Measures de guerre

Des officiers de la Marine royale du Canada questionnent un pêcheur canadien- japonais près d’Esquimalt, C.-B., en décembre 1941.[DND/LAC/PA-037468]

La Loi sur les mesures de guerre est entrée en vigueur le 4 aout 1914 pour permettre au cabinet de passer outre la Chambre des communes et le Sénat, et de gouverner par décret en cas de « guerre, d’invasion ou d’insurrection, réelle ou appréhendée ».

C’est le dernier mot de cette définition qui a causé le plus de problèmes. Si le cabinet voyait une menace en quelqu’un ou quelque chose, il pouvait agir unilatéralement en dehors de la loi et des piliers centraux de la démocratie. Le gouvernement pouvait censurer des publications, arrêter, détenir ou expulser des individus sans procès, contrôler le commerce et saisir des biens propres.

Et il l’a fait. Le pays a été confronté aux horreurs de la première guerre moderne, et consécutivement, il a interdit des centaines de publications, interné des milliers de civils et confisqué leurs biens.

La Loi sur les mesures de guerre a été utilisée à nouveau en 1939. Elle a servi à censurer des journaux et d’autres périodiques, ainsi qu’à démanteler plus de 30 organisations religieuses, politiques ou culturelles. Cependant, ce qui reste gravé dans les mémoires, ce sont les dizaines de milliers de Canadiens d’origine allemande, italienne ou japonaise qui ont été internés et dont les biens ont été confisqués; certains d’entre eux ont même été expulsés après la guerre.

Dans les temps modernes, en 1973, le premier ministre Pierre Trudeau a recouru à la Loi sur les mesures de guerre pour faire face à la crise du Front de libération du Québec (FLQ). Cette année-là, le FLQ a enlevé le délégué commercial britannique James Cross puis, quelques jours après, Pierre Laporte, ministre du Travail du Québec. Le premier ministre Robert Bourassa a demandé à Trudeau d’invoquer la Loi sur les mesures de guerre, qui a été proclamée le 16 octobre. Des centaines de personnes ont été arrêtées ce matin-là.

Le FLQ s’était habilement fait passer pour une grande organisation et avait suscité beaucoup d’estime chez les nationalistes. Mais, quand le corps de M. Laporte a été retrouvé dans un coffre, cette mansuétude s’est évanouie. Des années après ce qu’on a nommé la crise d’Octobre, il a été établi que le FLQ ne comptait qu’environ 35 membres.

L’invocation de la Loi sur les mesures de guerre pour suspendre les droits et les libertés civiles d’une population était controversée, et Trudeau a annoncé qu’il la modifierait, mais cela ne s’est pas fait pendant son mandat.

En 1988, quatre ans après le départ de Trudeau, la Loi sur les mesures de guerre a été remplacée par la Loi sur les mesures d’urgence. Il y a des différences cruciales entre les deux : le cabinet ne peut plus agir seul, et toute mesure est soumise à la Déclaration des droits et à la Charte des droits et libertés. Elle prévoit également une indemnisation pour les personnes touchées par la Loi. La même année, le premier ministre Brian Mulroney présenté des excuses aux Canadiens japonais pour leur traitement pendant la guerre et a accordé une indemnité de 21 000 $ à chaque survivant.

La Loi sur les mesures de guerre a toujours suscité la controverse, car il était si facile d’abuser de ces pouvoirs en faisant fi des protections démocratiques. La Loi sur les mesures d’urgence ne s’est révélée que légèrement moins controversée.

Le premier ministre Justin Trudeau l’a invoquée en février 2022, car des manifestants anti-vaccins occupaient Ottawa depuis plusieurs semaines. Il s’agissait de sa première mise en application. Les manifestants ont été arrêtés ou expulsés de la ville sous escorte. Mais, cette décision a donné lieu à une enquête pour savoir si cela avait été nécessaire et si la loi devrait être modifiée.

« Barrett’s Privateers » (les corsaires de Barrett), de Stan Rogers

God damn them all, I was told
(Que Dieu les maudisse tous, on m’a dit)

We’d cruise the seas for American gold
(Que nous parcourrions les mers en quête d’or américain)

We’d fire no guns, shed no tears
(Que nous n’utiliserions pas nos canons, ne verserions pas de larme)

Now I’m a broken man on a Halifax pier
(Maintenant, je suis un homme brisé sur une jetée d’Halifax)

The last of Barrett’s privateers
(Le dernier des corsaires de Barrett)

—« Barrett’s Privateers » (les corsaires de Barrett), de Stan Rogers

 

Enos Collins, le principal propriétaire de Packet, était, selon les rumeurs, l’homme le plus riche du Canada à sa mort en 1871.[COLLECTION STUDIO NOTMAN/ARCHIVES DE LA NOUVELLE-ÉCOSSE]

Ce fut peut-être l’investissement du siècle pour Enos Collins, Benjamin Knaut, et John et James Barss.

En 1811, ces marchands de Liverpool, Nouvelle-Écosse, achetèrent le Severn pour quelques centaines de livres britanniques (des dizaines de milliers de dollars d’aujourd’hui). Coup de chance pour eux, la guerre avec les
États-Unis allait éclater quelques mois plus tard. C’est là qu’ils se mirent à faire des affaires, de grosses affaires, avec l’ancien navire d’accompagnement d’un négrier espagnol saisi par la Royal Navy.

Ils rebaptisèrent la goélette de Baltimore de type clippeur Liverpool Packet, et se lancèrent dans le transport du courrier entre Liverpool et Halifax.

Puis, quand la guerre de 1812 éclata, ils acquirent une lettre de marque du roi d’Angleterre et se livrèrent à une guerre de course frénétique qui fut la plus lucrative de celles de la quarantaine de Canadiens titulaires d’un permis de mercenaire maritime pendant le conflit.

Liverpool, avec son port abrité sur la côte sud de la province et son accès illimité au riche parc de voiles de la région, était considérée à l’époque comme la capitale corsaire de l’Amérique du Nord britannique. Avec ses cinq canons et ses 45 membres d’équipage, le rapide et ambitieux Packet s’avéra redoutable le long de la côte de la Nouvelle-Angleterre.

Il captura une cinquantaine de navires américains et leurs cargaisons au cours de la guerre pour une valeur estimée entre 262 000 dollars et un million de dollars (soit un pouvoir d’achat de 4,8 à 18,6 millions de dollars canadiens de 2023).

L’une des lettres de marque du navire : son permis de pillage.[SOCIÉTÉ HISTORIQUE DE LA NOUVELLE-ÉCOSSE/ARCHIVES DE LA NOUVELLE-ÉCOSSE]

Les combats navals classiques, tels que la bataille du lac Érié et l’affrontement entre le HMS Shannon et l’USS Chesapeake qui se solda par la capture et la parade du Chesapeake dans le port d’Halifax, retinrent beaucoup l’attention des historiens. Mais, les escarmouches entre ce qui était à la base des petits cargos ou des bateaux de pêche trafiqués, ont rythmé le dernier grand conflit entre les États-Unis et la Grande-Bretagne.

Les navires corsaires coloniaux avaient joué un rôle important pendant la guerre d’indépendance de 1775-1783. Ils avaient capturé des centaines de navires britanniques, donnant leurs mousquets et leur poudre à canon à l’armée continentale.

On estime que les navires corsaires américains détournèrent des millions du commerce britannique pendant la guerre de 1812, en grande partie au large des iles britanniques. En 1814, les compagnies d’assurance maritimes britanniques facturaient habituellement 13 % sur les expéditions entre l’Angleterre et l’Irlande, un pourcentage énorme. Le Naval Chronicle rapporta que c’était le triple des frais facturés quand la Grande-Bretagne était en guerre avec « toute l’Europe ».

Le monarque britannique et ses représentants émirent environ 3 000 lettres de marque pendant les guerres napoléoniennes sur la période de 1812 à 1815.

Les documents – des permis de piller – étaient rentables pour toutes les personnes concernées, sauf les victimes. Ils légitimaient en substance la piraterie contre les navires maritimes d’un pays ennemi, aussi innocents soient-ils. En s’emparant et en pillant des navires marchands, des bateaux de pêche, des baleiniers et autres, les navires corsaires perturbaient le commerce et l’approvisionnement, détournaient les ressources navales et, dans certains cas, faisaient fortune.

Le HMS Shannon escorte son prix de guerre, l’USS Chesapeake, jusqu’au port d’Halifax le 1er juin 1813.[J.C. SCHETKY/DAY & HAGHE LITHOGRAPHES/CWM/20180033-005]

L’âge d’or de la piraterie était révolu depuis longtemps. Des noms tels que Barbe-Noire, Calico Jack, Henry Morgan et Samuel Bellamy (« Black Sam ») appartenaient à la légende, leurs trésors coulés depuis longtemps au fond des Caraïbes ou peut-être enterrés à l’ile Oak en Nouvelle-Écosse.

Un siècle après que le Jolly Roger eut terrorisé les marins du monde entier, les besoins et désirs du roi anglais avaient reconféré une certaine légitimité à la pratique, et les opportunistes étaient naturellement disposés à gagner gros.

« Les navires corsaires de la Nouvelle-Écosse ont joué un rôle essentiel dans la fermeture des ports américains pendant la guerre de 1812, a écrit James H. Harsh dans L’encyclopédie du Canada. Ils étaient une source précieuse de renseignements pour la Marine royale sur les forces étasuniennes et les mouvements de leurs navires. »

Pour les navires corsaires, cependant, les profits n’étaient pas garantis.

Leurs équipages, triés sur le volet, étaient principalement composés de pêcheurs qui se portaient volon-taires en rêvant de gloire et de fortune. Aucun salaire ne leur était offert, leur rétribution devait être leur part sur le pillage des navires.

Pourtant, 15 des 40 navires corsaires du Nouveau-Brunswick et de la Nouvelle-Écosse en service ne réussirent pas à faire une seule capture, et 10 n’en firent qu’une seule chacun. Les autres amassèrent des fortunes pour leurs propriétaires.

Et aucun n’en amassa davantage que le Liverpool Packet.

Le navire de 53 pieds (16 mètres) était mouillé au port d’Halifax lorsque, le 27 juin 1812, arriva au port la frégate britannique 

Belvidera portant la nouvelle de la déclaration de guerre des États-Unis à l’Angleterre neuf jours auparavant. Le navire avait à son bord 17 victimes d’un combat avec cinq navires américains qui avait duré toute une journée.

L’équipage du Packet arma hâtivement le navire de cinq canons rouillés et se rendit à Liverpool
pour attendre la réponse de la Grande-Bretagne au défi américain. Il espérait une lettre de marque.
À la mi-juillet, la côte de la Nouvelle-Écosse grouillait de corsaires américains qui s’emparaient des navires de la marchande presque quotidiennement.

Le Packet obtint son permis de corsaire et captura au moins 33 navires américains au cours de la première année de la guerre. Le navire fut d’abord commandé par John Freeman, corsaire vieillissant et vétéran des guerres française et espagnole, puis par un marin plus jeune, mais chevronné, Joseph Barss fils. Il se postait près de Cape Cod, dans le Massachusetts, où il attaquait les bâtiments américains en route vers Boston ou New York.

« All awake! (tout le monde debout, NDT), claironna le journal Columbian Centinel de Boston le 19 décembre 1812. Le Liverpool Packet a une nouvelle fois attaqué notre côte. » Le navire corsaire revint à Liverpool deux jours plus tard avec deux prises dans son sillage.

Les navires ennemis n’étaient pas les seuls périls auxquels le Packet était confronté. Une tempête ce mois-là obligea Barss à prendre le large pour y résister. « À minuit, des vents violents et une mer démontée, note un journal de bord, les vagues se brisent sur le navire de l’étrave à la poupe. »

Mais, les prises s’avéraient stupéfiantes.

Une liste publiée dans la Nova Scotia Royal Gazette le 31 mars 1813 fait état de quatre prises rien que le 28 mars : le brick Swift, capturé alors qu’il se rendait de Charleston, en Caroline du Sud, à Rhode Island avec une cargaison de coton et de cuir; la goélette Lawry avec une cargaison de sucre, de fer et de coton de Boston à destination de New York; et le sloop Reliance, destination inconnue, qui transportait du fer, du sucre, du cuir et du coton. Il avait aussi capturé le sloop General Green parti de Boston avec de la morue et du rhum à destination d’Albany, New York, pour l’armée du général Henry Dearborn.

D’autres prises du Packet étaient ancrées à Liverpool, dont la goélette Bunker Hill, chargée de chocolat.

Les propriétaires du Packet furent tellement inspirés par le succès du navire qu’ils achetèrent le brick Sir John Sherbrooke, un ancien navire corsaire américain du nom de Thorn. Le navire de guerre avait un déplacement de 273 tonnes et disposait de 18 ca-nons ainsi que d’un équipage de 150 hommes. D’aucuns disaient qu’il connut le succès le plus rapide de tous les corsaires canadiens, mais les estimations de ses prises variaient considérablement.

La Royal Gazette de la Nouvelle-Écosse du 31 mars 1813 rapporte les prises remportées au cours des derniers mois par les corsaires Sir John Sherbrooke et Liverpool Packet.[THOMAS HAYHURST/MUSÉE DU COMTÉ DE REINE]

Sa notoriété se répandit dans le monde entier, on donna au Packet les surnoms de New England’s Bane (fléau de la Nouvelle-Angleterre, NDT) et The Black Joke (la blague noire, NDT), surnom porté par plusieurs négriers tristement célèbres.

Le Packet était un corsaire expérimenté quand, au printemps de 1813, ayant levé l’ancre trois mois avant, sa chance s’évanouit : il tomba sur le corsaire américain Thomas de Portsmouth, New Hampshire. Deux fois plus grand que le Packet, il avait 15 canons et un équipage de 100 personnes.

La course-poursuite de cinq heures commença par vents légers le 9 juin à 9 h. L’équipage du Packet jeta tous les canons à courte portée par-dessus bord sauf un, pour alléger sa charge, et il déplaça le canon de six livres qu’il lui restait à la poupe. Alors que son poursuivant se rapprochait, il chargea le canon d’un obus de six livres, puis il essaya un obus de quatre livres enveloppé dans de la toile. La bouche se fendit.

« À 14 heures, la goélette qui se rapprochait rapidement hissa ses couleurs et se mit à faire feu de ses canons de poursuite », raconta l’historien de Liverpool George E.E. Nichols dans une présentation intitulée « Notes sur les corsaires néo-écossais » de 1904.

« Rattrapé par l’Américain, il a abandonné la partie, abaissant son drapeau et voguant à côté du Thomas. Au moment de virer, il a bousculé le Thomas, et pensant que l’adversaire était sur le point de monter à son bord, les équipages ont engagé le combat au corps à corps.

Thomas Hayhurst représente Packet toutes voiles dehors. La Royal Gazette de la Nouvelle-Écosse du 31 mars 1813 rapporte les prises remportées au cours des derniers mois par les corsaires Sir John Sherbrooke et Liverpool Packet.[ THOMAS HAYHURST/MUSÉE DU COMTÉ DE REINE]

« Après l’abaissement des couleurs, les officiers et l’équipage du Thomas ont tiré à plusieurs reprises sur le Liverpool Packet et l’ont me-nacé de ne pas faire quartier à son équipage. Vu son extrême infério-rité numérique, il a été contraint de se rendre, mais pas avant que plusieurs membres de l’équipage du Thomas aient été tués. »

Trois semaines après, le navire américain fut capturé par une frégate britannique après une course-poursuite de 32 heures. Il fut amené à Halifax et vendu aux corsaires de Liverpool, le plus grand actionnaire parmi eux étant Joseph Barss père, également représentant du comté de Queens à l’Assemblée législative.

Le Thomas de Portsmouth fut rebaptisé Wolverine de Liverpool. Il fit huit captures avant la fin de l’année.

Pendant ce temps, Joseph fils avait été emmené à Portsmouth, où il resta sous garde armée pendant plusieurs mois avant que John Coape Sherbrooke, lieutenant-gouverneur de la Nouvelle-Écosse, ancien général de l’armée britannique et homonyme du corsaire susmentionné, n’obtienne sa libération.

Le Liverpool Packet fut converti en corsaire américain et prit le nom de Portsmouth Packet. Mais, en octobre 1813, le HMS Fantome, un brigsloop de 18 canons, ren-
contra la goélette au large de l’ile Mount Desert, Maine.

Une course-poursuite de 13 heures s’ensuivit, avant que le Fantome ne s’empare de sa proie et ne l’amène à Halifax. Le Packet fut racheté par ses anciens propriétaires, et son nom, Liverpool, restauré. Il reprit son pillage sous le commandement de Caleb Seely.

La deuxième lettre de marque du Packet se trouve actuellement dans les archives de la Nouvelle-Écosse.

L’acte, en date du 19 novembre 1813, autorisait Seely et son navire « à appréhender, saisir et prendre les navires, vaisseaux et biens appartenant aux États-Unis d’Amérique ou à toute personne citoyenne de tout territoire des États-Unis d’Amérique ou y habitant […] selon la commission de Sa Majesté ».

Dans le cadre de ses fonctions de corsaire, Seely reçut l’ordre de prendre note « de la situation, du mouvement et de la force des Américains, ainsi que de ce qu’il [pouvait] découvrir grâce aux meilleurs renseignements qu’il [pouvait] obtenir ».

Le Packet captura trois autres navires avant la fin de l’année.

Le navire connut également du succès en 1814, faisant des captures en mai et en juin, puis deux autres avec le Shannon près de New York et de Bridgeport, dans le Connecticut. Le Packet collabora souvent avec des navires de la marine britannique jusqu’à la fin de la guerre.

Barss fut nommé capitaine de son ancien ravisseur, le Wolverine, en 1814, et il navigua en tant que commerçant dans les Antilles.

Les Américains considéraient cependant que sa simple présence en haute mer était une violation de sa libération conditionnelle, et ses jours de marin prirent fin à son retour à Liverpool, en aout.

Les corsaires améri-cains poursuivirent leur campagne au large des Amériques, leurs commissions émises par voyage par le Continental Congress ou les gouver-nements d’État.

Les capitaines comme John Peter Chazel, Hugh Campbell et Herman Perry dont le port d’attache était Savannah, Géorgie, Elizabeth City, Caroline du Nord ou Mobile, Alabama, commandaient des goélettes rapides et des bricks aux côtés d’écumeurs marchands de la côte est du continent.

Les corsaires américains ne se limitaient pas aux marchands britanniques. Les archives montrent qu’ils capturaient également des navires suédois, espagnols, portugais ou russes.

La goélette de six canons surnom-mée Saucy Jack, appartenant au marchand John Everingham de Charleston, Caroline du Nord, est considérée comme celle qui eut le plus de succès parmi les bâtiments américains. Lors de son voyage inaugural, le Saucy Jack, commandé par Thomas Jervey, captura le brick William Rathbone armé de 14 canons et transportant une cargaison d’une valeur d’environ 7 millions de dollars canadiens d’aujourd’hui. Bien que le navire britannique, que l’on appelait le West Indianman, ait été repris par la suite, l’incident était un signe avant-coureur des succès de l’Américain sous le commandement de trois capitaines.

Le journal du dernier et plus célèbre capitaine corsaire du Saucy Jack, Chazal, fait état d’une rencontre sanglante avec le Pelham, cargo britannique de 540 tonnes armé de 10 canons, entre Cuba et Saint-Domingue le 30 avril 1814.

L’édition du 9 février 1913 du New York Sun commémore les corsaires d’un siècle auparavant.[ARCHIVES DE LA NOUVELLE-ÉCOSSE]

« Lors de l’abordage, Stephen Dunham, un de nos marins, a été abattu et notre premier lieutenant, Dale Carr, mortellement blessé alors qu’il combattait sur le pont de l’ennemi, écrivit Chazal. En même temps, notre sous-lieutenant Lewis Jantzen et John St. Amand, lieutenant des fusiliers marins, ont été grièvement blessés, ainsi que sept de nos hommes. Ce qui a porté nos pertes à deux tués et neuf blessés, dont huit grièvement.

« À bord du Pelham, il y avait eu quatre tués et 11 blessés; dont le capitaine et son second (morts par la suite). »

Les hostilités terminées et le phénomène des corsaires jugulé par le Traité de Gand et l’évolution de la politique de la Marine royale, les armateurs des deux côtés, dont Everingham, eurent tendance à se remettre à ce qu’ils connaissaient le mieux : le commerce.

Les corsaires qui continuaient leurs coups de main après l’échéance de leur commission ou la signature d’un traité de paix s’exposaient à des accusations de piratage. Les peines étaient terribles : les condamnés étaient pendus sur la plage à Halifax, puis goudronnés et suspendus par des chaines à une potence située à l’entrée du port en guise d’avertissement aux autres marins.

Ainsi, et vu la croissance du rôle naval en haute mer, les corsaires avaient presque entièrement disparu à la fin du XIXe siècle.

« Les corsaires de Liverpool étaient des gens de grande qualité, tous des citoyens de premier plan de la communauté bien connus des officiers de la marine britannique de l’époque, écrivait Janet E. Mullins dans The Dalhousie Review. Lorsque les guerres prirent fin, beaucoup d’entre eux occupèrent des postes honorables de député, juge, armateur, marchand. »

Les propriétaires du Packet vendirent leur petit navire à Kingston, en Jamaïque. On ne sait ce qu’il en advint par la suite. Son nom a été donné depuis à plusieurs navires.

Le succès du navire avait servi à enrichir énormément son principal propriétaire, Enos Collins, qui fut cofondateur de la Halifax Banking Company. Elle fusionna avec la Banque Canadienne de Commerce en 1903.

Né dans une famille de mar-chands de Liverpool, il avait participé à quelques escapades de corsaire aux Antilles dans sa jeunesse. Selon la rumeur, en 1871, à sa mort à l’âge de 97 ans, il était l’homme le plus riche du Canada.

Les « Notes sur les corsaires de la Nouvelle-Écosse » de George E.E. Nichols, datant de 1904, cherchaient à clarifier l’histoire et à corriger certaines interprétations négatives du commerce.[NOVA SCOTIA ARCHIVES]

En 1904, George E.E. Nichols, grand amateur d’histoire de Liverpool, Nouvelle-Écosse, donna une présentation intitulée « Notes on Nova Scotian Privateers » (notes sur les corsaires néo-écossais, NDT), où il défendait ardemment la pratique que d’aucuns considéraient comme immorale.

Les navires de guerre privés, déclarait-il, procédaient selon des règles strictes établies par la Couronne. Personne ne pouvait faire de capture sans obtenir au préalable un permis qu’on appelait lettre de marque.

Pour en obtenir un, les armateurs d’un navire devaient satisfaire à certains engagements et exigences :   

  • le tonnage, les armes, les munitions de leur navire et autres renseignements comme les noms des propriétaires, des officiers et des hommes devaient être inscrits aux registres de l’amirauté, à Halifax dans le cas de la Nouvelle-Écosse;
  • un compte rendu des captures et des activités devait être dressé dans un journal de bord, et toute information sur l’ennemi pouvant être précieuse devait être transmise;
  • aucune personne prise ou surprise à bord d’un navire, même si l’on savait qu’il s’agissait d’un ennemi, ne devait être tuée de sang-froid, torturée, mutilée, ni traitée de manière inhumaine « contrairement aux usages courants de la guerre »; aucune rançon ne devait être réclamée pour les prisonniers;
  • les corsaires n’étaient pas autorisés, à arborer les couleurs habituellement hissées sur les mâts des navires du roi. Ils étaient tenus de déployer un pavillon rouge;
  • un cautionnement (garants) était exigé soit de la part des propriétaires, s’ils étaient résidents, soit du capitaine. Le montant dudit cautionnement variait en fonction du nombre de membres d’équipage. S’il était supérieur à 150 hommes, il fallait 3  000 livres sterling [environ 500  000 $ CA d’aujourd’hui], et s’il était inférieur à 150, il fallait la moitié de ce montant-là.

Les prises devaient être menées au port le plus commode des dominions de la Couronne, où l’amirauté statuerait sur elles. Une fois la capture déclarée légitime, les ravisseurs étaient autorisés à vendre le navire et sa cargaison au marché libre « pour qu’ils en tirent le meilleur parti ». Les recettes étaient généralement réparties en pourcentage entre les commanditaires des corsaires, les armateurs, les capitaines et l’équipage. Et une part revenait habituellement à l’émettrice de la commission (la Couronne).

APRÈS LA GUERRE, DES CHIENS

CES ANIMAUX D’ASSISTANCE EN SANTÉ MENTALE QUI AIDENT LES ANCIENS COMBATTANTS, ET UN REGARD SUR DIX ANS DE COMBAT POUR QU’ANCIENS COMBATTANTS CANADA LES FINANCE.

Une histoire de souvenir

À Nanton, en Alberta, lieu du Musée du Bomber Command du Canada, le jour du Souvenir est l’occasion d’évoquer un aviateur tué au combat lors de la Seconde Guerre mondiale

Rapport de situation sur l’inconduite sexuelle dans les Forces

Les affaires d’inconduite sexuelle qui secouent les Forces armées canadiennes ont fait du chemin depuis les révélations alarmantes dans les médias il y a trois ans. Elles sont désormais au cœur des tribunaux, des milieux de travail de l’armée et de la scène politique.

Il reste encore beaucoup à faire pour mettre en œuvre les 48 recommandations résultant de l’examen externe complet et indépendant effectué en 2022 par l’ancienne juge de la Cour suprême Louise Arbour, mais l’année 2023 a été jalonnée d’importantes mesures et leçons.

Bill Blair, ministre de la Défense, a annoncé en aout dernier que le règlement sur le devoir de si-gnaler les agressions et l’inconduite sexuelles serait abrogé cet hiver. Ce règlement privait les survi-vantes et survivants de tout contrôle sur la dénonciation et créait un dilemme moral pour les témoins, censés signaler les faits même si les survivantes et survivants ne le souhaitaient pas.

Ce changement ne restreindra pas les possibilités de signalement, mais il permettra aux militaires de « choisir la meilleure voie à suivre, tout en prenant dument en considération le bienêtre des personnes touchées », a déclaré la lieutenante-générale Jennie Carignan, chef – Conduite personnelle et culture.

Dans la foulée, M. Blair a annoncé que les membres des FAC étaient libres de déposer une plainte pour harcèlement sexuel ou discrimination fondée sur le sexe devant la Commission canadienne des droits de la personne ou dans le cadre d’un processus de règlement de grief des FAC.

Parmi les leçons retenues dans la tentative de l’armée de lutter contre les problèmes d’inconduite sexuelle, on note la difficulté de transférer aux systèmes de justice civils les enquêtes et les poursuites judiciaires dans les affaires d’agression sexuelle, comme le recommandait Mme Arbour dans son rapport. Le ministère de la Défense travaille au transfert avec les gouvernements provinciaux et territoriaux, mais certains secteurs de compétence, déjà surchargés, sont réticents à assumer cette charge de travail supplémentaire.

En date de mai 2023, l’armée avait adressé 93 affaires à d’autres forces de police, mais 29 avaient été refusées.

En date de mai 2023, l’armée avait adressé 93 affaires à d’autres forces de police, mais 29 avaient été refusées. En aout 2023, le juge d’un tribunal civil a suspendu les accusations dans l’une des premières affaires transférées aux tribunaux civils : elles enfreignaient les droits de la personne accusée à un procès dans un délai raisonnable, comme le garantit la Charte des droits et libertés du Canada. Les affaires devant les tribunaux provinciaux doivent être jugées dans les 18 mois suivant la mise en accusation. Or, le délai avait commencé à courir dès les accusations portées dans le système militaire, explique Alan Okros, professeur au Collège militaire royal de Kingston, Ont., qui fait des recherches sur le commandement, l’égalité des genres et la diversité.

« Mais le système civil doit quand même faire preuve de la diligence appropriée avant de procéder », ajoute-t-il.

Certaines affaires très média-tisées avec la mise en cause de hauts gradés accusés d’agression ou d’inconduite sexuelles en 2021 sont arrivées devant les cours martiales et civiles.

Le vice-amiral Haydn Edmundson, accusé d’une agression sexuelle en 1991, a plaidé non coupable. Son procès au civil aura lieu en 2024.

Le lieutenant-général Steven Whelan est passé devant la cour martiale en octobre 2023, car il aurait eu une relation déplacée avec une subalterne et aurait modifié son évaluation de rendement. L’affaire a été retirée après que les courriels de preuve aient été jugés irrecevables.

L’ancien chef d’état-major de la défense Jonathan Vance a plaidé coupable d’entrave à la justice devant un tribunal civil en 2022. Il a fait l’objet d’une absolution sous conditions dans le cadre de l’enquête sur des allégations d’une relation déplacée avec une subalterne et d’ingérence dans sa carrière.

En revanche, le Service national des enquêtes des Forces canadiennes n’a pas trouvé suffisamment de preuves pour porter des accusations en vertu du Code criminel ou du code du service militaire contre le vice-amiral Art McDonald, accusé d’inconduite sexuelle et relevé de son commandement en 2021. Toutefois, selon le Service, cela n’entache pas le fondement de l’allégation.

Voici d’autres faits nouveaux : la commission de révision du Collège militaire a entamé son examen de l’éducation militaire; une augmentation de financement doit fournir au personnel militaire davantage de centres d’aide aux victimes d’agression sexuelle dans les collectivités du pays; le Centre de soutien et de ressources sur l’inconduite sexuelle a été délesté de ses responsabilités à l’égard de la surveillance et de l’instruction et a été recentré sur l’aide aux survivantes et survivants, notamment les anciens combattants, les employés du ministère de la Défense et leurs proches, ainsi que sur les recherches sur la prévention de tels actes (le Centre a établi un fonds pour offrir des conseils juridiques et de l’aide pour financer les frais de justice, il a également commencé à faire des recherches sur les personnes qui commettent des actes d’inconduite sexuelle afin d’élaborer des mesures préventives); l’armée, qui finance des recherches universitaires sur l’inconduite sexuelle depuis des années, a mis ses rapports d’étude internes à la disposition des universitaires pour éviter la duplication du travail.

Jocelyne Therrien, la surveillante externe chargée de superviser la mise en œuvre des recommandations de Mme Arbour, a présenté son premier rapport en mai 2023.

Malgré de nombreuses avancées, l’armée manque de « plan stratégique global » qui « permettrait de garantir que les ressources sont harmonisées aux priorités ». Au lieu de cela, dit-elle, le programme militaire est tributaire de la disponibilité des ressources et des questions de capacité.

Elle a aussi souligné de nombreux progrès.

Le bureau de la chef – Conduite personnelle et culture « joue un rôle décisif » en fournissant aux commandants d’unité « un endroit où ils peuvent obtenir des conseils sur la façon de composer avec les situations qui se présentent. »

Ce changement ne restreindra pas les possibilités de signalement, mais il permettra aux militaires de « choisir la meilleure voie à suivre, tout en prenant dument en considération le bien être des personnes touchées ».

Parallèlement, la chef a mis sur pied une formation sur l’inconduite sexuelle et la conduite haineuse, la diversité, l’équité et l’inclusion qui sera offerte à tous les militaires tout au long de leur carrière. Mme Therrien a également noté que la sélection des recrues et le traitement de leur comportement se sont améliorés.

« La sélection de recrues qui incarnent un éthos inclusif est l’une des façons d’obtenir, en fin de compte, un milieu de travail exempt de harcèlement, tout comme la libération rapide des personnes qui ont un comportement inacceptable », a-t-elle avancé dans son rapport.

En attendant les changements législatifs et règlementaires permettant l’institution d’une période d’essai, les FAC étudient des moyens de trier les recrues et décharger de l’instruction de base celles qui « présentent un comportement et des attitudes problématiques » comme le sexisme et le racisme.

En outre, les dirigeants de l’École de leadership et de recrues des Forces canadiennes, qui est chargée de l’instruction de base de quelque 5 000 recrues par année, ont modifié ses programmes afin d’« appuyer un apprentissage plus robuste des valeurs et de l’éthique des FAC ».

« J’ai été témoin d’un nombre important d’activités concrètes au sein du MDN et des FAC dans leur réponse aux centaines de recommandations provenant des examens externes, a écrit Mme Therrien.

« Le défi est de gérer les projets et les initiatives de façon à prioriser les changements qui amènent une réforme fondamentale en temps opportun. »

Le succès pourra se mesurer par la baisse du nombre d’agressions ou d’inconduites sexuelles et les constatations des employés du ministère de la Défense et des militaires à cet égard.

« Il est encore trop tôt pour savoir si c’est en cours », a conclu Mme Therrien.

Elle devrait déposer son deux-ième rapport après la publication de ce numéro.

Le gouvernement néglige le sort des interprètes afghans, dit l’ombudsman

Le capitaine Alex Watson s’entretient avec des villageois par l’intermédiaire d’un interprète dont le visage est dissimulé pour le protéger des représailles.

L’ombudsman du MDN/FAC condamne le gouvernement fédéral et l’accuse de négliger le sort des anciens interprètes afghans qui ont risqué leur vie et celle de leurs proches en travaillant aux côtés des Forces armées canadiennes pendant les 13 années de la guerre.

Dans une lettre adressée à Bill Blair, ministre de la Défense, Gregory Lick note que depuis juillet, 15 anciens « conseillers linguistiques et culturels » (CLC) vivant désormais au Canada ont contacté son bureau pour se plaindre que leurs demandes soumises à la Commission de la sécurité professionnelle et de l’assurance contre les accidents du travail (CSPAAT) de l’Ontario n’ont pas été bien réglées.

« À ce jour, leurs efforts pour obtenir un traitement et des soins pour leurs besoins mentaux et physiques subis en soutenant nos troupes se sont heurtés à l’inaction, a-t-il écrit dans la lettre publiée sur le site Web de l’ombudsman. Les traitements médicaux et les compensations financières pour les blessures ont été inadéquats ou inexistants. »

« Beaucoup d’entre eux ont servi plus de cinq ans “sans pause ni relève” ».

De nombreux Afghans et quelques Pakistanais ont servi d’interprètes et de conseillers à plusieurs périodes entre décembre 2001, quand sont arrivés les premiers soldats des forces spéciales du pays dans la zone de guerre, et mars 2014, quand la mission a pris fin et que le dernier cadre instructeur est parti. Le Canada a retiré ses troupes de combat en 2011.

Beaucoup de ces CLC, ainsi que leurs proches, ont subi des menaces pendant leur service. Plusieurs ont été tués ou blessés par les talibans; d’autres ont été confrontés à de multiples problèmes mentaux et physiques.

Ottawa a d’abord offert d’ac-cueillir les CLC qui pouvaient prouver avoir reçu des menaces en raison de leur travail pour le Canada. Environ 800 interprètes et leurs proches sont venus au Canada avant la fin du programme en 2011, rejoints par 7 500 autres après la fin de la guerre et la victoire des talibans en octobre 2021.

Certains interprètes ont passé plus de temps au cœur des opérations de combat que les soldats pour lesquels ils travaillaient. Leur mission était périlleuse, car ils recueillaient des rensei-
gnements, surveillaient les communications, avertissaient des attaques imminentes et aidaient les commandants à comprendre la culture locale. Cependant, ils étaient agents contractuels et n’avaient pas droit aux avantages habituels du gouvernement fédéral pour ce type de contrat, même si la plupart sont plus tard devenus citoyens canadiens.

« Bien qu’une procédure d’appel soit en cours pour certains d’entre eux, a écrit M. Lick, les faits de cette affaire démontrent un manque de soutien de la part du gouvernement pour ces Canadiens. Cette affaire est sur le point de devenir un chapitre honteux de l’histoire militaire du Canada.

« La prise en charge de ces anciens conseillers linguistiques et culturels est une obligation morale, et leur bien être relève de la responsabilité du gouver-nement du Canada. »

M. Lick note que c’est le service de renseignement militaire qui les a recrutés, et que les soldats qui servaient à leurs côtés ont souligné leur rôle essentiel dans les opérations. Il explique que beaucoup d’entre eux ont servi plus de cinq ans « sans pause ni relève », et que divers commandants de force opérationnelle leur ont décerné des honneurs et mentions élogieuses.

Watson (troisième militaire à partir de la gauche) et d’autres membres du 3e Groupement tactique du PPCLI parlent avec des villageois près de Kandahar en 2002. Le visage de l’intermédiaire est dissimulé pour le protéger des représailles.

On leur avait dit au début qu’ils travailleraient en relative sécurité sur le terrain d’aviation de Kandahar, explique M. Lick, mais « au bout de quelques jours », ils se sont retrouvés dans des bases d’opérations avancées, des villages, des convois et des zones de combats.

« Connaissant les risques inhérents à leur travail essentiel de soutien des membres des FAC déployés, des efforts appropriés n’ont pas été entrepris pour s’assurer du bien être des CLC après le déploiement », a écrit l’ombudsman.

« Nous savons qu’ils ont travaillé pour nous, et nous voulons leur apporter toute l’aide possible. »

« Malgré les efforts déployés par le sous-ministre adjoint des ressources humaines (civiles) de Direction Santé globale pour aider ces anciens CLC en validant la nature de leur travail spécialisé et dangereux, les décisions de la CSPAAT ont jusqu’à présent été défavorables aux CLC et pourraient indiquer que la CSPAAT n’est pas calibrée de manière adéquate pour ces délibérations. »

M. Lick a déclaré que la couverture médiatique et la réaction générale avaient révélé un appui « enthousiaste » de la population ainsi que du personnel subalterne pour le sort des interprètes.

« Malgré les efforts récents du ministère pour fournir une validation à la CSPAAT à l’appui de leurs demandes, aucune aide significative n’a été apportée. Laisser cette question en suspens ne sert ni le gouvernement du Canada, ni les anciens CLC, ni les intérêts des Canadiens. »

Les gestionnaires de cas du
CSPAAT ont balayé les évaluations de psychiatres et de travailleurs sociaux en rejetant les demandes de prestations de plus d’une douzaine d’interprètes au printemps dernier.

La commission a par la suite accepté de revoir les cas. Un porte-parole de la CSPAAT a déclaré à la CBC que l’organisme traitait 17 demandes concernant d’anciens CLC. L’ombudsman est en relation avec 15 d’entre eux.

« Nous travaillons aussi vite et aussi rigoureusement que possible, a déclaré à CBC News Christine Arnott, directrice des Affaires publiques de la CSPAAT. Parfois, rendre une décision peut prendre plus de temps que nous le souhaiterions, car nous devons obtenir des renseignements pertinents qui remontent à des années sur le dossier médical et professionnel. »

Mme Arnott assure que les décisions seront prises avant Noël et qu’elles seront accompagnées d’explications à l’attention des conseillers.

Le ministre a déclaré qu’il avait rencontré l’ombudsman et qu’il cherchait une solution.

« Nous savons qu’ils ont travaillé pour nous, et nous voulons leur apporter toute l’aide possible. »

Le gouvernement fédéral prévoyait de faire venir un total de 40 000 Afghans entre aout 2021 et fin 2023. Selon les chiffres les plus récents, 37 000 ont gagné le Canada.

Le Canada devrait-il avoir des sous-marins nucléaires?

Peggy Mason dit que  NON

Le Canada ne devrait pas suivre l’Australie dans sa décision d’acquérir des sous-marins américains à propulsion nucléaire. Cet encouragement horriblement cher à la prolifération nucléaire mine la souveraineté. De plus, le Canada risque de s’engluer davantage dans la stratégie américaine aussi irréfléchie qu’agressive de l’endiguement de la Chine.

Le Canada, tout comme l’Australie, est un État non doté d’armes nucléaires (ENDAN) signataire du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires. En vertu du Traité, l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) donne l’assurance que ces États ne mènent que des activités nucléaires pacifiques, car toute utilisation du nucléaire à des fins militaires est interdite aux ENDAN. Toutefois, il existe une exception, un « vide flagrant et inquiétant » dans les garanties de l’AIEA qui leur permet de soustraire les matières nucléaires à la surveillance internationale pendant la durée de leur utilisation dans les réacteurs navals.

IL SERAIT ABSURDE QUE LE CANADA ENVISAGE DE CONSACRER UNE SI GRANDE PART DE SON BUDGET MILITAIRE AUX SOUS-MARINS À PROPULSION NUCLÉAIRE.

Les submersibles nucléaires américains sont alimentés par de l’uranium hautement enrichi, matériau qui peut être utilisé dans les ogives. Ni le Canada ni l’Australie ne détourneraient l’uranium enrichi de la propulsion navale, là n’est pas le problème. Mais, des pays à l’ambition de puissances nucléaires le pourraient, sans que les inspecteurs de l’AIEA y aient accès.

Ensuite, il y a le cout exorbitant. Le Canada a déclaré qu’il lui faudrait jusqu’à 12 sous-marins à propulsion conventionnelle qui couteraient 60 milliards de dollars. Dans le cadre du partenariat trilatéral de sécurité AUKUS entre les États-Unis, le Royaume-Uni et l’Australie, cette dernière achètera jusqu’à huit sous-marins nucléaires américains à un prix entre 268 et 368 milliards de dollars. Le budget de l’approvisionnement militaire n’est presque jamais respecté, surtout lors de grands projets.

La façon dont Gareth Evans, l’ancien ministre australien des Affaires étrangères, a posé le problème de la souveraineté s’applique également au Canada : « en s’attelant aussi fermement à une telle technologie […], l’Australie a, en fin de compte, abandonné sa capacité de juge-ment souverain indépendant.

« Non seulement dans l’usage de cette nouvelle capacité, a-t-il poursuivi, mais aussi dans sa réponse aux futurs appels américains à un soutien militaire. »

L’importance pour le Canada d’agir avec une certaine indépendance sur la scène internationale prend tout son poids à la lumière du dernier argument contre l’acquisition : le risque de l’engluer davantage dans la stratégie déstabilisatrice de l’Amérique contre la Chine dans le Pacifique occidental.

Le Canada participe déjà à des opérations américaines de liberté de navigation et à d’autres exercices dans des zones proches de la côte chinoise. L’acquisition de sous-marins à propulsion nucléaire américains risque d’accroitre sa participation à cet effort, et ce, au moment où des stratèges américains progressistes exhortent l’administration du président Joe Biden à adopter une posture défensive de « déni actif » qui dissuaderait toute agression chinoise potentielle tout en limitant les risques d’escalade.

Le Canada ne devrait pas suivre les traces malavisées de l’Australie et chercher à acquérir cet équipement militaire terriblement dispendieux qui favorise la prolifération et qui compromet la souveraineté et la sécurité.

 

Michael A. Smith dit que OUI

À l’approche du
deuxième quart du XXIe siècle, le Canada doit clairement établir ses priorités pour un monde en mutation. L’Arctique et la souveraineté marine devraient figurer en bonne place sur la liste des nombreux domaines dans lesquels le pays doit investir. La Terre se réchauffe et la surveillance de la région polaire boréale est essentielle à un avenir prospère et sûr. La Russie empiète déjà sur le Nord canadien avec ses propres sous-marins nucléaires et capteurs sous-marins, essayant de saper la souveraineté du Canada, tandis que la Chine menace de s’étendre dans le Pacifique. Le Canada a trois vastes côtes à surveiller, des provinces maritimes jusqu’au littoral de la Colombie-Britannique dans le Pacifique, en passant par l’Arctique, et un seul moyen convient : le sous-marin nucléaire.

La population pourrait penser que le Canada dispose déjà d’une flotte de sous-marins, et qu’il n’a donc pas besoin de ce nouvel achat si couteux. Eh bien, les engins actuels ne suffisent pas à la mission à accomplir. Les sous-marins canadiens de la classe Victoria existants, achetés à la Grande-Bretagne en 1998, ont été construits dans les années 1980. Et depuis, le pays a dépensé des milliards pour les réparer. En outre, parler de flotte donne l’impression qu’ils sont prêts à tout moment. Or, ce n’est pas le cas : un seul est opérationnel. De plus, ils devraient également être retirés du service dans les années 2030, donc le Canada doit bientôt décider de la prochaine étape.

DE TELS NAVIRES PERMETTRAIENT AU CANADA DE SURVEILLER SES EAUX PLUS LIBREMENT.

Bien sûr, la nécessité de remplacer les navires actuels ne motive pas seule l’option nucléaire. Mais, le vaste littoral vulnérable du Canada, le plus long du monde, si. Les sous-marins nucléaires peuvent rester submergés pendant environ 20 ans (!) sans ravitaillement en carburant : les seuls obstacles sont la nourriture, les fournitures et le fait qu’il serait inhumain d’obliger les marins à rester sous l’eau aussi longtemps. Toutefois, de tels navires permettraient au Canada de surveiller ses eaux plus librement, d’atteindre des profondeurs actuellement inaccessibles et de cartographier les passages arctiques émergents à mesure que la glace polaire fond.

Non seulement le Canada devrait améliorer ses capacités de défense intérieure, mais il devrait collaborer avec ses alliés. La réputation internationale de l’armée canadienne se ternit. Le pays échoue systématiquement dans l’objectif de l’OTAN de 2 % du produit intérieur brut pour les dépenses – le Canada dépense environ 1,3 % –, et il a été exclu d’importants partenariats internationaux en matière de sécurité, tels que la nouvelle coalition Australie-États-Unis-Royaume-Uni. Cette dernière, appelée AUKUS, s’efforce de sécuriser l’Indo-Pacifique dans le cadre d’une coopération stratégique et d’échanges de renseignements ainsi que, notamment, en facilitant l’achat de sous-marins nucléaires par la première. Le Canada n’aurait-il pas pu alourdir un peu la commande?

En mars 2023, Anita Anand, alors ministre de la Défense, a déclaré que le Canada ne faisait pas partie de la coalition AUKUS en raison de son manque d’intérêt pour l’obtention de sous-marins nucléaires. Cette décision restreint fatalement les capacités de renseignement du pays. Le Canada ne remplit pas son contrat à cet égard, et les autres pays le remarquent.

Le gouvernement fédéral économise peut-être l’argent des contribuables, mais les Canadiens le paieront d’une manière ou d’une autre si la souveraineté marine et arctique du pays est menacée pendant qu’ils dorment.

Service Secret : Quand deux Canadiens francophones menèrent un réseau d’évasion en Europe lors de l’occupation nazie

Fausses cartes d’identité de Raymond LaBrosse (à gauche) et de Lucien Dumais. [Anciens combattants Canada/rcsigs.ca; The Man Who Went Back]

Le MI9 était le service de renseignement militaire qui avait pour mission de ramener en Grande-Bretagne les prisonniers alliés évadés et les aviateurs qui s’étaient écrasés en Europe, alors occupée par les nazis. Il s’agissait d’un travail extrêmement dangereux pour les agents du service et pour leur réseau de partisans. Les opérations en France étaient dévolues à des agents qui parlaient français, et parmi les recrues du MI9 les plus accomplies se trouvaient deux braves volontaires canadiens-français.

Le Montréalais Lucien Dumais était un sergent à l’esprit vif de 38 ans. Membre des Fusiliers Mont-Royal et capturé en aout 1942 lors du raid de Dieppe, il s’était échappé du train qui le conduisait à un camp de prisonniers de guerre. Une fois revenu en Angleterre, il s’était porté volontaire pour servir au sein du MI9.

L’Ottavien Raymond LaBrosse, sans-filiste du Corps royal canadien des transmissions, était parti outre-mer en 1940 au jeune âge de 19 ans. Le service de renseignement avait bien noté sa compétence professionnelle convoitée et son bilinguisme, et le jeune homme, aussi calme que hardi, se porta également volontaire pour les opérations en France.

En février 1943, il avait été parachuté avec un compagnon aux abords de Paris. Ils avaient pour tâche d’organiser un groupe d’agents et une route secrète

vers la côte pour les soldats et aviateurs alliés fuyant les Allemands. Mais, la Gestapo avait infiltré la filière au bout de quelques mois à peine. LaBrosse put s’enfuir et retourner en Grande-Bretagne en passant par l’Espagne, puis par Gibraltar.

À la fin du mois de mars 1944, l’opération Bonaparte avait pu faire quitter le continent à 128 aviateurs (dont 94 Américains).

LaBrosse fut promu lieutenant cet été-là, et on lui adjoignit Dumais pour établir une nouvelle filière d’exfiltration. Eux qui avaient déjà échappé aux Allemands allaient risquer à nouveau leur vie pour appuyer d’autres évasions. « Nous avons tout de suite été une équipe soudée », a souligné LaBrosse.

L’organisation du duo, du nom de code Bonaparte, faisait partie du réseau d’exfiltration « Shelburne » du MI9, et c’est celle qui eut le plus de succès en France.

Un train logistique allemand dérailla près d’Abbeville, France, en septembre 1944. Des agents secrets canadiens coopéraient avec les résistants français à de telles missions de sabotage.[Donald I. Grant/MDN/BAC/PA-115860]

Les deux Canadiens furent méticuleusement formés aux opérations clandestines, et on leur donna des pseudonymes et de faux papiers d’identité. LaBrosse s’occupait de la radio, camouflée en valise par précaution, et il assurait la communication avec le MI9.

Un avion Lysander les largua au-dessus d’un champ à l’ouest de Paris en novembre 1943. Armés de pistolets, ils disposaient d’une belle somme, de cartes routières et même de tickets du métro de Paris. Leur accent canadien pouvait être pris pour du patois régional. « Ce à quoi il fallait faire très attention, a évoqué LaBrosse des années plus tard, c’était d’employer ni argot ni expressions en français canadien. »

LaBrosse et Dumais prirent contact avec des membres de la résistance française et d’autres courageux citoyens qui offraient des maisons sures, des vivres et des vêtements aux agents et aux aviateurs abattus. Ils servaient aussi de guides jusqu’au village côtier breton de Plouha, sous étroite surveillance allemande. Là-bas, les fugitifs étaient cachés jusqu’à ce qu’une canonnière motorisée britannique passe les chercher.

La première évacuation réussie, qui permit à 16 aviateurs et deux agents britanniques de rentrer chez eux, eut lieu par une nuit sans lune du 29 janvier 1944.

À la fin du mois de mars 1944, l’opération Bonaparte avait pu faire quitter le continent à 128 aviateurs (dont 94 Américains). Le plan Shelburne vint en aide à 307 personnes en tout. « Notre décision concernant les deux hommes s’est révélée judicieuse, et ils ont obtenu de magnifiques résultats », écrivit le capitaine Airey Neave du MI9.

Après les débarquements du jour J, Dumais et LaBrosse combattirent aux côtés de résistants français jusqu’à l’arrivée des troupes alliées. Ils survécurent à la guerre, et tous deux reçurent la Croix militaire ainsi que des décorations françaises et américaines.