Face-À-Face sur est-ce que la bataille de la Somme valait la peine?

La bataille de la Somme a été l’une des batailles les plus horribles de la Première Guerre mondiale. Des centaines de milliers de vies ont été perdues entre juillet et novembre 1916. En valait-elle la peine?

L’auteur Jonathan Vance dit que NON. L’auteur Andrew Iarocci dit que OUI.

Vance est professeur d’histoire à l’Université Western de London, en Ontario. Il est l’auteur de plusieurs articles et livres, y compris Death So Noble: Memory, Meaning and the First World War et Maple Leaf Empire: Canada, Britain and Two World Wars. Iarocci est professeur adjoint d’histoire à l’Université Western et auteur de Shoestring Soldiers: The First Canadian Division, 1914-15, ainsi que coéditeur de Vimy Ridge: A Canadian Reassessment. Il s’intéresse actuellement à la recherche sur le transport militaire et l’approvisionnement.

 Le soldat Donald Johnston McKinnon du Royal Highlanders of Canada revenant du front de la Somme, 1916. [PHOTO : ARCHIVES DE LA REVUE LÉGION]

 

JONATHAN VANCE

NON

Le dernier acte de l’offensive de la Somme se jouait pendant que le maréchal Sir Douglas Haig assistait à la conférence de Chantilly, en novembre 1916. Le 18, les bataillons canadiens ont capturé une partie de la tranchée Desire, et mis une autre section de la crête d’Ancre entre les mains des Alliés pour l’hiver. Il a fallu près de cinq mois et plus de 600 000 victimes pour prendre ce terrain élevé, un objectif qui avait été désigné au début de l’offensive, le 1er juillet.

Est-ce que cela valait le coup?

Haig en était certes convaincu. Dans son rapport final sur l’offensive, il a conclu que ses trois objectifs importants avaient été atteints : Verdun avait été relevée; les principales forces allemandes avaient été retenues au front occidental; et la force de l’ennemi avait été « très fortement usée ».

Impressionnant, mais vide de sens.

Comment quantifier le mot « fortement » et dans quelle mesure « très » l’augmente-t-il?

En fait, l’évaluation de Haig n’a que très peu d’importance, comme l’offensive elle-même, laquelle n’a presque rien donné aux Alliés à part quelques milles de terrain dont la valeur tactique était incertaine. La pression sur Verdun avait-elle été allégée? La forteresse n’était pas tombée, mais ce n’est que supposition que si elle a survécu, c’est grâce à l’offensive de la Somme. En effet, parfois on aurait dit que Verdun était une opération servant à détourner l’attention des Allemands de la Somme. Le gros des forces de l’Allemagne avait-il été posté dans l’Ouest? Des divisions allemandes étaient allées à l’est, la Roumanie est tombée aux Puissances centrales, et les Bulgares (avec l’aide des Allemands) s’opposaient à une offensive alliée au front macédonien. Sans la Somme où l’attention des Allemands était attirée à l’ouest, les choses auraient pu être encore pires pour les Alliés, à l’est, mais c’est peu dire.

Il reste la déclaration selon laquelle « la force de l’ennemi avait été très fortement usée ». Les Alliés avaient perdu quelque 600 000 hommes, mais l’armée allemande aussi, un fait dont on s’est servi pour défendre la campagne de la Somme dans le cadre de la longue guerre d’usure. Et rares sont les gens qui peuvent nier la valeur des batailles d’usure. Les grandes puissances étaient tout simplement trop grandes et trop puissantes pour être vaincues d’un seul coup. Il fallait les user, effriter leur nombre et leur volonté de résister jusqu’à ce qu’apparaisse le point de rupture. Les opérations servant à « mordre et tenir bon » étaient particulièrement efficaces à cette fin, où l’on capturait des objectifs limités afin que l’ennemi y investisse ensuite un nombre immense d’hommes pour les reprendre.

Mais ce n’était pas le cas à la Somme. Comme l’a observé l’historien William Philpotts, « ce ne devait pas être un cas de mordre et tenir bon, mais de se précipiter et espérer ». La planification de l’offensive s’est faite sans entente sur l’objectif : des commandants croyaient qu’il s’agissait de s’emparer de terres, d’autres pensaient qu’il s’agissait de tuer des Allemands. Haig embrassait l’argument de l’usure; jusqu’au milieu de juin 1916, quand il a décidé qu’il y avait eu assez d’usure et qu’il était temps de donner un coup décisif. Mais ce délayage est absent de son rapport final, où il faisait de la nécessité une vertu et déclarait qu’il s’était toujours agi d’usure à la Somme.

La campagne de la Somme a-t-elle affaibli fatalement les armées allemandes? Si donc, il a fallu très longtemps pour que la faiblesse apparaisse : près de deux ans, période pendant laquelle l’ennemi qui avait été mortellement affaibli en 1916, a repoussé l’offensive de Nivelle, infligé des pertes énormes aux Alliés à Passchendaele en 1917 et mis sur pied la Kaiserschlacht dévastatrice en 1918. Selon cette manière de voir les choses, Loos et Festubert faisaient partie du plan d’usure, et la première bataille d’Ypres, en octobre 1914 en faisait partie aussi, ainsi que, d’ailleurs, celles d’aout et de septembre.

Mais cela prive de sens toute la notion d’une phase d’usure. Compte tenu de l’impasse au Front de l’ouest et de la force des adversaires, l’effritement était une stratégie légitime. Mais intégrer la notion à la bataille de la Somme, rien que pour dire que l’offensive valait la peine, c’est récompenser le raisonnement confus qui a produit cette longue et sanglante campagne.

 

ANDREW IAROCCI

OUI

Dans notre souvenir populaire sur la Première Guerre mondiale, « la Somme » est égale à l’absurdité du conflit.

Le 1er juillet 1916, premier jour de la bataille, les forces de l’Empire britannique ont subi 57 000 victimes en échange de gains limités. Cela s’est mieux passé pour les Français qui, bien qu’en ayant perdu 7 000, ont atteint leurs objectifs de la journée. Si la bataille s’était terminée le jour où elle a commencé, elle n’aurait servi à rien. Mais les combats se sont poursuivis pendant cinq mois. La campagne a contribué sensiblement à la victoire des Alliés deux ans plus tard. Si la Première Guerre mondiale a valu la peine, la bataille de la Somme a valu le cout.

La Somme était une offensive des Alliés. Les ministres du gouvernement britannique s’attendaient à de lourdes pertes, mais ils craignaient que l’effort de guerre des Français ne s’effondre si la Grande-Bretagne ne participait pas à la campagne commune de 1916. L’offensive allemande à Verdun, qui a débuté en février, mettait en évidence l’importance de la Somme en tant qu’entreprise des Alliés. Alors que les soldats français s’efforçaient de mettre fin à l’offensive allemande à Verdun, ils avaient plus que jamais besoin de l’appui des Britanniques à la Somme. L’alliance et donc l’issue de la guerre dépendaient des efforts conjugués.

Le grand état-major français considérait la Somme non pas comme une course immédiate pour gagner la guerre, mais comme campagne méthodique pour effriter les Allemands. Cela devait se faire en s’emparant de petites parcelles de terrain pour attirer les contrat-taques couteuses des Allemands. Le plan a réussi, car le grand état-major allemand insistait pour que chaque mètre soit défendu à tout prix, ou récupéré quand il avait été perdu. Les historiens estiment que les Allemands ont lancé 330 contrattaques tout au long de la campagne, une politique qui leur a couté très cher.

Le rapport entre les pertes allemandes et celles des Alliés à la Somme est sujet à débat. Mais même si les pertes des Allemands ont été moins nombreuses que celles des Alliés, l’Allemagne pouvait moins se les permettre. En effet, les combats de 1916 ont mis tant de pression sur les réserves allemandes qu’au début de 1917, le grand état-major a raccourci le front à la Somme en effectuant un retrait stratégique sans précédent d’une profondeur de 40 km. La guerre était loin d’être terminée, mais des fissures apparaissaient dans les bastions de l’Allemagne.

Les forces de l’Empire britannique ont commis des erreurs fatales sur le terrain à la bataille de la Somme. Pendant les premiers stades, les Britanniques ont mobilisé une artillerie insuffisante et tiré principalement la mauvaise sorte de munitions (obus à balles plutôt qu’à grande puissance explosive), laissant un grand nombre de défenses allemandes intactes. L’infanterie britannique a initialement utilisé des tactiques mal adaptées, comme les avancées vers l’objectif au pas de marche, au lieu de faire foncer en avant de petites unités.

Ces erreurs menaient toujours à des pertes inutiles, mais elles donnaient également des leçons importantes. Pendant le déroulement de la bataille, l’artillerie britannique a appris à employer des barrages « rampants ». Ces barrages roulants tapissaient le champ de bataille tout juste devant l’infanterie qui s’avançait, immobilisant les troupes ennemies dans leurs abris et leurs tranchées. Le feu de contrebatterie des artilleurs britanniques contre l’artillerie allemande s’est également amélioré. L’infanterie a appris à lutter plus efficacement en petites unités qui se soutenaient mutuellement lors de leur avancée, arrivant à une meilleure utilisation des mitrailleuses légères, des grenades et des mortiers de tranchée. La tactique de 1917 à laquelle toute une génération s’est identifiée et qui a contribué à des prouesses comme la capture de la crête de Vimy est née à la Somme, à Thiepval, Delville, Pozières, Courcelette, ainsi que dans d’autres villages d’agriculteurs français.

Les simples soldats de l’Empire britannique qui ont combattu et sont morts à la Somme ne pouvaient pas connaitre, à l’époque, les conséquences précises de leurs actions telles que nous les connaissons aujourd’hui. Ces soldats aimaient la vie comme nous l’aimons aujourd’hui. Et pourtant, alors même que le nombre de victimes s’élevait, il n’y avait ni mutinerie, ni refus de servir en masse. Personne ne voulait être le prochain à tomber, mais la plupart des hommes croyaient en la justesse de leur cause. Ils poussaient à travers les champs défoncés et les bois déchiquetés de la vallée de la Somme pour accomplir leur destinée. Et ils ont contribué à la victoire.

À votre service : Juillet/Aout 2014

Anciens Combattants Canada (ACC) est responsable du bienêtre des anciens combattants des établissements de soins de longue durée (SLD) au Canada. Les lits d’accès prioritaire et les lits contractuels se dénombrent à environ 3 500 dans 171 institutions, et environ 6 000 autres anciens combattants sont hébergés dans plus de 1 900 établissements communautaires.

Le personnel d’ACC surveille les soins et les conditions dans les principaux établissements à lits d’accès prioritaire, mais les institutions des communautés les plus éloignées et isolées ne sont pas contrôlées régulièrement. Le Conseil consultatif de gérontologie d’ACC et diverses organisations d’anciens combattants ont recommandé d’effectuer des visites aux anciens combattants résidant dans les établissements communautaires.

En tant que plus grande organisation de services aux anciens combattants au Canada, la Légion royale canadienne (LRC) est la mieux qualifiée pour effectuer le travail. La Légion compte plus de 300 000 membres dans environ 1 440 filiales situées dans les petits et les grands centres partout au Canada. Le Projet de sensibilisation et de visite des établissements de soins de longue durée tire parti de cette ressource.

Les membres bénévoles de la Légion, qui ont été examinés et sélectionnés en vue d’une formation, se voient confier la visite d’endroits dans leur région. En réponse à l’attribution de tâches par le personnel d’ACC, ces bénévoles visitent des anciens combattants et fournissent des rapports au siège social. Le rapport est envoyé avec le formulaire de remboursement des frais du bénévole au siège national de la LRC.

La supervision du programme est effectuée par le Comité des anciens combattants, des services et des ainés de la Direction nationale. Le contrôle et la coordination en sont effectués par le Bureau des services de la Direction nationale, qui a établi une base de données des bénévoles à cet effet. Les démarches et le rendement des volontaires sont surveillés, et ils ne sont remboursés qu’en fonction du nombre d’anciens combattants qu’ils visitent.

Si vous avez des questions sur l’initiative ou si vous voulez vous porter volontaire en tant que membre de la Légion, veuillez prendre contact avec le coordonnateur du Projet de sensibilisation et de visite des établissements de soins de longue durée, Gary Foster, à la Direction nationale au 1-877-534-4666 ou à gfoster@legion.ca.

JOUR J : À L’ASSAUT DE LA PLAGE JUNO

« On était sur la crête d’une vague et […] en regardant en bas, on voyait un BAD (bâtiment d’assaut de débarquement) dans un creux. Tout de suite après, on était dans un creux et il y avait de l’eau tout en haut, des deux côtés. »

Ce que les soldats portaient au combat le jour J PLUS des vues de 360º

Le fourniment qui variait selon la tâche à accomplir n’était certainement pas léger le jour J.
Ces deux figures illustrent, de façon générale, l’uniforme et l’équipement variés et spécialisés qu’on portait dans le Bataillon canadien de parachutistes (à g.) et dans les troupes d’assaut amphibies du North Shore (Nouveau-Brunswick) Regiment (à d.). Le poids moyen du fourniment dépassait facilement les 36 kilogrammes, soit 80 livres.

Face-À-Face sur le port des médailles d’un ancien combattant décédé

Les membres de la famille d’un ancien combattant devraient-ils avoir le droit de porter ses médailles militaires après son décès?

L’auteur Glenn Wright d’Ottawa dit que NON. L’auteur John Boileau d’Halifax dit que OUI.

Wright travaillait au gouvernement fédéral en tant qu’archiviste et historien à Bibliothèque et Archives Canada et à la GRC, avant de prendre sa retraite. Il a écrit des livres sur le service du Canada à la guerre. Boileau est un ancien colonel de l’armée de terre qui a écrit plusieurs livres et de nombreux articles sur l’histoire militaire pour des journaux et des revues. Il est aussi reporter sur les questions militaires souvent à la radio et à la télévision.

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GLENN WRIGHT

NON

Les médailles de service ainsi que les décorations et récompenses sont portées à l’occasion par les membres de la famille le jour du Souvenir en signe de respect et pour commémorer le récipiendaire et sa contribution au service militaire. Pourtant, la loi et les coutumes canadiennes sont sans équivoque : les médailles militaires ne doivent être portées que par la personne à qui elles ont été décernées.

Souvenons-nous de ce que représente la médaille, bien sûr, mais méfions-nous d’une pratique qui pourrait bien vite mener à un usage abusif ou à une déformation.

Les médailles ne sont pas des bijoux de fantaisie. Elles relient les récipiendaires à un moment de leur vie où le service à la nation avait préséance sur tout le reste. Des miliciens à la guerre de 1812 jusqu’aux hommes et aux femmes qui ont servi en Afghanistan, il s’est agi d’une décision concernant la défense de notre pays, de nos valeurs et de notre mode de vie. Permettre à la famille de porter ces médailles déprécie les décorations elles-mêmes. Après tout, quel droit avons-nous de nous approprier l’expérience, le sacrifice et la valeur du récipiendaire d’origine, et pour quelle raison? Un protocole selon lequel on porterait les médailles du côté gauche plutôt que du côté droit serait-il évident pour toute personne qui les voit? Cela prêterait à confusion et rendrait un mauvais service à tous les anciens combattants, et ce serait un manque de respect envers ceux qui les ont méritées.

Si la loi actuelle était modifiée, quel serait le protocole et comment serait-il appliqué? Et si l’on abusait du port des médailles et qu’on les portait des jours autres que celui du Souvenir? Est-ce que cela donnerait lieu à d’autres demandes? Est-ce que la parenté voudrait aussi porter d’autres récompenses ou décorations, comme l’Ordre du Canada? La valeur et la signification réelles de la médaille en seraient banalisées.

Est-ce que porter la médaille d’un militaire qui a servi à la Seconde Guerre mondiale rappelle vraiment le combattant au souvenir deux ou trois générations plus tard? Quelqu’un de 14 ans devrait-il porter la Croix du service distingué dans l’Aviation de son arrière-grand-père? Les médailles devraient être chéries et gardées précieusement par la famille parce qu’elles sont un lien tangible avec le récipiendaire ou peut-être le seul rappel qu’on a d’un être cher. Pourquoi risquer de les perdre, de les endommager ou de se les faire voler en les portant en public?

Il y a d’autres moyens de chérir le souvenir d’un ancien combattant. Maintenant qu’approchent le centenaire de la Grande Guerre et le 75e anniversaire de la Seconde Guerre mondiale, nous pouvons commémorer nos ancêtres anciens combattants en étudiant ce qu’ils ont fait. Des fichiers de service de la Première Guerre mondiale au complet seront offerts à tout le monde en ligne grâce à Bibliothèque et Archives Canada au début de 2015. Les états de service de ceux qui sont morts à la Deuxième Guerre mondiale sont actuellement offerts sans restriction.

Il y a des choses autres que le port des médailles d’un ancêtre qu’on peut faire. On se souvient déjà des héros tombés au champ d’honneur de plusieurs manières, la plus populaire étant le port d’un ruban commémoratif comme on le fait dans les Forces armées canadiennes, les services de police et ailleurs. Plutôt que de porter des médailles originelles souvent précieuses et irremplaçables, pourquoi ne pas créer un ruban commémoratif distinctif que les proches pourraient porter au jour du Souvenir en l’honneur des anciens combattants, même en l’honneur des ancêtres d’antan, qui ont servi notre pays? Ce serait simple et pratique.

En fin de compte, pour ceux qui parmi nous ont un lien familial au service en temps de guerre ou de paix, notre présence aux cérémonies du 11 novembre indique notre reconnaissance et les liens émotionnels que nous avons non seulement envers un parent qui a servi, mais envers tous les anciens combattants qui se sont battus et qui sont morts pour la patrie. Peut-être un jour du Souvenir à venir, quand nous serons nombreux à porter un ruban commémoratif, nous pourrons honorer les morts sans nous approprier ce qu’ils ont mérité avec tant de bravoure.

JOHN BOILEAU

OUI

Charlotte Wood de Winnipeg, la première Mère de la Croix d’argent canadienne, assistait au dévoilement du mémorial national canadien de Vimy en 1936. Elle avait 12 fils, dont plusieurs avaient servi dans les forces canadiennes ou britanniques. Ils n’avaient pas tous survécu à la guerre.

Aux cérémonies, elle portait les médailles décernées à ses enfants.

Si elle avait porté leurs médailles au Canada, elle aurait enfreint la loi.

Depuis 1920, l’article 419 du Code criminel du Canada prévoit que  « Quiconque, sans autorisation légitime […] selon le cas: […] porte […] une médaille […] ou toute décoration ou ordre accordé pour services de guerre […] est coupa-ble d’une infraction punissable sur déclaration de culpabilité par procédure sommaire. »

Peut-être parce que cela se passait ailleurs qu’au Canada, aucun chef d’accusation n’a été porté contre Charlotte Wood.

En fait, il est rare que l’on dépose des accusations contre les gens porteurs de médailles d’autrui. Il appartient à la police d’enquêter et de porter des accusations, aux procureurs de la Couronne de soutenir ces accusations devant les tribunaux et aux juges de les entendre et de se prononcer. Mais il semble que l’on n’estime pas que ce soit dans l’intérêt public que de procéder à de telles mises en accusation : peut-être parce qu’on considère que ce serait inconvenant.

Cette loi a été promulguée, semble-t-il, pour dissuader les gens d’usurper l’identité de vétérans de la Première Guerre mondiale qui avaient droit à certains avantages. Même si c’était alors une bonne raison (pourquoi ne pas montrer simplement un certificat prouvant qu’on a été rendu à la vie civile), c’est certainement sans fondement en ces jours d’états de service numérisés.

Le port, par un proche, des médailles d’un ancien combattant est devenu un sujet d’actualité. Des arguments ont été avancés des deux côtés. La plupart des gens qui s’y opposent croient que les parents n’ont pas mérité le droit de les porter, ou ils voient cela comme étant une tentative de flatter leur orgueil, ce qui abaisserait leur valeur. Mais les parents des anciens combattants
ne prétendent pas avoir mérité ces médailles. Ils veulent les porter pour d’autres raisons.

Bien que le Code criminel interdise le port de médailles, décorations ou ordres militaires décernés pour le service à la guerre, il semblerait que plusieurs médailles peuvent être portées légalement par les autres, comme les diverses médailles commémoratives. Il semblerait aussi que les médailles militaires qui n’ont pas été décernées pour le service à la guerre peuvent aussi être portées par les autres, y compris la Médaille du service spécial et la Décoration des Forces canadiennes.

La directive canadienne sur les ordres, décorations et médailles (1998) prévoit que « Les insignes des ordres, décorations et mé-dailles ne peuvent être portés que par le récipiendaire […]. » Il est cependant douteux que des accu-sations ne soient jamais portées en vertu de cette directive. En fait, il est difficile d’imaginer que les Canadiens tolèrent la poursuite en justice de quelqu’un qui aurait porté les médailles d’un être cher lors de certaines occasions.

Bien qu’il soit interdit de porter les médailles d’un ancien combattant en Grande-Bretagne et dans certains autres pays du Commonwealth, ce n’est pas un problème dans ces pays si l’ancien combattant est décédé. Comme il est dit dans le site Web de la Royal British Legion, « les médailles décernées à une personne des services décédée peuvent être portées du côté droit de la poitrine par un parent », plutôt que du côté gauche de la poitrine, où la plupart des décorations reconnues sont portées selon le Régime canadien de distinctions honorifiques.

Quelle solution raisonnable, solution que le Canada pour-rait adopter.

Cela pourrait se réaliser au moyen de quelques simples directives. Par exemple, les médailles ne pourraient être portées que du côté droit (comme le sont les médailles de la Légion), l’ancien combattant devrait être mort, on ne pourrait porter qu’un ensemble de médailles à la fois et seuls les parents ou descendant direct à perpétuité pourraient les porter, et ce, en certaines occasions appropriées, comme le jour du Souvenir.

Quelle belle manière de montrer sa gratitude envers le service de l’ancien combattant disparu, de lui rendre hommage, de montrer la fierté ressentie envers ses exploits et d’honorer son héritage!

Le CEN désireux de rendre la Légion plus accueillante

Les moyens d’être plus accueillants envers la collectivité tout entière autre que les militaires, les agents de la GRC, leurs vétérans et leurs familles est un thème qui est revenu tout au long de la réunion du Conseil exécutif national à la Maison de la Légion, à Ottawa, du 21 au 23 février.

À votre service : Mai/Juin 2014

Question : J’ai été blessé à la Seconde Guerre mondiale et je n’ai appris qu’en 2010 que je pouvais déposer une demande de pension d’invalidité auprès d’Anciens Combattants Canada. Ma demande a été acceptée, mais j’ai été déçu d’apprendre que les prestations n’étaient pas rétroactives à la date de ma blessure.

Réponse :
En ce qui concerne la rétroactivité, la date d’entrée en vigueur des indemnités d’une pension relève de la Loi sur les pensions (paragraphe 39(1)) qui prévoit que les pensions sont payables à compter de la date de la demande faite au ministère ou bien trois ans avant la date où est prise la décision favorable, la date postérieure étant retenue. Il incombe à l’ancien combattant de faire la réclamation.

Une telle démarche peut être faite par téléphone, par écrit ou en personne. Dans les cas où la demande a été exprimée par écrit, le ministre accepte la date de sa réception.

La Loi sur les pensions a été libellée comme suit :
39(1) Le paiement d’une pension accordée pour invalidité prend effet à partir de celle des dates suivantes qui est postérieure à l’autre :
a) la date à laquelle une demande à cette fin a été présentée en premier lieu;
b) une date précédant de trois ans la date à laquelle la pension a été accordée au pensionné.

La raison de la restriction en matière de rétroactivité, c’est qu’il n’y pas de date limite pour présenter une demande. Les vétérans de la Seconde Guerre mondiale ou de celle de Corée déposent une demande pour la toute première fois bien des années après leur service. Il s’agit d’une partie très importante de la loi.

Les anciens combattants qui font une demande d’indemnité d’invalidité en vertu de la Loi sur les mesures de réinsertion et d’indemnisation des militaires et vétérans des Forces canadiennes (la Nouvelle Charte des anciens combattants) n’ont droit à aucune rétroactivité. La date du versement des prestations est celle de la décision. Cependant, comme c’est le cas pour la Loi sur les pensions, il n’y a pas de date limite pour en faire la demande.

À votre service : Mars/Avril 2014

QUESTION : Je suis réserviste de classe « A » et j’ai subi une blessure à l’entraînement des Forces armées canadiennes. Ne pouvant travailler, j’ai rempli le Rapport en cas de blessures ou d’exposition à du matériel ou substances toxiques (CF 98). Je n’ai pas pu terminer la formation militaire ni reprendre mon emploi civil à cause de cette blessure. Vu que je ne peux pas retourner au travail, à quelle indemnisation ai-je droit? Puis-je faire une demande à Anciens Combattants Canada (ACC) pour cause de blessure maintenant, ou dois-je attendre que mon état s’aggrave?

RÉPONSE : Les commandants sont tenus d’informer les réservistes blessés de leurs droits à la suite d’une blessure subie pendant le service militaire.

Le régime de rémunération de la Force de réserve (RRFR) sert à indemniser les réservistes ayant subi une blessure attribuable au service militaire quand cette dernière persiste au-delà de la période du service au cours duquel elle a été subie.

Il est important que vous ayez rempli le Rapport en cas de blessures ou d’exposition à du matériel ou substances toxiques (CF 98), et afin de faire une demande d’indemnisation dans le cadre du RRFR, votre commandant doit s’assurer que le formulaire 2398 du MDN est rempli et envoyé au Directeur – Gestion du soutien aux blessés par l’intermédiaire de la chaîne de commandement et en temps opportun.

Il se peut que vous ayez droit à une indemnisation pour votre blessure conformément à la Loi sur l’indemnisation des agents de l’État (LIAÉ) qui est administrée par les commissions provinciales des accidents du travail. La LIAÉ a pour objet de verser des indemnités pour perte de revenus, soins de santé ou autres avantages connexes aux personnes qui y ont droit à cause d’une blessure découlant d’un accident survenu dans le cadre de leur travail.

Le commandant doit faire son rapport dans les trois jours suivant toute blessure subie par un membre de la Force de réserve qu’il emploie et qui exige une intervention médicale ou qui entraîne une perte de temps. Le commandant doit aussi veiller à ce que l’information concernant le RRFR ou la LIAÉ vous soit fournie relativement à votre droit à l’indemnité. Si vous obtenez des avantages relatifs à la LIAÉ, vous ne pouvez pas avoir d’indemnité du RRFR pour la même blessure.

Il se peut que vous ayez aussi droit à des indemnités d’ACC conformément à la Loi sur les mesures de réinsertion et d’indemnisation des militaires et vétérans des Forces canadiennes ou à la Nouvelle Charte des anciens combattants. Vous n’êtes pas obligé d’attendre que votre état s’aggrave. Si un médecin a établi un diagnostic selon lequel votre blessure est liée au service, vous pouvez présenter une demande à ACC tout de suite.

On vous recommande de communiquer avec un des officiers d’entraide professionnels de la Légion royale canadienne qui pourra vous aider à faire votre demande à ACC. Consultez notre site Web à www.legion.ca pour vous mettre en rapport avec l’officier d’entraide de votre division.

Face-À-Face Sur La Conscription

Le gouvernement canadien a-t-il eu raison de faire passer la Loi du Service Militaire de 1917?

L’auteur Serge Durflinger d’Ottawa dit que NON. L’auteur J.L. Granatstein de Toronto dit que OUI.

Durflinger est professeur d’histoire à l’Université d’Ottawa. Il a écrit entre autres Veterans with a Vision: Canada’s War Blinded in Peace and War et Fighting From Home: The Second World War in Verdun, Quebec.Granatstein a écrit des dizaines de livres, dont Who Killed Canadian Military History? et Canada’s Army: Waging War and Keeping the Peace. Il a été directeur et chef de la direction du Musée canadien de la guerre.

Des soldats canadiens se dirigeant vers le front en octobre 1917. [PHOTO : MINISTÈRE DE LA DÉFENSE NATIONALE/BIBLIOTHÈQUE ET ARCHIVES CANADA—PA001994]

 

SERGE DURFLINGER

NON

Le premier ministre Sir Robert Borden a tout fichu en l’air. Les politiques et les mesures sur le recrutement de son gouvernement étaient chaotiques au point d’en être inefficaces, les engagements qu’il a pris envers la Grande-Bretagne, peu judicieux et, en fin de compte, son recours à la conscription en 1917, antidémocratique et inutile.

Pire encore, en plus de manquer aux promesses d’exemption en 1918, la promulgation même de la conscription a gravement fragmenté la nation selon la langue, la classe, la profession et la région. Il n’était guère logique de soutenir les lignes au front en y envoyant des milliers de Canadiens réticents au risque de morceler la confédération elle-même. Cela aurait été le cas classique où le patient meurt bien que l’opération ait réussi. Le Canada a tout juste survécu, et les germes du nationalisme québécois, de la désaffection du Canada de l’Ouest et des conflits ouvriers qui étaient déjà évidents avant 1914 ont alors fermement pris racine et, en 1918-1919, ils ont mené à l’agitation sociale et à la violence, en plus de compliquer le paysage politique du pays pendant des décennies.

Il aurait pu en être autrement.

En 1914, le Canada était une colo-nie de la Grande-Bretagne qui se gouvernait elle-même, qui gérait ses affaires intérieures, mais qui ne jouissait pas de statut international officiel. Quelque 27 p. 100 de ses huit millions d’habitants étaient des francophones sans lien de famille avec les Britanniques ni de lien émotif avec le roi ou l’Empire britannique. Se battre aux guerres britanniques ne convenait pas à tout le monde et les controverses occasionnées par la participation du Canada à la guerre d’Afrique du Sud ou par la création de la Marine royale canadienne avaient révélé que notre unité nationale était fragile.

Borden avait des raisons quand, en 1914, il a déclaré que le recrutement serait fondé sur le volontariat seulement. Mais sa promesse pu-blique du 1er janvier 1916, comme quoi le Canada lèverait une armée de 500 000 personnes, a été faite précipitamment et sans bien y réflé-chir. En mai 1917, vu le nombre de pertes élevé, les volontaires étaient difficiles à trouver ailleurs que dans la population de Canadiens nés en Grande-Bretagne (qui formaient plus de la moitié du Corps expéditionnaire canadien (CEC) à ce moment-là), et vu l’enrôlement très bas de Canadiens-Français, Borden a annoncé qu’il avait l’intention de promulguer la conscription, laquelle a été adoptée. Plus de
90 p. 100 des conscrits canadiens, quelle que soit leur ethnie, ont fait une demande d’exemption.

Le pays était dangereusement divisé selon la langue. Le gouvernement de coalition bordeniste a remporté l’élection âprement disputée de 1917 en partie au moyen d’une législation électorale fort douteuse, et ce faisant, il a corrompu la démocratie canadienne. Lors d’une motion à l’assemblée du Québec débattue en janvier 1918, on se demandait si le Québec devait quitter la confédération puisque le reste du Canada le considérait comme un obstacle à l’exécution de ses objectifs politiques. L’objectif que Borden se fixait avec acharnement, soit d’aider la Grande-Bretagne à remporter la guerre apparemment interminable, et son refus catégorique de renier les dizaines de milliers de victimes canadiennes, l’ont amené à enrôler encore plus d’hommes, à endeuiller encore plus de Canadiens, et le tout pour l’objectif, piètre d’un point de vue militaire, d’obtenir un meilleur rôle et plus d’autonomie pour le Canada à l’intérieur de l’empire du Commonwealth en évolution. Il ne semblait guère que cela valait la peine d’obliger les gens à faire la guerre, et le Canada n’avait certainement pas besoin de cette mesure draconienne pour devenir plus autonome; ce droit a été mérité en 1918.

Les Australiens qui s’étaient portés volontaires en grand nombre avaient refusé la conscription non pas une fois, mais deux, lors de deux réfé-rendums. Ils avaient suffisamment donné. Et nous aussi. Le premier ministre britannique, David Lloyd George, voulait certainement des conscrits canadiens en renfort, mais il n’avait pas l’intention de partager la prise de décisions avec les colonies. La vaillance des soldats canadiens tout au long de la guerre est incontestable et leur rôle important à la défaite de l’Allemagne pendant les trois derniers mois de la guerre est bien connu. En revanche, l’héritage de désaffection tenace de la conscription, surtout au Canada francophone, aurait dû être légué à d’autres.

 

J.L. GRANATSTEIN

OUI

La justification de la conscription du point de vue militaire est simple : le Canada était en guerre et les victimes, en 1917, étaient plus nombreuses que les recrues au Canada. Soit que davantage d’hommes endossaient l’uniforme, soit que le nombre de soldats du Corps canadien, et par le fait même son efficacité, diminuait. En outre, les bataillons de fantassins dont l’effectif était incomplet subissaient plus de pertes, et ils réussissaient moins bien à l’attaque ou à la défense, que ceux dont l’effectif était complet ou presque.

Le premier ministre sir Robert Borden n’avait pas voulu de la conscription parce qu’il savait quelles en seraient les incidences au Québec et au Canada rural. Mais quand il est allé en France, au printemps 1917, il a vite appris que la prise de la crête de Vimy avait couté au Corps plus de 10 000 victimes. Ébranlé, il a écrit qu’il avait eu « l’honneur de regarder des dizaines de milliers d’hommes dans les yeux au front, qui comptaient sur nous pour l’effort grâce auquel leur sacrifice serait justifié ».

Au Parlement, un député libéral a déclaré que Borden avait manqué à sa promesse en imposant la conscription. Borden se fâcha et demanda si le Canada n’avait pas fait une promesse aux hommes qu’il avait envoyés au combat. Pour lui, c’était un vœu sacré.

Le plan du gouvernement, inscrit dans la Loi du Service Militaire le 29 aout 1917, était d’appeler 100 000 hommes sous les drapeaux. L’appel aux armes a commencé en janvier 1918, après une élection violemment partisane en décembre. La grande majorité de ces hommes, de chaque province, ont essayé d’obtenir une exemption, mais les tribunaux d’appel dans la plupart des endroits se sont rapidement occupés de leurs cas. Le nombre d’appelés qu’il fallait pour le Corps expéditionnaire canadien a vite été atteint : 99 651 exactement selon les chiffres du ministère de la Milice et de la Défense. Si la guerre s’était poursuivie en 1919, comme s’y attendaient tous les stratèges militaires, tous ces appelés auraient été envoyés au front outre-mer. En fait, les premiers appelés sont arrivés en France le 10 mai 1918. Lors de l’armistice du 11 novembre 1918, 24 132 appelés avaient été portés à l’effectif d’unités au front.

Un nombre dérisoire comme celui-là valait-il la peine de déchirer le Canada, d’opposer les francophones aux anglophones, les paysans aux citadins?

D’abord, 24 132 hommes, c’était plus que l’effectif d’une division d’infanterie, non pas un nombre dérisoire. Ensuite, le Corps canadien avait engagé le combat dans une série d’offensives cruciales à partir du 8 aout à Amiens et jusqu’à la fin du mois près d’Arras. Le 8 aout, ils avaient déjà fait d’énormes progrès, et puis ils avaient fracassé la ligne Drocourt-Quéant, traversé le canal du Nord en septembre, et libéré Cambrai et Valenciennes en octobre et au début novembre. Ces actes des cent jours du Canada avaient réellement brisé l’armée allemande du front de l’ouest, et c’était la plus grande contribution du CEC à la victoire contre l’Allemagne et sans doute la plus grande contribution militaire qu’aient jamais apportée des troupes canadiennes à n’importe quel conflit.

Toutefois, les cent jours du Canada ont couté terriblement cher : 45 000 victimes en tout en un peu plus de trois mois de combats, c’est-à-dire quelque 20 p. 100 du total des victimes du Canada de toute la guerre et 45 p. 100 de l’effectif du Corps. Sans les conscrits, les quatre divisions du Corps n’auraient tout simplement pas pu continuer de se battre. Et si le Canada avait été obligé de retirer son Corps du front, la grande réputation que le domi-nion a mérité pendant la guerre grâce à sa performance sur le terrain aurait pu être compromise.

Alors, oui, la conscription était nécessaire sous l’optique militaire. Pour ce qui est de la politique intérieure, la cause est plus difficile à défendre. Mais si l’on croit qu’un pays qui envoie ses soldats à la guerre doit les appuyer autant que faire se peut, la cause de la conscription est irréfutable.