurer les Russes qui craignaient un ralentissement ou la signature d’une trêve séparée avec l’armée allemande.

La 4e Division canadienne (blindée), épuisée par les combats à la trouée de Hochwald en mars, franchit le Rhin au début de la retraite allemande. Sa tâche, qui était de protéger le flanc gauche de la deuxième armée britannique, ne lui semblait pas très risquée, jusqu’au canal de Twente, où le Lincoln and Welland Regiment perdit 67 hommes avant la libération de Delden. En entrant en Allemagne, l’Argyll and Sutherland Highlanders du Canada nettoya Meppen et se mit en marche vers Oldenburg, objectif de la division.

Le Lake Superior Regiment s’avança sur un seul axe que les ingénieurs décrivirent comme « le cœur d’une tourbière qui ne permettait pas de déviation par rapport à un front droit et étroit » et captura Sögel le 9 avril. Mais lorsque les unités de soutien entrèrent dans le village, un groupement tactique allemand comprenant « de très jeunes hommes sans uniforme militaire discernable » contrattaqua, obligeant les hommes de l’ambulance légère no 12 à défendre leur infirmerie de campagne « à l’aide d’armes empruntées aux patients ». Cinq membres du personnel médical furent blessés.

Par la suite, les ingénieurs de la division utilisèrent de la dynamite pour détruire les bâtiments de Sögel puis se servirent des décombres pour construire la « route qui sombre » vers Oldenburg.

Après Sögel, même les adolescents les plus jeunes furent obligés de lever les mains et de retourner leurs poches quand ils se ren-daient. À Friesoythe, l’Argyll mena comme à son habitude une attaque bien pensée pour saisir la ville, mais son état-major fut attaqué et trois hommes, dont le commandant, le lieutenant-colonel Wigle, furent tués. Une rumeur circula selon laquelle Wigle aurait été tué par un civil, et quelques soldats de l’Argyll incendièrent plusieurs maisons en représailles. Cet incident aurait pu facilement être réprimé par des dirigeants responsables; au lieu de cela, le Mgén. Chris Vokes, officier promu bien au-dessus de ses capacités, ordonna la destruction totale de la ville. Plus de deux tiers des 391 bâtiments de Friesoythe furent détruits ou endommagés, y compris les deux églises. Vokes et les soldats qui obéirent à ses ordres ont déshonoré l’armée. Ils auraient dû en répondre en 1945 et le devraient encore aujourd’hui.

Un mandat clair

Le premier ministre Justin Trudeau a rompu à nouveau avec la tradition en publiant les lettres de mandat qui ont été envoyées aux ministres après leur cérémonie d’assermentation tenue à la résidence du gouverneur général le 20 novembre.

Dans ces lettres est décrit sommairement le mandat qui échoit à chaque ministre.

Celle qu’a reçue le ministre des Anciens Combattants, Lawrence MacAulay, est longue et pleine d’une rhétorique éculée, mais elle contient aussi de nouveaux objectifs, voire de nouvelles idées (c.f. p. 61 de la version anglaise).

Une des initiatives, qui s’écarte heureusement des pratiques habituelles, consiste à adopter l’approbation automatique des demandes d’invalidité les plus courantes. Peut-on vraiment douter que quelqu’un qui sert dans l’artillerie ou à bord d’un sous-marin, ou qui entretient des moteurs d’avion, puisse subir des dommages auditifs?

Une autre initiative, évoquée à maintes reprises, concerne l’élaboration d’un service d’intervention rapide par des travailleurs sociaux, des conseillers en gestion de cas et des travailleurs de soutien par les pairs. On attendait cela depuis longtemps, et cela va de pair avec l’instruction donnée antérieurement de « collaborer avec le ministre de la Défense nationale afin d’assurer aux membres des Forces armées canadiennes une transition sans heurts et plus facile aux programmes et aux services d’Anciens Combattants Canada ».

Les anciens combattants pourront obtenir des services de counseling à hauteur de 3 000 $ avant même qu’une demande de prestation d’invalidité soit déposée.

Ces trois initiatives devraient se révéler utiles pour rattraper les retards dans le traitement des demandes d’invalidité, dont les délais sont souvent inacceptables.

M. MacAulay doit coopérer avec la minis-tre de l’Emploi, du Développement de la main-d’œuvre et de l’Inclusion des personnes handicapées « afin de créer des services nationaux de soutien à l’emploi et à la formation pour offrir des services d’orientation professionnelle, de jumelage d’emploi et d’aide à l’emploi adaptés aux besoins des familles des militaires et des policiers ».

Une nouvelle initiative concerne la construction de logements abordables, où les anciens combattants qui ont besoin d’une aide supplémentaire pourront bénéficier d’un appui social et sanitaire. Il y a de nouveau une demande de simplifier l’ensemble des avantages pour réduire les redondances et les charges admi-nistratives et améliorer la performance d’ACC.

La lettre appelle également à davantage de transparence et de communication pour aider les anciens combattants et leurs proches à connaitre, comprendre et anticiper les services et avantages auxquels ils ont droit. Elle invite le ministre à adopter le principe « un ancien combattant : une norme » pour la prestation de services de son ministère.

Le ministre est chargé de conclure les ententes de contribution pour la création du Centre d’excellence sur la douleur chronique à Hamilton et l’appui au travail de l’Institut canadien de recherche en santé militaire et des vétérans.

Le Centre de la plage Juno à Courseulles-sur-Mer, en France, est expressément mentionné comme méritant des fonds pour poursuivre son travail d’information et de commémoration des militaires canadiens à la Seconde Guerre mondiale.

La lettre n’entre pas dans les détails, cette responsabilité incombe au ministre, mais les instructions qu’elle contient sont pertinentes et nécessaires.

Pour répondre aux attentes formulées, le ministre devra aussi se pencher sur un certain nombre de problèmes soulevés par les organisations d’anciens combattants comme la Légion royale canadienne.

Parmi eux, la nécessité d’adopter une stratégie nationale pour les anciens combattants sans abri et d’améliorer l’accès au Programme pour l’autonomie des anciens combattants et aux lits de soins de longue durée réservés exclusivement aux anciens combattants, auxquels certains d’entre eux n’ont pas accès.

Il est encourageant de voir que le mandat est défini clairement et offert aux yeux du public. Cela nous permettra d’évaluer la performance du ministre et de demander des comptes au gouvernement si ces initiatives tombent à l’eau.