À votre service Avis important aux vétérans de la MRC

Avez-vous servi à bord d’un navire de la Marine royale du Canada entre la Seconde Guerre mondiale et 1970?

Si c’est le cas, vous faites partie des quelque 18 000 personnes des services qui risquent d’avoir été exposées à des doses d’amiante exceptionnellement élevées. L’amiante, en n’importe quelle quantité, peut être une cause de cancer pulmonaire ou contribuer à son développement des années plus tard.

Saviez-vous qu’Anciens combattants Canada peut offrir des avantages aux anciens des services qui actuellement souffrent de cancer pulmonaire à cause d’une exposition à l’amiante si on peut établir un lien avec le service militaire?

Il se peut que vous ayez droit à une allocation d’invalidité d’un montant pouvant s’élever jusqu’à 250 000 $. Vous pourriez aussi avoir droit à des soins de santé et d’autres avantages prolongés.

Vous devriez prendre les précautions suivantes :

· Prenez contact avec votre médecin immédiatement et dites-lui qu’il se peut que vous ayez été exposé à de l’amiante.

· Racontez soigneusement votre passé à votre médecin, y compris l’essoufflement.

· S’il y a lieu demandez un examen complet; assurez-vous que votre médecin évalue vos poumons et cherche des signes d’hernie.

· Prenez des dispositions pour évaluer la fonction de vos poumons.

· Exigez un rayon X pour déterminer s’il existe quelque indication de maladie reliée à l’amiante.

Si le rayon X indique des anomalies, il y a plusieurs procédés qui peuvent suivre pour établir un diagnostic. Si le rayon X des poumons est net, il devrait être répété tous les ans, pour dépister tout changement qu’il pourrait y avoir.

Prenez contact avec un agent des services d’une direction de la Légion royale canadienne (voir les inscriptions sous Bureau des services / Agents des services, ou appelez sans frais au 1-877-534-4666 ou appelez sans frais Anciens combattants Canada au 1-866-522-2122.

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Ce qui suit est l’extrait d’une lettre de remerciement écrite par Carol Werner d’Ottawa.

J’aimerais profiter de l’occasion pour remercier la Légion de son soutien formidable à propos de ma demande pour invalidité. Mon cas en est un qui a causé nombre de difficultés. Pourtant, l’agent des services de la Légion s’est occupé facilement de chacune d’entre elles, à façon experte, comme un professionnel expérimenté. Il a réussi à analyser précisément les questions principales, de les mettre dans leur contexte et d’y répondre. De plus, il a fourni d’excellentes synthèses de cas et de preuves au Tribunal des anciens combattants (révision et appel). Le soutien que m’a donné l’agent des services de la Légion a été exceptionnel.

À votre service est écrit par des agents des services du Bureau national des services.

Le chemin à venir

La Légion royale canadienne s’est embarquée dans une mission de débat intérieur dont l’objet ultime est de recommander de meilleures façons de se structurer et de se gouverner. Le travail a commencé en février quand le Conseil exécutif national a approuvé fortement la création de la Commission de la LRC sur la gestion, la représentation et la structure directionnelle (Période de transition prévue à la Légion, mai/juin).

La tâche à laquelle la commission s’est attelée est intimidante, mais son mandat d’un an est une occasion excitante pour que la Légion puisse trouver des idées nouvelles en ce moment crucial. “La question de la gestion et de la structure […] va continuer à croître en tant que problème important”, dit le président national Jack Frost pour expliquer les raisons de la création de la commission. “Notre sociétariat continue de diminuer à une vitesse alarmante, mais notre grandeur et notre degré de gestion ne changent pas, alors ils demeurent une grande dépense à travers la Légion”, remarquait-il.

Le président national dit que la sorte de gestion et de structure qu’a la Légion n’a pas été révisée sérieusement depuis que l’organisation a été fondée, il y a 81 ans. Les membres du CEN et lui croient qu’il est temps de bien réfléchir, de repartir à zéro, et de ne pas seulement réviser la structure régionale, divisionnaire et nationale actuelle, mais de recommander des modifications avec responsabilités définies, amélioration de la gestion en général et représentation plus équilibrée à coût moins élevé.

La commission comprend cinq représentants, et le président Jim Rycroft du Comité des constitution et loi de la Légion y sert de conseiller. Le comité doit travailler indépendamment du personnel de la Direction nationale et des directions divisionnaires.

Les cinq sont le président Steve Wessel de la Nouvelle-Écosse, Andy Phillips de la Colombie-Britannique/Yukon, Frank Simpson de la Saskatchewan, Gordon Moore de l’Ontario et Tom Eagles du Nouveau-Brunswick. Tous ces gens sont des légionnaires bien connus et très respectés.

Durant des visites antérieures aux directions divisionnaires, le président national avait soulevé la question de la restructuration, surtout le besoin de fusionner les directions. D’après la structure actuelle, la Légion a quelques directions qui sont très petites et qui n’ont pas les ressources nécessaires à une bonne administration et au soutien des membres et des filiales comme en ont les directions plus grandes. “La possibilité que nous soyons sur-administrés, car nous aurions trop de directions, de districts, de zones et d’agents à différents échelons, a aussi été suggérée lors de discussions avec les exécutifs divisionnaires”, dit-il. En plus, la structure actuelle de 10 directions divisionnaires est bien mal équilibrée car certaines directions ont des dizaines de milliers de membres alors que d’autres, comme par exemple celle de l’Île-du-Prince-Édouard, sont très petites. “Cela donne un processus de prise de décisions au Congrès national qui est injuste car la direction la plus grande peut influencer indûment les décisions du congrès.

Une des tâches de la commission est de recommander la grandeur minimale d’une direction par rapport à un nombre minimal de membres. Il va aussi prendre en considération le nombre minimal de directions qui seraient nécessaires au soutien des filiales tout en offrant un degré d’administration adéquat et équilibré. Il a aussi comme tâche de suggérer s’il devrait y avoir des frais d’adhésion minimaux, ou pas, pour chaque direction qu’il propose.

De plus, il va considérer les besoins minimaux en personnel au quartier général d’une direction, et le nombre d’élus nécessaire au niveau de la direction pour soutenir la division, et puis suggérer une façon d’organiser et administrer les filiales dans le cadre d’une division, c’est-à-dire par l’entremise des districts, des zones ou des deux, et la grosseur minimale de chacun. Il va aussi considérer le nombre de représentants qui siégeraient au CEN.

Le groupe doit faire son rapport au CEN en février 2008.

Comme on l’a déjà remarqué, c’est un gros travail, mais le temps et les efforts que cela va prendre valent vraiment la peine. Les organisations doivent, de temps en temps, se regarder de près dans un miroir. Elles ne doivent pas avoir peur de questionner le statu quo ou de critiquer les usages établis. Elles doivent chercher les meilleurs usages tout en maintenant les intérêts des gens qu’ils représentent. Ainsi, cet exercice ne concerne pas seulement le maintien de la santé, il concerne aussi l’augmentation de la puissance et de la sagesse, et il mérite le soutien des légionnaires de partout.

Munir en conforts domestiques

Quand la Légion royale canadienne a été instituée, ce fut dans le but de s’occuper du personnel des forces armées revenant du service outre-mer. Cette obligation sacrée envers nos anciens combattants continue aujourd’hui, mais la Légion a aussi une longue et fière histoire de s’occuper des gens en uniforme qui sont encore en service dans les zones de guerre et autres régions dangereuses.

Les vétérans de la Première Guerre mondiale savaient à quel point les évocations de chez soi importent quand on est en service, mais en ce temps-là il n’existait aucune grande organisation qui s’occupa spécifiquement de leur confort. Alors, quand la Seconde Guerre est arrivée, la Légion était là pour parrainer les spectacles sur scène et les services éducationnels, et pour fournir des articles dont les combattants avaient grandement besoin, comme la papeterie et les cigarettes.

Le Fonds de moral des troupes de la LRC est un exemple moderne de ces soins de chez nous. Cet effort de financement, fait de concert avec Tim Hortons et l’Agence de soutien du personnel des Forces canadiennes (ASPFC) sert à s’assurer que chaque soldat canadien puisse avoir un café et un beigne, au stand de Tim Hortons situé à la piste d’atterrissage de Kandahar, durant son temps libre. En fait, chaque fois que le fond atteint 6 000 $ US, la Légion achète une grande quantité de bons-cadeaux qui sont distribués aux troupiers par l’ASPFC.

Les filiales et les directions de la Légion, ainsi que des organisations communautaires, soutiennent fortement le fond. Le grand nombre de donations qui viennent de partout au pays en est la preuve. Dans son premier mois d’opération, le fond a ramassé plus de 20 000 $.

Le président national Jack Frost espère que la distribution des bons-cadeaux aux troupiers va devenir une activité hebdomadaire.

Le soutien de la Légion pour les gens qui servent en Afghanistan va plus loin encore. Au mois de mai, le président national remettait 20 000 $, prélevés au Fonds du coquelicot de la Direction nationale, aux maisons Fisher de Landstuhl (Allemagne). Ces maisons sont situées en face du Landstuhl Regional Medical Centre, l’Hôpital militaire états-unien où l’on soigne les soldats américains déployés outre-mer. Le Canada aussi se sert de l’hôpital et l’on y transfère des soldats blessés en Afghanistan pendant qu’ils récupèrent ou qu’ils sont évalués avant de retourner au Canada pour leur réhabilitation.

Les maisons offrent un gîte à la famille des soldats qui récupèrent pendant qu’elle les visite et lui offrent du soutien, et la famille est sûrement la plus importante évocation de chez soi qui existe.

Ce soutien venant d’ici est grandement apprécié par les troupes, et cela encouragera peut-être les soldats qui reviennent à adhérer à la Légion, grâce à quoi on pourra continuer l’usage de la Légion qui est de soutenir le moral de nos troupes où qu’elles soient.

Période de transition prévue à la Légion

Un esprit de coopération s’est implanté au Conseil exécutif national lors de sa première réunion au nouveau siège social de la Légion royale canadienne, à Kanata (Ont.), pour y discuter des questions importantes qui intéressent l’organisation. Cette réunion, du 24 au 25 février, a servi à préparer le terrain pour d’importants changements, y compris une révision de la manière dont la Légion est dirigée et l’étalage de la campagne d’adhésion aux écrans de télévision du pays.

Le grand président honoraire Charles Belzile a ouvert les débats en demandant au conseil de porter son attention sur l’unification des organisations d’anciens combattants sous les auspices de la Légion, et sur le renfort de l’appui des gens qui servent actuellement. “Non seulement sommes-nous dans une période de transition, nous observons nos Forces armées participer à des opérations très difficiles”, remarquait-il à propos du déploiement des Forces canadiennes en Afghanistan. “Ces devoirs vont indubitablement entraîner une augmentation des demandes en ce qui concerne notre appui.”

Le président national Jack Frost, qui préside le Comité national des anciens combattants, des services et des aînés, a rapporté qu’il s’est employé au front de l’intercession, où il a assisté à des comités gouvernementaux afin d’y faire pression, entre autres, pour une déclaration des droits de l’ancien combattant, pour le partage du revenu chez les aînés et pour des normes nationales par rapport aux soins de longue durée.

Quant aux affaires de la Légion, il donnait la priorité à la gestion et au sociétariat dans son emploi du temps. “Notre sociétariat continue de diminuer à une vitesse alarmante mais notre grandeur et notre degré de gestion qui ne changent pas sont toujours une grande dépense à travers la Légion”, remarquait-il. Il a donc proposé la création de la Commission de la RCL sur la gestion, la représentation et la structure administrative.

Cette commission, avec un budget opérationnel de 20 000 $, comprendrait cinq représentants divisionnaires qui seraient nommés par le président national. Ce groupe aurait comme responsabilité l’analyse de la structure actuelle de la Légion à trois niveaux et recommanderait des modifications pour améliorer la gestion et fournir “une représentation proportionnelle à un coût réduit”.

Les tâches de la commission comprendraient la définition de “l’objectif fondamental d’une direction divisionnaire/régionale et donnerait les grandes lignes de ses responsabilités”, proposant un nombre minimal de directions qui seraient nécessaires pour soutenir les filiales et suggérerait combien de représentants de chaque direction siégeraient au CEN.

En prenant la parole, Frost avait déclaré : “je crois que nous devons réduire la grosseur du CEN et augmenter sa participation à la Direction nationale à trois réunions par année”. Mais, insistait-il, tout doit être sujet à discussion et ce serait à la commission de trouver de nouvelles idées.

Frost insistait aussi que la Direction nationale et le personnel directeur divisionnaire devraient être indépendants du groupe. La seule participation du quartier général serait l’assistance administrative fournie par un secrétaire.

Une discussion animée a eu lieu par la suite, durant laquelle plusieurs membres du conseil ont insisté sur l’importance et l’urgence de cette restructuration. Plusieurs membres du CEN se sont dits inquiets à propos de la possibilité de fusionner les directions et de comment cela affecterait l’identité des régions particulières. Certains ont exprimé le désir de donner aux directions divisionnaires un pouvoir de vote égal à celui du CEN.

Même s’il y a eu des opinions différentes sur la manière dont la Légion devrait être administrée, quand le président des débats national Tom Irvine a demandé un vote, les membres du conseil ont fortement approuvé la proposition d’établir la commission. Le groupe fera un rapport à la prochaine réunion du CEN, en février 2008, quelques mois avant le Congrès national d’Ottawa.

Le processus électoral par bulletins “grossier et long” utilisé aux congrès a aussi été étudié. Frost dit qu’il allait consulter toutes les directions et faire des recommandations au conseil.

Plusieurs directions divisionnaires sont en train de modifier la manière dont elles fonctionnent, ce qui ne se passe pas sans difficultés. Le président de l’Alberta- Territoires du Nord-Ouest Harvey Shevalier a rapporté que l’an dernier sa division a éliminé 25 postes de commandant de zone et les a remplacés par neuf commandants adjoints de district. “Le remue-ménage n’a pas été bien accepté par nos commandants de zone”, dit Shevalier. Toutefois, après quelques mois avec le nouveau système, “il semble qu’un grand nombre de nos filiales soient maintenant prêtes à accepter le principe. On aura un meilleur aperçu de tout ça au congrès à venir”.

Tout comme l’administration, les adhésions sont un sujet qui est revenu dans bien des rapports et discussions.

Le président du Comité des adhésions Erl Kish a remarqué qu’en 2006 le nombre d’adhérents a diminué de 16 884, à comparer aux diminutions de 10 603 en 2005 et 13 085 en 2004.

Aucune direction n’a réussi à garder 100 pour cent du nombre d’adhérents de l’année précédente, alors en fin de compte les chiffres de la Légion en général avaient baissé, à la fin de l’année 2006, en dessous des 400 000.

Quand au côté gratifiant des choses, la Division du Québec a mérité deux prix : le prix d’accomplissement du sociétariat, pour avoir maintenu le taux de rétention le plus élevé (97,14 pour cent) et le prix du renouvellement, lequel est basé sur les gains et les pertes au cours de la campagne de renouvellement de l’année précédente. La Saskatchewan et l’Ontario sont les deux seules autres divisions qui ont dépassé la marque des 90 pour cent de renouvellement.

La diminution du nombre d’adhérents s’est manifestée de plusieurs façons, y compris un manque d’intérêt dans les sports de la Légion dans plusieurs directions divisionnaires. Par exemple, l’Île-du-Prince-Édouard et la Saskatchewan ont rapporté avoir eu de la difficulté à remplir les places pour les championnats de curling divisionnaires; l’Alberta-T.N.-O. ne participe plus au curling de la Direction nationale, et puis le curling et les quilles ont été enlevés de la liste divisionnaire et remplacés par l’euchre.

Comme le rapportait le trésorier national Mike Cook, l’augmentation des frais d’adhésion de 4,50 $ acceptée au congrès va couvrir les dépenses opérationnelles de la Légion et permettre le placement de fonds dans un compte de réserve. Toutefois, dit-il, “vu que les pertes du sociétariat ont été d’environ 16 000 plutôt que de 12 000 comme on s’y attendait d’après nos prévisions de longue durée, nous devons encore continuer de surveiller nos dépenses”.

Le président national a fait plusieurs suggestions pour soutenir les chiffres, y compris l’offre d’adhésion gratuite pendant un an à tous les anciens combattants qui viennent de prendre leur retraite, une campagne de recrutement de porte à porte par les filiales et la mise en place d’un programme de membres extraordinaires. Cela servirait à conscientiser un peu le grand public sur la Légion.

Le dernier sondage d’opinion mené de la part de la Légion par Environics Research indique que “l’opinion publique concernant la Légion royale canadienne est toujours positive et il indique des sentiments positifs parmi les gens qui connaissent l’organisation”. Toutefois, le rapport indiquait aussi que le public a l’impression que la Légion obtient des fonds du gouvernement fédéral. De plus, certains membres du conseil disent qu’il y a beaucoup de gens qui croient encore que seuls les anciens combattants et les membres des Forces canadiennes peuvent en devenir membres.

Alors la Légion va prendre les grands moyens : les annonces télévisées. Les membres du CEN ont approuvé de tout coeur une recommandation faite par le Comité national des relations publiques d’utiliser 80 000 $ pour des annonces professionnelles qui seraient diffusées à l’émission Newsworld de la SRC et à l’émission Newsnet de la CTV, en automne. Comme le dit le président du Comité national des relations publiques Cliff Tessier, “on a accepté qu’il faille vite faire quelque chose pour soutenir les adhésions”.

Kish ajoutait que le Comité des adhésions est en train de remettre en valeur deux dépliants, The RCL And The Canadian Forces (La LRC et les Forces canadiennes) et The RCL And You (La LRC et vous), et de distribuer d’autres outils pour le recrutement. Ces derniers comprennent les dépliants Membership Really Matters (Les adhésions importent vraiment) et les cartes postales Did You Know (Saviez-vous). Ces cartes “pourraient servir à promouvoir les adhésions à la filiale, dans les centres commerciaux et aux manifestations communautaires”, dit Kish.

La Légion est aussi en train de redoubler ses efforts pour attirer d’autres membres ayant des antécédents militaires. Le conseil a voté en faveur de revitaliser le Comité de l’unité des anciens combattants présidé par Belzile. Le comité devrait prendre contact avec d’autres organisations d’anciens combattants durant l’année et préparer un rapport qui va être fait au congrès par l’entremise du CEN.

Plusieurs événements ont inspiré le président national à susciter une révision de l’initiative de l’unité des anciens combattants lancée par l’ancien président Allan Parks en 2002. Le premier a eu lieu en juin dernier, quand le congrès a refusé une motion une fois de plus par laquelle on essayait d’augmenter la flexibilité concernant la coiffe des légionnaires. Le deuxième concernait la baisse du sociétariat en dessous de 400 000 et le fait que seul un tiers des membres a des antécédents militaires. Finalement, il semblait y avoir une impulsion en ce qui concerne la formation de nouvelles organisations d’anciens combattants, comme la CF Veterans Association. Comme il est expliqué dans le rapport documentaire, “il y a beaucoup de gens qui ne pensent pas que la Légion soit un organisme pouvant subvenir à leurs besoins”.

Une séance de remue-méninges a eu lieu en novembre où Frost, Belzile et six autres membres du comité national ont imaginé des manières d’amener les organisations d’anciens combattants plus petites dans le giron de la Légion. D’après ce qu’on remarquait dans le rapport, le groupe a insisté “que tous les anciens combattants sont égaux et qu’on ne devrait pas imposer à quelque groupe que ce soit d’abandonner son identité particulière”.

Là-dessus, le président du Comité national des décorations et récompenses, George O’Dair, a accepté de composer des recommandations à propos de la question de la coiffe. Il remarquait dans son rapport que “s’il faut faire des changements, on se doit d’informer les directions et les membres prospectifs que la Légion est prête à les accepter de tout coeur. Nous devons aussi réaliser et reconnaître que nous sommes déjà très tolérants en ce qui concerne différentes sortes de coiffe”.

Et à propos d’attirer les jeunes anciens combattants, le groupe de remue-méninges de Frost remarquait que “il faut agir au niveau local pour montrer aux troupes que nous nous soucions d’elles”. Le groupe a proposé que toutes les directions “fassent tout ce qu’elles peuvent pour organiser des comités d’accueil de la Légion pour les forces qui reviennent d’Afghanistan à leur port d’attache”.

Le directeur du Bureau national des services, Pierre Allard, sera l’un des deux représentants de la Légion qui vont siéger au nouveau groupe consultatif de la charte d’Anciens combattants Canada; l’autre sera le colonel Pat Stogran, un officier qui a servi en Afghanistan. Allard a remarqué qu’il se pourrait que la nouvelle charte ait été en partie responsable de l’augmentation des demandes faites au bureau d’entraide. Les premières demandes d’assistance ont augmenté de 1 389 en 2005 à 1 742 en 2006. Pendant ce temps, la Division du Nouveau-Brunswick s’est occupée des demandes d’assistance dont le nombre a doublé, ce qui a été causé par l’épopée actuelle concernant la pulvérisation d’herbicides à la Base des Forces canadiennes Gagetown.

La Légion a resserré ses liens avec les hommes et les femmes des services récemment, en établissant le Fonds de moral des troupes–LRC. Ce fonds va servir à faire en sorte qu’on offre gratuitement du café et des beignes aux membres des FC en Afghanistan, de façon régulière, grâce à des certificats de Tim Hortons. Le président de la Division du Nouveau-Brunswick Tom Eagles avait un grand sourire aux lèvres en présentant au fonds une donation de sa division de 7 000 $. Inspirés par son geste, les membres du CEN ont fouillé dans leur portefeuille et fait leur propre contribution.

On a informé les membres du CEN que la Direction nationale est en train d’explorer des possibilités en vue de revitaliser l’Ensemble d’avantages aux membres de la Légion, sans oublier que le congrès a décidé de ne pas permettre aux partenaires commerciaux l’accès aux listes d’adhérents. Les possibilités comprenaient le liage direct du programme à la puissance publicitaire de la revue Légion, de sorte que les sociétés nationales de commerce obtiendraient des taux préférentiels en ce qui concerne leurs annonces et en contrepartie elles offriraient des avantages préférentiels aux membres de la Légion.

Le secrétaire national Duane Daly a fait une liste d’un certain nombre de faits saillants. La nouvelle Maison de la Légion fonctionne sans problème, à part quelques anicroches initiales dans le système de chauffage. Un certain nombre de projets spéciaux ont été complétés, y compris la dédicace du pont des Valeureux et on est en train de construire un nouveau site pour la toile.

Le service d’approvisionnement a vendu un montant “exceptionnel” d’attirail et de biens de consommation. Les ventes en 2006 ont augmenté de 18 pour cent au-dessus de celles de 2005 qui était une année record; le service a obtenu un profit net de 386 768 $, dont 25 pour cent ont été remis aux directions divisionnaires conformément à la convention de partage de profits. Il a aussi rapporté que la Direction nationale a réagi rapidement à l’abus de la marque de commerce qu’est le symbole du coquelicot, et le nom de la Légion, par divers groupes y compris une compagnie aérienne potentielle appelée Legionair.

Le président de la Division de la Colombie-Britannique/Yukon, Gerry Vowles, qui a fait une présentation au conseil sur les mesures que sa division est en train de prendre pour s’occuper de la gestion des filiales, avait vraiment les affaires à l’esprit. La vérification interne du coquelicot faite au hasard en est une. La direction avait plusieurs recommandations pour la réforme financière, que le conseil a décidé de porter à l’attention du Comité des constitution et lois. Le comité doit faire un rapport au Comité sous-exécutif national au courant de l’année.

Et, comme le 80e anniversaire de la Légion se poursuit, le conseil a approuvé 40 000 $ de son budget spécial pour la production d’un troisième livre de l’histoire de l’organisation. L’ancien éditeur et directeur général de la revue Légion, Mac Johnston, va écrire et s’occuper de l’imprimerie de ce livre qui concernera les années 1984 à 2006.

Au Comité exécutif national également

Logement de la Légion : Le CEN a donné son accord provisionnel à un programme dans le cadre duquel des quartiers pour gens mariés que l’Agence de logement des Forces canadiennes a en surplus seraient disponibles aux anciens combattants et aînés de la Légion. Cette initiative serait coordonnée par le Centre d’excellence du logement des aînés de la Légion et elle offrirait aux filiales l’occasion de fournir des logements sécuritaires à bon prix sans être obligées de financer des projets de construction. Le CEN a aussi approuvé une politique qui servirait à exiger que toutes les constructions domiciliaires de la Légion s’identifient en tant que telles; la signalisation qui doit servir à une reconnaissance nationale du programme n’a pas encore été créée.

Ligue royale des anciens combattants du Commonwealth : En tant que membre de cette organisation, la Légion, en 2006, a fourni 238 044 $ en assistance aux anciens combattants des Antilles.

Trousses pédagogiques : L’envoi aux filiales et aux écoles des trousses pédagogiques de l’an dernier a été retardé à cause du changement de gouvernement et de sa politique que toutes les publications de ce genre doivent être approuvées par le bureau du Premier ministre. On prépare les trousses plus tôt cette année à cause de cette étape supplémentaire.

À l’honneur de Don Cherry : Le CEN a donné son accord à ce qu’on décerne une carte de membre à vie au communicateur Don Cherry en reconnaissance de ses efforts pour la Légion et les anciens combattants du Canada.

Chartes : La Légion a accueilli une nouvelle filiale, la filiale Peacekeepers de
la Division de l’Alberta-Territoires du Nord-Ouest. Douze chartes ont été annulées : quatre en Alberta-T. N.-O., quatre en Saskatchewan, deux au Manitoba-Nord-Ouest de l’Ontario et deux en Ontario.

Citoyenneté : Le CEN va appuyer la campagne des épouses de guerre qui sert à obtenir que leurs enfants nés à l’étranger qui ont immigré au Canada ne soient plus obligés de payer pour établir leur droit de citoyenneté.

Congrès : Le CEN a donné son accord à la modification de l’article 411.c. de la page 41 des Arrêtés généraux d’après laquelle on enlèverait les mots “Standing Committee on Appeals” (Comité permanent des appels) et on les remplacerait par “Appeals Committee” (Comité des appels). Le Comité des appels sera formé au Congrès selon les besoins; les anciens présidents présents y sont communément nommés.

Jeunes auxiliaires : L’emblème national des jeunes auxiliaires a été choisi.

Au bord de l’enfer

by Tim Cook

Mon très cher père,
C’est Vendredi saint et je passe la journée à ceindre mes reins pour le combat. Le dimanche de Pâques, avec la paix sur la terre et les hommes de bonne volonté, je participe à la plus grande bataille de l’histoire du Canada, et peut-être de l’histoire du monde. Alors adieu, au cas où j’y reste.

Cette ‘dernière lettre’ fut postée le 7 avril 1917 par le lieutenant Gregory Clark à son père, quelques jours à peine avant qu’il prenne part à sa première bataille. C’est à la crête de Vimy, un nom qu’il ne pouvait pas mentionner à sa famille pour des raisons de sécurité, mais aussi un nom qu’elle n’aurait pas reconnu de toute façon. Cela allait changer durant les années qui suivraient car Vimy allait prendre une place sublime dans le panthéon des indicateurs historiques canadiens.

En avril 1917, toutefois, Clark et ses compagnons appartenant au Corps canadien n’ont vu la crête qu’en tant qu’obstacle dominateur, grandement fortifié et presque imprenable. Trois attaques contre la crête de sept kilomètres faites auparavant par les troupes françaises et anglaises avaient été repoussées. La tentative des Français avait eu lieu au début de l’été 1915, quand les Canadiens se trouvaient à Festubert et à Givenchy. Les Français avaient lancé plusieurs divisions contre la crête et ils avaient été repoussés lors d’une boucherie ensanglantée où plus de 100 000 soldats français et environ 80 000 soldats allemands étaient morts.

Clark comprenait fort bien l’ampleur de la tâche à laquelle les Canadiens faisaient face, et il était possible qu’il ne retourne jamais chez lui.

Il avait 24 ans quand le Canada est entré en guerre, en août 1914. En ce temps-là, il était à son chalet avec son amie Helen. Ils se courtisaient depuis à peu près un an et ils s’aimaient énormément. Gregory et Helen sont retournés à Toronto le 15 août, où ils ont été pas mal surpris d’apprendre que le Dominion était en guerre depuis presque deux semaines. Ils étaient perplexes à propos des événements et Clark, un écrivain et homme du grand air invétéré, retourna à son poste au journal Toronto Star. Il écrivait dans son journal intime : “La guerre fait toujours rage. Elle ne nous excite pas vraiment beaucoup… Elle semble si lointaine.”

Clark s’est occupé de la chronique criminelle du journal durant toute l’année 1914, mais il s’intéressait de plus en plus à la famille des soldats. Toronto fut secouée par les chiffres terribles des victimes après la bataille d’Ypres titanesque, en avril 1915, où les Allemands ont utilisé le chlore gazeux pour la première fois de l’histoire de la guerre et plus de 6 000 Canadiens ont été tués, blessés ou faits prisonniers. Clark interviewait des parents et racontait leurs histoires dans ses articles. La guerre arrivait chez nous. Son père et son frère étaient très patriotes; son frère, Joe, s’est vite engagé et leur père exhortait les hommes physiquement aptes à faire leur devoir par l’entremise d’éditoriaux dans les journaux qui faisaient grand tapage. Clark ressentait de plus en plus la pression d’aller servir son pays, mais son amour pour Helen était puissant et il ne pouvait se résoudre à la quitter.

Le stress de savoir que d’autres se battaient pour lui finit par pousser Clark à prendre la décision déchirante; il s’engagea le 27 mars 1916, en tant que simple soldat, dans le 170e Bataillon. Ne mesurant qu’à peine cinq pieds deux pouces et demi et ne pesant que 110 livres, il avait quand même l’éducation et la conduite qu’il fallait pour pouvoir devenir officier. Il fut promu rapidement, et puis nommé officier, et il passa une grande partie de 1916 dans des écoles de formation d’officiers au Canada. Toutefois, il épousa sa bien-aimée Helen. Bien que n’ayant presque jamais été séparé d’elle plus d’un jour, il s’embarquait pour l’Angleterre quatre jours après les noces et il ne la reverrait que 1 039 jours après.

***

À la fin de 1916, Clark fut transféré aux 4th Canadian Mounted Rifles, une ancienne unité de cavalerie qui avait été convertie en unité de fantassins car le front occidental avait démontré que les cavaliers n’avaient guère de chance contre les explosifs, les shrapnells et le feu mortel des armes légères. Clark est arrivé en France à la fin de 1916, et il a tout de suite rejoint son unité dans le monde étrange, ravagé et enténébré des tranchées.

Comme la plupart des soldats, Clark a trouvé le combat au front occidental étrange et dangereux. Durant l’hiver 1916-1917, son expérience des tranchées était en grande partie la monotonie et le labeur, mais il a souffert de bombardements terribles de l’artillerie qui faisait trembler les hommes et les obligeait à s’étaler dans la boue. “J’avais vu la terreur”, écrivait-il dans son journal, “le grand tumulte terrible de la bataille qui paralyse : quelque chose si éloigné de l’humanité qu’on aurait dit que tous les dieux et tous les diables étaient devenus fous et se battaient entre eux, oubliant les faibles mortels sous leurs pieds.” Mais on apprit la nouvelle qu’une offensive contre Vimy se planifiait, et tous savaient que le combat allait être encore plus intense et meurtrier.

Les 4th CMR, un des bataillons d’infanterie qui seraient parmi les premiers à passer à l’attaque, passèrent plusieurs mois en préparation, planification et entraînement pour leur rôle. Clark allait commander le 15e Peloton (environ 45 hommes) lors de la bataille. Les Canadiens commencèrent à se rassembler dans les tranchées de l’arrière le soir du 7 avril. Pendant les cinq derniers jours, les obus avaient hurlé au-dessus des têtes, jour et nuit, lancés par les canons qui martelaient les positions ennemis.

Le dimanche de Pâques, le 8 avril 1917, les premières unités des 4th CMR partirent au front à minuit, en empruntant une des merveilles d’ingénierie de combat, le tunnel Goodman. Durant la longue étape de préparation, les Canadiens avaient construit plus d’une douzaine de tunnels pour que les troupes puissent se rendre au front au moment de l’attaque. La plupart avaient quelques centaines de mètres de longueur, et Goodman mesurait plus d’un kilomètre. Il était assez haut pour que les hommes puissent s’y tenir debout, mais il n’avait pas été construit pour des timorés ou des claustrophobes.

Durant les heures froides et noires du 9 avril, Clark rassembla son peloton dans ce qu’on appelait les “tranchées de départ” à l’extérieur du tunnel Goodman. Chaque homme était laissé tranquille avec ses pensées. Est-ce que ce serait son dernier jour sur Terre? On faisait ses prières, on manipulait les fétiches-porte-bonheur, on écrivait les dernières lettres aux êtres chers au pays. Au-dessus de leur tête, les obus hurlaient vers les lignes allemandes. Le temps s’écoulait lentement jusqu’à l’heure zéro.

À 5 h 30, le lundi de Pâques, toute la puissance de l’artillerie se mettait à bombarder les lignes allemandes de ses 983 canons, obusiers et mortiers qui lançaient un flot de mort et de destruction. Les Canadiens, qui s’étaient exercés pendant des semaines avant la bataille, allaient suivre le barrage d’artillerie jusqu’aux lignes ennemies. Ce mur d’obus et d’explosions qui bougeait fendait l’air alors qu’il se traînait sur le champ de bataille. Mais il y avait une grande différence avec les exercices d’assaut d’avant la bataille (où les officiers avaient transporté des drapeaux pour indiquer où se trouvait le barrage, avançant d’une centaine de verges toutes les trois minutes) et la réalité quand on suivait le barrage assourdissant qui déchirait la terre.

Trois minutes après l’heure zéro, Clark sortit de la tranchée en criant “Allez les gars!” même si ses mots disparurent dans le tumulte des explosions. Son peloton vint à sa suite, tout comme les douzaines d’autres qui étaient visibles, et les centaines d’autres le long de la crête. Les Canadiens avaient démarré.

Gregory Clark a raconté ce qu’il ressentit : “D’une certaine façon, c’était une vue resplendissante. Il faisait encore assez noir. La giboulée tombait. Là, devant nous, horriblement près, se trouvait le bord de l’enfer. Il flambait et lançait des éclairs et des étincelles, les obus éclataient; il y avait des fusées blanches et colorées lancées par un ennemi déstabilisé. Et les lumières éclairantes et étincelantes montraient un mur infernal de fumée qui se tordait, qui bouillait, et dans lequel se trouvaient des silhouettes d’hommes qui avançaient.”

Ils s’avancèrent de façon mesurée, à pied, derrière le barrage rampant qui déchiquetait les lignes ennemies. Ils passèrent à côté de cratères gros comme une maison; le fil barbelé avait été arraché; des Allemands morts gisaient sinistrement ça et là. Le tout se voyait en passant lors de la marche jusqu’en haut de la crête. La discipline rigide des troupes vint à leur secours. Toutes les trois minutes, les soldats s’arrêtaient, se couchaient, et attendaient que le barrage s’avance de cent verges de plus. Ils s’avancèrent plus de douze fois et, chaque fois, ils se blottissaient, tendus, sous la couverture d’obus. À l’occasion, le son des MG-08 lourds allemands qui tiraient s’entendait malgré le fracas, mais devant Clark il n’y avait pas d’Allemand excepté les prisonniers qui s’échappaient en courant, les mains en l’air.

Mais des hommes étaient tués tout autour de Clark alors que les balles et les shrapnells sifflaient au-dessus du champ de bataille. Pendant 35 minutes, ils ont continué de s’avancer, jusqu’à ce qu’ils atteignent la tranchée de réserve ennemie. Là, le barrage d’artillerie fit une pause pendant 45 minutes, balayant les lignes ennemies et permettant aux unités retardataires de les rattraper. Il n’y avait pas grand-chose à faire pour les fantassins, alors ils creusèrent dans les cratères, fumèrent des cigarettes et vidèrent leur vessie, laquelle en avait bien besoin.

Pendant qu’ils attendaient, Clark et un petit groupe d’hommes se trouvaient dans un cratère d’où ils étudiaient le front, jetant un coup d’oeil à leur montre pour savoir quand il allait falloir s’avancer à nouveau. Un obus de l’ennemi atterrit dans le fond du cratère, dissipant la superstition selon laquelle un obus n’atterrit jamais dans le trou d’un autre. De dire Clark : “il nous lança tous en l’air, détruisit l’étui à cigarettes que le sergent Windsor avait à la main, coupant le fusil de Bertrand en deux à la culasse et nous laissant retomber de tous côtés”. Abasourdi et secoué, le petit groupe de Clark se tapotait les jambes et les bras pour s’assurer que rien ne manquait. De façon presque miraculeuse, personne n’avait été blessé.

Après avoir vérifié son peloton, Clark remarqua un changement dans le son du barrage. Clark s’élança en avant, glissant sur le terrain boueux plein de cratères, pour suivre le barrage. À 7 h 5, ils avaient atteint leur objectif final sans que Clark et ses hommes aient tiré un seul coup de feu. Ce n’était pas la même chose dans le cas des autres pelotons de sa compagnie, ni dans celui des 22 autres bataillons qui étaient passés à l’attaque tout le long de la ligne lors de la première vague. C’était toutefois loin d’être terminé. La capture de la crête n’était que la moitié de la bataille; les Canadiens avaient été entraînés pour se préparer à la contre-attaque des Allemands qui, s’attendait-on, allaient essayer de reprendre le terrain si important.

Clark et ses hommes se retranchèrent le long de leur ligne, créant une série de places fortes pour résister à l’attaque allemande. De la crête, ils pouvaient voir la plaine de Douai et les Allemands qui y reculaient désespérément leurs unités d’artillerie. La ligne avancée fut établie sur la pente est de la crête, ce qui leur donnait de bons champs de tir. Mais les Allemands n’avaient pas encore été tous nettoyés du front et la bataille continuait à faire rage loin à gauche où la 4e Division se battait avec acharnement pour capturer le point le plus élevé de Vimy à la colline 145. Même au front des 4th CMR, des troupes allemandes étaient retranchées et cachées sur la pente plus basse que les canons canadiens n’avaient pas pu bombarder.

Durant toute la journée, le peloton de Clark et plusieurs autres ont soutenu le combat avec ces Allemands. Le feu de l’artillerie avait aussi commencé à frapper la crête, venant de l’ennemi et des obus canadiens qui tombaient trop vite. Au début de l’après-midi, son ami le lieutenant W.G. Butson se trouvait à environ 20 verges de Clark où il essayait d’organiser ses hommes dans des trous de tirailleurs quand il tomba par terre. Clark courut l’aider et, horreur, il vit qu’une balle lui avait traversé la tête, lui ayant fait exploser les deux yeux. Clark faillit vomir. Pendant qu’un des hommes bandait la tête de Butson, Clark tenait la main de son ami qui réclamait sa mère dans son délire.

Vu que tous ses supérieurs avaient été blessés ou tués, il n’en tenait qu’à lui de coordonner la défense. Le reste de la journée servit à creuser des retranchements parmi les explosions d’obus ennemis. Il y eut quelques contre-attaques le long des lignes, mais les canonniers canadiens, dirigés par leurs observateurs postés sur la crête, faisaient pleuvoir un bombardement nourri sur eux. Quelques avions allemands volèrent au-dessus de la colline à basse altitude, l’arrosant à la mitrailleuse, mais il n’y eut pas vraiment d’attaque.

Après avoir été soumis au feu de l’artillerie pendant une grande partie du 10, les CMR avaient très hâte au 11, quand devait arriver la relève, et Clark et la plupart de ses hommes venaient de passer trois jours sans dormir. La neige tombait fortement. Éreinté, affamé, les yeux injectés de sang, Clark continua de visiter ses hommes dans leurs tranchées peu profondes et leurs trous à canon, les rassurant, que la relève allait arriver bientôt.

Un autre officier, le lieutenant L.C. Johnston, l’invita à quitter la fange pour prendre un dîner avec lui sur la colline, dans le sous-sol d’un édifice en ruines surnommé Cable House. Clark pensait que ce serait trop dangereux car les Allemands en avaient bombardé les alentours toute la journée, alors il retourna à sa tranchée boueuse quand il ne put convaincre Johnston de se joindre à lui. Il était assis là, à mâcher de la viande en boîte froide avec un de ses sergents de confiance, trop fatigué pour parler, quand il entendit un obus frapper Cable House.

“Alors la jambe de Johnston, séparée à la hanche, atterrit dans la tranchée, frappant le casque de Mackie et mes pieds”, écrivait Clark. “Je ne me souviens de rien de plus horrible que ça. Et puis le reste de Johnston vola au-dessus de notre tête et atterrit à 40 verges de l’endroit où il avait été frappé.” Sous le choc, ils jetèrent la jambe de Johnston à l’extérieur de la tranchée, mais quand leurs nerfs se calmèrent un peu, ils allèrent la chercher et la déposèrent à côté de Johnston qui était “mutilé jusqu’à en être méconnaissable”.

C’était le début d’un bombardement infernal de l’ennemi tout le long du front. Clark et ses hommes se tendirent pour la contre-attaque. On entendait des cris de douleur et des appels aux brancardiers entre les explosions. L’attaque ne se réalisa pas, bien que les CMR perdirent un nombre important d’hommes parce que leurs membres groupés, se préparant à repousser l’attaque, offraient des cibles plus importantes durant le bombardement de saturation. Ce dernier se termina au crépuscule et Clark s’est souvenu de l’image étrange d’un aumônier qui suivait le front, s’arrêtant aux fosses communes pleines de cadavres où il administrait le dernier sacrement en commun.

Au coucher du soleil, le 11, la relève des 4th CMR arriva enfin. Clark et ses hommes partirent vers l’arrière en trébuchant. Bien que certains des hommes acclamaient et chantaient la victoire, bien plus étaient ceux qui, silencieux, avaient des larmes aux yeux. Ils avaient laissé bien trop d’amis derrière eux sur la crête. D’après les rapports sur le champ de bataille, les victimes des 4th CMR furent de 43 morts, 118 blessés et 18 disparus. “Quand je me suis endormi cette nuit-là, il ne m’importait pas du tout si j’allais me réveiller et, pourtant, mon esprit ressentait, à peine, une exultation lointaine. J’étais en vie.”

***

La Croix militaire fut décernée au lieutenant Gregory Clark pour sa bravoure et son leadership stimulant durant la bataille de la crête de Vimy. Sa citation est comme suit : “Pour son remarquable courage et son sens du devoir au combat. Il prit le commandement de sa compagnie et la dirigea avec beaucoup de compétence, atteint son objectif et consolida sa position. Il montra un bon exemple de courage et d’initiative.” Effectivement, c’est ce qu’il a fait, mais la bataille l’avait presque complètement usé, et il admettait qu’il était presque à bout de nerfs et qu’il souffrait d’une toux sèche à cause du gaz toxique. Un officier commandant compatissant l’envoya en arrière pour qu’il puisse se reposer pendant quelques semaines, mais il retourna au front et servit jusqu’au début du mois d’août. Il fut retiré, à nouveau, à un poste “à l’épreuve des bombes” au quartier général du bataillon, mais il retourna au front, avec le grade de major, en tant que commandant de compagnie pour la série de combats dévastateurs qu’on a surnommés les Cent jours du Canada, lesquels ont duré d’août à novembre 1918. Il évita la mort de justesse à plusieurs occasions et, durant ces heures moroses, “dans mon esprit, j’étais tout à fait prêt à paraître devant Dieu et j’étais très triste pour Helen, ainsi que pour mes père et mère”. Mais il survécut et fut renvoyé au Canada en septembre 1918, où il allait être journaliste de guerre. L’armistice eut lieu avant qu’il n’ait l’occasion d’écrire à titre officiel, alors il fut rendu à la vie civile, et reprit sa vie avec Helen.

Mais la guerre l’avait changé. Gregory Clark retourna à son poste au Toronto Star, mais ensuite il s’en alla au Star Weekly du journal. Écrire pour la chronique criminelle ne le contentait plus, alors il se tourna vers l’humour. Clark commença à raconter des histoires de Canadiens avec son partenaire caricaturiste Jimmie Frise qui, comme lui, était un vétéran de la guerre. Il s’agissait d’histoires joviales et anodines sur les curiosités des hommes, et les Canadiens de partout au pays les trouvaient charmantes. Il se livra aussi à la pêche et la vie de plein air pour lesquelles il se passionnait. Clark allait devenir un des écrivains les plus aimés de sa génération avant son décès, lequel eut lieu en 1977.

La bataille de la crête de Vimy avait été le moment déterminant de sa jeune vie, comme elle l’avait été pour le Canada à ce point-là de sa jeune histoire. Des années après la guerre, Clark réfléchissait à son expérience : “Je suis revenu de la guerre plus grand en esprit, en intellect et en personnalité. J’étais un rat de bibliothèque, un petit rat de bibliothèque tranquille, quand je suis parti et, quand je suis revenu, j’étais plutôt coriace.” On pourrait dire que la même chose s’est passée pour le Canada en général. Le Dominion “coriace” a changé à tout jamais quand il a été forgé dans le feu de la Première Guerre mondiale.

Le terrain, les tunnels et les arbres

par Tom MacGregor

Des moutons paissent paisiblement dans les zones boisées et les champs découverts du Parc commémoratif du Canada à Vimy, ne se rendant pas compte qu’ils déambulent sur un des territoires pour lesquels on a le plus lutté à la Première Guerre mondiale. Il s’agit de l’endroit où, du dire d’historiens, le Canada est devenu une nation.

“La terre est extraordinaire. Il ne nous reste que bien peu de terrains de champ de bataille”, dit Hélène Robichaud, la directrice du Projet de restauration des monuments commémoratifs canadiens des champs de bataille à Anciens combattants Canada. En fait, le site de Vimy et le terrain préservé, non loin, autour de celui de Beaumont Hamel où les Terre-Neuviens se sont montrés à la hauteur durant la même année, forment environ 80 pour cent des champs de bataille de la Première Guerre mondiale restants.

Alors quand ACC a annoncé, en 2001, qu’il allait dépenser 30 millions de dollars pour restaurer le mémorial de Vimy et 12 autres sites canadiens de la Première Guerre mondiale en Europe, l’équipe du projet ne pouvait guère négliger le terrain lui-même, un terrain où ont été trouvés, à l’occasion, d’importants artefacts, y compris des balles, des obus, des morceaux de fil barbelé, des grenades et des fusils, ainsi que des restes humains.

Vimy et Beaumont Hamel reçoivent à peu près, au total, un million de visiteurs chaque année. “La plupart des visiteurs s’y rendent pour la commémoration”, dit Robichaud. “C’est un espace vert qui a beaucoup de signification pour le peuple de France. La France a une population dense. Toutefois, on peut pique-niquer, camper, dans la forêt nationale qui se trouve à côté du site.

Le projet de restauration a été divisé en quatre domaines de responsabilité, soit la restauration du monument de Vimy, la restauration des sites autour du monument, la conservation du terrain du champ de bataille et l’étude des caractéristiques souterraines de la propriété.

Il suffit de monter sur la crête pour comprendre l’importance stratégique qu’elle avait durant la guerre. Bien que la colline soit basse, on y a une bonne vue de toute la plaine de Douai avec son patchwork de terrains cultivés et de petits villages.

Mais la vue grandiose qui s’offre aux visiteurs d’aujourd’hui est tout à fait différente de celle qui attendait les Canadiens quand ils sont arrivés pour la première fois, à la crête qui avait déjà coûté des milliers de vie.

Comme le décrit l’auteur canadien Pierre Berton dans son livre Vimy, “Elle se trouvait là, faisant face aux lignes des Canadiens, une falaise basse de sept milles, grise sombre, qui s’élevait doucement de la plaine, une croupe monotone et boueuse, pétrie à en faire de l’écume par les obus, sans herbe ni feuillage, où l’on ne voyait ni couleur ni détail, chaque pouce de sa surface glissante rongée ou pulvérisée par deux années de martèlement constant. Elle n’était pas très impressionnante au premier coup d’oeil, mais pour les gens qui connaissaient son histoire et qui la regardaient devant eux lorsqu’ils ont dû se hasarder en avançant, plus haut, vers cette crête irrégulière enflammée par le feu des armes, elle prenait une aura plus sombre et sinistre.”

En dessous de cette laide étendue de terre se trouvait une infrastructure de tunnels avec leurs quartiers, leurs bureaux de commandement, un hôpital et un système de voie ferrée qui servait à apporter des troupes et des ravitaillements sans qu’ils soient pris sous le feu de l’ennemi. Au cours des années, le bois qui retenait les murs a pourri et cédé.

Après la guerre, les débris du champ de bataille ont été nettoyés par la France. Un million de pins de trois ans ont ensuite été plantés dans la région afin de restaurer le caractère campagnard d’origine.

En même temps, le Canada a commencé des négociations avec le gouvernement français concernant la préservation du site de Vimy. Un accord a été conclu en décembre 1922, d’après lequel la terre serait détenue en perpétuité par le gouvernement du Canada pour qu’il y érige un monument et crée un parc commémoratif.

L’accord a été formalisé et le terrain remis au Parlement canadien, lequel a été “accepté avec gratitude” par tous les partis de la Chambre des communes, en février 1923.

De remarquer Arthur Meighen, qui était leader de l’Opposition officielle en ce temps-là : “le site de Vimy est incomparable; des différents champs de bataille de la guerre, c’est celui qui tient le plus à coeur au peuple canadien à cause de tout ce que la guerre a causé quand on pense à l’histoire et au sacrifice”.

Aujourd’hui, le parc mesure environ 117 hectares. Ce chiffre n’est pas exact à cause de l’acquisition en 1930, par le gouvernement, d’une petite propriété. Un glissement considérable avait eu lieu près du monument pendant qu’il était en construction et cela avait endommagé la propriété avoisinante. Le gouvernement fédéral acheta le terrain plutôt que de faire face à un différend justiciable avec les voisins du site.

Le site comprend le monument ainsi qu’un grand stationnement et un centre pour les visiteurs. Il y a des sentiers autour du parc, ainsi que des cimetières militaires et la portion du tunnel Grange qui a été préservée. Le plus grand cimetière est le Cimetière canadien no 2, où 695 Canadiens ont été ensevelis. Ironiquement, il n’y a pas de Cimetière canadien no 1.

Le Cimetière canadien de la route Givenchy en est un autre, qui contient 111 pierres tombales et qui n’est accessible que par un petit sentier forestier.

Le Monument de la Division marocaine, qui sert à rendre hommage aux Marocains qui ont combattu aussi dans l’armée française et qui sont morts à Vimy, se trouve aussi dans le parc. “Les routes sont très crayeuses et il arrive que les sentiers soient très boueux”, dit Robichaud. “Nous voulions améliorer la qualité du terrain.” Beaucoup de travail a été fait pour la sécurité des visiteurs.

“C’est comme un très gros morceau de fromage suisse. Il y a plein de trous”, dit Robichaud. “Il nous fallait en apprendre davantage.”

Certaines parties du parc sont dangereuses. “Le problème c’est le relief du terrain, et il est trop mouillé. Il y a des endroits où l’on ne pourrait pas faire deux pas sans être coincé. Bien entendu, les zones qui sont dangereuses ne sont pas accessibles au public.”

Alors, pour maintenir le gazon tondu et le terrain vert, on fait paître des moutons car ils peuvent se frayer facilement un passage à travers la terre heurtée et les zones encaissées. “Il y a tant de choses que nous ne savons pas. Il y avait des hôpitaux et des trains là-dedans. Le sol a tendance à s’éroder.”

La forêt, le bois de Vincennes, est aussi une partie importante du travail. “Le fait que les arbres aient été plantés en même temps est un des problèmes, et les gens pensent qu’ils vont tous mourir en même temps”, dit-elle. Les arbres morts causent des risques à la sécurité et il faut les enlever. Dans le cadre du projet actuel, la stratégie est de choisir des arbres qu’on enlève pour les remplacer afin qu’il y ait une croissance continuelle.

Le sculpteur du monument, Walter S. Allward, voulait que le monument soit ceint d’arbres. Des sentiers sillonnent les pins et mènent au monument, et la route principale est bordée d’érables canadiens. “Il y a des érables dans le bois maintenant, qui proviennent des samares de ceux qui ont été plantés le long de la route”, dit Robichaud.

“Les arbres du site ont une grande importance en ce qui concerne la protection du sol”, dit-elle. “Mais il nous faut enlever les arbres dangereux qui sont sur le terrain du champ de bataille. C’est pour ça que nous avons créé ‘l’abattage modéré’.”

L’abattage modéré est une manière d’enlever des arbres sans trop déranger la terre.

Des rappels du passé remontent à la surface de temps en temps à cause des travaux de restauration et de conservation de la terre et des forêts.

De dire Steve Austin, un chargé de projet principal d’ACC à Charlottetown : “il n’y a rien de rare, quand on se promène dans la campagne française, de voir des endroits où les fermiers ont empilé du matériel militaire et autres débris que leur charrue a découverts. Ils sont simplement laissés là afin que les autorités compétentes les ramassent pour en disposer.”

Le service de déminage, du ministère de l’Intérieur, ramasse le matériel militaire et l’emporte à des endroits de rebut dirigés par le ministère de la Défense. Austin dit qu’il y a un dépôt de rebuts près de Vimy mais il n’y en a pas sur le site.

Quelle partie du patrimoine continue de remonter à la surface? “Cela dépend de l’endroit où l’on creuse”, dit Austin. “On pourrait creuser une tranchée ou enfoncer un câble souterrain sans trouver quoi que ce soit. Il y a beaucoup de choses qui remontent, comme des piquets en tire-bouchon et des morceaux de clôture. Mais quand on découvre du matériel militaire, un obus ou une grenade, c’est le service de déminage qui s’en occupe.”

Austin dit qu’on ne trouve rien d’habitude, à moins qu’il y ait un projet qui dérange le sol. “Quand on trouve un artefact, il est enregistré. Il arrive qu’on trouve des éclats d’obus, des rouleaux de fil de fer barbelé, des casques et même des fusils.”

Quand on trouve des artefacts, ils sont enregistrés au ministère pour les études historiques futures, mais la plus grande partie est laissée sur place en tant que rappel de la guerre. “Nous n’avons pas l’habitude de creuser. Nous nous occupons de conservation.”

Robichaud dit qu’un squelette a été trouvé dans une des zones où il y avait des travaux de construction. “Tout est fait dans les règles. Même si le parc Vimy appartient au Canada, il s’agit du sol français. Nous devons remettre les restes aux autorités compétentes.”

Quand cela arrive, on avertit la police française. “Le squelette est analysé. On essaie de savoir à quel pays le particulier appartenait et les restes sont remis à la bonne ambassade, d’une manière empreinte de dignité.”

Le public peut se faire une idée de ce qu’il y avait sous le sol durant la bataille en allant voir le tunnel Grange où on peut passer par une section qui a été préservée.

Il y a une dernière chose qui rappelle le gros morceau de fromage suisse auquel ressemble la terre autour de Vimy quand on quitte le tunnel qui menait à la ligne de soutien. Il s’agit du gros obus non explosé sur lequel les Canadiens sont tombés quand ils la creusaient, l’hiver avant l’attaque.

Il est indiqué au site de la toile d’ACC que l’obus avait été tiré par les alliés au mont Saint-Éloi, mais quand il a touché le sol mou, il s’est simplement enfoncé. Quand a eu lieu la découverte, les Canadiens ont su que leurs tunnels devraient être à au moins neuf mètres sous la surface.

Restaurer la grandeur

par Natalie Salat

Pendant deux ans, le Monument commémoratif du Canada à Vimy, qui domine la plaine de Douai dans le Nord de la France, était inaccessible aux 750 000 personnes qui vont au site iconique du champ de bataille de la Première Guerre mondiale chaque année, car il était enveloppé par un voile métallique.

Mais il ne l’est plus.

Le Projet de restauration des monuments commémoratifs canadiens des champs de bataille, qui s’élevait à 30 millions de dollars, ayant été complété, le chef-d’oeuvre de Walter Allward est entièrement visible; en fait, après la restauration, son aspect est même supérieur à son ancienne gloire.

Avec les avantages des connaissances et des techniques modernes, un certain nombre d’améliorations structurales ont été faites qui devraient permettre au monument de mieux supporter les extrêmes du climat. Les fortes pluies et le cycle brutal des gel et dégel avaient causé la décomposition de la maçonnerie et le dépôt de couches de tartre qui recouvraient nombre de noms inscrits autour de la base du mémorial, lequel a maintenant plus de 70 ans. Fait crucial, ces noms, ceux des 11 285 membres du personnel des services canadiens qui avaient été “portés disparus, présumés morts” en France durant la Première Guerre mondiale, sont à nouveau clairement lisibles.

Bien que le monument avait été entretenu par la Commission des sépultures de guerre du Commonwealth (CSGC) à la demande expresse du gouvernement canadien, l’organisation n’avait ni les fonds ni les ressources pour s’occuper des questions structurelles majeures. “(La commission des sépultures de guerre) s’est toujours occupée des effets mais jamais des causes fondamentales (de la détérioration)”, dit Peter Craven de la CSGC. “Il a fallu un abord fondamental, ce qui n’a pas eu lieu jusqu’à ce que Vimy devienne lieu historique national (en 1997). Soudainement […] il commençait à prendre un air plutôt miteux.”

Le rapatriement en 2000 du Soldat inconnu canadien, pour lequel une cérémonie de cession a eu lieu à Vimy, offrait l’occasion au personnel d’ACC de montrer aux parlementaires à quel point la restauration était nécessaire. Une recrudescence d’intérêt pour l’histoire et le souvenir à ce moment-là offrait également le soutien public.

En 2002, le gouvernement canadien annonçait le projet de restauration. Alors que 10 millions de dollars étaient affectés à la restauration des 12 autres mémoriaux canadiens de la Première Guerre mondiale en Europe, la majeure partie des 30 millions de dollars allait servir à la perle des monuments canadiens, à Vimy. “Ce n’est pas un travail de briques et mortier”, dit Hélène Robichaud, la directrice du Projet de restauration des monuments commémoratifs canadiens des champs de bataille à Anciens combattants Canada. “Vimy est un endroit qui se maintient dans le temps.”

Le mémorial se trouve sur la colline 145, où quelques-uns des combats les plus féroces ont eu lieu. Au fil des années, il est devenu davantage que le plus grand hommage outre-mer du Canada aux gens qui ont servi à la Première Guerre mondiale. “Il représente un très grand nombre de conflits, bien que cela ne devait pas être le cas à l’origine,” dit Laura Brandon, la conservatrice d’art militaire du Musée canadien de la guerre.

L’inspiration pour le monument est venue à l’architecte et sculpteur Allward, semble-t-il, dans un rêve durant les jours les plus sombres de la Première Guerre mondiale. Sa création, dit Brandon, devait ressembler à une croix ensevelie; les deux pylônes représentant le Canada et la France forment la section supérieure, la base forme les bras et la crypte est la partie la plus basse, celle qu’on ne voit pas. Vingt sculptures allégoriques, représentant les valeurs et les idéaux comme le sacrifice et la sympathie, entourent le monument.

Vu son point élevé et, bien entendu, l’importance de la bataille qui y avait eu lieu, la crête de Vimy fut jugée le seul endroit acceptable.

Le monument blanc brillant fut dévoilé par le roi Édouard VIII, devant plus de 100 000 personnes, le 26 juillet 1936.

Le rôle qu’avait la Légion royale canadienne lors du dévoilement et de la dédicace avait une envergure nationale et internationale. La Légion a fièrement conçu, parrainé et organisé un immense pèlerinage jusqu’au site. Le pèlerinage a eu un succès fantastique et, au cours des années, la Légion a continué de participer aux importantes manifestations organisées en l’honneur des anniversaires de la bataille.

La nouvelle cérémonie de dédicace, qui doit avoir lieu le 9 avril, va sans doute être tout aussi imposante. “(Cela) va être une occasion pour nous tous de nous souvenir et d’honorer les braves Canadiens qui ont participé à la formation de notre nation”, disait le ministre d’Anciens combattant Canada Greg Thompson.

Les douzaines de personnes qui ont participé à la restauration vont se sentir très fières ce jour-là. Il y a eu beaucoup d’efforts physiques et intellectuels, depuis janvier 2005, quand la reconstruction a commencé. “Durant le projet, il y a eu en moyenne à peu près 25 travailleurs chaque jour”, dit Craven.

Pendant presque deux ans, l’équipe multinationale a travaillé sous une coquille en métal qui avait été construite au-dessus du monument pour que les intempéries ne fassent pas arrêter le travail. Craven a travaillé avec le personnel canadien de différents ministères fédéraux, des conseillers français et le titulaire du contrat belge, Group Monument. Un processus de soumission international a donné lieu à ce mélange.

Bien que couronné de succès au bout du compte, l’arrangement avait ses propres problèmes au début.

Les relations entre les Français et les Belges ont dû être dégelées quelque peu, tout comme les glaçons dans la crypte du mémorial. Vu que c’était inhabituel pour une société belge de travailler en France, les maîtres d’oeuvre n’ont pas exactement été reçus à bras ouverts. “Il y a eu beaucoup de changements”, dit Robichaud. Sa responsabilité, en plus de prendre soin que le travail de restauration soit de la meilleure qualité, était de “maintenir la collectivité. Il faut prendre un peu de recul quand il y a des cultures différentes et demander à l’autre personne d’être plus patiente et vice-versa”. Mais, ajoute-t-elle, “ça c’est très bien passé”.

Il y a aussi eu nombre de défis techniques à relever, en plus du fait que le mémorial, dont la surface est de plus de 2 000 mètres carrés, est vraiment grand.

Allward a conçu Vimy en tant que structure en béton armé à façade en calcaire. “Il voulait que la pierre et le béton soient parfaitement liés ensemble”, dit Craven. Avec le recul, cela créait deux problèmes fondamentaux. “D’abord, la pénétration de l’eau. Le calcaire est poreux. L’eau pénétrait et imprégnait le calcaire et, en passant à travers le mortier d’assise […] et à travers le béton armé sous le revêtement en calcaire, elle emportait des sels minéraux. Ces derniers formaient ensuite une couche de tartre qui estompait les inscriptions.”

Le deuxième problème était l’expansion thermique. “Les taux d’expansion thermique du calcaire et du béton armé sont tout à fait différents.”

Il en a résulté des fractures dans la pierre, alors encore plus d’eau s’infiltrait dans le mémorial.

Pour régler ces problèmes, il a fallu enlever tout le calcaire, nettoyer le béton armé, appliquer une membrane résistante, et puis ensuite remettre tout le revêtement. Cette fois-ci, toutefois, le calcaire n’a pas été “installé directement contre le béton ou la membrane”, dit Craven. Un espace a été laissé entre les matériaux et, à certains endroits, des sacs de sable ont été insérés pour améliorer l’écoulement.

Le revêtement en calcaire a été “tout un travail” à enlever, dit le conseiller technique principal, et l’équipe du projet voulait en conserver le plus possible. “L’entrepreneur (belge) a choisi comme solution de le couper avec une scie diamantée. Tous les murs ont été littéralement coupés de la surface du béton.” C’était une expérience émouvante pour beaucoup parmi les gens qui l’ont vu mais, dit Craven, “on ne fait pas d’omelette sans casser des oeufs”.

Il a fallu un système sustenteur à aspirateur spécial pour soulever les lourds morceaux de calcaire. Toutes les étapes ont été difficiles pour les enlever, car (les constructeurs d’origine) s’en étaient servi pour couler le béton derrière. Il y en avait qui étaient très bien collés.”

L’équipe a aussi dû faire beaucoup d’efforts pour que les pierres en calcaire de Seget, provenant de la carrière originaire en Croatie, puissent servir parfaitement. Group Monument a mené des tests aux ultrasons à Vimy ainsi qu’à la carrière. Il a fallu importer 500 mètres cubes de nouvelles pierres calcaires.

Les inscriptions ont donné lieu à d’importantes difficultés également. Dans le temps d’Allward, elles étaient faites au jet de sable avec des pochoirs en caoutchouc. Mais, “chaque fois […] le jet de sable rognait un petit peu du pochoir”, dit Craven. Les membres de l’équipe de restauration ont trouvé d’immenses variations dans la grosseur et la forme des lettres quand ils ont mené une étude photogrammétrique tridimensionnelle. Avec la technologie informatique d’aujourd’hui, l’écriture aurait été “immaculée, mais il y aurait eu beaucoup de bigarrure (par rapport aux inscriptions originelles), alors l’entrepreneur a dû copier les particularités originelles”.

Il y avait aussi un problème plus fondamental : celui de déterminer quels étaient les noms. Certains noms étaient illisibles malgré l’étude photogrammétrique. “Avec le recul”, reconnaît Craven, “ce qu’on aurait dû faire c’est de nettoyer le tartre avant de faire l’étude photogrammétrique. Mais nous ne l’avons pas fait.” Il en a résulté une longue enquête dans la base de données de la commission.

Ensuite, il y avait le fait que les noms n’étaient pas inscrits en colonnes sur le mémorial. À la place, les noms enveloppent le monument, traversant les joints. “Allward ne voulait pas de colonnes de noms […] alors le mortier dans nos joints doit pouvoir être gravé. (Il) doit aussi être assez flexible pour permettre l’expansion thermique.”

“Il a fallu un an et demi, et plusieurs laboratoires, pour en produire un.” La combinaison finale a fini par être un mortier à base de calcaire qu’on a acheté et auquel on a ajouté du butyle, de l’eau et de la poussière de la pierre calcaire d’origine pour que la couleur soit compatible. “Ce mortier fut soumis à des tests de vieillissement accéléré et de compression”, dit Craven. “Nous n’en sommes qu’au début (mais) nous avons très bon espoir que ce sera une bonne solution.”

Robichaud dit que l’atmosphère au site “a vraiment commencé à changer” quand la gravure a débuté. “Les gens faisaient des connexions personnelles, je crois.”

On est en train de s’occuper des derniers détails du monument et le projet n’a ni grevé le budget ni pris du retard. Ce qui est encore plus satisfaisant aux yeux de Robichaud, la fille d’un vétéran de la Seconde Guerre mondiale, c’est le fait que cette icône canadienne sera préservée pour les générations à venir. “Il s’agit d’un site dont nous devons nous occuper.”

Hors pair : les Canadiens à Vimy

par J.L. Granatstein

La bataille de la crête de Vimy tient encore une place spéciale dans l’esprit canadien. Au mois d’avril, des milliers d’écoliers, leurs enseignants, leurs parents, des vétérans de la Grande Guerre et des représentants d’organisations d’anciens combattants et des gouvernements vont se rendre en France en l’honneur du 90e anniversaire de la bataille. La couverture médiatique va être immense et la réfection du monument sera révélée sous autant d’acclamations que lorsqu’il a été dédié, en 1936, devant une grande foule d’anciens combattants et de membres de leur famille. Cette manifestation a été appelée un “pèlerinage”, un terme intéressant qui suggère la nature quasi-religieuse de la cérémonie et l’importance de la victoire à Vimy qui a eu lieu en avril 1917.

Ainsi, Vimy est importante, mais pourquoi? Pourquoi, presque un siècle après l’attaque lancée le lundi de Pâques 1917, la prise de la crête de Vimy résonne-t-elle encore si puissamment dans ce pays si peu militaire?

Les Canadiens voient Vimy comme un événement constructeur de nation, une marque clé du développement du nationalisme canadien. Certains la voient comme l’escalade de la crête, presque l’équivalent des hommes de Wolfe qui grimpaient la falaise du Saint-Laurent jusqu’aux plaines d’Abraham. Presque tous estiment la bataille de Vimy en tant qu’événement décisif de la Grande Guerre, la victoire qui aurait gagné la guerre. Et tous les Canadiens voient Vimy comme un triomphe entièrement canadien qui a démontré la supériorité de “nos gars” par rapport à l’ennemi, oui, mais aussi par rapport à nos alliés. Tous ces points devraient être étudiés de plus près.

Mais d’abord, il faut préparer la scène. En avril 1917, la Grande Guerre ne se passait pas bien pour les alliés. L’empire russe, se faisant dissoudre par la révolution, chancelant, avait presque quitté la guerre et les armées françaises, maltraitées au-delà de toute endurance lors d’une série de batailles, étaient au bord de la mutinerie. La Grande-Bretagne et les Dominions seulement semblaient résolus, mais les pertes dépassaient grandement le recrutement sous les drapeaux. Nombreux étaient les gens au Canada qui avaient commencé à demander la conscription, bien que le gouvernement n’avait encore rien fait à ce propos. La seule éclaircie pour les alliés eut lieu le 6 avril, quand le Président américain Woodrow Wilson fit entrer son pays en guerre. Les États-Unis n’étaient toutefois pas prêts et il allait falloir plus d’un an avant que leurs soldats aient commencé à atteindre les tranchées en grand nombre.

Les victoires durant les combats étaient rares pour les alliés et les armes, les tactiques et le leadership allemands semblaient dominer les champs de bataille européens. À la mi-mars, les Allemands raccourcirent leurs lignes, se retirant sur une longueur de 100 milles du front ouest jusqu’à la ligne Hindenburg très fortifiée, laquelle s’étirait d’Arras à Saint-Quentin.

Là, la nouvelle doctrine de l’ennemi, la défense en profondeur, allait être appliquée.

Les plans de l’attaque alliée durent être modifiés et on donna la tâche à la British Expeditionary Force de déborder la nouvelle ligne de défense de l’ennemi. La bataille d’Arras, comme on allait l’appeler, comprit deux armées britanniques, la 1re et la 3e, et le but, bien qu’il ne fut jamais déclaré explicitement, était l’attrition ou l’usure des forces ennemies. L’attaque du Corps canadien à la crête de Vimy était une partie de cette grande campagne britannique.

Le terrain surélevé, dont la crête de Vimy est la caractéristique la plus importante, domine la plaine de Douai en France du Nord et de là on voit Lens à l’est et Arras au sud. La crête elle-même, à part la colline 145 et le Pimple (bouton) au bout nord, s’élève peu à peu d’ouest en est. L’à pic se trouve du côté est, derrière les principales positions allemandes et l’importance de la crête était principalement que sa possession permettait, ou interdisait, de voir une grande partie du territoire avoisinant détenu par les Allemands. La crête de Vimy avait été saisie par les Allemands en octobre 1914 et puis attaquée, sans succès, par les Français en 1915 et par les Britanniques en 1916. Le terrain, qui avait été l’objectif de tant de combats sauvages, avait été dévasté par l’artillerie, les sapeurs qui creusaient des puits de mine pour y planter des explosifs (plus de cent mines britanniques avaient explosé en 1916) et par les tranchées et les fosses-réservoirs de plus en plus profondes. Quand les Canadiens sont arrivés à Vimy, les efforts faits dans le but de prendre la crête avaient déjà causé 300 000 victimes. Comme l’a remarqué un fantassin par la suite, Vimy “était le point central d’un immense cimetière”.

La 6e Armée allemande avait eu beaucoup de temps pour développer ses défenses en haut de la crête. Il y avait trois lignes défensives principales avec des tranchées et des fosses-réservoirs profondes, qui étaient toutes protégées par des ceintures de fil barbelé et des postes de mitrailleuse en béton. Le sol calcaire de la crête avait été creusé, plein de tunnels et de tranchées de communication, et la deuxième ligne de l’ennemi, située un à deux milles à l’est de la crête, comprenait de gros abris enterrés, dont certains pouvaient accueillir en sécurité jusqu’à un bataillon. La troisième ligne, cinq milles en arrière, comptait sur des positions puissamment fortifiées. Et il y avait une quatrième ceinture défensive en construction plus en arrière, la ligne Drocourt-Quéant, que les Canadiens allaient rencontrer durant ce qui allait s’appeler les Cent jours du Canada en 1918. La faille fatale dans la planification allemande était que les divisions de la contre-attaque se trouvaient entre 12 et 24 heures de marche en arrière. Si les Canadiens pouvaient faire une brèche dans les lignes ennemies à la crête de Vimy, ils ne seraient pas expulsés.

À l’hiver 1917, le Corps canadien, dirigé par le lieutenant-général britannique sir Julian Byng, était un groupement expérimenté. Il s’était bien battu aux batailles coûteuses de la Somme en automne 1916 et ses divisions, brigades et bataillons étaient bien commandés. La plupart de ses hommes étaient nés en Grande-Bretagne, pas au Dominion, mais son esprit et sa sensibilité étaient de plus en plus canadiens. Ses quatre divisions avaient appris leur métier durant deux ans de combats, maîtrisant la guerre des tranchées, apprenant la meilleure manière d’utiliser l’infanterie et étudiant la meilleure façon de se servir de la reconnaissance aérienne, le gaz et l’arme qui allait gagner la guerre, l’artillerie, avec beaucoup d’efficacité. Le Corps canadien était une institution en apprentissage, une organisation recherchant à répondre à la question qui tourmentait les stratégistes : comment surmonter les avantages qui favorisaient la défense au front de l’ouest?

Chaque commandant s’escrimait à y répondre, mais certaines des réponses vinrent du commandant pragmatique, analytique et à l’esprit ouvert de la division canadienne, le major-général Arthur Currie. Envoyé par Byng pour étudier la manière dont les Français s’étaient battus à Verdun en décembre 1916, Currie, dans son rapport, faisait remarquer qu’une bonne reconnaissance était essentielle, ainsi que les efforts faits pour familiariser chaque soldat à propos des objectifs désirés et puis de faire exercer son rôle à chaque homme. Les cartes et les photographies furent distribuées jusqu’au niveau du peloton et chaque poilu (le surnom affectueux du fantassin français), pouvait utiliser chaque arme de l’infanterie, ainsi que celles qui appartenaient aux Allemands. Les Français comptaient sur le feu et le mouvement, l’infanterie consolidant les positions capturées et les troupiers reposés, se ruant en avant lors des assauts, employaient des mitrailleuses et des grenades pour forcer l’ennemi à baisser la tête.

Nombre d’officiers britanniques avaient fait des conclusions semblables à propos des tactiques de leurs alliés, mais ce ne serait pas faux de dire que Byng s’en servit avec bien plus de vigueur que quiconque avant lui. Le Corps canadien fut réorganisé, ses compagnies comprenant dorénavant quatre pelotons de quatre sections chacun, et chacune de ces dernières employant le feu et le mouvement. Les officiers insistaient sur l’initiative du particulier et les pelotons devinrent plus autonomes, une politique qui fit rentrer les spécialistes comme les mitrailleurs à Lewis, les bombardiers et les fusiliers-grenadiers au peloton et le rendit capable d’actions intégrées.

Mais à travers du Corps expéditionnaire britannique, dont le Corps canadien faisait partie, le fusil et la baïonnette étaient toujours essentiels. Le pioupiou (simple soldat) canadien avait peut-être un tempérament plus flexible que le britannique, mais le diagramme de l’attaque que chacun utilisait était très semblable. Ce qui était différent, comme le disait souvent le brigadier-général William Griesbach de la 1re Brigade, c’était que le Corps canadien était bien entraîné, bien dirigé et bien disposé à apprendre.

Les conclusions de Currie furent rapportées à tous les hommes. Un soldat écrivant à son frère quelques jours après la bataille de Vimy, lui dit que “on nous avait organisé pour l’attaque conformément au nouveau système français”. Le simple soldat Frank Teskey, qui avait servi avec la Princess Patricia’s Canadian Light Infantry, dit que son unité avait été “formée conformément à ce nouveau système à l’école de formation. J’ai été nommé scout. Mon travail, rester au flanc droit de notre peloton quand nous nous élancions de la tranchée et maintenir le contact (avec le) peloton à côté du nôtre et, si nous étions ralentis, avancer et essayer de découvrir l’obstacle, couper les fils de fer barbelés etc.”.

Il s’agissait d’un changement tactique pour le mieux.

Byng et son état-major, les principaux étant des officiers impériaux formés dans les collèges d’état-major de l’armée britannique, avaient préparé un plan pour l’assaut de Vimy le début de mars 1917. On avait l’intention de charger le lundi de Pâques, le 9 avril, en une attaque de quatre stades conçue pour pouvoir employer les quatre divisions du Corps canadien en ordre, allant du 4e, à gauche, jusqu’au 1er, à droite de la ligne canadienne. Chaque division attaquerait avec deux brigades à 5 h 30. Le premier objectif, la ligne Black, comprenait les tranchées des premières lignes allemandes, lesquelles devaient être prises au bout de 35 minutes tout au plus. Ensuite, les troupes devaient faire une pause de 40 minutes pour s’implanter solidement et se regrouper. Au bout de 20 minutes de plus, la ligne Red, les 3e et 4e divisions, devaient se trouver maîtres des derniers objectifs des Canadiens. Les brigades de réserve des 1re et 2e divisions, ainsi qu’une brigade britannique, devaient ensuite passer à l’assaut vers la ligne Blue, prenant les défenses de deuxième ligne des Allemands, lesquelles étaient centrées dans le village de Thélus. Finalement, après une halte de précisément 96 minutes, les mêmes brigades devaient avancer jusqu’à la ligne Brown, les derniers objectifs, à quelque 4 000 verges de la ligne de départ.

Si tout allait comme prévu, le combat du Corps canadien serait terminé à 13 h 18. Les ordres de Byng prenaient compte du besoin de se préparer aux contre-attaques allemandes. Il faudrait apporter rapidement des mitrailleuses en grande quantité et préparer des lignes de défense hâtivement sur le terrain récemment gagné.

On dépendait beaucoup de l’artillerie. En effet, la préparation de l’artillerie était la clé de la victoire. Les tranchées de l’ennemi furent bombardées à partir du 20 mars et le bombardement fut intensifié le 2 avril, une semaine avant l’assaut. On devait surtout faire attention aux défenses de fil barbelé allemandes, lesquelles devaient être détruites par les nouveaux obus no 106 qui explosaient au contact avec le fil. Ils furent si efficaces que bien peu d’unités rapportèrent avoir eu de la difficulté à avancer le 9 avril. Les canons ennemis avaient été localisés grâce au réglage du tir par avion, au repérage par le son et au repérage par éclats, et mis hors d’action par le feu des contre-batteries, un processus dirigé par le lieutenant-colonel Andrew McNaughton. Lors de l’attaque, 83 pour cent des 212 canons allemands avaient été neutralisés.

Des canons en grandes quantités avaient été mis à la disponibilité du Corps canadien : 11 groupements d’artillerie lourde, comprenant 245 canons, et 15 brigades d’artillerie de campagne, totalisant 618 canons. Les mitrailleuses Vickers, 150 d’entre elles, tiraient indirectement sur les places fortes ennemies. On pouvait obtenir encore plus de puissance de feu si nécessaire. La plupart des canons, comme la plupart des efforts de logistique appuyant les bataillons des lignes du front, provenaient des ressources de l’armée britannique. Le major Alan Brooke, qui allait être chef du grand état-major impérial, créa le plan pour l’utilisation de l’artillerie.

Les canons avaient aussi un autre rôle crucial. Un barrage traînard allait avancer en étapes de 100 verges, le tout minuté avec précision. L’infanterie qui avançait devait faire attention à rester derrière le barrage, à cause du danger d’être détruite par le tir ami.

Une immense quantité d’obus devait être accumulée, stockée et puis avancée au bon moment. Il en allait de même pour la nourriture, 600 000 gallons d’eau chaque jour, le matériel du génie, les munitions, les fournitures médicales, le fourrage et tout ce dont les 100 000 hommes du Corps canadien et leurs 50 000 animaux avaient besoin. Un système de tramways servait au transport des fournitures vers le front grâce aux tunnels creusés par les cinq compagnies de creusage de tunnels du corps. Ces tunnels, où l’on trouvait de l’éclairage, des téléphones et de l’eau, ont servi à abriter de nombreux troupiers durant la préparation de l’attaque.

Ceux qui se trouvaient à l’extérieur vivaient dans la fange. L’artilleur Wilfred Kerr écrivait que “les tranchées avaient de la boue jusqu’au genou […] comme du gruau; elle montait par-dessus les bandes molletières, les trempait, remplissait les bottes et pénétrait les chaussettes jusqu’à ce qu’on soit obligé d’utiliser un couteau pour l’enlever d’entre les orteils”.

Pendant que les préparations prenaient de la vitesse, les bataillons d’attaque s’entraînaient encore et encore. L’entraînement avait lieu sur des terrains semblables en arrière, avec des rubans qui indiquaient les objectifs. L’objet était de prendre soin que chaque soldat connaisse son rôle. À la surprise de tout un chacun, cela fonctionna. Un servant de mitrailleuse Lewis des 2nd Canadian Mounted Rifles disait par la suite que “quand nous avons fini par atteindre le haut de la colline, non seulement sommes-nous arrivés exactement au bon endroit, nous savions que nous étions dans la bonne section des tranchées où nous devions nous trouver”.

Un colonel ajoutait qu’il avait étudié les plans si souvent que “je n’avais pas besoin de regarder mes cartes pour dire où je me trouvais à quel moment”.

Pendant que l’entraînement se poursuivait, des unités de chasseurs sortaient chaque nuit pour tracasser les Allemands qui étaient déjà maltraités par “la semaine de la souffrance” infligée par le feu de l’artillerie qui avait commencé le 2 avril.

Certains raids réussirent, mais un raid de 1 700 hommes contre les défenses allemandes du Pimple, une élévation de la crête, ne résulta qu’en de lourdes pertes pour les attaquants, des pertes assez importantes pour affaiblir l’attaque de la 4e Division le 9 avril.

Les Allemands savaient qu’une attaque allait avoir lieu, mais Byng espérait obtenir une surprise tactique en fourvoyant l’ennemi. Le taux du feu des canons pouvait être varié, par exemple, et les canons se sont relâchés après minuit, le lundi de Pâques. Et le dernier bombardement traditionnel qui annonçait l’attaque des alliés n’eut pas lieu non plus. Les officiers apprirent l’heure de l’attaque le dimanche de Pâques et ils passèrent la consigne à leurs hommes peu de temps après. À 5 h 30, à l’aube, avec un vent du nord-ouest fortuit qui poussait la neige dans le visage des sentinelles ennemies, tout était prêt. Les hommes attendaient stoïquement l’heure zéro, écrivait le lieutenant Stuart Kirkland, qui remarquait que son bataillon ontarien se tenait dans la boue jusqu’à la ceinture 15 minutes avant l’heure zéro, “je pris deux bouteilles de rhum et donnai une bonne gorgée à chaque homme, car le froid était rigoureux […]”.

L’attaque commença par un immense barrage d’artillerie, “le barrage d’artillerie le plus merveilleux qui ait jamais eu lieu”, écrivait Kirkland. “C’était tout un feu d’artifice”, dit l’artilleur Fred Sims de Lethbridge (Alb.) alors que chaque canon tirait quatre coups par minute. En tout, les canons tirèrent 40 000 coups le 9 avril, tout un feu d’artifice en effet.

L’artilleur Harold Panabaker, qui travaillait avec un officier observateur avancé, se trouvait dans un des tunnels les plus profonds de Vimy et même sous le terrain, le son du barrage d’ouverture “ressemblait à un grand roulement de tonnerre”.

Les 15 000 fantassins de la première vague des 21 bataillons s’élancèrent des lignes de départ sur un front de 7 000 verges. Ils portaient tous leur fusil à baïonnette, leur masque à gaz, 120 balles, des grenades, une bouteille d’eau, peut-être un sac à dos avec des vivres et une pioche ou une pelle : le fantassin devait porter quelque 50 à 75 livres sur son dos. La boue, brassée par le bombardement continuel, fit ralentir l’avance, mais les fantassins continuèrent d’avancer. Le soldat Arthur Southworth écrivait chez lui que tout “ce qu’on pouvait voir c’était la fumée, des Frisés qui couraient et des morceaux de Frisés, même des fois des entiers, qui étaient projetés dans les airs”. L’artillerie frappait les batteries ennemies et les positions défensives principales, et le barrage rampant permit à l’infanterie de rester près du mur de shrapnel.

Quand ils atteignirent les premières tranchées ennemies, la plupart des bataillons au moment prévu, ils trouvèrent des Allemands qui étaient encore dans leur trouée. L’ennemi se rendait ou il était expédié à la grenade. Il n’y avait “pas beaucoup d’excitation où j’étais”, écrivait un lieutenant du 16e Bataillon de la 1re Division. “Je ne vis que deux Allemands vivants et deux qui étaient morts.” Le barrage donna à tous les hommes “un sentiment de confiance”, écrivait le soldat William Elder chez lui à Huntingdon (Qc), “et nous n’étions en danger qui si nous nous en approchions”.

Un des meilleurs comptes rendus de l’assaut initial, qui n’a jamais été publié, fut écrit par le simple soldat Teskey de la PPCLI. Il faisait partie de la première vague de l’attaque de la 3e Division, tout juste au sud de la colline 145. “Une série de cratère de mines nous séparait de la ligne du front de l’ennemi. Nous nous trouvions à un bord des cratères et les Frisés de l’autre. J’étais en haut de notre côté (où on) voyait bien ce qui se passait. Il fallait passer par des crêtes étroites entre les cratères et mon travail était de prendre la tête d’une des files. À 5 h 30, tous les canons que nous avions crachèrent le feu […]. Un barouf affreux. Les Allemands à 35 verges. (La) crête que je devais traverser était haute de 25 pieds. Après un court bombardement, le signal pour qu’avance la 1re vague. Pas le moment de réfléchir! Couru jusqu’à notre propre barbelé; démêlai et continuai. Dus arrêter parce que notre artillerie déversait encore un barrage de shrapnel dans la tranchée ennemie. Le prévu, c’était que la première vague avance sous les obus et aussitôt que le barrage stoppe, se ruer dans la tranchée. Bonne partie de notre 1re vague touchée par nos propres obus! Font pas leur devoir si pas de victimes! Notre barrage n’a pas eu tous les Allemands de la première ligne. Alors que nous nous accroupissions à l’extérieur de leur parapet, une pluie de bombes tomba. Mais aussitôt que nous nous sommes rués en avant, nous étions tous des ‘kamarads’ […].

Comme Teskey le disait dans la lettre qu’il écrivait d’un lit d’hôpital, “juste avant d’atteindre notre objectif, un de nos propres obus toucha terre derrière moi et je fus frappé au dos […]. J’entrai dans le trou fait par un obus. Difficile de retourner à nos lignes : la boue!”

L’expérience de Teskey n’avait rien d’étrange. Le major Percy Menzies notait que des “fois c’était très difficile de savoir exactement où se trouvaient nos lignes de barrage et c’était très dur pour nous, officiers, de ramener nos hommes hors de notre propre feu. Le terrain était tellement trituré que c’était impossible de reconnaître les points de repère sur lesquels nous comptions”.

La courte pause à la ligne Black permit aux attaquants de s’implanter solidement. Et puis l’avance recommença, qui se passait bien à la droite de la ligne. Les Allemands avaient commencé à réagir et des tireurs, le feu des mitrailleuses et l’artillerie causèrent des victimes chez les Canadiens, mais cela ne ralentit guère l’avance. La ligne Blue tomba facilement devant les brigades de réserve des 1re et 2e divisions, “exactement de la même façon qu’on s’était entraîné sur les champs d’exercice”, ou en tout cas c’est ce que disaient les historiens officiels britanniques. L’objectif final, la ligne Brown, atteinte après une charge à la baïonnette par des hommes de la 6e Brigade, tomba vite aux mains des Canadiens.

Les pires difficultés du Corps canadien eurent lieu dans le secteur de la 4e Division, à gauche. À la colline 145 et au Pimple, les troupes allemandes solidement retranchées, qui avaient l’avantage des points les plus élevés de la crête, résistèrent avec acharnement. L’ennemi avait des bunkers sur une pente de l’autre côté de l’artillerie qui le protégeait du bombardement et les 11e et 12e brigades attaquaient les points forts à mitrailleuse avec bien peu de succès. En fait, les contre-attaques allemandes à quelques occasions ont menacé leurs efforts.

Le capitaine Thain MacDowell, à qui l’on avait décerné l’Ordre du service distingué à la Somme, était à la tête de l’attaque du 38e Bataillon. Avec deux coureurs, il se retrouva à une redoute allemande bien en avant du reste de ses hommes. Il détruisit un nid de mitrailleuse et obligea une autre équipe ennemie de servants d’arme à battre en retraite. Ensuite il remarqua un soldat allemand qui entrait dans un des nombreux tunnels qu’il y avait dans la crête. MacDowell le suivit dans le tunnel et persuada un Allemand, au bout de son fusil, qu’il était l’avant-garde d’une force bien plus grande. Il convainquit deux officiers et 75 soldats de se rendre, et les fit sortir par petits groupes afin que ses coureurs puissent les emmener aux lignes canadiennes. MacDowell maintint sa position jusqu’à ce que son bataillon le relève, fut promut major et on lui décerna la Croix de Victoria. Il était l’un des quatre Canadiens à qui la Croix de Victoria a été décernée durant la bataille. Les autres étaient Ellis Sifton, William Milne et John George Pattison.

Quatre mille prisonniers furent faits par les Canadiens, mais beaucoup d’entre eux moururent avant d’atteindre les cages à prisonniers. Le lieutenant-colonel de la PPCLI Agar Adamson écrivait à son épouse que son régiment avait capturé des vingtaines de prisonniers, mais “un major allemand refusa d’être envoyé avec les prisonniers en arrière sauf sous la garde d’un major”. Adamson fut franc: “il ne nous causera plus de difficultés”. Cette histoire n’a rien d’extraordinaire. Richard Rogerson de l’Île-du-Prince-Édouard, qui avait vu un ami se faire tuer près de lui, racontait sans se déconcerter qu’il n’avait pas fait de prisonnier : “j’ai eu mon quota d’Allemands. Il y en a eu 14 à mon crédit en à peu près deux heures, certains j’ai tiré dessus avec mon fusil (et) j’ai enfoncé ma baïonnette dans d’autres et il y en a deux que j’ai tués avec une bombe à main (c.-à-d. une grenade) […]. Une fois que j’ai tué mon premier Allemand avec ma baïonnette, mon sang s’est troublé (et) quand je ne pouvais pas atteindre les Allemands avec ma baïonnette, je leur tirais dessus. Ça ne me dérange pas plus de les tuer que quand je tuais des lapins”. Il se peut qu’une partie de cela soit de la vantardise pour les proches, mais l’histoire de Rogerson sonne juste.

À la tombée de la nuit, la colline 145 appartenait encore aux Allemands. Ce n’est que lorsque la 4e Division a envoyé deux compagnies du 85e Bataillon de Nouvelle-Écosse, récemment arrivés au front et qu’on ne devait employer qu’en tant que bataillon de travail à Vimy, que les Allemands se sont rendus. Le reste des positions de la ligne Red qui faisait face à la 4e Division, à part le Pimple, tomba le matin du 10 avril après une charge à la baïonnette par deux bataillons.

Le Pimple devait être capturé par des troupes britanniques. À la place, le 12 avril, trois bataillons de la 10e Brigade de la 4e Division lançait une attaque, une nuit où hurlait le vent et enlevaient la position à un régiment de gardes allemands lors d’un combat corps à corps. “Je suis roi du Pimple”, disait le brigadier-général Edward Hilliam. La crête de Vimy, y compris le site du mémorial canadien qui allait être construit à la colline 145, était entre les mains des Canadiens.

Il ne restait plus qu’à apporter les canons, et le matériel de toutes sortes, la nourriture, et l’eau, en avant. L’artilleur Kerr s’est rappelé que sa batterie a avancé d’environ deux milles à 11 h, le lundi de Pâques. “Du côté droit de la route, devant nous et derrière, des batteries et des wagons, des camions et des hommes s’avançaient; du côté gauche, il y avait un défilé d’hommes pansés et d’hommes sur des civières qui coulait vers nous.” Les autres batteries, comme le disait l’artilleur Tom Walker à son épouse, “devait attendre que les ingénieurs eussent construit un chemin de fer léger pour aller (de l’avant). La boue était si molle et spongieuse qu’il était absolument impossible de les faire monter avec les chevaux. Ensuite, quand nous atteignîmes la crête, les Allemands battirent en retraite d’environ cinq milles et nous dûmes nous établir devant la crête sur la plaine”. Les canons allemands qui fonctionnaient encore continuaient de tirer sur les Canadiens qui avançaient et le commandant de la 3e Brigade d’artillerie de campagne, le lieutenant-colonel Woodman Leonard, fut tué vers les 9 h 30. Il avait écrit dans son journal, la veille, qu’il avait “renouvelé mon abonnement au London Times pour six mois”.

L’agent du YMCA William Fingland écrivait que “bien sûr les pertes ont été lourdes mais ça a été une grande victoire, et chaque veuve ou mère d’un homme tombé devrait se sentir fière et heureuse le reste de ses jours, que l’être cher a accepté de donner sa vie pour la liberté et la démocratie […]”. Percy McClare du 24e Bataillon de la 2e Division dit à sa mère qu’il “avait participé à toute la bataille et c’était l’enfer”. Mais, ajoutait-il, “je suis heureux de pouvoir dire que je suis passé à travers car ça va être une des choses les plus importantes de l’histoire du Canada”. Le médecin militaire Harold McGill dit à sa fiancée que “c’était une bataille merveilleuse, le meilleur spectacle auquel j’ai jamais assisté. Nos hommes ont taillé le Boche en bonne forme et nos pertes n’ont pas été lourdes”.

McGill avait tort et Fingland avait raison, car les pertes avaient été terribles. L’infirmière Clare Gass écrivait dans son journal le 10 avril que “ce matin, des centaines de blessés canadiens sont arrivés, si fatigués, mais la majorité des blessures n’étaient pas trop graves”. Cinq jours après, elle ajoutait que les “victimes, bien qu’on rapportait comme étant peu nombreuses après la bataille de la semaine dernière ont simplement rempli les hôpitaux à en déborder”. Le Corps canadien a eu 10 602 victimes au combat de Vimy, y compris 3 598 morts. La 4e Division, rien de surprenant, a eu le plus grand nombre de victimes et 4 401 de ses fantassins, soit un sur trois, a été tué ou blessé. Quoi que Vimy ait été, ce n’était certainement pas une simple promenade.

Alors qu’était Vimy? La bataille délibérée, planifiée avec précision et lancée brillamment avait été un triomphe d’armes combinées qui avaient donné une avance de 4 500 verges, la plus grande qu’aient eu les alliés jusque là. La victoire avait démontré combien les Canadiens avaient appris depuis les batailles d’Ypres en avril 1915 et elle prouva que les hommes du corps étaient sans égal.

Malheureusement, la bataille de la crête de Vimy, du 9 au 12 avril 1917, n’avait pas changé le cours de la guerre. Il n’y eut pas de tentative d’exploiter la percée faite par les gars de Byng, pas d’effort pour envoyer la cavalerie à travers les lignes allemandes. L’ennemi battait en retraite quelques milles jusqu’à de nouvelles positions et le combat continuait.

L’importance transcendantale de Vimy le fut pour le Canada. Ce fut une grande victoire, accomplie par l’armée d’une nation qui ne commençait qu’à peine à devenir consciente de sa nationalité. Qu’une majorité des soldats et les officiers d’état-major principaux aient été nés en Grande-Bretagne ne faisait rien. La victoire importait aux soldats parce qu’elle les avait persuadés qu’ils étaient aussi bons qu’ils voulaient croire qu’ils l’étaient. Elle était importante pour les Canadiens au foyer qui pensaient que leurs fils et leur pays étaient spéciaux. Et ils l’étaient.

Des noms que tous les Canadiens devraient connaître

Quand la Direction nationale de la Légion royale canadienne a établi son nouveau siège social à Kanata (Ont.), le terrain sur lequel elle l’a fait construire se trouvait à côté du pont récemment terminé qui passe au-dessus de quatre voies de circulation en direction du centre-ville d’Ottawa et autant en direction inverse. Profitant de l’occasion, la Légion a proposé à la municipalité de nommer ce pont favorisant les piétons Pont de la bravoure en l’honneur du patrimoine militaire du Canada (page 59). La proposition a vite été approuvée et la machine a été mise en branle pour créer 16 plaques appropriées qui serviraient à raconter des batailles et campagnes importantes de l’histoire militaire du Canada. Le projet nécessitait aussi des plaques titres et des plaques de dédicace situées à chaque bout du pont.

Dévoilées et dédiées le 1er décembre par le président national Jack Frost et le maire d’Ottawa Larry O’Brien, les grandes plaques en bronze du pont attirent l’attention des passants sur les grandes victoires comme la crête de Vimy, Passchendaele et Ortona. On y trouve aussi le nom de Dieppe et de Hong Kong, où les Canadiens ont montré ce dont ils étaient capables contre des nombres imbattables. Ce sont des noms qui devraient être gravés dans la mémoire de tous les Canadiens.

C’est décourageant qu’un sondage récent commandé par l’Institut du Dominion, juste avant le jour du Souvenir, a dévoilé que 42 pour cent seulement des Canadiens avaient une note qui leur permettait de passer un test simple sur leurs connaissances de la Première Guerre mondiale. Le défi était de dire quels étaient les deux personnages de cette période parmi quatre noms, c’est-à-dire le général sir Arthur Currie et l’as de l’aviation et récipiendaire de la Croix de Victoria Billy Bishop. Les deux autres noms étaient le général Douglas MacArthur et Ulysses S. Grant. Vingt-cinq pour cent des sondés pensaient que MacArthur, qui dirigeait les États-Uniens au théâtre du Pacifique durant la Seconde Guerre mondiale, était Canadien.

Beaucoup a été fait ces dernières années pour conscientiser les Canadiens sur leur patrimoine militaire. Beaucoup a aussi été fait pour mettre l’accent sur l’importance incroyable du souvenir. La Légion est un leader de ces deux fronts. À l’échelle de la nation, elle a dirigé un effort, qui a eu bien du succès, concernant la vague de silence de deux minutes en 1999, un accomplissement important quand on tient compte du nombre d’entreprises, institutions, manufactures, systèmes de transport et écoles qui ont participé d’un océan à l’autre.

Cela a été suivi, en 2000, par l’établissement de la Tombe du Soldat inconnu, une manifestation qui a sa propre place dans l’histoire, et qui a été en très grande partie le résultat de l’initiative, du leadership puissant et de la résolution de la Légion. Il y a moins longtemps, la Légion a grandement contribué à la création du Monument aux Valeureux situé à la place de la Confédération, près du Monument commémoratif de guerre du Canada. Il se compose d’images grandeur nature de 14 des personnages les plus distingués du passé militaire du Canada, y compris une statue en pied du général sir Arthur Currie (page 20).

Bien entendu, ces projets s’ajoutent aux innombrables mémoriaux et cénotaphes qui ont été érigés et entretenus grâce aux filiales, grandes et petites, de la Légion. Ces mémoriaux, dans leur ensemble et individuellement, sont d’importants rappels visibles des sacrifices extraordinaires grâce auxquels nous avons aujourd’hui les libertés dont nous profitons.

Une victoire pour les pensionnés

Quand il s’agit de s’occuper des questions des aînés, la Légion royale canadienne parle toujours d’une voix puissante et unie. Ainsi, quand le président national Jack Frost s’est présenté au Comité permanent des finances de la Chambre des communes en septembre, il avait en sa faveur tout le poids d’une organisation qui comprend la santé et le bien-être des Canadiens les plus âgés, y compris l’importance qu’ont leurs revenus de retraité ou de pensionné. Auparavant, en 2006, les délégués au 41e Congrès national de la Légion ont fait preuve de résolution quand ils ont approuvé une motion en faveur du partage du revenu.

C’était donc vraiment une bonne nouvelle quand le gouvernement fédéral a donné son accord à un plan, en fin octobre, selon lequel les couples de citoyens âgés pourraient faire le partage des revenus de pension à partir de l’année d’imposition 2007. Jusqu’alors, le partage du revenu n’était permis que dans le cas des versements du Régime de pensions du Canada.

La Légion applaudit la mesure, disant qu’elle représente une importante mesure pour améliorer un régime fiscal qui était injuste pour les couples de citoyens aînés qui avaient choisi un style de vie traditionnel qui se séparait en un soutien économique et son conjoint qui restait au foyer.

“Nous applaudissons l’annonce”, dit le directeur du Bureau d’entraide de la Direction nationale Pierre Allard. “Cela aurait dû être fait il y a longtemps et il va y avoir une amélioration définitive de la qualité de vie des couples d’aînés, car dans bien des cas il y avait un soutien de famille dans le ménage et cela casait ce dernier dans une tranche de revenu supérieure.”

En divisant, ou partageant, le revenu, le ménage se trouverait dans une tranche de revenu plus bas.

À la Canadian Taxpayers Federation, on dit que les avantages du partage du revenu vont être substantiels. Par exemple, un couple dont un membre a une rémunération imposable de 40 000 $ et l’autre n’en a aucune pourrait économiser 2 500 $ en impôts fédéraux s’ils séparent leurs revenus et sont taxés tous deux sur 20 000 $.

Alors que la réaction à l’annonce du ministre de la finance a été rapide et positive, l’applaudissement le plus fort doit être réservé pour la Légion et pour les groupes d’aînés qui ont réussi à impétrer une modification pouvant profiter jusqu’à 900 000 Canadiens pensionnés.

Bourses Lombard-Légion décernées à deux impétrants

L’un peut venir des Prairies et l’autre des Maritimes, mais les récipiendaires de la bourse Lombard-Légion royale canadienne de 5 000 $ cette année ont beaucoup en commun, y compris un dossier académique magistral, un dévouement au travail communautaire et un palmarès d’activités parascolaires complet.

Tim Martin de St. Brieux (Sask.), à 200 kilomètres au nord de Regina et Ashley Greene de Canning (N.-É.), à environ 100 kilomètres au nord de Halifax, ont aussi commencé leur carrière universitaire sous l’impulsion financière que leur a donnée le partenariat de l’Ensemble d’avantages aux membres de la Légion et du groupe d’assurance Lombard Canada. Il s’agit de la quatrième année que la bourse a été donnée à un étudiant et à une étudiante. Les récipiendaires devaient avoir un parent ou un grand-parent membres de la Légion et aller en première année à une institution d’enseignement postsecondaire.

Martin est tombé sur la bourse grâce à ses propres recherches, quand il se renseignait sur les conditions d’admission d’une autre bourse de la Légion. Sa connexion à l’organisation d’anciens combattants passe par ses grands-pères, qui tous deux étaient vétérans de la Seconde Guerre mondiale. Son grand-père encore vivant, William Aubin, est encore membre actif. “Mes deux grands-pères étaient très fiers d’avoir servi leur pays et ils allaient aux manifestations de la Légion chaque fois qu’ils en avaient l’occasion”, dit Martin, qui faisait partie du conseil de son école et qui pratiquait le bénévolat à la Kelsey Trail Health Region en plus de participer au volley-ball, au basket-ball et en athlétisme.

L’ado a appris sa dernière réussite par courriel; enfin, plus ou moins. À 6 h 20, un jour de septembre, comme il allait quitter son appartement de Saskatoon pour se rendre à l’Université de la Saskatchewan, il décida de vérifier son courriel. Il y avait un message de la Direction nationale lui demandant d’y passer un coup de fil.

“Je commençais à me sentir excité”, dit Martin, qui fait des études pour obtenir un diplôme double en génie électrique et en informatique. Mais le message ne disait pas spécifiquement qu’il avait obtenu la bourse. “Tout juste comme je finissais de le lire, ma mère m’appelle et me demande ‘Est-ce qu’il t’arrive de vérifier ton courriel?’ J’ai ri et puis elle me dit que (la Légion) l’avait appelée et lui avait annoncé la bonne nouvelle.”

Cette bonne nouvelle était une récompense arrivant au bout d’années d’efforts. Martin et son homologue néo-écossaise, Greene, avaient des moyennes scolaires dans les 90, participaient à plusieurs sports à l’école et passaient nombre d’heures à pratiquer le bénévolat et le travail communautaire.

Dans le cas de Greene, il s’agissait de plus de 1 500 heures. Durant toutes les années d’école secondaire, l’aspirante politicienne était membre du conseil des élèves et bénévole à l’Annapolis Valley Regional Hospital, et elle prenait des rôles de leader dans les organisations comme Students Against Drunk Driving, le Teen Health Centre et le comité de l’annuaire. Son père, Barry, est un membre de la Légion qui ne pourrait être plus fier d’elle.

Ashley, âgée de 18 ans, dont les études devraient la mener à un diplôme en biochimie, réfléchie encore profondément à ce qu’elle fera après. “J’espère aller à l’école de médecine ou de droit, mais je ne sais pas laquelle encore”, écrivait-elle dans sa demande. “La médecine m’intéresse pour pouvoir aider les gens et parce que je profite sous la pression […]. Le droit m’intéresse parce que j’ai toujours aimé la politique et le gouvernement. Une de mes aspirations de carrière serait de me trouver en tête des nouvelles lois scientifiques et des politiques.”

Greene, qui a étudié à l’Université Yale l’été dernier grâce à une bourse, était encore membre du Nova Scotia Youth Advisory Council au moment où elle commençait ses études à l’Université Mount Allison.