Soldats aux études

Canada, le service militaire et l’éducation vont de pair. Chacun des stades de la formation du soldat est une forme d’éducation, bien sûr, mais cette formation vise la composition d’une armée victorieuse.

En 1916, les soldats canadiens au front et ceux qui étaient en formation en Angleterre demandèrent un enseignement auxiliaire en prévision de l’après-guerre, et une initiative financée par le gouvernement appelée la Khaki University of Canada fut instituée (page 28 de la section anglaise). Ainsi, des dizaines de milliers d’anciens combattants revinrent au pays avec de nouvelles compétences, en plus de leur apprentissage militaire.

Cinquante-quatre-mille vétérans de la Seconde Guerre mondiale firent des études universitaires grâce à l’aide financière mise en place dans le cadre de la Loi sur la réadaptation des anciens combattants. Au cours des années 1970, les Forces canadiennes offrirent des prêts à faible intérêt pour l’enseignement postsecondaire à leurs membres, aux anciens combattants et aux personnes à leur charge. Elles offrent encore des régimes de financement d’études pour le collège, l’université et des programmes d’études supérieures. Anciens combattants Canada fait sa part aussi, mais pourrait faire plus.

L’allocation pour études et formation qu’ACC a instituée le 1er avril 2018 est conçue pour aider les anciens combattants qui veulent parfaire leur éducation.

Ils doivent avoir été libérés honorablement des FAC et avoir au moins six années de service à leur actif pour avoir droit à un maximum de 40 000 $, ou avoir au moins douze années de service pour avoir droit à un maximum de 80 000 $. De plus, leur demande doit être déposée dans les dix ans suivant la date de leur retour à la vie civile et concerner un des établissements d’enseignement qui sont sur la liste d’Emploi et Développement social Canada.

CELA RESSEMBLE UNE PÉNALITÉ FINANCIÈRE AU MOMENT CRUCIAL OÙ LES ANCIENS COMBATTANTS AMORCENT UNE TRANSITION IMPORTANTE DE LEUR VIE.

Mais le programme a plusieurs lacunes.

Il ne propose pas d’allocation de subsistance. Cela exclut de nombreux anciens combattants qui ne peuvent tout simplement pas se permettre d’étudier à temps plein.

Le montant est imposable. Cela ressemble à une pénalité financière au moment crucial où les anciens combattants amorcent une transition importante de leur vie, en particulier ceux qui travaillent à plein temps et suivent des cours du soir. L’aide aux études ne devrait pas être assujettie à l’impôt.

Il n’est offert qu’aux anciens combattants qui ont quitté l’armée après avril 2006. Il devrait être accessible à tous les anciens combattants.

Les anciens combattants doivent en faire la demande au plus tard dix ans après avoir quitté l’uniforme (à l’exception de la cohorte libérée entre le 1er avril 2006 et le 31 mars 2018 qui peut faire une demande jusqu’en 2028). Comme le monde du travail évolue sans cesse, certains anciens combattants auront besoin de se reconvertir après la décennie écoulée depuis leur libération.

Si l’éducation est la clé du succès, le gouvernement devrait s’en servir pour ceux qui ont servi.

Un timbre et une pièce pour commémorer l’armistice

Postes Canada et la Monnaie royale canadienne ont produit des tirages commémoratifs en l’honneur du 100e anniversaire de l’armistice qui mit fin à la Première Guerre mondiale.

« La Monnaie royale canadienne est fière de commémorer la bravoure, le sacrifice et la détermination, à la fois au champ de bataille et au front intérieur, des Canadiens, des Terre-Neuviens et des Labradoriens qui prirent part à la victoire des Alliés lors de la Première Guerre mondiale, a déclaré Jennifer Camelon, PDG intérimaire de la Monnaie royale canadienne. Cette nouvelle pièce commémorant l’armistice invite les Canadiens à se souvenir de leurs prédécesseurs qui ont risqué leur vie ou fait le sacrifice ultime lors de la Première Guerre mondiale pour défendre nos valeurs et nos libertés. »

La pièce de circulation de deux dollars souligne l’anniversaire du cessez-le-feu qui a mis fin aux combats à la 11e heure du 11e jour du 11e mois de 1918. Elle a été dévoilée en présence de personnalités invitées à l’usine de la Monnaie à Winnipeg.

Sur la pièce, conçue par l’artiste canadienne Laurie McGaw, figurent deux symboles du souvenir : le casque Brodie porté par les soldats du Canada à la Première Guerre mondiale et un grand coquelicot, rouge vif dans la version colorée. Deux autres coquelicots sont gravés sur la bague extérieure qui comprend également une bannière portant les mots anglais et français « Remember » et « Souvenir » ainsi que l’année « 2018 ». Sur l’avers se trouve l’image de la reine Elizabeth II conçue par l’artiste canadienne Susanna Blunt en 2003.

« Nous saluons les nombreux Canadiens et Canadiennes qui ont répondu à l’appel au service et en particulier, cette année, ceux qui ont pris part à la tragique Première Guerre mondiale, »  a déclaré le président national de la Légion, Tom Irvine. La Légion royale canadienne détient les droits liés à l’utilisation du coquelicot au Canada.

« Cette importante pièce commémorative est une façon de nous assurer que nous n’oublierons jamais leur sacrifice, » a-t-il dit.

Le nouveau timbre de première classe perpétuel de Postes Canada représente une colombe volant au-dessus d’un barbelé sur fond de paysage dévasté par la guerre. Le mot « Armistice » est inscrit au coin supérieur droit, ainsi que les années 1918 et 2018, séparées par un coquelicot. Il a été conçu par Larry Burke et Anna Stredulinsky de la firme Burke and Burke d’Halifax.

Le timbre a été dévoilé au Centre de soins de santé pour anciens combattants Perley-Rideau à Ottawa.

Sur les plus de 650 000 Canadiens qui servirent avec les Alliés pendant la Première Guerre mondiale, plus de 66 000 furent tués et 172 000, blessés.

L’armistice qui, au front occidental, fit taire les armes à 11 heures, fut signé tôt le matin du 11 novembre 1918 dans une voiture de chemin de fer près de Compiègne, en France.

Il fallut plusieurs mois avant que le Traité de Versailles n’achève officiellement « la Der des Ders », la guerre qui devait en finir avec la guerre, en partageant l’Europe et le Moyen-Orient entre les vainqueurs; les retombées de ce partage sont encore évidentes de nos jours.

D’autres renseignements sur la pièce de 2 $ et le timbre de Postes Canada se trouvent à www.mint.ca/armistice et www.canadapost.ca.

Un simple appel téléphonique pour obtenir de l’aide.

À votre service est écrit par des officiers d’entraide des directions de la Légion. Pour communiquer avec un officier d’entraide, composez sans frais le 1-877-534-4666, ou visitez le site Web d’une direction. Consultez www.legionmagazine.com pour les archives des trois dernières années.

Qu’est-ce que le Service d’aide d’Anciens Combattants Canada (ACC)?

Le Service d’aide d’ACC est un service téléphonique de consultation et d’aiguillage sans frais offert sept jours sur sept et vingt-quatre heures sur vingt-quatre aux anciens combattants, aux anciens membres de la GRC, à leur famille et à leurs aidants naturels. Le Service d’aide d’ACC est un service libre et confidentiel assuré par une équipe nationale de professionnels de la santé mentale.

Lorsque vous appelez, un professionnel de la santé mentale vous pose des questions afin de déterminer quels sont vos besoins puis, selon l’endroit où vous êtes, il vous met en contact avec un autre professionnel de la santé mentale pour une consultation en personne. Ces services sont gratuits.

Quels genres de consultation sont offerts?

Le Service d’aide d’ACC peut offrir jusqu’à 20 séances de consultation psychologique dans de nombreux domaines, dont les questions concernant le travail, la santé physique ou mentale, les problèmes familiaux ou conjugaux et d’autres problèmes qui touchent les anciens combattants, les anciens membres de la GRC, leur famille et les aidants naturels. Des services d’accompagnement du deuil sont aussi offerts.

Vous pouvez joindre le Service d’aide d’ACC au numéro 1-800-268-7708. Les personnes malentendantes devraient com-poser le 1-800-567-5803 (ATS).

Face à Face: Est-il temps de repenser et de remplacer l’uniforme de combat de l’Armée canadienne?

[Combat Camera]

Stephen J. Thorne dit que OUI.

En 2002 et en 2003, une tempête dans un verre d’eau a sévi à Ottawa à propos des tenues de combat que les Canadiens portaient à quelque 10 600 kilomètres de là.

Dans les climats arides de l’Afghanistan, nos soldats étaient, Ô scandale, vêtus de vert. Selon les pontes et les hommes politiques qui n’avaient d’ailleurs jamais mis les pieds en Afghanistan ni en quelque endroit qui y ressemblât un tant soit peu, l’uniforme était une source d’embarras.

Ces arguments, a répliqué un vétéran de l’Afghanistan, « étaient plus politiques que tactiques ».

Le fait est qu’au moins la moitié des armées de la coalition, y compris celles du Moyen-Orient, portait du vert.

Et, par un heureux hasard, les tenues pimpantes des Canadiens décolorées après deux ou trois lavages se sont révélées idéales dans une bonne partie du terrain afghan.

Les pilotes d’hélicoptère américains qui assuraient la couverture aérienne et l’approvisionnement disaient qu’il était très difficile de repérer les Canadiens. Beaucoup plus difficiles à repérer, disaient-ils, que les soldats américains. En outre, les uniformes canadiens étaient pratiquement invisibles pendant la nuit, tandis que l’uniforme pâle des Américains faisait tache.

Les uniformes canadiens étaient, en fait, un triomphe, même si c’était par hasard, et les soldats n’avaient pas peur de les porter. Les Canadiens ont fini par obtenir leurs treillis pour le désert commandés avant même que la controverse ne pointe son nez. Plus foncés que l’uniforme américain, ils se sont montrés efficaces dans les divers environnements où les Canadiens ont été appelés à servir.

UN DEMI-MILLIARD DE DOLLARS? SI
C’EST LE PRIX À
PAYER,
SERRONS LES DENTS
ET REMPLAÇONS LES UNIFORMES DE NOTRE ARMÉE
.

Au cours des années qui ont suivi, le treillis a été remanié. Les poches ont été déplacées pour s’adapter aux nouvelles vestes pare-balles. Le pantalon pouvait être scellé, et on pouvait y insérer des genouillères. La chemise a été ajustée; le col, retaillé. Et tout cela s’est fait d’après les conseils des soldats qui avaient l’expérience du terrain.

L’ennui, c’est qu’il se décolore encore. En fait, la différence entre une tenue canadienne neuve et une tenue usagée est si grande qu’on pourrait douter qu’il s’agit du même uniforme.

Le treillis doit être bon, efficace et plaisant, sans quoi le moral des troupes fléchit. L’habillement est fondamental pour l’efficacité opérationnelle dans la plupart des métiers et professions.

Le fait est que les soldats et les pilotes savent mieux que quiconque ce qui fonctionne. Si les soldats canadiens disent avoir besoin de nouveaux uniformes, qu’on leur en donne.

Certes, la décoloration de la tenue a eu des avantages inattendus, mais elle n’est plus acceptable aujourd’hui. Comme le chef d’état-major de la défense l’a observé récemment, les soldats canadiens ne devraient pas porter un uniforme miteux. La mission actuelle du Canada au Mali avait à peine commencé que les tenues de camouflages étaient déjà décolorées.

Il y aurait des avantages à acheter le Multicam américain. Le graphisme et les coloris conviennent à tous les environnements. Les modifications nécessaires seraient simples, l’approvisionnement serait facile, l’investissement en recherche-développement serait moindre, et le tout pourrait être une aubaine. Et sur le terrain, on repèrerait facilement qui est de notre côté.

Les treillis de combat ne sont pas un enjeu politique. Il s’agit d’une question de respect fondamental, de confort, de commodité et même de sécurité pour nos soldats. Un demi-milliard de dollars? Si c’est le prix à payer, serrons les dents et remplaçons-les.


David J. Bercuson dit que NON.

L’Ottawa Citizen a rapporté l’été dernier que le général Jonathan Vance, chef d’état-major de la défense, voulait remplacer l’uni-forme vénérable à dessin de camouflage canadien (DCamC) par un nouveau camouflage selon le modèle américain appelé Multicam. Le projet pourrait couter jusqu’à 500 millions $, soit environ le prix de huit avions de combat F-35. Nous n’avons pas besoin de nouveaux treillis et nous n’avons pas besoin de dépenser un demi-milliard de dollars pour en acquérir.

Les Forces canadiennes ont acquis le DCamC pour régions boisées tempérées à la fin des années 1990 pour remplacer les uniformes vert foncé que les soldats canadiens portaient pendant la guerre froide. Un autre coloris a été commandé en même temps pour le désert ou les tropiques et, à l’exception de leur premier déploiement en Afghanistan, en 2002, les soldats canadiens l’ont porté pendant toute la durée de la mission canadienne. Les Canadiens portent actuellement ce même DCamC pour régions désertiques au Mali.

Lorsque le modèle de graphisme numérique a été adopté, il était en avance sur la plupart des modèles de camouflage utilisés par les États-Unis et par d’autres pays de l’OTAN. Spécialement conçu pour le rendre beaucoup plus difficile à discerner par l’ennemi dans les régions vertes ou désertiques, il a donné un avantage aux soldats canadiens par rapport à leurs alliés et à leurs ennemis sur le terrain.

Les États-Unis ont adopté peu après le graphisme de camou-flage numérique, dans une grande variété de tons de base, pour les diverses branches de ses forces armées. En fait, il y avait tant de variétés de camouflage que le Congrès américain a exigé que l’armée réduise le nombre de modèles à trois ou quatre.

En ce qui concerne les dépenses pour la défense, le Canada n’a pas les mêmes moyens que les États-Unis, loin s’en faut. Où trouverait-on un demi-milliard de dollars pour rhabiller nos soldats? L’argent ne tombe pas du ciel, et chaque dollar dépensé ici est un dollar qui ne peut pas être dépensé ailleurs. Les plaintes au sujet du coût des F-35 ont, à toutes fins utiles, mis un terme à ce projet au Canada. Treize autres pays ont passé leur commande et plusieurs d’entre eux sont déjà en train d’intégrer les nouveaux avions dans leurs flottes. Le Canada, lui, ne prendra pas sa décision finale sur cet approvisionnement avant au moins quatre ans, tant la controverse est vive, mais nous aurions un demi-milliard de dollars à consacrer à de nouveaux uniformes?

Le DCamC que le Canada a adopté à la fin des années 1990 est un très bon modèle, et il n’a rien d’obsolète. Il était alors en avance sur son temps, et il reste l’égal des motifs de camouflage numériques qu’utilisent d’autres pays. Une tenue de camouflage supérieure contri-buerait certainement à améliorer un peu la sécurité de nos soldats, mais de quel autre équipement les priverait-on en contrepartie?

Le MDN devrait peut-être se tourner vers les Forces de défense israéliennes. L’armée israélienne, qui a pris part à de nombreuses guerres au cours des 50 dernières années, utilise le même uniforme brun-vert depuis au moins qua-rante ans. Les bottes ont changé, les casques ont changé, le filet de camouflage a changé, mais l’uniforme est toujours le même. Si Israël peut se passer de nouveaux uniformes, pourquoi seraient-ils une nécessité chez nous?


STEPHEN J. THORNE est photographe, rédacteur et journaliste primé. Il a fait des reportages sur la chute de l’apartheid en Afrique du Sud et sur le front au Kosovo et en Afghanistan.

David J. Bercuson, auteur de notre rubrique « Eye on defence » (Œil sur la défense, NDT), est directeur du Centre for Military and Strategic Studies de l’Université de Calgary.

Attestation de service

En septembre dernier, le gouvernement fédéral a annoncé que, à la demande insistante de militaires, d’anciens combattants et d’organismes de soutien, il rétablirait les cartes de service pour les anciens combattants du Canada. Il s’agit d’une excellente décision, mais trop longtemps attendue, et qui pourrait aller plus loin.

La carte de service de vétéran (CSV) est remise aux membres des Forces armées canadiennes lorsqu’ils quittent le service, pourvu qu’ils aient réussi la formation de base et qu’ils aient été libérés honorablement. Il s’agit d’une initiative conjointe des FAC et d’Anciens combattants Canada.

La carte est un moyen pour les anciens combattants de maintenir leurs liens avec les programmes de soutien aux militaires ou aux anciens combattants et de rester en contact avec les FAC. Elle comporte la photographie, le matricule, le grade à la libération, le nom et les années de service du titulaire (mais pas sa date de naissance), et, chose très importante, elle porte aussi la mention « Veteran/Vétéran ».

« Cette nouvelle carte rend hommage à votre service, » a déclaré le ministre de la Défense nationale, Harjit Sajjan, lors de l’annonce faite en septembre. « Où que vous alliez, vous serez reconnu en tant qu’ancien combattant. »

La carte est distribuée par étapes. La première étape, qui a débuté en septembre 2018, concerne tous les membres nouvellement libérés des FAC. La deuxième étape, qui a débuté en décembre 2018, concerne les vétérans des FAC qui ont été libérés entre 2016 et 2018. La troisième étape, à partir de l’été 2019, concernera les vétérans des FAC qui ont été libérés avant 2016. Quelque 450 000 anciens combattants libérés honorablement avant 2018 ont droit à la nouvelle CSV.

La nouvelle carte reprend là où une carte similaire avait été abandonnée par les FAC en 2015-16. C’était le registre de service, qui était remis aux membres de la force régulière ou de la force de réserve à leur libération après au moins 10 ans de service. Il comportait aussi le matricule, la dernière photo d’identité utilisée, le rang à la libération et les années de service. Il ne comportait pas de date de naissance ni autre élément d’identification, et il ne comportait aucune mention indiquant que le titulaire était un ancien combattant.

Si vous avez une de ces anciennes cartes, vous n’avez pas besoin de demander la nouvelle CSV. Elles donnent toutes deux accès aux programmes de soutien d’ACC et sont toutes deux désignées NDI 75 (National Defence Identification).

Deux lacunes demeurent, toutefois : contrairement à d’autres documents comme le passeport, le permis de conduire et la carte de santé ou certains autres documents, la CSV n’est pas une pièce d’identité reconnue officiellement au Canada. Et elle n’inclut pas la famille des anciens combattants, que les FAC et ACC cherchent de plus en plus à appuyer. Une carte d’identité pour les familles d’anciens combattants permettrait de reconnaitre les sacrifices que les proches de militaire font eux aussi, et l’appui qu’ils leur procurent lors de leur retour à la vie civile.

À votre service: Retour du registre de service

Les Forces armées canadiennes (FAC) vont ramener la carte NDI 75 en tant que carte d’identité des anciens combattants ser-vant à reconnaître le service de ses membres et à encourager l’affiliation durable aux FAC. La Légion n’ayant pas encore obtenu tous les renseignements, l’objet du présent article est de vous prévenir de l’adoption imminente de la carte de service de vétéran (CSV) NDI 75, qui doit remplacer le registre de service NDI 75.

Auront droit à cette carte les anciens combattants reconnus en vertu de la définition de « vétéran » utilisée par Anciens Combattants Canada (ACC). La carte sera remise à tout membre des FAC qui a accompli l’instruction de base et a été libéré honorablement.

La distribution des CSV NDI 75 devrait s’effectuer en trois étapes à partir de septembre 2018 :

• d’abord, à tous les membres des FAC récemment libérés;

• ensuite, à partir de décembre 2018, aux membres des FAC libérés entre le 1er avril 2016 et septembre 2018 qui en feront la demande;

• enfin, à l’été 2019, à tous les membres des FAC rendus à la vie civile avant le 1er février 2016 qui en feront la demande.

Une ligne téléphonique pour les renseignements généraux doit être mise en place pour les étapes 2 et 3 et sera annoncée en temps opportun.

Erratum

Une erreur s’est glissée dans l’article « À votre service » de notre numéro de septembre/octobre, lequel aurait dû commencer par cette phrase-ci : « Si l’on vous
a accordé une admissibilité

partielle liée à une perte auditive (1/5, 2/5, 3/5 ou 4/5), vous devriez demander à un officier d’entraide de direction de la Légion royale canadienne d’examiner votre dossier. » Les évaluations sont exprimées en pourcentages tandis que les admissibilités le sont en fractions. Il ne faudrait pas les confondre. Nous nous excusons
de tout malentendu.


À votre service est écrit par des officiers d’entraide des directions de la Légion. Pour communiquer avec un officier d’entraide, composez sans frais le 1-877-534-4666, ou visitez le site Web d’une direction. Consultez www.legionmagazine.com pour les archives des trois dernières années.

Face à Face: Les Alliés auraient-ils dû mettre un terme aux attaques le 10 novembre?

Terry Copp dit que OUI


Le 28 septembre 1918, le général Erich Ludendorff, commandant de l’armée allemande, admit qu’il avait perdu la guerre. « Si nous avions le pouvoir de redresser la situation dans l’Ouest, bien sûr, tout ne serait pas encore perdu, dit-il. Mais nous n’avions aucun moyen pour ça […]. Nous ne pouvions nous attendre qu’à nous faire repousser sans cesse. »

Insistant sur le fait que « chaque heure qui passe est dangereuse »,le général concentra ses efforts sur la création d’un nouveau gouvernement en Allemagne et l’arrêt immédiat des hostilités. Le prince Maximilien de Bade fut nommé chancelier le 4 octobre, et, affirmant qu’il souhaitait « éviter de nouveaux bains de sang », il demanda au président américain Woodrow Wilson de négocier un armistice immédiat.

M. Wilson répondit le 8 octobre qu’il exigeait le « retrait des forces dans tous les territoires envahis »sans délai. Le 12 octobre, les Allemands acceptaient d’évacuer les territoires occupés, pourvu qu’une commission internationale supervise le processus. Cette tactique dilatoire fut rejetée par Wilson.

La coterie de décideurs allemands demeurait divisée et incertaine. Le général voulait éviter la responsabilité d’une reddition militaire tandis que Rupprecht, prince héritier de Bavière, insistait pour « faire la paix avant que l’ennemi n’entre en Allemagne ».

Le 6 novembre, les Canadiens traversèrent la frontière
entre la France et la Belgique, en direction
de Mons, «
sans opposition ».

Le 26 octobre, le gouvernement turc envoya des émissaires signer un accord de paix distinct. L’empereur d’Autriche suivit peu après. Le 5 novembre, le maréchal français Ferdinand Foch fut autorisé « à recevoir des représentants du gouvernement allemand et à leur faire part des conditions de l’armistice ».Les conditions furent posées le 8 novembre dans un wagon de chemin de fer, dans la forêt de Compiègne, au nord-est de Paris. Les délégués allemands avaient 72 heures pour signer l’armistice.

Les longues négociations n’eurent guère d’impact sur les opérations militaires alliées, ce qui pose question quant au bienfondé de la poursuite des combats alors que la guerre était pratiquement gagnée.

Le problème devint particulièrement important pour les Canadiens après que le Lieutenant-général sir Arthur Currie fut critiqué pour la mort inutile de ses soldats aux dernières heures de la guerre. Les rumeurs, les insinuations et les atteintes à sa réputation, particulièrement par sir Sam Hughes, aboutirent en 1928 au mémorable procès en diffamation à Port Hope, en Ontario, où sir Currie défendit sa réputation et où on lui donna raison. Pourtant, encore aujourd’hui, il y a des doutes sur la légitimité de ses actes.

Après la prise de Valenciennes le 3 novembre, les ordres de la Pre-mière armée britannique au lieute-nant-général étaient d’agir « vigoureusement […] afin d’empêcher les Allemands d’établir une nouvelle ligne ». Le 6 novembre, les Canadiens traversèrent la frontière entre la France et la Belgique, en direction de Mons, « sans opposition ».

Pendant la soirée du 9 novembre, sir Currie avait une décision à prendre : attendre 36 heures pour voir si les Allemands avaient accepté les conditions ou donner l’ordre
de prendre Mons. Il décida que « le dossier des combats des troupes canadiennes devrait se solder par la capture de Mons », et il leur ordonna de s’avancer. Il en couta au Canada 18 officiers et 262 militaires du rang tués, blessés ou disparus durant les deux derniers jours de la guerre, des pertes d’autant plus tragiques qu’elles étaient inutiles.


Geoffrey Hayes dit que NON

Les combats qui mirent fin à la première guerre mondiale en Europe de l’Ouest auraient-ils dû se terminer avant l’armistice du 11 novembre 1918? Les gens qui le croyaient à l’époque contribuèrent à créer une vision de la guerre qui gagna en popularité dans les années 1960 :des ânes impitoyables sacrifiant toujours plus de jeunes lions au cours des dernières heures de la guerre pour des gains douteux. 

Le sujet fut rapidement politisé au lendemain de la guerre. Aux États-Unis, les républicains cuisinèrent sans relâche le général John Pershing et ses collaborateurs sur la mort d’Américains au cours des derniers jours de la guerre pour marquer des points contre les démocrates de Woodrow Wilson. Les batailles furent moins partisanes au Canada, mais tout aussi perfides.

En mars 1919, Sam Hughes, ancien ministre de la Milice et de la Défense, accusa le lieutenant-général Arthur Currie, commandant du Corps canadien, d’avoir gaspillé des vies en lançant des troupes à l’assaut de Mons durant la matinée du 11 novembre. Ces hommes, maintenait Hughes, n’étaient morts que pour un symbole dérisoire : c’est à Mons que les Britanniques avaient été mis en déroute en 1914.

Hughes, assoiffé de vengeance à l’égard du lieutenant-général, fut protégé par le privilège parlementaire jusqu’à sa mort, en 1921. Toutefois, quand un journal de Port Hope, en Ontario, répéta ses accusations en 1927, le lieutenant-général lui intenta un procès en diffamation. Sir Currie eut gain de cause, mais la tension occasionnée contribua probablement à sa mort prématurée en 1933.

Les rumeurs d’un cessez-le-feu imminent
ne changeaient pas les ordres.

La politique d’après-guerre et le recul rendent ces dernières victimes particulièrement tragiques. Mais il ne faut pas oublier qu’au début de 1918, les Allemands étaient sur le point de gagner la guerre. Après avoir battu la Russie, l’Allemagne n’avait pas grand avantage à négocier une paix fondée sur les 14 points du président américain Woodrow Wilson. Elle voulait une victoire militaire. Les importantes poussées allemandes du printemps avaient créé un fossé entre les forces britanniques et les forces françaises. Les Allemands avaient fait des milliers de prisonniers et, à toutes fins utiles, détruit la Cinquième armée britannique. Les canons allemands avaient atteint Paris. Il s’en était vraiment fallu de peu.

Les Alliés avaient repris le dessus pendant l’été, quand le général Foch mena une série de contrattaques visant à repousser les Allemands hors de France et de Belgique. Le haut commandement allemand refusait de se soumettre à l’inévitable. Le 4 octobre, la colère en Allemagne contre le kaiser et l’armée, et l’effondrement de leurs alliés poussa les généraux à demander aux Américains la cessation des combats selon les 14 points.

Les Allemands n’en avaient pas totalement fini : le 8 octobre, les Canadiens trouvèrent la ville française de Cambrai en flammes. Deux jours plus tard, un sous-marin allemand coula le paquebot britannique Leinster. Les Britanniques (et les Canadiens) faisaient encore face à des combats difficiles. La fin prit tout le monde par surprise.

Ce n’est qu’avec le recul et dans un contexte de partisannerie politique que l’on peut considérer ces derniers sacrifices comme vains. Les soldats morts le 11 novembre 1918 ont péri de la même manière que le demi-million de leurs compagnons d’armes tombés au cours des dernières semaines de la guerre, alors que les généraux allemands s’efforçaient de rejeter la responsabilité d’une guerre qu’ils avaient presque gagnée, mais qu’ils avaient fini par perdre.


TERRY COPP est directeur émérite du Laurier Centre for Military and Strategic Disarmament Studies de l’Université Wilfrid Laurier. Il est l’auteur de nombreux
livres et articles sur le rôle du Canada aux deux guerres mondiales.

GEOFFREY HAYES est professeur d’histoire agrégé près de l’Université de Waterloo. Sa concentration concerne l’histoire militaire canadienne, le maintien de la paix, l’Afghanistan et le commandement militaire canadien. Il siège également au conseil d’administration de la Fondation canadienne des champs de bataille.

Appel au souvenir

Plus d’un million de Canadiens et de Terre-Neuviens servirent pendant la Seconde Guerre mondiale. Plus de 45 000 d’entre eux y furent tués et 55 000 autres, blessés. En mars 2017, selon Anciens combattants Canada, seuls 41 100 d’entre eux étaient encore en vie, presque tous âgés de 90 ans ou plus.

Beaucoup de ces vétérans de la Seconde Guerre mondiale, si ce n’est la plupart d’entre eux, parlent ou parlaient peu de ce qu’ils avaient vécu à la guerre (sauf lorsqu’ils conversaient avec leurs camarades dans une salle de la Légion), préférant fermer la porte à toutes ces horreurs pour bâtir une nouvelle vie de retour au pays.

Certains, bien sûr, ont écrit leurs expériences. L’auteur Farley Mowat, l’un des plus renommés, a publié And No Birds Sang (Et aucun oiseau ne chantait, NDT) et The Regiment, qui racontent son service au sein de la 1re Division d’infanterie canadienne en Italie. Notre propre bibliothèque contient plus de 350 mémoires et histoires régimentaires, sans compter tous les souvenirs que le magazine relate depuis 92 ans. Mais tout cela n’est qu’un fragment des témoignages qui auraient pu être recueillis auprès de ces anciens combattants réticents et taciturnes.

Dans bien des cas, cette possibilité est perdue à jamais. Nous ne saurons jamais ce qu’ont traversé ces soldats, leurs actions héroïques ou banales, même si nous savons où et quand leur unité a servi. Mais pour ceux qui sont encore parmi nous, il n’est pas trop tard, si on les encourage un peu.

Le flambeau du souvenir nous a été transmis, à nous, les descendants de cette génération, les filles et les fils, les petits-enfants et les arrière-petits-enfants. Il nous appartient maintenant de le porter bien haut.

Si vous connaissez un vétéran de la Seconde Guerre mondiale – ou n’importe quel ancien combattant, d’ailleurs –, demandez-lui de raconter son histoire. Enregistrez-la. Écrivez-la. Demandez-lui s’il y a des photographies qui pourraient être cachées dans quelque boîte à chaussures, au grenier. Ou des lettres écrites à la famille. Ou des souvenirs. Ou des médailles. Demandez-lui de vous raconter l’histoire de ces objets. Dites-lui : « Raconte-moi ta guerre. »

Puis partagez ces histoires. Avec vos proches, avec la société d’histoire, le musée ou l’association régimentaire locale, ou encore avec nous, la Revue Légion
(à www.legionmagazine.
com/memoir).

Si nous le faisons tous, leur contribution et leur sacrifice – racontés en leurs propres mots – leur survivront. Sinon, nous ne saurons même pas ce que nous avons perdu.

FACE À FACE: Le raid de Dieppe était-il un raid comme les autres?

Le raid de Dieppe. [LAC]

Terry Reardon dit que OUI

Le début de 1942 était une période sombre pour les Alliés. Les États-Unis étaient entrés en guerre, mais la situation était précaire. L’armée soviétique arrivait à peine à repousser les assauts de l’Allemagne qui menaçait Moscou, et le premier ministre soviétique, Joseph Staline, demandait – ou plutôt, il exigeait – l’ouverture d’un second front en Europe de l’Ouest.

Le ministre des Affaires étrangères, Vyacheslav Molotov rencontra le président Franklin D. Roosevelt qui, de peur que la Russie ne fasse la paix avec l’Allemagne, promit un deuxième front en 1942.

C’était une promesse irresponsable, car il ne disposait pas de suffisamment de troupes ni de péniches de débarquement. Malgré tout, il fallait faire quelque chose, et Roosevelt écrivit au premier ministre britannique Winston Churchill pour lui demander d’agir, ce qu’il fit en chargeant son chef des opérations combinées, lord Louis Mountbatten, de planifier une attaque majeure sur la côte nord de la France.

S’ensuivit le raid amphibie le plus important depuis la campagne de Gallipoli de 1915. La cible était Dieppe, port de la Manche, et les objectifs étaient d’encourager Hitler à détourner des troupes de la Russie et d’obtenir des renseignements pour une invasion future de la France.

Churchill arriva à Moscou le 12 aout 1942 pour donner à Staline la désagréable nouvelle : il n’y aurait pas de deuxième front cette année-là. Leur échange se calma quand Churchill annonça que, pour inquiéter les Allemands, un raid de reconnaissance majeur serait organisé.

« Ils resteront une nuit et un jour, tueront autant d’Allemands que possible et feront des prisonniers, promit Churchill. Et puis ils se replieront […]. L’objectif sera d’obtenir des renseignements et de donner l’impression d’une invasion. »

LES ANALYSES DU RAID DE DIEPPE QUI SE CONCENTRENT UNIQUEMENT SUR CETTE OPÉRATION SECRÈTE MASQUENT AVEUGLÉMENT LES OBJECTIFS POURTANT CLAIRS ET ÉVIDENTS DU RAID

Au début de 1942, les Alliés avaient énormément de difficultés à recueillir des renseignements. Jusque-là, ils pouvaient déchiffrer les messages allemands parce qu’ils avaient décrypté le code de l’Enigma à trois rotors, mais une machine à quatre rotors adoptée depuis confondait les experts (voir page 30).

Un peloton de commandos du Special Operations Executive s’était glissé parmi les attaquants du raid de Dieppe. Leur mission était de s’introduire dans le quartier général de la marine allemande, de mettre la main sur (idéalement) une machine de chiffrage de la marine et (au moins) sur des codes et d’autres documents secrets. Pour cela, il avait fallu une planification détaillée et la participation de la British Naval Intelligence Division.

Les analyses du raid de Dieppe qui se concentrent uniquement sur cette opération secrète masquent aveuglément les objectifs pourtant clairs et évidents du raid. Cette théorie révisionniste prétend que 245 navires et péniches de débarquement transportant 6 100 soldats qui débarquèrent sur six plages avec 58 chars d’assaut et l’appui de 74 escadrons aériens comprenant 1 000 avions ne devaient servir qu’à détourner l’attention de l’opération des commandos. Quel formidable excès de zèle!

Bien que cette nouvelle théorie ait fait l’objet de beaucoup de pu-blicité, elle ne résiste même pas à un examen relativement superficiel, et elle a été rejetée par nombre d’historiens canadiens respectés. Certes, il serait réconfortant de justifier le raid désastreux et les tragiques pertes humaines par une motivation plus importante que son objectif réel; hélas, cela serait tout simplement faux.


David O’Keefe dit que NON

Aucun raid n’est un raid « comme les autres ». Cette notion contredite par l’histoire nous vient d’une affirmation délibérément trompeuse du capitaine John Hughes-Hallett – architecte du raid de Dieppe pour le compte du Combined Operations Headquarters (COHQ [quartier général des opérations combinées, NDT]) de lord Louis Mountbatten – selon laquelle le COHQ faisait un raid « parce qu’il faut en faire ». Comme on l’a appris lors de l’ouverture d’archives classées en 2012, ce subterfuge avait pour but de maintenir la couverture d’une opération secrète : la saisie de matériel et de documents qui aideraient les cryptographes de Bletchley Park à déchiffrer les messages allemands.

Les ressources se faisant rares, notamment les contretorpilleurs et péniches de débarquement, seuls des objectifs vitaux et conformes à l’intérêt immédiat pouvaient justifier l’organisation d’un raid de cette envergure. À ce moment-là, la maitrise des voies maritimes qui étayaient l’effort de guerre des Alliés, l’établissement d’un deuxième front et l’approvisionnement des Soviétiques étaient tous considérés comme des objectifs valables.

Les navires alliés étant affligés par les torpilles des sous-marins allemands en 1941, le décryptage était venu à la rescousse à la suite de raids qui avaient permis de comprendre le fonctionnement de la machine Enigma à trois rotors. Cela avait fait basculer la bataille de l’Atlantique en faveur des Alliés. Quand une machine à quatre rotors a été adoptée par les Allemands au début de 1942 – d’abord dans les U-Boots, puis dans les navires de surface –, ces derniers ont repris le dessus et les Britanniques pensaient que l’obtention de renseignements et peut-être une machine était leur seul espoir.

Toutefois, les Alliés étaient alors sur la défensive, et la seule force pouvant effectuer un tel raid était le COHQ de Mountbatten qui, avec l’aide du renseignement naval britannique, avait établi la politique de toujours organiser ce type d’opération sous couvert de grands raids où « les objectifs doivent toujours être d’une envergure suffisante pour laisser penser à des objectifs normaux ».

LE PLAN AVAIT TOUTES LES CARACTÉRISTIQUES DES AUTRES RAIDS DE SAISIE.

L’opération de Dieppe était différente des opérations planifiées en ce temps-là pour détourner les ressources allemandes du front de l’est. Elle était la cinquième opération de son type, après les raids réussis dans les iles de Lofoten et de Vågsøy en Norvège, et deux autres à Saint-Nazaire et à Bayonne, en France, qui avaient échoué.

Le 13 mars 1942, on obtint confirmation que des navires fréquentant Dieppe transportaient les machines Enigma à quatre rotors. La cible appartenait à la catégorie A1 qui, selon la politique du moment, justifiait la conduite d’opérations spéciales et des pertes humaines élevées s’il le fallait.

La planification commença après cette confirmation et elle fut effectuée par le même atelier du COHQ qui avait orchestré les raids précédents. Dans le plan schématique, tracé avec l’aide du renseignement naval, la saisie du matériel de codage était primordial, et le reste de l’opération devait être organisé autour.

Le plan avait toutes les caractéristiques des autres raids de saisie : effet de surprise, rapidité et effet de choc, voie directe vers la cible, puissance de feu répressive plutôt que destructive, plans de secours multiples pour saisir le matériel; voie précise pour l’acheminer à bon port, plan de destruction pour camoufler la mainmise, couverture médiatique orchestrée pour faire diversion. Il semble impossible de prétendre plus longtemps que le raid de Dieppe était un raid « comme les autres ».

Aider les aidants

[PIXABAY]

lle a 88 ans. L’homme qu’elle a épousé il y a 67 ans, maintenant âgé de 93 ans, est un vétéran de la Seconde Guerre mondiale. Malentendant à la suite de son service, il reçoit une pension d’invalidité et d’autres avantages conformément à la Loi sur les pensions. Ils habitent encore seuls chez eux.

Il y a un an, il s’est cassé le bras gauche. Pendant sa convalescence, il est devenu de plus en plus dépendant d’un fauteuil roulant, ses jambes ne pouvant plus lui servir qu’à passer en chancelant du fauteuil roulant à un fauteuil, de la toilette au lit. Gaucher, il mange maintenant avec sa main droite qui a la tremblotte. Il est diabétique, et il lui faut des injections d’insuline et de multiples pilules quatre fois par jour. Il souffre aussi de démence.

Il n’y a pas si longtemps, cet ancien combattant fictif était encore autonome, et son épouse avait une vie indépendante, et avait du temps libre pour jardiner ou pour peindre. Maintenant, elle consacre ses journées entières à s’occuper de lui. Elle cuisine pour lui, organise ses médicaments, le rase, nettoie son dentier, lui remonte le moral, joue aux échecs avec lui, satisfait à tous ses besoins, le regarde vivre. Des aides sont employés pour les tâches plus exigeantes, comme la douche ou les déplacements, mais au quotidien, son aidante, c’est elle.

Il n’y a rien là d’inhabituel : nous vieillissons tous et nous nous occupons tous les uns des autres. Mais en tant qu’ancien combattant invalide, notre homme a droit à certains appuis auxquels la population générale n’a pas accès. Et ils sont des milliers comme lui, comme elle, partout au Canada.

En vertu de la Loi sur les pensions, il peut faire une demande d’Allocation pour soins, avantage financier pour les aidants. Les anciens combattants plus jeunes qui sont couverts par la Loi sur le bien-être des vétérans (anciennement la Nouvelle Charte des anciens combattants) peuvent demander un avantage semblable, mais moins généreux.

Le 1er avril, un nouvel avantage, ou plutôt une version remaniée et renommée d’une ancienne prestation, est entré en vigueur selon la Loi sur le bien-être des vétérans. L’allocation de reconnaissance pour aidant remplace l’Allocation de secours pour les soignants familiaux, en vigueur selon la NCAC depuis la fin de l’année 2015. Cette dernière fournissait 7 238 $ libres d’impôt par année aux aidants naturels qui n’étaient pas payés par ailleurs; la nouvelle allocation leur fournit 1 000 $ libres d’impôt par mois.

Pour l’obtenir, l’ancien combattant doit avoir une indemnité d’invalidité pour blessure ou maladie et les aides qui l’accompagnent, et avoir besoin d’un soutien constant, notamment pour des activités particulières de la vie quotidienne.

Quiconque s’occupe régulièrement d’une personne malade, âgée ou invalide sait que les obligations de l’aidant naturel sont une responsabilité de tous les instants. Les gens font souvent cela automatiquement, se sacrifiant sans demander aucune compensation, mais il s’agit d’une charge qui a des conséquences émotionnelles, psychologiques, physiques et financières. L’allocation de reconnaissance pour aidant sert au moins à soulager la charge financière.

Elle est cependant inférieure à que ce que la Légion royale canadienne recom-mandait : le rétablissement de l’Allocation pour soins de la Loi sur les pensions, qui
est de 3 549 à 22 173,84 $ par année, selon l’assistance requise.

La nouvelle mesure n’indemnise pas convenablement les aidants naturels qui abandonnent leur emploi pour s’occuper d’un ancien combattant invalide. Le montant fourni ne respecte même pas les exigences du salaire minimum.

Malgré ses lacunes, c’est une prestation importante dont chaque client d’ACC qui y a droit devrait se prévaloir.