front intérieur

Bien qu’animé par une passion indéfectible pour l’aviation, Fred Ashbaugh se retrouva vite décontenancé, voire décou-ragé, lorsqu’il aborda le Plan d’entrainement aérien du Commonwealth britannique.

Le jeune agriculteur albertain s’était enrôlé en 1940, à l’âge de 21 ans, parce que « c’était la guerre, et [il] n’aimait pas ce que faisaient les Allemands ». L’armée de l’air, confia-t-il, lui semblait être la meilleure option.

Ce programme novateur visant à faire du Canada un vaste terrain d’entrainement pour aviateurs militaires fut mis sur pied en quelques mois, et ses recrues passaient par un dépôt des effectifs à Toronto.

Le « dépôt des effectifs n° 1 » n’avait rien de supérieur. Situé dans le bâtiment Coliseum sur le terrain de l’Exposition nationale canadienne, il pouvait accueillir jusqu’à 5 000 personnes.

« Ça a été un choc », a raconté M. Ashbaugh lors d’un entretien en 2009 dans le cadre de la Collection d’histoire orale militaire canadienne compilée par Reginald H. Roy, historien à l’Université de Victoria. « Nous étions dans l’étable à vaches, sur deux niveaux. Nous étions entassés là-dedans […]. La nourriture était infecte. C’était vraiment déroutant.

[BAC/4206886]

« Ils avaient une sorte d’accord avec un traiteur qui pouvait faire les meilleurs œufs caoutchouteux que vous ayez jamais goutés de votre vie. La seule chose qui était vraiment bonne là-bas, c’est qu’on pouvait boire du lait tant qu’on voulait. Et on pouvait manger du pain et du beurre à volonté. Mais, le reste de la nourriture était infecte. »

Dans les premiers temps, il s’agissait d’une formation militaire, sans vol ni combat. Les recrues apprenaient à se laver, à se raser, à faire briller leurs bottes, à polir leurs boutons, à entretenir leurs uniformes et à respecter les ordres. Il y avait deux heures d’éducation physique quotidiennes et des formations sur la marche, des exercices avec le fusil, des manœuvres à pied, de l’instruction sur le salut et autres activités militaires de routine.

Il y aurait bientôt quatre autres bassins de formation : Brandon (Man.), Edmonton, Québec et Lachine (Qc). La nourriture s’est même améliorée. Mais, Fred Ashbaugh était alors déjà plus près du front et à l’orée de ses 62 missions de combat dans cette Europe occupée par les nazis où il pilota des bombardiers Stirling et Wellington.

D’autres dépôts finirent par être ajoutés : Picton (Ont.), Swift Current (Sask.), Penhold (Alb.) et Souris (Man.). Deux dépôts du Service féminin furent établis : l’un à Toronto en octobre 1941 et l’autre, un an plus tard, à Rockcliffe (Ont.).

La France était le dernier domino à tomber lors de la guerre éclair des nazis à travers l’Europe continentale. Du 26 mai au 4 juin, quelque 338 226 soldats alliés, pour la plupart britanniques, avaient été évacués de la plage de Dunkerque, la majeure partie de leurs armes et de leur équipement abandonnée à l’envahisseur.

Le joyau potentiel de la couronne auquel aspirait Hitler, la Grande-Bretagne, se trouvait juste de l’autre côté de la Manche. Début juillet, les premières étapes d’une invasion allemande prenaient forme alors que la Luftwaffe intensifiait sa campagne de destruction des forces aériennes britanniques avant de lancer un assaut amphibie sur les plages.

On le savait depuis des mois. Et les planificateurs militaires prévoyaient, ce qui semble évident aujourd’hui, que les iles britanniques ne seraient pas un bon endroit où former les pilotes et les équipages dont on avait tant besoin. Il fallait chercher ailleurs. Le Canada offrit ses services.

Le 17 décembre 1939, le Canada, la Grande-Bretagne, l’Australie et la Nouvelle-Zélande signèrent un accord pour créer le Plan d’entrainement aérien du Commonwealth britannique : le PEACB, ou tout simplement, « le Plan ».

Le choix se porta sur le Canada en raison de ses conditions météorologiques et de ses grands espaces propices à l’aviation, ainsi que de son approvisionnement suffisant en carburant, de sa capacité de production d’avions et de pièces, de sa proximité relative aux théâtres de guerre européens et possiblement du Pacifique, et de l’absence de menace ennemie.

L’ambitieux programme prévoyait à l’origine trois écoles de formation, 13 écoles élémentaires de pilotage, 16 écoles de pilotage militaire, 10 écoles d’observation aérienne, 10 écoles de bombardement et de tir, deux écoles de navigation aérienne et quatre écoles de radionavigants. Le gouvernement construisit 7 000 hangars, casernes et salles d’exercices.

La plupart des écoles d’entrainement disposaient de trois pistes de 30 mètres (100 pieds) de largeur et de 762 mètres (2 500 pieds) de longueur chacune. La quantité de béton utilisé aurait pu servir à construire une autoroute à deux voies entre Ottawa et Vancouver.

Les quatre gouvernements se parta-gèrent les couts de 2,2 milliards de dollars du Plan (environ 43 milliards de dollars de 2024), mais le Canada en régla la majeure partie : 1,6 milliard de dollars (36 milliards de dollars d’aujourd’hui).

À son apogée, fin 1943, 104 000 membres du PEACB dirigeaient 107 écoles et 184 unités de soutien dans 231 lieux d’un bout à l’autre du Canada. Le programme faisait voler 3 540 avions et servait même à former des Norvégiens, des Polonais et des Français en exil.

Le Canada devint ce que le président américain Franklin D. Roosevelt appelait « l’aérodrome de la démocratie ».

Le premier cours de formation canadien fut donné à Toronto le 29 avril 1940, et 39 diplômés en sortirent cinq mois plus tard. Ils restèrent tous au Canada en tant qu’instructeurs ou pilotes d’état-major. Les premiers observateurs canadiens, une trentaine, envoyés à l’étranger en octobre 1940, étaient des diplômés de l’école de Trenton, en Ontario.

Les recrues passaient un test d’apti-tude standard : le test de classement de l’Aviation royale du Canada. Des études secondaires de rattrapage permettaient aux stagiaires de 17 et 18 ans d’atteindre le niveau scolaire qu’exigeait l’ARC.

On assignait souvent des « tâches à l’aérodrome » aux stagiaires pour les occuper. Certains étaient envoyés dans des usines pour compter écrous et boulons, d’autres étaient répartis dans des écoles de pilotage ou dans d’autres installations de l’ARC pour effectuer des travaux de garde, de nettoyage, de peinture ou de polissage d’équipement. Les « tâches à l’aérodrome » pouvaient durer plusieurs mois.

Fred Ashbaugh, qui allait être décoré en tant que pilote de bombardier, fut même envoyé monter la garde au Nouveau-Brunswick pendant 28 jours.

Des détachements de formation préalable du personnel navigant furent établis dans les campus d’université du pays pour dispenser l’enseignement en mathématiques, en physique, en anglais et dans d’autres matières demandées par l’ARC aux recrues du personnel navigant n’ayant pas reçu l’éducation nécessaire. Cela réduisit considérablement les échecs plus tard dans la formation.

Beaucoup de pilotes terminaient leur formation d’aviateur dans le Harvard 4 (ci-dessous) de la Canadian Car and Foundry. Fred Ashbaugh (en regard), pilote de bombardier, fut l’une des premières recrues à réussir le programme.[BAC/5722206]

Au bout de quatre ou cinq semaines, un comité de sélection décidait si les stagiaires seraient placés dans le volet du personnel navigant ou dans celui des équipes au sol. Les candidats radiotélégraphistes-mitrailleurs étaient envoyés directement dans une école de radionavigants; les observateurs aériens (navigateurs) et les candidats pilotes rejoignaient l’une des sept écoles préparatoires de l’aviation où ils passaient les quatre premières semaines du programme, qui durait entre 26 et 28 semaines.

Ils étaient soumis à une série de tests, dont un entretien avec un psychiatre, un examen physique M2 de quatre heures, une séance dans un caisson hypobare et un « vol d’essai » dans un simulateur Link.

« Toute la série était une sélection, déclara Fred Ashbaugh. Les instructeurs surveillaient tout le monde tout le temps […], ils prenaient de petites notes. »

En classe, les candidats pilotes et observateurs aériens étudiaient la navigation, la théorie du vol, la météorologie, les fonctions d’officier, l’administration de l’aviation, l’algèbre et la trigonométrie.

Ensuite, ils passaient à l’école élémentaire de pilotage – il y en avait 32 – où les clubs de pilotes dispensaient aux stagiaires, au fil des huit semaines, une formation de base de 50 heures de vol sur des avions-écoles simples, tels que le Havilland Tiger Moth, le Fleet Finch ou le Fairchild Cornell.

Beaucoup effectuaient leur premier vol dans un Tiger Moth, comme celui-ci qui a décollé à la base de Malton, en Ontario.[MDN/PL3682]

Les diplômés du programme « apprendre à voler » enchainaient avec 16 semaines dans une école de pilotage militaire, où ils passaient huit semaines dans une escadrille d’entrainement intermédiaire, six semaines dans une escadrille d’entrainement avancé et deux semaines dans l’une des 30 écoles de bombardement et de tir, le tout admi-nistré par l’ARC ou par la Royal Air Force.

Les espoirs du pilotage de chasse étaient formés à l’aide d’avions nord-américains Harvard et Yale. Les pilotes de bombardiers, les pilotes côtiers et les pilotes de transport stagiaires fréquentaient d’autres écoles où ils apprenaient à piloter des avions multimoteurs Airspeed Oxford, Avro Anson et Cessna Crane.

Les apprentis navigateurs passaient huit semaines dans l’une des 10 écoles d’observation aérienne, un mois à l’école de bombardement et d’artillerie (il y en avait 11) et un mois à l’école de navigation (il en existait six). Les écoles d’observation aérienne étaient dirigées par des civils sous contrat avec l’ARC; la CP Airlines, par exemple, dirigeait les nos 7, 8 et 9, bien que les instructeurs fussent membres de l’ARC.

La navigation à l’estime et le pilotage visuel étaient les techniques de base enseignées tout au long des années de guerre. Formés dans des Avro Anson, les navigateurs en herbe utilisaient des cartes aéronautiques, des boussoles magnétiques, des montres, des journaux de voyage, des crayons, des rapporteurs d’angle Douglas et le calculateur de navigation à l’estime Dalton, un appareil manuel rond sans rien de semblable aux calculateurs modernes.

Deux écoles de formation au sol de mitrailleurs de bord furent créées à Trenton (Ont.) et à Québec pour combler le manque inquiétant de mitrailleurs de bord à l’étranger. On y dispensait un cours préparatoire de six semaines sur l’utilisation et l’entretien des mitrailleuses lourdes, ainsi que des exercices d’entrainement physique et un entrainement aux armes légères.

Les radiotélégraphistes mitrailleurs passaient 24 semaines à l’école de radionavigants où ils apprenaient la théorie et la pratique de la communication sans fil, notamment la signalisation à l’aide de lumière et de drapeaux en plus de la radio. Ils finissaient par quatre semaines dans une école de bombardement et de tir.

Les écoles de reconnaissance générale formaient des pilotes et des observateurs aériens en patrouille océanique. Les pilotes passaient les 8 à 14 dernières semaines dans des unités d’entrainement opérationnel où ils apprenaient à piloter des avions de chasse, comme le Hawker Hurricane ou le Fairey Swordfish. Ils y étaient formés par de vrais pilotes d’avion de chasse qui avaient été affectés aux unités d’entrainement opérationnel après des opérations. Ils n’étaient pas tous ravis de se retrouver là.

À 21 ans, Fred Ashbaugh était relative-
ment vieux pour une recrue.

Il a raconté que la nourriture et les con-ditions de vie dans les écoles élémentaires de pilotage étaient « plutôt rudes ».

« C’était horrible, dit-il. Mais, les forma-tions au pilotage et au sol étaient très bonnes. »

Son premier vol fut sur un Fleet Finch, en novembre 1941, avec un instructeur du nom de Moon qui fit faire une boucle et une vrille à l’avion – « Je pense qu’il voulait savoir si j’allais vomir ou pas; mais non […]. J’ai adoré ça. »

Il prit seul les commandes dans un Fleet Finch après 11 heures de formation de pilotage.

« C’était assez effrayant. À ce moment-là, on est là-haut tout seul, avec 10 à 12 heures de vol, et il faut atterrir sans abimer l’appareil. Alors, une fois qu’on est sur le plancher des vaches, on pousse un grand soupir de soulagement.

« C’était très excitant, et c’était très gratifiant. »

Fred Ashbaugh partit le 4 janvier 1941 à Summerside, sur l’Île-du-Prince-Édouard, pour suivre une formation de pilotage militaire.

« Nous étions la toute première classe à Summerside, confia-t-il à Reginald H. Roy. Quand nous sommes arrivés, il n’y avait pas d’instructeur, pas d’avion, il n’y avait rien. »

L’établissement était commandé par un lieutenant d’aviation qui, n’ayant pas de personnel pour former ses troupes, leur accorda des laissez-passer de 48 heures. « Nous lui avons dit : “Désolé, nous n’avons pas d’argent”. Il y avait eu un problème avec notre solde, nous n’avions pas été payés.

« Alors, il s’est arrangé avec une banque pour nous donner chacun un chèque de 5 $. Imaginez un peu : 5 $ pour un laissez-passer de 48 heures. Il a dit [au directeur de la banque] : “Je sais que je n’ai pas assez en banque, pourriez-vous m’avancer ça?”

« Et le directeur de la banque lui a répondu oui, bien sûr. Parce que nous étions les élus de Dieu : les premiers aviateurs avec nos petits titres d’épaule blancs.

« Nous sommes tous allés au village et avons encaissé nos chèques de 5 $. Et la plupart d’entre nous avons passé toute la fin de semaine à Summerside, et nous avions encore de l’argent en poche quand nous sommes retournés au poste parce que les gens nous avaient bien accueillis. Ils avaient été merveilleux. L’hôtel nous facturait 25 ou 50 cents par chambre. »

Les avions, des Harvad, ne sont arrivés que deux semaines après. « C’était comme passer d’une Austin à une Mercedes, a déclaré Fred Ashbaugh. Là, on a plein d’instruments devant soi, alors que dans un Fleet Finch il y a une aiguille, une bille et un indicateur de vitesse.

« Et, bien sûr, c’était un avion assez puissant et tout à fait acrobatique. Oh, c’était un bel appareil qu’on pilotait; un peu compliqué, mais beau. »

Des planificateurs dessinent les bleus pour les écoles de formation d’aviateurs du Canada[Des planificateurs dessinent les bleus pour les écoles de formation d’aviateurs du Canada]

La classe de stagiaires – dont la moitié du dominion de Terre-Neuve, engagés dans la RAF – se déroula sans heurt : pas d’accrochage, pas de raté, et pas de
conflit rapporté avec les gens du coin.

Fred Ashbaugh obtint son brevet de pilote le 9 avril 1941.

La province, où l’alcool était interdit (elle n’a abrogé l’interdiction qu’en 1948), permit l’attribution d’une demi-bouteille d’alcool par diplômé. Le maire et le lieutenant-gouverneur organisèrent une fête pour les nouveaux pilotes, dont l’un sortait avec la fille du maire.

Le groupe repartit le 25 avril. De fortes chutes de neige gênèrent le groupe de stagiaires qui les suivirent : plusieurs avions s’écrasèrent, et l’un d’entre eux rata complètement l’ile pour atterrir sur le ventre en Gaspésie.

Contrairement à la plupart de ses camarades de classe qui gagnèrent leurs épaulettes d’officier et restèrent au Canada pour devenir instructeurs, Fred Ashbaugh, sergent à l’époque, partit pour l’Angleterre où il s’attendait à être pilote de chasse. Les autorités avaient d’autres idées en tête.

« Quand nous sommes arrivés là-bas, ils voulaient des pilotes de bombardier, pas des pilotes de chasse […]. J’étais un peu plus âgé, et j’étais donc censé être plus stable, je suppose, alors [j’ai été envoyé] sur les bombardiers. »

Il arriva à Liverpool, en Angleterre fin juin 1941 et prit le train de Bournemouth le lende-main matin, puis il déménagea au bout d’une semaine pour aller s’entrainer en tant que deuxième pilote sur le bimoteur Wellington, piloté par un Australien avec trois membres d’équipage britanniques. C’était sa première expérience avec un équipage du Commonwealth.

Son premier vol dans un Wellington, le 27 juillet 1941, dura 20 minutes : un circuit et un atterrissage. La plupart des vols traversaient le pays, mais le 7 aout, un moteur s’arrêta et ils finirent dans la mer Celte, à 200 kilomètres de la côte sud-ouest de l’Angleterre.

« Nous nous en sommes tous tirés, à l’exception du radiotélégraphiste, car un amerrissage d’urgence, c’est comme frapper un mur de briques, a-t-il déclaré. C’est vraiment horrible. »

Leur première affectation était sur des quadrimoteurs Stirling, mais l’équipage fut démantelé et ses membres envoyés ici et là. Par un coup du sort, leur pilote australien, le sergent de section Clarence Henry Muir, fut transféré à une escadrille du Bomber Command en tant que deuxième pilote. Il prit son nouveau poste un samedi. Le dimanche, il était mort.

Fred Ashbaugh fut second pilote à bord de deux Stirling de l’Escadrille 149 peu de temps après, mais quelques missions plus tard, il eut son propre avion avec son propre équipage. Il avait inscrit 150 heures de vol dans son journal de bord.

À son apogée, fin 1943, 104  000 membres du PEACB dirigeaient 107 écoles et 184 unités de soutien dans 231 lieux d’un bout à l’autre du Canada.

Sa première mission en tant que pilote commandant de bord eut lieu le 10 avril 1942, au port français du Havre, occupé par les Allemands, où il largua seize bombes de 500 livres à une altitude de 4 800 mètres (16 000 pieds).

Il se familiariserait bientôt avec de rudes conditions : les projecteurs, le tir de DCA, les chasseurs de nuit et les premières techniques de navigation. « Beaucoup de champs de navets ont été bombardés. » Et encore plus d’installations ennemies.

Fred Ashbaugh est décédé le 2 janvier 2019. Il avait 99 ans. Son épouse Pat et lui étaient mariés depuis 73 ans.

Le mur commémoratif de 91 mètres du British Commonwealth Air Training Plan Museum en forme de profil d’aile, à Brandon, au Manitoba, porte les noms de 19 256 membres d’équipage du Commonwealth tués au cours de ces années orageuses de conflit, le plus sanglant de l’histoire.

Quelque 856 stagiaires périrent au cours des cinq années du Plan. En 1944, cependant, le taux d’accidents mortels était tombé à un pour 22 388 heures de vol.

Le Plan d’entrainement aérien du Commonwealth britannique, qui prit fin le 31 mars 1945, est encore l’un des plus importants programmes de formation aéronautique de l’histoire. Il servit à former près de la moitié des membres d’équipage qui devaient servir dans les forces aériennes du Commonwealth pendant la Seconde Guerre mondiale, 131 533, pour être exact, et 72 835 d’entre eux étaient canadiens.

Le Plan en chiffres

DANS la brèche

Alors que les Allemands déclenchaient la première grande attaque au gaz de la guerre, des soldats canadiens manquant encore d’expérience ont tenté de tenir une brèche cruciale dans le front lors de la deuxième bataille d’Ypres

SECONDE GUERRE MONDIALE

Les soldats du Régiment de la Chaudière descendent des péniches de débarquement à Bernières-sur-Mer, en France, le jour J. [Lieutenant Frank L. Dubervill/MDN/BAC/PA-132463]

Un enfant attend devant un restaurant néerlandais pendant la famine de l’« hiver de la faim » de 1944-1945 en espérant l’aumône. [Kryn Taconis/BAC/PA-169941]

Une Hollandaise accompagne son mari, un soldat allemand, à un camp de prisonniers de guerre. [piemags/archive/militaire/Alamy/2T1K6BK]

Les soldats de la Première Armée canadienne prirent part à la libération de la France, de la Belgique et des Pays-Bas du jour J à la fin de la Seconde Guerre mondiale, et même après. S’ils n’avaient que peu d’occasions de rencontrer la population locale lorsqu’ils étaient au combat, celles-ci ne manquaient pas quand ils étaient aux lignes arrière.

Venant du Canada et ayant passé beaucoup de temps en Grande-Bretagne, ils ne connaissaient généralement pas bien les habitudes françaises, belges ou néerlandaises. Même s’ils s’entendaient généralement bien avec les habitants, ces derniers et les soldats affichaient des attitudes divergentes. Les relations prenaient donc différentes formes.

Indubitablement, dans l’ensemble, les réactions des personnes libérées furent généralement positives. Les rapports de censure réguliers, basés sur des lettres de soldats, le montrent clairement. Les censeurs constatèrent en France que le rapport de commentaires positifs à commentaires négatifs était de 45:1, et les nombreuses descriptions de civils accueillant leurs libérateurs avec des fleurs, des baisers et des bouteilles de vin étaient vraies.

Matthew Halton, correspondant de la CBC, rapporta qu’il avait vu une femme déposer une rose sur le visage d’un mort canadien le 6 juin 1944. Après le bombardement des Britanniques à Caen qui avait fait des milliers de morts parmi les civils français, Halton alla également à l’Abbaye aux Hommes, dans la ville en ruine. Il y trouva un grand nombre de personnes qui s’y étaient abritées et qui se précipitèrent vers lui pour l’accueillir : c’était peut-être le premier Canadien qu’ils voyaient. « Quand ces gens virent nos insignes d’épaule, ils s’écrièrent : “Vive le Canada!” Et nous répondîmes : “Vive la France!” »

Toutefois, une remarque plusieurs fois répétée dans les rapports de la censure était troublante. Des soldats rapportaient que des Françaises d’entre 14 et 45 ans, parfois en civil, parfois en uniforme allemand, se cachaient derrière des arbres pour leur tirer dessus.

Un soldat écrivit que vers la fin du mois de juin, une femme « a eu cinq de nos gars avant que nous ne l’ayons. C’était une femme de 19 ans mariée à un Allemand, et il y en a beaucoup comme ça. Elle a été abattue alors qu’elle tentait de s’échapper d’une cage de prisonniers de guerre. Elle a tué l’un de nos gars […] avant qu’un des nôtres ne lui tire dessus. »

« En plus des Allemands, il faut faire attention aux civils français : il y en a qui nous tireraient dans le dos sans hésitation; des filles aussi, se plaignit un autre Canadien. Elles ont épousé des Allemands et nous disent sans ambages qu’elles auraient aimé que nous ne soyons pas venus. »

Les historiens ont douté de ces récits, mais leur véracité parait peu discutable.

Quand ces gens virent nos insignes d’épaule, ils s’écrièrent : « Vive le Canada! » Et nous répondîmes : « Vive la France! »

Le fusilier R.M. Douglas du Royal Winnipeg Rifles est assailli par des Néerlandaises célébrant la libération de la ville de Deventer en avril 1945. [Lieutenant Donald I. Grant/MDN/BAC/PA-140683]

Un soldat canadien distribue des cigarettes aux habitants de Gooi, aux Pays-Bas, en mai. [BNA Photographique/Alamy/2ApB57X]

Il y avait, bien sûr, d’autres types de relations. Jock Colville, l’un des secrétaires particuliers de Winston Churchill, s’était enrôlé dans la RAF. Il nota dans son journal que dans un aérodrome près de Bayeux, en France, les maisons closes avaient reçu l’ordre de fermer.

« Des policiers militaires y furent affectés pour s’assurer du respect de l’ordre. Sans se décourager et sans complexe, plusieurs des dames démunies se présentèrent dans un champ attenant à notre verger. Des files d’aviateurs, et notamment, j’ai le regret de le dire, de dignes Canadiens français catholiques romains, faisaient la queue pour leurs services, appor-tant des articles tels que des boites de sardines pour les payer. »

Comme cela le laissait entendre, les Canadiens avaient des besoins urgents, et de vastes réserves de nourriture et de cigarettes pouvant servir de monnaie d’échange.

Cependant, cela n’empêchait pas le pillage, en particulier d’aliments frais. Un officier du Régiment de la Chaudière s’est rappelé qu’un de ses hommes « arriva un jour avec plein d’œufs dans son casque et trois ou quatre bouteilles de vin dans les bras. Il avait rencontré une Française qui lui aurait dit : “Mon Dieu, les Canadiens sont-ils venus ici pour nous sauver ou pour nous dévaliser?” »

C’était la même histoire en Belgique, où les Canadiens entrèrent pour la première fois début septembre 1944 alors qu’ils combattaient des Allemands bien entrainés qui tentaient d’empêcher le nettoyage de l’estuaire de l’Escaut. Le marché noir se développait au fil du déplacement des combats, car les Canadiens faisaient le trafic de denrées alimentaires et d’équipement.

Les simples soldats, les plus bas sur la modeste échelle salariale de temps de guerre, pouvaient obtenir des poignées de francs belges pour un bidon d’essence ou une tenue de combat, et il y avait des rapports de prostituées fabriquant « de beaux manteaux d’hiver taillés dans des couvertures, ainsi que des robes chaudes ou des manteaux pour leurs enfants ».

Pourtant, les Belges étaient mieux vus que les Français.

« Je pense que la Belgique les surpasse tous, écrivit William Hollett du Lincoln and Welland Regiment à son père. Ils sont bien nourris et bien vêtus, et ce sont les personnes les plus propres que j’ai jamais vues », une opinion commune parmi les Canadiens.

« Les filles partout en Belgique sont tout aussi jolies que celles d’ailleurs », ajouta Hollett.

Par ailleurs, Geoff Turpin, qui appartenait à un régiment de blindés, fut invité chez une famille où « [ils ont] mangé des raisins et bu du vin et du Pernod et du Bols jusqu’à plus soif, et [il a] passé une soirée merveilleuse. »

Un aviateur de l’ARC écrivit qu’il était allé à Bruxelles et à Anvers, et qu’il avait trouvé que la vie y était chère, mais intéressante. Sans une once d’ironie, il ajouta cependant : « on ne peut pas les comparer à Toronto ».

Un artilleur qui avait servi en Italie, le sergent Hugh Swinton, dit de sa caserne locale que « c’était assurément un bonheur d’être parmi de telles personnes après tous ces mois dans la boue et la crasse ».

Le major d’artillerie Elmer Bell écrivit : « Il y a des collaborateurs parmi les Belges, mais les clandestins s’en débarrassent assez efficacement.

« Les Européens ne pensent qu’aux affaires, poursuivit Bell, et dans les transactions financières, ils pensent que nous sommes tous riches, alors ils essaient de nous soutirer le plus possible. Nous payons donc généralement au prix fort tout ce que nous achetons. »

En février 1945, les relations entre les habitants et leurs libérateurs étaient devenues tendues.

Un soldat se plaignit qu’il « en avait de plus en plus marre du peuple belge en général, ils ne semblent savoir que gémir. Pourquoi ne font-ils pas un peu plus eux-mêmes au lieu de se laisser aller et de tout critiquer […] ils devraient plutôt être très reconnaissants d’avoir survécu à la guerre à si peu de frais. La Belgique, c’est le paradis par rapport à la Hollande; on n’y entend pas la moitié des récriminations qu’on entend ici. »

La difficulté résidait en partie dans le fait que le gouvernement
belge, qui avait été en exil en Grande-Bretagne, tardait à prendre les rênes après la libération. De plus, les mouvements de résistance étaient fortement divisés dans leur politique et mécontents des dirigeants exilés.

Cela causa inévitablement des problèmes aux agents des affaires civiles du Canada et de Grande-Bretagne qui tentaient de relancer l’économie et d’héberger les réfugiés en toute sécurité. La difficulté, à Anvers, port indispensable à l’approvisionnement des Alliés, c’était de garder les dockers au travail plutôt que de les envoyer en sécurité ailleurs.

Rien n’était pourtant comparable aux problèmes qu’il y avait aux Pays-Bas, où les Allemands avaient affamé la population, surtout dans les grandes villes, et inondé une grande partie de la campagne pour ralentir la marche des Alliés.

« C’est très triste de voir autant d’enfants sous-alimentés et si mal habillés, écrivit un signaleur canadien. Les gens sont vraiment dans le besoin, les Allemands ont pillé le pays. »

Un autre fantassin dit d’un petit village près d’Arnhem : « Dieu merci, je vis au Canada. Les gens n’ont pas de culture, et leur style de vie est si archaïque. »

 

Après que l’Escaut eut été ouvert à la navigation des Alliés, le major Bell écrivit à nouveau : « Les civils, ici, sont très bons avec nous, et c’est aussi un miracle […]. Je ne pense pas que nous apprécierions deux cents soldats cantonnés autour de notre maison et de notre grange. »

Lorsque les Allemands eurent déposé les armes et que les convois canadiens arrivèrent dans le nord du pays, les Hollandais attendaient avec impatience l’arrivée de leurs libérateurs. « Quand j’ai vu un char au loin, avec la tête d’un soldat qui dépassait, mon sang s’est glacé, et je me suis dit : “Voici la libération”, a déclaré une femme du coin. Le souffle m’a manqué; puis le soldat s’est levé, et c’était comme un saint.

« Un vaste silence s’est installé, rompu soudainement par un grand cri qui semblait jaillir de la terre. Et les gens sont montés sur le char, et ils en ont sorti le soldat, et ils pleuraient. »

L’officier du renseignement John Gray fut l’un des premiers Canadiens à entrer dans Rotterdam aux derniers jours de la guerre. Son chauffeur et lui avaient pris leur diner, et il remarqua une douzaine d’hommes autour de sa jeep.

« En m’apprêtant à monter, j’ai vu le reste de notre repas dans une boite en carton : des sandwichs et une tarte », dit-il. « La nourriture était-elle d’une quelconque utilité? » demanda-t-il à un homme qui « m’a regardé d’un air incrédule : d’une quelconque utilité? Il s’assit sur le capot de la jeep où il se mit à déchiqueter les sandwichs et en faire de petits morceaux pour en donner à chacun […] chacun en eut un petit peu, et ils s’en léchèrent les babines. »

Pour beaucoup de Hollandais, écrivit Gray, « le gout même de la liberté a longtemps été une bouchée de bon pain ou de pâtisserie, car ils l’avaient presque oublié ».

Les Canadiens apportaient de la nourriture, de la joie et la liberté, et les Néerlandais leur en étaient reconnaissants.

Les cigarettes devinrent la devise de prédilection. Un soldat pouvait échanger quelques cigarettes contre un appareil photo, des bijoux ou des relations sexuelles.

Les œuvres d’art d’une grande valeur sont placées dans un bunker secret.[Musée Kröller-Müller]

Cependant, il ne fallut pas longtemps avant que des problèmes ne surviennent. Les cigarettes dont les Canadiens disposaient gratuitement et en grande quantité étaient très recherchées par les Néerlandais, et elles devinrent la devise de prédilection. Un soldat pouvait échanger quelques cigarettes contre un appareil photo, des bijoux ou des relations sexuelles.

Les civils avaient besoin de nourriture, de charbon, d’essence, de vêtements, de véhicules et, en fait, de presque tout ce que les Canadiens avaient. Le marché noir prit tout ce que les soldats pouvaient offrir, et les Canadiens prirent les filles aussi, ce qui rendait furieux les soldats, les pères et les croyants néerlandais qui craignaient que cela ne donne que des maladies vénériennes et des enfants illégitimes.

Ils s’inquiétaient à juste titre. Les taux d’infections sexuellement transmissibles chez les soldats étaient élevés et, 70 ans après la guerre, des organisations existaient toujours en Hollande pour rechercher « Tom de Toronto », personnifié par le soldat qui avait fait un enfant en 1946 puis était retourné au Canada en abandonnant la mère et l’enfant.

De nombreux soldats, environ 1 900 en tout, ont cependant épousé leurs chéries néerlandaises. Le brigadier J.A. Roberts, commandant de la 8e Brigade d’infanterie canadienne, tomba amoureux de la veuve d’un aviateur néerlandais exécuté par les nazis. Il rentra chez lui où il divorça, puis il épousa la Hollandaise et l’amena au Canada.

Amsterdam devint l’endroit privilégié pour les congés. L’histoire du jeune aviateur de l’ARC Stanley Winfield était typique chez les libérateurs. Il était en service en Allemagne depuis le jour de la victoire en Europe, où la non-
fraternisation était toujours en vigueur. La ville néerlandaise avait des logements réservés aux militaires, et l’armée leur fournissait une carte où étaient indiqués les clubs, les cabarets et soirées dansantes. Avec un ami, ils trouvèrent rapidement deux filles néerlandaises qui devinrent leurs « compagnes pendant trois jours, et [ils allèrent] au cinéma, nager, danser et même faire de l’équitation. Les dépenses pour tout le temps, a déclaré Winfield, furent de 1 000 cigarettes chacun, que nous avions vendues à l’arrivée à deux florins la cigarette. »

Et puis, il y avait l’art. De nombreux soldats furent de fervents pillards, arrachant des cadres aux murs pour les envoyer au Canada. Cela arriva assez souvent pour que la reine Wilhelmine des Pays-Bas se plaigne au général Guy Simonds. Il réprima cela sévèrement.

Mais, toutes les œuvres ne furent pas volées. Le lieutenant-colonel Gerald Levenston, officier d’état-major au quartier général de Simonds, se lia d’amitié avec le conservateur du musée Kröller-Müller à Otterlo. Une collection de 260 peintures, dont une centaine d’œuvres de Vincent Van Gogh, avait été cachée aux nazis et entreposée dans une grotte, et le conservateur demanda à l’officier de l’aider à les rapporter au musée. Il persuada des soldats de se porter volontaires et se procura quelques camions pour les transporter. Quinze ans après, M. Levenston, alors homme d’affaires prospère à Toronto qui avait des relations au Musée royal de l’Ontario, joua un rôle déterminant dans l’organisation d’une exposition d’œuvres de Van Gogh.

Les Canadiens étaient des libérateurs en France, en Belgique et en Hollande, mais ils étaient aussi des hommes qui avaient survécu au bain de sang de la guerre, et ils saisissaient toutes les occasions de profiter de la vie. Les civils, tout aussi humains, étaient presque tous reconnaissants, mais beaucoup essayaient de profiter des militaires. Des tensions ont inévitablement surgi, mais au fil des années, le souvenir des vicissitudes s’est estompé, et la gratitude s’est installée.

C’est toujours le cas.

L’équipe C.-B.–Yn remporte le titre aux fléchettes

Rodney Tobin de Terre-Neuve-et-Labrador a remporté le championnat national de fléchettes des simples de 2024 de la Légion.[Stephen J. Thorne/RL]

L’équipe Colombie-Britannique-Yukon a inscrit cinq enchainements de trois parties en neuf matchs, égalisant avec l’Ontario, aux jeux règlementaires des équipes lors du tournoi national de fléchettes de la Légion à Laval, Québec, le 5 mai. Elle a ensuite remporté le titre en gagnant les deux derniers matchs d’une série éliminatoire.

Les quatre hommes de Kamloops, Bryce Book, Dalton Desmarais, Chris Purdy et Jim Brown, ont ainsi mené l’équipe Colombie-Britannique-Yukon à sa toute première victoire nationale des équipes de fléchettes. L’Ontario avait remporté les trois parties de son match de poule.

Le capitaine vainqueur, M. Book, a déclaré que son équipe n’avait pas regardé le tableau de pointage avant la fin du dernier des matchs de sa poule à la filiale Chomedey de la Légion.

« Et puis on a vu les scores, et tout à coup, on était à égalité, explique-t-il. Waouh. Quelle façon de finir une journée !

« Les gars avaient même rangé leurs fléchettes. J’ai dit, “Hé, les gars, apparemment, on va aux matchs éliminatoires”. C’était fou. Ils n’étaient pas du tout au courant. »

Rodney Tobin de Terre-Neuve-et-Labrador a remporté le titre des simples le premier jour des compétitions, tandis que le duo Nouvelle-Écosse-Nunavut, composé de Coady Burke et Jason Smith, a gagné celui des doubles pour la deu-xième année consécutive.

Le dimanche des jeux des équipes a connu bien des rebon-dissements. La formation en première place a changé neuf fois, et six équipes ont momentanément détenu ou partagé la première place.

Après trois balayages consé-cutifs, le quatuor d’Oshawa, Ontario, formé de Jeremy Howell, Derrick Hynes, Dean Persad et Mark Matereo, a remporté 18 victoires au cours de huit tours, profitant donc d’une avance d’une victoire devant l’équipe Nouvelle-Écosse-Nunavut avant le dernier set.

À deux points derrière, l’équipe Colombie-Britannique-Yukon a disputé son dernier match, remportant les trois parties et infligeant ainsi à l’Île-du-Prince-Édouard son septième jeu blanc de la journée. Les gars de Dartmouth, Nouvelle-Écosse, n’ont obtenu qu’une seule victoire contre le Québec et ont dû se retirer de la compétition, tandis que la victoire unique de l’Ontario, qui avait perdu deux parties contre le Québec, lui a suffi à atteindre les éliminatoires.

L’Ontario a remporté la première des parties au tour supplémentaire, mais l’équipe Colombie-Britannique-Yukon
l’a pris de vitesse et gagné les deux dernières.

« Je crois que [la clé des] fléchettes, en gros, en particulier pour une équipe de quatre hommes ou même pour toute épreuve d’équi-pe, c’est de jouer avec des gens avec qui vous êtes à l’aise et avec qui vous passez un bon moment, souligne M. Book, chef d’un restaurant de la chaine Moxies.

« Il n’y a pas d’animosité entre nous. Nous avons eu de mauvais lancers aujourd’hui; et nous en avons aussi eu beaucoup de bons, évidemment. Mais, on se soutient, on s’entraide et on se concentre sur le jeu. Et notre groupe fait ça bien. »

Chris Purdy, Jim Brown, Bryce Book et Dalton Desmarais de C.-B.–Yn ont remporté le championnat national par équipe de la Légion en 2024. Coady Burke (en dessous et à gauche) et son coéquipier Jason Smith de Nouvelle-Écosse–Nunavut célèbrent leur victoire aux éliminatoires chez les doubles.[Stephen J. Thorne/RL]

Même histoire du côté de M. Smith et de M. Burke, amis et coéquipiers de longue date qui se sont retrouvés en série éliminatoire après avoir perdu 2 à 1 contre Rod Petten et Warren Cheeseman de Conception Bay, Terre-Neuve, lors du dernier match de la poule. Les deux duos comptaient 20 victoires chacun.

Les Néo-Écossais ont remporté la ronde supplémentaire 2 à 1, ce qui leur a donné leur deuxième titre consécutif chez les doubles. Ces deux coéquipiers, membres de la filiale Centennial de Dartmouth, avaient remporté le titre chez les équipes de quatre avec l’aide de membres de la filiale MacDonald Memorial de Lakeside, Nouvelle-Écosse, en 2018 et en 2019 avant que la Covid n’interrompe le tournoi pendant trois ans.

M. Smith, inspecteur d’aliments, et M. Burke, ferronnier, se connaissent depuis plus de dix ans. Ils ont remporté une épreuve les quatre fois qu’ils ont concouru à l’échelle nationale.

Leur secret ?

« Les atomes crochus, nous confie M. Burke. L’amitié. L’amitié, c’est fondamental. On se connait depuis des années. On a souvent joué aux fléchettes l’un contre l’autre. Et quand on a finalement joué ensemble, on s’est vraiment bien entendus.

Jason est un marqueur fort […] une machine à [marquer des] 140. Donc, si je réussis vite un double d’entrée, on a l’avantage contre beaucoup d’équipes. Je le sais, et lui aussi. »

John Hannon, de l’Alberta–Territoires du Nord-Ouest, a bien réussi chez les simples, inscrivant 12 victoires en balayant ses quatre premiers matchs. Mais, il n’en a gagné que cinq pendant le reste des jeux, car Rod Tobin de Conception Bay a inscrit des points sans relâche, bien qu’avec un seul ba-layage à son actif, dans un tournoi à 18 victoires dans sa poule.

M. Tobin, propriétaire d’une entreprise de toiture, ne se souciait pas du classement lui non plus, et il ne savait pas qu’il était en position de gagner avant la fin de son dernier match.

« Il ne faut pas prêter attention au tableau, a-t-il dit après avoir disputé sa première épreuve nationale en simple. Sinon, on se met la pression.

Je n’ai fait que venir, lancer mes fléchettes, et espérer que tout se passe au mieux. »

M. Hannon a terminé le tournoi en poule en deuxième place à égalité avec Sylvain Boudreau de Dorval, Québec, à 17 victoires.
Ils ont joué tous deux un tour supplémentaire, et c’est M. Boudreau qui a gagné.

La filiale Chomedey a été formée sur l’ile, au nord de Montréal, en 1963, quand une douzaine d’anciens combattants de divers régiments de la Seconde Guerre mondiale ont commencé à se réunir dans un sous-sol situé dans un coin qui était alors la campagne.

La filiale louait un petit bâtiment près de son emplacement actuel, qu’elle a acheté en 1972. Elle loue le rez-de-chaussée à un traiteur. Christopher Wheatley, chef cuisinier et agent des services de la filiale, note que le nombre de membres a culminé à environ 500 vers 1973-1974. Il se chiffre aujourd’hui à 165. Une poignée d’entre eux à peine sont d’anciens combattants.

« Ce n’est pas facile, explique Dean McKay, président de la filiale. Mais, nous avons de la chance. Nous avons un bon groupe de personnes ici, et nous avons pu louer en bas, ce qui nous permet de rester à flot.

Nous faisons beaucoup de travail caritatif pour la collectivité, en plus de la campagne du coquelicot. »

Il nous a dit que la filiale, qui a gagné au championnat national de cribbage en 2004, a appris il y a deux ans qu’elle accueillerait celui des fléchettes. Il a remercié les dizaines de bénévoles qui ont participé à la planification et aux préparatifs.

« Sans eux, rien n’aurait été possible. »

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La C.-B.–Yn et le Nouveau-Brunswick dominent au cribbage

Des joueurs, bénévoles et organisateurs des championnats de cribbage nationaux de la Légion qui a eu lieu à Shediac, N.-B., posent pour une photo devant un attrait touristique emblématique.[Aaron Kylie/RL]

Bill Nelligan, de la filiale britanno-colombienne Cranbrook, champion en titre des simples deux années de suite, ne participait pas à l’édition 2024 des Championnats nationaux de cribbage de la Légion royale canadienne. Le champ était donc libre en avril dernier à Shediac, au Nouveau-Brunswick, pour lui voler sa couronne. Bulldozer est alors entrée en piste.

Judy Dove, de la filiale Woodstock, N.-B., confie qu’elle doit ce surnom à sa féroce suprématie au Texas hold ’em, et qu’elle n’est que trop heureuse de le prêter au cribbage, même si elle ne joue plus beaucoup depuis des années. D’autres membres de la filiale ont recruté cette vedette locale du poker, et leur pari a porté ses fruits : Bulldozer Dove a battu tous ses camarades chez les simples avec 17 points en neuf manches.

Comme souvent, Mme Dove a grandi avec le cribbage, un passe-temps dans sa famille. Elle se souvient que lorsqu’elle n’avait que deux ans, elle regardait son grand-père pratiquer en « jouant au Devil’s Bridge » pendant des heures chez lui, près de la fenêtre. Les chevilles de cribbage étaient devenues des jetons de poker jusqu’à récemment, quand elle est retournée vers la planchette.

« J’ignorais qu’il n’y avait pas l’argent en jeu. Je ne joue pas s’il n’y a pas d’argent à gagner », a déclaré Mme Dove qui a finalement fait une exception à sa règle pour les matchs de la Légion.

Parallèlement, Ronald White, de la succursale George Pearkes de Princeton, en Colombie-Britannique, qui a pris à M. Nelligan le titre de champion en simple de la C.-B.–Yn, a terminé deuxième avec 14 points. Il était à égalité avec Kevin Duchschere de la filiale saskatchewanaise Nipawin, mais M. White l’a battu 3 à 0 à la huitième manche.

Mis à part ce revers mineur, la C.-B.–Yn a continué de dominer les compétitions, remportant à la fois le titre des doubles et celui des équipes.

Barry Dillon et Richard Falle de la filiale Prince Edward de Victoria, deux Terre-Neuviens qui ont déménagé dans l’Ouest dans les années 1980, ont dominé le tableau aux doubles pour une extraordinaire septième fois en neuf championnats. Grant Graham et Darrell Gorvett de la filiale Perth-Upon-Tay de Perth, en Ontario, ont décroché la deuxième place à l’issue d’un bris d’égalité contre Wayne Lucas et Joseph Perrier de la filiale de Stephenville, T.-N.-L.

Pendant ce temps, à l’épreuve par équipe, six quatuors n’étaient séparés que par deux points à la fin de l’avant-dernière manche. Le groupe de la Colombie-Britannique–Yukon, M. Dillion, M. Falle et leurs compagnons de filiale Tammy Shiells et Fredrick Horsman, a remporté le titre en marquant quatre points lors de la dernière manche. M. Dove et ses collègues de la filiale Woodstock de la N.-É., Sonja Foster, Tanya Blaney et Cindy Delong ont obtenu la deu-xième place lors d’un bris d’égalité devant l’équipe du Manitoba–Nord-Ouest de l’Ontario composée de Valerie Wiebe, Robin Wiebe, George Fieber et Barry Gunther de la filiale manitobaine Morden.

Quarante-sept légionnaires des quatre coins du Canada ont effectué des lancers de 180 pendant deux jours à la filiale Shediac qui, dans la droite lignée du patrimoine acadien de la région, les a reçus avec une chaleureuse hospitalité. Le comité organisateur local, dirigé par le président de la filiale, Ryan Seguin, a organisé le vendredi soir une fête où la cuisine traditionnelle de la côte Est était à l’honneur, avec en vedette du fricot de poulet, une spécialité acadienne, et la musique de Nelson Jessome. Un souper de côte de bœuf a été servi le samedi soir, et il a offert des petits pains au homard au prix coutant le dimanche soir.

Comme tant de filiales de la Légion, celle de Shediac avait subi une diminution du nombre de ses membres. En effet, lorsque Lee Doiron a été élu à la présidence au début des années 2010, « nous courions au désastre », a-t-il déclaré à la CBC en février 2021. Mais, comme le rappelle le dicton, quand on veut, on peut.

Le redressement a commencé par l’ouverture d’un bar au sous-sol, The Bunker, et l’abandon de certaines règles obsolètes (pas de gomme ni de chapeau). Le tout a attiré des gens plus jeunes et le nombre de membres a presque quadruplé. Ensuite, la filiale a acheté une propriété adjacente et y a fait construire un bâtiment d’habitations collectives à deux étages, offrant huit unités aux anciens combattants des temps modernes. Des locataires ont emménagé début 2021, malgré la pandémie.

Le projet a connu un tel succès que la filiale a entrepris la construction de 12 autres unités, dont huit seront subventionnées. Elles seront terminées cette année. Les revenus des installations sont réinvestis dans la filiale, a déclaré M. Seguin. Et cela se voit dans la restauration de la façade du bâtiment ainsi que dans les salles propres et modernes au rez-de-chaussée… et dans l’organisation d’un championnat national.

Les tables de cribbage étaient en effervescence, de nombreux joueurs se disputant une récompense de mise secondaire de 5 $ pour la main la plus élevée. M. Seguin nous a avoué qu’il ne savait pas vraiment comment Shediac en était venue à accueillir les meilleurs joueurs de cribbage de la Légion, d’autant plus que la filiale n’organise habituellement pas d’épreuves de ce jeu. Il s’agit d’un legs de son prédécesseur, Mike LeBlanc. Le championnat aurait dû avoir lieu il y a quelques années, mais il a été retardé en raison de la pandémie. La philosophie reste la même que pour le bar The Bunker et les logements : construisons, les gens viendront.

Ils sont venus, en effet. Et Mme Dove a gagné de l’argent, car elle a remporté le tirage au sort parmi les neuf ex aequo ayant la main la plus élevée : 24 points. Mieux vaut ne pas parier contre Bulldozer. Ni contre la Colombie-Britannique–Yukon, en fin de compte.