L’attachement aux normes supérieures

Le ministre d’Anciens Combattants Canada (ACC), Jean-Pierre Blackburn, a été très occupé et a beaucoup voyagé en janvier. Il a traversé le pays en ouragan pour parler des modifications faites récemment à la manière dont ACC appuie les anciens combattants.

Il a rencontré des dizaines d’anciens combattants, d’organisations d’anciens combattants et d’employés d’ACC, et son bureau a envoyé de nombreux communiqués de presse qui insistaient tous sur les progrès de son ministère quant à la modernisation et à l’amélioration des services offerts aux anciens combattants, surtout pour ce qui est des réponses et de la paperasserie. Il a fièrement fait remarquer que le temps normal d’une réponse liée à l’admissibilité à la réadaptation, qui était de « quatre semaines » auparavant, n’est plus que de « deux semaines ». Il a déclaré que les anciens combattants ne sont plus obligés de remplir autant de documents quand ils présentent une demande d’indemnités dans le cadre du Programme d’autonomie des anciens combattants, et qu’il y a 20 gestionnaires de cas de plus dans les secteurs où il y a un grand besoin de service personnalisé. Il a aussi fait remarquer que les centres d’appel du pays, établis en vue d’assister les anciens combattants, sont mieux équipés pour que les gens qui appellent puissent parler à un représentant d’ACC en moins de deux minutes.

Ces annonces sont formidables et nous félicitons le ministre et le ministère de leurs efforts. Qui vivra verra si ces modifications seront couronnées de succès et maintenues, bien sûr. Par exemple, c’est très bien de dire que 80 p. 100 des gens qui appellent ACC parlent à un représentant en moins de deux minutes, mais est-ce que ce premier contact avec le centre d’appels mène immédiatement à une assistance qualitative ou à une attente plus longue? Faire en sorte que quelqu’un réponde au téléphone quand un ancien combattant ou une personne à sa charge appelle pour poser une question ou demander de l’aide, c’est la moindre des choses qu’un pays reconnaissant puisse faire.

Ce qu’il ne faut pas oublier à ce sujet, cependant, c’est qu’aucune de ces mo­difications ne devrait être prise pour le dessus du panier. Elles devraient plutôt être considérées comme des éléments fondamentaux d’un système équitable et juste où l’on a un sens commun et où l’on s’occupe des anciens combattants et des personnes à leur charge, un système qui devrait donner le « bénéfice du doute » relativement aux demandes d’assistance ou d’indemnités.

Il ne faut surtout pas oublier cela, car depuis quelques mois, les gratte-papiers du gouvernement sont à la recherche de manières de réduire les programmes fédéraux. Bien qu’on s’attende à ce que les réductions soient importantes, le gouvernement devrait éviter de porter atteinte à ce qui est sacré. Quant à la loi servant à apporter des améliorations à la nouvelle Charte des anciens combattants, elle est devant le gouvernement (depuis janvier, cf. l’éditorial de janvier-février) et il est à espérer qu’elle sera adoptée et mise en œuvre rapidement. En général, le gouvernement ne doit pas oublier l’engagement pris par le Canada envers ses jeunes femmes et ses jeunes hommes lorsqu’il leur a demandé de prendre du service.

Tous les anciens combattants, qu’ils aient débarqué en Italie en 1943 ou en Normandie en 1944, qu’ils aient servi en Extrême-Orient ou au pays, ou qu’ils aient même fait face à la chaleur et à l’imprévisibilité des insurgés en Afghanistan, méritent les meilleurs services que le gouvernement et la bureaucratie puissent leur rendre.

Une cause près de chez soi

Il y a, dans chaque ville ou village au Canada, un monument — petit ou grand — servant à honorer les sacrifices faits en temps de guerre. La plupart de ces endroits tranquilles deviennent le point central de la collectivité au jour du Souvenir. À d’autres moments, ce sont des lieux où tout un chacun réfléchit à un parent ou à ce qu’une collectivité a perdu à la guerre.

Anciens Combattants Canada (ACC) estime qu’environ 6 000 cénotaphes ont été bâtis en l’honneur des militaires décédés et des anciens combattants. Ils ont presque tous été érigés par des groupes communautaires, des organisations d’anciens combattants, des sociétés historiques ou des administrations municipales. Malheureusement, les intempéries ou la négligence en ont abimé certains et les sacrifices de conflits plus récents n’ont pas été ajoutés à certains autres.

Certaines organisations de bénévoles qui ont bâti les monuments commémoratifs ont disparu, et c’est souvent la filiale locale de la Légion qui est de­venue la gardienne, officielle ou non, de ces endroits sacrés.

ACC a mis sur pied le Programme de restauration de cénotaphes et de monuments il y a cinq ans. Le programme sert encore aux organisations d’anciens combattants, aux administrations municipales, aux œuvres de bienfaisance enregistrées, aux établi­s­sements d’enseignement et aux autres organismes qui acceptent de faire un tel travail. Il octroie jusqu’à 50 p. 100 des dépenses admissibles, sans toutefois dépasser 25 000 $, et il a financé jusqu’à présent quelque 300 projets totalisant environ 2,8 millions de dollars. Toutes ces modernisations ont été approuvées par un groupe d’experts et de parties intéressées, y compris un représentant de la Direction nationale de la Légion royale canadienne.

ACC a annoncé, en novembre, qu’un million de dollars sera réservé chaque année pour que les organisations de bénévoles bâtissent de nouveaux monuments ou qu’elles fassent d’importantes rénovations aux monuments actuels (cf. page 24). Le nouveau Programme d’aide à l’édification de monuments commémoratifs dans les collectivités leur procurera jusqu’à 50 p. 100 du cout, sans pour autant excéder 50 000 $.

Nous sommes heureux de cette nouvelle parce que restaurer ou ériger des cénotaphes s’effectue dans les collectivités, où l’on trouve de nombreux volon­taires prêts à mettre la main à la pâte. Le dévouement qu’il faut aux Canadiens pour mener un projet à bien en dit long sur leur souvenir des héros tombés au champ d’honneur.

L’Association médicale se tourne vers la Légion

L’Association médicale canadienne (AMC) aimerait savoir ce que les légionnaires attendent de leur système de santé. Elle a établi un dialogue national avec les Canadiens dans le but d’améliorer les soins de santé. Le principal objectif est d’assurer la viabilité du système sous les pressions budgétaires et démographiques croissantes.

« Aujourd’hui, ce sont les gouvernements qui déterminent le type de soins que les Canadiens reçoivent, a déclaré le Dr Jeff Turnbull, président de l’AMC. « Or, nous donnons aux Canadiens l’occasion de faire savoir à ces gouvernements ce que veut la population et ce dont elle a réellement besoin. »

« Toute personne qui travaille dans un hôpital, comme je le fais, sait à quel point les filiales de la Légion rendent service en contribuant aux campagnes de financement et au bénévolat », a dit Turnbull.

Au début, on demandera aux participants de répondre à trois questions :

• La loi qui sous-tend notre système, la Loi canadienne sur la santé, date des années 1980. Elle ne couvre que les soins des médecins et des hôpitaux. Croyez-vous qu’il faudrait élargir la couverture prévue par la Loi pour inclure des éléments tels que les médicaments d’ordonnance et les soins de longue durée?

• Il est important que les citoyens sentent que le système leur donne une bonne valeur pour leur argent. Qu’est-ce qui constituerait une bonne valeur?

• Les patients et leur famille jouent un rôle important. Selon vous, quelle est la responsabilité des Canadiens en ce qui concerne leur santé?

L’information recueillie sera combinée aux commentaires reçus à l’occasion d’assemblées publiques tenues dans tous les coins du pays. Un rapport sera ensuite utilisé pour faire pression sur les politiciens.

« Notre objectif principal est de produire un système plus efficace et axé sur les patients », a dit le Dr Turnbull.

Prière de consulter <www.transformationsante.ca> pour obtenir plus d’information sur le dialogue national.

Cours d’officier d’entraide offert aux partenaires militaires

Les 11 et 12 janvier, le Bureau d’entraide a donné un cours d’officier d’entraide aux chefs de service de la Direction de la gestion du soutien aux blessés (DGSB), de l’unité interarmées de soutien au personnel (UISP) et des Centres intégrés de soutien au personnel (CISP).

Les CISP ont été mis en place pour appuyer les membres des Forces canadiennes malades ou blessés encore en service, ou lors de leur transition à la vie civile après avoir été libérés de l’armée, ainsi que pour appuyer leur famille.

Le cours sert a décrire les efforts entrepris pour les anciens combattants, les membres des Forces canadiennes et les personnes à leur charge.

Comme l’ont déclaré quelques chefs de service, « il est crucial d’être aussi renseigné que possible sur tous les partenaires de service ».

Le montant forfaitaire toujours pas réglé

La nouvelle Charte des anciens combattants donne des signes d’une nouvelle vie. Quand la charte, officiellement la Loi sur les mesures de réinsertion et d’indemnisation des militaires et vétérans des Forces canadiennes, est entrée en vigueur en avril 2006, on promettait que ce serait un document vivant. Cependant, plus de quatre ans après, rien n’avait changé. Le Comité consultatif de la nouvelle charte des anciens combattants et le Comité permanent de la défense nationale et des anciens combattants de la Chambre des communes avaient pourtant signalé bon nombre d’actions à entreprendre.

Cet inquiétant degré d’inaction changea en novembre, quand le ministre des Anciens Combattants, Jean-Pierre Blackburn, présenta un projet de loi servant à apporter plusieurs améliorations à la charte, notamment pour remédier à de sérieux problèmes touchant l’administration de l’indemnité d’invalidité versée en une somme forfaitaire aux anciens combattants les plus invalides.

Selon le projet de loi, un ancien combattant recevant l’indemnité d’invalidité pourrait, à son choix, la recevoir en une somme forfaitaire, en des versements annuels égaux pendant un certain nombre d’années, choisi par eux, avec intérêt, ou en un versement forfaitaire partiel et le solde en versements annuels pendant un certain nombre d’années, avec intérêt. En outre, un ancien combattant préférant recevoir les versements étalés sur plusieurs années pourrait toucher la somme restante à n’importe quel moment s’il changeait d’avis.

« Nous sommes ravis que le ministre reconnaisse le fait que les besoins des anciens combattants varient. L’introduction des choix de paiement liés au versement de la somme forfaitaire pour la douleur et la souffrance donne aux anciens combattants la liberté de choisir la meilleure option pour eux et leur famille », déclare le secrétaire national de la Légion royale canadienne, Brad White.

Toutefois, la loi ne se penche pas encore sur le montant de ce versement forfaitaire, dont le maximum n’est actuellement que de 276 000 $. Ce montant est trop bas d’après la Légion. Les tribunaux canadiens octroient 329 000 $, en moyenne, aux travailleurs invalides. Cet écart doit être corrigé incessamment. Il vaut aussi la peine de noter que les membres des forces armées australiennes reçoivent environ 325 000 $. En Grande-Bretagne, l’octroi est de presque un million de dollars.

Plusieurs améliorations financières ne sont pas incluses dans le projet de loi, dont la garantie que les anciens combattants à revenu plus faible qui prennent part à un programme de réadaptation puissent toucher un revenu garanti d’environ 40 000 $. La totalité des avantages devrait se chiffrer à environ 2 milliards de dollars au bout d’un certain nombre d’années, ce qui ne comprend toutefois pas d’augmentation du montant forfaitaire autre que les ajustements annuels.

Les mesures prises jusqu’à présent prouvent que la charte est vivante. Maintenant, il est temps de faire un autre pas, afin que ceux qui se font blesser en servant leur pays puissent s’attendre à recevoir au moins le même montant que celui octroyé aux travailleurs civils dont la vie a été radicalement changée dans des circonstances indépendantes de leur volonté.

En avant avec le nouvel ombudsman

Bien qu’il n’occupe ses fonctions que depuis quelques mois, le deuxième ombudsman des vétérans du Canada a annoncé qu’il travaillera « sans relâche » pour s’assurer qu les anciens combattants reçoivent « le meilleur soutien qu’ils méritent ».

Nous sommes heureux de cette déclaration et nous souhaitons beaucoup de succès à l’adjudant-chef Guy Parent (à la retraite) pendant son mandat de cinq ans, car les problèmes actuels des anciens combattants sont complexes et variés.

La plus grande organisation d’anciens combattants au Canada, la Légion royale canadienne, est ravie de la nomination et sa présidente, Pat Varga, affirme avoir « hâte de travailler avec le nouvel ombudsman au nom de tous les anciens combattants canadiens ».

Les antécédents de l’ombudsman devraient certainement lui être utiles. D’abord, il n’est pas nouveau au Bureau de l’ombudsman des vétérans. Avant sa nomination, Parent y occupait les fonctions de directeur des enquêtes et de l’Équipe d’intervention spéciale.

Son service militaire s’était étendu sur 37 ans, de 1964 à 2001. Technicien en recherche et sauvetage, il avait obtenu son diplôme en 1972 avec des qualifications en tant qu’ambulancier paramédical, maître parachutiste, maître plongeur, instructeur d’alpinisme et instructeur de survie.

En 1989, il fut nommé adjudant-chef de la Base des Forces canadiennes Summerside, en Île-du-Prince-Édouard. Deux ans après, il devint adjudant-chef au Commandement aérien, où il donnait des conseils sur les questions liées au personnel et à la qualité de vie. Il fut ensuite promu adjudant-chef des Forces canadiennes, soit le grade le plus élevé que peut atteindre un militaire de rang. Il est fier du fait qu’en cette qualité, il représenta 47 000 militaires de rang et soldats qui sont, ou qui seront bientôt, des vétérans.

Bien que relevant directement du ministre d’Anciens Combattants Canada (ACC), l’ombudsman des vétérans a un mandat qui comprend l’examen des questions et des plain­tes soulevées dans le cadre de la Déclaration des droits des anciens combattants, ainsi que des programmes et des services admi­nistrés par ACC. La Légion recommande que l’on donne des pouvoirs législatifs à l’ombudsman des vétérans et, bien qu’il y ait statu quo à ce propos, il est clair que Parent sera un ombudsman d’une nouvelle sorte. Il apporte à ses fonctions de grandes connaissances sur les programmes, les politiques et les procédures concernant les anciens combattants, ACC et son mandat. Le nouvel ombudsman des vétérans devrait donc se trouver très bien placé pour enquêter et faire des recommandations pratiques qui mèneront à des modifications favorables.

Soins de longue durée : à la recherche de sondeurs

Depuis 2003, quelque 300 membres de la Légion ont répondu à l’appel pour interviewer des anciens combattants résidant dans des établissements de soins de longue durée.

Chaque année, plus de 4 500 anciens combattants reçoivent des vi­sites de sondeurs formés par la Légion. Pendant ces visites, ils sont invités à faire des commentaires sur la qualité des soins qui leur sont dispensés. Les questionnaires remplis sont ensuite envoyés à ACC, qui assemble les renseignements et leur donne suite, au besoin.

Actuellement, environ 150 légionnaires sondeurs peuvent se déplacer dans tous les coins du pays. Cependant, leur nombre est encore insuffisant dans certaines régions.

Les régions où l’on a besoin de sondeurs supplémentaires sont les suivantes : Colombie-Britannique : Vancouver, Victoria; Alberta : Edmonton; Saskatchewan : Saskatoon, Regina; Manitoba : Winnipeg, Brandon; Ontario :  Kenora, Dryden, Kingston, Belleville, Scarborough, Toronto, Brampton, Kitchener/Guelph, Gravenhurst/Bracebridge, Perth, Pembroke, Welland/Niagara Falls, London, Windsor; Québec : Montréal (bilingues), Chicoutimi, New Richmond/Bonaventure et Trois-Rivières; Nouvelle-Écosse : Halifax, Yarmouth; Nouveau-Brunswick : Fredericton; Île-du-Prince-Édouard : Summerside.

Les cours à l’intention des sondeurs visent à former les bénévoles ou à renouveler leurs qualifications. La formation se déroule habituellement dans la région où l’on note le plus grand besoin. Cette année, elle a été offerte à Montréal et à Charlottetown. Ce printemps, on prévoit un cours à Montréal et, peut-être, un autre à Vancouver plus tard au cours de l’année.

Les cours, qui durent deux jours, fournissent aux bénévoles de la Légion des renseignements généraux sur ACC, sur les dernières nouvelles de la Légion et sur le programme d’ESLD. Il est à noter que les dépenses des bénévoles en mission leur sont remboursées.

Les intéressés qui habitent dans les régions mentionnées ci-dessus sont priés de communiquer avec Pierre Allard ou Bruce Poulin au 613-591-3335.

La nouvelle Charte des anciens combattants s’améliore

Le projet de loi C-55, la Loi modifiant la Loi sur les mesures de réinsertion et d’indemnisation des militaires et vétérans des Forces canadiennes [NCAC] et la Loi sur les pensions, a été présenté au Parlement, en première lecture, le 17 novembre. Cette loi améliorera les avantages offerts dans le cadre de l’allocation pour perte de revenus en instituant un revenu de 40 000 $ aux anciens combattants qui ne peuvent pas travailler. Elle accroitra l’admissibilité à l’allocation pour déficience permanente et fera bénéficier les blessés graves d’un supplément mensuel de 1 000 $.

La Légion reconnait que la loi proposée constitue un grand pas pour améliorer la NCAC conformément aux recommandations du groupe
consultatif de la NCAC qui ont été approuvées par le Comité permanent des anciens combattants de la Chambre des communes.

Le gouverneur général est le nouveau parrain

Le gouverneur général David Johnston a accepté l’invitation de la Légion royale canadienne d’en être le parrain.

Un de ses premiers devoirs en tant que parrain, le 25 octobre, a été d’accepter le premier coquelicot de la campagne de 2010, à Rideau Hall, à Ottawa.

« Nous sommes très heureux que le nouveau gouverneur général du Canada ait accepté ce poste », dit la présidente nationale, Pat Varga, dans un communiqué de presse. « Cela prolonge la tradition qui date de 84 ans, lors de la formation de la Légion canadienne de la Ligue des anciens des armées du Commonwealth britannique, quand l’invitation fut lancée au lord Byng de Vimy, qui était alors gouverneur général du Canada, d’en être le premier parrain. »

Prenant la parole à la première cérémonie du coquelicot, Johnston dit : « Depuis 1921, les coquelicots nous rappellent d’innombrables histoires de braves hommes et femmes qui ont quitté leur foyer pour sacrifier leur vie à notre pays. Ces histoires sont celles de milliers de personnes qui ont accepté de se battre dans les tranchées du front occidental et qui ont pris la crête de Vimy.

« Elles nous rappellent ceux qui ont protégé le ciel de Londres, préservé les axes de ravitaillement dans l’Atlantique Nord, défendu les avoirs du Commonwealth au Pacifique Sud, pris d’assaut les plages de la Normandie, refoulé l’ennemi en Italie et libéré les Pays-Bas. »

Suivant son allocution, Varga a épinglé le premier coquelicot sur la poitrine de Johnston. Ensuite, ce fut au tour de ce dernier d’en épingler un sur Varga et sur Larry Murray, grand président de la Légion. Des coquelicots ont ensuite été distribués aux invités, dont d’anciens combattants venus du Centre de santé Perley-Rideau d’Ottawa.

Pendant la cérémonie, Varga a aussi remis une nouvelle pièce de 25 cents, émise par la Monnaie royale du Canada, frappée de deux coquelicots rouges en l’honneur du 65e anniversaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Johnston, âgé de 69 ans, a été assermenté le 1er octobre en tant que 28e gouverneur général du Canada depuis la confédération. Ancien président de l’Université Western Ontario, sise à London, et spécialiste du règlement sur les valeurs mobilières, de la technologie de l’information et du droit des sociétés, il a mené une carrière universitaire prestigieuse.

Les enfants des anciens combattants blessés ont besoin d’aide en matière d’éducation

Plusieurs programmes financés publiquement et dans le privé offrent de l’aide pour l’éducation postsecondaire aux enfants des anciens combattants morts en service commandé. Cependant, il n’en va pas de même pour les enfants des soldats blessés qui ont subi des dommages catastrophiques en service.

Le Programme d’aide à l’éducation d’Anciens Combattants Canada vise à offrir une assistance financière, y compris les frais de scolarité et l’allocation de loyer, aux enfants des anciens combattants décédés en raison du service militaire.

Le Canada Company Scholarship Fund est administré par la Canada Company, société privée qui accorde des bourses pour les études post­secondaires aux enfants de combattants tués en service commandé. Le montant de chaque bourse, décernée à la suite des décès qui ont eu lieu après 2001, est de 4 000 $.

Project Hero est un programme pour les enfants des anciens combattants morts qui offre les frais de scolarité et, dans certains cas, la chambre et la pension pendant la première année, aux enfants du personnel des Forces canadiennes (FC) qui ont perdu la vie en service commandé. Ce programme a été mis sur pied dans un grand nombre d’universités et de collèges communautaires au Canada.

La Canadian Hero Foundation est une œuvre pour la jeunesse originaire de l’Université de Toronto qui ramasse des fonds pour offrir l’éducation postsecondaire aux enfants d’anciens combattants décédés.

Il est clair qu’il y a une insuffisance sur laquelle il faut se pencher afin d’aider les enfants d’anciens combattants qui ont subi des dommages catastrophiques. Leur besoin d’assistance financière est tout aussi important.

Le Bureau d’entraide de la Direction nationale a été invité à prendre part à une initiative en tant que partie prenante pour discuter du « soutien par des tiers du Programme des commandites et des dons des FC » administré par le directeur général des services de soutien du personnel et des familles des Forces.  L’objectif de ce groupe est de déterminer les priorités et de cerner les failles dans le programme afin d’assurer un programme de moral et de bien-être des Forces canadiennes entièrement harmonisé et intégré.

La Légion continue de faire d’importantes contributions quand il s’agit de s’occuper des anciens combattants de tous les âges et de leurs familles.

De petits pas positifs

Lors d’une conférence de presse convoquée à la hâte le 19 septembre, la veille de la rentrée du Parlement après le congé d’été, le ministre des Anciens Combattants, Jean-Pierre Blackburn, et celui de la Défense, Peter MacKay, ont annoncé des mesures ayant pour but de réformer la nouvelle Charte des anciens combattants. Les modifications se traduiraient par des prestations aux anciens combattants s’élevant à 2 milliards de dollars, ont-ils dit.

La présidente de la Légion royale canadienne, Pat Varga, a bien accueilli la nouvelle, mais elle dit avec circonspection qu’elle considère « les améliorations annoncées comme des étapes graduelles de la mise en œuvre du plan qui a été présenté au ministre des Anciens Combattants […] ». Le plan susmentionné concerne les recommandations faites par le Comité consultatif de la nouvelle charte des anciens combattants et par le Comité permanent des anciens combattants.

Les ministres ont annoncé que les anciens combattants qui, ayant subi des blessures graves, sont incapables de travailler recevront 1 000 $ de plus par mois à perpétuité. Le montant est rajouté à ce qu’ils recevaient déjà, c’est-à-dire aux 75 p. 100 de leur salaire et à l’allocation mensuelle permanente d’entre 536 $ à 1 609 $. Le nombre d’anciens combattants qui auront droit à ces 1 000 $ supplémentaires pendant les cinq prochaines années — quelle que soit la longueur de leur service — est évalué à 500.

En outre, d’autres personnes auront droit à l’allocation mensuelle permanente. On s’attend à ce qu’environ 3 500 anciens combattants y aient droit au cours des cinq prochaines années.

Il y aura aussi une augmentation de la compensation pour perte de revenus à laquelle auront droit les anciens combattants en réadaptation et ceux qui ne peuvent pas retourner au travail. L’allocation est de 75 p. 100 du salaire d’avant la libération, ce qui pourrait être insuffisant pour ceux qui gagnaient les montants les moins élevés des Forces canadiennes. La modification proposée garantirait un revenu annuel minimal d’environ 40 000 $. Cette mesure augmentera le revenu de 2 320 anciens combattants en cinq ans.

Les deux ministres soutiennent que ces modifications ne sont qu’un début. Effectivement, d’autres améliorations ont été annoncées la semaine suivante, dont les 100 $ par jour pour le conjoint ou le soignant principal d’un ancien combattant lourdement handicapé.

Bien que nous soyions heureux de ces améliorations, la hâte avec laquelle la première nouvelle a été annoncée indique que le gouvernement ne voulait pas qu’on lui demande, à la rentrée au Parlement, pourquoi rien n’avait été modifié à la nouvelle Charte des anciens combattants depuis sa mise en application en 2006. Après tout, il avait promis en fanfare que non seulement la nouvelle Charte serait la législation la plus complète depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale en ce qui concerne les anciens combattants, il s’agirait aussi d’un document « vivant » : un document qui serait modifié au fur et à mesure que les besoins des anciens combattants changeraient ou que des insuffisances y seraient observées.

Des insuffisances ont été découvertes et le gouvernement en a été averti par son propre Comité consultatif de la nouvelle charte des anciens combattants, et le récent rapport du Comité permanent des anciens combattants de la Chambre des communes le lui a aussi fait remarquer (« Le Comité demande des modifications à la nouvelle Charte des anciens combattants », septembre/octobre 2010).

Nous espérons vivement que ces premiers pas signalent une nouvelle dynamique qui remédiera aux insuffisances graves dans une charte que les anciens combattants ont bien accueillie en 2006 comme un instrument qui serait continuellement amélioré.

Tous à bord du programme de bénéfices pour membres

La Légion royale canadienne (LRC) a travaillé dur à son Programme de bénéfices pour membres (PBM) et les légionnaires jetant un coup d’œil à la liste grandissante de partenaires disposés à leur accorder certains pri-vilèges pourraient s’en trouver d’humeur vacancière. Le tout dernier partenaire, Carlson Wagonlit Voyages, une des plus grandes agences de voyages du monde, s’est inscrit au PBM de la LRC assez longtemps avant les fêtes. Les bénéfices exclusifs qui sont offerts comprennent ce qui suit : des économies d’entre 50 $ et 100 $ par réservation chez Trafalgar Tours et Insight Vacations (s’applique aux voyages d’au moins 10 jours); 5 à 10 p. 100 d’économies additionnelles sur les réservations faites à l’avance pour les voyages guidés au Canada et aux États-Unis; 300 $ de rabais par couple sur les forfaits touristiques en Australie, en Nouvelle-Zélande et dans le sud du Pacifique avec Anderson Vacations; et une remise pouvant s’élever à 25 p. 100 des meilleurs taux de location en louant une voiture chez National/Alamo. Et il y a bien plus encore. Pour se renseigner, il suffit de composer 1-800-CARLSON (227-5766) ou de consulter le site Web www.cwtvacationclub.ca/legion.

L’arrivée de ce neuvième partenaire au PBM signifie qu’aujourd’hui la va­leur inhérente au PBM suffit largement à compenser les frais d’adhésion à la Légion. Les nombreux bénéfices offerts dans le cadre de ce programme justifient l’adhésion à l’organisation. Les autres partenaires et bénéfices sont comme suit : Medipac Travel Insurance, qui donne son appui à la filiale d’un membre de la LRC chaque fois que ce dernier souscrit à une de ses assuran­ces de voyage; la CAA, qui offre des réductions de 12 à 25 p. 100 aux membres qui achètent une adhésion de base principale; Travelodge Canada, qui offre une réduction de 15 p. 100 dans ses propriétés canadiennes Travelodge et Thriftlodge aux membres et à leur famille; les magasins ICI Paints et Bétonel, qui offrent des remises de 25 p. 100 à l’achat de peinture dans un de leurs 210 magasins; Philips Lifeline Canada, qui offre aux membres et aux personnes à leur charge deux mois de service gratuit quand ils s’abonnent à leur service de réponse et d’appui personnel; MBNA Canada, dont l’engagement se convertit en appui financier pour les programmes nationaux de la Légion; Relocation Services Group, qui offre une remise en liquide allant jusqu’à 3,25 p. 1000 de la valeur de la maison à la vente ou à l’achat; Diageo Canada Inc., encore une autre fière partenaire qui s’est engagée à appuyer la Légion.

Tous ces partenaires se sont associés à la Légion pour participer à un avenir encore plus brillant.

Alors, soyez des nôtres.

Le combat pour Salavat -Partie 4

Les ainés du village s’assemblent à la choura. [PHOTO : ADAM DAY]

La confiance des Afghans hasardée

La présente est la quatrième partie de notre reportage sur les efforts déployés par une petite unité canadienne dans le but de gagner la confiance des habitants d’un village situé au cœur du pays des talibans, en automne dernier. Le 1er Peloton de la Compagnie alpha de la Princess Patricia’s Canadian Light Infantry se trouve à Salavat depuis une semaine et demie, logé dans l’enceinte d’une petite école à la périphérie du village. Il lutte pour accrocher les villageois quelque peu hostiles du centre du district de Panjwai, l’endroit le plus dangereux de la province de Kandahar pour les Canadiens.

Jour 9 – Une choura n’a pas lieu et une mission de déminage vers l’est est précipitée

Depuis les années que les Forces canadiennes font la guerre en Afghanistan, des choses se sont améliorées dans le domaine des opérations. Il y a des hélicoptères canadiens pour le transport des troupes et des approvisionnements, par exemple; moins de Canadiens  meurent donc dans les convois le long des sentiers parsemés de bombes dans l’arrière-pays. Et le militaire lui-même semble s’être mieux adapté aux exigences extraordinaires de la guerre. En 2006, beaucoup de soldats et de dirigeants semblaient dispos relativement à la complexité du conflit et enclins à une sorte d’optimisme bureaucratique : on pourrait appeler cela l’influence du commandement. C’était une tendance qu’avaient certains, d’ignorer les difficultés apparentes et, insouciants, de transmettre les bonnes nouvelles à la chaine de commandement, apparemment dans le but de se faire valoir. Bien qu’on m’ait assuré qu’il s’agit là d’une vieille tradition militaire — rien de plus qu’une sorte de carriérisme inconséquent — les problèmes qui en résultaient sur le terrain étaient sérieux : si tout un chacun ne communiquait que les bonnes nouvelles à ses supérieurs, les politiques et les directives en sens inverse ne risquaient pas d’être très judicieuses pour la situation telle qu’elle était réellement.

Il n’y a rien de mal à dire qu’actuellement les Forces canadiennes, ou tout au moins les membres de la PPCLI, prennent très au sérieux le devoir de percevoir et de rapporter la situation réelle, quel qu’en soit le degré d’atrocité ou de futilité.

Le mardi 20 octobre 2009, la situation à la maison de peloton, à Salavat, était des plus futiles. Le capitaine Bryce Talsma, commandant facile à vivre du peloton, avait choisi ce jour-là pour essayer de réunir les ainés du village pour la première fois : d’organiser une choura, comme on dit là-bas. Mais étant donné que l’influence des Canadiens chez les villageois était, pour l’instant, inexistante, dirait-on, rares étaient les membres du 1er Peloton qui avaient bon espoir que les villageois se montrent à la base canadienne.

Le 1er Peloton rencontre des résidants de Salavat. [PHOTO : ADAM DAY]

Le caporal John Little, ambassadeur amical du peloton sur qui on pouvait compter pour égayer la compagnie, commença la ma­tinée en s’asseyant sur le sable chaud au milieu de l’enceinte de l’école, et se mit à jouer son nouveau rôle de devin militaire pour amuser un petit groupe de soldats. « Il y a 40 p. 100 de probabilités d’hostilités aujourd’hui, dit-il gravement pour se moquer des météorologues, avec une possibilité d’embuscade à la grenade propulsée par fusée qui se dégagera en soirée et de la mise en place d’EEI au cours de la nuit. Aucune possibilité de choura ce matin. »

Bien que les détails expliquant pourquoi la choura n’aura pas lieu étaient cédés au domaine des rumeurs (principalement que le commandant de l’Armée national afghane (ANA), le lieute­nant Saed, avait dit aux ainés de ne pas venir; ou que les talibans leur avaient dit de ne pas venir, ou les deux, ou que c’était la même chose), les soldats n’en tenaient pas vraiment compte. La seule partie qui avait de l’importance, c’était qu’une section au grand complet avait été prête depuis l’aube pour assurer la sécurité de quelque chose qui n’avait pas eu lieu, bien entendu, mais qui n’avait été écartée officiellement que juste avant le diner.

Le sergent Dwayne MacDougall mena une révision posté­rieure au combat simulée après que sa section se fut tenue prête dans le stationnement chaud et poussiéreux pendant des heures.

Le caporal-chef Shane Stackpole fut le premier à donner son avis : « Au réveil, on nous a ordonné de nous équiper. Ça s’est bien passé. Vous vous êtes tous bien comportés. Ensuite, on a fait le pied de grue pendant quatre heures, alors que la mission fut changée ou annulée trois fois. Un bon boulot, là aussi. On a peut-être trop attendu debout, on se serait probablement affai­blis si on avait dû attendre encore longtemps. On va travailler ça. »

Les soldats de la section, amusés, se prélassaient dans la chaleur étourdissante en attendant d’être remerciés.

« À la dérive dans un océan de confusion », dit Talsma en passant au pas de course et démontrant son penchant pour les citations sorties d’on ne savait où.

Quant à l’ennemi, il était toujours dans les environs. Et les villageois n’étaient toujours pas convaincus des bonnes intentions du 1er Peloton. Le moment était venu de partir en patrouille.

L’école où habite le peloton est située au bord d’une plaine broussailleuse et inhabitée longue et sèche. À un kilomètre au nord se trouve le village de Mohajerin, où est située une autre maison occupée par un peloton canadien. Au sud, il y a Salavat et, au-delà, Nakhonay. À l’ouest se trouvent les abords habités de Bazaar-e-Panjwai, capitale du district. À l’est, il y a un enchainement de routes et de petits villages qui, à ce moment-là, étaient encore essentiellement inexplorés.

Ainsi, le premier devoir était donc de fouiller la route vers l’est à la recherche de dispositifs explosifs : les bombes mises en place par l’ennemi pour exploser si une cible anti-talibans se bala­dait à leur portée.

La pénible tâche du déminage de la route fut confiée à l’attachement du 1er Régiment de génie de combat commandé par le sergent Travis Bramble. Aller trainer le long du chemin de terre, détecteur de métal en main, à la recherche de bombes de fabrication inconnue, peut-être en plastique, ne pouvait pas être très amusant. Mais, curieusement, les sapeurs semblaient être heureux de le faire.

Le caporal John Little (à g.) et le sergent Craig Donaldson. [PHOTO : ADAM DAY]

Les détecteurs de bombes se mirent au travail et les gars de l’infanterie se dispersèrent dans les champs. Quand un démineur tomba sur quelque chose qui avait déclenché son détecteur, Bramble recula d’une dizaine de pieds pour s’en éloigner. Ce n’était pas grand-chose, mais ça en dit long sur ce qui doit se passer ici pour empêcher les blessures multiples ou la mort qu’un seul engin pourrait provoquer.

L’infanterie et la presse se tenaient loin de la scène, heureuses d’observer et de commenter les procédés pendant que le sapeur creusait le bas-côté à la recherche d’explosifs. « Ce qui est bien, c’est qu’on ne sentirait rien s’il y en avait une qui nous frappait, dit le soldat Tom Bryson. Ce qu’il y a de mal, c’est qu’on ferait partie de la société des vaporisés pourpres. »

Après les longues recherches des sapeurs, toutefois, aucune bombe ne fut été découverte et la patrouille quitta la route pour arriver aux alentours d’un village : son premier objectif avait été réalisé.

Jusqu’à ce moment-là, le 1er Peloton avait été très prudent autour des résidants de Salavat : chaque fois qu’une patrouille tombait sur des gens de la place, elle les fouillait soigneusement avant de leur permettre de se mêler à la patrouille. C’est à ce moment-là que le protocole fut abandonné. Ensuite, au crépuscule, après être revenue à Salavat par le sud sans avoir vu qui que ce soit, la patrouille s’est dirigée vers le nord, à travers le centre-ville. Au début, le caporal Little en avant, la patrouille prenait le temps de stopper chaque villageois, de le fouiller, de lui poser des questions, mais au bout d’à peu près une heure, un mélange d’impatience et de confiance s’installa et les Canadiens conduisirent essentiellement directement à travers la ville en boue, parmi des hordes d’Afghans qui se tenaient dans les rues étroites, émerveillés par le défilé d’infidèles en blindés.

Bien que de s’exposer au feu ennemi à travers la ville ne faisait pas partie du protocole habituel, personne n’en était vraiment responsable. John Little était en avant, comme il l’était presque toujours, et s’il y a une chose qui a précipité la nouvelle technique de la patrouille, c’est sa frustration croissante envers l’interprète qui semblait incapable de transmettre de simples ordres aux villageois. « Tu ne transmets pas les instructions très bien, n’est-ce pas? », Little cria à l’interprète après que le troisième Afghan d’affilée eut fait le contraire de ce qu’on lui demandait.

Les sapeurs à la chasse aux mines. [PHOTO : ADAM DAY]

Outre les circonstances ayant trait à l’interprète, il y avait la situation concernant Little lui-même. Bien qu’il ne sortait certainement pas de la norme, en tant que soldat, en ce qu’il aimait l’aventure périlleuse, Little semblait se lancer un peu trop vite vers le grabuge. Si la situation était dangereuse, Little s’y trouvait presque certainement. Pourquoi en était-il ainsi? Mystère. Peut-être prenait-il la tête afin que personne d’autre ne fut obligé de le faire, peut-être avait-il des raisons personnelles de le faire, mais à chaque patrouille, il était invariablement en avant, au front, servant de détecteur de mine autant que de guetteur d’embuscade.

On ne sera pas surpris de la farce que Little fit relativement à sa tendance à prendre des risques. « Je viens de m’avouer vaincu à ce voyage-ci, dit-il. On peut faire tellement de bonnes choses dans la vie quand on s’est avoué vaincu et qu’on a accepté la mort. On a des pouvoirs spéciaux.

Par la suite, le major de la Compagnie alpha, Ryan Jurkowski, prit quelques instants pour expliquer pourquoi, d’après lui, les opérations devraient aller lentement à Salavat. « On attend le bon moment pour voir ce qu’on peut faire pour les aider davantage. On attend qu’il y ait un bon équilibre entre la confiance et la présence imposante de l’ANA pour voir exactement ce qu’on peut faire pour Salavat.

« En attendant, on a un impact sur les opérations de l’ennemi. On voit beaucoup d’intimidation chez les gens des communautés environnantes. On essaie de cibler ça et de le supprimer. À un moment donné les insurgés décideront soit de se frotter à nos voies de communication, soit de s’en aller, soit tout simplement de nous laisser tranquilles. »

L’ainé de Salavat Hajji Pir Mohammed prend la parole à la choura. [PHOTO : ADAM DAY]

Jour 10 — Une choura a vraiment lieu et Saed montre, plus ou moins, son patriotisme envers l’Afghanistan

La journée commença tôt par une vraie tragédie : deux des seaux qui servaient de latrines ont été volés pendant la nuit ou très tôt le matin. Au début, on soupçonna la police nationale afghane (PNA), qui avait semblé, à un moment donné, jouer son rôle dans la choura qui était prévue. Les soupçons restèrent fixés sur la PNA pendant la journée, mais les sceaux ne furent pas retrouvés.

La PNA était ici, finalement, pour servir d’escorte à Hajji Baran, le dirigeant du district de Panjwai, homme corpulent à forte barbe et habillé d’une bure immense qui, curieusement, faisait les cent pas sur le toit de la petite école blanche. On ne savait pas vraiment comment il était monté là-haut.

Un petit groupe de soldats l’observait, se demandant pourquoi un personnage très en vue comme lui se trouvait sur le toit de leur dortoir. « Ça, c’est étrange, dit le caporal-chef Guilmane, ce n’est pas normal. » Il se tourne vers un autre soldat. « Je l’ai vu monter, mais je n’ai rien fait. Je me suis dit que quelqu’un devait être au courant de ce qui se passait. »

Le lieutenant Saed prononce son discours et le capitaine Talsma (au premier plan) et Hajji Baran l’écoutent. [PHOTO : ADAM DAY]

« Il est probablement en train de scruter la place », dit un autre soldat.

Baran est descendu du toit peu après, toutefois, lorsqu’une vague d’excitation traversa la maison du peloton : des ainés afghans s’approchaient de la base. Il semblait que la choura allait avoir lieu.

Ce fut un faux départ. Baran et Talsma sortirent à la rencontre des Afghans à barbe blanche venant de Mohajerin, en traversant les champs vers le nord.

Baran commença par les gronder. « Pourquoi n’êtes-vous que trois? Je suis ici, alors tous les ainés de votre village devraient être ici pour me voir. »

« Il y a beaucoup d’animaux malfaisants dans le village, répondit l’un d’eux. Les autres ont peur ». Un des hommes montra une lettre des talibans qui avait été clouée à une porte pendant la nuit. D’après le traducteur, la lettre menaçait de mort tout villageois qui assisterait à la choura.

Baran ne se laissa pas impressionner. Il leur dit d’expulser les insurgés de leur village.

« Je ne peux pas créer la sécurité, répondit un des villageois. C’est à vous de le faire », dit-il en indiquant Baran et les Canadiens de la main.

Baran resta insensible. Il les gronda longuement à propos de la lâcheté de leur village et puis les renvoya sans cérémonie.

La choura ayant évidemment pris fin avant même de commencer, Talsma salua de la tête les hommes qui s’en allaient et Baran bougonna à propos de sa fierté. Talsma semblait s’habituer à l’inattendu et commencer à prendre plaisir aux surprises et aux déceptions.

Il se tourna vers moi : « Comment vont tes espoirs? » me demanda-t-il.

« Je ne sais même pas ce que ce mot signifie ici », répondis-je.

Il se mit à réfléchir un instant. « Quand la boite de Pandore a été ouverte et que toutes les horreurs ont infesté le monde, tout ce qui restait, c’était l’espoir. »

J’en suis resté muet. Il me sourit et partit faire je ne sais quoi, probablement planifier une autre choura.

De retour à la base, Baran et son équipe qu’on soupçonnait d’avoir volé les sceaux réchauffaient leurs camionnettes fauves en prévision d’un départ rapide. C’est à ce moment-là que quelqu’un dans une des tours de guet attira l’attention sur 30 à 40 Afghans, au sud, qui venaient vers la base. Les ainés de Salavat venaient parlementer.

La caporale infirmière Becky Hudson examine un villageois pendant la patrouille. [PHOTO : ADAM DAY]

Il s’agissait d’un dénouement capital. Plusieurs semaines après l’arrivée des Canadiens — le Royal 22e avait établi la base et l’avait défendue pendant l’été et le début de l’automne — il y avait toujours fort peu d’indications que les villageois coopèreraient, mais 10 jours après l’arrivée du 1er Peloton, les ainés étaient venus conférer.

Talsma organisa rapidement un détachement de réception et se mit à préparer une aire de rencontre à côté de la base, dans un champ abandonné.

Les villageois y furent introduits. Des dizaines d’Afghans à barbe blanche s’assirent à même le sol dur autour de Baran, Talsma et Saed. « Nous avons peur que les soldats de la FIAS (Force internationale d’assistance à la sécurité) tirent sur nos enfants », dit un ainé.

« Dites aux insurgés de ne pas se battre dans le village et ça n’arrivera pas », répondit Baran.

« Ce n’est pas la meilleure solution que de patrouiller à travers le village comme ils le font », dit un villageois en faisant un geste vers les Canadiens.

« On ira où on veut, répondit Baran avec intransigeance. On peut installer des postes de contrôle où on veut. Personne ne peut nous en empêcher. »

C’est probablement l’attitude incendiaire de Baran qui amorça la dispute et, peu après, une bonne douzaine d’ainés criaient à tue-tête, Baran hurlant tout autant qu’eux. Les interprètes abandonnèrent leur besogne.

Et puis une chose inattendue arriva : Saed prit les choses en main. Alors que Baran restait assis à se chamailler avec les villageois, Saed se leva et prononça un discours de presque 20 mi­nutes. Le discours, merveille de rhétorique, fut magistralement prononcé : debout devant les villageois, le lieutenant de l’ANA parlait d’un ton furieux; il criait, lançait son chapeau par terre, gesticulait sauvagement; il montrait tout le charme de l’homme fort.

Le discours fit naitre des idées intéressantes sur le point de vue d’un Afghan relativement au conflit, ce qui est assez rare pour qu’on le remarque.

« Croyez en Dieu! dit-il pour commencer. Ne croyez pas les mots des hommes. J’étais ici du temps des talibans et je me suis battu avec les Russes, et je suis ici maintenant.

« L’uniforme que je porte n’est pas un uniforme américain. C’est mon uniforme. Je ne suis pas un lâche. Je sais que des Arabes, des Tchétchènes, des Pakistanais viennent ici, mais j’ai assez de fierté pour ne pas les laisser vous intimider. Si vous avez des problèmes, dites-moi où et qui, que je m’en occupe. »

Un des thèmes du discours de Saed était un plaidoyer pour l’unité des Afghans afin d’en arriver à la paix et à la sécurité. Il dit même que, si les talibans gagnaient, il allait travailler pour eux. En même temps, il argumentait contre les méthodes brutales des talibans. « Le taliban n’a rien d’étrange à mes yeux. Il est afghan. Il est ma main, mon bras, mon genou, une partie de ma culture, mon peuple, quoi qu’il advienne. Si un taliban fait des choses pour soutenir sa famille, qu’il vienne nous voir et nous le soutiendrons. Nous vous donnerons des emplois. Vous n’êtes pas obligés de détruire votre village et vos gens.

Le sergent Dwayne MacDougall s’entretient avec une personne de la place. [PHOTO : ADAM DAY]

« Nous n’avons pas peur des talibans. J’ai des gens à mes côtés qui sont de braves gens, et je mettrai un soldat dans chaque maison s’il le faut. Et s’ils veulent encore venir, ils devront passer à travers moi. Je suis prêt au sacrifice. On ne devrait pas avoir peur de ces talibans. On n’a peur que de Dieu. On n’a pas peur des hommes qui détruisent les écoles et qui tuent les gens. Ce n’est pas ça, l’islam. Ce n’est pas un djihad. Le Coran ne dit pas de faire ça.

« Dieu ne m’a pas donné le pouvoir de tuer des enfants ou la police ou l’ANA. Même en tant que talibans, si vous arrivez à prendre le pouvoir demain, n’avez-vous pas besoin de l’ANA? de la PNA? Alors pourquoi nous tuez-vous? On est tous afghans. »

Les villageois restèrent assis silencieusement pendant que Saed parlait. Et le temps passait. Il attaqua les talibans sur à peu près tous les fronts, argumentant même que l’argent était leur principal intérêt. « Si les talibans veulent réussir quelque chose, pourquoi ne viennent-ils pas ici me parler? Laissez-les venir; on discutera. Nous avons notre fierté. Nous avons notre histoire. Mais quand on voit de l’argent, on s’attendrit. On se vend les uns les autres pour de l’argent. Les talibans, c’est moi; c’est mon père, mon oncle, mon frère. Peut-être qu’ils sont forcés de faire ça. Ils le font pour de l’argent. Ce n’est pas ça, un djihad. Les talibans font ça pour leurs poches; ça ne fait pas partie de l’islam. Ils font le djihad pour se remplir les poches sur le dos de l’islam. Peu importe combien d’argent vous gagnez, ou ce que vous faites, en fin de compte vous allez mourir et le jour où vous vous trouverez devant Dieu, qu’est-ce que vous allez lui dire à propos de votre vie?

« Gens de Salavat, je vous en supplie, ne faites pas de la religion une partie de vos affaires, ne vous servez pas de votre religion pour gagner de l’argent. Dieu ne vous en sera pas reconnaissant et vous n’aurez rien à lui dire. Vous n’irez pas au paradis. Tout le monde est venu nous bombarder, que ce soient les pays de l’Ouest ou les talibans. Ils veulent faire un paradis en Afghanistan. Je ne veux pas de ce paradis.

« Qu’est-ce que c’est que ce djihad? Allez-vous couper la tête aux innocents? Qu’est-ce que c’est que ce djihad? Le prophète n’a jamais dit de faire des kamikazes dans le bazar, de tuer des femmes et des enfants innocents. Ce n’est pas ça, l’islam. Et si je mens, que quelqu’un se lève et le dise. »

Dans une partie de son discours qui, une fois traduit, fit réfléchir quelques officiers canadiens, Saed fit plusieurs promesses aux villageois qui étaient essentiellement impossibles à tenir.  « Je sais que tout le monde a une arme, et si vous n’en avez pas, venez me voir et je vous en donnerai une, a-t-il dit. J’ai déjà dit que j’apporterai la lumière à chaque maison et si ça ne se produit pas, je ne construirai pas un seul mur. »

Dans la dernière partie de son discours, Saed adressa un  ultimatum aux villageois. Ce n’était pas exactement une me­nace, c’était une instruction : ils allaient devoir arrêter leur double jeu et choisir qui appuyer. « Je suis ici pour votre sécurité. C’est votre droit. Demandez vos droits et vous les obtiendrez. Exigez-les. Prenons tous la même voie. Faisons encore plus d’efforts. Quant à ces étrangers, ces FIAS, ils sont venus vous aider. Nous les avons invités à venir ici. Le président Hamid Karzai les a invités. S’ils étaient ici pour prendre le pays par la force, moi aussi je serais du côté des talibans pour lutter contre eux.

« Quoi que vous fassiez, la chose la plus importante de l’islam, c’est que vous ne mentiez pas. Ici, du plus jeune de nos enfants jusqu’à nos ainés, nous mentons tous les jours. On dit des mensonges. C’est mal. Vous me mentez. Vous me trompez. Soyez bons envers moi, ou soyez méchants envers moi, que je sache qui est mon ennemi. Vous devez prendre une décision : vous êtes avec nous ou contre nous. Je pourrai alors voir mon ennemi et me battre avec lui. Vous devez vous mettre d’accord à propos de ce que vous allez faire. Si vous n’êtes pas contents de ce que j’ai dit, vous pouvez me tirer dessus. »

Et sur ce, Saed s’assit. Les villageois gardèrent le silence quelques instants. D’après l’interprète canadien-afghan, il s’était agi d’un discours ardent. Il avait été tout aussi audacieux que menaçant et son créateur, Saed, s’était effectivement établi en tant qu’autorité dans la région.

Talsma avait l’air très intéressé. Il dit par la suite que les bribes du discours de Saed qu’il avait entendues par l’intermédiaire de l’interprète l’avaient intrigué. Ce n’est qu’une fois le discours traduit qu’il apprit que Saed avait promis l’électricité et des armes aux villageois. Et qu’il leur avait dit de choisir d’être avec nous ou contre nous.

Les villageois parlèrent entre eux et puis un ainé se leva pour répondre. La réunion était finie, dit-il, les ainés allaient partir et décider ce qu’ils allaient faire. Soit qu’ils resteraient et commenceraient à coopérer avec Saed et les Canadiens, soit qu’ils quitteraient tous le village.

Ils reviendraient donner leur réponse dans deux jours.

S’ils décidaient de partir, la maison du peloton à Salavat perdrait instantanément sa pertinence. S’ils décidaient de rester, ce serait le premier pas vers le succès. C’était un moment décisif comme il en arrive probablement dans n’importe quel long effort de contrinsurrection. Les villageois allaient avoir recours à un référendum pour décider s’ils se mettraient du côté de leur gouvernement ou non.

Ce même soir-là, les officiers du 1er Peloton discutèrent avec étonnement de ce qui s’était passé pendant la journée. Saed avait émergé en tant que partie prenante d’un type tout à fait différent et le combat pour Salavat devenait intéressant.

« Si les villageois restent, dit un soldat, c’est comme si on  gagnait une bataille. »

L’adjudant Eisan réagit à cela. « À cette guerre, personne ne “gagne”. Le monde parle de “gagner”, mais je ne pense pas que ça puisse arriver ici. »

Personne ne se montra en désaccord avec lui.

Dans le dernier fascicule : Les villageois votent sur l’avenir de Salavat.

La voix de l’engagement

C’était la ville parfaite où réaffirmer un engagement honorable de longue date envers les anciens combattants canadiens et leur famille. Située à mi-chemin des océans Atlantique et Pacifique, Winnipeg est célèbre en tant que « centre » du Canada, mais pour les légionnaires, la ville et un de ses hôtels en particulier ont une signification encore plus capitale : le lieu de la naissance de leur cause fondamentale, une cause qui a servi à former la société canadienne et à améliorer la vie des gens dont ils se préoccupent le plus.

La reconnaissance du lieu de la naissance de la Légion et l’agrément de sa fondation en tant qu’évènement historique national y ont été célébrés le 12 juin, un jour avant l’ouverture du 43e Congrès national. En ce jour historique, le président national d’alors, Wilf Edmond, et le ministre d’Anciens Combattants Canada, Jean-Pierre Blackburn, ont dévoilé une plaque de la Commission des lieux et monuments historiques du Canada à l’hôtel Marlborough.

C’est à cet hôtel qu’en 1925 des dizaines d’organisations d’anciens combattants et d’associations de régiment ont fondé la Légion canadienne de la Ligue des anciens des armées du Commonwealth britannique. Le Canada n’allait pas très bien en ce temps-là et ceux qui étaient revenus de la Première Guerre mondiale se trouvaient face à un chômage massif et à une société qui semblait brisée ou antipathique envers les achoppements sur lesquels ils butaient dans le civil.

Ceux qui retournaient chez eux, a remarqué l’historien Glenn Wright à l’occasion du dévoilement, se sont trouvés en plein cœur d’une nouvelle sorte de bataille : ils ont dû combattre « pour la reconnaissance, pour les avantages, pour le souvenir, pour leurs droits en tant que membres de la société canadienne ».

Cette bataille pour le changement était née au cœur du Canada, dans les villages et les grandes villes et elle avait fini par s’étendre d’un bout du pays à l’autre et dans les coulisses du pouvoir, donnant lieu à des pensions pour les invalides, au renouvellement de la formation, à l’accès aux soins médicaux, à une charte des anciens combattants, aux allocations des vétérans de la guerre et à des programmes qui assistaient les anciens combattants et leurs épouses à rester chez eux dans la retraite. Au congrès de cette année, les délégués ont pris en considération 155 motions sur des sujets allant des anciens combattants aux ainés en passant par le souvenir et la défense nationale.

Lors du dévoilement, Blackburn a remercié la Légion de s’être faite « la championne des besoins des anciens combattants canadiens ». Sa louange a été accueillie chaleureusement, mais en sachant que le travail de la Légion n’est jamais terminé, qu’elle s’occupera toujours à représenter ceux qui ont servi ou qui servent actuellement, au pays ou à l’étranger. La plus grande organisation d’anciens combattants du Canada est sortie de Winnipeg cette année avec l’engagement de trouver des changements positifs dans l’introspection. « Nous allons nous actualiser et faire le nécessaire pour être pertinents », a promis la nouvelle présidente nationale, Pat Varga, et elle a invité tous les légionnaires à « prendre la voie du service; non pas le service pour le service, mais bien pour le mieux-être des autres ».

Cet engagement, tout comme les engagements de ceux qui ont déjà servi, est un bon présage pour la Légion et pour la société canadienne dans son ensemble. Il a servi à faire du Canada un meilleur endroit où vivre et, 85 ans plus tard, il est toujours une voix pertinente au cœur du pays, une voix que les Canadiens devraient continuer d’écouter.

Le moment de réexaminer les paiements forfaitaires

En 2006, les politiciens, les organisations d’anciens combattants et les membres des Forces canadiennes applaudissaient, avec raison, la mise en vigueur de la Loi sur les mesures de réinsertion et d’indemnisation des militaires et vétérans des Forces canadiennes, mieux connue sous le nom de nouvelle Charte des anciens combattants (NCAC). Les avantages financiers et l’ensemble des programmes de réadaptation élaborés pour faciliter la transition de la vie militaire à la vie civile était le couronnement d’années de travail à Anciens Combattants Canada et aux Forces canadiennes en consultation avec des organisations d’anciens combattants, dont la Légion royale canadienne.

Une de ses promesses les plus importantes était qu’il s’agirait d’une charte vivante : une charte qui serait modifiée selon l’évolution des besoins des anciens combattants. Quatre ans plus tard, malgré nombre de recommandations, aucune modification n’a été faite.

C’est la conclusion frappante que le Comité permanent des anciens combattants de la Chambre des communes a émise dans son rapport, La nouvelle charte vivante des anciens combattants à l’heure de la mise au point, publié en juin. Le Comité, ayant entendu plus de 50 témoins, dont la Légion, au cours de 19 séances, a fait 18 recommandations.

La première est une demande à ACC d’instituer un cadre pour s’occuper des dizaines de recommandations faites par le Groupe consultatif sur la nouvelle charte, un groupe de spécialistes comprenant un représentant de la Légion, qu’ACC avait mis sur pied pour surveiller la mise en œuvre de la charte et pour faire des recommandations.

Une grande partie du rapport du comité des Communes concerne le paiement forfaitaire pour invalidité. Le Comité a demandé à ACC de présenter un plan cet automne prévoyant des choix de paiement individualisés en reconnaissance de la douleur. Il s’agirait d’un mélange de paiements forfaitaires, de pensions ou de règlements échelonnés où l’on tiendrait compte de la gravité et de la nature de l’invalidité ainsi que de l’âge et des circonstances du particulier.

Le ministre des anciens combattants, Jean-Pierre Blackburn, a publié une étude en juin où il est déclaré que 69 p. 100 des allocataires sont satisfaits du versement forfaitaire et qu’il n’y a donc aucune raison d’y apporter des modifications. Toutefois, il faut savoir que les écarts actuels dans les avantages financiers doivent être comblés, et ce, dans des délais raisonnables. Il est important aussi de remarquer qu’il n’existe rien qui assure que le versement forfaitaire sera dépensé de manière à prolonger l’appui à l’ancien combattant et à sa famille.

Personne ne suggère que la NCAC n’est pas une amélioration ni qu’on doive retourner à la Loi sur les pensions qui couvre les anciens combattants les plus vieux. Le message, c’est qu’il est temps de faire des progrès, de bâtir sur une bonne fondation.

Le lien entre la SLA et le service militaire

Dans la rubrique À votre service de notre numéro de juillet-aout, nous avons discuté du processus décisionnel australien en matière de causes de maladies, ainsi que de la Repatriation Medical Authority (RMA), un organe statutaire indépendant qui formule des énoncés de principes (ÉDP) concernant les maladies reliées au service militaire australien. En la matière, les États-Unis ont un processus officiel semblable à celui de l’Australie. Par l’entremise de l’Office of Regulation Policy and Management, le ministère américain des anciens combattants publie des propositions de modifications aux règlements et des décisions envisagées touchant les avantages aux anciens combattants. Ce processus officiel consiste en l’affichage de projets de décision et des dates prévues de mise en application pour demander l’avis du public soit en ligne, soit en personne.

Une de ces décisions, en 2008, concernait la sclérose latérale amyo­trophique (SLA). Il est très instructif de se pencher sur un résumé de la décision. Comme il est précisé dans les règlements du Federal Register, vol. 73, no. 185 : « La SLA (appelée aussi maladie de Lou-Gehrig) est une maladie neuromusculaire qui […] progresse souvent de manière implacable et qui est presque toujours mortelle. Elle cause la dégénérescence des cellules nerveuses du cerveau et de la moelle épinière […]. Les gens qui en souffrent finissent par perdre la capacité de bouger les bras et les jambes, de parler et d’avaler […]. Il n’existe actuellement aucun traitement efficace.

« Il existe quelques indices qui suggèrent un lien entre le service militaire et le développement postérieur de la SLA […] Des études indiquent qu’il existe une corrélation statistique entre les activités du service militaire et le développement de la SLA […]. L’examen soigné de ces études et le fait que des études plus poussées ne feraient probablement pas la lumière sur le lien entre la SLA et le service militaire font en sorte qu’il y a assez de preuves […] pour présumer une connexion entre le service et la SLA chez les anciens combattants qui ont un tel diagnostic.

« Le secrétaire a déterminé que la preuve du service militaire, naval ou aérien actif et le développement subséquent de la SLA est suffisante pour appuyer la présomption que l’invalidité qui en résulte a été occasionnée par le devoir […] pour établir le droit à une connexion au service […]. Plusieurs circonstances particulières à la SLA méritent qu’on établisse une présomption de service […] une maladie incurablement invalidante, au progrès rapide et aux caractéristiques invariablement mortelles […] et son taux statistiquement élevé d’être développée chez les anciens combattants par rapport au grand public. »

En outre, le ministère reconnait que si l’on ne suppose pas la présomption, il serait très difficile pour les demandeurs d’établir une connexion au service par preuve directe, et qu’en demandant cette preuve, il y aurait une grave incidence sur les anciens combattants et leur famille car « cette maladie a une évolution rapide et dévastatrice […] Afin de faire bénéficier le plus vite possible les anciens combattants qui souffrent de la SLA, il est crucial que le ministère établisse cette présomption immédiatement. »

L’Australie et les États-Unis ont mis en place des outils pour donner rapidement accès aux avantages, car on y reconnait que les anciens combattants qui souffrent de SLA méritent une intervention rapide. Par contre, Anciens Combattants Canada n’a pas de mécanisme semblable et il continue de tourner le dos au très petit nombre de gens souffrant de la SLA qui méritent une intervention rapide.